Célébrité au Canada : Boucar Diouf, l’intello du rire

05 Jan 2017
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Docteur en biologie, Boucar Diouf a préféré délaisser les salles de cours pour celles de spectacle. Le Sénégalais fait partie des humoristes les plus connus au Québec. Il jette un pont entre ses deux appartenances pour un engagement citoyen.

En cette matinée de mai, malgré les belles promesses d’un printemps bien entamé, un léger vent froid trouve sa place dans cette ville de Longueuil, située sur la rive Sud de Montréal. C’est dans cette ville que Boucar Diouf nous accueille dans un café-boutique avec son sourire légendaire. Le Sénégalais « le plus Québécois parmi les Québécois », comme il se fait appeler, est une personnalité publique très connue et appréciée au Québec et dans le Canada Francophone par son humour. « Pour une raison X ou Y », le nom de son spectacle où il puise dans sa formation universitaire pour faire rire, a fait salle comble tout au long de l’année 2016 au Québec. Mais, l’artiste est également connu par son rayonnement intellectuel et scientifique.

Des amphithéâtres…
Depuis plus de cinq ans, Boucar Diouf est connu dans le paysage audiovisuel canadien à travers l’animation d’émissions radio et télévision de la première chaine de Radio Canada. Véritable touche-à-tout, il est aussi à la fois écrivain et chroniqueur littéraire en radio, mais aussi en presse papier avec le journal La presse où il tient une chronique tous les samedis. Le Sénégalais a aussi publié un livre sur l’intégration au Canada intitulé « La mystérieuse de Kaloua ». Ce qui lui a permis de remporter le prix Jacques-Couture, en 2006, pour la promotion du rapprochement interculturel décerné par le ministère de l’Immigration du Québec. L’homme a également à son actif d’autres livres : « Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... » sorti en 2007, « La Commission Boucar pour un raccommodement raisonnable » en 2008, « Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres » en 2015.

… Aux planches du rire
Né dans le Sine, à Fatick, ce Sérère bon teint est arrivé au Canada dans les années 90. Après avoir fait ses humanités au Sénégal, l’ancien de la Faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, « comme Macky Sall, le président du Sénégal », se plaît-il à rappeler, est venu poursuivre ses études au Québec, plus précisément à l’Université de Rimouski. Il y décroche un Doctorat de biologie sur le thème : « Les facteurs de résistance au froid de l’Éperlan en 1997 ».

Devenu chargé de cours, Boucar abandonne une carrière universitaire prometteuse. Le « fils de paysans qui enseignait aux Blancs » se détourne d’un emploi stable qui faisait la fierté de ses parents pour se lancer dans l’aventure artistique. Boucar croit en sa bonne étoile, car ayant la conviction que l’humour est dans son sang. Sa première source d’inspiration est sa mère qu’il « considère comme une personne naturellement drôle ». Si ses références artistiques s’appellent « Sanokho », le défunt humoriste, ou feu Ndiaga Mbaye, le parolier et chanteur à l’original timbre de voix, Boucar puise son inspiration dans la tradition orale africaine qui s’accompagne de la science et du génie des griots, de l’art de raconter ou d’imiter. D’ailleurs, c’est en puisant dans son patrimoine traditionnel qu’il est devenu célèbre au Québec en inventant la fameuse expression « Mon grand-père disait ». Derrière ce « gimmick marketé » se trouve tout un héritage emprunté à son ancêtre et homonyme.

La chance de la double culture
Pour réussir au Québec et dans les diasporas sénégalaises du monde, Boucar Diouf conseille de s’approprier la fameuse expression du président poète Léopold Sédar Senghor : « assimiler sans être assimilé ».

Ainsi, celui qui se présente comme un vulgarisateur scientifique a pour sacerdoce l’évocation de l’intégration, de l’ouverture, de la vie en Afrique et des différences culturelles. Ces notions font d’ailleurs sa marque de fabrique et le fond des thèmes qu’il aborde sur scène. Entre tradition et modernité, Boucar Diouf n’a jamais voulu être le « Noir de service ». En revanche, il pense que « comprendre une société d’accueil pour mieux l’intégrer n’est nullement un renoncement à ses valeurs et traditions, mais plutôt à les consolider ». « Le secret de ma réussite : oser, innover, faire tomber les barrières et aller vers l’autre », confie-t-il.

L’immigration d’en haut
Selon Boucar Diouf, d’autres compatriotes résidants au Canada et plus méritants que lui participent au développement de ce pays, tout en faisant aussi la fierté du Sénégal. C’est l’occasion, pour lui, de rendre hommage à des artistes comme Ilam, de son vrai nom Abdou Karim Tall, qui vient d’être désigné révélation « Musique du monde 2016 de Radio Canada », le 2ème Sénégalais à décrocher ce titre après le chanteur-musicien Elage Diouf, sans oublier tous les autres Sénégalais fonctionnaires, cadres du tertiaire, médecins, hommes d’affaires, universitaires…

La double culture, il la revendique pour lui et ses enfants issus d’un métissage entre un Sénégalais sérère et une Québécoise gaspésienne. « Il n’y a pas plus sénégalais que moi, défie-t-il. Et c’est une chance, car le fait d’avoir une double citoyenneté n’enlève en rien notre amour et pour notre pays d’origine et pour celui d’adoption ». Il est conscient que, d’une manière ou d’une autre, les fils du Sénégal établis à l’étranger continuent, à des degrés divers, à participer au développement de leurs pays d’origine en aidant financièrement ou matériellement leurs parents et leurs communautés.

Boucar s’engage à défendre la diversité dans les médias, sans tomber dans une « certaine solidarité ethnique », et maintient de bonnes relations avec la communauté sénégalaise du Canada par son implication dans différentes activités.

L’humoriste qui revendique sa fibre écologique (ardent défenseur de dame nature) rêve de faire des spectacles d’humour dans les différentes universités sénégalaises. Le titre est déjà tout trouvé : « Retour à l’université », pour expliquer aux étudiants la science par le rire. Enfin, Boucar Diouf souhaite créer une fondation pour la promotion de l’éducation à Fatick. Comme pour rendre tout ce qu’il a reçu de son pays et de sa ville natale.

Par Aminata SOW, correspondante à Montréal

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