Ce que j'ai dans la tête

Ce que j'ai dans la tête (36)

Chaque fois que je termine un livre, le rituel est le même : mon cerveau toujours alerte et carburant à 1000 à l’heure, veut automatiquement se lancer dans l’exploration d’un nouvel ouvrage, alors que mon corps, fatigué, veut prendre une pause. Un duel infini commence alors entre la passion (de la lecture) et la raison, que la passion finit toujours par gagner.

Mais toute règle a une exception. Et l’exception a résidé en ce superbe livre de Chimamanda Adichie, à savoir « L’autre moitié du soleil », sa deuxième publication après « L’hibiscus pourpre » (paru en 2003) dont j’avais déjà parlé ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2014/06/12/lu-et-approuve-lhibiscus-pourpre-de-chimamanda-ngozi-adichie/

Acheté il y a de cela quelques mois, je repoussais toujours la lecture de ce volumineux livre, soit parce que j’avais d’autres reliques en attente, ou soit parce j’étais par trop occupée à faire autre chose… Quand j’eus tôt fait d’épuiser tous les livres de ma pile à lire, je m’attaquais au livre de l’auteure nigeriane. Et je puis vous dire que j’ai regretté de ne pas m’y être mise plus tôt …
Déjà le contexte : Nigeria, début des années 1960. Le Nigeria compte quantité d’intellectuels, universitaires pour la plupart, à l’image d’Odenigbo, le ténébreux professeur, qui de par leur engagement et leurs idées anticonformistes, veulent insuffler un nouvel élan au géant de l’Afrique de l’Ouest. La force de ce roman réside dans l’incroyable description des personnages. Odenigbo engagera Ugwu, jeune villageois émerveillé et ouvrant grand les yeux devant cette nouvelle vie, que son maître scolarisera et apprendra, en sus des travaux ménagers, à acquérir un esprit critique.

La maison d’Odenigbo est le rendez – vous des intellectuels. Chaque soir, dans son salon, ont lieu d’interminables discussions où médecins, avocats, professeurs et cadres de la profession libérales se font face dans ces joutes verbales mémorables. Ugwu sert les boissons, dispose les mets et ouvre les oreilles, émerveillé par ces mots qu’il entend et qui ne signifient pas grand – chose pour lui. Son unique satisfaction réside dans le fait que son maître – « Master » Odenigbo – est content de son travail, et dans ses moments d’ivresse, converse avec lui et l’appelle « mon ami ».

Cette vie à deux est chamboulée par l’arrivée d’Olanna, somptueuse jeune femme aux manières policées, douce et souriante, originaire de Lagos, où ses parents ont une somptueuse propriété et sont bien introduits dans le gotha nigérian. La sœur jumelle d’Olanna, Kainene nage à contre – courant de tout cela, n’hésitant pas à critiquer ouvertement les amitiés fallacieuses de son père, sa propension à faire des courbettes pour obtenir des « marchés » et accroître sa fortune.

Ugwu, quelque peu désarçonné par l’arrivée d’Olanna, se plaira de plus en plus en sa compagnie, car celle – ci, vu qu’elle a conquis le cœur d’Odegnigbo, conquerra le sien aussi. L’autre personnage saisissant de ce triptyque résidera en la personne de Richard, britannique venu s’installer au Nigeria, fasciné par la culture et le mode de vie des autochtones. Il constituera selon mon avis un œil extérieur assez intéressant, qui donnera une merveilleuse tournure à l’histoire.

Ce petit équilibre si parfait volera en éclat lorsque surviendra la révolte biafraise. Déjà la menace grondait … Olanna s’en était déjà rendue compte en allant rendre visite à son ex – fiancé Mohamed. Celui – ci, faisant état de la situation politique déliquescente du pays, mettra en garde la jeune femme, qui balaiera ces mises en garde d’un revers de la main.

Mais elle constatera de visu que tout ne sera plus comme avant : la tête de la petite fille qu’elle verra dans une calebasse, les femmes qui urinaient sur elles – mêmes, la peur dans leurs yeux, l’instinct de survie qui primera sur tout le reste, sont autant de facteurs indiquant que le Nigeria entrait en guerre …

C’est la déportation, il faudra quitter Nsukka, mais juste le temps que les choses « redeviennent normales ». Quand elle vit sa cousine Arize, son ventre de femme enceinte éventré, gisant sans vie, tout n’aura plus de sens …

L’est du Nigeria grondait, les Ibos étaient persécutés, les Haoussas asseyaient leur domination et se mettait à la recherche des Ibos en les tuant sans ménagement. Olanna passera par toutes les étapes : peur, colère face aux ressortissants de Lagos faisant comme si rien de tout cela ne les affectait, crainte des bombardements impromptus, cauchemars et trous noirs durant lesquels elle se remémorait avec exactitude ce qui l’entourant et d’autres durant lesquels elle oubliait jusqu’à son prénom. La mémoire sélective et le déni deviendront ainsi ses compagnes de tous les jours. Chimamanda Adichie a écrit un livre violent, mais aussi sensible, et surtout profondément humain.

Violent, car il nous plonge dans l’horreur d’un conflit pas assez médiatisé et quelque peu « oublié ». Cette guerre civile, ayant duré de 1967 à 1970, plongera dans le chaos une partie de la population nigériane – les Igbos –, désirant s’affranchir de la tutelle des Haoussas voulant contrôler tout le pays. Jusqu’à sa réintégration au reste du Nigeria en 1970, le Biafra ne cessera d’agiter ses velléités sécessionnistes.

Les rappels historiques sont intéressants, et le tout mixé à une fiction savoureuse, nous donnent un livre époustouflant !
Sensible, car les jours passants, Olanna apprend à mettre sa fierté de côté, apprend à se mélanger aux autres … Se contentant de survivre avec l’aide accordée par les camions des ONG, n’ayant en tête que le maintien en vie de sa fille Baby Chiamaka, elle fera face avec dignité et pugnacité.

Humain, car au milieu de toute cette destruction, Ugwu, boy et observateur de ce conflit, mûrira son projet de livre. Livre dans lequel il note ses impressions sur ce qui l’entourait … Le titre en dira long : « Le monde s’est tu pendant que nous mourions … »
« L’autre moitié du soleil », un livre à lire et à faire lire !

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

La volonté de donner un sens à son existence, la recherche de son « moi », s’affirmer en tant qu’individu, sont autant de problématiques avec lesquelles Deola se bat dans sa vie de tous les jours … Nigeriane, trentenaire, elle travaille à Londres dans une ONG – LINK – qui finance des projets dans les pays en voie de développement. Pour une fois qu’ils ont un projet touchant directement son pays d’origine, le Nigeria, elle est envoyée en éclaireuse pour tâter le terrain et rendre compte de la nécessité pour LINK d’intervenir et aider le médecin et l’entrepreneure ciblés.

En plus de ses obligations professionnelles, ce voyage vers le Nigeria sera aussi l’occasion pour Deola de pouvoir assister à l’anniversaire du décès de son père et de pouvoir se ressourcer. Une fois sur place, ses angoisses ressurgissent, car elle se rend compte que rien n’a changé : son quartier, Ikoyi, s’embourgeoise de plus en plus, son frère Jaiye, a un fort penchant pour l’alcool et traite sa femme Eno de « grosse », sa sœur, Lanre, se bat tous les jours avec son mari Funsho, infidèle notoire, sa mère lui met la pression pour qu’elle se trouve un mari et fonde une famille comme toutes ses amies …

Au – delà de ces aspects négatifs, Deola se rend compte que ce pays qu’elle a passé trop de temps à fuir, à détester, c’est là qu’elle appartient réellement. Elle qui passe son temps à se justifier, à ne pas trop montrer son accent nigérian, sait que quoi qu’elle fasse, où qu’elle puisse se trouver, elle sera toujours … Nigériane !

Inconsciemment ou non, elle se retrouve enceinte de Wale, rencontré dans l’hôtel où elle séjournait, hôtel dont il s’avère être le propriétaire. Cet enfant viendra tout chambouler et elle ne verra rien avec la même façon. A commencer par ceux qui partageaient jusque – là son quotidien londonien : Subu, sa meilleure amie, fondamentaliste chrétienne, qui voue un culte aux gadgets électroniques et a comme passe – temps la prière, Bandele, son ami écrivain, qui lui a toujours caché qu’il était homosexuel, Tessa, sa compagne de pension, obnubilée par les préparatifs de son mariage.

Subu et Bandele sont non seulement horrifiés par le fait qu’elle soit enceinte, mais le seront encore plus quand Deola leur fait part de son désir de retourner vivre au Nigeria, pays qui à leurs yeux, est infesté de moustiques, où les coupures d’électricité et la mentalité arriérée des gens font qu’aucun être normal ne penserait à y vivre.

Au–delà de ces préoccupations d’ordre sentimental, Deola a un choc quand au moment de taper son rapport sur sa mission effectuée au Nigeria, elle se rend compte que ses prescriptions ne seront aucunement respectées. S’estimant lésée, elle démissionne avec fracas et se projette, tentant de construire un avenir avec Wale, qui bien plus qu’un père pour leur futur bébé, n’écarte pas d’avoir un futur avec Deola.

A travers ce magnifique livre, Sefi Atta nous offre un grand voyage dans le géant nigerian, pays de paradoxes et de contradictions. Autant les femmes nigerianes affectionnent les grands couturiers et les marques clinquantes, autant elles sont traditionnalistes dans l’âme, promptes à catégoriser les ethnies et à s’estimer supérieures à telle ou telle autre femme …
Roman poignant qui se lit d’une traite, tant les thématiques qu’il renferme nous interpellent tous, à un moment ou à un autre de nos vies.

Bonne lecture !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Chinua Achebe et son inoubliable Le monde s’effondre, ouvrage intergénérationnel qui rejoint les classiques que je ne cesse de lire et relire, Sefi Atta, dont le livre Le meilleur reste à venir est suintant de sensibilité et de vérité (s), mais aussi l’inégalable Ken Saro Wiwa qui a écrit Soza Boy, un livre relatant avec une rare justesse la guerre du Biafra qui a sévi au Nigeria, dans le même esprit que les superbes livres de Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé et Quand on refuse on dit non, dont j’ai parlé ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/03/29/kourouma-lesthete/. J’aime le style des auteurs que je viens de citer, pour deux raisons : les thématiques qu’ils traitent, mais aussi la façon qu’ils ont de le faire, mêlant africanité et modernité, écrivant en anglais (ou français pour les versions traduites) et leur fameux dialecte, le pidgin, mêlant anglais et langage de la rue, musical et endiablé.

Dans cette optique, je me suis mise à la quête de nouveaux auteurs nigerians, de la jeune génération, cette fois – ci. Et c’est ainsi que je suis tombée sur un TED Talk (mini conférence axée sur un sujet, durant lequel l’intervenant parle d’un sujet donné durant un court instant), dans lequel Chimamanda Ngozi Adichie officiait. Je suis littéralement restée scotchée devant l’écran, la jeune dame m’a bluffée par son assurance, son bagout, et last but not least, la maîtrise de son sujet. Vous pourrez visionner la vidéo juste ici : http://www.ted.com/talks/chimamanda_adichie_the_danger_of_a_single_story.

Et j’ai voulu en savoir plus. Je me suis littéralement jetée sur ses livres, notamment le brillant ouvrage L’hibiscus pourpre, qui motive l’écriture de ce post. Mais il y a aussi Americanah, Autour de ton cou … Quand je viendrais à bout de la montagne de livres qui m’attend, j’écrirai des notes de lecture sur ces bouquins … Il va falloir que j’arrête d’être une acheteuse compulsive (de livres) ! Mais ceci est un autre débat …

Ce livre m’a séduite, émerveillée, mais aussi bouleversée à un point inimaginable ! L’histoire se passe au Nigeria bien entendu, et met en scène Kambili et Jaja, deux adolescents élevés dans un fondamentalisme, pour ne pas dire fanatisme religieux le plus absolu par un père qui pense que la religion est le seul moyen de s’élever dans l’échelle sociale.

Kambili a 15 ans, elle est une adolescente sérieuse, un peu trop même, jeune fille modèle élevée dans l’adoration respectueuse d’un père érigé en icône de vertus : propriétaire d’usines de biscuits et de boissons, mais aussi du seul journal du pays qui ose s’opposer à la junte militaire arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, c’est un notable généreux avec son entourage, un catholique fervent – « pur produit du colonialisme », disent certains –, soucieux d’éduquer ses deux enfants – Kambili et son frère Jaja, 17 ans – dans la foi de Dieu, la crainte de l’Enfer et le surpassement de soi. Un souci de droiture qui confine à la tyrannie.

Kambili est la narratrice de l’histoire, et le roman est écrit à la première personne du singulier. Son point de vue reflète les schémas de pensée du père, omniprésent dans la vie de Kambili : œil qui la suit partout, sur les bancs du collège comme dans la concession du grand-père paternel, un « païen » sinon renié du moins boycotté par son fils pour avoir refusé d’épouser le christianisme et d’abandonner les rites traditionnels de leur ethnie, les Ibos.

Mais un évènement a priori anodin va lézarder l’emprise du père sur ses enfants. Kambili et Jaja partent séjourner quelques jours chez leur tante Ifeoma et ses trois enfants, des cousins qu’ils ne connaissent quasiment pas. Ils y découvrent une vie simple, sans chauffeur ni servante, sans sermon ni restrictions. Sans père aussi : le mari de « Tatie Ifeoma » est mort quelques années plus tôt dans un accident de la route. Les cousins de Kambili grandissent dans un climat de liberté où la jeune fille se sent perdue, désarçonnée, inadaptée. Sa bouche refuse de laisser s’échapper aucun son dans les conversations familiales animées où la répartie et le rire règnent en maîtres ; ses yeux voient son frère s’épanouir comme les fleurs d’hibiscus pour lesquelles il s’est pris de passion, passant le plus clair de ses journées à jardiner ; son cœur se met à battre, pour la première fois, pour un visiteur de la famille qu’il lui est interdit d’aimer, tandis que l’image du père se flétrit imperceptiblement dans sa tête.

Le roman est subdivisé en trois actes – le dimanche des Rameaux, avant et après – et un épilogue, L’Hibiscus pourpre, on l’a compris, dénonce, avec beaucoup de subtilité, les abus du dogme – religieux – et les dangers de l’emprise d’une personne sur une autre – du père sur sa fille. C’est aussi un roman initiatique : la Kambili de la fin n’a plus rien de commun avec la jeune fille naïve des débuts. Sous la plume de Chimamanda Ngozi Adichie, on vit avec elle les bouleversements existentiels qui s’opèrent avec plus ou moins de brutalité : l’écriture de la romancière, sensible et émouvante, nous mène au plus près du ressenti de l’adolescente… avec bien trop de précision, de nuance, de complexité et de talent pour que le texte vire à la littérature adolescente, justement.

Enfin, le tableau ne serait pas complet si je ne mentionnais pas, en arrière-plan, la description tout en finesse de la société nigériane dans sa diversité, ses inégalités et les difficultés auxquelles une partie est confrontée – coupures de courant, pénurie d’essence, etc. – et, en détails, les mots en ibo et les mets dépeints par l’auteure pour la mise en scène des situations quotidiennes.
L’hibiscus pourpre, un livre à lire et à faire lire, surtout en ces temps où l’obscurantisme religieux a droit de cité, notamment dans ce géant aux pieds d’argile, le Nigeria …

Bonne lecture !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

« Je m’appelle Aminata Diallo, fille de Mamadou Diallo et de Sira Coulibali. Je suis née dans le village de Bayo, à trois lunes à pied de la Côte des Graines en Afrique de l’Ouest … Je suis une Bambara. Et une Peule. Je suis les deux, comme je l’expliquerai plus loin. Je crois que je suis née en 1745, ou pas loin de là … »

C’est ainsi que débute l’histoire bouleversante de Aminata, l’héroïne du roman éponyme de Lawrence Hill, esclave héroïque, femme de cœur, mais aussi de tête, femme au destin remarquable par les tribulations qui ont jalonné celui – ci …

De son village natal de Bayo, près de Ségou, à Londres, Aminata aura vu et vécu des choses, abominables pour la plupart … On lui volera son enfance et la déportera loin, très loin de sa terre de Bayo qu’elle affectionnait tant … Au nom de quoi ? Au nom de l’esclavage ! Croyant (à tort) que les marchands d’esclaves dont elle avait ouïe dire ne franchiraient jamais les remparts sécurisants de son village, elle verra son existence chamboulée, ses parents abattus et commencera ainsi son long périple …

Des champs de coton et d’indigo des Etats – Unis, aux ghettos poussiéreux de la Nouvelle – Ecosse (Canada), elle passera aussi par la Sierra – Leone durant les premières étapes de sa formation en tant qu’Etat … Son ultime voyage sera Londres, où elle s’alliera aux abolitionnistes, désireux de faire cesser le commerce d’êtres humains …

Lawrence Hill écrit un roman vrai, dénué de faux – semblants, mais surtout cru et violent … Par la voix d’Aminata, l’auteur s’emploiera à décrire jusque dans les détails les plus sordides et ignobles le calvaire qu’ont vécu des milliers et des milliers de noirs : viols, violences, privations, maltraitance, rien ne sera occulté ! Et la force de caractère de l’héroïne Aminata naîtra de ce chaos sans précédent … Forcée de grandir trop vite, son âme d’enfant cèdera la place à une adulte qui fera face et résistera, envers et contre tout … Et surtout, détail qui m’a le plus marquée à la lecture de ce livre, c’est la conscience aigue de la conscience africaine qu’a Aminata … Cette Afrique qu’elle a trop vite quittée, la hantera tout le long de sa vie ; il lui suffisait de fermer les yeux un bref instant pour se remémorer sa vie d’antan, sa terre chérie et la chaleur de son terroir …

Faisant front avec une étonnante maturité, elle saura que sa force mentale sera la seule chose qui lui permettra et lui aura permis de tirer son épingle du jeu … Une vie jalonnée non seulement de labeur, mais aussi de pertes, car les fruits de ses amours avec Chekura, son seul et unique amour, lui seront arrachés. Mamadou, son fils, sera vendu par son premier maître, puis mort quelque temps après, alors que May, sa fille qu’elle retrouvera à Londres, fut kidnappée … Quant à son cher et tendre Chekura, il mourra dans le bateau qui le mènera vers la liberté …

Lawrence Hill nous livre là un récit d’une étonnante beauté, car sous le poids des mots si souvent difficiles à supporter, car vrais et sans fards, transparaît la force de l’âme d’une personne qui passera sa vie à rechercher ce qui lui fit si cruellement défaut : LA LIBERTE !

Un livre à lire et à faire lire !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Cheikh Yérim Seck est un « personnage » controversé. J’utilise le mot personnage à dessein, car dans la nature intrinsèque de cet homme, coexistent plusieurs natures.

Journaliste à l’hebdomadaire Jeune Afrique durant une décennie, il a été accusé, dans l’existence de cette fonction journalistique, de faire du journalisme « alimentaire », autrement dit, utiliser ce puissant instrument qu’est sa plume pour monnayer des interviews, faire chanter hommes d’Etat et autres puissants du continent …

Rentré à Dakar, il crée Dakaractu, magazine et webzine, où ses méthodes d’écriture seront elles aussi décriées, mais il réussira tant bien que mal à installer Dakaractu dans le landerneau informationnel sénégalais.

Ayant mis à profit son séjour carcéral, il a publié, à sa sortie, un livre, ces goulots qui étranglent le Sénégal. Beaucoup s’attendaient (moi y compris) à ce qu’il appesantisse sur l’affaire l’opposant à la demoiselle Tall, affaire qu’il n’aura que brièvement rappelée, car son ouvrage traite du Sénégal, de la situation politique, sociétale, environnementale, sportive et même diplomatique du Sénégal …

À travers 15 chapitres, l’auteur fait un diagnostic sans complaisance de ces goulots qui étranglent, obstruent et empêchent la bonne marche de notre pays …

Composé de quinze chapitres, le livre fait un constant objectif, mais surtout lucide du Sénégal d’aujourd’hui.
Dès l’introduction, l’auteur campe le décor. En faisant un rappel historique des premiers découpages institutionnels ayant existé dans notre pays, tels que les Damels, les Bracks, il relate les turpitudes du jeune Sénégal indépendant, la naissance des premiers mouvements intellectuels tels que celui fort célèbre de la négritude …

Le chapitre 1, intitulé La désertion de la réalité au profit du rêve, parle d’un problème récurrent, celui des paradis dits « artificiels », la consommation de chanvre indien qui prend des proportions gargantuesques que le Sénégalais lambda consomme pour s’évader face à la dureté du quotidien … Quotidien qui se retrouve plombé face au péril chinois, titre du chapitre 2. Les Chinois, qui non contents de spolier les parts de marché des commerçants autochtones, ont installé une véritable « mafia » entre nos murs, ont leur propre système judiciaire, en supprimant leurs compatriotes véreux, et en faisant sortir des liasses entières de devises de notre territoire … En gros, leur activité ne nous avantage en rien !

Les eaux qui mangent le Sénégal, titre du chapitre 3, parle des eaux qui menacent de « manger » le Sénégal. En effet, les eaux menacent dangereusement l’urbanisme de certaines villes du Sénégal, notamment Saint – Louis, ancienne capitale de l’AOF, qui connaît un état de délabrement sans précédent …

La plaie de la Casamance, 4e chapitre, fait un constat lucide de la situation de la Casamance, cette région du sud du Sénégal, qui fait face à une « guerilla » qui dure bientôt 30 ans … Cette guerre, qui n’arrive pas à trouver d’épilogue, fait l’affaire de beaucoup de groupuscules qui gravitent autour du conflit : rebelles qui négocient les pourparlers, trafics d’armes dont les points stratégiques se trouvent dans les pays limitrophes tels que la Gambie ou encore la Guinée Bissau … Avec le conflit casamançais, CYS fait le parallèle avec des conflits qui ont secoué des pays africains tels que l’Angola, le Liberia … Ce conflit aura des conséquence désastreuses si l’on ne le désamorce pas, ou au moins trouver des solutions durables, car il peut conduire à l’éclatement de la bombe jeune, titre du chapitre 5 … Cette jeunesse qui constitue la majeure partie de la population sénégalaise, laissée à elle – même, est désœuvrée, sans repère (s), car déçue de la politique telle qu’on la pratique chez nous, à savoir la politique « politicienne » …

Je pourrais continuer à égrener les chapitres de ce livre un à un et d’en faire l’apologie, mais ce serait infiniment long et ne pousserait (peut – être) pas à lire le livre …

Je les listerai juste, car ils constituent une suite plus que logique, car chacun annonce l’autre dans un enchaînement chronologique …
• La gangrène de la lutte
• Une culture régressive
• Un développement faussé
• Une école qui n’enseigne plus
• Un Etat qui se déconstruit
• Le Président que l’on n’a pas vu venir
• Une première dame accusée de tous les maux
• Une classe politique perdue dans ses calculs
• Un environnement sous – régional dangereux
• Un pays aux mille et un paradoxes

Inutile de dire que j’ai aimé l’ouvrage … Remarquablement bien écrit, dans un style concis, l’on sent qu’il y a un travail sérieux derrière …
Outre, le journaliste de formation qu’il est CYS maîtrise les dates, les chiffres – clés, les événements historico – culturels qu’il relate et les décrit superbement … Rien que pour ça, cet ouvrage mérite d’être lu, car au – delà des différents aspects dont il traite, il propose des pistes de réflexion pour le devenir de cette chère barque qu’est le Sénégal …
Et je pense que la cause nous est tous chère !

Bonne lecture !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Longtemps après avoir terminé la lecture de cet ouvrage et tourné la dernière page, je suis restée prostrée, ne sachant quelle direction donner à la note de lecture que j’allais rédiger … Car Murambi, le livre des ossements n’est pas un livre comme les autres, un livre que l’on lit et au fil du temps, l’on en oublie l’histoire et la trame …

Boubacar Boris Diop a écrit un livre VIOLENT, mais surtout SENSIBLE et HUMAIN …
SENSIBLE, dans le sens où lire ce livre m’a émue aux larmes, car tout comme les excellents ouvrages sur le génocide rwandais de Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie et Une saison de machettes, le livre de Boubacar Boris Diop relate avec une sincérité à nulle autre pareille les souffrances qu’ont endurées par les Tutsis, leur incompréhension face à la cruauté de ceux qui avant le génocide étaient leurs voisins, maris, et cohabitaient en parfaite harmonie avec eux … Les tueries qui ont été perpétrées se heurtent à un mur d’étonnement, près de deux décennies après la « fin » du génocide …

VIOLENT, car la plume de Boubacar Boris Diop relate sans faux – semblant ni complaisance ce qui s’est passé sur les collines de Nyamata et alentour … Le ton est cru, car le lecteur ne doit pas occulter toutes les horreurs qui se sont passées au pays des mille collines !

Ce qui rend le roman d’autant plus intéressant, c’est sa structure éclatée. L’auteur mêle astucieusement victimes et bourreaux, entrelace leurs destinées avant et après le drame, de sorte à pouvoir s’appesantir sur le ressenti qu’il y a réellement eu …

Cornelius, dont le père, le vénéré et vénérable Dr Karekezi, était un notable fortement apprécié, par les Hutus bien entendu et ses congénères Tutsis, qui n’a pas hésité à tuer femme (Hutu) et enfants … De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas, dit – on souvent … Quand Cornelius revient de son long exil effectué à Djibouti, il essaie de trouver les réponses, essaie de comprendre comment et surtout pourquoi ce père tant aimé a pu se laisser aller à cette bestialité sans nom … Tous savent qui il est, le « fils du Dr Karekezi », celui en qui les Tutsis avaient confiance et qui a commis et fait commettre l’innommable !

Jessica, jeune femme pleine d’énergie et d’ambition, se perdra dans les méandres de sa souffrance, et ne sera plus que l’ombre d’elle – même, fatiguée d’avoir enduré tant de choses …

A travers les regards de Cornelius, qui découvre sa famille décimée et Jessica qui a du mal à mettre des mots sur ce qu’elle a vécu, l’auteur nous offre une fresque contemporaine remarquable sur l’un des événements les plus effroyables qu’il ait été donné d’exister dans l’histoire de notre cher continent : le génocide rwandais !

Ecrit par un Africain et pour les Africains (et le monde entier), Murambi est un livre remarquable. Au détour de la résidence d’écriture qui a été le prétexte de l’écriture de ce roman, Boubacar Boris Diop a pu constater de visu les insuffisances d’information qui existaient sur le Rwanda … Comme il le dit lui – même dans la postface, « les intellectuels africains sont les seuls à dénier ce qui se passe chez eux », opposant aux questionnements la réponse que le Rwanda ce n’est pas si grave que ça !

Murambi, un livre à lire pour comprendre ce carnage qu’a constitué le génocide rwandais, dans sa complexité, de ressentir une part du choc et de l’effarement qu’a subis le peuple rwandais, s’identifier à lui, pour que plus rien de pareil ne puisse se produire dans le futur !
Murambi, le livre des ossements : un livre A LIRE et A FAIRE LIRE !

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Le continent africain regorge de ressources : naturelles, énergétiques, minières, mais aussi culturelles et historiques …
Chaque jour qui passe est une somme d’enseignements concernant la terre – mère, car j’apprends des choses que j’ignorais sur ce cher continent … Ne dit – on pas communément que l’Afrique est le berceau de l’humanité? Tel a été le cas pour le Kurukan Fuga …
La première Déclaration des Droits de l’Homme est africaine …

En effet, exprimée en 1236 à Kurukan, Le Kurukan Fuga, ou Charte du Mandé, est la première déclaration des droits de l’homme. Cette Charte, dans l’optique d’asseoir pleinement le magistère de Soundjata Keïta, a été initiée par ses collaborateurs et lui – même, au lendemain de la victoire de Kirina sur les troupes de Soumaoro Kanté en 1236.
Elle s’est articulée autour d’un ensemble d’axes et de recommandations.

Kurukan Fuga, qui signifie littéralement « plaine sur une colline ». C’est dans cette contrée qu’en 1236, Soundjata Keïta réfléchit à une manière d’unifier tous les clans et tribus, après les territoires annexés lors de sa victoire face à Soumaoro Kanté.
C’est une Charte orale, mais d’une précision extrême. Autour d’une quarantaine de points, la Charte reprend quantité d’axes de la vie en communauté, notamment :

• Les « Nyamakalas », artisans connaissant la force du feu, de l’eau et de la parole (cordonniers, griots …) se doivent d’être les garants de la vie en société
• Les « Morikanda » (classes des marabouts) doivent être les maîtres et éducateurs en Islam. De ce fait, tout le monde leur doit respect et considération
• A la tête de chaque société, se trouve un patriarche en terme d’âge
• Les « Kangbé » se doivent d’être les intermédiaires entre les jeunes et les vieux, histoire d’arbitrer les conflits et ainsi d’éviter les conflits de génération
• Chacun a le droit de préserver son intégrité et sa vie
• La paresse et l’oisiveté doivent être bannis et ériger la prospérité en projet de vie par le biais des Konogben Wolo
• La famille Keïta est désignée famille régnante de l’Empire
• Tout un chacun peut jouir de l’autorité paternelle, même sur les enfants d’autrui

Les autres points portaient eux, sur le divorce, l’entraide dans une communauté, la préservation de la nature … Tout ceci afin d’instaurer une parfaite cohésion entre les choses et les êtres.
Avant l’avènement du héros Soundjata Keita, le Mali se trouvait dans une misère totale. L’individualisme, la pratique abusive de l’esclavage, avaient entraîné les peuples dans l’oisiveté.

Pour faire du Mali une grande entité économique et politique, Soundjata comprit qu’il fallait organiser la société, en donnant au « Mandékas » (peuple du Mali) une culture de travail. Pour cela, il convoqua les chefs des différents clans pour déterminer le droit mais aussi les devoirs de chacun. Ainsi les ordres des griots, des forgerons, des esclaves, des marabouts,… furent-ils institués ou renforcés. Les « Numu » seront commis à la production des outils d’agriculture, des armes, constituant ainsi la caste des forgerons.

A Kuru Kan Fuga, le travail fut tellement pris au sérieux qu’il apparaît, dans l’ordre des vertus, à la deuxième place, entre le savoir et la justice. D’où la devise « Kolon, Baara, Tilen » (savoir, travail, justice). Les Mandingues appellent cette devise les trois principes fondamentaux du progrès de l’homme.

Ainsi, en 1236, fût érigée la Constitution de l’empire du Mali, qui définit le statut et le rôle de chaque citoyen, au sein de la communauté, dans la paix et la concorde. Soundjata et ses généraux, chantés par les griots, sont restés vivants dans la culture malienne.

En définitive, la Charte de Kuru Kan Fuga enseigne qu’il n’existe pas d’autres alternatives pour le développement que le travail. Le travail y a été considéré comme une religion, un culte. Le Malien s’y est alors bien adapté.

Cette vertu fait de la charte de Kuru Kan Fuka un modèle.
Soundjata Keïta, en tant qu’initiateur de la Charte du Mandé, en est donc un personnage – clé.
En effet, la Charte, proclamée le jour de l’intronisation de Soundjata Keïta en tant qu’empereur du Mandé, est étroitement liée au règne dudit empereur …
Dans un souci d’unifier les troupes au lendemain de sa victoire à Kirina face à Soumaoro Kanté, Soundjata Keïta a réfléchi à un ensemble de textes et lois visant à harmoniser la vie de cette communauté ainsi élargie, car composée des nouveaux territoires annexés.

Au cours d’une soirée commémorant les hauts faits d’armes de Soundjata Keïta, nouvellement promu à la tête de l’empire du Mandé, les griots de la ville de Kankan déclamaient l’éloge de Soundjata Keïta et de certaines des décisions qu’il avait prises lors de l’assemblée du Kurukan Fuga : Soundjata Keïta avait pleinement réfléchi à la constitution d’un ensemble de textes représentatifs de la vie en communauté …

Malgré la « vieillesse » relative des articles de ladite Charte, celle – ci résonne encore aujourd’hui par sa véracité …
Quelques extraits tels que « Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique », « La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur », « Ne faites jamais du tort aux étrangers » … sont plus que jamais d’actualité aujourd’hui, car ils campent pleinement la vie en communauté, en société, et donc entre êtres humains pleinement conscients de leur (s) liberté (s) …

Soundjata Keïta a donc eu une ingénieuse idée en mettant sur pied cette Charte, et des siècles après sa déclamation, celle – ci pourrait servir de repère historico – temporel aux générations contemporaines …
Bonne lecture ! L’histoire reste à réviser…

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on samedi, 23 septembre 2017 18:38

Tout ne sera pas si rose, car qui dit débuts, dit forcément illusions perdues, arnaques, dureté de la réalité … Cedella ayant émigré en Amérique, Bob restera à Kingston, et continuera à faire de la musique avec Peter et Bunny. La mouvance musicale en vogue était le ska, musique rythmique, ainsi que le rythm n’ blues, importé des Etats – Unis. Les Wailers, quoique excellents chanteurs et compositeurs, peineront à s’imposer. Bob, après avoir uni sa destinée à Rita Marley, l’amour de sa vie, rejoindra sa mère quelque temps dans le Delaware, mais après avoir enchaîné quantité de petits boulots, rentrera en Jamaïque.

La carrière des Wailers décollera un peu, mais les erreurs de management leur seront fatales … Ils avaient composé énormément de titres, et entrepris une petite tournée, au terme de laquelle Bunny quittera le groupe, désabusé et dans une dynamique plus spirituelle que l’engagement et la roots attitude de Peter et Bob, qui feront route ensemble …

Cette alliance de Bob et Peter ne durera pas longtemps, car après avoir rencontré Chris Blackwell, Bob se placera dans une logique d’internationalisation de sa carrière. En effet, Blackwell sera celui qui donnera un véritable coup fouet à la carrière de Bob et le révélera à la face du monde. Le groupe se dénommait désormais Bob Marley and the Wailers, sans oublier les I – Threes, les excellentes choristes qu’étaient Rita et ses copines Marcia et Judy.

Ainsi commence pleinement la légende Marley. Ce petit homme nonchalant, aux cheveux en paquets, à mille lieux du star – system, roulant spliff sur spliff, séduira tous ceux qui le rencontreront : journalistes, avec lesquels il enchaînera interview sur interview, copains du ghetto, qui se presseront chaque jour à la porte de sa demeure du 56 Hope Road,et à qui il distribuait sans relâche des liasses de billets, mais aussi les femmes … Car comme il le disait, son « seul péché, c’était les femmes »… Serial séducteur, il fera des enfants avec presque toutes les femmes qui seront sorties quelque temps avec lui … Rita, « l’officielle », fermera les yeux sur les incartades à répétition de son mari … Car, semble – t – il, elle se considérait comme plus qu’un simple épouse, mais était aussi une compagne, une oreille attentive, et a contribué pour beaucoup à bâtir le mythe Marley …

Une vilaine blessure à l’orteil, qu’il a longtemps négligée, s’infectera et se transformera en cancer … Cancer qui l’emportera, du fait de la négligence des symptômes … Car tous ceux qui le côtoyaient étaient unanimes : Bob, même s’il souffrait, n’en a jamais parlé à personne, et ses compagnons ne se rendront compte de son état que lorsque celui – ci sera plus que critique, la tumeur s’étant déjà propagée au cerveau, aux poumons et à l’estomac …

Commencera alors le long et épuisant combat contre la mort : chimiothérapie, traitements de toutes sortes, régime protéiné, mais hélas, la faucheuse sera la plus forte …

Au terme de cet ouvrage, qui se termine sur une note triste, avec la disparition de Bob Marley, il est permis de méditer sur la vie et l’œuvre de Bob Marley. En seulement 36 ans d’existence, Bob aura conquis le cœur de millions de personnes de par le monde … Son message universel de paix, de tolérance, d’entraide, de refus de ployer sous le joug de Babylone, de renouveau de l’Afrique l’installeront au rang de « prophète », car faisant de la Bible son livre de référence, il insérera des psaumes dans ses chansons, pour combattre les maux du monde et y trouver un remède.

Son rapport à l’Afrique était très fort, très affectif : l’Afrique, la terre promise, Bob Marley la vivait, la sentait, la chantait avec son cœur … Aussi, ayant eu vent des bisbilles entre les colons anglais et les nationalistes noirs voulant l’indépendance de la Rhodésie, il composa la magnifique chanson Zimbabwe, chanson qui œuvrera pour beaucoup dans l’accession de la souveraineté de l’ex – Rhodésie et l’appellation de Zimbabwe.

Bob Marley, un homme multi dimensionnel qui vécut pleinement et continue de demeurer dans le cœur de quantité de personnes de par le monde !
Voici un film qui résume merveilleusement son existence si riche : http://www.youtube.com/watch?v=lRnxAsI5jS0&hd=1

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on lundi, 25 septembre 2017 11:54

Loin de la vision partiale présentée aux moments les plus chauds du combat politico-militaire en Côte d’Ivoire, ce livre se propose de prendre du recul et de contribuer à la restitution des faits. Le but de François Mattei, comme il l’a dit lui – même, est de contribuer à l’éclosion de la vérité afin de permettre la rédaction d’une version plus complète de l’histoire. Comme vous le savez, « aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur ».

Tout le long de l’ouvrage, il est permis de voir à quel point la France s’est mêlée de la politique intérieure ivoirienne. N’incarnant pas le profil de soumission dont faisait montre Houphouët Boigny, mais aussi Henry Konan Bédié, Gbagbo ne se fera jamais adouber par la puissance colonisatrice. Paris avait ses favoris, Konan Bédié, et ensuite Ouattara, Gbagbo s’est insidieusement glissé entre ces deux super favoris et se positionner comme présidentiable. Dans son pays aussi stratégique que la Côte – d’Ivoire qui représente à elle seule 40% du PIB de l’Afrique de l’Ouest, la France étendait ses tentacules aussi méticuleusement que possible.

« Veulent – ils la mort de la Côte – d’Ivoire ? » Non content d’actionner les leviers depuis Paris, les Français ne tolèrent aucun refus à leurs exigences titanesques.
L’économie aussi, on le sait, est régie par la Banque de France, avec la monnaie commune qu’est le Franc CFA. Gbagbo n’a cessé de condamner cet état de fait, car le Franc CFA est le dernier vestige de la colonisation, mais aussi un levier politique favorisant l’ingérence directe de la France dans les affaires d’un pays. Par son volume économique, la Côte d’Ivoire est la pierre d’achoppement indispensable de l’édifice franc CFA en Afrique de l’Ouest et il vaut mieux avoir à sa tête toujours quelqu’un qui ne remettra rien en cause.

L’élection contestée de 2010 où les deux candidats se regardaient en chiens de faïence a mis le feu aux poudres. L’auteur montre comment la France a refusé le vrai débat qui était de savoir qui a gagné les élections au profit du choix de « celui qui LEUR ressemble ». Il indique aussi comment la France et la Communauté internationale ont refusé de réagir face à l’agression de la Côte d’Ivoire parce qu’elles étaient dans le coup. François Mattei rapporte enfin les propos de Laurent Gbagbo selon lesquels il n’y avait pas de double langage à demander le soutien de l’armée France, malgré ses critiques de la France, parce qu’il est né dans un pays sous domination française où l’armée n’a pas été construite au profit des accords de défense et où il fallait faire avec ce qui existait. Nous apprenons une leçon de politique selon laquelle « il ne faut pas surestimer ses capacités ; il faut tenir compte des réalités pour les faire évoluer ».

De plus, la CPI, une cour qu’on n’accuse de ne juger que des Africains, se révèlera vite incompétente pour juger le célèbre prisonnier : incomplétude des preuves, quand celles – ci ne sont pas outrancièrement maquillées, la Défense se chargera de démonter ces allégations, et ce afin de blanchir leur client.
Mais la partie n’est pas si simple …

Laurent Gbagbo aura fort à faire pour se blanchir complètement. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, et ce afin la renaissance de cette nation de valeur qu’est la Côte – d’Ivoire.
Le dernier chapitre, intitulé Hier n’est pas encore loin, est une note d’espoir qui permet de conclure ce livre sur Laurent Gbagbo qui, tout au long de sa vie, a fait entendre sa voix par-delà les murs des prisons dans lesquels on l’a souvent enfermé depuis 1972. Il écrit dans une pièce de théâtre, Le lion du Manding, ces quelques vers forts instructifs :
« Le monde est malheureux
Or hier n’est pas encore loin
Et demain est profond
D’une profondeur pleine d’espoir
Ecoutez ma parole : elle ne fait qu’avancer
Ecoutez ma parole : l’histoire est vérité. »
Après avoir refermé cet ouvrage, l’on réalise pleinement que la contribution du livre Pour la vérité et la justice est substantielle. Il a au moins le mérite d’apporter la version des faits de Laurent Gbagbo. Le livre, quelle que soit la polémique sur l’auteur, a au moins le mérite de maintenir allumée la flamme du combat pour l’indépendance effective de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière.

Un livre à lire et à faire lire !
Bonne lecture !

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française à l’instar de nombre de contrées ayant formé auparavant l’AOF (Afrique Occidentale Française), est un pays à l’histoire politique mouvementée. Ayant acquis sa souveraineté en 1960 de même que nombre d’ex – colonies françaises, la Côte – d’Ivoire eut comme premier Président Félix Houphouët Boigny. Surnommé le « Vieux », père de l’indépendance de la Côte – d’Ivoire, il devint le premier Président de la République de son pays.

Bien qu’ayant acquis leurs indépendances, le plus souvent au prix d’âpres luttes, la France ne desserre pas pour autant sa mainmise sur ses anciennes colonies. La continuité des rapports entre colonisateur et colonisé continue en sourdine : c’est l’avènement de la Françafrique. Cette Françafrique, dont Houphouët Boigny était l’un des ardents défenseurs, installera une machine fort bien huilée dont la seule finalité était de rentrer dans les bonnes grâces de la France et ainsi de s’assurer un magistère sans ombrages.

C’est de notoriété publique : la Côte d’Ivoire était la chasse gardée de l’ancienne métropole. Territoire fort riche en café, en cacao, mais aussi en ivoire, la France ne l’a jamais totalement quittée. Une pléthore d’entreprises françaises s’installent à Abidjan et contrôlent des secteurs stratégiques de l’économie. Houphouët Boigny restera ainsi 33 longues années au pouvoir.

Années durant lesquelles il s’est employé à servir plus que docilement la France, mais avec de larges contreparties. Tous ses desiderata ou presque seront exaucés : la Basilique de Yamoussoukro est bâtie en pleine brousse par des entreprises françaises entre autres caprices.

Sa mort installe le chaos dans le pays. D’aucuns s’accordent même à dire que la disparition du « Vieux sage » est le catalyseur de la crise dans lequel le pays s’est enfoncé depuis de longues années. Une modification de la Constitution avant sa disparition propulsera son Premier Ministre d’alors, Henry Konan Bédié à la tête du pays. Alassane Ouattara, ancien haut fonctionnaire du FMI, a été nommé à son tour Premier Ministre. Mais émerge un troisième personnage : Laurent Gbagbo, qui déjà à l’époque militait activement pour le multipartisme, que Houphouët Boigny n’acceptait pas, car voulant concentrer l’appareil étatique entre ses mains.

Opposant de la première heure, trublion et ardent défenseur de la démocratie, Laurent Gbagbo aura été de toutes les batailles de sa chère patrie. Exilé en France durant un temps, il reviendra et fondera le FPI (Front Populaire Ivoirien) en 1982, sa formation politique dans laquelle il prône ardemment le socialisme démocratique et l’ultra nationalisme.

Henry Konan Bédié assurait l’intérim après la mort du « Vieux » et est élu en 1995 Président avec 96,44% des voix. Durant son magistère, il met en place l’ivoirité, à savoir que les candidats désireux de se présenter à l’élection présidentielle doivent être nés de père et de mère ivoiriens, ce qui exclut derechef Alassane Ouattara, que l’on dit d’ascendance burkinabé.
Il est renversé en 1999 par le Général Robert Gueï.

Aux élections présidentielles de 2000, il est battu par Laurent Gbagbo, mais refuse de reconnaître qu’il a perdu. Une forte répression s’en suit et il meurt assassiné en 2002 après une tentative de coup d’Etat.

Laurent Gbagbo préside désormais aux destinées de sa chère Côte – d’Ivoire. Pendant ce temps, Alassane Ouattara, ancien « fils » du « Vieux » continue sa carrière au FMI et étoffe son carnet d’adresses. La célèbre crise de 2010 est le point culminant de heurts divers qu’a connus la Côte – d’Ivoire. Refus de recompter les voix, tentative de maquillage de sa perte, Laurent Gbagbo est humilié à la face du monde, mis en détention préventive d’abord à Korhogo, puis transféré en 2011 à la Haye pour être jugé par la très célèbre et contestée Cour Pénale Internationale.

Aujourd’hui, il publie un ouvrage écrit à quatre mains avec François Mattei, ancien journaliste, qui a maintes fois rendu visite à Gbagbo dans sa prison de Scheveningen. Que l’on soit pro Gbagbo ou anti Gbagbo, ce livre est à lire, car à mon humble avis, il renferme des pistes de réflexion et des parcelles de vérité qui nous feront reconsidérer et considérer comme étant une cabale médiatique le sort réservé à Laurent Gbagbo.

Intitulé Pour la vérité et la justice, le livre est divisé en 33 chapitres, chacun d’eux expliquant des moments permettant de comprendre le déroulement des événements.
D’emblée, les dés sont pipés : « La vérité ne me fait pas peur, je l’ai toujours demandée », nous dit Laurent Gbagbo, comme s’il voulait mettre au défi quiconque de douter de sa bonne foi.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on mardi, 19 septembre 2017 11:56

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