L’Afrique au Salon du Livre de Paris

02 Avr 2018
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Pour la deuxième fois consécutive, le Pavillon des Lettres a été le grand rendez-vous des lettres africaines.

Du 16 au 19 mars 2018, le Pavillon des Lettres d'Afrique a accueilli officiels, auteurs en dédicace, éditeurs, conteurs, et aussi public venu en masse rencontrer les acteurs du livre et de la lecture.

Avec comme thème le livre passerelle des arts, l'édition 2018 a ceci de particulier par rapport à celle de 2017, elle a étendu sa programmation non plus aux écrivains, mais à une quantité d'autres acteurs culturels.

En veillant à placer le livre au cœur des débats, le Pavillon des Lettres d'Afrique a tenu également à célébrer et à promouvoir les différentes industries culturelles et créatives telles que le cinéma et l'audiovisuel, les arts visuels, les arts de la scène, la gastronomie ou encore la mode, dont les représentants, ont pu, lors de tables rondes savamment menées par des modérateurs de talent, valoriser le lien avec le livre et la richesse artistique de l’Afrique.

J'ai trouvé très judicieux de voir des blogueurs, des "influenceurs" de la toile, des musiciens, des journalistes partager les espaces de discussions et échanger sur les différentes thématiques.

L’Afrique du Sud était l’invité d’honneur de l’édition 2018, ce qui me conforte dans l'idée que les gestionnaires du Pavillon sont dans une quête permanente d'amélioration et surtout d'élargissement, car la littérature africaine n'est pas seulement nichée dans l'espace francophone, mais s'étend aussi dans l'espace anglophone. À en juger par les pépites qui émergent chaque année du Nigeria, du Kenya, pour ne citer que ces pays ...

La Côte d'Ivoire, partenaire stratégique du Pavillon, était bien représentée, encore une fois. En plus de son ministre de la Culture, l'écrivain Maurice Bandaman, la délégation comptait Isabelle Fofana, promotrice du Prix Ivoire d'expression francophone et Directrice générale des Éditions Fraternité Matin, les écrivains Venance Konan, Macaire Etty et Essie Kelly. Ce fut une réelle joie pour moi de voir ces hommes et femmes de lettres dont j'admire et suis régulièrement le travail sur la littérature ivoirienne via les réseaux sociaux.

La parution de mon nouvel ouvrage, «Vous avez dit féministe ?» J'ai participé à deux tables - rondes. La première eut lieu le samedi 17 mars et au lieu d'un trio, nous fûmes finalement deux, car la personne avec qui je devais partager la table - ronde n'a malheureusement pas eu son visa.

Avec Ramcy Kabuya, doctorant et spécialiste de la littérature africaine, nous avons débattu de «Vous avez dit féministe ?», de l'écriture d'un tel livre, si l'on considère que le terme féminisme n'est pas le plus fédérateur qui puisse exister en ce XXIe siècle. Sous le tir nourri des questions de Ramcy, j'ai pu revenir en long et en large sur ce petit livre qui soit dit en passant, était un livre pas du tout attendu, mais il s'est avéré nécessaire en ces temps où les questions liées au féminisme sont au devant de la scène...

Le dimanche 18, durant l'après - midi, j'ai également participé à une autre table - ronde autour de la question du cheveu naturel afro. En compagnie de trois autres femmes activistes mais aussi écrivaines, la journaliste Nadine Kouamouo qui modérait la rencontre est partie du cheveu naturel pour évoquer le « nappysme » (l'art de porter ses cheveux naturels sans défrisage), avant d’étendre la discussion sur des questions d'actualité telles que l'afropéanisme, l'afrodescendance, le féminisme...

Ce fut une occasion de plus pour parler de « Vous avez dit féminisme ? » et de citer les quatre femmes dont les travaux m’ont inspiré sur le féminisme. Elles ont pour nom Simone De Beauvoir, Chimamanda Adichie, Awa Thiam et Mariama Bâ. Une lecture croisée de leurs écrits me permet de mieux appréhender ce sujet ô combien passionnant qu'est le féminisme. La discussion se révéla passionnante et quelques copies de « Vous avez dit féministe ? » furent achetés par le public.

Le Pavillon des Lettres d'Afrique a, encore une fois, montré qu'il est LE rendez - vous littéraire à ne pas rater.

Par NDÈYE FATOU KANE, AUTEURE

AMINATA SOW FALL, LA SÉNÉGALITÉ EN BANDOULIÈRE
A Sow Fall ParisLa délégation sénégalaise ne fut pas en reste lors de cette édition du Salon du Livre de Paris. Avec les minis stands dédiés à plusieurs pays, le Sénégal, par Abdou Latif Coulibaly, ministre de la Culture, était bien représenté. Outre le ministre, étaient présents les écrivains Mamadou Samb, Andrée Marie Diagne, Rahmatou Seck Samb, Soxna Benga, Thierno Niang et Aminata Sow Fall.

Cette dernière fut l'attraction, cette année. Tout le monde voulait la voir, lui parler, se faire dédicacer son nouvel ouvrage, L'Empire du mensonge.

Douze ans après les festins de la détresse, elle revient avec L'Empire du mensonge. D'abord publié aux Éditions Khoudia, la maison d'édition qu'elle a fondée, L'Empire du mensonge vient de paraître en France chez Le serpent à plumes.

L'entendre en parler, évoquer sa longue et florissante carrière littéraire, lors de tables - rondes suivies de dédicaces me conforte dans le fait que seuls le travail et l'abnégation paient ...

Âgée de 77 ans, je trouve admirable que cette femme qui a porté haut le flambeau de la littérature sénégalaise et africaine, continue de produire des ouvrages. Armée de sa sénégalité en bandoulière, son mouchoir de tête coloré la rendait reconnaissable entre mille.

L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes … authentiques.

Comme si celles – ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs attributs authentiques.

L'entendre évoquer ces valeurs qui jadis faisaient le ciment de notre société et qui sont peu à peu passées de mode au profit d'une modernité galopante nous donne un aperçu de ce qu'est cette magnifique œuvre.

Merci au Pavillon des Lettres d'Afrique d'avoir fait venir cette grande dame si charismatique et qui est, à n'en pas douter, une source d'inspiration pour la nouvelle génération d'auteurs (es) !

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