Women in Action

Women in Action (7)

A en croire le guide "La poupée de Timothée et le camion de Lison", les garçons sollicitent davantage l'attention de l'adulte et monopolisent plus souvent la parole. Image: DR

Les observations font plutôt froid dans le dos: si vous avez mis votre fille en crèche, il y a de fortes chances qu’elle soit plus sollicitée que ses petits camarades pour ranger les jouets, moins valorisée lorsqu’elle réussit une activité et souvent cantonnée aux seconds rôles. Votre petit garçon, lui, disposera d’une moindre quantité de déguisements pour s’amuser, reçevra surtout des compliments destinés à encenser sa force – et se fera plus souvent aider.

«Il s’agit de situations bien réelles que nous avons observées dans le canton entre 2012 et 2015, explique Véronique Ducret, psychologue sociale au 2e Observatoire, l’Institut romand de recherche et de formation sur les rapports de genre. Ces constats, nous les avons catalogués et analysés dans un guide intitulé La poupée de Timothée et le camion de Lison». Objectif de cette publication colorée destinée aux professionnels? Sensibiliser à la façon dont l’enfant peut être conditionné dès le plus jeune âge par les comportements stéréotypés des adultes. En 2012 déjà, le 2e Observatoire avait passé au crible onze crèches romandes, épinglant par exemple le fait que les filles étaient moins souvent appelées par leurs prénoms que les garçons. Cette toute première édition, très vite épuisée, avait alors été largement distribuée aux crèches romandes. «Les retours des professionnels ont été plutôt positifs et les remarques bien vécues. Nous constatons déjà des changements positifs», ajoute la spécialiste.

Pour nourrir une édition augmentée du fameux petit guide, l’institut a analysé quatre crèches supplémentaires, à savoir celles de l’Université de Genève. Verdict: les filles possèdent désormais un prénom, mais les problèmes de mixité demeurent. «Dans un espace donné, si on sort les voitures à pédales, les garçons s’en emparent et les filles se retrouvent à occuper le peu d’espace qui reste. En revanche, si les éducateurs mettent des jouets neutres à leur disposition, les enfants s’amusent très facilement ensemble. La mixité, ça s’apprend! Mais d’autres stéréotypes de genre ont encore la vie dure, comme par exemple la façon dont on valorise l’apparence des fillettes», nuance Véronique Ducret.

Fort de ce succès, le 2e observatoire a décidé de continuer sur sa lancée en s’attaquant cette fois-ci aux stéréotypes qui collent aux préaux et aux classes de primaires. Pendant un an et demi, l’équipe est allée voir ce qui se passait au sein de quelques établissements des cantons de Genève, de Neuchatel et du Jura. «C’était dans la continuité de s’intéresser aux plus grands, l’étape logique après avoir étudié les crèches, précise Bulle Nanjoud, en charge de ce projet au sein de l'institut. Nous nous sommes aperçus que les clichés se déploient de façon différente en primaire mais qu’ils sont toujours solides. On a constaté, par exemple, que l’espace sonore et physique est occupé majoritairement par les garçons. Ce qui est dommage, c’est que c’est un fait déjà bien connu des chercheurs mais qui perdure toujours aujourd’hui» Le nouveau guide né de ces observations paraîtra en septembre 2018, et sera distribué aux équipes enseignantes par les Départements d’instruction publique. Même look, même ton, et même mission: bouter les stéréotypes de genre hors du système éducatif.

Par Cécile Denayrouse pour Tribune de Genève

Itumeleng Makgato et Boikhutso Mokoto sont en dernière année de licence commerciale à l’Université Wits de Johannesburg. Elles se sont donné pour mission d’aider toute étudiante qui n’arriverait pas à faire entendre sa voix.

Elles représentent la nouvelle section étudiante de l’Association sud-africaine des femmes d’affaires (BWASA) à Wits.
Le duo répond clairement à un besoin : en huit mois à peine, près de 200 étudiantes sont devenues membres, alors que l‘université n’en exige que 40 pour officialiser une organisation sur le campus.

« Nous avons de bonnes relations avec la communauté à Wits. Les étudiantes nous demandent où nous étions tout ce temps », déclare Boikhutso Mokoto, 21 ans et originaire de Brakpan. « Nous ne sommes pas spécialisées sur une activité, car les étudiantes qui nous rejoignent suivent toutes sortes de cours pour devenir dentistes, enseignantes, psychologues, journalistes… Peu importe leur cursus, pourvu qu’elles soient des femmes », ajoute Itumeleng Makgato, 22 ans. La jeune femme a grandi à Orlando West et vit à Midrand, deux localités en périphérie de Johannesburg.

Vives, affirmées et confiantes en elles, les deux étudiantes veulent transmettre ce qu’elles ont appris sur les exigences de la vie de travail « afin que les programmes que nous concevons aident nos camarades de cours ».

« Les lycéennes ont du mal, même celles qui comme nous viennent d’écoles privées de filles, parce qu’elles ne sont pas préparées aux défis de l’université », explique Boikhutso Mokoto.
Cela va de la soudaine liberté – ou plutôt, de la nécessité – de s’exprimer au passage d’un mode d’apprentissage scolaire à la vie universitaire académique.
« Quand nous quittons l’école, nous ne sommes pas prêtes psychologiquement », regrette Itumeleng Makgoto.
Par la suite, la transition de l’université au monde du travail peut faire peur : écrire un CV, se préparer aux entretiens d’embauche, savoir comment s’habiller...

Itumeleng Makgato, qui travaille déjà dans une banque privée à Johannesburg, ne s’est pas laissé intimider par les vastes bureaux sophistiqués. En passant devant les ascenseurs vitrés, elle s’est dit « Je veux avoir ma propre entreprise un jour, et je veux qu’elle ressemble à cela ».

Boikhutso Mokoto ne compte pas se sentir dépassée lorsqu’elle commencera à travailler. «Grâce aux cours que BWASA nous donne ».
La section étudiante de Wits a organisé des panels de discussion en préparation d’un événement de speed networking. Les jeunes femmes reçoivent des conseils sur comment se comporter dans le monde professionnel.

Itumeleng Makgato explique comment cela se déroule : « Nous préparons un elevator pitch qui permet de nous présenter, et ce qui nous caractérise, dans le temps qu’il faut à un ascenseur pour aller d’un étage à l’autre ».

Des femmes en vue dans la communauté des affaires d’Afrique du Sud sont invitées à ces événements et viennent partager leur expérience dans de grandes banques comme Standard et Absa, chez Unilever ou Sasol.

« Sur le campus, les filles sont timides. Elles commencent leurs questions en disant qu’elles sont désolées de déranger… », ajoute Boikhutso Mokoto. « Nous ne sommes même pas à l’aise pour nous parler entre nous ».

Pour sa première année à Wits, la section étudiante a programmé des sessions ‘Voies rapide vers la réussite’ pour aborder des sujets tels que le leadership, l’entrepreneuriat et la baisse des frais de scolarité.

Au fil des discussions, elles se demandent pourquoi les hommes forment si facilement des réseaux, font plus de choses en commun et créent des synergies de groupe qui ne se font pas spontanément lorsque les femmes se rencontrent pour la première fois.
Il faut désapprendre les premières règles de socialisation des filles. On attend d’elles qu’elles fassent certaines tâches à la maison, à l’école, et même à l’université, perpétuant ainsi certains stéréotypes.

« Je ne cherche pas la confrontation et je réagis calmement lorsque l’on attend de moi des choses qui incomberaient aux femmes. Mais certaines d’entre nous explosent de colère », explique Boikhutso Mokoto. « Il faut trouver le bon équilibre ».

Itumeleng Makgato a été poussée à ouvrir cette section de BWASA par sa tante, Matshepo Msibi, ancienne directrice de la stratégie du Trésor de la province du Gauteng et aujourd’hui au Comité de direction de BWASA.

« Le programme ‘Grandes voix de demain’ a été instauré par ma tante et j’étais l’une de ses ambassadrices. Les formations au leadership et le mentorat mettent des cartes dans les mains des jeunes femmes ».

« Nous avons rencontré Kah Walla, figure de l’opposition au Cameroun. Elle a salué le travail de BWASA tout en suggérant que nous pourrions faire davantage en donnant plus de pouvoir aux jeunes femmes », explique Itumeleng Makgato.

Le dernier événement de l’année a été le sommet ‘Mentorat et Entrepreneuriat’ d’octobre. BWASA espère déployer le programme de sa section étudiante dans quatre nouvelles universités : Nelson Mandela, de Limpopo, du Cap et de Pretoria.

Beaucoup de travail repose sur les épaules de la section étudiante de Wits. Grâce à ce groupe dynamique, l’avenir professionnel des jeunes diplômées inscrites au programme connaîtra un démarrage en force.

Par Sue Grant Marshall pour City Press

Suivez la section étudiante de BWASA sur Twitter : @BWA_SC

Avec l’usage d’Internet et la montée des réseaux sociaux, le Bangladesh a connu une hausse du cyberharcèlement sexiste. En 2016 uniquement, 73 % des femmes et des jeunes filles bangladaises ont subi ce type de cybercriminalité. Or, elles ne représentent que près d’un cinquième des utilisateurs de réseaux sociaux du pays.

En l’absence de réponse adéquate des pouvoirs publics, une poignée d’organisations s’est engagée dans la lutte contre la cybercriminalité dirigée contre les femmes. Crée en 2016, FEM (de l’anglais « Female Empowerment Movement »), en fait partie. Situé à Dacca, la capitale bangladaise, le mouvement a lancé un programme − d’autodéfense numérique − « Cyber Attorokkha » en Bengali −, pour former les femmes et les jeunes filles à la sécurité en ligne.

Au cours du déploiement d’un programme phare visant à garantir la mobilité et la sécurité des habitantes des quartiers déshérités de Dacca – « Project Attorokkha » −, Zaiba Tahyya, cofondatrice du mouvement, a pris conscience « des lacunes des femmes en matière de cybersécurité », d’où leur extrême vulnérabilité face aux prédateurs.

Résolu à agir, le coordonnateur du projet, Tajwar Hoque, a conçu le programme « Cyber Attorokkha » pour transmettre aux femmes et aux jeunes filles – en particulier dans les zones défavorisées –, le b.a.-ba de l’informatique, de l’autodéfense sur les réseaux sociaux et des risques associés aux courriers indésirables et au hameçonnage (tactique des fraudeurs pour tenter d’obtenir des données personnelles sensibles en se faisant passer pour un tiers de confiance).

Tania Tanjina Akhter, diplômée du programme « Cyber Attorokkha », se souvient que nombre de ses amies du bidonville de Korail à Dacca ont fait les frais de ces mauvaises rencontres sur les réseaux sociaux. L’une d’elle aurait même songé au suicide. Une connaissance en ligne la faisait chanter au moyen de photos intimes, pour la forcer à l’épouser. Mais avec l’aide de Tania, la jeune fille a tenu bon et repris le contrôle de son identité en ligne. Des histoires comme celles-ci, Zaiba Tahyya en a malheureusement entendu beaucoup.

Pour créer un faux profil, il suffit aux cyberprédateurs de télécharger l’ensemble des photos publiées par la jeune fille sur Facebook ; puis d’envoyer des demandes d’ami à ses connaissances. Nombreux les accepteront, sans se méfier du danger. S’ensuivent, enfin, la diffamation ou l’opprobre – parfois, au moyen d’un montage photo du visage de la jeune fille sur des corps de femmes nues –, pour attiser les rumeurs du voisinage, des amis ou de la famille. Les cybercriminels exploitent le sentiment de honte des victimes. Car les jeunes filles n’osent en général pas signaler ces délits, de peur d’aggraver la situation et d’entraîner davantage de cyberagressions.

Hormis les réseaux sociaux, « Cyber Attorokkha » aborde également d’autres dimensions de la sécurité en ligne. « Nous enseignons aux élèves de nombreux aspects concernant la sécurité des appareils et des connexions à Internet, comme le wifi public et les risques qu’il présente », explique Zaiba Tahyya. « Nous abordons avec elles les principales techniques de piratage et leurs parades – au premier rang desquelles le piratage psychologique. Nos cours ne portent pas uniquement sur Facebook, mais s’inscrivent dans une vision plus large de la vie privée et de la sécurité sur Internet. »

Ces méthodes portent leurs fruits. « Les jeunes filles qui suivent aujourd’hui nos cours appliquent ces principes chez elles. Elles prennent des initiatives et incitent les autres jeunes filles à préserver leur vie privée et à réfléchir aux conséquences que peut entraîner le partage d’informations », poursuit Zaiba Tahyya. « La formation d’une seule jeune fille au sein d’une même communauté exerce un effet d’entraînement. »

Tania, diplômée du programme, dresse le bilan de son expérience : « D’abord, je sais maintenant me défendre sur Internet. Ensuite, si le harcèlement continue, quel qu’il soit, je sais que je peux le signaler à la police. » Sûre de ses droits, Tania ajoute « Se taire n’est pas une option ».

Hormis la sécurité en ligne, « Cyber Attorokkha » enseigne aux jeunes filles les rudiments de l’informatique indispensables au monde professionnel. Comme la plupart des jeunes filles sont encore scolarisées, le programme porte sur les principaux composants du circuit intégré, la programmation et le codage. « Certaines mettent au point des alarmes de sécurité à bas coût », indique Zaiba Tahyya avec une pointe de fierté.

Son parcours a pourtant été semé d’embûches. Certains parents trouvaient imprudent d’envoyer leurs enfants dans un lieu méconnu. Recruter des jeunes femmes représentait un défi de taille. « Nous avons dû partir de zéro, bâtir des relations et gagner les confiances », se souvient la cofondatrice. Dans une société bangladaise conservatrice, être une femme aux commandes constituait un handicap supplémentaire. Les propriétaires souhaitaient hélas s’adresser à un homme et refusaient l’idée même d’allouer un local à l’usage exclusif de femmes.
Pour la suite, Zaiba Tahyya affiche son ambition : « J’ai pour principal objectif et vocation d’améliorer la mobilité et la visibilité des Bangladaises dans l’espace public réel comme virtuel », dit-elle. « Je veux réduire leur vulnérabilité. »

Par Nazmul Ahasan, The Daily Star

https://www.fem.org.bd/copy-of-cyber-attorokkha

Nazmul Ahasan appartient à l’équipe de rédaction du quotidien bangladais The Daily Star.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) cite l’égalité des sexes comme étant l’élément déterminant le plus important pour parvenir à la sécurité alimentaire. Entre le changement climatique et les traditions bien ancrées de répartition des tâches entre hommes et femmes, la vie s’est complexifiée pour les femmes de milieu rural en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, notamment au Burkina Faso. Selon la Banque Mondiale, 40% de la population du Burkina Faso vit en dessous du seuil de pauvreté et 80% des emplois du pays sont liés au secteur agricole.

Le mouvement « Nous sommes la solution ! Célébrons l’agriculture familiale africaine » a organisé le 23 mai 2017 un atelier de partage au Burkina Faso avec les femmes rurales afin de les informer sur les pratiques agro-écologiques. Former les femmes à de telles techniques a pour objectif de les aider à améliorer la qualité du sol ainsi que leur permettre de s’adapter au changement climatique, pour qu’elles obtiennent in fine, de meilleurs rendements.

Selon la coordonnatrice des actions de ce mouvement, Sibiri Dao, l’agro-écologie c’est ce qui reste pour l’avenir de l’agriculture dans sa globalité, pour la survie de l’humanité, et les femmes sont la solution.

Le mouvement « Nous sommes la solution ! Célébrons l’agriculture familiale africaine » a été d’abord une campagne mise en place en 2006, mais a réellement démarré en septembre 2011 avec des représentantes des femmes rurales de 5 pays (Burkina Faso, Ghana, Guinée Conakry, Mali et Sénégal).

Dans ces pays, 12 associations de femmes rurales ont porté la campagne et la ONUAA estime que le mouvement a permis la formation de plus de 159 000 personnes. Sibiri Dao, qui est membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des organisations paysannes (FENOP), explique qu’avec le temps, ce mouvement a pris de l’ampleur.

Les activités principales du mouvement : le partage d’information sur les connaissances traditionnelles en matière de production agricole, la mise en place de lieux d’échanges pour sensibiliser à la promotion de produits naturels, la mise en place d’une agriculture agro- écologique et la promotion des droits des femmes. La coordonnatrice de ce mouvement reste par ailleurs convaincue que si les femmes se décident, elles pourront sensibiliser les hommes à accepter la pratique de l’agro-écologie, surtout dans l’agriculture familiale.

Elle indique que la finalité de toutes ces actions c’est de pouvoir un jour faire un plaidoyer au niveau national ou régional pour dire aux autorités de prendre en compte les besoins des femmes par rapport à l’agro-écologie afin que la souveraineté alimentaire soit une réalité pour les paysans. A en croire les organisateurs de cet atelier, le comité de pilotage de ce mouvement se réunit chaque année pour vérifier les plans triennaux élaborés.

L’atelier du 23 mai 2017 vise à donner une plus grande visibilité aux activités des femmes rurales au Burkina Faso et à la campagne « Nous sommes la solution ! », créer une adhésion massive des femmes rurales à la campagne, interpeller les autorités et l’opinion publique sur la priorisation de la souveraineté alimentaire dans les politiques de développement et partager les expériences en matière de promotion de l’agro-écologie. « À la sortie de cet atelier, les participantes doivent déterminer en clair leurs perspectives au niveau de leurs bases, et à la prochaine rencontre nous ferons une évaluation », déclare Sibiri Dao.

Victorine Kam de l’Association Munyu de Banfora et adepte des méthodes de production agro-écologique partage son expérience. Malgré quelques difficultés rencontrées dans la production agro-écologique, elle encourage ses collègues à pratiquer l’agro-écologie, car elle est naturelle et plus avantageuse. Elle confie que « les vendeuses témoignent que les aliments chimiquement produits pourrissent plus vite que ceux de l’agro-écologique. Les consommateurs eux affirment que les produits écologiques sont plus doux que ceux ayant utilisés des produits chimiques». Elle indique que pour fabriquer le fumier organique, il faut des tiges de riz et des déchets d’animaux plus de la cendre. Ensuite, il suffit de bien damer et après 15 jours ou 1 mois, c’est utilisable.

Les mouvements comme « Nous sommes la solution ! Célébrons l’agriculture familiale africaine » mettent en lumière le fait que via l’accès à l’éducation et à la formation, les femmes d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale ont la possibilité d’assurer de meilleures récoltes agricoles pour leur communauté.

Par E.M. Kaboré pour L’Economiste de Faso 

Voici quatre ans, Athina Marmorat a décidé de lutter à son échelle contre les inégalités sociales en fondant Rêv’Elles. L’association accompagne des jeunes filles de quartiers prioritaires difficiles et les aide à révéler leur potentiel.

« Je crois qu’ils ne se rendent pas compte à quel point cette expérience peut changer une vie » affirme Tatia, 15 ans, encore bouleversée par les fortes émotions qu’ont suscitées en elle le parcours Rêv’Elles. A l’époque, la jeune femme qui manque cruellement de confiance en elle, est sur le point d’abandonner l’école avant de rejoindre le programme Rêv’Elles. A présent, Tatia a un projet de vie et selon ses propres mots est capable “de voir plus loin, de se projeter”. Offrir à des jeunes filles, souvent désœuvrées, une chance de se révéler à elles-mêmes, c’est l’objectif d’Athina Marmorat lorsqu’elle fonde le 25 décembre 2013 l’association Rêv’Elles.

L’idée part d’un constat, amer, celui d’une inquiétante monotonie des vocations exprimées par ses élèves de banlieue parisienne. Cantonnées à leur milieu social et à leur quartier, « elles ne voient pas assez grand », «ne rêvent pas assez large » selon Athina Marmorat, alors conseillère d’orientation. Les métiers évoqués, « puéricultrice, secrétaire, assistante de direction, secrétaire médicale… », étaient autant de coups de massue qui l’ont encouragée à agir, à son échelle. « Personne ne voulait jamais devenir médecin ou architecte ! » déplorait-elle à l’époque, pointant du doigt une société française encore minée par les inégalités socio-culturelles. Il s’est alors agi pour Athina Marmorat de déployer toute son énergie pour « donner confiance en elles à ces jeunes filles, de de 14 à 22 ans, «trop souvent paralysées par la peur, pour qu’enfin, elles osent aller vers le monde ».

Des femmes de tous horizons
A l’occasion de la première semaine intensive d’accompagnement, les participantes ont accès à « un espace de discussion pour parler de leurs rêves, de leurs points communs, de leurs difficultés aussi » a souligné Athina Marmorat. Quatre programmes sont mis en place, une dynamique s’installe et des liens se tissent. Parmi ces activités, le moment « Rêv’Elles Café » encourage notamment les jeunes filles à débattre des problématiques purement féminines liées au « pouvoir d’agir » tandis que « Rêv’Elles-Moi ton entreprise » consiste en une immersion complète dans un lieu de travail. Mais la grande singularité de l’association réside dans son aptitude à brasser des femmes de tous horizons et de classes sociales distinctes, comme l’explique la fondatrice de l’association : « Il y a une vraie diversité en termes d’âges et de géographie, toutes ont un parcours différent ». Chaque candidate est ainsi accompagnée individuellement par une marraine, une «rôle modèle», selon les termes de l’association, jusqu’à ce que ses préjugés et ses peurs ne cèdent à une connaissance plus concrète du métier. Samira Ibrahim, journaliste sur France2 et «rôle modèle» affirme en effet que les jeunes femmes pénètrent dans un univers « qu’elles ignoraient encore », allant ainsi « de découvertes en découvertes ». La journaliste amène « sa protégée » avec elle à la rédaction, la présentant aux rédacteurs et à ses collègues. Un bon moyen pour la jeune femme de s’immerger dans le monde professionnel et de prendre confiance dans son propre potentiel.

«Un tournant décisif»
Quatre ans après sa création, avec plus de 230 membres et plus de 2365 abonnés sur Facebook, Rêv’Elles continue de gagner du terrain. Aujourd’hui, d’après Athina Marmorat, plus de la moitié des participantes seraient venues sur les conseils d’une amie. En effet, 97% d’entre elles se déclareraient satisfaites à la sortie du parcours selon les données du site Rêv’Elles. Certaines ont intégré de prestigieuses universités tandis que d’autres ont trouvé une formation professionnelle plus en adéquation avec leurs aspirations. C’est notamment le cas d’Aude-Emeline, 19 ans et originaire de Noisy Le Sec (banlieue parisienne) qui qualifie le parcours de « point déterminant, de tournant décisif » avant d’ajouter que grâce au parcours, (elle a) trouvé (s)a voie ». Quant à Sawsane, élève de première originaire de Gagny (banlieue parisienne), elle s’inscrit à l’association à l’âge de 15 ans, encore désorientée et en manque de repères. Pourtant, à l’issue du parcours, après avoir visité l’entreprise Dow Chemicals, elle a choisi sa vocation, celle d’ingénieure chimiste: «J’hésitais sur mon projet mais maintenant je sais ce que je veux faire».

Athina Marmorat insiste néanmoins sur l’impossibilité, sinon la complexité à rendre compte de cette expérience «par les mots». C’est également ce que retient Mégane, 16 ans, de son parcours, encore émue par ce qu’elle estime être « un passage obligatoire » dans une vie.

Par Alix Coutures pour Le Figaro (France)

http://www.revelles.org 

Les femmes et les jeunes filles représentent la moitié de la population mondiale – malgré les progrès qui ont contribué à améliorer leur existence, le chemin à parcourir reste long.

Comme on l’entend souvent : « Les droits des femmes sont des droits de l’Homme ». Membres égaux de la société, les femmes ont le droit de vivre libres de toute forme de violence ou de discrimination, de recevoir une éducation, de posséder des biens, de voter et de participer pleinement à l’activité économique. Le plein accès des femmes à leurs droits favorise l’ensemble de la société. Pour les spécialistes, l’autonomisation des femmes et l’égalité entre les sexes constituent deux des plus sûrs moyens d’atteindre collectivement chacun des 17 objectifs de développement durable fixés par l’ONU.

Or, dans de nombreuses régions du monde, la société n’accorde pas toute leur place aux femmes et aux jeunes filles du seul fait de leur appartenance sexuelle, émaillant leurs existences d’obstacles – et souvent de risques – inutiles. Traite des jeunes filles, inégalités salariales, témoignages de harcèlement sexuel qui émergent aujourd’hui au sein de l’industrie du cinéma : le flux continu de nouvelles histoires toutes plus désolantes nourrit une forme de fatalisme. Comment ne pas penser qu’à l’échelle mondiale, la lutte pour l’égalité entre les sexes recule au lieu d’avancer ?

Sous cette surface, pourtant, on découvre des histoires exemplaires de personnalités porteuses de changement, résolument engagées à résoudre certains problèmes extrêmement préoccupants pour la vie des femmes et des jeunes filles. Qu’elles travaillent dans des organisations locales, des entreprises sociales ou des  institutions internationales, elles mettent toutes en œuvre des idées innovantes et apportent un changement positif. En Inde, des mères illettrées fournissent de l’électricité à leurs villages grâce à une formation d’ingénieur en énergie solaire. Au Royaume-Uni, des adolescentes qui apprennent à coder partent à l’assaut du monde des technologies. Enfin, au Sénégal, des femmes investissent les terrains de football pour montrer l’étendue de leurs forces et de leurs compétences lorsqu’elles s’unissent.

Ces histoires méritent d’être lues, car elles mettent en valeur la contribution des femmes à la société. En les diffusant, nous pouvons encourager la multiplication, aux quatre coins du monde, de ces solutions déjà à l’œuvre.

Les médias jouent un rôle essentiel dans la mise en forme des récits relatifs à la vie des femmes, à l’échelle d’un pays ou du monde. C’est pourquoi l’entreprise sociale Sparknews a créé « Women in Action » (en français, Femmes en action) et invité neuf partenaires du monde des médias, notamment "Le Soleil", à participer à un programme mettant à l’honneur durant un mois des solutions destinées à réduire l’inégalité entre les sexes. Chaque semaine, des lecteurs français, suisses, nigérians, sud-africains, bangladais, sénégalais, burkinabés, britanniques et indiens découvriront des projets du monde entier destinés aux femmes, dans différents domaines.

La série commence par le thème de l'éducation et de la formation la semaine du 13 novembre, suivie par une semaine dédiée aux opportunités économiques à partir du 20 novembre. Les femmes et la santé sera le thème de la semaine du 27 novembre, tandis que la place des femmes dans la société et la communauté complètera le programme à partir du 4 décembre. Les lecteurs pourront parcourir le contenu sous forme d'articles, de vidéos et d'infographies, et tester leurs connaissances sur les défis et les réussites des femmes à travers un quiz en ligne.

D’éminents spécialistes d’institutions internationales comme le Graça Machel Trust, le Fonds mondial pour les femmes, Mama Cash et la fondation Mary Robinson pour la justice climatique se joindront au débat au travers d’un article d’opinion hebdomadaire mettant en exergue les progrès déjà réalisés et exprimant leurs espoirs pour l’avenir.

Nous sommes convaincus qu’en tant que lecteurs, vous serez inspirés par ces histoires et ces témoignages et vous encourageons également à les partager. Ce faisant, vous contribuerez à la réalisation de changements durables pour les femmes, les jeunes filles et l’ensemble de la société.

Christian de Boisredon (fondateur de Sparknews)
& Aimee Dorsett Browne (éditrice et chargée de contenu)

La structure « Science, Education for Sustainable Development » (SeeSD) réunit un groupe d’éducateurs qui s’efforce d’éveiller le goût des enfants pour les sciences, les technologies et l’innovation, en particulier chez les jeunes filles.  

Au premier étage d’une bibliothèque de Dakar au Sénégal, deux enfants sont occupés à faire des recherches sur internet. A l’intérieur d’une des plus vastes salles, plusieurs membres de l’équipe SeeSD sont présents dont Pape Massar Sow, chargé du volet technique. Ils sont tous réunis pour un même objectif : promouvoir les matières scientifiques auprès des enfants sénégalais.

Le fait est qu’au Sénégal comme dans beaucoup de pays africains, des siècles de colonisation ont fortement entravé le développement scientifique du pays. « Les statistiques sont très tristes de manière générale. Seuls 8% de la population en âge d’aller à l’université y sont inscrits. Sur ces 8%, seuls 17% sont enrôlés dans des cursus scientifiques », explique Khadidiatou Sall, la fondatrice de SeeSD. « Les femmes représentent moins de 30% de ces 17% » ajoute-t-elle. Au Sénégal, les jeunes filles sont malheureusement encore à la traîne derrière les garçons en terme d’éducation. Selon l’Unicef, seuls 56% des filles du pays sont inscrites au lycée contre 74% des garçons. Un manque de financement a également contribué au mauvais équipement des salles de science. « Au Sénégal, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui terminent le lycée sans n’avoir jamais effectué une expérience scientifique »,  confirme Pape Massar Sow.

Khadidiatou, détentrice d’un doctorat en biologie moléculaire et cellulaire à l’Université d’Oregon aux Etats-Unis est passionnée par la science et l’innovation depuis le plus jeune âge. Pourtant, elle n’a pas été en mesure d’approfondir certaines disciplines scientifiques comme elle l’aurait souhaité lorsqu’elle étudiait au lycée sénégalais, ce dernier laissant très peu de place à l'expérimentation scientifique. « Il n’y avait pas d’ateliers pour me guider, m’aider à développer cette fibre et être une innovatrice. » explique Khadidiatou. Son orientation progressive vers le secteur de la biologie en est une conséquence directe. Avec la biologie, il était possible de voir à travers le corps des exemples concrets de ce que le professeur expliquait de manière théorique. « La biologie est observable et palpable. De ce fait, elle a naturellement pris le dessus sur les autres filières » ajoute-t-elle. Khadidiatou regrette simplement que cette dimension concrète soit moins présente dans d’autres matières scientifiques. « Je pense que j’aurais pu devenir ingénieure ou mathématicienne ou autres, ceci étant dit l’enseignement était trop abstrait pour m’inspirer à choisir une de ces filières ».

Cette jeune scientifique était intimement convaincue que quelque chose devait changer et début 2016, alors qu’elle n’a que 26 ans, elle crée la structure SeeSD. Située à Dakar, cette organisation a pour objectif de former les futurs scientifiques sénégalais. Désireuse d’attirer plus de filles dans ces filières généralement très masculines, l’équipe de SeeSD décide même de mettre en place une politique de discrimination positive en faveur des étudiantes. Très vite pourtant et sans raison particulière, le nombre de filles inscrites dépasse naturellement celui des garçons. Aujourd’hui, 65 à 70% en moyenne des bénéficiaires du programme sont des jeunes filles. « Beaucoup de jeunes filles sénégalaises ne poursuivent pas d’études scientifiques car elles ne se considèrent pas à la hauteur. Cela est généralement dû à la pression social qui pousse les filles à avoir moins confiance en leur capacités. »

Pour cette première année, plus de 200 enfants d’école primaire et secondaire se sont inscrits au programme de SeeSD. L’organisation espère qu’une formation dès le plus jeune âge encouragera les élèves à embrasser des carrières scientifiques. Les éducateurs utilisent des techniques d’apprentissage ludiques et pratiques pour éveiller l’imagination et la curiosité des élèves, des méthodes originales pour l’enseignement plutôt conservateur du Sénégal. L’une des élèves âgée de 6 ans, Maréme Gueye, se réjouit de faire partie du programme. Quand on lui demande ce qu’elle aimerait faire plus tard cette dernière répond : « Docteur, scientifique ou ingénieur ». Une telle réponse aurait été impensable avant sa participation au programme. SeeSD travaille actuellement avec 30 jeunes filles, toutes inscrites jusque l’âge du lycée. Khadidiatou espère que cet accompagnement permettra à davantage de jeunes filles d’avoir les mêmes ambitions que la jeune Maréme.

Pour SeeSD, les principales difficultés à surmonter sont celles des ressources financières, notamment le manque d’équipement. Le centre est seulement équipé de microscopes et de tubes à essai et quelques autres équipements de base, l’enthousiasme des professeurs comble le reste. SeeSD est actuellement financé via de nombreuses bourses du Sénégal et de l’étranger.

Khadidiatou est confiante dans le futur des sciences au Sénégal et dans le monde, précisant qu’elle aimerait voir plus de filles engagées dans des cursus scientifiques mais aussi plus de jeunes de pays en développement.

Par Idrissa Sane, Le Soleil

https://www.seesd.org/

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