Soleil Diaspora (70)

Un peu plus d’un demi-millier de Sénégalais cohabite avec 24 millions d’Australiens sur une superficie de 7,6 millions de km2, soit le sixième plus vaste pays au monde fortement marqué par la politique d'immigration sélective à base raciale, aujourd’hui abandonnée.

L’Australie est à plus de 20.000 km du Sénégal et à plus de 20 heures de vol de Dakar. L'arrivée de Sénégalais et Gambiens dans ces contrées lointaines remonte à la fin des années 70. Certains sont des aventuriers en quête d'une vie meilleure alors que d’autres sont des matelots dont les navires faisaient escale sur les berges australiennes. Entre ces deux cas, il y a eu une vague d’immigration plus importante entre 1990 et 2000. Elle est venue à la faveur des Jeux olympiques de Sydney. L'Australie compte actuellement près d'un demi-millier de ressortissants sénégalais. Ce qui en fait une des plus petites communautés africaines, loin derrière les Ethiopiens, les Ghanéens et autres Kenyans.

Éclectisme professionnel
Les Sénégalais exercent des professions dans des secteurs aussi divers que la restauration, les télécommunications, l'enseignement et la recherche universitaire, les assurances, la musique et les arts, la santé, l'industrie automobile ou d’autres entreprises privées. La plupart des membres de la communauté sénégalaise a réussi à s'adapter dans un environnement anglophone où la présence de Noirs originaire d'Afrique est relativement nouvelle comparée à l’immigration européenne, par exemple. Cependant, cela ne veut nullement dire que le racisme est un fait quotidien même si l'épineuse question aborigène continue à être le principal défi auquel la composante issue des colons blancs tarde encore à reconnaitre et à transcender de façon définitive.
 
L’arme culturelle
Avec un nombre considérable de musiciens et d’artistes, la moitié de la communauté sénégalaise se trouve à Sydney qui accueille, avec Brisbane et Melbourne, 50 % de la population australienne. Les fêtes de Korité, Tabaski et du 4 avril sont des occasions de rencontres, d’échanges et de maintien du lien communautaire, mais aussi de la rencontre des cultures sénégalaise et australienne. En effet, les fêtes se font autour de Bbq australiens (Barbecue avec de la viande grillée que les Australiens adorent) marinés à la sénégalaise, de « thiebou dieun » ou de « yassa » avec des animations aux rythmes de sabars, de djoundjoungs ou de tamas.
 
Ces manifestations culturelles sont en train de gagner en popularité, tant elles attirent amis et voisins australiens. Les autres communautés africaines ou encore certaines autorités administratives y sont souvent invitées. La situation des Africains en général et des Sénégalais en particulier a, jusqu'à un passé récent, avec l'émergence de gangs d'origine sud-soudanaise, toujours été empreinte de convivialité, sinon de saine curiosité et de bienveillance.
 
Bémol racial
Contrairement à plusieurs pays, où les discriminations mesquines en rapport avec les opportunités d'emploi ou d'insertion sociale continuent à être monnaie courante, le pays dit des kangourous a réussi le tour de force d'être passé d’Etat qui pratiquait une politique d'immigration sélective à base raciale (communément appelée « White Australia Policy » qui favorisait seulement l’arrivée d’immigrés d’origine européenne et de race blanche) jusqu'au milieu des années 70, à un des pays les plus inclusifs du monde d’aujourd’hui.
 
En effet, il n'est pas rare de voir des Africains d'horizons divers occuper des postes de haute responsabilité dans les domaines universitaires, de la médecine, des télécommunications ou bien devenir des autorités municipales. Ce tableau, plus ou moins reluisant, ne doit nullement occulter les incidences de maltraitance des aborigènes par les forces de l'ordre et les démons de l'exclusivisme qui ont commencé à se faire voir. Ils se sont multipliés depuis la recrudescence des attentats dits « islamistes » de ces dernières années en Europe et aux Etats-Unis. Cette situation a connu son épilogue lors des dernières élections fédérales du 2 juillet 2016 qui ont vu l'extrême droite, sur la base d'une plateforme xénophobe et anti-islamique, recueillir un score respectable de 3 % (soit 500.000 votants). Ce score a ainsi permis au parti « One Nation », formation d’extrême droite, de Pauline Hanson de glaner 3 sièges au Senat ; ce qui lui procure une position de pression sur la politique du gouvernement de droite réélu de justesse pour un nouveau mandat de 3 ans. L’Australie a un régime parlementaire.
C’est le parti qui a la majorité qui choisit le Premier ministre. Le parti libéral de Malcolm Turnbull est sorti victorieux avec une courte majorité.
 
Un pays où tout est régulé
Les lois sur l’immigration en Australie sont parmi les plus strictes au monde. La plupart des migrants africains y sont venus à travers le statut de « réfugié », une « spécialisation professionnelle » ou « matrimoniale », communément appelée « spouse category ». 

En clair, par le travail ou le mariage. La régulation dans le domaine de l'immigration s'étend également à tous les autres aspects de la vie. Dans le domaine de la santé, par exemple, la couverture médicale est allouée à toute personne possédant le statut de résident permanent ou de citoyen. Il y a un âge limite de circoncision des enfants pour ceux qui suivent ce rite religieux ou culturel. Le vote est obligatoire à tout citoyen ayant 18 ans ou plus. Pour un pays aussi jeune, le secret de la réussite reste la discipline des citoyens et leur disposition à respecter scrupuleusement les lois et règlements du pays. Le système de gouvernement parlementaire est calqué sur le modèle britannique du « Westminster system ».

Sentiment d’être oublié
Le sentiment le plus partagé dans la communauté des Sénégalais résidant en Australie est celui d'oubli sinon de négligence de la part des autorités du pays d’origine. Même s'il faut reconnaitre que, ces dernières années, des efforts notoires ont été faits par l'ambassade du Sénégal à Tokyo (Japon) (Ndlr : L’Australie dépendant de sa juridiction) et qui se sont matérialisés par une visite de l'ancien ambassadeur en fonction, Son Excellence Monsieur Bouna Sémou Diouf, suivie d'une visite d'un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur venu procéder au renouvellement des passeports.

Cette démarche a ainsi permis de régler cet épineux problème auquel un grand nombre de Sénégalais était confronté. Le principal grief soulevé par la communauté est surtout l'absence d'opportunités immobilières et de facilités d'investissement octroyées aux autres immigrés installés en Europe ou aux Etats-Unis.
C’est un vœu pieux pour le moment.
 
Par Moustapha BARRY, Melbourne (Australie)
Last modified on mardi, 02 mai 2017 15:59

Au cœur de la présidentielle française, il y a la question des discriminations qui touchent une partie des 10 % de la population ayant des origines africaines. Elles subsistent et frappent de plein fouet ceux qui sont déjà les plus défavorisés socialement. Parmi eux, il y a des membres de la diaspora sénégalaise.

« La République, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire », disait Léon Gambetta. Le combat pour le vivre-ensemble n’est ni communautaire, ni identitaire, il est républicain. Il faut réussir l’égalité réelle. Les partis traditionnels français (droite comme gauche) revendiquent des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de leur bilan d’intégration, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne et sont la cause de l’abstention massive aux élections et donc, la défiance à la parole publique.

Or, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. « Etre libre, c’est participer au pouvoir », déclarait Cicéron. La diaspora dans sa grande largesse d’esprit, sa capacité à pardonner tous les outrages subis, sa patience infinie, n’est pas résignée face aux injustices et aux stigmatisations dont elle est l’objet. Nous avons « un esprit ferme et un cœur tendre », en référence à un sermon de Martin Luther King. La diaspora a une revendication légitime, mais non négociable, à savoir que la France républicaine devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand on entend certains cris de haine comme « On est chez nous » ou «Si tu n’es pas content, rentre chez toi », c’est la consternation devant la banalisation et la libération de la parole raciste. La nouvelle génération éduquée et enracinée, pour toujours, dans ce pays revendique sa juste place et refuse d’être ravalée au rang « d’indigènes de la République ». Il est temps que cela change. La classe politique dit toujours, à chaque échéance électorale, à la Diaspora : « Soyez patients. La fois prochaine, ce sera votre tour ». « Justice trop tardive est déni de justice », aimait rappeler Martin Luther King. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun Obama ou Martin Luther King n’a pu émerger en France.

Les dangers du Front national
De son factice slogan balancé par Jean-Marie Le Pen : « Les mains propres, la tête haute », le parti d’extrême droite français s’est révélé avec « les mains sales, la tête basse » sur beaucoup de thèmes.

Une menace grave pèse désormais pour la République française, le Front national se revendiquant « le 1er parti de France ». Une partie de l’électorat vote maintenant par adhésion et non par contestation pour le Front national. Marine Le Pen, en rupture avec son père, a réussi à « dédiaboliser » le parti extrémiste et à rassurer ainsi une bonne partie de l’électorat confronté à diverses difficultés (chômage, insécurité, entre autres). L’on entend ainsi dire : « Les partis traditionnels ayant été discrédités, pourquoi pas le Fn ? » En effet, le Fn, dans sa quête effrénée de respectabilité, s’est affublé de tous les symboles de la République : le drapeau, l’hymne national, le concept de nation et de patriotisme. Plus c’est gros, plus ça passe. En épargnant, dans sa croisade raciste, les Juifs, communauté solidement organisée avec une grande capacité d'indignation et de réaction, le Fn ne s’attaque qu’aux plus faibles : les Arabes et les Noirs désignés non plus sous le terme de Français musulmans, mais « d’immigrés ». Le Front national s’est arrogé, en violation flagrante du principe d’égalité, qui est au cœur des valeurs républicaines, « le pouvoir de faire vivre et de laisser mourir », en référence à une expression de Michel Foucault. Pourtant, les Français s’apercevront vite que cette escroquerie du Fn, qui n’est pas un parti républicain, n’est qu’une respectabilité de façade. Les affaires qui éclaboussent cette formation politique (compte en Suisse de Jean-Marie Le Pen, son président honoraire, marchés publics attribués à des amis, emplois fictifs, déclaration honteuse sur la rafle des Juifs du Vel d’Hiv, etc.) montre qu’elle ne respecte pas les lois de la République. Jean-Marie Le Pen ne se targuait-il pas dire qu’il a « les mains propres, la tête haute ».

La République, ce sont la probité et la transparence, c'est être au service de tous et non de se servir. Ce décalage entre la parole et les actes montre, comme l’affirmait Jean-Christophe Cambadelis, que les dirigeants du Fn ont « les mains sales, la tête basse ». En dépit de ses succès électoraux, du sourire rassurant de Mme Le Pen, le Fn est, indubitablement, hors de la République. Les slogans de campagne électorale ainsi que les menaces proférées par Mme Le Pen, lors de son discours à Nantes, contre les fonctionnaires qui ne respecteraient pas sa vision politique xénophobe et son refus de déférer aux convocations du juge montrent bien que le Fn est un adversaire résolu de la République. En effet, un des principes essentiels de la République et donc, de la démocratie, c’est le principe d’égalité. Il y a de cela 20 ans, le 1er mai 1995, des militants frontistes jetaient à la Seine un jeune maghrébin du nom de Brahim Bouarram. Souvenons-nous qu’Hitler s’est d’abord attaqué aux Juifs, aux homosexuels, aux communistes et aux Tsiganes. Les Allemands avaient applaudi. Mais, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les ils avaient fini par comprendre que le pire ennemi de leur peuple, c’était bien Adolphe Hitler.

Le Scénario qui pourrait conduire Le Pen au pouvoir
Quinze ans après la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, la France renoue avec la présence du Front national dans le sprint final d’une présidentielle.
Marine Le Pen au 2ème tour de l’élection présidentielle est le fruit des peurs irrationnelles, de la libération extraordinaire de la parole raciste, de la montée de la peste brune, de la lepénisation et des impostures d’une partie de la droite, ainsi que des trahisons de l’héritage de Jean Jaurès par une partie de la gauche. La possibilité d’une victoire du Front national pour le 2ème tour du 7 mai 2017 se trouve dans l’abstention des militants de la droite française déboussolée, car n’ayant pas, avec l’élimination de François Fillon, une offre politique satisfaisante. En effet, le parti Les Républicains, piégé par son candidat issu des primaires, est frustré de n’avoir obtenu la victoire tant espérée qui était à portée de main. Une partie des militants républicains proches du mouvement extrémiste de droite « Sens Commun » votera probablement pour le Front national. Si François Fillon a appelé à voter au 2ème tour pour Emmanuel Macron, la droite dite républicaine, largement lepénisée, s’est réfugiée dans son « Ni, Ni ». En revanche, Nicolas Dupont-Aignan, qui a eu 4,77 % au 1er tour, a appelé à voter pour le Fn ; ce qui peut créer une dynamique pour le parti de Le Pen jusqu’ici isolé et sans alliés. C’est une première. Au Parti socialiste, un président de la République contraint à ne pas se présenter dans ces élections et un Premier ministre battu aux primaires ont passé tout le temps à flinguer le candidat officiel dudit parti, Benoit Hamon, qu’ils considèrent comme un « frondeur ». Dès lors, le parti est au bord de l’implosion. Tiraillé entre « deux gauches irréconciliables », il avait recherché, vainement, et dès le 1er tour, une alliance avec la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon qui ne cherchait non pas une victoire, mais à l’affaiblir. M. Mélenchon qui avait fait une belle campagne électorale, empêtré dans son égo surdimensionné, son nationalisme, son anti-européanisme proche du Front national qu’il est sensé combattre, refuse de donner, contrairement à Hamon, une consigne de vote sans ambiguïté pour Macron. Les citoyens qui avaient voté en 2002 pour Jacques Chirac sont dubitatifs devant la candidature de M. Macron, présentée par ses adversaires comme étant un « bébé Hollande » et ont du ressentiment à l’égard de Messieurs Mélenchon et Hamon, pourtant majoritaires, qui n’ont pas trouvé une alliance au 1er tour.

Par Amadou BA et Moussa DIOP

Hollande, l’Africain ?

18 Avr 2017
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« Il aura fallu que vous ne vous déclariez pas candidat (à la présidentielle française) pour que les satisfécits commencent à tomber sur votre action, tonne un patron de presse sénégalais pour couvrir l’espace creux de la grande salle de conférence de l’Élysée, fin décembre 2016. N’avez-vous pas l’impression que les gens vous ont mal jugé ? » Le préposé à la réponse, fin gourmet des bons mots, saisit la balle au rebond avec son légendaire attrait aux petites phrases : « Je vous remercie pour cette contribution », sourit Hollande. L’effet escompté de l’esquive volontaire est réussi avec une explosion d’éclats de rire de la salle. « L’histoire jugera son action. C’est le meilleur juge », évacue le président Sall. Dans ce fil à la patte à trois temps, François Hollande est au centre de la scène. Comme il le fut, samedi lorsqu’il naturalisait 28 Tirailleurs sénégalais qui avaient lasse d’attendre des signes de reconnaissance d’une France si terriblement ingrate envers eux. En 2014, sa reconnaissance du massacre de 1944 de 300 anciens combattants africains au Camp de Thiaroye est du même acabit. Même si la révision de leur procès reste une demande importante pour leur réhabilitation. Dans le bilan de l’actuel locataire de l’Élysée, il y a aussi la mise en place de la circulaire du 28 novembre 2012 qui donne des conditions de régularisation des sans-papiers plus juste ; l’abandon du circulaire appelé « Guéant » et qui restreignait les possibilités d’embauche des étudiants étrangers en France à la fin de leurs études. Sur le plan géostratégique, l’intervention militaire française au Mali est moins polémique que celle en Centrafrique. On peut regretter le débat sur la déchéance de nationalité et l’abandon du droit de vote des étrangers. Mais, si sur le plan intérieur, les critiques – souvent à raison – n’ont pas manqué, Hollande a été un président normal, à ascendance positif, dans son action envers l’Afrique. Comparé à son prédécesseur, l’auteur de l’insultant discours de Dakar, son bilan est plus appréciable.

Par Moussa DIOP

Après avoir remporté le Trophée des associations organisé par Edf, en empochant 13 millions de FCfa qui ont permis d’acheter un terrain à Keur Mbaye Fall, l’association Les Petites gouttes (Lpg) a lancé une campagne pour construire la maison Lpg dédiée aux talibés et personnes souffrant d’un handicap.

La première étape fut l’organisation du Gala annuel Lpg. Entre le sponsoring, la tombola, les bénéfices tirés de différentes ventes (repas, produits dérivés), Les Petites gouttes ont récolté 12.500 euros (un peu plus de 8.100.000 FCfa). Plus de 400 personnes avaient ainsi répondu à l’appel de l’association, le samedi 8 avril à Paris. Des Sénégalais de la diaspora et de l’intérieur, mais aussi des Français s’étaient réunis pour l’occasion autour d’un repas préparé par Yakalma, un traiteur sénégalais établi en France. Le spectacle était également sur scène. Il était assuré par des artistes comme Ma Sané. La chanteuse a fait le show en donnant un cachet citoyen à sa prestation en insistant sur « la noble cause de réunir assez de fonds pour financer les projets des Petites gouttes ». L’association se fixe comme objectif l’accompagnement des populations défavorisées au Sénégal, visant les enfants comme cible principale, notamment les talibés et les personnes souffrant d’un handicap, à l’image des albinos. D’autres artistes ont participé à la soirée. Il s’agit d’Aïdara, de Neega Mass, idymann, Diarra Dieng, le danseur Mams Tall, Driss Fario, Nasree Jop, Fata el presidente... Animée par Khady Diallo, la touche originale de cette soirée de gala était, sans doute, les défilés avec des modèles dont la tête était couverte de turbans aux couleurs chatoyantes faits par Marième Sow et habillées par Seneglam, une marque qui allie tradition et modernité en utilisant le wax. Les différents passages étaient rythmés par des tubes de mbalakh. Un autre moment fort du gala fut le tirage au sort d’une tombola. Plusieurs lots ont été distribués : voyage d’une semaine en Croatie, voyage de trois jours dans un Riad à Fès (Maroc), des week-end à Londres. L’événement a été clôturé par une soirée dansante animée par Dj pépé. Depuis sa création, en 2014, l’association Les Petites gouttes a réalisé plusieurs actions : dotation de matelas, de produits d’hygiène, « set settal » des daaras, organisation de visites médicales de masse, chirurgie de deux enfants atteints de handicap, don de crèmes solaires à des albinos (en partenariat avec une association hollandaise), suivi ophtalmologique des albinos. Toutes ses actions sont essentiellement financées par la cotisation mensuelle des membres, les dons de personnes, la participation à des concours réservés aux associations (Natixis, Edf), les évènements organisés en France (dîner, gala, tournois de foot).

Moussa DIOP et
Abdoulaye BA (Lpg)

28 Tirailleurs sénégalais ont été naturalisés Français, samedi, à l’Élysée, par François Hollande.

Fiers, malgré plus de 50 ans d’attente, les anciens combattants africains ont reçu leur certificat de nationalité française des mains du président français. Dans le détail, ils sont 23 Sénégalais, 2 Congolais, 2 Centrafricains et 1 Ivoirien. Pour arriver à ce résultat, il aura fallu un combat de plusieurs années. Le dernier en date est une pétition lancée par Aïssata Seck, adjointe à la mairie de Bondy (ville située en région parisienne) et petite-fille d’un ancien combattant sénégalais. Lancée en novembre 2016, la pétition a recueilli 63.746 signataires. Ce qui a fait bouger des positions sclérosées depuis 1960. Devenue porte-parole de la campagne de Benoit Hamon, candidat à la présidentielle française, Aïssata Seck reconnaissait que ce dernier a été accroché par son combat et le projet qu’elle porte pour les Tirailleurs sénégalais. La pétition évoquait le sort des Tirailleurs sénégalais ainsi : « Ces Français par le cœur sont dans des situations terriblement précaires. Munis de simples cartes de séjour, ces retraités n’ont d’autre choix que de rester seuls sur le territoire français. Partir finir leur vie au Sénégal, près de leurs familles, signifierait perdre leurs faibles pensions ; un choix matériellement impossible ». Après ces premières naturalisations, d’autres devraient suivre dans les prochains mois. Nés entre 1927 et 1939, les vétérans décorés samedi vivent, pour la plupart, en région parisienne et vont donc recouvrer une nationalité qu’ils avaient perdue à l’indépendance des colonies, en 1960. Il s’agit de « reconnaître l’engagement et le courage des Tirailleurs sénégalais issus de l’Afrique subsaharienne, qui ont combattu pour la France dans les différentes opérations militaires entre 1857 et 1960 », explique-t-on du côté de la présidence française. Les Tirailleurs sénégalais sont créés en juillet 1857 par décret de l’empereur Napoléon III, sous le second empire, sur demande de Faidherbe, gouverneur de Saint-Louis. Leur enrôlement pour la Première Guerre fut contraint. Mais, en général, l’engagement des troupes militaires et des Tirailleurs se faisaient en fonction des besoins. Des sources montrent que Blaise Diagne, chargé du recrutement en Afrique de l’Ouest, avait réussi à en enrôler 78.000. Certains chiffres font état de 200.000 Tirailleurs sénégalais mobilisés lors de la grande guerre, dont environ 30.000 morts. Ce sont des estimations largement en dessous des réelles pertes africaines, si on se réfère aux erreurs du passé dans ce sens.

Moussa DIOP

“Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries”, écrivait Marcel Proust.

Elles s’appellent Yaye Fatou, Aïssata, Adji, Marie, Sophie ou encore Khady. Elles viennent de Thiès, Bakel, Matam, Ziguinchor ou encore de Dakar. Elles sont en Afrique centrale, en Europe, en Amérique du Nord ou encore chez le proche voisin gambien. Elles sont étudiantes, travailleuses indépendantes, cadres sup’ ou encore candidate à une élection présidentielle. Considérées comme variables adjointes dans les chiffres sur l’immigration, aussi bien dans leur pays d’accueil que dans celui d’origine, elles sont pourtant au cœur du dispositif de socialisation et d’intégration de la diaspora.

Longtemps cantonnées à un rôle de fixation et de stabilisation d’une main-d’œuvre masculine immigrée jugée instable et longtemps perçues comme une catégorie sociale pas ou peu qualifiée, dépendantes et victimes à protéger, les femmes de notre diaspora se doivent en plus de faire face à l’obstacle d’une absence d’un cadre familial favorisant l’emploi des femmes immigrées.

La conjonction de toutes ces contraintes aurait due être le lit de désillusions professionnelles et familiales et la perte d’une dynamique constructive d’identité personnelle et sociale.
Il n’en est rien ! Les Femmes de la diaspora s’inscrivent plutôt dans une dynamique forte de réalisations sociale et économique.

Reconnaître la richesse de leur expérience, c’est appréhender leur rôle de vecteur d’intégration dans leur pays d’accueil. Reconnaître leur talent à soulever les obstacles dans leur pays d’accueil, c’est s’appuyer sur la singularité de leur parcours pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans leur pays d’origine.

En réalité, s’appuyer sur le leadership des femmes immigrées pour promouvoir la condition féminine au Sénégal, c’est consolider le rôle moteur de nos mères, épouses, sœurs et amies dans la préservation du modèle socio-culturel sénégalais.

Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Économie et
enseignant-chercheur
Université Le Havre

Si la tragédie est la lutte de l’Homme contre un destin inéluctable, les parcours de vie et d’immigration de Mbissine Thérèse Diop, de Maïmouna Guèye et de Fatou Diome évoquent plutôt la lutte contre la fatalité. Respectivement rejetée par une société qui ne dissocie pas encore le personnage de la personne (Diop), asphyxiée par une scène artistique sénégalaise devenue trop étroite pour ses rêves de gloire (Guèye) et fuyant la précarité en poursuivant l’amour (Diome), ces trois puissantes femmes sont confrontées aux défis de la double appartenance après leur venue en France.

Fatou Diome, écrivain : Une vie de combat(s)
Fatou DiomeEcrivaine prolixe avec plusieurs livres à son actif, Fatou Diome se veut aussi une combattante pour la vie, pour les libertés pour un monde ouvert. Sénégalaise de naissance et française d’adoption comme elle se définit, Fatou Diome dans son dernier ouvrage va en guerre contre le concept d’identité nationale agité en France à la veille de l’élection présidentielle.

De Niodior à Strasbourg, Fatou Diome se veut la même personne. Fidèle à ses principes. Fidèle aussi à sa terre natale et à sa terre adoptive. Dans tous ses écrits, elle ne manque pas de faire référence à Niodior, dans les îles du Saloum au Sénégal et  à Strasbourg, cette belle terre alsacienne qui a dompté la fille rebelle qu’elle est. Niodior, la plus grande des îles du Saloum, ces territoires coincés entre le bras de mer et l’océan atlantique, a vu naitre Fatou Diome en 1968. Une enfance insulaire  qui a marqué la jeune sérère Niominka avec les combats de lutte traditionnelle, les séances de cueillettes de fruits de mer. Ces activités bien communes à toutes les îles du Saloum.  Elle a en sans doute appris à lutter contre les difficultés que la vie ne lui a pas épargné entre Niodior, Mbour, Dakar avant de partir en France pour suivre un mari blanc. En Hexagone, la jeune sérère Niominka connut encore un autre épisode de sa vie qui l’a sans doute marqué. Elle subit les sarcasmes d’une belle famille pas ouverte au monde pour accepter une jeune femme africaine en leur sein. De cet épisode, le film de sa vie a connu moult rebondissements. L’émigration sera ainsi pour elle plusieurs scènes de vie où on doit se battre pour se reconnaitre, reconnaitre ses droits.  Comme tous les émigrés, elle a connu les petites galères et misères loin de sa terre natale. Petits boulots, sollicitations familiales, spleen…. Femme de ménage pendant plusieurs années, elle réussit à financer ses études de lettres à Strasbourg pour ainsi raconter sa vie de combat(s) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Ses nouveaux combats actuellement portent sur le  racisme et ses dérivés comme  le nationalisme, l’extrémisme.  Ces fléaux qui menacent notre monde. « Chaque fois qu’il y aura des humains maltraités, je me sens interpellé pour écrire et dénoncer » nous disait-elle au détour d’une interview en 2015 après son ouvrage « Impossible de grandir ». Dans ce roman, elle y raconte l’histoire d’une fille, Salie, née hors mariage et dont l’enfance a été rythmée par le regard accusateur de certains membres de son entourage familial, des autres. Un regard qui l’empêche de grandir. Une histoire comme on en voit tout le temps. Mais l’histoire de Salie est celle de Fatou Diome qui a pris le pari de la raconter « pour les autres qui se cachent encore et qui ont honte quand on leur parle de ces choses ». Un grand courage qui le poursuit toujours pour dire non au traitement infligé aux migrants. D’où son coup de gueule sur un plateau d’une télévision française. Aujourd’hui encore, elle prend sa plume pour défendre une cause qui lui tient beaucoup la question de l’identité nationale en France avec, en perspective, la présidentielle. Son nouveau livre, un essai intitulé  « « Marianne porte plainte ! »,  se veut une ode à la France, mère patrie adoptive prenant aujourd’hui des allures de marâtre. Elle s’interroge ainsi sur ce que pourrait être une identité nationale, « ciment de la République, appuyée sur un pilier crucial, l’éducation, seule capable de libérer des tiroirs identitaires et d’affirmer l’appartenance commune au genre humain ».

Oumar NDIAYE

Fatou Diome répond à la polémique sur « l’esclavage et la colonisation »
« Tous les peuples ont colonisés leurs voisins », selon Frédéric Taddei, présentateur de l’émission «Hier, aujourd’hui et demain» sur France2.

Le journaliste français donne l’exemple de l’empire du Mali, des Arabes qui ont « colonisés le Maghreb, puis l’Espagne. Les Blancs aux Amériques. Les Sérères avec les Wolofs ». Ce qui l’amène à interroger Fatou Diome sur la pertinence d’arrêter « de faire la différence entre les colonisés et les colonisateurs. On a tous été l’un et l’autre ». (éclat de rires partagé).

Fatou Diome, un des invités de l’émission, répond : « Il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l’esclavage et à la colonisation ». Reconnaissant l’utilité d’apprendre l’histoire, la romancière sénégalaise appelle de ses vœux « un élan vers l’avenir, se libérer du passé et arrêter d’être des otages, des victimes de l’esclavage et de la colonisation. Je ne suis pas une victime de l’histoire de la colonisation, parce que je n’étais pas colonisée. C’est Senghor qui a été colonisé même si je n’oublie pas l’histoire évidemment ».
Maladroite au moins pour certains internautes de la diaspora qui se référaient à elle depuis ses prises de paroles salutaires dans les télévisions françaises. D’autres parlent de déceptions. Invitée à réagir sur la polémique déclenchée par ses propos, Fatou Diome « assume pleinement » ses propos. La romancière sénégalaise assume « le risque de déplaire parfois ». Elle axe sa réponse sur plusieurs points : « Chaque fois que nous, Africains, nous nous définissons comme victimes, de facto, nous désignons notre dominant, et notre complexe d’infériorité entretient le complexe de supériorité de celui-ci. Donc, revendiquer notre liberté, c’est la seule façon d’imposer un rapport d’égalité au dominant. Oui, nous devons étudier notre histoire, savoir d’où nous venons et qui nous sommes, bref, connaître le passé permet de comprendre le présent et mieux préparer le futur. Mais, si les esprits restent otages de l’esclavage et de la colonisation, notre liberté serait vaine et l’égalité (avec l’ancien dominant) impossible. Je veux une Afrique debout, qui traite d’égal à égal avec les autres. Une telle Afrique ne peut se contenter de geindre sur son passé, une telle Afrique doit affirmer sa liberté et ses volontés d’aujourd’hui ».

Oumar NDIAYE et Moussa DIOP

Mbissine Thérèse Diop, l’incomprise
Mbissine Thérèse DiopCinquante-trois ans après la sortie de « La Noire de », le premier film où une Sénégalaise et Africaine tenait le rôle principal, Mbissine Thérèse Diop revient sur sont parcours et son histoire tourmentée notamment à travers une scène qui a bouleversé sa vie.
 
« Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît », écrivait le poète Birago Diop. La mémoire de Mbissine Thérèse Diop, la première actrice africaine dans un long-métrage, a choisi de rapporter un fagot composé de séquences du film de sa vie. La projection de la pellicule n’est pas bouchée par l’horizon de son appartement, rempli de souvenir, du boulevard Voltaire à Paris où elle est installée depuis 1977, date de son arrivée du Sénégal. Les images sur les murs de son salon illustrent en photos noir et blanc le film de 50 ans de cinéma. Elles immortalisent un tournage sur la mer noire à Sotchi pour Soleil noir (1971), un film sur la vie de Patrice Lumumba, une interview à Tachkent lors d’un festival de cinéma des pays de l’Est, un souvenir de jeunesse sur les marches de la place de l’indépendance de Dakar.
 
Puis elle s’arrête devant un beau portrait d’une jolie jeune fille au sourire discret. « J’étais plus agréable à regarder », précise Mbissine Thérèse Diop (elle ne veut pas donner son âge par coquetterie) en regardant l’affiche de La Noire de...
 
Diouana, la noire de Sembène
Réalisé par Ousmane Sembène, c’est le premier long-métrage d’un cinéaste d’Afrique noire. Mbissine Thérèse Diop y tient le rôle principal en interprétant le personnage de Diouana, une domestique embauchée à Dakar par une famille de coopérants français. Partie avec eux en France, Diouana est confrontée à la solitude, au racisme, à la maltraitance de ses patrons et finit par se suicider. Le film remporte plusieurs distinctions dont le Prix Jean Vigo, le Tanit d’or au Festival international de Carthage et le prix du meilleur réalisateur au Festival des arts nègres, tous en 1966. « Sembène ne m’a pas payé pour ce rôle », lâche-t-elle comme une grenade explosive dont les éclats écorchent la figure mythique d’un des pères du cinéma africain.

« C’est un film tourné avec un petit budget », éclaire Catherine Ruelle, spécialiste du cinéma africain. « Mais je ne lui en veux pas, reprend Mbissine Diop. Grâce à lui, j’ai pu tourner et avoir des cachets en Afrique, en Russie et en France ». Sur ce pan du mur de sa vie, les rêves de Mbissine Diop s’émerveillent en la remplissant d’émotions qu’elle fige dans l’éternité à travers sa rencontre avec l’art. « Je ne suis pas allée vers le cinéma, rectifie-t-elle, c’est le cinéma qui est venu à moi ».

Ousmane Sembène lui avait proposé le rôle après avoir vu sa photo dans une exposition d’un journaliste au bureau du cinéma de Dakar. Bien avant cet épisode, Mbissine Thérèse Diop était « attirée par le milieu de l’art ». A la fin des années 1950, elle a vécu trois ans en Corse où elle faisait de la couture. De cet exode dû à la séparation de ses parents alors qu’elle était encore mineure, il lui reste le sobriquet de « La Corse ». Mais également une correspondance épistolaire avec Joséphine Baker et l’amour du cinéma. Quand l’offre de Sembène s’est présentée, elle saisit sa chance en provoquant « la bénédiction de ses parents hésitants et méfiants » à l’égard du cinéma. L’essentiel du tournage se passe au Sénégal puis à Marseille où elle était doublée car Sembène n’avait pas les moyens de la faire voyager. Après avoir réalisé des courts-métrages et s’être formé au cinéma soviétique, Sembène « maîtrisait déjà tout sur le tournage ».
 
Femme blessée
Mbissine Thérèse Diop filmIl filme de manière subtile la nudité de Mbissine Thérèse Diop. « Je portais un slip », tempère-t-elle encore cinquante ans après.
Peu importe pour les tenants d’un conservatisme criant au scandale dans une société sénégalaise d’après indépendance où on ne faisait pas la différence entre l’actrice et le personnage interprété. Aussi bien dans sa famille que dans la rue, « certains ne voulaient plus de mon bonjour », se souvient-elle. « Mbissine Diop est une grande actrice et une formidable femme blessée à cause de ce rôle », note la spécialiste Catherine Ruelle. L’interprétation de Diouana réduite à la polémique sur sa nudité désole Mbissine Thérèse Diop d’autant plus que le film dénonçait d’abord la condition des domestiques confrontées au racisme et à l’esclavage post-indépendance. « J’aimerais qu’on me montre une personne née avec la mention d’esclave sur son front », s’insurge-t-elle. L’égalité est au cœur de son rapport avec la religion en tant que fille d’une catholique et d’un musulman, Mbissine Diop a refusé de choisir entre les deux religions mais a foi en l’Afrique.

« Comme le font les mères avec leurs enfants, si je pouvais porter l’Afrique sur mon dos, je le ferai ». Présente à la naissance du Fespaco en 1969, Mbissine Thérèse Diop montre les photos des premières séances et rencontres avec les pères fondateurs du cinéma africain : le Nigérien Omarou Ganda, l’Ivoirien Désiré Ecaré, le Burkinabé Louis Thiombiano, le chanteur guinéen Sory Kandia Kouyaté et « son Ousmane Sembène ». « Savez-vous que le festival a failli avoir lieu à Bobo-Dioulaso ? », fait-elle mine de s’interroger. Dans ce milieu d’hommes, elle est l’une des rares femmes africaines. Autant pour La Noire de que pour Emitaï (1971) réalisés par Sembène « qui ne voulait pas qu’elle tourne avec les autres cinéastes », selon Catherine Ruelle, Mbissine Diop n’a pourtant jamais été honoré par le Fespaco. « C’est plus un regret pour les gens que pour moi », sourit-elle.
 
Moussa Diop (Le Monde)
 
Actrice et comédienne : Dans les coulisses de Maïmouna Guèye
Maïmouna GuèyeLe regard pétillant, l’air malicieux, Maïmouna Gueye respire la vie. A l’orée de 2017, la comédienne et dramaturge d’origine sénégalaise a le vent en poupe : Maman(s) (Maïmouna Doucouré), le dernier film dans lequel elle joue, a été couronné du césar du meilleur court-métrage (2017). Actuellement, elle tourne aux côtés d’Omar Sy pour le prochain film de Rachid Boucharem (réalisateur et producteur franco-algérien, auteur d’Indigènes). Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne.

Avec une sincérité désarmante, Maïmouna raconte son parcours, jalonné d’embûches, mais teinté d’amour et d’espoir : une enfance à Thiès, dans une fratrie de neuf enfants, le décès de ses parents, survenu l’année de ses 16 ans. Elle interrompt ses études pour gagner sa vie. Bien qu’inexpérimentée, Maïmouna réussit une audition pour interpréter le rôle-titre dans Antigone, mis en scène par Gérard Chenet (auteur, metteur en scène, plasticien haïtien) à Toubab Dialaw. Conscient de son talent, l’artiste la prend sous son aile. Elle évoque la figure de son père spirituel avec une infinie tendresse : « je l’admire beaucoup. Un homme engagé, ministre sous Senghor. Il a œuvré pour le Sénégal en mettant à disposition un centre culturel pour les artistes, Sodo Bade…Et puis, il a su déceler en moi des prédispositions pour la scène. C’est lui qui m’a montré la voie ; en quelque sorte, il m’a guérie ». La comédienne poursuit sa carrière au sein d’une jeune troupe en résidence, jusqu’à son départ pour la France, à 20 ans.

Une voix engagée
Partir, emporter avec elle cette détermination qui la caractérise, et l’urgence de dire. « Petite, j’étais comme une éponge, j’absorbais toutes les douleurs du monde. Avec le décès de mes parents, j’avais pris conscience qu’avant de mourir, il fallait laisser son empreinte. J’aurais pu aller vers un autre métier lié à l’oralité, avocate, par exemple. J’ai choisi la scène, l’écriture ». Seulement, en France, son parcours de comédienne n’est pas reconnu.

Il lui faut obtenir des diplômes français, intégrer le conservatoire d’Avignon, être disciplinée. « Je ne supporte pas l’académisme, et malgré les très bons pédagogues qui ont fait la femme que je suis, étudier m’ennuyait. Je voulais que ma colère ne reste pas sourde ». Courageuse et résolue, Maïmouna Gueye s’élève contre la bien-pensance et dénonce toute forme de stigmatisation, même sournoise. Être cantonnée au rôle de « l’Africaine » lui est insupportable : « je n’ai pas besoin de mettre mes origines en avant pour qu’on se dise que je suis sénégalaise ».

Dans son prochain rôle, nulle question de boubou, de foulard, ou autres stéréotypes. Elle salue l’intelligence de Rachid Boucharem, car le réalisateur a su la voir au-delà de sa couleur de peau.

Une soif d’écrire
Maimouna Guèye actriceLa comédienne déplore les discriminations, encore vivaces dans le milieu artistique. « Je suis un être humain et je veux que le cinéma et le théâtre me regardent comme tel ». Parce que les difficultés raciales auxquelles elle se heurte au cinéma sont également prégnantes chez les auteurs. Ses premières pièces abordent des sujets douloureux, comme l’excision (Les souvenirs de la dame en noir 2003), ou le racisme (Bambi, elle est noire mais elle est belle 2006). Les Occidentaux caressent l’illusion que donner la parole aux minorités est preuve de grandeur d’âme. Ses deux pièces ont plu aux producteurs. Or, Maïmouna Gueye refuse d’être instrumentalisée.

Elle souhaiterait aborder d’autres thèmes qui lui sont chers, comme l’amour. Malheureusement les propositions se font plus rares. Maïmouna ironise : « en parlant d’amour, j’aborde un sujet universel, je suis moins attrayante pour les producteurs. Mais rien ne m’arrêtera.

J’écris depuis l’enfance. Les murs de ma chambre étaient tapissés de mots. A ma juste mesure, je veux changer le monde avec l’écriture. Si je parviens à mettre des étoiles dans les yeux de deux ou trois personnes, j’aurai accompli ma mission ».`

Aujourd’hui mère d’un garçon de deux ans, elle affirme que « donner la vie apaise la colère ». Elle porte à présent un autre regard sur le monde, empreint de douceur. La figure maternelle est omniprésente dans ses rôles, aussi bien sur les planches que sur grand écran. C’est encore la mère qu’elle incarne avec brio dans Maman(s). Elle y interprète une femme dévastée, emmurée dans une douleur sourde, partageant son mari avec une seconde épouse.

Retour au pays natal ?
L’idée d’un retour probable au Sénégal la réjouit. Si par le passé elle a eu l’opportunité de jouer ses pièces au centre culturel français de la capitale, elle souhaite aujourd’hui y retourner pour un nouveau projet artistique autour de la prostitution. La comédienne raconte une anecdote malheureuse vécue quelques années auparavant. Alors que son mari et elle étaient en voiture à Dakar, ils ont été arrêtés par la police. Pour eux, une femme noire séduisante et sexy aux côtés d’un homme blanc était incontestablement une prostituée. De fait, selon elle, il est primordial de débattre de la condition des femmes, de « parler d’humanité ».

Elle se félicite de l’émergence d’un cinéma typiquement sénégalais, et s’amuse de l’impact des séries sénégalaises sur la population : « on a dû attendre la fin d’un épisode de Wiri Wiri pour présenter Maman(s) au festival Image et vie à Dakar. Le film a d’ailleurs reçu un excellent accueil, malgré mes appréhensions ».

Maïmouna Gueye brosse le portrait de personnalités sénégalaises qu’elle tient en haute estime : l’actrice Hauwei Sena, qui a su obtenir légitimité et succès contre vents et marées.
Ou encore, la journaliste Aminata Sophie Dieye. Décédée récemment, dotée d’une plume remarquable et d’une liberté de ton jubilatoire.
Espérons que la talentueuse comédienne obtiendra elle aussi la reconnaissance de ses pairs, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Anne Plantier

 

Last modified on mardi, 18 avril 2017 13:11

Ecrivaine prolixe avec plusieurs livres à son actif, Fatou Diome se veut aussi une combattante pour la vie, pour les libertés pour un monde ouvert. Sénégalaise de naissance et française d’adoption comme elle se définit, Fatou Diome dans son dernier ouvrage va en guerre contre le concept d’identité nationale agité en France à la veille de l’élection présidentielle.

De Niodior à Strasbourg, Fatou Diome se veut la même personne. Fidèle à ses principes. Fidèle aussi à sa terre natale et à sa terre adoptive. Dans tous ses écrits, elle ne manque pas de faire référence à Niodior, dans les îles du Saloum au Sénégal et  à Strasbourg, cette belle terre alsacienne qui a dompté la fille rebelle qu’elle est. Niodior, la plus grande des îles du Saloum, ces territoires coincés entre le bras de mer et l’océan atlantique, a vu naitre Fatou Diome en 1968. Une enfance insulaire  qui a marqué la jeune sérère Niominka avec les combats de lutte traditionnelle, les séances de cueillettes de fruits de mer. Ces activités bien communes à toutes les îles du Saloum.  Elle a en sans doute appris à lutter contre les difficultés que la vie ne lui a pas épargné entre Niodior, Mbour, Dakar avant de partir en France pour suivre un mari blanc. En Hexagone, la jeune sérère Niominka connut encore un autre épisode de sa vie qui l’a sans doute marqué. Elle subit les sarcasmes d’une belle famille pas ouverte au monde pour accepter une jeune femme africaine en leur sein. De cet épisode, le film de sa vie a connu moult rebondissements. L’émigration sera ainsi pour elle plusieurs scènes de vie où on doit se battre pour se reconnaitre, reconnaitre ses droits.  Comme tous les émigrés, elle a connu les petites galères et misères loin de sa terre natale. Petits boulots, sollicitations familiales, spleen…. Femme de ménage pendant plusieurs années, elle réussit à financer ses études de lettres à Strasbourg pour ainsi raconter sa vie de combat(s) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Ses nouveaux combats actuellement portent sur le  racisme et ses dérivés comme  le nationalisme, l’extrémisme.  Ces fléaux qui menacent notre monde. « Chaque fois qu’il y aura des humains maltraités, je me sens interpellé pour écrire et dénoncer » nous disait-elle au détour d’une interview en 2015 après son ouvrage « Impossible de grandir ». Dans ce roman, elle y raconte l’histoire d’une fille, Salie, née hors mariage et dont l’enfance a été rythmée par le regard accusateur de certains membres de son entourage familial, des autres. Un regard qui l’empêche de grandir. Une histoire comme on en voit tout le temps. Mais l’histoire de Salie est celle de Fatou Diome qui a pris le pari de la raconter « pour les autres qui se cachent encore et qui ont honte quand on leur parle de ces choses ». Un grand courage qui le poursuit toujours pour dire non au traitement infligé aux migrants. D’où son coup de gueule sur un plateau d’une télévision française. Aujourd’hui encore, elle prend sa plume pour défendre une cause qui lui tient beaucoup la question de l’identité nationale en France avec, en perspective, la présidentielle. Son nouveau livre, un essai intitulé  « « Marianne porte plainte ! »,  se veut une ode à la France, mère patrie adoptive prenant aujourd’hui des allures de marâtre. Elle s’interroge ainsi sur ce que pourrait être une identité nationale, « ciment de la République, appuyée sur un pilier crucial, l’éducation, seule capable de libérer des tiroirs identitaires et d’affirmer l’appartenance commune au genre humain ».

Oumar NDIAYE

Fatou Diome répond à la polémique sur « l’esclavage et la colonisation »
« Tous les peuples ont colonisés leurs voisins », selon Frédéric Taddei, présentateur de l’émission «Hier, aujourd’hui et demain» sur France2.

Le journaliste français donne l’exemple de l’empire du Mali, des Arabes qui ont « colonisés le Maghreb, puis l’Espagne. Les Blancs aux Amériques. Les Sérères avec les Wolofs ». Ce qui l’amène à interroger Fatou Diome sur la pertinence d’arrêter « de faire la différence entre les colonisés et les colonisateurs. On a tous été l’un et l’autre ». (éclat de rires partagé).

Fatou Diome, un des invités de l’émission, répond : « Il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l’esclavage et à la colonisation ». Reconnaissant l’utilité d’apprendre l’histoire, la romancière sénégalaise appelle de ses vœux « un élan vers l’avenir, se libérer du passé et arrêter d’être des otages, des victimes de l’esclavage et de la colonisation. Je ne suis pas une victime de l’histoire de la colonisation, parce que je n’étais pas colonisée. C’est Senghor qui a été colonisé même si je n’oublie pas l’histoire évidemment ».
Maladroite au moins pour certains internautes de la diaspora qui se référaient à elle depuis ses prises de paroles salutaires dans les télévisions françaises. D’autres parlent de déceptions. Invitée à réagir sur la polémique déclenchée par ses propos, Fatou Diome « assume pleinement » ses propos. La romancière sénégalaise assume « le risque de déplaire parfois ». Elle axe sa réponse sur plusieurs points : « Chaque fois que nous, Africains, nous nous définissons comme victimes, de facto, nous désignons notre dominant, et notre complexe d’infériorité entretient le complexe de supériorité de celui-ci. Donc, revendiquer notre liberté, c’est la seule façon d’imposer un rapport d’égalité au dominant. Oui, nous devons étudier notre histoire, savoir d’où nous venons et qui nous sommes, bref, connaître le passé permet de comprendre le présent et mieux préparer le futur. Mais, si les esprits restent otages de l’esclavage et de la colonisation, notre liberté serait vaine et l’égalité (avec l’ancien dominant) impossible. Je veux une Afrique debout, qui traite d’égal à égal avec les autres. Une telle Afrique ne peut se contenter de geindre sur son passé, une telle Afrique doit affirmer sa liberté et ses volontés d’aujourd’hui ».

Oumar NDIAYE et Moussa DIOP

Cinquante-trois ans après la sortie de « La Noire de », le premier film où une Sénégalaise et Africaine tenait le rôle principal, Mbissine Thérèse Diop revient sur sont parcours et son histoire tourmentée notamment à travers une scène qui a bouleversé sa vie.
 
« Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît », écrivait le poète Birago Diop. La mémoire de Mbissine Thérèse Diop, la première actrice africaine dans un long-métrage, a choisi de rapporter un fagot composé de séquences du film de sa vie. La projection de la pellicule n’est pas bouchée par l’horizon de son appartement, rempli de souvenir, du boulevard Voltaire à Paris où elle est installée depuis 1977, date de son arrivée du Sénégal. Les images sur les murs de son salon illustrent en photos noir et blanc le film de 50 ans de cinéma. Elles immortalisent un tournage sur la mer noire à Sotchi pour Soleil noir (1971), un film sur la vie de Patrice Lumumba, une interview à Tachkent lors d’un festival de cinéma des pays de l’Est, un souvenir de jeunesse sur les marches de la place de l’indépendance de Dakar.
 
Puis elle s’arrête devant un beau portrait d’une jolie jeune fille au sourire discret. « J’étais plus agréable à regarder », précise Mbissine Thérèse Diop (elle ne veut pas donner son âge par coquetterie) en regardant l’affiche de La Noire de...
 
Diouana, la noire de Sembène
Réalisé par Ousmane Sembène, c’est le premier long-métrage d’un cinéaste d’Afrique noire. Mbissine Thérèse Diop y tient le rôle principal en interprétant le personnage de Diouana, une domestique embauchée à Dakar par une famille de coopérants français. Partie avec eux en France, Diouana est confrontée à la solitude, au racisme, à la maltraitance de ses patrons et finit par se suicider. Le film remporte plusieurs distinctions dont le Prix Jean Vigo, le Tanit d’or au Festival international de Carthage et le prix du meilleur réalisateur au Festival des arts nègres, tous en 1966. « Sembène ne m’a pas payé pour ce rôle », lâche-t-elle comme une grenade explosive dont les éclats écorchent la figure mythique d’un des pères du cinéma africain.

« C’est un film tourné avec un petit budget », éclaire Catherine Ruelle, spécialiste du cinéma africain. « Mais je ne lui en veux pas, reprend Mbissine Diop. Grâce à lui, j’ai pu tourner et avoir des cachets en Afrique, en Russie et en France ». Sur ce pan du mur de sa vie, les rêves de Mbissine Diop s’émerveillent en la remplissant d’émotions qu’elle fige dans l’éternité à travers sa rencontre avec l’art. « Je ne suis pas allée vers le cinéma, rectifie-t-elle, c’est le cinéma qui est venu à moi ».

Ousmane Sembène lui avait proposé le rôle après avoir vu sa photo dans une exposition d’un journaliste au bureau du cinéma de Dakar. Bien avant cet épisode, Mbissine Thérèse Diop était « attirée par le milieu de l’art ». A la fin des années 1950, elle a vécu trois ans en Corse où elle faisait de la couture. De cet exode dû à la séparation de ses parents alors qu’elle était encore mineure, il lui reste le sobriquet de « La Corse ». Mais également une correspondance épistolaire avec Joséphine Baker et l’amour du cinéma. Quand l’offre de Sembène s’est présentée, elle saisit sa chance en provoquant « la bénédiction de ses parents hésitants et méfiants » à l’égard du cinéma. L’essentiel du tournage se passe au Sénégal puis à Marseille où elle était doublée car Sembène n’avait pas les moyens de la faire voyager. Après avoir réalisé des courts-métrages et s’être formé au cinéma soviétique, Sembène « maîtrisait déjà tout sur le tournage ».
 
Femme blessée
Il filme de manière subtile la nudité de Mbissine Thérèse Diop. « Je portais un slip », tempère-t-elle encore cinquante ans après.
Peu importe pour les tenants d’un conservatisme criant au scandale dans une société sénégalaise d’après indépendance où on ne faisait pas la différence entre l’actrice et le personnage interprété. Aussi bien dans sa famille que dans la rue, « certains ne voulaient plus de mon bonjour », se souvient-elle. « Mbissine Diop est une grande actrice et une formidable femme blessée à cause de ce rôle », note la spécialiste Catherine Ruelle. L’interprétation de Diouana réduite à la polémique sur sa nudité désole Mbissine Thérèse Diop d’autant plus que le film dénonçait d’abord la condition des domestiques confrontées au racisme et à l’esclavage post-indépendance. « J’aimerais qu’on me montre une personne née avec la mention d’esclave sur son front », s’insurge-t-elle. L’égalité est au cœur de son rapport avec la religion en tant que fille d’une catholique et d’un musulman, Mbissine Diop a refusé de choisir entre les deux religions mais a foi en l’Afrique.

« Comme le font les mères avec leurs enfants, si je pouvais porter l’Afrique sur mon dos, je le ferai ». Présente à la naissance du Fespaco en 1969, Mbissine Thérèse Diop montre les photos des premières séances et rencontres avec les pères fondateurs du cinéma africain : le Nigérien Omarou Ganda, l’Ivoirien Désiré Ecaré, le Burkinabé Louis Thiombiano, le chanteur guinéen Sory Kandia Kouyaté et « son Ousmane Sembène ». « Savez-vous que le festival a failli avoir lieu à Bobo-Dioulaso ? », fait-elle mine de s’interroger. Dans ce milieu d’hommes, elle est l’une des rares femmes africaines. Autant pour La Noire de que pour Emitaï (1971) réalisés par Sembène « qui ne voulait pas qu’elle tourne avec les autres cinéastes », selon Catherine Ruelle, Mbissine Diop n’a pourtant jamais été honoré par le Fespaco. « C’est plus un regret pour les gens que pour moi », sourit-elle.
 
Moussa Diop (Le Monde)
Le regard pétillant, l’air malicieux, Maïmouna Gueye respire la vie. A l’orée de 2017, la comédienne et dramaturge d’origine sénégalaise a le vent en poupe : Maman(s) (Maïmouna Doucouré), le dernier film dans lequel elle joue, a été couronné du césar du meilleur court-métrage (2017). Actuellement, elle tourne aux côtés d’Omar Sy pour le prochain film de Rachid Boucharem (réalisateur et producteur franco-algérien, auteur d’Indigènes). Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne.

Avec une sincérité désarmante, Maïmouna raconte son parcours, jalonné d’embûches, mais teinté d’amour et d’espoir : une enfance à Thiès, dans une fratrie de neuf enfants, le décès de ses parents, survenu l’année de ses 16 ans. Elle interrompt ses études pour gagner sa vie. Bien qu’inexpérimentée, Maïmouna réussit une audition pour interpréter le rôle-titre dans Antigone, mis en scène par Gérard Chenet (auteur, metteur en scène, plasticien haïtien) à Toubab Dialaw. Conscient de son talent, l’artiste la prend sous son aile. Elle évoque la figure de son père spirituel avec une infinie tendresse : « je l’admire beaucoup. Un homme engagé, ministre sous Senghor. Il a œuvré pour le Sénégal en mettant à disposition un centre culturel pour les artistes, Sodo Bade…Et puis, il a su déceler en moi des prédispositions pour la scène. C’est lui qui m’a montré la voie ; en quelque sorte, il m’a guérie ». La comédienne poursuit sa carrière au sein d’une jeune troupe en résidence, jusqu’à son départ pour la France, à 20 ans.

Une voix engagée
Partir, emporter avec elle cette détermination qui la caractérise, et l’urgence de dire. « Petite, j’étais comme une éponge, j’absorbais toutes les douleurs du monde. Avec le décès de mes parents, j’avais pris conscience qu’avant de mourir, il fallait laisser son empreinte. J’aurais pu aller vers un autre métier lié à l’oralité, avocate, par exemple. J’ai choisi la scène, l’écriture ». Seulement, en France, son parcours de comédienne n’est pas reconnu.

Il lui faut obtenir des diplômes français, intégrer le conservatoire d’Avignon, être disciplinée. « Je ne supporte pas l’académisme, et malgré les très bons pédagogues qui ont fait la femme que je suis, étudier m’ennuyait. Je voulais que ma colère ne reste pas sourde ». Courageuse et résolue, Maïmouna Gueye s’élève contre la bien-pensance et dénonce toute forme de stigmatisation, même sournoise. Être cantonnée au rôle de « l’Africaine » lui est insupportable : « je n’ai pas besoin de mettre mes origines en avant pour qu’on se dise que je suis sénégalaise ».

Dans son prochain rôle, nulle question de boubou, de foulard, ou autres stéréotypes. Elle salue l’intelligence de Rachid Boucharem, car le réalisateur a su la voir au-delà de sa couleur de peau.

Une soif d’écrire 
La comédienne déplore les discriminations, encore vivaces dans le milieu artistique. « Je suis un être humain et je veux que le cinéma et le théâtre me regardent comme tel ». Parce que les difficultés raciales auxquelles elle se heurte au cinéma sont également prégnantes chez les auteurs. Ses premières pièces abordent des sujets douloureux, comme l’excision (Les souvenirs de la dame en noir 2003), ou le racisme (Bambi, elle est noire mais elle est belle 2006). Les Occidentaux caressent l’illusion que donner la parole aux minorités est preuve de grandeur d’âme. Ses deux pièces ont plu aux producteurs. Or, Maïmouna Gueye refuse d’être instrumentalisée.

Elle souhaiterait aborder d’autres thèmes qui lui sont chers, comme l’amour. Malheureusement les propositions se font plus rares. Maïmouna ironise : « en parlant d’amour, j’aborde un sujet universel, je suis moins attrayante pour les producteurs. Mais rien ne m’arrêtera.

J’écris depuis l’enfance. Les murs de ma chambre étaient tapissés de mots. A ma juste mesure, je veux changer le monde avec l’écriture. Si je parviens à mettre des étoiles dans les yeux de deux ou trois personnes, j’aurai accompli ma mission ».`

Aujourd’hui mère d’un garçon de deux ans, elle affirme que « donner la vie apaise la colère ». Elle porte à présent un autre regard sur le monde, empreint de douceur. La figure maternelle est omniprésente dans ses rôles, aussi bien sur les planches que sur grand écran. C’est encore la mère qu’elle incarne avec brio dans Maman(s). Elle y interprète une femme dévastée, emmurée dans une douleur sourde, partageant son mari avec une seconde épouse.

Retour au pays natal ?
L’idée d’un retour probable au Sénégal la réjouit. Si par le passé elle a eu l’opportunité de jouer ses pièces au centre culturel français de la capitale, elle souhaite aujourd’hui y retourner pour un nouveau projet artistique autour de la prostitution. La comédienne raconte une anecdote malheureuse vécue quelques années auparavant. Alors que son mari et elle étaient en voiture à Dakar, ils ont été arrêtés par la police. Pour eux, une femme noire séduisante et sexy aux côtés d’un homme blanc était incontestablement une prostituée. De fait, selon elle, il est primordial de débattre de la condition des femmes, de « parler d’humanité ».

Elle se félicite de l’émergence d’un cinéma typiquement sénégalais, et s’amuse de l’impact des séries sénégalaises sur la population : « on a dû attendre la fin d’un épisode de Wiri Wiri pour présenter Maman(s) au festival Image et vie à Dakar. Le film a d’ailleurs reçu un excellent accueil, malgré mes appréhensions ».

Maïmouna Gueye brosse le portrait de personnalités sénégalaises qu’elle tient en haute estime : l’actrice Hauwei Sena, qui a su obtenir légitimité et succès contre vents et marées. 
Ou encore, la journaliste Aminata Sophie Dieye. Décédée récemment, dotée d’une plume remarquable et d’une liberté de ton jubilatoire. 
Espérons que la talentueuse comédienne obtiendra elle aussi la reconnaissance de ses pairs, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Anne Plantier

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