Drame de Nice : La promenade des Sénégalais dans la terreur

19 Juil 2016
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Drame de Nice : La promenade des Sénégalais dans la terreur Drame de Nice . La promenade des Sénégalais dans la terreur

La promenade des anglais est devenue celle du deuil pour les Français mais aussi les nombreux Sénégalais qui vivent dans cette partie ensoleillée de France. Terrorisée et choquée, la famille Diène l’est en apprenant que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur présumée de la tuerie est leur voisin d’immeuble. Le deuil et les questionnements hantent Omar. Tamsir, son cousin est mort par noyade dans l’après-midi à l’endroit du drame de Nice. Un malheureux hasard. Ces destins de Sénégalais sont au cœur de l’horreur à des géométries variables.

Voisine du suspect
Awa Diène : « Il était venu m’acheter des cigarettes du Sénégal »
Le choc et la stupeur. Ce sont les sentiments de la famille Diène. Ce sont les voisins de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le principal suspect de l’attentat de Nice ayant fait 84 morts et plus de 200 blessés dont certains dans une urgence absolue. La famille Diène décrit une personne discrète dont elle a été au contact récemment.

« Un peu choquée ! Ce n’est pas tous les jours que le RAID vous réveille », s’exclame Awa Diène quand on lui demande comment va-t-elle. L’unité d’élite de la police est venue à 9 heures ce vendredi 15 juillet dans le petit immeuble de trois étages où vit la famille Diène pour faire exploser la porte de leur voisin. « C’est à ce moment que nous avons appris que c’est Mohamed le principal suspect de la tuerie », précise Awa. La jeune sénégalaise de 29 ans habite au troisième étage l’immeuble qui abrite une dizaine d’appartements dont celui de l’auteur présumé de la tuerie situé au premier. Arrivée en France en 2008 pour y poursuivre des études en information et communication, Awa Diène, avec son mari et son fils de 15 mois, habite depuis un an l’immeuble situé au quartier des abattoirs, dans l’est de Nice. C’est un quartier populaire mais calme avec des bâtiments administratifs. Il est à 20 minutes à pied du centre ville et à moins de 10 minutes en voiture. La jeune mère de famille a croisé dans l’immeuble plusieurs fois Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Une famille au contact du suspect
« C’est un grand homme, mince et un peu baraqué mais il n’est pas un bloc de muscles, décrit Awa Diène. Il est de peau mate comme certains Maghrébins du sud. Il me disait toujours bonjour mais de manière timide et effacé. On dirait qu’il n’arrivait pas à ouvrir la bouche quand il parlait. C’était un solitaire. Nous n’avons jamais eu d’histoires avec lui, contrairement à certains voisins.

». Décrit comme réservé mais cela n’empêchait pas le suspect pas à aller vers les autres quand il en avait besoin. « En rentrant de mon dernier séjour au Sénégal, j’avais rapporté des cartouches de cigarettes. Par l’intermédiaire d’une voisine gabonaise en commun, il était venu chez moi pour m’acheter deux cartouches. C’était au mois de février dernier ». Soit six mois avant la terrible tuerie de la Promenade des Anglais.

Coup du destin
En ce matin du 14 juillet, Awa scrute le ciel en priant qu’il pleuve pour ne pas assister au traditionnel feu d’artifice. Mais son vœu ne sera pas exaucé. Il fait beau à Nice. « J’ai décidé d’y aller finalement puisqu’en réfléchissant, j’ai pensé à mon fils qui a 15 mois et que le spectacle pouvait faire partie de ses premiers souvenirs ». La petite famille n’arrive pas à trouver une bonne place vu le nombre de personnes. « Nous étions installés juste à l’entrée de la « Prom’ » (diminutif de la Promenade des Anglais chez les Niçois, ndlr) », regrette Awa Diène. Cet inconfort va s’avérer un mal pour un bien. « Juste après la fin du feu d’artifice, nous avons décidé de rentrer chez nous. Sur le chemin, nous croisons les premiers camions de pompiers qui roulaient à vive allure. Ils partaient secourir les victimes du carnage ». Plusieurs jours après les événements, la jeune mère de famille reste choquée. « Nous pouvions y passer, constate-t-elle avec le recul. Même si nous échappions au camion, le mouvement de foule pouvait nous être fatal surtout avec un enfant dans les bras. » Après avoir appris qu’elle était voisine du suspect, la famille Diène est doublement bouleversée.

Le traumatisme risque de laisser des traces dans la vie de tous les jours de Awa Diène. « A la suite des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier 2015) puis ceux du Bataclan (13 novembre 2015), j’avais décidé de ne plus sortir, de ne plus aller dans des rassemblements de personnes. J’évite les centres commerciaux, les transports en commun. Mes proches disent que je suis parano.

Ce qui est arrivé me donne raison. ». Si sur son jeune garçon, Awa ne décèle pas de terreur particulière liée à l’attentat, sa belle-fille, de passage, est véritablement terrorisée. Après une étape de « déni de jour d’après » attentat avec par la conviction d’une erreur sur l’identité du suspect, l’époux d’Awa Diène s’est rendu à l’évidence face aux faits cliniquement déclinés depuis l’attentat.« Avec le vélo découvert dans le camion, nous n’avions plus de doute. Notre voisin faisait ses trajets avec un vélo ». Un jour, c’est en se baladant dans le centre de Nice que la famille avait compris que leur voisin était chauffeur-livreur en l’apercevant au travail.

Retour au Sénégal
Nice, leur berceau d’adoption touché, la famille Diène pense au retour au Sénégal. « Depuis les premiers attentats, j’avais commencé à m’interroger sur l’opportunité de retourner vivre au Sénégal, reconnaît Awa Diène. D’autant plus qu’aux attentats de 2014 ayant frappé Nice, je travaillais déjà à côté sur la promenade des Anglais ». Pourtant la situation au Sénégal ne la rassure pas non plus. « Lors de ma dernière visite, j’ai vu qu’au niveau de certains quartiers (Almadies, par exemple) ou lieux commerciaux, il y avait des check point. Nous ne sommes nulle part en sécurité. Et notre sous-région n’est plus aussi sûre. Mais au Sénégal, nous avons l’avantage d’être entourés par nos famille alors que nous sommes seuls en France ».

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 13:01
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