Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

C’est une rupture totale d’avec ce qui se faisait auparavant. Conscients de l’enjeu économique et social que représente le parc national de Niokolo Koba pour les populations locales, les gardes adoptent, aujourd’hui, l’approche participative comme outil de conservation de cette biodiversité.

A partir des années soixante, les villages se trouvant à l’intérieur du parc national de Niokolo Koba ont été déplacés. Ce déguerpissement a été particulièrement mal vécu à Damantan où avaient habité des marabouts très influents. D’ailleurs, certains d’entre eux y sont enterrés et leur tombe donne lieu à un pèlerinage annuel. Les villageois qui avaient refusé de quitter la terre et de s’éloigner des tombes de leurs ancêtres, avaient été expulsés de force. A l’époque, une compensation financière a été versée à la plupart des villageois et le pèlerinage à Damantan autorisé chaque année. Mais ces mesures étaient jugées insuffisantes par rapport aux anciennes conditions de vie dans le parc où les gens pouvaient vivre sans dépenser.

Cette nouvelle situation a été une source de frustrations des villageois. Beaucoup parmi eux bravaient souvent l’interdiction pour s’adonner au braconnage. Ils se faisaient ainsi réprimer par les gardes. D’où une difficile cohabitation entre autochtones et agents des parcs nationaux affectés dans la zone. Aujourd’hui, dans le champ local de la conservation, un nouveau modèle est inventé. Il est basé sur la participation des populations aux actions de conservation.

Soutenir l’initiative
Agent parcTout se fait quasiment en collaboration avec elles. C’est ce qui fait, qu’aujourd’hui, elles commencent à avaler la pilule amère du passé. « Les populations se sentent maintenant concernées par ce que nous faisons. Elles savent que nous travaillons pour elles. D’ailleurs, nous faisons beaucoup de sensibilisation sur des sujets qui ne sont pas directement liés à la conservation du parc. Par exemple, sur les mariages précoces, l’état civil, etc. », explique le lieutenant Mame Ngor Ndour.

Ce modèle, basé sur l’implication des populations, s’est révélé plus efficace. « Aujourd’hui, la distance de fuite des animaux sauvages est fortement réduite. Ils savent qu’ils ne sont plus menacés », se félicite le lieutenant Ndour. Le chef de la zone centre du parc abonde dans le même sens. « Nous avons, aujourd’hui, beaucoup gagné en termes de conservation. L’implication des populations locales y est pour quelque chose. Nous travaillons en parfaite intelligence avec elles », ajoute le lieutenant Djibril Coly. Les jeunes du village de Dar-es Salam, autrefois, à l’intérieur du parc et aujourd’hui à la porte d’entrée, sont d’ailleurs constitués en éco-guides. Ils ont suivi une formation dans ce sens qui leur permet d’accomplir correctement leur mission. « Notre travail consiste à guider les visiteurs moyennant 10 000 FCfa la journée. Cela nous permet de gagner un peu d’argent pour subvenir à nos besoins au lieu d’aller tuer des animaux dans le parc», déclare-t-il. Les agents des parcs nationaux apportent aussi leur concours à certaines initiatives locales. Grâce à leur soutien et aux économies faites dans le cadre de son travail d’éco-guide, le président de cette association a mis sur pied un petit campement touristique à l’entrée du parc. Les agents des parcs nationaux de la zone expérimentent aussi un jardin périphérique.

L’objectif, selon de lieutenant Mame Ngor Ndour, est de montrer aux populations locales qu’en dehors du parc, il y a d’autres initiatives qui permettent d’avoir des ressources.
« C’est un jardin pédagogique. Quand on dit aux populations de ne pas exploiter le parc, il faut proposer quelque chose d’autre. Ce jardin entre dans cette dynamique. Nous appelons tout le monde à venir soutenir cette initiative », lance l’officier.

Pas de réseau téléphonique
A Dar-es-Salam, la porte d’entrée du Parc national Nioko Koba, une pilonne d’une quarantaine de mètre de haut est visible avec ses couleurs rouge et blanche. Elle dénote bien de l’extension du réseau d’un des opérateurs téléphoniques présents dans le pays. Seulement, une fois à Dar Salam et surtout à l’intérieur du parc, il est difficile d’être joignable sur son portable. La zone n’est pratiquement pas couverte par le réseau téléphonique national. « On attend toujours que les choses s’améliorent. Même s’il y a des installations, rien n’est encore fonctionnel », confie un des gardes de Niokolo Koba. Aujourd’hui, avec l’immensité du parc (193 000 hectares) et pour la sécurité des personnes qui y entrent, le réseau téléphonique doit couvrir la zone. Même si des téléphones satellitaires avaient été donnés aux gardes, il s’est avéré que ces moyens de communication n’étaient guère de qualité d’où leur inefficacité. Les talkies-walkies disponibles ne sont pas suffisants pour équiper les 300 gardes qui veillent sur Niokolo Koba jour et nuit. Ce manquement est à pallier au plus vite.

Insuffisance des moyens logistiques : Un casse-tête pour les agents du parc
La motivation existe, mais les moyens ne suivent pas. Les soldats de la faune de Niokolo Koba ont des difficultés qui ont pour noms insuffisance de moyens de transport, de transmission, prise en charge sanitaire, problème de conservation des aliments, etc.

Agents et moyensDans les postes de garde à l’intérieur du parc national de Niokolo koba comme Dar-es-Salam, Gué Damantan, Damantan, Simenti, Dalaba, etc., les agents sont très motivés. Ils chantent et dansent. Mais, derrière cet enthousiasme, se cache le déficit criant de moyens pour accomplir correctement leur mission. « Beaucoup d’efforts ont été consentis depuis l’arrivée du commandant Mallé Guèye (Ndlr : conservateur du parc national de Niokolo Koba), qui est un homme d’écoute et de dialogue. Mais les moyens manquent toujours. Il nous faut un véhicule dans chaque poste. Ce qui est loin d’être le cas », estime le lieutenant Mame Ngor Ndour.

En plus de cela, poursuit-il, les moyens de transmission manquent énormément. « Dans chaque poste, il n’y a qu’un seul transmetteur. Si ceux qui vont en patrouille l’emportent avec eux, ils ne pourront pas communiquer avec ceux qui sont restés au poste. Que faire donc au cas où ils auraient besoin de renfort ? En plus, les réseaux de communication ne sont pas fonctionnels dans le parc », précise-t-il.

Dans le même registre, le chef de poste de Dalaba, le sergent Ousmane Sonko, raconte qu’il y a quelques semaines de cela, lui et un de ses agents ont arrêté un braconnier qu’ils ont filé pendant des jours. « Faute de moyens, nous étions obligés de le supporter à trois sur la moto. La transmission aussi fait beaucoup défaut », note le sergent Sonko. Il relève également un manque d’agents de santé qualifiés dans le parc pour s’occuper des agents. « Nous n’avons qu’un aide infirmier. Et aujourd’hui, certains braconniers ont des armes automatiques et ripostent parfois », souligne-t-il.

Si un agent est touché dans les échanges de coups de feu, il faut appeler à Tambacounda pour avoir un secours. « Entre temps, la personne pourrait perdre la vie. Je pense qu’il est mieux d’avoir un médecin interne ou une ambulance médicalisée pour faire face aux éventuelles évacuations sanitaires », pense le sergent Sonko. Les sergents Moussa Kane, chef de poste de Gué de Damantan, Ibrahima Sarr de Simenti et le lieutenant Djibril Coly, chef de la zone centre ont tous abondé dans le même sens. La conservation du ravitaillement des agents en garde est une une grande préoccupation à Niokolo Koba.

Maguette NDONG et Ndiol Maka SECK (textes)

Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 11:00

Tapis glissants

07 Sep 2016
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Chez nous, comme ailleurs dans le monde, la célébrité n’est pas toujours évidente à supporter. Quand on enchaine les succès, quand on ne signe que de juteux contrats, quand le rêve d’un monde meilleur devient une réalité, il est fréquent de voir quelques vedettes déraper. Combien sont-ils de musiciens, de sportifs, de comédiens, de cadres et de journalistes, etc. à se prendre les pieds dans le tapis avec l’alcool, la drogue, le sexe ou les jeux ?

Il suffit, à certains, de faire les choux gras de la presse pendant un laps de temps et de voir que les fans ou supporteurs sont prêts à leur dérouler le tapis rouge qu’ils se laissent aller aux frasques. Quand, chez soi, on a les pieds sur des tapis en mousse et, dehors, on emprunte le tapis roulant de quelques établissements réservés aux fortunés et autres têtes d’affiche du showbiz, du football, du cinéma, du théâtre, etc., on peut se faire facilement posséder par des démons qui vous font croire que le bonheur total est dans les rivières d’eau de feu qui coulent, les effluves qui se dégagent de la drogue, la sexualité débridée qui s’organise en maints endroits ou les casinos qui foisonnent.

Propulsés très jeunes au rang de stars, certains, promis à un bel avenir mais vivant mal leur célébrité, croyaient pouvoir traverser le ciel sur un tapis volant. Autour de nous, on a vu des vedettes se noyer dans l’alcool, se brûler les ailes avec le feu de la drogue, se détruire en s’accouplant sans retenue ou se perdre en misant leurs derniers sous sur les cases du tapis vert de la roulette dans des salles de jeu. Du sommet d’un art, il y a qui sont tombés bien bas, envoyés au tapis par des vices. Combien sont-ils, après la période à vide, à remonter la pente et leurs addictions, c’est-à-dire à revenir à l’affiche ? Chez nous, ils se comptent sur les doigts d’une main.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 10:59

Guet Ndar est le quartier des pêcheurs de Saint-Louis du Sénégal par où 30 000 tonnes de poisson transitent chaque année. La vue des centaines de pirogues aux couleurs vives, alignées sur la plage, est spectaculaire. Cette zone d’habitation, intimement liée à la pêche, a l'une des plus grandes densités de population au monde. Une visite (en calèche ou à pied) de Guet Ndar s'impose aux visiteurs de Saint-Louis du Sénégal.

L’ambiance carnavalesque constatée sur la célèbre avenue Ousmane Thiané Sarr (ex Lamothe) qui traverse les quartiers de Guet-Ndar et de Santhiaba, donne une idée précise de la belle vie que mènent nos braves pêcheurs, de cette solidarité agissante qu’on ne retrouve que dans les milieux de la pêche sénégalaise, notamment à Kayar, Soumbédioune, Yoff, etc. Selon ce chauffeur de camion frigorifique « cuisiné » à hauteur du monument aux morts, les jeunes sénégalais victimes des déperditions scolaires, d’autres concitoyens qui vivent dans des conditions très difficiles en milieu rural, qui triment dur pour survivre dans les grandes villes, ont la possibilité de venir chercher un emploi décent dans les quartiers de la Langue de Barbarie.

Ce chauffeur fait partie de ces nombreux camionneurs qui viennent se ravitailler régulièrement en poissons à Diamalaye pour se rendre ensuite au Mali où leurs clients attendent impatiemment la sardinelle. Cet interlocuteur, très optimiste, soutient, avec la dernière énergie, que les jeunes sénégalais, même s’ils ne sont pas capables d’aller capturer le poisson en haute mer, ont la possibilité d’exercer un métier dans le secteur de la pêche à Saint-Louis. De l’avis de ce camionneur, avec cette solidarité agissante qu’on retrouve à Guet-Ndar, on peut trouver du travail dans les opérations de débarquement du poisson, dans la transformation des produits halieutiques, dans l’achat et la revente de la sardinelle.

La parade de nombreuses calèches, le stationnement des véhicules « clandos », des taxis urbains et autres camions frigorifiques rendent quasi impossible la mobilité urbaine dans ce carrefour devenu, au fil du temps, un pôle économique et commercial très important. De l’avenue Serviatus au cimetière, Guet-Ndar s’allonge sur environ 900 mètres. Bordé d’un côté par la rive incertaine du fleuve, de l’autre par cette guirlande impressionnante de concessions et autres maisons de fortune aménagées occasionnellement par les pêcheurs à quelques encablures de la plage, il atteint 250 mètres dans sa plus grande largeur.

Au sud, toutefois, le cordon littoral se rétrécit et l’espace bâti n’excède pas 150 mètres de large. La superficie totale du quartier est de 17 hectares. Deux voies divisent le quartier dans le sens de la longueur. L’avenue Ousmane Thiané Sarr, qui prolonge, au sud, l’avenue Dodds, et la rue Bou El Mogdad. Il n’y a que onze rues transversales et un grand nombre d’autres ruelles, si étroites qu’elles sont difficiles à déceler sur une photographie aérienne. Le plan orthogonal est moins apparent que dans les autres vieux quartiers car beaucoup de constructions n’ont pas respecté l’alignement théorique des rues. Dans un de ses livres, Jean Claude Bruneau le qualifie de « quartier semi-rural, au développement anarchique ».

Absence de regles d’urbanisme
A la différence de Ndar-Toute, Guet-Ndar n’offre pas de contrastes bien nets entre son grand axe longitudinal et le tissu urbain situé de part et d’autre. L’ensemble du quartier est caractérisé par un pullulement humain incroyable, et un dédain général pour les règlements d’urbanisme. C’est que, coincé entre la mer et le fleuve d’une part, Ndar-Toute et le cimetière d’autre part, l’espace urbain ne peut s’étendre dans aucune direction. A côté des nombreuses maisons en hauteur, l’habitat se densifie à l’horizontale, réduisant, à l’extrême, les cours de concessions et débordant fréquemment sur la voie publique. D’ailleurs, presque personne ne possède de titre foncier. Les Guet-Ndariens pensent que les terrains où ils habitent sont leur propriété car ils ont appartenu à leurs ancêtres. Et l’administration coloniale considérait, en fait, le quartier entier comme un territoire coutumier.

Partout, se presse une véritable fourmilière humaine. A Guet-Ndar, beaucoup de gens sont devant leur porte, assis par terre ou sur des tabourets. Les femmes lavent leur linge en bavardant, avant de l’étendre sur des fils ou des clôtures. D’autres mettent leur fourneau dehors pour que le vent ravive le feu. Ce représentant médical, interrogé à l’entrée du quartier, précise que sur la chaussée même, les automobilistes éprouvent de très grandes difficultés à se frayer un chemin, au milieu des femmes portant leur bassine sur la tête et la kyrielle d’enfants.

Les calèches sont nombreuses. Quelques taxis et voitures particulières se risquent à traverser Guet-Ndar pour aller à l’hydrobase. Quelquefois, des véhicules de transport en commun, remplis à ras-bord, filent vers le cimetière, transportant des familles qui vont à un enterrement. On peut assister matin et soir à la parade de quelques ovins et caprins qui vont paître du côté de l’hydrobase. La nuit, les moutons rejoignent leurs enclos, dans les rues transversales. Il n’y a aucun commerce important sur l’avenue Ousmane Thiané Sarr, mais on y trouve de nombreuses boutiques, de petits bijoutiers, des tailleurs et autres artisans.

Sous de minuscules abris couverts de paille ou de roseaux, les cordonniers fabriquent des sandales, couvent les « gris-gris » et amulettes qui protègent les pêcheurs en haute mer. Un menuisier ébéniste travaille dehors, devant son atelier. Dans des enclos faits de filets tendus sur des piquets, des briques de parpaings attendent de servir à de nouvelles constructions. Dans sa partie méridionale, cette avenue devient moins animée. Passé le petit dispensaire, boutiques et ateliers se font plus rares, et les maisons en dur cèdent l’espace aux baraques et même à quelques paillotes.

On passe devant l’école des garçons, construite en 1948, puis celle des filles, qui date de 1964 (établissements scolaires devenus mixtes et baptisés du nom de Cheikh Touré). On progresse pour arriver enfin à la sécherie commune appelée « Sine », qui s’étend de part et d’autre de l’avenue. Créée par les services de l’Etat, elle met à la disposition des femmes transformatrices de produits halieutiques, des bacs de salage et des étendoirs pour le séchage du poisson.

Par Mb.K.Diagne et A.M.Ndaw

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 10:59

Entre Khalifa Ababacar Sall et la politique, c’est une très longue histoire. Très tôt, il s’est initié à « l’art de gérer la cité ». Socialiste jusque dans l’âme, l’homme n’a connu qu’une seule formation politique : le Parti socialiste (Ps). Une appartenance filiale qu’il a toujours réclamée et assumée. 

Khalifa Ababacar Sall,  actuel maire de la ville de Dakar est né le 1er janvier 1956 à Louga. Il quitte très tôt cette contrée Nord-Ouest  du Sénégal. C’est bien dans la capitale sénégalaise, à Grand Yoff plus exactement, qu’il grandit. C’est ici qu’il fait ses humanités autant en études qu’en politique. Son silence est décidément bavard. Khalifa Ababacar Sall capte l’attention malgré une démarche de profil bas. L’actuel maire de Dakar n’est  pas un enfant de cœur, comme le laissent croire son allure, sa démarche et sa manière de parler.

Très tôt,  il fait montre de conduite  qui dépasse son âge. Cette marque lui vaut autant l’estime que le respect de ses amis. «Etant enfant déjà, il jouait le rôle de régulateur au sein de notre groupe. En cas de pépin, il était toujours prêt à arrondir les angles, à trouver une solution au problème », se rappelle Ousmane Samb, un de ses amis.  Alors que la plupart de ses compagnons a d’autres centres d’intérêts, Khalifa Sall s’initie très tôt à la politique. Il n’a que douze ans lorsqu’il devient membre du mouvement des jeunes de l’Union progressiste sénégalaise (Ups, l’ancêtre du Ps). Nous sommes en  1969. 

Après quelques années de militantisme engagé, le jeune Khalifa se fait remarquer. En 1976, il est élu secrétaire général de la 3ème coordination de Dakar des Jeunesses socialistes. Un premier poste qui lui permet d’être en contact direct avec les militants. Le baptême de feu va s’avérer concluant car quelques années plus tard,  en 1979 plus exactement,  il devient secrétaire général de l’Union régionale des jeunesses socialistes du Cap-Vert. Les activités politiques n’empêchent point à Khalifa Sall de suivre en parallèle ses cours.  Il obtient une maîtrise d’histoire en 1983 à l’université de Dakar, puis en 1987 une maîtrise en droit constitutionnel. Entre 1981 et 1982, il enseigne comme professeur d’histoire et de géographie dans un collège.

Khalifa Ababacar Sall gravit très vite les échelons. Elu député pour la première fois en 1983, il est réélu en 1988 et en 1993. A partir de 1984, il occupe le poste d’adjoint au maire de la ville de Dakar. Après les élections législatives de 1993, il est nommé ministre délégué chargé des Relations avec les Assemblées. En 1996, il passe le relais à feu Papa Babacar Mbaye, mais hérite du poste de secrétaire national aux élections du Ps et prend les rênes de la commune de Grand-Yoff.  En  1998, il est nommé ministre du Commerce et de l’Artisanat dans le gouvernement du Premier ministre Mamadou Lamine Loum.

Le revers de 2000
Khalifa Ababacar Sall occupait, à l’élection présidentielle de février-mars en 2000,  les fonctions de chargé des élections du Parti socialiste. Ce poste stratégique fait qu’il porte le passif de la défaite. « C’est sûr, Khalifa s’est senti profondément mal à la suite de la défaite du président Diouf en 2000. Il a, toutefois, su rester démocrate. En politique,  quand on perd, c’est parce qu’on a failli quelque part. Et la meilleure démarche est d’essayer de réparer pendant qu’il encore temps », se plaisait-il à rappeler à ses camarades socialistes.  Après que son parti a perdu le pouvoir, il s’est consacré  « à maintenir ce qui restait de la troupe. Une tâche  haletante dans un contexte d’opposition où la plupart des membres étaient habitués au luxe du pouvoir », se souvient Ousmane Samb. 

Ceux qui le connaissent avancent une « fausse timidité » qui peut, à bien des égards, tromper son monde. Selon leurs dires, derrière ce calme, se cache, en réalité, un homme déterminé, voire un téméraire. Toutefois, il fait montre de patience  à toutes épreuves. « Il n’a jamais été un homme pressé. Sa devise demeure, chaque chose en son temps », informe un de ses collaborateurs. Après l’alternance de mars 2000, Khalifa Sall, devenu consultant de la Banque mondiale et du système des Nations Unies, est retourné à l’Assemblée nationale en mai 2001. Il ne quittera ladite institution qu’en 2007, au lendemain des élections législatives boycottées par l’opposition.

Ses activités de consultance qu’il continue de mener sont liées aux questions électorales et au renforcement des capacités et prérogatives des Parlements. C’est ainsi qu’il a été membre actif du dialogue inter-congolais et représente, en Africque, le Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et l’Association des parlementaires européens pour l’Afrique. Il a également participé à plusieurs missions d’observation de l’Union africaine pour superviser des élections à l’intérieur du continent.

Oumar BA

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 10:58

Après 02 ans et demi de rupture de leurs relations diplomatiques, le Sénégal et la Mauritanie les reprennent le jeudi 23 avril 1992. Cette décision fait suite à la visite de deux jours que le chef de la diplomatie mauritanienne, Mohamed Abderrahmane Ould Meine, venait de boucler à Dakar. Fait notable, il a été nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération par le président Ould Taya 03 jours seulement avant la visite. Il signe le communiqué conjoint qui sanctionne la visite avec son homologue, Djibo Kâ. La reprise des relations sera effective par la nomination des ambassadeurs, de même que par les liaisons aériennes et postales. En ce qui concerne les frontières terrestres, « elles seront ouvertes à une date ultérieure, suivant des modalités à définir dans les meilleurs délais », informe « Le Soleil ».

Les relations diplomatiques entre les deux pays avaient été rompues le 21 août 1989 à la suite de troubles graves, en avril de la même année, à Nouakchott et à Dakar, conséquences d’un incident frontalier. Un affrontement entre des agriculteurs sénégalais et des éleveurs mauritaniens au cours duquel, les gardes-frontières mauritaniens ont ouvert le feu sur  des habitants de Diawara, village sénégalais, et, coûte la vie à 2 personnes, faisant 3 blessés alors que 13 autres sont pris en otages. Les 18 personnes sont toutes acheminées entre Doundé khoré et Sélibaby, ville de la Mauritanie, située à environ 15 kilometres. Suite à cette situation, la panique s’installe. Des pogroms anti sénégalais ont lieu à Nouakchott, alors que des boutiquiers maures sont agressés, dont certains mortellement, à Dakar. Les deux pays sont au bord d’un conflit majeur…

Après un exode forcé de milliers de mauritaniens Hal Pulaar, Wolofs et Soninkés vers la rive gauche du fleuve Sénégal, les deux pays se regardent en chiens de faïence. Il faudra des années de médiation pour reprendre le cours normal des relations entre les deux pays liés par Tout. Quelques semaines avant la signature de l’accord de Dakar, des signes laissaient transparaître une décrispation : visite en Mauritanie du ministre sénégalais en charge de l’Hydraulique, Cheikh Abdoul Khadre Cissokho dans le cadre de l’Omvs ; participation du ministre mauritanien des Affaires étrangères au sommet de l’Oci, en janvier 1992 ; envoi d’un message du président Ould Taya à son homologue sénégalais lors de la fête du 04 avril.

La classe politique, à des nuances près, salue la reprise des relations. L’ancien président du Conseil, Mamadou Dia, qui se définit comme « un citoyen sénégalais, musulman et frère des mauritaniens », interrogé par « Le Soleil », estime qu’il faut « maintenant réconcilier les deux peuples », alors que Madia Diop, secrétaire général de la Cnts, salue de son côté « une décision très sage ». Toutefois, Seyni Niang, chargé de l’organisation du Plp, juge qu’il faut « régler les questions primordiales », alors qu’Amath Dansokho salue « le sens du réalisme » des deux chefs d’Etat, non sans rappeler, qu’il ne voit pas comment quelqu’un pourra-t-il empêcher que « les gens expriment leur solidarité à leurs frères noirs de l’autre côté (sic) ».

Cerise sur le gâteau, le Pr Ely Madiodio Fall, secrétaire général du Rnd, met les pieds dans le plat : « nous voulons la paix avec tous nos voisins. Mais nous tenons à la préservation de la dignité des Sénégalais. Que la Mauritanie reconnaisse surtout les frontières telles qu’elles ont été délimitées par l’ex-puissance coloniale dans le décret du 08 décembre 1933 ! » Depuis, le temps a fait son œuvre. La Paix sur les deux rives du Fleuve…

Samboudian KAMARA

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 10:58

Niokolo Koba est un parc riche de ses espèces végétales et animales. A l’intérieur, c’est une végétation abondante, avec des plantes variées libérant de multiples arômes. On y croise des oiseaux rares et de magnifiques animaux qui ont appris à s’habituer à la présence de l’homme dans ce milieu sauvage. Une visite guidée dans cette forêt dense est un vrai régal. En collaboration avec la Direction des parcs nationaux, nous sommes allés à la découverte des merveilles que renferme ce parc national classé patrimoine de l’humanité.
En bon soldat, le lieutenant Mame Gor Ndour ne circule jamais dans le parc sans son arme. Il l’a d’ailleurs bien rangée dans le véhicule avant de quitter le poste de garde de Dar Salam pour entrer dans le parc national du Niokolo Koba. Il est 13 heures passées, le soleil est au zénith. En bandoulière, le lieutenant Ndour a accroché une sacoche en vert et blanc où il a mis quelques instruments utiles en cas d’urgence. « Je suis prêt, on y va », nous dit-il en prenant place dans un pick-up. C’est parti pour une visite guidée à l’intérieur du parc national du Nikolo Koba, situé à l’Est du Sénégal, dans la région de Tambacounda.

Singe NiokoloMais avant de franchir le portail, notre guide demande à son subalterne d’en aviser les différents postes de garde et surtout à Tambacounda où est centralisé l’ensemble des moyens de coordination. Ces mesures de prudence sont nécessaires pour la sécurité des visiteurs et des agents qui s’aventurent dans ce parc grand comme un pays, avec ses 913.000 hectares, et dont certaines parties sont frontalières à la Gambie et à la Guinée. Le départ est enfin donné avec la chaîne du portail qui est abaissée. Le véhicule s’engage sur un chemin cahoteux et latéritique qui fait balancer les occupants que nous sommes de gauche à droite. Mais en chauffeur aguerri, notre conducteur fait face aux rugosités de cette piste délimitée par un couvert végétal riche et varié.

« C’est pourtant la meilleure piste que nous avons. C’est aussi celle qu’empruntent les touristes et les visiteurs comme vous », dit le lieutenant Ndour, une manière de rassurer les novices que nous sommes. Seulement, le parc n’en demeure pas moins un milieu sauvage, malgré sa beauté. C’est une succession d’arbres géants et de plantes naines qui défilent au fur et à mesure que nous avançons à l’intérieur.

Une faune très riche
La végétation du Niokolo Koba est riche et variée, avec des rôniers, des vennes, des baobabs, du tek, des eucalyptus…, ainsi que plusieurs variétés de plantes. D’après le lieutenant Mame Gor Ndour, pas moins de 15.000 plantes ont été répertoriées à Niokolo Koba, donnant ainsi une idée de la richesse florale de cette forêt. D’où l’intérêt que les touristes du monde entier et des chercheurs nationaux et occidentaux vouent à ce parc. Mais Niokolo Koba, ce n’est pas seulement les plantes. C’est aussi sa faune très riche. Sur le chemin, des pintades sauvages engagent une course folle avec le véhicule avant de prendre leur envol. Parfois, ce sont des écureuils apeurés qui traversent furtivement l’allée. Les singes sont visibles un peu partout sur notre parcours. Comme c’est le cas à la mare de Simenti, un poste de garde, où deux babouins revenus du cours d’eau fuient à notre approche. « Ils sont nombreux ici, les babouins. D’ailleurs, il y a présentement une équipe de chercheurs de l’Ird qui est dans le parc depuis une quinzaine de jours pour faire des prélèvements sur eux », informe le lieutenant Ndour.

Une fois la mare dépassée, on s’engage sur une autre voie oblique qui mène au poste de Gué Damantan, à six (6) kilomètres du poste de Simenti. Les dernières précipitations qui ont occasionné des stagnations d’eaux ont  rendu plus difficile le chemin. Sur une clairière, nous croisons une femelle cob de fassa avec son petit. A notre approche, l’antilope, grande comme une vache, se réfugie derrière des arbres. Seulement, le lieutenant Ndour relève « la distance de fuite » des animaux qui est devenue de plus en plus réduite, avec près de 300 agents dans le parc dont la présence rassure les bêtes. D’autres bêtes comme l’antilope cheval, emblème des parcs nationaux du Sénégal, le guipe harnaché et le cob de Buffon font partie de cette belle faune du Niokolo.

Huit lions en balade
L’un des guides du parc, Ibrahima Kouyaté, qui cumule 25 ans de présence dans le milieu, nous montre les belles photos prises sur les animaux. Surtout de ces oiseaux rares comme le jabiru du Sénégal ou encore le grand calao d’Abyssinie avec son cou rouge et son grand bec. Dans cette forêt, on trouve d’autres oiseaux à l’image de la muserole de paradis avec son bec bleu et sa queue marron. Les ornithologues et autres chercheurs peuvent avoir assez de matière avec les 330 espèces présentes à Niokolo. Ils sont certes plus nombreux en Afrique centrale et en Asie qu’au Sahel, mais Niokolo Koba abrite aussi des éléphants. En 2013, sept de ces mammifères ont été aperçus dans le parc grâce aux caméras

Quid des lions ? Ils sont nombreux à l’intérieur du parc et il arrive, aux mois de janvier et février, de les croiser sur la nationale 7 en train de se prélasser et se réchauffer. « Il nous arrive de croiser en plein chemin des lions. Mais quand ils n’ont pas faim, ils n’attaquent pas. C’est le lycaon qui est dangereux. Si tu ne le connais pas, tu peux penser que c’est un berger allemand, mais il reste dangereux », explique le lieutenant Mame Gor Ndour.

Son collègue chef du poste de Gué Damantan confirme avec des anecdotes. « Il y a quelques jours de cela, nous étions, ici, au poste en train de discuter. A un moment, nous avons vu une famille de huit lions traverser tranquillement. On les a vus et ils nous ont vus, mais rien ne s’est passé », souligne Moussa Kane

LieutnantCe qui prouve la « familiarité » qui existe entre ces animaux sauvages et les agents des parcs. Désormais, à Niokolo, les gardes sillonnent le parc 24h/24, à travers des brigades mobiles, pour protéger les différentes espèces. Cette protection est faite contre les feux de brousse et surtout contre les braconniers qui s’aventurent à l’intérieur du parc. « Les patrouilles se font à tout moment. Quand on mange et qu’on entend un coup de feu, on laisse tout sur place et on se dirige à l’endroit où se situe la menace », rappelle Moussa Kane. 

Ces soldats du Niokolo Koba, à l’image du lieutenant Mame Gor Ndour, sont toujours sur le pied de guerre pour traquer les éventuels perturbateurs de ce milieu riche de sa faune et de sa flore classé, depuis 1981, patrimoine mondial de l’humanité. A notre retour de Dar Salam, il est déjà 17 heures. Nos esprits sont remplis de belles images. Le bon soldat peut enfin ranger son arme.


Espèces menacées ou a protéger : le bureau du suivi écologique veille au grain
Le parc national du Niokolo Koba (Pnnk) est un condensé d’espèces végétales et animales qui doivent à tout prix être protégées. C’est d’ailleurs la mission principale des agents des parcs nationaux à travers la traque des braconniers et l’interdiction des coupes de bois.

La mission principale des agents des parcs nationaux est la traque des braconniers et l’interdiction des coupes de bois. Un travail qu’ils essaient de mener, tant bien que mal, en étroite collaboration avec les populations environnantes qui sont sans cesse sensibilisées sur la nécessité de préserver ce patrimoine. Les dernières statistiques ont répertorié plus de 15.000 espèces de plantes, 80 espèces de mammifères, 26 reptiles, 330 espèces d’oiseaux, 20 amphibiens et 60 espèces de poissons.

Seulement, selon le lieutenant Mame Gor Ndour, certaines de ces espèces sont menacées. Aujourd’hui, les antilopes et les éléphants sont réellement menacés à cause du braconnage. Le lycaon est protégé, même s’il reste un animal dangereux. Les arbres comme le venne et le rônier sont aussi menacés à cause des coupes. A côté des brigades mobiles créées pour la surveillance contre les menaces, la Direction des parcs nationaux a aussi mis sur pied un bureau de suivi écologique afin de déterminer exactement « l’évolution spatio-temporelle » des différentes espèces du parc.

L’adjoint au responsable du bureau de suivi écologique, le lieutenant Amadou Diallo, souligne qu’avant, ils n’avaient que des statistiques approximatives sur les espèces. Mais depuis trois ans, le travail dudit bureau a permis de déterminer l’existence d’éléphants et de chimpanzés. Une réelle avancée dans la protection des espèces du Niokolo Koba.

Une grande attraction : cette panthère en cage
Panthere 1Au poste de garde Gué Damantan, situé à une quarantaine de kilomètres de l’entrée du parc, une bête sauvage fait l’objet de toutes les attentions. Derrière le poste, une panthère mâle est enfermée dans une cage remplie d’herbes.

L’animal est là, avec sa robe tachetée. Il profère un cri rauque à l’approche des visiteurs que nous sommes, avant de se lever complètement. Il fait des rondes et ouvre parfois la gueule, montrant des dents pointues. Selon les gardes du poste, cette panthère a été recueillie et apprivoisée par un vieux après la mort de sa mère, abattue par les braconniers. « Le vieux entrait même à l’intérieur de la cage et était très connu de la bête », nous informe un des gardes. Aujourd’hui, cette panthère qui a été retirée de la jungle est âgée de 21 ans. Pour les agents du parc, cet animal enfermé est le plus âgé de toutes les panthères du Niokolo Koba.  Même si certains se plaignent de la solitude de l’animal, son retour dans la jungle n’est guère envisageable. C’est même risqué pour la bête qui a perdu ses réflexes de félin. Une fois, l’animal avait réussi à s’échapper de la cage, mais il a été dompté et réintroduit sans grand dommage. Actuellement, les gardes essaient de s’occuper de la bête. Tous les deux jours, la panthère se régale avec de gros quartiers de viande introduits dans la cage.

 

 

 

Maguette NDONG et Ndiol Maka SECK (textes)

Ndèye Seyni SAMB (Photos)

Last modified on mardi, 06 septembre 2016 11:04

Dans l’imaginaire populaire, Colobane renvoie à plusieurs stéréotypes. Des jeunes de la localité qui ne s’adonneraient qu’à des larcins. Même le célèbre escroc Christophe Rocancourt s’y ferait arnaquer. Pourtant, loin de ces préjugés, le quartier qui a donné son nom au marché vit et fait vivre.

Un embouteillage monstre règne au rond-point Colobane en cette après-midi du 20 août. Le lieu grouille de monde. Ça bouge dans tous les sens. Les voitures venant du centre-ville, des Hlm et de Fann ne se font pas de cadeau. La chaleur suffocante accentue l’énervement. Les piétons sont royalement ignorés par les voitures qui se collent au capot. A Colobane, le trottoir a ses occupants : les marchands et les visiteurs. Les interminables marchandages se passent sur la chaussée, au grand désarroi des piétons et des automobilistes. Cette scène quotidienne donne une idée des échauffourées qui avaient opposé, en 2011, les habitants de ce quartier et des vendeurs.

Sur la bretelle qui mène à la caserne Samba Diery Diallo et certains recoins de Colobane, des marchands bloquent le passage. T-shirts, chaussures, chemises, ceintures ou pantalons à la main, ils sont se alignés, formant une haie d’honneur pour le client intronisé « roi ». La manière des vendeurs d’aborder les clients frise le harcèlement. « Viens, je te donne la chemise », lancent-ils comme une ritournelle. Détrompez-vous ! Ici, rien n’est gratuit. Ces vendeurs, à la limite irritants, se transforment très vite en acheteurs. « Tu as quelque chose à vendre ? » interrogent-ils. L’interpellation est récurrente et sans gêne. De vieilles bâtisses réfectionnées jalonnent l’allée. D’autres sont en construction. Plus on s’éloigne du rond-point, plus la circulation est fluide

Assis au bas d’un immeuble, situé au quartier « Nguèyenne », à quelques pas du « Market », bouillonnant coin où l’on vend des téléphones, Pape Alassane Dia discute avec un jeune vendeur. « Vous voulez que je vous parle de Colobane », lance le jeune homme d’un sourire taquin. « Ici, c’est relax, il y a la paix », dit-t-il. « Tais-toi ! Tu ne connais rien de Colobane. Tu ne fais qu’y passer la journée pour faire ton business », rétorque le vieux. Vêtu d’une chemise et d’un jean, le vendeur ne pipe mot. Il regagne le marché, quatre téléphones en main. Pape Alassane Dia vit à Colobane depuis 1955. « Le marché Sandica était implanté ici avant qu’on ne le transfère à Pikine, dit-il. « Enfant, je m’y rendais pour voler des mangues. Rien de méchant », rit le vieil homme.

Des décennies plus tard, les étals de fruit sont remplacés par des magasins et cantines. Le vol de téléphones portables aurait aussi remplacé celle de la mangue. Les va-et-vient incessants et discussions en catimini donnent à l’endroit une ambiance mercantile. Ces scènes se mêlent à celle des enfants courant dans tous les sens. Des individus d’âge mûr assis devant des concessions observent la scène. Les échoppes ont remplacé les garages. Le marché ne cesse de s’agrandir. « C’est la faute aux habitants de Colobane. Ils ont transformé leurs maisons en cantines, rien que pour s’enrichir », déplore M. Dia. La tentation est forte. Des commerçants sont prêts à dépenser de fortes sommes d’argent pour acquérir un magasin à Colobane. Le gérant d’une salle de jeux jouxtant un magasin révèle qu’on lui a proposé quatre (4) millions de FCfa pour qu’il cède son espace.

A quelques encablures de là, l’ambiance est plus calme. Des garages sont transformés en entrepôts de friperie. Des immeubles longent les rues bien pavées. En haut, on aperçoit les locataires debout sur les balcons. Colobane est un melting pot. Il réunit des populations immigrées de diverses origines en une société homogène. Elles viennent des régions de Diourbel, Tambacounda, Matam, Ziguinchor, Fatick. Le commerce a fait de ce quartier un eldorado pour de nombreux individus en quête de fortune. Ils y ont loué soit un studio, soit un appartement. Mais le coût de la location a flambé à Colobane à cause de la forte demande. « On fait notre petit business pour pouvoir payer la location qui, malgré la baisse, reste élevée », explique Fatou Bintou Djiba au milieu de la vaisselle.

A l’entrée du quartier Sakoura Badiane, des jeunes jouent au football. De temps en temps, ils s’arrêtent pour céder le passage aux véhicules. La scène est fréquente à Dakar et ses environs. En manque d’aires de jeu, les jeunes envahissent les rues au grand dam des automobilistes. « D’habitude, on joue sur le terrain qui se trouve non loin de la maison du Parti socialiste. Mais, il est impraticable en cette période », déclare Mamadou Dieng, tout en sueur. Colobane respire cet air de vacances et les jeunes du quartier ne boudent pas leur plaisir. Au quartier Baye Laye, le décor est moins urbain. Des flaques d’eau recouvrent le sol, des lavandières sont installées à chaque coin de rue, empilant les vêtements déposés à même sol. Au milieu d’une dizaine de baby-foot hors d’usage, Youssou Diop, menuisier, se désole de la situation de son quartier.

« En plus des flaques d’eau et des ordures, nous souffrons du manque d’éclairage public », fustige le jeune homme. La majorité des jeunes du quartier se regroupe à l’atelier de Youssou. Le quartier Baye Laye est situé à hauteur du secteur dédié à l’agro-alimentaire. Une proximité aux conséquences incommensurables, selon le menuiser. « Les jeunes peuvent voler un téléphone et le vendre facilement sur le marché. Ni vu, ni connu », confie-t-il. Ces propos renforcent les clichés sur la réputation de Colobane. Mais, selon Pa Assane, ces actes délictuels ne sont que des cas isolés. « Des gens viennent de partout pour vendre à Colobane des objets volés », insiste le menuiser installé sous la passerelle qui relie Colobane à la caserne de police Abdou Diassé. Le jeune, vêtu d’un t-shirt poussiéreux, ajoute qu’on peut compter du bout des doigts le nombre de jeunes de Colobane qui travaillent dans ce marché. « De nombreuses rumeurs circulent sur Colobane, mais il n’en est rien. A n’importe quelle heure, on peut marcher sans être inquiété. Les jeunes de Colobane ont d’autres préoccupations que de voler », assure Pa Assane. Le ciel s’assombrit. Colobane se vide de ses marchands. Malgré l’obscurité de certains secteurs, les habitants vaquent tranquillement à leurs occupations.

Mamadou DIAGNE (Stagiaire)

Last modified on mardi, 06 septembre 2016 11:03

Svelte, taille moyenne, démarche assurée, teint clair et visage avenant, Abdoulaye Daouda Diallo, ministre de l’Intérieur, entretient la discrétion. Malgré le poste hautement stratégique qu’il occupe dans l’attelage gouvernemental, le premier flic du Sénégal se refuse à une surexposition médiatique. Ses rares sorties ont toutes lieu dans un cadre purement professionnel. L’homme parle peu, utile et bien. Orateur déterminé, homme de terrain dynamique, ayant de l’aplomb, du franc-parler et une détermination à toute épreuve, il possède toutes les caractéristiques requises pour le métier. 

Cette discrétion a toujours constitué un des traits de caractère d’Abdoulaye Daouda Diallo. Très jeune déjà, il est décrit comme timide.  « Abdoulaye n’a jamais été bavard. C’est quelqu’un qui ne s’attache pas facilement aux autres ; cela est certainement dû à son caractère. Mais, quand il vous intègre dans le cercle restreint de ses amis, c’est vraiment pour l’éternité », témoigne un de ses amis d’enfance. Il est issu d’une famille peulh dont la principale activité est l’élevage. Il a fait ses études primaires à  Pété, dans le Fouta. Abdoulaye Daouda Diallo est présenté comme un garçon réservé, effacé, presque inexistant en classe.

Puis, il  poursuit son cycle moyen à Podor. Après le Bfem, il est  allé  au lycée Charles De Gaulle d’où il sort titulaire d’un bac série B, avec mention. À l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il a toujours réussi ses examens. Etudiant, il sait que là où il veut aller, les diplômes l’aideront à monter plus vite. Après la  Maîtrise, il a été admis au concours d’entrée à l’Enam. Promu ministre délégué chargé du Budget au lendemain de la seconde alternance, ce quinquagénaire a, auparavant, connu un angle peu commun dans la trajectoire  de sa carrière. Abdoulaye Daouda Diallo a été victime de la purge, la fameuse « démackisation ». 

De secrétaire général de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres) en 2008, il se voyait ainsi rétrogradé au poste d’adjoint au chef du centre de Dakar plateau 1 (DP1) et chef de bureau de recouvrement des professions libérales entre 2009 et 2012. C’est exactement la période pendant laquelle Macky Sall, président de la République, a connu la traversée du désert. Un an cinq et mois après cette première nomination comme ministre délégué, l’ancien étudiant de la Faculté des Sciences juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar est  nommé ministre de l’Intérieur, en remplacement du général Pathé Seck. Il doit cette confiance du président à son sens de l’amitié. Il a su rester fidèle à Macky Sall pendant la « traversée du désert ».

Le timide  devenu  premier flic
Ceux qui le fréquentent, ses collaborateurs  notamment,  le décrivent ainsi : « Il est pragmatique et efficace. Il parle peu et préfère poser des actes. Il veut que les choses aillent très vite. Il a  beaucoup d’initiatives et aime partager avec ses collaborateurs avant ses prises de décision ». Si l’on en croit ces derniers, Abdoulaye Daouda Diallo est dans son élément. « Dans le cadre du travail, il met tout le monde à l’aise ; il est toujours détendu et privilégie le dialogue en toute situation », ajoute-t-il. Abdoulaye Daouda Diallo, militant de la première heure de l’Alliance pour la République (Apr), est très actif dans le Podor. Ce personnage qui se sent à l’aise autant en costume qu’en boubou traditionnel, peut également porter un masque lorsqu’il le faut. Il lui arrive de parler  en  ne faisant bouger aucun trait de son visage sinon les lèvres. Il n’a pas tremblé lorsqu’il s’est agi d’extrader Sheikh Sidya Bayo, un opposant gambien devenu « encombrant » pour le Sénégal, vers la France, pays dont il possède également  la nationalité. Le poste de ministre de l’Intérieur demeure l’un des plus stratégiques dans un pays.

« Il faut faire montre d’efficacité, de pragmatisme, d’esprit de discernement, mais également et surtout de discrétion pour gérer ce poste », note un ancien flic.  Ce dernier est persuadé que l’actuel ministre dispose de toutes ces qualités. « Abdoulaye Daouda Diallo  est toujours d’aplomb pour servir dans la plus grande discrétion », note ce membre de son cabinet. S’imposant une ligne de conduite, il travaille d’arrache-pied et consent d’énormes sacrifices, poursuit-il. Selon lui, derrière ce calme olympien, se cache, en réalité, un homme déterminé, prêt à défendre les intérêts de la nation, quel qu’en soit le prix.

Oumar BA

Last modified on mardi, 06 septembre 2016 11:03

Jour historique que ce vendredi 14 mai 2010 ! Les députés viennent de voter, à une large majorité, un projet de loi instituant la parité absolue entre hommes et femmes dans toutes les fonctions électives. L’hémicycle fait le plein pour l’occasion. Au banc du gouvernement, il y a le ministre d'Etat, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me El Hadj Ahmadou Sall, et Mme Ndèye Khady Diop, ministre de la Famille, de la Femme, de l'Entrepreneuriat féminin et de la Micro-finance, que les députés ont largement voté la loi sur la parité. C’est une grande victoire pour le président Wade. Naturellement, la gente féminine tombe littéralement sous les pieds du « Pape » du Sopi. Normal, la loi est proprement révolutionnaire dans un pays encore conservateur dans certains aspects. Il est peuplé de musulmans, à une très forte majorité ; ses structures sociales traditionnelles, son Code de la Famille, tout son environnement sociologique, sont centrés autour de « l’homme, chef de la Famille ». Mais le bouillonnement intellectuel propre au Sénégal, la conquête de nouveaux espaces de liberté par une élite intellectuelle féminine progressiste et la rencontre entre ce plaidoyer pour le Genre et la volonté politique du président Wade ont permis au Sénégal de franchir le pas.

Sobrement, « Le Soleil » titre à sa « Une » : « la loi sur la parité adoptée » et le Pr Iba Der Thiam (alors 1er vice-président de l’Assemblée nationale), interrogé par les reporters, assure que « le Sénégal n’a jamais connu de moments d’émotions aussi fortes ». Si pour la plupart des députés de la majorité parlementaire, issus du parti alors au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais (Pds), la loi est la bienvenue, elle ne l'est pas pour d'autres de l'opposition. Selon le député Elhadj Diouf, « cette loi est purement démagogique et constitue une erreur historique du président de la République, Abdoulaye Wade, car, soutient-il, la récompense doit être faite par le mérite, non pas par le sexe ». Pour sa part, le député Mme Ndèye Fatou Touré, après avoir salué le vote de cette loi par ses pairs, a invité le gouvernement à apporter des mesures additionnelles au projet de loi car, à l'en croire, le nouveau texte doit permettre de « renforcer les capacités des femmes mais aussi elle doit être en adéquation avec le Code électoral afin qu'on ait des élections libres et transparentes ». 

Aujourd’hui, seulement 6 ans et demi plus tard, l’application de la loi sur la parité est devenue un corset. Majoritaires dans la population générale, les femmes n’en sont pas moins minoritaires dans les « Who’s who » des appareils politiques. Dans beaucoup de circonscriptions électorales, la faiblesse de l’engagement politique des femmes, leur sous-représentativité qui en découle et la persistance de pesanteurs sociologiques empêchent son application. Mais le Sénégal se distingue dans le concert des Nations pour avoir expérimenté ce qui est, sans doute, avec les Cases des tout-petits, la plus généreuse des idées du président Wade.

Samboudian KAMARA

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 15:47

Le site de Kharakhéna est devenu, au fur des années, un lieu d’échanges fructueux à l’image du marché de Diaobé, dans la région de Kolda. Ce melting-pot, né de l’exploitation de l’or, rassemble pas moins de six nationalités de la sous-région ouest-africaine. Aujourd’hui, l’unique souhait des commerçants de la localité est de voir les sites d’exploitation se multiplier

Youko Camara est un Malien installé à Kharakhéna depuis deux (2) ans maintenant. Crâne rasé, vêtu d’une chemise à fleurettes bleues et rouges, le bonhomme est réparateur de moto dans cette localité distante de Kédougou de 90 kilomètres. Il tient un atelier sur l’axe principal de Kharakhéna. Depuis un mois, son épouse a donné naissance à une petite fille dénommée Aïcha. Lui et son frère Modibo sont arrivés à Kharakhéna pour chercher du travail dans cette localité du Sénégal oriental célèbre pour ses sites d’orpaillage. « Ces temps-ci, le travail ne marche pas tellement. Tout est lié ici à l’or », informe Youko.

Pour lui, la menace de fermeture des « dioura », noms donnés aux sites d’orpaillage traditionnels, a quelque peu ralenti les activités à Kharakhéna. Pourtant, la localité continue d’accueillir du monde venant des quatre coins du Sénégal, mais aussi des pays de la sous-région comme la Guinée, le Nigéria, le Ghana, la Mauritanie  et même de la Côte d’ivoire. Aujourd’hui, entre six (6) et sept (7) nationalités sont recensées à Kharakhéna. Vendeur de cola guinéen, Ameth Sow est arrivé à Kharakhéna il y a un an déjà. Comme le Malien Youko, ce Guinéen considère que les affaires ne marchent pas comme il l’aurait souhaité.

Les Sénégalais mis à l’écart ?
En face de lui, sa jeune compatriote Binta Baldé vend de l’eau fraîche à l’angle. Cette jeune fille dit être venue dans le site pour chercher de l’agent et se payer une machine afin d’exercer son métier de couturière à Conakry. Pour l’instant, Binta attend son heure pour pouvoir récolter assez d’argent et se payer cet outil de travail. Le Mauritanien Mouhamed Fall est, lui, détenteur d’une boutique. Il est arrivé à Kharakhéna depuis 2013. Pour lui, ce ralentissement de l’activité commerciale s’explique par l’état actuel des sites d’orpaillage qui, pendant l’hivernage, deviennent quasiment impraticables.

Commerces carrefourDreadlocks retenus par un béret beige, lunettes de soleil lui couvrant le visage, Mame Cheikh Fall est vendeur de portables, montres et autres gadgets. Il effectue en même temps des téléchargements de vidéos pour les clients. Ce « baol-baol » originaire de Touba estime que l’activité marche tant bien que mal à Kharakhéna. Lui qui dit avoir passé quatre années dans la localité s’adapte toujours aux différentes situations. « Quand les choses marchent bien, on le ressent sur la vente. Mais, quand ça tourne au ralenti, il faut aussi faire face. Ici, tout est lié à l’exploitation de l’or », explique Mame Cheikh.

Face à cette embellie des activités, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la mainmise des sociétés minières sur les différents sites d’exploitation. Selon ces personnes, ces sociétés détiennent des licences d’exploitation et ne se privent pas de chasser les chercheurs d’or. Ibrahima Keita, surnommé dioura Tigui (c’est la famille Keita qui aurait découvert le site) déplore cette situation. « Tout le site est maintenant confié à un Blanc. Personne ne peut accéder à certains endroits au risque de se faire expulser ou maltraiter », souligne Ibrahima. Pour lui, toutes les activités ici tournent autour de l’or. « S’il n’y a pas d’or, il n’y a pas d’argent. Et s’il n’y a pas d’argent, il ne peut y avoir d’activités », ajoute Ibrahima Keita. Cette complainte est partagée par bien des commerçants qui souhaitent qu’on donne aux Sénégalais des licences d’exploitation pour qu’ils puissent tirer profit des ressources minières de leur pays.

Le commerçant Abdoulaye Bâ revendique cela et dénonce une « mise à l’écart » des Sénégalais au profit des étrangers. Le jeune Tamba Keita originaire de Saraya préfère donner une solution. « Si l’on donne tous les sites aux étrangers, on ne pourra pas travailler. Il faut donc ouvrir d’autres sites pour permettre à tout le monde d’avoir quelque chose », soutient le bonhomme. C’est ce petit « quelque chose » qui pousse les gens à quitter leur région ou leur pays pour venir à Kharakhéna.

Et au delà des orpailleurs, ils sont nombreux à y exercer leur métier dans la mécanique, la réparation, la vente. Des activités qui ont fini par faire de Kharakhéna un carrefour commercial de la sous-région ouest-africaine, puisque les marchandises proviennent, la plupart du temps, de Dakar, de Bamako ou encore de Conakry.  Ce carrefour est aussi devenu un lieu de vie où des bébés naissent. Aïcha, la fille de Youko, en est une preuve.

Aida Ndiaye, Restauratrice : Le travail pour échapper aux tentations

De par son métier, la restauratrice Aïda Ndiaye, la trentaine, fait partie des figures emblématique de Kharakhéna. Cette dame courageuse fait confiance à son travail et à la religion pour faire face aux nombreuses tentations qui existent à Kharakhéna.

A Kharakhéna, dans le quartier des « baol-baol », tout le monde connaît la restauratrice Aïda Ndiaye. Tous les résidents sénégalais recommandent automatiquement à leurs compatriotes de passage voulant se restaurer d’aller voir dans l’établissement de la bonne dame. Et pour cause, Aïda Ndiaye sait cuisiner les plats sénégalais tels le « cebbu jen », le «mafé», le « soup kandja », etc. Il suffit d’entrer dans son resto pour s’en convaincre. Ils sont vendeurs, commerçants, chargés de sécurité et chercheurs d’or à porter leur choix sur Aïda Ndiaye. Elle n’est pas à Kharakhéna pour chercher le métal précieux. Mais la restauratrice y trouve bien son compte.

Aida restoVêtue d’une robe moulante noire, sac banane autour des reins, teint clair, Aïda Ndiaye est très occupée. Aidée par deux filles, sa sœur et sa cousine, venues à Kharakhéna près d’elle pour y passer les vacances, elle s’occupe bien de sa clientèle. « Je suis très connue dans Kharakhéna et ses environs. Je n’ai que des frères et des sœurs ici et cela me réconforte dans mon métier », dit-elle avec le sourire. Arrivée à Kharakhéna depuis 2013, Aïda Ndiaye s’est très vite imposée dans cette localité où, bien avant elle, plusieurs autres restauratrices s’étaient déjà installées. D’ailleurs dans la partie qui fait face au quartier des « baol-baol », des bars et autres bistrots maliens et nigérians sont ouverts.

Il y a aussi des restaurants. Mais, la plupart des Sénégalais ont vite adopté la bonne dame. « Avant de venir ici, j’ai fait trois ans à Diabougou, près de Bembou. Mais, j’ai quitté là-bas pour venir ici parce que l’activité aurifère ne marchait plus », confie Aïda Ndiaye. Bien avant Kédougou, cette restauratrice dans l’âme a vécu dans la ville sainte de Touba, auprès de son ex-mari. Mais, depuis qu’elle a divorcé, elle a pris son destin en main. Elle quitte même sa mère qui habite Grand Mbao pour tenter sa chance dans cette partie du Sénégal. « Je viens à Dakar uniquement pendant les périodes de fêtes comme la Tabaski ou à l’approche du grand Magal de Touba. Ces occasions sont une période morte ici car tous mes clients se rendent chez eux », explique la restauratrice.

Même si elle n’a d’yeux que pour son restaurant, Aïda Ndiaye estime que la vie à Kharakhéna reste difficile à cause de certaines pratiques auxquelles elle ne cesse d’assister. « Il est vrai que je suis là pour le travail. Mais, il y a beaucoup d’autres filles sénégalaises qui sont ici et qui se livrent quotidiennement à la prostitution. Elles sont nombreuses ici », déplore-t-elle. La restauratrice explique ce phénomène par la circulation de l’argent et le gain facile que ces filles peuvent réaliser en pratiquant le plus vieux métier du monde. Loin de condamner ces filles, Aïda Ndiaye estime qu’elles pourraient tout de même faire du commerce et s’en sortir car les échanges sont fructueux dans ce milieu.

Pour échapper à ces fortes tentations, Aïda Ndiaye est membre du dahira mouride crée par les commerçants « baol-baol » de Kharakhéna. A chacune des rencontres initiées par cette association, elle ferme son restaurant et va affiner sa foi et sa pratique cultuelle dans des « zikrs » à la gloire de son Seigneur. Ce brin de spiritualité de la restauratrice est visible jusque dans les photos qu’elle a accrochées sur les murs de son restaurant. Pour elle, ce qui compte le plus, c’est le travail et la religion qu’elle continue à pratiquer dans ce milieu plein de tentations.

Maguette NDONG et Ndiol Maka SECK (textes)

Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 15:50

Les Dakarois sont-ils un assemblage de morceaux sucre ? Sont-ils un montage de grains de sel ? L’on est tenté de répondre par l’affirmative. Le premier, un aliment de saveur douce et le deuxième, une substance blanchâtre de saveur piquante, tous solubles dans l’eau, nous poussent à réfléchir sur la constitution des gens de la capitale sénégalaise quand le ciel ouvre ses vannes. Au lieu d’une plaisanterie, c’est un constat qui ne manque pas de sel. Croyant peut-être qu’ils vont se dissoudre dans la plus petite averse, ils sont des milliers d’hommes et de femmes à refuser de sortir sous la flotte pour aller… mouiller le maillot à leur lieu de travail.

En disant cela, nous ne nous employons pas à casser du sucre sur le dos des gens. Mais, l’ondée de ce jour ouvrable est suffisamment révélatrice de l’aversion que les Dakarois ont pour la pluie : des bus et cars désespérément vides, des « clandos », ces guimbardes pour bourses faibles, garés, faute de clients et des taxis roulant sans un seul passager à bord. Les gens que cette pluie matinale avait surpris sur le chemin du boulot étaient en sucre sous la chape de béton des commerces ou l’auvent de quelques demeures. Ne pouvant être tout sucre tout miel en vous encourageant à ne pas mettre le nez dehors lorsque le ciel ouvre ses vannes, nous sommes dans l’obligation de rappeler que la réglementation du travail n’autorise personne à s’absenter quand le temps est à la pluie.

Ceux que l’on considère comme le sel de la terre, c’est-à-dire ces hommes et femmes animant l’humanité, par leur force, leur valeur et leur générosité, sont des militants pur sucre de cet enseignement qui veut que les gens, par tous les temps, se rendent au boulot. Qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, nous devons, en tant qu’acteurs d’un cadre formel ou du secteur informel, nous imposer le devoir de rejoindre nos postes de travail. Et les numéraires qu’on gagne en FCfa, on est alors libre de les échanger en dollars, en euros ou en sucres (unité monétaire de l’Equateur).

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 15:50

L’actuel camp Tropical de Thiès, abritant l’état-major du Groupement mobile d’intervention (Gmi) de la police et situé sur l’axe menant à Khombole, a aussi accueilli la première prison de la cité du rail.

Créé en 1939 par les autorités coloniales, le camp Tropical était administré d’une main de fer par le commandant du cercle de Thiès. On raconte que sa chicotte a laissé des zébrures sur le dos de beaucoup d’autochtones qui avaient osé défier l’autorité administrative coloniale, des détenus de droit commun et des fonctionnaires coupables de malversations financières. Des sources dignes de foi, on raconte que dans cet espace de non-droit, tout pensionnaire souffrant d’une maladie contagieuse risquait  d’être enterrée vivant. 

De hauts caïlcédrats, témoins de l’histoire, jalonnent les artères du camp Tropical. Dans cette ancienne  prison, les détenus étaient entassés, tel du bétail, dans des cachots de  trois (3) mètres de long  sur  un (1) mètre de large aéré par une petite lucarne.  C’est là où Abdou Ndafakhé Faye du village de Gandigal qui avait, sur le parking de l’actuelle gouvernance de Thiès, poignardé à mort le député Demba Diop de Mbour, a séjourné avant d’être exécuté plus tard. L’histoire du camp est marquée surtout  par le passage du commandant Merlin, un mutilé de guerre manchot. Affecté, depuis la métropole en août 1941, dans le cercle de Louga, il a été réaffecté la même année au cercle de Thiès qu’il dirigea d’une main de fer jusqu’en 1949.

Des anciens, qui ont vécu cette période, retiennent du commandant Merlin l’image d’un homme impassible et répressif. Malgré les vestiges encore perceptibles dans le décor, ce camp Tropical hérité par le Groupement d’intervention mobile (Gmi) de la police affiche, aujourd’hui, un visage plus humain. Outre le bâtiment majestueux de l’état-major, les services, les ateliers, une infirmerie dotée d’une ambulance médicalisée, un dojo d’arts martiaux  baptisé Makan Diabaté, le camp Tropical épouse les contours d’une cité. Des agents et leurs familles y vivent.

Deux écoles élémentaires y fonctionnent, accueillant  les enfants des policiers encore en activité, mais aussi leurs camarades issus des quartiers environnants. Les jeunes du camp Tropical trouvent leurs loisirs dans une  association sportive et culturelle (Asc) baptisée  « Gouy Gui » qui participe à toutes les activités de vacances. Ils utilisent le terrain de football du camp et souvent le local du mess des officiers pour respectivement organiser, à l’instar des jeunes des autres quartiers de Thiès, des tournois sportifs et des soirées récréatives.

Mbaye BA

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 15:49

Elle est passionnée des lettres et de la langue anglaise. Oumy Sy, cette Sénégalaise dynamique et rigoureuse, a intégré depuis 2010 le Cabin Crew Business de la prestigieuse compagnie aérienne Emirates. Quotidiennement au contact des passagers, cette hôtesse de l’air et ancienne étudiante à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar a pris du galon.

Discrète et effacée, en cette ère des réseaux sociaux où chacun veut créer du buzz autour de son image ou de sa personne, Oumy Sy, Cabin Crew (hôtesse de l’air), n’en a cure. Elle n’a pas de compte Facebook, WhatsApp, Viber ou Périscope. Sa priorité semble être ailleurs. Depuis six (6) ans, cette belle Sénégalaise originaire de la région de Thiès a intégré le Cabin Crew Business de la première compagnie aérienne au monde, Emirates. Entre la jeune femme et son métier, c’est l’histoire d’une passion qui a débuté très tôt. Au temps de la défunte compagnie multinationale panafricaine « Air Afrique », Oumy effectue un voyage aux côtés de sa mère.

L’enfant est alors fascinée par l’accoutrement et les services offerts à bord par les hôtesses de l’air durant le trajet Abidjan-Dakar. Mais également et surtout par leurs va-et-vient entre le « Galley » (cuisine de l’avion) et les sièges de passagers. Suffisant pour susciter une émulation chez la gamine. Depuis ce jour, elle commence à nourrir le rêve de se retrouver un jour dans les airs pour exercer ce travail qui lui vaut aujourd’hui tant de satisfaction. Pourtant au début, rien ne présageait que la jeune dame allait concrétiser son rêve d’adolescente. Le baccalauréat en poche, Oumy Sy débarque à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

A l’Ucad, elle est orientée au département d’anglais où elle obtient, cinq ans plus tard, un Master en langue et littérature anglaises. Mais ce n’est pas tout, ambitieuse, l’étudiante s’était inscrite en même temps dans une école d’enseignement supérieur privée où elle a acquis des connaissances en commerce international. En 2010, lorsque la compagnie Emirates décide d’ouvrir ses portes à Dakar, Oumy Sy postule. « J’ai déposé mes dossiers, pour le concours, à la dernière minute. Personnellement, je n’avais aucune certitude de passer », se souvient-elle. Mais, c’était sans compter avec la force du destin. Sur 700 postulants, seuls 10 ont été choisis, dont cette native de la région de Thiès.

Travail harassant
L’un de ses atouts, c’était surtout sa maîtrise de la langue anglaise. En effet, pour réussir à ce concours, les candidats doivent avoir un bon niveau d’anglais, une certaine personnalité et une très bonne condition physique. Depuis six (6) ans, elle fait partie des 23 000 hôtesses de l’air pour 160 nationalités et 30 langues différentes, constituant le Cabin Crew Business de la prestigieuse compagnie Emirates. Dynamique et rigoureuse, Oumy Sy est quotidiennement au contact des passagers. La passion de son métier fait qu’elle travaille jusqu’à 8 000 mètres d’altitude avec, souvent, des vols de 13 heures.

Un travail harassant qui demande souvent deux à trois jours « off » avant et après les long-courriers. Toutefois, il s’agit d’un métier qui nourrit bien son homme. Les salaires et les conditions de travail varient selon les compagnies et en fonction du grade, de l’ancienneté et des vols effectués. « A Emirates, nous sommes bien traités avec beaucoup d’avantages et un appartement entièrement à la disposition de chaque hôtesse à Dubaï », confie Oumy Sy. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, le métier de Cabin Crew peut bel et bien rimer avec le ménage. Tout est question d’organisation. « Parmi les hôtesses de l’air, beaucoup se sont mariées et s’occupent convenablement de leur famille », avance-t-elle.
Comme la plupart des métiers, la profession d’hôtesse de l’air est aussi exigeante. Par exemple, il est interdit au personnel navigant d’être à plus de 50 kilomètres de leur hôtel. En plus, il faut être tout le temps au top, « savoir bien communiquer, tout en ménageant la sensibilité de chaque client ». Oumy Sy, elle, a réussi son intégration dans le Cabin Crew Business d’Emirates. Elle remplit avec passion la première mission de l’hôtesse de l’air qui est d’assurer la sûreté et la sécurité des passagers. Un métier qui ne l’a pas empêchée de continuer de garder ses relations avec ses proches, parents et amis.

« Je n’ai pas changé. Je continue de fréquenter mes amis. Il m’arrive d’aller à Thiès pendant mes congés », confie-t-elle. Oumy est soumise à un examen tous les ans pour pouvoir garder sa licence d’hôtesse de l’air. Même si elle reste très attachée à son métier, la jeune femme pense déjà à une reconversion, à une autre vie après celle des airs. Mais, elle préfère, pour l’instant, se concentrer sur sa passion.

Ibrahima BA

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 15:49

Malgré son ouverture au monde extérieur,  le peuple Bassari, composé par les Bédiks, les Bassaris et les Peuls, a su garder intact toute sa tradition. Il forme un groupe ethnique très singulier du fait de sa particularité culturelle qui le distingue des autres groupes ethniques du Sénégal. Sur les hauts plateaux de la région orientale où ils sont installés depuis des décennies, ils vivent en parfaite symbiose avec la nature. Des rites initiatiques comme le « Eyamb » sont régulièrement organisés sous le regard vigilant des esprits incarnés par les masques. Incursion en montagne, dans l’ambiance de la fête de la puberté à Iwol, dans le département de Bandafassi.

Le Baobab qui a Plus de 400ansNd Samb 4A un jet de pierre du point culminant de la montagne, des voix retentissent au milieu du silence écrasant des bois alentours. La même antienne est chantée par un chœur de femmes. « Timo Timo… », ressassent-elles. A hauteur d’un  Khaya sénégalensis (Caïlcédrat  ou « xay » en wolof), les deux têtes du peloton temporisent pour que les autres, restés loin derrière, guettés qu’ils sont par la fatigue, puissent les rejoindre. Ils profitent de cette courte pause pour prendre une bouffée d’oxygène qui se raréfie de plus en plus avec l’altitude. Quelques instants plus tard, deux dames d’ethnie bédik arrivent en même temps que les autres membres du groupe. Elles réajustent leurs pagnes déjà bien noués afin de mieux aborder les dernières roches à escalader pour accéder au village.  C’est un passage obligé.  L’une d’elles tourne la tête et affiche un sourire au coin des lèvres. « On est  presque arrivé », lance-t-elle pour rassurer les visiteurs épuisés par plus d’une heure de marche sur cet écosystème très accidenté.  Torse nu, elle tient la bassine qu’elle porte à la tête avec une  main et suinte la sueur qui couvre tout son corps avec son foulard tenu par l’autre main. Soudain, trois gamines, toutes en tenue de cérémonie, sautent de la montagne et courent vers elles. Après des salutations et autres formules d’usage, elles gravissent ensemble cet échelon et disparaissent.

Ce parcours du combattant semble être un rituel pour ces femmes bédiks. « Ces femmes ont l’habitude d’escalader la montagne. Elles viennent pour la préparation des repas de demain au troisième jour de la fête. Chaque mère s’occupe du repas de ses filles », clarifie Olivier, notre guide et membre de cette communauté. A la suite de ces deux femmes, l’autre groupe se prépare à l’épreuve.  Olivier galvanise tout le monde. « On est arrivé. Ce sont ces arbres qui cachent le village », dit-il comme pour nous inciter à faire un énième effort. La montre affiche 15h et quelques minutes lorsque cette dernière étape est franchie. Le village d’Iwol, situé à plus de 4 kilomètres du pied de la montagne, au cœur du pays Bassari, laisse paraître ses concessions aux toits pentus faits de chaume et clôturées par des tiges de bambous. Au milieu  de ce dense groupe de huttes, trône un vieux fromager. Sous l’ombre, des ustensiles de cuisine noircis par le feu, des piles de calebasses, des futs atteints par la rouille utilisés pour la préparation du vin  y sont entassés.

Appel à danse des masques
De l’autre côté, un spectacle inédit s’y offre à la vue. Toutes vêtues de leurs plus beaux habits, assortis d’un pagne traditionnel autour des hanches, portant des tresses perlées à la tête, des colliers en argile et des bracelets en cuivre, des jeunes filles chantent et dansent sur un fond rythmique harmonieux. A la queue leu leu, elles font le tour du village, se faufilant entre les ligneux et les lianes qui enveloppent cette bourgade, foulant du pied la litière et les herbes qui couvrent le sol en cette période d’hivernage. « Timo Timo… ».« Timo Timo… » Répètent-elles. Cela  veut dire en Bédik « venez… venez… ». Ce leitmotiv est une invite à la danse des masques. « Les filles cherchent à les dénicher au milieu des bois pour danser avec elles. Elles vont chercher partout », explique Olivier. Toutefois, les masques ne céderont pas tout de suite aux invites des jeunes filles. Elles poursuivent leur cavale. La vieille Dieynaba Keita, fixant une épine de porc-épic dans le nez, des colliers et des perles autour de la gorge, donne des indications. « A notre temps, on cherchait vers la gauche », dicte la responsable des filles. Mais ses orientations ne seront pas suivies. Les filles, tout en chantant et dansant, cherchent désespérément vers la droite. 

Bedick Tamba KeitaNous sommes au deuxième jour du « Eyamb », un rite initiatique chez les Bédiks d’Iwol appelés les Biwols. Cette fête est en quelque sorte une initiation des filles qui ont atteint la puberté et non encore mariées. Elle est organisée deux fois de suite tous les deux ans. Dans cette communauté, ce genre de cérémonie n’est pas un événement ordinaire. Elles font partie de leur vie quotidienne et  symbolise une étape de la vie. « Durant quatre jours, Iwol vivra un rythme de chants et de danses.  Nous sommes au deuxième jour de la fête (Ndlr : mardi 22 août 2016). A l’occasion, toutes les filles non encore mariées des villages Bédiks sont invitées. La fête a démarré hier vers 11h du matin (Ndlr : lundi) et se poursuivra jusqu’au jeudi », souligne Bernard Camara, un habitant du village. Cette cérémonie fait partie des plus importantes pour cette communauté. Pour l’occasion, du vin de mil est préparé. Mais seules les filles qui dansent ont le droit d’en goutter après les bénédictions du « dialang ». « Tous ceux qui s’aventureront à enfreindre ces règles verront les conséquences immédiatement », prévient Bernard.

Le patron de l’organisation de cette fête a l’air occupé. Bonnet bien vissé dans la tête, il fait la navette entre les bois et le village. Tamba Keita, communément appelé « Imam » est  le gardien de cette fête traditionnelle depuis quelques années. C’est lui qui fixe les règles du jeu et invite les autres villages Bédiks à venir participer. « Je suis le seul homme a parler à l’intérieur des bois devant les masques. Après moi, personne d’autre ne parle », se glorifie-t-il. Selon lui, à travers cette célébration, les Bédiks perpétuent une tradition qu’ils ont trouvée sur place. « Cette fête remonte à nos aïeuls. Ce sont les « dialang » qui s’occupent des masques. Elles vont sortir au crépuscule naissant  pour danser avec les filles», laisse entendre le chef traditionnel du village.

Dans la légende du célèbre baobab d’Iwol                                                                                                                                                                                                     Dans ce village Bedik perché sur la montagne, il est l’une des attractions des visiteurs. Avec ses 23 mètres de hauteur et 30 de circonférence, le baobab de Bande est reconnu par beaucoup comme le plus grand baobab du Sénégal. A Iwol, cet arbre gigantesque aux nombreuses cavités, surprend par ses dimensions hors normes. Tout autour, des excroissances sont visibles, en plus des grosses roches qui se sont incrustées au pied de cet arbre de la famille des « bombocaceae ». Selon la légende rapportée par des chefs coutumiers du village comme le vieux Tamba Camara, l’arbre est apparu au 13ème siècle sur cet endroit qui fut la tombe d’un ancêtre de la famille Camara. « C’est cinq jours après son enterrement que l’arbre a commencé à pousser sur la tombe », rapporte le chef coutumier qui garde les secrets de ce baobab. Seulement, Makhtar Sidi Mbaye, animateur culturel et gestionnaire du Pays Bassari ne confirme pas le statut de « plus grand baobab du Sénégal », comme le soutiennent beaucoup de Bédiks. Aujourd’hui, dans ce village, le baobab est entretenu et vénéré par tout un chacun. Selon Bernard Keita, un des jeunes du village, chaque année, une cérémonie est organisée uniquement pour ce baobab. A cette occasion, des libations sont faites au pied de l’arbre et des chèvres sont égorgées en guise d’offrande pour les génies protecteurs. Un rituel qui ressemble fort bien aux « tours » des lébous pour conjurer le mauvais sort. « Le sang des chèvres est versé partout dans le village », rapporte Bernard. En plus d’être un objet d’attraction, le baobab permet aux populations de subvenir à certains besoins. Notamment avec l’argent des visiteurs et surtout les touristes qui viennent souvent dans le village. En outre, les femmes du village cueillent souvent les fruits pour les revendre afin de subvenir à leurs besoins.

Makhtar Sidi Mbaye, Animateur Culturel, Gestionnaire du pays Bassari : « Rien que chez les Bédiks, nous enregistrons une trentaine de fêtes »                                 Mactar Sidy MbayeConscient de la richesse culturelle du pays Bassari, le ministère de la Culture a érigé, à Bandafassi, un Centre d’interprétation destiné à la promotion de ces cultures. Selon le gestionnaire de ce patrimoine, Makhtar Sidi Mbaye, rien que chez les Bédiks, une trentaine de cérémonies initiatiques est enregistrée. Cela témoigne de la richesse culturelle de cette communauté.

Parlez-nous de ce village communautaire dont  vous avez en charge la gestion ?                                                                                                                                          Pour la bonne garde du patrimoine culturel du pays Bassari  composé par les communautés Peulh, Bédik et Bassari et sa bonne organisation, le ministère de la culture a créé un centre d’interprétation ici à Bandafassi.  Il  contribue à mieux valoriser le bien culturel de cette communauté à travers un espace où on expose en miniature tout ce que l’on retrouve dans ce vaste terroir. Les trois ethnies sur lesquels le ministère de la Culture a travaillé sont localisés dans trois espaces géographiques différents.  On retrouve les Bassari dans le département de Salémata, à 86 kilomètres  de Kédougou. Les Bédik sont localisés à Bandafassi, à 15 kilomètres de Kédougou. Quant aux Peulhs, ils sont près de Dindéfelo, à la frontière sénégalo-guinéenne.  Ce centre permet aussi de contribuer à la diffusion de ce patrimoine.  Ce  village communautaire est même présenté comme la porte d’entrée du pays Bassari. Quand on passe par ici, on comprend mieux ce  qui se retrouve dans la zone. Le pays Bassari est large de 50300 ha.

Les ethnies qu’on trouve au pays Bassari sont souvent qualifiées de minoritaires au Sénégal. Qu’en est-il réellement ?
La bonne appellation, c’est Minorités ethniques. Mais c’est  du point de vue  démographique. Cela fait même souvent l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale. Leur nombre est minoritaire comparé aux Wolof et autres. Par exemple, les Bédik représentent seulement 1% de la population sénégalaise. Et il existe d’autres minorités ethniques dans cette minorité. Certaines même sont en voie de disparition parce qu’il n’existe pas une zone géographique précise où l’on peut les retrouver. Elles sont peut-être à Dakar et ne reviennent plus. Mais dans le classement du pays Bassari, le ministère de la culture et ses experts n’ont travaillé que sur les Peulhs, les Bassaris et les Bédiks. Parce qu’en un moment donné, il y avait une contrainte de temps et il fallait déposer le dossier à l’Unesco. Ces trois ethnies ont trouvé leur pertinence dans leur adaptation. Au pays Bassari, il y a toujours cette fusion entre nature et culture. Ces ethnies qui se sont difficilement installées sont parvenues à créer une communion avec la nature. C’est pourquoi des festivités sont souvent organisées. On parle souvent de présence des esprits. C’est ce qui  fait qu’il y a beaucoup  d’interdits dans certaines zones etc. C’est cela même qui  explique l’existence des masques. Chez les Bédiks, le masque est appelé « Ethia », qui  veut dire grand-père.

Vous faites beaucoup de travail d’organisation, mais est-ce qu’il existe réellement un travail de valorisation de cette richesse culturelle ?
Ce village communautaire a été inauguré en 2014. A notre arrivée, nous avions trouvé que l’Association des minorités ethniques était en léthargie. Nous nous sommes investis dans sa  réorganisation.  Cette association  n’arrivait pas à tenir son assemblée générale. Il fallait donc faire un travail de sensibilisation. C’est ce qui nous a poussés à faire des tournées dans tous les villages où vivent ces minorités.  Nous sommes allés à Fongo, à Ethiolo, à Bandafassi et même à Bantako parce que  les Bédik Banapasse se retrouvent  aussi bien à Bandafassi qu’à Bantata à une quarantaine de kilomètres d’ici. Il fallait dire aux gens que c’est urgent de se réorganiser. L’autre difficulté est que quand le village communautaire  a été inauguré, le budget n’était pas encore disponible parce que nous étions au quatrième mois de l’année. Il fallait donc attendre jusqu’en 2015 pour commencer vraiment le travail. Mais depuis 2015, nous avons mis en place un nouveau bureau de l’association. Le village communautaire a ensuite fêté l’an I avec  le projet Couleur et rythme du pays Bassari, même si nous y avons associé d’autres communautés. Mais il faut aussi comprendre que les initiations de ces communautés ne sont pas des événements ordinaires. Elles font partie de leur vie quotidienne. C’est pour dire qu’avec ou sans l’appui de l’Etat, ils vont les organiser. Rien que chez les Bédiks, nous avons une trentaine de fêtes.

Maguette NDONG et Ndiol Maka SECK (textes)

Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 02 septembre 2016 12:18

Le faux bond

02 Sep 2016
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Il n’est pas gentil, ce dragueur qui, à l’approche de la Tabaski, a fui sa maîtresse auprès de qui il a pourtant, pendant de longs mois, bénéficié et de nuits de plaisir et de bras où il se perdait en cajoleries, en petits soins. La victime qui ne s’attendait pas à cela, n’arrête pas de rabâcher ceci : « les bras m’en tombent, il m’a fait faux bond ». Et n’ayant pas les moyens de s’attacher les services de quelques gros bras pour faire la fête à son copain fondu dans la nature, la femme lâchée, en se rappelant leurs passionnés bras dessus bras dessous, n’a aujourd’hui que ses yeux pour pleurer.

Cette créature abandonnée, va-t-elle, pour autant, rester les bras croisés devant sa mésaventure ? En tout cas, la Tabaski est, pour l’homme sénégalais, une obligation de plus sur les bras. De folles dépenses, allant de l’achat de tissus pour tous les membres de la famille à l’obtention du mouton en passant par la couture, viennent s’ajouter aux charges fixes comme la dépense quotidienne, l’acquisition de denrées de première nécessité, les factures d’eau et d’électricité, le logement, etc. Bref, tout cela est déjà un lourd stock sur les bras de l’homme, du Don Juan. C’est donc compréhensible que, n’en pouvant plus, il baisse les bras et s’éclipse au grand dam de sa ou de ses maîtresse(s).

Même si quelqu’un est loin d’être un bras cassé, il lui est impossible, à l’approche de la Tabaski, de donner à tour de bras. Vouloir, à la fois, satisfaire aux besoins des membres de sa propre famille et porter à bout de bras les problèmes posés par votre adorable amante, n’est pas chose simple. Un moyen pour vous en sortir est, peut-être, qu’une de vos connaissances, un bras long, vous tende ses bras. Croisez les doigts.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 02 septembre 2016 12:20

Baaba Maal est né dans la province du Fouta au Sénégal. Chanteur, guitariste, il a, au fil des années, su se faire un nom dans le monde de la musique.

Il sait, à partir de sa voix, faire ressurgir la distance qui sépare l'utopie de la réalité. Certains voient en lui le pont qui leur permet, malgré l’intervalle des kilomètres, de rester en contact direct d’avec leur culture. De l’artiste, ce n'est pas tant l'élégance discrète, la cinquantaine lisse, presque sans ride, le visage souvent voilé par de grandes lunettes noires qui retiennent l'attention. Il y a aussi ces dreadlocks qui ont fini par s’imposer à son look. La voix froide, sans passion à la limite, du moins dès lors qu’il s’agit de bavarder. Mais, quand l’heure d’arrêter de parler pour chantonner arrive, Baaba, comme on l’appelle amicalement, sait faire «frissonner». Sa voix a déjà servi comme fond sonore  dans des films internationaux à succès. Il est né en 1953 à Podor dans la région du Fouta, près du fleuve Sénégal. C’est dans cette ambiance qui le met en contact direct d’avec le fleuve, que le jeune Baaba grandit. Il connait bien les arcanes et mystères du fleuve, d’autant plus que son père était pêcheur. Il ne manquait d’ailleurs pas de se rendre de temps à autre, à la pêche. Mais, la véritable passion qui dort au tréfonds du jeune homme, c’est bien la musique. Passionné, il commence à jouer avec des amis, lors de ses vacances scolaires.

Après son baccalauréat, Baaba Maal choisit de faire le conservatoire de musique, tout en poursuivant des études d’arts plastiques à Dakar. A cette époque, Baaba Maal rêvait de devenir professeur. Il intègre, en compagnie de son ami, Mansour Seck, une association dénommée « Lasly Fouta » qui a pour but de promouvoir la culture Poulaar.
Il débarque à Paris et suit des cours au Conservatoire. Mansour Seck le rejoint et tous deux commencent à tourner avec une nouvelle formation Wandama, dans différents pays d’Europe, dans les universités et associations sénégalaises. En 1984, il rentre au Sénégal et décide d’y rester. Et il forme à Dakar, en 1985, le groupe Daande Lenol (la voix du peuple). La passion ayant fini de prendre le dessus. Le jeune homme, malgré des diplômes qui lui ouvraient bien des opportunités, se résout alors à embrasser carrière musicale. Il parcoure ainsi une partie de l’Afrique de l’ouest. Avec 70 autres musiciens, ils prennent la route et suivent le fleuve Sénégal pour étudier, sur le terrain, les traditions musicales. Mais Baaba Maal souhaite compléter sa formation initiale. Dans son viseur, il veut développer une musique proche de ses racines, tout en y injectant des sonorités plus modernes. « Daande Lenol » ajoute aux sonorités traditionnelles et aux chants poulaars des instruments comme les claviers et la guitare électrique.  Dans le microcosme de sa culture, il fouille le passé qu’il a l’art de remettre au goût du jour. Pour cela, le chanteur fuit souvent la ville, avec ses tensions, ses conflits et se cantonne à la campagne, lieu neutre.

Artiste international
S’il est très connu dans les milieux Poulaar, Baaba Maal et son groupe se font réellement connaître par le public sénégalais, quand ils se produisent en février 1986 au théâtre Daniel Sorano de Dakar. Le jeune artiste avait suffisamment assuré, ce qui lui a valu de conquérir un nouveau public. Cette conquête sera facilitée par la retransmission en direct de l’évènement. A l’époque, le Sénégal comptait une seule chaine de télévisons, qui scotchait donc presque toute la population. Durant une tournée en Europe en 1990, il rencontre Peter Gabriel, ce qui les conduira à une collaboration sur son album « Passion ». Baaba Maal enregistrera ensuite « Taara », « Baayo » et « Lam Toro », trois albums qui lui apportent une reconnaissance à l’international. Il connaît un succès mondial avec « Firin’ in Fouta » et le titre « African Woman » en 1994. Pendant trois ans, il enchaîne les tournées mondiales, dont la première partie de Santana en 1996 au stade de Wembley en Angleterre, avant d’enregistrer « Nomad Soul » en 1998. En 2006, Baaba Maal lance, au Sénégal, la première édition du festival « Les Blues du fleuve » pour valoriser le développement culturel et économique du Nord Sénégal. En 2009, il participe à la bande originale du jeu Far Cry 2 en collaboration avec Marc Canham. Baaba Maal est le seul artiste sénégalais invité à la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat. Grande voix de l’Afrique, son engagement dépasse largement le cadre musical puisqu’il est aujourd’hui représentant du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Il traite des maux infligés par les grands leaders politiques et de la reconnaissance que l’on doit à l’Afrique pour l’influence culturelle qu’elle a dans le monde.

Il est courant, chez Baaba Maal, de disparaître de temps à autre. Alors, l’artiste s’éclipse, il se fait désirer des plateaux télés. On ne l’y voit guère, pendant un bon bout de temps. Disparaissent alors cette coiffure de ses dreadlocks, cet habillement traditionnel, cette guitare qu’il sait si bien taquiner. Et puis, tout d’un coup, l’artiste refait surface. Cette méthode semble, chez l’artiste, une manière de reculer pour mieux sauter. Car, à chaque fois, il ne manque pas de revenir, avec une nouvelle production, au sortir de son « reclus artistique».

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 02 septembre 2016 12:17

De Ninéfécha, on connaît plus son hôpital que ses populations. En dehors de cette infrastructure, presque à l’abandon, Ninéfécha reste un village magnifique et paisible, où les ethnies peulhs, bediks et mandingues vivent dans une parfaite cohabitation. Toutefois, cette nouvelle commune est confrontée à des difficultés qui ont noms enclavement, absence de soins et d’électricité, etc.
Ninéfécha est un village situé au bas de la montagne. Pour y accéder, il faut emprunter un chemin abrupt et caillouteux avant de s’engager sur une pente raide pour enfin voir les premières habitations. En cette période pluvieuse, la nature a repris ses droits.

Ninéfécha ressemble à un nid d’oiseau où les toits des cases constituent les oisillons et la végétation abondante et luxuriante la litière du nid. Le gazouillement des oiseaux diffuse une musique naturelle aux différentes sonorités. Dans ce village, devenu commune à la faveur de l’Acte 3 de la décentralisation, on y dénombre un peu moins de 8500 âmes constituées de Peulhs (l’ethnie majoritaire), de Bediks, l’une des ethnies minoritaires du Sénégal oriental et de Mandingues.

Ici, l’activité principale tourne autour de l’agriculture et l’élevage. D’ailleurs, derrière les concessions, les champs de maïs s’étendent à perte de vue. Comme dans la plupart des localités de la région de Kédougou, des vaches errantes broutent l’herbe grasse et tendre du couvert végétal. Un peu plus loin, sur la terre pleine, un petit groupe de bambins se livre à un jeu à la fois puéril et amusant.

Mais Ninéfécha est curieusement calme en cette mi-journée. Une quiétude qu’on pourrait expliquer par les travaux champêtres des adultes. Mais, la raison est autre en cette mi-août. « Aujourd’hui, c’est un jour spécial pour les Bediks puisqu’une séance d’initiation est organisée à Iwol, l’un des nombreux villages Bediks de la montagne. La plupart des gens sont partis pour assister aux festivités », explique Napam Olivier Keita, l’un des rares jeunes rencontrés dans le village.

En tant qu’ethnie minoritaire, les Bediks éprouvent une grande fierté à montrer la richesse de leur patrimoine au cours de ces cérémonies d’initiation qui ont lieu à Iwol, sur la montagne. Ninéfécha, qui signifie en Bedik « là où l’eau est blanche », est logé au bas de la montagne. Les problèmes de mobilité des habitants restent un sérieux handicap à cause du manque de moyens de transport. Outre les véhicules qui y viennent en cas de location, la moto reste le principal moyen de déplacement. « Il y a très peu de motos ici. Les deux que vous voyez  là-bas appartiennent au maire. Elles servent à évacuer les malades parfois », renseigne le jeune homme. Le maire de la commune, Dondo Keita, déplore l’absence de pistes de production pour rallier certains villages comme Ethies, Kenda, Angossaka, etc., surtout en période d’hivernage.

Ninéfécha n’est pas mal loti
ninefecha montagneNouvellement affectée à l’hôpital de Ninéfécha, la sage-femme Marième Ndiaye est du même avis que le maire. « Les moyens de déplacement font défaut ici. Parfois quand je dois aller consulter les femmes enceintes dans certains villages, je n’arrive pas à le faire, faute de moto », souligne la soignante qui, malgré ces obstacles, est obligée de montrer son travail au district de Kédougou. Distante d’une quarantaine de kilomètres de Kédougou, Ninéfécha ne dispose pas de boutique pour approvisionner les populations en marchandises, encore moins de marché. L’unique lieu d’échanges qui fait office de marché se trouve à Thiokoy, à quelques kilomètres de la localité. En plus de ces difficultés liées au déplacement et à l’approvisionnement des populations, le maire souhaite pallier au manque d’infrastructures de la commune.

« On ne dispose toujours pas de mairie depuis que nous sommes devenus commune. Les jeunes n’ont pas d’aire de jeu, ni de formation. Quant aux femmes, elles ont besoin d’encadrement pour mener des activités génératrices de revenus », égrène Dondo Keita. Pour autant, Ninéfécha n’est pas aussi mal loti que cela car la commune dispose d’un poste de gendarmerie fonctionnel et d’un collège qui va bientôt recevoir ses premiers apprenants. De même, une case des tout-petits est implantée dans le village ainsi que des logements pour les enseignants affectés dans la commune ou les fonctionnaires qui doivent y servir.

Même si l’hôpital de Ninéfécha ne vit plus comme du temps de sa splendeur, il continue à prodiguer des soins aux populations. Alexis Sadiako, pharmacien dépositaire à l’hôpital de Ninéfécha, signale qu’ils peuvent recevoir entre 15 et 20 malades par jour, avec le paludisme comme principal motif de consultation. Ninéfécha demeure tout de même ce nid d’oiseau au pied de la montagne. C’est un village paisible où la cohabitation entre les différentes ethnies se passe à merveille. Seulement, cette cohabitation est parfois secouée par le vol de bétail et des problèmes de mœurs. «Ici, nous vivons dans une parfaite sécurité. A part ces deux problèmes évoqués plus haut, tout va bien », relève Napam Olivier Keita, rassuré toutefois de la présence de la gendarmerie qui vieille sur la quiétude de Ninéfécha et de ses 24 villages.

Hôpital de Ninéfécha : Une référence qui se conjugue au passé                                                                                       ninefecha hopitalNinéfécha abrite un hôpital fantôme qui manque de personnel qualifié et de matériel fonctionnel pouvant servir à la prise en charge des malades. L’hôpital de référence est rétrogradé sur l’échiquier du système sanitaire.

Dans cette case qui faisait partie de la maternité de Ninéfécha, le décor est désolant. Pas moins de quatre couveuses sont renversées pêle-mêle, les lits sans matelas sont à l’abandon et la poussière a fini de couvrir le moindre carré de la case.  Cette même atmosphère de désolation est visible un peu partout dans cet hôpital qui fut l’un des centres de santé de référence dans cette partie orientale du pays de par la qualité de son plateau technique. Aujourd’hui l’hôpital de Ninéfécha n’est que l’ombre de lui-même, avec un parc ambulancier non fonctionnel, des services (radiologie, chirurgie, analyse,  maternité) qui sont à l’arrêt.

D’ailleurs, le bloc opératoire qui n’est plus utilisé depuis plusieurs années, dégage une odeur fétide. Le renfermé et la poussière sont dans toutes les salles. Même s’il existe toujours du matériel de qualité, comme la radio qui n’est plus opérationnelle et ce microscope pour les analyses, un personnel médical de qualité n’est plus en service dans cet hôpital. A l’heure actuelle, aucun médecin encore moins de spécialiste ne sert à Ninéfécha. En ouvrant le bureau du gynécologue, le pharmacien Alexis Sadiako jette un regard triste dans la salle, avant de dire : « Il ne vient plus ».

ninefecha soinsAujourd’hui, pour aider les femmes du village à accoucher, la sage-femme nouvellement affectée fait aussi appel à la matrone. Pourtant cet hôpital, inauguré en novembre 2002 par le président Abdoulaye Wade, a longtemps accueilli des malades de toute la sous-région. « Les gens venaient des pays limitrophes pour se soigner. Il y avait même des enseignants maliens et guinéens qui venaient jusqu’ici pour profiter des soins de qualité de l’hôpital », confie le maire de Ninéfécha, Dondo Keita. Au-delà des régions de Tambacounda et de Kédougou, les ressortissants d’autres parties du Sénégal se déplaçaient pour profiter de ces soins de qualité. Conçu et réalisé par Mme Viviane Wade grâce à sa fondation « Education-santé », l’hôpital de Ninéfécha avait permis aux populations de cette localité de faire face à leurs ennuis de santé. Aujourd’hui, le paludisme continue de tuer à Ninéfécha faute de prise en charge ou de moyens d’évacuation. La référence n’est plus Ninéfécha, mais plutôt Bandafassi ou Kédougou. « J’ai tenté d’évacuer une fille malade ici, mais c’est quand on est arrivé juste au centre de santé de Bandafassi que la fille est décédée. Elle avait le paludisme », regrette le maire.

Le décès de cette fille, tout comme les nombreux ennuis de santé sont dus à l’absence de personnel qualifié dans cet hôpital. Le maire relève d’ailleurs qu’il avait des promesses du ministère de la Santé pour l’affectation d’un personnel, mais faute d’eau et d’électricité dans cet hôpital, les médecins hésitent à venir. Une situation qui plonge Ninéfécha dans le dénuement et la tristesse. La référence de Ninéfécha en matière de santé se conjugue désormais au passé.

Par Maguette NDONG, Ndiol Maka SECK (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 15:44

Les couleurs du mouton

01 Sep 2016
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Y a-t-il, au Sénégal, une poussée de ce fléau qu’est le viol ? Tout le laisse croire. D’ailleurs, le très sérieux quotidien national « Le soleil » n’a pas manqué, dans sa parution d’hier, de relater le cas d’un religieux écroué, à Tambacounda, pour viol sur mineure. Le marabout « saï-saï » (violeur) va devenir, s’il ne l’est pas déjà, le mouton noir de cette famille chérifienne à laquelle il appartient. Sachant que les plus tordus ont même le droit d’être défendus, nous n’avons pas été surpris d’entendre un de ses fanatiques disciples, c’est-à-dire une brebis égarée, nous appeler et nous balancer un sec  « Allez compter vos moutons ».

En s’énervant comme ça parce que votre journal préféré a rapporté que son guide religieux est une brebis galeuse, il a tout l’air d’un mouton enragé. Mais son sec « Allez compter vos moutons » qu’il a servi nous ramène à nos moutons, ces obligations religieuses dont l’une d’elles nous demande de sacrifier un mouton à l’occasion de la Tabaski qui vient à nous à vitesse grand V. A cette fête du mouton, les musulmans sénégalais, toutes obédiences religieuses confondues, voudront manger de la viande de mouton. Si l’on se fie à la presse, les troupeaux de moutons se font désirer partout au Sénégal à quelques petits jours de l’événement. Des nouvelles qui ne rassurent pas les petites bourses.

A côté d’une poignée de riches comme Crésus qui, avec le sourire, peuvent se payer un mouton de race, genre « laadoum » ou « bali-bali », il y a les innombrables « googorlu » (débrouillards) qui, la mine mauvaise, sont dans une dèche telle que leur réclamer même un « peul-peul » (bas de gamme) c’est comme leur demander de chercher le mouton à cinq pattes. Malgré la conjoncture économique difficile et l’éventuelle montée en flèche des prix du mouton, il y a ces doux comme un agneau qui vont se saigner pour combler une épouse suiviste vis-à-vis de la masse. Aussi y’en a-t-il qui, même s’ils constituent une infime partie, ont suffisamment de personnalité pour ne pas devenir des moutons de Panurge.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 12:58

On pourrait se demander, sans cesse, qu’est-ce qu’une jolie fille comme elle peut bien faire dans cet endroit éloigné qui manque de tout. Mais Marième Ndiaye, la sage-femme nouvellement affectée à l’hôpital de Ninéfécha, ne se pose presque pas cette question.

Marième Ndiaye est une jeune femme. Cette célibataire au regard franc est d’un commerce facile. Elle a rejoint son poste d’affectation, à Ninéfécha, il y a à peine un mois. Seulement Marième Ndiaye, la trentaine, est arrivée dans la localité dans un contexte difficile où l’hôpital manque de tout. Mais cela ne semble guère décourager cette jeune Djolof-Djolof qui a passé une grande partie de sa vie aux Maristes à Dakar. Marième Ndiaye aime son métier et veut le prouver. A sa sortie de l’Endss, il y a quelques années, elle fait partie des rares personnes de sa promotion à choisir la région de Kédougou.

Pourtant, elle avait bien le choix de servir dans sa ville natale de Linguère. Mais, la bonne dame veut découvrir d’autres horizons. Elle a envie de rencontrer d’autres Sénégalais, surtout ceux qui sont dans les profondeurs du pays. « Depuis 2009, je suis dans la région.

Avant Ninéfécha, j’étais à Tenkoto et là-bas les questions de sécurité ont été à l’origine de mon affectation », explique la jeune dame. Ici à Ninéfécha, elle fait office de sage-femme et d’infirmière à la fois à cause du manque de personnel de l’hôpital. Au delà de Ninéfécha, la sage-femme doit prodiguer des soins aux femmes enceintes qui sont dans les villages perchés sur la montagne. Parfois, le déplacement est difficile, voire impossible, surtout en cette période d’hivernage avec le ruissellement des cours d’eau. De telles situations ne semblent guère décourager Marième Ndiaye. « Je suis obligée de voir leur état de santé. Si je ne le fais pas, qui d’autre va le faire ? », s’interroge-t-elle toute souriante. La sage-femme a bien des raisons d’être contente ce matin, puisqu’elle est arrivée à l’hôpital accompagnée d’une stagiaire venue de Tambacounda. Une sorte de lot de consolation pour cette sage-femme patriote qui s’est préparée à cette une mission ô combien difficile.

Par Maguette NDONG, Ndiol Maka SECK (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 15:44

C’est à croire que les rumeurs ont fini par lui coller une réputation de ghetto. Mais, le quartier Rebeuss, à mi-chemin entre la Médina, le Plateau et la Gueule Tapée, étrenne un riche passé et est toujours fidèle à son métissage culturel.

Le premier spectacle est celui d’une rue allègrement animée. Des bêlements de mouton, des enfants qui courent et crient dans tous les sens, le vrombissement des voitures… Un pâté de maisons plus loin, c’est l’antre du « Parc Kadior ». Jadis le lieu accueillait des vendeurs de charbon de bois. Entre temps, il est devenu une caverne d’Ali Baba, une sorte de foire aux ferrailles de récupération.

Par ici on fabrique des fourneaux, par-là on déboulonne un échafaudage en fer à grand renfort de coups de marteaux assourdissants. Le tout, sous le regard des passagers à bord des cars rapides et minibus qui empruntent les abords du « Parc Kadior ». Ici c’est Rebeuss, du nom de la tristement célèbre maison d’arrêt et de correction (Mac) qu’il accueille depuis 1929.


« Contrairement aux rumeurs répandues, la prison n’était pas destinée aux chevaux. C’est à l’emplacement actuel de l’ambassade du Japon qu’il y avait un grand bâtiment où l’armée élevait des mulets. Les prisonniers qui balayaient les rues les utilisaient», s’empresse de préciser « Pa Ass Diack », le délégué de quartier de la commune de Dakar Plateau.

Dans ce dédale de rues où le béton et la bitume ont remplacé le sable, il ne suffit pas de demander longtemps pour trouver l’un de ses habitants les plus connus. Dans son bureau, les enfants défilent toute la matinée, à la quête de bonbons qu’il leur distribue. Ass Diack, qui a vu passer 82 printemps, en connaît un bout sur l’histoire du quartier. 

Rebeuss est limité à l’est par la rue Armand Angrand, à l’ouest par l’avenue Malick Sy et au nord par l’avenue Blaise Diagne. Au sud, il ouvre sa façade sur la corniche ouest de Dakar. Le décor ressemble à celui d’autres quartiers « populaires » à des exceptions près. Dans certaines rues bien quadrillées, on trouve des maisons dont la toiture faite avec des tuiles rouges témoignent de son passé colonial. A leurs côtés, des constructions en dur ont remplacé les anciens baraquements. « A l’époque, il y avait dans les concessions des jardins potagers qu’on arrosait avec l’eau de puits », se souvient Père Ass, comme l’appellent affectueusement les jeunes.

Un quartier de champions
Sur les étals de son petit marché, c’est un mélange de couleurs et de senteurs. Le vert de la salade mêlé au rouge des tomates se marie parfaitement avec l’oranger des tranches de potiron. Au gré de ses mouvements dans les petites allées du marché, le client entend les acheteurs et vendeurs commercer dans toutes les langues du pays et de la sous-région. C’est ce brassage ethnique si caractéristique de Rebeuss qui fait son charme aujourd’hui comme hier. Jadis, Rebeuss a accueilli des Portugais, des Capverdiens, des Soudanais (actuels Maliens), entre autres.

« Rebeuss a engendré beaucoup de grands sportifs », indique le désormais sportif du dimanche qui a formé la première école de football du Sénégal en 1963 après une carrière en football, volleyball, tennis de table et handball. C’est sûrement son ainé Lamine Diack, ancien président de l’Iaaf, qui en est le porte-étendard. Sur la liste figurent Habib Thiam, Alassane Djigo, André Mendy et Papa Gallo Thiam. L’Asc Khandalou maintient le flambeau sportif de Rebeuss dans les navétanes. L’équipe du championnat national populaire joue toujours sous la musique des « assiko ».

Par Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 12:57

Dès son installation comme président de la République, le 1er janvier 1981, Abdou Diouf, dans la continuité du legs des années 70, doit lancer une économie mise à mal par de longues années de sécheresse et un secteur industriel presque fœtal. Premier ministre pendant 10 ans, il a été au cœur de cette action, avec plus ou moins de réussite. Il a dirigé lui-même l’élaboration et la mise en pratique du « Plan de redressement économique et financier ». Dès son avènement, le gouvernement lance de nouvelles unités dont Dakar-Marine et la Seib de Diourbel. Mais c’est avec les industries chimiques du Sénégal qu’il pose un acte fort. La première pierre du complexe est posée le jeudi 02 avril 1981. Abdou Diouf est aux côtés du Pdg Pierre Babacar Kama et du ministre Cheikh Hamidou Kane (illustration).

En inaugurant la nouvelle usine sise à Taïba, dans le département de Tivaouane, Abdou Diouf déclare que le projet, en permettant des gains annuels de 25 milliards de FCfa, contribuera à « relever le niveau d’industrialisation du pays ». Le chef de l’Etat loue également, dans les Ics, « le cas de coopération exemplaire qu’elles représentent puisque, à côté du Sénégal, l’Inde, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Cameroun s’y retrouvent. Dans le journal, Cherif Elvalide Sèye rappelle que le pari n’était pas facile à gagner car, en filigrane, il portait toute la revendication du Tiers-Monde ». Pour lui, il s’agit d’une remise en question du partage des tâches « entre le Nord développé et le Sud sous-développé. Au Sud, l’exportation de matières premières ; au Nord, la valorisation de ces matières avant leur vente-la valeur ajoutée en plus- à ce même Sud ».

« Le Soleil » estime que les Ics représentent, pour le Sénégal, un acte important de refus de cette situation. Une matière première importante dont une infime partie seulement était valorisée sur place (50.000 tonnes sur plus d’un million de tonnes), et qui va désormais être traitée sur place, avec la valeur ajoutée, le travail supplémentaire pour nos bras que cela représente. « L’étape est décisive pour le renouveau de notre industrie », conclut le journal. Le nouveau président est aussi le nouveau secrétaire général du parti au pouvoir, le Ps. Quelques jours avant la pose de la première pierre de l’usine de Taîba, le Ps avait tenu un conseil national fort opportun ; en fait la première sortie publique du nouveau président de la République devant les militants socialistes. Abdou Diouf, dans son discours introductif au conclave socialiste, avait mis son auditoire en condition en soulignant que les industries extractives naissantes étaient le premier jalon vers une industrie tendue vers l’exportation.

Naturellement, l’union régionale Ps de Thiès met les petits plats dans les grands et réserve un accueil grandiose à Abdou Diouf. Les barons du régime sont bien sûr tous présents. Les noms rappellent beaucoup de souvenirs : Ousmane Seck, François Bob, Abdoul Aziz Ndao, Gallo Nguer, Abdou Mané, Mme Mantoulaye Guène… 

35 ans plus tard, les Ics trônent çà côté d’autres unités dans le ciel industriel sénégalais. L’entreprise sénégalaise a été recapitalisée avec l’arrivée, en août 2014, d’Indorama qui a acquis 78% du capital. Le mastodonte indonésien avait pris le relais de l’indien Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited (Iffco) qui conserve actuellement 6,78% de l’actionnariat d’Ics. Indorama vise également la production d’un million de tonnes d’engrais destinés surtout au marché régional.

Par Samboudian KAMARA

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 12:57

Au bout de deux kilomètres de marche dans la forêt limoneuse du village de Dindéfélo (au pied de la montagne, en peul), une piscine naturelle se dévoile. Elle est alimentée par une chute spectaculaire qui prend sa source sous une roche à Dandé, au sommet de la montagne. Ce site attire et fascine beaucoup de Sénégalais, mais aussi des touristes qui viennent à la découverte des merveilles qu’offre le pays de la « téranga ». La cascade de Dindéfélo est un don de la nature.

Depuis le mont Dandé, à 318 mètres d’altitude, un torrent d’eau dévale les pentes de la montagne à grande vitesse et avec un fort vacarme. Le débit est régulier. L’eau se déverse dans une piscine naturelle bordée par une colonie de roches. On est à Dindéfélo qui, en peul, signifie « au pied de la montagne ». Ce paradis perdu au cœur de la forêt galerie du Sénégal oriental est situé à quelques encablures de la Guinée-Conakry. Le spectacle qu’il offre est à couper le souffle. En levant les yeux au ciel, on a l’impression que les rochers fixés sur la montagne vont se détacher. Ils semblent être une menace pour le visiteur.

Sur place, on voit des couches nuageuses se former et les éclairs déchirer le ciel dans un grondement de tonnerre. Ici, on est en plein hivernage. Ce milieu, gorgé d’eau, est joli à voir. Cette cascade est un des miracles de la nature. La pureté de l’air qu’elle offre est sans commune mesure. On a envie d’y piquer un petit somme. L’eau de la cascade est d’une clarté étonnante et d’une fraicheur singulière. L’avantage de cette beauté naturelle sur la beauté artistique, comme dit le philosophe de l’art, réside dans le fait qu’elle seule éveille un intérêt immédiat. Toutefois, avant de profiter de ce don de la nature, il faut boire le calice jusqu’à la lie. La montre affiche 11 heures lorsque le véhicule s’est garé à quelques pas du campement communautaire du village.

Une matinée de galère dans un environnement difficile. D’abord, sur une piste cahoteuse parsemée de mares d’une eau douteuse. Des arbres jettent leur ombre sur la route. Des monticules de calcaire obstruent souvent le passage. N’eut été l’expérience de notre chauffeur, Abdoulaye Guèye, un conducteur de métier, la voiture allait s’embourber ou s’éteindre en pleine course, sous l’effet des eaux de pluie et des nombreux obstacles. Dans un écosystème très escarpé et au lendemain d’une forte pluie, il fallait braver des sentiers glissants et, parfois, coupés par les eaux de ruissellement. Les peuplements de liane qui se développent bien dans ces dépressions au sol rocheux compliquent la marche. Heureusement que le ciel était clair. La beauté du milieu naturel contribue aussi à atténuer la douleur.

Après la souffrance, le bonheur. La baignade pouvait commencer. Carim Camara, notre guide et natif de Dindéfélo, donne le signal. Prudence ! Avant de plonger, il faut d’abord sonder le degré de refroidissement de l’eau. Selon certaines populations locales, il arrive que des personnes imprudentes piquent une crampe en pleine baignade du fait de la forte fraicheur. Même si la piscine n’est pas si profonde, cette imprudence peut être fatale, surtout quand on est seul sur les lieux. « Lorsque nous étions enfants, nous mettions un feu à côté de la piscine avant de plonger, car l’eau était tellement froide que nous ne pouvions pas la supporter », explique Carim Camara qui est aussi le correspondant de l’Aps (Agence de presse sénégalaise) à Kédougou.

Découverte par un chasseur
La Chute de DindefeloNd Samb 12Ce havre de paix serait découvert entre 1921 et 1923 par un chasseur à la poursuite d’une biche. Il s’agit, selon Abdoulaye Diallo, un jeune du village rencontré sur le site, de son grand père. « Mes ancêtres ne vivaient que de la chasse.  Mais à l’époque, cette forêt n’était pas très fréquentée. Un jour, mon grand-père a poursuivi une biche jusqu’ici. Il a ensuite entendu un mouvement d’eau assourdissant. Venu s’enquérir de la situation, il est tombé sur ce miracle de la nature. Emerveillé par la beauté de la chute et la générosité de la nature dans ce milieu, il est allé appeler ses parents qui vivaient sur les plateaux à  Hafia et Dandé à  venir s’installer ici », fait savoir Abdoulaye avec une fierté visible.

Pour lui, cette cascade est un miracle du ciel parmi d’autres. « Même ceux qui sont nés dans le village ignorent tout le mystère qui se cache derrière cette cascade. Pour dire vrai, même nous, habitants du village, nous ne connaissons pas la véritable source de cette eau. Tout ce que nous savons, c’est que sous une roche, au sommet de la montagne, existent des fuites d’eau qui semblent alimenter la cascade. Mais, je ne pense pas que ce soit les eaux de pluie, car la quantité ne varie presque pas aussi bien en saison sèche qu’en période pluvieuse », estime Abdoulaye Diallo qui précise que « tous les éléments extérieurs à cette eau sont  naturellement filtrés. Cette eau-là peut être consommée à tout moment sans risque d’attraper une quelconque maladie ».

Abdoulaye est en compagnie de Mamadou Manga, un Thièssois venu à la découverte  de ce bel endroit qu’il ne voyait qu’à travers la télévision. Son rêve s’est réalisé.  Il a vécu un moment magique dans ce lieu et s’est même offert le plaisir d’y prendre un bain. « Je ne pensais pas venir un jour dans cet endroit merveilleux.  J’ai suivi un documentaire à la télévision où on montrait cette magnifique chute d’eau. J’étais émerveillé. A l’époque, je n’avais  pas encore connu Abdoulaye Diallo. Lorsqu’on s’est rencontré et qu’il m’a dit qu’il était originaire de Dindéfélo, je me suis dit que l’occasion m’est enfin offerte pour visiter ce site », relève Mamadou Manga. Il promet qu’à son retour, il incitera tous ses amis thièssois à venir visiter la cascade de Dindéfélo.

Selon une croyance populaire locale, au-delà de la beauté visuelle et la douceur de la température ambiante, l’eau de la cascade de Dindéfélo a des vertus thérapeutiques. Elle permet de conjurer le mauvais sort et laver la personne de toutes les souillures. « Cette eau est bénite. Celui qui plonge dans cette piscine y sortira propre comme le jour de sa naissance. D’ailleurs, des gens viennent de partout avec de nombreux bidons pour les remplir et les ramener chez eux », révèle Abdoulaye Diallo. Vrai ou pas, la cascade de Dindéfélo reste ce grand mystère de la nature qui nous procure tant de ravissement une fois qu’on la découvre. A Dindéfélo, l’ombre de Carim Camara ne passe jamais inaperçue. Ce jeune homme gentil et affable est à tout moment interpellé par un adolescent du village ou salué, au passage, par un vieil homme qu’il croise sur son chemin. Cette célébrité, Carim la doit à son engagement au quotidien pour sortir Dindéfélo de son enclavement.

Gestion de la cascade : Une réserve communautaire assure la protection du site
La gestion des chutes de Dindéfélo est, aujourd’hui, assurée par une réserve communautaire composée d’éco-guides et d’éco-gardes. Ces gardiens du temple veillent au respect et à la préservation, par les visiteurs, du site. Aussi bien la municipalité que les artistes, ils sont nombreux à tirer profit des revenus générés par ces chutes.

Le Village de DindefeloNd Samb 5« Marchez doucement », « Attention à votre sécurité » ou encore « Ne laissez pas de saletés ». Ce sont les messages de prudence et de salubrité qui sont écrits sur des morceaux de bois pour aviser les nombreux visiteurs qui prennent le chemin de la cascade de Dindéfélo. Ces messages renseignent aussi sur la bonne gestion concernant ces célèbres chutes du Sénégal oriental. D’ailleurs, tout le long du chemin, des flèches indiquent, aux visiteurs, la direction à suivre. Parfois, ce sont des dessins de singes ou de chimpanzés qui préviennent du danger de croiser ces bêtes dans cette forêt sauvage couverte d’arbres géants et enveloppée par des roches.

Au fil des ans, les habitants de la commune de Dindéfélo ont su développer des stratégies pour mieux sauvegarder la cascade. Une réserve communautaire a ainsi été créée avec des éco-guides et des éco-gardes qu’on reconnaît à travers leur T-shirt de couleur verte. L’un des éco-guides, Mamadou Samou Sylla, est un spécialiste des chimpanzés. Il se charge, à chaque fois, d’amener les touristes curieux dans les cachettes de ces bêtes sauvages.  « Il n’est pas facile de s’approcher des chimpanzés. Dès qu’ils voient un humain, ils fuient. Mais, ils restent des animaux gentils et très proches de l’homme », explique l’éco-guide.

Dans la réserve, on dénombre une quinzaine de guides et d’éco-gardes. Ces derniers, les éco-gardes, veillent au grain et se livrent quotidiennement à la sensibilisation des visiteurs sur la nécessité de préserver le site. « Chaque jour, un éco-garde est présent à la cascade pour enlever toutes les ordures afin de maintenir l’endroit toujours propre », signale Carim Camara, l’un des responsables de la réserve communautaire de Dindéfélo. Seulement, ces gardiens de la chute craignent, chaque fois, la visite des élèves qui viennent généralement de Dakar ou de Tambacounda.

« Les élèves sont, ici, les visiteurs les plus difficiles à gérer. Ils plongent ensemble par groupe de trente dans la piscine de la cascade, et cela n’est pas souvent souhaitable. Mais, nous veillons au grain », ajoute Carim Camara. Pour autant, cette bonne gestion de la réserve a porté ses fruits. La municipalité s’en sort bien avec les prix qui sont fixés aux visiteurs, selon qu’on est étranger (1.000 FCfa), Sénégalais (500 FCfa) ou enfant (100 FCfa). « Chaque mois, on parvient à collecter entre 150.000 à 300.000 FCfa de droits de visite. Mais ce montant dépend de l’affluence des visiteurs », précise Bassirou Diallo, collecteur municipal.

Promouvoir la destination Dindéfélo
La Chute de DindefeloNd Samb 18Même si les nationaux viennent de plus en plus visiter la cascade, les touristes français, belges et surtout espagnols arrivent en masse à Dindéfélo. Les pics de visiteurs sont surtout enregistrés dans la période allant de début août à la mi-septembre.

Ce n’est pas uniquement la municipalité qui profite de l’affluence des visiteurs de la cascade. Les artistes, comme le sculpteur Amadou Sow, se frottent aussi les mains.  Installé depuis une quinzaine d’années à Dindéfélo, Amadou fait désormais partie du village. Aux touristes et autres vacanciers, il propose des statuettes de chimpanzés, d’hippopotames, d’éléphants ou encore des pirogues. «Souvent j’arrive à écouler ces produits sans grande difficulté », relève le bonhomme qui est installé sur le site depuis 2000. D’ailleurs, à la veille de notre visite, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mary Teuw Niane, nous avait précédés à la cascade. « Son arrivée, ici, a été une bonne affaire pour nous », affirme le sculpteur. Le geste du ministre a été bien vu et salué par l’ensemble des acteurs de la réserve communautaire de Dindéfélo. Sur sa page Facebook, le Pr Niane a partagé les images de cette visite mémorable. Une manière de promouvoir la destination de Dindéfélo et, au-delà, aider à faire connaitre les nombreuses potentialités du Sénégal oriental.

Maguette NDONG et Ndiol Maka SECK (Textes)
Ndèye Seyni SAMB (Photos)

 

Last modified on mercredi, 31 août 2016 14:23

L’argent sorti des ordures

31 Aoû 2016
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Dakar, la capitale sénégalaise, et les autres grandes villes de l’intérieur du pays ne sont pas à la veille de gagner la bataille de la salubrité. Si l’on fait dans le surnaturel, c’est à croire que, dans les cités de Leuk Daour, Mame Meïssa, Mbossé Coumba Djiguène, Mame Coumba Bang ou Mame Ndiaré, il y a des djinns qui y ramènent, la nuit, toutes les ordures déjà enlevées par les techniciens de surface dont la régularité des camions de ramassage des déchets domestiques est, en plein jour, bien appréciée par les populations des quartiers qu’ils sillonnent.

Mais, disons simplement, pour rester dans le naturel, que l’insalubrité dans nos villes, souvent liée à un manque de moyens des services municipaux, tient également à l’attitude des « boudioumen » (récupérateurs) qui, quotidiennement, descendent dans les décharges, ramassent tout matériel recyclable et nous ramènent une bonne partie des ordures déjà sorties de nos lieux d’habitation. N’osant pas qualifier ces « gorgoorlu » (débrouillards) d’ordures, disons qu’ils sont ces drôles d’acteurs qui ne contribuent pas à maintenir nos villes propres. Leur pratique ordurière, qui consiste à réintroduire des biens usagés, bons pour la casse, et à les refiler aux petites bourses ayant choisi de se taper un dortoir sommaire, se nourrit des quartiers flottants.

Ce n’est pas dire des ordures en signalant que les brocanteurs, qui ne parcourent pas les décharges, attendent que les « boudioumen » et des propriétaires de biens usagés viennent, respectivement, leur proposer du matériel de récup et des produits bons à mettre aux ordures qu’ils achètent et stockent, attendant patiemment de les revendre. C’est vrai que l’argent des uns et des autres n’est pas sale. Ils l’ont bien gagné. Mais, croyez-vous que l’argent sorti des ordures n’a pas d’odeur ?

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 31 août 2016 14:23

« Dépôt », un quartier centenaire, est l’un des premiers de la ville de Tambacounda. Il tire son nom des matériels qui y étaient déposés pendant la construction de la voie ferrée Dakar-Niger. Dans la zone, un mouvement associatif très puissant se déploie, met en place une stratégie et s’emploie à trouver des solutions aux problèmes qui se posent. « Dépôt », c’est surtout les charmes que dégage le melting-pot qu’il forme.

Avec une population de plus de 10 mille âmes, dans une ville de 70 mille habitants, « Dépôt » est l’un des premiers quartiers de la ville de Tambacounda. Il est coincé entre la voie ferrée et la rivière du Mamacounda. C’est ici que se trouvait la base des constructeurs européens de la voie ferrée Dakar-Niger qui y avaient entreposé leurs matériels. Tout autour, se développaient les campements des ouvriers africains. La première extension du quartier « Dépôt » date du premier lotissement effectué en 1916. Né avec le rail, le quartier vit au rythme de l’informel.

La célèbre rue Aynima Fall, qui en constitue le cœur économique, est jalonnée de boutiques ; ce qui en fait un haut lieu d’échanges. L’autre particularité du quartier « Dépôt », où de vieilles bâtisses sont côtoyées par des bâtiments modernes, c’est surtout sa population cosmopolite. Ses habitants, originaires des quatre coins du Sénégal, mais aussi de la Guinée-Conakry et du Mali, forment un melting-pot dont les noms de famille « mossi », « bambara », « khasonkhé », « soussou », « peul », entre autres, font le charme. En effet, à côté des Kaba, des Traoré, des Kanté et des Tandjigora, vivent les Cissokho, les Diallo, les Bâ, les Djikiné, les Bathily et les Souaré. « Cette population, qui vit en parfaite symbiose, semble trouver dans le mouvement associatif une soupape de sécurité face aux rigueurs de la crise », nous confie Mabèye Dieng, un sous-préfet à la retraite. Né au début du 20ème siècle, le quartier « Dépôt » est, aujourd’hui, confronté à une crise de croissance. De 4.000 âmes en 1988, la population est passée à 7.000 âmes en 2001 et avoisine, à présent, les 10.000 personnes. Cette augmentation n’a pas été accompagnée d’une extension du quartier, actuellement ceinturé par la rivière du Mamacounda et les zones d’habitation sorties de ses flancs. Cette situation est, pour Alassane Guissé, secrétaire exécutif du Gadec (Groupe d’action pour le développement communautaire), un défi majeur de gestion urbaine.

Les activités économiques du quartier « Dépôt » ont connu une évolution positive avec la prolifération des boutiques de commerce. Beaucoup de ses enfants ont émigré en Europe, principalement en France, en Espagne et en Italie. « Dépôt » est confronté à une crise de croissance que l’on peut évaluer à partir de la seule école qui y fonctionne avec un effectif de 1.058 élèves pour 12 classes, soit 83 élèves/classe. Un double flux est imposé par les autorités académiques pour résorber la population scolaire. Mais, cette option joue négativement sur la qualité des enseignements et se ressent sur les résultats scolaires des enfants. Le quartier est aussi confronté à des problèmes d’insalubrité que le comité de développement local a pris à bras-le-corps. « Dépôt », qui abrite un seul poste de santé, ne peut pas satisfaire les besoins sanitaires de ses habitants qui sont obligés de se rabattre sur la circonscription médicale sise au quartier Liberté. Face à ces difficultés, parmi d’autres, les populations mettent en place des stratégies pour se tirer d’affaire. Le mouvement associatif, s’appuyant sur les valeurs de solidarité, essaie de trouver les meilleures solutions aux différents problèmes qui se posent à la communauté.

Pape Demba SIDIBE

Last modified on mercredi, 31 août 2016 14:22

A Dindéfélo, l’ombre de Carim Camara ne passe jamais inaperçue. Ce jeune homme gentil et affable est à tout moment interpellé par un adolescent du village ou salué, au passage, par un vieil homme qu’il croise sur son chemin. Cette célébrité, Carim la doit à son engagement au quotidien pour sortir Dindéfélo de son enclavement.

Fervent militant du développement et de la promotion des femmes, Carim Camara, 44 ans, a même créé une association d’appui aux initiatives locales et à l’environnement. Une structure qui vise à former les femmes et à les sensibiliser sur leurs droits, mais aussi à tout faire pour éviter les mariages précoces. Grâce à son association, Carim Camara a construit un centre de formation pour initier les femmes aux métiers de la teinture, de la couture ou encore de la savonnerie. « Ce centre essaie de recueillir toutes les femmes qui ont échoué à l’école et qui n’ont pas de métier. On les forme, et quand elles sortent, elles sont qualifiées », mentionne-t-il.

Mais le jeune homme s’est aussi investi dans la sauvegarde de la cascade de Dindéfélo. Quatre années durant, il a présidé aux destinées de la réserve communautaire. « En tant que premier bachelier du village, on touche à tout à la fois », rappelle Carim, le sourire aux lèvres. Ce premier bachelier fut l’un des meilleurs élèves de sa génération. Ancien pensionnaire du Prytanée militaire de Saint-Louis, Carim Camara a rejoint la Faculté de Droit de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad). Malheureusement pour lui, cette année universitaire, 1994, allait être invalidée.

arim retourne à Kédougou et s’engage dans le corps des enseignants volontaires. Entre l’enseignement et le journalisme, Carim ne fera qu’un pas. Il travaille à la fois à la radio Dunya et à la radio communautaire de Kédougou. La radio allemande Deutsch Welle l’amène à Munich pour y suivre, pendant deux mois, un stage de perfectionnement. Cet homme débrouillard, qui a su se professionnaliser au fur des années, est contacté, en 2009, par l’Agence de presse sénégalaise (Aps). « C’est quand l’Aps avait une session de formation à Dindéfélo que Koumé, l’ancien directeur, m’a contacté pour être leur correspondant », rappelle Carim.

Natif du coin et grand connaisseur du Sénégal oriental, Carim Camara vient de publier son premier livre intitulé « Lettre à un ami inconnu », Harmattan, 2015. Aujourd’hui, ce père de famille partage sa vie entre Kédougou et Dindéfélo. Une manière de veiller sur cette contrée qu’il aime tant.

Maguette NDONG, Ndiol Maka SECK (Textes)

Ndèye Seyni SAMB (Photos)

Last modified on mercredi, 31 août 2016 14:22

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