Les 12 travaux d’Hercule

19 Juil 2016
853 times

Les magnifiques paysages naturels de Corse, le charme des bateaux-mouches de la Seine qui voguent à la découverte de Paris et la rafraîchissante brume matinale nécessaire pour affiner le goût particulier des courgettes de Normandie finissent par ne plus avoir d’effets sur les étudiants sénégalais. L’éclat de l’image « cartes postales » a jauni pour eux sous l’effet d’un labeur épuisant pendant l’été dans des sites touristiques et régions agricoles françaises. Souvent pas boursier, l’étudiant sénégalais en France expérimente de juin à août les 12 travaux d’Hercule, des jobs d’été. Le jeune Sénégalais peut faire 12 heures par jour de « plonge » pour nettoyer la vaisselle dans les cuisines de grands restaurants de Bonifacio, la très touristique cité de Corse du Sud. Un rythme qu’il soutient puisque l’ayant expérimenté, à moindre dose, tout au long de l’année dans un miteux restaurant universitaire dans sa résidence.

Son désir d’empocher un bon salaire pendant l’été amène l’étudiant sénégalais à accepter de faire, sans formation préalable, des Canistrellis : ces biscuits Corses dont le croquant et le parfum en font des produits de saison prisés par tous les touristes qui parcourent la grande île. En Corse du nord, dans un village situé entre les montagnes et la mer, près de Bastia, un jeune Sénégalais préfère ne pas faire trempette à la plage pour tremper dans l’huile chaude des bouts de farine passés au pétrin. Ce jeune étudiant en Licence de géographie à Paris, venu de Diourbel, est devenu un spécialiste des « Frappes » : des beignets goûteux au sucre dont la fabrication occasionne malheureusement des brûlures du fait des éclaboussures d’huile.

Dans une paillote du sud de la France, l’étudiant sénégalais dans une petite école d’ingénieur de Lyon s’accommode facilement de l’étiquette de pizzaïolo grâce à son esprit cartésien qui lui permet de maitriser les savants dosages des ingrédients et de la pâte du célèbre plat italien. Un jeune Sénégalais de Dijon se retrouve commis de cuisine dans un restaurant de la place de Clichy à Paris. Plusieurs autres étudiants sénégalais sont également présents dans le secteur de la restauration rapide comme « équipier » au Mc Do, chez Quick ou Kfc, au rythme de travail effréné à Paris, ville la plus touristique au monde. Les caisses de supermarchés, de boutiques de vêtements et les guichets de salles de spectacle sont des endroits réputés pour les filles aux frêles épaules.

Les plus fortes, puis toutes celles et ceux qui n’ont pas le choix se rabattent sur les vendanges ou le travail agricole : les cueillettes de melons ou de courgettes (fruits et légumes qui poussent à même le sol) dont une seule journée de ramassage, sous un soleil de cagnard, met un dos en compote. Ce n’est pas une image mais bien une réalité. La cueillette des oranges, des fraises et des pommes ne sont pas simple non plus, mais causent moins de ravage corporel.

Ces 12 travaux d’Hercule sont accompagnés par une pression des employeurs qui espèrent un bon chiffre d’affaires sur les deux à trois mois que dure la saison, pour leur permettre d’être à l’abri du besoin le reste de l’année. Les énormes enjeux financiers sont subis par les jeunes sénégalais. En exemple, la peur d’une famille normande exploitante agricole de la mauvaise qualité de sa récolte de courgettes à cause d’un manque d’ensoleillement a pris la forme d’un harcèlement continu sur un étudiant sénégalais qui n’irait pas assez vite dans le travail. Donc, peur d’une perte à gagner mais espoir d’un gain d’expérience. Les jobs d’été pour les étudiants sénégalais sont synonymes de premier contact avec le monde professionnel.

En effet, c’est un véritable parcours initiatique à travers la recherche d’une place libre mais aussi les tracas administratifs avec la demande d’une autorisation de travail. La législation française autorise 18 heures de travail par semaine aux étudiants sénégalais de septembre à mai. La restriction est levée durant les trois mois des grandes vacances. A toutes ces difficultés, on oppose facilement les sommes parfois colossales amassées : une bonne saison de trois mois dans un grand restaurant en Corse peut atteindre près de 6000 euros.

Pour tous les étudiants sénégalais, les jobs d’été permettent de renflouer les poches afin de faire face aux exigences liées à l’inscription (500 euros en moyenne), au paiement du logement durant l’année, aux frais de transport, à la nourriture, voire l’envoi d’argent au Sénégal. C’est une nécessité pour tous ceux et celles qui ne disposent pas d’une bourse de l’Etat ou n’ont pas de parents aisés. 

Par Moussa DIOP

A lire aussi :

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:26
Rate this item
(0 votes)

AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.