Mutation « Allèes du Centenaire », un quartier bourgeois investi par les Chinois

06 Jan 2017
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Jadis un quartier bourgeois, les Allées du Centenaire sont aussi, depuis quelques années, le centre d’affaires d’étrangers à la conquête d’un marché potentiel. Au-delà de ce cliché d’un espace fourmillant avec des magasins qui pullulent partout, ce grand axe a une histoire construite autour d’un plan d’urbanisme. Un plan qui avait coïncidé avec le premier festival mondial des arts nègres (Fesman). C’est sur cette grande perspective également d’où le nouveau Dakar est parti.

Un quartier « bourgeois de Dakar des années ‘’60’’, devenu le centre d’affaires de commerçants chinois qui courent sans relâche derrière l’ange capitaliste comme le soleil qui court infatigablement derrière la lune. Temple de l’informel de vendeurs ambulants aux petites débrouillardises continuelles, ces allées construites autour de grands axes, s’inscrivent comme toutes les grandes villes dans une perspective. Dominées par le majestueux monument de l’Obélisque, elles s’ouvrent sur plusieurs allées.

Envahies par des commerçants étrangers, notamment chinois, toutes les devantures des maisons sur cet axe historique sont transformées en magasins avec des prix de location assez corsés qui varient entre 300.000 et 350.000 Fcfa. Ses pensionnaires, pour la plupart à la retraite, avec des allocations mensuelles qui ne couvrent pas ou à peine leurs dépenses, sont obligés de céder à ces offres assez prometteuses d’investisseurs étrangers. En effet, le décor change pour devenir un Sandaga-bis. A chaque veille de 4 avril, tout est dégagé. On nettoie, on repeint, on embellit. Deux jours après, ces allées renouent avec leur décor habituel. Selon Hamidou Sall, poète et l’un des proches de Senghor, autour de ces allées anciennement appelées, le Boulevard Général de Gaulle, le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, avait jeté les bases d’un plan directeur d’urbanisme pour configurer le visage de Dakar en la prolongeant de manière futile vers un nouveau Dakar.

Fruit de la rénovation de la Médina
L’ancien devrait donc cohabiter harmonieusement avec le nouveau. Une ville à refaire à cet axe historique. Dans ce plan d’urbanisation et de renouveau du vieux Dakar renseigne M. Sall, le président poète avait lancé le plan de rénovation de la Médina, le vieux Dakar, le quartier traditionnel et à majorité Lébous. « Des Lébous si attachés à leur terre, les faire bouger n’était pas évident. Mais, il a pu trouver des compromis dynamiques qui ont fait qu’une certaine partie de la Médina a été cédée », informe-t-il. Selon le vieux Niaga Samba, instituteur à la retraite et un des premiers habitants, cette partie qui a fait l’objet de concession et d’entente entre populations et pouvoirs publics concernait Fith-Mith, l’ancien quartier sablonneux contigu à la cité des chemins de fer avec ses eaux stagnantes. D’ailleurs, de là est né ce sobriquet.

« Sur cette partie cédée, l’Etat a construit des logements de luxe en grand standing qui ont donné Gibraltar I et II », indique cet ancien instituteur appelé l’historien de Dakar. « Les déplacés sont allés à Guédiawaye d’où le nom de Guédiawaye Fith-Mith », poursuit-il.

A l’en croire, le nom ‘’allées du centenaire’’ a été donné par le capitaine de Vaisseau, August Léopold Protêt, qui a planté, pour la première fois, le drapeau français à Dakar. « Faisant la navette entre Dakar et Gorée pour chercher de l’eau et du bois, il s’est rapproché des populations lébous pour s’installer en terre pleine. Comme on organisait en 1957, les centenaires de Dakar qui existe depuis 1432 avec l’arrivée des Lébous. Pour faire plaisir à ces derniers, il a nommé cette route qui se prolonge jusqu’à l’Obélisque, les allées du Centenaire », conte M. Samb.

Patrimoine d’un passé culturel, le Fesman
Au deuxième congrès des intellectuels et des artistes du monde noir organisé à Rome en 1956, la décision est prise. Le Sénégal devrait organiser le premier festival mondial des arts nègres, un évènement important dans l’histoire du monde noir, de l’Afrique et de la Diaspora. Un rendez-vous de l’Afrique avec elle-même, de la Diaspora avec la terre mère. L’année suivante, commence à souffler le vent des indépendances. Senghor, un des tenants de la négritude, se retrouve à la tête de l’Etat. Enfin, le temps de couronnement de toute une vie de combat. Il demande du temps pour préparer l’évènement. Finalement, le festival est reporté jusqu’à 1966.

Dans l’écriture, c’était un Paris fébrile avec une ethnologie chargée. Il fallait défendre les civilisations du monde noir, montrer que l’Afrique n’était pas une table rase. Qu’elle a même ensemencé le monde. Mais, Dakar qui devrait être en quelques années le point de ralliement de fils d’Afrique victimes de la violence occidentale et revendicateurs d’une identité noire en cette période de 1966, était une table rase d’hôtels.

Le Sénégal chargé d’accueillir le monde noir, au-delà, tous les amis de la culture. Ce n’était pas une mince affaire dans un Dakar qui, en cette période, n’avait pas de grandes infrastructures hôtelières, à part un qui se trouvait du côté de Ngor et quelques rares vieux hôtels du Plateau, notamment le Palme Sud. En l’absence de tous ces hôtels qui font aujourd’hui le fleuron de l’hôtellerie sénégalaise, il y avait un déficit qu’il fallait combler. Ainsi, Senghor a fait coïncider l’aménagement de cet axe des allées du Centenaire avec cet évènement majeur pour que les logements puissent servir à une bonne partie des hôtes avant d’aller entre les mains des vrais destinataires,

Aux origines de la lutte dakaroise
Dans cette partie de la rue 22, où siègent précisément la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs), le Cesag, un peu plus haut, une station d’essence, Toute cette partie enveloppait jadis, le parc municipal des sports à plusieurs disciplines, composé de terrains de football, de basket, de volleyball, de pétanque, de vélodrome, d’hippodrome, autrement appelé le champ de course.

C’est sur la rue 22 angle 19, notamment à Santhiaba et à Tiérigne d’où est parti le mbapatt dakarois. On trouve aussi un autre coin situé sur l’avenue Lamine Gueye ex-Gambetta, où des hommes se livraient à des combats de lutte, Packou Lambaye, appelé Domaine bi à l’époque.

Une place des Lébous qui servait également d’arène à des hommes qui se mesuraient les samedis et dimanches après midi. C’est ainsi que ce coin de la Médina était devenu le point de rencontre de grands champions de la lutte traditionnelle comme Robert Diouf, Pape Touré de Rufisque, Mame Gorgui Ndiaye, Youssou Diène, Mamadou Kane Wade de Thiaroye, Ibou Guèye de Rufisque. Avec l’apport mélodieux des griots à l’instar de Lama Bouna Bass Guèye et Vieux Sing Faye.

Par Marame Coumba Seck

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