Non, l’immigration « à la sénégalaise » n’est pas un échec

08 Nov 2016
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« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ». La réflexion de Nietzsche s’applique à ceux qui s’entourent d’une auréole de poncifs énoncés de manière péremptoire qu’ils veulent véridiques. Comme déclarer « tout de go » que les immigrés « ne se hisseront jamais au sommet » de leur pays d’accueil. C’est une conviction, pas la vérité. Et cela ne fait pas très sérieux.

Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Il suffit d’ouvrir les yeux. Au delà des clichés, la diaspora sénégalaise aux Etats-Unis est fière d’avoir des professeurs issus de leur pays d’origine dans les grandes universités d’Outre-Atlantique à côté des braves gens anonymes qui s’en sortent au quotidien. En France, un tour à la Défense, le quartier des affaires de Paris, aux heures de pause, permet souvent d’entendre parler wolof, pulaar ou soninké, aux pieds des immeubles.

L’ensemble des pages de ce journal ne suffirait pas à lister ceux qui occupent des postes de responsabilité dans leurs pays d’accueil.

Donc, « Echec de l’immigration à la sénégalaise », titre choc d’un texte (on ne peut qualifier le genre), paru dans la presse en ligne, joue son rôle de provocateur et devient un vrai « piège à click ». L’ennui, c’est qu’il est un faux sermon de vérité. « Immigration à la sénégalaise ? » Fumisterie. Je parlerai d’immigration sénégalaise. Et ce n’est pas la seule incompréhension. Il faut s’agripper sur sa chaise pour ne pas tomber quand on y lit : « La vaste (sic) majorité des immigrés sénégalais est sans-papiers, clandestine. Ils sont rentrés par effraction ou en visiteurs occasionnels et ont décidé de rentrer sans être régularisés, avec tout ce que cela comporte comme contrainte en mouvements et opportunités ». Oui, le phénomène existe, mais on ne peut pas parler de « vaste majorité ». Avancer de tels propos, c’est ignorer que l’immigration sénégalaise en France (pays où ils sont le plus présents) fait partie des 40% de l’immigration familiale qui entre régulièrement dans ce pays par an. Par exemple, il y a eu 210.000 entrées d’étrangers en France en 2014 parmi lesquels 92.000 le sont pour des raisons familiales. Les étudiants composent 65.000 de ces entrées annuelles. En dehors de la France, les entrées irrégulières existent aussi mais sont, aujourd’hui, de moins en moins possibles.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Après avoir dénoncé, avec un dédain de haut « casté » social, ceux qui n’ont pas d’autres choix que les petits boulots, je trouve que c’est courageux d’en faire, l’auteur poursuit dans son chemin mal éclairé : « Les Sénégalais ne visent pas le meilleur des pays où ils sont : ils ne sont pas industriels, propriétaires de restaurants ou de magasins, d’usines de fabrication, de tours, de services à haute valeur ajoutée ou tout autre symbole industriel et moderne ». C’est d’abord méconnaitre ce qu’est une diaspora. C’est également ignorer qu’à Paris un grand couturier sénégalais a réussi à hisser son entreprise à un haut rang dans l’estime et la production ; l’une des plus grandes poissonneries du 18ème arrondissement appartient à des Sénégalais ; les restos africains les plus prisés de la capitale française sont sénégalais et gérés par des Sénégalais. Ailleurs qu’en France, à Milan, à coté de la Piazza Lima, un restaurant sénégalais fait légion, des associations sénégalaises ont apporté une aide financière aux populations italiennes durement touchées par le séisme en août 2016.

A Bruxelles, le « Dakar », une institution culinaire gérée par un jeune sénégalais dans le quartier de Matongué, accueille une clientèle diversifiée. Le foisonnement digital de jeunes Sénégalais de la diaspora avec leur start-up est au cœur de l’économie nouvelle.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Elle a certes besoin d’être plus organisée à travers de vraies structures utiles. Les coquilles vides actuelles ne nous permettent pas de mieux peser sur la Soft Power, par exemple. Pour cela, il faudra s’inspirer de ce que la diaspora indienne a réussi à travers des associations comme la Global Organisation of People of Indian Origin (Gopio) basée à New York, entre autres. Le Gopio a grandement pesé pour l’obtention de l’Inde d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu et la reconnaissance du hindi comme l’une des langues officielles des Nations unies.

Méfions-nous des convictions et crevons les évidences.

• Par Moussa DIOP

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