« Returners » : « Plus utile au Sénégal qu’en France »

27 Jui 2017
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Le phénomène des « revenants » n’est pas prêt de s’arrêter. Face au chômage endémique en France qui touche en majorité les personnes issues de l’immigration, conjugué à la croissance africaine, le retour aux sources n’est plus simplement une affaire de cœur. L’Afrique et le Sénégal sont devenus attractifs économiquement pour leur diaspora. En plein Pakao, Amadou Kazaly Dabo en donne une illustration parfaite. A travers un projet d’énergie solaire, le jeune d’une banlieue française s’investit pour le développement économique rural. 

Amadou Kazaly Dabo est né dans une banlieue française mais son avenir y est bouché. Si le jeune entrepreneur de 30 ans ne renie pas son pays natal, il confie que la France « ne lui a pas apporté grand chose ». De cette frustration, avec un certain sens des affaires, il a décidé de venir s’installer au Sénégal, le pays d’origine de ses parents, pour y développer un projet d’énergie solaire en Casamance.

Amadou Kazaly Dabo est né en France, à Paris. « J’ai d’abord grandi dans le beau quartier de Montmarte dans le 18ème arrondissement, près du Sacré-cœur. Puis, à l’âge de mes 8 ans, j’ai déménagé dans la ville d’Epinay-sur-Seine, en Seine Saint-Denis dans le 93 (banlieue parisienne, ndlr) » explique-t-il. Le jeune entrepreneur vient d’une famille nombreuse. Il confie avoir 4 sœurs et 3 frères, et il tient à préciser qu’il est le deuxième enfant de la famille, après sa grande sœur.

Amadou revient sur son enfance, car pour lui, elle explique l’homme qu’il est aujourd’hui. « J’avais un père originaire du Pakao qui était un très grand marabout » lance-t-il non sans fierté. En France le père d’Amadou était guérisseur mais il travaillait aussi en intérim pour faire vivre sa famille. « C’était un vrai bosseur » affirme son fils. « Il a toujours tout fait pour qu’on soit à l’aise, car ma mère ne travaillait pas ». Mais à l’âge de 17 ans, à la suite du décès de son père, Amadou explique que les « difficultés financières ont commencé ». Cet évènement a marqué un tournant dans la vie du jeune mais fils ainé de famille. « Ca a été un moment très difficile, car j’étais jeune et j’ai dû très tôt prendre mes responsabilités pour aider ma mère, mes frères et mes sœurs ».

« J’ai mené une scolarité catastrophique »
Le directeur général de la société Blue Power au Sénégal parle de sa scolarité. « J’étais un brillant élève en primaire. Mon père était très strict donc j’étais assidu à l’école. Mais arrivé au collège j’ai commencé à être un élève turbulent » raconte-t-il. Pour lui, cette attitude s’explique par son environnement et les conditions de travail : « J’étais en zone d’éducation prioritaire (ZEP), dans un collège où il y avait 6 mois de grève par an, des agressions sur les professeurs, du racket, des bagarres etc... Les conditions pour étudier n’étaient pas favorables. Sur le plan national, on était toujours à la traine par rapport aux autres établissements ». Avec une pointe de nostalgie il se rappelle de ce qui lui plaisait à l’école : « J’étais sensible aux arts plastiques et j’adorais cette matière, mais je vous le dis honnêtement, j’ai menais une scolarité catastrophique.

Je n’ai même pas été à l’examen du brevet des collèges. J’avais le sentiment que je ne pouvais pas réussir en France via l’éducation nationale ».

Du CDD en France à l’entreprenariat au Sénégal
Après le collège, il a fait un BEP comptabilité. « Ce n’était pas un vrai choix, mais plutôt un refuge ». L’alternative était un CAP. C’est donc au décès de son père que Amadou a commencé à chercher du travail. « Je ne savais pas trop quoi faire, alors je suis parti à la mission locale pour les jeunes de ma ville, et j’ai eu un CDD de 6 mois en manutention dans une imprimerie offset. Finalement j’ai fait 7 ans dans cette société ».

Mais suite à un licenciement économique, il s’est lancé dans l’entreprenariat en ouvrant avec son associé de l’époque un centre de remise en forme à Paris dans le 16ème arrondissement. « C’est un domaine que je maîtrisais car en parallèle, je faisais beaucoup d’haltérophilie. J’ai même eu 5 titres de champion de France ». Puis, suite a une « brouille » avec son associé il fait sa route tout seul en montant sa propre centre de « remise en forme ».

Cependant il avoue que « cela n’a pas fonctionné ». Mais point de découragement. « Ensuite, je me suis lancé dans la commercialisation de l’huile de Neem sénégalaise en France mais n’ayant pas les appuis financiers nécessaires, j’ai laissé tomber ». Finalement, c’est en revenant en Casamance, sa région d’origine, qu’il s’est rendu compte d’un manque d’électricité pour les populations. Amadou en est à ses premiers pas dans la commercialisation de machines solaires.
Eloigné mais lié au Sénégal par sa famille

Ses parents ont toujours étaient le lien entre Amadou et le Sénégal. « On ne voyageait pas au Sénégal, mais ils m’ont inculqué la culture Mandingue.
Mes deux parents sont Socé, et ils m’ont enseigné ma langue maternelle dès que je suis né ».

C’est à l’âge de 25 ans qu’il a eu le besoin de venir au Sénégal. « J’ai financé mon voyage seul. C’était ma volonté de venir entreprendre en Casamance et d’aider ma communauté ». Le jeune homme affirme se « sentit plus utile qu’en France pour participer au développement de l’économie du Sénégal ».

Cora Portais

Last modified on mardi, 27 juin 2017 16:34
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