Ce que j'ai dans la tête

Ce que j'ai dans la tête (29)

Le continent africain regorge de ressources : naturelles, énergétiques, minières, mais aussi culturelles et historiques …
Chaque jour qui passe est une somme d’enseignements concernant la terre – mère, car j’apprends des choses que j’ignorais sur ce cher continent … Ne dit – on pas communément que l’Afrique est le berceau de l’humanité? Tel a été le cas pour le Kurukan Fuga …
La première Déclaration des Droits de l’Homme est africaine …

En effet, exprimée en 1236 à Kurukan, Le Kurukan Fuga, ou Charte du Mandé, est la première déclaration des droits de l’homme. Cette Charte, dans l’optique d’asseoir pleinement le magistère de Soundjata Keïta, a été initiée par ses collaborateurs et lui – même, au lendemain de la victoire de Kirina sur les troupes de Soumaoro Kanté en 1236.
Elle s’est articulée autour d’un ensemble d’axes et de recommandations.

Kurukan Fuga, qui signifie littéralement « plaine sur une colline ». C’est dans cette contrée qu’en 1236, Soundjata Keïta réfléchit à une manière d’unifier tous les clans et tribus, après les territoires annexés lors de sa victoire face à Soumaoro Kanté.
C’est une Charte orale, mais d’une précision extrême. Autour d’une quarantaine de points, la Charte reprend quantité d’axes de la vie en communauté, notamment :

• Les « Nyamakalas », artisans connaissant la force du feu, de l’eau et de la parole (cordonniers, griots …) se doivent d’être les garants de la vie en société
• Les « Morikanda » (classes des marabouts) doivent être les maîtres et éducateurs en Islam. De ce fait, tout le monde leur doit respect et considération
• A la tête de chaque société, se trouve un patriarche en terme d’âge
• Les « Kangbé » se doivent d’être les intermédiaires entre les jeunes et les vieux, histoire d’arbitrer les conflits et ainsi d’éviter les conflits de génération
• Chacun a le droit de préserver son intégrité et sa vie
• La paresse et l’oisiveté doivent être bannis et ériger la prospérité en projet de vie par le biais des Konogben Wolo
• La famille Keïta est désignée famille régnante de l’Empire
• Tout un chacun peut jouir de l’autorité paternelle, même sur les enfants d’autrui

Les autres points portaient eux, sur le divorce, l’entraide dans une communauté, la préservation de la nature … Tout ceci afin d’instaurer une parfaite cohésion entre les choses et les êtres.
Avant l’avènement du héros Soundjata Keita, le Mali se trouvait dans une misère totale. L’individualisme, la pratique abusive de l’esclavage, avaient entraîné les peuples dans l’oisiveté.

Pour faire du Mali une grande entité économique et politique, Soundjata comprit qu’il fallait organiser la société, en donnant au « Mandékas » (peuple du Mali) une culture de travail. Pour cela, il convoqua les chefs des différents clans pour déterminer le droit mais aussi les devoirs de chacun. Ainsi les ordres des griots, des forgerons, des esclaves, des marabouts,… furent-ils institués ou renforcés. Les « Numu » seront commis à la production des outils d’agriculture, des armes, constituant ainsi la caste des forgerons.

A Kuru Kan Fuga, le travail fut tellement pris au sérieux qu’il apparaît, dans l’ordre des vertus, à la deuxième place, entre le savoir et la justice. D’où la devise « Kolon, Baara, Tilen » (savoir, travail, justice). Les Mandingues appellent cette devise les trois principes fondamentaux du progrès de l’homme.

Ainsi, en 1236, fût érigée la Constitution de l’empire du Mali, qui définit le statut et le rôle de chaque citoyen, au sein de la communauté, dans la paix et la concorde. Soundjata et ses généraux, chantés par les griots, sont restés vivants dans la culture malienne.

En définitive, la Charte de Kuru Kan Fuga enseigne qu’il n’existe pas d’autres alternatives pour le développement que le travail. Le travail y a été considéré comme une religion, un culte. Le Malien s’y est alors bien adapté.

Cette vertu fait de la charte de Kuru Kan Fuka un modèle.
Soundjata Keïta, en tant qu’initiateur de la Charte du Mandé, en est donc un personnage – clé.
En effet, la Charte, proclamée le jour de l’intronisation de Soundjata Keïta en tant qu’empereur du Mandé, est étroitement liée au règne dudit empereur …
Dans un souci d’unifier les troupes au lendemain de sa victoire à Kirina face à Soumaoro Kanté, Soundjata Keïta a réfléchi à un ensemble de textes et lois visant à harmoniser la vie de cette communauté ainsi élargie, car composée des nouveaux territoires annexés.

Au cours d’une soirée commémorant les hauts faits d’armes de Soundjata Keïta, nouvellement promu à la tête de l’empire du Mandé, les griots de la ville de Kankan déclamaient l’éloge de Soundjata Keïta et de certaines des décisions qu’il avait prises lors de l’assemblée du Kurukan Fuga : Soundjata Keïta avait pleinement réfléchi à la constitution d’un ensemble de textes représentatifs de la vie en communauté …

Malgré la « vieillesse » relative des articles de ladite Charte, celle – ci résonne encore aujourd’hui par sa véracité …
Quelques extraits tels que « Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique », « La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur », « Ne faites jamais du tort aux étrangers » … sont plus que jamais d’actualité aujourd’hui, car ils campent pleinement la vie en communauté, en société, et donc entre êtres humains pleinement conscients de leur (s) liberté (s) …

Soundjata Keïta a donc eu une ingénieuse idée en mettant sur pied cette Charte, et des siècles après sa déclamation, celle – ci pourrait servir de repère historico – temporel aux générations contemporaines …
Bonne lecture ! L’histoire reste à réviser…

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on samedi, 23 septembre 2017 18:38

Loin de la vision partiale présentée aux moments les plus chauds du combat politico-militaire en Côte d’Ivoire, ce livre se propose de prendre du recul et de contribuer à la restitution des faits. Le but de François Mattei, comme il l’a dit lui – même, est de contribuer à l’éclosion de la vérité afin de permettre la rédaction d’une version plus complète de l’histoire. Comme vous le savez, « aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur ».

Tout le long de l’ouvrage, il est permis de voir à quel point la France s’est mêlée de la politique intérieure ivoirienne. N’incarnant pas le profil de soumission dont faisait montre Houphouët Boigny, mais aussi Henry Konan Bédié, Gbagbo ne se fera jamais adouber par la puissance colonisatrice. Paris avait ses favoris, Konan Bédié, et ensuite Ouattara, Gbagbo s’est insidieusement glissé entre ces deux super favoris et se positionner comme présidentiable. Dans son pays aussi stratégique que la Côte – d’Ivoire qui représente à elle seule 40% du PIB de l’Afrique de l’Ouest, la France étendait ses tentacules aussi méticuleusement que possible.

« Veulent – ils la mort de la Côte – d’Ivoire ? » Non content d’actionner les leviers depuis Paris, les Français ne tolèrent aucun refus à leurs exigences titanesques.
L’économie aussi, on le sait, est régie par la Banque de France, avec la monnaie commune qu’est le Franc CFA. Gbagbo n’a cessé de condamner cet état de fait, car le Franc CFA est le dernier vestige de la colonisation, mais aussi un levier politique favorisant l’ingérence directe de la France dans les affaires d’un pays. Par son volume économique, la Côte d’Ivoire est la pierre d’achoppement indispensable de l’édifice franc CFA en Afrique de l’Ouest et il vaut mieux avoir à sa tête toujours quelqu’un qui ne remettra rien en cause.

L’élection contestée de 2010 où les deux candidats se regardaient en chiens de faïence a mis le feu aux poudres. L’auteur montre comment la France a refusé le vrai débat qui était de savoir qui a gagné les élections au profit du choix de « celui qui LEUR ressemble ». Il indique aussi comment la France et la Communauté internationale ont refusé de réagir face à l’agression de la Côte d’Ivoire parce qu’elles étaient dans le coup. François Mattei rapporte enfin les propos de Laurent Gbagbo selon lesquels il n’y avait pas de double langage à demander le soutien de l’armée France, malgré ses critiques de la France, parce qu’il est né dans un pays sous domination française où l’armée n’a pas été construite au profit des accords de défense et où il fallait faire avec ce qui existait. Nous apprenons une leçon de politique selon laquelle « il ne faut pas surestimer ses capacités ; il faut tenir compte des réalités pour les faire évoluer ».

De plus, la CPI, une cour qu’on n’accuse de ne juger que des Africains, se révèlera vite incompétente pour juger le célèbre prisonnier : incomplétude des preuves, quand celles – ci ne sont pas outrancièrement maquillées, la Défense se chargera de démonter ces allégations, et ce afin de blanchir leur client.
Mais la partie n’est pas si simple …

Laurent Gbagbo aura fort à faire pour se blanchir complètement. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, et ce afin la renaissance de cette nation de valeur qu’est la Côte – d’Ivoire.
Le dernier chapitre, intitulé Hier n’est pas encore loin, est une note d’espoir qui permet de conclure ce livre sur Laurent Gbagbo qui, tout au long de sa vie, a fait entendre sa voix par-delà les murs des prisons dans lesquels on l’a souvent enfermé depuis 1972. Il écrit dans une pièce de théâtre, Le lion du Manding, ces quelques vers forts instructifs :
« Le monde est malheureux
Or hier n’est pas encore loin
Et demain est profond
D’une profondeur pleine d’espoir
Ecoutez ma parole : elle ne fait qu’avancer
Ecoutez ma parole : l’histoire est vérité. »
Après avoir refermé cet ouvrage, l’on réalise pleinement que la contribution du livre Pour la vérité et la justice est substantielle. Il a au moins le mérite d’apporter la version des faits de Laurent Gbagbo. Le livre, quelle que soit la polémique sur l’auteur, a au moins le mérite de maintenir allumée la flamme du combat pour l’indépendance effective de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière.

Un livre à lire et à faire lire !
Bonne lecture !

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française à l’instar de nombre de contrées ayant formé auparavant l’AOF (Afrique Occidentale Française), est un pays à l’histoire politique mouvementée. Ayant acquis sa souveraineté en 1960 de même que nombre d’ex – colonies françaises, la Côte – d’Ivoire eut comme premier Président Félix Houphouët Boigny. Surnommé le « Vieux », père de l’indépendance de la Côte – d’Ivoire, il devint le premier Président de la République de son pays.

Bien qu’ayant acquis leurs indépendances, le plus souvent au prix d’âpres luttes, la France ne desserre pas pour autant sa mainmise sur ses anciennes colonies. La continuité des rapports entre colonisateur et colonisé continue en sourdine : c’est l’avènement de la Françafrique. Cette Françafrique, dont Houphouët Boigny était l’un des ardents défenseurs, installera une machine fort bien huilée dont la seule finalité était de rentrer dans les bonnes grâces de la France et ainsi de s’assurer un magistère sans ombrages.

C’est de notoriété publique : la Côte d’Ivoire était la chasse gardée de l’ancienne métropole. Territoire fort riche en café, en cacao, mais aussi en ivoire, la France ne l’a jamais totalement quittée. Une pléthore d’entreprises françaises s’installent à Abidjan et contrôlent des secteurs stratégiques de l’économie. Houphouët Boigny restera ainsi 33 longues années au pouvoir.

Années durant lesquelles il s’est employé à servir plus que docilement la France, mais avec de larges contreparties. Tous ses desiderata ou presque seront exaucés : la Basilique de Yamoussoukro est bâtie en pleine brousse par des entreprises françaises entre autres caprices.

Sa mort installe le chaos dans le pays. D’aucuns s’accordent même à dire que la disparition du « Vieux sage » est le catalyseur de la crise dans lequel le pays s’est enfoncé depuis de longues années. Une modification de la Constitution avant sa disparition propulsera son Premier Ministre d’alors, Henry Konan Bédié à la tête du pays. Alassane Ouattara, ancien haut fonctionnaire du FMI, a été nommé à son tour Premier Ministre. Mais émerge un troisième personnage : Laurent Gbagbo, qui déjà à l’époque militait activement pour le multipartisme, que Houphouët Boigny n’acceptait pas, car voulant concentrer l’appareil étatique entre ses mains.

Opposant de la première heure, trublion et ardent défenseur de la démocratie, Laurent Gbagbo aura été de toutes les batailles de sa chère patrie. Exilé en France durant un temps, il reviendra et fondera le FPI (Front Populaire Ivoirien) en 1982, sa formation politique dans laquelle il prône ardemment le socialisme démocratique et l’ultra nationalisme.

Henry Konan Bédié assurait l’intérim après la mort du « Vieux » et est élu en 1995 Président avec 96,44% des voix. Durant son magistère, il met en place l’ivoirité, à savoir que les candidats désireux de se présenter à l’élection présidentielle doivent être nés de père et de mère ivoiriens, ce qui exclut derechef Alassane Ouattara, que l’on dit d’ascendance burkinabé.
Il est renversé en 1999 par le Général Robert Gueï.

Aux élections présidentielles de 2000, il est battu par Laurent Gbagbo, mais refuse de reconnaître qu’il a perdu. Une forte répression s’en suit et il meurt assassiné en 2002 après une tentative de coup d’Etat.

Laurent Gbagbo préside désormais aux destinées de sa chère Côte – d’Ivoire. Pendant ce temps, Alassane Ouattara, ancien « fils » du « Vieux » continue sa carrière au FMI et étoffe son carnet d’adresses. La célèbre crise de 2010 est le point culminant de heurts divers qu’a connus la Côte – d’Ivoire. Refus de recompter les voix, tentative de maquillage de sa perte, Laurent Gbagbo est humilié à la face du monde, mis en détention préventive d’abord à Korhogo, puis transféré en 2011 à la Haye pour être jugé par la très célèbre et contestée Cour Pénale Internationale.

Aujourd’hui, il publie un ouvrage écrit à quatre mains avec François Mattei, ancien journaliste, qui a maintes fois rendu visite à Gbagbo dans sa prison de Scheveningen. Que l’on soit pro Gbagbo ou anti Gbagbo, ce livre est à lire, car à mon humble avis, il renferme des pistes de réflexion et des parcelles de vérité qui nous feront reconsidérer et considérer comme étant une cabale médiatique le sort réservé à Laurent Gbagbo.

Intitulé Pour la vérité et la justice, le livre est divisé en 33 chapitres, chacun d’eux expliquant des moments permettant de comprendre le déroulement des événements.
D’emblée, les dés sont pipés : « La vérité ne me fait pas peur, je l’ai toujours demandée », nous dit Laurent Gbagbo, comme s’il voulait mettre au défi quiconque de douter de sa bonne foi.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on mardi, 19 septembre 2017 11:56

Mon expérience de lectrice compulsive m’a enseigné que les livres que je « néglige », ceux dont je reporte l’achat constamment sont ceux qui me surprennent et me plaisent toujours … Inconsciemment (ou pas), peut – être que je traîne pour les acquérir, car la surprise au final est toujours … enchanteresse !

Ce fut le cas avec Mathématiques Congolaises. A chaque fois que j’allais à la Fnac renouveler mon stock de livres, la couverture de ce livre me faisait de l’oeil, me regardait de haut, avec l’air de dire « Si tu ne m’achètes pas, tu ne sais pas ce que tu perds ! » Consciente de cet état de fait, je me disais toujours que je l’achèterais la prochaine fois …
Jusqu’au jour où je me décidais enfin …

Et je puis dire que j’ai amèrement regretté de ne pas l’avoir fait plus tôt. Mathématiques congolaises est le genre de livres qui vous fait rire, mais rire … jaune. En ce sens que sous l’épaisse couche d’humour, jaillissent l’amertume, la colère, l’effroi. Les livres de Ahmadou Kourouma me font le même effet, eux aussi.

Déjà, les chapitres. Parlons – en de ces chapitres … Présentés sous la forme de notions mathématiques, ils sont tout de suite piqué ma curiosité et m’ont donné envie d’en savoir plus.
L’histoire : Célio Matémona, dit Célio Mathématik, jeune Congolais orphelin, car ayant perdu ses parents durant la guerre, est quelqu’un dont la vie tourne autour des mathématiques. Oui, vous avez bien lu … Des mathématiques ! Possédant en tout et pour tout un vieux manuel de maths – l’Abrégé de mathématiques à l’usage du second cycle – il puise son inspiration de tous les jours dans ce vieux livre écorné. Pour se battre contre les aléas de la vie, il explique tout à coups de théorèmes, d’inconnues et autres joyeusetés tournant autour des chiffres. Tout le monde (ou presque) le considère comme un savant, et il profite de cette aura pour se donner une contenance. Chaque soir, autour du jeu de dames, ou du ligablo du Vieux Isamanga, il refait le monde en compagnie de ses amis Baestro et Gaucher.

La Faim balaie tout sur son passage et fauche impunément les Kinois, jeunes comme vieux. Chacun est obligé de se battre pour s’en sortir, mais surtout survivre. Les politiciens, conscients de cet état de fait, en profitent pour enrôler les jeunes désoeuvrés et en font la main d’oeuvre de leurs sales besognes. C’est ainsi que Baestro et Gaucher, malgré le désaccord de Célio, participent, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à une manifestation devant le domicile du principal opposant, Makanda Rachidi. C’était en réalité un traquenard, car Makanda et Gonzague Tshilombo, le redoutable patron de la Direction Information et Plans, sont amis et feignent une opposition féroce pour duper la population.

C’est ainsi que Baestro perd la vie et Gaucher, ayant assisté à toute la scène, ne doit la vie sauve qu’à la pitié (ou culpabilité?) de dernière minute de l’Adjudant Bamba, homme à tout faire de TshilombO. Il disparaît de Kinshasa sans demander son reste …

Célio, en étant venu à perdre ses deux meilleurs amis, ne sait plus quoi faire pour faire face, mais surtout grimper dans l’échelle sociale, son rêve le plus ardent. Car la bienveillance et l’amour que lui voue le Père Lolos, son père spirituel, Célio aspire à un avenir doré. Au détour d’une rencontre, Tshilombo le remarque et le voilà enrôlé dans l’équipe de la Direction Informations et Plans et propulsé au rang envié (et enviable?) de Conseiller.

Très vite, la griserie du pouvoir et de l’argent aidant, Célio se prend au jeu. Il suffit d’un ordre donné pour qu’un individu perde sa crédibilité, ou encore faire croire à une machination, pour que la population, malléable à merci, sorte de ses gonds et accuse les opposants fielleux d’entraver la bonne marche du Gouvernement.
Mais l’adage dit que tout excès est nuisible.

Célio découvre que la mort de son ami Baestro a été orchestrée par son puissant patron. De doutes en incertitudes, il se met à tout remettre en question. La réalité, aussi aveuglante qu’une lampe à néon, le frappe au visage. Ayant mené sa petite enquête, il est horrifié de voir à quel point le pouvoir est dangereux et peut rendre fou …

La tentative de coup d’Etat qu’on veut imputer à Makanda constitue en quelque sorte le catalyseur qui fera définitivement prendre conscience à Célio que ce milieu n’est pas fait pour lui. Le lieutenant Bamba ayant perdu la vie, et Célio étant tombé sur les carnets dans lesquels le militaire avait confiné tout ce qu’il savait sur son patron, il ébruitera l’affaire et les coupables démasqués, il aura quelque peu contribué à rendre un dernier hommage à Baestro.

S’étant retiré de toute activité politique, Célio retourne à son milieu d’origine, celui qu’il n’aurait jamais dû quitter, celui qu’il affectionne et qui l’a « fait ». Attroupés autour du Vieux Isamanga, il écoute les conversations et les chamailleries et c’est de là que viendra la réponse. Il se présentera pour être député, car en se battant pour représenter le peuple à l’Assemblée Nationale, il sera utile !

Jean Bofane a écrit un livre violent, mais aussi sensible.
Violent, car il nous plonge dans la lutte incessante autour du pouvoir, où les amitiés d’hier sont sacrifiées sur l’autel de la cupidité et de la cruauté, où seuls sont maîtres le paraître et le clinquant. Sensible, car au milieu de tout ce capharnaüm, certains, à l’image de Célio, luttent pour ne pas perdre leur âme !
Mathématiques Congolaises, un livre à lire et à faire lire !

Bonne lecture

Le Cameroun sous le magistère de Ahmadou Ahidjo est un pays où les exécutions, les intimidations et les sévices sont quotidiennement administrés aux opposants et à tous ceux qui osent élever la voix et s’insurger contre le mode de gouvernance du Président.

Une affaire scabreuse indignera au plus haut point Mongo Beti et lui fera de nouveau prendre la plume. Monseigneur Albert Ndongmo, évêque catholique de la ville de Nkongsamba, sera kidnappé et emprisonné dans un endroit tenu secret à Yaoundé. Le Gouvernement, dans son entreprise de destruction, fera diffuser une bande magnétique dans laquelle l’homme de Dieu, manifestement drogué, confessera ses « crimes ». Et pour rajouter de l’huile sur le feu, Ernest Ouandié, chef révolutionnaire et opposant acharné, sera capturé et lui aussi torturé. Accusé de crimes qu’ils n’ont évidemment pas commis, Ernest Ouandié et Monseigneur Alain Ndongmo seront jugés arbitrairement et connaîtront une triste et injuste fin.
Leur mort sera l’une des causes qui incitera Mongo Beti à faire paraître Main basse sur le Cameroun.

Tout le long du livre, Mongo Beti mettra le lecteur face à lui – même. Avec un style inimitable, il critiquera, passera au tamis, dénoncera et surtout confrontera tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec ses thèses, en les défiant de le démentir. En n’ayant souvent que la censure et l’intimidation comme armes, les pouvoirs publics (aussi bien camerounais que français) contribueront à augmenter la dose de virulence de Mongo Beti.

Un autre de ses pairs fera aussi les frais de sa « colère » : Ahmadou Kourouma, dont j’ai parlé dans ce blog, juste là : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/03/29/kourouma-lesthete/.

L’ayant rencontré au détour d’une rencontre avec d’autres auteurs francophones, dont Camara Laye, Kourouma prendra Mongo Beti en aparté et entreprendra de le convaincre que tout n’est pas aussi noir dans le Cameroun d’Ahmadou Ahidjo. Kourouma était fonctionnaire international en cette époque – là et vivant au Cameroun, il avait sans doute un avis biaisé (je le pense), et ne pouvait être objectif face à un Mongo Beti qui vivait jusque dans son exil à Rouen les affres de la violence de Ahmadou Ahidjo. Les deux hommes auront un échange musclé que Mongo Beti relatera avec force détails. Mais sur cet aspect, je reste sceptique, car Ahmadou Kourouma est non seulement un des auteurs que j’admire le plus, en raison de son style à nul autre pareil, mais des sujets tels que les violences inter – ethniques, le tribalisme et la longue guerre civile qui a miné la Côte – d’Ivoire qu’il n’a eu de cesse de dénoncer dans Allah n’est pas obligé et Quand on refuse on dit non. Donc, ceci constitue un autre débat …

Mongo Beti nie tout … Jusqu’à la négritude, courant littéraire qui a consisté à asseoir la littérature africaine et à lui (re) donner des lettres de noblesse. L’un de ses précurseurs, Léopold Sédar Senghor, ne sera aucunement épargné par la virulence de Mongo Beti, qui lui reprochera non seulement sa passivité et sa complicité face aux Français, mais aussi ses exactions en tant qu’homme politique au Sénégal, en instaurant une dictature déguisée, avec les « assassinats » d’hommes opposés à son magistère tels que Omar Blondin Diop, dont j’ai parlé ici aussi : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/05/10/parce-que-la-cause-est-notre/.

Qu’on soit d’accord ou pas, qu’on aime ou pas, on ne ressort pas de la lecture de ce livre – le Rebelle – indemne. Ça a été mon cas, et je pense que ça a été / ce sera le cas de tous ceux qui ont lu cet ouvrage. On peut reprocher à Mongo Beti son narcissime, et par moments sa mégalomanie, en centrant tout sur lui – même, mais on ne peut pas lui refuser son envie d’éclairer le monde face à ce que le continent africain a enduré et continue d’endurer. Tierno Monénembo, écrivain guinéen, dira justement que « Ces pages enflammées éclairent notre époque trop souvent baignée dans une lumière grise ». Le lecteur ne dira donc pas qu’il n’a pas été averti de ce qui l’attendait !

Il n’a de cesse d’exhorter les jeunes, qui constituent l’avenir de toute nation, à être intègres, engagés, mais surtout fiers d’eux et de leurs ascendance. L’un des derniers chapitres du livre, intitulé Conseils à un jeune écrivain francophone résume tout ceci fort merveilleusement.
Le Rebelle, à lire et à faire lire !

J’ai hâte de commencer le Tome 2 !!

Bonne lecture

Ce livre est ce que j’appelle une lecture « gifle », un livre qui vous assène une claque retentissante, vous retire toutes vos certitudes acquises jusqu’ici, et avant que vous n’ayez compris ce qui vous arrive, a déjà imprimé dans votre cerveau des marques indélébiles.

L’éditeur, en ayant décidé de rassembler des écrits épars, composés d’interviews et d’articles, sous trois tomes intitulés le Rebelle, ne pouvait rendre un hommage plus appuyé à ce grand écrivain camerounais. Qui est donc cet auteur ? En disant qu’il est d’origine camerounaise, je pense vous avoir déjà mis sur la piste. Non, vous n’arrivez toujours pas à déchiffrer l’indice ? Je parle de Mongo Beti !

Mais bien sûr, Mongo Beti !
Qui est Mongo Beti ? Ayant publié son premier roman – Ville cruelle – sous le sobriquet d’Eza Boto, il entrera de plain pied dans la sphère littéraire africaine. Avec un style déjà marqué par la contestation, Mongo Beti débutera la longue série d’écrits qui lui vaudront la réputation d’auteur engagé, en dépeignant (le livre est paru en 1954) les contours d’une Afrique, quoique s’acheminant vers l’indépendance, mais qui continuait de ployer sous le joug de la colonisation.

Sa réputation déjà acquise, il continuera sur la même lancée avec la parution de son second opus, le Pauvre Christ de Bomba, en 1956, s’attaquant à un volet plus pernicieux de la colonisation : les missions religieuses, sensées convertir, assimiler, mais selon lui, opérer un lavage de cerveau aux populations.

Alexandre Biyidi Awala, de son vrai nom, Mongo Beti créera avec sa femme Odile, une revue en 1978. Intitulée Peuples noirs – Peuples africains, cette revue existera jusqu’en 1991 ; revue dans laquelle il ne cessera de clamer son anticonformisme, son indépendance face aux politiciens véreux, et son désir d’avoir une publication africaine autonome. Treize ans durant, rien ne sera épargné sous sa plume féroce : il invectivera hommes politiques, mais aussi ses compatriotes camerounais, et dans une plus large mesure les Africains, qu’il exhorte à rejeter le paternalisme, quelle que soit la forme que celui – ci endossera.

Exilé en France, il sera professeur de lettres à Rouen, jusqu’en 1991, date de son retour au Cameroun après 32 années d’exil. De retour sur sa terre natale, il mettra sur pied la Librairie des Peuples noirs, à Yaoundé, un espace de 5000 livres répartis sur 300 mètres carrés. Un pari fou pour l’homme de lettres qui n’a eu de cesse de se battre pour son pays, le Cameroun.

Sa mort en 2001 sera l’occasion pour la maison d’édition Gallimard d’avoir l’idée de lui rendre un hommage posthume en publiant le Rebelle. Trois ouvrages dans lesquels ceux qui ne connaissaient ou très peu Mongo Beti pourront appréhender sa pensée, afin d’avoir envie de découvrir ses autres écrits.

Dès le début, le ton est vite donné : Mongo Beti n’a peur de rien, ni de personne. Le Président de la République du Cameroun d’alors, Ahmadou Ahidjo, fera les frais de la colère de l’écrivain. Mongo Beti ne voit en lui qu’un valet de la France, à la solde de l’ex – puissance colonisatrice, qui en échange de ses bons services, le laisse faire la pluie et le beau temps au Cameroun.

Ahmadou Ahidjo a Mongo Beti dans le collimateur. Les services secrets français surveillent Mongo Beti comme du lait sur le feu et à coup d’intimidations et de menaces en tous genres, veillent à faire de sa vie un enfer. La parution de son livre Main basse sur le Cameroun en 1972, en constitue un exemple patent. Ouvrage saisi dès sa parution, en raison de la virulence des attaques que ce livre contient, et ni l’auteur ni son éditeur, François Maspero, ne seront épargnés. La police, à coup de visites régulières, viendra souvent lui rendre « visite » et à son domicile, et au lycée où il enseignait. Mais c’était sans compter sur la témérité de l’homme, qui persistait à faire entendre sa voix … et sa plume.

Erigeant l’anti – conformisme en quasi – religion, il n’aura pas peur de tirer sur ses compères écrivains, car ceux – ci, selon lui, n’étaient rien de moins que des nègres « de maison » et faisaient allégeance aux Français. Camara Laye, célèbre auteur de l’Enfant noir, fera les frais de la colère et du mépris de Mongo Beti. Parmi les torts qu’il lui reproche, figurent entre autres, le fait d’avoir dépeint l’Afrique autre qu’elle n’était réellement. Laye, dans son livre, parle de l’Afrique comme une contrée enchanteresse, où il fait bon vivre, où tout n’est que félicité, festivités et mets savoureux ; passant sous silence les nombreuses et douloureuses années d’occupation, d’exploitation et de pillage (s). De plus, le ton pittoresque qui constitue la marque de fabrique de l’Enfant noir est une caractéristique de plus qui lui fait abhorrer l’ouvrage.

Je me pose tout le temps cette question … Comment faisait–on avant internet ? Comment vivait – on avant internet?
Personnellement, j’ai du mal à me rappeler ce qu’était ma vie avant internet. J’ai l’impression que cet outil magique qu’est cette immense toile a toujours fait partie de ma vie.

Eh ben non, en fait !!
A ma naissance, il y a de cela deux décennies, internet n’existait pas ; celui – ci n’ayant fait son apparition qu’au début des années 90 avec la popularisation du World Wide Web. Et par la suite, la somme de tous ses développements a conduit à la création du « réseau des réseaux » (network of networks). Réseau qui s’est d’abord étendu au travers des pays occidentaux, avant d’effectuer une descente chez nous, en Afrique …

J’ai eu mon 1er ordinateur, un « énoooorme » Pentium I ou II (je ne sais plus) IBM, et au moment où je suis entrée en contact avec ce grand écran noir, je suis tombée amoureuse ! La première messagerie caramail, puis yahoo, les jeux, les CD – Roms interactifs, Wikipedia, puis mon meilleur ami de toujours à la vie à la mort, Google … Que ne ferais–je sans lui ? Dès que je ne maîtrise pas un truc, je vais voir Google, quand je ne suis pas sûre de la véracité d’une information, je vais voir Google … Bref, Google est d’une importance capitalissime dans ma petite vie … Si je prends mon exemple, l’internet a modifié mon rapport avec la connaissance, en ce sens où il m’a permis d’en amasser beaucoup plus …

D’aucuns se plaignent qu’internet, en fait, n’est pas si magique ni mirifique que cela, d’autres encore trouvent que c’est THE invention qui a bouleversé nos vies. A mon père qui me dit souvent que sans internet on vivait réellement, j’ai du mal à le croire, mais en y voyant de plus près, il n’a pas (si) tort !!

Voici une liste non exhaustive de « vraies » choses que l’on faisait avant l’avènement de l’internet et de ses dérivés et que l’on ne fait (peu ou prou) plus :

* Les conversations à bâtons rompus : avouez–le, avant internet, on prenait réellement le temps de parler, de s’échanger des nouvelles … Bref, on avait le temps et surtout l’opportunité d’avoir de vrais rapports (amicaux ou amoureux, c’est selon !)

Aujourd’hui, on préfère s’échanger des mails, des MMS, se connecter sur Facebook / Twitter / Instagram au lieu de se voir et de parler … Ou bien, même quand on a son interlocuteur en face de soi, celui – ci sera plongé dans l’écran de son smartphone, de sa tablette ou de son ordinateur et ne répondra que par monosyllabes (je le fais tout le temps, en tant que mlle overconnected !!)

* On dormait plus : ah ça, c’est une vérité vraie !! L’exemple le plus patent : moi !! On a toujours un énième truc à checker, une dernière news à voir, un ragot à tweeter …

Bref, nous nous muons peu à peu en zombies
* Les échanges épistolaires étaient plus développés : que celui ou celle qui n’a jamais eu de correspondant (e) résidant à l’étranger lève le doigt ! Non seulement on envoyait des tonnes de courrier, mais aussi la lettre manuscrite rencontrait un énorme succès du fait qu’on la customisait : papier à lettres Archi soigné, ornements floraux ou autres fanfreluches … Aujourd’hui, un e – mail froid et sec a peu à peu fait mourir la lettre …

* Nous lisions plus : la seule tare que je reconnais à Internet
Nous lisions beaucoup plus … Bien que je m’évertue autant que faire se peut à éviter les e – books, car l’odeur d’un livre n’a pas son pareil, ce n’est hélas pas le cas de tout un chacun … Google Books, les tablettes qui permettent de télécharger lesdits e – books, Kindle … font céder à la paresse d’acheter un bon livre !!

* Nous étions informés en différé : Jay – Z a eu un bébé avec Beyoncé, Madonna s’est fait refaire la poitrine, Obama a versé quelques larmes … La planète entière est au courant en temps réel !!

Le monde était peuplé de micro – surprises enchanteresses, en ce sens que l’on découvrait les choses. Aujourd’hui pas moyen !! A certains amis qui, croyant m’annoncer le scoop du siècle, accourent tous excités, je leur balance un laconique » Je sais, je suis déjà au courant guys … «

Ambiance …
* La mode était approximative : s’il y a un secteur qui a pas mal bénéficié d’un petit piston de la part d’internet, c’est bien la mode ! Aujourd’hui, les blogs mode, les personal shoppers, les e – shops pullulent sur la toile et chacun y trouve son bonheur !!
Les catalogues de vente par correspondance qui proposent même des essayages « virtuels » existent … C’est dire que le style a effectué une grande mue !

* L’information (journalistique) était de qualité : aujourd’hui, la course au scoop a grandement empiété sur la qualité de l’information qui nous est servie quotidiennement … Les journaleux ne prennent pas le temps de soigner le style de leurs articles et raison pour laquelle il y a plus de désinformation que d’information !

* Il y avait moins de cons : désolée d’être aussi vindicative ! Mais c’est la triste réalité !!
Aujourd’hui, tout un chacun se croit powerful !!

Il suffit juste d’avoir cette redoutable arme que constitue le clavier pour donner son avis sur tout et n’importe quoi
Mais au moins, sans internet, je n’aurai jamais connu WordPress, cette magnifique plateforme qui me fait l’honneur d’héberger ma petite bulle et me permet d’écrivouiller dedans.

Bonne lecture

Ayant été promu au rang de professeur, Ousmane, à travers sa nouvelle catégorie socio – professionnelle, en profitera pour installer ses parents dans le cossu quartier de Gibraltar et mettra ainsi un frein à leurs difficultés de subsistance. Ayant mis assez d’argent de côté, il fera part à ses parents de son désir de « découvrir » Paris. Voyage qui n’avait de causes que son mariage avec Mireille, tel qu’ils se l’étaient promis. Mariage scellé dans une mairie de Paris, sans oublier le volet religieux, car Mireille ayant accepté de se convertir à l’Islam.

C’est dire que rien n’avait été laissé au hasard …
Mireille informera ses parents, dans une lettre sèche, de son mariage avec « ça » et de son installation au Sénégal. Le doute n’était plus permis : elle laissait derrière elle parents, pays, conventions d’une autre époque, pour l’amour et le grand saut vers l’inconnu. Les parents de Ousmane, avertis eux aussi par voie postale avant le retour de leur fils au Sénégal, seront consternés. Djibril Guèye, mettra tout sur le compte de la loi divine et du destin. Yaye Khady, moins docile, en voudra à son Oussou de lui imposer cette tubaab, aucunement au fait de la tradition sénégalaise, belle – fille qui ne lui sera d’aucune utilité, ne la délestera pas des travaux ménagers, ne la couvrira pas de cadeaux et ne mettra pas son rôle de belle – mère en valeur. A partir de ce moment – là, elle mènera la vie dure à Mireille et ruminera sa vengeance en silence …

Mireille, dès son arrivée, se heurtera à des difficultés, qu’elle a jadis jugées surmontables par la seule force des sentiments qu’elle éprouvait à l’égard de Ousmane.

Elle ne sait plus à quel saint se vouer entre sa belle – mère acariâtre qui ne se gênait aucunement pour lui rappeler à chaque occasion son ignorance des us et coutumes sénégalais, la maladresse dont elle faisait preuve à travers les efforts qu’elle déployait sans cesse, les copains de son mari qui ne manquaient jamais une occasion de se vautrer dans son canapé et abusaient grandement de son hospitalité …

Mais si ce n’était que cela ! Mireille a toutes les peines du monde à reconnaître Ousmane, ce Ousmane qu’elle aime tant ! On dirait que, transposé dans son milieu naturel, il s’est métamorphosé en une autre personne … Un rien l’agace : l’ordre que fait régner sa femme dans leur logis, l’ordonnancement des choses auquel elle tient, et qui transparaît même dans leurs repas : fourchettes, couteaux et cuillères ornent la table, son manque de patience face à ses amis l’agacent et le détachent peu à peu de sa belle blonde.

Au cours d’une des visites de Ousmane à Niary Tally, Ousmane tombe sur Ouleymatou, sœur de Ousseynou, qui l’avait naguère rejeté. Les choses ont bien changé : la réussite sociale de Ousmane fait bien des envieux, beaucoup de mères rêveraient de l’avoir comme gendre … Ouleymatou, voyant ce changement et se rendant compte à quel point Ousmane avait changé, mettra tout en œuvre pour « l’avoir ».

Les choses s’enchaînent très vite : grossesse, mariage en catimini, baptême en grande pompe où Yaye Khady eut « enfin » le loisir de rayonner et de rehausser son rang, rien n’est de trop !

Pendant ce temps, Mireille se morfond dans la solitude, accrochée à Gorgui, son fils, ce niouloul xessoul, déploie des efforts surhumains pour retenir Ousmane, mais rien n’y fait …

Car celui – ci, grisé par l’odeur de l’encens, par les formes appétissantes de Ouleymatou et son hospitalité si chaleureuse, mais aussi – fait non négligeable – par le fait qu’il « commandait » dans cette maison et qu’on ne lui disait pas quoi faire, oublie peu à peu Mireille. Malgré les avertissements, il pensera que Mireille ne saura jamais rien de cette double vie qu’il menait. Jusqu’à ce que l’irréparable se produise : devenue folle par la force du chagrin, elle tuera son fils, et tentera d’en fera de même avec Ousmane.

Mariama Bâ a écrit un roman poignant, tant par la force et la prégnance des thèmes exploités, mais aussi par l’avance sur son temps dont ce livre a fait preuve. Car dans le Sénégal – mais surtout le Dakar – fraîchement sorti de la colonisation, et encore fortement ancré dans la tradition, oser dénoncer les injustices d’une façon aussi objective est juste admirable !

Elle aborde la complexité de l’amour sous un angle assez intéressant pour mériter que l’on s’y attarde. A travers le couple formé par Ousmane et Mireille, elle met en lumière cette femme qui, grisée par l’amour, n’hésitera pas à tout envoyer promener pour suivre Ousmane dans son pays. Sans se douter que les différences idéologiques auront raison sur les promesses qu’ils s’étaient faites. Ousmane, quant à lui, titillé entre sa modernité et son envie de ne point renier son milieu d’origine, choisira celui – ci et sous couvert de lâcheté, n’hésitera pas à oublier tout ce qu’il s’était promis de ne pas faire. Et trompera sans sourciller et enverra valser tout ce en quoi il croyait …

Edifiant sur les rapports homme – femme et le fait que l’on ne peut véritablement rien prévoir à l’avance quand il s’agit de sentiments amoureux …

Un livre à lire et à faire lire !

 

Longtemps après avoir refermé le livre, je suis restée prostrée, les phrases, expressions et paragraphes tourbillonnant dans ma tête et refusant de s’en déloger. Et je suis arrivée à la conclusion que Mariama Bâ fut une écrivaine de génie, trop tôt arrachée de ce monde, pour notre plus grand malheur … de lecteurs, mais aussi de femmes. Car que ce soit dans Une si longue lettre ou dans le présent ouvrage dont je parle – Un chant écarlate – Mariama Bâ place la femme au cœur de sa narration.
Mariama Bâ … Qui était – elle ?

Née en 1929 au Sénégal, Mariama Bâ fait partie de la première génération de femmes intellectuelles sénégalaises, mais aussi africaines, à accéder à l’instruction et à transmettre le savoir. Car après avoir obtenu son diplôme d’institutrice à l’Ecole Normale en 1947, elle enseignera.

Son premier roman Une si longue lettre, paru en 1980, a déjà fait l’objet d’une note lecture dans ce blog juste ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2014/09/15/re-lu-et-re-approuve-une-si-longue-lettre-de-mariama-ba/. Son deuxième, Un chant écarlate, quasi introuvable, est d’autant plus poignant qu’il a été publié à titre posthume en 1981, après que le cancer ait emporté la talentueuse femme de lettres. Paix à son âme !

Ce roman est LE chef – d’œuvre de Mariama Bâ ! Et je trouve un peu dommage qu’Une si longue lettre lui ait fait de l’ombre, mais cela est peut – être dû au fait qu’il a été publié en premier. Et l’on prête plus souvent attention au premier ouvrage, déterminant pour une carrière (littéraire).

Quand j’ai enfin pu mettre la main sur le livre, je l’ai dévoré en quelques jours et en suis ressortie subjuguée et plus que jamais consciente de la cruauté du destin, qui nous a arraché cette talentueuse écrivaine.

J’ai eu un peu de mal à accrocher au début … Le roman commence lentement, ceci étant (peut – être) fait exprès par la romancière, car elle accorde une large place à la description de l’espace spatio – temporel dans lequel évoluait Ousmane Guèye, jeune Dakarois né et grandi à Niari Tally, quartier de la banlieue dakaroise, de parents de condition fort modeste. Lesdits parents, Djibril Guèye et Yaye Khady, bien que pauvres, sont fort dignes, et placent en leur progéniture, notamment Ousmane leur aîné, tous leur espoirs. Djibril Guèye, revenu de la guerre, en a rapporté une jambe infirme, mais aussi des médailles qu’il ressort fièrement à la première occasion. Son épouse, Yaye Khady, de vingt ans sa cadette, est une femme débrouillarde, toujours prompte à aider son prochain, surtout ses voisines qui profitaient largement de sa générosité, vive, qui n’a pas sa langue dans sa poche et dit haut et fort ce qu’elle pense.

Son Ousmane « Oussou », est l’amour de sa vie et elle veille comme une mère poule sur lui, car il a toujours placé ses désirs ainsi que ceux de son père avant les siens. Sa bourse scolaire est accueillie avec soulagement, car elle contribuera à alléger les difficultés de subsistance de la famille Guèye. Le baccalauréat en poche, il refusera la proposition d’aller poursuivre ses études en France, préférant s’inscrire à l’Université de Dakar. Bénéficiant d’une aide mensuelle plus conséquente, il sera le soutien de ses parents et ceux – ci s’en trouveront fort contents, bénissant le Ciel d’avoir un tel fils !

Dans la vie bien rangée bien rangée de Ousmane, l’amour n’aura presque pas sa place. Avoir avoir essuyé le refus glacial de Ouleymatou, la sœur de son ami et frère Ousseynou Ngom, qui le trouvait trop fade et pas amusant pour un sou, il fermera délibérément son cœur.

Mais les voies du destin sont impénétrables …
Sa rencontre avec Mireille sera le catalyseur qui changera sa vie à jamais. Jeune fille belle, gracieuse, blonde comme les blés, aux yeux bleus aussi candides qu’insondables, elle tombera elle aussi sous le charme de ce grand et beau jeune homme. Leur amour commencera et se heurtera très vite au refus de Mr de la Vallée, père de Mireille, et non moins Ambassadeur de la France en terre sénégalaise. Il tolérait de travailler avec les Nègres, en ces temps de fraîche indépendance et de relations nouvellement changées, mais il ne pouvait accepter d’aller au – delà et accepter d’avoir « ça » comme gendre. Se heurtant au refus de Mireille, il emploiera les grands moyens : rapatriement de Mireille, pensant que l’éloignement fera son effet.

L’adage « Loin des yeux, loin du cœur » ne s’appliquera pas aux deux jeunes tourtereaux. Car la distance ne fera que raffermir leurs sentiments. Ousmane, à travers la photographie encadrée qui trônait sur son bureau, ne sortira jamais sa belle blonde de ses songes. Yaye Khady, ignorant tout du drame qui se jouait, le taquinera jour après jour sur sa « mystérieuse actrice » qu’il vénérait. Lettre après lettre, Mireille réaffirmera ses sentiments à Ousmane et fit le serment d’attendre, le temps qu’il faudrait.

 

Il est de ces artistes dont les oeuvres (musicales) sont inter – générationnelles … D’une génération à une autre, lesdites oeuvres ne prennent pas une ride, éveillent, (ré) éduquent, surtout chez les jeunes, frange la plus vulnérable de toute population … En un mot, décennie après décennie, les oeuvres musicales d’un » réel » artiste s’actualisent et sont plus que jamais d’actualité …

Le nom de son groupe n’aurait pu être mieux choisi : le Super Diamono …Signifiant littéralement époque en ouolof, ce nom vient corroborer les propos que j’ai tenus plus haut …
J’ai été très tôt initiée à la musique de Omar Pène … Mes grands frères étant de grands fans du Super Diamono, mes jeunes oreilles étaient accoutumées à écouter les merveilleuses sonorités distillées par le groupe de Baye Pène.

Si je peux donner un avis de novice, je puis dire que ce qui a fait le succès national et international de Omar Pène, c’est sa constance, son incroyable énergie, mais aussi son inestimable engagement envers des causes nobles à souhait : lutte contre la pauvreté, contre les maladies qui tuent en Afrique (malaria, choléra, tuberculose …), sa foi inébranlable en ce continent tant spolié et pillé, les phénomènes de société telles que les agressions, les enfants de la rue, le chômage chez les jeunes, l’exhortation aux études …

Pas étonnant en ce cas que la jeunesse l’ait affublé du sobriquet de Baye Pène, à savoir Papa Pène …
Souvent, quand on me demande pourquoi j’aime la musique de Omar Pène, dont la majeure partie du répertoire précède fortement ma naissance, je réponds que c’est parce qu’il chante … avec le coeur et que ça se sent ! Explication tirée par les cheveux pour certains, mais je n’en ai pas d’autre … Sans exagérer aucunement, voir Omar Pène chanter Wudjou Yaay (la chanson sur la co – épouse de sa mère qui l’a tant maltraité) transpire le vécu et renseigne éloquemment sur la grandeur d’âme de l’artiste …

J’ai toujours souhaité écrire un article sur Omar Pène, mais je ne savais jamais par où commencer, car il y a tant à dire sur cette sommité de la musique sénégalaise et africaine … L’album anniversaire de ses 40 ans de carrière m’en a donné l’occasion. 40 ans ! Ni 10 ans, 20 encore, et encore moins 30 ans, mais quatre décennies !

Cet album, véritable voyage dans le temps, est un véritable joyau, car Baye Pène nous montre (encore une fois) l’immensité de son talent et souligne en outre que le temps n’a aucune espèce d’emprise sur lui …

Tracklist :
* Ada : cheville ouvrière du Super Diamono à l’époque, Adama Faye est un génie créateur qui a mis sur fonds baptismaux le Super Diamono. Cette chanson lui rend un vibrant hommage, à travers l’appui qu’il a apporté à un Omar Pène débutant dans la musique. Les séances de répétition en sont l’illustration parfaite …

* Rose : une magnifique chanson dédiée à Rose, une compagne de longue date de Baye Pène, à laquelle on a greffé l’une des plus célèbres chansons de Baye Pène, Agresseurs, dans laquelle il exhorte les jeunes à aller travailler et cesser de s’adonner aux agressions …

* Toureundo : dans ce morceau, Omar Pène chante son homonyme, qui porte donc son nom et avec lequel il partage de nobles traits de caractère …
* Cheikh Anta : on ne présente plus Cheikh Anta Diop. Chercheur, anthropologue, égyptologue et scientifique internationalement (re)connu, il a oeuvré sa vie durant à faire rayonner la » race » noire de par ses brillantissimes thèses … En outre, la principale université de Dakar porte son nom.

Mais depuis de nombreuses années, ce temple du savoir est le théâtre de manifestations et grèves en tout genre : Funiouy déém di outi xél kénn waroufa sandi khér !
Le message est clair …

* Yoonwi : chaque individu doit s’efforcer de choisir sa voie et y exceller, de façon à prendre en main sa destinée …
* Baïla : ma chanson préférée de l’album …

A l’instar de Adama Faye, Omar Pène rend un vibrant et émouvant hommage dans cette chanson à Baïla Diagne, celui qui, en 1972, a initié le jeune Omar Pène à la musique et a fait de lui ce qu’il est présentement …

Sur fond d’une superbe mélodie, Omar Pène retrace son (brillant et riche) parcours de 1972 à nos jours …
* Warou : là, Omar Pène remixe une ancienne chanson, Warou, dans laquelle il fait le round – up de la situation du continent : Liberia, Angola, Somalie, Ethiopie, Liban, Palestine, Bosnie …
Ce qui rend magnifique cette version 2013 de Warou, c’est qu’il y rend hommage à ses compagnons, les ténors, qui comme lui, ont bourlingué pour se hisser au faîte de la musique sénégalaise : Baaba Maal, Youssou N’Dour, Thione Seck, Ismaël Lô … Sans oublier Didier Awadi …

* Fan : l’Afsud (l’Association des Fans du Super Diamono) abat un travail remarquable autour de leur passion pour le Diamono et ils sont à l’honneur dans cette chanson …
* Woma djéguéla : hymne à l’amour, sensuel et poétique, il appelle sa dulcinée à se rapprocher de lui pour que triomphe leur amour …

* Mouride : une ancienne chanson aussi remise au goût du jour, Mouride parle des hauts faits du fondateur de l’idéologie du Mouride, à savoir Cheikh Ahmadou Bamba …
Au terme de cet article dans lequel j’ai mis toutes mes tripes (littéralement), car il m’a fallu quantité de brouillons pour en arriver au bout, je vous souhaite une agréable lecture !

 

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.