Actrice et comédienne : Dans les coulisses de Maïmouna Guèye

18 Avr 2017
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Le regard pétillant, l’air malicieux, Maïmouna Gueye respire la vie. A l’orée de 2017, la comédienne et dramaturge d’origine sénégalaise a le vent en poupe : Maman(s) (Maïmouna Doucouré), le dernier film dans lequel elle joue, a été couronné du césar du meilleur court-métrage (2017). Actuellement, elle tourne aux côtés d’Omar Sy pour le prochain film de Rachid Boucharem (réalisateur et producteur franco-algérien, auteur d’Indigènes). Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne.

Avec une sincérité désarmante, Maïmouna raconte son parcours, jalonné d’embûches, mais teinté d’amour et d’espoir : une enfance à Thiès, dans une fratrie de neuf enfants, le décès de ses parents, survenu l’année de ses 16 ans. Elle interrompt ses études pour gagner sa vie. Bien qu’inexpérimentée, Maïmouna réussit une audition pour interpréter le rôle-titre dans Antigone, mis en scène par Gérard Chenet (auteur, metteur en scène, plasticien haïtien) à Toubab Dialaw. Conscient de son talent, l’artiste la prend sous son aile. Elle évoque la figure de son père spirituel avec une infinie tendresse : « je l’admire beaucoup. Un homme engagé, ministre sous Senghor. Il a œuvré pour le Sénégal en mettant à disposition un centre culturel pour les artistes, Sodo Bade…Et puis, il a su déceler en moi des prédispositions pour la scène. C’est lui qui m’a montré la voie ; en quelque sorte, il m’a guérie ». La comédienne poursuit sa carrière au sein d’une jeune troupe en résidence, jusqu’à son départ pour la France, à 20 ans.

Une voix engagée
Partir, emporter avec elle cette détermination qui la caractérise, et l’urgence de dire. « Petite, j’étais comme une éponge, j’absorbais toutes les douleurs du monde. Avec le décès de mes parents, j’avais pris conscience qu’avant de mourir, il fallait laisser son empreinte. J’aurais pu aller vers un autre métier lié à l’oralité, avocate, par exemple. J’ai choisi la scène, l’écriture ». Seulement, en France, son parcours de comédienne n’est pas reconnu.

Il lui faut obtenir des diplômes français, intégrer le conservatoire d’Avignon, être disciplinée. « Je ne supporte pas l’académisme, et malgré les très bons pédagogues qui ont fait la femme que je suis, étudier m’ennuyait. Je voulais que ma colère ne reste pas sourde ». Courageuse et résolue, Maïmouna Gueye s’élève contre la bien-pensance et dénonce toute forme de stigmatisation, même sournoise. Être cantonnée au rôle de « l’Africaine » lui est insupportable : « je n’ai pas besoin de mettre mes origines en avant pour qu’on se dise que je suis sénégalaise ».

Dans son prochain rôle, nulle question de boubou, de foulard, ou autres stéréotypes. Elle salue l’intelligence de Rachid Boucharem, car le réalisateur a su la voir au-delà de sa couleur de peau.

Une soif d’écrire 
La comédienne déplore les discriminations, encore vivaces dans le milieu artistique. « Je suis un être humain et je veux que le cinéma et le théâtre me regardent comme tel ». Parce que les difficultés raciales auxquelles elle se heurte au cinéma sont également prégnantes chez les auteurs. Ses premières pièces abordent des sujets douloureux, comme l’excision (Les souvenirs de la dame en noir 2003), ou le racisme (Bambi, elle est noire mais elle est belle 2006). Les Occidentaux caressent l’illusion que donner la parole aux minorités est preuve de grandeur d’âme. Ses deux pièces ont plu aux producteurs. Or, Maïmouna Gueye refuse d’être instrumentalisée.

Elle souhaiterait aborder d’autres thèmes qui lui sont chers, comme l’amour. Malheureusement les propositions se font plus rares. Maïmouna ironise : « en parlant d’amour, j’aborde un sujet universel, je suis moins attrayante pour les producteurs. Mais rien ne m’arrêtera.

J’écris depuis l’enfance. Les murs de ma chambre étaient tapissés de mots. A ma juste mesure, je veux changer le monde avec l’écriture. Si je parviens à mettre des étoiles dans les yeux de deux ou trois personnes, j’aurai accompli ma mission ».`

Aujourd’hui mère d’un garçon de deux ans, elle affirme que « donner la vie apaise la colère ». Elle porte à présent un autre regard sur le monde, empreint de douceur. La figure maternelle est omniprésente dans ses rôles, aussi bien sur les planches que sur grand écran. C’est encore la mère qu’elle incarne avec brio dans Maman(s). Elle y interprète une femme dévastée, emmurée dans une douleur sourde, partageant son mari avec une seconde épouse.

Retour au pays natal ?
L’idée d’un retour probable au Sénégal la réjouit. Si par le passé elle a eu l’opportunité de jouer ses pièces au centre culturel français de la capitale, elle souhaite aujourd’hui y retourner pour un nouveau projet artistique autour de la prostitution. La comédienne raconte une anecdote malheureuse vécue quelques années auparavant. Alors que son mari et elle étaient en voiture à Dakar, ils ont été arrêtés par la police. Pour eux, une femme noire séduisante et sexy aux côtés d’un homme blanc était incontestablement une prostituée. De fait, selon elle, il est primordial de débattre de la condition des femmes, de « parler d’humanité ».

Elle se félicite de l’émergence d’un cinéma typiquement sénégalais, et s’amuse de l’impact des séries sénégalaises sur la population : « on a dû attendre la fin d’un épisode de Wiri Wiri pour présenter Maman(s) au festival Image et vie à Dakar. Le film a d’ailleurs reçu un excellent accueil, malgré mes appréhensions ».

Maïmouna Gueye brosse le portrait de personnalités sénégalaises qu’elle tient en haute estime : l’actrice Hauwei Sena, qui a su obtenir légitimité et succès contre vents et marées. 
Ou encore, la journaliste Aminata Sophie Dieye. Décédée récemment, dotée d’une plume remarquable et d’une liberté de ton jubilatoire. 
Espérons que la talentueuse comédienne obtiendra elle aussi la reconnaissance de ses pairs, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Anne Plantier

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