Face-à-face Corsair - Air France : La bataille de Dakar

08 Nov 2016
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En 2016, Air France fête ses 80 ans de présence au Sénégal. Dakar fait partie des tout premiers marchés africains pour la compagnie française. La capitale sénégalaise est reliée à Paris, de manière quotidienne, par Boeing 777 – 200 équipé de 270 sièges. Elle met en avant son expérience et la qualité de son service. Quant à Corsair, avec plus de 35 ans d’existence, elle dessert en vol régulier l’axe Paris-Dakar depuis novembre 2012 alors qu’elle est présente au Sénégal depuis 1993. Pour faire face à la concurrence, Corsair mise sur « un meilleur rapport qualité/prix » en combattant « le monopole et la vie chère ». Les deux compagnies assurent une grande partie des vols réguliers vers le Sénégal. Elles s’expliquent sur les prix élevés des billets d’avion.

Antoine Huet, Directeur adjoint de Corsair : « Il faut une politique plus incitative pour réduire les taxes aéroportuaires »
A Huet corsairLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Antoine Huet : Je suis un peu surpris par votre expression « très chers », car depuis que Corsair a ouvert la destination Sénégal, nous avons constaté que les tarifs ont baissé en moyenne de 30 %. Ce qui a permis d’augmenter sur cette ligne l’ensemble du trafic de 50%. Ce sont les résultats d’une étude sur l’ensemble des tarifs émis au Bfp, les systèmes communs des agents de voyage sur le marché français. L’étude est constatée pour un organisme officiel sur le prix moyen de vente du (billet d’avion, Ndlr) Paris-Dakar entre novembre 2012 et 2015. La moyenne de tous ces tarifs a baissé de 30%.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne faites-vous pas d’offres pour les familles nombreuses ou pour les étudiants ?
Nous n’avons pas d’offres pour les familles nombreuses en tant que tel. En revanche, nous avons des tarifs pour jeune et sénior. Par exemple, en dehors des tarifs promotionnels, toute l’année, nous leur proposons des prix abordables avec possibilités de modifier les dates. Pour les étudiants au départ du Sénégal, nous avons un tarif de 408.300 FCfa Ttc avec modification, en plus de deux bagages gratuits et des modifications sans frais.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi ne pas réduire les prix en favorisant les « low cost » ?
Cela dépend de ce vous appelez un vol « low cost ». Il faut savoir que le Sénégal est une destination long courrier. Actuellement, Corsair a une offre extrêmement compétitive qui nous permet de dire que nous avons le meilleur rapport qualité/prix. Les avions utilisés par les compagnies « low cost » (737 ou A320) ne permettent pas de desservir le Sénégal dans une manière optimum. Par exemple, pour aller au Maroc, il faut des avions mono couloir ; ce qui n’est pas le cas (pour le Sénégal, Ndlr). Il y a également le prix du carburant kérosène qui entre en compte.

Le Soleil Diaspora : Quelle stratégie et politique mettez-vous en place pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Notre stratégie est de faire un meilleur rapport qualité/prix mais aussi d’offrir notre service de fidélisation : Le Club. Il permet à toutes les personnes qui s’y inscrivent d’obtenir 10% du prix hors taxe en remise. Chez nous, ce n’est pas en « Miles » mais en euros. Il est utilisable immédiatement pour acheter de l’excédent de bagages ou un « surclassement ». Au bout de quatre allers-retours, vous obtenez le statut « Club gold » qui vous donne un certain nombre de services dont un bagage supplémentaire à chaque voyage.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je ne vous cache pas que nous avons régulièrement des contacts avec le gouvernement sénégalais pour le sensibiliser sur l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire qui est non seulement le nombre de compagnies qui la desservent, la qualité du service rendue mais aussi les taxes prélevées sur les passagers.

De ce point de vue, nous avons interpelle le gouvernement sénégalais pour qu’il ait une politique plus incitative afin de réduire les taxes aéroportuaires.

Le Soleil Diaspora : Sur un billet d’avion de 500 euros, à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires ?
Sur le tarif le plus bas, c’est-à-dire en classe économique, elles sont de 143,94 euros (Dakar). Pour la classe affaires, elles passent à 184 euros. Dans l’ensemble des taxes, il y a celles aéroportuaires sénégalaises et françaises.

Le Soleil Diaspora : Le nouvel aéroport Aibd va ouvrir dans quelques mois (avant fin 2017). Une solution pour la baisse des billets d’avion ?
C’est une possibilité. J’aurais tendance à dire que tout dépend de la politique qui sera mise en place par le gestionnaire de l’aéroport.

Avec mon expérience dans le domaine du transport aérien, je remarque que quand on construit un nouvel aéroport, il faut le rentabiliser. Par le passé, des nouveaux aéroports dans certains pays impliquaient des taxes aéroportuaires en hausse.

J’espère que ce ne sera pas le cas (au Sénégal, Ndlr) et que les concessionnaires ont bien en tête que le meilleur moyen de développer et de faire baisser les prix des billets d’avion est d’aider les compagnies aériennes qui desservent ces destinations en faisant des coût d’aéroport plus bas.

Il n’y a pas que les coût de taxes, il y a aussi les frais de grande ligne, ceux de décollage et d’atterrissage. Ils sont déterminés par l’aéroport. Il faut qu’ils soient raisonnables.

Eric Louveau, Directeur commercial du marché France : « La concurrence va dans le sens du consommateur »
Eric Louveau AFLe Soleil Diaspora : Comment expliquez-vous les prix des billets d’avion vers la destination Sénégal jugés très chers par la diaspora ?
Eric Louveau : « Il faut rappeler d’abord que nous sommes dans un marché extrêmement concurrentiel avec des prix très « challengés ». Il y a un autre aspect important : notre concurrent, Corsair, a une politique très agressive. Ainsi, nos prix sont faits pour être compétitifs dans le marché. La liberté tarifaire et la concurrence vont dans le sens du consommateur.

Ces deux aspects nous amènent à être compétitifs toute l’année. Au-delà du prix, nous avons une attention particulière pour les communautés africaines. Air France a une politique de bagages plus généreuse, notamment sur Dakar. Le prix du billet d’avion inclut deux bagages de 23 kilos en cabine économique. Pour le reste du monde, nous sommes à une politique de bagages d’une pièce. Le deuxième élément important dans l’offre tarifaire globale est la souplesse que nous proposons sur Dakar en termes de modification avant ou après le départ. Elle n’existe pas sur d’autres destinations.

Le Soleil Diaspora : Ces éléments suffisent-ils à expliquer la cherté des billets vers le Sénégal ?
Je vous dis juste que nous avons de la concurrence directe et indirecte. Nous sommes attentifs pour capter le maximum de passagers, pour défendre notre business. Les prix sont très attractifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes toujours à la recherche du meilleur prix, de la meilleure offre tarifaire pour le client. Est-ce que Air France est bien placé, concurrentiel et compétitif sur la destination Dakar ? Je pense que c’est le cas. Depuis quelques années, nous sommes en train de gagner des parts de marché. Nous sommes également en croissance de trafic. Si nos prix n’étaient pas assez compétitifs, nous n’aurions pas ces résultats.

Le Soleil Diaspora : Quels sont ces parts de marché que vous êtes en train de grignoter ?
Ce sont des résultats que nous allons garder pour nous puisqu’ils font partie de l’information concurrentielle. Je peux juste vous dire que nous sommes en train de gagner des parts de marché plutôt que d’en perdre.

Le Soleil Diaspora : La diaspora sénégalaise s’étonne des écarts de prix entre le vol Paris-Casablanca et Paris-Dakar. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Il y a une explication logique. Dans l’aérien, chaque destination a un prix entre une origine et une destination. Les prix dépendent de la longueur des vols mais aussi de l’appareil mis en service et de la concurrence. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent et qui font qu’il est difficile de comparer une destination comme Paris-Casablanca de Paris-Dakar. Pour le premier cas, nous sommes dans une offre moyen-courrier sans prestation ou avec une prestation assez légère. Pour Paris-Dakar, nous sommes dans un avion long-courrier avec des prestations repas et autres à bord. En plus de cela, il faut rappeler que pour Casablanca, nous sommes dans un des univers les plus concurrencés au monde avec les compagnies européennes, du Moyen-Orient, de la Turquie, des Amériques, de la Chine. Nos prix sont « drivés » par la concurrence.

Le Soleil Diaspora : Pourquoi n’existe-t-il pas d’offres pour les familles nombreuses et les étudiants ?
Pour les familles nombreuses, les enfants ont une réduction de 25 % et les bébés ne paient que 10% du billet chez Air France. Nous avons, tous les 15 jours, des offres promotionnelles spéciales dictées par l’environnement concurrentiel. Concernant, le deuxième élément sur la clientèle jeune, nous avons des prix compétitifs avec la possibilité de modifier des billets d’avion de manière gratuite avant ou après le départ. C’est une souplesse qui est offerte à la clientèle jeune entre 12 et 24 ans.

Le Soleil Diaspora : Et pour les hommes d’affaires qui font la navette entre Dakar et Paris…
Notre vocation est de faire voyager les clients à motif loisir, familial, touristiques ou affaires. Pour ces derniers, nous avons des tarifs attractifs en cabine affaires, premium, économique ou en économique. Ce sont des accords que nous passons entreprise par entreprise. Nous sommes extrêmement actifs sur la France, notre marché principal. Ceux qui voyagent sur l’Afrique nous connaissent et peuvent bénéficier de ces tarifs « corporate ». Pour les Pme et Pmi, il y a également un programme pour bénéficier de billets gratuits.

Le Soleil Diaspora : Les taxes aéroportuaires mises en place au Sénégal sont extrêmement chères. Qu’est-ce que vous allez faire pour qu’elles baissent ?
Je n’ai pas de commentaires. Nous payons les taxes qui sont appliquées dans chaque pays.

Le Soleil Diaspora : Quelles sont vos stratégies et politiques pour fidéliser la clientèle des Sénégalais de l’étranger ?
Nous sommes très attentifs auprès des diasporas sénégalaises et africaines. Nous avons des équipes de vente dédiées. Nous sommes au niveau des agences de voyages de ces diasporas. Nous sommes attentifs pour cibler les publicités afin de passer l’information sur nos offres. Nous sommes à leur écoute pour gagner leur préférence et leur fidélité.

Propos recueillis par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 08 novembre 2016 05:06
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