Soleil Diaspora (107)

Pour la deuxième fois consécutive, le Pavillon des Lettres a été le grand rendez-vous des lettres africaines.

Du 16 au 19 mars 2018, le Pavillon des Lettres d'Afrique a accueilli officiels, auteurs en dédicace, éditeurs, conteurs, et aussi public venu en masse rencontrer les acteurs du livre et de la lecture.

Avec comme thème le livre passerelle des arts, l'édition 2018 a ceci de particulier par rapport à celle de 2017, elle a étendu sa programmation non plus aux écrivains, mais à une quantité d'autres acteurs culturels.

En veillant à placer le livre au cœur des débats, le Pavillon des Lettres d'Afrique a tenu également à célébrer et à promouvoir les différentes industries culturelles et créatives telles que le cinéma et l'audiovisuel, les arts visuels, les arts de la scène, la gastronomie ou encore la mode, dont les représentants, ont pu, lors de tables rondes savamment menées par des modérateurs de talent, valoriser le lien avec le livre et la richesse artistique de l’Afrique.

J'ai trouvé très judicieux de voir des blogueurs, des "influenceurs" de la toile, des musiciens, des journalistes partager les espaces de discussions et échanger sur les différentes thématiques.

L’Afrique du Sud était l’invité d’honneur de l’édition 2018, ce qui me conforte dans l'idée que les gestionnaires du Pavillon sont dans une quête permanente d'amélioration et surtout d'élargissement, car la littérature africaine n'est pas seulement nichée dans l'espace francophone, mais s'étend aussi dans l'espace anglophone. À en juger par les pépites qui émergent chaque année du Nigeria, du Kenya, pour ne citer que ces pays ...

La Côte d'Ivoire, partenaire stratégique du Pavillon, était bien représentée, encore une fois. En plus de son ministre de la Culture, l'écrivain Maurice Bandaman, la délégation comptait Isabelle Fofana, promotrice du Prix Ivoire d'expression francophone et Directrice générale des Éditions Fraternité Matin, les écrivains Venance Konan, Macaire Etty et Essie Kelly. Ce fut une réelle joie pour moi de voir ces hommes et femmes de lettres dont j'admire et suis régulièrement le travail sur la littérature ivoirienne via les réseaux sociaux.

La parution de mon nouvel ouvrage, «Vous avez dit féministe ?» J'ai participé à deux tables - rondes. La première eut lieu le samedi 17 mars et au lieu d'un trio, nous fûmes finalement deux, car la personne avec qui je devais partager la table - ronde n'a malheureusement pas eu son visa.

Avec Ramcy Kabuya, doctorant et spécialiste de la littérature africaine, nous avons débattu de «Vous avez dit féministe ?», de l'écriture d'un tel livre, si l'on considère que le terme féminisme n'est pas le plus fédérateur qui puisse exister en ce XXIe siècle. Sous le tir nourri des questions de Ramcy, j'ai pu revenir en long et en large sur ce petit livre qui soit dit en passant, était un livre pas du tout attendu, mais il s'est avéré nécessaire en ces temps où les questions liées au féminisme sont au devant de la scène...

Le dimanche 18, durant l'après - midi, j'ai également participé à une autre table - ronde autour de la question du cheveu naturel afro. En compagnie de trois autres femmes activistes mais aussi écrivaines, la journaliste Nadine Kouamouo qui modérait la rencontre est partie du cheveu naturel pour évoquer le « nappysme » (l'art de porter ses cheveux naturels sans défrisage), avant d’étendre la discussion sur des questions d'actualité telles que l'afropéanisme, l'afrodescendance, le féminisme...

Ce fut une occasion de plus pour parler de « Vous avez dit féminisme ? » et de citer les quatre femmes dont les travaux m’ont inspiré sur le féminisme. Elles ont pour nom Simone De Beauvoir, Chimamanda Adichie, Awa Thiam et Mariama Bâ. Une lecture croisée de leurs écrits me permet de mieux appréhender ce sujet ô combien passionnant qu'est le féminisme. La discussion se révéla passionnante et quelques copies de « Vous avez dit féministe ? » furent achetés par le public.

Le Pavillon des Lettres d'Afrique a, encore une fois, montré qu'il est LE rendez - vous littéraire à ne pas rater.

Par NDÈYE FATOU KANE, AUTEURE

AMINATA SOW FALL, LA SÉNÉGALITÉ EN BANDOULIÈRE
A Sow Fall ParisLa délégation sénégalaise ne fut pas en reste lors de cette édition du Salon du Livre de Paris. Avec les minis stands dédiés à plusieurs pays, le Sénégal, par Abdou Latif Coulibaly, ministre de la Culture, était bien représenté. Outre le ministre, étaient présents les écrivains Mamadou Samb, Andrée Marie Diagne, Rahmatou Seck Samb, Soxna Benga, Thierno Niang et Aminata Sow Fall.

Cette dernière fut l'attraction, cette année. Tout le monde voulait la voir, lui parler, se faire dédicacer son nouvel ouvrage, L'Empire du mensonge.

Douze ans après les festins de la détresse, elle revient avec L'Empire du mensonge. D'abord publié aux Éditions Khoudia, la maison d'édition qu'elle a fondée, L'Empire du mensonge vient de paraître en France chez Le serpent à plumes.

L'entendre en parler, évoquer sa longue et florissante carrière littéraire, lors de tables - rondes suivies de dédicaces me conforte dans le fait que seuls le travail et l'abnégation paient ...

Âgée de 77 ans, je trouve admirable que cette femme qui a porté haut le flambeau de la littérature sénégalaise et africaine, continue de produire des ouvrages. Armée de sa sénégalité en bandoulière, son mouchoir de tête coloré la rendait reconnaissable entre mille.

L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes … authentiques.

Comme si celles – ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs attributs authentiques.

L'entendre évoquer ces valeurs qui jadis faisaient le ciment de notre société et qui sont peu à peu passées de mode au profit d'une modernité galopante nous donne un aperçu de ce qu'est cette magnifique œuvre.

Merci au Pavillon des Lettres d'Afrique d'avoir fait venir cette grande dame si charismatique et qui est, à n'en pas douter, une source d'inspiration pour la nouvelle génération d'auteurs (es) !

Un patriote, quasi jusqu’à la mort. Hamidou Dia a failli mourir durant la guerre civile. Pourquoi ? Pour défendre la présence de son pays en Sierra Leone. Lorsque les rebelles arrivent à Freetown en 1999, soit huit ans après le début de la guerre, mettant la capitale à feu et à sang, ils ne comptaient évidemment pas épargner le consulat. « Ils voulaient le brûler ! », se souvient celui qui n’était pas encore consul honoraire, mais juste un proche de son prédécesseur. « J’ai négocié avec eux, aidé par un Sierra-Leonais. Ils m’ont finalement laissé la vie sauve mais ils ont tué le Sierra-Leonais », regrette-t-il. Ils n’ont finalement pas non plus réduit en cendres le bâtiment. A l’époque, Abdou Diouf, alors président du Sénégal, a également organisé le rapatriement de Sénégalais, via les airs, en envoyant des hélicoptères dans le pays. Une action qui contribue à diminuer la diaspora sénégalaise en Sierra Leone et qui en a limité le nombre encore aujourd’hui.

Le Sénégal en grand soutien militaire
En tant que membre de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le Sénégal s’est aussi impliqué sur le terrain militaire. En 1990, alors que la guerre civile ravageait le Libéria, pays frontalier de la Sierra Leone, les membres de la Cedeao avaient décidé de créer l’Economic Community of West African States Cease-fire monitoring group (Ecomog).

Cette brigade est principalement chargée de faire respecter les cessez-le-feu lors des conflits armés. En plus du Libéria, elle est intervenue dans la guerre civile en Guinée-Bissau et donc en Sierra Leone. Le Sénégal est l’un des principaux pourvoyeurs de soldats à l’Ecomog, qui est désormais appelée la Force en attente (Fac).

En 2017, la Fac s’est déployée en Gambie, à la suite de la crise suivant l’élection présidentielle, lors de laquelle le président sortant, Yahya Jammeh, a refusé de quitter le pouvoir, après avoir perdu l’élection de décembre 2016.

Correspondance particulière de Maïla MENDY

Ismael Bah est médecin. Ce Sénégalais exerce, avec passion, son métier en Sierra Leone, dans des conditions précaires.

« Faites-vite, les patients m’attendent ! », nous presse Ismael Bah. Effectivement, ils sont nombreux ce jour à patienter dans la salle d’attente de la clinique, où la chaleur reste écrasante, malgré la climatisation. Et pas question, pour Ismael, de délaisser ses patients trop longtemps. « Quand j’ai dû quitter le pays durant l’épidémie d’Ebola, ça a été un crève-cœur ! », regrette-t-il.

Ismael Bah exerce dans la clinique islamique Alisod, dans le centre de Freetown, depuis 2005 date de son ouverture. Entouré d’infirmières et d’un pharmacien, il est l’unique médecin généraliste. Les consultations sont gratuites et les médicaments à un prix accessible. En moyenne, il peut voir jusqu’à 11 patients par jour.

A l’entrée, une petite fontaine avec un seau disposé en dessous permet de se laver les mains, en entrant et en sortant. « Les moyens, aussi bien humains que matériels, manquent », explique le natif de la Casamance. Rien d’anormal dans un pays classé dans les dernières places mondiales du domaine médical. « S’il y a des pathologies compliquées, on les envoie dans les hôpitaux », précise-t-il, en touchant son stéthoscope, posé sur le bureau. « Parfois, on les envoie même au Sénégal, quand aucun médecin ne peut les soigner en Sierra Leone », poursuit-il.

Un pont médical entre le Sénégal et la Sierra Leone ?
Il a quitté le Sénégal en 1990 pour exercer ailleurs. Pas immédiatement en Sierra Leone. « J’ai travaillé pendant 17 ans en Guinée », raconte-t-il. Puis il est venu s’intaller en Sierra Leone après la guerre. Rester au Sénégal, où il a collaboré avec la Croix-Rouge ? Inenvisageable ! « Moi je suis Africain, je suis passe-partout ! », s’exclame le médecin de 42 ans.
Désormais, il est pourtant bien établi en Sierra Leone.

Le médecin sénégalais est revenu dans ce pays aussitôt après l’épidémie d’Ebola.


« J’ai décidé de revenir car je me suis habitué au pays et les gens se sont habitués à moi », sourit-il. « J’aime mon métier et j’aime la Sierra Leone », affirme-t-il. Pour autant, il n’oublie pas son Sénégal natal. Toute sa famille vit là-bas et son pays lui manque. « J’y vais de temps à autre, car je suis très pris par mon travail  », explique-t-il.

Et pourquoi ne pas envisager un pont entre ses deux pays ? « J’aimerais oui, qu’il y ait plus de collaborations médicales entre le Sénégal et la Sierra Leone », rêve-t-il, à haute voix. « En tant qu’africains, nous devons nous entraider ! », plaide-t-il. Africain un jour, africain toujours, est sa devise.

Correspondance particulière de Maïla MENDY

Hamidou Dia, Consul honoraire du Sénégal en Sierra Leone depuis 2010, mais présent depuis bien plus longtemps dans le pays, déplore le peu de moyens affectés à sa mission.

Depuis quand des Sénégalais se sont installés en Sierra Leone ?
Ça fait très longtemps que les Sénégalais se sont implantés ici. Mais au départ, comme nous n’avions pas beaucoup de relations avec la Sierra Leone, nous étions englobés dans la représentation diplomatique de la Gambie. Cela remonte à la fin des années 70. Quand la communauté grossissait, nous avons, par la suite, ouvert notre propre représentation.

Que représente la diaspora sénégalaise en Sierra Leone ?
Elle représente environ 1500 personnes, aussi bien à Freetown que dans les provinces. Il y a deux types de groupes dans la communauté : ceux qui s’installent ici et ceux qui viennent uniquement pour travailler, notamment pour des entreprises sénégalaises comme la Compagnie Sahélienne d’entreprises (Cse). Le nombre de Sénégalais présents ici aurait pu être encore plus important s’il n’y avait pas eu de nombreux départs durant la guerre civile.

Y a-t-il des échanges entre le Sénégal et la Sierra Leone ?
Pas à ma connaissance. Les autorités sénégalaises ne prêtent pas vraiment attention à la Sierra Leone. Ni à sa diaspora. Les autorités sénégalaises ont toujours pensé que tous leurs ressortissants avaient quitté le pays durant la guerre. En revanche, nos échanges ici avec les autorités sierra-léonaises sont assez réguliers.

Cette absence d’échanges est-elle une situation que vous regrettez ?
Oui, je le regrette. Si notre pays d’origine ne se préoccupe pas de la Sierra Leone, cela veut dire qu’il ne se préoccupe pas de nous, non plus, les Sénégalais qui vivent dans ce pays. D’ailleurs, lors des inondations meurtrières en août 2018, une délégation est venue du Sénégal mais aucun de ses membres n’est venu nous rendre visite, prendre des nouvelles des Sénégalais de la Sierra Leone.

Quel impact cela a sur votre mission ?
On ne nous donne pas les moyens de travailler ! Par exemple, mon adjoint et moi ne recevons aucun salaire. Nous travaillons bénévolement. Et pourtant, nous faisons tout pour le bien-être de la diaspora. Dès que quelqu’un a un problème, qu’il y a des tâches administratives pour des mariages ou des enterrements, nous répondons présents.

C’est une situation préoccupante…
Oui ! Heureusement que le gouvernement sierra-leonais nous aide sinon, nous n’aurions rien dans ce pays ! Nous attendons du Sénégal qu’il nous supporte davantage. Par exemple, nous avons besoin de véhicules pour aller à la rencontre de la communauté dans les provinces. Nous envoyons beaucoup de lettres pour exprimer nos besoins mais elles restent sans réponse. Avoir si peu de moyens pour un consulat donne une mauvaise image du Sénégal à l’extérieur.

Correspondance particulière de Maïla MENDY

La rue de Fouray Bay, dans le centre de Freetown, rassemble la plupart des commerces sénégalais. Nombre d’entre eux n’hésiteraient pas à retourner au Sénégal. Rencontre.

Sur la devanture de leurs magasins alignés, sur la rue de Fouray Bay, rien n’indique que nous avons un fort taux de présence sénégalaise au métre carré. Aucun drapeau ni une éventuelle musique. Même l’écriture des prénoms se fond dans la culture sierra-leonaise : « Abubakarr » plutôt qu’ « Aboubacar ». Dans cette rue grouillante du centre de Freetown, leurs commerces ressemblent à tous ceux de la capitale.

En fait, le seul signe distinctif de leurs racines sénégalaises est dans la langue employée : le wolof. Et encore, ils le parlent seulement entre eux. Avec leurs clients, ils s’expriment en krio, le dialecte local, semblable au pidgin nigérian. Et ce, parfaitement. « How is the body ? », crie Khal Sow à un client, venu se procurer du gel douche. Des Sénégalais qui ne le sont plus. Ou presque plus.

« Faire du business au Sénégal ? Je ne sais pas si je le pourrais car je suis habitué à faire du business ici », explique Khal Sow. Dans sa boutique de cosmétiques, ce commerçant de 63 ans, né à Podor, fait figure de pilier dans la communauté sénégalaise de Freetown. Il est arrivé dans le pays en 1978. « Durant la guerre, j’ai fait face aux rebelles. Je n’ai pas fui », se remémore-t-il.

Mohamed Bah, lui, a payé plus durement les ravages des onze ans de guerre civile. « Les rebelles m’ont tout volé, ils ont détruit mon business. Après la guerre, j’ai dû repartir à zéro ! », raconte ce commerçant, lui aussi en cosmétiques. Cela fait 27 ans qu’il tient boutique dans la capitale sierra léonaise. Il est arrivé jeune, avec son père, qui a lancé ce business. A la mort de ce dernier, il a repris le commerce. « Je ne sais pas comment faire du business au Sénégal. J’ai tout appris dans ce pays. Du coup, je préfère travailler sur place », assure-t-il. Avant la guerre, c’était pourtant au Sénégal qu’il achetait sa marchandise, avant de la revendre dans sa boutique. « Mais je n’ai plus les moyens de le faire. J’achète tout maintenant en Sierra Leone », précise-t-il.

Le Sénégal en ligne de mire
Abubakarr Dia se démarque de Mohamed et Khal. « Si je devais choisir, je retournerai au Sénégal pour faire mon business là-bas », tranche ce commerçant de 37 ans, qui vend lui aussi des crèmes, shampoings et autres savons. Il est arrivé en 2001, un an avant la fin de la guerre. N’ayant pas la même expérience du conflit mais comme ses confrères, il a souffert du ralentissement des affaires durant l’épidémie d’Ebola, entre 2014 et 2016. S’il veut quitter la Sierra Leone, c’est pour des raisons précises. « La vie est devenue chère ! Je paie plus de 2 millions de FCFA par an pour louer mon magasin », détaille-t-il, en balayant du regard les 12 m2 de sa boutique. « En plus, toute ma famille est au Sénégal ! », ajoute le jeune homme. Ces attaches familiales jouent pour beaucoup dans une envie unanime : retourner au Sénégal. « Toute ma famille est au Sénégal, sauf ma femme et moi. Nos enfants sont là-bas car louer un appartement ici, c’est cher », justifie Mohamed, père de quatre enfants. «Si j’ai donc l’opportunité de retourner au Sénégal, je vais y aller! », affirme-t-il. Pareil pour Khal Sow, polygame et père de 12 enfants. « La plupart de mes enfants vivent au Sénégal. Il n’y en a que 3 qui sont ici avec moi », précise-t-il. D’ailleurs, la plupart de ces commerçants font l’aller-retour dès qu’ils le peuvent. « J’y vais tous les 5 mois », confie Mohamed Bah. « Moi, c’est plutôt tous les 2,3 ans », raconte Abubakarr Dia. « Pour ma part, ça varie : il peut se passer quelques mois d’intervalle entre les voyages comme il peut se passer deux ans », explique Khal Sow. Tous attendent ce jour où ils auront suffisamment de garanties pour retourner dans leur pays d’origine. Et revenir, peut-être, en Sierra Leone, leur pays d’adoption. Cette fois-ci, en simples touristes.

Correspondance particulière de Maïla MENDY

Quelles sont les relations diplomatiques entre les deux pays d’Afrique de l’Ouest ? Peu ou pas d’échanges.

Caché derrière le stand d’une ruelle commerçante de Freetown, le consulat du Sénégal est à peine visible. Il faut quelques indications de passants avant de tomber sur le drapeau et les coordonnées. Tout cela peint à même le mur. A l’intérieur, même difficulté. Arriver jusqu’au bureau du Consul ressemble à une course d’orientation. Il faut monter des escaliers, passer entre les casseroles des Sierra-Leonaises qui cuisinent, car le consulat se trouve dans un immeuble d’habitation. A l’arrivée, même drapeau et coordonnées peints à même le mur.

Hamidou Dia, le Consul honoraire, nous reçoit dans son bureau. Seule la présence au mur de deux portraits officiels de Macky Sall nous rappellent que nous sommes, a priori, dans un bâtiment officiel de l’Etat sénégalais. Et encore. « C’est nous qui payons le loyer », assure Hamidou Dia.

Les relations diplomatiques entre la Sierra Leone et le Sénégal sont-elles à l’image du consulat : très modestes ?

L’un est anglophone, l’autre francophone. Ils siègent tout deux à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ainsi qu’à l’Union africaine.

Néanmoins, la présence diplomatique de la Sierra Leone au Sénégal est récente : son ambassade à Dakar a ouvert en 2011, là où le consulat sénégalais à Freetown a été initié par Léopold Sédar Senghor. Une implantation tardive de la Sierra Leone qui s’explique probablement par la guerre civile que le pays a connue de 1991 à 2002.

Un avertissement pour les élections de 2019
En août dernier, à la suite des inondations meurtrières dans la capitale sierra-leonaise, le gouvernement du Sénégal avait envoyé une délégation à Freetown. Dans les valises de cette délégation, il y avait une aide financière de 60 millions de FCFA. Mais mis à part ces périodes de crise, les échanges entre les deux pays semblent très restreints. En tout cas, au consulat, les seuls contacts avec les autorités sénégalaises sont du fait d’Hamidou Dia. « On les appelle pour les alerter sur notre manque de moyens pour mener à bien notre mission. Mais même avoir un timbre des autorités sénégalaises est impossible ! », assure-t-il. Ce sentiment d’abandon, les ressortissants sénégalais de la Sierra Leone le partagent aussi.

« Nous sommes les oubliés de la diaspora ! », assène Amadou Charm, bijoutier de 65 ans. « Heureusement que le consulat nous aide, ça nous rappelle d’où nous venons… », ajoute John Batch, couturier de 35 ans. Un consulat lassé dans cette situation de dénuement. « En 2019, on votera ici aussi. Que Macky Sall ne l’oublie pas… », prévient Hamidou Dia. Comme un avertissement envoyé à environ 730 kilomètres de là.

Correspondance particulière de Maïla MENDY

Au Maroc, les Sénégalais y ont une présence séculaire liée au commerce, au culturel et au cultuel. Mais, le début des années 2000 a été un virage marquant avec une augmentation nette de leur nombre dans le pays. Il est consécutif à l’avènement du règne du roi Mohammed VI (1999). Si parmi les Sénégalais on peut certes compter les fameuses employées de maison et nounous, on peut désormais y trouver aussi des étudiants, des journalistes, des comptables, des managers dans les centres d’appels, des commerçants. En bref, c’est une mosaïque aux multiples facettes. En étudiant et en travaillant au Royaume chérifien, les Sénégalais participent au rayonnement économique et culturel de leur pays d’accueil comme en 2017, lors de l’exposition « L’Afrique en capitale », à Rabat, dédiée à la culture et aux hommes de cultures provenant, entre autres Etats, du Sénégal.


Au royaume des petits boulots
Entre « taxi » non déclaré, vendeurs, cambistes improvisés dans les aéroports, certains Sénégalais expérimentent et envahissent le royaume des petits boulots au Maroc.

Malgré l’inéluctabilité du passage, la nuit a encore du mal à se séparer du jour. Naissent alors de petits groupes d’amas filiformes de silhouettes. Les premières lueurs du jour luisent sur l’ébène de visages aux sourires à l’éclat éternel de l’esprit immaculé en pleins salamalecs. Dans ce tango à pas de deux, alternatif entre noir et blanc, le souffle du Gharbi, le vent frais marocain, renfrogne les mines marquées par un avenir incertain. Insignifiants quand ils sont dispersés, les individus finissent par être imposants en groupes. « On attache de l’importance au sable alors qu’en fait ce sont de petits cailloux minuscules ». La réplique du film « Eternal Sunshine of the spotless of mind » n’a jamais paru aussi vraie. Le balai se poursuit.

Ousmane, le taxi
Maroc M5 AirportAprès 6h du matin, on y voit plus clair. Chaque groupe se met devant l’une des deux sorties principales de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. « Il est à l’heure », lance (en wolof) un homme d’une trentaine d’années au reste de son groupe. Il parle de l’arrivée du vol Dakar-Casablanca prévue à 5h30. Effectivement, les passagers sortent en file indienne. Et c’est là que se joue une partie de leur journée. En l’espace de moins d’une minute, chaque membre d’un des groupes avance ses pions en destination de la « clientèle ». « Change Dirham », « Hôtel », « Carte téléphonique », « Taxi ». Autant de propositions que de personnes présentes. L’hameçonnage « Taxi » est le premier à prendre. Sourire non feint, Ousmane mélange l’arabe et le français « débrouillé » pour dialoguer avec son client. A 27 ans, le jeune sénégalais est au Maroc depuis 4 ans. Son sourire à fauchettes qu’arbitrent majestueusement des dents du bonheur ne disparaît pas de son visage même lorsqu’il embarque les bagages du client dans le coffre du véhicule. « Il a une chance de cocu », plaisante le trentenaire muri qui ne souhaite pas décliner son identité. « S’il ne devait y avoir qu’un seul client, il partirait avec lui. C’est incroyable », ajoute-t-il. La scène fait sourire « Ndèye » au look en mode trait d’union entre modernité et tradition.

Des Nike dernier cri assorties à une robe « Ndokette » sur lequel un manteau vient protéger les frêles épaules de cette « ancienne étudiante sénégalaise reconvertie dans le commerce surtout le cambisme » non déclaré. « On s’en sort comme on peut, dit-elle laconiquement en évoquant sa situation au Maroc. Il faut multiplier les sources de revenus. C’est ça l’immigration ». Les au revoir temporaires entre la nuit et le jour commencent à avoir raison de la composition des groupes qui s’étiolent. « A tout à l’heure », crie Ousmane à l’anonyme grincheux avant de quitter le parking de l’aéroport. « Il parle du vol venant de Dakar prévu à 9h45 », explique ce dernier. Chaque jour, il y a trois vols réguliers qui relient Dakar à Casablanca. Il y a donc ceux de 5h40 et de 9h45, en plus de celui du soir prévu à 20h10.

En quittant l’aéroport Mohammed V, l’heure qui sépare Nouaceur au centre de Casablanca est avalée sans arrêt. A l’entrée de la ville blanche, les mendiants subsahariens installent un moment de gêne dans le regard de Mehdy, notre accompagnateur marocain. « Ce ne sont pas des Sénégalais », répond-t-il à notre interpellation sur l’origine de ces mendiants des temps modernes en haillons postés aux feus rouges dont certains portaient des enfants. « Dans la crise migratoire, le Maroc est en première ligne. C’est un lieu de passage pour aller en Europe. Ceux qui n’y arrivent pas sont bloqués au Maroc et souvent dans des situations dramatiques ». Mehdy ne travaille pas pour rien dans un groupe de presse marocain, « à force de fréquenter des journalistes, j’ai acquis certains réflexes ». En début d’après-midi, direction à la Médina de Casablanca où des Sénégalais mènent des activités professionnelles florissantes.

Au détour d’un véritable labyrinthe, on tombe sur une boutique gérée par Coumba. Sur près de 9m2, s’entassent Djellabas, Basins, broderies, bijoux, attirail intime de séduction, des greffages... Nos questions l’indisposent, elle lâche à peine qu’elle s’en sort bien et est installée au Maroc depuis près de 10 ans.

Coumba, la vendeuse
« Coumba fait également cambiste en échangeant euros ou FCfa contre dirhams marocains, souffle Ousmane, le taxi qui nous a rejoint à la Médina. Les 10 euros font 100 dirhams alors que 10 000 francs Cfa s’échangent avec 150 dirhams ». Les sons de ces mots résonnent mal dans l’oreille de Coumba. La Sénégalaise, de plus en plus impatiente, perd le sens de l’hospitalité dans sa boutique. N’insistant pas, le pas pressé vers le coin des coiffeuses sénégalaises. Elles sont tendances. Ici, les prix se négocient et la facture peut aller jusqu’à 400 dirhams pour une coiffure (les mèches sont fournies par le salon de coiffure). Elles profitent de cette forme de monopole pour coiffer toutes les ressortissantes de l’Afrique subsaharienne. En traversant la rue, des camionnettes sont en ordre dispersé. Comme au rodéo, les chauffeurs, à tour de rôle, jouent des coups de volant pour entrer dans un minuscule garage afin d’y charger des marchandises déposées pêle-mêle. On y trouve du matériel électroménager, des habits et des chaussures. Marocains et Sénégalais s’affairent pour placer les bagages sur le toit des véhicules. Certains prennent la direction du Sénégal. « Il nous faut trois jours pour atteindre Dakar en passant par la Mauritanie, renseigne Bouba, l’un des chauffeurs. Pour nous, le voyage Casablanca-Dakar est plus intéressant à faire que Dakar-Casablanca.

En partant du Sénégal, chaque voyageur paie 120.000 FCfa alors que nous pouvons avoir le double au retour en comptabilisant le surplus payé sur la marchandise embarquée ». Les chauffeurs sénégalais au Maroc sont très organisés et profitent des nouvelles technologies pour dialoguer sur les difficultés temporaires sur tel ou tel trajet ainsi que sur les tarifs. « Nous avons un groupe WhatsApp de 65 personnes, précise Ousmane. Nous desservons aussi des villes comme Rabat, Agadir et Fès où il faut débourser 150 euros (98.000 FCfa) et 3h30 pour y aller ».

Par Moussa DIOP

AMADOU SOW, AMBASSADEUR DU SÉNÉGAL AU MAROC : « UNE SYMBIOSE CULTURELLE ET CULTUELLE »
Maroc Amadou Sow« Après l’Afrique politique et économique, Sa majesté a ouvert la voie de l’Afrique de la culture et celle des arts avec des expositions sur le travail d’artistes africains. C’est une ouverture que le Royaume chérifien fait en direction du continent. Il s’agit d’une diplomatie culturelle. Elle est un fondement des liens entre le Maroc et le Sénégal depuis des années : c’est la culture et le culte.

Les premiers érudits sénégalais ont été formés dans les madrassa, ils ont transféré l’Islam au Sénégal. Il y a une similitude culturelle et une symbiose cultuelle entre nos deux pays ».

AGATHE SAGNA : LA « LIONNE » DE L’ATLAS
Embauchée en Cdi dans un centre d’appels de Rabat depuis 7 ans, Agathe Sagna n’a pas toujours connu la stabilité professionnelle. « Galère », « déceptions » et « persévérance » ont longtemps été ses compagnons dans l’aventure marocaine.

L’écharpe nouée autour du coup n’est pas qu’un artifice de coquetterie bien assorti à un make-up discret mais efficace. En cet après-midi sur la grande avenue Mohammed V, le café en face de la gare centrale de Rabat est bondé. Il faut se frayer un chemin pour trouver de la place. Un échange en arabe avec le garçon de café permet de nous trouver une place au choix sur la terrasse. Les lunettes de soleil et la petite laine pour parer aux vents frais ne sont pas qu’une façade face aux desideratas du climat marocain entre deux saisons, elles en disent beaucoup sur Agathe. « Dans la vie, il n’y a pas d’obstacles mais juste des solutions ». Cette phrase sortie à la toute fin d’une discussion d’une heure trente minutes résume Agathe Sagna. La jeune quadra n’est pas du genre à se laisser aller. Femme debout, elle a fait de son existence une « aventure » pour « inverser les destins inéluctables ». Si le drame est la lutte de l’Homme contre un destin inéluctable, la Sénégalaise n’a rien de dramatique. A elle, les études se sont brutalement fermées aux portes du Bfem, malgré un cursus exemplaire dans des écoles privées catholiques ; à elle, le marché de l’emploi n’a pas donné une seconde chance, à part de petits boulots (accompagnateur scolaire, nounou) ; à elle aussi, les barrières sociales imposées aux jeunes filles précocement mères n’ont pas été rédhibitoires.

Une nounou en enfer
Maroc Agathe SagnaAgathe n’en a cure et rêve en grand. Et dès que l’occasion s’est présentée, à travers un concours de circonstances, elle prit son destin en main pour devenir nounou au Maroc en 2001. « Le projet qu’on m’avait présenté était alléchant », confie-t-elle. Etre Nounou pour une petite fille adorable comme seule activité n’a rien d’infamant. La réalité, elle, s’est vite transformée en cauchemar. « A l’aéroport, ma patronne a confisqué mon passeport avec comme prétexte qu’elle devait me faire des papiers ». Ce mauvais départ sera le ton de trois ans de « galère ». « De la seule petite fille, je me suis retrouvée à m’occuper des trois enfants du couple. Puis, je suis passée à femme de ménage, ensuite à cuisinière et à la fin à bonne. En résumé, je m’occupais de tout pour la modique somme de 1200 dirhams (60 000 FCfa) par mois ». Situation intenable, la Sénégalaise au caractère bien trempé demande de rentrer au bercail. « Je refusais difficilement les humiliations quotidiennes et le manque de confiance, car même pour faire la cuisine, ma patronne comptait le nombre de morceaux de viande dans la marmite. C’était d’autant plus incompréhensible que je gardais les enfants toute seule quand elle voyageais avec son mari qui est pilote d’avion ». La demande de rentrer est accueillie avec conditions : « « Si tu veux rentrer au Sénégal, il faudra te payer toi-même le billet de retour », m’a-t-elle dit », raconte Agathe.

Appel du bonheur
Sur un salaire aussi peu élevé, c’est loin d’être évident. Qu’à cela ne tienne, elle fait les efforts pour réunir l’argent nécessaire au bout de plusieurs mois afin de rentrer au Sénégal. Un retour au pays natal qui n’a duré que le temps d’un hivernage. « Trois mois plus tard, je reprenais l’avion pour Casablanca », sourit Agathe. Cette fois-ci, il est hors de question de faire la nounou. Hébergée par des cousines, elle trace son chemin dans le sillon de la réussite. En 2010, le destin lui fait un clin d’œil avec l’opportunité de travailler dans un centre d’appels. Elle y décroche un Cdi et émarge à un salaire plus ou moins de 500.000 FCfa avec les primes d’assiduité et de performances. Entretemps, son fils l’a rejoint, tout comme deux de ses sœurs et un frère. « Nous vivons tous ensemble dans un appartement ». Un petit cocon familial, une activité professionnelle stable, un cadre de vie agréable et une carte de séjour de 10 ans pour éviter les tracas administratifs et permettant de faire des projets d’investissement ne font pas le bonheur. Après 17 ans passés au Maroc, le rêve d’Agathe est sénégalais. « Je veux rentrer dans mon pays, y investir et y travailler ».

Moussa DIOP

UNION CEDEAO / MAROC : ENTRE TRAHISON, MARIAGE FORCÉ ET ACTES CONTRE NATURE
« On ne peut changer la géographie. On ne peut se soustraire au poids de l’histoire », S.E. Mohamed VI, roi du Maroc.

En faisant cette déclaration, le 17 juillet 2016, au 27ème Sommet de l’Union africaine à Kigali (Rwanda), le roi Mohamed VI du Maroc avait-il pleinement conscience que, quelques semaines plus tard, il s’attellerait à « changer » la géographie (faire du Maroc un pays « ouest-africain ») et à se soustraire au poids de l’histoire (changer le paradigme historique du Maroc en l’inscrivant non plus dans une trajectoire arabe mais plutôt dans une dynamique négro-africaine) ?

L’Histoire, lorsqu’elle s’écrira, se chargera de nous édifier sur l’agenda qui a poussé la dynastie alaouite marocaine à vouloir s’imposer une telle union « contre nature ». Une chose est cependant sûre, cette volonté de s’unir aux pays ouest-africains, exprimée par le « système du Makhzen », s’inscrit dans une suite logique posée par l’élite marocaine dans la stratégie de redéploiement du royaume sur le continent africain, surtout après les multiples échecs de l’Union du Maghreb arabe et le « rejet » de l’Union européenne.

Si la demande en elle-même peut s’avérer flatteuse pour l’égo de pays membres de la Cedeao et pour les afro-centristes de tout bord, c’est parce qu’elle révèle qu’il est possible de mettre en place sur le continent des modèles par et pour les Africains viables et qui soient attrayants. Un tel engouement pour une réussite africaine est assez rare pour mériter d’être souligné surtout quand il vient d’une partie du monde où s’affirme clairement une forme de mépris socioculturel du modèle négro-africain. Cependant, ce désir d’intégrer la Cedeao, exprimé par le Maroc, s’il se transformait en adhésion formelle, constituerait en soi une double trahison.

Maroc CedeaoTrahison d’abord de l’esprit de la Cedeao dans ses fondamentaux. A notre connaissance, les rares travaux scientifiques qui ont eu pour objet d’analyser la demande d’adhésion du Maroc ont eu à conclure que le Royaume chérifien ne remplissait pas « totalement » les critères d’adhésion à la Cedeao. En basant l’appartenance à la communauté sur le principal critère géographique, les pères fondateurs de la Cedeao ont posé la situation dans la région ouest-africaine comme seul critère de compétence pour être membre de droit. Or, à moins que la géographie du continent ait changé entre temps, le Maroc n’est pas géographiquement dans le bloc de l’Afrique de l’Ouest et ne peut pas, en principe, faire partie de la Cedeao. Toutes raisons invoquées pour justifier son adhésion va à l’encontre de ce principe clé posé dans l’acte fondateur.

Notre conviction est que, pour œuvrer pour la viabilité de la Cedeao, il faut travailler à respecter les principes. Déroger à cette règle, c’est trahir l’esprit qui a guidé sa création et la confiance des peuples. A vouloir plaire au roi, on finit par trahir ses pères et sa famille.

Trahison ensuite d’une certaine idée de la Cedeao. Au-delà de la question de l’appartenance du Maroc à la sphère géographique ouest-africaine, son adhésion va poser la problématique même de la viabilité du projet ouest-africain. En réalité, la nature même du projet communautaire risque d’être défigurée avec la perspective d'une adhésion marocaine. Les arguments commerciaux évoqués ça et là pour justifier la pertinence ou non d’une telle adhésion peuvent laisser penser que la Cedeao est une institution uniquement à vocation mercantiliste. Aussi, vouloir circonscrire la question de cette adhésion à une simple problématique commerciale, c’est méconnaître les aspirations que les rues ouest-africaines développent pour leur communauté. C’est, en réalité, manquer clairement d’ambition et de vision pour nos « petits » Etats dans un XXIème siècle marqué par la prééminence des Etats-continents. Or, en se dotant de mécanismes très élaborés dans les domaines de la sécurité collective (Ecomog) et de principes de convergence constitutionnelle et institutionnelle et en dégageant la voie de la monnaie unique au sein de la communauté, la Cedeao se donne les moyens d’être une zone d’intégration géopolitique poussée. L’institution pose, qu’on le veuille ou non, les fondements d’un bloc unitaire économique, sociopolitique et sécuritaire pour être performant dans ce XXIème siècle. L’adhésion sans préparation, sans consultation et sans concertation d’un pays sans ancrage territorial ouest-africain, avec un système institutionnel totalement différent du nôtre, est le meilleur moyen d’annihiler toute velléité d’unité géopolitique au sein de la communauté.

Il semble, aujourd’hui, à l’aune des contestations exprimées par les élites ouest-africaines, que la volonté des partisans de l’adhésion marocaine soit de placer le débat sous l’angle d’une analyse coût/bénéfice économique. En vérité, la question de l’adhésion marocaine relève aussi bien d’une problématique économique que socioculturelle. En réalité, au-delà de l’approche économique, deux questions légitimes doivent trouver réponses afin de cerner la pertinence ou non d’une adhésion du Royaume chérifien à la Cedeao. Une identité marocaine est-elle soluble dans une identité noire ouest-africaine ? Le Royaume chérifien sera-t-il disposé à renoncer à une partie de sa souveraineté institutionnelle, politique, monétaire et militaire au profit d’une entité supranationale dont les parties prenantes lui sont territorialement et « identitairement » éloignées ? Répondre à ces questions, c’est définir si l’adhésion du Maroc à la Cedeao est viable ou non.

Ne pas vouloir y répondre ou considérer que ces questions sont subsidiaires, c’est croire que la Cedeao est juste un banal souk à ciel ouvert accessible à tout commerçant/épicier le désirant et que, demain, le Bengladesh ou les Iles Féroé pourraient prétendre y adhérer.

En vérité, derrière ce processus d’adhésion en cours, il y a la crainte que notre éternelle naïveté soit, encore une fois, le lit de nos échecs et regrets de demain.

Par Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Economie
Chercheur associé au laboratoire EDEHN
de l’Université Le Havre-Normandie


134
Dans le domaine de la religion, il y a 134 Sénégalais qui sont, depuis deux ans, en formation dans un institut à Rabat pour devenir des imams. « Ils vont apprendre à organiser les prières, à faire des « khoutba » et à faire en sorte que l’Islam ne soit plus perçu comme une religion belliqueuse », précise l’ambassadeur Amadou Sow.

Embauchée en Cdi dans un centre d’appels de Rabat depuis 7 ans, Agathe Sagna n’a pas toujours connu la stabilité professionnelle. « Galère », « déceptions » et « persévérance » ont longtemps été ses compagnons dans l’aventure marocaine.

L’écharpe nouée autour du coup n’est pas qu’un artifice de coquetterie bien assorti à un make-up discret mais efficace. En cet après-midi sur la grande avenue Mohammed V, le café en face de la gare centrale de Rabat est bondé. Il faut se frayer un chemin pour trouver de la place. Un échange en arabe avec le garçon de café permet de nous trouver une place au choix sur la terrasse.

Les lunettes de soleil et la petite laine pour parer aux vents frais ne sont pas qu’une façade face aux desideratas du climat marocain entre deux saisons, elles en disent beaucoup sur Agathe.

« Dans la vie, il n’y a pas d’obstacles mais juste des solutions ». Cette phrase sortie à la toute fin d’une discussion d’une heure trente minutes résume Agathe Sagna. La jeune quadra n’est pas du genre à se laisser aller. Femme debout, elle a fait de son existence une « aventure » pour « inverser les destins inéluctables ». Si le drame est la lutte de l’Homme contre un destin inéluctable, la Sénégalaise n’a rien de dramatique. A elle, les études se sont brutalement fermées aux portes du Bfem, malgré un cursus exemplaire dans des écoles privées catholiques ; à elle, le marché de l’emploi n’a pas donné une seconde chance, à part de petits boulots (accompagnateur scolaire, nounou) ; à elle aussi, les barrières sociales imposées aux jeunes filles précocement mères n’ont pas été rédhibitoires.

Une nounou en enfer
Agathe n’en a cure et rêve en grand. Et dès que l’occasion s’est présentée, à travers un concours de circonstances, elle prit son destin en main pour devenir nounou au Maroc en 2001. « Le projet qu’on m’avait présenté était alléchant », confie-t-elle. Etre Nounou pour une petite fille adorable comme seule activité n’a rien d’infamant. La réalité, elle, s’est vite transformée en cauchemar. « A l’aéroport, ma patronne a confisqué mon passeport avec comme prétexte qu’elle devait me faire des papiers ». Ce mauvais départ sera le ton de trois ans de « galère ». « De la seule petite fille, je me suis retrouvée à m’occuper des trois enfants du couple. Puis, je suis passée à femme de ménage, ensuite à cuisinière et à la fin à bonne. En résumé, je m’occupais de tout pour la modique somme de 1200 dirhams (60 000 FCfa) par mois ». Situation intenable, la Sénégalaise au caractère bien trempé demande de rentrer au bercail. « Je refusais difficilement les humiliations quotidiennes et le manque de confiance, car même pour faire la cuisine, ma patronne comptait le nombre de morceaux de viande dans la marmite. C’était d’autant plus incompréhensible que je gardais les enfants toute seule quand elle voyageais avec son mari qui est pilote d’avion ». La demande de rentrer est accueillie avec conditions : « « Si tu veux rentrer au Sénégal, il faudra te payer toi-même le billet de retour », m’a-t-elle dit », raconte Agathe.

Appel du bonheur
Sur un salaire aussi peu élevé, c’est loin d’être évident. Qu’à cela ne tienne, elle fait les efforts pour réunir l’argent nécessaire au bout de plusieurs mois afin de rentrer au Sénégal. Un retour au pays natal qui n’a duré que le temps d’un hivernage. « Trois mois plus tard, je reprenais l’avion pour Casablanca », sourit Agathe. Cette fois-ci, il est hors de question de faire la nounou.

Hébergée par des cousines, elle trace son chemin dans le sillon de la réussite. En 2010, le destin lui fait un clin d’œil avec l’opportunité de travailler dans un centre d’appels. Elle y décroche un Cdi et émarge à un salaire plus ou moins de 500.000 FCfa avec les primes d’assiduité et de performances. Entretemps, son fils l’a rejoint, tout comme deux de ses sœurs et un frère. « Nous vivons tous ensemble dans un appartement ». Un petit cocon familial, une activité professionnelle stable, un cadre de vie agréable et une carte de séjour de 10 ans pour éviter les tracas administratifs et permettant de faire des projets d’investissement ne font pas le bonheur. Après 17 ans passés au Maroc, le rêve d’Agathe est sénégalais. « Je veux rentrer dans mon pays, y investir et y travailler ».

Moussa DIOP

« Après l’Afrique politique et économique, Sa majesté a ouvert la voie de l’Afrique de la culture et celle des arts avec des expositions sur le travail d’artistes africains. C’est une ouverture que le Royaume chérifien fait en direction du continent. Il s’agit d’une diplomatie culturelle. Elle est un fondement des liens entre le Maroc et le Sénégal depuis des années : c’est la culture et le culte. Les premiers érudits sénégalais ont été formés dans les madrassa, ils ont transféré l’Islam au Sénégal. Il y a une similitude culturelle et une symbiose cultuelle entre nos deux pays ».

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27 Fév 2018
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Dans le domaine de la religion, il y a 134 Sénégalais qui sont, depuis deux ans, en formation dans un institut à Rabat pour devenir des imams. « Ils vont apprendre à organiser les prières, à faire des « khoutba » et à faire en sorte que l’Islam ne soit plus perçu comme une religion belliqueuse », précise l’ambassadeur Amadou Sow.

Près de 120 Sénégalais résident actuellement à Djibouti. Nos compatriotes sont la plupart dans l’artisanat, notamment la bijouterie, l’enseignement et la vente de médicaments dans les pharmacies, selon le consul honoraire, rencontré récemment à Addis-Abeba où il était venu prendre part, comme à chaque année, au Sommet de l’Union africaine et participer à la rencontre du chef de l’Etat avec la communauté sénégalaise vivant en Ethiopie. D’après Alioune Seck, nommé, depuis 2002, consul honoraire du Sénégal à Djibouti, un poste bénévole, les Sénégalais ont une bonne image dans ce pays où ils travaillent dans la bijouterie, l’enseignement et dans la vente des médicaments. « Nous avons, jusqu’ici, recensé 120 Sénégalais inscrits régulièrement au consulat honoraire », a-t-il précisé. M. Seck a constaté que « les propriétaires de pharmacie préfèrent travailler avec nos compatriotes qu’on retrouve souvent devant les comptoirs pour la vente ». Il a ajouté que lors des contrôles de police, les Sénégalais ne sont jamais inquiétés. Sur les difficultés de nos compatriotes, le consul révèle que le renouvellement des passeports et des cartes nationales d’identité est l’un des problèmes souvent posés aux autorités. « Nous souhaiterions le passage annuel de la commission du ministère de l’Intérieur pour permettre aux Sénégalais de renouveler leurs passeports et ne plus faire le déplacement jusqu’à Dakar », a-t-il souligné. A en croire Alioune Seck, cela fait deux ans que les services du ministère de l’Intérieur ne sont pas venus à Djibouti. « Le service consulaire est obligé d’établir des sauf-conduits pour les compatriotes  dont les passeports ont expiré afin de leur permettre de voyager au Sénégal », a-t-il indiqué. Sur la coopération entre nos deux pays dont les deux chefs d’Etat se retrouvent en tête-à-tête à chaque grand Sommet de l’Ua, le consul honoraire se félicite des facilités offertes par le Sénégal aux Djiboutiens qui envoient leurs étudiants dans nos universités et instituts privés d’enseignement supérieur à Dakar.

Quid de l’intégration de nos compatriotes ? Alioune Seck souligne que, grâce au dahira formé sur place, les Sénégalais se retrouvent lors des Magal et nuit du Prophète régulièrement organisés à Djibouti. « Nous avons également un crédit revolving qui permet de s’entraider », a-t-il dit. Et M. Seck de se féliciter du travail remarquable de feu Badara Mbow qui avait ouvert les portes aux Sénégalais en 1977.

Grâce à ce dernier, une maison des Sénégalais de Djibouti a été créée. Nos ressortissants à Djibouti, ceux en Ethiopie et au Kenya ont grandement participé, en 2000, lors de la première alternance, à la délégation des Sénégalais de l’extérieur en étant représentés à une réunion fondatrice tenue à Dakar.

« Il y a des problèmes importants que nos compatriotes rencontrent au quotidien », regrette Abdou Karim Basse, consul du Sénégal en Côte d’Ivoire. « On peut citer, par exemple, les problèmes liés au transfert des corps en cas de décès, au financement des études de nos enfants après le bac et la prise en charges de nos ressortissants en cas de maladie. Et pour les résoudre de façon immédiate et efficace, il faut fédérer nos forces. C’est pourquoi nous nous engageons dans cette dynamique », souligne-t-il. Autant de griefs qui font que les Sénégalais résidents en Côte d’Ivoire ont désormais décidé de se définir une nouvelle orientation politique et socio-économique plus adaptée, en mettant en place une structure dénommée la Grande fédération des Sénégalais de Côte d’Ivoire (Gfsci). Il s’agit, à en croire les « pères fondateurs de cette nouvelle organisation » dont l’ambassadeur Abdou Lahad Sourang, le consul général, et le vice-consul Yacoub Negri, d’un système communautaire intégré, harmonisé et efficace pour la promotion et la protection de tous les ressortissants sénégalais. Après plusieurs semaines de travaux pour la mise en place des éléments constitutifs de cette nouvelle organisation, les membres du comité ad hoc ont récemment donné le signal des grandes actions à travers la signature d’une convention d’assurance avec la compagnie « La Sénégalaise de l’Assurance ».

Outre cette signature de convention, la rencontre a été meublée par une séance d’explication du processus de mise en place de cette fédération, la remise des statuts et du règlement intérieur aux responsables de 42 associations et groupements qui y ont déjà adhéré, les conditions d’éligibilité des instances dirigeantes de la Gfsci et l’annonce de la date de l’assemblée générale élective (Age), prévue le 11 mars 2018. Selon le vice-consul Yacoub Negri, c’est un nouveau jour qui se lève sur le quotidien des communautés sénégalaises vivant en Côte d’Ivoire. « Il s’agit, soutient-il, d’un grand ensemble d’associations, d’amicales et de groupements qui va permettre de travailler à améliorer davantage les conditions de vie des Sénégalais vivant en Côte d’Ivoire. Ce, à travers des actions concrètes et des projets viables ». Lui emboîtant le pas, le consul Abdou Karim Basse a indiqué que « la création de cette faitière va fédérer les énergies de toutes les associations, mutuelles et autres organisations des communautés sénégalaises ».

Abou ADAMS

Le prix du loyer continue  de grimper presque partout aux Etats-Unis d’Amérique. Selon une étude de Trulia, une plateforme de location d’appartements et de maisons, la hausse moyenne du prix du loyer était déjà  de 3,1 % en 2017. Mais, il a triplé dans certaines localités du pays.

De 2012 à 2017, le prix de la location a connu une hausse considérable de 19,6 %  aux Etats-Unis. Même si aucun Etat n’est épargné, la Côte enregistre l’une des plus grosses augmentations surtout dans l’Etat de la Californie. San Jose, San Francisco et Sacramento sont, en effet, dans le classement des 10 villes les plus chères en termes de loyer. Alors qu’il faut débourser plus d’argent pour se loger dans les grandes métropoles des Etats-Unis, les petites villes connaissent une hausse plus ou moins négligeable selon leur attraction.

« J’ai quitté New-York, il y a presque 10 ans, pour venir m’installer à Charlotte. Mes trois boulots ne me suffisaient plus pour vivre décemment et loger ma famille dans un bon environnement où elle pourrait s’épanouir pleinement »,  confie Abdoul Khadre Samb, un Sénégalais vivant au pays de l’Oncle Sam depuis plus de deux décennies. Selon notre interlocuteur, « la grande ville attirent les nouveaux immigrants parce qu’ils offrent plus d’opportunités et ont de meilleures propositions salariales. Toutefois, une bonne partie de ces revenus sont dépensés dans le loyer ».  Et pire encore, dans la plupart des cas, « on ne peut pas s’offrir le luxe d’habiter dans des endroits convenables parce qu’hors de portée à cause des prix du loyer », a martelé le quinquagénaire sénégalais qui a désormais un deuxième travail lui permettant de s’occuper décemment de sa famille.

A l’instar de M. Samb, son compatriote Cheikh Diankha qui vit à plusieurs heures de Charlotte,  précisément à  Dallas, dans l’Etat du Texas, est coutumier dans le jonglage des boulots. Il a quitté  New York il y a environ cinq ans. « C’est une ville avec une communauté sénégalaise et gambienne  grandissante. On s’entraide beaucoup là-bas dans les regroupements et les associations »,  affirme ce Sénégalais qui évolue dans le milieu médical. Il ajoute avoir  « subi et souffert de la hausse continue du loyer ».  Depuis l’année dernière, il a fait un prêt bancaire pour acheter une maison dont l’avantage principal est de ne plus se soucier de la fluctuation du prix de la location. « Les paiements mensuels de ma maison sont désormais fixes et, à terme, je serai propriétaire », se réjouit-il.

Mamadou Lèye, un autre Sénégalais vivant dans la métropole d’Atlanta, a vécu une situation similaire. « Ici, il faut faire un choix. Soit vivre dans un endroit dangereux et exposer sa famille à la criminalité, aux gangs, à la drogue et payer un loyer très bas, soit dépenser plus chaque mois  et vivre dans un quartier sécurisé et propre », fait-il savoir. Mamadou a choisit de vivre épanoui et en sécurité avec ses deux enfants et sa femme loin des quartiers d’Atlanta à fort taux de criminalité.  « A l’image des autres villes des Etats-Unis, Atlanta n’échappe pas à la règle. Chaque année, les propriétaires augmentent les prix du loyer, prétextant qu’ils vont réaménager les appartements sans réellement ajouter beaucoup de luxe », regrette-t-il. Selon le Bureau américain de la statistique, plus de la moitié de la population américaine loue un appartement ou une maison. Une étude annuelle du rapport national sur le logement, piloté par le Centre des études du logement de l’Université de Harvard, rapporte que « 11 millions d’Américains dépensent la moitié de leurs revenus dans la location de logement ».

Moustapha BIAGUI
Correspondant aux Etats-Unis

Le Sénégal et la France ont signé plusieurs accords bilatéraux dont les bénéfices sont partagés par les deux pays. Toutefois, il y a une exception de taille qui concerne les questions sociales.

Dans le langage diplomatique, chaque mot est judicieusement choisi. Bassirou Sène, ambassadeur du Sénégal à Paris, évoque la question avec une prudence de Sioux : « La seule limite à cette embellie (sur les accords bilatéraux signés avec la France, Ndlr) est la négociation laborieuse en cours sur les prestations familiales, les branches vieillesse et maladie, la question de l’unité du foyer fiscal et la carte résident pour retraité ». Pour chacun des cas cités par le diplomate sénégalais, le retard à la signature de nouvelles conventions avec la France conduit à des situations dramatiques.

En 2015, le cas de Boubou Konaté avait ému l’opinion publique sénégalaise. A 64 ans à l’époque, le retraité avait été bloqué à Orly, malgré une carte de résidence de 10 ans en France, pour une expulsion vers le Sénégal. La justice française lui reprochait d’avoir passé trois ans de suite au Sénégal. Arrivé en France le 10 février 1971, Boubou Konaté travaillait dans les restaurants en faisant de la plonge, entre autres services, jusqu’au diagnostic d’une infirmité liée à la station debout. Licencié, puis reconnu invalide lors d’un reclassement, il est pris en charge par la sécurité sociale jusqu’à ses 60 ans où il bascule dans le régime de retraite pour invalide.

En dehors des cas similaires où les réformes de la carte résident pour retraité sont attendues, il y a les transfèrements, vers le Sénégal, des prestations familiales, les branches vieillesse et retraite et surtout la sensible question de l’unité du foyer fiscal. La diaspora sénégalaise attend des résultats concrets. « Nous pensons qu’avant la fin de l’année en cours l’accord, qui avance bien, sera signé », s’enthousiaste l’ambassadeur Bassirou Sène.

Moussa DIOP

« On ne peut changer la géographie. On ne peut se soustraire au poids de l’histoire », S.E. Mohamed VI, roi du Maroc.

En faisant cette déclaration, le 17 juillet 2016, au 27ème Sommet de l’Union africaine à Kigali (Rwanda), le roi Mohamed VI du Maroc avait-il pleinement conscience que, quelques semaines plus tard, il s’attellerait à « changer » la géographie (faire du Maroc un pays « ouest-africain ») et à se soustraire au poids de l’histoire (changer le paradigme historique du Maroc en l’inscrivant non plus dans une trajectoire arabe mais plutôt dans une dynamique négro-africaine) ?

L’Histoire, lorsqu’elle s’écrira, se chargera de nous édifier sur l’agenda qui a poussé la dynastie alaouite marocaine à vouloir s’imposer une telle union « contre nature ». Une chose est cependant sûre, cette volonté de s’unir aux pays ouest-africains, exprimée par le « système du Makhzen », s’inscrit dans une suite logique posée par l’élite marocaine dans la stratégie de redéploiement du royaume sur le continent africain, surtout après les multiples échecs de l’Union du Maghreb arabe et le « rejet » de l’Union européenne.

Si la demande en elle-même peut s’avérer flatteuse pour l’égo de pays membres de la Cedeao et pour les afro-centristes de tout bord, c’est parce qu’elle révèle qu’il est possible de mettre en place sur le continent des modèles par et pour les Africains viables et qui soient attrayants. Un tel engouement pour une réussite africaine est assez rare pour mériter d’être souligné surtout quand il vient d’une partie du monde où s’affirme clairement une forme de mépris socioculturel du modèle négro-africain. Cependant, ce désir d’intégrer la Cedeao, exprimé par le Maroc, s’il se transformait en adhésion formelle, constituerait en soi une double trahison.

Trahison d’abord de l’esprit de la Cedeao dans ses fondamentaux. A notre connaissance, les rares travaux scientifiques qui ont eu pour objet d’analyser la demande d’adhésion du Maroc ont eu à conclure que le Royaume chérifien ne remplissait pas « totalement » les critères d’adhésion à la Cedeao. En basant l’appartenance à la communauté sur le principal critère géographique, les pères fondateurs de la Cedeao ont posé la situation dans la région ouest-africaine comme seul critère de compétence pour être membre de droit. Or, à moins que la géographie du continent ait changé entre temps, le Maroc n’est pas géographiquement dans le bloc de l’Afrique de l’Ouest et ne peut pas, en principe, faire partie de la Cedeao. Toutes raisons invoquées pour justifier son adhésion va à l’encontre de ce principe clé posé dans l’acte fondateur.

Notre conviction est que, pour œuvrer pour la viabilité de la Cedeao, il faut travailler à respecter les principes. Déroger à cette règle, c’est trahir l’esprit qui a guidé sa création et la confiance des peuples. A vouloir plaire au roi, on finit par trahir ses pères et sa famille.

Trahison ensuite d’une certaine idée de la Cedeao. Au-delà de la question de l’appartenance du Maroc à la sphère géographique ouest-africaine, son adhésion va poser la problématique même de la viabilité du projet ouest-africain. En réalité, la nature même du projet communautaire risque d’être défigurée avec la perspective d'une adhésion marocaine. Les arguments commerciaux évoqués ça et là pour justifier la pertinence ou non d’une telle adhésion peuvent laisser penser que la Cedeao est une institution uniquement à vocation mercantiliste. Aussi, vouloir circonscrire la question de cette adhésion à une simple problématique commerciale, c’est méconnaître les aspirations que les rues ouest-africaines développent pour leur communauté. C’est, en réalité, manquer clairement d’ambition et de vision pour nos « petits » Etats dans un XXIème siècle marqué par la prééminence des Etats-continents. Or, en se dotant de mécanismes très élaborés dans les domaines de la sécurité collective (Ecomog) et de principes de convergence constitutionnelle et institutionnelle et en dégageant la voie de la monnaie unique au sein de la communauté, la Cedeao se donne les moyens d’être une zone d’intégration géopolitique poussée. L’institution pose, qu’on le veuille ou non, les fondements d’un bloc unitaire économique, sociopolitique et sécuritaire pour être performant dans ce XXIème siècle. L’adhésion sans préparation, sans consultation et sans concertation d’un pays sans ancrage territorial ouest-africain, avec un système institutionnel totalement différent du nôtre, est le meilleur moyen d’annihiler toute velléité d’unité géopolitique au sein de la communauté.

Il semble, aujourd’hui, à l’aune des contestations exprimées par les élites ouest-africaines, que la volonté des partisans de l’adhésion marocaine soit de placer le débat sous l’angle d’une analyse coût/bénéfice économique. En vérité, la question de l’adhésion marocaine relève aussi bien d’une problématique économique que socioculturelle. En réalité, au-delà de l’approche économique, deux questions légitimes doivent trouver réponses afin de cerner la pertinence ou non d’une adhésion du Royaume chérifien à la Cedeao. Une identité marocaine est-elle soluble dans une identité noire ouest-africaine ? Le Royaume chérifien sera-t-il disposé à renoncer à une partie de sa souveraineté institutionnelle, politique, monétaire et militaire au profit d’une entité supranationale dont les parties prenantes lui sont territorialement et « identitairement » éloignées ? Répondre à ces questions, c’est définir si l’adhésion du Maroc à la Cedeao est viable ou non.

Ne pas vouloir y répondre ou considérer que ces questions sont subsidiaires, c’est croire que la Cedeao est juste un banal souk à ciel ouvert accessible à tout commerçant/épicier le désirant et que, demain, le Bengladesh ou les Iles Féroé pourraient prétendre y adhérer.

En vérité, derrière ce processus d’adhésion en cours, il y a la crainte que notre éternelle naïveté soit, encore une fois, le lit de nos échecs et regrets de demain.

Par Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Economie
Chercheur associé au laboratoire EDEHN
de l’Université Le Havre-Normandie

Une société dominée par l’inversion de la hiérarchie des normes, où, pour une génération, l’usage prime sur la propriété, enfante trop souvent une communication honteusement originale. On y indexe certains pour flatter les bas instincts d’autres. 

Sinon, comment comprendre que sur une photo promotionnelle, H&M, une marque suédoise de vêtements, montre un enfant noir portant un sweat avec l’inscription, en anglais, « Singe le plus cool de la jungle ».

Alors que la même campagne de pub montre un autre enfant, mais blanc – celui-là –, portant un autre sweat où on peut y lire : « L’expert en survie ». Pas besoin de vous faire un dessin, le message n’est même plus subliminal. Du racisme, avec évidence. Communiquer sciemment sur ce postulat est la base de l’inversion des valeurs qu’on peut appeler dans le jargon des communicants un « bad buzz » positif.

C’est ce qu’il est conseillé de faire pour inverser une tendance négative. H&M a bouclé le dernier trimestre 2017 en reculant de 4% (5,07 milliards d’euros) à la place des 2% de hausse attendus. Fait rarissime car H&M n’a connu que trois trimestres de baisse sur la dernière décennie. L’épine dans le pied stratégique de la marque suédoise qui ambitionnait de booster son e-commerce débouche sur une campagne de pub choc qui doit faire parler. C’est une autre version des fameux contre-feux pour étouffer une affaire, chers à Charles Pasqua. Une telle explication est « plus du domaine de la théorie que de la vérité », peut-on nous rétorquer. Oui, mais c’est une théorie dont la véracité est inversement proportionnelle à la sincérité des excuses officielles de H&M après la dénonciation de la pub portée, dans un premier temps, par la diaspora. « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe.

L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ». L’adage communicationnel de Léon Zitrone marche à tous les coups. Le souci est qu’il est mis en pratique au détriment des Noirs du monde entier. Les campagnes de pub de Mango (banalisant l’esclavage) ou plus récemment de Manix (infantilisant un adulte noir) en sont des reflets. Ceux d’une société malade.

• Par Moussa DIOP

Depuis l’été 2015, Barcelone connaît un boom de vendeurs ambulants dont le phénomène est appelé « Top manta ». Ce sont les vendeurs ambulants sénégalais souvent chassés par la police catalane. L’arrivée de la maire Ana Calau, avec un parti progressiste pur produit de la rue, donc issu des mouvements sociaux, fait espérer des lendemains meilleurs aux vendeurs ambulants sénégalais. Mais tel n'est toujours pas le cas.

Ils sont estimés à plus de 300 à Barcelone, mais il est difficile de donner avec précision leur nombre exact. Dans l’espoir de trouver le sésame qui ouvre les portes de l’emploi, la carte de résidence, ils vendent différents articles posés à même le sol dans la rue (sacs de marque contrefaits, chaussures, lunettes, foulards ou Cd) aux touristes et aux passants. Leurs étales précaires, c’est du déjà vu, mais avec la particularité d’une étoffe de couleur blanche fixée aux quatre coins par des cordes qui permettent de ramasser la marchandise en tirant sèchement dessus au moindre mouvement policier suspect. Ce sont les « manteros », un terme bien espagnol pour nommer les vendeurs ambulants.

Ils sont à 90 % Sénégalais de tout âge et de différente provenance. Les « manteros » ont des histoires qui ne se ressemblent point, mais partagent le même quotidien difficile. Ils vivent dans la peur permanente d’une arrestation qui peut découler sur un rapatriement vers le Sénégal.

Ce qui ne les empêche pas pour autant de travailler en bravant ce risque. C’est leur façon de survivre pour envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Il ne fait aucun doute que les désirs des vendeurs ambulants sont intrinsèquement liés à la satisfaction de certains besoins fondamentaux : bien-être physique et matériel, et la prise en charge de la famille d’origine.

Cependant, les vendeurs ambulants défraient la chronique en cet été 2017 à Barcelone. La tension entre la mairie et les vendeurs de rue reste vive malgré la stratégie de la municipalité catalane de créer des plans d'occupation à travers la coopérative « Diom Cop » ou encore des cours de formation pour une vente légalisée dans un grand marché.

La pression policière au niveau des « ramblas », ces allées où se concentrent toutes les grandes boutiques qui attirent les touristes, est une constante à Barcelone. Les mouvements sociaux se développent, les revendications prospèrent et les accusations fusent de toutes parts. Pour les mouvements sociaux, la mairie de Barcelone a juste donné une réponse partielle avec les différentes mesures adaptées. Selon le représentant d’une organisation de lutte pour les droits humains rencontré, « ce sont juste des déclarations de bonnes intentions.

Ce qu’il faut, ce sont des propositions concrètes en commençant par changer la loi ». Ils décrient l’utilisation de la vente ambulante comme un outil politique par tous ceux qui accèdent à la mairie, faisant fi, par la suite, des droits des marchands ambulants sénégalais. Mais, dans ce contexte, la conscience solidaire est présente. La pression sociale a plus fonctionné que l’outil juridique.

Les règles du jeu
Sos racisme a d’ailleurs lancé un cri d’alarme. Selon la directrice de l’organisation, Alba Cuevas, « les vendeurs ambulants sont devenus la cible préférée de la garde urbaine ». Elle ajoute que cet acharnement révèle un racisme institutionnel qui ne dit pas son nom. Ce même racisme institutionnel qui, pour Aziz Faye, membre du Syndicat des vendeurs ambulants, «condamne les Sénégalais à la vente ambulante ».
 
A partir de là, la problématique de la vente ambulante prend une connotation toute particulière. Pour Sos racisme, l’évolution dans le contenu du discours est un fait, mais le conflit demeure. L’organisation dénonce « la criminalisation sociale et les répressions policière et judiciaire dont sont victimes les vendeurs ambulants».

L’impunité des agresseurs de marchands ambulants sénégalais est souvent préservée, car la plupart des migrants craignent qu’étant des sans-papiers, porter plainte n’aggrave leurs cas ou ne leur vale l’expulsion du territoire espagnol. C’est là que l’organisation crie au racisme, car les droits des migrants ne sont pas respectés et il n’y a aucune garantie juridique. La structure de Alba Cuevas reconnaît que depuis deux ans, « il y a eu des avancées non négligeables avec des essais de régularisation, la création d’espaces comme « Diom Cop » pour faire entrer les vendeurs ambulants dans des plans d’occupations ». Cependant, le refus de changer le code répressif dans la gestion de la vente ambulante demeure, dans une ambiance teintée de propos radicaux, etc.
 
« Diom Cop », une partie de la solution
« Chaque personne a le droit de saisir une opportunité si elle se présente, notamment pour travailler légalement », nous dit Fatou Mbaye, présidente de la Coopérative « Diom Cop ».
Créée en mars 2017 sur l’initiative de la mairie de Barcelone, la coopérative regroupe, au total, 15 personnes dont 12 hommes et 3 femmes. Seules trois personnes ont des papiers en règle, ce qui a permis la mise en place de la coopérative en toute légalité.

Cette coopérative est le lieu pour ces 15 personnes, choisies après une sélection en toute transparence, de recevoir des formations qualifiantes parmi lesquelles la vente dans toutes ses formes.
Cependant, ils ne le vivent point comme un privilège, mais plutôt comme une façon de se rendre visibles en changeant le regard porté sur cette collectivité. En effet, ces migrants participent aussi à la bonne marche de la cité en consommant comme chaque citoyen espagnol.

Pour Aboubacar Thiakh, membre de l’équipe technique qui coordonne le projet, ce qui est important, c’est un compromis fort de ces 15 personnes afin d’atteindre les objectifs de la coopérative et ainsi permettre la continuité de celle-ci. Les 12 personnes sont actuellement dans des mécanismes de régularisation, ce qui fait dire à Fatou Mbaye que la coopérative est un instrument d’orientation pour une stabilité sociale et économique des migrants. Elle ajoute que leur principal objectif est de créer de nouvelles opportunités d’emploi comme des services de déménagement, des restaurants ou encore la vente de produits artisanaux sénégalais comme espagnols.

Correspondance particulière de Mariam BADJI

Agressions, insultes, discriminations…. ce sont les maux dont souffrent les marchands ambulants. Face à cela, et sentant le besoin de faire valoir leurs droits, ils ont créé le Syndicat des vendeurs ambulants. 

Un collectif qui veut aller au-delà de la lutte pour les droits civiques et les libertés, mais surtout démonter les stéréotypes sur les migrants. Aziz Faye est le porte-parole du Syndicat.

Un regard franc et direct, un sourire attendrissant par cet après-midi de chaleur (été 2017, ndlr) sous une terrasse près d’une rue piétonne, Aziz Faye nous reçoit avec le sourire tout en restant légèrement sur la défensive. Ce n’est qu’après avoir répondu à toutes les questions par rapport à notre visite à Barcelone que ce jeune homme natif de Mbour, pêcheur et tailleur au Sénégal, accepte de revenir sur son parcours. Aziz Faye a fait le voyage (Afrique – Espagne) en pirogue quatre fois de suite, ponctué par des échecs, avant de s'installer à Barcelone. « Je suis venu, j’ai vu et je suis resté, s’approprie-t-il la formule célèbre. J’ai beaucoup d’autres compatriotes dans mon cas parce que l’Europe devra s’habituer à vivre avec nous ».

Situation d’exclusion sociale du fait de la vente dans la rue et l’indexation qui en découle, situation précaire avec 10 personnes dans un studio, par exemple, et événements tragiques (des morts, par exemple, à la suite de course poursuite avec la police). Il a tout connu. Ce sont tous ces états de fait qui ont incité les vendeurs ambulants à lutter pour changer de vie. C’est avec force qu’il assène que rien ne pourra freiner ni briser cet élan. « Nous avons franchi un cap et le challenge est excitant. Nous disposons d’un local et nous pouvons l’exploiter, soutient Aziz Faye. Un espace pour échapper à la dureté de nos vies, un repaire culturel, pour lutter contre les inégalités sociales dans le but d’améliorer nos conditions d’existence et d’exercice de la citoyenneté ». Mais, c'est surtout un espace pour réfléchir, à travers les expériences des uns et des autres, et aussi profiter du savoir des organisations qui les soutiennent afin de sortir de leur situation de victime afin de se reconstruire. Aziz Faye reste convaincu que la solution n’est pas de stigmatiser ou d’expulser les migrants sans-papiers ou vendeurs ambulants, mais de donner des réponses réelles et de réfléchir à leurs différentes propositions faites à la mairie de Barcelone qui sont restées sans réponse.

D’ailleurs, rappelle-t-il, « notre principal objectif est de faire quelque chose de concret, avec un impact réel sur les « manteros ». Nous venons de sortir une marque qui nous est désormais propre : « Top manta ». Le logo en noir et blanc représente un tissu carré à l’image de ceux que nous utilisons pour exposer nos marchandises ; l’effet vogue représente les flots ou le mirage du désert. C’est selon.

C’est pour nous une question cruciale qui nous tient à cœur ». Il esquisse un sourire, un brin nostalgique et nous avoue que d’autres projets sont prévus. Ce sont, entre autres, différents récits de contes sénégalais traduits en catalan ou encore des produits sénégalais fait avec du wax.

Arsenal judiciaire
Depuis la pénalisation du délit de la vente ambulante en Espagne, les « manteros » ne sont plus à l’abri d’une incarcération avec une forte amende ou d’une expulsion vers le pays d’origine. Plus offensive que jamais, cette nouvelle loi continue, selon plusieurs observateurs, d’être l’épée de Damoclès autour de la tête des migrants économiques vivant en Espagne. Un acquis bien fragile si l’on prend en compte que les retours en arrière et les changements sont tout le temps possible, selon qui gouverne en Espagne et quel traitement en fait la presse locale. La migration venant d’Afrique subsaharienne en Espagne est composée souvent de personnes diplômées au Sénégal mais qui sont dans l’incapacité de s’insérer dans le marché du travail espagnol. C'est ce qui a permis de faire émerger différents mouvements en faveur d’une reconnaissance de ces minorités qui forment une partie de l'Espagne. Tous les migrants ne sont pas égaux à l’heure d’acquérir la carte de résidence. Pour un footballeur même venu par les pirogues, la naturalisation ou la légalisation est beaucoup plus facile. Cela a une conséquence importante sur tous les autres migrants. Aujourd’hui plus que jamais, vendre dans la rue constitue un des seuls recours possibles pour ces migrants sénégalais lorsque les possibilités de rentrer dans le marché du travail de façon légitime sont presque inexistantes, tout cela liée à une situation irrégulière.
 
La vente ambulante est une alternative d’existence pour ces jeunes hommes et femmes ou, au mieux, une adaptation résignée face à une réalité qui frise le drame et la détresse.

L’absence de sécurité dans le système d’acquisition foncière sénégalais l’a d’abord éprouvé personnellement avant de devenir un secteur porteur pour ses affaires. En s’installant à Dakar, Williams Dembélé a mis en place une plateforme pour la stabiliser.

A seulement 38 ans, Williams Abdoulaye Dembélé a déjà connu plusieurs vies entre la France, son pays de naissance, l’Inde, celui de sa mère, et le Sénégal, le pays de son père où il travaille désormais. Donc Williams Dembélé a choisi Dakar, après plusieurs allers-retours, pour y créer une entreprise. 

Titulaire d’une capacité en droit, Williams Dembélé est aussi diplômé de l’école du bâtiment et des travaux publics de Paris. Mais c’est sa formation en création d’entreprises qui lui ouvre les portes du patronat. A la tête de petites entités ou associé sur des structures plus grandes, l’entrepreneuriat est le fil conducteur de sa carrière professionnelle. Quitte à entreprendre pourquoi ne pas le faire dans le pays de ses origines. « Le déclic m’est venu lors d’une visite au Sénégal. J’étais resté 24 ans sans voir mon père retourné vivre au pays après la séparation avec ma mère. Je l’ai trouvé empêtré dans une sombre affaire de fonciers », raconte-t-il. Pour que de parfaits innocents ne soient plus entre les mains de la détention à tort, Williams Dembélé décide s’investir dans ce secteur. C’est ce qui donnera plus tard une société dénommée Division de gestion et vérification de biens (DGVB).

« C’est un acteur engagé dans la lutte contre la fraude et pour une meilleure moralisation de la vie publique sur le marché de l’immobilier », explique le jeune patron de DGVB. Installé à Dakar depuis quatre mois, il compte surfer sur « les avantages qu’offre la mutation des titres précaires en titres définitifs » avec la loi du 30 juin 2017. Pour Williams Dembélé, dans « la valorisation de (son) pays. « Le Sénégal », il est impératif que des forces vives, des expériences extérieures, des citoyens dynamiques et engagés lancent des actions aux services du collectif». Son objectif est de « rendre le marché immobilier stable, par l’accession à la propriété, dans des conditions satisfaisantes en matière de sureté : la propriété foncière ouvre des horizons multiples et génère une richesse fortuite ».

Moussa DIOP

Le jeune attaquant sénégalais de 22 ans, annoncé comme un véritable joyau, tarde à taire tous les doutes avec son club Monaco (Ligue1, France), au moment où son avenir en sélection du Sénégal s’assombrit pour cause de mauvais comportement.

Avec Keïta Baldé Diao, tout va très vite. Sur le terrain et en dehors. Aujourd’hui, sa carrière semble épouser les mêmes arabesques que ses foulées déconcertantes sur la pelouse. Promis à un bel avenir, le jeune international sénégalais est en train de vivre, une nouvelle fois, une situation délicate dans sa carrière construite sur des fulgurances et des coups d’éclats, mais aussi sur des bras de fer avec ses clubs. Lorsqu’il débarque pour 30 millions d’euros à Monaco à la fin du mois d’août, après avoir fait le forcing pour quitter la Lazio Rome, Keïta Baldé est tout de suite vu comme le remplaçant de Kylian Mbappé, parti au PSG contre la somme de 180 millions d’euros.

Après une moitié de saison à Monaco, le jeune Sénégalais a encore du mal à faire oublier l’international français du Paris Saint-Germain, avec un bilan qui ne reflète pas tout son potentiel (5 buts en 20 matches toutes compétitions confondues). « Je manque encore d’expérience, c’est ma première année ici en France, a expliqué Keïta Baldé en conférence de presse jeudi 30 novembre. J’apprends, j’écoute. Monaco a placé une grande confiance en moi, avec ce gros transfert. Je veux rendre cette confiance au club. Je n’ai pas trop de pression, mais c’est normal que les gens attendent plus de moi ».

Privé de Mondial
En équipe nationale du Sénégal également, « les gens » attendent beaucoup du natif d’Arbúcies (Espagne). Surtout au niveau du comportement. Car Keïta Baldé a montré un autre visage aux supporters des Lions, lors des derniers matches du Sénégal, alors que l’histoire d’amour entre eux avait si bien commencé. La première incartade ? Une bouderie lorsqu’il est remplacé à la 82e minute du match Cap-Vert - Sénégal (0-2) en août dernier. L’attaquant veut regagner directement les vestiaires avant de se raviser, non sans avoir montré à tout le monde qu’il n’était pas content. L’épisode pousse le sélectionneur et le président de la fédération à recadrer le joueur avant la double confrontation décisive contre l’Afrique du Sud au début du mois de novembre. Sans succès. Keïta Baldé est laissé sur le banc lors du premier match face aux Bafana Bafana (2-0), et en tribunes lors du second, quatre jours plus tard. Ce comportement en sélection vient mettre en lumière le caractère du jeune joueur de 22 ans qui n’en est pas à son premier clash. Alors qu’il n’a pas encore 18 ans, il tient tête au Barça, son club formateur, coupable de l’avoir envoyé en prêt à l’Union Esportiva Cornella en guise de punition pour avoir déclencher une bagarre lors d’un stage avec ses jeunes coéquipiers. Le gamin fait le forcing pour être transféré à la Lazio et réussit son coup. Rebelote en août 2017. Il est écarté du groupe professionnel de la Lazio après avoir entamé un bras de fer pour aller à la Juventus Turin. Ce sera finalement Monaco. S’il est toujours sorti plus ou moins gagnant de ses clashes avec ses clubs, la donne risque d’être différente en équipe nationale avec un sélectionneur et une fédération qui ont érigé la discipline et le bon comportement comme indispensables à la vie dans la Tanière. Keïta Baldé a donc six mois pour s’amender et s’adapter au code de discipline de la sélection pour ne pas voir le Mondial lui filer sous le nez. Pour quelqu’un qui a l’habitude d’accélérer sur un terrain, il est peut-être temps de mettre la pédale douce...

Du 25 au 27 novembre 2017, s’est tenu, pour la première fois, le forum de Saint-Louis au Sénégal. Organisé par Amadou Diaw autour du thème « Repenser l’Afrique », ce forum était l’occasion, pour la diaspora et les locaux, de célébrer la mode « made in Sénégal » et d’engager un réel débat autour des industries créatives africaines.

Un parterre de spectateurs s’agglutine autour de la scène pour assister au défilé d’ouverture du forum de Saint-Louis. La crème de la mode « made in Sénégal » à Saint-Louis. 

C’est sur les quais de la ville historique qu’un tapis rouge est installé en guise de catwalk sous le regard d’invités venus des quatre coins du monde pour observer la fine fleur de la mode « made in Sénégal ». Dans une ambiance festive, la speakrine donne le ton et les mannequins le tempo, entre élégance, audace et parfois sobriété. Sophie Zinga impressionne avec une collection de robes mêlant organza et pagne tissé. Selly Raby Kane étonne toujours par son originalité. Bull Doff, de Laure et Souley Baay, clôt en beauté le bal des défilés avec leur collection « Imigongo» en faisant la part belle aux motifs géométriques, à damier noirs, rouges et blancs. Le tout s’inspire de la culture rwandaise. Leur mise en scène, à la fois sexy et rebelle, a littéralement électrifié la foule totalement en liesse. A n’en pas douter, la crème de la mode « made in Sénégal » s’était donné rendez-vous.

Une industrie créative à soutenir
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, l’ère des défilés-spectacles dans un simple cadre de divertissement et d’amusement n’est plus la panacée. Les créateurs veulent des débouchées, des opportunités et de la visibilité. Mais, comment cette création africaine peut-elle déployer ses ailes si elle n’est ni reconnue et ni consommée à un niveau local ? Pourquoi doit-elle se faire connaître à l’étranger pour espérer une reconnaissance tardive dans son propre pays ? C’était tout l’enjeu du débat porté lors du forum sur le thème « L’innovation pour le changement social ». Les mécanismes de légitimation actuels doivent évoluer. Cela pose toute la question de la mise en place d’un éco-système africain de valorisation de la création africaine via la mise en place d’une chaîne de valeur complète (du sourcing de la matière première au produit fini), à la promotion de cette création africaine à travers des médias africains, des stars, vedettes et influenceurs locaux, à la mise en place de canaux de distribution (e-commerce, boutiques, concept store), le tout pour viser une consommation locale. Alors, cela demande une amélioration des infrastructures, des transports et donc d’une réelle volonté politique des gouvernements africains. Un sursaut réel semble se dessiner avec le forum de Saint-Louis qui a placé au cœur même de ses débats l’importance de ces industries créatives. A notre échelle, plus petite mais non pas moindre, nous devons devenir des consomm-acteurs, afin de créer un nouveau paradigme tant en termes de légitimation sociale que de développement économique grâce à ces industries créatives.

Par Chayet Chiénin, fondatrice de www.nothingbutthewax et experte des modes africaines basée à Paris

« Pays de merde », c’est le qualificatif que Trump aurait utilisé pour parler des pays africains. C’est en droite ligne de ce qui l’a amené à la Maison blanche. La popularité des idées de campagne de Donald Trump, entre autres de repli de soi et de fermeture des frontières américaines, avait trouvé un écho favorable chez sa base électorale majoritairement composée de ruraux fortement touchée par les différentes crises économiques et le chômage. Naguère connue pour sa compassion avec l’accueil de populations frappées par les catastrophes naturelles et les guerres, la première puissance mondiale semble de plus en plus changer de vision et de cap avec Trump. Cela, malgré la résistance et le désaccord d’une majorité croissante de citoyens américains et des démocrates nonobstant leur absence de contrôle des deux chambres, le Congrès et le Senat. Le phénomène grandissant communément appelé le « Trumpisme », englobant la vision de l’actuel occupant de la Maison blanche, peut se résumer par une croisade contre la globalisation. Néanmoins, Trump ne s’est pas caché durant la première année de son magistère à critiquer à répétition, devant les écrans, l’idéologie de l’ouverture des frontières, en anglais « open borders ». 

C’est ce qui avait conduit au premier décret présidentiel impopulaire sur l’immigration visant à interdire l’accès des Etats-Unis à quelques pays musulmans, « travel ban » en anglais. Malgré l’opposition à cette politique, Trump ne compte pas changer de stratégie en s’attaquant continuellement aux populations qui n’ont pas les yeux bleus et les cheveux blonds comme lui et sa base au prix de fouler au pied le melting-pot qui a fait la force de ce pays.

Dans cette entreprise, il a reçu, dès la campagne électorale, le soutien public de l’extrême droite et des groupes néo-nazis. Avec ces nouvelles attaques, Trump a été taxé ouvertement de raciste par plusieurs journalistes et éditorialistes américains comme Anderson Cooper de Cnn et Don Lemon, entre autres. Trump souhaite, durant son magistère, jeter les bases d’une nouvelle politique migratoire basée non plus sur la compassion du peuple américain, mais sur le critère de la race blanche. « Au lieu de donner la résidence temporaire aux citoyens de pays souffrant de désastre naturel, de guerre ou d’épidémie, les Etats-Unis devraient, au contraire, accueillir des émigres de pays comme la Norvège », avait-il soutenu, jeudi dernier, selon le Washington Post.
Une phrase qui est juste la continuité d’une longue série d’attaques xénophobes.

Trump a ainsi clairement fait savoir, selon plusieurs sources, qu’il souhaiterait voire émigrer dans son pays plus de ressortissants Norvégiens et moins d’Haïtiens souffrant «tous du sida ». Trump va expulser, d’ici l’année prochaine, plus de 200.000 Salvadoriens qui sont légalement présents aux Usa. Il en fera de même avec près d’un million de jeunes sud-américains appelés « rêveurs ». Des prévisions qui matérialisent sa politique migratoire.

Par Moustapha BIAGUI,
correspondant aux Etats-Unis

Ni rire ni pleurer, mais comprendre », écrivait Spinoza. Il est évident que dans le cas de Fatou Diouck, la Sénégalaise qui a porté le plus grand nombre de fois le maillot national tout sport confondus, il faut essayer de comprendre rationnellement les tenants d’une retraite internationale marquée par un mutisme général. Au moment où les Lions du football sont légitimement rétribués à la hauteur de la qualification à la Coupe du monde Russie 2018, Fatou Diouck trouve presque normal qu’elle n’attire ni lumière, encore moins de récompense de la Fédération de Volley-ball au soir d’une carrière internationale pourtant remplie de sacrifices pour le drapeau sénégalais.

Si la paix de l’âme n’est « pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même », Fatou Diouck en est une incarnation aboutie.

En 17 ans de carrière internationale, elle est devenue l’emblématique capitaine de l’équipe nationale de Volley-ball du Sénégal. « J’ai arrêté de compter à 150 », répond-elle quand on lui demande le nombre de sélections obtenues depuis 2001. En guise de comparaison, Henri Camara, le plus capé en équipe nationale de football, n’a pas dépassé les 99 sélections avec le maillot frappé de la tête de lion.Fatou Diouk, c’est une carrière de distinction. En 2001, elle est Mvp (meilleure joueuse) à la Coupe d’Afrique des clubs champions, Lionne d’or du Sénégal et élue sportive de l’année.

Championne du Sénégal avec la Sococim, Mvp aux Jeux africains d’Alger (2007), Mvp à la Coupe d’Afrique de Nairobi en 2011, meilleure attaquante dans la même compétition en 2015. Après la France, puis la Finlande, direction l’Azerbaïdjan, la Thaïlande, où son club remporte le titre de champion d’Asie des clubs, champions en 2016-2017. Avec le Sénégal, c’est vrai que Fatou Diouck n’a pas gagné de titre collectif. Mais, finir cinq fois dans le dernier carré continental ne doit pas être une avanie. Avec elle, le Sénégal est l’équipe la plus régulière en Afrique, après le Kenya, depuis 2009.

Cependant, le sport, ce n’est pas seulement la gagne pour capitaine Diouck, c’est aussi « un vecteur d’insertion, d’épanouissement et d’émancipation », notamment pour les 300 jeunes de son association « Demoiselles de keur, Sénégalaises de demain ». Pour sa dernière « compétition », Fatou Diouck est arrivée troisième pour le titre de Meilleur sportif sénégalais de 2017, remporté par la basketteuse Astou Traoré. Au soir d’une carrière internationale riche en étoiles, il serait de mauvais goût de lui chanter une palinodie incompréhensive.

• Par Moussa DIOP

Promis par le président Macky Sall, 15 députés ont été élus par les Sénégalais de l’étranger lors des Législatives de juillet 2017. Pour les trois millions de membres de la diaspora sénégalaise, avoir des représentants à l’Assemblée nationale est une évidence. Mais pour quoi faire ?

« Les Sénégalais de la diaspora ont besoin d’aides pour financer et gérer leurs projets, pour se soigner, pour rapatrier les corps de certains de nos parents », estime Seybatou Aw, élu en Côte d’Ivoire, dans la circonscription de l’Afrique de l’Ouest. En effet, les doléances des Sénégalais de l’étranger sont nombreuses et ils attendent que leurs nouveaux représentants à l’Assemblée nationale fassent le job. « Etre élu député, ce n’est pas une fin en soi, se défend presque Demba Sow, élu en France, dans la circonscription de l’Europe du Nord, de l’Ouest et du Centre. C’est le début d’un combat ». Un combat qui s’appelle le logement, estimé comme priorité des Sénégalais de l’étranger, ainsi que le règlement des problèmes de documents administratifs (passeports, carte nationale d’identité, état civil). Demba Sow, employé au Service état civil du consulat du Sénégal à Paris avant son élection, cible les mêmes thématiques en faisant également du logement une nécessité. « Des mafieux ont « bouffé » les économies des immigrés, s’indigne-t-il. Pour les rapatriements des corps, il faut trouver des mutuelles qui travaillent avec l’État. Notre mission est d’être proche de la diaspora, les réunir, faire des évaluations pour voir ce qu’on peut porter comme projets. Le rôle du député n’est pas de faire des promesses. Mais, de rendre réel des projets de lois dont l’émanation est issue du peuple ».

Nango Seck, élu en Italie, dans la circonscription de l’Europe du Sud, met, lui, le curseur sur d’autres thématiques. « Les Sénégalais en Italie travaillent et versent des milliards dans les caisses de l’État italien, et cela risque de n’aboutir à rien. Il n’y a pas d’accord bilatéral entre l’Italie et le Sénégal pour sauver nos retraites qui sont en Italie. On est obligé de travailler jusqu’à la retraite, rentrer bredouille et se faire prendre en charge par l’État sénégalais alors que nos retraites dorment dans les caisses des États européens. Il faut mettre en place une commission entre les deux États pour gérer cette question des retraites », expliquait-il au « Soleil » en août dernier. Au vu de la particularité de l’immigration sénégalaise en Europe du Sud, Nango Seck souhaite la mise en place d’une commission mixte entre le Sénégal et les trois pays qui la composent (Italie, Portugal et Espagne) sur la question des retraites. Le néo député compte également se faire entendre sur la sensible question de l’âge des véhicules autorisés à entrer au Sénégal. Il est de 8 ans actuellement. Les demandes provenant de la diaspora font état d’une hausse jusqu’à 10 ans.

Sur les quinze députés élus, seuls trois sont de l’opposition (ceux issus de la circonscription de l’Europe du Sud). Mais, Demba Sow de la coalition BBY (au pouvoir) envisage de former un groupe parlementaire avec les députés de l’opposition. « Il faut un guichet unique, une maison du Sénégal à l’étranger. Les Sénégalais de la diaspora sont exigeants et engagés ; ils vont nous demander forcément ce que nous avons fait du mandat qu’ils nous ont donné. Nous ne serons pas une chambre où on applaudit d’une séance à une autre ». Cela paraît juste pour répondre à toutes les inquiétudes liées à leur utilité.

Moussa DIOP

Militant antiraciste, syndicaliste et associatif, Demba Sow a un parcours migratoire sinusoïdal. Malgré une entrée en politique tardive, il a accédé rapidement aux postes de responsabilité au sein de l’Apr France pour finir par être élu député à l’une des trois places dédiées à la circonscription de l’Europe du Nord de l’Ouest et du Centre.

« C’est maintenant que les difficultés commencent ». C’est en reprenant, à peu près, une célèbre formule de Léon Blum que Demba Sow accueille son entrée à l’Assemblé nationale sénégalaise. Pourtant rien ne lui présageait un tel destin il y a encore cinq ans. Autodidacte, sans grand diplôme, simple employé du Musée de l’Homme à Paris, le néo député sénégalais de la diaspora cultive les paradoxes.

Entré en politique grâce à Awa Diop Mbacké, l’actuelle vice-consul du Sénégal à Paris, « une amie qui est devenue par la suite une sœur », précise-t-il, Demba Sow poursuit sa quête de « donner un sens » à la vie. Devenu « orphelin très tôt », il a « toujours cherché à compenser ce vide sentimental en étant à la disposition des autres ». C’est ce qui sous-tend son « adhésion à l’Apr en décembre 2008 », soutient l’ancien sympathisant socialiste, « sans jamais y avoir pris carte », qui venait au consulat pour défendre différentes causes.

Un trotskyste converti au libéralisme
Sauf qu’en France, l’Apr est dans la continuité du paradoxe en faisant du neuf avec du vieux.

Le nouveau parti a été constitué par d’anciens membres du Pds. Mais, Demba Sow n’a pas la même culture du militantisme que ses nouveaux camarades.

« J’étais issu du militantisme entièrement occidental. Donc, il y a des spécificités qui étaient différentes. A l’Apr, il fallait que je prouve ma façon de militer », renseigne Demba Sow. Il apporte de « nouvelles idées » dans la manière de revendiquer, de manifester. « C’était notre seule manière de rompre avec (le président) Wade, tente de développer le député. On avait un idéal d’engagement qui était désintéressé. Quand tu es militant Cgt (Confédération générale des travailleurs (un syndicat français, Ndlr)), tu colles des affiches, tu portes des pancartes dans les manifs, tu distribues des tracts devant le métro et tu ne t’attends pas à devenir député. Car, au bout, c’est la satisfaction des revendications des travailleurs. C’est l’élévation de la classe ouvrière, c’est l’amélioration des conditions de travail et de vie de la classe ouvrière. Ce n’est pas pour des questions de récompense ». Pourtant après la victoire de Macky Sall, en 2012, même s’il dit « n’avoir rien eu » comme poste, il est au centre d’un combat épique pour diriger l’Apr France avec Abdourahmane Koita. Ce dernier finira par hériter du consulat du Sénégal à Bordeaux.

L’étape suivante, avec le référendum de 2016, fut un poste de candidat à la députation pour représenter la diaspora sénégalaise à l’Assemblée nationale. Une candidature synonyme de victoire, car en France, l’Apr, du fait de son origine et de sa stratégie, est encore très loin devant les autres partis. « J’étais fonctionnaire travaillant en France.
J’ai pris cinq ans pour être au service des Sénégalais.

Pour montrer que l’engagement ne se paie pas ». Elu député en juillet 2017, Demba Sow se « considère comme militant engagé depuis janvier 1974 pour de nombreuses causes ».
Né en 1955, arrivé en France le 3 décembre 1973, Demba Sow est, en effet, passé au Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), avant de toujours militer à la Cgt pour des associations humanitaires comme Dental Fouta Toro.

Il a milité également pour divers partis politiques français comme ceux des trotskistes. « Ils sont au service de la classe ouvrière », justifie-t-il. Ce parcours a façonné le représentant du peuple qu’il est devenu.

« L’issue était fatale », sourit-il.

M. DIOP

Last modified on mardi, 05 décembre 2017 16:00


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