Women in Action

Women in Action (31)

Depuis l'affaire Weinstein, les cours pour apprendre à se prémunir des agressions ne désemplissent pas. Mais en quoi sont-ils utiles?

Un parking souterrain. Sous les lumières blafardes, une femme. Seule, perchée sur des talons hauts, vulnérable, elle fouille dans son sac à la recherche de ses clefs de voiture. Soudain, des pas se font entendre derrière elle…

Ce scénario vous donne la chair de poule? Pourtant, il est pétri de clichés. Hollywood a bien travaillé mais la réalité est tout autre. «On nous abreuve d'images anxiogènes, déplore Carole, professeure d'autodéfense Fem Do Chi à Genève. Mais dans 70% des cas, les agressions sexuelles sont commises en plein jour et par une personne connue de la victime. Les témoignages qui ont fleuri sur Internet depuis l'affaire Weinstein le prouvent. Lors de nos stages, proposés en partenariat avec l'association Viol Secours, il faut détricoter les clichés, apprendre aux participantes à fixer des limites. Nous expliquons aussi aux femmes et aux adolescentes qu'elles sont en droit d'imaginer des scénarios positifs, où elles hurlent, frappent, se défendent. Bref, agissent.»

Dans les divers cours d’autodéfense disséminés à travers le canton, on cause étranglements, points faibles et coups dans les parties, mais aussi prise de conscience. «Il ne s'agit pas uniquement de savoir où et comment frapper. L'autodéfense est à la fois verbale, émotionnelle et physique, ajoute Carole. La majorité des agressions sont commises par des personnes qui se sentent le droit de tester les limites de l'autre. C'est le "bon père de famille", l'ami d'amis, le collègue de travail. Sauf exceptions, ces personnes ne sont pas des psychopathes: si les règles sont clairement fixées, ils les entendent et le pire est évité.»

Ne pas avoir peur de faire mal
À en croire les spécialistes, les femmes auraient donc beaucoup à apprendre en matière d'agression. Mais depuis qu'une pluie de #Metoo a inondé les réseaux sociaux, les consciences se réveillent. Raphaël Guichon, responsable de l'Association Formation Self Défense (AFSD) et formateur en self-défense féminin pour Ladyfense, constate par exemple depuis quelques mois une augmentation de la demande de cours privés. "Il y a comme une prise de conscience collective autour de la culture du viol, explique-t-il. Mais il reste encore beaucoup à faire en termes de prévention auprès des jeunes filles et des jeunes garçons. L'autodéfense devrait être une question de santé publique."

Serge Pralong, formateur en autodéfense et fondateur du Centre d'autodéfense de Genève (CAD) propose depuis quelques années des cours en partenariat avec l’Université de Genève. «À chaque rentrée, les inscriptions sont plus nombreuses. Dans nos cours, le cheminement reste le même. Au début, nos élèves paniquent, ne parviennent pas à se dégager d’une étreinte. Au bout de quelques mois, cela leur prend dix secondes. On assiste parfois à des choses extraordinaires. J'enseigne comment plonger la main dans son sac, en sortir n'importe quel objet et s'en servir pour se défendre. Pour être efficace, l'autodéfense doit être contextuelle.»

«Tu crois que t’es belle?»
Aurélie*, 45 ans, a un lourd passif de victime derrière elle. Elle a décidé de sortir d'un cercle qu'elle sait vicieux, en s'inscrivant à un stage Fem Do Chi et s'estime grandie: "Ce cours a été un révélateur. Mon attitude dans la rue va changer, je vais marcher la tête haute désormais. Je sais que j'ai le droit de dire non à tout moment, y compris dans le cadre du couple. J'ai repris confiance en moi."

Une prise de conscience qui n'étonne pas Carole: «Les femmes sont avant tout prisonnières de leur socialisation. On dit aux petits garçons de se défendre si on les embête et aux petites filles d'aller le dire à la maîtresse". Résultat, nombre de victimes racontent qu’elles se sont retrouvées paralysées, incapables d’agir, tout simplement parce qu’on ne leur a jamais montré comment asséner un coup, voire parce qu’elles avaient peur de faire mal ou même de se faire mal.

Autre cliché à la peau dure: croire que si on se laisse faire, ce sera «moins pire». Associé à la peur de prendre des coups, le cocktail est radical. «Au contraire, plus vite on réagit, moins l’adversaire a acquis la certitude qu’il pouvait tout faire, objecte Serge Pralong. Les agresseurs ont un scénario dans la tête, il faut casser ce scénario.»

D’autant que les astuces des agresseurs pour dominer leurs proies restent toujours les mêmes. Physiques et psychologiques. Ce sont toujours des phrases identiques qui reviennent: Mais franchement, tu crois que t’es belle? Tu crois franchement que je voudrais te violer? Comment tu peux croire que tu m’intéresses? T’as rien compris! L’idée: ébranler la victime. Sauf que si on connaît le truc, cela ne fonctionne plus…

Par Cécile Denayrouse pour Tribune de Genève

Note: *Nom connu de la rédaction

Une organisation nigériane à but non lucratif aide les femmes à aider l’environnement, et à s’aider elles-mêmes.

Dans le Nigéria rural, cuisiner peut tuer. Selon l’Organisation mondiale pour la santé, préparer trois repas quotidiens sur un réchaud à bois traditionnel revient à fumer 20 paquets de cigarettes. Dès lors, il n’est pas étonnant que quelques 98 000 femmes meurent chaque année de complications respiratoires et cardiaques qui en résultent.

Les dégâts ne s’arrêtent pas là. Une journée ordinaire, les femmes et les enfants passent quatre heures à ramasser du petit bois pour ces braseros très inefficaces en termes énergétiques, sacrifiant du temps et de l’argent qui aurait été utilisés à meilleur escient dans des besoins tels que l’éducation. Puis vient l’impact environnemental. Selon Olanike Olubunmi Olugboji, fondatrice et directrice de l’Initiative des femmes pour un environnement durable (Women Initiative for Sustainable Environment, WISE), la déforestation que cette pratique provoque érode les sols et enclenche toute une série de problèmes. Sans mentionner les conflits entre fermiers et bergers pour disposer des terres arables restantes.

L’eau, un besoin élémentaire, présente ses propres risques. « A la campagne, les Nigérianes passent un tiers de leur temps à aller chercher de l’eau à de lointaines sources », explique Olanike Olubunmi Olugboji. « En chemin, elles peuvent être attaquées ou même enlevées. L’eau qu’elles rapportent est souvent polluée, rendant malades les membres de leur famille. Tout cela détourne leur temps et leurs ressources d’activités sociales et économiques plus productives ».

Olanike Olubunmi Olugboji, 43 ans, a passé une bonne partie de sa vie à essayer de comprendre ce casse-tête imbriquant pauvreté, questions environnementales et inégalité entre les sexes, et à tenter de trouver le moyen d'améliorer la situation. Enfant déjà, elle était gênée par les immenses inégalités qu'elle voyait entre les populations urbaines et rurales, et s'était juré de contribuer à y remédier. Après un diplôme universitaire en planification urbaine et régionale, elle lance en 2004 le Réseau de gestion et de protection de l'environnement (EMPRONET), basé à Kaduna, pour promouvoir des pratiques environnementales constructives.

C’est grâce à ce travail qu’elle prend conscience de la relation dysfonctionnelle entre les femmes et l'environnement. « Par exemple, une femme aura beau faire tout le travail dans une ferme, elle se verra refuser le droit de posséder la terre. Elle aura beau être responsable de l'approvisionnement en eau, elle n’aura pas son mot à dire sur les questions d’eau et de sécurité. Les femmes sont presque toujours mises à l'écart des décisions qui affectent leur vie quotidienne ».

Olanike Olubunmi Olugboji ajoute que les effets du changement climatique – sécheresses et inondations, pénuries d'eau et de nourriture – rendent la tâche des femmes encore plus difficile. « Les filles doivent souvent abandonner l'école pour aider leur mère. Ce qui aggrave encore plus cette triste réalité, c'est que les femmes n'ont toujours pas un accès égal à l'information ni au capital. Elles ne sont donc pas armées pour s'attaquer à ces problèmes ».

Ces observations achèvent de convaincre Olanike Olubunmi Olugboji que les femmes pourraient améliorer leur statut social, économique et politique si elles pouvaient s'impliquer dans la mise en valeur et la gestion des ressources naturelles. Cette prise de conscience l'amène à recentrer les activités d'EMPRONET autour des questions environnementales qui ont un impact direct sur la vie des femmes : en 2008, EMPRONET devient WISE.

WISE, qui compte aujourd’hui deux employées à temps plein et deux employées à temps partiel, se concentre sur les questions d'eau, de déchets et de reboisement, souvent en partenariat avec d'autres ONG. « Notre objectif est d'impliquer les femmes au quotidien. Nous voulons qu'elles continuent à co-concevoir les solutions et à façonner leur avenir. Et qu'elles ne retournent surtout pas à une posture passive de victimes ou de bénéficiaires de dons ».

Pour ce faire, WISE adopte une approche intégrée, éduquant les femmes et leur offrant une formation dans des domaines allant du leadership et de l'autonomisation à la culture financière et à l'entreprenariat, en passant par le journalisme citoyen et les outils numériques. L'organisation accorde également de petits prêts et un accompagnement financier aux jeunes entreprises.

La méthode WISE s’est récemment illustrée lors d’un programme d’entrepreneuriat portant sur les fourneaux propres. Une trentaine de femmes (15 équipes de deux) ont participé à une semaine d'ateliers en avril et en mai. L'idée était de rendre ces femmes capables d'apprendre à d’autres les dangers des braseros et les avantages – sanitaires, financiers, environnementaux – des alternatives propres. Il leur a également été expliqué comment lancer une activité de vente de réchauds propres.

L'une des participantes s’est révélée particulièrement prompte à mettre cela en pratique. A l’issue de la première semaine, Binta Yahaya investit les profits de son petit commerce pour vendre la marque de réchauds propres qu'elle avait découverte lors de sa formation. Lorsqu’elle se rend à la deuxième semaine de formation, elle a non seulement vendu 70 réchauds, mais aussi conçu un prototype de poêle et demandé à un artisan local de le fabriquer.

A la fin du programme, chaque équipe a reçu deux réchauds propres et une subvention de 500 dollars pour sensibiliser leur communauté. Binta Yahaya vit l'autonomisation et l'entrepreneuriat comme un poisson dans l'eau. Avec sa coéquipière, elle a vendu 152 poêles, dépassant largement l'objectif de 120. Elle a également lancé une entreprise de biomasse transformant les déchets agricoles en briquettes de charbon de bois.

A ce jour, près de 7 500 femmes et jeunes filles] ont participé aux programmes WISE, ce qui a valu de nombreux prix à l'organisation et à sa fondatrice. Aujourd'hui, Olanike Olubunmi Olugboji rêve de mettre sur pied un centre de ressources et d'apprentissage écologique pour former 3 000 femmes chaque année.

« C'est formidable d’avoir libéré autant de potentiel, et que les femmes avec lesquelles nous avons travaillé profitent d’une nouvelle opportunité de réécrire leur histoire », déclare Olanike Olubunmi Olugboji. « Avec ce centre, nous pourrions faire tellement plus ».

http://wisenigeria.org/

Par Praise Olowe pour The Nation

Une ONG primée a recours à la culture populaire, aux médias et à la technologie pour lutter contre la violence et la discrimination à l'égard des femmes.

Sunaina, 14 ans, vit dans un village du nord de l'Inde. Lorsqu'on lui demande quels sont ses rêves, elle se perd dans ses pensées. Au bout de quelques minutes, elle répond : « obtenir de nouveaux vêtements pour Diwali », l'une des plus importantes célébrations annuelles de l'Inde. « Et sur le long terme », lui souffle-t-on, « à quel rêve penses-tu chaque matin en te réveillant et souhaites-tu accomplir ? ». Nouveau long silence. Puis des amies l’appellent et elle s’en va. Sunaina n'a jamais répondu à la question.

« Il est choquant de voir à quel point les filles n'ont ni rêves, ni aspirations. Notre société les a tellement étouffés », regrette Sohini Bhattacharya, PDG de l'ONG Breakthrough India, lorsqu’on lui relate la rencontre.

Fondé en 2000, Breakthrough India œuvre à transformer les normes sociales et les cultures sous-jacentes. Elle a pour objectifs, en autonomisant les femmes et les jeunes filles par l'éducation, de les protéger des mariages précoces et de la violence domestique, mais aussi de mettre fin à la sélection et au harcèlement sexuels.

Dès le début, l’approche a été iconoclaste : Mallika Dutt, militante indienne-américaine des droits de l'homme, a lancé Breakthrough India après que son album abordant les droits des femmes ait dominé le hit-parade de la pop indienne et remporté en 2001 le National Screen Award du meilleur clip vidéo. Soudain, elle s’est rendu compte que les médias, l’art, la culture populaire et la technologie pouvaient être des outils très efficaces pour faire progresser la justice sociale.

L'ONG, qui dispose maintenant de bureaux à New Delhi et à New York, opère dans trois États du nord de l'Inde : Haryana, Uttar Pradesh et Rajasthan. « Nous avons commencé à travailler avec des victimes de violence domestique », explique Sohini Bhattacharya. « Notre première campagne s’appelait Bell Bajao ! (Sonnez la cloche !). Cette série de publicités télévisées était conçues pour aider les gens à comprendre que la violence est l'affaire de tout le monde, et leur montrer que lorsqu’un témoin intervient [par exemple, en sonnant à la porte d'un voisin], il peut aider ». Depuis 2008, Bell Bajao! a été vu par plus de 130 millions de personnes en Inde. En 2013, la campagne primée s'est mondialisée, avec des spots mettant en vedette des célébrités internationales comme Sir Patrick Stewart et Michael Bolton.

Le docteur Leena Sushant, directrice de la recherche, du suivi et de l'évaluation de Breakthrough India, affrme que de nombreuses femmes ne voient toujours pas la violence conjugale comme un problème. « Si vous leur posez la question, elles vous diront tout naturellement qu'il est normal que leur mari les gifle quand elles brûlent un roti [pain plat] ou dépensent plus que le budget du mois. C'est difficile d'aider les femmes quand elles ne réalisent pas qu'elles ont un problème ».

L'ONG a appris qu’il est utile d’adopter une approche non conflictuelle. « Les médias, le théâtre et la musique sont nos principaux outils », déclare Leena Sushant. Par exemple, les camionnettes vidéo de Breakthrough India sillonnent les villes et les villages, invitant les habitants à participer à des jeux et à du théâtre de rue pour attirer l'attention sur les violences faites aux femmes.

Au fil des ans, Breakthrough India s'est également attaqué aux problèmes auxquels sont confrontées les jeunes filles. L'éducation est la pierre angulaire de ce travail, découlant de la conviction qu'un changement ne peut se produire que si les mentalités sont façonnées dès le début. L’ONG a maintenant des partenariats avec l’Haryana et l’Uttar Pradesh pour mettre en place des projets dans plus de 150 écoles.

Des études montrent que, dans les villages de ces deux États, 70 % des filles abandonnent l'école avant 16 ans. L'une des raisons est que les écoles manquent de toilettes propres et accessibles ; une autre tient au fait que les aller-retour à l'école peuvent s’avérer dangereux. Les mentalités jouent également un grand rôle : « Une fille fera sienne l'idée qu'il est acceptable pour son frère d'étudier aussi longtemps qu'il le souhaite, mais qu’elle ne peut être éduquée que jusqu' à un certain point, et devra finalement se marier », déplore Sohini Bhattacharya. « Notre but premier est de persuader les filles qu'elles ont autant droit à l'éducation que leurs frères, cousins ou amis masculins ».

Sunanina, l'adolescente interrogée sur ses rêves, fait partie d'un programme Breakthrough India à Haryana. L'ONG ne s’est pas fixée de date limite pour mesurer l'impact du programme. Elle note toutefois que les filles du village de Sunanina s'inscrivent désormais dans les écoles avec les garçons.

Dans l’État de l’Haryana, l'un des projets, « Partagez votre histoire », incite les mères à raconter à leurs fils leur histoire personnelle de harcèlement sexuel, ou les fois où elles ont été sifflées sur la voie publique ou au travail, afin que les jeunes garçons sachent que cela n'est pas acceptable. « Lorsque nous échangeons avec les garçons dans les villages et les petites villes, nous constatons que beaucoup d'entre eux trouvent amusant de harceler les filles. A travers l'expérience de leur propre mère, les garçons comprennent que ce n'est pas drôle », déclare Sohini Bhattacharya.

Afin d'assurer une approche inclusive, Breakthrough India s'efforce de faire participer les écoles, les jeunes garçons et filles, leurs parents et les chefs de chaque communauté. Par exemple, l’ONG a l'intention de lancer une campagne Ratri Chaupal pour impliquer et sensibiliser les aînés des villages de l’Haryana. Le soir, lorsque les gens rentrent du travail, des discussions communautaires seront organisées pour demander aux anciens du village comment mettre fin à la discrimination à l'égard des femmes.

Financé principalement par des dons et des sponsors, Breakthrough India est soutenu par des entreprises internationales (Google, Oracle), d’autres ONG (UNICEF, Oak Foundation) et des gouvernements (Canada, Pays-Bas). L'organisation, qui a déjà remporté ou été nominée pour plus de deux douzaines de prestigieux prix médiatiques et humanitaires, a connu un nouvel élan en 2016 lorsqu'elle a reçu le prix de la fondation Skoll pour l’entrepreneuriat social – un honneur accompagné de 1,25 millions pour l’aider à étendre son travail et à accroître son impact.

Breakthrough India est composée d'une trentaine de personnes réparties entre les Etats-Unis et l'Inde. Bien qu'elle dispose des ressources nécessaires pour s'attaquer à de nombreux problèmes, elle n'a pas le pouvoir de s’emparer directement de tous. Ce qu’elle peut faire, c’est attirer l'attention des agences gouvernementales sur les problèmes, ce qui fait parfois changer les choses. Et elle ne s’en prive pas.

https://www.inbreakthrough.tv/

Par Soumya Pillai pour The Hindu

Dans cette ville où l’accès aux soins passe essentiellement par l’hôpital, un lieu unique en France a ouvert, où sont regroupés gynécologues, psychologues mais aussi assistantes sociales et avocats.

«Entre ces murs, il n’y aura pas de tabou », promettait le Dr Ghada Hatem le jour de son inauguration. Violences physiques ou psychologiques, viols, incestes, excisions, elle entend bien des horreurs et des souffrances, cette pimpante maison aux couleurs acidulées… « Il ne nous était pas possible de faire comme s’il n’y avait rien à voir ! », s’émeut la gynécologue-obstétricienne, fondatrice de ce lieu unique en France. Juste à l’écart de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis, dans un jardin encore en friches, la Maison des femmes a été inaugurée à l’été 2016.


Cela fait longtemps qu’il n’y a quasiment plus de gynécologues à Saint-Denis et les médecins y sont rares : l’accès aux soins passe donc essentiellement par l’hôpital. Quelque 4 700  femmes, de 120 nationalités différentes, y accouchent chaque année. Plus de 200 d’entre elles repartent, leur bébé sous le bras, sans d’autre contact que le 115 pour trouver un toit. Certaines n’ont jamais vu de médecin pendant leur grossesse. La plupart ne bénéficient d’aucune couverture sociale lors de leur première visite. « Leur préoccupation est surtout de savoir où elles vont dormir le soir même et ce qu’elles vont manger, indique le Docteur  Hatem. Alors, elles ne se sentent guère concernées, ni par le frottis ni par la mammographie… » Le planning familial, trois petits bureaux au fond d’un couloir, à l’étroit dans la maternité, n’était, lui, pas en mesure de répondre à la problématique croissante des violences sexuelles et mutilations. « Il enregistre depuis deux ans une augmentation du nombre d’IVG de 21 % et des consultations de 50 %, précise-t-on à l’hôpital. À cela s’ajoutent 35  passages impromptus par jour pour divers conseils. »

«Moi aussi, j’ai fait un rêve…»
Gynécologues, sexologues, chirurgiens, psychologues, sages-femmes, conseillères conjugales, assistantes sociales, avocats mais aussi depuis un an commissaires de police, un psychiatre, une psychomotricienne et une sophrologue, sans compter les vingt-deux bénévoles -du médical à l’administratif- accompagnent désormais ces patientes au sein de la Maison des femmes. La chanteuse malienne Inna Modja en est la marraine et y anime un groupe de parole pour femmes excisées. Comme 15 % des patientes de la maternité Delafontaine, la jeune femme a été excisée, à l’âge de 4 ans et demi. « J’ai réussi à tirer de cette expérience extrêmement négative la volonté d’accomplir des choses et d’être femme à part entière, confie l’artiste, aujourd’hui « réparée ». Ici, elles vont être accueillies comme si elles étaient chez elles. Savoir que certaines d’entre nous ont vécu des choses similaires va les mettre en confiance ! Et puis, peut-être que parfois je prendrai ma guitare et je jouerai pour leur apporter du réconfort… »

Exergue « Du réconfort, ces femmes précarisées en trouveront dans cette maison lumineuse »
Du réconfort, ces femmes précarisées en trouveront dans cette maison lumineuse aux murs roses, verts ou jaunes, ornés de fresques et de photos de célèbres féministes. Dans la grande salle dédiée à l’ancien mannequin Waris Dirie, créatrice de la fondation « Fleur du Désert », sous les portraits de Marie Curie, Camille Claudel, Rosa Parks et même Jo Cox - cette députée britannique tuée en juin 2016-, elles pourront participer à des ateliers maquillage, des séances de sophrologie, d’art-thérapie ou encore d’alphabétisation. « N’importe quoi, mais qu’on ne les ramène pas uniquement à leur statut de mère !, explique Monique Veneri, conseillère conjugale et familiale. Ici, on est là pour s’occuper de soi. » Au mur, il y a aussi le poème du Dr Hatem : « Moi aussi, j’ai fait un rêve… ». « J’ai rêvé que les femmes, qui sont à la fois la moitié du ciel, l’avenir de l’homme et le sel de la terre si l’on en croit les poètes, étaient devenues des êtres humains, libres, égales et fraternelles, écrit-elle. J’ai rêvé qu’elles n’étaient plus de simples matrices productrices de chair à canon, de variables d’ajustement, des faire-valoir ou des souffre-douleur. »

Suivi post-traumatique
Comme elle aimerait offrir des thérapies de couples, comme dans le cabinet qu’elle a quitté à Toulouse ! Mais ici, rapporte la conseillère conjugale, « la plupart des consultations concernent des viols conjugaux et des demandes d’IVG. Et qu’est-ce qu’on a comme mineures victimes de viols ! ». Comme cet après-midi-là, d’ailleurs, où toute l’équipe de la Maison des femmes sera appelée à la rescousse : une jeune fille de 17 ans vient d’arriver, enceinte, victime d’un viol, après avoir été droguée par un inconnu qu’elle a « bêtement suivi ». « Quand je me suis réveillée, dans son lit, il me tenait les poignets et m’a menacée “Qu’est-ce que je vais faire de toi, maintenant ?, raconte-t-elle, encore terrorisée. J’ai cru qu’il allait me tuer. Alors j’ai juré que je ne dirai rien. » Prévenir ses parents ? Avorter ? Porter plainte ? « Nous, on déteste décider à la place des femmes, souligne Mathilde Delespine, sage-femme et coordinatrice de la Maison. Mais la loi dit que si l’on a connaissance de sévices contre un mineur, il faut le signaler. » Alors, tandis que la conseillère conjugale tente de rassurer l’adolescente, la sage-femme prend conseil auprès de la brigade des mineurs. Une simple déposition, sans plainte, permettra à la police de récupérer l’ADN du fœtus après l’avortement. Quant à la jeune victime, « on va lui organiser un suivi post-traumatique, assure la coordinatrice de la Maison des femmes. Elle n’a été qu’un objet aux yeux de cet homme. Notre but, c’est de lui redonner une position d’actrice de sa vie de femme ».

Par Stéphane Kovacs, Le Figaro (France)
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Depuis le 16 avril 2009, 30% au moins des candidats aux élections nationales et municipales doivent être des femmes. C’est en substance le résultat attendu de la loi sur le quota genre, mise en application lors des élections couplées législatives et municipales du 2 décembre 2012 au Burkina Faso. 8 ans après, l’efficacité de cette loi se fait toujours attendre.

Selon les données du Conseil national pour la promotion du genre (CONAP/Genre), entre 1997 et 2015, la tendance de progression s’est faite en dents de scie. Le nombre de femmes députés a beaucoup varié entre 1997 et 2015. Ainsi, on note que celles-ci étaient 10 en 1997, 13 en 2002, 17 en 2007 et 24 en 2012 à l’Assemblée. A partir de là, le nombre de femmes députés a chuté pour revenir à 13 en 2015. En mars 2017, ce nombre est passé de 12 à 15.

D’où vient donc le problème ? Au niveau du ministère pour la Promotion du genre, on pointe du doigt l’interprétation de la loi. « Aucun texte n’étant venu préciser les termes de la loi, les partis politiques en ont choisi une interprétation qui, en réalité, ne renforçait pas la participation des femmes aux élections. Ainsi, au lieu de 30% de toute liste, ils ont préféré 30% de l’ensemble des candidatures du parti », explique le CONAP/Genre dans un rapport.

A cela, il faut ajouter que, sur les listes électorales, les femmes n’ont pas été placées en position d’éligibilité ; c’est-à-dire, en tête de liste. En plus, et dans certains partis politiques, les femmes sont très peu nombreuses. Et les pesanteurs socio-culturelles qui les relèguent aux tâches domestiques, et leur faible pouvoir financier, jouent contre la promotion de la femme en politique.

Même la sanction qui consiste à perdre 50% du financement public dans le cadre d’une élection, pour non-respect du quota genre, n’a pas été suffisamment dissuasive pour pousser les partis politiques à adopter cette loi.

Face aux multiples obstacles rencontrés dans la lutte pour l’amélioration de la participation des femmes à la politique et la complexité même du sujet, dans le contexte burkinabè, « mon département, en collaboration avec le MATDS [Ministère de l'Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité] et les OSC [Organisations de la société civile], a entrepris en 2015 la relecture de la loi pour la rendre plus efficace », a expliqué David Beyi, secrétaire permanent du CONAP/Genre. Les modifications apportées à celle-ci portent sur l’ajout de nouveaux articles qui visent le positionnement alterné homme-femme ou femme-homme sur les listes électorales, et aussi sur l’article 3. Ainsi, au lieu de «toute liste de candidatures présentée par un parti ou regroupement de partis politiques, lors des élections législatives et municipales, doit comporter au moins 30% de candidatures au profit de l’un et de l’autre sexe», le nouveau texte dispose en son article 3 que «chaque liste de candidatures présentée à l’occasion des élections législatives ou municipales par un parti politique, un regroupement de partis politiques ou un regroupement d’indépendants, dans une circonscription électorale dont le nombre d’élus est paire est alternée femme-homme ou homme -femme ».

Des mesures qui, comme le note M. Beyi, ont permis la progression du nombre de femmes députés sur l’échiquier politique. C’est ainsi qu’entre 2015 et 2017, le Burkina a enregistré 3 nouvelles femmes députés à l’Assemblée nationale. Ce chiffre est loin des performances d’un pays comme le Rwanda, qui fait office de référence en matière de parité homme/ femme en politique avec plus de 50% de femmes au parlement.

Les facteurs explicatifs
Plusieurs types de contraintes freinent la femme dans son ascension politique. Il s’agit d’abord des contraintes liées aux pratiques politiques. Au Burkina, l'article 154 de la Commission électorale stipule que “ sous peine de nullités, les listes de candidatures doivent comporter au moins un candidat de l’un ou de l’autre sexe”. Une loi qui n’est pas respectée. En 2015, sur les 127 parlementaires, 92% étaient de même sexe. Les femmes ne représentaient que 8%.

Une autre contrainte est quant à elle liée à la société, à savoir la préséance de l’homme sur la femme.

Cela n’a pourtant pas empêché certaines femmes de tenir tête et de faire front face à l’adversité. Juliette Bonkoungou, député du CDP, ancien parti majoritaire, raconte ses premiers pas dans la politique. « Je me voyais suivre les décisions qui sont votées sans jamais donner mon avis. Je me sentais obligée de suivre les décisions des autres. Alors je me suis dit qu'un jour je ferai partie de la décision. Je serai au début de cette décision et mon avis comptera ».

Une attitude qui démontre que malgré le dispositif juridique qui place la femme et l’homme sur le même pied d’égalité, les femmes doivent toujours faire preuve de plus de motivation, et de plus de volonté pour pouvoir jouer les premiers rôles.

Par Sandrine Sawadogo pour L'Économiste du Faso

Changement climatique, conflits armés, déplacement massif de populations, montée de l’extrême droite ou bien encore violence de nos sociétés sont autant de défis auxquels le monde doit faire face. Si elles nécessitent une prise en compte et des réponses urgentes, aucune de ces préoccupations ne saurait être résolue efficacement sans reconnaissance préalable de l’inégalité entre les sexes. Aucune société ne peut se développer − en termes économique, politique ou social −, si la moitié de sa population reste marginalisée.

Face à de telles inquiétudes, les femmes et les hommes doivent assumer ensemble la responsabilité de déterminer leur avenir et s’engager, à un même niveau, dans la construction de communautés pacifiques et résilientes face au changement climatique. Les femmes ne sont pas représentées paritairement dans les assemblées décisionnaires, leur voix n’est pas entendue et elles ne participent pas à parts égales à l’élaboration des politiques publiques, en dépit des mesures plus ouvertes et universelles qui découlent de leur implication dans la prise de décision et la gouvernance.

Malheureusement, selon une certaine opinion, les femmes ne mériteraient pas un traitement égal. Renoncer à l’éradiquer constitue l’un des principaux freins au progrès et à la prospérité. L’absence de représentation égalitaire des femmes et de résolution adéquate des problèmes qui les concernent affecte l’ensemble de la société.

Encourager l’autonomie − politique et économique − des femmes favorise l’éradication de la pauvreté et une meilleure croissance économique. D’après un rapport du cabinet McKinsey, soutenir l’égalité des femmes pourrait rapporter 12 000 milliards de dollars supplémentaires (10 000 milliards d’euros) à l’économie mondiale d’ici 2025.

Les femmes subissent de plein fouet certaines des pires souffrances au monde. À cette même échelle, la violence sexiste demeure l’un des principaux problèmes de droits humains, surtout dans les zones de conflit. Les valeurs culturelles et les normes sociales pèsent dans la manière d’aborder cette violence sur laquelle les sociétés préfèrent trop souvent fermer les yeux, au détriment des familles et de la cohésion sociale.

Mais les femmes ne sont pas uniquement victimes des conflits, elles sont également de puissants vecteurs de changement. Elles jouent un rôle majeur dans la résolution des conflits et la consolidation de la paix. Leur contribution entraîne des changements au niveau des sociétés, des populations locales et des familles. En 2000, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1325 qui souligne le rôle majeur des femmes dans la prévention et la résolution des conflits et l’importance d’une participation égale des femmes dans le maintien et la promotion de la paix et de la sécurité.

Trop souvent, la gestion des affaires publiques et la prise de décision font abstraction de l’égalité entre les sexes. Les politiques publiques mises en œuvre ne reflètent donc pas les besoins de l’ensemble des citoyens. Des approches ciblées sont nécessaires pour garantir la participation de l’ensemble des femmes à la formulation des décisions qui affectent leur vie. Ainsi, les femmes feraient entendre leur voix et les politiques publiques répondraient avec efficacité à leurs besoins ; enfin, les femmes joueraient un rôle actif dans la construction de sociétés plus justes et plus équilibrées.

Pour être davantage entendues, les femmes doivent absolument s’impliquer. Il est essentiel d’écouter celles qui subissent les effets de fléaux mondiaux, tels que la violence sexiste, et qui sont les premières concernées par les conséquences du changement climatique. Un levier important consiste à renforcer leur rôle de chef de file pour favoriser davantage de projets et de politiques intégrant la dimension hommes-femmes. Ces enjeux majeurs ne peuvent pas être abordés de manière adéquate sans une prise en compte des inégalités en termes d’exercice du pouvoir et des responsabilités politiques.

Partout dans le monde, on trouve de superbes exemples de femmes qui passent à l’action et apportent des changements positifs à l’échelon local et national, en faisant tomber les obstacles de l’inégalité entre les sexes. Il y a plusieurs années, au cours d’une visite en Éthiopie, j’ai rencontré un groupe remarquable de dirigeantes déterminées à construire la paix au Soudan et au Soudan du Sud. Traditionnellement mises sur la touche, ces femmes entendaient être présentes à la table des négociations et luttaient pour apporter la justice aux victimes de violences sexuelles dans les zones de conflit et pour influencer la future génération de dirigeants africains.

Ce type de démarche s’applique également au domaine du changement climatique. La fondation Mary Robinson pour la justice climatique se veut le porte-voix des plus exposés à ses conséquences. Les femmes qui se trouvent dans les zones concernées en ressentent bien sûr les effets, mais jouent également un rôle essentiel en contrôlant l’efficacité de l’action en faveur du climat. Notre objectif consiste à garantir la participation des femmes aux forums internationaux, en particulier celles qui œuvrent au plus proche de leurs concitoyens. Pour réaliser la volonté de ne « laisser personne de côté » préconisée par l’Agenda 2030 pour le développement durable et son engagement de « donner la priorité aux plus défavorisés », les femmes qui œuvrent sur le terrain doivent être reconnues comme des acteurs essentiels du développement durable à l’échelle mondiale.

L’égalité entre les sexes promet un monde meilleur. Il faut encourager toutes les femmes à exercer pleinement leurs droits, car cela profite à l’ensemble de la société. Pour établir la démocratie, une bonne gouvernance, un environnement et une paix durables, il est fondamental de donner davantage voix au chapitre aux femmes et de renforcer leur pouvoir et leur influence.

Au regard des défis immenses auquel le monde fait face aujourd’hui, les femmes sont le pivot de la mise en œuvre de stratégies de résolution efficaces et doivent figurer dans toutes les instances décisionnaires. L’avenir de notre planète et la tranquillité de nos sociétés en dépendent. Car après tout, les droits des femmes sont des droits de l’Homme.

Par Mary Robinson, présidente de la fondation
Mary Robinson pour la justice climatique

Le Président de la république française, Emmanuel Macron, vient à nouveau de tirer la sonnette d’alarme pendant la 23ème Conférence des Parties (COP 23) de Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) à Bonn du 6 au 17 novembre 2017: la planète est menacée et continuer comme aujourd’hui reviendrait à « accepter tacitement, collectivement, la disparition d’un bon nombre de populations à l’horizon 2100. ». Par ailleurs, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays parlent et d’un impératif moral pour les générations présentes et futures à s’engager pour inverser les cercles vicieux engendrés par la surexploitation des ressources naturelles de la planète et des les modes de production et de consommation non viables qui représentent un risque pour l'humanité tout entière. Premières utilisatrices de nouvelles techniques agricoles, entrepreneuses de l'énergie verte ou simplement décideuses des comportements et modes de consommation familiaux, les femmes sont des actrices clefs du changement et des solutions vers un avenir durable 

Si les négociations climatiques n’apportent pas de nouvelles assez réjouissantes, l’attention croissante portée à chaque round sur le rôle spécifique des femmes dans la lutte contre le dérèglement climatique et la transition écologique est encourageante.

Cette année encore, à la COP23 à Bonn le rôle des femmes a été mis en lumière à travers l’activisme des associations féministes présentes comme Care France, Adéquations et Women in Europe for a Common Future qui portent sans relâche le sujet aux côtés d’ONU Femmes à chacune des étapes de négociation.

Ce plaidoyer se révèle payant puisque les états viennent d’adopter un plan d’action sur le genre, une première dans ce cadre de négociations. Celui-ci engage les états à aller au-delà des constats de l’impact différencié des enjeux climatiques entre hommes et femmes et à rendre l’ensemble de leurs interventions en faveur du climat capables d’y remédier.

En effet, toute variation climatique affecte de manière spécifique les femmes, en particulier dans les pays du sud, car celles-ci contribuent d’une manière essentielle aux secteurs de la sécurité alimentaire, de l’agriculture, de la santé et de l’énergie. L’ensemble des conséquences du changement climatique qui affectent les ressources naturelles, tels que les sécheresses, inondations et autres événements météorologiques extrêmes, vont contribuer à exacerber la pauvreté des femmes qui y assurent quasiment seules les tâches ménagères.

Aussi, le risque de décès de catastrophes liées au climat est 14 fois plus élevé pour les femmes et les enfants, principalement parce qu’ils ne sont pas ciblées en priorité par les programmes d’alerte et de prévention de ces catastrophes.

Si les femmes ont souvent été considérées comme des protagonistes secondaires, le temps est à l’étude, la valorisation et au renforcement de leur contribution en tant qu’actrices incontournables dans ce domaine. Cela passe nécessairement par le champ du financement.

Les études montrent que prendre en compte le genre dans les politiques de développement, de transports, de gestion durable des forêts, de l’eau, des énergies renouvelables, renforce l’impact et accroit les bénéfices socio-économiques de ces politiques. Agir pour les femmes et pour l’égalité, c’est donc lutter contre le changement climatique. ONU Femmes soutient notamment l’action des femmes pour le climat à travers la Journée Internationale de la femme rurale le 15 octobre et son programme phare – flagship programme - valorisant l'autonomisation des femmes grâce à une agriculture intelligente face au climat. Le programme vise à améliorer l'accès des femmes africaines à la technologie et à l'information en facilitant les plateformes numériques pour les femmes et les données agricoles en temps réel tels que l'information sur les technologies agricoles, les prix du marché, les prévisions météorologiques et à améliorer l'accès des femmes au financement, au crédit et aux investissements.

En France les femmes sont déjà des actrices de premier plan de l’économie sociale et solidaire, dans le domaine alimentaire, de la santé, de l’insertion et du recyclage.

Cependant, les moyens dédiés au genre dans le domaine du climat restent largement insuffisants. Ainsi, en 2015, seuls 0,01% des financements internationaux soutiennent des projets qui intègrent à la fois le climat et les droits des femmes. Le manque d’accès au financement est un frein réel au renforcement des projets conduits par des femmes en matière de transition écologique. C’est aussi indéniablement sur ce terrain des moyens que les Etats doivent s’engager pour cultiver la « résilience » climatique, et éviter que l’humanité ne sombre des suites de sa propre inconscience.

Pour le comité ONU Femmes France,
Fanny Benedetti, membre fondateur
et Céline Mas, Vice-Présidente

Dans l’atmosphère frénétique du nord de Dakar, un groupe de jeunes filles se fraie un chemin à travers les effluves de charbon de bois et de poissons frits. Habillées en tenues de sport bleues et blanches, les regards se tournent progressivement vers elles lorsqu’elles approchent un terrain vague juste assez grand pour servir de terrain de football. « Vous devriez être chez vous, pas en train de jouer au foot » lance un groupe de garçons. Sans prêter attention à la remarque, l’une des filles dessine au charbon de bois les délimitations des cages de foot et lance le ballon en l’air.

Les railleries de ce type de la part des jeunes ne sont pas rares au Sénégal. A travers le pays, une certaine perception du rôle de la femme est enracinée dans les mentalités dès le plus jeune âge. Malgré l’article 31 de la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations Unies reconnaissant le droit de chaque enfant de jouer, on attend souvent des jeunes filles sénégalaises qu’elles participent aux tâches domestiques, leur laissant peu de temps récréatif. Seyni Ndir Seck en est un bel exemple. Présidente de Ladies’ Turn (Au tour des femmes), une association qui promeut le football féminin dans le pays, elle a grandi en dissimulant à ses parents sa pratique du football. « Cela n’a jamais été facile pour les filles de nos générations de jouer au football, que ce soit au Sénégal ou ailleurs », nous confie cette ancienne capitaine de l’équipe nationale féminine du Sénégal de 38 ans.

Ladies Turn Wia 2Ladies’ Turn a pour mission d’aider chaque jeune fille qui souhaite apprendre à jouer au football à réaliser son rêve. Lancée en 2009, l’association est le fruit de la collaboration entre trois amies : Seyni Ndir Seck, l’américaine Jennifer Browning et la journaliste sportive camerounaise Gaelle Youmi basée au Sénégal. Le trio, appelé « Triangle de feu » s’est rencontré lorsque Jennifer Browning, qui travaillait pour le PNUD, a reçu une bourse pour financer un projet en lien avec le football. Durant Navétanes (littéralement championnat hivernal en wolof ), un championnat de football informel populaire au Sénégal, Jennifer Browning était surprise de ne voir aucune femme jouer, d’autant plus qu’aux Etats-Unis, le football est avant tout un sport de femmes. C’est ainsi que les trois amies décidèrent « d’organiser un tournoi qui a connu un succès, puis une association pour organiser de façon périodique ce tournoi », explique Seyni Ndir Seck. En 2009, ce premier tournoi avait alors attiré 400 filles. A présent, Ladies’ Turn est présente dans 11 régions du pays et les équipes se réunissent jusqu’à cinq fois par semaine durant la saison d’entraînement. En 2017, plus de 200 filles ont participé aux entraînements de manière régulière à travers le pays, et 100 filles se sont déjà inscrites au prochain tournoi qui aura lieu en janvier 2018.

L’impact de l’association sur la vie des jeunes filles sénégalaise va bien au delà de la pratique du football. Pour Ladies’ Turn, il ne fait aucun doute que le football est un puissant levier d’égalité hommes-femmes. Cela permet de donner confiance aux filles en leurs capacités mais aussi de créer de nouveaux rôles modèles pour la société. C’est également un moyen de leur apprendre à travailler en équipe et de les former à la prise de décision. Certaines des filles sont mêmes devenues des entraîneuses pour l’association et organisent des entraînements « dans les quartiers », participant à créer une nouvelle image des Sénégalaises dans le sport. « Nous sommes des femmes, nous voulons le même statut que les hommes » confie une fille de l’équipe de Koumbal, une région du sud-ouest du pays.

Entre contestations et difficultés financières, le quotidien de l’association n’est pas de tout repos. Bassouré Diaby, Coach en chef de l’équipe féminine nationale du Sénégal et coordinateur de Ladies’ Turn à Saint Louis ( la deuxième ville du Sénégal ) a été surpris par le niveau de mécontentement de la population, « Il faut accepter que tout le monde n’adhère pas, mais de là à rencontrer autant de résistance, ça je ne m’y attendais pas ». Financièrement, Ladies’ Turn a eu la chance d’obtenir des partenariats avec le British Council et l’ambassade canadienne du Sénégal mais cela n’est pas suffisant puisque les 8 employés de l’association sont tous bénévoles.

Ne perdant pas de vue l’objectif final, ce joyeux trio ne s’arrête pas là. Seyni Ndir Seck a récemment été nommée Présidente de la Commission du Football Féminin à la Fédération Sénégalaise de Football, un autre moyen de faire évoluer les mentalités en essayant d’influencer la manière dont sont organisés les tournois de football officiels dans le pays. Un objectif est également de promouvoir l’éducation secondaire des jeunes filles à travers la pratique du football. L’équipe est pour cela actuellement à la recherche de partenariats financiers.

Seyni Ndir Seck se dit optimiste sur l’avenir de Ladies’ Turn ainsi que sur celui des jeunes filles, qui s’affirment de jour en jour sur le terrain, et en dehors.

http://www.ladiesturn.org/LadiesTurn_Francais/Accueil.html

Idrissa Sané pour Le Soleil

La médecin est la grande spécialiste des transplantations du foie sur les enfants

«Parfois, quand j’opère, je me dis: mais pourquoi je fais ça?» Barbara Wildhaber rit, comme elle le fera souvent durant notre rencontre. En réalité, cette chirurgienne pédiatrique ne regrette pas ses choix. Bien sûr, une intervention représente une énorme pression. Mais il y a le reste. «Dès que j’ai pratiqué la chirurgie pédiatrique, j’ai su que c’était ce que je voulais. Cette combinaison entre technique, méticulosité d’opérations où tout est bonsaï, relations avec les parents et les enfants… Cela me fascine.»

«Seul, on ne peut rien faire»
Barbara Wildhaber nous accueille au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, dans un bureau ultrarangé «pour avoir les pensées claires». Codirectrice du Centre suisse des maladies du foie de l’enfant situé aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), directrice du Centre universitaire romand de chirurgie pédiatrique et membre de l’Académie suisse des sciences médicales et du board chargé de répartir la médecine hautement spécialisée entre les hôpitaux suisses… La Genevoise d’adoption vient d’ajouter à la liste de ses fonctions un siège à l’Assemblée du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Pour faire simple, cette Argovienne de 48 ans est la spécialiste de la transplantation du foie chez les enfants. En Suisse, elle est la seule à la pratiquer sur les plus petits bébés – ce qui l’empêche de partir trop longtemps à l’étranger. Le foie, elle lui voue une passion. Elle cite ses fonctions, sa capacité à se renouveler même si on en coupe une moitié… «Dans le corps, tout tourne autour de lui.» Sans oublier qu’il est «sensuel, beau et agréable au toucher», et que ses transplantations sont celles offrant la meilleure espérance de vie à long terme.

Cette femme a acquis la notoriété en 2015 après avoir dirigé une opération pour séparer deux siamoises reliées par le foie. Cette première mondiale a été réalisée à l’Inselspital à Berne, sur des grandes prématurées qui pesaient 1200 grammes. «Nous étions plusieurs chirurgiens. Dans une telle opération, les chirurgiens ne sont qu’un élément, un élément important, mais d’autres le sont. Et nous nous soutenons les uns les autres car souvent, nos doutes n’arrivent pas au même moment.» Pour elle, l’exploit technique n’était pas le plus important. «C’était très émotionnel. On n’a pas l’habitude de voir battre deux cœurs dans la même poitrine. C’était beau.» Ce moment reste dans son album souvenir, où se côtoient le meilleur et le pire. Malheureusement, l’une des siamoises est morte à l’âge de quelques mois d’un vice du cœur. Les décès, elle n’en a oublié aucun. Comment gère-t-elle ce stress? «En partageant!» L’équipe, encore elle. «Seul, on ne peut rien faire, c’est particulièrement vrai en médecine spécialisée», insiste-t-elle avant de citer Valérie McLin, avec qui elle codirige le Centre suisse des maladies du foie de l’enfant. «Elle assure le suivi médical. Elle est mon cerveau.»

La fatigue, les émotions, elle les ressent surtout après l’intervention. Il lui arrive de pleurer d’épuisement au lendemain d’une transplantation. Sa recette pour se ressourcer passe aussi par la nature et le sport. Adolescente, elle pratiquait le sprint au niveau national. Par la suite, son ascension professionnelle a été menée chronomètre en main.

Elle assure qu’aucun plan de carrière n’était établi. Les opportunités ont été essentielles. «Longtemps, j’ai eu la chance de ne pas avoir à me battre.» Les choses se sont compliquées en grimpant dans la hiérarchie. «Quand vous atteignez une certaine position, vous devenez le sujet d’attaques.» Etre une femme complique-t-il la donne? «Il y a cinq ans, je vous aurais dit non. J’ai réalisé depuis qu’au lieu d’avancer des arguments contre vous, certains hommes se montrent machos. Si un homme insiste, on dit qu’il a du caractère. Si c’est une femme, elle a un sale caractère.» Barbara Wildhaber, elle, est décrite comme agréable et facile d’accès. Dans son service, l’ambiance est «bon enfant». Mais on n’arrive pas là par hasard. Elle a aussi une «main de fer dans un gant de velours», dixit Dominique Belli, chef du Service de pédiatrie aux HUG. «Je suis à l’écoute et prends l’avis de mon équipe avant de décider, explique t-elle. Mais une fois qu’une décision est prise, il faut avancer. C’est mon côté pragmatique, peut-être un peu chirurgical.»

La médecin a appris la patience. Avec ses patients, il faut prendre le temps. Ne serait-ce que celui d’enlever un vêtement doté de boutons-pression. Ces enfants sont «un moteur». Tantôt drôles, tristes, agressifs… «Leurs émotions sont pures. C’est grâce à eux que je reste naturelle. Et leur vulnérabilité adoucit.»

Aller voir ailleurs
Désormais, Barbara Wildhaber se réjouit de rejoindre l’Assemblée du CICR. La chirurgie pédiatrique humanitaire est une autre de ses vies. Comme de nombreux médecins, elle a réalisé des missions à l’étranger. Elle veut maintenant créer des services chirurgicaux permanents dans des pays en développement, en formant et en suivant des personnes sur place.

De tels réseaux ont déjà été partiellement mis en place au Kenya et au Cameroun. «La chirurgie en Suisse, c’est le grand luxe. J’aimerais donner l’accès aux interventions les plus basiques aux autres. Je ne pourrais pas vivre sans ce contrepoids.» Ni sans les enfants. «Nous avons greffé une petite puce de cinq kilos il y a six semaines, conclut-elle sur le pas de la porte. Je l’ai revue hier, elle a six mois et m’a souri avec ses joues gonflées. Le reste, c’est secondaire.»

Par Caroline Zuercher pour Tribune de Genève

Au Sénégal, l’excision recule sur fond de mobilisation des victimes et des Ong

Les principales victimes de l’excision sont en première ligne dans la sensibilisation pour l’abandon de cette pratique qui a des conséquences néfastes sur la santé génitale et la santé de la fille tout court. Dans la région de Kolda, au Sud-Est du Sénégal, où cette pratique est ancrée, les victimes etles potentielles victimes mènent une campagne de sensibilisation sans relâche. La pratique recule. Mais la bataille est loin d’être gagnée. La tradition a encore tout son poids dans ces zones. 

L’heure n’est pas à la sieste. Ce mercredi 15 mars à 15 heures au quartier Bantanguel de Kolda, au Sud-Est du Sénégal. Les jeunes filles, les unes après les autres convergent vers la maison familiale de Oumou Barry, l’ex-présidente du club des jeunes filles. La cour de sa maison est leur quartier général. Depuis trois ans, elles ont pris leur destin en main. Elles mènent une campagne tambours battants contre les grossesses précoces et les mariages précoces et les mutilations génitales. Leurs armes, ce sont les mots. « Nous pouvons dire que les mutilations génitales ont reculé. Les clubs des jeunes filles y ont contribué. Ce n’est pas facile de convaincre les adultes qui sont attachés à nos pratiques ancestrales », nous confie l’ex-présidente du club des jeunes filles de Bantanguel. Depuis trois ans, elles organisent des séances de causerie, des visites à domicile et le porte-à-porte pour échanger sur les pratiques qui hypothèquent l’avenir des jeunes filles dans la région de Kolda. Adama Lajo Diallo âgée de 20 ans et Salimata Bâ 18 ans étaient en première ligne dans la croisade contre ces fléaux. Elles pensent qu’elles n’ont pas prêché dans le vide. « Nous pouvons dire que les cas d’excision ont diminué grâce à l’implication des filles qui sont les premières victimes. Mais il faudra reconnaître qu’il reste du travail dans des villages », a laissé entendre Adama Lajo Diallo. Comme à Bantanguel, peu avant 16 heures, des filles, certaines arrivant à pied, d’autres à bord des motos « Jakarta », au Centre Conseil pour les Adolescents (Cca) de Kolda. C’est leur point de convergence tous les mercredis après-midi. Elles sont environ une quarantaine ce mercredi 15 mars 2017. La timidité de quelques unes contraste avec l’énergie de la masse. Elles sont toutes engagées contre « leurs ennemis communs » qui ont pour noms « mariages et grossesses précoces », « Infections sexuellement transmissibles (Ist) », « mutilations génitales féminines ». Leur ton est révélateur de leur conviction. « A travers cette campagne « Ne touche pas à ma sœur », il a été demandé aux jeunes filles si elles sont prêtes à dénoncer les cas d’excision ? », déclare Josiane Biaye. Les réponses de quelques filles ne souffrent d’aucune équivoque. Le voile noir enroulé sur la tête, Oumou Awa Baldé au bord des larmes a juré de ne plus taire les cas d’excision pour le reste de sa vie. « Je jure de dénoncer une femme qui pratique l’excision fut-elle ma maman », dit-elle presque en tapant sur la chaise.

Les lignes bougent
Au bureau de l’Ong Tostan, sis à Nord Foire à Dakar, les actrices se gardent de crier victoire après plus de 20 ans sur le terrain de la sensibilisation. Ce lundi 28 août 2017, la fondatrice et directrice exécutive de Tostan, l’Américaine Molly Melching transmet une passion débordante. « Je tiens d’abord à préciser que ce sont les communautés qui décident d’abandonner l’excision. Tostan ne fait que son travail d’information et de sensibilisation sur les droits humains d’une manière générale », fait remarquer, Molly Melchning. La pratique persiste. Les lignes bougent. Au Sénégal, on a dépassé la période où celles qui parlent d’excision étaient traînées dans la boue. Molly Melching n’est plus victime d’injures dans les rues de Malicounda, dans la zone de Mbour. « Nous savons que nous n’avons pas un taux de 100 % d’abandon dans les villages qui ont décidé de tourner le dos à cette pratique. Mais nous avons obtenu un taux réel d’abandon d’environ 70 % », pense Molly Melchning. L’acquis de taille, c’est l’engagement des leaders religieux dans la sensibilisation.

Le poids de l’argument médical
L’argument médical a tout son poids dans la diminution de la prévalence. Certaines filles n’ont pas survécu à la mutilation génitale. D’autres n’ont pas transcendé le syndrome post-traumatique. « Nous avons eu des filles qui sont décédées suite à la pratique de l’excision à cause des hémorragies. Certaines filles excisées qui sont devenues femmes ont des difficultés lors des accouchements. D’autres traînent encore le traumatisme », rapporte Penda Mbaye, responsable Sénior programme à Tostan.

Ces éducateurs savent bien que le chemin est encore long. Selon le rapport annuel de 2016 du Programme conjoint de l’Unfpa-Unicef sur les Mutilations génitales féminines (Mgf), aujourd’hui au Sud du Sénégal, la prévalence de l’excision tout âge confondu est 47 % chez les filles contre 77 % chez leurs aînées il y a quelques années. Dans le nord, cette prévalence est de 31 % chez les jeunes femmes de plus 15 ans et 22 % chez les moins de 15 ans. Pour le responsable suivi-évaluation, Mady Cissé, le défi, c’est d’affiner les méthodes d’évaluation de l’abandon de cette pratique au sein des communautés.

Par Idrissa SANE pour Le Soleil

Les mères indiennes comptent parmi les populations les plus malnutries au monde. Un projet d’autonomisation des femmes et de lutte contre les traditions néfastes porte l’espoir d’une solution.

Dans un petit village perdu, proche de la frontière entre le Rajasthan et le Gujarat, l’air embaume de senteurs épicées alors que Dubali Damor, 40 ans, réchauffe des chapatis [petites crêpes indiennes] et fait revenir des épices pour le dîner familial. Une fois servis, son mari et ses enfants piocheront dans les assiettes fumantes de riz délicat et de curry, tandis qu’elle restera à l’écart en attendant la fin du repas. Avec un peu de chance, elle pourra grignoter quelques restes avant d’aller se coucher.

Au Rajasthan − touché de plein fouet par le changement climatique et les conditions agricoles difficiles −, la coutume selon laquelle les femmes, à l’instar de Dubali, mangent après leur mari et les membres de leur famille, constitue un grave problème de santé publique auquel il faut mettre un terme. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un milliard d’êtres humains dans le monde, avant tout des femmes, souffrirait de malnutrition. En Inde, selon ces statistiques, 55 % des femmes souffrent également d’anémie et la dénutrition touche un tiers des Indiennes en âge de procréer, lesquelles présentent un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 18,5 kg/m2. Ainsi, ces femmes perpétuent le cycle intergénérationnel de la malnutrition. En effet, les mères elles-mêmes mal nourries présentent des carences en nutriments essentiels au développement de leurs enfants à naître et produisent un lait maternel insuffisamment nourrissant.

Heureusement, l’ONG Freedom from Hunger India Trust [Fonds indien pour l’éradication de la famine] a mis en œuvre un projet biennal pour lutter contre la malnutrition des femmes de la région, ciblant en priorité les districts de Banswara et de Sirohi. Lancé en 2015, The Rajasthan Nutrition Project [Projet alimentation pour le Rajasthan] vise à sensibiliser les populations locales à l’importance de l’accès des femmes à une alimentation adéquate, et propose des programmes de formation dans les domaines de l’agriculture et de la santé. Incitées au changement à l’échelon local, les femmes sont formées au métier de conseillères en nutrition, et réunies au sein d’un réseau spécifique d’Annapurnas (en référence à la déesse hindoue de la nourriture). Aujourd’hui, plus de 1 250 femmes ont été formées dans le cadre du projet. À leur tour, elles ont apporté des conseils nutritionnels à 8 100 autres femmes. Au total, les Annapurnas ont informé plus de 30 000 habitants des districts de Banswara et de Sirohi au Rajasthan.

D’après les évaluations réalisées, les graines semées par les Annapurnas ont porté leurs fruits. Dans les zones rurales, où les comportements patriarcaux sont profondément ancrés, les hommes de la famille comprennent progressivement que placer la santé des femmes au rang de priorité publique profite à l’ensemble de la population. Dans les villages tribaux, leur participation aux programmes de sensibilisation a entraîné l’émergence de nouvelles stratégies familiales d’approvisionnement en aliments nutritifs et peu coûteux, et fait reculer l’habitude nocive pour la santé des femmes de prendre leurs repas après les hommes.

Pour Varsha Joshi, professeure de l’Institut des études sur le développement à Jaipur, l’éradication de ces traditions en apparence inoffensives − comme le simple fait, pour les femmes, de manger à l’écart des autres membres de la famille −, est essentielle pour garantir l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Elle souligne que quand les femmes prennent leurs repas avec leurs proches et comprennent le lien fondamental entre consommation de nourriture et nutrition, la santé de l’ensemble de la famille s’améliore.

Dubali est l’une des femmes auxquelles les Annapurnas ont tendu la main. Elle se sentait faible et épuisée à force de manger après sa famille. « C’était une habitude pour nous. Je ne l’ai jamais ressenti comme une discrimination contre les femmes, même s’il m’est parfois arrivé de rester affamée et d’être en mauvaise santé », témoigne-t-elle. Si Dubali possédait des terres et les cultivait, elle manquait toutefois cruellement de connaissances nutritionnelles. Souvent, elle ne cuisinait que deux ou trois variétés de légumes par semaine. Sous la houlette de l’Annapurna locale − Shobha Rawat −, Dubali et plusieurs autres femmes de son village – Jalimpura − ont découvert le lien entre santé et alimentation. Certaines techniques simples de préparation leur ont également été enseignées, notamment l’utilisation de récipients en fer pour cuisiner et de différentes farines pour confectionner les chapatis. Une proportion significative de femmes chefs de famille − 53 % − affirmait disposer d’un meilleur confort alimentaire après la formation.

Au Rajasthan − une zone où l’analphabétisme chez les femmes est très élevé −, Shobha doit innover pour convaincre. « Une série d’histoires illustrées opposant deux personnages féminins − Sita et Gita − a bien fonctionné. Les participantes ont identifié celle qui tirait le meilleur parti des conseils nutritionnels, ce qui les a persuadées de la démarche à suivre pour prendre soin d’elles-mêmes et de leurs enfants », explique-t-elle.

Dans de nombreux villages, la présence des Annapurnas a encouragé l’éclosion de poshanbadis (potagers particuliers). Confiantes et désormais fortes de meilleures connaissances nutritionnelles, les femmes optent pour des variétés plus nutritives, comme le luni (pourpier) et le pui (épinard de Malabar), autrefois écartés au profit du blé. À l’échelle locale, la croissance des variétés plantées par ces femmes marque un réel progrès dans la destruction des frontières érigées par les traditions entre les femmes, l’alimentation et l’agriculture.

Pour Dubali et Shobha, les repas représentent désormais l’occasion de manger aux côtés des êtres qui leur sont chers, mais également de consolider leur statut au niveau local.

Mohammed Iqbal pour The Hindu

https://www.freedomfromhunger.org/Rajasthan_Nutrition_Project

Après sa maladie, Cécile Pasquinelli a créé la marque Garance pour les patientes ayant subi une ablation du sein.

Sur l’affiche, la mannequin est belle, la lingerie aussi. Rien ne permet d’imaginer que le soutien-gorge a été fait sur mesure pour une femme opérée après un cancer du sein. C’est pourtant le cas: la marque de sous-vêtements et maillots de bain Garance propose aux femmes ayant subi une mastectomie des vêtements glamour.

Cela peut sembler banal et pourtant celles qui sont passées par là savent que c’est loin d’être le cas. «Après une opération de ce type, il faut refaire toute sa garde-robe et prendre rendez-vous en orthopédie avec quelqu’un en blouse blanche pour s’équiper en vêtements adaptés au port d’une prothèse», rappelle Cécile Pasquinelli Vu-Hong, la fondatrice de la marque, qui garde un mauvais souvenir de ce parcours du combattant ne cessant de rappeler à la patiente sa maladie, à un moment où elle est précisément en train d’en sortir et de se reconstruire. Car les modèles médicaux proposés en circuits traditionnels, au look austère et vieillissant, ne sont pas particulièrement féminins.

70% des femmes opérées portent des prothèses mammaires
Or 30% des 50 000 femmes touchées par un cancer du sein chaque année subissent une ablation de cet organe (mastectomie) et 70% d’entre elles ne se feront pas reconstruire chirurgicalement. Ce qui fait qu’en France, 300 000 femmes portent des prothèses mammaires.

«Après mon cancer il y a sept ans, je voulais pouvoir acheter mes sous-vêtements où j’en avais envie, raconte cette femme coquette. Arrêtée pendant deux ans, j’avais du temps libre et après avoir été cadre dans le marketing pendant 17 ans, j’ai eu l’idée de lancer ma propre ligne de lingerie», raconte la fondatrice de Garance. Les produits sont non seulement confortables (sans armatures ni baleines pour éviter de blesser), plus couvrants que la moyenne (pour masquer les cicatrices), mais surtout plus mode que ce qui existe sur ce marché.

Les intéressées ne s’y trompent pas, comme Fabienne P. qui témoigne sur Facebook : « C’est grâce à Garance que j’ai l’impression d’être redevenue moi, celle d’avant le cancer… Avec votre marque j’ai redécouvert ce plaisir et le désir de séduction pour mon ami. C’est vital pour retrouver l’estime de soi. Merci de me donner une seconde chance d’être à nouveau moi ».

Des enseignes grand public comme la chaîne de magasins Monoprix
Il lui faudra deux ans pour monter son entreprise. À la différence des concurrents, elle ne se contente pas d’être commercialisée en milieu médical (chez des orthopédistes, à l’hôpital et en pharmacie) mais pousse aussi les portes des enseignes grand public, comme le site de commerce électronique La Redoute ou les célèbres Galeries Lafayette. Tout en étant commercialisée via son propre site Web, qui permet de véhiculer l’image et les valeurs de la marque et concentre aujourd’hui la majorité de ses ventes. Depuis septembre, sept grands magasins Monoprix, situés près de centres de lutte anti-cancer à Paris et en province, accueillent également la gamme, ce qui lui a permis de gagner en visibilité et de booster son chiffre d’affaires.

Ayant démarré en 2012 sur ses fonds propres, Cécile Pasquinelli, lauréate du Prix Rose de l’Entrepreneuse 2012, a rejoint l’incubateur social de l’Essec Antropia avant de procéder à sa première levée de fonds en juillet 2015. Soutenue par l’investisseur solidaire Garrigue, la start-up, qui a reçu l’agrément entreprise solidaire et sociale en 2016, a de nouveau levé 200 000 euros via la plateforme de crowdfunding dédiée aux projets solidaires 1001pact.com (rebaptisée depuis Lita.co).

Une styliste de choc avec Stella Cadente
La fondatrice de Garance a longtemps fonctionné entourée de bénévoles : la styliste Stella Cadente, rencontrée alors qu’elle présidait le jury d’un concours de stylisme organisé par les Galeries Lafayette et Garance ou encore Valérie, une ancienne malade, pour qui poser pour la marque était «une évidence». Aujourd’hui, Garance compte deux salariées et travaille avec trois prestataires extérieurs. 

Grâce à Monoprix, les ventes, qui progressaient en moyenne de 20% par an, ont presque doublé en 2017 par rapport à 2016. « Si nous sommes présents dans cinq magasins Monoprix supplémentaires à la fin de l’année et continuons à nous développer avec l’enseigne en 2018, nous passerons l’an prochain à la vitesse supérieure avec l’international », assure Cécile Pasquinelli Vu-Hong. La marque, dont le site est accessible en anglais, a déjà des contacts avec des distributeurs en Russie, au Canada et aux Etats-Unis. Le mot d’ordre de Cécile Pasquinelli Vu-Hong, sept ans après avoir été diagnostiquée malade, n’a pas changé : continuer à avancer, toujours plus loin.

Par Caroline de Malet, Le Figaro (France)

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Twitter @demaletcaroline
Site https://www.garance-paris.com/

Contre vents et marées, le Bangladesh a réussi à tourner une page pour les futures mères.

Ruby Akthar se souvient encore de l’épreuve qu’a été son premier accouchement. A tout juste 20 ans, isolée dans l’un des nombreux bidonvilles du Bangladesh, elle a essayé de donner naissance à son premier enfant à la maison, sans aucune aide médicale. Mais le bébé se présentait mal et, après des heures à souffrir, elle et sa famille se sont entassées dans un taxi pour traverser un Dhaka étouffant d’humidité et chercher assistance au centre de santé d’une ONG. Aujourd’hui une fière maman, Ruby Akthar sourit en pensant à sa fille de six ans. Sans aide médicale, il est possible que ni la mère, ni la fille n’aient survécu à l’accouchement.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que, chaque jour, 830 femmes sont mortes en couches en 2016. Au Bangladesh, une combinaison de facteurs s’est révélée fatale à 6 000 à 7 000 femmes en 2016 : un taux de pauvreté élevé, un accès médiocre aux ressources médicales, de nombreux cas de petites filles mariées, et des préjugés profondément enracinés quant au rôle assigné à chaque sexe. Mais ce pays, qui est l’un des plus pauvres et des plus densément peuplés au monde, est aussi plein de surprises.

Selon le rapport de l’Unicef sur la situation des enfants dans le monde en 2016, le Bangladesh a le taux de mariage infantile le plus élevé au monde. Dans les régions rurales, 74 % des jeunes femmes sont mariées avant leur 18e anniversaire. Les mariages précoces mettent gravement en danger la santé des jeunes filles. Des grossesses multiples, prématurées et rapprochées, accroissent le risque de prolapsus de l'utérus et de fistule obstétricale. Les complications lors de l’accouchement exercent une trop forte pression sur les organes reproductifs, la vessie et le rectum, provoquant l’incontinence. Un état qui peut conduire à l’abandon par le mari, l’ostracisme dans la communauté, voire, dans les cas les plus graves, la mort.

Dans certaines communautés, notamment rurales, les femmes qui recherchent une aide médicale occidentale sont montrées du doigt, ou répugnent à parler ouvertement de leur grossesse ou de tout symptôme inquiétant. Souvent soumises à la pression des aînés du village, les femmes enceintes suivent des rituels de naissance traditionnels. « Chaque soir, après le dîner, je tenais un objet rond ou cylindrique et faisais sept fois le tour de la petite cour devant notre maison », raconte Ruksana Khatun. Selon la croyance familiale, cette coutume garantit un fils en bonne santé. Ruksana Khatun a finalement avorté après avoir découvert qu’elle attendait une fille.

Lors de l’accouchement lui-même, les mères sont parfois violemment secouées par des accoucheuses traditionnelles sous prétexte de libérer le bébé, sans tenir compte du risque élevé de causer une hémorragie ou un prolapsus utérin, et de blesser le nouveau-né.

En dépit des histoires effroyables entourant la santé maternelle, un changement impressionnant est déjà à l’œuvre dans le pays. L’origine présumée de cette transformation surprend beaucoup de monde. Selon le docteur Zafrullah Chowdhury, fondateur de Gonoshasta Kendra (GK), l’une des plus anciennes ONG du Bangladesh, ce sont les violences sexuelles commises en 1971, lors de la guerre d’indépendance du Bangladesh vis-à-vis du Pakistan, qui ont conduit des centaines de milliers de Bangladaises à demander accès à des services de planification familiale. « Bien des évolutions de la pratique médicale ont débuté lors de la guerre. Notre guerre a bousculé les mentalités », explique-t-il. « La culture n’a pas changé, la religion n’a pas changé, mais les mentalités ont changé ». Avec l’attente de planification familiale, et notamment de la possibilité d’avorter, de nombreux professionnels de santé sont arrivés dans les communautés rurales et ont engagé la conversation avec les villageois au sujet des droits, de la santé et de la sécurité des femmes.

Dans la foulée de cette révolution pour la santé des femmes, le Comité bangladais pour le développement rural (BRAC, en anglais), qui est aussi la plus grande ONG au monde, a lancé en 2005 un projet pour améliorer la survie néonatale, des enfants et des mères (IMNCS). Cette initiative, qui vise à réduire la mortalité, notamment dans les villages les plus pauvres et les plus reculés, couvre 25 millions de personnes dans 14 des régions du pays. Les employés du BRAC, qui comporte 70 % de femmes, travaillent dans les communautés locales, qu’elles forment et où elles gagnent ainsi un meilleur accès aux futures mères. Des villageoises apprennent les compétences requises pour travailler comme professionnelles communautaires de santé, professionnelles de santé néonatale et assistantes qualifiées pour les accouchements. Elles rendent régulièrement visite aux mères chez elles avant, pendant et après les naissances. Leurs services contribuent à combler le fossé entre la capacité actuelle des services gouvernementaux de santé et les besoins d’une population en continuelle expansion.

De telles initiatives ont contribué à inscrire le Bangladesh parmi les quelques pays à avoir atteint deux des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) : les objectifs quatre et cinq, qui visent à réduire le taux de mortalité infantile et le taux de mortalité maternelle. Ce dernier est aujourd’hui de 170 mères décédées pour 100 000 naissances vivantes, contre une moyenne annuelle de 322 sur la période 1998-2001. Des progrès évidents ont été faits ces 16 dernières années, et le pays se retrouve aujourd’hui bien en avance sur ses voisins Inde et Pakistan en matière de santé maternelle.

Le Bangladesh a encore un long chemin à parcourir. Dans le cas d’une femme sur deux, les décisions médicales liées à la grossesse sont encore prises par le mari. Cependant, ce petit Etat a montré que la formation médicale des femmes sur les questions de santé maternelle est un moyen efficace d’améliorer la vie des mères. Le docteur Chowdhury en est convaincu : « Pour tout ce qui touche à la mortalité maternelle, comme pour tout autre sujet, les femmes sont la clé »,.

Par Elita Karim pour le Daily Star

Serrant son bébé contre elle, Basanti Majumder, rescapée d’un cancer du sein, évoque sa douleur au sein gauche. Sa crainte ? Que la maladie récidive. Elle baisse les yeux furtivement puis lâche, dans un rire nerveux : « Aujourd’hui, si je ne vais pas consulter, c’est parce que je n’en ai pas les moyens. »

D’après les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) près de 1,38 million de nouveaux cas de cancer du sein et 458 000 décès liés à cette maladie sont recensés chaque année. Sans surprise, les taux de mortalité sont sensiblement supérieurs dans les pays en développement. Souvent, ce n’est que très tardivement que les femmes de ces pays consultent un médecin et obtiennent un diagnostic, car elles ignorent l’origine de leur mal et hésitent à engager des frais médicaux. Au Bangladesh, en raison des carences qui touchent les établissements médicaux, du rejet et de la méconnaissance de la maladie, seuls 11 % des femmes bénéficient d’un dépistage précoce. Comme dans presque toutes les régions du monde, le cancer du sein féminin est ici surreprésenté chez les femmes – parmi les Bangladaises qui souffrent d’un cancer, 32,8 % sont touchées au sein. Dans le pays, les services de santé publics – surchargés et sous-financés – ne sont tout simplement pas en mesure d’offrir les soins indispensables aux malades atteintes d’un cancer du sein.

La démarche d’une organisation engagée à améliorer le sort de ces femmes laisse toutefois entrevoir une note d’espoir. Depuis 2007, le centre Amader Gram Breast Care e-Health Centre entend proposer une aide médicale spécialisée à toutes les femmes, tous statuts économique ou social confondus. Si l’organisation a établi ses premiers quartiers dans la région de Khulna, au sud-est du Bangladesh, elle s’appuie à présent sur un autre centre, situé à Rampal dans la région de Bagerhat, auxquels s’ajoute une cellule chargée de la coordination, implantée à Dhaka.

Reza Salim, le fondateur et directeur de l’organisation, a fait ses débuts dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) en tant que conseiller en communication pour le gouvernement. « Mes travaux portaient avant tout sur le domaine des TIC et je n’avais jamais envisagé de les appliquer à la lutte contre le cancer ». Alors qu’ils mettent en œuvre un programme d’initiation à l’informatique au profit des habitants des zones rurales, Reza Salim et son équipe s’inquiètent du nombre considérable de femmes qui se présentent au centre en se plaignant de douleurs dans la poitrine. « Nous avons aussi engagé des actions à plus petite échelle pour étendre notre assise dans le domaine des maladies non transmissibles, car nous avons compris que le sujet, négligé, était largement éludé, » précise Reza Salim.

En 2017, soit dix ans après sa création, le centre Amader Gram Breast e-Health Centre, fort d’une équipe médicale de 13 collaborateurs spécialisés, enregistre chaque mois entre 90 et 150 nouveaux patients souffrant de pathologies mammaires. En 2016, 1 968 femmes ont été soignées par l’organisation et 426 d’entre elles ont bénéficié d’un suivi médical. Le vœu de Reza Salim : que les femmes prises en charge au centre bénéficient de tous les soins nécessaires au sein d’une structure unique – un grand défi dans le système public, où les patients sont ballottés d’un centre médical coûteux à un autre.

« Disposer de données concrètes sur la prévalence de la maladie et prendre les mesures qui s’imposent constitue une avancée notable dans le traitement contre le cancer », commente le fondateur. Dans ce pays conservateur, peu sont sensibilisés au cancer du sein et les femmes hésitent à franchir le pas et à évoquer leurs problèmes de santé. Pour surmonter ces écueils et rassurer les patientes, plusieurs femmes médecins évoluent dans les centres créés par Reza Salim.

Conscients des problèmes financiers qui touchent bon nombre de patients, les responsables du centre Amader Gram Breast Care e-Health Centre ont adapté leurs tarifs au portefeuille des malades. Une biopsie pour confirmer un diagnostic est facturée 12 000 takas (120 euros), contre quelque 1 000 takas (10 euros) pour une séance de chimiothérapie. L’organisation fournit gratuitement un téléphone portable à tous les malades cancéreux afin qu’ils puissent communiquer avec les médecins pendant toute la durée de leur traitement.

Mahmunda, autre rescapée du cancer du sein, estime que si elle est encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à l’organisation. « Après avoir remarqué plusieurs grosseurs dans mes seins, je me suis soignée par homéopathie. Lorsque les boules se sont multipliées, je me suis rendue dans ce service et M. Mozammel [un chirurgien rattaché au complexe de Khulna] m’a réorientée vers un traitement approprié. Aujourd’hui, par la grâce de Dieu, je me porte bien. »

Soucieuse de fournir des outils pédagogiques aux patients et à leur famille, l’organisation a rédigé une série de guides qui décrivent comment prodiguer efficacement les soins palliatifs aux femmes qui se présentent au centre à un stade trop avancé de la maladie et pour qui l’issue s’annonce moins favorable. L’équipe a même conçu une application baptisée « AG Palliative Care » en vue d’aider les membres des familles qui résident dans les régions reculées à préparer au mieux les derniers instants des êtres qui leur sont chers. L’application comprend un questionnaire concis, dans lequel les patients ou leurs proches peuvent consigner les symptômes observés. Les données sont transmises à un système informatique centralisé, avant d’être analysées par un médecin qui définira l’approche la plus indiquée pour le patient.

Résolument tournée vers l’avenir, l’organisation envisage d’étendre son offre de services à tout le Bangladesh dans l’espoir de sauver et de sensibiliser le plus grand nombre de femmes. Le centre Amader Gram Breast e-Health Centre a pour l’heure posé les fondations de la lutte contre le cancer du sein au Bangladesh et montré avec brio la voie à suivre en offrant, aux femmes parmi les plus vulnérables du pays, l’accès à un traitement contre cette maladie.

Par Sadi Mohammad Shahnewaz, pour The Daily Star

Au Royaume-Uni, comme à travers toute l’Europe, l’exclusion des migrants du marché du travail qualifié est un échec à la fois sociétal et économique. Bien que souvent très éduqués et qualifiés, les réfugiés, et notamment les femmes, ont plus de chances de devoir affronter la pauvreté et les privations que des Britanniques exerçant le même métier. Isolées socialement et perdant confiance face à la discrimination habituelle envers leurs compétences et leur expérience à l’étranger, ces femmes se retrouvent écartées du marché du travail.

En réponse à ce problème, une entreprise sociale de l’Est londonien a pris l’initiative d’aider les migrantes les plus vulnérables à intégrer le monde du travail en les formant au métier de fleuriste.

Fondé en 2016, Bread & Roses est l’œuvre d’Olivia Head et Sneh Jani. A quelques pas des cafés pour hipsters et des boutiques vintage du quartier de Shoreditch, Bread & Roses utilise l’art floral pour accompagner le développement professionnel de nombreuses femmes. Elles y disposent d’un espace protégé où améliorer leur anglais et reprendre confiance en elles.

Lorsqu’on lui demande ce qui a inspiré la création de son entreprise, Olivia Head cite une maxime de la féministe Rose Schneiderman : « Une travailleuse doit avoir du pain, mais des roses aussi ». « Cela nous parle. Nous voulons aider les femmes migrantes à trouver un travail qui fasse sens pour elles, et dans lequel elles puissent s’épanouir », explique-t-elle.

Les participantes viennent de partout dans le monde : leurs fiches d'inscriptions forment un catalogue de pays dans des situations instables. Malgré leur profil qualifié dans leur pays d’origine, elles n’arrivent pas à trouver d’emploi au Royaume-Uni. Leurs parcours professionnels sont pourtant variés : la dernière promotion comptait une enseignante de Syrie et une ingénieure de la République démocratique du Congo.

Salomy, une exilée ougandaise de 44 ans, fait partie des nouvelles recrues de Bread & Roses. Depuis son arrivée à Londres comme demandeuse d’asile, il ne lui est pas possible de trouver du travail tant que son cas n’est pas traité – un processus habituellement long et difficile. En attendant, elle se prépare activement à entrer sur le monde du travail. « Le métier de fleuriste est facile à apprendre. Les compétences que j’acquière me permettront d’obtenir un revenu à l’avenir », dit-elle. Ses compositions florales et celles des autres femmes inscrites au programme sont en vente sur le site de Bread & Roses.

L’environnement d’apprentissage de Bread & Roses offre à Salomy un espace où elle peut échapper à ses soucis. « Les cours donnent beaucoup d’énergie. Ils me font oublier mes problèmes pendant les moments passés à être créative, et j’y prends plaisir », témoigne-t-elle.

Non contente de terminer le premier cours, Salomy s’est d’elle-même inscrite au suivant, en janvier. L’entreprise pourrait d’ailleurs avoir besoin d’elle, car elle projette d’étendre sa surface en 2018.

L’organisation a jusqu’à présent contribué à former une cinquantaine de femmes. Au programme, trois mois de formation au métier de fleuriste, des cours d’anglais et un accompagnement professionnel avant un stage dans le domaine de leur choix. Certaines décident de perfectionner leur travail avec les fleurs. D’autres profitent de leur meilleur anglais pour trouver un stage en relation avec leurs qualifications initiales, par exemple dans le commerce, les fonctions administratives ou l’hôtellerie.

Olivia Head aime à provoquer en déclarant que tout un chacun doit contribuer à la formation des demandeurs d’asile et de ceux qui arrivent dans le pays sans rien, ou presque. « Je crois que tout le monde a un rôle à jouer pour créer un environnement où les demandeurs d’asile puissent s’épanouir dans leur nouveau lieu de résidence. C’est facile de regarder ce que fait le gouvernement et de lui reprocher de ne pas faire assez. Cela l’est moins de se regarder soi-même et de se demander si l’on fait suffisamment ».

Les personnes qui ont besoin d’aide sont nombreuses. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, plus de 120 000 migrants vivent au Royaume-Uni, soit moins de 0,2 % de la population, et 8 000 des 23 000 demandes d’asile ont été déposées par des femmes en 2016. Lent et saturé, le système prend des mois, des années, voire une décennie, pour traiter les demandes d’immigration, laissant des familles entières dans l’incertitude.

Salomy sait qu’elle doit s’attendre à un délai potentiellement long avant de recevoir une réponse à sa demande d’asile. Elle aspire à travailler chez un fleuriste dans son pays d’adoption. « Je suis une styliste de naissance ! Je suis une artiste, créer m’est naturel. J’espère qu’un jour je pourrai exprimer cela dans mon travail ».

Par David Lewis pour Sparknews

3 questions à une créatrice Emilie Hawlena a créé le réseau Genuine Women, qui vise à créer des synergies entre femmes qui lancent leur entreprise.

Emilie Hawlena – 33 ans – veut créer des synergies entre femmes motivées pour les aider à se lancer dans l’arène complexe, passionnante et parfois hostile de la création d’entreprise.

Pourquoi créer un nouveau réseau de femmes?
Après avoir quitté ma Belgique natale, il y a dix ans, et rejoint Genève afin de travailler dans le secteur bancaire, qui ne me correspond plus, j’aspire à développer ma fibre entrepreunariale. Cela passe par la mise en valeur de femmes entrepreneurs dynamiques, créatives et authentiques (ndlr: genuine en anglais). Je ressens un vrai élan de la part de quantité de femmes de qualité à se réaliser. J’espère donc pouvoir mettre en place quelque chose qui accueille cet élan et qui puisse porter les projets de ces passionnées plus loin. C’est bien parti puisque, un peu plus de neuf mois après le lancement de Genuine Women, le réseau compte 254 adhérentes dans toute la Suisse romande. De la prof de yoga en passant par la vigneronne ou l’organisatrice d’événements… Et nous comptons bien ne pas nous arrêter en si bon chemin puisque nous avons ouvert le réseau à Lausanne en mai 2017. L’ouverture dans d’autres cantons est prévue en 2018: en février à Neuchâtel, Fribourg en mai et le Valais pour la rentrée. L'objectif est d'unifier un maximum la Suisse romande. Le message premier du réseau est "ensemble, nous sommes plus fort et nous allons plus loin". Une ambassadrice représentera le réseau dans chaque canton, aidera à son développement et à sa mise en place (partenaires, événements, workshops, etc). Des évènements communs seront bien sûr organisés afin de mélanger les différentes zones géographiques.

Vos atouts pour parvenir à vos objectifs?
D’abord réunir, en constituant une communauté de femmes entrepreneurs solidaires qui permette d’échanger, de créer des collaborations et des synergies. Je suis persuadée qu’ensemble on est plus fortes et qu’on va plus loin ! Offrir ensuite de la visibilité aux membres de Genuine Women à travers un site qui se décline comme une vitrine. Chaque femme a sa propre page qui met en lumière son projet et lui permet d’être contactée en direct. Soutenir enfin ces entrepreneurs ou celles qui aspirent à le devenir dans le développement de leur activité. J’espère ainsi bientôt bénéficier d’une chronique radio qui permettra de présenter chaque semaine l’initiative d’une femme entrepreneur. Autre rêve auquel je travaille: réaliser un magazine trimestriel en distribution libre qui valoriserait des portraits de Genuines, des reportages sur des collaborations et des informations sur ce qui se passe dans le réseau.

Que d’ambitions…
Nous sommes de plus en plus nombreuses à nous lancer sur le chemin de l’entrepreneuriat. Or, ce chemin, bien que palpitant, n’est pas toujours évident et on s’y sent parfois très seule. Pour y remédier, je propose des workshops avec intervenants, des conférences et certains avantages pour aider et faciliter la vie de ces femmes motivées. On se voit aussi régulièrement entre adhérentes autour de petits-déjeuners, lunchs ou apéros, en fonction de nos agendas. Parmi ces rendez-vous, la Rescue drink mensuelle offre aux Genuines la possibilité de réseauter comme à la maison autour d’un verre, détendues et relax. Sans oublier les «Fuckup Ladies Night» où chacune vient raconter comment, au-delà de ses loupés, elle a su rebondir. Enfin, des soirées grand public sont ouvertes aux hommes.

Par Laurence Bézaguet pour Tribune de Genève 

(Thiès-Sénégal) Le micro-jardinage génère des revenus et enrichit l’alimentation des ménages. Les femmes qui ont fait confiance à la terre récoltent les fruits de leur travail qui profitent à toute leur famille.

En entrant dans le bâtiment, il faut serpenter entre les tables couvertes de plantes. Des pots de menthe sont alignés, d’autres espèces fleurissent dans des bouteilles découpées et certaines plantes vertes pendent de leurs supports accrochés aux murs. Nous sommes dans la cour du Centre d’écoute et d’encadrement pour le développement durable (Ceedd). Fondé en 2005 dans la ville de Thiès à 70 kilomètres à l’est de la capitale Dakar, cette association à but non lucratif propose du micro-crédit et de la formation en micro-jardinage aux femmes de milieux urbains pauvres.

La vie au Sénégal n’est pas toujours facile pour les femmes. Que ce soit en raison des traditions bien ancrées ou du manque d’accès aux ressources financières, seules 57% des jeunes filles intègrent l’école secondaire, entraînant de fort taux d’analphabétisation parmi les femmes adultes. Ce faible niveau d’éducation couplé aux obligations familiales expliquent que, selon les Nations Unies, 80% environ des femmes faisant partie de la population active travaillent dans le secteur informel.

« Le micro-jardinage, c’est la vitrine du Centre », se plaît à rappeler la présidente du Ceedd, Oumy Seck Ndiaye. Cette pratique qui se développe en milieu urbain est définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) comme « la culture intensive d’une grande variété de légumes, tubercules, racines ou herbes dans de petits espaces. » Ici, plus de 360 femmes font pousser des salades, des choux, des gombos, des aubergines et du basilic. Chacune d’entre elles cultive une espèce particulière, puis elles troquent les récoltes. Cette activité en plus de générer des revenus, permet aux femmes d’avoir des légumes pour améliorer leur alimentation et lutter contre la malnutrition.

Une douzaine de personnes, des employés et des bénévoles sénégalais et européens, forment les femmes aux techniques de micro-jardinage. L’une d’elles, utilisée par le centre, est un système inspiré de l’hydroponie, à l’aide de flottines, composée de plaques de polystyrènes et de mousses, dans lesquelles on insère les plantes à développer. 

Le Centre peut commencer à apprécier le fruit du travail accompli, remportant des prix au niveau national et international. Il diversifie désormais ses activités et élargit son champ d’intervention en proposant des formations en artisanat, de la microfinance, des activités socio-éducatives et des services de santé tels que des tests du VIH, des visites à domicile, de la contraception ou de la vaccination. L’équipe de Ceedd qui cherche à rendre les femmes autonomes sur le plan économique, travaille sur les autres maillons de la chaîne à savoir la transformation et la commercialisation. « Nous formons des femmes sur les techniques de conservation des produits frais ou de leur transformation. Nous avons des confiture d’aubergine, des sirops à base de miel et de citron, des jus avec des pains de singe, du bissap », renseigne la présidente. Les collectivités locales de la ville de Thiès et des villes étrangères, en France notamment, soutiennent le Centre en achetant une partie des produits finis, sécurisant une nouvelle source de revenus pour les femmes.

Les bénéficiaires n’ont pas mis tous leurs œufs dans un même panier. Si la production n’est pas au rendez-vous ou si elles n’écoulent pas leurs légumes, elles peuvent compter sur le crédit revolving. « Les femmes sont obligées de verser une cotisation mensuelle de 1500 francs Cfa (2,5 euros). Donc chaque mois une parmi elle reçoit 60.000 francs CFA (92 euros), qu’elle rembourse au bout de 6 mois. Toutes ces initiatives contribuent à l’autonomisation financière de la femme », nous fait savoir la présidente. Cette pratique informelle de prêts est utilisée dans de nombreux pays d’Afrique et dans les caraïbes.

Malgré un développement important, le centre Ceedd n’est pas à l’abri des difficultés. Comme dans la plupart des pays africains, le Sénégal doit faire face au changement climatique et à l’urbanisation rampante. Les mauvaises récoltes et le chômage ont conduit 40% de la population du pays à s’implanter en zones urbaines, comme à Thiès. Dans ce contexte, la spéculation sur les terres est de plus en plus dure, ce qui constitue une potentielle menace pour les micro-jardins du centre.

Pour le moment, il est clair que le programme Ceedd a permis d’améliorer le quotidien des femmes de Thiès. Désormais en mesure de subvenir financièrement aux besoins de leurs enfants, ces mamans à la main verte abordent le futur avec optimisme.

Par Idrissa SANE pour Le Soleil

http://www.ceedd.org/

 

Cette année, le thème de la Journée internationale des femmes était « Les femmes dans un monde du travail en évolution : pour un monde 50-50 en 2030 ». Partout dans le monde, les femmes et les hommes sont invités à s’engager à déployer tous leurs efforts pour atteindre l’égalité des sexes dans le monde du travail d’ici à 2030. Hélas, dans de nombreux pays, dont le Nigéria, cela demeure une lointaine ambition. Regardez dans n’importe quelle salle de conseil de Lagos ou d’Abuja, et vous verrez une écrasante majorité d’hommes. Mais qu’est-ce au juste qui empêche les Nigérianes de briser le plafond de verre ?

Les mouvements féministes des années 1960 et 1970 ont abouti, dans de nombreux pays, à ce que les femmes s’emparent du monde du travail depuis une quarantaine d’années. La triste réalité est que le Nigéria est à la traîne. Une enquête rapide sur les 20 entreprises cotées au Nigeria Stock Exchange (NSE) montre que sept d’entre elles ne comptent aucune femme dans leur conseil d’administration, et que cinq y ont nommé une seule femme. Erelu Angela Adebayo, ancienne première dame de l’Etat d’Ekiti et toute première présidente de WEMABOD Estates Limited, l’une des plus grandes entreprises immobilières du pays, déclare : « J’ai été présidente de WEMABOD, présidente d’Afriland Properties, membre du conseil d’administration de la Fondation Dangote et de bien d’autres organisations. Et, partout, je me suis retrouvée la seule femme, ce qui m’a fait penser que je servais d’alibi ».

L’économie du Nigéria s’est envolée et son industrie a été propulsée dans le 21e siècle, mais les préjugés envers les rôles attribués à chaque sexe sont profondément enracinés dans les traditions et conditionnent la manière d’élever les filles. L’enseignement universitaire compte énormément pour les Nigérians. Dans les cercles de l’élite nigériane, un master d’une université étrangère fera de vous une épouse de choix, mais vous ne serez pas nécessairement considérée capable de tenir bon dans un conseil d’administration. Les mentalités au Nigéria ont du mal à faire une place aux jeunes femmes fraîchement diplômées désireuses de se lancer dans de flamboyantes carrières. Comme l’auteure nigériane, et véhémente féministe, Chimamanda Ngozi Adichie l’a dit à propos des préjugés sociétaux sur les jeunes femmes : « Vous pouvez avoir de l’ambition, mais pas trop, sinon l’homme se sent menacé ». La dure réalité est que les Nigérians élèvent leurs filles dans la croyance qu’elles ne sont pas capables d’atteindre les mêmes sommets que les hommes.

Ce qui est encourageant est que, en dépit de ces circonstances et de ces attitudes, des organisations fleurissent dans le pays pour favoriser le leadership des femmes et les aider à gravir les échelons de leur carrière. L’une de ces initiatives s’appelle Women in Successful Careers (WISCAR). Créé en 2008 par la célèbre entrepreneure nigériane Amina Oyagbola et basé à Lagos, WISCAR guide les jeunes femmes et les accompagne pour qu’elles gèrent mieux leurs parcours professionnels. En 25 ans de carrière, Amina Oyagbola a remarqué que, sans conseils pour comprendre les rouages du monde de l’entreprise, les jeunes salariées deviennent déboussolées, isolées et perdent confiance en leur capacité à surmonter ces défis. Pour éviter une telle spirale, WISCAR leur fournit une année de mentorat par des professionnels confirmés, et promeut les politiques d’entreprise plus respectueuses de l’égalité des genres.

Les femmes qui font leur chemin jusqu’en haut de la hiérarchie contribuent à amorcer un changement positif à la fois au sein de l’entreprise et dans la société toute entière. Les femmes managers et PDG sont perçues comme plus fiables et collaboratives que leurs homologues masculins. L’économiste nigériane Nike Akande observe que les femmes « possèdent des idées fortes sur la conduite des affaires et cherchent à les partager avec d’autres qui pourraient bénéficier de ce qu’elles ont appris ». Les femmes seraient également meilleures dans la résolution de problèmes et d’excellentes mentors pour leurs jeunes collègues, pour le plus grand bien de l’entreprise sur le long terme.

Une promesse de changement se profile, notamment dans le traditionnellement très masculin secteur bancaire du Nigéria. Sanusi Lamido Sanusi, émir de Kano et ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigéria (CBN), a mis en place une règle selon laquelle 40 % des cadres supérieurs de la banque et 30 % des membres de son comité de direction devaient être des femmes au cours de son mandat à la CBN, de 2009 à 2014. « Je crois fermement en la diversité, qu’elle soit de genre, ethnique ou religieuse. Je crois aussi qu’elle ne peut jamais être atteinte en sacrifiant le mérite et les compétences », précise-t-il.

Ce qui, pour le moment, paraît clair est que les femmes nigérianes sont éminemment capables professionnellement. Elles poussent au changement dans l’univers patriarcal de l’entreprise, qui s’ébranle tout doucement. Comment accélérer le processus qui conduira à une plus grande parité dans le monde du travail ? A cette délicate question, une réponse possible est de s’inspirer du modèle esquissé par le secteur bancaire du Nigéria.

Par Yetunde Oladeinde pour The Nation 

Une société de taxis de Mumbai aide les femmes défavorisées à reprendre le contrôle de leur vie.

Manisha Malvade avait 21 ans lorsque sa mère a succombé à un cancer. « La mort de ma mère m’a ébranlée », confie-t-elle. « Mais je devais aider ma famille à survivre ». Son père, alcoolique et sans emploi, n’était d’aucune aide. Elle ne pouvait compter que sur elle-même pour élever ses cinq frères et sœurs.

A mi-temps dans un centre commercial, elle a pris au sérieux le conseil d’une collègue : apprendre à conduire. Pendant trois mois, elle a fait la navette entre sa maison à Kurla, en banlieue de Mumbai, et son école de conduite dans le quartier de Chembur.

Depuis sept ans, Manisha Malvade est conductrice chez Priyadarshini Taxi Service, une entreprise entièrement composée de femmes. Les bons mois, elle peut gagner jusqu’à 30 000 roupies (près de 400 € ). Cela lui permet non seulement d’assurer les besoins vitaux de ses jeunes frères et sœurs, mais également de payer leurs frais de scolarité et d’université.

Les femmes comme Manisha Malvade sont la raison d’être de Priyadarshini Taxi Service, explique sa fondatrice. Susieben Shah, qui est également présidente de l’organisation caritative Stree Shakti Kendra depuis 1989, déploie des programmes gouvernementaux destinés aux personnes économiquement désavantagées. C’est dans ce cadre qu’elle a rencontré des femmes qui s’occupent seules de leur foyer. Elles ont confiance en elles et la volonté d’entreprendre, mais manquent d’une plateforme et d’un mentor.

En réponse, Susieben Shah lance en 2011 Priyadarshini Taxi Service dans les bidonvilles et quartiers de chawls [immeubles collectifs] de Mumbai, la capitale financière de l’Inde. L’entreprise, qui débute avec 15 voitures, en possède 50 aujourd’hui et espère bientôt doubler ce nombre. La plupart des femmes qui rejoignent Priyadarshini Taxi Service sont veuves ou mères célibataires, « avec la soif de réussir », déclare Susieben Shah. Pour commencer, l’entreprise ne demande qu’un versement de 1 000 roupies (13 €), un permis de conduire et l’engagement de conduire 28 jours par mois.

La formation débute par les bases : leçons de conduite, entretien de la voiture, premiers secours, auto-défense, comptabilité, communication et règles d’usages. Les conductrices apprennent aussi le yoga pour les aider à supporter le stress lié à la conduite jusqu’à 12 heures par jour. Tout cela est gratuit : le coût de la formation, qui s’élève à 12 000 roupies (160 €) par personne, est pris en charge par un fonds caritatif.

Une fois leur diplôme en poche et au volant d’une voiture, les conductrices versent 850 roupies (11€) par jour et empochent le reste de leurs courses. « Nous sommes flexibles », précise Jeel Hade, responsable des relations commerciales. « Nous savons qu’il n’est pas toujours possible de gagner autant chaque jour ».

En arriver là n’a pas été facile. En Inde, les femmes conduisent de plus en plus en ville mais il est rare d’apercevoir des femmes taxis, un métier qui n’est pas considéré comme féminin. Au début, les taxis hommes regardaient de haut les conductrices de Priyadarshini Taxi Service, se souvient Susieben Shah. « Ils se plaignaient que les femmes menaçaient leur gagne-pain ». Pire, des hommes proches des conductrices détournaient les voitures pour leur propre activité de transport. Priyadarshini Taxi Service évite aujourd’hui ce cas de figure en étant propriétaire de tous les véhicules.

Aujourd’hui, le plus grand souci de Susieben Shah est de maintenir Priyadarshini Taxi Service à flot financièrement. L’entreprise se charge de l’entretien des voitures, dont l’usure est importante – une conséquence inévitable de l’état des routes à Mumbai. Les emprunts automobiles doivent également être remboursés en temps et en heure, les créanciers n’aimant pas les retards.

Attirer des investisseurs constitue un autre défi. Susieben Shah, qui a financé l’entreprise grâce aux profits de la société d’export qu’elle gère par ailleurs, s’étonne que les bailleurs de fonds ne se pressent pas à la porte. « Contrairement aux ONG, nous avons des résultats bien tangibles. Nous réalisons des profits. Mais ils recherchent la possibilité de changer d’échelle et une clause de sortie ». Ce qui n’entame pas sa détermination à trouver de nouveaux investisseurs et sa conviction que, d’ici deux ans, Priyadarshini Taxi Service se sera développé partout en Inde. « Je ne suis pas sur le point d’abandonner », prévient-elle.

Renoncer est encore moins à l’ordre du jour pour les conductrices
Manisha Malvade est aujourd’hui épouse et mère d’un fils d’un an. Sa belle-famille n’a pas exigé qu’elle quitte son travail, comme c’est souvent le cas en Inde lorsqu’une jeune femme se marie. Au contraire, sa belle-mère l’aide en s’occupant du bébé lorsqu’elle enchaîne ses journées de 12 heures. « Ma vie a complétement changé. Je ne me sens pas moins capable qu’un homme ».

Il a fallu affronter de vrais défis, ce qu’elle continue de faire avec énergie et détermination. Par exemple, en ignorant les conducteurs des taxis noirs et jaunes de Mumbai qui tentent de la chasser des stations de taxi et se moquent d’elle : « Reste à la maison ! Que sais-tu de la conduite ? ». Un passager refuse de payer ? Elle appelle la police. Lorsqu’un conducteur s’en est pris à elle en la dépassant pour lui bloquer la route, elle l’a stoppé, attrapé par la peau du cou et giflé de toutes ses forces. Elle n’a pas encore eu besoin d’utiliser le spray au poivre que Priyadarshini Taxi Service place dans chaque voiture. « L’entreprise nous dit que, si nous avons peur, nous n’arriverons pas à conduire. Et j’adore conduire, je le fais vraiment bien ! », s’exclame Manisha Malvade. « Vous n’avez pas à me croire sur parole : tous mes clients disent que je suis une super conductrice ! ».

Susieben Shah et les 200 autres femmes formées par Priyadarshini Taxi Service savent qu’elles font bien plus que conduire une voiture. Elles bousculent les stéréotypes et affirment leur indépendance sociale et financière. Tout en défrichant cette nouvelle voie, elles rendent également plus sûrs les déplacements des autres femmes.

Par Shubha Sharma, Mumbai, pour The Hindu

http://www.priyadarshinitaxi.com/

La France a beau être la capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin, les femmes ont encore du chemin à parcourir pour faire jeu égal avec leurs homologues masculins. Des initiatives se multiplient pour les encourager dans cette démarche.

Fin août 2017, un article du magazine économique Capital a fait l’effet d’une bombe. Consacré aux start-up tricolores qui s’exportent, ce dossier spécial, illustré d’une photo représentant onze fondateurs de jeunes pousses de la tech, en a ému plus d’un. Pas la moindre silhouette féminine dans ce palmarès des pépites ayant l’envergure pour se hisser parmi les poids lourds au niveau mondial. Les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras, provoquant un véritable « buzz » alimenté par les associations féministes, dans un concert de ricanements mêlés de colère.

La riposte de Delphine Rémy-Boutang, fondatrice de la Journée de la Femme Digitale, ne s’est pas fait attendre : quatorze entrepreneuses françaises ont posé ensemble pour le magazine économique Challenges, sous le titre : « le coup de gueule des créatrices de start-up », puis 80 d’entre elles devant la Bourse de Paris, pour la lettre spécialisée FrenchWeb.

L’épisode est révélateur de la place accordée au « sexe dit faible » dans l’innovation. Et la France est loin d’être une exception. Récemment, Kate Dwyer et Penelope Gazing, cofondatrices de la plateforme américaines Witchsy, n’ont-elles pas dû s’inventer un associé masculin pour être enfin prises au sérieux?

Tout aussi parlante est cette étude de la Harvard Business Review. Pendant deux ans, les conversations d’investisseurs de différents pays ont été enregistrées. En Suède – un des pays les plus progressistes au monde - un jeune était presque systématiquement présenté comme « jeune mais prometteur » tandis que s’il s’agissait d’une femme, elle était considérée comme « jeune inexpérimentée ».

Paris, capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin
Selon le dernier baromètre Compass des capitales mondiales des start-up (2015), les femmes ne seraient que 8% à la tête de jeunes pousses en France, même si la proportion est bien supérieure à Paris (21%, contre 17% en moyenne sur le Vieux Continent), ce qui en fait la capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin. L’évolution est réelle mais lente : lorsque Caroline Ramade a fondé l’incubateur féminin Paris Pionnières voici douze ans, ces chiffres ne dépassaient pas respectivement 2% et 5%.

« Le milieu de l’innovation, présenté à l’envi comme en avance sur son temps, rencontre les mêmes difficultés que les autres », constate à regret cette dernière. « Il faut dire que l’on ne compte que 8% de femmes parmi les investisseurs et celles-ci se conduisent comme des hommes », souligne Caroline Ramade. En effet, si des créatrices d’entreprises n’ont pas trop de mal à procéder à leur première levée de fonds, les choses se compliquent par la suite, notamment lors d’une entrée en Bourse.
69% des jeunes diplômées ont le désir d’entreprendre

Aussi des initiatives éclosent-elles, ici ou là, pour encourager l’innovation au féminin. Delphine Rémy-Boutang vient de lancer le JFD Connect Club, premier club de networking 100% dédié aux femmes du numérique. Ainsi également du Prix Business with attitude / Madame Figaro, dont la première édition, en mars 2017, a, après avoir accompagné six fondatrices de start-up, couronné le talent de Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers (ateliers de codage informatique pour les enfants).

Car 69% des jeunes diplômées ont le désir d’entreprendre. Les écoles de commerce ne s’y trompent pas, qui lancent, sur le modèle de l’ESSEC Business School, des programmes d’entrepreneuriat au féminin.

Les femmes très actives dans l’innovation sociale
Reste qu’il manque encore de modèles féminins. Les patronnes des GAFA telles que Sheryl Sandberg, directrice des opérations (COO) de Facebook, ont un tel pouvoir que les jeunes filles ont du mal à s’identifier à elles. Et si les femmes sont sous-représentées dans l’innovation technologique, elles sont très actives dans l’innovation à impact environnemental, social et solidaire, dans le sillage de Joséphine Goube (Techfugees), Judith Aquien (Thot), impliquées aux côtés des réfugiés, Charlotte de Vilmorin (Wheeliz, handicap) ou Juliette Franquet (Love your waste, recyclage).

D’autres figures prennent le relai, comme Camille Rumani, cofondatrice de VizEat, une des trois meilleures applications de l’année sur l’App Store en 2016. Le patron d’Apple Tim Cook, lors de sa visite à Paris en février 2017, a même pris un repas chez l’habitant via l’application, en compagnie de sa fondatrice. Marie-Vorgan Le Barzic, qui dirige le Numa Paris, l’incubateur né du « Silicon Sentier », a bien su s’imposer dans ce milieu. Et de plus en plus de figures féminines se font remarquer par de jolies success stories : Rania Belkahia, fondatrice d’Afrimarket, Fanny Péchiodat, cofondatrice de MyLittleParis, ou encore, parmi les plus jeunes, Léonore de Roquefeuil, associée de la plateforme Voxe.org - lauréate du Google Impact Challenge 2015 - et Marjolaine Grondin, PDG de HelloJam. La relève semble bel et bien en place.

Par Caroline de Malet pour Le Figaro (France)

Quartier périphérique nord de Ouagadougou, Tampouy ; c’est là que nous avons retrouvé la fondatrice du centre Adaja, Elisabeth Delma. La soixantaine bien sonnée, cette dame est une figure incontournable dans la promotion et le développement du Faso Dan Fani (cotonnade traditionnelle) au Burkina Faso, malgré sa grande discrétion et cette pudeur à parler de son œuvre.

Cela fait plus de quarante ans que cette mère de 7 enfants a décidé de mettre ses connaissances de tisseuse au service de la communauté, et surtout de la couche la plus vulnérable de celle-ci : les femmes des ménages pauvres.

«Au début, je tissais toute seule, et le peu que je gagnais, je le partageais avec les femmes du voisinage qui étaient dans le besoin. Et puis, un jour, je me suis dit pourquoi ne pas apprendre ce métier à ces femmes qui sont dans le besoin afin qu’elles puissent se faire un peu d’argent également».

Ainsi naquit le centre Adaja (vie ornée en Hebreu). Mais ce ne fut pas facile, explique dame Delma. «Il y a avait de la réticence et il fallait beaucoup de patience pour convaincre les premières apprenantes à se jeter à l’eau pour apprendre le métier de tissage». Et ce sont les revenus issus de la production des premières apprenantes qui vont provoquer le déclic et attirer les autres femmes du quartier.

Depuis cette époque, son atelier ne désemplit pas.Une cohorte de près de 20 apprenantes est désormais à former tous les trois ans. Elle ne sait plus exactement combien de femmes ont été formées dans ses ateliers durant toutes ces années ;et le tout pour pas un sou. La fondatrice du centre se souvient que sous la Révolution de 1984 en Burkina Faso qui avait officialisé le port du Faso Dan Fani, elle en avait formé plusieurs centaines.

En plus de leur apprendre un métier, elle a appuyé certaines d’entre elles à s’installer à leur propre compte. Lors de l’apprentissage, une indemnité leur est consentie sur chaque pagne (entre 700 et 2.500 FCFA ou 1 et 4 euros) et une partie des gains est mise en épargne utilisable à la fin de la formation, pour faciliter leur installation. Ces femmes, aujourd’hui autonomes, sont la fierté de madame Delma: «Grâce à cette activité, nombreuses sont celles qui ont pu s’acheter un lopin de terre, scolariser leurs enfants et développer d’autres activités génératrices de revenus. Tout cela, je l’ai fait parce qu’il faut aimer son prochain et surtout l’aider à se développer quand on le peut. Ce centre, il y avait 40 ans, c’était la brousse. Et il y avait très peu de travail salarié pour les hommes, et l’agriculture n’était qu’un travail saisonnier. Il fallait trouver d’autres moyens de survie pour aider les femmes».

Mais derrière cette misanthropie de dame Delma, se cache un redoutable manager. Il fallait bien trouver un moyen pour continuer d’aider les femmes. Le centre reçoit des commandes d’entreprises ou de couturiers.Ces tisseuses, formées à son école, produisent ; et elle les aide à placer les pagnes tissés sur le marché. D’autres, les tisseuses indépendantes ; une quarantaine selon la gérante du centre, Elienai Diendéré, la fille de la fondatrice du centre ; reçoivent des commandes du centre qui «met à leur disposition la matière première (et souvent le matériel) afin de leur éviter d’avancer de trop grosses sommes d’argent pour ces commandes».Les pagnes ainsi tissés sont rachetés entre 2.500 et 5.000 FCFA (4 et 8 euros) par le centre.

Lors de notre visite, seulement quelques femmes étaient à l’œuvre. Elles travaillaient sur un nouveau type de tissage : des étoffes très fines ressemblant au tissu industriel. Avec ce modèle, on est très loin de la cotonnade traditionnelle connue de tous. Le centre s’adapte donc à la demande du marché. Il s’adapte tout cours. Sous la houlette d’Elienai Delma, le centre s’apprête à changer de visage ; et d’organisation aussi. Mais elle gardera tout de même ses deux objectifs de départ: économique et social pour la femme.

La demande de pagnes tissés devient plus forte, avec de nouvelles exigences techniques. Ainsi, elle se prépare à lancer une collection d’une cinquantaine de pagnes Faso DanFani; une collection d’accessoires fabriqués à partir du Faso DanFani, notamment des sacs, des pochettes, des coiffes, des bijoux, et permettant de compléter la gamme de tissus.

Mais surtout, «le centre souhaite agrandir sa teinturerie afin de produire en grande quantité du fil de coton de couleur, actuellement introuvable au Burkina Faso». Derrière cela, se cache une nouvelle ambition : celle de faire d’Adaja un centre de formation et une entreprise de production et de commercialisation du Faso DanFani reconnue dans toute la sous-région pour la qualité et l’originalité de ses créations.

Pour ce faire, trois projets d’investissement sont en cours, et ils ont tous pour objectif final d’amplifier l’impact social et économique des activités du centre.

Construire et aménager un nouvel espace de production. Cet espace devra avoir la capacité d’accueillir 20 tisseuses, une réserve de stockage et une pièce d’exposition des produits.
Aménager une teinturerie au sein du centre et acheter des métiers à tisser manuels plus innovants ; ces projets ont besoin d’être financés, et les bonnes volontés ne seront pas de trop pour amplifier l’œuvre de cette dame Delmaqui, toute sa vie durant, n’a eu de cesse à conjuguer le verbe aider.

Encadré : Elienai raconte sa mère
«Au début, elle formait les femmes à la maison et les prenaient totalement en charge. Lorsque les premières apprenantes se sont mises à leur compte, les autres femmes ont vu l’intérêt et sont venues se former. Ma mère, ne pouvant plus les recevoir à la maison, est venue s’installer ici et a construit ces ateliers. C’est le siège du centre. En plus des ateliers, il ya des logements pour accueillir celles qui sont sans domiciles fixes, pendant la formation.

Avec le temps, elle a dû diversifier et s’adapter aux besoins des femmes. Ainsi, elle y a introduit le séchage des fruits tels la tomate et les mangues. En ce qui concerne le tissage, elle ne connaît pas elle-même le nombre de femmes formées. Mais, ce dont on est sûr, c’est qu’au moins 200 femmes sont restées en contact avec le centre et travaillent avec le centre lorsqu’on a des commandes».

Par Abdoulaye TAO pour L’Economiste du Faso

http://www.centreadaja.org/index.php/en/

Au Bangladesh, les zones rurales les plus isolées profitent, elles aussi, des technologies de l’information à l’aide d’un concept innovant fondé sur l’entrepreneuriat philanthropique.

« Si la montagne ne va pas à toi, va à la montagne » : tel est le principe qu’applique iSocial, un programme révolutionnaire donnant accès à des informations de première nécessité à des communautés isolées, dans tout le Bangladesh par l’intermédiaire d’entrepreneuses proposant de multiples services. Son tour de force : lutter contre les inégalités entre les sexes, en confiant cette mission à des jeunes femmes férues de nouvelles technologies, qui utilisent des bicyclettes comme mode de locomotion.

Le programme a vu le jour en 2004, avec l’ouverture par Dnet − une organisation à but non lucratif mettant les technologies de l’information et de la communication au service du développement économique –, de plusieurs « centres d’information ruraux ». Les villageois devaient s’y déplacer. Les responsables de l’organisation ont donc réfléchi à un moyen de leur éviter le trajet. Ainsi a germé l’idée des « Mobile Ladies » des femmes, appelées aujourd’hui Kallyanis, équipées de téléphones mobiles ont commencé à circuler à vélo, de village en village, pour diffuser des informations, recenser les besoins et leur fournir des réponses.

Pendant ce temps, les technologies de l’information inondaient la planète, tout en laissant de côté le Bangladesh – aujourd’hui encore, seuls 38 % des Bangladais disposent d’un accès à Internet. En 2008, les « Mobile Ladies » ont été rebaptisées « Infoladies ». Équipées de smartphones, d’ordinateurs portables, d’appareils photo numériques et de clés USB, ces Kalyanis donnent aux habitants des zones rurales l’opportunité de communiquer avec le monde. Elles dispensent également des conseils sur la santé et l’agriculture, et aident les villageois à souscrire aux programmes d’aide sociale.

Elles ne sont pas salariées, mais entrepreneuses : elles perçoivent des honoraires en échange de leur travail. Si toutes sont issues de milieux défavorisés, elles ont suivi jusqu’à douze années de scolarité, et sont sélectionnées pour leurs capacités d’apprentissage, leur aptitude à communiquer et leur esprit d’entreprise. iSocial prend en charge la formation, mais les femmes doivent investir dans leur propre équipement et gérer leur entreprise de manière autonome.

Infolady Social Enterprise auparavant, le programme est devenu iSocial au début de l’année 2017, et les « Infoladies » des « Kallyanis » au printemps dernier, 60 Kallyanis faisaient circuler les technologies dans 16 des 64 districts bangladais. À ce jour, elles rendent service à près de 450 000 villageois. Impossible de savoir qui en bénéficie le plus- les Kallyanis, les villageois ou la société en général.

Le site web d’iSocial illustre ce triangle vertueux d’une façon émouvante, notamment au travers d’un portrait vidéo de Moni, 26 ans, Infolady depuis 2010.

Son histoire commence au petit matin quand les membres de sa famille sortent un à un de leur petite maison dans la cour de terre battue. Moni nourrit les poules, en surveillant une marmite qui mijote sur un feu ouvert. Son mari, qui est charpentier, se brosse les dents à la pompe à eau. La vue improbable d’un panneau solaire sur le toit de tôle ondulée révèle un indice au sujet de la profession de Moni : pour faire fonctionner son matériel professionnel, elle a besoin d’une source d’électricité fiable.

Elle termine ses tâches ménagères et s’apprête à partir travailler, son vélo à la main − un mode de locomotion en général réservé aux hommes. Elle pédale à travers la campagne, son écharpe fuchsia flottant au-dessus de sa tunique verte de Kallyani. Sa casquette blanche et son parapluie indiquent aux villageois qu’elle fait partie du programme iSocial. Un sac noir attaché au porte-bagages contient le matériel nécessaire à ses prestations : un smartphone, des appareils électroniques, ainsi qu’une batterie d’instruments médicaux.

D’abord réticents, les villageois se réjouissent aujourd’hui des visites de Moni. Durant une journée type, elle connecte via Skype une femme à son mari, un frère ou un fils expatrié, permet à un villageois de chercher une information sur internet ou immortalise une famille en photo et l’envoie par e-mail à leurs proches. Elle transporte également des appareils de mesure de la tension, du taux de glucose ou d’albumine et distribue des tests de grossesse. Les résultats seront transmis via une messagerie électronique à des cliniques, épargnant le trajet aux villageois.

Dans cette société conservatrice, les villageois n’accorderaient jamais une telle confiance à un homme. Nombre de femmes n’osent pas évoquer leurs problèmes de santé avec leur propre mari. Elles ne se déplacent pas non plus pour solliciter les services dont elles auraient pourtant besoin.

Pendant la journée, Moni tient également des réunions avec les divers groupes qu’elle a créés. Chaque semaine, elle aborde de nouvelles thématiques avec les enfants, adolescents, personnes âgées, personnes au foyer, ouvriers et agriculteurs. Le centre qui forme les Kallyanis pour accompagner ces groupes leur fournissent également le contenu des séances.

Moni reconnaît que son travail dépend des formations et du soutien du centre. Certes, c’est elle qui achète l’intégralité de son équipement – du vélo à l’ordinateur portable en passant par le glucomètre –, mais elle s’approvisionne auprès du centre, qui négocie des prêts bancaires avantageux. Celui-ci soutient également les jeunes femmes au travers d’une autre source de revenu importante : les commissions issues de la vente de produits. Les Kallyanis cèdent aux villageois les marchandises fournies par le centre (semences, acide folique, serviettes hygiéniques, shampooing, cosmétiques). Puis, elles leur achètent des denrées qu’elles revendent au centre.

Les Kallyanis ont en général entre 18 et 35 ans et gagnent de 60 $ (50 €) à 260 $ (225 €) par mois – davantage que le salaire moyen d’un agriculteur de sexe masculin. Dans un discours qui fait écho à celui des entrepreneurs du monde entier, Moni déclare avec fierté « Tout découle de mon investissement, de mon travail, de mes compétences, du temps que j’y consacre. Je ne dois donc partager mes revenus avec personne. Ce que je gagne m’appartient, quel qu’en soit le montant. »

Le modèle innovant d’iSocial a remporté plusieurs prix prestigieux, mais les responsables du programme savent qu’il devra accompagner l’évolution permanente de la société et des technologies. Ils sont toutefois convaincus que le concept a aujourd’hui suffisamment mûri pour être déployé à une plus large échelle, au Bangladesh et hors de ses frontières. Pour l’heure, le programme se fixe l’objectif d’envoyer « une Kallyani dans chaque communauté du Bangladesh » d’ici 2020.

Par Shagufe Hossain pour The Daily Star

En Afrique et dans le monde, les études scientifiques indiquent qu’en matière d’éducation des enfants l’inégalité entre les sexes reste un problème majeur. D’après les chiffres de l’UNESCO, plus de 235 millions d’enfants sont déscolarisés dans le monde, l’Afrique enregistrant les plus forts taux d’exclusion. Pour mon propre continent à lui seul, cela signifie l’exclusion de neuf millions de jeunes filles en âge d’aller à l’école primaire –, soit un tiers de plus que les garçons. Par ailleurs, une étude de l’Union africaine affirme que sur 75 % des jeunes filles qui entament leur scolarité, seule une proportion d’à peine 8 % décroche un diplôme de l’enseignement secondaire. En Afrique subsaharienne, les jeunes filles inscrites dans des établissements du secondaire représentent moins d’un quart de celles en âge de les fréquenter et ces taux chutent de près d’un tiers dans les pays déchirés par un conflit. C’est une triste évidence : il ne suffit pas d’envoyer les jeunes filles à l’école primaire pour qu’elles finissent leur scolarité en nombre. Nous devons faire davantage pour préserver leur avenir. Une forte mobilisation, à tous les échelons, apporterait de multiples bénéfices. En effet, les jeunes filles scolarisées jusqu’à la fin du secondaire se marient et ont des enfants plus tard, obtiennent un meilleur salaire et sont mieux armées pour prendre des décisions éclairées concernant leur vie. Celles qui ont bénéficié de ces apprentissages ont moins de chances de se heurter aux difficultés sociales associées à l’absence d’instruction : pauvreté, violence sexiste et sexuelle. Autonomes, les jeunes filles ne considéreront pas leurs relations aux hommes comme un moyen de survie économique. À l’évidence, les femmes économiquement dépendantes sont davantage susceptibles de subir des violences dans le cadre de leurs relations, privées des moyens de s’exprimer et d’y mettre un terme.

À la fondation Graça Machel Trust, nous savons que les jeunes filles rencontrent dans leur parcours éducatif un ensemble d’obstacles spécifiques, en particulier après l’école primaire : manque de ressources financières, sévices sexuels, absence d’hygiène, milieux scolaires difficiles. Jusqu’à présent, les projets d’éducation ne prennent pas suffisamment en compte toutes les dimensions de la vie d’une fille et les compétences qu’ils transmettent restent insuffisantes. La majorité mise toujours uniquement sur les compétences scolaires traditionnelles – savoir lire et compter –, au détriment des savoir-faire individuels, sociaux et économiques dont de nombreuses femmes et jeunes filles ont besoin pour survivre et assurer la pérennité de leurs moyens de subsistance. De plus, si l’éducation de base doit s’adresser à toutes et tous, il faut également supprimer les facteurs qui empêchent les jeunes filles de s’inscrire à l’école et entraînent le décrochage scolaire.

Quand la Fondation Graça Machel Trust a lancé le programme « Mara Out-of-School Children » (en français, Enfants déscolarisés de Mara) en Tanzanie, nous avons d’abord cherché à comprendre pourquoi les enfants n’allaient pas à l’école, pourquoi – même inscrits –, ils n’assistaient pas au cours ; et ce qui les poussait à décrocher au cours des premières années de scolarité. Une étude de la Fondation pour la recherche économique et sociale (« Economic and Social Research Foundation ») a établi le profil de plus de 20 000 enfants déscolarisés. Parmi les principales raisons du décrochage scolaire – filles et garçons confondus – figurent la pauvreté, la maladie, le handicap et le décès des parents. Quand les familles doivent faire un choix, elles sont plus susceptibles de renoncer à l’éducation d’une fille qu’à celle d’un fils.

Malgré la jeunesse de ce programme, notre champ d’action m’encourage. Il entend garantir les premières années de scolarisation de près de 8 000 enfants de la région de Mara. Sa réussite dépendra essentiellement de notre capacité à concevoir un programme éducatif accéléré, pour intégrer à terme ces enfants au système éducatif traditionnel. Nous devons également adopter une approche éducative globale qui élargisse le champ de compétences des jeunes filles, pour réduire les risques spécifiques auxquels elles sont confrontées durant l'adolescence et améliorer leurs perspectives sociales et économiques une fois adultes. Le programme représente également une avancée majeure dans la lutte contre les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines qui prévalent dans la région et forment les deux principaux obstacles au maintien des jeunes filles dans les salles de classe.

Des programmes éducatifs garantissant le maintien des jeunes filles à l’école, sans se cantonner à l’apprentissage de la lecture et du calcul, doivent être appliqués. Nous devons changer notre manière actuelle de concevoir les approches éducatives et nous concentrer sur une approche globale, ouverte, tenant compte des compétences individuelles, sociales et économiques indispensables à de nombreuses jeunes filles pour devenir des adolescentes accomplies, puis des femmes bénéficiant de meilleures conditions financières.

Toutes les jeunes filles, en particulier en Afrique, doivent sentir qu’elles reçoivent autant d’estime, d’affection et d’éducation que leurs frères. Parallèlement, elles doivent bénéficier d’un accès équivalent à une éducation de qualité. Celle-ci leur permettra de s’épanouir pleinement et de saisir, tout au long de leur vie, les occasions de se former. Tirant parti de la capacité de l’éducation à les transformer, elles ne serviront pas uniquement leurs desseins individuels, mais également ceux de leurs communautés et de leur pays.

Par Nomsa Daniels, directrice générale de la Fondation Graça Machel Trust

http://gracamacheltrust.org/new/

A Lagos, une entreprise sociale forme les femmes des bidonvilles à devenir des micro-entrepreneuses financièrement indépendantes.

Au Nigéria, les bidonvilles de Lagos sont parsemés de foyers monoparentaux. A leur tête, le plus souvent, de fortes femmes déterminées face à la discrimination généralisée envers les veuves, divorcées et épouses séparées de leur conjoint.

Dans les sociétés patriarcales, des traditions profondément enracinées rendent la vie dure aux femmes vivant seules. Selon l’ONU Femmes, les veuves africaines comptent parmi les femmes les plus vulnérables et discriminées au monde. Au Nigéria, être veuve ne signifie pas juste avoir le cœur brisé. C’est aussi perdre ses biens, sa terre et l’argent économisé avant la mort de son mari.

Qui plus est, dans les pays en voie de développement, les femmes ont 20 % moins de chances que les hommes d’avoir un compte en banque, les institutions financières rejetant leur demande sur la base de leur sexe. Le pourcentage s’élève encore pour les veuves et les mères célibataires. Obtenir un crédit s’avère également extrêmement difficile. Dans ces familles monoparentales, la réalité est que les mères doivent se tourner vers leurs enfants pour contribuer aux ressources du foyer. Une part importante de cette responsabilité incombe aux filles, ce qui à son tour perpétue la pauvreté basée sur le genre.

C’est ce qu’a connu Nkem Okocha, dont la mère, une fois veuve, s’est battue pour élever quatre enfants. « J’ai dû vendre des marchandises sur les marchés de Lagos pour payer mes frais d’examen », explique Nkem Okocha. Plus chanceuse que d’autres, quelqu’un a par pitié donné de l’argent à sa mère, qui ne l’a pas dépensé mais investi dans des légumes pour les revendre en faisant une marge. Grâce à ce petit don, elle a lancé une micro-activité dont les profits lui ont permis d’aider sa famille tout en réinvestissant dans d’autres produits à revendre. Un exemple précieux pour Nkem Okocha, qui elle aussi a entrepris de revendre du shampooing au marché pour aider sa mère. Puis elle est parvenue à décrocher un diplôme et un emploi dans une banque.

En 2013, Nkem Okocha fonde Mamamoni, une entreprise sociale qui offre des formations professionnelles et en comptabilité à des femmes aux revenus modestes. Elle donne également accès à des prêts de microcrédit via les services bancaires mobiles. « Notre but est de fournir un capital à celles qui n’y ont pas accès auprès des banques commerciales », déclare Nkem Okocha. « Mamamoni a été créé par empathie : je voulais aider les femmes de ma communauté que je voyais sans activité, à la maison avec leurs enfants, sans argent pour les envoyer à l’école ».

Nkem Okocha, qui s’y connait en développement web et mobile, s’est inspirée de la stratégie de Kiva pour lancer une plateforme internet de financement de prêts. « Des individus socialement engagés peuvent investir dans des prêts qui financent l’activité de femmes aux faibles revenus », explique Nkem Okocha. Invités à prêter la somme de leur choix entre 10 000 et 100 000 nairas nigérians (24 € à 240 €), ils peuvent prendre connaissance du business plan avant de choisir l’entrepreneuse dont ils soutiendront le projet.

Les femmes qui s’inscrivent dans le programme apprennent des métiers tels que la pâtisserie ou la fabrication de savon, d’insecticides ou d’objets artisanaux. Mamamoni leur fournit des téléphones mobiles au début de leur formation, et leur transfère les fonds. Les transactions sur mobile sont très répandues en Afrique sub-saharienne, et les femmes peuvent donc facilement acheter via leur téléphone ce dont elles ont besoin pour leur microentreprise. Ce processus, explique Nkem Okocha, permet de contourner la discrimination dont beaucoup de ces femmes font l’expérience dans les institutions bancaires habituelles.

Avec tout juste cinq employées, Mamamoni a obtenu des résultats impressionnants. A ce jour, l’organisation a formé 4 000 Nigérianes et accordé 100 micro-prêts. Le taux de remboursement approche les 100 %, et neuf femmes formées sur dix ont commencé une activité. Vendre du savon ou des créations artisanales peut paraître insignifiant mais, toutes simples qu’elles soient, ces activités fournissent une source de revenus permettant à 7 800 enfants d’aller à l’école.

Béatrice Alihola est l’une des fières bénéficiaires de Mamamoni. Elle peut désormais scolariser ses jeunes enfants grâce à la petite entreprise qu’elle a lancée dans sa communauté avec les fonds et les conseils apportés par Nkem Okocha et son équipe. Avant de participer à ce programme, Béatrice Alihola vendait ses produits sous une bâche, à l’un des marchés locaux. Lors de la saison des pluies, elle gagnait peu, voire rien du tout. Aujourd’hui, grâce au microcrédit, elle loue une petite boutique où elle vend des insecticides et du kérosène, stabilisant ainsi sa source de revenus.

Membre de la promotion 2015 du programme d’entrepreneuriat de la Fondation Tony Elumelu, Nkem Okocha veut aider beaucoup d’autres femmes comme Béatrice Alihola. Elle vient de commencer à travailler avec des adolescentes afin de donner des moyens à la prochaine génération de Nigérianes. Bientôt, elle déploiera le concept de Mamamoni dans 20 autres états du Nigéria afin de dispenser des formations et donner accès au microcrédit à 10 000 femmes de plus. Et ainsi, briser le cercle vicieux de la pauvreté.

Par Praise Olowe pour The Nation

http://mamamoni.org/

A en croire le guide "La poupée de Timothée et le camion de Lison", les garçons sollicitent davantage l'attention de l'adulte et monopolisent plus souvent la parole. Image: DR

Les observations font plutôt froid dans le dos: si vous avez mis votre fille en crèche, il y a de fortes chances qu’elle soit plus sollicitée que ses petits camarades pour ranger les jouets, moins valorisée lorsqu’elle réussit une activité et souvent cantonnée aux seconds rôles. Votre petit garçon, lui, disposera d’une moindre quantité de déguisements pour s’amuser, reçevra surtout des compliments destinés à encenser sa force – et se fera plus souvent aider.

«Il s’agit de situations bien réelles que nous avons observées dans le canton entre 2012 et 2015, explique Véronique Ducret, psychologue sociale au 2e Observatoire, l’Institut romand de recherche et de formation sur les rapports de genre. Ces constats, nous les avons catalogués et analysés dans un guide intitulé La poupée de Timothée et le camion de Lison». Objectif de cette publication colorée destinée aux professionnels? Sensibiliser à la façon dont l’enfant peut être conditionné dès le plus jeune âge par les comportements stéréotypés des adultes. En 2012 déjà, le 2e Observatoire avait passé au crible onze crèches romandes, épinglant par exemple le fait que les filles étaient moins souvent appelées par leurs prénoms que les garçons. Cette toute première édition, très vite épuisée, avait alors été largement distribuée aux crèches romandes. «Les retours des professionnels ont été plutôt positifs et les remarques bien vécues. Nous constatons déjà des changements positifs», ajoute la spécialiste.

Pour nourrir une édition augmentée du fameux petit guide, l’institut a analysé quatre crèches supplémentaires, à savoir celles de l’Université de Genève. Verdict: les filles possèdent désormais un prénom, mais les problèmes de mixité demeurent. «Dans un espace donné, si on sort les voitures à pédales, les garçons s’en emparent et les filles se retrouvent à occuper le peu d’espace qui reste. En revanche, si les éducateurs mettent des jouets neutres à leur disposition, les enfants s’amusent très facilement ensemble. La mixité, ça s’apprend! Mais d’autres stéréotypes de genre ont encore la vie dure, comme par exemple la façon dont on valorise l’apparence des fillettes», nuance Véronique Ducret.

Fort de ce succès, le 2e observatoire a décidé de continuer sur sa lancée en s’attaquant cette fois-ci aux stéréotypes qui collent aux préaux et aux classes de primaires. Pendant un an et demi, l’équipe est allée voir ce qui se passait au sein de quelques établissements des cantons de Genève, de Neuchatel et du Jura. «C’était dans la continuité de s’intéresser aux plus grands, l’étape logique après avoir étudié les crèches, précise Bulle Nanjoud, en charge de ce projet au sein de l'institut. Nous nous sommes aperçus que les clichés se déploient de façon différente en primaire mais qu’ils sont toujours solides. On a constaté, par exemple, que l’espace sonore et physique est occupé majoritairement par les garçons. Ce qui est dommage, c’est que c’est un fait déjà bien connu des chercheurs mais qui perdure toujours aujourd’hui» Le nouveau guide né de ces observations paraîtra en septembre 2018, et sera distribué aux équipes enseignantes par les Départements d’instruction publique. Même look, même ton, et même mission: bouter les stéréotypes de genre hors du système éducatif.

Par Cécile Denayrouse pour Tribune de Genève


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