Soleil Diaspora (85)

« En politique, une absurdité n’est pas un obstacle ». Et si Napoléon Bonaparte avait raison. Autant il m’est certain que l’on ne puisse classer Bonaparte parmi les brillants esprits ayant révolutionné l’histoire de la pensée, autant il m’est sûr que sa réflexion politique mérite de figurer au panthéon du réalisme politique. La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, en dépit de toute « bien-pensance », me conforte dans cette conviction. Après s’être frotté les yeux, frottons nous à la réalité et faisons preuve de réalisme. La lucidité nous impose de reconnaître que la radicalité identitaire et le protectionnisme économique progressent dans les sociétés occidentales. Le système sera-t-il assez résilient pour faire face ? Rien n’est moins sûr. Cette incertitude appelle de la part de notre élite politique à un changement total de paradigme dans l’élaboration de nos rapports avec les autres parties du monde. Le dilemme est simple en réalité : notre classe dirigeante continuera-t-elle dans le lyrisme creux et ignorant qu'elle propose face aux mutations dans les autres parties du monde ? Ou fera-t-elle preuve d'anticipations adaptatrices en comprenant qu'on ne résout pas des problèmes du 21ème siècle avec des solutions du 20ème siècle ?

Comprendre que les rapports de force à l’échelle planétaire changent et que le centre de gravité du monde se déplace vers l’Océan pacifique. Comprendre que sous-traiter la défense de ses institutions et de ses territoires à des dispositifs étrangers (au continent), dans un monde où les nationalismes hors du continent sont exacerbés, est une preuve de légèreté. Légèreté qui est source de faiblesse. Faiblesse qui, selon Aleksander Wat, est un appel aux barbares. Comprendre, enfin, que le modèle économique dominant du 21ème siècle sera celui de la préférence nationale et que l’achèvement politique des processus d’intégration économique, notamment sous-régionale, est un préalable nécessaire afin de bénéficier d’une taille économique optimale permettant de relever les défis commerciaux et économiques imposés par les mastodontes économiques. Comprendre les défis géostratégiques, sécuritaires et économiques que la marche du monde nous impose à réagir en conséquence, c’est offrir, pour une fois, à nos populations les moyens d’être prêtes à réussir dans un monde où tout est fait pour qu’elles échouent.

*Docteur en Economie
Enseignant/chercheur à l’Université du Havre (France)

Le Japon est un pays qui a fait face à de nombreuses tragédies allant des catastrophes naturelles comme les tremblements de terre et tsunamis à celles humaines avec la seconde guerre mondiale. Son potentiel à se remettre sur pied peut faire cas d’école.

Le pays du Soleil levant force le respect par son aptitude à toujours surmonter les défis géographique et physique qui se posent à lui. Pourtant, c’est l’un des rares pays au sein duquel toutes les formes de calamités naturelles existent.

Catastrophes
Le Japon est secoué régulièrement par des tremblements de terre.
Un mémorial est dédié à celui qui a dévasté la région du Kanto en 1923. Pour rappel, le Kanto est l'entité géographique qui se trouve dans la partie principale de l’archipel japonais. Il réunit les préfectures de Gunma, Tochigi, Ibaraki, Saitama, Tokyo, Chiba et  Kanagawa. Ces secousses avaient occasionné des incendies au lourd bilan avec près de 130.000 victimes, en plus d’importants dégâts matériels, selon une étude de Mai Denawa menée sous l'autorité du département d’Histoire de Brown University aux Etats-Unis. En août 1945, le monde assiste, avec effroi, aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Le 11 mars 2011, il y a eu un tremblement de terre à Fukushima, suivi d’un raz-de-marée sans précédent qui a provoqué un désastre humanitaire avec son lot de victimes (près de  18.000 morts et disparus), en plus des dégâts écologiques majeurs au niveau des centrales nucléaires de la ville.

Source de résilience
Pour chacune de ces catastrophes, les commémorations ont été des moments très importants pour les Japonais. Au delà du côté symbolique, le secteur de l’éducation a un rôle important dans la gestion de la mémoire des événements. Des institutions universitaires et de recherche ont alloué une partie de leurs ressources à des travaux sur ces événements. Des ingénieurs et techniciens ont présenté des expositions sur des solutions technologiques.

Les institutions scolaires font des sorties pédagogiques sur les lieux de drame. Les survivants sont des témoins qui donnent vie aux faits par les mots. Des activités de mobilisation communautaire ont lieu un peu partout pour contribuer à l’effort de reconstruction. Le volontariat a connu une véritable progression lors des événements de mars 2011. Mieux, des slogans et des messages de soutien sont distillés un peu partout pour montrer que la tragédie a été une opportunité d’union et de force pour la société nipponne. En réalité, la force d’un peuple va de pair avec sa capacité à s’enraciner dans sa culture pour bien comprendre le passé afin d’interroger le présent pour mieux aborder son avenir. La capacité de résilience d’un peuple ne peut se mesurer que via ces types de jalons qui sont à la base du ciment social d’une nation.

Au Japon, chaque tragédie est un moyen de montrer l’unité et le sens patriotique de la Nation.

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Les noms de rues de Gorée en question
Il y a des exceptions comme la rue des Bambaras, celle de Castel… Mais l’essentiel des noms de rues de Gorée renvoie à la colonisation et à des personnages y ayant joué un « rôle positif » pour la France. Ce que les visiteurs, notamment ceux de la diaspora, ne comprennent toujours pas. Cet été, la remarque d’un étudiant sénégalais en Lettres Modernes à Paris, visitant Gorée, symbolisait cette incompréhension : « C’est dommage ! Quand on arrive sur une île chargée d’histoire douloureuse et de mémoire, il y a mieux que d’être « accueilli » par un bâtiment qui porte le nom du chevalier de Boufflers (Ndlr, ancien gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée au 18ème siècle) ». Un hôtel aux couleurs rouges vives portant ce nom se dresse en face du lieu de départs et des arrivées de bateaux faisant la navette avec l’embarcadère de Dakar.

Ne pas cacher les stigmates
« Il y a quelques années, nous avions eu ce débat, reconnaît Augustin Senghor, le maire de Gorée. Les noms de rues sont ceux de militaires français ou des répliques de noms de rues parisiennes ».

Ce « débat » avait abouti à la conclusion que « la traite négrière et la colonisation font partie de l’histoire de l’île. Enlever ces noms de rues, c’est enlever cette histoire même si elle a été violente et répréhensible ». L’édile de Gorée pense que c’est une manière de lutter contre ce qu’il s’est passé sur l’île. « Nous ne devons pas cacher les stigmates de la traite négrière ou du colonialisme. Chaque fois que les gens verront ces noms, ils comprendront que c’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire ». Donc, de la résilience, puis de la mémoire. Ce sont les thèmes centraux du Gorée diaspora festival, 8ème édition. « C’est un retour vers le passé pour lancer un appel à la diaspora noire (Usa, l’Amérique du Sud, les Caraïbes, mais c’est aussi l’Europe) issue de la traite négrière », confie Augustin Senghor, également président du Gorée diaspora festival. L’île de Gorée constitue le symbole de la traite négrière.

« Nous avons voulu, par le truchement de la mémoire, utiliser ce passé trouble et triste pour appeler la communion des frères de la diaspora qui doivent revenir aux sources. A travers ce retour dans le passé, nous souhaitons nous retrouver et chanter un nouvel hymne d’espoir et de paix ».

Plus attentif à la diaspora
Classé patrimoine mondial de l’humanité, symbole de la traite des Noirs, mais aussi patrimoine culturel, Gorée est le réceptacle d’une mémoire à partir de laquelle se développe un tourisme culturel et durable. « Il y a une baisse des visites ces dernières années qui tourne autour de 200 à 300.000 par an, alors qu’on en avait le double », renseigne M. Senghor, selon qui Gorée se tourne également « vers les autres qui ne font pas partie de la diaspora. La traite négrière est l’histoire du monde entier ».
Lors du festival, trois plaques symbolisant des pèlerins de la mémoire pour la paix seront dévoilées : Obama, Mandela et Jean Paul 2.

Il est également prévu un hommage à Houphouët-Boigny qui a étudié sur l’île. « A Gorée, on ne vient pas seulement en villégiature, on vient pour communier avec les ancêtres esclaves mais aussi transmettre un message de paix au monde entier ».

CONSERVATEUR DE LA MAISON DES ESCLAVES DE GORÉE : ELOI COLY, LA VOIE DU MAÎTRE
Il porte l’héritage de feu Joseph Ndiaye, notamment la Maison des esclaves. Actuel conservateur du site, Eloi Coly suit la voie tracée par le « père » auprès de qui il a passé vingt quatre bonnes années. Une voie qui consisterait à replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les vérités aléatoires sur le rôle que cette dernière a joué dans la traite transatlantique.
Presque la même intonation vocale, la même conviction, le même idéal. Ce qui les différencie, l’âge et le cursus. S’il n’est pas le fils biologique, il n’en est pas moins l’héritier. Joseph Ndiaye, Eloi Coly, un conservateur en engendre un autre.

D’ailleurs, on peut définir le second comme le continuateur du premier.
Dans son bureau, patrimoine matériel d’un passé esclavagiste, rien ne se perd. Tout ce qui a trait à la honteuse traite se conserve. Souci d’une authenticité ? Ou nostalgie d’un passé ? Comme son prédécesseur, Eloi Coly fait de la préservation de la mémoire un idéal, un devoir.
Gestionnaire du site de Gorée, patrimoine mondial, il est venu à une époque où l’autorité anticipait le départ du doyen. Le jeune Eloi est envoyé au près du « grand homme », comme il le nomme.

Au début, Joseph Ndiaye voyait en lui celui qui allait le pousser vers la sortie. « Ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas partir, mais c’était une marque de son attachement à la Maison des esclaves, nuance-t-il. Aujourd’hui, je sais ce qu’il avait ressenti à cette époque ». Devenu également très amoureux de ce lieu qui, pour certains, notamment ceux de la diaspora, devraient être un sanctuaire de repentances, il s’y attache de plus en plus. En effet, il ne voit plus les années ni les heures passées. Son seul objectif, replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les polémiques, voire les vérités aléatoires, sur sa place dans la traite négrière.

Il est 20 heures passées en une douce soirée de vendredi, Eloi Coly est encore au travail. Il est seul dans ce lieu rempli d’histoire où les fantômes des âmes malmenées du fait de leur identité noire y demeurent peut-être encore en entendant recueillements et prières. L’homme est conscient de la grande mission qui lui est assignée, notamment préserver la mémoire. Ce qui suppose une bonne compréhension des mécanismes qui ont conduit à cet état de fait afin de faire une lecture contemporaine de l’histoire.

Un parcours particulier
Au début, il était destiné au théâtre. Ceux qui l’ont vu sur les planches du Théâtre national Sorano, lui traçaient un destin d’artiste-comédien. Dans cet univers, il a eu à participer à beaucoup de productions à l’instar de Café littéraire, une émission de la Rts qui faisait la promotion de la lecture. Par un heureux concours de circonstance, le ministère de la Culture l’avait engagé pour le mettre à la disposition de l’Education nationale. Onze ans au lycée Blaise Diagne, il est rappelé plus tard dans celui de la Culture pour un poste à la Maison des esclaves. Entre temps, un renforcement de capacités pour avoir une spécialisation en Arts du spectacle et Techniques de diffusion. De passage à l’Ecole nationale d’architecture et des arts visuels et à l’Institut des arts de diffusion (Iad) de Bruxelles, il en sort outillé. Une formation pluridisciplinaire qui a facilité son intégration au site historique.

Dans un contexte d’éparpillement des fils d’Afrique qui ont perdu l’estime d’eux, en s’offrant à une nouvelle forme d’esclavage avec les bateaux de migrants sur les côtes occidentales, Eloi Coly se veut gardien de la mémoire. En effet, il veut reconstruire le discours de plus en plus tronqué pour réconcilier l’Afrique avec ses fils établis dans la diaspora. Trente deux années passées à la Maison des esclaves, ce combat commence à porter ses fruits. La traite négrière est depuis inscrite au programme national. En effet, il est fait obligation aux enseignants de conduire leurs élèves à la Maison des esclaves, en complément de l’enseignement dispensé dans les classes. Car, selon lui, tout passera par l’éducation. Aujourd’hui, le site doit être réhabilité tout en gardant son authenticité. Enfin, le couronnement de vingt quatre années de compagnonnage avec Joseph Ndiaye, mu par une seule ambition : rétablir la vérité pour situer les responsabilités dans le but d’aller vers la réconciliation et le pardon.

Marame Coumba SECK

LA MAISON DES ESCLAVES : LA MÉMOIRE RÉHABILITÉE
C’est un site qui offre un point de vue différent des récits traditionnels sur la traite négrière. Autrefois une maison privée qui servait de cellule de détentions avant un départ vers les Amériques, la Maison des esclaves est, aujourd’hui, un patrimoine matériel mondial. Membre fondateur de la Coalition internationale des sites de conscience, elle a bénéficié d’un financement de la Fondation Ford et du ministère de la Culture pour être réhabilitée.

En tant que destination internationale, la Maison des esclaves est un passage obligé des trois quart de touristes du monde entier qui se rendent au Sénégal.

Des milliers d’élèves et étudiants y effectuent des visites pédagogiques, en complément des enseignements dispensés dans les classes. Désormais, le site peine de plus en plus à satisfaire les besoins de ce public international, national et local. Ainsi, en mars 2015, une mission de consultation a été financée par la Fondation Ford à travers la Coalisation internationale des sites de conscience.

Ce projet, qui a consisté à faire une évaluation de l’état physique et de l’architecture historique de la Maison des esclaves, avait débouché sur un programme de revitalisation du site. Lequel est étendu sur trois ans et vise à faire du site un centre international de recherche dans divers sujets liés à la liberté, à la migration et à l’esclavage. Dans ce projet d’élargissement, le ministère de la Culture a doté le site d’un bâtiment adjacent, notamment la maison d’Albis. Cet espace supplémentaire, selon le conservateur de la Maison des esclaves, Eloi Coly, va permettre d’optimiser le flux de visiteurs.

Estimé à un milliard trois cents millions de FCfa, ce projet de réhabilitation coûtera à l’Etat du Sénégal huit cents millions de FCfa. Le reste du financement sera pris en charge par la Fondation Ford.

Dossier réalisé par Moussa DIOP et Marame Coumba SECK

« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ». La réflexion de Nietzsche s’applique à ceux qui s’entourent d’une auréole de poncifs énoncés de manière péremptoire qu’ils veulent véridiques. Comme déclarer « tout de go » que les immigrés « ne se hisseront jamais au sommet » de leur pays d’accueil. C’est une conviction, pas la vérité. Et cela ne fait pas très sérieux.

Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Il suffit d’ouvrir les yeux. Au delà des clichés, la diaspora sénégalaise aux Etats-Unis est fière d’avoir des professeurs issus de leur pays d’origine dans les grandes universités d’Outre-Atlantique à côté des braves gens anonymes qui s’en sortent au quotidien. En France, un tour à la Défense, le quartier des affaires de Paris, aux heures de pause, permet souvent d’entendre parler wolof, pulaar ou soninké, aux pieds des immeubles.

L’ensemble des pages de ce journal ne suffirait pas à lister ceux qui occupent des postes de responsabilité dans leurs pays d’accueil.

Donc, « Echec de l’immigration à la sénégalaise », titre choc d’un texte (on ne peut qualifier le genre), paru dans la presse en ligne, joue son rôle de provocateur et devient un vrai « piège à click ». L’ennui, c’est qu’il est un faux sermon de vérité. « Immigration à la sénégalaise ? » Fumisterie. Je parlerai d’immigration sénégalaise. Et ce n’est pas la seule incompréhension. Il faut s’agripper sur sa chaise pour ne pas tomber quand on y lit : « La vaste (sic) majorité des immigrés sénégalais est sans-papiers, clandestine. Ils sont rentrés par effraction ou en visiteurs occasionnels et ont décidé de rentrer sans être régularisés, avec tout ce que cela comporte comme contrainte en mouvements et opportunités ». Oui, le phénomène existe, mais on ne peut pas parler de « vaste majorité ». Avancer de tels propos, c’est ignorer que l’immigration sénégalaise en France (pays où ils sont le plus présents) fait partie des 40% de l’immigration familiale qui entre régulièrement dans ce pays par an. Par exemple, il y a eu 210.000 entrées d’étrangers en France en 2014 parmi lesquels 92.000 le sont pour des raisons familiales. Les étudiants composent 65.000 de ces entrées annuelles. En dehors de la France, les entrées irrégulières existent aussi mais sont, aujourd’hui, de moins en moins possibles.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Après avoir dénoncé, avec un dédain de haut « casté » social, ceux qui n’ont pas d’autres choix que les petits boulots, je trouve que c’est courageux d’en faire, l’auteur poursuit dans son chemin mal éclairé : « Les Sénégalais ne visent pas le meilleur des pays où ils sont : ils ne sont pas industriels, propriétaires de restaurants ou de magasins, d’usines de fabrication, de tours, de services à haute valeur ajoutée ou tout autre symbole industriel et moderne ». C’est d’abord méconnaitre ce qu’est une diaspora. C’est également ignorer qu’à Paris un grand couturier sénégalais a réussi à hisser son entreprise à un haut rang dans l’estime et la production ; l’une des plus grandes poissonneries du 18ème arrondissement appartient à des Sénégalais ; les restos africains les plus prisés de la capitale française sont sénégalais et gérés par des Sénégalais. Ailleurs qu’en France, à Milan, à coté de la Piazza Lima, un restaurant sénégalais fait légion, des associations sénégalaises ont apporté une aide financière aux populations italiennes durement touchées par le séisme en août 2016.

A Bruxelles, le « Dakar », une institution culinaire gérée par un jeune sénégalais dans le quartier de Matongué, accueille une clientèle diversifiée. Le foisonnement digital de jeunes Sénégalais de la diaspora avec leur start-up est au cœur de l’économie nouvelle.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Elle a certes besoin d’être plus organisée à travers de vraies structures utiles. Les coquilles vides actuelles ne nous permettent pas de mieux peser sur la Soft Power, par exemple. Pour cela, il faudra s’inspirer de ce que la diaspora indienne a réussi à travers des associations comme la Global Organisation of People of Indian Origin (Gopio) basée à New York, entre autres. Le Gopio a grandement pesé pour l’obtention de l’Inde d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu et la reconnaissance du hindi comme l’une des langues officielles des Nations unies.

Méfions-nous des convictions et crevons les évidences.

• Par Moussa DIOP

C’est une lapalissade que d’évoquer la cherté des billets d’avion vers le Sénégal. C’est un sujet qui déclenche le courroux de tous les usagers du transport aérien, en premier les Sénégalais de l’extérieur. Les nombreuses taxes aéroportuaires sont pointées du doigt.

INDIGNATION COLLECTIVE DE LA DIASPORA
Ses yeux de Chimène sont d’un coup voilés par la désillusion. Amorphe, Goumba s’enfonce un peu plus dans sa chaise. Il faut qu’il débourse 954 euros pour disposer d’un billet d’avion Paris-Dakar en juin. Le jeune père risque de rater le baptême de son nouveau-né au Sénégal, trois jours plus tard.

Devant son désespoir, Goumba, jeune quadra sénégalais, installé à Paris depuis 2003, voit l’horizon se refermer sur l’image de couleurs bariolées des tenues neuves pour le baptême de son fils, dans les rues sablonneux de Diacksao où vit sa famille. Quand soudain l’éclaircie arrive. « Vous savez que c’est possible de payer en trois ou quatre fois », glisse, d’un ton réconfortant, le chef de cette agence du 11ème arrondissement de Paris. « Ce système a été mis en place pour des personnes qui sont dans l’urgence d’un départ vers le pays d’origine, par exemple, et qui n’ont pas forcément les moyens de payer un billet d’avion au prix souvent cher ». Pour en bénéficier, il faut des garanties solides et un léger pourcentage supplémentaire qui s’ajoute au prix du billet. Comparés aux Maghrébins, Ivoiriens ou Maliens, les prix des billets d’avion vers le Sénégal sont très élevés. Cependant, le système D et les prévisions de longue date semblent être les solutions.

Terminal Sud de l’aéroport d’Orly de Paris, en plein mois d’août. Si l’incompréhension du moment porte sur le déplacement de la zone d’embarcation à cinq minutes à pied, le courroux des Sénégalais porte également sur le prix des billets d’avion. « J’ai payé le mien un peu moins de 600 euros, mais il y a près de deux mois », informe un passager sénégalais « pressé » de rejoindre sa famille à Dakar. « Nous avons payé près de 3.000 euros », affirme un couple franco-sénégalais, accompagné de leurs deux enfants », en route pour les vacances au Sénégal. Il y en a qui s’en sorte mieux que les autres. « Mon billet m’a couté moins de 500 euros, mais je l’ai pris il y a plus de cinq mois. C’est ce qu’il faut faire », conseille une jeune retraitée de la fonction publique française. Le discours est identique à la zone 13 du Terminal 2E de l’aéroport Charles de Gaulle de Roissy à Paris.

File aeroportA quelques jours de la Tabaski (début septembre), la sociologie des passagers sénégalais n’est plus la même. Contrairement à juillet et août, on voit moins de grandes familles (avec enfants) en partance pour Dakar. Rentrée scolaire oblige. Mais cela n’a pas d’incidence sur le prix du billet d’avion. « Expliquez-moi comment un billet Paris-Dakar peut être cinq fois plus cher qu’un Paris-Casablanca ? Il faut m’expliquer », s’emporte presque Bintou, la trentaine, qui n’a « pas passé la Tabaski au Sénégal depuis ses 18 ans ». Sa colère se déverse sans retenue y compris sur la mise en place d’une haie de bambous au lieu d’enregistrement des passagers vers Dakar. « C’est un manque de respect supplémentaire. Pour les vols vers les pays arabes, l’Asie ou les Amériques, il y a des standards modernes avec des bornes d’enregistrements et des aller et retours libres de passagers et de leurs accompagnateurs. Pour aller en Afrique, ils nous ont mis une « haie de bambous ». Un constat partagé par beaucoup de passagers qui n’avaient pas forcément fait attention à la délicate décoration intérieure spécifique à la zone. Ce qui chauffe un peu plus les esprits.

Sous le soleil bleu lombard, on n’en est pas encore à cet état d’agitation. L’aéroport Malpensa de Milan (Italie) n’est pas à la hauteur de la réputation de cette cité de la mode. Mais malgré son caractère austère et un peu vieillot, on peut s’y émouvoir. Notamment quand une Jaguar vintage est transformée en taxi.

Son chauffeur ressuscite le stéréotype du play-boy italien : cheveux gominés, chemise ouverte, chainette en or autour du cou, et si prompt à en découdre quand on croise de trop près son regard. Au beau milieu de ce duel globuleux entre quatre yeux, un ange passe. Il prend la forme d’un véhicule du Consulat du Sénégal à Milan. Le chauffeur sénégalais est confronté au prix « cher » des billets d’avion. « Et en plus, il est très rare d’avoir un vol direct. Pour partir au Sénégal, beaucoup font escale en France ou en Belgique ». A la mythique place Loreto, au cœur de Milan, Omar ne dit pas autre chose. Le jeune homme a déjà acheté son billet d’avion pour ses vacances au Sénégal en décembre. Amary en est encore loin. Il fulmine de colère comme le volcan Vésuve le fait au dessus de sa tête depuis bientôt deux décennies. « Je suis arrivé à Naples en 1997, informe le vieux immigré qui a dépassé la cinquantaine. Cela fait trois ans que je ne suis pas reparti au Sénégal. A cause de la crise et du chômage, c’est difficile d’épargner pour un billet d’avion tout en continuant à assurer ses besoins et celles de la famille au pays ».

Les rares Sénégalais rencontrés à l’aéroport Capodichino, placé sur les hauteurs de Naples, en partance pour Dakar, savourent le prix de leur sacrifice pour retrouver leur famille.

DESTINATION SÉNÉGAL : POURQUOI LES BILLETS D’AVION SONT SI CHERS
Destination SnQuand les taxes aéroportuaires sont de 86.800 FCfa d’Abidjan vers Paris Orly, elles sont de 94.700 FCfa de Dakar vers le même aéroport parisien.

Selon ces chiffres fournis par Corsair, il y aurait une différence de près de 8.000 FCfa entre les deux capitales ouest africaines les plus fréquentées.

Sur un trajet Paris-Dakar, une compagnie aérienne fixe le prix du billet d’avion à 180 euros, alors que toutes taxes comprises, il s’élève finalement à 630 euros. A ces taxes aéroportuaires s’ajoutent d’autres taxes et éléments qui composent un billet d’avion.

Parce qu’il y a de la complexité
Le calcul du prix d’un billet d’avion est très complexe. Le sésame qui permet de prendre l’air est composé de deux principaux éléments qui sont, d’une part, le tarif aérien et, d’autre part, les taxes et redevances. C’est la somme de ces deux éléments que le « Yield Management » (voir par page 4) utilise à travers un savant dosage d’algorithmes pour fixer le prix des billets d’avion pour chaque compagnie aérienne.
 
Parce qu’il y a des dépenses
Le tarif aérien est composé du tarif hors taxes et de ce qu’on appelle la « surcharge carburant » qui représente près de 40 % des dépenses des compagnies aériennes sur un vol. Les passagers sont souvent plus soumis aux répercussions des hausses du baril de pétrole qu’à ces baisses. En effet, il est rare de voir le prix du billet d’avion suivre la courbe de baisse des producteurs de pétrole.
 
Parce qu’il y a trop de taxes
Le deuxième élément qui compose le billet d’avion est l’addition des taxes et redevances. Il y a, par exemple, « la taxe de solidarité » communément appelé « Chirac », qui est un prélèvement de 40 euros à chaque passager de la classe affaire au départ de France pour alimenter un fonds d’aide aux pays en développement. Pour spécifiquement Dakar, le Sénégal avait mis en place, depuis 2007, la Rdia, une taxe pour financer l’aéroport international Blaise Diagne. Un passager voyageant en classe économique débourse « 72.800 FCfa de taxes qui dépendent de l’Etat sénégalais et seulement 33.700 FCfa pour la France », informait Ibra Birane Wane, un expert en transport aérien, dans une interview de nos confrères de L’As en mars 2015. L’abandon de la taxe dite Rdia permettrait au Sénégal de se situer au niveau de la France et des autres pays de l’Uemoa en matière de taxes aéroportuaires.

FACE-À-FACE CORSAIR - AIR FRANCE : LA BATAILLE DE DAKAR
En 2016, Air France fête ses 80 ans de présence au Sénégal. Dakar fait partie des tout premiers marchés africains pour la compagnie française. La capitale sénégalaise est reliée à Paris, de manière quotidienne, par Boeing 777 – 200 équipé de 270 sièges. Elle met en avant son expérience et la qualité de son service. Quant à Corsair, avec plus de 35 ans d’existence, elle dessert en vol régulier l’axe Paris-Dakar depuis novembre 2012 alors qu’elle est présente au Sénégal depuis 1993. Pour faire face à la concurrence, Corsair mise sur « un meilleur rapport qualité/prix » en combattant « le monopole et la vie chère ». Les deux compagnies assurent une grande partie des vols réguliers vers le Sénégal. Elles s’expliquent sur les prix élevés des billets d’avion.

Antoine Huet, Directeur adjoint de Corsair : « Il faut une politique plus incitative pour réduire les taxes aéroportuaires »
A Huet corsairLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Antoine Huet : Je suis un peu surpris par votre expression « très chers », car depuis que Corsair a ouvert la destination Sénégal, nous avons constaté que les tarifs ont baissé en moyenne de 30 %. Ce qui a permis d’augmenter sur cette ligne l’ensemble du trafic de 50%. Ce sont les résultats d’une étude sur l’ensemble des tarifs émis au Bfp, les systèmes communs des agents de voyage sur le marché français. L’étude est constatée pour un organisme officiel sur le prix moyen de vente du (billet d’avion, Ndlr) Paris-Dakar entre novembre 2012 et 2015. La moyenne de tous ces tarifs a baissé de 30%.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne faites-vous pas d’offres pour les familles nombreuses ou pour les étudiants ?
Nous n’avons pas d’offres pour les familles nombreuses en tant que tel. En revanche, nous avons des tarifs pour jeune et sénior. Par exemple, en dehors des tarifs promotionnels, toute l’année, nous leur proposons des prix abordables avec possibilités de modifier les dates. Pour les étudiants au départ du Sénégal, nous avons un tarif de 408.300 FCfa Ttc avec modification, en plus de deux bagages gratuits et des modifications sans frais.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne pas réduire les prix en favorisant les « low cost » ?
Cela dépend de ce vous appelez un vol « low cost ». Il faut savoir que le Sénégal est une destination long courrier. Actuellement, Corsair a une offre extrêmement compétitive qui nous permet de dire que nous avons le meilleur rapport qualité/prix. Les avions utilisés par les compagnies « low cost » (737 ou A320) ne permettent pas de desservir le Sénégal dans une manière optimum. Par exemple, pour aller au Maroc, il faut des avions mono couloir ; ce qui n’est pas le cas (pour le Sénégal, Ndlr). Il y a également le prix du carburant kérosène qui entre en compte.

Le Soleil Diaspora : Quelle stratégie et politique mettez-vous en place pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Notre stratégie est de faire un meilleur rapport qualité/prix mais aussi d’offrir notre service de fidélisation : Le Club. Il permet à toutes les personnes qui s’y inscrivent d’obtenir 10% du prix hors taxe en remise. Chez nous, ce n’est pas en « Miles » mais en euros. Il est utilisable immédiatement pour acheter de l’excédent de bagages ou un « surclassement ». Au bout de quatre allers-retours, vous obtenez le statut « Club gold » qui vous donne un certain nombre de services dont un bagage supplémentaire à chaque voyage.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je ne vous cache pas que nous avons régulièrement des contacts avec le gouvernement sénégalais pour le sensibiliser sur l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire qui est non seulement le nombre de compagnies qui la desservent, la qualité du service rendue mais aussi les taxes prélevées sur les passagers.

De ce point de vue, nous avons interpelle le gouvernement sénégalais pour qu’il ait une politique plus incitative afin de réduire les taxes aéroportuaires.

Le Soleil Diaspora : Sur un billet d’avion de 500 euros, à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires ?
Sur le tarif le plus bas, c’est-à-dire en classe économique, elles sont de 143,94 euros (Dakar). Pour la classe affaires, elles passent à 184 euros. Dans l’ensemble des taxes, il y a celles aéroportuaires sénégalaises et françaises.

Le Soleil Diaspora : Le nouvel aéroport Aibd va ouvrir dans quelques mois (avant fin 2017). Une solution pour la baisse des billets d’avion ?
C’est une possibilité. J’aurais tendance à dire que tout dépend de la politique qui sera mise en place par le gestionnaire de l’aéroport.

Avec mon expérience dans le domaine du transport aérien, je remarque que quand on construit un nouvel aéroport, il faut le rentabiliser. Par le passé, des nouveaux aéroports dans certains pays impliquaient des taxes aéroportuaires en hausse.

J’espère que ce ne sera pas le cas (au Sénégal, Ndlr) et que les concessionnaires ont bien en tête que le meilleur moyen de développer et de faire baisser les prix des billets d’avion est d’aider les compagnies aériennes qui desservent ces destinations en faisant des coût d’aéroport plus bas.

Il n’y a pas que les coût de taxes, il y a aussi les frais de grande ligne, ceux de décollage et d’atterrissage. Ils sont déterminés par l’aéroport. Il faut qu’ils soient raisonnables.

Eric Louveau, Directeur commercial du marché France : « La concurrence va dans le sens du consommateur »
Eric Louveau AFLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Eric Louveau : « Il faut rappeler d’abord que nous sommes dans un marché extrêmement concurrentiel avec des prix très « challengés ». Il y a un autre aspect important : notre concurrent, Corsair, a une politique très agressive. Ainsi, nos prix sont faits pour être compétitifs dans le marché. La liberté tarifaire et la concurrence vont dans le sens du consommateur.

Ces deux aspects nous amènent à être compétitifs toute l’année. Au-delà du prix, nous avons une attention particulière pour les communautés africaines. Air France a une politique de bagages plus généreuse, notamment sur Dakar. Le prix du billet d’avion inclut deux bagages de 23 kilos en cabine économique. Pour le reste du monde, nous sommes à une politique de bagages d’une pièce. Le deuxième élément important dans l’offre tarifaire globale est la souplesse que nous proposons sur Dakar en termes de modification avant ou après le départ. Elle n’existe pas sur d’autres destinations.

Le Soleil Diaspora : Ces éléments suffisent-ils à expliquer la cherté des billets vers le Sénégal ?
Je vous dis juste que nous avons de la concurrence directe et indirecte. Nous sommes attentifs pour capter le maximum de passagers, pour défendre notre business. Les prix sont très attractifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes toujours à la recherche du meilleur prix, de la meilleure offre tarifaire pour le client. Est-ce que Air France est bien placé, concurrentiel et compétitif sur la destination Dakar ? Je pense que c’est le cas. Depuis quelques années, nous sommes en train de gagner des parts de marché. Nous sommes également en croissance de trafic. Si nos prix n’étaient pas assez compétitifs, nous n’aurions pas ces résultats.

Le Soleil Diaspora : Quels sont ces parts de marché que vous êtes en train de grignoter ?
Ce sont des résultats que nous allons garder pour nous puisqu’ils font partie de l’information concurrentielle. Je peux juste vous dire que nous sommes en train de gagner des parts de marché plutôt que d’en perdre.

Le Soleil Diaspora : La diaspora sénégalaise s’étonne des écarts de prix entre le vol Paris-Casablanca et Paris-Dakar. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Il y a une explication logique. Dans l’aérien, chaque destination a un prix entre une origine et une destination. Les prix dépendent de la longueur des vols mais aussi de l’appareil mis en service et de la concurrence. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent et qui font qu’il est difficile de comparer une destination comme Paris-Casablanca de Paris-Dakar. Pour le premier cas, nous sommes dans une offre moyen-courrier sans prestation ou avec une prestation assez légère. Pour Paris-Dakar, nous sommes dans un avion long-courrier avec des prestations repas et autres à bord. En plus de cela, il faut rappeler que pour Casablanca, nous sommes dans un des univers les plus concurrencés au monde avec les compagnies européennes, du Moyen-Orient, de la Turquie, des Amériques, de la Chine. Nos prix sont « drivés » par la concurrence.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi n’existe-t-il pas d’offres pour les familles nombreuses et les étudiants ?
Pour les familles nombreuses, les enfants ont une réduction de 25 % et les bébés ne paient que 10% du billet chez Air France. Nous avons, tous les 15 jours, des offres promotionnelles spéciales dictées par l’environnement concurrentiel. Concernant, le deuxième élément sur la clientèle jeune, nous avons des prix compétitifs avec la possibilité de modifier des billets d’avion de manière gratuite avant ou après le départ. C’est une souplesse qui est offerte à la clientèle jeune entre 12 et 24 ans.

Le Soleil Diaspora : Et pour les hommes d’affaires qui font la navette entre Dakar et Paris…
Notre vocation est de faire voyager les clients à motif loisir, familial, touristiques ou affaires. Pour ces derniers, nous avons des tarifs attractifs en cabine affaires, premium, économique ou en économique. Ce sont des accords que nous passons entreprise par entreprise. Nous sommes extrêmement actifs sur la France, notre marché principal. Ceux qui voyagent sur l’Afrique nous connaissent et peuvent bénéficier de ces tarifs « corporate ». Pour les Pme et Pmi, il y a également un programme pour bénéficier de billets gratuits.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires mises en place au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je n’ai pas de commentaires. Nous payons les taxes qui sont appliquées dans chaque pays.

Le Soleil Diaspora : Quelles sont vos stratégies et politiques pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Nous sommes très attentifs auprès des diasporas sénégalaises et africaines. Nous avons des équipes de vente dédiées. Nous sommes au niveau des agences de voyages de ces diasporas. Nous sommes attentifs pour cibler les publicités afin de passer l’information sur nos offres. Nous sommes à leur écoute pour gagner leur préférence et leur fidélité.

« SONDAGE » LES SÉNÉGALAIS JUGENT LA CHERTÉ DES BILLETS D’AVION
Ils ont entre 17 et 77 ans.

Ils sont au nombre de 17.

Ils ont été interrogés sur plus de quatre mois, de juin à octobre, dans des aéroports en France, en Italie et au Sénégal, dans des rues de Paris, Bordeaux, Milan, Naples et Dakar, par téléphone et sur Internet.

Ce sont des cadres, ouvriers, chômeurs, retraités, étudiants et hommes et femmes d’affaires. Ils sont confrontés à la fameuse problématique du prix des billets d’avion vers le Sénégal.

Ils ont répondu à ces questions :
1 - Partez-vous souvent au Sénégal ? Si oui, à quelle fréquence ?

2 - Comment trouvez-vous le prix des billets d’avion (bas, normal, cher, assez cher, très cher, trop cher) ?

Cher à plus de 80%
Sondage avionPlus de 80% des Sénégalais de l’extérieur interrogés trouvent « assez cher » à « trop cher » le prix des billets d’avion pour rejoindre leur pays d’origine.

Cette catégorie prend l’avion au moins une fois dans l’année.

La normalité toute relative des prix des billets d’avion.

Sur les 17 personnes interrogées, seule trois trouvent le prix des billets d’avion « normal ». Parmi elles, il y a les commerçantes qui font la navette entre Dakar et une grande ville européenne (Paris et Milan, pour cet exercice). Elles sont communément appelées des Gp, parce que bénéficiant d’une gratuité partielle du prix du billet d’avion. Une jeune femme de 24 ans, Franco-Sénégalaise née et grandi en France, trouve également « normal » le prix du billet d’avion. Cependant, elle « avoue partir au Sénégal qu’une fois tous les quatre ans ».

Les solutions de la diaspora
Les Sénégalais ont recours au système D pour guetter la bonne affaire. Quand le billet d’avion Paris-Dakar coûte en moyenne 600 euros, les Sénégalais du Canada dépensent largement plus. « Avec Air France, on peut payer entre 1500 et 2000 dollars canadiens. C’est pourquoi les Sénégalais d’ici ne vont pas souvent au pays », déclare Adama Diouf, avouant ne partir au Sénégal qu’une fois tous les deux ans.

D’autres penchent pour un choix pragmatique : « Ma famille et moi choisissons la basse saison touristique pour aller au Sénégal », confie Ibra Ndiaye, Sénégalais vivant à Milan, selon qui les prix des billets d’avion sont trop chers en comparaison avec d’autres destinations. D’autres solutions émergent. Pour Doudou Sidibé, universitaire sénégalais vivant en France, « il faut diminuer les taxes sur les billets d’avion et créer une compagnie nationale ». Une idée qu’il partage avec Massamba Kane, chef d’entreprise et patron du site Senenews. « Il faut mettre en place une compagnie nationale sénégalaise durable qui roule pour le Sénégal et l’intérêt des Sénégalais avec des tarifs intéressants ».

Parmi les pistes susurrées par les interrogés, il y a celle « d’ouvrir le marché aérien sénégalais et augmenter la fréquence », selon Babacar Ndiaye. Plus de concurrence ? La famille Thior acquiesce. « Il n’y a que trois compagnies respectables/confortables qui desservent Dakar (Air France, Corsair et Brussels Airlines). Les autres, il faut prévoir une escale. Ce qui n’est pas l’idéal pour les familles et les personnes âgées, atteste la mère de famille. Ce n’est pas confortable non plus. Il y a également un risque de retard entrainant une incidence sur le deuxième vol ».

Mais tous les interrogés trouvent qu’il serait plus adéquat de diminuer les taxes aéroportuaires. « L’aéroport de Dakar n’est pas adapté pour recevoir des vols fréquents. Il suffit que deux vols arrivent en même temps, et c’est le bordel », ose-t-on du côté de la famille Thior.

CALCUL DES BILLETS D’AVION : L’UTILISATION DU « YIELD MANAGEMENT »
Aeroport ParisSelon qu’il s’agit de la Tabaski, de la Korité, des grandes vacances, des fêtes de fin d’année ou d’un attentat, les prix des billets d’avion augmentent sensiblement qu’en « temps normal ».

Le responsable de cette hausse s’appelle le « Yied Management ».

A travers un permanent et savant arbitrage entre la demande et l’offre restante, le « Yield Management » fait varier les prix des billets d’avion en améliorant et optimisant les recettes des compagnies aériennes. Ces dernières utilisent des algorithmes très sophistiqués pour anticiper au mieux la demande afin de protéger et améliorer leurs recettes.

C’est un outil qui calcule le prix des billets d’avion qu’utilisent les compagnies aériennes pour protéger et améliorer leurs recettes.

Les compagnies étrangères qui desservent Dakar et le Sénégal ont recours à cet outil stratégique et vital pour elles dans un environnement concurrentiel. Apparu dans les années 80 chez les Américains de Delta Airlines après la régularisation du transport au pays de Martin Luther King, le « Yield Management » est également appelé « revenu de management ».

Une cuisine bien maîtrisée
Le système fonctionne suivant un rythme de balancier.

Les prix sont « moyen » à « élevé » quand la demande est forte et que l’avion se remplit rapidement. Sur cette base, en période dite « creuse » ou hors saison touristique, les ventes de billets d’avion se font plus lentement et deviennent moins chers pour les avions qui décollent avec plusieurs sièges vides. Ce qui constitue des pertes. « Le meilleur remplissage d’un avion au prix le plus élevé suppose donc, entre l’ouverture des réservations et la date de départ du vol, un exercice d'ajustement permanent de l'offre restante », détaille un article paru dans la presse française.

Les regards avisés des experts du « Yield Management » ne laissent aucun détail de côté. Ils mettent en place le « Pircing » : il s’agit de répartir la cabine en différentes classes tarifaires. « Ensuite, grâce à des logiciels très sophistiqués, ils vont suivre sur une courbe l’évolution de la recette, élaborée à partir de statistiques moyennes.

Si la courbe est en avance, le vol se remplit plus rapidement que la courbe « type », les classes tarifaires les plus basses seront réduites ou fermées pour favoriser les plus chères. Inversement, si le remplissage de l’avion se fait lentement, les classes tarifaires les plus basses seront gonflées pour accélérer les réservations ».

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:00

Selon qu’il s’agit de la Tabaski, de la Korité, des grandes vacances, des fêtes de fin d’année ou d’un attentat, les prix des billets d’avion augmentent sensiblement qu’en « temps normal ».

Le responsable de cette hausse s’appelle le « Yied Management ».

A travers un permanent et savant arbitrage entre la demande et l’offre restante, le « Yield Management » fait varier les prix des billets d’avion en améliorant et optimisant les recettes des compagnies aériennes. Ces dernières utilisent des algorithmes très sophistiqués pour anticiper au mieux la demande afin de protéger et améliorer leurs recettes.

C’est un outil qui calcule le prix des billets d’avion qu’utilisent les compagnies aériennes pour protéger et améliorer leurs recettes.

Les compagnies étrangères qui desservent Dakar et le Sénégal ont recours à cet outil stratégique et vital pour elles dans un environnement concurrentiel. Apparu dans les années 80 chez les Américains de Delta Airlines après la régularisation du transport au pays de Martin Luther King, le « Yield Management » est également appelé « revenu de management ».

Une cuisine bien maîtrisée
Le système fonctionne suivant un rythme de balancier.

Les prix sont « moyen » à « élevé » quand la demande est forte et que l’avion se remplit rapidement. Sur cette base, en période dite « creuse » ou hors saison touristique, les ventes de billets d’avion se font plus lentement et deviennent moins chers pour les avions qui décollent avec plusieurs sièges vides. Ce qui constitue des pertes. « Le meilleur remplissage d’un avion au prix le plus élevé suppose donc, entre l’ouverture des réservations et la date de départ du vol, un exercice d'ajustement permanent de l'offre restante », détaille un article paru dans la presse française.

Les regards avisés des experts du « Yield Management » ne laissent aucun détail de côté. Ils mettent en place le « Pircing » : il s’agit de répartir la cabine en différentes classes tarifaires. « Ensuite, grâce à des logiciels très sophistiqués, ils vont suivre sur une courbe l’évolution de la recette, élaborée à partir de statistiques moyennes.

Si la courbe est en avance, le vol se remplit plus rapidement que la courbe « type », les classes tarifaires les plus basses seront réduites ou fermées pour favoriser les plus chères. Inversement, si le remplissage de l’avion se fait lentement, les classes tarifaires les plus basses seront gonflées pour accélérer les réservations ».

Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:03

Ils ont entre 17 et 77 ans.

Ils sont au nombre de 17.

Ils ont été interrogés sur plus de quatre mois, de juin à octobre, dans des aéroports en France, en Italie et au Sénégal, dans des rues de Paris, Bordeaux, Milan, Naples et Dakar, par téléphone et sur Internet.

Ce sont des cadres, ouvriers, chômeurs, retraités, étudiants et hommes et femmes d’affaires. Ils sont confrontés à la fameuse problématique du prix des billets d’avion vers le Sénégal.

Ils ont répondu à ces questions :
1 - Partez-vous souvent au Sénégal ? Si oui, à quelle fréquence ?

2 - Comment trouvez-vous le prix des billets d’avion (bas, normal, cher, assez cher, très cher, trop cher) ?

Cher à plus de 80%
Plus de 80% des Sénégalais de l’extérieur interrogés trouvent « assez cher » à « trop cher » le prix des billets d’avion pour rejoindre leur pays d’origine.

Cette catégorie prend l’avion au moins une fois dans l’année.

La normalité toute relative des prix des billets d’avion.

Sur les 17 personnes interrogées, seule trois trouvent le prix des billets d’avion « normal ». Parmi elles, il y a les commerçantes qui font la navette entre Dakar et une grande ville européenne (Paris et Milan, pour cet exercice). Elles sont communément appelées des Gp, parce que bénéficiant d’une gratuité partielle du prix du billet d’avion. Une jeune femme de 24 ans, Franco-Sénégalaise née et grandi en France, trouve également « normal » le prix du billet d’avion. Cependant, elle « avoue partir au Sénégal qu’une fois tous les quatre ans ».

Les solutions de la diaspora
Les Sénégalais ont recours au système D pour guetter la bonne affaire. Quand le billet d’avion Paris-Dakar coûte en moyenne 600 euros, les Sénégalais du Canada dépensent largement plus. « Avec Air France, on peut payer entre 1500 et 2000 dollars canadiens. C’est pourquoi les Sénégalais d’ici ne vont pas souvent au pays », déclare Adama Diouf, avouant ne partir au Sénégal qu’une fois tous les deux ans.

D’autres penchent pour un choix pragmatique : « Ma famille et moi choisissons la basse saison touristique pour aller au Sénégal », confie Ibra Ndiaye, Sénégalais vivant à Milan, selon qui les prix des billets d’avion sont trop chers en comparaison avec d’autres destinations. D’autres solutions émergent. Pour Doudou Sidibé, universitaire sénégalais vivant en France, « il faut diminuer les taxes sur les billets d’avion et créer une compagnie nationale ». Une idée qu’il partage avec Massamba Kane, chef d’entreprise et patron du site Senenews. « Il faut mettre en place une compagnie nationale sénégalaise durable qui roule pour le Sénégal et l’intérêt des Sénégalais avec des tarifs intéressants ».

Parmi les pistes susurrées par les interrogés, il y a celle « d’ouvrir le marché aérien sénégalais et augmenter la fréquence », selon Babacar Ndiaye. Plus de concurrence ? La famille Thior acquiesce. « Il n’y a que trois compagnies respectables/confortables qui desservent Dakar (Air France, Corsair et Brussels Airlines). Les autres, il faut prévoir une escale. Ce qui n’est pas l’idéal pour les familles et les personnes âgées, atteste la mère de famille. Ce n’est pas confortable non plus. Il y a également un risque de retard entrainant une incidence sur le deuxième vol ».

Mais tous les interrogés trouvent qu’il serait plus adéquat de diminuer les taxes aéroportuaires. « L’aéroport de Dakar n’est pas adapté pour recevoir des vols fréquents. Il suffit que deux vols arrivent en même temps, et c’est le bordel », ose-t-on du côté de la famille Thior.

Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:04

En 2016, Air France fête ses 80 ans de présence au Sénégal. Dakar fait partie des tout premiers marchés africains pour la compagnie française. La capitale sénégalaise est reliée à Paris, de manière quotidienne, par Boeing 777 – 200 équipé de 270 sièges. Elle met en avant son expérience et la qualité de son service. Quant à Corsair, avec plus de 35 ans d’existence, elle dessert en vol régulier l’axe Paris-Dakar depuis novembre 2012 alors qu’elle est présente au Sénégal depuis 1993. Pour faire face à la concurrence, Corsair mise sur « un meilleur rapport qualité/prix » en combattant « le monopole et la vie chère ». Les deux compagnies assurent une grande partie des vols réguliers vers le Sénégal. Elles s’expliquent sur les prix élevés des billets d’avion.

Antoine Huet, Directeur adjoint de Corsair : « Il faut une politique plus incitative pour réduire les taxes aéroportuaires »
A Huet corsairLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Antoine Huet : Je suis un peu surpris par votre expression « très chers », car depuis que Corsair a ouvert la destination Sénégal, nous avons constaté que les tarifs ont baissé en moyenne de 30 %. Ce qui a permis d’augmenter sur cette ligne l’ensemble du trafic de 50%. Ce sont les résultats d’une étude sur l’ensemble des tarifs émis au Bfp, les systèmes communs des agents de voyage sur le marché français. L’étude est constatée pour un organisme officiel sur le prix moyen de vente du (billet d’avion, Ndlr) Paris-Dakar entre novembre 2012 et 2015. La moyenne de tous ces tarifs a baissé de 30%.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne faites-vous pas d’offres pour les familles nombreuses ou pour les étudiants ?
Nous n’avons pas d’offres pour les familles nombreuses en tant que tel. En revanche, nous avons des tarifs pour jeune et sénior. Par exemple, en dehors des tarifs promotionnels, toute l’année, nous leur proposons des prix abordables avec possibilités de modifier les dates. Pour les étudiants au départ du Sénégal, nous avons un tarif de 408.300 FCfa Ttc avec modification, en plus de deux bagages gratuits et des modifications sans frais.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne pas réduire les prix en favorisant les « low cost » ?
Cela dépend de ce vous appelez un vol « low cost ». Il faut savoir que le Sénégal est une destination long courrier. Actuellement, Corsair a une offre extrêmement compétitive qui nous permet de dire que nous avons le meilleur rapport qualité/prix. Les avions utilisés par les compagnies « low cost » (737 ou A320) ne permettent pas de desservir le Sénégal dans une manière optimum. Par exemple, pour aller au Maroc, il faut des avions mono couloir ; ce qui n’est pas le cas (pour le Sénégal, Ndlr). Il y a également le prix du carburant kérosène qui entre en compte.

Le Soleil Diaspora : Quelle stratégie et politique mettez-vous en place pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Notre stratégie est de faire un meilleur rapport qualité/prix mais aussi d’offrir notre service de fidélisation : Le Club. Il permet à toutes les personnes qui s’y inscrivent d’obtenir 10% du prix hors taxe en remise. Chez nous, ce n’est pas en « Miles » mais en euros. Il est utilisable immédiatement pour acheter de l’excédent de bagages ou un « surclassement ». Au bout de quatre allers-retours, vous obtenez le statut « Club gold » qui vous donne un certain nombre de services dont un bagage supplémentaire à chaque voyage.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je ne vous cache pas que nous avons régulièrement des contacts avec le gouvernement sénégalais pour le sensibiliser sur l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire qui est non seulement le nombre de compagnies qui la desservent, la qualité du service rendue mais aussi les taxes prélevées sur les passagers.

De ce point de vue, nous avons interpelle le gouvernement sénégalais pour qu’il ait une politique plus incitative afin de réduire les taxes aéroportuaires.

Le Soleil Diaspora : Sur un billet d’avion de 500 euros, à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires ?
Sur le tarif le plus bas, c’est-à-dire en classe économique, elles sont de 143,94 euros (Dakar). Pour la classe affaires, elles passent à 184 euros. Dans l’ensemble des taxes, il y a celles aéroportuaires sénégalaises et françaises.

Le Soleil Diaspora : Le nouvel aéroport Aibd va ouvrir dans quelques mois (avant fin 2017). Une solution pour la baisse des billets d’avion ?
C’est une possibilité. J’aurais tendance à dire que tout dépend de la politique qui sera mise en place par le gestionnaire de l’aéroport.

Avec mon expérience dans le domaine du transport aérien, je remarque que quand on construit un nouvel aéroport, il faut le rentabiliser. Par le passé, des nouveaux aéroports dans certains pays impliquaient des taxes aéroportuaires en hausse.

J’espère que ce ne sera pas le cas (au Sénégal, Ndlr) et que les concessionnaires ont bien en tête que le meilleur moyen de développer et de faire baisser les prix des billets d’avion est d’aider les compagnies aériennes qui desservent ces destinations en faisant des coût d’aéroport plus bas.

Il n’y a pas que les coût de taxes, il y a aussi les frais de grande ligne, ceux de décollage et d’atterrissage. Ils sont déterminés par l’aéroport. Il faut qu’ils soient raisonnables.

Eric Louveau, Directeur commercial du marché France : « La concurrence va dans le sens du consommateur »
Eric Louveau AFLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Eric Louveau : « Il faut rappeler d’abord que nous sommes dans un marché extrêmement concurrentiel avec des prix très « challengés ». Il y a un autre aspect important : notre concurrent, Corsair, a une politique très agressive. Ainsi, nos prix sont faits pour être compétitifs dans le marché. La liberté tarifaire et la concurrence vont dans le sens du consommateur.

Ces deux aspects nous amènent à être compétitifs toute l’année. Au-delà du prix, nous avons une attention particulière pour les communautés africaines. Air France a une politique de bagages plus généreuse, notamment sur Dakar. Le prix du billet d’avion inclut deux bagages de 23 kilos en cabine économique. Pour le reste du monde, nous sommes à une politique de bagages d’une pièce. Le deuxième élément important dans l’offre tarifaire globale est la souplesse que nous proposons sur Dakar en termes de modification avant ou après le départ. Elle n’existe pas sur d’autres destinations.

Le Soleil Diaspora : Ces éléments suffisent-ils à expliquer la cherté des billets vers le Sénégal ?
Je vous dis juste que nous avons de la concurrence directe et indirecte. Nous sommes attentifs pour capter le maximum de passagers, pour défendre notre business. Les prix sont très attractifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes toujours à la recherche du meilleur prix, de la meilleure offre tarifaire pour le client. Est-ce que Air France est bien placé, concurrentiel et compétitif sur la destination Dakar ? Je pense que c’est le cas. Depuis quelques années, nous sommes en train de gagner des parts de marché. Nous sommes également en croissance de trafic. Si nos prix n’étaient pas assez compétitifs, nous n’aurions pas ces résultats.

Le Soleil Diaspora : Quels sont ces parts de marché que vous êtes en train de grignoter ?
Ce sont des résultats que nous allons garder pour nous puisqu’ils font partie de l’information concurrentielle. Je peux juste vous dire que nous sommes en train de gagner des parts de marché plutôt que d’en perdre.

Le Soleil Diaspora : La diaspora sénégalaise s’étonne des écarts de prix entre le vol Paris-Casablanca et Paris-Dakar. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Il y a une explication logique. Dans l’aérien, chaque destination a un prix entre une origine et une destination. Les prix dépendent de la longueur des vols mais aussi de l’appareil mis en service et de la concurrence. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent et qui font qu’il est difficile de comparer une destination comme Paris-Casablanca de Paris-Dakar. Pour le premier cas, nous sommes dans une offre moyen-courrier sans prestation ou avec une prestation assez légère. Pour Paris-Dakar, nous sommes dans un avion long-courrier avec des prestations repas et autres à bord. En plus de cela, il faut rappeler que pour Casablanca, nous sommes dans un des univers les plus concurrencés au monde avec les compagnies européennes, du Moyen-Orient, de la Turquie, des Amériques, de la Chine. Nos prix sont « drivés » par la concurrence.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi n’existe-t-il pas d’offres pour les familles nombreuses et les étudiants ?
Pour les familles nombreuses, les enfants ont une réduction de 25 % et les bébés ne paient que 10% du billet chez Air France. Nous avons, tous les 15 jours, des offres promotionnelles spéciales dictées par l’environnement concurrentiel. Concernant, le deuxième élément sur la clientèle jeune, nous avons des prix compétitifs avec la possibilité de modifier des billets d’avion de manière gratuite avant ou après le départ. C’est une souplesse qui est offerte à la clientèle jeune entre 12 et 24 ans.

Le Soleil Diaspora : Et pour les hommes d’affaires qui font la navette entre Dakar et Paris…
Notre vocation est de faire voyager les clients à motif loisir, familial, touristiques ou affaires. Pour ces derniers, nous avons des tarifs attractifs en cabine affaires, premium, économique ou en économique. Ce sont des accords que nous passons entreprise par entreprise. Nous sommes extrêmement actifs sur la France, notre marché principal. Ceux qui voyagent sur l’Afrique nous connaissent et peuvent bénéficier de ces tarifs « corporate ». Pour les Pme et Pmi, il y a également un programme pour bénéficier de billets gratuits.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires mises en place au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je n’ai pas de commentaires. Nous payons les taxes qui sont appliquées dans chaque pays.

Le Soleil Diaspora : Quelles sont vos stratégies et politiques pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Nous sommes très attentifs auprès des diasporas sénégalaises et africaines. Nous avons des équipes de vente dédiées. Nous sommes au niveau des agences de voyages de ces diasporas. Nous sommes attentifs pour cibler les publicités afin de passer l’information sur nos offres. Nous sommes à leur écoute pour gagner leur préférence et leur fidélité.

Propos recueillis par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:06

Quand les taxes aéroportuaires sont de 86.800 FCfa d’Abidjan vers Paris Orly, elles sont de 94.700 FCfa de Dakar vers le même aéroport parisien.

Selon ces chiffres fournis par Corsair, il y aurait une différence de près de 8.000 FCfa entre les deux capitales ouest africaines les plus fréquentées.

Sur un trajet Paris-Dakar, une compagnie aérienne fixe le prix du billet d’avion à 180 euros, alors que toutes taxes comprises, il s’élève finalement à 630 euros. A ces taxes aéroportuaires s’ajoutent d’autres taxes et éléments qui composent un billet d’avion.

Parce qu’il y a de la complexité
Le calcul du prix d’un billet d’avion est très complexe. Le sésame qui permet de prendre l’air est composé de deux principaux éléments qui sont, d’une part, le tarif aérien et, d’autre part, les taxes et redevances. C’est la somme de ces deux éléments que le « Yield Management » (voir par page 4) utilise à travers un savant dosage d’algorithmes pour fixer le prix des billets d’avion pour chaque compagnie aérienne.
 
Parce qu’il y a des dépenses
Le tarif aérien est composé du tarif hors taxes et de ce qu’on appelle la « surcharge carburant » qui représente près de 40 % des dépenses des compagnies aériennes sur un vol. Les passagers sont souvent plus soumis aux répercussions des hausses du baril de pétrole qu’à ces baisses. En effet, il est rare de voir le prix du billet d’avion suivre la courbe de baisse des producteurs de pétrole.
 
Parce qu’il y a trop de taxes
Le deuxième élément qui compose le billet d’avion est l’addition des taxes et redevances. Il y a, par exemple, « la taxe de solidarité » communément appelé « Chirac », qui est un prélèvement de 40 euros à chaque passager de la classe affaire au départ de France pour alimenter un fonds d’aide aux pays en développement. Pour spécifiquement Dakar, le Sénégal avait mis en place, depuis 2007, la Rdia, une taxe pour financer l’aéroport international Blaise Diagne. Un passager voyageant en classe économique débourse « 72.800 FCfa de taxes qui dépendent de l’Etat sénégalais et seulement 33.700 FCfa pour la France », informait Ibra Birane Wane, un expert en transport aérien, dans une interview de nos confrères de L’As en mars 2015. L’abandon de la taxe dite Rdia permettrait au Sénégal de se situer au niveau de la France et des autres pays de l’Uemoa en matière de taxes aéroportuaires.

 

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:11

Ses yeux de Chimène sont d’un coup voilés par la désillusion. Amorphe, Goumba s’enfonce un peu plus dans sa chaise. Il faut qu’il débourse 954 euros pour disposer d’un billet d’avion Paris-Dakar en juin. Le jeune père risque de rater le baptême de son nouveau-né au Sénégal, trois jours plus tard.

Devant son désespoir, Goumba, jeune quadra sénégalais, installé à Paris depuis 2003, voit l’horizon se refermer sur l’image de couleurs bariolées des tenues neuves pour le baptême de son fils, dans les rues sablonneux de Diacksao où vit sa famille. Quand soudain l’éclaircie arrive. « Vous savez que c’est possible de payer en trois ou quatre fois », glisse, d’un ton réconfortant, le chef de cette agence du 11ème arrondissement de Paris. « Ce système a été mis en place pour des personnes qui sont dans l’urgence d’un départ vers le pays d’origine, par exemple, et qui n’ont pas forcément les moyens de payer un billet d’avion au prix souvent cher ». Pour en bénéficier, il faut des garanties solides et un léger pourcentage supplémentaire qui s’ajoute au prix du billet. Comparés aux Maghrébins, Ivoiriens ou Maliens, les prix des billets d’avion vers le Sénégal sont très élevés. Cependant, le système D et les prévisions de longue date semblent être les solutions.

Terminal Sud de l’aéroport d’Orly de Paris, en plein mois d’août. Si l’incompréhension du moment porte sur le déplacement de la zone d’embarcation à cinq minutes à pied, le courroux des Sénégalais porte également sur le prix des billets d’avion. « J’ai payé le mien un peu moins de 600 euros, mais il y a près de deux mois », informe un passager sénégalais « pressé » de rejoindre sa famille à Dakar. « Nous avons payé près de 3.000 euros », affirme un couple franco-sénégalais, accompagné de leurs deux enfants », en route pour les vacances au Sénégal. Il y en a qui s’en sorte mieux que les autres. « Mon billet m’a couté moins de 500 euros, mais je l’ai pris il y a plus de cinq mois. C’est ce qu’il faut faire », conseille une jeune retraitée de la fonction publique française. Le discours est identique à la zone 13 du Terminal 2E de l’aéroport Charles de Gaulle de Roissy à Paris.

A quelques jours de la Tabaski (début septembre), la sociologie des passagers sénégalais n’est plus la même. Contrairement à juillet et août, on voit moins de grandes familles (avec enfants) en partance pour Dakar. Rentrée scolaire oblige. Mais cela n’a pas d’incidence sur le prix du billet d’avion. « Expliquez-moi comment un billet Paris-Dakar peut être cinq fois plus cher qu’un Paris-Casablanca ? Il faut m’expliquer », s’emporte presque Bintou, la trentaine, qui n’a « pas passé la Tabaski au Sénégal depuis ses 18 ans ». Sa colère se déverse sans retenue y compris sur la mise en place d’une haie de bambous au lieu d’enregistrement des passagers vers Dakar. « C’est un manque de respect supplémentaire. Pour les vols vers les pays arabes, l’Asie ou les Amériques, il y a des standards modernes avec des bornes d’enregistrements et des aller et retours libres de passagers et de leurs accompagnateurs. Pour aller en Afrique, ils nous ont mis une « haie de bambous ». Un constat partagé par beaucoup de passagers qui n’avaient pas forcément fait attention à la délicate décoration intérieure spécifique à la zone. Ce qui chauffe un peu plus les esprits.

Sous le soleil bleu lombard, on n’en est pas encore à cet état d’agitation. L’aéroport Malpensa de Milan (Italie) n’est pas à la hauteur de la réputation de cette cité de la mode. Mais malgré son caractère austère et un peu vieillot, on peut s’y émouvoir. Notamment quand une Jaguar vintage est transformée en taxi.

Son chauffeur ressuscite le stéréotype du play-boy italien : cheveux gominés, chemise ouverte, chainette en or autour du cou, et si prompt à en découdre quand on croise de trop près son regard. Au beau milieu de ce duel globuleux entre quatre yeux, un ange passe. Il prend la forme d’un véhicule du Consulat du Sénégal à Milan. Le chauffeur sénégalais est confronté au prix « cher » des billets d’avion. « Et en plus, il est très rare d’avoir un vol direct. Pour partir au Sénégal, beaucoup font escale en France ou en Belgique ». A la mythique place Loreto, au cœur de Milan, Omar ne dit pas autre chose. Le jeune homme a déjà acheté son billet d’avion pour ses vacances au Sénégal en décembre. Amary en est encore loin. Il fulmine de colère comme le volcan Vésuve le fait au dessus de sa tête depuis bientôt deux décennies. « Je suis arrivé à Naples en 1997, informe le vieux immigré qui a dépassé la cinquantaine. Cela fait trois ans que je ne suis pas reparti au Sénégal. A cause de la crise et du chômage, c’est difficile d’épargner pour un billet d’avion tout en continuant à assurer ses besoins et celles de la famille au pays ».

Les rares Sénégalais rencontrés à l’aéroport Capodichino, placé sur les hauteurs de Naples, en partance pour Dakar, savourent le prix de leur sacrifice pour retrouver leur famille.

Dossier réalisé par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:10

Les 12 travaux d’Hercule

19 Juil 2016
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Les magnifiques paysages naturels de Corse, le charme des bateaux-mouches de la Seine qui voguent à la découverte de Paris et la rafraîchissante brume matinale nécessaire pour affiner le goût particulier des courgettes de Normandie finissent par ne plus avoir d’effets sur les étudiants sénégalais. L’éclat de l’image « cartes postales » a jauni pour eux sous l’effet d’un labeur épuisant pendant l’été dans des sites touristiques et régions agricoles françaises. Souvent pas boursier, l’étudiant sénégalais en France expérimente de juin à août les 12 travaux d’Hercule, des jobs d’été. Le jeune Sénégalais peut faire 12 heures par jour de « plonge » pour nettoyer la vaisselle dans les cuisines de grands restaurants de Bonifacio, la très touristique cité de Corse du Sud. Un rythme qu’il soutient puisque l’ayant expérimenté, à moindre dose, tout au long de l’année dans un miteux restaurant universitaire dans sa résidence.

Son désir d’empocher un bon salaire pendant l’été amène l’étudiant sénégalais à accepter de faire, sans formation préalable, des Canistrellis : ces biscuits Corses dont le croquant et le parfum en font des produits de saison prisés par tous les touristes qui parcourent la grande île. En Corse du nord, dans un village situé entre les montagnes et la mer, près de Bastia, un jeune Sénégalais préfère ne pas faire trempette à la plage pour tremper dans l’huile chaude des bouts de farine passés au pétrin. Ce jeune étudiant en Licence de géographie à Paris, venu de Diourbel, est devenu un spécialiste des « Frappes » : des beignets goûteux au sucre dont la fabrication occasionne malheureusement des brûlures du fait des éclaboussures d’huile.

Dans une paillote du sud de la France, l’étudiant sénégalais dans une petite école d’ingénieur de Lyon s’accommode facilement de l’étiquette de pizzaïolo grâce à son esprit cartésien qui lui permet de maitriser les savants dosages des ingrédients et de la pâte du célèbre plat italien. Un jeune Sénégalais de Dijon se retrouve commis de cuisine dans un restaurant de la place de Clichy à Paris. Plusieurs autres étudiants sénégalais sont également présents dans le secteur de la restauration rapide comme « équipier » au Mc Do, chez Quick ou Kfc, au rythme de travail effréné à Paris, ville la plus touristique au monde. Les caisses de supermarchés, de boutiques de vêtements et les guichets de salles de spectacle sont des endroits réputés pour les filles aux frêles épaules.

Les plus fortes, puis toutes celles et ceux qui n’ont pas le choix se rabattent sur les vendanges ou le travail agricole : les cueillettes de melons ou de courgettes (fruits et légumes qui poussent à même le sol) dont une seule journée de ramassage, sous un soleil de cagnard, met un dos en compote. Ce n’est pas une image mais bien une réalité. La cueillette des oranges, des fraises et des pommes ne sont pas simple non plus, mais causent moins de ravage corporel.

Ces 12 travaux d’Hercule sont accompagnés par une pression des employeurs qui espèrent un bon chiffre d’affaires sur les deux à trois mois que dure la saison, pour leur permettre d’être à l’abri du besoin le reste de l’année. Les énormes enjeux financiers sont subis par les jeunes sénégalais. En exemple, la peur d’une famille normande exploitante agricole de la mauvaise qualité de sa récolte de courgettes à cause d’un manque d’ensoleillement a pris la forme d’un harcèlement continu sur un étudiant sénégalais qui n’irait pas assez vite dans le travail. Donc, peur d’une perte à gagner mais espoir d’un gain d’expérience. Les jobs d’été pour les étudiants sénégalais sont synonymes de premier contact avec le monde professionnel.

En effet, c’est un véritable parcours initiatique à travers la recherche d’une place libre mais aussi les tracas administratifs avec la demande d’une autorisation de travail. La législation française autorise 18 heures de travail par semaine aux étudiants sénégalais de septembre à mai. La restriction est levée durant les trois mois des grandes vacances. A toutes ces difficultés, on oppose facilement les sommes parfois colossales amassées : une bonne saison de trois mois dans un grand restaurant en Corse peut atteindre près de 6000 euros.

Pour tous les étudiants sénégalais, les jobs d’été permettent de renflouer les poches afin de faire face aux exigences liées à l’inscription (500 euros en moyenne), au paiement du logement durant l’année, aux frais de transport, à la nourriture, voire l’envoi d’argent au Sénégal. C’est une nécessité pour tous ceux et celles qui ne disposent pas d’une bourse de l’Etat ou n’ont pas de parents aisés. 

Par Moussa DIOP

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:26

Le conditionnel était de rigueur dans les circonstances de l’annonce de la mort d’un sénégalais de 17 ans à Nice. Il n’était pas de trop. Le décès de Tamsir apparaît, de plus en plus évident, ne rien à voir avec la tuerie qui a causé 84 morts et 202 blessés à Nice au soir du 14 juillet. Cependant les circonstances de la mort de Tamsir soulèvent beaucoup d’interrogations.

Les premiers éléments de l’enquête des policiers du Groupe d’appui judiciaire (GAJ) de Nice sont formels. La mort par noyade de Tamsir est survenue dans l’après-midi du 14 juillet à la plage de Nice. C’est-à-dire plus de 5 heures avant la tuerie sur la Promenade des Anglais. Le hasard a fait que l’endroit où le suspect de l’attentat et son camion ont été immobilisés se trouve, « sur près d’une dizaine de mètres », du lieu où le corps de Tamsir a été repêché de la mer. Quand la petite histoire se lie à la grande fauchant sur son passage le destin d’un jeune homme de 17 ans.

Les questions de la famille

L’enquête de la police française va se poursuivre et l’autopsie du corps devait éclaircir l’heure exacte et les circonstances du décès. En attendant que la policière chargée du dossier poursuive ses investigations, la famille de Tamsir s’interroge sur les premiers éléments de l’enquête dont elle dispose. Pour Omar, cousin et tuteur de Tamsir à Nice, « les zones d’ombre sont nombreuses. Comment peut-on m’expliquer que Tamsir se soit noyé en plein après-midi sur une plage remplie de personnes et de sauveteurs ». Pendant l’été, la plage niçoise reçoit des milliers de personnes au quotidien surtout un 14 juillet, jour férié où on célèbre la fête nationale en France. « Et puis, les premières informations recueillies sur son Facebook révèlent que Tamsir est partie à la plage en compagnie d’une autre personne. Contactée, cette personne nous indique l’avoir quitté vivant dans l’après-midi. Je me pose des questions sur ce qu’elle nous raconte. » Omar a décidé de s’attacher les services d’une amie détective privé qui va fournir les premiers résultats de son enquête à la police française débordée par son travail sur l’attentat.

Connaissant parfaitement Nice pour y vivre et y travailler depuis 16 ans, Omar compte trouver des réponses aux questions qu’il se pose sur la mort de son cousin qu’il avait fait venir à Nice en février 2016. « Tamsir n’était pas un étudiant mais il finissait une formation professionnelle dans l’informatique et l’hôtellerie.
C’était un jeune homme brillant, travailleur, respectueux des gens et de sa religion. Je l’ai couvé, montré le chemin à Nice. Je lui ai trouvé la formation. C’était une personne exemplaire », poursuit Omar dans l’établissement du portrait de son cousin disparu. Inlassablement, il revient sur ce fameux et dramatique 14 juillet 2016. Le jeune Tamsir sort de l’appartement qu’il partage avec son cousin qui dort profondément pour « récupérer de la fatigue d’un récent voyage au Sénégal ».

Rendez-vous avec la mort
Leur logement se trouve à moins de 10 minutes à pied de la Promenade des Anglais mitoyenne de la mer. Tamsir ne le sait pas encore mais il ne remettra pas les pieds dans l’appartement car il a rendez-vous avec la mort. Au réveil, le cousin ne le revoit pas rentrer. « Ce qui ne fait pas partie de ses habitudes ». Pris de panique après avoir entendu les premières informations sur l’attentat de Nice, Omar part à la recherche du jeune Tamsir. Il passe trois heures à le chercher dans ce qu’il appelle « une scène de guerre où il y avait des morts partout. Il y avait des corps déchiquetés, écrasés et du sang partout sur la chaussée ». La situation était tellement chaotique qu’Omar en oublie même mon sort et la panique liée à l’absence de Tamsir. En fin de soirée, il décide, la mort dans l’âme, de rentrer pour reprendre les recherches le lendemain. Pas la peine. Au petit matin du 15 juillet, la police frappe à la porte de l’appartement que se partage les deux cousins. Omar comprend rapidement ce qui se passe. « Je lui avais toujours conseillé de sortir avec ses papiers d’identité.

C’est ce qu’il avait fait et c’est grâce à cela que les policiers ont pu arriver jusqu’à moi ». Interrogé par les policiers français, Omar reconnaît Tamsir sur la photo du corps présentée par les agents dépositaire de l’ordre. « Je n’ai pas encore vu le corps mais je suis sûr à 100% que c’est lui sur la photo que les policiers m’ont montrée », jure-t-il. De ce mauvais cauchemar qui s’éternise, Omar espère une issue rapide pour faire le deuil de son cousin. Mais son vœu ne va certainement pas se réaliser dans les jours à venir. En effet, la police locale renforcée par des éléments nationaux est occupée par les enquêtes liées à la tuerie de Nice. Pour le moment, même le jour de l’autopsie du corps de Tamsir n’est pas encore connu. Des délais qui s’allongent et qui étirent la souffrance d’une famille qui ne demande qu’à faire le deuil.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 12:54

La promenade des anglais est devenue celle du deuil pour les Français mais aussi les nombreux Sénégalais qui vivent dans cette partie ensoleillée de France. Terrorisée et choquée, la famille Diène l’est en apprenant que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur présumée de la tuerie est leur voisin d’immeuble. Le deuil et les questionnements hantent Omar. Tamsir, son cousin est mort par noyade dans l’après-midi à l’endroit du drame de Nice. Un malheureux hasard. Ces destins de Sénégalais sont au cœur de l’horreur à des géométries variables.

Voisine du suspect
Awa Diène : « Il était venu m’acheter des cigarettes du Sénégal »
Le choc et la stupeur. Ce sont les sentiments de la famille Diène. Ce sont les voisins de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le principal suspect de l’attentat de Nice ayant fait 84 morts et plus de 200 blessés dont certains dans une urgence absolue. La famille Diène décrit une personne discrète dont elle a été au contact récemment.

« Un peu choquée ! Ce n’est pas tous les jours que le RAID vous réveille », s’exclame Awa Diène quand on lui demande comment va-t-elle. L’unité d’élite de la police est venue à 9 heures ce vendredi 15 juillet dans le petit immeuble de trois étages où vit la famille Diène pour faire exploser la porte de leur voisin. « C’est à ce moment que nous avons appris que c’est Mohamed le principal suspect de la tuerie », précise Awa. La jeune sénégalaise de 29 ans habite au troisième étage l’immeuble qui abrite une dizaine d’appartements dont celui de l’auteur présumé de la tuerie situé au premier. Arrivée en France en 2008 pour y poursuivre des études en information et communication, Awa Diène, avec son mari et son fils de 15 mois, habite depuis un an l’immeuble situé au quartier des abattoirs, dans l’est de Nice. C’est un quartier populaire mais calme avec des bâtiments administratifs. Il est à 20 minutes à pied du centre ville et à moins de 10 minutes en voiture. La jeune mère de famille a croisé dans l’immeuble plusieurs fois Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Une famille au contact du suspect
« C’est un grand homme, mince et un peu baraqué mais il n’est pas un bloc de muscles, décrit Awa Diène. Il est de peau mate comme certains Maghrébins du sud. Il me disait toujours bonjour mais de manière timide et effacé. On dirait qu’il n’arrivait pas à ouvrir la bouche quand il parlait. C’était un solitaire. Nous n’avons jamais eu d’histoires avec lui, contrairement à certains voisins.

». Décrit comme réservé mais cela n’empêchait pas le suspect pas à aller vers les autres quand il en avait besoin. « En rentrant de mon dernier séjour au Sénégal, j’avais rapporté des cartouches de cigarettes. Par l’intermédiaire d’une voisine gabonaise en commun, il était venu chez moi pour m’acheter deux cartouches. C’était au mois de février dernier ». Soit six mois avant la terrible tuerie de la Promenade des Anglais.

Coup du destin
En ce matin du 14 juillet, Awa scrute le ciel en priant qu’il pleuve pour ne pas assister au traditionnel feu d’artifice. Mais son vœu ne sera pas exaucé. Il fait beau à Nice. « J’ai décidé d’y aller finalement puisqu’en réfléchissant, j’ai pensé à mon fils qui a 15 mois et que le spectacle pouvait faire partie de ses premiers souvenirs ». La petite famille n’arrive pas à trouver une bonne place vu le nombre de personnes. « Nous étions installés juste à l’entrée de la « Prom’ » (diminutif de la Promenade des Anglais chez les Niçois, ndlr) », regrette Awa Diène. Cet inconfort va s’avérer un mal pour un bien. « Juste après la fin du feu d’artifice, nous avons décidé de rentrer chez nous. Sur le chemin, nous croisons les premiers camions de pompiers qui roulaient à vive allure. Ils partaient secourir les victimes du carnage ». Plusieurs jours après les événements, la jeune mère de famille reste choquée. « Nous pouvions y passer, constate-t-elle avec le recul. Même si nous échappions au camion, le mouvement de foule pouvait nous être fatal surtout avec un enfant dans les bras. » Après avoir appris qu’elle était voisine du suspect, la famille Diène est doublement bouleversée.

Le traumatisme risque de laisser des traces dans la vie de tous les jours de Awa Diène. « A la suite des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier 2015) puis ceux du Bataclan (13 novembre 2015), j’avais décidé de ne plus sortir, de ne plus aller dans des rassemblements de personnes. J’évite les centres commerciaux, les transports en commun. Mes proches disent que je suis parano.

Ce qui est arrivé me donne raison. ». Si sur son jeune garçon, Awa ne décèle pas de terreur particulière liée à l’attentat, sa belle-fille, de passage, est véritablement terrorisée. Après une étape de « déni de jour d’après » attentat avec par la conviction d’une erreur sur l’identité du suspect, l’époux d’Awa Diène s’est rendu à l’évidence face aux faits cliniquement déclinés depuis l’attentat.« Avec le vélo découvert dans le camion, nous n’avions plus de doute. Notre voisin faisait ses trajets avec un vélo ». Un jour, c’est en se baladant dans le centre de Nice que la famille avait compris que leur voisin était chauffeur-livreur en l’apercevant au travail.

Retour au Sénégal
Nice, leur berceau d’adoption touché, la famille Diène pense au retour au Sénégal. « Depuis les premiers attentats, j’avais commencé à m’interroger sur l’opportunité de retourner vivre au Sénégal, reconnaît Awa Diène. D’autant plus qu’aux attentats de 2014 ayant frappé Nice, je travaillais déjà à côté sur la promenade des Anglais ». Pourtant la situation au Sénégal ne la rassure pas non plus. « Lors de ma dernière visite, j’ai vu qu’au niveau de certains quartiers (Almadies, par exemple) ou lieux commerciaux, il y avait des check point. Nous ne sommes nulle part en sécurité. Et notre sous-région n’est plus aussi sûre. Mais au Sénégal, nous avons l’avantage d’être entourés par nos famille alors que nous sommes seuls en France ».

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 13:01

Selon les sources étrangères, il y aurait entre 9 à 11.000 inscriptions sénégalaises par année en France. Il y a 37 associations estudiantines sénégalaises dans l’Hexagone. Des chiffres qui montrent l’importante présence sénégalaise dans les écoles, universités et instituts en France. Autant d’étudiants qui ambitionnent la réussite dans les études pour embrasser des carrières professionnelles épanouies. Pour arriver au bout de leurs projets d’études, les étudiants sénégalais profitent généralement des jobs d’été pour se remplir les poches et disposer d’une expérience souvent inoubliable.

Un précieux sésame pour les Sénégalais en France
Trouver un job d'été est un exercice auquel se plient, chaque année, des milliers de jeunes sénégalais de la diaspora. Des nouveaux arrivants aux plus anciens, nombreux sont ceux qui ont besoin de ce ticket d’entrée au monde professionnel et à la stabilité financière.

Paris : L’inscription, le loyer de la rentrée prochaine, l’achat d’un billet d’avion pour rendre visite à la famille au Sénégal et le désir d’avoir une année scolaire financièrement stable constituent souvent les raisons qui obligent les étudiants sénégalais à chercher un travail saisonnier. Si la recherche est moins stressante pour les boursiers qui disposent d’une stabilité financière, elle est plus préoccupante pour les non boursiers. C’est le cas de Mariama, 18 ans, étudiante en 1ère année d’Informatique à Paris. « Je n’ai pas eu la bourse et il faut absolument que je trouve un job d’été afin d’assurer au moins l’inscription de ma 2ème année de Licence Informatique », avance-t-elle.

En effet, Mariama est actuellement hébergée chez des proches de sa famille. Son objectif est de décrocher un petit boulot pour payer les 800 euros (environ 530.000 FCfa) de frais pour son inscription de l’année prochaine. Un travail qui lui permettra d’avoir un logement étudiant au sein des Crous (opérateur de l’Etat français pour la gestion de la vie étudiante, Ndlr). « Cela soulagerait mes parents qui ont payé tous mes frais universitaires de ma première année en France », poursuit-elle.

Parcours du combattant
Trouver un job d’été est une nécessité mais c’est un véritable parcours de combattant, malgré la diversité des postes à pourvoir.

L’une des règles pour réussir à obtenir un job d’été en France est de s’y prendre très tôt ; ce qui permet d’augmenter les chances d’en trouver. «  Nous obtenons des jobs de serveur, caissier, gardien, professeur, vendeur, etc. », informe Kéba, 20 ans, étudiant en 3ème année d’Economie et Gestion à l’Université de Grenoble. S’y étant pris très tard l’année dernière, Kéba a, cette fois-ci, commencé ses recherches de job d’été dès le mois de mars 2016. « Je travaille actuellement comme caissier dans un supermarché, non loin de ma résidence universitaire », se félicite-t-il. Même s’il a trouvé son processus de recrutement long et fastidieux, Kéba est au moins en mesure de régler toutes ses factures en attente de paiement. « J’ai dû déposer une centaine de Cv, passer 15 entretiens au total, avant d’obtenir ce job », précise-t-il. De plus, lorsqu’ils vivent dans de petites villes, où il y a peu d’offres saisonnières, les étudiants sénégalais sont parfois obligés de quitter leurs lieux de résidence pour aller chercher ce fameux sésame dans des régions où l’offre est plus importante. C’est le cas d’Ousseynou, 20 ans, étudiant en Télécoms en Normandie, au Havre. « J’ai quitté le Havre afin de trouver un job d’agent de sécurité à La Baule, en Loire atlantique. Le trajet le Havre-La Baule (Nord-ouest et ouest de la France) est très long, mais je n’ai pas le choix si je veux m’inscrire en septembre, confit-il.

En outre, ces étudiants « forcés » de travailler loin de leur ville d’études sont souvent confrontés aux contraintes de logement et de transport. « Comme je ne suis pas véhiculé et que je n’ai pas un job où je suis logé et nourri par l’employeur, je dors à la plage, à la belle étoile », conclut-il, impuissant. Se battre pour trouver un travail pendant les grandes vacances d’été n’est pas une particularité de la nouvelle génération des étudiants sénégalais en France. Ce fut le cas de leurs ainés.

L’histoire se répète
Pape Diop, 30 ans, ingénieur informatique vivant aujourd’hui à Paris, se rappelle encore de son parcours du combattant pour trouver un job d’été. « Je faisais de la cueillette de fraise dans un petit village du sud de la France, de 7h à 18h. Ce, après avoir cherché en vain un travail de caissier dans un Mc Donald’s à Valenciennes (dans le nord de la France où il faisait ses études, ndlr).

J’étais obligé d’aller loin si je voulais acheter ce billet pour Dakar et rendre visite à ma mère malade », se souvient-il, sourire aux lèvres. Entre la génération de Mariama, Ousseynou et celle de Pape, rien n’a changé. Le besoin de trouver ce gagne-pain est toujours présent et les conditions de son obtention sont restées tout autant difficiles. Cependant, il y a de plus en plus de structures qui les aident à rédiger des Cv et lettres de motivation, en plus de les orienter vers les secteurs qui recherchent le plus de travailleurs saisonniers. Parallèlement, on note une forte solidarité de la communauté sénégalaise dans la recherche de jobs d’été.Ceux qui ont déjà trouvé un travail recommandent leurs compatriotes auprès de leur patron ou leur transmettent de bons contacts.

Trouver un boulot d’été est presque un passage obligé pour les étudiants sénégalais vivant en Occident. Si l’obtenir reste souvent un parcours du combattant, tous sont unanimes sur les bienfaits de ces expériences. Ils y gagnent de l’indépendance financière vis-à-vis des parents, de la maturité et un premier pas dans le monde professionnel.

Par Aminata Thior

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:34

De plus en plus nombreux au Canada, en dépit des frais de scolarité assez élevés en Amérique du Nord, les étudiants sénégalais ne dérogent pas à la règle d’occuper ce qu’on appelle couramment des « jobs d’étudiants ».

Pour la majorité des étudiants sénégalais au Canada, travailler ne rime pas forcément avec nécessité. Les frais universitaires sont réglés généralement par les parents. Cependant, travailler permet de combler d’autres besoins accessoires comme le transport, le logement, les abonnements téléphoniques, la voiture, les loisirs, etc. C’est une situation qui découle de la spécificité des étudiants au Canada : ils proviennent généralement de familles dites « aisées ».

Réglementation du temps de travail
Avec la loi de juin 2014 portant sur des changements au programme des étudiants étrangers, les Sénégalais inscrits dans les universités canadiennes ou les établissements du supérieur peuvent travailler en temps partiel jusqu’à 20 heures par semaine durant l’année universitaire (sessions automne et hiver). C’est une restriction qui n’a plus lieu d’être pendant les congés, notamment l’été. En effet, les étudiants sénégalais ont la possibilité de travailler à temps plein sous condition d’une demande de permis de travail. Généralement, le permis d’études qui fait office de carte de résident temporaire suffit. À l'instar de leurs homologues étudiants dans d’autres pays, les jeunes occupent des emplois dans des centres d’appels, usines, restaurants ou fast-food, dans les dépanneurs (au Québec, c’est une expression pour désigner une petite épicerie de quartier ou supérette, Ndlr), entreprises de nettoyage, dans des hôtels, des entrepôts, etc. Les étudiantes se singularisent généralement à travers des postes de vendeuse ou caissière, coiffeuse dans les salons ou à domicile dans la communauté sénégalaise.

Selon le témoignage de Bassirou Sèye, étudiant en Génie électrique de l’Université du Québec, à Trois-Rivières (Uqtr), « la priorité reste la présence non négociable aux cours ». Le jeune étudiant reconnaît qu’il lui « arrive de travailler en dehors de la période estivale pendant laquelle les engagements universitaires sont moindres » ; ce qui lui « donne la possibilité de travailler en entreprise à plein temps ».

S’adapter au monde du travail
Ce job lui permet non seulement de subvenir à certains de ses besoins, mais encore de « s’adapter au monde du travail et à la société d’accueil ». En effet, une fois leur diplôme en poche, les étudiants ont généralement le choix de rentrer dans leurs pays d’origine ou de demander la résidence permanente.

On compte environ une quarantaine d’étudiants sénégalais à Trois-Rivières, ville située à environ 200 km de Montréal. Il peut cependant arriver que certains d’entres eux ne puissent plus assumer le coût financier des études. Cela implique un inversement des priorités : le job d’étudiant prend le dessus sur les études. Lors du boom économique dans l’Ouest canadien, avec le pétrole en Alberta, Calagary, il y a eu un afflux massif d’étudiants provenant du Québec. Ils étaient venus à la recherche d’un emploi et ainsi des fonds pour faire face aux responsabilités liées à leurs études universitaires. Les jobs d’étudiants ont un autre effet. Ils peuvent être un tremplin pour décrocher un emploi en rapport avec les études, mais malheureusement, ce sont souvent des boulots plus alimentaires qu’autre chose.

Un étudiant a besoin d’être dans de bonnes conditions de travail pour réussir. Il arrive que des parents sénégalais envoient leurs enfants sans prendre les dispositions qui leur permettront d’assumer les frais universitaires. Pour rappel, le Canada a toujours été une destination de choix pour les Sénégalais, grâce à la réputation de son enseignement, mais aussi par l’entremise de l’énorme possibilité de rester sur place une fois les études terminées.

Aminata Sow, correspondante à Montréal

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:29

 

Tokyo : A travers le rayonnement de ses universités et de ses avancées technologiques, le Japon attire depuis longtemps les étudiants sénégalais. Une formation très prisée. Malgré la barrière de la langue, de jeunes sénégalais n'hésitent plus à tenter l'aventure pour étudier au Pays du Soleil levant. La voie privilégiée reste l'obtention d'une bourse d'excellence offerte par le gouvernement nippon. Mais d'autres étudiants empruntent le chemin sinueux du financement sur fonds propres. Un choix qui mène aux petits boulots et jobs d’été. 

Ils sont, chaque année, une centaine d’étudiants sénégalais à se présenter au concours. Les places sont chères : moins de cinq sont sélectionnés pour réaliser leur projet d'études au Japon.

Spécificités japonaises
Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes sénégalais sont tentés de réaliser leur projet de formation sur financement privé. Une voie de contournement qui n’est pas dénuée de difficultés. Alors que les bénéficiaires de la bourse du Japon disposent d’un accompagnement pédagogique et social, ceux qui financent leur voyage sur fonds propres doivent faire face à des difficultés financières dans un pays où le coût de la vie est parmi les plus élevés au monde. Aussi, pour financer des études onéreuses, les étudiants alternent bien souvent petits boulots et études.

Solidarité
Mais les Sénégalais au Pays du Soleil levant se sont organisés en communauté dynamique afin de s’apporter une assistance mutuelle reposant sur la mise en place d’un réseau de solidarité. Cela passe par l’intégration de nouveaux venus et le partage d’informations utiles. Il est évident que réaliser un projet d'études au Japon nécessite des moyens financiers importants. Etudier au Japon sans assise financière relève d’un véritable défi. Allier job et études peut s'avérer un pari risqué.

Parmi eux, nombreux sont ceux qui échouent. En somme, détermination, abnégation et persévérance sont la recette de la réussite pour ceux qui ne disposent pas d’une bourse.

Aly Diab DIOP, correspondant au Japon

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:28

Le Sénégalais est un être hybride avec une grande capacité de s’adapter à l’environnement d’accueil ou de passage tout en gardant les spécificités qui font son Adn. La laïcité française, très différente de celle du Sénégal, interpelle d’abord le primo arrivant sénégalais. Il finit par s’habituer à allier Ramadan et non aménagements des horaires de travail ou de cours. Contrairement au Sénégal où on peut allégrement faire sa prière sur son lieu de travail au vu et su de tout le monde, en France, c’est interdit par la laïcité qui y a court.

Définie par Albert Jacquard, elle « est l’acceptation de toutes les opinions et de tous les comportements qui savent respecter l’autre ». C’est le fruit d’un long processus de maturation qui avait pour but de « mettre fin à l’existence de « deux France » », selon Jean Baubérot, le grand spécialiste des questions de laïcité en France. « Deux France » qu’on résumait entre catholique et protestants au Moyen-Âge, puis entre croyants et laïcs pour la période contemporaine.

Au Moyen-Âge, la société française obéissait aux règles de l’Eglise chrétienne. De l’instauration du gallicanisme par Philippe le Bel (1268 – 1314) avec des conséquences néfastes sur les minorités juives et protestantes à l’Edit de Nantes (1598) qui protégeait les adeptes du protestantisme à sa révocation (1685) occasionnant leur massacre, le Moyen-Âge français est marqué par des tourments religieux. Aux premières années de la Révolution (1789 – 1791), la liberté de conscience et de culte est proclamée avant que les religions ne soient combattues en 1793 par une séparation, sur le principe de l’Eglise et de l’Etat. C’est la continuité des « deux France ».

Avec le concordat de 1802, Napoléon instaure un régime pluriel des « cultes reconnus ». Autant à la Restauration qu’à la IIe puis IIIe  République, anti et pro cléricaux continuent de s’opposer sur la place de la religion. C’est la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 qui, en mettant fin au Concordat avec Rome, devait apaiser les tensions entre pouvoir spirituel et exécutif. Depuis lors, cette loi, fondement de la laïcité française, a été revisitée plusieurs fois. Sous la IV puis V République, les écoles confessionnelles bénéficient du financement de l’Etat français (jusqu’à 80% à partir de 1959) à condition qu’elles passent un contrat avec l’Etat sur le respect des programmes de l’enseignement public, ce qui leur permet d’avoir des activités religieuses.

Durant toute cette période, le catholicisme était dans le viseur des défenseurs de la laïcité à la française. A partir de la fin des années 1980, la donne va changer avec l’arrivée à l'école des enfants issus des premières générations d’immigrés.

Parmi eux, beaucoup viennent de l'Afrique de l'Ouest et du Maghreb. Le port du voile dit islamique est présenté comme n’étant pas incompatible avec la laïcité mais peut le devenir avec un certain nombre de comportement : prosélytisme, refus des cours sur la sexualité. Ainsi, les années 2000 sont marquées par un retour des « deux France » avec un changement notable du fait de la présence des Français musulmans en majorité issus de l'immigration. A la suite des attentats du 11 septembre, les débats sur l’incompatibilité de l’Islam et de la République reviennent régulièrement au cœur de l’actualité. Les hommes politiques ont pliés sous les coups de boutoir d’une certaine opinion avec la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes ostensibles à l’école publique. En clair, le port du voile musulman. La boucle, pour le moment, est bouclée avec la loi du 20 octobre 2010 qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public. Se retrouvant au cœur de ces « deux France », l’homo senegalensis, fort en adaptation, se plie à la loi tout en trouvant des solutions. Pour l’enseignement religieux des enfants, à défaut d’avoir toujours les moyens de les inscrire dans les écoles confessionnelles aux prix exorbitants, le système D est mis en place. Le cas d’associations comme le Bol d’Or du 18ème arrondissement de Paris peut être cité en exemple, avec un maître coranique venant tous les dimanches pour l'enseignement des enfants.

Pendant le Ramadan, être productif en entreprise malgré les 18 heures de jeûne quotidien est une nécessité sans aménagement d’horaires de travail, ni d’entorse sur l’injonction de ne pas prier sur son lieu de travail ou encore de mettre des chants religieux dans les quartiers. C’est cela aussi concilier foi et loi.

• Par Moussa DIOP

Ramadan au Japon : Le Halal pour lutter contre les clichés

Le nombre de musulmans n’est pas statistiquement connu au Japon. Le mois de Ramadan est une opportunité de mieux faire tomber les clichés largement partagés sur la religion musulmane.

Tokyo - Un des endroits fréquentés par les musulmans et surtout par la communauté sénégalaise dans la capitale japonaise est la Grande Mosquée. Dotée d’un centre culturel, elle offre l'opportunité aux non musulmans (Japonais ou étrangers) de partager le repas de la rupture du jeûne pendant toute la durée du mois de Ramadan. En juin, les jours sont plus longs au Japon. Ce qui fait une durée totale de 16 heures de jeûne. Aux yeux des Japonais, la pratique du Ramadan soulève beaucoup de questions. Ces interrogations portent sur le sens du jeûne, ses défis autant physiologique et psychologique. Ce qui laisse place, très souvent, a une discussion intéressante sur le fait religieux et sa place au cœur des enjeux du moment. Ainsi, le Ramadan reste un moment de communion entre une communauté musulmane et une population aux croyances assez diversifiées, partant du bouddhisme, du shintoisme au christianisme, en passant même par une version syncrétiste.

Mais l’Islam, ses préceptes et principes, sont en train de sortir de la forme de marginalité dans laquelle il était confiné jusqu’à récemment dans l’Empire du Soleil levant. Cette sortie de l’ornière est due à l’intérêt relatif mais grandissant autour de la marque Halal et du business qui y est associé. S’appuyant et s’entourant de l’expertise de ses « voisins » comme l’Indonésie, le plus grand pays musulmans au monde, et de la Malaisie entre autres, il y a tout un « branding » qui est construit autour du label « Halal ». La particularité du « Halal » au Japon réside dans une utilisation qui va au-delà de la cuisine pour investir le cosmétique. Il y a plusieurs fora comme la Japan Halal expo. Au-delà du « Halal », le Japon veut capter la clientèle musulmane. Le développement d’un circuit touristique, Muslim friendly, est en projet.

Dans ce contexte de développement relatif de l’Islam au Japon, le Ramadan est un moment qui permet de promouvoir le vivre ensemble, le partage mais aussi et surtout un dialogue culturel et pas que religieux.

Aly Diab Diop

Ramadan en France : Quand la nostalgie s’invite à la table du « Ndogou »
ramadan japonPendant le mois de Ramadan au pays de la Téranga, ils avaient l’appel du muezzin le matin ou le réveil du chef de famille pour bien débuter la journée de jeûne. Les courtes journées, les ruptures de jeûne en famille et les rappels des bonnes pratiques religieuses durant la journée rythmaient leur quotidien sénégalais. A Paris, le décor et les conditions du jeûne sont totalement différents.

Mariama, Papis et Seydou, des Sénégalais établis en France, racontent ce changement radical.

Papis, 23 ans, est en dernière année d’études d’ingénieur en Mécanique à Paris. Il a passé seul, son premier mois de Ramadan en France, avec sa grande sœur dans une résidence universitaire à Grenoble. Le calme et le sentiment d’être seul au monde en train de jeuner l’ont particulièrement marqué. « A Dakar, je passais mes journées pendant le Ramadan avec mes amis dans des conférences religieuses ou dans des activités caritatives. En France, je ne me rends compte de mon jeûne que lorsque mes collègues vont déjeuner ou évitent de manger devant moi », confie-t-il avec le sourire. Avec le temps, Papis s’est habitué à l’ambiance des mois de Ramadan en France. Les repas moins copieux et le vide autour de la table à manger les soirs de rupture de jeûne viennent s’ajouter à sa routine durant le mois béni.

Contrairement à Papis qui s’est finalement adapté à son rituel solitaire, Mariama, 18 ans, étudiante en Informatique, est en train de vivre son premier Ramadan parisien dans une grande famille sénégalaise. « Mis à part la longueur des journées de jeûnes (Plus de 18 heures cumulées), je ne sens aucune différence entre mon Ramadan de Dakar et celui de Paris », constate-t-elle.

En effet, à l’université, Mariama est en compagnie de ses camarades de cours d’origine maghrébine qui observe tout autant qu’elle le Ramadan. Le soir, elle retrouve sa famille d’accueil. Un oncle établi à Paris depuis plus 10 ans avec femme et enfants. « Comme à Dakar, les cris des enfants à l’approche de la rupture me font toujours rire. L’odeur des mets me rappelle les préparations de maman et mes joies de pouvoir enfin manger le soir en famille sont aussi intenses que les ruptures à Dakar », ajoute-t-elle. Cette ambiance de rupture du jeûne familial que décrit Mariama est aujourd’hui le vécu de Seydou, ce cadre en Informatique vivant à Paris depuis 9 ans. « Mes premières années de Ramadan en France furent un choc pour moi. Je manquais de me réveiller tous les petits matins pour le « kheud ». Mes cours se terminaient à 19h et, très souvent, je me retrouvais à faire ma rupture en plein cours ou en examen avec uniquement 3 dattes ».

Aujourd’hui, Seydou est marié et père d’une fille de 2 ans. Une petite famille certes, mais il ressent ce bonheur de réveiller sa femme pour manger et faire la prière du matin. Le soir, au milieu de plusieurs plats succulents, il se rappelle des mois de Ramadan heureux de son enfance à Dakar, mais aussi ces difficiles journées de jeûne pendant ses premières années en France.

Aminata THIOR

Last modified on jeudi, 30 juin 2016 14:38

Plus de 250 experts et hommes d’affaires se sont rencontrés les 6 et 7 juin à Dakar
Cette réunion présidée par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne a été axée sur la contribution de ces deux catégories au Plan Sénégal émergent (Pse) et au Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).

Lors du Conseil des ministres du 10 février 2016, le président Macky Sall avait instruit le gouvernement d’associer la diaspora dans la mise en œuvre des chantiers de l’Etat, notamment du Pse.

C’est pourquoi plusieurs ateliers liés à l’hydraulique, à l’électrification rurale, aux pistes rurales, aux équipements agricoles, à l’entrepreneuriat rural, etc., ont jalonné la rencontre. Chaque année, plus de 1.000 milliards de FCfa sont envoyés par la diaspora. Les Sénégalais de l’extérieur se sont toujours impliqués dans la mise en place d’infrastructures socio-économiques de base dans les localités les plus reculées du pays, contribuant à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Le nombre de musulmans n’est pas statistiquement connu au Japon. Le mois de Ramadan est une opportunité de mieux faire tomber les clichés largement partagés sur la religion musulmane.

Tokyo - Un des endroits fréquentés par les musulmans et surtout par la communauté sénégalaise dans la capitale japonaise est la Grande Mosquée. Dotée d’un centre culturel, elle offre l'opportunité aux non musulmans (Japonais ou étrangers) de partager le repas de la rupture du jeûne pendant toute la durée du mois de Ramadan.

En juin, les jours sont plus longs au Japon. Ce qui fait une durée totale de 16 heures de jeûne. Aux yeux des Japonais, la pratique du Ramadan soulève beaucoup de questions. Ces interrogations portent sur le sens du jeûne, ses défis autant physiologique et psychologique. Ce qui laisse place, très souvent, a une discussion intéressante sur le fait religieux et sa place au cœur des enjeux du moment. Ainsi, le Ramadan reste un moment de communion entre une communauté musulmane et une population aux croyances assez diversifiées, partant du bouddhisme, du shintoisme au christianisme, en passant même par une version syncrétiste.

Mais l’Islam, ses préceptes et principes, sont en train de sortir de la forme de marginalité dans laquelle il était confiné jusqu’à récemment dans l’Empire du Soleil levant. Cette sortie de l’ornière est due à l’intérêt relatif mais grandissant autour de la marque Halal et du business qui y est associé. S’appuyant et s’entourant de l’expertise de ses « voisins » comme l’Indonésie, le plus grand pays musulmans au monde, et de la Malaisie entre autres, il y a tout un « branding » qui est construit autour du label « Halal ». La particularité du « Halal » au Japon réside dans une utilisation qui va au-delà de la cuisine pour investir le cosmétique. Il y a plusieurs fora comme la Japan Halal expo. Au-delà du « Halal », le Japon veut capter la clientèle musulmane. Le développement d’un circuit touristique, Muslim friendly, est en projet.

Dans ce contexte de développement relatif de l’Islam au Japon, le Ramadan est un moment qui permet de promouvoir le vivre ensemble, le partage mais aussi et surtout un dialogue culturel et pas que religieux.

Aly Diab Diop

Le mois de Ramadan est le prétexte pour aller à la rencontre de l’association Le Dental Fulbé Kanada « DFK » qui œuvre pour promouvoir la culture peule et la langue pulaar au Canada. Le Dfk met l’accent sur le volet social par la solidarité et l’entraide entre ses membres, tout en s’intégrant à la société canadienne – québécoise et en nouant des liens avec les autres groupes communautaires.

L’association, principalement présente au Québec, surtout à Montréal, a organisé, ce samedi 25 juin, son Ndogou annuel ou « Koumtari partagé ». C’est une cérémonie qui réunit ses membres et sympathisants originaires du Sénégal, de la Mauritanie et de la Guinée. « C’est une occasion de joindre l’utile à l’agréable », dit Amadou Tidiane Bâ, le président de Dfk. Ce dernier précise que l’association a une vocation sociale et culturelle. Diverses activités sont organisées : cabane à sucre, visite du zoo de Granby, barbecue annuel, soirées culturelles, tournoi de football en lien avec les autres associations et un fonds social. Pour Amadou Tidiane Bâ, c’est un devoir pour l’association d’organiser le "Ndogou" annuel « puisque la grande majorité de ses membres sont des musulmans ». Cependant, il est à préciser que les musulmans ne représentent que 3% de la population au Québec.

Dans un contexte mondial marqué par la menace terroriste et la possible radicalisation des jeunes sur Internet, les enfants de Sénégalais qui naviguent entre la culture canadienne et africaine sont confrontés à la problématique de l’apprentissage de leur religion.

Pour cela, des initiatives locales sont menées et différentes méthodes sont employées. Elles vont de l’enseignement culturel et religieux dans les centres communautaires comme celui de e-Darra, en passant par des cours via Skype (professeur au Sénégal qui dispense l’enseignement à distance) et aussi des enseignements à domicile regroupant plusieurs enfants. Selon Amadou Tidiane Bâ, la grande différence entre la pratique du jeûne au Sénégal et au Canada réside dans la durée de la diète religieuse. Cette année, le jeûne dure environ 17 heures par jour. A Montréal, l’été peut ressembler à la chaleur caniculaire au Sénégal en juin-juillet. Le Ramadan est l’occasion de promouvoir les valeurs de solidarité et de partage qui caractérisent les Africains et particulièrement les Sénégalais.

A cet effet, toutes les associations religieuses ou « dahiras » mourides, tidianes, layennes (Fondation Nourou  Darayni, Fondation Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, Dahira Tidiane Rive-Sud) organisent leur Leylatoul Khadr (la Nuit du destin) respectifs. « C’est un devoir pour tout musulman de participer à la promotion et à la valorisation de l’Islam », soutient Mamadou Dieng de Dfk et membre aussi de la mosquée Tawuba, très actif dans l’enseignement et la promotion de la religion. Il est également d’avis que les grands défis demeurent l’éducation religieuse des enfants et trouver un compromis pour les adultes de la grande Métropole de Montréal, entre le travail et le respect de la prière obligatoire du vendredi. « Il faut se battre, poursuit Mamadou Dieng, car nous ne sommes pas dans  un pays  musulman ou bien à majorité musulmane ».

Au Québec, on parle beaucoup d’accommodements raisonnables envers la communauté musulmane, surtout pendant le Ramadan. L’actualité récente évoque un cas de « questions – accommodements » soumis par des employeurs à la Commission des Droits de la personne : trois vendeurs musulmans dans les télécommunications veulent avoir deux heures le midi pour prier, or la pause du midi est de 30 minutes dans cette entreprise ; l’employeur veut savoir comment gérer la situation. « Avec nos moyens, nous transformons nos foyers en lieux d’apprentissage du Coran et de la religion d’une manière générale, en dehors des heures de cours à l’école canadienne, bien évidemment. Ce qui nous permet de transmettre aux enfants cet héritage », souligne Mamadou Dieng.

S’inspirer de la culture au Québec pour l’enseignement religieux
Au sein de Dfk, nous sommes conscients que les moyens d’un enseignement religieux au Canada sont différents de ceux employés en Afrique. Il faut privilégier l’approche des écoles québécoises. « Au Canada, on fait le nécessaire pour que les enfants aiment l’école, et s’y plaisent. Ce qui est indispensable à la réussite. En revanche, dans nos cultures, on a plus tendance à forcer et contraindre l’enfant, regrette Mamadou Dieng. Un verset du Coran parle de miséricorde pour enseigner la religion. Allah a beaucoup d’attributs. Il a utilisé son caractère le plus doux pour enseigner le Coran. L’approche canadienne de l’enseignement ludique est déjà présente dans le Coran ». Il est important de maîtriser le Coran, de connaître ces recommandations et de les appliquer. « Ainsi, dans notre mosquée, nous mettons des jeux, nous donnons des collations, des prix, des cadeaux, tout cela pour que l’enfant soit à l’aise et qu’il puisse avoir envie de revenir. Nous faisons le maximum pour que nos enfants apprennent tout en s’amusant ».

Mamadou Dieng raconte une anecdote pour illustrer son propos : « Un enfant dont l’un des parents est de confession musulmane et l’autre chrétienne m’a dit être tiraillé entre deux cultures, sa mère l’amène à l’église et son père à la mosquée. Il avait une interrogation sur sa future religion. A l’église, on distribue des bonbons alors qu’il n’y en a pas à la mosquée. En tirant les leçons de ce témoignage, nous avons commencé à acheter des bonbons ».

 Il y a une autre solution pour l’enseignement religieux aux enfants de Sénégalais installés au Canada. Elle réside dans la fréquentation des écoles privées confessionnelles. « Au Canada, nous avons le droit d’ouvrir une école de tendance religieuse. Les écoles musulmanes ne sont pas nombreuses ; on en dénombre deux à Montréal et une à Ottawa. Mais il y a un problème de taille : ces écoles ne sont pas à la portée de tous les parents car elles sont chères. « Les parents qui en ont les moyens peuvent inscrire leurs enfants dans ses établissements de l’élémentaire au secondaire. Pour cela, il faut débourser autour de 6.000 dollars  canadiens  par an, soit environ 2.700.000 FCfa. Les enfants peuvent y porter le voile, faire leurs prières dans des salles aménagées », poursuit Mamadou Dieng. Ce dernier lance un appel pour la mosquée de Tawuba (à Montréal) : « Nous appelons tous les musulmans à participer financièrement à notre effort collectif de nous doter d’un grand espace réunissant un lieu de prières et un centre culturel ».

Aminata Sow

Pendant le mois de Ramadan au pays de la Téranga, ils avaient l’appel du muezzin le matin ou le réveil du chef de famille pour bien débuter la journée de jeûne. Les courtes journées, les ruptures de jeûne en famille et les rappels des bonnes pratiques religieuses durant la journée rythmaient leur quotidien sénégalais. A Paris, le décor et les conditions du jeûne sont totalement différents. Mariama, Papis et Seydou, des Sénégalais établis en France, racontent ce changement radical.

Papis, 23 ans, est en dernière année d’études d’ingénieur en Mécanique à Paris. Il a passé seul, son premier mois de Ramadan en France, avec sa grande sœur dans une résidence universitaire à Grenoble. Le calme et le sentiment d’être seul au monde en train de jeuner l’ont particulièrement marqué. « A Dakar, je passais mes journées pendant le Ramadan avec mes amis dans des conférences religieuses ou dans des activités caritatives. En France, je ne me rends compte de mon jeûne que lorsque mes collègues vont déjeuner ou évitent de manger devant moi », confie-t-il avec le sourire. Avec le temps, Papis s’est habitué à l’ambiance des mois de Ramadan en France.

Les repas moins copieux et le vide autour de la table à manger les soirs de rupture de jeûne viennent s’ajouter à sa routine durant le mois béni. Contrairement à Papis qui s’est finalement adapté à son rituel solitaire, Mariama, 18 ans, étudiante en Informatique, est en train de vivre son premier Ramadan parisien dans une grande famille sénégalaise. « Mis à part la longueur des journées de jeûnes (Plus de 18 heures cumulées), je ne sens aucune différence entre mon Ramadan de Dakar et celui de Paris », constate-t-elle. En effet, à l’université, Mariama est en compagnie de ses camarades de cours d’origine maghrébine qui observe tout autant qu’elle le Ramadan.

Le soir, elle retrouve sa famille d’accueil. Un oncle établi à Paris depuis plus 10 ans avec femme et enfants. « Comme à Dakar, les cris des enfants à l’approche de la rupture me font toujours rire. L’odeur des mets me rappelle les préparations de maman et mes joies de pouvoir enfin manger le soir en famille sont aussi intenses que les ruptures à Dakar », ajoute-t-elle. Cette ambiance de rupture du jeûne familial que décrit Mariama est aujourd’hui le vécu de Seydou, ce cadre en Informatique vivant à Paris depuis 9 ans. « Mes premières années de Ramadan en France furent un choc pour moi. Je manquais de me réveiller tous les petits matins pour le « kheud ».

Mes cours se terminaient à 19h et, très souvent, je me retrouvais à faire ma rupture en plein cours ou en examen avec uniquement 3 dattes ». Aujourd’hui, Seydou est marié et père d’une fille de 2 ans. Une petite famille certes, mais il ressent ce bonheur de réveiller sa femme pour manger et faire la prière du matin. Le soir, au milieu de plusieurs plats succulents, il se rappelle des mois de Ramadan heureux de son enfance à Dakar, mais aussi ces difficiles journées de jeûne pendant ses premières années en France. 

Aminata THIOR

Last modified on jeudi, 30 juin 2016 13:24

Sénégalais vivant aux Etats-Unis depuis 17 ans, Boubou Mbow est aujourd’hui le directeur du département Afrique de l’une des quatre plus importantes sociétés de transfert d’argent des Etats-Unis. Selon lui, si le Sénégal veut profiter de sa diaspora, il doit pouvoir contrôler les flux financiers des émigrés qui injectent, chaque année, près de 1.000 milliards de FCfa dans le pays. Il prenait part à la rencontre des experts et hommes d’affaires nationaux et de la diaspora qui s’est tenue du 6 au 7 juin dernier.

Quels sont les enjeux de ce forum ?
A travers ce forum, nous cherchons, en tant que Sénégalais de l’extérieur, à apporter notre contribution au développement de notre pays. La diaspora contribue vivement au développement du Sénégal. Nous représentons près de 13% du Produit intérieur brut (Pib). L’année dernière, les Sénégalais de la diaspora ont envoyé près 1000 milliards de Fcfa. Mais tout cet argent est investi dans les ménages. Nous cherchons une solution pour que ce flux financier puisse être contrôlé. Nous allons aussi voir comment la diaspora peut autofinancer ses projets.

La possibilité existe. Le Nigeria collecte 22 à 25 millions de dollars de commission sur les transferts entrants chaque année. Au Sénégal, si une commission de 0,5% était retenue des transferts, l’Etat pourrait collecter entre 15 à 20 milliards de Fcfa chaque année. Cet argent pourrait être réinvesti dans le domaine immobilier par exemple si l’on sait que la diaspora a aujourd’hui un énorme problème de logement. C’est fort de tous ces constats que nous sommes venus aujourd’hui présenter un projet. Nous voulons montrer à l’Etat que la diaspora a des idées, qui, si elles sont mises en œuvre, peuvent apporter quelque chose pour le développement du pays en général. Aujourd’hui, l’Etat ne collecte rien de toute cette manne financière que les émigrés envoient. Vu que nous sommes inclus dans le Programme Sénégal émergent (Pse) nous avons l’obligation d’apporter notre expertise pour accompagner ce projet.

Est-ce qu’il y a un début de mis en œuvre de toutes ces idées que vous développer?
Le document technique est déjà disponible. J’ai entendu le Premier ministre dire ce matin (Ndlr : lundi 06 juin) « savoir qui », mais moi je dirai « savoir avec qui ». Au Sénégal, il se pose un problème d’accès aux autorités. En tant qu’expert, quand tu as un projet, tu dois savoir qui contacter pour le présenter. Cela fait quatre ans que nous travaillons sur ce projet mais jusqu’à présent nous n’avons pas réussi à trouver la personne indiquée à qui nous devons nous adresser. Nous n’allons pas présenter le document à n’importe qui de peur de le retrouver à jour dans un autre lieu. C’est pourquoi nous avons gardé le projet par précaution.

Je fais parti de l’équipe technique qui a conçu le projet au Nigeria.

J’ai eu à travailler avec des Nigérians de l’extérieur et le gouvernement du Nigeria. Ils sont aujourd’hui en train d’exploiter ce projet. Pourquoi pas nous au Sénégal ? Parmi les contraintes que rencontrent les Sénégalais de l’extérieur, nous avons aussi l’accès à l’information. Nous avons des ambassades et les consulats, mais ils sont plus concentrés sur autres choses que de donner des informations aux Sénégalais de la diaspora. II y a aussi la lenteur administrative.

Nous demandons que les autorités ouvrent davantage leurs portes et communique un peu plus.

Dans le projet de reformes constitutionnelles qui a été soumis au peuple lors du dernier referendum, le gouvernement veut que la diaspora soit représentée à l’Assemblée nationale. Qu’en pensez-vous ?
C’est une très bonne idée même si techniquement je ne sais pas encore comment ça va se passer avec les 3,5 millions de Sénégalais qui sont à l’extérieur du pays. J’ai toujours dit que ce sont les émigrés qui connaissent les problèmes de l’émigration. Ce sont eux qui peuvent défendre correctement les dossiers des Sénégalais de l’extérieur. Quand on veut défendre quelque chose, il faut d’abord la connaitre. On ne peut pas prendre une personne qui a fait le collège et l’université au Sénégal pour la nommer directeur des Sénégalais de l’extérieur. Si on veut aller plus loin, on doit choisir parmi les Sénégalais de l’extérieur pour ce genre de poste. Malgré que nous soyons des « Modou Modou », nous sommes aussi des intellectuels et pouvons apporter beaucoup de chose à l’Etat. Je pense même que la diaspora peut avoir son propre département ministériel dirigé par un Sénégalais de l’extérieur.

Ndiol Maka SECK

Last modified on samedi, 09 juillet 2016 19:49

Unir les Sénégalais de l’extérieur pour plus d’influence à l’intérieur, c’est désormais le combat quotidien d’Absatou Kane Diop, une Sénégalaise vivant aux Etats-Unis depuis 15 ans. Patron de presse, entrepreneuse agricole et bientôt promotrice immobilière, cette Saint-Louisienne d’origine veut une diaspora autrement.

Lundi 6 juin. 11h et quelques minutes devant la salle des princes de l’hôtel Terrou-bi. Des experts et hommes d’affaires nationaux et de la diaspora en réunion à Dakar sont en pause pour permettre au Premier ministre, venu présider la cérémonie officielle d’ouverture de cette rencontre, de se retirer.

En attendant la reprise des travaux, certains participants font les cent pas pour profiter de la brise marine et d’autres partagent un instant café et discutent d’affaires. Au milieu de ce désordre, une dame attire notre attention à cause de sa carrure. « Taille américaine », tasse de jus de fruit à la main et mine décontractée, la Junon est en pleine discussion.

Un moment d’hésitation et on passe à l’offensive. Plus de peur que de mal. Elle est d’un abord facile. « Je m’appelle Absatou Kane Diop. Je vis à Washington. Je suis la première femme émigrée à créer un groupe de presse qui a un site internet et un magazine. Il s’appelle « Sunu Diaspora », présente-t-elle. Absatou est donc femme de médias qui a certainement l’habitude de côtoyer des gens.

C’est peut-être pourquoi elle n’est pas de ces émigrés qui marchent sur les nuages. En participant à cette rencontre, elle vient répondre à l’invitation des autorités sénégalaises à la diaspora de contribuer au Pse et au Pudc. Même si elle se dit mauvaise en français, cette femme d’affaires se débrouille bien dans la langue de Molière. Toutefois, elle est plus à l’aise en wolof et en anglais.

C’est en 2002 qu’elle a quitté le Sénégal pour aller rejoindre son mari au pays de l’oncle Sam. Quelques années plus tard, son époux termine sa mission et rentre au bercail. Mais Absatou, elle, reste avec ses enfants pour se battre comme tous les émigrés afin de se faire une place au soleil. Néanmoins, elle garde un œil sur tout ce qui passe au Sénégal. « Nous qui sommes dehors, nous entendons souvent à la radio ou lisons sur le net des choses qui ne nous plaisent pas.

A l’époque, les médias n’étaient encore aussi développés que maintenant. Nous avions besoin d’une tribune pour nous exprimer sur la situation de notre pays. Un jour, j’ai fait une contribution sur Seneweb.com et j’ai vu que beaucoup de personnes se sont intéressées à mon article. Je ne savais pas que j’avais une telle aura.

J’ai réécrit un autre article sur léral.net et il a encore suscité beaucoup d’intérêt chez les internautes. C’est là que m’est venu l’idée de créer un site internet avant de lancer le magazine en 2009 à Washington », explique-t-elle fièrement. Mais comme Absatou n’était pas préparée pour devenir une femme de médias, elle est allée, par la suite, se former aux métiers de la communication pour mieux comprendre les enjeux. Ainsi, après deux ans de formation, elle obtient un diplôme en Communication et un autre en Infographie.

Aujourd’hui, elle emploie des gens pour lui gérer ce business parce qu’elle n’a pas que ça à faire. La plupart des personnes avec qui elle travaille résident au Sénégal. Il y a aussi ceux qui sont basés en Belgique, en France et aux Etats-Unis. Le magazine est bilingue. Il est édité en français et en anglais.

Aujourd’hui, le rêve le plus ardent d’Absatou est d’unir la diaspora. C’est pourquoi elle voyage beaucoup pour rencontrer ses compatriotes qui sont dans les autres continents comme l’Europe et l’Afrique. D’ailleurs, au mois de juillet prochain, elle organise, en Espagne, un forum sur l’habitat. « Je serai la première femme promotrice à lancer une telle initiative », souligne-t-elle.

L’objectif de ce forum est de faciliter aux émigrés l’accès au logement. Selon Absatou, le Sénégalais de l’extérieur ne doit plus être vu comme un « envoyeur d’argent » simplement. Il doit être aidé afin qu’il puisse faire un investissement productif dans le pays. « Le président de la République est en train de faire beaucoup d’efforts. Mais je pense que si nous prenons les choses en main, ça ira mieux. Il faut que les émigrés soient solidaires. Nous voulons la diaspora autrement. Les politiciens nous ont toujours bernés.

Ils viennent souvent prendre nos projets, mais il n’y a jamais eu d’aboutissement », déplore-t-elle. A l’en croire, si les autorités donnent à la diaspora la place qui lui revienne, elle pourra injecter jusqu’à 2.000 milliards de FCfa par an dans le pays. Absatou est une touche-à-tout. En dehors des médias et de l’habitat, elle s’active aussi dans l’agriculture et dans l’aviculture où elle emploie beaucoup des jeunes. Si les moyens sont réunis, elle envisage également de se lancer dans l’élevage en faisant des opérations Tabaski. « Quand tu es formé au Etats-Unis, tu n’a pas l’habitude de rester oisif », précise-t-elle.

Ndiol Maka SECK

Last modified on jeudi, 30 juin 2016 14:03

L'esprit perdu de Bandung
« Tu sais, ils nous appellent les moches », s'indigne, avec une pointe de résignation, une jeune franco-sénégalaise. L’objet de son indignation, dont on peut raisonnable avoir des doutes sur le fond du propos, est une publicité qui a tant fait parler ces dernières semaines où on voit un homme noir poussé dans une machine avant qu’en ressorte un Asiatique à la peau claire. Ne pas se voiler la face est de reconnaître que si une telle publicité arrive dans les écrans chinois, cela veut dire qu’il existe un vrai problème de racisme anti africain dans ce pays continent. Pourtant la diaspora chinoise est la première en Afrique ; elle est estimée à plus d’un million de membres.

Dans l’imaginaire collectif de certains, la beauté est blanche. Ce n’est d’ailleurs pas une idée dont les Asiatiques ont le monopole. Si dans l’Empire du Milieu, le pouvoir central du roi ne doit jamais dépasser la haie de bambou du village, il semble que dans la Chine moderne la beauté n’a pas traversé les frontières africaines pour s’incarner en noir. Une hiérarchie de la beauté qui rappelle, à bien des égards, les préjugés cachés sous le drapeau de la science de Ptolémée, d’Ibn Khaldun, Al Idrissi, le géographe arable du roi Roger II d’Espagne, de Bodin, ou encore Montesquieu qui ont tous, à un moment, eu à évoquer la théorie des climats qui faisait des africains les moins beaux, les moins intelligents mais aussi les plus dépourvus de vertu parmi tous les êtres humains. Les survivances de cet imaginaire collectif a dépassé le Moyen-âge pour devenir contemporain. Juste après les indépendances, les étudiants communistes africains, bénéficiant de bourses afin de poursuivre leurs études supérieures dans le pays de Mao, rentraient avec diplômes mais aussi des récits poignant sur le racisme dans « le pays frère ». Certes, l’ignorance est la mère de tous les vices mais dans la péninsule indienne, un véritable sous continent avec plusieurs pays (Bhoutan, Népal Pakistan, Inde, Bengladesh, Sri Lanka) où vit les Dravidiens, ces populations asiatiques à la peau noire et aux cheveux lisses, l’excuse ne tient pas. « Karopa », pour dire noir en Tamoul, n’est pas toujours teinté du sceau de l’amabilité.

En France, autre lieu de coexistence du fait des multiples vagues d’immigration, les choses ne sont pas simples. Ce substrat de racisme ancré chez certains parents de première génération d’immigrés asiatiques suinte comme une fosse à purin dont les néfastes effluves cassent l’harmonie familiale qui unit les fils d’immigrés venus d’Afrique et d’Asie.

La situation des noirs dans beaucoup de pays asiatique n’est pas des plus reluisant. La récente mort d’un professeur Congolais en Inde est un énième fait divers tragique avec les ratonnades régulières d’un autre âge dont sont victimes les africains (hommes d’affaires, étudiants ou simples migrants).

On est loin de la conférence de Bandung, en Indonésie, de 1955 au cours de laquelle, colonisés africains et asiatiques se tenaient par la main pour construire un destin et un avenir commun face à la colonisation. Pourtant, il y a une collaboration économique dynamique entre pays asiatiques et africains. La Chine est devenue un vrai challenger pour concurrencer Français et Anglais en Afrique de l'ouest et au Maghreb comme en Algérie. Elle est le 1er exportateur de matières premières en Afrique. Ce sont des échanges qu’on aimerait se poursuivre sur d’autres terrains comme celui dans la culture et de la tolérance. De quoi assurer la survie de l'esprit de Bandung.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 14 juin 2016 15:18

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