Soleil Diaspora (70)

Avocate de formation, diplômée en droit international et en économique, Assa Cissé a travaillé dans le secteur de la Banque avant d’intégrer un cabinet d’avocats où elle accompagnait des investisseurs au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Une carrière riche qu’elle compte mettre entre parenthèses pour s’investir dans la production de poivre et d’ail au Sénégal.

« J’ai toujours poussé ma famille à aller vers l’agriculture. Et comme chez nous, les gens ne croient pas tant qu’ils n’ont pas de preuve évidente, j’ai décidé de m’engager personnellement dans dans ce secteur pour montrer l’exemple », sourit malicieusement Assa Cissé. Déterminée et sûre de ce qu’elle veut, la jeune sénégalaise a surpris son monde et son entourage.

Devenir productrice de poivre
« Pour beaucoup, la réussite c’est l’Europe alors qu’on peut réussir au Sénégal. Aujourd’hui, le Sénégal importe tout son poivre. Ce qui coûte extrêmement cher. J’ai proposé à mes cousins d’investir, avec moi, dans ce secteur. Nous allons démarrer sur une superficie de 2 hectares et nous allons voir ce que cela va donner. Mais je sais que cela va marcher », s’enthousiasme Assa Cissé. La sénégalaise qui vit en France depuis plusieurs années a mis dans le projet toutes ses économies. « Nous avons démarré nos activités au mois d’octobre dans la région de Kédougou », informe-t-elle. Ayant la suite dans les idées, elle avait acheté les semences. Une opération qui n’a pas été sans difficultés. « Nous faisons venir les semences de Madagascar jusqu’en France puis la marchandise a été être acheminée vers le Sénégal. C’est très difficile comme trajet. La grande difficulté est donc la logistique ». Elle n’a pas eu d’autres choix que d’utiliser ce trajet de contournement puisque son ambition d’acheter des semences en Côte d’Ivoire a été nettement refroidie par la possibilité de payer des frais douaniers « à l’entrée et à la sortie de chaque frontière » entre la Cote d’Ivoire et le Sénégal. « Nous sommes normalement dans le marché commun de la CEDEAO mais dans les faits, ce n’est pas le cas, s’insurge-t-elle. Il y a des procédures qui ont été introduites par des avocats nigérians pour dénoncer ces injustices, des Etats ont été condamnés mais ils ne changent pas leurs règles. Je connais la procédure pour introduire une action au sein de la CEDEAO, je me réserve le droit de la faire. Ces entraves m’ont obligé d’acheter de la semence à Madagascar alors que la Côte d’Ivoire est toute proche. J’ai fait l’acquisition de cinq sacs de 25 kilos ». En 2016, la jeune femme avait vertement interpellé Jean-Pierre Senghor, le coordonnateur national du Programme des Domaines agricoles communautaires (Prodac) de l’époque, sur sa situation et l’accompagnement qu’elle pourrait bénéficier. « Il m’avait dit que commencer par 100 hectares fait peur. C’est ce que je souhaitais à l’origine. Il m’avait conseillé de débuter l’activité avec 20 hectares. C’est ce qui fait que nous ayons privilégié les 2 hectares ».

L’importance de l’accompagnement
Lors de la mise en place de son entreprise, Assa Cissé s’est rendue compte qu’il faut connaître la réglementation pour accéder au marché sénégalais. Elle prend exemple sur son expérience à Dubaï. « Les choses y sont claires car il y a des zones franches. Quand une personne veut créer un projet, elle ne fait que poser ses valises. Je sais que les présidents Wade et Sall ont repris ce concept. En sachant comment ça marche et quelles sont les difficultés, je vais faire la même chose au Sénégal ». C’est pour cela qu’elle a créé l’Institut africain des droits et procédure au Sénégal qui projette d’accompagner les entrepreneurs sénégalais et de la sous-région. En voyageant, Assa Cissé avoue s’être rendue compte que l’agriculture est le secteur où il faut investir. Cependant, il y a plusieurs choses à améliorer. « En Afrique de l’Est, c’est comme à Dubaï. Vous allez au ministère du commerce et toutes les informations sont à disposition.

Au Sénégal, certaines questions, toutes simples, n’aboutissent pas aux réponses les plus simples. Par exemple, en termes d’exemption fiscale, si vous importez des semences, vous n’êtes pas obligé de payer les droits de douane car le Sénégal veut promouvoir les entrepreneurs agricoles. 
Normalement l’importation de semence est soumise à des exonérations. Au Sénégal, il y a des règles mais les gens ne le savent pas toujours. »

Par Moussa DIOP

Sénégalais vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années où il exerçait le métier d’ingénieur télécom, Ismaël Ndiaye s’est posé de multiples questions sur l’opportunité de rentrer au Sénégal à partir de 2009. Trois ans plus tard, il a fini par décider de s’investir dans le domaine agricole.

Comment expliquer qu’un ingénieur télécom avec de fortes responsabilités dans une grande entreprise internationale prend la décision de tout laisser tomber pour l’agriculture ? « La routine ! », répond simplement Ismaël Ndiaye, avec un sourire en coin. Mais encore… « J’en avais marre de métro, boulot, dodo même si j’avais une belle situation en France ». Le quadra sénégalais pensait d’une part, pouvoir apporter quelque chose au Sénégal mais il avait aussi « envie de retrouver (s)es racines ». Pour cela l’agriculture fut le meilleur moyen. « En se lançant dans le secteur agricole, l’idée était de trouver un domaine rentable. Cela fait partie de la réflexion quand on décide de rentrer ». Dans sa réflexion de changer de braquet professionnel, Ismaël Ndiaye n’oublie pas ses vieux reflexes liés à sa formation. « Ainsi, j’ai eu une approche d’ingénieur en me documentant, en m’informant sur le domaine agricole. A partir de là, j’ai décidé de retourner dans le village de mes ancêtres qui est à côté de Saint-Louis, à quelques kilomètres de l’Université Gaston Berger ».

Retour aux sources
Un retour et une installation qui se sont faits de manière progressive. « J’ai demandé au village tout entier de m’appuyer pour disposer de l’acquisition des terres. Il y a eu quelques petites réticences mais finalement tout s’est bien passé. J’ai pu avoir 50 hectares. Par chance, ce sont les terres où mes grands-parents faisaient la culture ».

Les conditions acquises, Ismaël se lance dans le grand bain de sa nouvelle aventure en prenant le soin de passer par une phase test. « J’ai aménagé 5 hectares sur fonds propres. J’ai importé du matériel d’Italie pour l’aménagement et le ravalement des champs. Par la suite, j’ai lancé la phase de test à partir de fin 2013. La récolte a eu lieu en début 2014. Je cultivais du piment, des aubergines africaines et des pastèques. Cela s’est très bien passé. J’ai eu confirmation que les terres étaient arables et qu’elles étaient opportunes à l’agriculture que je souhaitais faire ». Seul grand bémol, il n’avait pas bien anticipé la phase de stockage. Pour expliquer son erreur, le néo exploitant agricole confesse n’avoir « aucune structure venant d’une quelconque organisation ou organisme pour (l)’accompagner ». Les conséquences sur l’économie locale sont directes : sa récolte abonde le marché local. « J’étais obligé de vendre puisque je n’avais pas de structures de stockage. Notre récolte de piment avait « inondé » et saturé le marché local de Saint-Louis. Ce qui avait fait baisser les prix ».

Exemple pour la diaspora
Beaucoup de Sénégalais de l’étranger souhaitent s’investir dans le domaine agricole. A ceux-là, Ismaël Ndiaye fait un retour d’expérience. « Pour le montage de la société, je suis passé par l’Apix et j’ai dû bénéficier du CDI, le code des investissements. Ce qui m’a permis d’importer du matériel avec des frais de douane nuls. Cependant, au niveau de la phase de test, je n’ai malheureusement pas eu d’accompagnement ». Le désormais exploitant agricole confesse qu’il a eu beaucoup de beaux discours mais les actes ne suivent pas toujours. « Je ne suis pas seul dans le cas d’avoir commencer ma phase de test sans être accompagné ». Toutefois, Ismael Ndiaye se dit capable « d’employer l’ensemble des personnes de (s)on village natal et ceux des villages environnants, entre 200 à 300 personnes dans la première phase ».

Le jeune homme est conscient qu’il faut croire en l’agriculture mais aussi aux risques pris : « On n’a pas de garantie pour récupérer l’argent mis au démarrage du projet, consent-il. Je déconseille à tout le monde d’aller vers cette aventure avec des fonds personnels, ce qui a été mon cas ». En effet, pour financer son exploitation, il a mis ses fonds propres à hauteur de 150 000 euros, l’équivalent de 100 millions de francs CFA entre 2009 et 2016. « Ce sont les économies du fruit de mon travail quand j’étais ingénieur en France entre 1999 à 2009 ».

La phase industrielle
D’autant plus que pour passer à une approche industrielle, il faut des financements. « Elle ne se fait pas qu’avec des économies. Il s’agit de gros financement. J’attends un partenaire, privé ou public, qui soit capable d’apporter au moins une partie des fonds nécessaires pour le démarrage industriel de l’activité ». En attendant, la phase de test lui a permis de régler les charges comme le paiement des journaliers (50 personnes employées par jour pour la récolte du piment, par exemple). « Ce que j’ai gagné dans cette phase de test, environ 15 millions de F CFA, a été redistribué aux villageois employés ».

C’est avec circonspection qu’il regarde les solutions proposées au sein des Domaines agricoles communautaires. « J’attends de voir parce qu’il me semble que le Prodac ne finance pas de projets. Je pense qu’il serait bien d’avoir une forme de connexion avec des initiatives privées. L’objectif est la création d’emplois, des initiatives comme la mienne y participe grandement ». On ne peut que lui donner raison.

Par Moussa DIOP

Expert haut vol, sous apparence anodine, le Sénégalais Massamba Diène est très respecté dans l’institution bancaire. 
A tel point qu'il est tout désigné pour servir par ses compatriotes et collègues d'exemple à présenter.

Massamba Diène fait l’unanimité au sein des Sénégalais de la Bad. Un compatriote à croquer ? Un confrère qui a fait les beaux jours de la première radio privée Sud-Fm est aujourd’hui à la Bad après un passage à la Banque mondiale. Birima Fall n’est pas le seul à ne pas tarir d’éloges sur « Grand Mass » comme lui et d’autres l’appellent  affectueusement. Ils semblent tous subjugués par le personnage. Une certitude : ils respectent l’homme pour son parcours, son professionnalisme et son sérieux. A première vue, Mass dégage plutôt l’allure d’un timide qui détourne son regard et fuit le vôtre. Rien d'impressionnant chez lui à première vue. Mais en apparence seulement. Mass est à même de vous fixer dans le blanc de l’œil pour étayer son argumentaire. Pour convaincre, ce personnage qui se définit d’emblée comme un Thiessois convoque tout son bagage technique traduit en langage clair, d’une douce voix qui flirte le bégaiement, pour expliquer, démontrer, expliciter. En bon scientifique. « Je suis né à Thiès où j’ai grandi et poursuivi toutes mes études du primaire à l’Ecole Polytechnique. Je suis de la 4ème promotion, sortie en 1981», explique Massamba Diène. Présenté comme un génie par certains, le brillant élève et étudiant qu’il fut relativise sur son parcours : « Je devais d’emblée m’en sortir à l’école puisque je ne suis pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Je devais donc travailler du mieux que je pouvais. Il n’était pas question de céder aux sirènes de la littérature, mais plutôt de m’orienter vers une série scientifique qui pouvait me donner un métier. Je ne m’amusais donc pas à l’école tout comme je ne me stressais pas. Je travaillais simplement ». Massamba Diène intègre l’administration dès sa sortie de l’Ecole Polytechnique. Après un bref passage au Secrétariat d’Etat à la recherche scientifique, sous Jacques Diouf, ancien ministre et ancien patron de la Fao, il va travailler au ministère de la Santé, notamment à la Direction des hôpitaux, plus précisément à la division de la Construction hospitalière. L’opportunité d’une spécialisation en génie civil s’offre à lui en 1984, pour un doctorat qu’il obtiendra à l’université Laval (Québec, Canada) en 1989. De retour au pays, il retourne à l’Ecole Polytechnique pour enseigner. Il sera même désigné par ses pairs chef du département génie civil jusqu’en 1991. Il prendra deux années pour monter, dans le privé, un laboratoire de géotechnique tout en continuant à intervenir à Polytechnique qu’il avait quitté de façon volontaire. Il avait fréquenté auparavant, avant son doctorat, pendant deux ans l’Ecole Polytechnique de Lausanne (Suisse), notamment son Institut des Sols, Roches et Fondations et son laboratoire Voies de circulation.

Directeur technique de l’Agence de développement municipal (1998-2000), Massamba Diène, de son mètre 70 et d’une noirceur d’ébène, n’hésite pas à passer, en 2000, une entrevue à la Bad qui cherchait un ingénieur principal des Transports pour le Département des politiques.

Il rejoint la Banque en avril 2000
Au lendemain donc de la première Alternance démocratique qui a consacré la victoire d’Abdoulaye Wade. Une fois à la Bad, il connaîtra une carrière fulgurante qui fait de lui aujourd’hui l’un des Sénégalais les plus en vue. Soutenant les opérations et écrivant des politiques et stratégies institutionnelles et opérationnelles, M. Diène passe, en 2005, d’ingénieur principal des transports à spécialiste en chef des infrastructures sur la base d’une compétition. En 2008, à la faveur d’une réforme, il est versé dans le Département des Résultats et de l’Assurance qualité dans la division de Sauvegarde environnementale et sociale. Là, il a en charge la catégorisation environnementale des projets et le contrôle de conformité avec les politiques de sauvegarde environnementale et sociale du Groupe de la BAD. Il revient, par exemple, sur l’importance d’une prise en compte de cette dimension sociale, en citant le cas du barrage de Bujagali en Ouganda. La réalisation de ce projet avait entraîné la destruction d’un site cultuel ancestral, provoquant ainsi une plainte des populations affectées ; ce qui a avait occasionné une inspection du projet par le Mécanisme Indépendant de Revue, obligeant ainsi la BAD et ses partenaires à envisager des réparations.
 
De ce Département, il postule encore pour la Division du département des politiques où il était auparavant. Et depuis 2009, il est manager dans ce département. « Je me plais bien à la Bad. Si je considère les possibilités que m’offre la banque au quotidien de participer à tout ce qui se fait pour le développement de l’Afrique, de parfaire mes connaissances sur ce continent, bref de me sentir de jour en jour un peu plus africain, je me sens comblé. Aussi, il faut savoir que dans cet environnement multiculturel, l’effet d’intégration est puissant. Je vis, comme probablement tous ceux qui travaillent ici, dans ma propre chair ce dont nous avons besoin pour le développement de l’Afrique », analyse-t-il. Acteur du développement, il ne rechigne pas à jeter un regard critique et lointain sur son pays d’origine. Pour lui, il faudrait encore en faire beaucoup plus : « Chaque jour, je me surprends à me dire que nous Sénégalais devrions travailler probablement dix fois plus que ce que nous faisons actuellement. Nous disposons de nombreux atouts, mais nous n’en sommes pas très conscients. Nous comptons parmi les meilleurs ouvriers même si nous ne sommes pas toujours conscients de l’importance de la formation professionnelle ». La question du développement est chez lui une passion. Loin de s’arrêter à des théories toutes faites, il esquisse des pistes. « Nous devons consolider l’économie et nous faire mieux représenter dans le monde. On peut vraiment mieux s’en sortir en décuplant notre part du travail. Nous avons aidé à la construction de nombreux pays africains depuis les indépendances. Le développement est une quête quotidienne renouvelée, mais aussi très lourd. Il faut avancer par petits bouts. Il faut aussi avoir à l’esprit que certains problèmes de développement ne peuvent être réglés que par des ressources financières importantes, surtout quand il s’agit de reproduire à grande échelle des expériences concluantes », explique-t-il. Aussi met-il en avant la qualité des ressources humaines pour impulser, mais aussi de la politique et de la vision qui animent les dirigeants de pays engagés dans le développement. Ou encore les « facultés d’absorption de financements importants ». Mettant en exergue la propension d’un pays du Maghreb à absorber par exemple des volumes de ressources financières plus importants comparativement à un pays subsaharien.

« Pour construire des routes, le Sénégal est très privilégié puisqu’ayant au moins quatre entreprises nationales de catégorie D (Cse, Jean Lefèvre, Eiffage…) qui vont jusqu’au Niger faire des infrastructures.

Il n’existe pas d’entreprises nationales de catégorie D en Côte d’Ivoire par exemple. Toutes les entreprises de cette catégorie sont françaises », souligne-t-il comme pour mettre en avant les avantages comparatifs du Sénégal par rapport au reste de la sous-région. Se refusant, par devoir de réserve, à parler du prix de l’autoroute à péage Patte-d’Oie-Diamniadio jugé exorbitant par certains, Massamba Diène ne porte pas moins de gants pour aborder la question du Programme Sénégal Emergent ou du Pudc.

« Il y a un effort certain dans les infrastructures depuis 2008. Je pense néanmoins qu’en termes de grandes infrastructures, le président Macky Sall, avec tout ce qui est en cours (l’autoroute Ila-Touba, le prolongement de la VDN, Somone, Ndiass) est en passe de faire plus que le président Abdoulaye Wade qui a eu quand même le mérite d’impulser les grands travaux. S’il parvient à réaliser le Train express régional, cela se ressentira dans le quotidien des populations », soutient Massamba Diène. Mais en bon Thiessois qui regrette les nombreux mouvements de trains qui ont égayé son enfance, il ne peut occulter la place  et le rôle des Chemins de fer dans le développement. Il faut d’urgence, assène-t-il, réhabiliter la ligne Dakar-Bamako, mais aussi faire le contournement de la Gambie. « Si vous empruntez la route de Saint-Louis, vous vous rendrez compte qu’il n’existe plus de gisements de matériaux de construction pour la maintenance des routes ; même emprunts de banco coquillier jadis utilisé pour les couches de base des routes s’épuisent. La plupart des matériaux nobles, le basalte notamment, se trouvent dans la région de Thiès ou à Kédougou. Le transport des matériaux coûtant très cher dans cette partie du Sénégal, seule la réhabilitation de la voie ferroviaire pourrait aider à réduire les besoins de maintenance sur la route de Saint-Louis, notamment en permettant le transfert du trafic de fret de la route au rail », avance-t-il afin d’appuyer le train pour le développement. Ce développement passe aussi par une promotion de l’investissement, notamment par une augmentation du pourcentage du budget qui lui est consacré. Il milite donc carrément pour un « Plan Marshall en faveur des chemins de fer ». « Il faudrait au moins mettre 300 milliards par an dans les chemins de fer et en faire un projet phare. Je suis convaincu qu’il ne peut pas y avoir de développement inclusif sans un réseau structuré de chemins de fer », soutient-il.

Sur le Pudc, il pense d’emblée que sa force réside dans sa « simplicité » et ses composantes : identification des besoins de base et leur satisfaction. « Le programme met l’accent sur la nécessité de mettre des forages là où il n’y a pas d’eau. Ce qui a pour conséquences, au-delà de l’accès à l’eau potable, d’implanter des périmètres maraîchers, mais aussi d’appuyer l’élevage et l’agriculture de façon générale. Une autre dimension du programme est aussi de faire de l’électrification rurale là où des populations n’ont jamais pu voir un poteau électrique. Le Pudc gagne donc en popularité. Il constitue un investissement dans l’égalité des citoyens puisque des indicateurs d’accès à l’eau sont de l’ordre de 80 % en ville par exemple alors que ce ratio est très faible, voire indécent en milieu rural. Le projet n’est pas très compliqué et est conçu en quelque sorte pour faire du rattrapage. En matière de développement, les projets les plus simples et visant les besoins de base sont les meilleurs », analyse Massamba Diène.

Un autre avantage du Pudc selon notre expert : « Booster le taux de croissance tout en redistribuant les ressources ». Sur le Pse, il salue des «axes convaincants » tout en souhaitant que d’autres soient encore mieux « retravaillés ». « L’option de viser l’autosuffisance alimentaire est merveilleuse. Nous pouvons oublier le pétrole et le gaz et nous concentrer sur elle puisqu’elle est basée sur un principe très simple : la dignité. Il nous faut continuer à développer les infrastructures dans un schéma cohérent qui veut dire servir l’appareil de production, mais aussi consolider l’unité nationale », invite-t-il. Très cohérent avec lui-même, Massamba Diène, la cinquantaine bien sonnée, dit ne pas « improviser dans le boulot ». Sa famille est aujourd’hui à Dakar ; elle était retournée au Sénégal lors de la crise dans le pays-hôte à l’époque pour ne pas perturber la scolarité des enfants.

« Quant à la famille, je tiens à régler les problèmes pour lesquels j’ai l’aptitude ou la responsabilité. Au-delà, je ne fais rien pour ma propre personne ». Un retour au bercail ? « Pourquoi pas si les conditions sont réunies », répond-il.
 
Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Senbad ! A ne surtout pas confondre avec les deux syllabes qui dénommaient le célèbre contingent du Sénégal au pays du Cèdre (Senbatt) dans le cadre de la Finul (Mission des Nations Unies au Liban). Ici, le bataillon en question a la fleur au lieu du fusil à l’épaule et le développement de l'Afrique en ligne de mire. L’Association des Sénégalais de la Banque africaine de développement (Senbad) est le réceptacle ou le lien de la soixantaine de compatriotes qui évoluent aujourd’hui du côté de la Lagune Ebrié, en terre ivoirienne. A Abidjan plus précisément, les Sénégalais de la BAD s’activent et donnent corps et âme à une vie associative, prolongement des activités professionnelles. « Il existait déjà une association de Sénégalais avant le départ pour Tunis de la banque (Ndlr : délocalisée en Tunisie en février 2003 du fait de la crise ivoirienne et retour au siège à Abidjan en 2014). C’est une fois à Tunis qu’elle sera néanmoins plus formalisée. Le besoin d’être ensemble a été plus ressenti une fois en Tunisie puisque probablement cette société ne nous intégrait pas », explique Cheikh Balley Mbaye, le secrétaire général de Senbad. Il fait remonter l’« initiative de l’association au doyen Maguette Wade (Ndlr : actuel Maire de Ngaye Mékhé et ancien directeur de la Communication de la Bad) », mais aussi à nombre de leurs aînés aujourd’hui retraités. Une fois l’association formalisée, l’« engouement » et l’« adhésion » ont été tels, surtout « chez les dames », que d’autres ressortissants de pays étrangers ont voulu se « joindre à nous ». Ces « étrangers » provenaient surtout de pays voisins du Sénégal (Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée) et pouvaient même justifier une « certaine sénégalité ». Le critère de reconnaissance au groupe sénégalais restait pertinent pour les membres du Senbad. « Peut devenir, en effet, membre associé toute personne travaillant à la Bad ainsi que son conjoint ayant des affinités avec le Sénégal qui en exprime le désir au bureau… », selon les statuts. Le secrétaire général de citer également le cas de ce « jeune Algérien, marié à une Sénégalaise, devenu membre de l’Association ». « Il faut, pour adhérer, être sénégalais ou marié à une Sénégalaise ou un Sénégalais travaillant à la Bad», disent les statuts de l’association. Il faut néanmoins considérer les nombreux Ivoiriens d’origine sénégalaise travaillant à la Bad, qui ne sont pas comptabilisés dans la soixantaine de Sénégalais, mais avec lesquels l’association entretient des liens particuliers. Le statut de travailleur à la Banque africaine englobe aussi bien les membres du staff que les stagiaires et consultants. L’association vise à créer, au-delà des liens de solidarité, une « grande famille sénégalaise sans discrimination de sexe, de race, d’ethnie, d’origine ou de religion ».

Mais aussi d’« initier et développer des projets et actions d’intérêt commun » en vue de « participer à l’épanouissement des membres et de leurs familles en organisant, entre autres, des conférences, séminaires, débats, des activités récréatives et des séances de formation ». La particularité de ces Sénégalais de la Bad est qu’ils évoluent, pour la plupart, dans les sphères de décision. Aussi reflètent-ils le dynamisme du « système éducatif sénégalais ».

« Que ce soient dans les Complexes des Opérations, les départements sectoriels, au Complexe des Finances en passant par les Services généraux ou le Complexe de l’Economiste en Chef, nous retrouvons les Sénégalais dans les grands centres de décision. Ils sont des économistes, ingénieurs, médecins, juristes… Il y a aussi un peu de personnels subalternes constitués surtout de Sénégalais qui avaient migré en Côte d’Ivoire et qui n’ont pas fait l’objet d’un recrutement international », explique Cheikh Balley Mbaye qui lui-même a quitté les Nations Unies à New-York pour intégrer la Bad.

Des professionnels sénégalais à tous les niveaux : un vice-président en charge de l’Energie, Amadou Hott, un directeur de la communication, notre confrère Ismaïla Dieng, la trésorière de la banque, le chef de la division de la recherche (évaluant tous les projets du secteur privé), entre autres. Autant de positions enviables obtenues avant ou avec l’arrivée du nouveau président, le nigérian Akinwimi Adesina. Portée à « participer à l’effort national et/ou international pour assister des groupes vulnérables au Sénégal et ailleurs », l’association œuvre aussi dans le social. Aussi a-t-elle organisé une grande collecte durant le dernier mois de ramadan pour venir en aide à des fidèles d’une mosquée d’Abobo qui est l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan.

Tout comme un don avait été offert à un orphelinat de Dakar pendant que la Bad était délocalisée. Ou encore des bâches à une mosquée de Tunis. La mosquée sénégalaise de Treichville avait aussi sollicité l’Association pour disposer d’un chandelier pour la décoration du lieu de culte nouvellement rénové.

« Nous partageons entre nous nos événements heureux comme malheureux et nous nous soutenons. Nous pouvons faire appel à des contributions volontaires de nos membres pour un soutien ponctuel », explique M. Mbaye. Les membres de Senbad sont aussi confrontés aux défis auxquels font face tous les émigrés, tels qu’« acquérir des terrains au Sénégal », ou encore venir à bout de certains problèmes ponctuels comme la confection d’un passeport. « Nous réfléchissons en permanence sur ce que nous pouvons faire pour le Sénégal », souligne le secrétaire général. Les Senbad se félicitent des « bonnes relations » tissées avec l’ambassadeur actuel du Sénégal en Côte d’Ivoire. L’association a « tenté une rencontre avec l’Association professionnelle des Sénégalais d’Abidjan », avec laquelle les échanges sont encore timides. Toutefois, le mini-colloque que Senbad a organisé à l’occasion de la dernière Fête de l’indépendance a vu la participation et la communication de nombreux Sénégalais non membres de Senbad.

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Dans un pays où il y a 37 milliards de m3 d’eau par année et 4 millions d’hectares de terres cultivables, l’engagement dans le secteur agricole est une réalité. La diaspora ne compte pas rester en retrait et veut s’approprier des possibilités offertes par l’agriculture. Les Sénégalais de l’étranger, arrivés à un certain niveau de leur carrière professionnelle en France,privilégient le retour aux racines et aux origines en investissant symboliquement dans le domaine agricole. Les parcours d’Assa Cissé et d’Ismaïla Ndiaye sont représentatifs de ce mouvement.

Assa Cissé : Du cabinet d’avocats à Paris aux champs de Kédougou
Assa CisséAvocate de formation, diplômée en droit international et en économique, Assa Cissé a travaillé dans le secteur de la Banque avant d’intégrer un cabinet d’avocats où elle accompagnait des investisseurs au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Une carrière riche qu’elle compte mettre entre parenthèses pour s’investir dans la production de poivre et d’ail au Sénégal.

« J’ai toujours poussé ma famille à aller vers l’agriculture. Et comme chez nous, les gens ne croient pas tant qu’ils n’ont pas de preuve évidente, j’ai décidé de m’engager personnellement dans dans ce secteur pour montrer l’exemple », sourit malicieusement Assa Cissé. Déterminée et sûre de ce qu’elle veut, la jeune sénégalaise a surpris son monde et son entourage.

Devenir productrice de poivre
« Pour beaucoup, la réussite c’est l’Europe alors qu’on peut réussir au Sénégal. Aujourd’hui, le Sénégal importe tout son poivre. Ce qui coûte extrêmement cher. J’ai proposé à mes cousins d’investir, avec moi, dans ce secteur. Nous allons démarrer sur une superficie de 2 hectares et nous allons voir ce que cela va donner. Mais je sais que cela va marcher », s’enthousiasme Assa Cissé. La sénégalaise qui vit en France depuis plusieurs années a mis dans le projet toutes ses économies. « Nous avons démarré nos activités au mois d’octobre dans la région de Kédougou », informe-t-elle. Ayant la suite dans les idées, elle avait acheté les semences. Une opération qui n’a pas été sans difficultés. « Nous faisons venir les semences de Madagascar jusqu’en France puis la marchandise a été être acheminée vers le Sénégal. C’est très difficile comme trajet. La grande difficulté est donc la logistique ». Elle n’a pas eu d’autres choix que d’utiliser ce trajet de contournement puisque son ambition d’acheter des semences en Côte d’Ivoire a été nettement refroidie par la possibilité de payer des frais douaniers « à l’entrée et à la sortie de chaque frontière » entre la Cote d’Ivoire et le Sénégal. « Nous sommes normalement dans le marché commun de la CEDEAO mais dans les faits, ce n’est pas le cas, s’insurge-t-elle. Il y a des procédures qui ont été introduites par des avocats nigérians pour dénoncer ces injustices, des Etats ont été condamnés mais ils ne changent pas leurs règles. Je connais la procédure pour introduire une action au sein de la CEDEAO, je me réserve le droit de la faire. Ces entraves m’ont obligé d’acheter de la semence à Madagascar alors que la Côte d’Ivoire est toute proche. J’ai fait l’acquisition de cinq sacs de 25 kilos ». En 2016, la jeune femme avait vertement interpellé Jean-Pierre Senghor, le coordonnateur national du Programme des Domaines agricoles communautaires (Prodac) de l’époque, sur sa situation et l’accompagnement qu’elle pourrait bénéficier. « Il m’avait dit que commencer par 100 hectares fait peur. C’est ce que je souhaitais à l’origine. Il m’avait conseillé de débuter l’activité avec 20 hectares. C’est ce qui fait que nous ayons privilégié les 2 hectares ».

L’importance de l’accompagnement
Lors de la mise en place de son entreprise, Assa Cissé s’est rendue compte qu’il faut connaître la réglementation pour accéder au marché sénégalais. Elle prend exemple sur son expérience à Dubaï. « Les choses y sont claires car il y a des zones franches. Quand une personne veut créer un projet, elle ne fait que poser ses valises. Je sais que les présidents Wade et Sall ont repris ce concept. En sachant comment ça marche et quelles sont les difficultés, je vais faire la même chose au Sénégal ». C’est pour cela qu’elle a créé l’Institut africain des droits et procédure au Sénégal qui projette d’accompagner les entrepreneurs sénégalais et de la sous-région. En voyageant, Assa Cissé avoue s’être rendue compte que l’agriculture est le secteur où il faut investir. Cependant, il y a plusieurs choses à améliorer. « En Afrique de l’Est, c’est comme à Dubaï. Vous allez au ministère du commerce et toutes les informations sont à disposition.

Au Sénégal, certaines questions, toutes simples, n’aboutissent pas aux réponses les plus simples. Par exemple, en termes d’exemption fiscale, si vous importez des semences, vous n’êtes pas obligé de payer les droits de douane car le Sénégal veut promouvoir les entrepreneurs agricoles.
Normalement l’importation de semence est soumise à des exonérations. Au Sénégal, il y a des règles mais les gens ne le savent pas toujours. ».

Ismaël Ndiaye : L’ingénieur parisien devenu agriculteur à Saint-Louis
Ismael NdiayeSénégalais vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années où il exerçait le métier d’ingénieur télécom, Ismaël Ndiaye s’est posé de multiples questions sur l’opportunité de rentrer au Sénégal à partir de 2009. Trois ans plus tard, il a fini par décider de s’investir dans le domaine agricole.

Comment expliquer qu’un ingénieur télécom avec de fortes responsabilités dans une grande entreprise internationale prend la décision de tout laisser tomber pour l’agriculture ? « La routine ! », répond simplement Ismaël Ndiaye, avec un sourire en coin. Mais encore… « J’en avais marre de métro, boulot, dodo même si j’avais une belle situation en France ». Le quadra sénégalais pensait d’une part, pouvoir apporter quelque chose au Sénégal mais il avait aussi « envie de retrouver (s)es racines ». Pour cela l’agriculture fut le meilleur moyen. « En se lançant dans le secteur agricole, l’idée était de trouver un domaine rentable. Cela fait partie de la réflexion quand on décide de rentrer ». Dans sa réflexion de changer de braquet professionnel, Ismaël Ndiaye n’oublie pas ses vieux reflexes liés à sa formation. « Ainsi, j’ai eu une approche d’ingénieur en me documentant, en m’informant sur le domaine agricole. A partir de là, j’ai décidé de retourner dans le village de mes ancêtres qui est à côté de Saint-Louis, à quelques kilomètres de l’Université Gaston Berger ».

Retour aux sources
Un retour et une installation qui se sont faits de manière progressive. « J’ai demandé au village tout entier de m’appuyer pour disposer de l’acquisition des terres. Il y a eu quelques petites réticences mais finalement tout s’est bien passé. J’ai pu avoir 50 hectares. Par chance, ce sont les terres où mes grands-parents faisaient la culture ».

Les conditions acquises, Ismaël se lance dans le grand bain de sa nouvelle aventure en prenant le soin de passer par une phase test. « J’ai aménagé 5 hectares sur fonds propres. J’ai importé du matériel d’Italie pour l’aménagement et le ravalement des champs. Par la suite, j’ai lancé la phase de test à partir de fin 2013. La récolte a eu lieu en début 2014. Je cultivais du piment, des aubergines africaines et des pastèques. Cela s’est très bien passé. J’ai eu confirmation que les terres étaient arables et qu’elles étaient opportunes à l’agriculture que je souhaitais faire ». Seul grand bémol, il n’avait pas bien anticipé la phase de stockage. Pour expliquer son erreur, le néo exploitant agricole confesse n’avoir « aucune structure venant d’une quelconque organisation ou organisme pour (l)’accompagner ». Les conséquences sur l’économie locale sont directes : sa récolte abonde le marché local. « J’étais obligé de vendre puisque je n’avais pas de structures de stockage. Notre récolte de piment avait « inondé » et saturé le marché local de Saint-Louis. Ce qui avait fait baisser les prix ».

Exemple pour la diaspora
Beaucoup de Sénégalais de l’étranger souhaitent s’investir dans le domaine agricole. A ceux-là, Ismaël Ndiaye fait un retour d’expérience. « Pour le montage de la société, je suis passé par l’Apix et j’ai dû bénéficier du CDI, le code des investissements. Ce qui m’a permis d’importer du matériel avec des frais de douane nuls. Cependant, au niveau de la phase de test, je n’ai malheureusement pas eu d’accompagnement ». Le désormais exploitant agricole confesse qu’il a eu beaucoup de beaux discours mais les actes ne suivent pas toujours. « Je ne suis pas seul dans le cas d’avoir commencer ma phase de test sans être accompagné ». Toutefois, Ismael Ndiaye se dit capable « d’employer l’ensemble des personnes de (s)on village natal et ceux des villages environnants, entre 200 à 300 personnes dans la première phase ».

Le jeune homme est conscient qu’il faut croire en l’agriculture mais aussi aux risques pris : « On n’a pas de garantie pour récupérer l’argent mis au démarrage du projet, consent-il. Je déconseille à tout le monde d’aller vers cette aventure avec des fonds personnels, ce qui a été mon cas ». En effet, pour financer son exploitation, il a mis ses fonds propres à hauteur de 150 000 euros, l’équivalent de 100 millions de francs CFA entre 2009 et 2016. « Ce sont les économies du fruit de mon travail quand j’étais ingénieur en France entre 1999 à 2009 ».

La phase industrielle
D’autant plus que pour passer à une approche industrielle, il faut des financements. « Elle ne se fait pas qu’avec des économies. Il s’agit de gros financement. J’attends un partenaire, privé ou public, qui soit capable d’apporter au moins une partie des fonds nécessaires pour le démarrage industriel de l’activité ». En attendant, la phase de test lui a permis de régler les charges comme le paiement des journaliers (50 personnes employées par jour pour la récolte du piment, par exemple). « Ce que j’ai gagné dans cette phase de test, environ 15 millions de F CFA, a été redistribué aux villageois employés ».

C’est avec circonspection qu’il regarde les solutions proposées au sein des Domaines agricoles communautaires. « J’attends de voir parce qu’il me semble que le Prodac ne finance pas de projets. Je pense qu’il serait bien d’avoir une forme de connexion avec des initiatives privées. L’objectif est la création d’emplois, des initiatives comme la mienne y participe grandement ». On ne peut que lui donner raison.

Par Moussa DIOP

Last modified on jeudi, 09 février 2017 14:57

Cette communauté fait la fierté du Sénégal au sein de la Banque africaine de développement (Bad) à Abidjan, siège de l’institution. L’Association des Sénégalais de la Bad (Senbad), portée sur les fonts baptismaux il y a une décennie, regroupe de grands cadres, produits pour l'essentiel du système éducatif sénégalais. L’association, prolongement des activités professionnelles, est le lieu de retrouvailles des Sénégalais qui se soutiennent dans l’épreuve tout en essayant de donner la meilleure image du Sénégal. De passage en Côte d'Ivoire où les Sénégalais sont habituellement dénommés par leurs cousins locaux les « Gorguis », notre reporter est allé à leur rencontre et à la découverte de ce que certains considèrent comme un bel exemple du savoir-faire et du savoir-être des Sénégalais.

Cheikh Bailley MbayeSenbad ! A ne surtout pas confondre avec les deux syllabes qui dénommaient le célèbre contingent du Sénégal au pays du Cèdre (Senbatt) dans le cadre de la Finul (Mission des Nations Unies au Liban). Ici, le bataillon en question a la fleur au lieu du fusil à l’épaule et le développement de l'Afrique en ligne de mire. L’Association des Sénégalais de la Banque africaine de développement (Senbad) est le réceptacle ou le lien de la soixantaine de compatriotes qui évoluent aujourd’hui du côté de la Lagune Ebrié, en terre ivoirienne. A Abidjan plus précisément, les Sénégalais de la BAD s’activent et donnent corps et âme à une vie associative, prolongement des activités professionnelles. « Il existait déjà une association de Sénégalais avant le départ pour Tunis de la banque (Ndlr : délocalisée en Tunisie en février 2003 du fait de la crise ivoirienne et retour au siège à Abidjan en 2014). C’est une fois à Tunis qu’elle sera néanmoins plus formalisée. Le besoin d’être ensemble a été plus ressenti une fois en Tunisie puisque probablement cette société ne nous intégrait pas », explique Cheikh Balley Mbaye, le secrétaire général de Senbad. Il fait remonter l’« initiative de l’association au doyen Maguette Wade (Ndlr : actuel Maire de Ngaye Mékhé et ancien directeur de la Communication de la Bad) », mais aussi à nombre de leurs aînés aujourd’hui retraités. Une fois l’association formalisée, l’« engouement » et l’« adhésion » ont été tels, surtout « chez les dames », que d’autres ressortissants de pays étrangers ont voulu se « joindre à nous ». Ces « étrangers » provenaient surtout de pays voisins du Sénégal (Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée) et pouvaient même justifier une « certaine sénégalité ». Le critère de reconnaissance au groupe sénégalais restait pertinent pour les membres du Senbad. « Peut devenir, en effet, membre associé toute personne travaillant à la Bad ainsi que son conjoint ayant des affinités avec le Sénégal qui en exprime le désir au bureau… », selon les statuts. Le secrétaire général de citer également le cas de ce « jeune Algérien, marié à une Sénégalaise, devenu membre de l’Association ». « Il faut, pour adhérer, être sénégalais ou marié à une Sénégalaise ou un Sénégalais travaillant à la Bad», disent les statuts de l’association. Il faut néanmoins considérer les nombreux Ivoiriens d’origine sénégalaise travaillant à la Bad, qui ne sont pas comptabilisés dans la soixantaine de Sénégalais, mais avec lesquels l’association entretient des liens particuliers. Le statut de travailleur à la Banque africaine englobe aussi bien les membres du staff que les stagiaires et consultants. L’association vise à créer, au-delà des liens de solidarité, une « grande famille sénégalaise sans discrimination de sexe, de race, d’ethnie, d’origine ou de religion ».

Mais aussi d’« initier et développer des projets et actions d’intérêt commun » en vue de « participer à l’épanouissement des membres et de leurs familles en organisant, entre autres, des conférences, séminaires, débats, des activités récréatives et des séances de formation ». La particularité de ces Sénégalais de la Bad est qu’ils évoluent, pour la plupart, dans les sphères de décision. Aussi reflètent-ils le dynamisme du « système éducatif sénégalais ».

« Que ce soient dans les Complexes des Opérations, les départements sectoriels, au Complexe des Finances en passant par les Services généraux ou le Complexe de l’Economiste en Chef, nous retrouvons les Sénégalais dans les grands centres de décision. Ils sont des économistes, ingénieurs, médecins, juristes… Il y a aussi un peu de personnels subalternes constitués surtout de Sénégalais qui avaient migré en Côte d’Ivoire et qui n’ont pas fait l’objet d’un recrutement international », explique Cheikh Balley Mbaye qui lui-même a quitté les Nations Unies à New-York pour intégrer la Bad.

Des professionnels sénégalais à tous les niveaux : un vice-président en charge de l’Energie, Amadou Hott, un directeur de la communication, notre confrère Ismaïla Dieng, la trésorière de la banque, le chef de la division de la recherche (évaluant tous les projets du secteur privé), entre autres. Autant de positions enviables obtenues avant ou avec l’arrivée du nouveau président, le nigérian Akinwimi Adesina. Portée à « participer à l’effort national et/ou international pour assister des groupes vulnérables au Sénégal et ailleurs », l’association œuvre aussi dans le social. Aussi a-t-elle organisé une grande collecte durant le dernier mois de ramadan pour venir en aide à des fidèles d’une mosquée d’Abobo qui est l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan.

Tout comme un don avait été offert à un orphelinat de Dakar pendant que la Bad était délocalisée. Ou encore des bâches à une mosquée de Tunis. La mosquée sénégalaise de Treichville avait aussi sollicité l’Association pour disposer d’un chandelier pour la décoration du lieu de culte nouvellement rénové.

« Nous partageons entre nous nos événements heureux comme malheureux et nous nous soutenons. Nous pouvons faire appel à des contributions volontaires de nos membres pour un soutien ponctuel », explique M. Mbaye. Les membres de Senbad sont aussi confrontés aux défis auxquels font face tous les émigrés, tels qu’« acquérir des terrains au Sénégal », ou encore venir à bout de certains problèmes ponctuels comme la confection d’un passeport. « Nous réfléchissons en permanence sur ce que nous pouvons faire pour le Sénégal », souligne le secrétaire général. Les Senbad se félicitent des « bonnes relations » tissées avec l’ambassadeur actuel du Sénégal en Côte d’Ivoire. L’association a « tenté une rencontre avec l’Association professionnelle des Sénégalais d’Abidjan », avec laquelle les échanges sont encore timides. Toutefois, le mini-colloque que Senbad a organisé à l’occasion de la dernière Fête de l’indépendance a vu la participation et la communication de nombreux Sénégalais non membres de Senbad.

Massamba Diène, Chef de la division de la Bad : L’efficacité dans la discrétion
Expert haut vol, sous apparence anodine, le Sénégalais Massamba Diène est très respecté dans l’institution bancaire.
A tel point qu'il est tout désigné pour servir par ses compatriotes et collègues d'exemple à présenter.

Massamba DièneMassamba Diène fait l’unanimité au sein des Sénégalais de la Bad. Un compatriote à croquer ? Un confrère qui a fait les beaux jours de la première radio privée Sud-Fm est aujourd’hui à la Bad après un passage à la Banque mondiale. Birima Fall n’est pas le seul à ne pas tarir d’éloges sur « Grand Mass » comme lui et d’autres l’appellent  affectueusement. Ils semblent tous subjugués par le personnage. Une certitude : ils respectent l’homme pour son parcours, son professionnalisme et son sérieux. A première vue, Mass dégage plutôt l’allure d’un timide qui détourne son regard et fuit le vôtre. Rien d'impressionnant chez lui à première vue. Mais en apparence seulement. Mass est à même de vous fixer dans le blanc de l’œil pour étayer son argumentaire. Pour convaincre, ce personnage qui se définit d’emblée comme un Thiessois convoque tout son bagage technique traduit en langage clair, d’une douce voix qui flirte le bégaiement, pour expliquer, démontrer, expliciter. En bon scientifique. « Je suis né à Thiès où j’ai grandi et poursuivi toutes mes études du primaire à l’Ecole Polytechnique. Je suis de la 4ème promotion, sortie en 1981», explique Massamba Diène. Présenté comme un génie par certains, le brillant élève et étudiant qu’il fut relativise sur son parcours : « Je devais d’emblée m’en sortir à l’école puisque je ne suis pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Je devais donc travailler du mieux que je pouvais. Il n’était pas question de céder aux sirènes de la littérature, mais plutôt de m’orienter vers une série scientifique qui pouvait me donner un métier. Je ne m’amusais donc pas à l’école tout comme je ne me stressais pas. Je travaillais simplement ». Massamba Diène intègre l’administration dès sa sortie de l’Ecole Polytechnique. Après un bref passage au Secrétariat d’Etat à la recherche scientifique, sous Jacques Diouf, ancien ministre et ancien patron de la Fao, il va travailler au ministère de la Santé, notamment à la Direction des hôpitaux, plus précisément à la division de la Construction hospitalière. L’opportunité d’une spécialisation en génie civil s’offre à lui en 1984, pour un doctorat qu’il obtiendra à l’université Laval (Québec, Canada) en 1989. De retour au pays, il retourne à l’Ecole Polytechnique pour enseigner. Il sera même désigné par ses pairs chef du département génie civil jusqu’en 1991. Il prendra deux années pour monter, dans le privé, un laboratoire de géotechnique tout en continuant à intervenir à Polytechnique qu’il avait quitté de façon volontaire. Il avait fréquenté auparavant, avant son doctorat, pendant deux ans l’Ecole Polytechnique de Lausanne (Suisse), notamment son Institut des Sols, Roches et Fondations et son laboratoire Voies de circulation.

Directeur technique de l’Agence de développement municipal (1998-2000), Massamba Diène, de son mètre 70 et d’une noirceur d’ébène, n’hésite pas à passer, en 2000, une entrevue à la Bad qui cherchait un ingénieur principal des Transports pour le Département des politiques.

Il rejoint la Banque en avril 2000
Au lendemain donc de la première Alternance démocratique qui a consacré la victoire d’Abdoulaye Wade. Une fois à la Bad, il connaîtra une carrière fulgurante qui fait de lui aujourd’hui l’un des Sénégalais les plus en vue. Soutenant les opérations et écrivant des politiques et stratégies institutionnelles et opérationnelles, M. Diène passe, en 2005, d’ingénieur principal des transports à spécialiste en chef des infrastructures sur la base d’une compétition. En 2008, à la faveur d’une réforme, il est versé dans le Département des Résultats et de l’Assurance qualité dans la division de Sauvegarde environnementale et sociale. Là, il a en charge la catégorisation environnementale des projets et le contrôle de conformité avec les politiques de sauvegarde environnementale et sociale du Groupe de la BAD. Il revient, par exemple, sur l’importance d’une prise en compte de cette dimension sociale, en citant le cas du barrage de Bujagali en Ouganda. La réalisation de ce projet avait entraîné la destruction d’un site cultuel ancestral, provoquant ainsi une plainte des populations affectées ; ce qui a avait occasionné une inspection du projet par le Mécanisme Indépendant de Revue, obligeant ainsi la BAD et ses partenaires à envisager des réparations.
 
De ce Département, il postule encore pour la Division du département des politiques où il était auparavant. Et depuis 2009, il est manager dans ce département. « Je me plais bien à la Bad. Si je considère les possibilités que m’offre la banque au quotidien de participer à tout ce qui se fait pour le développement de l’Afrique, de parfaire mes connaissances sur ce continent, bref de me sentir de jour en jour un peu plus africain, je me sens comblé. Aussi, il faut savoir que dans cet environnement multiculturel, l’effet d’intégration est puissant. Je vis, comme probablement tous ceux qui travaillent ici, dans ma propre chair ce dont nous avons besoin pour le développement de l’Afrique », analyse-t-il. Acteur du développement, il ne rechigne pas à jeter un regard critique et lointain sur son pays d’origine. Pour lui, il faudrait encore en faire beaucoup plus : « Chaque jour, je me surprends à me dire que nous Sénégalais devrions travailler probablement dix fois plus que ce que nous faisons actuellement. Nous disposons de nombreux atouts, mais nous n’en sommes pas très conscients. Nous comptons parmi les meilleurs ouvriers même si nous ne sommes pas toujours conscients de l’importance de la formation professionnelle ». La question du développement est chez lui une passion. Loin de s’arrêter à des théories toutes faites, il esquisse des pistes. « Nous devons consolider l’économie et nous faire mieux représenter dans le monde. On peut vraiment mieux s’en sortir en décuplant notre part du travail. Nous avons aidé à la construction de nombreux pays africains depuis les indépendances. Le développement est une quête quotidienne renouvelée, mais aussi très lourd. Il faut avancer par petits bouts. Il faut aussi avoir à l’esprit que certains problèmes de développement ne peuvent être réglés que par des ressources financières importantes, surtout quand il s’agit de reproduire à grande échelle des expériences concluantes », explique-t-il. Aussi met-il en avant la qualité des ressources humaines pour impulser, mais aussi de la politique et de la vision qui animent les dirigeants de pays engagés dans le développement. Ou encore les « facultés d’absorption de financements importants ». Mettant en exergue la propension d’un pays du Maghreb à absorber par exemple des volumes de ressources financières plus importants comparativement à un pays subsaharien.

« Pour construire des routes, le Sénégal est très privilégié puisqu’ayant au moins quatre entreprises nationales de catégorie D (Cse, Jean Lefèvre, Eiffage…) qui vont jusqu’au Niger faire des infrastructures.

Il n’existe pas d’entreprises nationales de catégorie D en Côte d’Ivoire par exemple. Toutes les entreprises de cette catégorie sont françaises », souligne-t-il comme pour mettre en avant les avantages comparatifs du Sénégal par rapport au reste de la sous-région. Se refusant, par devoir de réserve, à parler du prix de l’autoroute à péage Patte-d’Oie-Diamniadio jugé exorbitant par certains, Massamba Diène ne porte pas moins de gants pour aborder la question du Programme Sénégal Emergent ou du Pudc.

« Il y a un effort certain dans les infrastructures depuis 2008. Je pense néanmoins qu’en termes de grandes infrastructures, le président Macky Sall, avec tout ce qui est en cours (l’autoroute Ila-Touba, le prolongement de la VDN, Somone, Ndiass) est en passe de faire plus que le président Abdoulaye Wade qui a eu quand même le mérite d’impulser les grands travaux. S’il parvient à réaliser le Train express régional, cela se ressentira dans le quotidien des populations », soutient Massamba Diène. Mais en bon Thiessois qui regrette les nombreux mouvements de trains qui ont égayé son enfance, il ne peut occulter la place  et le rôle des Chemins de fer dans le développement. Il faut d’urgence, assène-t-il, réhabiliter la ligne Dakar-Bamako, mais aussi faire le contournement de la Gambie. « Si vous empruntez la route de Saint-Louis, vous vous rendrez compte qu’il n’existe plus de gisements de matériaux de construction pour la maintenance des routes ; même emprunts de banco coquillier jadis utilisé pour les couches de base des routes s’épuisent. La plupart des matériaux nobles, le basalte notamment, se trouvent dans la région de Thiès ou à Kédougou. Le transport des matériaux coûtant très cher dans cette partie du Sénégal, seule la réhabilitation de la voie ferroviaire pourrait aider à réduire les besoins de maintenance sur la route de Saint-Louis, notamment en permettant le transfert du trafic de fret de la route au rail », avance-t-il afin d’appuyer le train pour le développement. Ce développement passe aussi par une promotion de l’investissement, notamment par une augmentation du pourcentage du budget qui lui est consacré. Il milite donc carrément pour un « Plan Marshall en faveur des chemins de fer ». « Il faudrait au moins mettre 300 milliards par an dans les chemins de fer et en faire un projet phare. Je suis convaincu qu’il ne peut pas y avoir de développement inclusif sans un réseau structuré de chemins de fer », soutient-il.

Sur le Pudc, il pense d’emblée que sa force réside dans sa « simplicité » et ses composantes : identification des besoins de base et leur satisfaction. « Le programme met l’accent sur la nécessité de mettre des forages là où il n’y a pas d’eau. Ce qui a pour conséquences, au-delà de l’accès à l’eau potable, d’implanter des périmètres maraîchers, mais aussi d’appuyer l’élevage et l’agriculture de façon générale. Une autre dimension du programme est aussi de faire de l’électrification rurale là où des populations n’ont jamais pu voir un poteau électrique. Le Pudc gagne donc en popularité. Il constitue un investissement dans l’égalité des citoyens puisque des indicateurs d’accès à l’eau sont de l’ordre de 80 % en ville par exemple alors que ce ratio est très faible, voire indécent en milieu rural. Le projet n’est pas très compliqué et est conçu en quelque sorte pour faire du rattrapage. En matière de développement, les projets les plus simples et visant les besoins de base sont les meilleurs », analyse Massamba Diène.

Un autre avantage du Pudc selon notre expert : « Booster le taux de croissance tout en redistribuant les ressources ». Sur le Pse, il salue des «axes convaincants » tout en souhaitant que d’autres soient encore mieux « retravaillés ». « L’option de viser l’autosuffisance alimentaire est merveilleuse. Nous pouvons oublier le pétrole et le gaz et nous concentrer sur elle puisqu’elle est basée sur un principe très simple : la dignité. Il nous faut continuer à développer les infrastructures dans un schéma cohérent qui veut dire servir l’appareil de production, mais aussi consolider l’unité nationale », invite-t-il. Très cohérent avec lui-même, Massamba Diène, la cinquantaine bien sonnée, dit ne pas « improviser dans le boulot ». Sa famille est aujourd’hui à Dakar ; elle était retournée au Sénégal lors de la crise dans le pays-hôte à l’époque pour ne pas perturber la scolarité des enfants.

« Quant à la famille, je tiens à régler les problèmes pour lesquels j’ai l’aptitude ou la responsabilité. Au-delà, je ne fais rien pour ma propre personne ». Un retour au bercail ? « Pourquoi pas si les conditions sont réunies », répond-il.
 
Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE
Last modified on jeudi, 09 février 2017 14:44

Docteur en biologie, Boucar Diouf a préféré délaisser les salles de cours pour celles de spectacle. Le Sénégalais fait partie des humoristes les plus connus au Québec. Il jette un pont entre ses deux appartenances pour un engagement citoyen.

En cette matinée de mai, malgré les belles promesses d’un printemps bien entamé, un léger vent froid trouve sa place dans cette ville de Longueuil, située sur la rive Sud de Montréal. C’est dans cette ville que Boucar Diouf nous accueille dans un café-boutique avec son sourire légendaire. Le Sénégalais « le plus Québécois parmi les Québécois », comme il se fait appeler, est une personnalité publique très connue et appréciée au Québec et dans le Canada Francophone par son humour. « Pour une raison X ou Y », le nom de son spectacle où il puise dans sa formation universitaire pour faire rire, a fait salle comble tout au long de l’année 2016 au Québec. Mais, l’artiste est également connu par son rayonnement intellectuel et scientifique.

Des amphithéâtres…
Depuis plus de cinq ans, Boucar Diouf est connu dans le paysage audiovisuel canadien à travers l’animation d’émissions radio et télévision de la première chaine de Radio Canada. Véritable touche-à-tout, il est aussi à la fois écrivain et chroniqueur littéraire en radio, mais aussi en presse papier avec le journal La presse où il tient une chronique tous les samedis. Le Sénégalais a aussi publié un livre sur l’intégration au Canada intitulé « La mystérieuse de Kaloua ». Ce qui lui a permis de remporter le prix Jacques-Couture, en 2006, pour la promotion du rapprochement interculturel décerné par le ministère de l’Immigration du Québec. L’homme a également à son actif d’autres livres : « Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... » sorti en 2007, « La Commission Boucar pour un raccommodement raisonnable » en 2008, « Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres » en 2015.

… Aux planches du rire
Né dans le Sine, à Fatick, ce Sérère bon teint est arrivé au Canada dans les années 90. Après avoir fait ses humanités au Sénégal, l’ancien de la Faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, « comme Macky Sall, le président du Sénégal », se plaît-il à rappeler, est venu poursuivre ses études au Québec, plus précisément à l’Université de Rimouski. Il y décroche un Doctorat de biologie sur le thème : « Les facteurs de résistance au froid de l’Éperlan en 1997 ».

Devenu chargé de cours, Boucar abandonne une carrière universitaire prometteuse. Le « fils de paysans qui enseignait aux Blancs » se détourne d’un emploi stable qui faisait la fierté de ses parents pour se lancer dans l’aventure artistique. Boucar croit en sa bonne étoile, car ayant la conviction que l’humour est dans son sang. Sa première source d’inspiration est sa mère qu’il « considère comme une personne naturellement drôle ». Si ses références artistiques s’appellent « Sanokho », le défunt humoriste, ou feu Ndiaga Mbaye, le parolier et chanteur à l’original timbre de voix, Boucar puise son inspiration dans la tradition orale africaine qui s’accompagne de la science et du génie des griots, de l’art de raconter ou d’imiter. D’ailleurs, c’est en puisant dans son patrimoine traditionnel qu’il est devenu célèbre au Québec en inventant la fameuse expression « Mon grand-père disait ». Derrière ce « gimmick marketé » se trouve tout un héritage emprunté à son ancêtre et homonyme.

La chance de la double culture
Pour réussir au Québec et dans les diasporas sénégalaises du monde, Boucar Diouf conseille de s’approprier la fameuse expression du président poète Léopold Sédar Senghor : « assimiler sans être assimilé ».

Ainsi, celui qui se présente comme un vulgarisateur scientifique a pour sacerdoce l’évocation de l’intégration, de l’ouverture, de la vie en Afrique et des différences culturelles. Ces notions font d’ailleurs sa marque de fabrique et le fond des thèmes qu’il aborde sur scène. Entre tradition et modernité, Boucar Diouf n’a jamais voulu être le « Noir de service ». En revanche, il pense que « comprendre une société d’accueil pour mieux l’intégrer n’est nullement un renoncement à ses valeurs et traditions, mais plutôt à les consolider ». « Le secret de ma réussite : oser, innover, faire tomber les barrières et aller vers l’autre », confie-t-il.

L’immigration d’en haut
Selon Boucar Diouf, d’autres compatriotes résidants au Canada et plus méritants que lui participent au développement de ce pays, tout en faisant aussi la fierté du Sénégal. C’est l’occasion, pour lui, de rendre hommage à des artistes comme Ilam, de son vrai nom Abdou Karim Tall, qui vient d’être désigné révélation « Musique du monde 2016 de Radio Canada », le 2ème Sénégalais à décrocher ce titre après le chanteur-musicien Elage Diouf, sans oublier tous les autres Sénégalais fonctionnaires, cadres du tertiaire, médecins, hommes d’affaires, universitaires…

La double culture, il la revendique pour lui et ses enfants issus d’un métissage entre un Sénégalais sérère et une Québécoise gaspésienne. « Il n’y a pas plus sénégalais que moi, défie-t-il. Et c’est une chance, car le fait d’avoir une double citoyenneté n’enlève en rien notre amour et pour notre pays d’origine et pour celui d’adoption ». Il est conscient que, d’une manière ou d’une autre, les fils du Sénégal établis à l’étranger continuent, à des degrés divers, à participer au développement de leurs pays d’origine en aidant financièrement ou matériellement leurs parents et leurs communautés.

Boucar s’engage à défendre la diversité dans les médias, sans tomber dans une « certaine solidarité ethnique », et maintient de bonnes relations avec la communauté sénégalaise du Canada par son implication dans différentes activités.

L’humoriste qui revendique sa fibre écologique (ardent défenseur de dame nature) rêve de faire des spectacles d’humour dans les différentes universités sénégalaises. Le titre est déjà tout trouvé : « Retour à l’université », pour expliquer aux étudiants la science par le rire. Enfin, Boucar Diouf souhaite créer une fondation pour la promotion de l’éducation à Fatick. Comme pour rendre tout ce qu’il a reçu de son pays et de sa ville natale.

Par Aminata SOW, correspondante à Montréal

« Les grands événements se produisent toujours deux fois, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce », disait Karl Marx.
Les récents évènements en Gambie vont dans le sens d’une confirmation des propos de Marx. Le coup de force de juillet 1994 ayant placé Yahya Jammeh à la tête de la Gambie a généré son lot de tragédies personnelles et collectives. Vingt-deux ans et d’innombrables tragédies plus tard, son dernier coup de force constitue une de ses grandes farces politico-militaires dont certains « officiers africains » ont la science. N’eussent été les dynamiques géostratégiques, sociales et économiques en interactions, la volte-face du président Jammeh aurait prêté à sourire, voire rire. Mais, l’incertitude qu’elle fait naître et la nature des enjeux rendent les larmes plus appropriées. Après les évènements de 1989 et la guerre de Bissau de 1998, le Sénégal est, de nouveau, confronté à un défi sécuritaire majeur à ses frontières. L’histoire et la géographie lui imposent d’adopter une position de leadership et de responsabilité. Responsabilité vis-à-vis de la diaspora sénégalaise en Gambie. Cette responsabilité de protéger et, si nécessaire, d’exfiltrer et d’accueillir tout membre de cette diaspora en cas de situation chaotique. Elle fut déléguée à des puissances étrangères en 1989. Certes, avec efficacité, mais aussi avec une certaine légèreté. Il y a une responsabilité vis-à-vis de l’histoire. Cette responsabilité d’anticiper, aujourd’hui et maintenant, sur le recyclage des faucons du régime Jammeh et des combattants du Mfdc à leur solde. Le président Jammeh et son régime n’étant pas éternels, le problème se posera aujourd’hui ou demain. C’est juste une question de temps. L’exemple des Touaregs maliens (dont le colonel Kadhafi était le mentor) suffit pour exiger des autorités sénégalaises pragmatisme et lucidité sur cette problématique. La responsabilité étatique ne doit cependant pas occulter le réalisme économique. Ce réalisme économique qui veut que le déficit organisationnel et logistique du Sénégal de 1989 soit perceptible en 2016. Ce réalisme économique qui veut que la Casamance et le Sine-Saloum, moteurs de l’agriculture et du tourisme sénégalais, ne soient pas en mesure d’absorber sans coup férir les coûts sociaux et économiques d’une instabilité démographique, politique et sociale en Gambie voisine. Ce réalisme économique qui, préférant le patriotisme au nationalisme, doit pousser à se poser la question, à savoir si le Sénégal dispose, en réalité, les moyens de ses ambitions (déclarées ou non) face au coup de force de Jammeh. Répondre à cette question, c’est, en un sens, écrire l’Histoire. Cette Histoire que l’on fait ou que l’on subit, et que Jammeh, pour l’instant, a choisi d’écrire, de manière unilatérale, pour la Sénégambie.

Papa Abdoulaye DIOP
Enseignant-chercheur à l’Université Le Havre

Les prières
Chaque samedi soir, une partie de la communauté sénégalaise de Johannesburg se réunie pour célébrer le guide religieux Serigne Touba. Cette coupure permet à tous de se retrouver avant d’entamer une nouvelle semaine de travail. Telle une soirée, une fête, ou une cérémonie, ce rendez-vous spécial tombe un samedi ; ce qui permet à nombreux d’être présents. C’est dans le quartier de Bez Valley que ces réunions religieuses se tiennent. Les croyants ont, eux-mêmes, investi dans une maison afin de pouvoir se retrouver. Les prières commencent à partir de 20h30. Les femmes et les enfants peuvent assister aux prières, mais pas y participer. Certains hommes prient assis, d’autres, au centre de la pièce principale, récitent leurs prières debout tout en marchant en cercle. Après une heure de récitation, la mélodie et le volume sonore ne font qu’augmenter.
La réception
Aux alentours de 23h, les participants qui restent peuvent se restaurer. Dans une maison voisine, située à 5 minutes à pied du lieu de prières, des femmes ont préparé un copieux repas à partager. C’est dans la cour intérieure, peu éclairée, que se tient la réception. Une fois encore, les femmes et les hommes sont séparés. Chacun mange de son côté. Au menu, ce soir, ce sont des pâtes au bœuf, accompagnées d’une sauce qui s’apparente à celle du «yassa». L’atmosphère est légère et chaleureuse, comme si une petite part du Sénégal avait voyagé jusqu’en Afrique du Sud.
 
Texte et photographies par Cora Portais

C’est sénégalais, pardi !

24 Nov 2016
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Du « moulay thieuguine » agrémenté par la « danse du ventilateur » lors d’une soirée sénégalaise, au début des années 2000, dans une cité universitaire en Normandie, où se sont incrustés dandy d’âge mur, rombières à la poursuite de leur jeunesse passée et vieux étudiants déjà nostalgiques. Pour le jeune étudiant néophyte, la scène semble surréaliste. Elle rappelle les contorsions corporelles qui soulevaient foule et poussière malgré le sol aspergé d’eau, par précaution, dans les « Coladeira » près de deux décennies plus tôt. 

On est au-delà du quart d’heure de rétro dans une soirée. Le passé fait tendance. « Le temps s’est arrêté ». Tarte à la crème sous d’autres cieux, l’expression évoque les effets du voyage avec son corollaire de repli sur soi d’une bonne partie de la diaspora. Pour de nombreux Sénégalais établis à l’étranger, le temps s’est définitivement arrêté le jour de leur départ du pays natal.

Comme figé à l’étranger, l’horloge continue à tourner au Sénégal. Ainsi, les diasporas sénégalaises sont atteintes du syndrome de la voiture (ou du train) d’à côté : c’est une sorte d’illusion qui arrive quand on est dans une voiture (un train ou un bus) à l’arrêt. On a l’impression de bouger quand la voiture, également arrêtée dans l’autre sens, se met en mouvement. A l’étranger, nous avons l’impression d’accompagner les avancées et mouvements du Sénégal. Illusion ! Généralement actifs dans l’économie de leur pays, progressistes au niveau des idées, du savoir-faire et de l’expérience, nous, membres de la diaspora, sommes parfois coupables de ce que nous sommes… pardon, de ce que nous étions. Dans nos sociétés traditionnelles, le voyage a toujours été source d’enrichissement à travers l’ouverture aux autres. Mais bizarrement, il n’est pas rare que la chienlit soit au rendez-vous des rencontres de la diaspora. Elle prend les contours de querelles manifestement marquées par un repli sur soi avec des divergences sur la langue à utiliser : « Pourquoi parler wolof ? » « Pourquoi le Pulaar est à la mode depuis mars 2012 ? »

« Et nous les Soninkés, toujours minoritaires ? »… Pour finalement finir par tenir les discours en français. Histoire de ne choquer personne. Et c’est très logique, bien sûr.

Par Moussa DIOP

« En politique, une absurdité n’est pas un obstacle ». Et si Napoléon Bonaparte avait raison. Autant il m’est certain que l’on ne puisse classer Bonaparte parmi les brillants esprits ayant révolutionné l’histoire de la pensée, autant il m’est sûr que sa réflexion politique mérite de figurer au panthéon du réalisme politique. La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, en dépit de toute « bien-pensance », me conforte dans cette conviction. Après s’être frotté les yeux, frottons nous à la réalité et faisons preuve de réalisme. La lucidité nous impose de reconnaître que la radicalité identitaire et le protectionnisme économique progressent dans les sociétés occidentales. Le système sera-t-il assez résilient pour faire face ? Rien n’est moins sûr. Cette incertitude appelle de la part de notre élite politique à un changement total de paradigme dans l’élaboration de nos rapports avec les autres parties du monde. Le dilemme est simple en réalité : notre classe dirigeante continuera-t-elle dans le lyrisme creux et ignorant qu'elle propose face aux mutations dans les autres parties du monde ? Ou fera-t-elle preuve d'anticipations adaptatrices en comprenant qu'on ne résout pas des problèmes du 21ème siècle avec des solutions du 20ème siècle ?

Comprendre que les rapports de force à l’échelle planétaire changent et que le centre de gravité du monde se déplace vers l’Océan pacifique. Comprendre que sous-traiter la défense de ses institutions et de ses territoires à des dispositifs étrangers (au continent), dans un monde où les nationalismes hors du continent sont exacerbés, est une preuve de légèreté. Légèreté qui est source de faiblesse. Faiblesse qui, selon Aleksander Wat, est un appel aux barbares. Comprendre, enfin, que le modèle économique dominant du 21ème siècle sera celui de la préférence nationale et que l’achèvement politique des processus d’intégration économique, notamment sous-régionale, est un préalable nécessaire afin de bénéficier d’une taille économique optimale permettant de relever les défis commerciaux et économiques imposés par les mastodontes économiques. Comprendre les défis géostratégiques, sécuritaires et économiques que la marche du monde nous impose à réagir en conséquence, c’est offrir, pour une fois, à nos populations les moyens d’être prêtes à réussir dans un monde où tout est fait pour qu’elles échouent.

*Docteur en Economie
Enseignant/chercheur à l’Université du Havre (France)

Le Japon est un pays qui a fait face à de nombreuses tragédies allant des catastrophes naturelles comme les tremblements de terre et tsunamis à celles humaines avec la seconde guerre mondiale. Son potentiel à se remettre sur pied peut faire cas d’école.

Le pays du Soleil levant force le respect par son aptitude à toujours surmonter les défis géographique et physique qui se posent à lui. Pourtant, c’est l’un des rares pays au sein duquel toutes les formes de calamités naturelles existent.

Catastrophes
Le Japon est secoué régulièrement par des tremblements de terre.
Un mémorial est dédié à celui qui a dévasté la région du Kanto en 1923. Pour rappel, le Kanto est l'entité géographique qui se trouve dans la partie principale de l’archipel japonais. Il réunit les préfectures de Gunma, Tochigi, Ibaraki, Saitama, Tokyo, Chiba et  Kanagawa. Ces secousses avaient occasionné des incendies au lourd bilan avec près de 130.000 victimes, en plus d’importants dégâts matériels, selon une étude de Mai Denawa menée sous l'autorité du département d’Histoire de Brown University aux Etats-Unis. En août 1945, le monde assiste, avec effroi, aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Le 11 mars 2011, il y a eu un tremblement de terre à Fukushima, suivi d’un raz-de-marée sans précédent qui a provoqué un désastre humanitaire avec son lot de victimes (près de  18.000 morts et disparus), en plus des dégâts écologiques majeurs au niveau des centrales nucléaires de la ville.

Source de résilience
Pour chacune de ces catastrophes, les commémorations ont été des moments très importants pour les Japonais. Au delà du côté symbolique, le secteur de l’éducation a un rôle important dans la gestion de la mémoire des événements. Des institutions universitaires et de recherche ont alloué une partie de leurs ressources à des travaux sur ces événements. Des ingénieurs et techniciens ont présenté des expositions sur des solutions technologiques.

Les institutions scolaires font des sorties pédagogiques sur les lieux de drame. Les survivants sont des témoins qui donnent vie aux faits par les mots. Des activités de mobilisation communautaire ont lieu un peu partout pour contribuer à l’effort de reconstruction. Le volontariat a connu une véritable progression lors des événements de mars 2011. Mieux, des slogans et des messages de soutien sont distillés un peu partout pour montrer que la tragédie a été une opportunité d’union et de force pour la société nipponne. En réalité, la force d’un peuple va de pair avec sa capacité à s’enraciner dans sa culture pour bien comprendre le passé afin d’interroger le présent pour mieux aborder son avenir. La capacité de résilience d’un peuple ne peut se mesurer que via ces types de jalons qui sont à la base du ciment social d’une nation.

Au Japon, chaque tragédie est un moyen de montrer l’unité et le sens patriotique de la Nation.

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Les noms de rues de Gorée en question
Il y a des exceptions comme la rue des Bambaras, celle de Castel… Mais l’essentiel des noms de rues de Gorée renvoie à la colonisation et à des personnages y ayant joué un « rôle positif » pour la France. Ce que les visiteurs, notamment ceux de la diaspora, ne comprennent toujours pas. Cet été, la remarque d’un étudiant sénégalais en Lettres Modernes à Paris, visitant Gorée, symbolisait cette incompréhension : « C’est dommage ! Quand on arrive sur une île chargée d’histoire douloureuse et de mémoire, il y a mieux que d’être « accueilli » par un bâtiment qui porte le nom du chevalier de Boufflers (Ndlr, ancien gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée au 18ème siècle) ». Un hôtel aux couleurs rouges vives portant ce nom se dresse en face du lieu de départs et des arrivées de bateaux faisant la navette avec l’embarcadère de Dakar.

Ne pas cacher les stigmates
« Il y a quelques années, nous avions eu ce débat, reconnaît Augustin Senghor, le maire de Gorée. Les noms de rues sont ceux de militaires français ou des répliques de noms de rues parisiennes ».

Ce « débat » avait abouti à la conclusion que « la traite négrière et la colonisation font partie de l’histoire de l’île. Enlever ces noms de rues, c’est enlever cette histoire même si elle a été violente et répréhensible ». L’édile de Gorée pense que c’est une manière de lutter contre ce qu’il s’est passé sur l’île. « Nous ne devons pas cacher les stigmates de la traite négrière ou du colonialisme. Chaque fois que les gens verront ces noms, ils comprendront que c’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire ». Donc, de la résilience, puis de la mémoire. Ce sont les thèmes centraux du Gorée diaspora festival, 8ème édition. « C’est un retour vers le passé pour lancer un appel à la diaspora noire (Usa, l’Amérique du Sud, les Caraïbes, mais c’est aussi l’Europe) issue de la traite négrière », confie Augustin Senghor, également président du Gorée diaspora festival. L’île de Gorée constitue le symbole de la traite négrière.

« Nous avons voulu, par le truchement de la mémoire, utiliser ce passé trouble et triste pour appeler la communion des frères de la diaspora qui doivent revenir aux sources. A travers ce retour dans le passé, nous souhaitons nous retrouver et chanter un nouvel hymne d’espoir et de paix ».

Plus attentif à la diaspora
Classé patrimoine mondial de l’humanité, symbole de la traite des Noirs, mais aussi patrimoine culturel, Gorée est le réceptacle d’une mémoire à partir de laquelle se développe un tourisme culturel et durable. « Il y a une baisse des visites ces dernières années qui tourne autour de 200 à 300.000 par an, alors qu’on en avait le double », renseigne M. Senghor, selon qui Gorée se tourne également « vers les autres qui ne font pas partie de la diaspora. La traite négrière est l’histoire du monde entier ».
Lors du festival, trois plaques symbolisant des pèlerins de la mémoire pour la paix seront dévoilées : Obama, Mandela et Jean Paul 2.

Il est également prévu un hommage à Houphouët-Boigny qui a étudié sur l’île. « A Gorée, on ne vient pas seulement en villégiature, on vient pour communier avec les ancêtres esclaves mais aussi transmettre un message de paix au monde entier ».

CONSERVATEUR DE LA MAISON DES ESCLAVES DE GORÉE : ELOI COLY, LA VOIE DU MAÎTRE
Il porte l’héritage de feu Joseph Ndiaye, notamment la Maison des esclaves. Actuel conservateur du site, Eloi Coly suit la voie tracée par le « père » auprès de qui il a passé vingt quatre bonnes années. Une voie qui consisterait à replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les vérités aléatoires sur le rôle que cette dernière a joué dans la traite transatlantique.
Presque la même intonation vocale, la même conviction, le même idéal. Ce qui les différencie, l’âge et le cursus. S’il n’est pas le fils biologique, il n’en est pas moins l’héritier. Joseph Ndiaye, Eloi Coly, un conservateur en engendre un autre.

D’ailleurs, on peut définir le second comme le continuateur du premier.
Dans son bureau, patrimoine matériel d’un passé esclavagiste, rien ne se perd. Tout ce qui a trait à la honteuse traite se conserve. Souci d’une authenticité ? Ou nostalgie d’un passé ? Comme son prédécesseur, Eloi Coly fait de la préservation de la mémoire un idéal, un devoir.
Gestionnaire du site de Gorée, patrimoine mondial, il est venu à une époque où l’autorité anticipait le départ du doyen. Le jeune Eloi est envoyé au près du « grand homme », comme il le nomme.

Au début, Joseph Ndiaye voyait en lui celui qui allait le pousser vers la sortie. « Ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas partir, mais c’était une marque de son attachement à la Maison des esclaves, nuance-t-il. Aujourd’hui, je sais ce qu’il avait ressenti à cette époque ». Devenu également très amoureux de ce lieu qui, pour certains, notamment ceux de la diaspora, devraient être un sanctuaire de repentances, il s’y attache de plus en plus. En effet, il ne voit plus les années ni les heures passées. Son seul objectif, replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les polémiques, voire les vérités aléatoires, sur sa place dans la traite négrière.

Il est 20 heures passées en une douce soirée de vendredi, Eloi Coly est encore au travail. Il est seul dans ce lieu rempli d’histoire où les fantômes des âmes malmenées du fait de leur identité noire y demeurent peut-être encore en entendant recueillements et prières. L’homme est conscient de la grande mission qui lui est assignée, notamment préserver la mémoire. Ce qui suppose une bonne compréhension des mécanismes qui ont conduit à cet état de fait afin de faire une lecture contemporaine de l’histoire.

Un parcours particulier
Au début, il était destiné au théâtre. Ceux qui l’ont vu sur les planches du Théâtre national Sorano, lui traçaient un destin d’artiste-comédien. Dans cet univers, il a eu à participer à beaucoup de productions à l’instar de Café littéraire, une émission de la Rts qui faisait la promotion de la lecture. Par un heureux concours de circonstance, le ministère de la Culture l’avait engagé pour le mettre à la disposition de l’Education nationale. Onze ans au lycée Blaise Diagne, il est rappelé plus tard dans celui de la Culture pour un poste à la Maison des esclaves. Entre temps, un renforcement de capacités pour avoir une spécialisation en Arts du spectacle et Techniques de diffusion. De passage à l’Ecole nationale d’architecture et des arts visuels et à l’Institut des arts de diffusion (Iad) de Bruxelles, il en sort outillé. Une formation pluridisciplinaire qui a facilité son intégration au site historique.

Dans un contexte d’éparpillement des fils d’Afrique qui ont perdu l’estime d’eux, en s’offrant à une nouvelle forme d’esclavage avec les bateaux de migrants sur les côtes occidentales, Eloi Coly se veut gardien de la mémoire. En effet, il veut reconstruire le discours de plus en plus tronqué pour réconcilier l’Afrique avec ses fils établis dans la diaspora. Trente deux années passées à la Maison des esclaves, ce combat commence à porter ses fruits. La traite négrière est depuis inscrite au programme national. En effet, il est fait obligation aux enseignants de conduire leurs élèves à la Maison des esclaves, en complément de l’enseignement dispensé dans les classes. Car, selon lui, tout passera par l’éducation. Aujourd’hui, le site doit être réhabilité tout en gardant son authenticité. Enfin, le couronnement de vingt quatre années de compagnonnage avec Joseph Ndiaye, mu par une seule ambition : rétablir la vérité pour situer les responsabilités dans le but d’aller vers la réconciliation et le pardon.

Marame Coumba SECK

LA MAISON DES ESCLAVES : LA MÉMOIRE RÉHABILITÉE
C’est un site qui offre un point de vue différent des récits traditionnels sur la traite négrière. Autrefois une maison privée qui servait de cellule de détentions avant un départ vers les Amériques, la Maison des esclaves est, aujourd’hui, un patrimoine matériel mondial. Membre fondateur de la Coalition internationale des sites de conscience, elle a bénéficié d’un financement de la Fondation Ford et du ministère de la Culture pour être réhabilitée.

En tant que destination internationale, la Maison des esclaves est un passage obligé des trois quart de touristes du monde entier qui se rendent au Sénégal.

Des milliers d’élèves et étudiants y effectuent des visites pédagogiques, en complément des enseignements dispensés dans les classes. Désormais, le site peine de plus en plus à satisfaire les besoins de ce public international, national et local. Ainsi, en mars 2015, une mission de consultation a été financée par la Fondation Ford à travers la Coalisation internationale des sites de conscience.

Ce projet, qui a consisté à faire une évaluation de l’état physique et de l’architecture historique de la Maison des esclaves, avait débouché sur un programme de revitalisation du site. Lequel est étendu sur trois ans et vise à faire du site un centre international de recherche dans divers sujets liés à la liberté, à la migration et à l’esclavage. Dans ce projet d’élargissement, le ministère de la Culture a doté le site d’un bâtiment adjacent, notamment la maison d’Albis. Cet espace supplémentaire, selon le conservateur de la Maison des esclaves, Eloi Coly, va permettre d’optimiser le flux de visiteurs.

Estimé à un milliard trois cents millions de FCfa, ce projet de réhabilitation coûtera à l’Etat du Sénégal huit cents millions de FCfa. Le reste du financement sera pris en charge par la Fondation Ford.

Dossier réalisé par Moussa DIOP et Marame Coumba SECK

« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ». La réflexion de Nietzsche s’applique à ceux qui s’entourent d’une auréole de poncifs énoncés de manière péremptoire qu’ils veulent véridiques. Comme déclarer « tout de go » que les immigrés « ne se hisseront jamais au sommet » de leur pays d’accueil. C’est une conviction, pas la vérité. Et cela ne fait pas très sérieux.

Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Il suffit d’ouvrir les yeux. Au delà des clichés, la diaspora sénégalaise aux Etats-Unis est fière d’avoir des professeurs issus de leur pays d’origine dans les grandes universités d’Outre-Atlantique à côté des braves gens anonymes qui s’en sortent au quotidien. En France, un tour à la Défense, le quartier des affaires de Paris, aux heures de pause, permet souvent d’entendre parler wolof, pulaar ou soninké, aux pieds des immeubles.

L’ensemble des pages de ce journal ne suffirait pas à lister ceux qui occupent des postes de responsabilité dans leurs pays d’accueil.

Donc, « Echec de l’immigration à la sénégalaise », titre choc d’un texte (on ne peut qualifier le genre), paru dans la presse en ligne, joue son rôle de provocateur et devient un vrai « piège à click ». L’ennui, c’est qu’il est un faux sermon de vérité. « Immigration à la sénégalaise ? » Fumisterie. Je parlerai d’immigration sénégalaise. Et ce n’est pas la seule incompréhension. Il faut s’agripper sur sa chaise pour ne pas tomber quand on y lit : « La vaste (sic) majorité des immigrés sénégalais est sans-papiers, clandestine. Ils sont rentrés par effraction ou en visiteurs occasionnels et ont décidé de rentrer sans être régularisés, avec tout ce que cela comporte comme contrainte en mouvements et opportunités ». Oui, le phénomène existe, mais on ne peut pas parler de « vaste majorité ». Avancer de tels propos, c’est ignorer que l’immigration sénégalaise en France (pays où ils sont le plus présents) fait partie des 40% de l’immigration familiale qui entre régulièrement dans ce pays par an. Par exemple, il y a eu 210.000 entrées d’étrangers en France en 2014 parmi lesquels 92.000 le sont pour des raisons familiales. Les étudiants composent 65.000 de ces entrées annuelles. En dehors de la France, les entrées irrégulières existent aussi mais sont, aujourd’hui, de moins en moins possibles.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Après avoir dénoncé, avec un dédain de haut « casté » social, ceux qui n’ont pas d’autres choix que les petits boulots, je trouve que c’est courageux d’en faire, l’auteur poursuit dans son chemin mal éclairé : « Les Sénégalais ne visent pas le meilleur des pays où ils sont : ils ne sont pas industriels, propriétaires de restaurants ou de magasins, d’usines de fabrication, de tours, de services à haute valeur ajoutée ou tout autre symbole industriel et moderne ». C’est d’abord méconnaitre ce qu’est une diaspora. C’est également ignorer qu’à Paris un grand couturier sénégalais a réussi à hisser son entreprise à un haut rang dans l’estime et la production ; l’une des plus grandes poissonneries du 18ème arrondissement appartient à des Sénégalais ; les restos africains les plus prisés de la capitale française sont sénégalais et gérés par des Sénégalais. Ailleurs qu’en France, à Milan, à coté de la Piazza Lima, un restaurant sénégalais fait légion, des associations sénégalaises ont apporté une aide financière aux populations italiennes durement touchées par le séisme en août 2016.

A Bruxelles, le « Dakar », une institution culinaire gérée par un jeune sénégalais dans le quartier de Matongué, accueille une clientèle diversifiée. Le foisonnement digital de jeunes Sénégalais de la diaspora avec leur start-up est au cœur de l’économie nouvelle.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Elle a certes besoin d’être plus organisée à travers de vraies structures utiles. Les coquilles vides actuelles ne nous permettent pas de mieux peser sur la Soft Power, par exemple. Pour cela, il faudra s’inspirer de ce que la diaspora indienne a réussi à travers des associations comme la Global Organisation of People of Indian Origin (Gopio) basée à New York, entre autres. Le Gopio a grandement pesé pour l’obtention de l’Inde d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu et la reconnaissance du hindi comme l’une des langues officielles des Nations unies.

Méfions-nous des convictions et crevons les évidences.

• Par Moussa DIOP

C’est une lapalissade que d’évoquer la cherté des billets d’avion vers le Sénégal. C’est un sujet qui déclenche le courroux de tous les usagers du transport aérien, en premier les Sénégalais de l’extérieur. Les nombreuses taxes aéroportuaires sont pointées du doigt.

INDIGNATION COLLECTIVE DE LA DIASPORA
Ses yeux de Chimène sont d’un coup voilés par la désillusion. Amorphe, Goumba s’enfonce un peu plus dans sa chaise. Il faut qu’il débourse 954 euros pour disposer d’un billet d’avion Paris-Dakar en juin. Le jeune père risque de rater le baptême de son nouveau-né au Sénégal, trois jours plus tard.

Devant son désespoir, Goumba, jeune quadra sénégalais, installé à Paris depuis 2003, voit l’horizon se refermer sur l’image de couleurs bariolées des tenues neuves pour le baptême de son fils, dans les rues sablonneux de Diacksao où vit sa famille. Quand soudain l’éclaircie arrive. « Vous savez que c’est possible de payer en trois ou quatre fois », glisse, d’un ton réconfortant, le chef de cette agence du 11ème arrondissement de Paris. « Ce système a été mis en place pour des personnes qui sont dans l’urgence d’un départ vers le pays d’origine, par exemple, et qui n’ont pas forcément les moyens de payer un billet d’avion au prix souvent cher ». Pour en bénéficier, il faut des garanties solides et un léger pourcentage supplémentaire qui s’ajoute au prix du billet. Comparés aux Maghrébins, Ivoiriens ou Maliens, les prix des billets d’avion vers le Sénégal sont très élevés. Cependant, le système D et les prévisions de longue date semblent être les solutions.

Terminal Sud de l’aéroport d’Orly de Paris, en plein mois d’août. Si l’incompréhension du moment porte sur le déplacement de la zone d’embarcation à cinq minutes à pied, le courroux des Sénégalais porte également sur le prix des billets d’avion. « J’ai payé le mien un peu moins de 600 euros, mais il y a près de deux mois », informe un passager sénégalais « pressé » de rejoindre sa famille à Dakar. « Nous avons payé près de 3.000 euros », affirme un couple franco-sénégalais, accompagné de leurs deux enfants », en route pour les vacances au Sénégal. Il y en a qui s’en sorte mieux que les autres. « Mon billet m’a couté moins de 500 euros, mais je l’ai pris il y a plus de cinq mois. C’est ce qu’il faut faire », conseille une jeune retraitée de la fonction publique française. Le discours est identique à la zone 13 du Terminal 2E de l’aéroport Charles de Gaulle de Roissy à Paris.

File aeroportA quelques jours de la Tabaski (début septembre), la sociologie des passagers sénégalais n’est plus la même. Contrairement à juillet et août, on voit moins de grandes familles (avec enfants) en partance pour Dakar. Rentrée scolaire oblige. Mais cela n’a pas d’incidence sur le prix du billet d’avion. « Expliquez-moi comment un billet Paris-Dakar peut être cinq fois plus cher qu’un Paris-Casablanca ? Il faut m’expliquer », s’emporte presque Bintou, la trentaine, qui n’a « pas passé la Tabaski au Sénégal depuis ses 18 ans ». Sa colère se déverse sans retenue y compris sur la mise en place d’une haie de bambous au lieu d’enregistrement des passagers vers Dakar. « C’est un manque de respect supplémentaire. Pour les vols vers les pays arabes, l’Asie ou les Amériques, il y a des standards modernes avec des bornes d’enregistrements et des aller et retours libres de passagers et de leurs accompagnateurs. Pour aller en Afrique, ils nous ont mis une « haie de bambous ». Un constat partagé par beaucoup de passagers qui n’avaient pas forcément fait attention à la délicate décoration intérieure spécifique à la zone. Ce qui chauffe un peu plus les esprits.

Sous le soleil bleu lombard, on n’en est pas encore à cet état d’agitation. L’aéroport Malpensa de Milan (Italie) n’est pas à la hauteur de la réputation de cette cité de la mode. Mais malgré son caractère austère et un peu vieillot, on peut s’y émouvoir. Notamment quand une Jaguar vintage est transformée en taxi.

Son chauffeur ressuscite le stéréotype du play-boy italien : cheveux gominés, chemise ouverte, chainette en or autour du cou, et si prompt à en découdre quand on croise de trop près son regard. Au beau milieu de ce duel globuleux entre quatre yeux, un ange passe. Il prend la forme d’un véhicule du Consulat du Sénégal à Milan. Le chauffeur sénégalais est confronté au prix « cher » des billets d’avion. « Et en plus, il est très rare d’avoir un vol direct. Pour partir au Sénégal, beaucoup font escale en France ou en Belgique ». A la mythique place Loreto, au cœur de Milan, Omar ne dit pas autre chose. Le jeune homme a déjà acheté son billet d’avion pour ses vacances au Sénégal en décembre. Amary en est encore loin. Il fulmine de colère comme le volcan Vésuve le fait au dessus de sa tête depuis bientôt deux décennies. « Je suis arrivé à Naples en 1997, informe le vieux immigré qui a dépassé la cinquantaine. Cela fait trois ans que je ne suis pas reparti au Sénégal. A cause de la crise et du chômage, c’est difficile d’épargner pour un billet d’avion tout en continuant à assurer ses besoins et celles de la famille au pays ».

Les rares Sénégalais rencontrés à l’aéroport Capodichino, placé sur les hauteurs de Naples, en partance pour Dakar, savourent le prix de leur sacrifice pour retrouver leur famille.

DESTINATION SÉNÉGAL : POURQUOI LES BILLETS D’AVION SONT SI CHERS
Destination SnQuand les taxes aéroportuaires sont de 86.800 FCfa d’Abidjan vers Paris Orly, elles sont de 94.700 FCfa de Dakar vers le même aéroport parisien.

Selon ces chiffres fournis par Corsair, il y aurait une différence de près de 8.000 FCfa entre les deux capitales ouest africaines les plus fréquentées.

Sur un trajet Paris-Dakar, une compagnie aérienne fixe le prix du billet d’avion à 180 euros, alors que toutes taxes comprises, il s’élève finalement à 630 euros. A ces taxes aéroportuaires s’ajoutent d’autres taxes et éléments qui composent un billet d’avion.

Parce qu’il y a de la complexité
Le calcul du prix d’un billet d’avion est très complexe. Le sésame qui permet de prendre l’air est composé de deux principaux éléments qui sont, d’une part, le tarif aérien et, d’autre part, les taxes et redevances. C’est la somme de ces deux éléments que le « Yield Management » (voir par page 4) utilise à travers un savant dosage d’algorithmes pour fixer le prix des billets d’avion pour chaque compagnie aérienne.
 
Parce qu’il y a des dépenses
Le tarif aérien est composé du tarif hors taxes et de ce qu’on appelle la « surcharge carburant » qui représente près de 40 % des dépenses des compagnies aériennes sur un vol. Les passagers sont souvent plus soumis aux répercussions des hausses du baril de pétrole qu’à ces baisses. En effet, il est rare de voir le prix du billet d’avion suivre la courbe de baisse des producteurs de pétrole.
 
Parce qu’il y a trop de taxes
Le deuxième élément qui compose le billet d’avion est l’addition des taxes et redevances. Il y a, par exemple, « la taxe de solidarité » communément appelé « Chirac », qui est un prélèvement de 40 euros à chaque passager de la classe affaire au départ de France pour alimenter un fonds d’aide aux pays en développement. Pour spécifiquement Dakar, le Sénégal avait mis en place, depuis 2007, la Rdia, une taxe pour financer l’aéroport international Blaise Diagne. Un passager voyageant en classe économique débourse « 72.800 FCfa de taxes qui dépendent de l’Etat sénégalais et seulement 33.700 FCfa pour la France », informait Ibra Birane Wane, un expert en transport aérien, dans une interview de nos confrères de L’As en mars 2015. L’abandon de la taxe dite Rdia permettrait au Sénégal de se situer au niveau de la France et des autres pays de l’Uemoa en matière de taxes aéroportuaires.

FACE-À-FACE CORSAIR - AIR FRANCE : LA BATAILLE DE DAKAR
En 2016, Air France fête ses 80 ans de présence au Sénégal. Dakar fait partie des tout premiers marchés africains pour la compagnie française. La capitale sénégalaise est reliée à Paris, de manière quotidienne, par Boeing 777 – 200 équipé de 270 sièges. Elle met en avant son expérience et la qualité de son service. Quant à Corsair, avec plus de 35 ans d’existence, elle dessert en vol régulier l’axe Paris-Dakar depuis novembre 2012 alors qu’elle est présente au Sénégal depuis 1993. Pour faire face à la concurrence, Corsair mise sur « un meilleur rapport qualité/prix » en combattant « le monopole et la vie chère ». Les deux compagnies assurent une grande partie des vols réguliers vers le Sénégal. Elles s’expliquent sur les prix élevés des billets d’avion.

Antoine Huet, Directeur adjoint de Corsair : « Il faut une politique plus incitative pour réduire les taxes aéroportuaires »
A Huet corsairLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Antoine Huet : Je suis un peu surpris par votre expression « très chers », car depuis que Corsair a ouvert la destination Sénégal, nous avons constaté que les tarifs ont baissé en moyenne de 30 %. Ce qui a permis d’augmenter sur cette ligne l’ensemble du trafic de 50%. Ce sont les résultats d’une étude sur l’ensemble des tarifs émis au Bfp, les systèmes communs des agents de voyage sur le marché français. L’étude est constatée pour un organisme officiel sur le prix moyen de vente du (billet d’avion, Ndlr) Paris-Dakar entre novembre 2012 et 2015. La moyenne de tous ces tarifs a baissé de 30%.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne faites-vous pas d’offres pour les familles nombreuses ou pour les étudiants ?
Nous n’avons pas d’offres pour les familles nombreuses en tant que tel. En revanche, nous avons des tarifs pour jeune et sénior. Par exemple, en dehors des tarifs promotionnels, toute l’année, nous leur proposons des prix abordables avec possibilités de modifier les dates. Pour les étudiants au départ du Sénégal, nous avons un tarif de 408.300 FCfa Ttc avec modification, en plus de deux bagages gratuits et des modifications sans frais.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne pas réduire les prix en favorisant les « low cost » ?
Cela dépend de ce vous appelez un vol « low cost ». Il faut savoir que le Sénégal est une destination long courrier. Actuellement, Corsair a une offre extrêmement compétitive qui nous permet de dire que nous avons le meilleur rapport qualité/prix. Les avions utilisés par les compagnies « low cost » (737 ou A320) ne permettent pas de desservir le Sénégal dans une manière optimum. Par exemple, pour aller au Maroc, il faut des avions mono couloir ; ce qui n’est pas le cas (pour le Sénégal, Ndlr). Il y a également le prix du carburant kérosène qui entre en compte.

Le Soleil Diaspora : Quelle stratégie et politique mettez-vous en place pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Notre stratégie est de faire un meilleur rapport qualité/prix mais aussi d’offrir notre service de fidélisation : Le Club. Il permet à toutes les personnes qui s’y inscrivent d’obtenir 10% du prix hors taxe en remise. Chez nous, ce n’est pas en « Miles » mais en euros. Il est utilisable immédiatement pour acheter de l’excédent de bagages ou un « surclassement ». Au bout de quatre allers-retours, vous obtenez le statut « Club gold » qui vous donne un certain nombre de services dont un bagage supplémentaire à chaque voyage.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je ne vous cache pas que nous avons régulièrement des contacts avec le gouvernement sénégalais pour le sensibiliser sur l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire qui est non seulement le nombre de compagnies qui la desservent, la qualité du service rendue mais aussi les taxes prélevées sur les passagers.

De ce point de vue, nous avons interpelle le gouvernement sénégalais pour qu’il ait une politique plus incitative afin de réduire les taxes aéroportuaires.

Le Soleil Diaspora : Sur un billet d’avion de 500 euros, à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires ?
Sur le tarif le plus bas, c’est-à-dire en classe économique, elles sont de 143,94 euros (Dakar). Pour la classe affaires, elles passent à 184 euros. Dans l’ensemble des taxes, il y a celles aéroportuaires sénégalaises et françaises.

Le Soleil Diaspora : Le nouvel aéroport Aibd va ouvrir dans quelques mois (avant fin 2017). Une solution pour la baisse des billets d’avion ?
C’est une possibilité. J’aurais tendance à dire que tout dépend de la politique qui sera mise en place par le gestionnaire de l’aéroport.

Avec mon expérience dans le domaine du transport aérien, je remarque que quand on construit un nouvel aéroport, il faut le rentabiliser. Par le passé, des nouveaux aéroports dans certains pays impliquaient des taxes aéroportuaires en hausse.

J’espère que ce ne sera pas le cas (au Sénégal, Ndlr) et que les concessionnaires ont bien en tête que le meilleur moyen de développer et de faire baisser les prix des billets d’avion est d’aider les compagnies aériennes qui desservent ces destinations en faisant des coût d’aéroport plus bas.

Il n’y a pas que les coût de taxes, il y a aussi les frais de grande ligne, ceux de décollage et d’atterrissage. Ils sont déterminés par l’aéroport. Il faut qu’ils soient raisonnables.

Eric Louveau, Directeur commercial du marché France : « La concurrence va dans le sens du consommateur »
Eric Louveau AFLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Eric Louveau : « Il faut rappeler d’abord que nous sommes dans un marché extrêmement concurrentiel avec des prix très « challengés ». Il y a un autre aspect important : notre concurrent, Corsair, a une politique très agressive. Ainsi, nos prix sont faits pour être compétitifs dans le marché. La liberté tarifaire et la concurrence vont dans le sens du consommateur.

Ces deux aspects nous amènent à être compétitifs toute l’année. Au-delà du prix, nous avons une attention particulière pour les communautés africaines. Air France a une politique de bagages plus généreuse, notamment sur Dakar. Le prix du billet d’avion inclut deux bagages de 23 kilos en cabine économique. Pour le reste du monde, nous sommes à une politique de bagages d’une pièce. Le deuxième élément important dans l’offre tarifaire globale est la souplesse que nous proposons sur Dakar en termes de modification avant ou après le départ. Elle n’existe pas sur d’autres destinations.

Le Soleil Diaspora : Ces éléments suffisent-ils à expliquer la cherté des billets vers le Sénégal ?
Je vous dis juste que nous avons de la concurrence directe et indirecte. Nous sommes attentifs pour capter le maximum de passagers, pour défendre notre business. Les prix sont très attractifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes toujours à la recherche du meilleur prix, de la meilleure offre tarifaire pour le client. Est-ce que Air France est bien placé, concurrentiel et compétitif sur la destination Dakar ? Je pense que c’est le cas. Depuis quelques années, nous sommes en train de gagner des parts de marché. Nous sommes également en croissance de trafic. Si nos prix n’étaient pas assez compétitifs, nous n’aurions pas ces résultats.

Le Soleil Diaspora : Quels sont ces parts de marché que vous êtes en train de grignoter ?
Ce sont des résultats que nous allons garder pour nous puisqu’ils font partie de l’information concurrentielle. Je peux juste vous dire que nous sommes en train de gagner des parts de marché plutôt que d’en perdre.

Le Soleil Diaspora : La diaspora sénégalaise s’étonne des écarts de prix entre le vol Paris-Casablanca et Paris-Dakar. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Il y a une explication logique. Dans l’aérien, chaque destination a un prix entre une origine et une destination. Les prix dépendent de la longueur des vols mais aussi de l’appareil mis en service et de la concurrence. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent et qui font qu’il est difficile de comparer une destination comme Paris-Casablanca de Paris-Dakar. Pour le premier cas, nous sommes dans une offre moyen-courrier sans prestation ou avec une prestation assez légère. Pour Paris-Dakar, nous sommes dans un avion long-courrier avec des prestations repas et autres à bord. En plus de cela, il faut rappeler que pour Casablanca, nous sommes dans un des univers les plus concurrencés au monde avec les compagnies européennes, du Moyen-Orient, de la Turquie, des Amériques, de la Chine. Nos prix sont « drivés » par la concurrence.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi n’existe-t-il pas d’offres pour les familles nombreuses et les étudiants ?
Pour les familles nombreuses, les enfants ont une réduction de 25 % et les bébés ne paient que 10% du billet chez Air France. Nous avons, tous les 15 jours, des offres promotionnelles spéciales dictées par l’environnement concurrentiel. Concernant, le deuxième élément sur la clientèle jeune, nous avons des prix compétitifs avec la possibilité de modifier des billets d’avion de manière gratuite avant ou après le départ. C’est une souplesse qui est offerte à la clientèle jeune entre 12 et 24 ans.

Le Soleil Diaspora : Et pour les hommes d’affaires qui font la navette entre Dakar et Paris…
Notre vocation est de faire voyager les clients à motif loisir, familial, touristiques ou affaires. Pour ces derniers, nous avons des tarifs attractifs en cabine affaires, premium, économique ou en économique. Ce sont des accords que nous passons entreprise par entreprise. Nous sommes extrêmement actifs sur la France, notre marché principal. Ceux qui voyagent sur l’Afrique nous connaissent et peuvent bénéficier de ces tarifs « corporate ». Pour les Pme et Pmi, il y a également un programme pour bénéficier de billets gratuits.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires mises en place au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je n’ai pas de commentaires. Nous payons les taxes qui sont appliquées dans chaque pays.

Le Soleil Diaspora : Quelles sont vos stratégies et politiques pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Nous sommes très attentifs auprès des diasporas sénégalaises et africaines. Nous avons des équipes de vente dédiées. Nous sommes au niveau des agences de voyages de ces diasporas. Nous sommes attentifs pour cibler les publicités afin de passer l’information sur nos offres. Nous sommes à leur écoute pour gagner leur préférence et leur fidélité.

« SONDAGE » LES SÉNÉGALAIS JUGENT LA CHERTÉ DES BILLETS D’AVION
Ils ont entre 17 et 77 ans.

Ils sont au nombre de 17.

Ils ont été interrogés sur plus de quatre mois, de juin à octobre, dans des aéroports en France, en Italie et au Sénégal, dans des rues de Paris, Bordeaux, Milan, Naples et Dakar, par téléphone et sur Internet.

Ce sont des cadres, ouvriers, chômeurs, retraités, étudiants et hommes et femmes d’affaires. Ils sont confrontés à la fameuse problématique du prix des billets d’avion vers le Sénégal.

Ils ont répondu à ces questions :
1 - Partez-vous souvent au Sénégal ? Si oui, à quelle fréquence ?

2 - Comment trouvez-vous le prix des billets d’avion (bas, normal, cher, assez cher, très cher, trop cher) ?

Cher à plus de 80%
Sondage avionPlus de 80% des Sénégalais de l’extérieur interrogés trouvent « assez cher » à « trop cher » le prix des billets d’avion pour rejoindre leur pays d’origine.

Cette catégorie prend l’avion au moins une fois dans l’année.

La normalité toute relative des prix des billets d’avion.

Sur les 17 personnes interrogées, seule trois trouvent le prix des billets d’avion « normal ». Parmi elles, il y a les commerçantes qui font la navette entre Dakar et une grande ville européenne (Paris et Milan, pour cet exercice). Elles sont communément appelées des Gp, parce que bénéficiant d’une gratuité partielle du prix du billet d’avion. Une jeune femme de 24 ans, Franco-Sénégalaise née et grandi en France, trouve également « normal » le prix du billet d’avion. Cependant, elle « avoue partir au Sénégal qu’une fois tous les quatre ans ».

Les solutions de la diaspora
Les Sénégalais ont recours au système D pour guetter la bonne affaire. Quand le billet d’avion Paris-Dakar coûte en moyenne 600 euros, les Sénégalais du Canada dépensent largement plus. « Avec Air France, on peut payer entre 1500 et 2000 dollars canadiens. C’est pourquoi les Sénégalais d’ici ne vont pas souvent au pays », déclare Adama Diouf, avouant ne partir au Sénégal qu’une fois tous les deux ans.

D’autres penchent pour un choix pragmatique : « Ma famille et moi choisissons la basse saison touristique pour aller au Sénégal », confie Ibra Ndiaye, Sénégalais vivant à Milan, selon qui les prix des billets d’avion sont trop chers en comparaison avec d’autres destinations. D’autres solutions émergent. Pour Doudou Sidibé, universitaire sénégalais vivant en France, « il faut diminuer les taxes sur les billets d’avion et créer une compagnie nationale ». Une idée qu’il partage avec Massamba Kane, chef d’entreprise et patron du site Senenews. « Il faut mettre en place une compagnie nationale sénégalaise durable qui roule pour le Sénégal et l’intérêt des Sénégalais avec des tarifs intéressants ».

Parmi les pistes susurrées par les interrogés, il y a celle « d’ouvrir le marché aérien sénégalais et augmenter la fréquence », selon Babacar Ndiaye. Plus de concurrence ? La famille Thior acquiesce. « Il n’y a que trois compagnies respectables/confortables qui desservent Dakar (Air France, Corsair et Brussels Airlines). Les autres, il faut prévoir une escale. Ce qui n’est pas l’idéal pour les familles et les personnes âgées, atteste la mère de famille. Ce n’est pas confortable non plus. Il y a également un risque de retard entrainant une incidence sur le deuxième vol ».

Mais tous les interrogés trouvent qu’il serait plus adéquat de diminuer les taxes aéroportuaires. « L’aéroport de Dakar n’est pas adapté pour recevoir des vols fréquents. Il suffit que deux vols arrivent en même temps, et c’est le bordel », ose-t-on du côté de la famille Thior.

CALCUL DES BILLETS D’AVION : L’UTILISATION DU « YIELD MANAGEMENT »
Aeroport ParisSelon qu’il s’agit de la Tabaski, de la Korité, des grandes vacances, des fêtes de fin d’année ou d’un attentat, les prix des billets d’avion augmentent sensiblement qu’en « temps normal ».

Le responsable de cette hausse s’appelle le « Yied Management ».

A travers un permanent et savant arbitrage entre la demande et l’offre restante, le « Yield Management » fait varier les prix des billets d’avion en améliorant et optimisant les recettes des compagnies aériennes. Ces dernières utilisent des algorithmes très sophistiqués pour anticiper au mieux la demande afin de protéger et améliorer leurs recettes.

C’est un outil qui calcule le prix des billets d’avion qu’utilisent les compagnies aériennes pour protéger et améliorer leurs recettes.

Les compagnies étrangères qui desservent Dakar et le Sénégal ont recours à cet outil stratégique et vital pour elles dans un environnement concurrentiel. Apparu dans les années 80 chez les Américains de Delta Airlines après la régularisation du transport au pays de Martin Luther King, le « Yield Management » est également appelé « revenu de management ».

Une cuisine bien maîtrisée
Le système fonctionne suivant un rythme de balancier.

Les prix sont « moyen » à « élevé » quand la demande est forte et que l’avion se remplit rapidement. Sur cette base, en période dite « creuse » ou hors saison touristique, les ventes de billets d’avion se font plus lentement et deviennent moins chers pour les avions qui décollent avec plusieurs sièges vides. Ce qui constitue des pertes. « Le meilleur remplissage d’un avion au prix le plus élevé suppose donc, entre l’ouverture des réservations et la date de départ du vol, un exercice d'ajustement permanent de l'offre restante », détaille un article paru dans la presse française.

Les regards avisés des experts du « Yield Management » ne laissent aucun détail de côté. Ils mettent en place le « Pircing » : il s’agit de répartir la cabine en différentes classes tarifaires. « Ensuite, grâce à des logiciels très sophistiqués, ils vont suivre sur une courbe l’évolution de la recette, élaborée à partir de statistiques moyennes.

Si la courbe est en avance, le vol se remplit plus rapidement que la courbe « type », les classes tarifaires les plus basses seront réduites ou fermées pour favoriser les plus chères. Inversement, si le remplissage de l’avion se fait lentement, les classes tarifaires les plus basses seront gonflées pour accélérer les réservations ».

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:00

Selon qu’il s’agit de la Tabaski, de la Korité, des grandes vacances, des fêtes de fin d’année ou d’un attentat, les prix des billets d’avion augmentent sensiblement qu’en « temps normal ».

Le responsable de cette hausse s’appelle le « Yied Management ».

A travers un permanent et savant arbitrage entre la demande et l’offre restante, le « Yield Management » fait varier les prix des billets d’avion en améliorant et optimisant les recettes des compagnies aériennes. Ces dernières utilisent des algorithmes très sophistiqués pour anticiper au mieux la demande afin de protéger et améliorer leurs recettes.

C’est un outil qui calcule le prix des billets d’avion qu’utilisent les compagnies aériennes pour protéger et améliorer leurs recettes.

Les compagnies étrangères qui desservent Dakar et le Sénégal ont recours à cet outil stratégique et vital pour elles dans un environnement concurrentiel. Apparu dans les années 80 chez les Américains de Delta Airlines après la régularisation du transport au pays de Martin Luther King, le « Yield Management » est également appelé « revenu de management ».

Une cuisine bien maîtrisée
Le système fonctionne suivant un rythme de balancier.

Les prix sont « moyen » à « élevé » quand la demande est forte et que l’avion se remplit rapidement. Sur cette base, en période dite « creuse » ou hors saison touristique, les ventes de billets d’avion se font plus lentement et deviennent moins chers pour les avions qui décollent avec plusieurs sièges vides. Ce qui constitue des pertes. « Le meilleur remplissage d’un avion au prix le plus élevé suppose donc, entre l’ouverture des réservations et la date de départ du vol, un exercice d'ajustement permanent de l'offre restante », détaille un article paru dans la presse française.

Les regards avisés des experts du « Yield Management » ne laissent aucun détail de côté. Ils mettent en place le « Pircing » : il s’agit de répartir la cabine en différentes classes tarifaires. « Ensuite, grâce à des logiciels très sophistiqués, ils vont suivre sur une courbe l’évolution de la recette, élaborée à partir de statistiques moyennes.

Si la courbe est en avance, le vol se remplit plus rapidement que la courbe « type », les classes tarifaires les plus basses seront réduites ou fermées pour favoriser les plus chères. Inversement, si le remplissage de l’avion se fait lentement, les classes tarifaires les plus basses seront gonflées pour accélérer les réservations ».

Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:03

Ils ont entre 17 et 77 ans.

Ils sont au nombre de 17.

Ils ont été interrogés sur plus de quatre mois, de juin à octobre, dans des aéroports en France, en Italie et au Sénégal, dans des rues de Paris, Bordeaux, Milan, Naples et Dakar, par téléphone et sur Internet.

Ce sont des cadres, ouvriers, chômeurs, retraités, étudiants et hommes et femmes d’affaires. Ils sont confrontés à la fameuse problématique du prix des billets d’avion vers le Sénégal.

Ils ont répondu à ces questions :
1 - Partez-vous souvent au Sénégal ? Si oui, à quelle fréquence ?

2 - Comment trouvez-vous le prix des billets d’avion (bas, normal, cher, assez cher, très cher, trop cher) ?

Cher à plus de 80%
Plus de 80% des Sénégalais de l’extérieur interrogés trouvent « assez cher » à « trop cher » le prix des billets d’avion pour rejoindre leur pays d’origine.

Cette catégorie prend l’avion au moins une fois dans l’année.

La normalité toute relative des prix des billets d’avion.

Sur les 17 personnes interrogées, seule trois trouvent le prix des billets d’avion « normal ». Parmi elles, il y a les commerçantes qui font la navette entre Dakar et une grande ville européenne (Paris et Milan, pour cet exercice). Elles sont communément appelées des Gp, parce que bénéficiant d’une gratuité partielle du prix du billet d’avion. Une jeune femme de 24 ans, Franco-Sénégalaise née et grandi en France, trouve également « normal » le prix du billet d’avion. Cependant, elle « avoue partir au Sénégal qu’une fois tous les quatre ans ».

Les solutions de la diaspora
Les Sénégalais ont recours au système D pour guetter la bonne affaire. Quand le billet d’avion Paris-Dakar coûte en moyenne 600 euros, les Sénégalais du Canada dépensent largement plus. « Avec Air France, on peut payer entre 1500 et 2000 dollars canadiens. C’est pourquoi les Sénégalais d’ici ne vont pas souvent au pays », déclare Adama Diouf, avouant ne partir au Sénégal qu’une fois tous les deux ans.

D’autres penchent pour un choix pragmatique : « Ma famille et moi choisissons la basse saison touristique pour aller au Sénégal », confie Ibra Ndiaye, Sénégalais vivant à Milan, selon qui les prix des billets d’avion sont trop chers en comparaison avec d’autres destinations. D’autres solutions émergent. Pour Doudou Sidibé, universitaire sénégalais vivant en France, « il faut diminuer les taxes sur les billets d’avion et créer une compagnie nationale ». Une idée qu’il partage avec Massamba Kane, chef d’entreprise et patron du site Senenews. « Il faut mettre en place une compagnie nationale sénégalaise durable qui roule pour le Sénégal et l’intérêt des Sénégalais avec des tarifs intéressants ».

Parmi les pistes susurrées par les interrogés, il y a celle « d’ouvrir le marché aérien sénégalais et augmenter la fréquence », selon Babacar Ndiaye. Plus de concurrence ? La famille Thior acquiesce. « Il n’y a que trois compagnies respectables/confortables qui desservent Dakar (Air France, Corsair et Brussels Airlines). Les autres, il faut prévoir une escale. Ce qui n’est pas l’idéal pour les familles et les personnes âgées, atteste la mère de famille. Ce n’est pas confortable non plus. Il y a également un risque de retard entrainant une incidence sur le deuxième vol ».

Mais tous les interrogés trouvent qu’il serait plus adéquat de diminuer les taxes aéroportuaires. « L’aéroport de Dakar n’est pas adapté pour recevoir des vols fréquents. Il suffit que deux vols arrivent en même temps, et c’est le bordel », ose-t-on du côté de la famille Thior.

Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:04

En 2016, Air France fête ses 80 ans de présence au Sénégal. Dakar fait partie des tout premiers marchés africains pour la compagnie française. La capitale sénégalaise est reliée à Paris, de manière quotidienne, par Boeing 777 – 200 équipé de 270 sièges. Elle met en avant son expérience et la qualité de son service. Quant à Corsair, avec plus de 35 ans d’existence, elle dessert en vol régulier l’axe Paris-Dakar depuis novembre 2012 alors qu’elle est présente au Sénégal depuis 1993. Pour faire face à la concurrence, Corsair mise sur « un meilleur rapport qualité/prix » en combattant « le monopole et la vie chère ». Les deux compagnies assurent une grande partie des vols réguliers vers le Sénégal. Elles s’expliquent sur les prix élevés des billets d’avion.

Antoine Huet, Directeur adjoint de Corsair : « Il faut une politique plus incitative pour réduire les taxes aéroportuaires »
A Huet corsairLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Antoine Huet : Je suis un peu surpris par votre expression « très chers », car depuis que Corsair a ouvert la destination Sénégal, nous avons constaté que les tarifs ont baissé en moyenne de 30 %. Ce qui a permis d’augmenter sur cette ligne l’ensemble du trafic de 50%. Ce sont les résultats d’une étude sur l’ensemble des tarifs émis au Bfp, les systèmes communs des agents de voyage sur le marché français. L’étude est constatée pour un organisme officiel sur le prix moyen de vente du (billet d’avion, Ndlr) Paris-Dakar entre novembre 2012 et 2015. La moyenne de tous ces tarifs a baissé de 30%.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne faites-vous pas d’offres pour les familles nombreuses ou pour les étudiants ?
Nous n’avons pas d’offres pour les familles nombreuses en tant que tel. En revanche, nous avons des tarifs pour jeune et sénior. Par exemple, en dehors des tarifs promotionnels, toute l’année, nous leur proposons des prix abordables avec possibilités de modifier les dates. Pour les étudiants au départ du Sénégal, nous avons un tarif de 408.300 FCfa Ttc avec modification, en plus de deux bagages gratuits et des modifications sans frais.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne pas réduire les prix en favorisant les « low cost » ?
Cela dépend de ce vous appelez un vol « low cost ». Il faut savoir que le Sénégal est une destination long courrier. Actuellement, Corsair a une offre extrêmement compétitive qui nous permet de dire que nous avons le meilleur rapport qualité/prix. Les avions utilisés par les compagnies « low cost » (737 ou A320) ne permettent pas de desservir le Sénégal dans une manière optimum. Par exemple, pour aller au Maroc, il faut des avions mono couloir ; ce qui n’est pas le cas (pour le Sénégal, Ndlr). Il y a également le prix du carburant kérosène qui entre en compte.

Le Soleil Diaspora : Quelle stratégie et politique mettez-vous en place pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Notre stratégie est de faire un meilleur rapport qualité/prix mais aussi d’offrir notre service de fidélisation : Le Club. Il permet à toutes les personnes qui s’y inscrivent d’obtenir 10% du prix hors taxe en remise. Chez nous, ce n’est pas en « Miles » mais en euros. Il est utilisable immédiatement pour acheter de l’excédent de bagages ou un « surclassement ». Au bout de quatre allers-retours, vous obtenez le statut « Club gold » qui vous donne un certain nombre de services dont un bagage supplémentaire à chaque voyage.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je ne vous cache pas que nous avons régulièrement des contacts avec le gouvernement sénégalais pour le sensibiliser sur l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire qui est non seulement le nombre de compagnies qui la desservent, la qualité du service rendue mais aussi les taxes prélevées sur les passagers.

De ce point de vue, nous avons interpelle le gouvernement sénégalais pour qu’il ait une politique plus incitative afin de réduire les taxes aéroportuaires.

Le Soleil Diaspora : Sur un billet d’avion de 500 euros, à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires ?
Sur le tarif le plus bas, c’est-à-dire en classe économique, elles sont de 143,94 euros (Dakar). Pour la classe affaires, elles passent à 184 euros. Dans l’ensemble des taxes, il y a celles aéroportuaires sénégalaises et françaises.

Le Soleil Diaspora : Le nouvel aéroport Aibd va ouvrir dans quelques mois (avant fin 2017). Une solution pour la baisse des billets d’avion ?
C’est une possibilité. J’aurais tendance à dire que tout dépend de la politique qui sera mise en place par le gestionnaire de l’aéroport.

Avec mon expérience dans le domaine du transport aérien, je remarque que quand on construit un nouvel aéroport, il faut le rentabiliser. Par le passé, des nouveaux aéroports dans certains pays impliquaient des taxes aéroportuaires en hausse.

J’espère que ce ne sera pas le cas (au Sénégal, Ndlr) et que les concessionnaires ont bien en tête que le meilleur moyen de développer et de faire baisser les prix des billets d’avion est d’aider les compagnies aériennes qui desservent ces destinations en faisant des coût d’aéroport plus bas.

Il n’y a pas que les coût de taxes, il y a aussi les frais de grande ligne, ceux de décollage et d’atterrissage. Ils sont déterminés par l’aéroport. Il faut qu’ils soient raisonnables.

Eric Louveau, Directeur commercial du marché France : « La concurrence va dans le sens du consommateur »
Eric Louveau AFLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Eric Louveau : « Il faut rappeler d’abord que nous sommes dans un marché extrêmement concurrentiel avec des prix très « challengés ». Il y a un autre aspect important : notre concurrent, Corsair, a une politique très agressive. Ainsi, nos prix sont faits pour être compétitifs dans le marché. La liberté tarifaire et la concurrence vont dans le sens du consommateur.

Ces deux aspects nous amènent à être compétitifs toute l’année. Au-delà du prix, nous avons une attention particulière pour les communautés africaines. Air France a une politique de bagages plus généreuse, notamment sur Dakar. Le prix du billet d’avion inclut deux bagages de 23 kilos en cabine économique. Pour le reste du monde, nous sommes à une politique de bagages d’une pièce. Le deuxième élément important dans l’offre tarifaire globale est la souplesse que nous proposons sur Dakar en termes de modification avant ou après le départ. Elle n’existe pas sur d’autres destinations.

Le Soleil Diaspora : Ces éléments suffisent-ils à expliquer la cherté des billets vers le Sénégal ?
Je vous dis juste que nous avons de la concurrence directe et indirecte. Nous sommes attentifs pour capter le maximum de passagers, pour défendre notre business. Les prix sont très attractifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes toujours à la recherche du meilleur prix, de la meilleure offre tarifaire pour le client. Est-ce que Air France est bien placé, concurrentiel et compétitif sur la destination Dakar ? Je pense que c’est le cas. Depuis quelques années, nous sommes en train de gagner des parts de marché. Nous sommes également en croissance de trafic. Si nos prix n’étaient pas assez compétitifs, nous n’aurions pas ces résultats.

Le Soleil Diaspora : Quels sont ces parts de marché que vous êtes en train de grignoter ?
Ce sont des résultats que nous allons garder pour nous puisqu’ils font partie de l’information concurrentielle. Je peux juste vous dire que nous sommes en train de gagner des parts de marché plutôt que d’en perdre.

Le Soleil Diaspora : La diaspora sénégalaise s’étonne des écarts de prix entre le vol Paris-Casablanca et Paris-Dakar. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Il y a une explication logique. Dans l’aérien, chaque destination a un prix entre une origine et une destination. Les prix dépendent de la longueur des vols mais aussi de l’appareil mis en service et de la concurrence. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent et qui font qu’il est difficile de comparer une destination comme Paris-Casablanca de Paris-Dakar. Pour le premier cas, nous sommes dans une offre moyen-courrier sans prestation ou avec une prestation assez légère. Pour Paris-Dakar, nous sommes dans un avion long-courrier avec des prestations repas et autres à bord. En plus de cela, il faut rappeler que pour Casablanca, nous sommes dans un des univers les plus concurrencés au monde avec les compagnies européennes, du Moyen-Orient, de la Turquie, des Amériques, de la Chine. Nos prix sont « drivés » par la concurrence.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi n’existe-t-il pas d’offres pour les familles nombreuses et les étudiants ?
Pour les familles nombreuses, les enfants ont une réduction de 25 % et les bébés ne paient que 10% du billet chez Air France. Nous avons, tous les 15 jours, des offres promotionnelles spéciales dictées par l’environnement concurrentiel. Concernant, le deuxième élément sur la clientèle jeune, nous avons des prix compétitifs avec la possibilité de modifier des billets d’avion de manière gratuite avant ou après le départ. C’est une souplesse qui est offerte à la clientèle jeune entre 12 et 24 ans.

Le Soleil Diaspora : Et pour les hommes d’affaires qui font la navette entre Dakar et Paris…
Notre vocation est de faire voyager les clients à motif loisir, familial, touristiques ou affaires. Pour ces derniers, nous avons des tarifs attractifs en cabine affaires, premium, économique ou en économique. Ce sont des accords que nous passons entreprise par entreprise. Nous sommes extrêmement actifs sur la France, notre marché principal. Ceux qui voyagent sur l’Afrique nous connaissent et peuvent bénéficier de ces tarifs « corporate ». Pour les Pme et Pmi, il y a également un programme pour bénéficier de billets gratuits.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires mises en place au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je n’ai pas de commentaires. Nous payons les taxes qui sont appliquées dans chaque pays.

Le Soleil Diaspora : Quelles sont vos stratégies et politiques pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Nous sommes très attentifs auprès des diasporas sénégalaises et africaines. Nous avons des équipes de vente dédiées. Nous sommes au niveau des agences de voyages de ces diasporas. Nous sommes attentifs pour cibler les publicités afin de passer l’information sur nos offres. Nous sommes à leur écoute pour gagner leur préférence et leur fidélité.

Propos recueillis par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:06

Quand les taxes aéroportuaires sont de 86.800 FCfa d’Abidjan vers Paris Orly, elles sont de 94.700 FCfa de Dakar vers le même aéroport parisien.

Selon ces chiffres fournis par Corsair, il y aurait une différence de près de 8.000 FCfa entre les deux capitales ouest africaines les plus fréquentées.

Sur un trajet Paris-Dakar, une compagnie aérienne fixe le prix du billet d’avion à 180 euros, alors que toutes taxes comprises, il s’élève finalement à 630 euros. A ces taxes aéroportuaires s’ajoutent d’autres taxes et éléments qui composent un billet d’avion.

Parce qu’il y a de la complexité
Le calcul du prix d’un billet d’avion est très complexe. Le sésame qui permet de prendre l’air est composé de deux principaux éléments qui sont, d’une part, le tarif aérien et, d’autre part, les taxes et redevances. C’est la somme de ces deux éléments que le « Yield Management » (voir par page 4) utilise à travers un savant dosage d’algorithmes pour fixer le prix des billets d’avion pour chaque compagnie aérienne.
 
Parce qu’il y a des dépenses
Le tarif aérien est composé du tarif hors taxes et de ce qu’on appelle la « surcharge carburant » qui représente près de 40 % des dépenses des compagnies aériennes sur un vol. Les passagers sont souvent plus soumis aux répercussions des hausses du baril de pétrole qu’à ces baisses. En effet, il est rare de voir le prix du billet d’avion suivre la courbe de baisse des producteurs de pétrole.
 
Parce qu’il y a trop de taxes
Le deuxième élément qui compose le billet d’avion est l’addition des taxes et redevances. Il y a, par exemple, « la taxe de solidarité » communément appelé « Chirac », qui est un prélèvement de 40 euros à chaque passager de la classe affaire au départ de France pour alimenter un fonds d’aide aux pays en développement. Pour spécifiquement Dakar, le Sénégal avait mis en place, depuis 2007, la Rdia, une taxe pour financer l’aéroport international Blaise Diagne. Un passager voyageant en classe économique débourse « 72.800 FCfa de taxes qui dépendent de l’Etat sénégalais et seulement 33.700 FCfa pour la France », informait Ibra Birane Wane, un expert en transport aérien, dans une interview de nos confrères de L’As en mars 2015. L’abandon de la taxe dite Rdia permettrait au Sénégal de se situer au niveau de la France et des autres pays de l’Uemoa en matière de taxes aéroportuaires.

 

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:11

Ses yeux de Chimène sont d’un coup voilés par la désillusion. Amorphe, Goumba s’enfonce un peu plus dans sa chaise. Il faut qu’il débourse 954 euros pour disposer d’un billet d’avion Paris-Dakar en juin. Le jeune père risque de rater le baptême de son nouveau-né au Sénégal, trois jours plus tard.

Devant son désespoir, Goumba, jeune quadra sénégalais, installé à Paris depuis 2003, voit l’horizon se refermer sur l’image de couleurs bariolées des tenues neuves pour le baptême de son fils, dans les rues sablonneux de Diacksao où vit sa famille. Quand soudain l’éclaircie arrive. « Vous savez que c’est possible de payer en trois ou quatre fois », glisse, d’un ton réconfortant, le chef de cette agence du 11ème arrondissement de Paris. « Ce système a été mis en place pour des personnes qui sont dans l’urgence d’un départ vers le pays d’origine, par exemple, et qui n’ont pas forcément les moyens de payer un billet d’avion au prix souvent cher ». Pour en bénéficier, il faut des garanties solides et un léger pourcentage supplémentaire qui s’ajoute au prix du billet. Comparés aux Maghrébins, Ivoiriens ou Maliens, les prix des billets d’avion vers le Sénégal sont très élevés. Cependant, le système D et les prévisions de longue date semblent être les solutions.

Terminal Sud de l’aéroport d’Orly de Paris, en plein mois d’août. Si l’incompréhension du moment porte sur le déplacement de la zone d’embarcation à cinq minutes à pied, le courroux des Sénégalais porte également sur le prix des billets d’avion. « J’ai payé le mien un peu moins de 600 euros, mais il y a près de deux mois », informe un passager sénégalais « pressé » de rejoindre sa famille à Dakar. « Nous avons payé près de 3.000 euros », affirme un couple franco-sénégalais, accompagné de leurs deux enfants », en route pour les vacances au Sénégal. Il y en a qui s’en sorte mieux que les autres. « Mon billet m’a couté moins de 500 euros, mais je l’ai pris il y a plus de cinq mois. C’est ce qu’il faut faire », conseille une jeune retraitée de la fonction publique française. Le discours est identique à la zone 13 du Terminal 2E de l’aéroport Charles de Gaulle de Roissy à Paris.

A quelques jours de la Tabaski (début septembre), la sociologie des passagers sénégalais n’est plus la même. Contrairement à juillet et août, on voit moins de grandes familles (avec enfants) en partance pour Dakar. Rentrée scolaire oblige. Mais cela n’a pas d’incidence sur le prix du billet d’avion. « Expliquez-moi comment un billet Paris-Dakar peut être cinq fois plus cher qu’un Paris-Casablanca ? Il faut m’expliquer », s’emporte presque Bintou, la trentaine, qui n’a « pas passé la Tabaski au Sénégal depuis ses 18 ans ». Sa colère se déverse sans retenue y compris sur la mise en place d’une haie de bambous au lieu d’enregistrement des passagers vers Dakar. « C’est un manque de respect supplémentaire. Pour les vols vers les pays arabes, l’Asie ou les Amériques, il y a des standards modernes avec des bornes d’enregistrements et des aller et retours libres de passagers et de leurs accompagnateurs. Pour aller en Afrique, ils nous ont mis une « haie de bambous ». Un constat partagé par beaucoup de passagers qui n’avaient pas forcément fait attention à la délicate décoration intérieure spécifique à la zone. Ce qui chauffe un peu plus les esprits.

Sous le soleil bleu lombard, on n’en est pas encore à cet état d’agitation. L’aéroport Malpensa de Milan (Italie) n’est pas à la hauteur de la réputation de cette cité de la mode. Mais malgré son caractère austère et un peu vieillot, on peut s’y émouvoir. Notamment quand une Jaguar vintage est transformée en taxi.

Son chauffeur ressuscite le stéréotype du play-boy italien : cheveux gominés, chemise ouverte, chainette en or autour du cou, et si prompt à en découdre quand on croise de trop près son regard. Au beau milieu de ce duel globuleux entre quatre yeux, un ange passe. Il prend la forme d’un véhicule du Consulat du Sénégal à Milan. Le chauffeur sénégalais est confronté au prix « cher » des billets d’avion. « Et en plus, il est très rare d’avoir un vol direct. Pour partir au Sénégal, beaucoup font escale en France ou en Belgique ». A la mythique place Loreto, au cœur de Milan, Omar ne dit pas autre chose. Le jeune homme a déjà acheté son billet d’avion pour ses vacances au Sénégal en décembre. Amary en est encore loin. Il fulmine de colère comme le volcan Vésuve le fait au dessus de sa tête depuis bientôt deux décennies. « Je suis arrivé à Naples en 1997, informe le vieux immigré qui a dépassé la cinquantaine. Cela fait trois ans que je ne suis pas reparti au Sénégal. A cause de la crise et du chômage, c’est difficile d’épargner pour un billet d’avion tout en continuant à assurer ses besoins et celles de la famille au pays ».

Les rares Sénégalais rencontrés à l’aéroport Capodichino, placé sur les hauteurs de Naples, en partance pour Dakar, savourent le prix de leur sacrifice pour retrouver leur famille.

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:10

Les 12 travaux d’Hercule

19 Juil 2016
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Les magnifiques paysages naturels de Corse, le charme des bateaux-mouches de la Seine qui voguent à la découverte de Paris et la rafraîchissante brume matinale nécessaire pour affiner le goût particulier des courgettes de Normandie finissent par ne plus avoir d’effets sur les étudiants sénégalais. L’éclat de l’image « cartes postales » a jauni pour eux sous l’effet d’un labeur épuisant pendant l’été dans des sites touristiques et régions agricoles françaises. Souvent pas boursier, l’étudiant sénégalais en France expérimente de juin à août les 12 travaux d’Hercule, des jobs d’été. Le jeune Sénégalais peut faire 12 heures par jour de « plonge » pour nettoyer la vaisselle dans les cuisines de grands restaurants de Bonifacio, la très touristique cité de Corse du Sud. Un rythme qu’il soutient puisque l’ayant expérimenté, à moindre dose, tout au long de l’année dans un miteux restaurant universitaire dans sa résidence.

Son désir d’empocher un bon salaire pendant l’été amène l’étudiant sénégalais à accepter de faire, sans formation préalable, des Canistrellis : ces biscuits Corses dont le croquant et le parfum en font des produits de saison prisés par tous les touristes qui parcourent la grande île. En Corse du nord, dans un village situé entre les montagnes et la mer, près de Bastia, un jeune Sénégalais préfère ne pas faire trempette à la plage pour tremper dans l’huile chaude des bouts de farine passés au pétrin. Ce jeune étudiant en Licence de géographie à Paris, venu de Diourbel, est devenu un spécialiste des « Frappes » : des beignets goûteux au sucre dont la fabrication occasionne malheureusement des brûlures du fait des éclaboussures d’huile.

Dans une paillote du sud de la France, l’étudiant sénégalais dans une petite école d’ingénieur de Lyon s’accommode facilement de l’étiquette de pizzaïolo grâce à son esprit cartésien qui lui permet de maitriser les savants dosages des ingrédients et de la pâte du célèbre plat italien. Un jeune Sénégalais de Dijon se retrouve commis de cuisine dans un restaurant de la place de Clichy à Paris. Plusieurs autres étudiants sénégalais sont également présents dans le secteur de la restauration rapide comme « équipier » au Mc Do, chez Quick ou Kfc, au rythme de travail effréné à Paris, ville la plus touristique au monde. Les caisses de supermarchés, de boutiques de vêtements et les guichets de salles de spectacle sont des endroits réputés pour les filles aux frêles épaules.

Les plus fortes, puis toutes celles et ceux qui n’ont pas le choix se rabattent sur les vendanges ou le travail agricole : les cueillettes de melons ou de courgettes (fruits et légumes qui poussent à même le sol) dont une seule journée de ramassage, sous un soleil de cagnard, met un dos en compote. Ce n’est pas une image mais bien une réalité. La cueillette des oranges, des fraises et des pommes ne sont pas simple non plus, mais causent moins de ravage corporel.

Ces 12 travaux d’Hercule sont accompagnés par une pression des employeurs qui espèrent un bon chiffre d’affaires sur les deux à trois mois que dure la saison, pour leur permettre d’être à l’abri du besoin le reste de l’année. Les énormes enjeux financiers sont subis par les jeunes sénégalais. En exemple, la peur d’une famille normande exploitante agricole de la mauvaise qualité de sa récolte de courgettes à cause d’un manque d’ensoleillement a pris la forme d’un harcèlement continu sur un étudiant sénégalais qui n’irait pas assez vite dans le travail. Donc, peur d’une perte à gagner mais espoir d’un gain d’expérience. Les jobs d’été pour les étudiants sénégalais sont synonymes de premier contact avec le monde professionnel.

En effet, c’est un véritable parcours initiatique à travers la recherche d’une place libre mais aussi les tracas administratifs avec la demande d’une autorisation de travail. La législation française autorise 18 heures de travail par semaine aux étudiants sénégalais de septembre à mai. La restriction est levée durant les trois mois des grandes vacances. A toutes ces difficultés, on oppose facilement les sommes parfois colossales amassées : une bonne saison de trois mois dans un grand restaurant en Corse peut atteindre près de 6000 euros.

Pour tous les étudiants sénégalais, les jobs d’été permettent de renflouer les poches afin de faire face aux exigences liées à l’inscription (500 euros en moyenne), au paiement du logement durant l’année, aux frais de transport, à la nourriture, voire l’envoi d’argent au Sénégal. C’est une nécessité pour tous ceux et celles qui ne disposent pas d’une bourse de l’Etat ou n’ont pas de parents aisés. 

Par Moussa DIOP

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:26

Le conditionnel était de rigueur dans les circonstances de l’annonce de la mort d’un sénégalais de 17 ans à Nice. Il n’était pas de trop. Le décès de Tamsir apparaît, de plus en plus évident, ne rien à voir avec la tuerie qui a causé 84 morts et 202 blessés à Nice au soir du 14 juillet. Cependant les circonstances de la mort de Tamsir soulèvent beaucoup d’interrogations.

Les premiers éléments de l’enquête des policiers du Groupe d’appui judiciaire (GAJ) de Nice sont formels. La mort par noyade de Tamsir est survenue dans l’après-midi du 14 juillet à la plage de Nice. C’est-à-dire plus de 5 heures avant la tuerie sur la Promenade des Anglais. Le hasard a fait que l’endroit où le suspect de l’attentat et son camion ont été immobilisés se trouve, « sur près d’une dizaine de mètres », du lieu où le corps de Tamsir a été repêché de la mer. Quand la petite histoire se lie à la grande fauchant sur son passage le destin d’un jeune homme de 17 ans.

Les questions de la famille

L’enquête de la police française va se poursuivre et l’autopsie du corps devait éclaircir l’heure exacte et les circonstances du décès. En attendant que la policière chargée du dossier poursuive ses investigations, la famille de Tamsir s’interroge sur les premiers éléments de l’enquête dont elle dispose. Pour Omar, cousin et tuteur de Tamsir à Nice, « les zones d’ombre sont nombreuses. Comment peut-on m’expliquer que Tamsir se soit noyé en plein après-midi sur une plage remplie de personnes et de sauveteurs ». Pendant l’été, la plage niçoise reçoit des milliers de personnes au quotidien surtout un 14 juillet, jour férié où on célèbre la fête nationale en France. « Et puis, les premières informations recueillies sur son Facebook révèlent que Tamsir est partie à la plage en compagnie d’une autre personne. Contactée, cette personne nous indique l’avoir quitté vivant dans l’après-midi. Je me pose des questions sur ce qu’elle nous raconte. » Omar a décidé de s’attacher les services d’une amie détective privé qui va fournir les premiers résultats de son enquête à la police française débordée par son travail sur l’attentat.

Connaissant parfaitement Nice pour y vivre et y travailler depuis 16 ans, Omar compte trouver des réponses aux questions qu’il se pose sur la mort de son cousin qu’il avait fait venir à Nice en février 2016. « Tamsir n’était pas un étudiant mais il finissait une formation professionnelle dans l’informatique et l’hôtellerie.
C’était un jeune homme brillant, travailleur, respectueux des gens et de sa religion. Je l’ai couvé, montré le chemin à Nice. Je lui ai trouvé la formation. C’était une personne exemplaire », poursuit Omar dans l’établissement du portrait de son cousin disparu. Inlassablement, il revient sur ce fameux et dramatique 14 juillet 2016. Le jeune Tamsir sort de l’appartement qu’il partage avec son cousin qui dort profondément pour « récupérer de la fatigue d’un récent voyage au Sénégal ».

Rendez-vous avec la mort
Leur logement se trouve à moins de 10 minutes à pied de la Promenade des Anglais mitoyenne de la mer. Tamsir ne le sait pas encore mais il ne remettra pas les pieds dans l’appartement car il a rendez-vous avec la mort. Au réveil, le cousin ne le revoit pas rentrer. « Ce qui ne fait pas partie de ses habitudes ». Pris de panique après avoir entendu les premières informations sur l’attentat de Nice, Omar part à la recherche du jeune Tamsir. Il passe trois heures à le chercher dans ce qu’il appelle « une scène de guerre où il y avait des morts partout. Il y avait des corps déchiquetés, écrasés et du sang partout sur la chaussée ». La situation était tellement chaotique qu’Omar en oublie même mon sort et la panique liée à l’absence de Tamsir. En fin de soirée, il décide, la mort dans l’âme, de rentrer pour reprendre les recherches le lendemain. Pas la peine. Au petit matin du 15 juillet, la police frappe à la porte de l’appartement que se partage les deux cousins. Omar comprend rapidement ce qui se passe. « Je lui avais toujours conseillé de sortir avec ses papiers d’identité.

C’est ce qu’il avait fait et c’est grâce à cela que les policiers ont pu arriver jusqu’à moi ». Interrogé par les policiers français, Omar reconnaît Tamsir sur la photo du corps présentée par les agents dépositaire de l’ordre. « Je n’ai pas encore vu le corps mais je suis sûr à 100% que c’est lui sur la photo que les policiers m’ont montrée », jure-t-il. De ce mauvais cauchemar qui s’éternise, Omar espère une issue rapide pour faire le deuil de son cousin. Mais son vœu ne va certainement pas se réaliser dans les jours à venir. En effet, la police locale renforcée par des éléments nationaux est occupée par les enquêtes liées à la tuerie de Nice. Pour le moment, même le jour de l’autopsie du corps de Tamsir n’est pas encore connu. Des délais qui s’allongent et qui étirent la souffrance d’une famille qui ne demande qu’à faire le deuil.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 12:54

La promenade des anglais est devenue celle du deuil pour les Français mais aussi les nombreux Sénégalais qui vivent dans cette partie ensoleillée de France. Terrorisée et choquée, la famille Diène l’est en apprenant que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur présumée de la tuerie est leur voisin d’immeuble. Le deuil et les questionnements hantent Omar. Tamsir, son cousin est mort par noyade dans l’après-midi à l’endroit du drame de Nice. Un malheureux hasard. Ces destins de Sénégalais sont au cœur de l’horreur à des géométries variables.

Voisine du suspect
Awa Diène : « Il était venu m’acheter des cigarettes du Sénégal »
Le choc et la stupeur. Ce sont les sentiments de la famille Diène. Ce sont les voisins de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le principal suspect de l’attentat de Nice ayant fait 84 morts et plus de 200 blessés dont certains dans une urgence absolue. La famille Diène décrit une personne discrète dont elle a été au contact récemment.

« Un peu choquée ! Ce n’est pas tous les jours que le RAID vous réveille », s’exclame Awa Diène quand on lui demande comment va-t-elle. L’unité d’élite de la police est venue à 9 heures ce vendredi 15 juillet dans le petit immeuble de trois étages où vit la famille Diène pour faire exploser la porte de leur voisin. « C’est à ce moment que nous avons appris que c’est Mohamed le principal suspect de la tuerie », précise Awa. La jeune sénégalaise de 29 ans habite au troisième étage l’immeuble qui abrite une dizaine d’appartements dont celui de l’auteur présumé de la tuerie situé au premier. Arrivée en France en 2008 pour y poursuivre des études en information et communication, Awa Diène, avec son mari et son fils de 15 mois, habite depuis un an l’immeuble situé au quartier des abattoirs, dans l’est de Nice. C’est un quartier populaire mais calme avec des bâtiments administratifs. Il est à 20 minutes à pied du centre ville et à moins de 10 minutes en voiture. La jeune mère de famille a croisé dans l’immeuble plusieurs fois Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Une famille au contact du suspect
« C’est un grand homme, mince et un peu baraqué mais il n’est pas un bloc de muscles, décrit Awa Diène. Il est de peau mate comme certains Maghrébins du sud. Il me disait toujours bonjour mais de manière timide et effacé. On dirait qu’il n’arrivait pas à ouvrir la bouche quand il parlait. C’était un solitaire. Nous n’avons jamais eu d’histoires avec lui, contrairement à certains voisins.

». Décrit comme réservé mais cela n’empêchait pas le suspect pas à aller vers les autres quand il en avait besoin. « En rentrant de mon dernier séjour au Sénégal, j’avais rapporté des cartouches de cigarettes. Par l’intermédiaire d’une voisine gabonaise en commun, il était venu chez moi pour m’acheter deux cartouches. C’était au mois de février dernier ». Soit six mois avant la terrible tuerie de la Promenade des Anglais.

Coup du destin
En ce matin du 14 juillet, Awa scrute le ciel en priant qu’il pleuve pour ne pas assister au traditionnel feu d’artifice. Mais son vœu ne sera pas exaucé. Il fait beau à Nice. « J’ai décidé d’y aller finalement puisqu’en réfléchissant, j’ai pensé à mon fils qui a 15 mois et que le spectacle pouvait faire partie de ses premiers souvenirs ». La petite famille n’arrive pas à trouver une bonne place vu le nombre de personnes. « Nous étions installés juste à l’entrée de la « Prom’ » (diminutif de la Promenade des Anglais chez les Niçois, ndlr) », regrette Awa Diène. Cet inconfort va s’avérer un mal pour un bien. « Juste après la fin du feu d’artifice, nous avons décidé de rentrer chez nous. Sur le chemin, nous croisons les premiers camions de pompiers qui roulaient à vive allure. Ils partaient secourir les victimes du carnage ». Plusieurs jours après les événements, la jeune mère de famille reste choquée. « Nous pouvions y passer, constate-t-elle avec le recul. Même si nous échappions au camion, le mouvement de foule pouvait nous être fatal surtout avec un enfant dans les bras. » Après avoir appris qu’elle était voisine du suspect, la famille Diène est doublement bouleversée.

Le traumatisme risque de laisser des traces dans la vie de tous les jours de Awa Diène. « A la suite des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier 2015) puis ceux du Bataclan (13 novembre 2015), j’avais décidé de ne plus sortir, de ne plus aller dans des rassemblements de personnes. J’évite les centres commerciaux, les transports en commun. Mes proches disent que je suis parano.

Ce qui est arrivé me donne raison. ». Si sur son jeune garçon, Awa ne décèle pas de terreur particulière liée à l’attentat, sa belle-fille, de passage, est véritablement terrorisée. Après une étape de « déni de jour d’après » attentat avec par la conviction d’une erreur sur l’identité du suspect, l’époux d’Awa Diène s’est rendu à l’évidence face aux faits cliniquement déclinés depuis l’attentat.« Avec le vélo découvert dans le camion, nous n’avions plus de doute. Notre voisin faisait ses trajets avec un vélo ». Un jour, c’est en se baladant dans le centre de Nice que la famille avait compris que leur voisin était chauffeur-livreur en l’apercevant au travail.

Retour au Sénégal
Nice, leur berceau d’adoption touché, la famille Diène pense au retour au Sénégal. « Depuis les premiers attentats, j’avais commencé à m’interroger sur l’opportunité de retourner vivre au Sénégal, reconnaît Awa Diène. D’autant plus qu’aux attentats de 2014 ayant frappé Nice, je travaillais déjà à côté sur la promenade des Anglais ». Pourtant la situation au Sénégal ne la rassure pas non plus. « Lors de ma dernière visite, j’ai vu qu’au niveau de certains quartiers (Almadies, par exemple) ou lieux commerciaux, il y avait des check point. Nous ne sommes nulle part en sécurité. Et notre sous-région n’est plus aussi sûre. Mais au Sénégal, nous avons l’avantage d’être entourés par nos famille alors que nous sommes seuls en France ».

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 13:01

Selon les sources étrangères, il y aurait entre 9 à 11.000 inscriptions sénégalaises par année en France. Il y a 37 associations estudiantines sénégalaises dans l’Hexagone. Des chiffres qui montrent l’importante présence sénégalaise dans les écoles, universités et instituts en France. Autant d’étudiants qui ambitionnent la réussite dans les études pour embrasser des carrières professionnelles épanouies. Pour arriver au bout de leurs projets d’études, les étudiants sénégalais profitent généralement des jobs d’été pour se remplir les poches et disposer d’une expérience souvent inoubliable.

Un précieux sésame pour les Sénégalais en France
Trouver un job d'été est un exercice auquel se plient, chaque année, des milliers de jeunes sénégalais de la diaspora. Des nouveaux arrivants aux plus anciens, nombreux sont ceux qui ont besoin de ce ticket d’entrée au monde professionnel et à la stabilité financière.

Paris : L’inscription, le loyer de la rentrée prochaine, l’achat d’un billet d’avion pour rendre visite à la famille au Sénégal et le désir d’avoir une année scolaire financièrement stable constituent souvent les raisons qui obligent les étudiants sénégalais à chercher un travail saisonnier. Si la recherche est moins stressante pour les boursiers qui disposent d’une stabilité financière, elle est plus préoccupante pour les non boursiers. C’est le cas de Mariama, 18 ans, étudiante en 1ère année d’Informatique à Paris. « Je n’ai pas eu la bourse et il faut absolument que je trouve un job d’été afin d’assurer au moins l’inscription de ma 2ème année de Licence Informatique », avance-t-elle.

En effet, Mariama est actuellement hébergée chez des proches de sa famille. Son objectif est de décrocher un petit boulot pour payer les 800 euros (environ 530.000 FCfa) de frais pour son inscription de l’année prochaine. Un travail qui lui permettra d’avoir un logement étudiant au sein des Crous (opérateur de l’Etat français pour la gestion de la vie étudiante, Ndlr). « Cela soulagerait mes parents qui ont payé tous mes frais universitaires de ma première année en France », poursuit-elle.

Parcours du combattant
Trouver un job d’été est une nécessité mais c’est un véritable parcours de combattant, malgré la diversité des postes à pourvoir.

L’une des règles pour réussir à obtenir un job d’été en France est de s’y prendre très tôt ; ce qui permet d’augmenter les chances d’en trouver. «  Nous obtenons des jobs de serveur, caissier, gardien, professeur, vendeur, etc. », informe Kéba, 20 ans, étudiant en 3ème année d’Economie et Gestion à l’Université de Grenoble. S’y étant pris très tard l’année dernière, Kéba a, cette fois-ci, commencé ses recherches de job d’été dès le mois de mars 2016. « Je travaille actuellement comme caissier dans un supermarché, non loin de ma résidence universitaire », se félicite-t-il. Même s’il a trouvé son processus de recrutement long et fastidieux, Kéba est au moins en mesure de régler toutes ses factures en attente de paiement. « J’ai dû déposer une centaine de Cv, passer 15 entretiens au total, avant d’obtenir ce job », précise-t-il. De plus, lorsqu’ils vivent dans de petites villes, où il y a peu d’offres saisonnières, les étudiants sénégalais sont parfois obligés de quitter leurs lieux de résidence pour aller chercher ce fameux sésame dans des régions où l’offre est plus importante. C’est le cas d’Ousseynou, 20 ans, étudiant en Télécoms en Normandie, au Havre. « J’ai quitté le Havre afin de trouver un job d’agent de sécurité à La Baule, en Loire atlantique. Le trajet le Havre-La Baule (Nord-ouest et ouest de la France) est très long, mais je n’ai pas le choix si je veux m’inscrire en septembre, confit-il.

En outre, ces étudiants « forcés » de travailler loin de leur ville d’études sont souvent confrontés aux contraintes de logement et de transport. « Comme je ne suis pas véhiculé et que je n’ai pas un job où je suis logé et nourri par l’employeur, je dors à la plage, à la belle étoile », conclut-il, impuissant. Se battre pour trouver un travail pendant les grandes vacances d’été n’est pas une particularité de la nouvelle génération des étudiants sénégalais en France. Ce fut le cas de leurs ainés.

L’histoire se répète
Pape Diop, 30 ans, ingénieur informatique vivant aujourd’hui à Paris, se rappelle encore de son parcours du combattant pour trouver un job d’été. « Je faisais de la cueillette de fraise dans un petit village du sud de la France, de 7h à 18h. Ce, après avoir cherché en vain un travail de caissier dans un Mc Donald’s à Valenciennes (dans le nord de la France où il faisait ses études, ndlr).

J’étais obligé d’aller loin si je voulais acheter ce billet pour Dakar et rendre visite à ma mère malade », se souvient-il, sourire aux lèvres. Entre la génération de Mariama, Ousseynou et celle de Pape, rien n’a changé. Le besoin de trouver ce gagne-pain est toujours présent et les conditions de son obtention sont restées tout autant difficiles. Cependant, il y a de plus en plus de structures qui les aident à rédiger des Cv et lettres de motivation, en plus de les orienter vers les secteurs qui recherchent le plus de travailleurs saisonniers. Parallèlement, on note une forte solidarité de la communauté sénégalaise dans la recherche de jobs d’été.Ceux qui ont déjà trouvé un travail recommandent leurs compatriotes auprès de leur patron ou leur transmettent de bons contacts.

Trouver un boulot d’été est presque un passage obligé pour les étudiants sénégalais vivant en Occident. Si l’obtenir reste souvent un parcours du combattant, tous sont unanimes sur les bienfaits de ces expériences. Ils y gagnent de l’indépendance financière vis-à-vis des parents, de la maturité et un premier pas dans le monde professionnel.

Par Aminata Thior

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:34

De plus en plus nombreux au Canada, en dépit des frais de scolarité assez élevés en Amérique du Nord, les étudiants sénégalais ne dérogent pas à la règle d’occuper ce qu’on appelle couramment des « jobs d’étudiants ».

Pour la majorité des étudiants sénégalais au Canada, travailler ne rime pas forcément avec nécessité. Les frais universitaires sont réglés généralement par les parents. Cependant, travailler permet de combler d’autres besoins accessoires comme le transport, le logement, les abonnements téléphoniques, la voiture, les loisirs, etc. C’est une situation qui découle de la spécificité des étudiants au Canada : ils proviennent généralement de familles dites « aisées ».

Réglementation du temps de travail
Avec la loi de juin 2014 portant sur des changements au programme des étudiants étrangers, les Sénégalais inscrits dans les universités canadiennes ou les établissements du supérieur peuvent travailler en temps partiel jusqu’à 20 heures par semaine durant l’année universitaire (sessions automne et hiver). C’est une restriction qui n’a plus lieu d’être pendant les congés, notamment l’été. En effet, les étudiants sénégalais ont la possibilité de travailler à temps plein sous condition d’une demande de permis de travail. Généralement, le permis d’études qui fait office de carte de résident temporaire suffit. À l'instar de leurs homologues étudiants dans d’autres pays, les jeunes occupent des emplois dans des centres d’appels, usines, restaurants ou fast-food, dans les dépanneurs (au Québec, c’est une expression pour désigner une petite épicerie de quartier ou supérette, Ndlr), entreprises de nettoyage, dans des hôtels, des entrepôts, etc. Les étudiantes se singularisent généralement à travers des postes de vendeuse ou caissière, coiffeuse dans les salons ou à domicile dans la communauté sénégalaise.

Selon le témoignage de Bassirou Sèye, étudiant en Génie électrique de l’Université du Québec, à Trois-Rivières (Uqtr), « la priorité reste la présence non négociable aux cours ». Le jeune étudiant reconnaît qu’il lui « arrive de travailler en dehors de la période estivale pendant laquelle les engagements universitaires sont moindres » ; ce qui lui « donne la possibilité de travailler en entreprise à plein temps ».

S’adapter au monde du travail
Ce job lui permet non seulement de subvenir à certains de ses besoins, mais encore de « s’adapter au monde du travail et à la société d’accueil ». En effet, une fois leur diplôme en poche, les étudiants ont généralement le choix de rentrer dans leurs pays d’origine ou de demander la résidence permanente.

On compte environ une quarantaine d’étudiants sénégalais à Trois-Rivières, ville située à environ 200 km de Montréal. Il peut cependant arriver que certains d’entres eux ne puissent plus assumer le coût financier des études. Cela implique un inversement des priorités : le job d’étudiant prend le dessus sur les études. Lors du boom économique dans l’Ouest canadien, avec le pétrole en Alberta, Calagary, il y a eu un afflux massif d’étudiants provenant du Québec. Ils étaient venus à la recherche d’un emploi et ainsi des fonds pour faire face aux responsabilités liées à leurs études universitaires. Les jobs d’étudiants ont un autre effet. Ils peuvent être un tremplin pour décrocher un emploi en rapport avec les études, mais malheureusement, ce sont souvent des boulots plus alimentaires qu’autre chose.

Un étudiant a besoin d’être dans de bonnes conditions de travail pour réussir. Il arrive que des parents sénégalais envoient leurs enfants sans prendre les dispositions qui leur permettront d’assumer les frais universitaires. Pour rappel, le Canada a toujours été une destination de choix pour les Sénégalais, grâce à la réputation de son enseignement, mais aussi par l’entremise de l’énorme possibilité de rester sur place une fois les études terminées.

Aminata Sow, correspondante à Montréal

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:29

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