Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

Qui se souvient encore du Parti africain de l’indépendance ? Le Pai a pourtant été, dès sa création en septembre 1957, le porte-flambeau de la revendication pour l’indépendance du Sénégal, à côté du Pra/Sénégal et d’organisations comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone (Feanf). Conduit par son leader charismatique, le Dr Mahjemout Diop (1922-2007), le Pai était alors la principale force politique en face de l’Ups dont la majorité des dirigeants était plutôt favorable à une transition en douceur. Très vite, dès le 31 juillet 1960, à l’occasion des premières élections municipales à Saint-Louis post indépendance, des émeutes éclatent et font des blessés (voire un mort) et d’importants dégâts. La voiture du maire, Me Babacar Sèye est brûlée, le gouverneur Daniel Cabou pris à partie par les manifestants alors qu’il était sorti de ses bureaux pour les calmer. Le lendemain, 1er août, le Pai est dissout pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Son leader, lourdement condamné par contumace, entame un long exil qui durera 15 ans…

Suite à la crise politique et sociale de 1968, le président Senghor avait nommé, en 1970, un jeune chef du gouvernement en la personne d’Abdou Diouf et procède à une « ouverture démocratique » 04 ans plus tard. En 1976, le Pai retrouve la légalité ; il y a déjà sur « la place » le Pds de Me Abdoulaye Wade créé en 1974. « Le Soleil » consacre sa « Une » du 1er septembre 1976 à Mahjemout Diop qui est interviewé par Moctar Kébé, futur ministre de la Communication et maire de Kolda. Le moins que l’on puisse dire est que le vieux révolutionnaire s’est assagi. « Nous lutterons désormais dans un esprit démocratique », dit-il.

La ligne du Pai reste constante au fond. « Le Pai est une organisation politique qui accepte les principes du socialisme scientifique et les applique pour la conquête de l’indépendance de l’Afrique noire et pour la construction d’une société socialiste africaine », disaient dès 1957 les statuts du parti.
Le Pai dit qu’il s’est toujours appliqué à définir « une voie qui, parce que originale et adaptée aux réalités de notre pays reste, par là même, scientifique ; c’est-à-dire que nous avons été avant la lettre pour une relecture -prolétarienne s’entend- de Marx, Engels et Lénine ».

La révision constitutionnelle de 1976 n’autorisait que 03 partis politiques rattachés aux trois idéologies (démocratie libérale avec le Pds, socialisme avec le Ps ex. Ups, communisme avec le Pai de Mahjemout Diop). Ce dernier bénéficie d’une loi d’amnistie. Le processus du retour du Pai dans le jeu politique légal fait l’objet d’un échange épistolaire (sous couvert du gouverneur de la région du Cap-Vert) entre le célèbre tribun et le tout puissant ministre de l’Intérieur d’alors, Jean Collin. Le journal publie les textes. Mahjemout Diop souligne d’entrée que « le Pai, en tant que parti politique et bien qu’il tienne grand compte de la majorité musulmane du Sénégal, pratique un strict non-engagement vis-à-vis des religions et des philosophies ». Toutefois, pour ne pas trahir la décrispation, la formation communiste précise qu’elle a choisi « la voie démocratique pour la conquête du pouvoir ».

A plusieurs reprises, le Pai ira, sans succès, aux élections. Même pas un poste de député ! Vers la fin de sa vie, retiré des affaires publiques mais l’œil toujours avisé, Mahjemout Diop soutiendra le président Abdou Diouf lors de l’élection présidentielle de 2000 et votera « NON » lors du référendum de 2001. Tombé dans l’oubli, le Pai ne vit plus qu’à travers les archives. A part bien sûr, le trait mémoriel entretenu par la fameuse station des cars de transport en commun appelée « Tableau Pai » à Guédiawaye…

Samboudian KAMARA

Last modified on mercredi, 31 août 2016 14:21

Charmes d’une vie nocturne

30 Aoû 2016
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Cette partie de la ville de Leuk Daour Mbaye scotche de plus en plus de personnes qui semblent s’y être attachées à vie. Quand le crépuscule étend son manteau sur cette zone, quand les plaintes des « gorgoorlu » (débrouillards), des automobilistes et autres piétons se fait moins entendre, il y a, ici, une offre d’activités correspondant à une combinaison parfaite entre le formidable enthousiasme des fêtards et les rythmes frénétiques d'une nuit vibrante et sans fin. Ainsi, se déroule la vie nocturne en ce lieu que l’on ne va pas indiquer.

Ici, l’on est capable de satisfaire les hommes et les femmes qui aiment s’amuser et faire la vie. En vérité, ils y ont la belle vie. En y allant, pour la première fois de sa vie, on s’en sort ravi d’avoir vécu une soirée estivale des plus agréables qu’on ne pourra l’oublier de sa vie. Car dans ce coin-là, il y a de la vie. A l’intérieur des bars, des discothèques et des casinos, les gens sont pleins de vie. Pour ces adeptes d’une vie mondaine, c’est une destination parfaite pour croquer la vie à belle dent. Aussi, les gens qui gagnent leur vie ici, sont-ils unanimes à dire que tout est possible dans cette partie de la ville mélancolique et bruyante le jour, mais joyeuse et vibrante comme peu d'autres, la nuit.

On y rencontre très rarement, nous dit-on, quelqu’un qui vous raconte toute sa vie. La plupart des adeptes de ces milieux sont des dandys –nationaux et étrangers- qui ne se plaignent pas de la vie chère. Le prix élevé de la boisson dans les bars, du ticket à l’entrée des dancings et des mises à l’intérieur des salles de jeux renseignent à suffisance que ceux qui descendent dans ces établissements-là ne connaissent pas les difficultés de la vie quotidienne. Ici, ils mettent la main à la poche, dépensant sans compter. Ils savent donner vie au milieu, s’adonnant au libertinage et se laissant aller à certaines légèretés. Après tout, c’est leur vie privée. Ils vivent leur vie.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mardi, 30 août 2016 13:57

La médecine traditionnelle continue encore d’attirer, en dépit de la modernité. Cependant, elle se voit, aujourd’hui, menacée par plusieurs facteurs comme la disparition de certaines plantes due aux changements climatiques, la montée en puissance du charlatanisme, l’absence d’un cadre réglementaire ainsi que la précarité dans laquelle se trouvent les guérisseurs.

En initiant, pour la première fois au Sénégal, le projet médecine traditionnelle dans les années 1970, le professeur Henri Collomb, ancien responsable des maladies mentales à l’hôpital Fann, était loin d’imaginer l’ampleur et la portée qu’aura plus tard la pharmacopée traditionnelle. Plus de trois décennies après, cette forme de thérapie populaire continue d’avancer malgré la montée de la toute puissante modernité. Une bonne partie de la population sénégalaise s’adresse encore à des guérisseurs pour se soigner.

Néanmoins, la popularité et les avancées de la médecine traditionnelle contrastent avec les problèmes auxquels se heurte le secteur. Il fait face, aujourd’hui, à plusieurs défis comme la raréfaction de certaines plantes du fait des changements climatiques. Parfois, les guérisseurs sont obligés d’aller très loin, jusqu’en Casamance ou en Guinée, pour trouver certaines plantes. Une situation qui ne milite pas en faveur d’un accès efficient et sûr des personnes ayant recours à la médecine traditionnelle pour se soigner. « Aujourd’hui, nous avons perdu 50% des plantes destinées à la médecine traditionnelle. Je pense qu’il faut penser à leur reconstitution, sinon nous risquons de perdre une grande partie de notre savoir », explique Mbaye Senghor, président du Comité d’initiative pour la Santé et le bien être familial (Cisbef) de Fatick, mis en place 1996 et dont l’objectif est, entre autres, d’identifier et d’organiser les tradipraticiens, mais aussi de faire des recherches sur les plantes médicinales.

Un véhicule pour la collecte des plantes
Au Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick, appelé Malango, une petite forêt d’une dizaine d’hectares a été aménagée pour faire pousser des plantes à base médicale. Mais, avec la salinité des sols, certaines de ces plantes n’arrivent plus à pousser. « Depuis quelques années, nous plantons jusqu’à 5 000 arbres par année. Mais, malheureusement, ils ne tiennent pas longtemps », informe Emile Niane, secrétaire général de l’Association Malango. Pour davantage faire face à ce problème, l’Association a implanté un autre jardin botanique de 7 hectares à Diakhao, grâce à l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud).

Il s’agit d’espèces qui ont été sélectionnées par les guérisseurs. « Pour le moment, ce jardin n’est pas encore utilisable, mais il le sera les prochaines années », rassure Emile Niane. Ibrahima Ndong, guérisseur à Malango, évoque des difficultés de mobilité pour la cueillette des plantes. Il invite les autorités et partenaires à mettre à la disposition du centre un véhicule pour parcourir les longues distances à la recherche de racines et d’écorces à travers le pays.

Charlatanisme
Senghor Pdt GuerisseursLe charlatanisme est l’autre défi auquel fait face la médecine traditionnelle. Force est de reconnaître que le savoir et la qualification du praticien ont des impacts sur le patient. Aujourd’hui, de plus en plus, de pseudo guérisseurs envahissent les médias pour proposer des publicités mensongères. Ce phénomène a fini d’impacter, de plein fouet, le travail des guérisseurs « classiques ». Il a voué aux gémonies un métier « noble », basé sur des connaissances empiriques qui ont traversé des siècles et qui peut, sans aucun doute, participer à la réalisation de l’objectif d’un accès aux soins universels. « Actuellement, on entend un peu partout, dans les radios et télévisions, des gens qui prétendent tout soigner. Je pense que la meilleure publicité, c’est d’avoir les bons résultats. Dans ce cas, les gens viendront naturellement », reconnait Emile Niane.

Mame Ngor Faye, lui, invite l’Etat à prendre ses responsabilités, en boutant hors du pays tous ces « soi-disant guérisseurs ». Pour Mbaye Senghor, « tout le monde est devenu guérisseur parce que c’est un bon moyen d’avoir de l’argent ». De son côté, Abel Mad Bakhoum, guérisseur siégeant au village de Sobème, dans la commune de Diarière, soutient que « présentement, il y a plus de charlatans que de tradipraticiens ». Face à cette situation, la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire s’impose pour organiser ce métier regroupant la « somme de toutes les connaissances, compétences et pratiques reposant sur les théories, croyances et expériences propres à différentes cultures ».

Cette réglementation, soutiennent ces tradipraticiens, permettra de promouvoir l’usage sûr et efficace de la médecine traditionnelle. « Je pense que pour éradiquer le charlatanisme, il faut que le guérisseur ait d’abord un statut qui permettra d’aller vers la réglementation de la médecine populaire. Ce sera une façon de faire la différence entre guérisseur et charlatan », affirme M. Niang. Selon lui, il faudra également concilier la médecine traditionnelle et celle moderne car « quand le malade n’est pas à l’hôpital, il est forcément chez le guérisseur ». En Afrique, note le secrétaire général de l’Association Malango,  80 % des populations continuent de s’adresser à la médecine traditionnelle. Une collaboration entre les deux médecines pourrait permettre d’arriver à une thérapie complémentaire et/ou moins onéreuse.

Précarité
Dans sa stratégie 2014-2023 pour la médecine traditionnelle, l’Organisation mondiale de la santé recommande aux Etats de « veiller à ce que les services » de ce domaine «  (pratiques et praticiens) soient correctement contrôlés en instaurant des systèmes réglementaires pratiques adaptés à l’infrastructure des États membres ». Mais également, qu’ils contribuent à la conception et à la mise en œuvre de directives visant à garantir la sécurité, la qualité et l’efficacité des services.

La pratique de la médecine traditionnelle rime, dans beaucoup de cas, avec précarité. En effet, bon nombre de guérisseurs sont dans une situation aisée. Une donne qui ne profite pas forcément à la promotion et à la sauvegarde de ce savoir millénaire. Au Centre Malango de Fatick, c’est l’heure de la fin du repas de la mi-journée. Près d’une dizaine de tradipraticiens observe une pause à l’ombre du « kassak » (hutte du savoir). Ici, informe Nini Gackou, les guérisseurs sont obligés de donner une participation de 200 FCfa pour la préparation du déjeuner. A l’en croire, la nourriture constitue un véritable problème. Cela, d’autant plus qu’il arrive, à certains de guérisseurs, de rester plusieurs jours sans accueillir un seul patient.

« Dans le centre, c’est nous qui cotisons pour payer l’eau et l’électricité. Nous sollicitons l’aide de l’Etat, du ministère de la Santé et de l’Action sociale », soutient Diéré Ndiaye, 75 ans.

Emile Niane, secrétaire général de l’association Malango minimise : « On ne peut pas parler de précarité. Ici, chacun gagne en fonction de ses compétences. Parmi les guérisseurs, certains ont des troupeaux». Pour Eric Gbodossou, directeur du Centre de Malango de Fatick, les guérisseurs ne donnent qu’une participation symbolique pour la préparation de la nourriture. Mbaye Senghor, président Cisbef de Fatick ne partage pas le point de vue d’Emile. «  Nous ne vivons pas de notre métier et nous sommes toujours laissés en rade. Il y a beaucoup de malades qui viennent nous voir sans argent. Nous sommes là pour aider, pour faire du social », fait-il comprendre.

De 2000 à 2009 suivant la tarification fixée qui varie entre 3000 et 5000 FCfa, selon le motif, le Cisbef a encaissé 3. 850. 600 et a dépensé 6. 475. 900 de FCfa pour les frais de paiement de ses locaux. Faute de moyens, le comité occupe actuellement une petite pièce à la permanence du Parti démocratique sénégalais (Pds) à Fatick. «Le Sénégalais croit toujours à la médecine traditionnelle. Mais, malheureusement, il y a beaucoup de problèmes.  Nous sommes toujours les premiers et les derniers remparts dans tous les domaines curatifs. Il faut donner aux guérisseurs les moyens de faire face non seulement aux malades mais à la promotion de la médecine traditionnelle car il s’agit d’un patrimoine qui mérite d’être valorisé et sauvegardé », a tenu à faire comprendre M. Senghor.

Pratique et exercice de la médecine traditionnelle : L’élaboration d’une politique nationale en cours  
Alioune AW medecine tradiLa réglementation de la pratique de la médecine traditionnelle continue de poser encore problème dans notre pays. L’Etat du Sénégal a, conformément aux résolutions de l'Organisation mondiale de la santé (Oms), de l'Union africaine (Ua), de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) et de la Cedeao, créé une cellule de la médecine traditionnelle à la direction générale de la Santé du ministère de la Santé et de l’Action sociale.

Selon Alioune Aw qui dirige cette cellule, ces institutions internationales, depuis plus de deux décennies, n'ont cessé d'attirer l'attention de la communauté sur l’intérêt de la médecine traditionnelle pour développer les services de santé et mettre en œuvre, dans les communautés, des stratégies visant la prévention des maladies et les pratiques de soins.

Selon lui, notre pays, au regard de tout ce qui précède, a pris la décision de créer une structure de gestion de la médecine traditionnelle dont les missions sont d’impulser et de promouvoir la celle-ci dans le système national de santé préventif et curatif. En plus, elle coordonne et assure le suivi de la mise en œuvre des activités de cette médecine. Elle encadre, également, l'élaboration des textes législatifs et réglementaires régissant la médecine traditionnelle. «  Comme décliné dans les missions de la cellule de médecine traditionnelle qui est rattachée à la direction générale de la Santé, la structure de gestion organise et encadre la pratique et l'exercice de la médecine traditionnelle en relation avec les services concernés », a-t-il expliqué.

A l’en croire, suite aux recommandations des institutions internationales, le Sénégal est dans un processus d'élaboration d'un document de politique nationale de médecine traditionnelle mais surtout dans la réactualisation du projet de loi relative à l'exercice de la médecine traditionnelle. « Aujourd’hui, nous sommes dans la dernière étape du circuit administratif pour son vote », a-t-il assuré, ajoutant que la cellule déroule actuellement un plan d'actions sur dix ans, allant de 2014 à 2023.

A Ngouye et Sobème : Les guérisseurs font courir les Sénégalais
Dans la région de Fatick, des guérisseurs retranchés dans les villages continuent de faire des merveilles pour délivrer des patients et assister des personnes aspirant à un mieux-être.

Ngouye et Sobème sont deux localités de renom, grâce à la qualité de leurs guérisseurs.

Une route latéritique aux couleurs du couchant mène à Ngouye, un village situé à trois kilomètres de Fatick. En cette saison des pluies, la vie semble être au ralenti dans ce petit bourg qui se dresse sous une profusion de baobabs séculaires. En ce début de matinée, une bonne partie des habitants de ce village est dans les champs où l’odeur du sol retourné à la charrue offre une sensation exquise. Après la pluie de la nuit dernière, un vent frisquet aux douces caresses accueille le visiteur. L’air est frais. L’atmosphère agréable. Ngouye offre une quiétude rassurante faisant oublier, par moment, les soucis existentiels. L’on se plait dans ce paradis gracieusement offert par « mère nature ».

A défaut de profiter du gazouillement des oiseaux dans le feuillage dru des baobabs, l’on peut se suffire de contempler le merveilleux spectacle des champs verdoyants qui ceinturent les demeures. Ngouye est devenu célèbre grâce aux pouvoirs de ses guérisseurs. Ces « maîtres », à l’aide d’un savoir entretenu depuis plusieurs générations, défient les lois de la science et forcent le destin. Ici, on soigne tout. Ou presque. Des gens issus de tous les milieux viennent à la quête d’une faveur, de la richesse, de la réussite sociale, d’un avenir brillant. Ici, chacun vient avec son problème, le secret des tradipraticiens ne permet pas d’entrer dans les détails d’un travail qui dépasse souvent l’ordre de la raison.

Rituel contre les maladies
Une fois notre identité déclinée, difficile de soutirer la moindre information à ces « professionnels du destin ». Les patients aussi préfèrent cacher leurs maux et inquiétudes derrière leur parure. Partout, la méfiance est de mise. On se garde de dévoiler les secrets de la voyance ou d’une maladie à un inconnu rencontré par hasard. Ngouye, le mystérieux, accueille tous les jours, à l’exception du vendredi, des patients qui viennent des différentes localités du Sénégal. Au milieu du village, un grand baobab a été aménagé pour les besoins des bains mystiques. Ici, chaque patient doit donner, en échange, une pièce de 100 FCfa pour profiter de ce bain dont les bienfaits sont loués dans la contrée. « Ce rituel aide à soigner beaucoup de maladies. Mais, je vous demande de vous adresser au vieux Faye », lance une dame.

Taille moyenne, allure fragile, le vieux Ngor Diouf encadre, depuis des années, ces séances de rites dans le village. Mais le septuagénaire se garde de donner des détails sur la portée de ces pratiques ancestrales qui défient encore le temps. Après les salamalecs d’usage et le dévoilement de notre identité, il nous ordonne tout bonnement de rebrousser chemin. L’homme préfère ne pas dévoiler ses secrets à des journalistes. Et ce, quelle que soit la portée de ces informations. Mais dans ce village, Ngor Diouf n’est pas le seul à détenir les secrets de la science occulte.

Mbaye Ngor Faye, 76 ans, est le seul guérisseur qui a accepté de se confier. Il dit avoir exercé ce métier depuis au moins 20 ans. Retranché dans sa hutte construite au milieu de la cour familiale, le vieux jouit d’une grande notoriété. « Je reçois des gens qui viennent de Tambacounda, Kolda, Guinée, Casamance, Aéré Lao, Saint Louis, Linguère… On me connait un peu partout », s’enorgueillit-il. Son pouvoir, Mbaye Ngor, l’a hérité de ses parents. Enfant, il vouait une grande admiration à son père.

Ce dernier, soutient-il, « a contribué à façonner l’homme qu’il est devenu aujourd’hui ». Chez ce guérisseur, la consultation se fait à 200 FCfa. « Je ne dis jamais aux gens ce que je ne suis pas capable de réaliser. Aussi, je n’exécute jamais des rituels de haine, de déchéance ou de mort. Tout ce que je fais s’inscrit dans le sens d’améliorer l’existence de l’homme, de l’aider à mieux réussir sa vie », précise le tradipraticien. Mbaye Ngor Faye apporte un remède contre le mauvais sort, la sorcellerie, le mauvais œil. Mais également une solution face à la faillite, au chômage, au manque de chance. L’homme est aussi très convoité pour ses miracles contre le vol.

Absence de relève
Dans la zone, ses gris-gris font courir beaucoup de pasteurs voulant préserver, à tout prix, leurs troupeaux des voleurs de bétail. «Un voleur ne m’a jamais rendu visite. J’ai des recettes mystiques qui permettent de se prémunir contre les voleurs. D’ailleurs, beaucoup de personnes viennent ici pour s’en procurer », assure-t-il. Parmi sa clientèle, le guérisseur dit recevoir plus d’hommes en quête d’une réussite sociale. Il arrive aussi que des personnes souffrant d’autres pathologies viennent demander ses services. 

Toutefois, l’héritage de Mbaye Ngor Faye risque de sombrer, une fois qu’il ne sera plus de ce monde. Et pour cause : « Les jeunes ne font plus rien pour assurer la relève. Ils ne s’intéressent plus à leur culture », laisse-t-il entendre. Le guérisseur déplore le manque d’intérêt notable de la jeune génération vis-à-vis de ce savoir millénaire.

Sur le chemin menant à Sobème, village situé dans la commune de Diarière, les champs de mil et d’arachide sont visibles à perte de vue. Grâce à la bonne tenue de la pluviométrie depuis le début de l’hivernage, les cultures sont dans une bonne phase. Sobème est un autre village de la région, réputé pour ces pratiques ancestrales de la médecine traditionnelle. Ici, Abel Bakhoum, la soixantaine, bonnet blanc, barbe poivre et sel, reçoit constamment de patients et autres personnes éconduites en amour ou en quête d’un lendemain qui chante.

La particularité du guérisseur, c’est qu’il n’a pas hérité son savoir de ses parents. Il l’a plutôt eu auprès des sages du village en échange des commissions qu’il faisait, très jeune, pour ces derniers. Il arrive aussi qu’il associe connaissances traditionnelles et catholiques pour satisfaire ses clients. « Quelle que soit la pathologie, le patient ne paie généralement que 150 FCfa pour le ticket de consultation. Je ne demande jamais de l’argent aux malades. Toutefois, une fois guéris, certains reviennent souvent me donner de l’argent en guise de récompense », soutient-il. Dans son art, Abel utilise la magie des mots et de nombreuses onctions et poudre tirées de l’écorce des arbres pour délivrer ses patients.

Ibrahima BA (textes),
Assane Sow (photos)

Last modified on mardi, 30 août 2016 12:52

Peut-on l’appeler la maman du Soleil ? En tout cas, Fatou Dème Gaye est la première secrétaire de cette boîte qu’elle a vu évoluer dans le temps et dans l’espace. De la Rue Thiers à Hann, elle est témoin d’un saut générationnel et technique. Intégrant en 1971, cette entreprise qui, au fil du temps, a vu grandir son cercle restreint de journalistes, photographes et de commerciaux, elle revient, aujourd’hui, sur ces trente six années de services rendus à cette structure.

« Les histoires sages finissent par un mariage », titrait l’astre de Hann, un jour du mois de juin de 1975 pour célébrer le mariage d’une des leurs, Fatou Dème Gaye. Le temps, cet éternel fugitif sommeillant sur sa tâche, à savoir emporter tout sur son chemin, n’a pu ranger ces mots dans les tiroirs de l’oubli. Grâce à un support papier plastifié puis soigneusement gardé dans les archives des beaux moments de la vie, la première secrétaire du quotidien national, Le Soleil, garde encore la coupure de presse qui relatait ce grand moment de sa vie, notamment sa brillante réception. Photographie du réel en un moment pour le fixer à jamais avant que le temps implacable ne finisse par s’en venger en les classant dans les oubliettes de l’histoire. Un temps, qui, malgré son âge avancé, n’a pu se venger de cette jovialité jamais à défaut, de ce visage égal et de cette simplicité naturelle comme l’a-t-on déjà écrit dans ce numéro qui, bien qu’ocré, a défié le temps.
1971-2007 : trente six ans au service du Soleil, cette boîte qui, pour elle, était sa seconde maison. 2008, enfin le temps de couronnement d’un grand service rendu.

36 ans de service
Médaillée d’or puis de grand or, quelques métaux précieux d'honneur en récompense à l'ancienneté dans cette entreprise qui l’a vu grandir, se marier, se reproduire, grosso modo, se construire socialement. Entrée dans cette boîte en 1971, après l’obtention d’un diplôme en secrétariat au centre de formation et de perfection des secrétaires, elle fut la première secrétaire du quotidien.

D’abord secrétaire de Bara Diouf, directeur du journal à l’époque, après deux mois d’exercice, elle est rattachée à la Rédaction, passant toutes les soirées à saisir le travail manuscrit des journalistes. Un exercice routinier qui demandait un sacrifice de temps car il fallait rester jusqu’à l’heure du bouclage du journal qui pouvait aller jusqu’à une heure du matin. Cette Halpoular d’origine saint-louisienne a géré également l’Institut de prévoyance maladie (Ipm) de cette structure quelques années avant d’aller à la retraite.

« La maman » du Soleil 
En tant que la première femme sénégalaise à intégrer cette boîte, cette ancienne secrétaire était devenue la sœur, l’amie ou la maman qui, depuis la rue Thiers, devenue Rue Amadou Assane Ndoye, (là se trouvait Le Soleil ndr) a vu le cercle restreint de journalistes, de commerciaux et de photographes s’élargir. Des affinités qui lui ont valu trois homonymes dans tous les services confondus. En cette matinée d’hivernage marquée par une grande chaleur à Dakar, Fatou Dème Gaye, en mode « ndockette » (une robe trainante) se rappelle l’ambiance chaleureuse de la rédaction qu’elle partageait avec d’éminents journalistes dont certains nous ont devancés dans l’au-delà. Elle se souvient de Louis James, Alcino Dacosta, Makhtar Kébé, Abdou Salam Kane, ces taquins réputés qui, à son moindre déplacement, cachaient son sac. « Il est arrivé qu’ils extirpent de mon sac mon salaire pour le cacher », se rappelle-t-elle. Une atmosphère détendue qu’elle essaie de revivre en souvenir. « On avait même pas envie de rentrer chez-nous car l’atmosphère était tellement détendue », poursuit Mme Gaye.

De la génération des dactylographes
A l’époque des machines à mémoire électronique avec des fonctionnalités puissantes reposant sur des techniques de numérisation, de traitement de texte, des outils bureaucratiques et multimédias, cette dame est de la génération des dactylographies, l’ancêtre des Mac, des Hp, des Apple, etc. La créativité technique en évolution constante. A l’ère des évolutions numériques, point de gomme ni de blanco, il suffit de faire contrôle z, s, v et c pour revenir en arrière, enregistrer copier ou coller. Quelques avantages de la machine moderne sur la machine à écrire. Saut générationnel, saut à l’ordinateur moderne. Aujourd’hui, Fatou Dème Gaye est témoin des évolutions techniques, notamment de la machine à écrire à l’ordinateur moderne.

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mardi, 30 août 2016 13:52

La rançon de la mollesse

29 Aoû 2016
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Depuis quelques jours, un ami s’insurge contre la vacherie faite aux membres de l’équipe olympique d’un pays africain. Leur chef d’Etat, très remonté contre eux pour insuffisance de résultat, a demandé au responsable de la police nationale de les envoyer tous en prison. Voilà la rançon de la mollesse. Ces athlètes, taxés de « rats », devraient donc se retrouver dans un trou carcéral dès leur arrivée sur le plancher des vaches de leur pays. « Ces sportifs, c’est vache ce qui leur arrive », commente cet ami qu’une autre connaissance conseille de ne pas se mêler de ça, chacun son métier et les vaches seront bien gardées !

Faut-il rappeler que cet ordre du président fait suite au retour des 31 athlètes au pays, avec zéro médaille après leurs différentes prestations aux JO de Rio. Dans un milieu qui connaît une longue période des vaches maigres, le chef de l’Etat a déclaré que « nous avons perdu de l’argent sur ces rats qui n’étaient pas prêts à se sacrifier et à gagner… ». Ah, ces vaches, ils ont bien eu leur dirigeant. Mais, celui-ci ne va plus se laisser faire car il a dit haut et fort que c’est terminé pour ces athlètes-là qui ne pourront pas, à part les caisses de l’Etat, se trouver une autre vache à lait. Et en réduisant leur participation aux JO à un simple voyage pour aller au Brésil chanter l’hymne national et hisser le drapeau, le président en déduit qu’il est inadmissible de faire de ces athlètes des vaches sacrées, c’est-à-dire des symboles de fierté.

En attendant de voir, peut-être, de jeunes sportifs plus engagés lui apporter le sourire prochainement, le président est décidé à faire manger de la vache enragée à ceux-là récemment rentrés de Rio. Car ce sont de vraies vacheries, ces prestations des athlètes du pays. Un tel jugement ajoute à la colère de notre ami qui rappelle l’esprit des JO enseignant très clairement que « l’essentiel n’est pas de gagner, mais de participer ». Pour faire comprendre cela à ce chef d’Etat furieux, il faudra lui envoyer un proche avec qui il a déjà gardé les vaches ensemble.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 29 août 2016 13:14

Figure emblématique du « Xoy » et guérisseuse de renom, Khane Diouf force le respect à Malango. Depuis une trentaine d’années, la femme salitigué de Diadiakh délivre des patients de leur mal que la médecine moderne n’a pu soigner.

En football, on devrait la comparer à Lionel Messi ou encore à Cristiano Ronaldo. Khane Diouf appartient à la galaxie des stars. Et ses révélations faites à l’occasion de la traditionnelle séance de divination (« Xoy ») à Malango suscitent un intérêt particulier auprès des médias nationaux et internationaux. Parmi ses étonnantes prédictions qui ont marqué les esprits figurent la victoire du président Macky Sall à la présidentielle de 2012 et le naufrage du bateau le « Joola », en 2001. Plus récemment, elle a prédit la réélection du président de la République pour un deuxième mandat à la tête du Sénégal. Khane Diouf est aussi l’un des guérisseurs les plus sollicités au Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick.

Cet intérêt des patients vis-à-vis de la femme saltigué de Diadiakh traduit le niveau de compétence de ce personnage tout sauf ordinaire. Une femme hors du commun qui parle avec assurance. « Tout ce que je prédis se réalise. Rien ne peut me faire mentir. J’ai des connaissances qui me permettent de voir les événements à venir », fait-elle comprendre. Khane est constamment sollicitée pour les maladies liées à la sorcellerie ou au mauvais sort. C’est d’ailleurs l’un de ses domaines de prédilection. Agée, aujourd’hui, de 75 ans, la native de Patar dans le département de Fatick a d’abord hérité du savoir mystique de ses parents et a ensuite joui de ses connaissances mystiques innées.

« Ce travail, je l’ai débuté à l’âge de 30 ans. Je me rappelle, c’est lorsque que j’ai eu mon premier enfant que j’ai commencé à soigner des gens », avance-t-elle, assise au milieu de sa case, le visage fripé par l’âge. Son téléphone portable en bandoulière sonne sans arrêt. Parfois, elle rompt la discussion pour répondre. Khane est très débordée. Le temps lui manque. Les gens l’appellent de partout pour solliciter ses services. A Malango, elle ne vient que deux jours par semaine (mercredi et dimanche). Une situation qu’elle explique par la longue distance qui relie son village à Fatick. « Je dois louer à chaque fois un véhicule pour venir à Malango. Il se pose un problème de mobilité. En plus, je ne peux pas rester sur place parce qu’il y a beaucoup de gens qui ont besoin de moi ».

Khane Diouf va parfois jusqu’à l’Hôpital Fann de Dakar pour proposer ses services à des patients. Aujourd’hui, grâce à son métier, elle a construit sa maison et s’occupe régulièrement des charges de sa famille. Fervente talibé de Serigne Fallou Mbacké Mbar, la femme saltigué fait partie des premiers occupants du centre Malango dans les années 1970. Actuellement, elle constitue l’un des gardiens du temple qui a vu se succéder plusieurs générations de tradipraticiens. « Avec Maye Diatt, Ndiogou Sarr, Ngor Diop, nous sommes les seuls à avoir assisté aux travaux de construction du centre. Tous les autres sont venus après », précise-t-elle.

Même si Khane se réclame musulmane, elle dit ne pas pouvoir pratiquer convenablement cette religion à cause des esprits. « Les esprits ne me laissent pas prier. J’ai tenté une fois, mais cela m’a valu des complications au niveau des yeux », fait-elle savoir. Chez cette femme, le métier de guérisseur est une profession de foi nécessitant beaucoup d’efforts et de sacrifice. Toutefois, elle compte continuer à exercer cette profession « tant que Dieu la laissera en vie ».

Par Ibrahima BA

Last modified on lundi, 29 août 2016 13:14

L’étude épidémiologiste du Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick, effectuée entre 1989 et 1999, a révélé des résultats probants. Le taux de guérison le plus bas enregistré dans ledit centre, depuis sa création, est de 65%.

Plus de deux décennies après sa création, le Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick a joué et continue de jouer un rôle de premier plan dans la recherche, la préservation et la promotion de la médecine traditionnelle. Des résultats probants ont été obtenus dans ce sens. Le taux de guérison annuel le plus bas enregistré dans le centre, depuis sa création en 1989, est de 65%. Ces belles performances sont confirmées par le guérisseur Mame Balla Diouf, 71 ans. « Depuis la création du centre, nous n’avons jamais enregistré un cas de décès. Cela prouve que les soins administrés aux malades sont de qualité et que le Cemetra joue un rôle important dans le dispositif sanitaire de notre pays », souligne-t-il. L’analyse des données du Cemetra, de 1989 à 1999, a permis de constater les excellents résultats obtenus en l’espace seulement de quelques décennies. Par exemple, sur le millier de familles reçues en 1994, Malango enregistre un taux de guérison quantifiable de 90,1%, soit 52,1% de guérison totale et 38% d'amélioration contre 9,9% de stagnation. La majorité des malades présentent des affections liées aux maladies socioculturelles, digestives et orthopédiques. Aussi, d’après toujours l’étude épidémiologiste des données du Cemetra, durant trois années de suite, 1994, 1995 et 1996, le Cemetra a pu jauger son assise au sein des populations et le crédit des guérisseurs auprès de celles-ci. Le succès, qui s'est traduit par l'affluence des patients, a autorisé la construction des cases de santé au niveau de chaque communauté rurale et la pleine responsabilisation des guérisseurs au niveau de ces structures décentralisées.

Guérir le Sida
MalangoLa réorientation initiée au Cemetra en 1998 a permis de créer, en 1999, une unité de recherche spécialisée dans la lutte contre les maladies opportunistes comme le Sida. Parallèlement à cette activité, le centre met en place une équipe de chercheurs pour conduire l'étude des connaissances, attitudes et pratiques des guérisseurs. Aujourd’hui, sur le plan de la recherche, une satisfaction a aussi été notée. En effet, grâce au financement de la Fondation Ford, le centre Malango a commencé à faire des recherches depuis 2000 et particulièrement sur le Vih Sida. Et des résultats probants ont été enregistrés dans ce domaine. « Comme nous travaillons avec un grand laboratoire aux Etats-Unis, nous envoyions nos prélèvements de patients du Vih pour voir le taux de charge virale. Je me rappelle une fois, quand nous avons envoyé les résultats, les Américains nous ont demandé s’ils pouvaient intégrer notre comité scientifique. Cela, parce qu’ils avaient trouvé des choses extraordinaires », explique Emile Niane, responsable du laboratoire du centre.

Dans ce centre, contrairement à certaines maladies, les patients souffrant du Vih Sida sont pris en charge par un collège de guérisseurs. Pour un meilleur suivi, note la tradipraticienne Maye Diatt, ils sont généralement hospitalisés au sein du Cemetra. Quid de la suite de ces personnes malades du Sida ? Le Salitigué de Ngayokhème répond : « Si elles observent normalement le traitement, elles guérissent ». Selon elle, il est arrivé plusieurs fois que des gens soient guéris du Sida. Si les maladies virales ont tardé à trouver des solutions au niveau de la médecine moderne, elles sont cependant bien traitées par la médecine traditionnelle. A Malango, l’hépatite B, par exemple, a toujours été bien soignée. Aussi, les traitements du diabète, de la dermatose et du paludisme connaissent un véritable succès.

« Il faut savoir qu’il y a beaucoup de problèmes africains qui peuvent trouver des solutions africaines. Aujourd’hui, tous les scientifiques s’accordent sur le fait que là où l’homme est né et a grandi, il peut y trouver tout ce dont il a besoin pour se soigner et mieux vivre. Au début, l’homme vivait de chasse, de pêche et de cueillette, pourtant il n’y a jamais eu de problème… », soutient Emile Niane.

Référence dans la sous-région, le Centre expérimental de médecine traditionnelle de Fatick est devenu, aujourd’hui, un exemple africain dans le combat mené pour la réhabilitation des savoirs traditionnels. Sur le continent, selon l’Oms, on dénombre un (1) guérisseur pour 500  personnes, contre un (1)  médecin pour 40.000  personnes. Mieux, dans les zones rurales, les guérisseurs demeurent les prestataires de santé au profit de millions de gens.


Erick Gbodossou, directeur du centre de Malango de Fatick : « Nous avons obtenu près de 65% de guérison totale »
erick gbodossouIl est un défenseur infatigable de la promotion et de la réhabilitation de la médecine traditionnelle. Erick Gbodossou est à l’origine du Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick. Médecin de formation, il est également le président de l’Ong Promotion des médecines traditionnelles (Prometra), qui est une structure de recherche culturelle, de diffusion et un instrument d’intégration panafricaine. Pour cet homme du sérail, par ailleurs directeur du Cemetra de Fatick, l’avenir de la santé de l’humanité se trouve dans la médecine traditionnelle. Près de trois décennies après sa création, le Centre Malango, relève-t-il, affiche un taux de guérison totale de 65% avec 90% de bons résultats.

Après un quart de siècle d’existence, quel est bilan du Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra)  de Fatick ?
Nous faisons appel à des chercheurs américains et européens pour évaluer le travail du centre. En moyenne, le centre Malango accueille près 5.000 patients par an, qui viennent de toutes les régions du Sénégal, des pays limitrophes et parfois d’Europe et des Etats-Unis. En un quart de siècle, aucun cas de décès n’a été enregistré et pourtant, il arrive que nous recevions des malades sur brancard. Certains viennent des hôpitaux de Dakar avec 6 mois à vivre, mais ils sont encore là depuis 20 ans. Le centre affiche à peu près 65% de guérison totale, 25% d’amélioration quantifiable et 90% de bons résultats. Aucune structure conventionnelle au niveau mondial n’a pu obtenir ce résultat. Cela, surtout que dans ce centre, ce sont seulement les guérisseurs qui donnent le traitement.

Quelle est la place de la médecine traditionnelle dans l’accès aux systèmes de santé ?
La médecine traditionnelle, c’est la médecine d’hier, c’est aussi la médecine de demain. Il y a seulement quelques décennies où le système cartésien nous a amené une médecine conventionnelle qui, malheureusement, reste toujours limitée. Ce système cartésien ne connaît pas l’énergie, la vie. Aucun laboratoire au monde ne fait la différence entre un organe prélevé sur un être vivant et celui prélevé sur un cadavre. La seule différence entre le vivant et le mort est le juste énergétique. Le système cartésien n’a rien pour mesurer l’intuition, l’émotion. Ce faisant, il ne peut pas régler les problèmes de santé de l’homme.

A la limite, c’est une faillite pour les sciences humaines. L’avenir, c’est encore la médecine traditionnelle parce qu’elle a une approche holistique. Les médecins reconnaissent que 65% des maladies sont psychiques ou psychosomatiques, domaine dans lequel ils sont limités. A ces 65%, on ajoute toutes les maladies incurables. Il faut savoir que toutes les maladies virales sont inguérissables. En réalité, la médecine conventionnelle est incapable de régler plus de 20% des maladies. Elle retarde la santé la humaine. Il s’agit d’une médecine qui a des logiques et des pratiques préoccupantes…

C’est autant de raisons qui font dire que l’avenir de la médecine conventionnelle et humaine, du bien-être et de la santé mondiale, se trouve dans les traditions africaines. En Afrique, on ne tue pas, on extirpe. Si vraiment les scientifiques veulent écouter, comprendre, regarder et accepter l’évidence, nous allons transformer de fond en comble toutes les hypothèses au niveau mondial. Il faudrait que l’intelligentsia africaine prenne conscience de son rôle. Dans ce monde en pleine mutation, aucune civilisation mieux que celle de l’intelligentsia africaine ne peut apporter la meilleure voie à suivre.

En Afrique, au Sénégal, il se pose toujours un problème d’accès aux soins de santé. Quel doit être le rôle de la médecine traditionnelle pour un accès amélioré des populations à des soins de santé de qualité ?
Je pense qu’il s’agira d’abord de mettre en place un cadre légal. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que 86% de la population africaine au Sud du Sahara s’adresse aux guérisseurs, non seulement pour leur problème de santé, mais aussi pour y recevoir l’éducation pour la santé. Malheureusement, les lois coloniales sont encore en vigueur au Sénégal. Il faut refaire les lois et légaliser cette médecine. Il y a trop de charlatans. Une fois que cette médecine est légalisée, ces pratiquants sélectionnés et organisés dans des centres corrects comme Malango, le ministère de la Santé devrait avoir une structure administrative strictement rigoureuse avec, d’un côté, un directeur de la santé conventionnelle et de l’autre un directeur de la santé traditionnelle.

Dans ce cas, il y aura des structures parallèles qui permettront à chaque citoyen de faire le choix de sa médecine. Aussi, il faut encourager la collaboration entre les deux médecines. Je pense que c’est de cette manière qu’on peut aller vers des découvertes extrêmement importantes. Aujourd’hui, Prometra a 28 brevets d’invention et parfois même des brevets d’invention pour des maladies incurables. Dans des pays comme les Etats-Unis, les vaccins contre l’hépatite B drainent des milliards de dollars tous les mois. Je pense que ce serait une excellente chose si l’Afrique, le Sénégal, prouvait au niveau du monde qu’elle a la solution contre l’hépatite virale. Hier, le monde a couru derrière l’or jaune, aujourd’hui, c’est l’or noir qui fait sa loi, demain ce sera l’or vert. Et 90% de cet or vert se trouve en Afrique. Toutefois, si l’on ne le protège pas, aucun développement n’est envisageable.

Qui parle de médecine traditionnelle pense forcement aux plantes. Aujourd’hui, certaines de ces plantes sont rares à cause des changements climatiques et de la désertification. Quelle solution pour protéger cette composante essentielle de la médecine populaire ?
Le problème des changements climatiques et de la désertification reste préoccupant. Mais, je pense qu’on peut freiner ce phénomène au niveau du Sahel, du Sénégal, en protégeant des espaces. Nous devons laisser la nature faire son travail et ça va régénérer. Les choses vont reprendre de manière positive. La médecine traditionnelle utilise beaucoup les plantes mais la plante n’est pas cette chose qui est seulement rattachée à la racine.

Il s’agit d’un être vivant à l’union de deux mondes dont l’un est extraterrestre, où elle puise des forces positives, et l’autre intraterrestre, où elle puise des forces négatives. C’est la jonction des forces positives et négatives qui permet à la plante d’avoir non pas des vertus figées mais des possibilités de vertu. Une plante, lorsqu’elle est verte, a 41 possibilités de vertus, quand elle est mûre, elle en a 61.

L’Etat du Sénégal a initié un vaste programme de Couverture maladie universelle. Quel doit être l’apport de la médecine traditionnelle dans cette politique d’accès aux soins de santé ?
Le président de la République est un intellectuel qui a une vision sans partage et jamais égalée. Sa vision de la Couverture maladie universelle est parfaite. Si nous allons vers ce programme, cela veut dire que nous posons les bases de la santé. Toutefois, si nous posons les bases de la santé, c'est-à-dire les bases de notre développement, je ne vois pas sur quelle logique on veut la laisser exclusivement dans des mains exogènes. Autrement dit, si notre santé dépend exclusivement de la médecine conventionnelle, de la médecine européenne, cela veut dire que notre développement dépend du Nord.

Il faut savoir que le Nord ne va jamais nous laisser nous développer. La preuve, nous sommes la poubelle de la médecine conventionnelle. Il y a plus de 400 médicaments interdits de vente en Europe qui sont vendus dans nos pays. Maintenant, il faut que l’équipe qui entoure le président de la République comprenne que la santé ne doit pas dépendre du Nord. Il faut trouver des solutions sanitaires locales à nos problèmes de santé locaux. Les solutions existent. La médecine conventionnelle nous met dans une situation de dépendance pernicieuse. Il faudrait, dans le cadre de la Couverture maladie universelle, réhabiliter la médecine traditionnelle. Cela, en revenant à certaines pratiques qui sont beaucoup plus bénéfiques. Il y a des choses simples qu’on peut faire pour aider cette population à améliorer sa santé.

Quel est l’état des lieux de la médecine traditionnelle actuellement au Sénégal ?
La médecine traditionnelle actuellement est dans une situation grave pour plusieurs raisons. Il s’agit d’abord de l’absence de lois. Prometra a aujourd’hui des représentations dans 28 pays à travers le monde dont 20 en Afrique. L’Ong apporte de l’expertise à tous ces pays pour aller vers la réglementation. Par exemple au Mali, on retrouve dans les pharmacies des médicaments de Prometra à base de plante. L’absence de lois au Sénégal fait que là où il y a de la réglementation les charlatans quittent ces pays pour grossir les rangs ici. Actuellement, nous avons même des gens qui ressuscitent les morts. Les médias aussi n’aident pas car ils ouvrent leurs radios et télévisions à des charlatans. Je pense que cela n’aide pas à la santé des populations et décrédibilise la médecine traditionnelle. Sur 1.000 personnes qui se disent guérisseurs, il y en a qu’un seulement qui soit le vrai guérisseur.

Il y a eu beaucoup de débats sur la possibilité de la médecine traditionnelle de guérir le Vih Sida ou non. Est-ce que vous confirmez que cette médecine peut soigner le Sida ?
Parmi nos patients, qui ont été hospitalisés à Fatick, certains qui ont été condamnés par les hôpitaux à vivre 6 mois, sont encore en vie depuis 20 ans. Nous avons amené une partie de nos résultats aux Etats -Unis pour tester son efficacité in vitro sur le virus du Sida. Tous les produits marchent. Ils tuent les cellules infectées tout en protégeant celles non infectées. Mieux, une fois que les cellules protégées sont en contact avec le virus, il n’y a aucune possibilité d’infecter ces cellules. Guérir est un mot qui dérange l’Occident. Toutefois, ce qu’on peut dire c’est que nos malades ne prennent actuellement aucun médicament. Certains se sont mariés et ont eu des enfants qui n’ont pas le virus du Sida.

Ibrahima BA (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on lundi, 29 août 2016 13:13

Premier quartier de la commune de Kaolack, Léona abrite le centre administratif de la capitale du Saloum. Les premiers lotissements de l’époque coloniale ont été faits dans cette bande de terre jouxtant le fleuve Saloum. Une centralité qui lui impose une cohabitation difficile entre services administratifs, commerces d’une part et habitations d’autre part. Des personnalités de la politique, des arts et des sports font la fierté de ce quartier pas comme les autres de Kaolack.

Sur le nom donné à ce premier quartier de Kaolack, deux versions tiennent la corde. La première évoque la signature d’un traité avec Bour Saloum autorisant le gouvernement français à construire un fort sur le fleuve à l’emplacement du village de Kahola. La seconde retrace la pacification de la zone entre sérères niominka et des figures religieuses locales tels que Abdou Hamid Kane et Madiw Touré ; poussant le premier, dans un geste de délivrance, à dire au second qu’il peut désormais s’installer sur le site légitiment (leonala). L’aménagement de la ville datée de 1857 a commencé par ce bande terre partant du front de mer jusqu’au pont Serigne Bassirou Mbacké en passant par les anciens maisons commerciales Maurel & Prom, Deves Chaumet.

Aujourd’hui l’extension de la ville facilitée par le boum de l’arachide a transformé Léona à un quartier d’affaires et une plateforme administrative abritant l’ancienne gouvernance, la préfecture, le palais de justice. Le centre-ville, lieu de résidence de la forte colonie libano-syrienne, est vampirisé par les commerces dont le marché central avec ses pavillons d’un autre âge. Chef de quartier dans la lignée de feu Mamour Mbodj, Joseph Karam, Pape Ballayera, contrôleur du trésor à la retraite, vit avec amertume la descente aux enfers de Léona. « Notre quartier, à l’image de la ville de Kaolack, jadis la deuxième ville du pays, est aujourd’hui l’ombre de lui-même, l’assainissement est défaillant, l’insécurité galopante et la pauvreté se généralise. Sa posture de quartier administratif ne lui fait bénéficier d’aucun traitement particulier de la part des autorités administratives », regrette-t-il en prenant ses compagnons de « Grand-Place » en face d’une banque de la place.

A côté des services de l’Etat, Léona, quartier résidentiel s’il en était un, abrite les demeures cossues des figures politiques post indépendance tels que Djim Momar Guèye, Ibrahima Seydou Ndao « Diaraaf », Valdiodio Ndiaye, Amadou Cissé Dia. Des bâtisses à l’architecture imposante qui traduisent un passé glorieux du « Plateau » du Saloum.

Par Elimane FALL

Last modified on samedi, 27 août 2016 13:46

Après une bonne partie de sa vie consacrée au service du commandement territorial, le gouverneur El Hadji Mamadou Diaboula se tape une retraite bien méritée. L’ancien préfet de Bakel, Linguère, Foundiougne, Dagana puis Thiès, s’est aujourd’hui mis au service de Mbour, sa ville natale. Aujourd’hui, il fait partie du comité de pilotage de la reconstruction de la grande mosquée de Mbour et assume fièrement les fonctions de vice-président et porte-parole de la collectivité mandingue.

El Hadji Mamadou Diaboula fait partie de ces administrateurs civils qui ont marqué le commandement territorial. Fonctionnaire de l’aménagement au ministère du plan en 1971, il a travaillé à la Société des Terres neuves qui s’occupait du déplacement des populations rurales du Sine vers le Sénégal oriental, avant de devenir coordinateur du projet à Koumpentoum, à Tambacounda. En 1980, il passe l’Enam pour intégrer le commandement. A sa sortie, Mamadou Diaboula a été tour à tour gouverneur adjoint chargé du développement à Ziguinchor, gouverneur adjoint chargé des affaires administratives, à Louga, puis préfet à Bakel, Linguère, Foundiougne, Dagana et Thiès. En 2000, il est nommé gouverneur de Tambacounda. Il sera en poste jusqu’en 2005. En 2006, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Mamadou Diaboula qui avait un profil d’agent de développement n’est jamais sorti du cadre du développement. « Le préfet, dans son département, s’occupe de question de développement économique et social, le gouverneur. Et quand j’étais j’ai beaucoup côtoyé les préfets. Tout cela m’a motivé, m’a poussé à faire l’Ena puis le commandement territorial », explique-t-il. Mais ce qui a le plus marqué le gouverneur, c’est la gestion des circonscriptions administratives, donc le métier de préfet. « J’ai trouvé que c’est un métier passionnant. On gère la population et on participe à la vie étatique du pays. On est associé en appliquant les décisions, les mesures politiques, les mesures qui sont prises au sommet de l’Etat. Très passionnant et intéressant, nuit et jour au service de l’Etat, des populations. C’était très noble de participer d’avoir la confiance du président de la République et du Premier ministre pour participer à l’action gouvernementale », note-t-il.

Diaboula a aussi été très séduit par le département de Dagana où il a passé six ans. « C’est un département balèze qui renferme beaucoup d’activités économiques importantes avec la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) qui constituait une préoccupation avec ses 8000 employés, ses champs de canne à sucre, les problèmes de divagation d’animaux, sa police de la canne, mais aussi la gestion de la frontière avec le fleuve qui sépare Dagana de la Mauritanie, les casiers rizicoles avec la Saed, la Snti avec la tomate, l’usine des eaux de Gnith », souligne M. Diaboula. Tout préfet rêve d’être nommé gouverneur. Et Diaboula qui a rampé a connu la consécration en 2000. « Quand j’étais nommé gouverneur, c’était une consécration parce que j’ai terminé ma carrière en atteignant le sommet du commandement territorial », rappelle-t-il. « C’est une récompense de la part de l’Etat en me permettant la fonction de gouverneur de région. C’est une fonction très importante parce qu’on est en contact direct avec le chef de l’Etat, les ministres, le Premier ministre. On coordonne l’action des préfets, on gère toute une région. C’est très passionnant et on apprend beaucoup », indique-t-il.

Après des années de bons et loyaux services, le gouverneur Diaboula a le sentiment d’avoir bien rempli sa mission. Il a été décoré Chevalier de l’Ordre national du Lion pendant qu’il était préfet de Dagana, Officier de l’Ordre national du Lion quand il était à Thiès, puis Commandeur dans l’Ordre national du mérite. « Quelqu’un qui n’a pas fait un bon travail ne peut pas avoir un témoignage de satisfaction de la part de son gouverneur, son ministre de l’Intérieur et aussi du président de la République qui est l’autorité supérieure de la nation et de l’administration », fait-il savoir. Et M. Diaboula n’a pas de regret. « Dans tous les départements où je suis passé, les gens ont regretté mon départ. Je ne regrette rien, car j’ai conscience d’avoir fait du bon travail et quand on ne fait pas du bon travail, on n’est pas décoré », soutient-il.

Aujourd’hui, le gouverneur Diaboula vit une retraite paisible, dérangée, comme il le dit, par les préoccupations familiales. « Quand on est dans le commandement, on n’a pas trop le temps de s’occuper de la famille. Maintenant que j’en ai, je me consacre à mes parents, j’aide la cité avec les questions qui la préoccupent », note-t-il. M. Diaboula a un moment touché à la politique et a intégré le conseil municipal de 2009 à 2012 sous la bannière du Parti socialiste authentique de Souty Touré. Depuis, il a gelé ses activités et se consacre exclusivement au service de sa ville, de sa communauté.

Le gouverneur à la retraite fait partie du comité de pilotage de la reconstruction de la grande mosquée de Mbour. Il assume également les fonctions de vice-président et porte-parole de la collectivité mandingue. Et Diaboula affirme toute sa fierté d’être au service de ses parents et aussi de Mbour, sa ville natale.

Par Samba Omar FALL

Last modified on samedi, 27 août 2016 13:45

Burkini et fureurs

27 Aoû 2016
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Le Conseil d'Etat français, haute cour administrative, a mis un coup d'arrêt aux interdictions du burkini, à l'origine d'un débat fiévreux en France, en rappelant les maires au « respect des libertés garanties par les lois ». La France, qui se targue d’être le pays de la Liberté au point de l’inscrire dans sa devise, perd trop souvent la tête sur les sujets liés à l’islam. A gauche, à droite, au centre comme aux extrêmes, la manière de vivre des femmes musulmanes provoquent des éruptions colériques aux antipodes des traditions héritées de la philosophie des « Lumières ». Un ancien ministre de droite s’est même permis de dire stoïquement à la télé que « le burkini est un coup de canif porté aux valeurs de la République ».

Diantre, de quelle République parle-t-on ? De cette République qui tolère le nudisme sur certaines de ses plages, qui fait la queue dans les boites hot pour se rincer les yeux devant des strip-teaseuses… ? Quand on a la liberté de tout dévoiler, de se montrer nu(e) à la une de magazines grand public, bref de s’effeuiller comme un arbre en automne, on doit admettre le droit des autres à tout cacher. A moins que cette liberté clamée soit à géométrie variable. La philosophie des Lumières nous a appris que « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Une idée piquée au philosophe écossais John Stuart Mill et mal appliquée au pays de la « raison pensante ». Ici, au pays de Voltaire et de la guillotine, la part des uns n'est pas forcément la même que celle des autres. Cela dépend des rapports de pouvoir. Et c'est ce que l'on constate souvent lorsqu’il s’agit de traiter la question de l’Islam. Si on y respectait vraiment les libertés, la France serait à l’abri de beaucoup de fureurs.

Par Sidy Diop

Last modified on samedi, 27 août 2016 13:45

Depuis près de 30 ans, des guérisseurs, grâce aux secrets hérités de leurs ancêtres, soignent des corps et des esprits malades au Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick dit Malango. A l’aide d’un système de permanence efficace, ces tradipraticiens se relayent au quotidien pour satisfaire des patients venus des différentes régions du Sénégal, de la sous-région et parfois même des Etats-Unis et d’Europe. Avec 65% de guérison totale, Malango occupe une place centrale dans le dispositif de sanitaire sénégalais. Aujourd’hui, l’avenir de la médecine traditionnelle sénégalaise se joue au niveau de ce centre construit à la fin des années 1980 et qui regroupe 450 guérisseurs dont 25% sont des femmes.

Le jour s’est déjà pointé sur le Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick communément appelé centre Malango. Dans la chaleur d’une matinée nuageuse, l’endroit situé à un jet de pierre du quartier Escale respire pourtant une atmosphère ouatée. Le vent qui caresse les eaux de la mer bordant une partie du centre, adoucit les températures et atténue une canicule étouffante annonciatrice de l’arrivée imminente de la pluie. A l’entrée, Emile Niane, secrétaire général de l’Association Malango, est assis sur une chaise blanche en plastique, les yeux fixés dans le néant. Ce matin encore, comme depuis plus deux décennies, il s’adonne à sa tasse de thé. Emile s’occupe du service d’accueil de l’établissement où il enregistre tous les jours l’identité des patients avant de leur demander l’objet de leur visite. Le protocole bouclé, ils sont par la suite orientés, après avoir payé un ticket à 500 FCfa, vers un guérisseur en fonction de leur pathologie. « Le ticket de consultation est valable pour trois mois. Ce qui veut dire que le patient peut revenir tous les jours sans pour autant payer un seul sou», précise-t-il dans une voix à peine audible.

L’avenir de la médecine traditionnelle sénégalaise se joue certainement à Malango ; ou presque. Ce centre expérimental des médecines traditionnelles, dont l’idée de la création a commencé à germer en 1971, est devenu aujourd’hui un élément du patrimoine national. Quelque 450 guérisseurs y assurent, grâce à des connaissances empiriques entretenues et enrichies au fil des générations, des soins de santé à une bonne partie de la population sénégalaise, mais également à des patients qui viennent souvent d’un peu partout à travers le monde. Parmi eux, Marie Tamaillon, cette française a pu retrouver une confiance en elle grâce à une prise en charge psychothérapeutique efficace. « J’ai retrouvé une énergie dans laquelle je me reconnais enfin. J’ai de nouveau la sensation d’habiter pleinement mon corps. J’ai ralenti mon rythme de vie et je me sens davantage ancrée dans l’instant présent », confie-t-elle.

164 villages sillonnés
Erick Gbodossou MalangoBabacar Faye, la trentaine, vient d’être consulté pour la deuxième fois en moins d’un mois. Un gage d’optimisme se lit sur son visage encore fragile. « Je souffre d’une toux persistante. Je suis allé plusieurs fois à l’hôpital sans succès. Toutefois, depuis que je suis venu à Malango, je sens une nette amélioration. D’ailleurs, j’ai repris mon travail », laisse-t-il entendre avec un sourire essoufflé. Babacar se dit « très confiant » à l’idée que les tradipraticiens vont très bientôt le guérir de cette maladie que la médecine conventionnelle n’a pu traiter.

Devenu célèbre grâce à sa traditionnelle cérémonie annuelle de divination appelée « Xoy », le Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick porte l’initiative du professeur Henri Collomb, ancien responsable des maladies mentales à l’hôpital Fann décédé en 1978, soit 11 ans avant l’inauguration dudit centre en 1989. « Avec la colonisation, une bonne partie de nos cultures traditionnelles a été bafouée. Parmi celles-ci figure la médecine traditionnelle. L’idée était donc de réhabiliter cette forme de connaissance qui a traversé les siècles », rappelle Emile Niane. Ce faisant, les initiateurs de l’Association Malango, sous la houlette d’Erick Gbodossou, actuel directeur du centre, vont faire le tour du département de Fatick pour recenser les guérisseurs chevronnés. Au début, cette opération n’a pas eu les résultats escomptés. « Les gens faisaient un peu du copinage. Ce n’était pas simple parce que le Sérère est généralement conservateur, mais il fallait le convaincre. Plus tard, on s’est rabattu sur les enfants, comme eux ils ne mentent pas, pour nous indiquer l’adresse des maisons des vrais guérisseurs », souligne-t-il. Cent soixante-quatre (164) villages ont été sillonnés pour dénicher les détenteurs de la médecine populaire. Ceux trouvés ont été organisés de façon pyramidale. Ils étaient regroupés dans un schéma allant du village à la communauté rurale, et de la communauté rurale au niveau central. Ainsi, pour davantage parfaire la structuration, à l’époque, dans chaque communauté rurale du département, il y avait une association de guérisseurs.

Réhabiliter la médecine traditionnelle
L’Association Malango, en trouvant les premiers fonds en 1988, a commencé à construire les premières cases du centre ainsi que les unités de soin. Les arrondissements de Tataguine, Filma, Diakhao, Niakhar et Fatick étaient dotés, chacun, d’une case de soin au Cemetra. « On les a organisés de sorte qu’il y ait toujours une permanence dans le centre. C’est ce qui permet d’avoir tous les jours une vingtaine de guérisseurs pour délivrer le traitement dans le centre », soutient E. Niane. Selon lui, ce centre regroupe 450 guérisseurs parmi lesquels 25% sont des femmes. Dès son installation, le Cemtra s’est fixé comme objectif de réhabiliter la médecine traditionnelle et de montrer que ce traitement populaire pouvait faire des résultats satisfaisants dans plusieurs domaines. Il s’agissait également d’une volonté de faire en sorte que les deux médecines (traditionnelle et conventionnelle) puissent collaborer afin d’arriver à la concrétisation de l’objectif un médecin pour 1000 habitants conformément aux directives de l’Organisation mondiale de la santé (Oms). « Pour arriver à un système performant, on ne peut pas laisser en rade la médecine traditionnelle qui nous a été léguée par nos ancêtres », souligne le secrétaire général du Cemtra. L’association des soins traditionnels à ceux modernes est d’autant plus pertinente qu’en Afrique, selon l’Oms, la population fait recours jusqu’à 80% à la médecine traditionnelle. Aujourd’hui, malgré le poids de la modernité, la demande de service dans ce domaine ne faiblit pas.

Ibrahima BA (textes), Assane Sow (photos)

Consultations médicales à Malango : Les maladies socioculturelles en tête des traitements
Malango mystiqueSi le centre Malango continue de faire l’objet d’une convoitise de la part de certains Sénégalais, c’est sans doute grâce aux excellents résultats de ses guérisseurs dans le traitement de certaines maladies qui ne sont pas prises en compte par la médecine conventionnelle.

Au Centre expérimental de la médecine traditionnelle de Fatick, les maladies socioculturelles constituent l’essentiel des consultations médicales. « Mauvais vent », « mauvaise langue », sorcellerie… la liste est loin d’être exhaustive. La plupart de ces maladies n’existe pas dans le dictionnaire médical occidental. Elles portent l’empreinte des sociétés africaines. C’est pourquoi pour les traiter, les guérisseurs utilisent souvent des versets ou des incantations. Ici, la force du verbe, caractéristique de la culture orale africaine, a des fonctions thérapeutiques. Elle chasse le démon et supprime le sorcier grâce à l’énergie positive dégagée par les professionnels de la médecine traditionnelle. Originaire de Ndoffane Latyr, Nini Gackou, 74 ans, estime avoir réussi à soigner plusieurs centaines de personnes souffrant de ces maladies depuis ses débuts. Parmi ces patients : des directeurs généraux de grandes sociétés, des autorités publiques, bref de grandes célébrités.

Les incantations jouent un rôle fondamental dans la médecine populaire africaine. C’est un moyen pour les guérisseurs de prévenir certaines maladies ou tragédies. « L’incantation permet de prévenir contre l’accident, de ne pas aller en prison ou de croiser Satan… », note Mbaye Senghor, président du Comité d’initiative pour la Santé et le bien-être familial (Cisbef) de Fatick. Selon lui, il s’agit d’habitude de versets qui sont transmis par un esprit. Avec ces incantations, le guérisseur peut également assister une femme en délivrance.

Dans la médecine traditionnelle, la plante est considérée comme un être vivant qu’il faut respecter. En effet, il n’est pas recommandé de se lever n’importer quel jour ou heure pour aller cueillir une plante. La cueillette des racines, des écorces ou des feuilles de plantes repose sur un rite particulier que tout guérisseur doit maîtriser. Selon Emile Niane, secrétaire général de l’Association Malango, il s’agit d’abord de chercher à plaire à l’arbre avant de lui arracher une partie de son corps. Ce faisant, ces séances de cueillette doivent être faites avec des présents et accompagnées de toute une formule de politesse. « Il faut dire bonjour à la plante, tout en lui faisant part de l’objet de la visite », fait-il comprendre. Cette attitude permet au guérisseur de valoriser le médicament. M. Senghor abonde dans le même sens. D’après lui, la plante est divine et pour aller à sa recherche, il faut savoir l’adorer. Toutefois, si le guérisseur ne respecte pas ce processus, il peut avoir de la matière, mais il n’aura le principe actif.

En médecine conventionnelle, les plantes sont classées selon deux espèces. Il s’agit des espèces sans épines et celles avec épines. Chacune joue un rôle fondamental dans la guérison. Une plante peut détenir jusqu’à 80 vertus thérapeutiques et les principes actifs changent en fonction des heures.

Toutefois, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, la médecine traditionnelle ne se limite pas seulement à la phytothérapie. « Il s’agit juste d’une partie de cette médecine. L’autre fraction est composée de produits d’animaux, des incantations et un volet spirituel », précise le secrétaire général de l’Association Malango. Dans ce centre, les guérisseurs sont d’abord des spécialistes avant d’être généralistes. Alors que chez les médecins, l’on est généraliste avant d’être spécialiste.

Ibrahima BA (textes), Assane Sow (photos)

Last modified on samedi, 27 août 2016 13:45

Dans la cosmogonie sérère, le lutteur n’est pas un homme ordinaire. C’est un être surnaturel, mystique, qui a reçu une mission divine. Aussi doit-il appartenir à une lignée de lutteurs pour être reconnu comme tel. Jadis, ceux qui ne remplissaient ce critère sanguin ne pouvaient prétendre faire carrière dans la lutte, quels que soient leur talent et leur bravoure.

L’arsenal mystique qui accompagne, de nos jours, les lutteurs dans l’arène, ne date pas d’aujourd’hui ; loin s’en faut. Le phénomène est très ancien. Aussi ancien que la lutte elle-même. Au pays sérère, lutte et mystique ont toujours cheminé ensemble. Le premier ne peut aller sans le second. Dans la mythologie sérère, le lutteur lui-même n’était pas un être ordinaire.  Tel un envoyé divin, il naissait avec la mission. Parfois avec une corne ou un pagne, voire un talisman. Selon Emile Niane, un amateur de lutte doublé d’un féru de la cosmogonie sérère, il y avait toujours des signes qui ne trompaient pas pour ceux qui savaient les décrypter.

« Les sages savaient toujours reconnaître le lutteur dès le berceau. Il avait un comportement, une attitude et des signes qui étaient propres au lutteur », ajoute cet habitant du village de Fadial, à mi-chemin entre Joal-Fadiouth et Palmarin.  

A l’image des saltigués, ces fameux détenteurs de savoirs occultes nés pour faire de la divination, il y a  des personnes qui étaient prédestinées à être exclusivement des lutteurs, rien que des lutteurs.  C’est cela la société sérère traditionnelle. Les rôles étaient clairement définis et chacun devait jouer sa partition pour un bon équilibre de la communauté. Tel naissait saltigué, untel lutteur, tel autre guérisseur traditionnel, untel autre chasseur. Et tout était pour le meilleur des mondes ! Si l’on en croit encore Emile Niane, qui est également le secrétaire général du Centre de médecine traditionnelle de Fatick (Cemetra), les lutteurs, les vrais, ne vivaient pas longtemps. Dans un langage imagé, il souligne que ces derniers retournaient à l’Ile de Sangomar d’où ils venaient aussitôt leur mission terminée.

Des êtres exceptionnels
Dans l’imaginaire mythologique sérère, Sangomar, du nom du plus grand génie de la mer, est l’équivalent de l’au-delà où reposent les géants, les héros, les êtres exceptionnels. Pour illustrer ses propos, M. Niane cite comme exemple les dieux-lutteurs Yamou Sarr et Malamine Sarr qui, malgré leur courte vie, ont éclaboussé la lutte sérère de leur talent exceptionnel. Et quand les cantatrices disent dans leur chanson que « Malamine Sarr, le lion de Soumb, est rentré au bercail », elles ne font que puiser encore dans ce registre mythologique de la lutte. Natif du village de Soumb, Malamine Sarr fut même détenteur du Drapeau du chef de l’Etat, avant sa mort brusque, à la fleur de l’âge. Il ne suffisait donc pas d’être « un gros bras » et d’avoir le talent et la bravoure d’un champion pour être un lutteur.

En clair, certains athlètes qui font carrière, aujourd’hui, dans l’arène ne l’auraient pas fait à l’époque. C’était même inimaginable. « Il fallait avoir la lutte dans le sang, l’hériter de son oncle, de son grand-père maternel ou paternel ou de son père. On était né pour perpétuer une longue tradition de lutte », explique, en fin connaisseur, l’ancien lutteur Ousmane Ndiaye du village de Diouroup. L’homme, aujourd’hui sage quinquagénaire, a eu le rare privilège de se jauger avec le dieu-lutteur Yamou Sarr du village de Rofangué. De quoi se bomber le torse, peu importe l’issue ! Ousmane Ndiaye est de la race de ceux dont le destin tout tracé était de devenir lutteur. « Mon père m’avait inscrit à l’école, mais j’ai vite abandonné les études. Il m’a ensuite emmené dans un atelier mécanique, mais j’ai encore fini par tout laisser tomber. En réalité, mes pensées se focalisaient uniquement sur la lutte. Dieu avait décidé que je serais lutteur », conclut-il.

Jadis, en milieu sérère, tous les garçons s’essayaient à la lutte. « Après le diner, on se retrouvait tous à la place publique pour lutter. Chacun voulait montrer qu’il était plus fort que l’autre. C’était une affaire d’hommes », se rappelle le lutteur Diégane Senghor. Il ajoute toutefois que « seuls ceux qui avaient la lutte dans le sang pouvaient émerger et effectuer une carrière glorieuse ». Il y a, en réalité, une différence de taille entre ceux qui luttent et les lutteurs. « Le lutteur, « mbir » en sérère, avait la bénédiction de tout le monde. Comme un seul homme, le village tout entier s’unissait autour de lui. On ne ménageait aucun effort pour lui permettre de réussir sa carrière, d’autant plus qu’il était censé défendre les couleurs et l’image de sa localité. Quant à ceux qui avaient du talent mais n’étaient pas issus d’une lignée de lutteurs, ils ne pouvaient espérer faire carrière dans la lutte, car n’ayant pas eu le statut officiel de lutteurs aux yeux de la communauté », explique le vieux Diène Ndiaye du village de Mbouma.

Le lutteur naissait avec son pagne
mystiqueC’est dire, encore une fois, que tout est mystique dans la lutte. A commencer d’abord par le surnom du lutteur. Pour des raisons mystiques, celui-ci ne révélait jamais sa vraie identité. « En faisant connaitre son vrai nom, il risque de se faire atteindre mystiquement par ses adversaires », avertit Ibrahima Ndong, ancien lutteur et pensionnaire au Cemetra de Fatick. A côté du nom de guerre, il y a le mythique pagne que devait porter le combattant tout au long de sa carrière. Ce morceau de tissu, mystique par excellence, devait être un porte-bonheur. Il n’était donc pas choisi au hasard. Il devait appartenir à un membre de la lignée maternelle, au grand père, à l’oncle ou à un proche qui fut grand lutteur. Le pagne était une sorte de flambeau que devait continuer à hisser haut le neveu, le petit fils, le fils, l’arrière-petit fils.

Parfois, c’est la maman même qui donnait son pagne à son fils, avec toute la bénédiction et l’affection requises. Tout un symbole ! La légende raconte aussi que certains lutteurs naissaient avec leurs propres pagnes ! Ancien lutteur, devenu saltigué et guérisseur traditionnel au Cemetra de Fatick, Ibrahima Ndong confirme cette place importante qu’occupe le mystique dans la lutte. Lui-même dit avoir été victime de pratiques occultes peu orthodoxes alors qu’il était au sommet de son art. « J’avais un combat contre un lutteur de Karndiane (Fatick) chez lui. En pleine nuit, il m’avait atteint mystiquement en me brûlant le visage. Le jour du face-à-face, j’ai dû recourir à des pratiques plus efficaces pour inverser la tendance en ma faveur ; mais vu mon état, presque tout le monde m’avait donné perdant », souligne « la petite vipère », son nom de lutteur.

Selon lui, le champion de lutte, au-delà de l’encadrement mystique, devait aussi être ce que l’historien et missionnaire le Père Henry Gravrand appelle « un yaal xoox » (un détenteur de savoir occulte : Ndlr) dans ses ouvrages sur la civilisation sérère. La nuit, veille de combat, « la petite vipère » se dédoublait en plein sommeil, pour régler son compte à son adversaire. Ayant fini de sceller le sort de son vis-à-vis, il ne se présentait le jour-j que pour la forme, sûr et certain de sa victoire. « Je voyais toutes mes victoires en rêve. En revanche, je n’arrivais pas à voir mes chutes. A chaque fois que c’était flou, je devais tomber », raconte Ibrahima Ndong.

Le « touss », un intense moment de mysticisme
Outre le pagne, la corne, le « senghor » ou corde mystique, le lutteur devait avoir son propre « bakk » et son propre « touss » (son entrée dans l’arène). Des pratiques qui sont perpétuées de nos jours. Le « bakk » et le « touss » constituent d’intenses moments de mysticisme pour l’athlète.  « Aujourd’hui, les jeunes ne font plus de touss comme on le faisait du temps de Mame Gorgui Ndiaye. Ils dansent en lieu et place », déplore l’ancien champion Diégane Senghor. Le lutteur, explique Emile Niane, n’entrait pas n’importe comment dans l’arène. Objet d’attention, de curiosité de tout un public, il est tenu de sacrifier au rituel du « leemou » (protection mystique) avant toute chose.

« En réalité, beaucoup d’actes qu’il pose, une fois dans l’arène, entrent dans le cadre de sa protection, notamment contre le mauvais œil et les attaques mystiques de ses adversaires », poursuit cet observateur avisé de la lutte.

 L’étape de la protection commençait dès l’entrée du lutteur dans l’arène et se poursuivait jusqu’au milieu de l’enceinte où il enterrait des racines, des gris-gris mélangés à de l’eau bénite. Dès la porte, il traçait des signes géométriques, la plupart du temps, l’étoile à cinq branches qui symbolise « Roog Sen », Dieu, l’Unique, le Tout-Puissant, l’Omnipotent. A travers ce rituel séculaire, le lutteur cherchait sa protection auprès de « Roog Sen » et uniquement auprès de « Roog Sen ». Et c’est seulement après qu’il visait la chance grâce à de l’eau mélangée à du coton. D’ailleurs, constate-t-il, Modou Lô, le chef de file de l’écurie Rock énergie, utilise beaucoup l’or blanc dans ses préparations mystiques d’avant combat.

Emile Niane soutient qu’avec l’aide du sel, les combattants cherchaient également la popularité et le soutien du public. L’homme de culture souligne qu’à la fin de sa carrière, le lutteur se rendait dans une sorte de retour aux sources au village de Simal pour recevoir un grand bain mystique. D’après lui, ce bain était censé sauver l’athlète des nombreuses attaques mystiques dont il a fait l’objet tout au long de sa carrière.

Une tradition de grands lutteurs
manga 2De Bory Dogue qui fut champion de l’Afrique occidentale française (Aof) à Yékini en passant par Manga 2, beaucoup de champions sérères ont marqué l’arène de leur empreinte indélébile.

Natif de Patar (Sine), Bory Dogue, un géant de près de deux mètres, fut l’un des meilleurs lutteurs de sa génération, s’il n’était pas tout simplement le meilleur. « Il était surtout très puissant sur le plan physique », se souvient encore Sara Ngom, un ancien lutteur lui aussi. L’octogénaire révèle avoir vu à l’œuvre, à plusieurs reprises, le défunt champion sérère. Après avoir signé plusieurs prouesses, Bory toucha le graal en étant champion de l’Afrique occidentale française. C’était bien avant l’accession de notre pays à l’Indépendance.

Ses  fils, Daouda et Soulèye à qui il transmit le virus de la lutte, ne lui arriveront jamais à la cheville. Leur carrière, au début prometteuse, n’a finalement pas répondu aux attentes des observateurs qui voyaient en eux les dignes successeurs de leur père. Un autre champion qui a éclaboussé l’arène sénégalaise de son talent est sans conteste Ibou Senghor. A Diouroup, l’arène locale porte fièrement son nom. Natif du village de Senghor, à quelques kilomètres de Diouroup, Ibou Thiaré, de son vrai nom, était un talent à l’état pur. Il avait toujours en bandoulière ce courage légendaire qui caractérise les grands champions.

Un des tombeurs du géant Double Less, Moussa Diamé, fut, lui aussi, un grand champion de lutte ; de même que Mohamed Ndiaye dit Rober Diouf. Les face-à-face entre le champion de Joal-Fadiouth et Mbaye Guèye sont restés dans les annales de l’histoire de la lutte. Reconverti entraineur national de lutte, Ambroise Sarr a, lui aussi, marqué la lutte nationale de toute sa classe. Le  « lion de la Petite côte » fut l’un des rares lutteurs à évoluer dans les trois disciplines, à savoir la lutte avec frappe, la lutte simple et la lutte olympique.

Il a participé à quatre éditions des Jeux olympiques avant de prendre les rênes de l’équipe de lutte olympique en 1992, puis celles de la lutte sans frappe depuis 1996 à nos jours. Il cumule ces fonctions avec celle de président de l’école de lutte de Palmarin qui porte d’ailleurs son nom. En plus d’Ambroise Sarr et Robert Diouf, Manga 2 et Yékini ont été les deux autres plus grands lutteurs sérères de la Petite côte. Le premier, seul roi officiel reconnu par le Comité national de gestion de la lutte (Cng), a régné pendant deux décennies. Il mit fin à sa carrière en début 2000 après avoir été battu un an plutôt par Mohamed Ndao dit Tyson.

yekiniQuant à Yékini, toujours en activité, il n’est plus à présenter pour avoir été désigné meilleur lutteur du cinquantenaire. Il faut souligner qu’avec les nombreux espoirs de la génération actuelle, cette tradition de grands lutteurs sérères a de beaux jours devant elle.

Diégane SARR (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on vendredi, 26 août 2016 14:04

Aux quartiers Gouye Salam et Hamdallaye 2, le souvenir du Gouye (baobab) reste encore vivace dans les esprits. Ce grand baobab qui était à l'origine de la grande réputation de ce quartier s'est effondré, il y a quatre ans environ. Mais, la population s'en souvient avec un brin de regret. Elle se remémore du grand vide que ce baobab a laissé derrière lui. Principalement, durant les trois premières années qui ont suivi sa disparition.

L'histoire de ce baobab est intrinsèquement liée à celle de la femme Fatou Maïga. Celle-là même qui quittait Pikine où elle habitait pour venir à Thiaroye dans le but d'entretenir le baobab autour duquel se faisaient des cérémonies de « ndeup » (exorcisation du mauvais sort). Le délégué de quartier Abou Sy s'en souvient comme si c'était hier. "J'ai vu, de mes propres yeux, Fatou Maïga qui a donné son nom à ce baobab dont la réputation a fini par traverser les frontières", révèle le vieux délégué du quartier Hamdallaye 2. "Elle venait souvent pour s'occuper des séances de « ndeup » propres à l'ethnie léboue" poursuit-il. Le vieux se rappelle les circonstances dans lesquelles le baobab s'est effondré.

C'était en période d'hivernage. Le quartier était prisonnier des eaux de ruissellement. Subitement, les feuilles du sommet du baobab commencent à se faner et à tomber progressivement dans les maisons environnantes. Ce qui a poussé le maire de la commune d’alors, Alioune Badara Diouck, de recourir aux services d'un tailleur de plantes qui élagua les feuilles mortes.

Mais, à la surprise de tous, pendant que tout le monde croyait que le baobab allait continuer à s'épanouir, il mourut subitement, s'effondrant comme un château de cartes. Le délégué de quartier pense que la disparition du baobab a laissé un grand vide dans son emplacement. Mais, il n'en pense pas moins qu'elle a libéré tout un espace. Par contre, le délégué de quartier de Gouye Salam B, Kalidou Gadio, se rappelle les circonstances de l'effondrement du baobab et l'atmosphère de tristesse qui s'en est suivie dans le quartier. Tout le quartier parlait de la mort du baobab. Même le maire avait fait le déplacement pour venir constater de visu ce qu'est devenu l’arbre géant. Kalidou Gadio de révéler, en outre, qu'il y a même des habitants qui ont vite établi le lien entre l'effondrement du baobab et la descente aux enfers de l'équipe "Gouye-gui" qui participait annuellement aux compétitions du championnat populaire. "Comme par un concours de circonstances, tout le monde a fait le constat que notre équipe de football s'est enlisée dans des difficultés depuis l'effondrement du baobab", explique ce plus jeune délégué de quartier de la commune de Djeddah Thiaroye Kao.

"Elle a été suspendue à trois reprises, après l'effondrement du baobab. Ensuite, le terrain où s'entraîne l'équipe est inondée", souligne-t-il. En somme, c'est vraiment la traversée du désert pour le club mythique du championnat populaire. Quatre ans plus tard, tout le quartier, et principalement les anciens qui avaient fini par laisser l'équipe entre les mains des jeunes, sont obligés de reprendre le club en main. Les fils de la localité, installés dans la diaspora, sont sollicités pour remettre l’équipe sur les rails. "Nous avons raflé toutes les coupes mises en jeu dans différents tournois. D'où un bon état d'esprit du club qui nous permet de pouvoir démarrer les « navétanes » sous de bons auspices", se réjouit Kalidou Gadio. 

Par Abdou DIOP

Last modified on dimanche, 28 août 2016 21:23

De la musique au cinéma en passant par la peinture, il a touché à tout. Sa longue carrière musicale se poursuit, mais c’est hors de nos frontières qu’Ismaël Lô se produit souvent. Ce « papa tranquille » de la musique sénégalais veut, dorénavant, laisser la place aux plus jeunes.

Arborer le mérite est un honneur, le classer est un déshonneur surtout pour un artiste multidimensionnel comme l’homme à l’harmonica et à la guitare qui a donné au « mbalax » sénégalais un tempo plus cool, un son plus mélodique, proche parfois du « rhythm’n’blues ». A travers sa musique, Ismaël Lô a longtemps bercé les amoureux du folk et de soul. Le sourire, il en arbore toujours. Trouvé dans son domicile à Sacré-Cœur 3, où les salamalecs des visiteurs, de bons voisins peut-être, se multiplient, il doit aimer le thé dont la senteur embaume la demeure.

A l’intérieur, le luxe et la sobriété se mêlent. Quelques tableaux d’art, principaux décors de la salle d’attente, révèlent un autre talent de l’artiste : la peinture. Des représentations dans lesquelles la beauté de ces corps transparaît à travers quelques détails anatomiques. « Ma femme m’a fait la même remarque en me disant que je ne peins que des femmes. Mais c’est parce que la femme est source de vie », soutient cet artiste qui est un des pionniers de la musique folk au Sénégal après les Seydina Insa Wade, Soleya Mama, André Lô, entre autres.

Perdu de vue ou presque. Depuis près de 10 ans, il n’a plus sorti d’album. Pourtant, des concerts, il en donne toujours, mais hors du pays. « Sauf que je mène ma carrière tranquillement », lance Papa Iso. Son dernier concert, tenu à Genève, remonte au mois de mai. Avant, c’était en Ethiopie. Dans un avenir proche, ce sera en Tanzanie. Le « papa tranquille » de la musique ambitionne de sortir d’autres albums, même s’il veut maintenant laisser la place aux jeunes. Mais avant cela, un titre sur Doudou Ndiaye Coumba Rose est en cours d’enregistrement.

L’homme-orchestre
C’est lors d’une émission télévisée, alors appelée « Télé variétés » et animée par Maguette Wade, qu’Iso se fait découvrir. Mieux encore, il sort de là avec un pseudo : « l’homme-orchestre ». Avec sa guitare et son harmonica, il avait fini de faire plaisir aux téléspectateurs. Qui se cachait derrière cet artiste qui n’a point appris à jouer de ces deux instruments ? « C’est un don de Dieu », soutient Papa Iso. Il se lance dans une aventure avec le Super Diamono. Le producteur Baïlo Diagne l’avait convaincu de rejoindre cet orchestre. Ce que certains n’avaient pas apprécié, lui demandant de prendre son propre chemin. Mais, fan du Super Diamono d’Omar Pène, ce fut un privilège pour lui. Il ne s’agissait pas de s’aligner derrière Pène, mais d’être à ses côtés. Une opportunité, pour un débutant comme lui, de pouvoir voyager et de découvrir le monde.

De ce compagnonnage est né le titre « Gor Sayina », « Jiguène Dakarou Ndiaye ». En même temps, ils jouaient tous les soirs au Sahel night-club. Le moment venu, pour l’artiste, de monter son orchestre, Ismaël Lô quitte le Super Diamono. En cinq ans, il produit cinq albums plus folk et soul que la variété courante. Accompagné de Vieux Faye, guitariste lead et arrangeur, Iso, un féru de jazz, personnalise sa musique et met en valeur ses qualités artistiques. En 1990, un nouvel élan dans sa carrière musicale. Ismaël Lô signe chez Barclay et sort son 6e album solo, « Tajabone », qui est, depuis, inscrit disque international, repris notamment dans la bande originale du film « Tout sur ma mère » de Pedro Almodóvar.

L’école de la rue
La guitare comme l’harmonica, Iso les a appris tout seul. Un don du ciel, dit l’artiste. A partir d’un jouet que lui avait offert son père, il découvre son nouveau talent. Léger, l’harmonica l’accompagnait partout. Taquinant la guitare, ses deux mains ne pouvaient pas tenir à la fois les deux instruments. Deux clous enfoncés dans le mur lui permettaient de jouer en même temps de la guitare et de l’harmonica. Une expertise qui lui avait valu le surnom de Bob Dylan, un monument de la musique mondiale. Revenant sur le film de sa vie musicale, il revoit flux et reflux, tout petit, les guitares qu’il confectionnait lui-même : les « toukoussou ngalam », faits avec des pots vides servant de caisse à résonance et des fils de pêche comme sillets de chevalet.

Cinéma et musique, le parfait accord
Meilleur artiste ouest-africain et africain, meilleur clip vidéo aux Koras awards 1996, avec Ibrahima Sylla, il sort « Khalat », « Nat », « Ndiawar », « Gor sayina » et « Dibi dibi rek », et réinscrit « Taajabone ». Il est également parti du folk classique pour composer « Diongama », « Auto pipe pipe ». Grâce à l’harmonica, Ismaël Lô se fait découvrir par l’un des plus grands cinéastes africains, en l’occurrence Ousmane Sembène, qui, à la recherche d’un acteur qui savait jouer cet instrument, avait vu juste. Incarnant le rôle du « Tirailleur harmonica » dans le film « Camp de Thiaroye », il fallait se mettre dans la peau de ce dernier.

En mode afro, il avait éprouvé beaucoup de difficultés pour le faire. Un mois de tournage, il avait fini par prendre goût au cinéma. Un film qui lui a permis d’être formé militairement pour présenter les armes. « Si tu continues d’être gentil et sérieux, je te confie la musique du film », lui avait promis Ousmane Sembène. La condition, un tambour et une trompette. Une générique qui va donner par la suite « Nasaran ». Autres films dans lesquels a joué l’artiste, « Afrique mon Afrique » d’Idrissa Ouédrago, un film sur le Sida tourné entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, et « Tableau Ferraille » de Moussa Sène Absa.

Par Marame Coumba SECK

Last modified on vendredi, 26 août 2016 15:08

En 1976, Keur Ambo, un village du Niombato, frontalier de la Gambie, sortait brutalement de l’ombre grâce à un de ses fils, Abdou Khady Touré, rapidement rebaptisé « Abdou Khaliss » du nom en wolof de l’argent qu’il distribuait et « multipliait » à tout va. Grâce à une chaîne de rabatteurs éprouvés, il inaugura l’arnaque la plus subtile des années 70. Agé de moins de 30 ans, il organise une gigantesque tontine où les derniers arrivés ont tout perdu : argent, honneur et espoir, selon « Le Soleil » qui envoie une équipe de reporters sur ses traces 16 ans après. Il sera condamné à 4 ans de prison avant de retourner à…la terre.

L’équipe du quotidien national le retrouve donc dans le courant de l’hivernage de 1992. Il est redevenu agriculteur après avoir fait passer devant le miroir aux alouettes des centaines de gogos. Quand les journalistes le retrouvent, il revient des champs, juché sur une mobylette conduite par son frère. Il est loin le temps où il faisait la java dans le Saloum et même au-delà. Disant avoir reçu une révélation divine, il brassait de grosses sommes d’argent. Le montant de l’escroquerie s’élevait à plus de 300 millions de FCfa.

Modus operandi ? Son conseil d’alors, Me Thierno Diop (ancien président du groupe parlementaire Ps) raconte à Saliou Fatma Lô et Modou Mamoune Faye: « Les accusations d’escroquerie étaient bien fondées car il y avait bel et bien des manœuvres frauduleuses accompagnées de toute une mise en scène : malles et sacs remplis de billets de banque, file interminable de personnes devant sa case, kyrielle de rabatteurs et d’intermédiaires… » Qu’est-ce qui peut, sinon la cupidité, expliquer qu’un jeune homme de 29 ans ait pu rouler dans la farine des riches commerçants et des notables ? Son avocat reconnaît qu’Abdou Khaliss -as de l’arnaque- a grugé des gens et amassé des millions et des millions de nos francs.

Keur Ambo était devenu un village-forteresse et Abdou Khaliss protégé comme un chef d’Etat. Les premières « touches » ont consisté à « multiplier » des billets. Si les premiers « souscripteurs » ont bénéficié de ses largesses, au fil du temps, les dettes se sont accumulées. Toutefois, Abdou Khaliss a eu le temps de profiter de sa gloire éphémère. Il déclare fièrement aux reporters qu’il avait une 504 familiale et une 404 camionnette, trois épouses et « une foule de concubines », selon les mauvaises langues du bled.

Au faîte de sa gloire, il menace Sammy Lucien Chaupin, le correspondant du journal dans le Sine-Saloum qui avait relaté sa saga dans l’édition du journal datée du 12 mars 1976. Ce n’était que bis repetita car il avait fait de même avec Mame Less Dia : « Tu as déjà mis en doute mon pouvoir divin et si tu insistes je te transforme illico en singe. D’ailleurs, tu n’arriveras pas à Dakar car tu vas crever en chemin », avait-il prédit.

Abdou Khaliss soutient mordicus qu’il a reçu « une révélation divine » dans un champ, à l’ombre d’un arbre de « Soto » où il découvrit, à l’heure de la prière de Tisbar, un baluchon qu’il se garda de déballer durant 3 mois. Et au cours de cette séquence, il a ramassé une enveloppe rouge non loin de l’arbre et dans laquelle un texte en arabe lui apprenait que de l’argent était dans le baluchon, ainsi qu’une corne. La corne d’abondance quoi !

Par Samboudian KAMARA

Last modified on vendredi, 26 août 2016 14:02

Ces sentiments… blessés

26 Aoû 2016
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L’enterrement d’une dame dont des blessures sont vues, lors du bain mortuaire, sur son corps sans vie a été suspendu par la police de Touba aux fins d’autopsie pour les besoins de l’enquête. Ce cas de mort suspecte a amené les enquêteurs à cueillir et à placer en garde à vue le mari de la défunte. En rapportant cette information, la presse locale n’a pas manqué de souligner qu’une source, charriant d’écœurants éléments tueurs de sentiments, coulait près du couple. Loin de nous l’idée de culpabiliser l’époux qui, interrogé par les limiers, est toujours un présumé innocent. C’est possible qu’il ne soit l’auteur des blessures que porte le corps de sa défunte femme.

Le sujet nous met à réfléchir sur les disputes dans les couples. Pourquoi les époux ne regardent-ils pas toujours dans la même direction ? En tout cas, le constat est fait que, chez nous maintenant, l’on donne très facilement des coups de canif au contrat de mariage. Disons-le, pour nous en désoler, l’union maritale, si souvent entaillée, n’est plus prise au sérieux. La désacralisation du mariage est une évidence, une pénible entorse faite à l’engagement, contracté par deux personnes, de s’unir pour le meilleur et pour le pire.

Quelles explications à ces blessures morales douloureuses ou offensantes tueuses de sentiments ? L’incapacité de l’homme à remplir ses fonctions et à faire ses devoirs dans le foyer ? La cristallisation, au fil du temps, du désamour de la femme insatisfaite dans plusieurs domaines ? Le comportement de ce féodal qui croit devoir toujours dire à son épouse : « Fais-toi belle et tais-toi » ? Le refus de ce diktat par l’impertinente qui n’est, aujourd’hui, « ni pute, ni soumise » ? Sans chercher à blesser un des conjoints, l’on vous rappelle seulement que, dans un couple, l’un compense les insuffisances de l’autre.

La pose lascive d’une épouse et sa voix suave, l’écoute attentive d’un époux, sa capacité à remplir toutes ses fonctions et à faire tous ses devoirs dans le foyer mettent de l'animation dans leur amour. Avec ça, il y a forcément de la sensualité et de la complicité. Les bons amoureux sont des as dans l’art de gérer leurs disputes qui, à chaque fois, se terminent par une réconciliation sur l'oreiller. En étant à la fois charmeuse et dompteuse, une douce moitié dispose donc d’atouts lui permettant de mettre l’autre partie à ses pieds. Et croyez-moi, il n’y a pas de risque de blessure, en pratiquant ce jeu-là.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 26 août 2016 16:33

Loin de l’image de sport-business qu’elle présente aujourd’hui, la lutte, au pays sérère, n’était qu’une affaire d’Hommes avec H majuscule. Les athlètes allaient de village en village pour se jauger et faire montre de leur bravoure. On combattait pour la gloire et rien que pour la gloire.

L’équipe de lutte de la région de Fatick a remporté haut la main, la 17ème édition du Drapeau du chef de l’Etat organisée en mi-juillet dernier à Kaffrine. Grandissime favorite du tournoi, elle s’est, sans surprise, succédé à elle-même. Au détriment de la région hôte qui, comme l’année dernière, est encore tombée en finale, les armes à la main. Malheureux finalistes à l’occasion de la précédente édition, les Kaffrinois avaient à cœur de prendre leur revanche sur leurs terres du Ndoucoumane et brandir leur premier trophée national. Mais, à cause de l’insatiable ogre fatickois qui dévore tout sur son passage, ils devront prendre leur mal en patience.

En réalité, depuis la première édition, au milieu des années 1990, Fatick règne sans partage dans cette compétition qui a la particularité de réunir tout le gotha de la lutte traditionnelle nationale. Une suprématie qui s’est consolidée davantage depuis que le Drapeau du chef de l’Etat est disputé sous la même formule que le Tournoi de lutte africaine de la Cedeao (Communuaté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). « Toutes les quatre éditions, organisées depuis cette réforme du Drapeau du chef de l’Etat, ont été remportées par la sélection régionale de Fatick », souligne, fier Ambroise Sarr, l’entraineur national de lutte originaire de cette région.

Sara Ngom lutteurEn fait, la lutte, c’est connu de tous, constitue le sport traditionnel par excellence du pays sérère. Elle y est pratiquée depuis la nuit des temps. Et aujourd’hui encore, rares sont les villages qui n’organisent pas de tournois durant la saison de lutte. « En tout sérère, dort un lutteur », chante, telle une rengaine, un observateur averti de la lutte. Ancien champion de lutte, Ambroise Sarr, qui a participé à quatre Jeux olympiques (Montréal, Los Angeles, Moscou, Séoul) est un témoin privilégié de l’évolution qu’a connue cette discipline sportive. Loin du sport-business qu’elle est aujourd’hui avec ses cachets à coups de dizaines de millions, la lutte n’était au début qu’une affaire de bravoure, d’Homme avec grand H. Elle ressemblait un peu comme les combats des gladiateurs de l’empire romain de Jules César, à la différence que nos lutteurs ne s’entre-tuaient pas et ne versaient pas du sang. « La lutte est traduite par « ndiom » en Sérère qui vient de « diom ». C’était une question de courage et d’honneur entre les villages qui se mesuraient à travers leurs champions respectifs», rappelle l’ancien lutteur de Palmarin Nguedj. A l’inverse des mises faramineuses de nos jours,  les tournois de lutte d’antan n’avaient aucun enjeu financier. Alors qu’est-ce qui faisait courir les lutteurs ? «  Rien, à part l’honneur, la bravoure, le fair-play, le bon voisinage, la gloire », souligne celui qui fait office d’entraineur national de lutte depuis 1996.   

Une pipe de tabac comme mise
Les combattants ne gagnaient donc pas grand-chose, excepté « une pipe » de tabac. « Jadis le vainqueur recevait une pipe. On le faisait fumer après le sacre pendant que d’autres lui donnaient des coups de pied pour lui témoigner leur joie et leur fierté», raconte, le sourire aux lèvres, le chef du village de Palmarin Ngedj. Drôle de manière de féliciter un vainqueur ; quand aujourd’hui, les champions sont couverts d’or et de gloire ! Ancien lutteur, aujourd’hui âgé de près de 80 ans, Sara Ngom regrette de ne pas faire partie de la génération actuelle de lutteurs bénis par le dieu argent de l’arène.

« La lutte n’est plus qu’un business très lucratif ; alors que nous luttions pour la gloire et seulement pour la gloire. Je suis persuadé que si j’avais la chance de figurer parmi la génération actuelle, j’aurais sans doute, gagné beaucoup d’argent. Je pouvais disputer jusqu’à plus de 20 combats la saison», explique celui dont le nom de guerre était Diégane Senghor. Surnommé « Bayil douma », à cause de sa réputation de cogneur acharné, l’homme, un géant de près de près de deux (2) mètres, était un lutteur talentueux, auteur d’un palmarès fabuleux.  Mais comme beaucoup de sa génération, il n’a eu que « des morceaux de tissus comme trophées ». Et, la gloire aussi!

Selon Ambroise Sarr, c’est au tout début de l’hivernage que les villages choisissaient les champions qui devaient défendre leurs couleurs pour la prochaine saison. Le processus de sélection démarrait dès la tombée de la première pluie. A la deuxième pluie, au moment où  l’herbe commence à pousser, on intronisait l’heureux élu. Mais, ce n’était pas, pour autant, terminé. Après les récoltes, il fallait organiser un « loul », sorte de Vsd (compétition organisée vendredi, samedi et dimanche par le Comité national de gestion de la lutte (Cng) pour sélectionner des lutteurs : Ndlr), pour s’assurer que le champion choisi était toujours le plus indiqué pour représenter dignement le village.

Cette nouvelle étape dans la sélection mettait aux prises les espoirs qui montaient en puissance et les lutteurs confirmés. Et à l’issue de la compétition, on confirmait ou infirmer le premier choix sur celui qui devait représenter le village. Il se souvient d’ailleurs du « loul » qui avait porté au pinacle son idole et aîné, Pierre Téning Sarr, dont il portait à  l’époque l’arsenal mystique. « Ce jour-là, des incidents ont émaillé la compétition. Pierre Téning avait été choisi pour être le représentant du village. Après les récoltes, un tournoi de confirmation a été organisé comme le voulait la tradition. Il s’en était sorti la tête haute en battant son challenger  Malick Yengué, qui montait en puissance.

Ablaye Ndiaye lutteurMais ce dernier, ne s’avouant pas vaincu, des incidents ont eu lieu », fait-il encore remarquer. Fort heureusement, les femmes y ont mis leur grain de sel comme c’est toujours le cas en pareilles circonstances et l’incident a vite été étouffé dans l’œuf. Avec leur fameuse « eau mélangée à des feuilles de boabab séchées », elles avaient ramené le calme et la sérénité à force de mouiller tout le monde de leur potion magique. La lutte c’est aussi le mystique ! Ambroise Sarr rappelle que les tournois inter-villageois commençaient après les récoltes avec ce qui était connu comme étant des fêtes de réjouissances. Ils se poursuivaient tout au long de la saison sèche qui dure 9 mois.

Une règle tacite voulait qu’un seul appui soit considéré comme une chute 
Très jeune, il a accompagné, plusieurs fois, Pierre Téning Sarr, le champion qui défendait les couleurs de Palmarin, dans ses multiples pérégrinations à Djiffer et autres villages environnants. « Je faisais partie de ceux qui lui portaient les bagages. Ainsi, nous marchions des kilomètres et des kilomètres pour nous rendre à Djiffer et dans les autres villages voisins. Pendant ce temps, lui voyageait seul, à bord des cars de transport. En fait, pour des raisons mystiques, ses bagages ne devaient pas être mis dans un véhicule », justifie Ambroise Sarr.

Contrairement à nos jours où les choses semblent mieux organisées, il n’existait à l’époque presque pas de normes explicites régissant les tournois de lutte. « On ne connaissait pas le tirage et les athlètes ne s’inscrivaient pas non plus sur une liste pour pouvoir participer à une compétition comme c’est le cas actuellement », précise l’ancien lutteur. Selon lui, les athlètes se défiaient deux par deux sous le regard approbateur du public. Et c’est ainsi qu’on assistait à des duels époustouflants jusqu’à la fin où les deux qui restaient invincibles disputaient le sacre. Mais en l’absence d’un règlement bien précis, il n’était pas rare de voir les compétitions être émaillées de petits incidents. Des chutes, mêmes claires comme l’eau de roche, pouvaient connaitre de fâcheuses prolongations. De simples volontaires, ceux qui officiaient comme arbitres, voyaient souvent leurs décisions être contestées. Et les combats dégénéraient en bagarre de rue.

Une règle tacite, acceptée par tous, voulait également qu’un seul appui soit considéré comme une chute. Ce n’est pas comme aujourd’hui où le combattant doit effectuer quatre appuis pour se voir déclaré perdant. Autre règle passée de mode, les lutteurs n’avaient pas le droit d’attraper les pagnes de leurs adversaires. « Le règlement était le même que celui de la lutte africaine. C’est seulement aujourd’hui dans la lutte sénégalaise qu’on voit les athlètes s’agripper sur les pagnes de leurs vis-à-vis », renseigne en fin connaisseur, l’entraineur de l’équipe nationale de lutte. Sans l’autorisation d’attraper le « nguimb » de l’adversaire, il fallait donc faire preuve de beaucoup de talent technique pour pouvoir tirer son épingle du jeu. Ce qui laisse croire que le niveau de la lutte était beaucoup plus relevé à l’époque.

Les tournois de lutte qui se tenaient toute la saison sèche commençaient à partir de 9h et clôturaient leurs activités au plus tard à  18h. Tout le contraire des compétitions actuelles qui démarrent dans l’après-midi et se terminent tard dans la soirée. Ambroise Sarr révèle qu’il existait une vieille rivalité entre Palmarin et Joal-Fadiouth. Mais précise-t-il, le dernier mot revenait toujours à son village. Jusqu’au jour où Manga 2, l’ancien champion de Fadiouth vainquit le signe indien. Les deux localités dominaient la lutte dans la Petite Côte et les Iles. « Là-bas, on disait que pour être un champion digne de ce nom, il fallait d’abord traverser la mer, se rendre à Palmarin et faire le chemin inverse. Mais rares étaient les lutteurs qui réussissaient ce voyage. La plupart retournaient dans leurs fiefs avec des défaites», indique-t-il.

Culte de l’éthique dans l’arène                                                                                                                                              Lutteurs Entrainement PalmarinDe nos jours très décrié, le phénomène des combines était, jadis, inconnu dans la lutte. «Ngolomane et moi, nous étions de grands amis ; mais nous savions toujours faire la part des choses à chaque fois que nous devions en découdre », renseigne Ousmane Ndiaye, l’ancien lutteur de Diouroup. Les deux ténors mettaient toujours l’amitié de côté, le temps de vider leur contentieux. Et après le face à face, ils continuaient, en gentlemen, leurs relations amicales comme si de rien n’était. « Il était impensable de tricher, parce que la lutte c’était avant tout le « diom ». Moi, à chaque fois que je participais à un tournoi, je pensais à ce que j’allais raconter à mon père, au retour. C’est pourquoi, je faisais tout pour être irréprochable », relève l’ancien champion de lutte.

Comme beaucoup de sa génération, il ne comprend pas le phénomène des combines et l’attitude des lutteurs actuels. Pour Ousmane Ndiaye, cela est d’autant plus incompréhensible que la lutte est devenue beaucoup plus intéressante aujourd’hui, avec tout cet argent qui y coule à flots. « Je pense que ce n’est pas éthique. Quand on triche pour offrir la victoire à son adversaire, que va-t-on raconter à ses proches, une fois rentré à la maison ? », s’interroge-t-il. Les actes de combines sont passibles de sanction par le Comité national de gestion de la lutte (Cng)

Diégane SARR (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 25 août 2016 15:21

Au cœur de l’été

25 Aoû 2016
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On est en août, au cœur de l’été. Le mercure monte au Plateau, cette zone, au cœur de Dakar où se développent de fortes activités administratives et commerciales. Le thermomètre, qui grimpe, pousse certaines personnes, dont des cœurs à prendre en poste dans des établissements recevant du public, à demander, du fond du cœur, qu’on leur permette, malgré la mise en service de climatiseurs ou de ventilateurs, de s’habiller léger et court pour mieux lutter contre la canicule et mieux se faire découvrir. Et pourquoi pas?

Le cœur du débat devra faire intervenir les délégués de personnel afin de préciser ce qu’en dit le Code du travail. L’employeur, qui n’est pas toujours un cœur d’or, a-t-il le droit d’imposer des contraintes vestimentaires à ses agents ? Comme une affaire de cœur, il faudra donc en parler à cœur ouvert. Au cœur du débat qui voudrait que l’on range dans le placard les habits chauds (tailleurs, costumes en tergal lourd, grands boubous, « ndockettes » et « sabador » en wax et bazin, voire en « rabal ») et à sortir les légères et transparentes étoffes d’été (tongs, shorts, décolletés profonds, mini et robes fendues), le ton ne manquera pas de monter. Car le camp des petites tenues, qui aura à cœur de faire bouger les lignes, va s’opposer aux éléments du groupe favorable au statu quo. Leur cœur bien accroché, ils ne voudront rien céder.

De bon cœur, les demandeurs de services, tenant compte de nos coutumes et mœurs et agissant au nom de la sauvegarde de l’image des structures concernées, s’inviteront dans ce débat pour, à n’en pas douter, conseiller le port d’une tenue adaptée. Ces gens-là, sont-ils des cœurs de pierre, parce qu’insensibles à l’été chaud dont souffrent les défenseurs des courtes tenues ? Les plaintes de ces derniers est compréhensible car cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire. Qu’ils fassent contre mauvaise fortune bon cœur, en laissant leurs opposants, le cœur joyeux, jouir du niet exprimé, face aux petites tenues, par les demandeurs de services.


Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 25 août 2016 12:11

Sur le pont « Moustaphe Malick Gaye », Guet-Ndar est à nos pieds. Une belle vue panoramique nous permet d’apercevoir un quartier populeux, dense et vivant, des ruelles étroites, de nombreux enfants qui s’amusent dans une ambiance carnavalesque.

Derrière les clôtures de bois, de tôle ou de parpaings, les maisons en dur sont aussi nombreuses que les baraques. Mais toutes les constructions frappent par leur petite taille et leur entassement dans un espace réduit. Cette localité est parfois repoussante à cause de la saleté.

En cette belle matinée d’août, la chaleur est torride, suffocante. Il fait 12 heures 30. Le soleil est au zénith. Ces jeunes vendeuses de sardinelles, de salés séchés, de poisson fumé, entre autres produits halieutiques, font la navette entre l’avenue Lamothe et le marché de Ndar-Toute. La circulation est intense. L’entrée de cette avenue principale qui coupe le quartier en deux, grouille de monde. Ce vieux quartier des pêcheurs, atypique, déroule sa belle carte, exhibe fièrement ses vieilles chaumières, attrayantes dans leur prodigieux enchevêtrement,   sa grande mosquée qui trône imperturbable au milieu de Lodo et de Pondokholé (sous-quartiers), le site de Diamalaye où on débarque la sardinelle et le cimetière « Thiaka Ndiaye » où on découvre des tombes hérissées de piquets de bois ou de fer, recouvertes de filets de pêche qui, à l’origine, étaient l’unique moyen de protéger les sépultures contre les chacals et les chiens errant.

Ablaye Ndour est un sexagénaire disponible, modeste, humble et courtois. Il fait les cent pas aux abords du monument aux morts. Il est d’un abord facile et n’hésite pas à raconter tout ce qu’il a enduré en haute mer durant ses longues campagnes de pêche.

Pragmatique, il ne passe pas par quatre chemins pour nous rappeler que « Guet-Ndar signifie tout simplement Guettou-Ndar, qui veut dire le parc à bétail de Saint-Louis ». A l’époque, a-t-il précisé, le quartier appartenait à un maure très riche qui y parquait son bétail.

« Selon la version servie par certains de nos ancêtres, c’était le fief, le domaine de prédilection de l’Emir du Trarza qui y faisait pacager ses troupeaux de bovins, d’ovins et de caprins. Au fil du temps, des groupes de pêcheurs s’y installaient temporairement et mettaient à profit la période d’abondance du poisson pour réaliser de bonnes affaires. Finalement, ils parvinrent à occuper toute cette partie de la Langue de Barbarie, située entre la mer, le petit bras du fleuve, Santhiaba et le cimetière de « Thiem » appelé aussi « Thiaka Ndiaye ». Ces pêcheurs, pour étendre ce quartier, finirent par créer trois sous-quartiers, notamment, Lodo, Pondokholé et Dack ».

Insalubrité chronique
Guet-Ndar, a-t-il poursuivi, a changé de visage, «  A l’époque coloniale, les pêcheurs étaient très superstitieux et hésitaient à construire des maisons en hauteur qui risquaient de déranger Mame Coumba Bang, le génie tutélaire des eaux très sévère et exigeant qui n’acceptait pas que ces constructions futuristes et autres immeubles imposants surplombent le grand bleu. Mais, du fait de la croissance démographique, du modernisme, du brassage et du choc des cultures, ainsi que de la reconversion des mentalités, les pêcheurs ont eu une autre conception de la chose. Aujourd’hui, ils ont tendance à trimer dur en haute mer pour édifier ces belles bâtisses qui contrastent avec un habitat sommaire ».

Il fait 13 heures. Nous prenons encore le temps de musarder dans ce vieux quartier qui servait de lieu de pâturage aux bêtes des maures. Omar Diouf, un vieux pêcheur assis sur une placette à prière aménagée devant une grande maison appartenant à un notable et située à quelques encablures de la plage, attire notre attention. Derrière ses lunettes de correction, il jette dans tous les sens, un regard à la dérobée. Pour lui, le quartier est sale et il appartient aux différentes autorités de travailler, de concert avec les populations, à le rendre salubre.

Amadou Sow est un haut cadre de l’administration en retraite : « Je suis né à Guet-Ndar, mais je n’ai jamais été un pêcheur professionnel. J’allais en mer pendant les vacances scolaires. Moi, je ne peux pas vous parler de parc à bétail ou de lieu de pâturage, je ne maîtrise pas cette version. Tout ce que je peux vous dire est que ce village est très ancien. Il appartient aux Français qui le considéraient comme un territoire coutumier. Notre chef était nommé par le Gouverneur du Sénégal qui ne ratait pas une occasion pour rappeler à nos ancêtres qu’ils avaient le devoir de fournir du poisson à Saint-Louis. Ces colonialistes français y avaient installé une batterie de canons pour surveiller le large ».

« On raconte aussi qu’il y avait beaucoup de maisons en paille ravagées à plusieurs reprises par des incendies », nous renseigne-t-il. Guet-Ndar est un monde exceptionnel, un havre de paix où on élève le ton à sa guise, où un adulte peut se permettre de réprimander et de corriger sévèrement l’enfant têtu et récalcitrant de son voisin, un endroit paradisiaque où, grâce à une solidarité agissante, on s’évertue à rendre d’énormes services à son prochain sans ostentation. Le mutualisme, l’altruisme, l’honnêteté, la loyauté dans les rapports, la gestion collective et associative des problèmes sociaux, la dignité et la sincérité, sont autant de valeurs qui contribuent à l’équilibre de cette communauté que tout un chacun s’efforce de préserver. Une véritable marée humaine s’y déploie tous les jours à la recherche effrénée de ses moyens de subsistance.

En cette belle matinée d’août, la chaleur est torride, suffocante. Il fait 12 heures 30. Le soleil est au zénith. Ces jeunes vendeuses de sardinelles, de salés séchés, de poisson fumé, entre autres produits halieutiques, font la navette entre l’avenue Lamothe et le marché de Ndar-Toute. La circulation est intense. L’entrée de cette avenue principale qui coupe le quartier en deux, grouille de monde. Ce vieux quartier des pêcheurs, atypique, déroule sa belle carte, exhibe fièrement ses vieilles chaumières, attrayantes dans leur prodigieux enchevêtrement,   sa grande mosquée qui trône imperturbable au milieu de Lodo et de Pondokholé (sous-quartiers), le site de Diamalaye où on débarque la sardinelle et le cimetière « Thiaka Ndiaye » où on découvre des tombes hérissées de piquets de bois ou de fer, recouvertes de filets de pêche qui, à l’origine, étaient l’unique moyen de protéger les sépultures contre les chacals et les chiens errant.

Ablaye Ndour est un sexagénaire disponible, modeste, humble et courtois. Il fait les cent pas aux abords du monument aux morts. Il est d’un abord facile et n’hésite pas à raconter tout ce qu’il a enduré en haute mer durant ses longues campagnes de pêche. Pragmatique, il ne passe pas par quatre chemins pour nous rappeler que « Guet-Ndar signifie tout simplement Guettou-Ndar, qui veut dire le parc à bétail de Saint-Louis ». A l’époque, a-t-il précisé, le quartier appartenait à un maure très riche qui y parquait son bétail.

« Selon la version servie par certains de nos ancêtres, c’était le fief, le domaine de prédilection de l’Emir du Trarza qui y faisait pacager ses troupeaux de bovins, d’ovins et de caprins. Au fil du temps, des groupes de pêcheurs s’y installaient temporairement et mettaient à profit la période d’abondance du poisson pour réaliser de bonnes affaires. Finalement, ils parvinrent à occuper toute cette partie de la Langue de Barbarie, située entre la mer, le petit bras du fleuve, Santhiaba et le cimetière de « Thiem » appelé aussi « Thiaka Ndiaye ». Ces pêcheurs, pour étendre ce quartier, finirent par créer trois sous-quartiers, notamment, Lodo, Pondokholé et Dack ».

Par Mbagnick Kharachi Diagne

Last modified on jeudi, 25 août 2016 12:11

Amath Dansakho a marqué l’histoire politique du Sénégal. L’homme, connu pour sa bravoure et sa détermination, a souvent accompagné des opposants jusqu’à leur accession au pouvoir avant de leur tourner le dos à la faveur de nouveaux combats.

A la suite de la nomination de Fodé Sylla, comme ambassadeur itinérant auprès du président de la République, nous avons eu le privilège de croiser le doyen Amath Dansakho « venu témoigner de son amitié à un neveu », à l’occasion d’une rencontre de presse. Sa haute silhouette avance doucement, d’un pas hésitant. Mais, pas question d’essayer de le soutenir. Il préfère se débrouiller seul, en prenant tout son temps. C’est que malgré le poids de l’âge, il n’est pas du genre à se laisser faire. Son destin ne doit d’ailleurs rien au hasard de la vie, mais à ses choix comme à sa détermination.

Amath Dansokho fut le secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail du Sénégal (Pit) dont il est devenu le président honoraire à l’issue du congrès de 2010 consacrant son remplacement par Maguette Thiam. Né en 1937 à Kédougou, marié en 1968 à une Française, Amath Dansokho est père de quatre enfants. Ce journaliste de formation, a marqué de son empreinte l’histoire politique du Sénégal. Sa force, sa bravoure, sa conviction et son dévouement demeurent intacts et lui collent à la peau. A 78 ans, le vieux révolutionnaire est toujours d’attaque. Cet engagement est devenu un trait de caractère d’un homme marqué par les péripéties de son militantisme politique.

Engagement sans répit
Il s’est toujours fait signaler de par son engagement sans répit. Il est pour la première fois élu député sur la liste du Pit en 1998. Dans la perspective de la présidentielle de 2000, il tient le rôle de rassembleur dans la conférence des leadeurs du pôle de gauche.

Durant son séjour à Prague, Dansokho que rien ne prédestinait à la politique, s’immergea dans la doctrine idéologique du communisme international. Il parvint à marquer de son empreinte le cercle dirigeant de l’Union soviétique en imposant sa perception du communisme en pleine guerre froide contre le capitalisme incarné par les Etats-Unis.

Il parvint à s’imposer dans le groupe dirigeant du Parti africain de l’indépendance (Pai), à l’époque de la semi-clandestinité, couvé par Majhemout Diop. Il rejoint, en 1981, Seydou Cissokho au Parti de l’indépendance et du travail (Pit). Ce dernier le nomme son adjoint, avant qu’il ne lui succède à sa disparition. A la tête du Pit, Dansokho œuvre à installer son parti dans les deux blocs : celui du régime incarné par le Parti socialiste (Ps) et celui de l’opposition dirigé par Abdoulaye Wade (Pds).

Amath Dansokho entre en politique dès 1949. D’abord Senghoriste jusqu'en 1951 à Saint-Louis où il poursuit ses études primaires (école Duval) et secondaires (lycée Faidherbe), il adhère ensuite au Rassemblement démocratique africain (Rda) et devient membre du Pai dès sa création en 1957. En 1958, il réussit à son baccalauréat (série philosophie) tout en prenant une part active à la campagne du «Non» lors du référendum gaulliste. Après deux ans d’étude en Sciences Economiques à l'Université de Dakar, il abandonne pour des raisons politiques.

Eternel recommencement
Au niveau du Pai, il est secrétaire à l'éducation du parti, vice-président du conseil de la jeunesse du Sénégal et vice-président de la jeunesse d'Afrique. En 1959, il dirige la revue «Dakar Etudiants», organe de l'Union général des étudiants de l'Afrique de l'Ouest (Ugeao), dont il est le vice-président. L'exil le conduit à Prague (Tchécoslovaquie) ou il représente son Parti. Il y reste 12 ans et suit une formation en journalisme. En 1977, il rentre dans son pays. Un an plus tard, il proclame le retour de son parti à la légalité. En 1981, le parti est contraint de changer de sigle et au premier congrès du Pit en août, il est élu Secrétaire général adjoint. Il sera ensuite secrétaire général du parti.

En 1983 et 1988, il est élu tête de liste de son parti aux législatives. Dès le lendemain des élections de février 1988, il est arrêté et emprisonné pour être libéré un mois après. Il bénéficie d’un non lieu. Suite à l'appel lancé par le président Abdou Diouf pour la formation d'un gouvernement de majorité présidentielle élargie, il répond favorablement et est nommé ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat le 2 juin 1993. Il est limogé le 12 septembre 1995, suite à sa dénonciation de « mal-gouvernance». C'est ce qu'il appellera sa première «défenestration» du gouvernement. Une métaphore qui restera dans les mémoires. Un tempérament indomptable finira par déteindre sur ses relations d’avec Abdoulaye Wade le candidat qu’il a soutenu en 2000.

En effet, huit mois après l’alternance, il finira par se séparer de lui. Compagnon de la première heure dans le combat pour l'alternance, il a œuvré au rapprochement entre le pôle de gauche et le Pds. Son retour dans l’opposition est le point de départ d’un nouveau combat qui a abouti le 25 mars 2012, avec la défaite du président Abdoulaye Wade devant Macky Sall soutenu par Amath Dansokho.

Par Oumar BA

Last modified on jeudi, 25 août 2016 12:10

Que dire de Gorée que les historiens et quelques narrateurs zélés n’aient déjà révélé au monde ? Son passé, malgré les réminiscences de l’horreur humaine qu’il fait ressurgir, est même sublime. Il va au-delà de la comparaison entre l’humanité du « maître » d’un temps sombre et celle-là du supplicié. Sa mémoire constitue un ressort pour plusieurs générations qui essaient de s’en accommoder sans oublier de vivre. C’est la meilleure manière de pardonner tout en célébrant l’humanité qui, mise en lumière, donne des raisons d’espérer des lendemains enchanteurs, un meilleur sort à la société.

Gorée, aujourd’hui, concilie le passé et le présent. En omettre un constituerait un renoncement coupable. On y célèbre la vie sans laquelle toute allusion au passé ne relèverait que d’une passivité néfaste au devenir des peuples d’ici et d’ailleurs. C’est pourquoi, nous nous sommes employés à montrer, ici, une image de Gorée qui exalte des vies, des comportements, des sacrifices de gens au service du bien-être collectif, des jeunes entreprenants qui se fabriquent un destin…

Leurs actions quotidiennes, leur joie de vivre, leur énergie positive ne traduisent que leur volonté de s’affranchir de la morosité qu’inspire l’Île et dans laquelle l’imagerie populaire les confine. Gorée, avec ses ruelles paisibles et ses vieilles maisons fleuries de bougainvilliers, son architecture coloniale, sa plage bondée de monde et tant d’autres curiosités, donne à voir suffisamment de charmes pour durcir les âmes de chagrin.

Qu’elles y trouvent le réconfort de voir l’humanité transcender une si douloureuse période. Gorée, île mémoire… et d’innombrables vies.

Alassane Aliou MBAYE et Marame Coumba SECK

maison des esclaffes
Des générations d’intellectuels et de dignes fils de l’Afrique et de la diaspora noire se sont battus des années durant pour faire admettre aux « anciens maîtres » négriers de l’autre côté de l’Atlantique que l’esclavage est un crime contre l’humanité. Mais, il paraît aujourd’hui plus urgent de préserver la sacralité de ce qui rappelle à l’humanité ce douloureux épisode. Les pratiques inconvenantes des visiteurs de la Maison des esclaves et de certains « guides » n’y participent point.

Khadija est étudiante en deuxième année au département de sociologie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Depuis l’élémentaire, elle n’est plus revenue à Gorée pour voir l’horreur humaine que se plaisaient à « chantonner » ses maîtres d’école : « l’esclavage est un crime contre l’humanité ». Ne pas s’émouvoir de la touchante et détaillée narration de l’adjoint au conservateur, Alioune Badara Kabo, en est presque un autre. L’adolescente est venue avec ses amies que l’effervescence de la plage « n’a pu permettre » de faire un petit tour à la Maison des esclaves. Qu’elle soit louée cette posture ! Elle est certainement moins incommode que celle des ricaneurs et des visiteurs désinvoltes qui n’y voient qu’une vieille bâtisse sans relief.

Alioune Badara Kabo fait ce constat qui en dit long : « Il y en a parmi les visiteurs qui versent des larmes quand on leur touche un mot du supplice infligé à des êtres humains d’égale dignité. D’autres y entrent et sortent comme si de rien n’était » ; à l’image de cette inconvenante dame ébouriffant ses cheveux et se désopilant, avec sa clique, comme dans leur cocon. Il y en a qui ne se gênent pas à entrer dans les locaux en maillot de bain. Tout simplement. La Maison des esclaves pâtit moins des controverses entre intellectuels que des comportements indignes de gens qui devaient être les premiers à entretenir ce pan de la mémoire collective. Il fut un temps où on leur a nié la dignité d’êtres humains. Cette maison est là pour leur rappeler cet épisode sans se morfondre toutefois dans la passivité. Elle est en train de perdre sa sacralité. Et laisser des individus porter cette mémoire, parce qu’ils savent baragouiner quelques langues occidentales, relève de l’irresponsabilité.

L’allusion est claire. Il est bien question de ces fameux « guides » qui y pullulent. La réflexion est engagée pour trouver une solution. « Je m’efforce d’interdire cela pour éviter que n’importe qui vienne débiter des histoires ici d’autant plus qu’on ne peut pas contrôler ce que ces gens racontent aux visiteurs. On est en train de voir avec le conservateur et le commissaire de Gorée comment y remédier, quitte à trouver deux agents de sécurité de proximité qui vont monter la garde ici en permanence ». Qu’on ne vienne pas nous chanter la vielle ritournelle populaire : « C’est notre gagne-pain ». Cette trivialité est une offense pour les peuples noirs et âmes sensibles de l’humanité qui ont fait de ce lieu mémoire un ressort puissant.

Ps : « Esclaffe » est un verbe mais puisque tout est permis ici…

… Et des enfants « Khadija »A l’origine, un malheur familial
la maison de KhadijaLa douleur de la perte d’un être cher, âme jeune et pure de surcroit, escorte l’existence de ceux qui s’en étaient épris. Fallou, père d’une tendre jeune fille, Khadija, la seule dont le Ciel l’a gratifié, très tôt enlevée à son affection, cherche le réconfort dans le rêve généreux de la disparue. Elle voulait, de son vivant, une grande maison où les mômes pourraient laisser libre cours à leurs imaginations. Son prévenant géniteur, artiste-peintre d’ici et d’ailleurs, s’est employé avec enthousiasme et fidélité à réaliser ce noble souhait avec la Maison des enfants de Gorée autrement appelée « La Maison de Khadija ». Ici, s’épanouissent des insouciances, des talents, des esprits.

« Il paraît que les paroles des hommes forts doivent toujours recevoir, à l’approche de la mort, une certaine grandeur ». Qu’auraient été les mots de Victor Hugo face à la touchante générosité d’âme de la petite fille de l’Île de Gorée, Khadija. Son court passage sur terre est une odyssée mémorable qui interpelle les manières d’être de nos temps qui poussent l’individualisme jusqu’à l’extrême. Devant un père ému par tant de précocité d’esprit, elle a exprimé le souhait d’avoir un grand espace pour des enfants quand les moyens le lui permettront un jour. Ce qu’elle voulait de son vivant a pris forme neuf mois après qu’elle est allée au ciel.

La Maison des rêves prémonitoires de Khadija a vu le jour. Elle déroule ses activités au plaisir des enfants de l’Île et d’autres horizons sous le regard expressif de celui à qui elle confiait ses rêves, Fallou le père peiné. Celui-ci noie sa douleur dans l’affection qu’il reporte sur ces innocentes créatures. Sous l’ombre d’un arbre, l’une d’elles, une métisse franco-sénégalaise, venue de la France, titille le pinceau et applique des couleurs sur une toile sous l’assistance de Fallou ; une manière altruiste d’asservir sa passion de la peinture au service de ses réminiscences. Il donne une forme aux rêves de jeunesse de sa fille en initiant les enfants à la peinture et en leur offrant un cadre propice à leur épanouissement avec des jeux sans bourse délier.

Gorée un e ville qui meurtCette maison représente pour cet artiste-peintre, qui a fait des expositions au Sénégal et sous d’autres cieux, la personne même de Khadija. Elle en constitue l’âme, la joie des enfants qui y viennent, sa lumière. « C’est ma seule et unique fille que j’aimais tendrement. Bien qu’elle soit restée peu de temps sur terre, Khadija a montré beaucoup de cœur parce qu’elle était empreinte d’altruisme. Cette maison n’est que la transposition, le prolongement de cette générosité écourtée », confie le quinquagénaire, l’élocution régulière, le visage paisible. Cette bienveillance est une aubaine pour les parents qui trouvent là une belle manière d’occuper leur progéniture et de relever leur niveau.

« Durant l’année scolaire, les enfants viennent ici avec leurs instituteurs, principalement ceux de l’école Léopold Angrand, pour combler leurs lacunes dans certaines disciplines », renseigne Fallou Dolly. Ils y apprennent également à créer un jardin et à l’entretenir pour en faire des défenseurs de la nature. Dans une grande salle, des jouets éparpillés un peu partout et des livres voisinent avec un portrait d’une fille au minois agréable. Juste au-dessous de la photo, on peut lire ceci : « Paix ». Cette représentation établit une dualité de l’être humain et exprime une seule envie : l’harmonie comme celle-là que souhaitait Khadija pour ses « sœurs ». D’outre-tombe, elle peut rendre hommage à celui qui s’échine à entretenir sa mémoire, son père.

Alassane Aliou MBAYE et Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 24 août 2016 13:30

Jacasseries du mois d’août

24 Aoû 2016
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Dire que le mois d’août est abhorré par les Sénégalais ne fait de certains, parmi nous, des adeptes de la langue de bois. En tout cas, en usant du français, cette langue vivante, nous affirmons, sans risque de nous tromper, que beaucoup de nos compatriotes vivent, jusqu’à l’angoisse, la huitième des douze parties de l’année. En effet, dans cet espace de temps, les villageois, comme leurs parents des villes, tirent la langue suite aux efforts qu’ils fournissent quotidiennement pour, entre autres besoins, faire bouillir la marmite.

On se rappelle que nos vieux parents, dans notre langue maternelle, liaient les terreurs et souffrances qui les torturaient pendant le mois d’août aux conséquences du système agricole extensif. En ces temps-là, les greniers, dépendant des exploitations familiales agricoles, ces petites langues de terre emblavées et assurant un minimum de produits de subsistance, libéraient, en août, leurs dernières graines, alors que les spéculations de l’hivernage en cours, pas encore arrivées à maturité, ne pouvaient pas être récoltées.

Voilà, en prenant langue avec de vieilles personnes, ce qui expliquait la période de soudure en milieu rural. Quid de la ville ? Ici, les langues vont bon train. Conséquences : des gens, à la langue bien pendue, parlent beaucoup et sans retenue du mois d’août qui les fait tant baver.

N’ayant plus son nom sur le bout de la langue, une personne, pas méchante pour un sou, mais qui a la langue bien affilée, leur rétorque que le coût élevé de la vie au Sénégal qu’ils évoquent pour dire que c’est cela qui rend le mois d’août difficile est un argumentaire servi par les mauvaises langues car il n’y a pas eu, depuis quelques petites années, de hausse sur le prix des denrées de consommation courante comme le riz, le sucre, le pain, le lait, l’huile, le carburant, etc. Point besoin de manier la langue verte pour contester son propos. Comme nous sommes au mois d’août, qu’on laisse toutes les langues se délier. D’ailleurs, est-il facile, avec cette Tabaski qui s’annonce, de tenir sa langue ? Vous ne voyez vraiment pas : donnez votre langue au chat.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 24 août 2016 13:29

Le quartier Gadapara, qui signifie en Pulaar derrière les rizières, est, comme son nom l’indique, bâti sur une terre de culture du riz. Il a été fondé dans les 1920-1921, par des Peuls venus du Fouta-Djalon (République de Guinée-Conakry).

Les Peuls constituent actuellement la majorité des habitants du quartier Gadapara. Mais, on y trouve également des Manding, des Wolofs, des Sérères, des Diolas et des Balantes, entre autres. Après l’indépendance du Sénégal en 1960, le quartier n’a pas beaucoup changé au plan physionomique. Il est confronté à un problème d’assainissement et jusqu’au milieu des années 2000, les inondations étaient récurrentes tous les ans. Avant la première alternance politique, le quartier offrait plutôt l’aspect d’un gros village.

Mais, la situation a beaucoup évolué et des nouveaux bâtiments sortent un peu partout de terre. « Les inondations ont nettement diminué depuis le programme spécial Kolda 2006, qui nous a permis d’avoir une route bitumée. Cependant, le problème n’est pas pour autant résolu. Je cite seulement le cas de l’école primaire où les cours n’ont démarré, l’année dernière, qu’au mois de novembre puisque la cour de l’établissement était envahie par les eaux », déclare Mamadou Charifou Diallo, notable à Gadapara.

Mamadou Aliou DIALLO

Last modified on mercredi, 24 août 2016 13:29

Seul agent sur l’île, il fait tout. Chargé de la production de l’eau à Gorée, Eugène Simon distribue également les factures. Dans sa maison qui est un vaste champ botanique, le concert d’insectes se déroule. Dans un pantalon qui lui arrive à peine aux genoux et une Lacoste qui laisse découvrir sa poitrine, il est insensible à ces moustiques qui vous sucent le sang.

« Quant il n’y en a pas (de l’eau il veut dire, ndlr), c’est parce que j’ai dormi. Dormir à quel sens ? Au sens qu’il en boit tellement qu’au final, il en produit moins. A Gorée, certains l’appellent le « maître de l’eau ». Cette ironie ne révèle pas tous ses secrets. En tout cas, pour certains, la quantité d’eau produite dépend de ses humeurs. Une question, qui posée indirectement, le fait sortir de ses gonds. « Je ne sais pas d’où ça vient, ces histoires de couper l’eau. Comment peut-on représenter un service qui vend de l’eau et en priver les usagers », répond ce dernier qui use de la dérision également pour leur renvoyer la balle. 

En passant devant la mairie, chahute-t-il, vous vous êtes rendu compte que l’eau coule à Gorée. Une manière de dénoncer subtilement les fuites d’eau notées devant cette institution. Gorée avec ou sans eau, lui, son champ botanique bien arrosé est un tapis de verdure. Une petite anecdote, il est même allé en prison, suite à des « accusations ». « On m’a accusé de choses graves avec pétition. Un sale coup pour m’enlever de mon poste », en déduit M. Simon. Comme il aime bien le rappeler, ce fils Simon, venu d’Israël et descendant d’Aron, frère de Moise, a contribué à l’amélioration des conditions des populations branchées au réseau de distribution du liquide précieux qu’est l’eau.

La vétusté des conduites
Jeune sportif, à l’époque où l’on faisait la promotion des sports corporatifs au Sénégal, il est recruté par la société concessionnaire pour jouer dans son équipe de football. Joueur et en même temps assistant de l’entraîneur, il avait découvert la structure en tant que fournisseur d’eau. « Et comme j’aime tout ce qui est hydraulique, j’ai décidé, juste après ma retraite, d’y travailler », renseigne-t-il.

L’homme voulait donner un coup de pouce à cette île qui souffrait d’un manque d’eau. C’est en 1986 qu’il s’est véritablement investi dans ce domaine, en choisissant de s’installer définitivement sur l’île. « Le problème de Gorée, à l’époque, était l’eau », rappelle Eugène qui ajoute que « c’était une véritable corvée pour avoir de l’eau ici. Les conduites, qui passaient en mer, étaient vétustes. On enregistrait d’énormes pertes d’eau qui indisposaient l’Etat, la société concessionnaire et la population de Gorée». A l’en croire, certains allaient jusqu’à Dakar pour remplir leurs bassines. « Les gens avaient soif ». Ainsi, après une révision du système d’installation, informe-t-il, la société concessionnaire lui avait confié Gorée. « J’ai réglé le problème d’eau, mais aussi d’assainissement », se réjouit-il. Habitant le quartier Castel où sont installées les bouches d’incendie, il s’apprêtait, à la fin de notre entretien, à aller distribuer les factures d’eau.

Alassane Aliou MBAYE et Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 24 août 2016 13:28

Fraude Taj Mahalesque

24 Aoû 2016
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En 1982-1983, les procès pour enrichissement illicite battent leur plein. L’affaire du service semencier – démembrement du ministère de l’Agriculture –, celle de la BHS ou encore le scandale des imputations budgétaires alimentent la chronique. La douane voit deux de ses agents impliqués dans la vente de la cargaison d’un cargo grec, « le Swift seagul ». Dans une ambiance de traque des gestionnaires indélicats – surtout ceux de l’administration –, les soldats de l’économie frappent un grand coup. Le mardi 17 mai 1983, « Le Soleil » annonce à sa « une » que suite à un coup de filet magistral de la douane, « un demi milliard d’or et de diamants ont été saisis sur des contrebandiers ». Le fait-divers sort de l’ordinaire en raison de l’identité des fraudeurs…

Véritable conte des mille et une nuits que cette affaire du « Taj Mahal », célèbre bijouterie dakaroise. Elle était située au 174 de l’avenue Lamine Guèye angle rue Jules Ferry, à côté de l’ancien cinéma ABC. Ibrahima Mansour Mboup rapporte que revenant de Gambie à bord de sa voiture conduite par son chauffeur sénégalais, la famille Roopchandani, exploitant la bijouterie et composée du père, du fils et de la belle-fille, a été arrêtée par les douaniers de Dakar-Yoff à hauteur du marché Kermel. Les gabelous découvrent dans les garnitures des portières de la voiture des bijoux d’une valeur à 500 millions de FCFA. Une somme impressionnante à l’époque. Il s ‘agit de bagues, de pendentifs, de colliers, tous en or, de saphir, de diamants, de stylos et de montres…

Au cours de leur transfert vers la brigade des douanes, les Roopchandani proposent 10 millions de FCFA aux gabelous qui disent niet. Les hindous – de nationalité britannique – persistent et proposent 50 millions. Re (niet). Ils ont été déférés au parquet et poursuivis pour contrebande et tentative de corruption avant d’être placés sous mandat de dépôt. Quant au chauffeur sénégalais, il est lui aussi considéré comme contrebandier du moment qu’il se trouvait dans la même voiture que ses patrons. Le journal ne peut s’empêcher de tirer son chapeau aux douaniers dont deux de leurs collègues étaient sur la sellette quelques semaines auparavant, comme on l’a dit plus haut.

Le journal souligne que l’instruction de l’affaire suit son cours mais tient à saluer le professionnalisme et le patriotisme des douaniers qui viennent « avec loyauté de faire le travail qui leur incombe : sauver l’économie nationale terriblement menacée par les contrebandiers et les fraudeurs ». Après des semaines de détention préventive, la famille Roopchandani transige avec la douane.

Par Samboudian KAMARA

Last modified on mercredi, 24 août 2016 13:28

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