Elu en Europe du Sud : Nango Seck ou la revanche d’un policier radié

05 Déc 2017
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Elu député de la diaspora sur la liste Europe du Sud de la Coalition gagnante Wattu Sénégal, Nango Seck a eu une vie pleine d’aventures. Il fait parti des policiers radiés de la fonction publique en 1987. Ce natif de Rufisque vient de boucler trois décennies en Italie.

Quand Nango Seck a franchi les portes de l’Assemblée nationale comme député, il a sans doute eu le souvenir de ce 15 avril 1987. C’est dans ce même hémicycle qu’un jour d’avril 1987 que son sort et celui de beaucoup de ses collèges ont été scellés. Il faisait partie des fonctionnaires de police radiés de la Fonction publique à la suite d’une marche qu’ils avaient effectuée à Dakar pour soutenir un collègue licencié.

Le néo député Nango Seck se rappelle de cet événement avec une pointe d’amertume. Il était en poste au commissariat central de Dakar. « Cela a été un choc pour beaucoup. Certains ont eu leur vie brisée, leurs ménages éclatés, leur dignité bafouée », ressasse-t-il. Pourtant rien ne prédestinait Nango Seck à faire partie de la diaspora sénégalaise. Plus jeune, il avait brillamment réussi le concours d’entrée à la Police en 1982. Il a servi au Groupement mobile d’intervention (Gmi) à Ziguinchor, avant de revenir à Dakar, au commissariat central, jusqu’à sa radiation.

Après la séquence des policiers radiés, le Sénégal a été secoué, en 1988, avec les événements post-électoraux de 1988 où Me Abdoulaye Wade, qui défendait les policiers radiés, a été arrêté. « C’est le déclic pour mon entrée en politique », raconte-t-il. L’aventure politique va accompagner l’aventure migratoire qui va le faire voyager en Côte d’Ivoire avant de déposer ses baluchons en Italie. Une porte se ferme pour mieux en ouvrir une autre : radié de la police, ce cinquantenaire rufisquois se tourne vers l’émigration. D’abord la Côte d’Ivoire, puis l’Italie.

Actif et associatif
Ayant passé sa jeunesse à Rufisque, une ville animée, Nango a en gardé un activisme qui va l’aider à bien s’intégrer en Italie. Très porté dans l’associatif, il milite en Italie à la fois dans les dahiras, les associations d’émigrés et surtout dans la politique. Son compagnonnage avec le Parti démocratique sénégalais et Me Abdoulaye Wade ne s’est pas arrêté au Sénégal.

En Italie aussi, la fibre libérale de Nango Seck va se renforcer. Son engagement politique se verra réconforter à travers la loi électorale qui autorisait les Sénégalais de l’étranger à voter à partir de 1993.

« A partir de là, j’ai décidé de franchir le pas du simple militantisme pour se décider à prendre des responsabilités au sein du Pds », explique-t-il. Ses entrées dans la communauté émigrée sénégalaise en Italie par les dahiras et les associations vont l’aider à sillonner toute l’Italie pour participer à l’implantation du Pds. C’est cet activisme politique qui va légitimer ses responsabilités dans son parti.

Ainsi, il devient un des dirigeants majeurs de la Fédération Pds Italie. Des responsabilités qu’il assumera jusqu’en 2012, année de la perte du pouvoir du Pds. Après un break politique, Nango Seck retrouve le terrain de l’engagement, mais cette fois avec la Convention «Bokk Guiss Guiss» de Pape Diop. C’est avec la bannière de ce parti politique qu’il sera coopté dans la liste de la «Coalition gagnante Wattu Sénégal» pour les premières législatives où les Sénégalais de l’extérieur ont eu la possibilité d’élire des députés qui vont les représenter à l’Assemblée nationale. Une première que Nango Seck accueille avec philosophie, lui qui s’est toujours battu pour les émigrés dans les dahiras, les mouvements associatifs et même les partis politiques.

Actuellement manager d’une société de prestation de services et d’accompagnement des émigrés à Brescia, la ville la plus sénégalaise d’Italie, Nango Seck a aussi connu la vie de simple émigré en travaillant, à ses débuts, comme ouvrier spécialisé. C’est ce capital d’expérience de Sénégalais de la diaspora ayant passé toutes les étapes de l’émigration que Nango va utiliser pour défendre ses compatriotes émigrés à l’Assemblée nationale. Mais, il n’en oublie pas aussi son ancienne vie de policier et surtout sa radiation.

Alors, cette entrée à l’Assemblée nationale, où a été voté sa radiation, une revanche de l’histoire ? « C’est vrai qu’on peut voir mon élection comme une revanche sur l’histoire, rétorque t-il.

C’est aussi une satisfaction.

Revenir à l’Assemblée nationale en tant que député, je l’ai fait au nom de tous mes anciens collègues policiers qui ont subi l’injustice de la radiation. C’est également une leçon sur les valeurs de justice et d’équité. Que dans l’avenir, de tels événements soient évités surtout dans nos régimes actuels où l’Exécutif a une grande influence sur le Législatif avec une majorité mécanique. Il faut tout faire à l’avenir pour que de telles lois ne soient pas votées comme c’était le cas en 1987 ». Bréviaire d’un nouveau parlementaire.

Oumar NDIAYE

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