Ismaël Ndiaye : L’ingénieur parisien devenu agriculteur à Saint-Louis

09 Fév 2017
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Sénégalais vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années où il exerçait le métier d’ingénieur télécom, Ismaël Ndiaye s’est posé de multiples questions sur l’opportunité de rentrer au Sénégal à partir de 2009. Trois ans plus tard, il a fini par décider de s’investir dans le domaine agricole.

Comment expliquer qu’un ingénieur télécom avec de fortes responsabilités dans une grande entreprise internationale prend la décision de tout laisser tomber pour l’agriculture ? « La routine ! », répond simplement Ismaël Ndiaye, avec un sourire en coin. Mais encore… « J’en avais marre de métro, boulot, dodo même si j’avais une belle situation en France ». Le quadra sénégalais pensait d’une part, pouvoir apporter quelque chose au Sénégal mais il avait aussi « envie de retrouver (s)es racines ». Pour cela l’agriculture fut le meilleur moyen. « En se lançant dans le secteur agricole, l’idée était de trouver un domaine rentable. Cela fait partie de la réflexion quand on décide de rentrer ». Dans sa réflexion de changer de braquet professionnel, Ismaël Ndiaye n’oublie pas ses vieux reflexes liés à sa formation. « Ainsi, j’ai eu une approche d’ingénieur en me documentant, en m’informant sur le domaine agricole. A partir de là, j’ai décidé de retourner dans le village de mes ancêtres qui est à côté de Saint-Louis, à quelques kilomètres de l’Université Gaston Berger ».

Retour aux sources
Un retour et une installation qui se sont faits de manière progressive. « J’ai demandé au village tout entier de m’appuyer pour disposer de l’acquisition des terres. Il y a eu quelques petites réticences mais finalement tout s’est bien passé. J’ai pu avoir 50 hectares. Par chance, ce sont les terres où mes grands-parents faisaient la culture ».

Les conditions acquises, Ismaël se lance dans le grand bain de sa nouvelle aventure en prenant le soin de passer par une phase test. « J’ai aménagé 5 hectares sur fonds propres. J’ai importé du matériel d’Italie pour l’aménagement et le ravalement des champs. Par la suite, j’ai lancé la phase de test à partir de fin 2013. La récolte a eu lieu en début 2014. Je cultivais du piment, des aubergines africaines et des pastèques. Cela s’est très bien passé. J’ai eu confirmation que les terres étaient arables et qu’elles étaient opportunes à l’agriculture que je souhaitais faire ». Seul grand bémol, il n’avait pas bien anticipé la phase de stockage. Pour expliquer son erreur, le néo exploitant agricole confesse n’avoir « aucune structure venant d’une quelconque organisation ou organisme pour (l)’accompagner ». Les conséquences sur l’économie locale sont directes : sa récolte abonde le marché local. « J’étais obligé de vendre puisque je n’avais pas de structures de stockage. Notre récolte de piment avait « inondé » et saturé le marché local de Saint-Louis. Ce qui avait fait baisser les prix ».

Exemple pour la diaspora
Beaucoup de Sénégalais de l’étranger souhaitent s’investir dans le domaine agricole. A ceux-là, Ismaël Ndiaye fait un retour d’expérience. « Pour le montage de la société, je suis passé par l’Apix et j’ai dû bénéficier du CDI, le code des investissements. Ce qui m’a permis d’importer du matériel avec des frais de douane nuls. Cependant, au niveau de la phase de test, je n’ai malheureusement pas eu d’accompagnement ». Le désormais exploitant agricole confesse qu’il a eu beaucoup de beaux discours mais les actes ne suivent pas toujours. « Je ne suis pas seul dans le cas d’avoir commencer ma phase de test sans être accompagné ». Toutefois, Ismael Ndiaye se dit capable « d’employer l’ensemble des personnes de (s)on village natal et ceux des villages environnants, entre 200 à 300 personnes dans la première phase ».

Le jeune homme est conscient qu’il faut croire en l’agriculture mais aussi aux risques pris : « On n’a pas de garantie pour récupérer l’argent mis au démarrage du projet, consent-il. Je déconseille à tout le monde d’aller vers cette aventure avec des fonds personnels, ce qui a été mon cas ». En effet, pour financer son exploitation, il a mis ses fonds propres à hauteur de 150 000 euros, l’équivalent de 100 millions de francs CFA entre 2009 et 2016. « Ce sont les économies du fruit de mon travail quand j’étais ingénieur en France entre 1999 à 2009 ».

La phase industrielle
D’autant plus que pour passer à une approche industrielle, il faut des financements. « Elle ne se fait pas qu’avec des économies. Il s’agit de gros financement. J’attends un partenaire, privé ou public, qui soit capable d’apporter au moins une partie des fonds nécessaires pour le démarrage industriel de l’activité ». En attendant, la phase de test lui a permis de régler les charges comme le paiement des journaliers (50 personnes employées par jour pour la récolte du piment, par exemple). « Ce que j’ai gagné dans cette phase de test, environ 15 millions de F CFA, a été redistribué aux villageois employés ».

C’est avec circonspection qu’il regarde les solutions proposées au sein des Domaines agricoles communautaires. « J’attends de voir parce qu’il me semble que le Prodac ne finance pas de projets. Je pense qu’il serait bien d’avoir une forme de connexion avec des initiatives privées. L’objectif est la création d’emplois, des initiatives comme la mienne y participe grandement ». On ne peut que lui donner raison.

Par Moussa DIOP

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