Présidentielle française : Quels enjeux pour la diaspora sénégalaise ?

02 Mai 2017
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Au cœur de la présidentielle française, il y a la question des discriminations qui touchent une partie des 10 % de la population ayant des origines africaines. Elles subsistent et frappent de plein fouet ceux qui sont déjà les plus défavorisés socialement. Parmi eux, il y a des membres de la diaspora sénégalaise.

« La République, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire », disait Léon Gambetta. Le combat pour le vivre-ensemble n’est ni communautaire, ni identitaire, il est républicain. Il faut réussir l’égalité réelle. Les partis traditionnels français (droite comme gauche) revendiquent des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de leur bilan d’intégration, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne et sont la cause de l’abstention massive aux élections et donc, la défiance à la parole publique.

Or, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. « Etre libre, c’est participer au pouvoir », déclarait Cicéron. La diaspora dans sa grande largesse d’esprit, sa capacité à pardonner tous les outrages subis, sa patience infinie, n’est pas résignée face aux injustices et aux stigmatisations dont elle est l’objet. Nous avons « un esprit ferme et un cœur tendre », en référence à un sermon de Martin Luther King. La diaspora a une revendication légitime, mais non négociable, à savoir que la France républicaine devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand on entend certains cris de haine comme « On est chez nous » ou «Si tu n’es pas content, rentre chez toi », c’est la consternation devant la banalisation et la libération de la parole raciste. La nouvelle génération éduquée et enracinée, pour toujours, dans ce pays revendique sa juste place et refuse d’être ravalée au rang « d’indigènes de la République ». Il est temps que cela change. La classe politique dit toujours, à chaque échéance électorale, à la Diaspora : « Soyez patients. La fois prochaine, ce sera votre tour ». « Justice trop tardive est déni de justice », aimait rappeler Martin Luther King. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun Obama ou Martin Luther King n’a pu émerger en France.

Les dangers du Front national
De son factice slogan balancé par Jean-Marie Le Pen : « Les mains propres, la tête haute », le parti d’extrême droite français s’est révélé avec « les mains sales, la tête basse » sur beaucoup de thèmes.

Une menace grave pèse désormais pour la République française, le Front national se revendiquant « le 1er parti de France ». Une partie de l’électorat vote maintenant par adhésion et non par contestation pour le Front national. Marine Le Pen, en rupture avec son père, a réussi à « dédiaboliser » le parti extrémiste et à rassurer ainsi une bonne partie de l’électorat confronté à diverses difficultés (chômage, insécurité, entre autres). L’on entend ainsi dire : « Les partis traditionnels ayant été discrédités, pourquoi pas le Fn ? » En effet, le Fn, dans sa quête effrénée de respectabilité, s’est affublé de tous les symboles de la République : le drapeau, l’hymne national, le concept de nation et de patriotisme. Plus c’est gros, plus ça passe. En épargnant, dans sa croisade raciste, les Juifs, communauté solidement organisée avec une grande capacité d'indignation et de réaction, le Fn ne s’attaque qu’aux plus faibles : les Arabes et les Noirs désignés non plus sous le terme de Français musulmans, mais « d’immigrés ». Le Front national s’est arrogé, en violation flagrante du principe d’égalité, qui est au cœur des valeurs républicaines, « le pouvoir de faire vivre et de laisser mourir », en référence à une expression de Michel Foucault. Pourtant, les Français s’apercevront vite que cette escroquerie du Fn, qui n’est pas un parti républicain, n’est qu’une respectabilité de façade. Les affaires qui éclaboussent cette formation politique (compte en Suisse de Jean-Marie Le Pen, son président honoraire, marchés publics attribués à des amis, emplois fictifs, déclaration honteuse sur la rafle des Juifs du Vel d’Hiv, etc.) montre qu’elle ne respecte pas les lois de la République. Jean-Marie Le Pen ne se targuait-il pas dire qu’il a « les mains propres, la tête haute ».

La République, ce sont la probité et la transparence, c'est être au service de tous et non de se servir. Ce décalage entre la parole et les actes montre, comme l’affirmait Jean-Christophe Cambadelis, que les dirigeants du Fn ont « les mains sales, la tête basse ». En dépit de ses succès électoraux, du sourire rassurant de Mme Le Pen, le Fn est, indubitablement, hors de la République. Les slogans de campagne électorale ainsi que les menaces proférées par Mme Le Pen, lors de son discours à Nantes, contre les fonctionnaires qui ne respecteraient pas sa vision politique xénophobe et son refus de déférer aux convocations du juge montrent bien que le Fn est un adversaire résolu de la République. En effet, un des principes essentiels de la République et donc, de la démocratie, c’est le principe d’égalité. Il y a de cela 20 ans, le 1er mai 1995, des militants frontistes jetaient à la Seine un jeune maghrébin du nom de Brahim Bouarram. Souvenons-nous qu’Hitler s’est d’abord attaqué aux Juifs, aux homosexuels, aux communistes et aux Tsiganes. Les Allemands avaient applaudi. Mais, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les ils avaient fini par comprendre que le pire ennemi de leur peuple, c’était bien Adolphe Hitler.

Le Scénario qui pourrait conduire Le Pen au pouvoir
Quinze ans après la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, la France renoue avec la présence du Front national dans le sprint final d’une présidentielle.
Marine Le Pen au 2ème tour de l’élection présidentielle est le fruit des peurs irrationnelles, de la libération extraordinaire de la parole raciste, de la montée de la peste brune, de la lepénisation et des impostures d’une partie de la droite, ainsi que des trahisons de l’héritage de Jean Jaurès par une partie de la gauche. La possibilité d’une victoire du Front national pour le 2ème tour du 7 mai 2017 se trouve dans l’abstention des militants de la droite française déboussolée, car n’ayant pas, avec l’élimination de François Fillon, une offre politique satisfaisante. En effet, le parti Les Républicains, piégé par son candidat issu des primaires, est frustré de n’avoir obtenu la victoire tant espérée qui était à portée de main. Une partie des militants républicains proches du mouvement extrémiste de droite « Sens Commun » votera probablement pour le Front national. Si François Fillon a appelé à voter au 2ème tour pour Emmanuel Macron, la droite dite républicaine, largement lepénisée, s’est réfugiée dans son « Ni, Ni ». En revanche, Nicolas Dupont-Aignan, qui a eu 4,77 % au 1er tour, a appelé à voter pour le Fn ; ce qui peut créer une dynamique pour le parti de Le Pen jusqu’ici isolé et sans alliés. C’est une première. Au Parti socialiste, un président de la République contraint à ne pas se présenter dans ces élections et un Premier ministre battu aux primaires ont passé tout le temps à flinguer le candidat officiel dudit parti, Benoit Hamon, qu’ils considèrent comme un « frondeur ». Dès lors, le parti est au bord de l’implosion. Tiraillé entre « deux gauches irréconciliables », il avait recherché, vainement, et dès le 1er tour, une alliance avec la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon qui ne cherchait non pas une victoire, mais à l’affaiblir. M. Mélenchon qui avait fait une belle campagne électorale, empêtré dans son égo surdimensionné, son nationalisme, son anti-européanisme proche du Front national qu’il est sensé combattre, refuse de donner, contrairement à Hamon, une consigne de vote sans ambiguïté pour Macron. Les citoyens qui avaient voté en 2002 pour Jacques Chirac sont dubitatifs devant la candidature de M. Macron, présentée par ses adversaires comme étant un « bébé Hollande » et ont du ressentiment à l’égard de Messieurs Mélenchon et Hamon, pourtant majoritaires, qui n’ont pas trouvé une alliance au 1er tour.

Par Amadou BA et Moussa DIOP

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