Au fil du temps

Au fil du temps (20)

Le rouge pourpre de certains bâtiments en Algeco se marie avec la couleur du sable fin découlant des multiples mélanges avec le granite donne un bel effet d’ilots de couleur au Lycée Seydina Limamou Laye (LSLL). Le proviseur Mandaw Mbaye en est le gradien du temple.

Construit en 1979 par les Espagnols, en contrepartie d’accords de pêche avec le gouvernement sénégalais d’alors, l’enceinte du Lycée Seydina Limamou Laye (LSLL) donne l’impression d’une ancienne beauté fatale dont le maquillage est inefficace face aux ravages du temps qui passent. On a beau en remettre une couche de peinture, les plis et autres enzymes la ramène à sa vraie réalité. Canonique mais pas canon, LSLL attire pourtant encore beaucoup de convoitises. En cette fin de vacances, les files d’attente des inscriptions se rallongent. Le balai incessant des élèves se poursuit. Ils ont tous une direction : le bâtiment de l’administration. Un hall, un couloir, une porte et deux questions plus tard les présentations sont faites. Mandaw Mbaye est le proviseur de ce lycée d’excellence. Professeur des sciences et techniques industrielles dans la spécialité électrotechnique et expert en approche par compétence, M. Mbaye est un pur produit de Guédiawaye. Il y a fait toutes ses études. « J’étais un élève actif (président du Foyer socio-éducatif de 1981 à 1984) au LSLL jusqu’au bac », poursuit-il. Elève du LSLL mais aussi un professeur fidèle à l’établissement. Sur sa carrière de professeur, qu’il formule en « 25 ans, craie en main », il en a passé 23 au LSLL. ».

Pléthorique
Le lycée répondait à un besoin car tous les fils de Guédiawaye qui obtenaient le brevet étaient obligés d’aller à Blaise Diagne, Lamine Gueye et autres. « C’est un lycée d’enseignement général et technique mais qui est aujourd’hui sous la tutelle du ministère de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’artisanat ». Une précision importante car elle a des répercussions dans son fonctionnement.

« Au début, on avait environ 600 élèves en enseignement général et autant en enseignement technique, retrace Mandaw Mbaye. Après 37 ans, la physionomie du lycée fait tiquer les techniciens. Aujourd’hui, nous avons 6 000 élèves dont 5 500 dans l’enseignement général et seulement 500 dans l’enseignement technique dont les 350 voire plus sont du tertiaire. Ce qui pose de sérieux problèmes pour un pays qui se projette sur le Pse. Il faut tout faire pour garder l’acquis de l’enseignement général mais aussi pour développer les filières techniques et professionnelles ». D’autant plus que des problèmes de budget se posent au Lycée de Guédiawaye.

Budget et projets
Avec moins de 20 classes au LSLL contre une centaine pour l’enseignement général (ministère de l’éducation nationale), le ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat est pourtant en charge de l’ensemble du budget. « Il nous prend en charge les 26 à 30 millions qui, avec l’enveloppe des inscriptions (10 000 par élève) et la formation professionnelle constitue l’ensemble du budget », détaille le proviseur du LSLL. L’établissement a plusieurs projets en cours, notamment avec le Canada dans la mise en place de « métiers sur les énergies renouvelables ». Le Fond de financement de la formation professionnelle pour l’étude d’un plan stratégique et un plan de formation en mécanique automobile et la structure métallique constituent d’autres sources. « Nous avons aussi l’Office nationale de formation professionnelle en tant qu’organe et d’autres démembrements du ministère. Et c’est de ce budget alloué par le Mfpaa que nous finançons l’enseignement général. Le ministère de l’Education nationale doit nous faire un clin d’œil et nous appuyer ».

Récompense
Ce qui n’empêche pas LSLL d’avoir la meilleure note en maths avec 18,5 au concours général. « Nous avons quatre premiers prix dans des disciplines importantes (Russe, EPS, Français et Anglais), cinq deuxièmes prix (Maths, Sciences Physiques, Electro technique, construction mécanique) et 14 accessits. Les mauvaises langues diront que c’est normal que le Lycée Seydina Limamou Laye remporte les prix au vu de ses effectifs pléthoriques.

Le lycée compte 7 000 élèves dont 1000 pour la formation professionnelle et 312 professeurs. Cependant, le bât blesse en ce qui concerne le personnel administratif. « LSLL ne compte que 9 surveillants généraux et une vingtaine de surveillants dont une bonne partie en partance à la retraite, énumère M. Mbaye. J’ai dû recruter, sur fond propre, un personnel que je paie à partir des recettes de la formation professionnelle. Le président Macky Sall nous a donné 500 millions dans le cadre des conseils des ministres décentralisés ».

Ces fonds seront alloués à la réhabilitation des logements de l’administration, (« une forte demande », se défend le Proviseur), la construction d’une grande salle de « 700 personnes pour les Méga cours », d’une dizaine de salles de classe sur le terrain de sport et le reste est prévu pour l’embellissement du LSLL. « La Mairie nous aide beaucoup mais LSLL mérite une discrimination positive pour que nous puissions continuer à jouer ce rôle de premier plan.

Sur l’explication d’une telle réussite, Mandaw Mbaye commence par reconnaître qu’il « est vrai qu’il y a de la délinquance à Guédiawaye, mais il y a des familles de grandes valeurs qui éduquent le « diom ». Cela a façonné la trajectoire de beaucoup de générations. Des gens comme moi sont partis de rien en sachant que la seule voie de réussite c’est de se battre positivement dans la vie ».

Ma cité, ma fierté
Pas natif de Guédiawaye où il est arrivé à 5 ans, M. Mbaye y a toujours vécu. « La ville fait ma fierté. Je fréquente les mêmes amis depuis ma jeunesse. Je connais également les problèmes. C’est une ville que j’ai vu évoluer qui a joué un rôle de premier plan dans le développement du Sénégal. Rien que sur LSLL, je peux vous dire que depuis l’an 2000, il n’y a pas un seul gouvernement où LSLL n’a pas trois ministres. Aly Ngouille Ndiaye, tout nouveau ministre de l’Intérieur, est un ancien du Lycée. Il est très lié à notre établissement. Il en est de même pour Mamadou Talla, notre ministre de Tutelle. Malick Gakou et tant d’autres.

Par Moussa DIOP

Alioune Diop, le fondateur de la revue « Présence Africaine », était un personnage de l’ombre qui mettait en lumière des idées, des hommes, le monde noir, l’Afrique, une humanité moins inique. Ce combat qu’il a mené avec ses compagnons de lutte est le gros chapitre de son existence terrestre.

Alioune Diop est né en 1910 à Saint-Louis. Après ses études primaires à Dagana et secondaires dans la première capitale du Sénégal, il entame, en 1936, en Algérie, des études de Lettres classiques qu’il poursuit à la Sorbonne à Paris. Il est, à partir de 1943, professeur de Lettres à Paris et dans plusieurs villes françaises. Son implication dans la vie politique au Sénégal a été très brève (1946-1948). « Cette position en retrait de la politique explique peut-être la passion mise au service de la cause nègre et qui va de pair avec une distance lucide, un recul critique, un regard distancié qui sache prendre en compte l’état réel de la culture africaine qui se doit, selon Diop, de « sortir de son sarcophage pour humer l’air du monde ». Contre l’apologie systématique des sociétés précoloniales, Diop est convaincu que la culture africaine renferme en elle, comme le ver dans le fruit, les germes de la domination qu’elle subit » (Mamadou Ba, Ethiopiques).

En 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et son corollaire, il fonde, avec la collaboration de compagnons de lutte dont Leopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, la revue « Présence Africaine » qui devient une tribune de revendication culturelle : la Négritude. Il fallait donner la parole aux colonisés. Alioune Diop avait alors pour objectif « d’accueillir tout ce qui a trait à la cause des Noirs et toute voix qui mérite d’être entendue ». Et d’ouvrir la revue « à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté… susceptibles d’aider à définir l’originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne ».

En 1949, la Maison d’édition Présence Africaine ouvre ses portes et publie l’ouvrage « La Philosophie Bantoue » du révérend père Placide Tempels la même année. Pour rester dans sa logique, Présence Africaine édite, en 1954, « Nations nègres et culture » de Cheikh Anta Diop. Il fait partie, avec ce dernier, Senghor, Frantz Fanon…des instigateurs du premier Congrès des écrivains et artistes noirs. Celui-ci réunit, en 1956, à la Sorbonne, les intellectuels noirs venus des Antilles françaises et britanniques, des Etats-Unis et d’autres parties de la planète. Le « secrétaire permanent du mouvement de la négritude », pour ainsi reprendre Senghor, joue un rôle important dans l’organisation du Festival mondial des arts nègres de 1966. Il avait la responsabilité du colloque portant sur le thème : « Signification de l’art dans la vie du peuple et pour le peuple ». Son implication dans celui de Lagos en 1977 fut tout aussi grande. Aimé Césaire avait dit de lui qu’il « était un homme de dialogue qui respectait toute civilisation. Il apparaîtra, j’en suis sûr, avec le recul du temps, comme un des guides spirituels de notre époque ».

Celui que Frédéric Grah-Mel a appelé « le bâtisseur inconnu du monde noir » décède le 2 mai 1980 à Paris. En 1982, l’Organisation internationale de la Francophonie crée le Prix Alioune Diop de l’Edition francophone. Son œuvre est digne de cette reconnaissance. « La singularité d’Alioune Diop, dont la pensée est toute entière ordonnée pour l’action, se manifeste, dit le professeur Mamadou Ba, essentiellement dans la création et la direction de la revue Présence Africaine, revue du monde noir où il donne la parole à tous les membres de l’intelligentsia noire sans exclusive, s’interdisant de privilégier un clan ou une chapelle, accueillant de la sorte des personnalités fortes, aux idéologies parfois opposées, sans sectarisme théorique ni dogmatisme partisan ».

Par Alassane Aliou MBAYE

Il n’est pas le cinéaste le plus célébré au Sénégal. Il est presque méconnu par la nouvelle génération. Mais, l’œuvre cinématographique d’Ababacar Samb Makharam, immense de par la lumière qu’elle répand et de par la vision déclinée, mérite tous les hommages. Cette année marque le trentième anniversaire de la disparition de ce réalisateur sénégalais.

Ababacar Samb Makharam est un réalisateur et scénariste sénégalais né le 21 octobre 1934 à Dakar. Sa filmographie n’est pas des plus fournies mais dessine plusieurs univers de sens. Elle confiait les préoccupations de celui qui était également producteur. Entré au conservatoire d’art dramatique de Paris en 1955, il crée ensuite une troupe de théâtre, « Les Griots », pour tracer les allées de sa quête perpétuelle. En tant qu’acteur, il interprète quelques petits rôles comme « Tamango » de John Berry et « Les tripes au soleil » de Claude Bernard Aubert. Avant de retourner dans son pays natal, le Sénégal, en 1964, il se rend, en 1958, en Italie, au Centre expérimental de cinématographie, la grande école romaine du cinéma. La connaissance acquise lors de ses « pérégrinations » et rencontres l’engagement pour les causes qui lui paraissaient justes et le flair des génies artistiques ont rendu son œuvre utile à l’art et à l’humanité d’hier et d’aujourd’hui. Et sans doute celle des temps à venir.

Au Sénégal, le fondateur de la société de production « Baobab Films » travaille dans l’audiovisuel notamment pour une émission d’information à la télévision publique sans délaisser sa carrière de réalisateur et sans non plus relâcher son effort dans la promotion et la défense des cinémas africains ; ce qui fera de lui, de 1972 à 1976, le secrétaire général de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci). En 1966, il réalise le court métrage « Et la neige n’était plus ». « Kodou » (en 1971) et « Jom (ou l’histoire d’un peuple, 1982) » complètent sa filmographie.

Le cinéaste Joseph Gaï Ramaka qui a décidé de lui rendre hommage à travers le festival Gorée Cinéma à l’occasion du trentième anniversaire de sa disparition, dit ceci d’Ababacar Samb Makharam : « Il est un cinéaste toujours à la quête de l’homme. De la problématique du retour – non pas d’un simple retour physique, mais du retour spirituel – posée dans « Et la neige n’était plus », à celle de la dignité qui n’appartient qu’à ceux capables de se tenir debout qui transparaît dans « Kodou » et dans « Jom », Samb part à la découverte de lui-même. Et dans cette quête, par le prisme et le drame de sa caméra, il met à nu la psychologie de tout son peuple. Pas son esprit ou sa mémoire collective, mais les affects et agencements qui les constituent individuellement. L’œuvre de Samb, c’est un cinéma au singulier. Ababacar Samb Makhaham n’était pas un cinéaste qui faisait des films en dehors de son propre mouvement, de son propre devenir. A chaque étape de sa vie, de manière parfaitement sincère, il a traité une question qui l’interpellait de façon existentielle. L’auteur se confond dans son œuvre avec ses préoccupations les plus intimes ». Cette figure emblématique du cinéma sénégalais et africain est décédée le 7 octobre 1987.

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on samedi, 23 septembre 2017 18:39

Conservateur de la Réserve de faune du Ferlo Nord, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall est dans son élément. Ce fils du monde rural a toujours rêvé de travailler dans l’environnement et d’aider les populations à un développement périphérique durable. Son rêve s’est réalisé et aujourd’hui, il apporte sa modeste contribution à la préservation environnementale de la faune et de la flore aux aires protégées du Sénégal.

La nature, c’est sa passion. En 2005, après un passage à l’Institut supérieur de formation agricole et rurale (Isfar), ex Encr, Serigne Modou Mamoune Fall réussit le concours d’entrée à la Direction des parcs nationaux. Il réalise alors son rêve, lui qui voulait venir dans l’environnement pour, disait-il, voir le juste milieu, arriver à une harmonisation de l’utilisation du sol avec la préservation de l’environnement et à une gestion rationnelle de nos ressources tout en nous souciant des générations futures. À ses débuts, le capitaine Fall a travaillé dans le développement périphérique. « Je voulais travailler dans le monde de la préservation de l’environnement et je voulais, en tant que fils du monde rural, être proche des populations, les aider, aider à un développement périphérique durable, mais qui prend en compte les limites de l’environnement, apporter ma modeste contribution à la préservation environnementale, de la faune, de la flore aux aires protégées du Sénégal », explique-t-il.

Ce travail nécessite un véritable amour de la nature. Après avoir été chef de zone au Parc national Niokolo Koba, chargé de la surveillance, il a été affecté au Ferlo comme chargé du développement périphérique. Puis, il est allé poursuivre ses études au Canada. L’ambition de Serigne Modou Mamoune Fall a toujours été d’aller poursuivre ses études à l’étranger. Mais les moyens lui faisaient défaut. Un jour, alors qu’il s’y attendait le moins, une bourse lui est tombée du ciel. « Grâce à cette bourse, je suis allé au Canada. Il y avait beaucoup d’opportunités pour moi dans ce pays. D’ailleurs, quand je suis rentré au Sénégal à la fin de mes études, une structure m’a écrit pour me dire qu’elle acceptait toutes mes conditions pour que je revienne travailler pour elle », renseigne-t-il. Mais le sens du patriotisme n’avait pas lâché le capitaine Fall qui n’était animé que d’une envie : servir son pays. « Je lui ai dit que j’étais venu pour étudier et que je devais rentrer chez moi servir mon pays et rester auprès de ma famille », indique-t-il.

Patriotisme
De retour au pays, cet ingénieur des travaux a gagné en expérience. Promu conservateur de la Réserve de faune du Ferlo nord en 2017, il effectue un retour en terrain connu puisque de 2007 à 2010, il était dans ce lieu où il a travaillé sur l’exécution de projets de suivi télémétriques de la tortue sulcata, sur le projet de suivi de l’alimentation de la gazelle dama mhorr et des oryx en fonction des saisons en collaboration avec la coopération espagnole, mais aussi sur la délimitation, le pancartage et la sensibilisation de la population périphérique pour le projet de création de la réserve de biosphère du Ferlo.

Pour ce passionné de la nature, la protection de l’environnement est une préoccupation de tous les jours. Aujourd’hui, l’évolution du monde de la préservation l’a beaucoup marqué. « Au début, c’était de la conservation pure et dure. Les populations n’étaient pas associées. Actuellement, il y a une évolution. On tend de plus en plus vers la participation, la cogestion, l’implication des populations dans la gestion de nos ressources nationales, de notre biodiversité », se félicite le capitaine Fall. En poste à Ranérou depuis quelques mois, ce sérère s’est bien intégré chez ses cousins Peuls qui l’ont même adopté. « Partout où j’ai eu à servir, j’ai trouvé des parents, mais aussi mes esclaves parce que les Sérères sont des rois. C’est ce qui a facilité mon intégration », ironise Serigne Modou Mamoune Fall qui a galéré avant d’en arriver là.

Enfant, il était élève au Centre national de recherche agronomique (Cnra) de Bambey. À Sindiane, son village, il n’y avait pas d’école. Il fréquentait cet établissement. « Je me bagarrais tout le temps parce que les jeunes de la ville ne pouvaient pas concevoir un villageois fréquenter l’école comme eux », se rappelle-t-il. Coriace et persévérant, il a poursuivi ses études et a réussi à être le premier bachelier de son village. Mais, il a dû arrêter ses études après trois mois seulement passés à l’université. Son père étant planton à l’Isra, les ressources faisaient défaut. « Je ne pouvais plus continuer mes études parce que je n’avais pas les moyens. Il m’est arrivé de marcher de l’université à Guédiawaye parce que je n’avais pas de quoi me payer un ticket de bus », se rappelle-t-il. Mais cette situation, loin d’être une fatalité pour le jeune Serigne Modou Mamoune Fall, n’a pas réussi à freiner son ardeur ni à arrêter sa soif de réussite. Il est allé jusqu’au bout de ses rêves.

Aujourd’hui, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, en véritable talibé mouride, vit bien sa passion. « Je suis vraiment un mouride engagé. J’ai eu la chance d’avoir des parents pratiquants qui m’ont élevé dès le bas âge à la culture islamique, aussi à travers la solidarité de la communauté mouride », affirme ce « talibé » dont le quotidien est fait de lecture de khassaïdes et du saint coran. Sa foi s’est renforcée au contact de gens qui lui ont beaucoup apporté. « Mon voyage au Canada m’a beaucoup renforcé. La solitude aide beaucoup et facilite les choses. J’ai tout laissé pour me tourner vers le Bon Dieu. Je n’ai pas fait l’école arabe et je n’ai pas appris le coran, mais j’ai réussi à rattraper mon retard. Aujourd’hui, je maîtrise le coran », renseigne-t-il.

L’écriture fait aussi partie de ses penchants. « La Direction des parcs nationaux, l’environnement, m’ont beaucoup aidé », explique-t-il. La belle nature et la verdure l’inspirent et l’incitent à écrire davantage. « J’ai des manuscrits, des pièces théâtrales engagées, d’actualité, pour le développement du pays, mais à part des articles parus dans la Revue des parcs nationaux, je n’ai pas encore publié le moindre ouvrage », dit le capitaine Fall qui demeure une véritable machine à écrire. Il ne désespère pas de publier un jour une œuvre qui parlerait certainement de l’environnement, sa passion de tous les jours.

S. O. F.

Last modified on lundi, 25 septembre 2017 12:00

Chauffeur professionnel à la Réserve de faune du Ferlo nord, Amadou Ba est devenu incontournable dans le dispositif des équipes administratives ou des étrangers en mission dans les profondeurs du Ferlo. Cet as du volant est un guide éclairé du Ferlo. Sa connaissance des coins et recoins de cette vaste étendue de terres lui a valu une reconnaissance de l’État. Il a été décoré lors de la célébration du 57e anniversaire de l’Indépendance de notre pays.

Amadou Ba n’était âgé que de 11 ans lorsqu’il intégrait le service des Eaux et forêts de Ranérou. Au début, il était recruté comme planton. Par la suite, il est allé apprendre le code et la conduite pour devenir chauffeur professionnel. En 1982, il passe son permis à Saint-Louis. Ce parchemin lui ouvre alors la voie à une autre carrière.

Né à Ranérou où il grandit, Amadou Ba n’hésitait pas, à ses débuts, à se renseigner auprès des anciens sur les chemins qui mènent vers les nombreuses localités perdues dans le Ferlo pour mener à bon port ses collègues, les agents des Eaux et forêts.

Il change de cap avec la cession de la Réserve de faune du Ferlo nord à la direction des Parcs nationaux. Au service du Conservateur de la Réserve de faune du Ferlo nord, Amadou Ba a acquis de l’expérience. À l’époque, Matam était le département et Ranérou une communauté rurale. « Nous avons sillonné tout le département », souligne-t-il.

Âgé aujourd’hui de 52 ans, Amadou Ba est devenu un guide éclairé de Ranérou Ferlo. Tous les services départementaux font recours à lui, à son expertise et à son expérience. L’autorité préfectorale, en premier chef, n’hésite guère à le recommander à toutes les missions de passage dans le département pour leur faciliter le séjour dans le Ferlo. Il n’y a pas un moindre hameau où Amadou Ba n’a pas mis ses pieds. Un vieux routier du Ferlo, confie-t-on. « Au début, j’avais des craintes parce que j’étais très jeune. Mes soucis se sont apaisés grâce à la formation, à l’encadrement et à l’expérience acquis dans le service ». Amadou Ba dit n’éprouver aucun regret et aucun remord depuis son intégration à la structure. Grâce à son métier, il a pu fonder son foyer. Ses enfants sont aujourd’hui à l’école.

Ses périples au fin fond du département lui ont permis de nouer d’excellents rapports avec les chefs et notables des villages du Ferlo. Ce qui l’a, le plus marqué dans ses fonctions, c’est le fait de côtoyer des autorités de la République en tournée dans la zone. « J’ai connu et fréquenté beaucoup d’autorités dans l’exercice de mon travail. Si ce n’était pas le service, je n’aurai jamais cette chance de rencontrer ces personnalités, des chefs religieux », indique-t-il.

Cette pluridisciplinarité fait que sa présence dans les tournées et visites des autorités dans le département est incontournable. Parfois, il ouvre même le cortège parce qu’étant le grand connaisseur de la forêt du Ferlo. « C’est un honneur et une grande considération pour moi », se réjouit-il. Parfois, il arrive même qu’un ambulancier de la zone tombe malade. L’autorité médicale de la structure concernée fait appel à lui pour évacuer le patient.

Ce n’est pas pour rien que l’année dernière, à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Sénégal, il a reçu une décoration pour services rendus à la communauté. « Une fierté, pour moi, ma famille et pour Ranérou. Tout le monde était content et m’a félicité », magnifie-t-il.

Pendant l’hivernage, compte tenu du grand enclavement du département, toutes les attentions sont rivées sur lui. C’est le Monsieur météo. Les populations et surtout les services administratifs se réfèrent à lui pour programmer leurs déplacements dans les zones intérieures du Ferlo. En fin connaisseur de l’état des pistes durant la saison des pluies, il peut les dissuader à y aller. Ceux qui ne suivent pas ses consignes en pâtissent le plus souvent.

Un passionné de voitures
Au-delà de son métier de guide forestier, Amadou Ba est un passionné de véhicules. Il prend soin de sa voiture à l’image du médecin pour son patient. D’ailleurs, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, conservateur de la Réserve de faune du Ferlo nord, confirme cette attention particulière qu’il porte à son véhicule. « J’ai pu mesurer l’importance du véhicule. C’est grâce au véhicule qu’on évacue des malades à l’hôpital, qu’on transporte les populations, les marchandises, etc. », détaille M. Ba. Pour lui, « ceux qui connaissent bien le service que rend le véhicule doivent bien en prendre soin, ne serait-ce que pour leur sécurité ». Être chauffeur, selon lui, ne relève pas d’un petit métier. M. Ba est convaincu que la fréquence des accidents sur les routes est liée à l’imprudence de certains chauffeurs, mais aussi aux raccourcis que font certains pour avoir le permis de conduire. C’est pourquoi, ils ne font pas de la conduite leur métier, regrette-t-il.

Pour ce chauffeur émérite, le service des Eaux et forêts a radicalement transformé le Ferlo. Depuis son avènement en 1972, souligne-t-il, il est en train d’abattre un travail remarquable en termes de sensibilisation des populations sur les techniques d’entretien de la forêt, les enjeux de la préservation et de la conservation de l’écosystème, sur l’impact des feux de brousse etc., des initiatives qui ont porté leurs fruits. S’agissant de l’élevage au Ferlo, il affirme qu’un véritable changement s’est opéré dans ce secteur et dans la mentalité des acteurs, comparé à ce qui se faisait avant. Aujourd’hui, relève M. Ba, il est fréquent de voir des éleveurs vendre leurs troupeaux pour effectuer le pèlerinage à la Mecque, construire des maisons, forer un puits, fonder un village, faire d’autres investissements, etc. Tout cela est rendu possible, selon lui, grâce aux efforts considérables des pouvoirs publics au profit des populations du Ferlo.

Aussi, ajoute-t-il, peu d’enfants étaient scolarisés à l’époque. Les populations venaient au service des Eaux et forêts pour savoir le contenu de leurs missives ou pour en rédiger. Aujourd’hui, note-t-il, le Ferlo est bien loti. « Nous avons partout des écoles, des dispensaires. Beaucoup d’intellectuels du pays sont issus du Ferlo », souligne-t-il.

L’unique message du guide forestier à l’endroit des autorités c’est de continuer à davantage doter le Ferlo d’infrastructures sanitaires, éducatives et environnementales, mais également à engager un élan pour son désenclavement surtout téléphonique.

S. D. SY

Beaucoup d’informations sur les guides religieux musulmans du Sénégal et sur les « groupements » islamiques nous sont parvenues grâce à l’administrateur colonial, Paul Marty. Son abondante production « livresque » apporte lumière et suscite controverses.

Paul Marty disait ceci, en 1913, à propos d’Ahmadou Bamba et de l’avenir du Mouridisme : « Le mouridisme subsiste aujourd’hui, sans guère progresser, par la présence et les vertus de son fondateur. Mais Amadou Bamba a soixante ans : sa disparition naturelle ou violente peut se produire d’un jour à l’autre…Il est fort probable que la disparition d’Amadou Bamba amènera la désagrégation de son mouridisme ». Le temps a été le plus grand contradicteur de cet administrateur colonial, interprète, fin connaisseur de la langue arabe et spécialiste de l’Islam subsaharien. Le mouridisme n’a pas arrêté de conquérir de nouveaux espaces et de fasciner bien des âmes.

Toutefois, il ne faudrait pas nier l’importance du travail accompli par ce lieutenant-colonel natif de Boufarik en Algérie en 1882. Sa production sur la religion des musulmans, sur « l’Islam Noir » en particulier, fournit un monceau d’informations à ses contemporains et à la postérité. Le professeur Cheikh Anta Babou en dit ceci : « Le jugement de Marty avait un certain poids.

Il avait acquis une grande expérience de ce que les Français considéraient comme le « véritable » Islam en assumant les fonctions d’interprète colonial en Algérie, son pays natal, puis au Maroc et en Tunisie. Lorsqu’il arriva en Afrique de l’Ouest en 1912, pour prendre la direction du Bureau des Affaires musulmanes dans l’administration du gouverneur général William Ponty, il était précédé d’une réputation d’expert, il parlait arabe et connaissait l’Islam. Tout au long de sa carrière, il rédigea et publia des ouvrages qui fondèrent l’orthodoxie coloniale en matière de croyances islamiques et de pratique musulmane en Afrique subsaharienne. Il est l’un des concepteurs de l’idée d’« islam noir » autour de laquelle s’articula la construction orientaliste d’une identité musulmane subsaharienne ». Il est, selon lui, l’administrateur qui a le plus influencé la politique coloniale en Afrique subsaharienne sur les questions musulmanes.

Paul Marty est l’auteur de plusieurs publications qui confirment les propos du professeur Babou : « Les écoles maraboutiques du Sénégal : les médersas de Saint-Louis » ; « Etudes sénégalaises (1785-1826), société de l’histoire des colonies françaises » ; « Etudes sur l’Islam au Sénégal, les personnes, les doctrines et les institutions » ; « Etudes sur l’Islam maure : Cheikh Sidia. Les Fadelia. Les Ida ou Ali » ; Etudes sur l’Islam en Côte d’Ivoire » ; « La découverte des sources de la Gambie et du Sénégal »…

Ce fervent catholique est, par son père, originaire d’une famille paysanne de Varaire (Lot), et, par sa mère, de Digne (Alpes-de-Haute-Provence). Elève de l’école primaire de Castiglione (Alger), il poursuit des études secondaires au petit séminaire de Saint-Eugène (Alger). Son éducation chrétienne a sans doute eu une influence décisive sur ses convictions religieuses. Il a fait des études à la faculté de droit d’Alger mais avait une inclination particulière pour la langue arabe grâce notamment à son professeur, l’abbé Rossano.

« ISLAM NOIR »
Paul Marty s’engage d’abord au 1er régiment de Zouaves le 9 novembre 1901, passe le concours d’interprète militaire dans le sud tunisien où il est resté cinq ans. Attaché au bureau des Affaires indigènes à Tunis jusqu’en 1907, il est ensuite envoyé à Casablanca de 1907 à 1911. En 1912, il rejoint Dakar et prend la tête du service des Affaires musulmanes créé auprès du gouverneur général de l’Afrique occidentale française en 1913. Durant ses huit années de séjour, il parcourt l’Afrique. De 1922 à 1925, il dirige le collège musulman de Fès. Il rejoint, en 1925, le service des Affaires indigènes de Rabat, puis en devient le directeur en 1930. Cinq ans plus tard, Marty quitte Rabat pour Tunis. Alors attaché à l’état-major du commandant supérieur de Tunisie, il meurt à l’hôpital militaire Louis-Vaillant de Tunis le 11 mars 1938.

Il avait reçu, entre autres distinctions, un prix du Collège de France et la médaille d’or de la société géographique de Paris. Son œuvre est utile à la communauté sénégalaise des chercheurs quoique le contenu de ses publications puisse être sujet à des controverses. Certains accusent Paul Marty, au-delà de sa démarche scientifique, de véhiculer des préjugés racistes et une parole qui, dans les faits, ne tenait compte que des préoccupations de la puissance coloniale dont il était un serviteur.

Par Alassane Aliou MBAYE

S’enrichir grâce aux oiseaux, une chose possible. L’exemple de «Diallo pitch» peut inspirer les jeunes qui s’attèlent à cette activité. Le parcours de cet homme est singulier. Grace aux oiseaux, il prit son envol, au point que son nom soit associé à jamais à ces derniers.

Un homme qui a le sens des affaires, si l’on considère son ascension sociale. C’est ainsi que l’on peut qualifier Abdoulaye Diallo, alias « Diallo pitch ». Venu du Fouta, il a conquis le monde. Sa volonté de réussir a transcendé la pauvreté dans laquelle il est né. Jusqu’au bout, il y a cru, en gravissant les échelons. Milliardaire, il l’était à un moment où il y en avait pas beaucoup. L’histoire commence lorsque travaillant chez des Français comme contremaître, il tombe amoureux des oiseaux à force de les côtoyer. Cet amour le conduit à en élever de manière originale.

L’ingéniosité avec laquelle il construisait les cages attirait les visiteurs à la maison. Voyant que les espèces qu’il élevait et l’art avec lequel il décorait les cages intéressent beaucoup les Européens qui fréquentaient la maison, « Diallo Pitch » leur en offre, pour ensuite en récolter les fruits par la publicité qu’ils lui offraient en Occident. « Ces derniers n’hésitaient pas à s’en procurer et de fil en aiguille son petit commerce devient grand en peu de temps », renseigne son fils Malal Diallo, la trentaine, teint noir.

Mais c’est d’abord au marché Kermel de Dakar qu’il commence à écouler sa marchandise. La seconde étape fut le marché international. Entre les deux guerres mondiales, il embarque, avec ses oiseaux, dans le bateau qui faisait la navette Dakar/Marseille. Arrivés sur le quai, ses oiseaux se vendent comme de petits pains, au point qu’il eut l’idée de faire d’autres pays. Un périple difficile qui le conduit à voyager dans la soute de l’avion avec ses oiseaux. « Quand il a demandé au chef d’agence de la compagnie Air France de faire voyager les oiseaux en avion vers Paris, ce dernier avait d’abord refusé, avant de donner son accord. Mais mon père a tenu à les accompagner dans la soute, malgré les conditions dangereuses de voyage, malgré quelques pertes, il a pu s’en sortir », narre Malal Diallo. Une expérience positive qui lui donne confiance à persévérer sur sa lancée, l’Italie, les Etats-Unis, le Japon bref le monde seront ses prochaines conquêtes.

Tally Diallo, toute une histoire…
La route qui mène à Yeumbeul en passant par Thiaroye a été baptisé Tally Diallo, en hommage à « Diallo Pitch ». En effet, le président Léopold Sédar Senghor a donné le nom de cette rue à l’homme d’affaire. Cela se justifie par le fait que quand son activité prit de l’ampleur, Senghor a voulu venir visiter les oiseaux dont on lui a vanté la beauté. Après que ce fut fait, le chef de l’Etat d’alors fut émerveillé. Il multiplia ainsi les visites. « C'est durant l'une de ses visites que sa voiture s’est enlisée dans le sable et pour ne plus vivre pareille situation, il décide de construire une route qui mène à l'oisellerie », raconte Malal Diallo. Le fait marquant de cette histoire est, selon ce dernier, que Senghor envisageait seulement de construire le chemin qui mène à notre demeure, mais Diallo lui a demandé de tout construire ou de laisser cela comme tel.

C’est le 5 mai 1998 à Dakar qu’Abdoulaye Diallo, plus connu sous le sobriquet de Diallo Pitch, rendit l’âme, Il a été inhumé à Thiaroye Gare à l’intérieur d’une mosquée qu’il a lui-même construite. A chacun de ses enfants, il a laissé au moins une maison. A cela s’ajoute le culte du travail qu’il leur a inculqué. Un legs qu’ils essaient de perpétuer dans la maison familiale à Thiaroye, malgré l’affaiblissement du marché des oiseaux causé par la grippe aviaire.

Sokhna Anta NDIAYE (stagiaire)

Histoire de Bettenty

16 Sep 2017
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Bettenty a été fondé en 1019 par Sandi Cissé dit Kaya dit aussi Kassa. Sandi est un terme mandingue qui signifie le don du ciel. Il est l’empereur qui a régné au Waa dou (Wagadou) encore appelé empire du Ghana au 10ème siècle (903 -993). C’est de lui qu’Ibn Hawqal disait qu'il était le roi le plus riche du monde. Il était Kaymang banna ou roi de l'or. Il a volontairement mis fin à son pouvoir en 993, soit trois ans après la prise de Aoudaghost pour aller passer ses derniers jours sur la côte ouest atlantique dans les îles Bettenty. Le président Léopold Sédar Senghor s’est inspiré de son modèle de vie (voir son poème sur le Kaya Magan). Donc Bettenty a été un royaume indépendant qui n’a aucun point commun avec le Kaabu ni avec Ouagadougou de l’empire mossi. C’est après la fondation de Bettenty que son fils Mansa Wali Cissé de mère sérère est allé s’implanter à Bissel et est devenu le premier roi du Sine. Le Kaabou n’existait pas encore puisqu’il a été fondé sous le règne de Soundiata. Mansa wali signifie roi de province. C’est-à-dire qu’avant de venir au Sine, il était roi d’une province de l’empire du Ghana. Aussi, Sandi a cherché Bettenty pendant 26 ans dont 6 ans à Mbour Dioham devenu un quartier de l’actuel Joal. Bettenty est vieux de 998 ans. Enfin, Sandi était venu avec des milliers d’hommes de toutes les races : diola, mandingue, sérère, berbère, lebou, wolof, pular, laobé.

Auteur : Fode Sarr,
ingénieur agronome de classe
exceptionnelle à la retraite,
ancien directeur de cabinet du ministre Faustin Diatta,
ancien directeur régional du développement rural de Saint-Louis et descendant direct matrilinéaire de Sandi.

Contact : 77 647 70 29

Jean Capelle est le premier recteur de l’Université de Dakar (actuelle Université Cheikh Anta Diop). Son action a fortement contribué au développement des enseignements supérieur et secondaire au Sénégal et en Afrique occidentale française (Aof).

Né le 16 mars 1909 à Calès (Dordogne, France), Jean Capelle entre à l’Ecole des mines de Paris, puis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Major de l’agrégation de mathématiques en 1933, il consacre sa thèse de doctorat en 1938 à la « Génération des engrenages par la méthode des roulettes » et travaille d’abord chez Citroën.

Professeur de mathématiques élémentaires à Orléans, chercheur au Cnrs, puis professeur de mathématiques spéciales à Toulouse, il est appelé en 1942 par la faculté des sciences de Nancy qui lui confie en 1944 la direction de l’Institut électrotechnique. Ses qualités d’administrateur dynamique lui valent alors d’être choisi pour le poste de directeur général de l’enseignement en Aof. Entre ses deux séjours à Dakar, il exerce les fonctions de recteur de l’Académie de Nancy qu’il marque essentiellement par la création de l’Amicale des recteurs du Centre européen universitaire et du Centre universitaire de coopération économique et sociale.

Jean Capelle a été, à deux reprises, à la tête de l’enseignement de l’Aof (1947-1949, 1954-1957). Sur l’insistance du directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Education nationale, Gaston Berger, à la recherche pour le compte du Haut-commissaire en Aof, René Barthes, d’un « universitaire audacieux », il accepte le poste de directeur de l’Enseignement en Aof avec rang et prérogatives de recteur d’académie. Il s’agissait alors, dans la perspective de l’Union française, d’organiser l’enseignement en Aof sur les mêmes bases que dans la métropole. En 1949, Jean Capelle quitte Dakar pour le rectorat de Nancy. Membre de la section permanente du Conseil de l’enseignement supérieur, il en profite pour faire campagne auprès de ses collègues en faveur de l’organisation de l’enseignement en Aof selon ses vœux. Il est alors sollicité par le nouveau Haut-commissaire, Bernard Cornut-Gentille. Cédant à l’insistance des parlementaires d’Aof, il accepte de retourner comme recteur à Dakar pour la rentrée de 1954.

Valeurs de la Négritude
La première tâche assignée au recteur a été de donner à l’enseignement en Aof la structure d’une académie métropolitaine. Le recteur ne régnait plus que sur l’enseignement supérieur, péniblement mis en place depuis 1947. La décision de créer une université à Dakar avait été prise en 1945 par le gouvernement provisoire de la République française, contrairement aux vœux de l’administration locale. Un décret du 29 juillet 1957 transforme l’Institut en Université de plein exercice. Ce fut, pour peu de temps, la dix-huitième université française.

Le recteur Capelle avait pour mission de créer ou de développer les enseignements supérieur et secondaire au moyen de personnels ayant les titres requis. Capelle achève de réaliser l’unification de l’enseignement primaire : mêmes classes ouvertes à tous, suppression des secteurs scolaires, intégration massive des maître africains dans le cadre commun supérieur, préparation du baccalauréat comme examen de sortie de l’école William Ponty alignée sur les écoles normales d’instituteurs métropolitains. D’après une directive d’avril 1955, le taux de scolarisation en Aof aurait dû passer, en cinq ans, de 10 à 25%. Pierre Quentin disait ceci de l’œuvre de Capelle : « On peut dire que grâce essentiellement à son action pugnace, l’Afrique noire fut dotée d’un système scolaire de formation plus valable. A la veille des indépendances, ces restructurations ne furent probablement pas sans lien avec une passation tranquille des pouvoirs aux nouvelles autorités autochtones ».

Maire pendant 22 ans de sa commune dont il restaure le riche patrimoine historique, député de Bergerac de 1968 à 1973 et rapporteur du budget de l’Education nationale, Jean Capelle a aussi fondé en 1957 la revue « Vita Latina » et dirigé en 1960-1963 la rédaction du tome 13 de l’Encyclopédie. Les qualités exceptionnelles de l’homme, du scientifique et de l’administrateur, ont été honorées du Prix Fourneyron de l’Académie des Sciences en 1946, du titre de sénateur d’honneur de l’Université technique de Karlsruhe, de docteur honoris causa de l’Université du Michigan et du grade de Commandeur de divers Ordres nationaux étrangers (Luxembourg, Sénégal) et de la Légion d’Honneur.

Léopold Sédar Senghor rendait ce témoignage à Jean Capelle dans la préface du livre de ce dernier (« L’éducation en Afrique noire à la veille des indépendances (1946-1958) : « Ce qu’il y a de remarquable chez Jean Capelle, c’est que parallèlement, il animait, au sens étymologique du mot, la politique par la culture. Enracinant la jeunesse ouest-africaine dans les valeurs de la Négritude, il la liait aux jeunesses de la France, des protectorats et des autres territoires d’outre-mer par les valeurs de la francité ». Jean Capelle est décédé en 1983.

Par Alassane Aliou MBAYE (Source : Denise Bouche)

La vente d’oiseaux et d’oisillons à Dakar cache des réalités insoupçonnées. Si les vendeurs tirent leur épingle du jeu. Les clients achètent et libèrent ces espèces dans l’espoir de voir leurs soucis s’envoler. Tout compte fait, la vente est tirée par les conseils prodigués par certains qui prédisent l’avenir.

Un acte écologique ou mystique. A moins de fermer les yeux, parfois on tombe sur des Sénégalais qui achètent des oisillons. Ils les relâchent au bout de quelques secondes après, bien sûr, avoir récité des formules qu’ils risquent de répéter. Prescription maraboutique. Pratique coutumière. L’achat et la libération des oiseaux sont sujets à toutes les interprétations. Dans ce jeu, seuls les éleveurs trouvent leur compte.

Dans les coins de rue, ces revendeurs ne se cachent pas. Deux jeunes garçons, cage remplie de mange mil sous le bras, rencontrés en plein centre-ville, marchent à grand pas. L’un d’eux, Omar, habillé d’un t-shirt à l’effigie de la tour Eiffel et d’un short en jean dégage une allure de leader. Son accent ne trahit pas ses origines Peulh. Ses recettes journalières ne sont pas fixes. La constance : l’activité nourrit bien des éleveurs. « Je peux gagner jusqu’à 7.000 FCfa par jour quand ça marche vraiment », nous dit-il du bout des lèvres.

Mais avant qu’il n’empoche une pièce, Omar est obligé de se réveiller tôt. La capture des oisillons n’est pas un jeu d’enfant. C’est un métier, une technique. C’est dans son terroir au Fouta qu’il parvient à mettre en cage les diverses espèces. Après la capture, il fait cap sur Dakar. C’est le marché intérieur où le cours atteint parfois 25 FCfa l’unité. « Ceux qui les capturent nous les vendent à 25 FCfa l’unité (la tête), on les revend à 50 FCfa ».

Âgé d’à peine vingt ans, ce garçon élancé, teint noir est dans le créneau depuis 2013. C’est cette année qu’il avait quitté son village natal de Ourossogui pour s’installer à Dakar. Comme lui, son ami Malal, teint noir, yeux de biche, vient de la même localité. Ce dernier, par contre, n’a fait qu’une année à Dakar et comme son ami il ne se plaint pas. « J’arrive à envoyer l’argent au village pour aider les miens », nous confie-t-il dans un wolof approximatif.

A quelques encablures de là, la place de la Nation fait sa mue, plusieurs personnes s’y rendent pour changer d’air ou pour faire du sport. Parmi elles, Ousmane Ka fait son footing. Rencontré à un jet de pierre de la place de la nation, il avoue avoir déjà acheté des oisillons « Cela doit faire 4 ou 5 ans, un marabout m’avait recommandé d’acheter des oiseaux et de formuler des prières à leurs oreilles. Il m’avait assuré qu’ils s’envoleraient emportant avec eux tous mes soucis et j’ai suivi ses indications à la lettre. Mais cela n’a réglé aucun de mes problèmes à l’époque ». Il s’était sacrifié à ce rituel. Mais aujourd’hui il se souvient avec un sourire narquois. Pour lui, c’était une véritable arnaque. « C’est incroyable. Comment lors des moments de doute, on peut se laisser aller à des choses aussi dénuées de sens », regrette-t-il.

Le marché
Tout le contraire d’Abass qui jusqu'à maintenant achète ses oiseaux. Trouvé au marché de Colobane communément appelé « market », il n’est pas prêt de cesser d’acheter les mange-mil. « C’est une habitude. J’en achète à chaque fois que je vois les vendeurs, je me sens bien quand je libère ces oiseaux », confesse-t-il.

Loin de tous ces aspects mystiques, Papa Cheikh Diop élève des pigeons voyageurs, des oiseaux et des poules. Etabli à la rue 23x20, ce jeune homme de 19 ans a un petit espace dans la cour de sa maison familiale où il entretient ses oiseaux et des poules. « Auparavant, c’est mon grand frère qui entretenait ce commerce et moi je venais toujours pour l’importuner, parce que j’aime particulièrement les pigeons voyageurs, quand il a été enrôlé dans l’armée, j’ai saisi l’occasion pour prendre le relai, d’autant plus que j’allais plus à l’école », raconte Papa Cheikh Diop. Entre lui et les oiseaux, c’est une vraie histoire d’amour. Il ne regrette rien. Puisque ses pigeons et ses poules ne sont pas à bazarder. « Un pigeon coûte en moyenne 6.000 FCfa, alors que la poule est échangée en moyenne à 4.000 FCfa. Je parviens, avec mes recettes, à économiser et à aider ma maman », partage Papa Cheikh Diop qui sort du lot des éleveurs. Il a réussi à fidéliser des clients.

Par contre, il ne maîtrise pas d’autres paramètres aux effets parfois ravageurs. La mort peut s’introduire parfois dans les cages et perturber les prévisions de recette. « Trois de mes poules ont été dévorées, il y a quelques mois par les chats », affirme le jeune homme. Son rêve est d’avoir le matériel adéquat pour mettre ses oiseaux hors de danger. « Je fais des économies pour m’acheter des matériaux de dernières générations ou même sortir de la maison et chercher quelque chose de plus grand », argue-t-il avec assurance. Il a le droit d’avoir de l’ambition pour voler plus haut dans ce métier qu’il affectionne.

Par Sokhna Anta NDIAYE (stagiaire)

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