Afrique du Sud : Les espoirs déçus en pays arc-en-ciel

21 Fév 2017
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Afrique du Sud : Les espoirs déçus en pays arc-en-ciel Crédit photo : Cora Portais Ndiaye

Depuis la fin de l’Apartheid, l’Afrique du Sud est une alternative à l’Occident. Paco, Sénégalais vivant à Johannesburg, symbolise un parcours d’immigration sinueux.

« Je me souviens très bien de ma dernière journée au Sénégal, avant de partir pour l’Afrique du Sud », se remémore celui qui se fait appeler « Paco ». Il requiert l’anonymat. Près de vingt années se sont écoulées mais il se souvient avec précision de tous les détails de cette dernière journée au Sénégal. « C’était à Dakar, le 9 septembre 1997. Je n’ai pas fait grand-chose de cette journée, à part préparer mes bagages. Je suis aussi allé dire au revoir à ma maman ». Sur les conseils de sa mère, Paco finit par se résoudre à faire comme son père avec qui les relations n’étaient pas au beau fixe, non sans un mensonge. « Je lui ai dit que je partais pour l’Italie ». Mais sa destination était bien Johannesburg, avec une escale au Gabon. « A cette époque, il y avait encore « Air Afrique ». Je suis arrivé à l’aéroport O.R. Tambo le 10 septembre 1997 ». Mais c’est seulement quelques mois après qu’il a pu dire la vérité sur son pays d’accueil. « Maintenant, on s’appelle sur WhatsApp, Facebook, tout ça, tout ça… Les nouvelles technologies, ça aide beaucoup », affirme Paco, qui raconte une anecdote cocasse sur l’utilisation des nouvelles technologies. « La première fois que j’ai parlé avec ma maman à travers la vidéo de Skype, elle me disait qu’elle voulait rentrer dans l’écran pour m’enlacer car je lui manquais », s’émeut-il.

Une décision de jeunesse
Si Paco se souvient être « jeune en partant », sa mémoire flanche, par pure coquetterie, pour donner son âge exact. « La vingtaine », avoua-t-il sur un ton plaisantin. Partir du Sénégal, c’était un choix personnel pour Paco : « C’était une décision que je n’avais pas très bien préparée. Je suis ingénieur qualifié au Sénégal. En 1995, je suis parti au Mali pour travailler dans une mine d’or qu’on appelle « Sadiola ». C’est là que j’ai rencontré des Sud-Africains. A leur contact, j’ai vu leur manière de travailler et ça m’a plu. Du coup, je me suis dit : « dès que je finis le chantier au Mali, je rentre au pays, puis je pars pour l’Afrique du Sud avec l’espoir d’un avenir meilleur ». A mon retour au Sénégal en 1997, je me suis préparé en conséquence. Moins d’un mois après, j’avais réussi à réunir l’argent nécessaire ». A l’époque, il n’y avait pas de visa pour entrer en Afrique du Sud. Paco n’a eu qu’à payer le billet d’avion. Mais la suite ne fut pas aussi simple.

Déception
« Je souhaitais trouver, en Afrique du Sud, le même travail dans le secteur des mines qu’au Mali. Mais je n’ai pas pu. Raison pour laquelle je travaille dans la rue pour le change (cambiste, ndlr) ». Même si « ce n’était pas (s)on métier », le quadra sénégalais, sans se plaindre, dit « s’accrocher » et parvient « à satisfaire (ses) besoins, envoyer un peu d’argent au pays ». Malgré une précarité financière, l’espoir ne le quitte pas. Dans un murmure, Paco lance : « Le plus important, c’est que je n’ai pas perdu ma dignité ». Philosophiquement, Paco conclut le chapitre de ses rêves en s’adressant aux Sénégalais. Dans la vie, chaque personne a sa chance. Si un/une Sénégalais(e) me demande conseil pour venir en Afrique du Sud, je lui raconterai mon histoire. J’ai vécu au Sénégal et j’ai vécu en Afrique du Sud. Je suis prêt à partager mes analyses. Je suis resté 20 ans en Afrique du Sud, pas 20 jours. J’ai réellement vécu une grosse partie de l’Histoire de ce pays » depuis la fin de l’Apartheid. Un témoignage important sur les soubresauts d’une nation post-Apartheid qui peine encore à cimenter ses différentes entités et par conséquent, tout ce qui vient de dehors.

Cora Portais Ndiaye (Texte et photo)

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