L’Italie applique le règlement communautaire qui prévoit de pouvoir utiliser les contributions versées dans tous les pays de l’Union Européenne. Elle a par ailleurs mis en place des conventions bilatérales avec certains pays extracommunautaires qui y disposent d'une émigration importante, comme l'Algerie, la Tunisie ou encore le Maroc. Ces conventions internationales font écran de tutelle et de référence au droit à pension pour les salariés ayant eu une activité en Italie selon les barèmes en vigueur. Pour rappel, les immigrés rapportent huit milliards d’euros par an à l’Italie, et ne lui coûtent que trois milliards. Les cinq milliards restant sont redistribués dans la population italienne.

Ces chiffres viennent une nouvelle fois démontrer la contribution importante que les immigrés donnent à l’économie de la péninsule et à sa population vieillissante. Le solde positif (la différence entre ce qu’ils rapportent à l’État et ce qu’ils lui coûtent) est légèrement inférieur à cinq milliards. D’autres calculs démontrent que les contributions versées par les immigrés permettent de payer les retraites de 600.000 Italiens chaque année. Le Sénégal, qui dispose d'une grande diaspora en Italie, n'a pas de convention bilatérale avec l'Italie pour la portabilité des droits de retraite.

L'importance de la Diaspora sénégalaise en Italie doit interpeller les autorités sénégalaises pour prendre immédiatement toutes dispositions nécessaires afin d'entamer des négociations avec les autorités italiennes sur ce sujet crucial. Voici un enjeu de développement sur lequel le département en charge des sénégalais de l'extérieur est attendu en lieu et place de la politique politicienne. Les vaillants travailleurs immigrés méritent aussi de profiter sereinement de leur retraite au pays après avoir subi la pénibilité du travail dans les pays du Nord. La Diaspora ne doit plus être juste un territoire électoral mais plutôt un enjeu de développement.

Par Babacar Bâ, économiste et consultant international en France

« Votez Seybatou Aw, c’est voter pour un député qui abreuve la diaspora sénégalaise et non un député qui s’abreuve de la diaspora ». C’est ce qui ressort en substance des motivations de la candidature d’El Hadj Seybatou Aw, déclaré vainqueur des législatives du 30 juillet 2017 en Côte d’Ivoire avec 71,35% du suffrage exprimé dans la circonscription de l’Afrique de l’Ouest. Un slogan de campagne qui a permis au candidat de la liste «Benno Bokk Yakaar» de faire la différence face à ses adversaires.

Abidjan – Partant de son amour pour le Sénégal à son parcours migratoire, en passant par une brillante carrière professionnelle et un engagement dans les actions sociales et humanitaires, Seybatou Aw est, pour la majorité des Sénégalais de Côte d’Ivoire, « le compatriote le mieux outillé et expérimenté pour défendre leurs intérêts à l’Assemblée nationale ».

Parcours
Parti du Sénégal, il y a 44 ans, cet ingénieur électromécanicien de formation âgé de 65 ans, marié et père de 5 enfants, a exercé et continue d’occuper diverses fonctions dans le monde (professeur de robotique et d’automatisme, ingénieur, directeur et administrateur de sociétés d’assurances, chargé de cours en Assurances…).

Le nouveau député a plusieurs qualifications qui lui ont permis de bâtir son riche parcours professionnel et surtout d’être plus proche des réalités de la diaspora sénégalaise.

Les Sénégalais de Côte d’Ivoire lui reconnaissent ce savoir-faire et cette expérience. « Ce que je retiens de sa personnalité, c’est qu’il va au Parlement pour poursuivre son amour pour le social et l’humanitaire », nous confie un ressortissant sénégalais dans la capitale ivoirienne qui requiert l’anonymat.

Mobiliser des financements pour les jeunes et les femmes
Selon des témoignages dans les communautés sénégalaises en Côte d’Ivoire, Seybatou Aw a à son actif plusieurs actions humanitaires tant dans la diaspora qu’au Sénégal. Indépendamment des opérations de charmes qu’il a menées pendant la campagne pour les législatives de 2017, il s’est engagé, depuis plusieurs années, à contribuer à l’amélioration des conditions de vie des Sénégalais de la diaspora en Afrique de l’Ouest ainsi que ceux du Sénégal.

Un engagement que natif de Walalde, au bord du fleuve Sénégal, dans le département de Podor, entend plus que jamais renforcer depuis sa prise de fonction à l’Assemblée nationale afin d’œuvrer pour l’émergence de la diaspora sénégalaise. « Dans mon programme de campagne, je me considère comme un immigré, quand bien même je suis un fonctionnaire international. Je suis membre de la diaspora depuis plus de quatre décennies. J’ai quitté le Sénégal après mon Bac en 1973.

Et j’ai côtoyé la communauté sénégalaise partout où je suis passé, en France, au Mali, au Togo… Je discute avec elle et je connais ses préoccupations », renseigne M. Aw. Pour lui, les Sénégalais sont de braves travailleurs, qui ont besoin de soutiens financiers et techniques en termes d’encadrement. « Les Sénégalais de la diaspora ont besoin d’aides pour financer et gérer leurs projets, pour se soigner, pour rapatrier les corps de certains de nos parents, poursuit-il. Avec mes relations sur le plan international et national avec le gouvernement sénégalais, je pense qu’on peut mobiliser des financements pour aider les jeunes et les femmes à développer leurs affaires et se prendre en charge ».

Abou Adam, correspondant en Côte d’Ivoire

Elu député de la diaspora sur la liste Europe du Sud de la Coalition gagnante Wattu Sénégal, Nango Seck a eu une vie pleine d’aventures. Il fait parti des policiers radiés de la fonction publique en 1987. Ce natif de Rufisque vient de boucler trois décennies en Italie.

Quand Nango Seck a franchi les portes de l’Assemblée nationale comme député, il a sans doute eu le souvenir de ce 15 avril 1987. C’est dans ce même hémicycle qu’un jour d’avril 1987 que son sort et celui de beaucoup de ses collèges ont été scellés. Il faisait partie des fonctionnaires de police radiés de la Fonction publique à la suite d’une marche qu’ils avaient effectuée à Dakar pour soutenir un collègue licencié.

Le néo député Nango Seck se rappelle de cet événement avec une pointe d’amertume. Il était en poste au commissariat central de Dakar. « Cela a été un choc pour beaucoup. Certains ont eu leur vie brisée, leurs ménages éclatés, leur dignité bafouée », ressasse-t-il. Pourtant rien ne prédestinait Nango Seck à faire partie de la diaspora sénégalaise. Plus jeune, il avait brillamment réussi le concours d’entrée à la Police en 1982. Il a servi au Groupement mobile d’intervention (Gmi) à Ziguinchor, avant de revenir à Dakar, au commissariat central, jusqu’à sa radiation.

Après la séquence des policiers radiés, le Sénégal a été secoué, en 1988, avec les événements post-électoraux de 1988 où Me Abdoulaye Wade, qui défendait les policiers radiés, a été arrêté. « C’est le déclic pour mon entrée en politique », raconte-t-il. L’aventure politique va accompagner l’aventure migratoire qui va le faire voyager en Côte d’Ivoire avant de déposer ses baluchons en Italie. Une porte se ferme pour mieux en ouvrir une autre : radié de la police, ce cinquantenaire rufisquois se tourne vers l’émigration. D’abord la Côte d’Ivoire, puis l’Italie.

Actif et associatif
Ayant passé sa jeunesse à Rufisque, une ville animée, Nango a en gardé un activisme qui va l’aider à bien s’intégrer en Italie. Très porté dans l’associatif, il milite en Italie à la fois dans les dahiras, les associations d’émigrés et surtout dans la politique. Son compagnonnage avec le Parti démocratique sénégalais et Me Abdoulaye Wade ne s’est pas arrêté au Sénégal.

En Italie aussi, la fibre libérale de Nango Seck va se renforcer. Son engagement politique se verra réconforter à travers la loi électorale qui autorisait les Sénégalais de l’étranger à voter à partir de 1993.

« A partir de là, j’ai décidé de franchir le pas du simple militantisme pour se décider à prendre des responsabilités au sein du Pds », explique-t-il. Ses entrées dans la communauté émigrée sénégalaise en Italie par les dahiras et les associations vont l’aider à sillonner toute l’Italie pour participer à l’implantation du Pds. C’est cet activisme politique qui va légitimer ses responsabilités dans son parti.

Ainsi, il devient un des dirigeants majeurs de la Fédération Pds Italie. Des responsabilités qu’il assumera jusqu’en 2012, année de la perte du pouvoir du Pds. Après un break politique, Nango Seck retrouve le terrain de l’engagement, mais cette fois avec la Convention «Bokk Guiss Guiss» de Pape Diop. C’est avec la bannière de ce parti politique qu’il sera coopté dans la liste de la «Coalition gagnante Wattu Sénégal» pour les premières législatives où les Sénégalais de l’extérieur ont eu la possibilité d’élire des députés qui vont les représenter à l’Assemblée nationale. Une première que Nango Seck accueille avec philosophie, lui qui s’est toujours battu pour les émigrés dans les dahiras, les mouvements associatifs et même les partis politiques.

Actuellement manager d’une société de prestation de services et d’accompagnement des émigrés à Brescia, la ville la plus sénégalaise d’Italie, Nango Seck a aussi connu la vie de simple émigré en travaillant, à ses débuts, comme ouvrier spécialisé. C’est ce capital d’expérience de Sénégalais de la diaspora ayant passé toutes les étapes de l’émigration que Nango va utiliser pour défendre ses compatriotes émigrés à l’Assemblée nationale. Mais, il n’en oublie pas aussi son ancienne vie de policier et surtout sa radiation.

Alors, cette entrée à l’Assemblée nationale, où a été voté sa radiation, une revanche de l’histoire ? « C’est vrai qu’on peut voir mon élection comme une revanche sur l’histoire, rétorque t-il.

C’est aussi une satisfaction.

Revenir à l’Assemblée nationale en tant que député, je l’ai fait au nom de tous mes anciens collègues policiers qui ont subi l’injustice de la radiation. C’est également une leçon sur les valeurs de justice et d’équité. Que dans l’avenir, de tels événements soient évités surtout dans nos régimes actuels où l’Exécutif a une grande influence sur le Législatif avec une majorité mécanique. Il faut tout faire à l’avenir pour que de telles lois ne soient pas votées comme c’était le cas en 1987 ». Bréviaire d’un nouveau parlementaire.

Oumar NDIAYE

Militant antiraciste, syndicaliste et associatif, Demba Sow a un parcours migratoire sinusoïdal. Malgré une entrée en politique tardive, il a accédé rapidement aux postes de responsabilité au sein de l’Apr France pour finir par être élu député à l’une des trois places dédiées à la circonscription de l’Europe du Nord de l’Ouest et du Centre.

« C’est maintenant que les difficultés commencent ». C’est en reprenant, à peu près, une célèbre formule de Léon Blum que Demba Sow accueille son entrée à l’Assemblé nationale sénégalaise. Pourtant rien ne lui présageait un tel destin il y a encore cinq ans. Autodidacte, sans grand diplôme, simple employé du Musée de l’Homme à Paris, le néo député sénégalais de la diaspora cultive les paradoxes.

Entré en politique grâce à Awa Diop Mbacké, l’actuelle vice-consul du Sénégal à Paris, « une amie qui est devenue par la suite une sœur », précise-t-il, Demba Sow poursuit sa quête de « donner un sens » à la vie. Devenu « orphelin très tôt », il a « toujours cherché à compenser ce vide sentimental en étant à la disposition des autres ». C’est ce qui sous-tend son « adhésion à l’Apr en décembre 2008 », soutient l’ancien sympathisant socialiste, « sans jamais y avoir pris carte », qui venait au consulat pour défendre différentes causes.

Un trotskyste converti au libéralisme
Sauf qu’en France, l’Apr est dans la continuité du paradoxe en faisant du neuf avec du vieux.

Le nouveau parti a été constitué par d’anciens membres du Pds. Mais, Demba Sow n’a pas la même culture du militantisme que ses nouveaux camarades.

« J’étais issu du militantisme entièrement occidental. Donc, il y a des spécificités qui étaient différentes. A l’Apr, il fallait que je prouve ma façon de militer », renseigne Demba Sow. Il apporte de « nouvelles idées » dans la manière de revendiquer, de manifester. « C’était notre seule manière de rompre avec (le président) Wade, tente de développer le député. On avait un idéal d’engagement qui était désintéressé. Quand tu es militant Cgt (Confédération générale des travailleurs (un syndicat français, Ndlr)), tu colles des affiches, tu portes des pancartes dans les manifs, tu distribues des tracts devant le métro et tu ne t’attends pas à devenir député. Car, au bout, c’est la satisfaction des revendications des travailleurs. C’est l’élévation de la classe ouvrière, c’est l’amélioration des conditions de travail et de vie de la classe ouvrière. Ce n’est pas pour des questions de récompense ». Pourtant après la victoire de Macky Sall, en 2012, même s’il dit « n’avoir rien eu » comme poste, il est au centre d’un combat épique pour diriger l’Apr France avec Abdourahmane Koita. Ce dernier finira par hériter du consulat du Sénégal à Bordeaux.

L’étape suivante, avec le référendum de 2016, fut un poste de candidat à la députation pour représenter la diaspora sénégalaise à l’Assemblée nationale. Une candidature synonyme de victoire, car en France, l’Apr, du fait de son origine et de sa stratégie, est encore très loin devant les autres partis. « J’étais fonctionnaire travaillant en France.
J’ai pris cinq ans pour être au service des Sénégalais.

Pour montrer que l’engagement ne se paie pas ». Elu député en juillet 2017, Demba Sow se « considère comme militant engagé depuis janvier 1974 pour de nombreuses causes ».
Né en 1955, arrivé en France le 3 décembre 1973, Demba Sow est, en effet, passé au Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), avant de toujours militer à la Cgt pour des associations humanitaires comme Dental Fouta Toro.

Il a milité également pour divers partis politiques français comme ceux des trotskistes. « Ils sont au service de la classe ouvrière », justifie-t-il. Ce parcours a façonné le représentant du peuple qu’il est devenu.

« L’issue était fatale », sourit-il.

M. DIOP

Last modified on mardi, 05 décembre 2017 16:00

Ni rire ni pleurer, mais comprendre », écrivait Spinoza. Il est évident que dans le cas de Fatou Diouck, la Sénégalaise qui a porté le plus grand nombre de fois le maillot national tout sport confondus, il faut essayer de comprendre rationnellement les tenants d’une retraite internationale marquée par un mutisme général. Au moment où les Lions du football sont légitimement rétribués à la hauteur de la qualification à la Coupe du monde Russie 2018, Fatou Diouck trouve presque normal qu’elle n’attire ni lumière, encore moins de récompense de la Fédération de Volley-ball au soir d’une carrière internationale pourtant remplie de sacrifices pour le drapeau sénégalais.

Si la paix de l’âme n’est « pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même », Fatou Diouck en est une incarnation aboutie.

En 17 ans de carrière internationale, elle est devenue l’emblématique capitaine de l’équipe nationale de Volley-ball du Sénégal. « J’ai arrêté de compter à 150 », répond-elle quand on lui demande le nombre de sélections obtenues depuis 2001. En guise de comparaison, Henri Camara, le plus capé en équipe nationale de football, n’a pas dépassé les 99 sélections avec le maillot frappé de la tête de lion.Fatou Diouk, c’est une carrière de distinction. En 2001, elle est Mvp (meilleure joueuse) à la Coupe d’Afrique des clubs champions, Lionne d’or du Sénégal et élue sportive de l’année.

Championne du Sénégal avec la Sococim, Mvp aux Jeux africains d’Alger (2007), Mvp à la Coupe d’Afrique de Nairobi en 2011, meilleure attaquante dans la même compétition en 2015. Après la France, puis la Finlande, direction l’Azerbaïdjan, la Thaïlande, où son club remporte le titre de champion d’Asie des clubs, champions en 2016-2017. Avec le Sénégal, c’est vrai que Fatou Diouck n’a pas gagné de titre collectif. Mais, finir cinq fois dans le dernier carré continental ne doit pas être une avanie. Avec elle, le Sénégal est l’équipe la plus régulière en Afrique, après le Kenya, depuis 2009.

Cependant, le sport, ce n’est pas seulement la gagne pour capitaine Diouck, c’est aussi « un vecteur d’insertion, d’épanouissement et d’émancipation », notamment pour les 300 jeunes de son association « Demoiselles de keur, Sénégalaises de demain ». Pour sa dernière « compétition », Fatou Diouck est arrivée troisième pour le titre de Meilleur sportif sénégalais de 2017, remporté par la basketteuse Astou Traoré. Au soir d’une carrière internationale riche en étoiles, il serait de mauvais goût de lui chanter une palinodie incompréhensive.

• Par Moussa DIOP

Promis par le président Macky Sall, 15 députés ont été élus par les Sénégalais de l’étranger lors des Législatives de juillet 2017. Pour les trois millions de membres de la diaspora sénégalaise, avoir des représentants à l’Assemblée nationale est une évidence. Mais pour quoi faire ?

« Les Sénégalais de la diaspora ont besoin d’aides pour financer et gérer leurs projets, pour se soigner, pour rapatrier les corps de certains de nos parents », estime Seybatou Aw, élu en Côte d’Ivoire, dans la circonscription de l’Afrique de l’Ouest. En effet, les doléances des Sénégalais de l’étranger sont nombreuses et ils attendent que leurs nouveaux représentants à l’Assemblée nationale fassent le job. « Etre élu député, ce n’est pas une fin en soi, se défend presque Demba Sow, élu en France, dans la circonscription de l’Europe du Nord, de l’Ouest et du Centre. C’est le début d’un combat ». Un combat qui s’appelle le logement, estimé comme priorité des Sénégalais de l’étranger, ainsi que le règlement des problèmes de documents administratifs (passeports, carte nationale d’identité, état civil). Demba Sow, employé au Service état civil du consulat du Sénégal à Paris avant son élection, cible les mêmes thématiques en faisant également du logement une nécessité. « Des mafieux ont « bouffé » les économies des immigrés, s’indigne-t-il. Pour les rapatriements des corps, il faut trouver des mutuelles qui travaillent avec l’État. Notre mission est d’être proche de la diaspora, les réunir, faire des évaluations pour voir ce qu’on peut porter comme projets. Le rôle du député n’est pas de faire des promesses. Mais, de rendre réel des projets de lois dont l’émanation est issue du peuple ».

Nango Seck, élu en Italie, dans la circonscription de l’Europe du Sud, met, lui, le curseur sur d’autres thématiques. « Les Sénégalais en Italie travaillent et versent des milliards dans les caisses de l’État italien, et cela risque de n’aboutir à rien. Il n’y a pas d’accord bilatéral entre l’Italie et le Sénégal pour sauver nos retraites qui sont en Italie. On est obligé de travailler jusqu’à la retraite, rentrer bredouille et se faire prendre en charge par l’État sénégalais alors que nos retraites dorment dans les caisses des États européens. Il faut mettre en place une commission entre les deux États pour gérer cette question des retraites », expliquait-il au « Soleil » en août dernier. Au vu de la particularité de l’immigration sénégalaise en Europe du Sud, Nango Seck souhaite la mise en place d’une commission mixte entre le Sénégal et les trois pays qui la composent (Italie, Portugal et Espagne) sur la question des retraites. Le néo député compte également se faire entendre sur la sensible question de l’âge des véhicules autorisés à entrer au Sénégal. Il est de 8 ans actuellement. Les demandes provenant de la diaspora font état d’une hausse jusqu’à 10 ans.

Sur les quinze députés élus, seuls trois sont de l’opposition (ceux issus de la circonscription de l’Europe du Sud). Mais, Demba Sow de la coalition BBY (au pouvoir) envisage de former un groupe parlementaire avec les députés de l’opposition. « Il faut un guichet unique, une maison du Sénégal à l’étranger. Les Sénégalais de la diaspora sont exigeants et engagés ; ils vont nous demander forcément ce que nous avons fait du mandat qu’ils nous ont donné. Nous ne serons pas une chambre où on applaudit d’une séance à une autre ». Cela paraît juste pour répondre à toutes les inquiétudes liées à leur utilité.

Moussa DIOP

La mort de Janus

27 Jui 2017
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Lapidaire, la sentence tombe. Elle est sans appel. Coupable. Facteur aggravant : c'est avec préméditation. Une souillure qui ne mérite plus d'être des vôtres. Avec un manichéisme d'un autre âge, il fallait choisir. Être avec ou contre. Y’a pas d'autres choix possible. Et puis, ne pas être avec, ce n'est pas un choix. C'est une trahison. Devant l'immaculée d’une telle conviction et l'impérieuse inutilité d’une autre voie, c'est incompréhensible de vouloir voir ailleurs. Sauf que... sauf que la consanguinité, elle ne fait rarement que du bien. L'ouverture au monde est une richesse pas un boulet même si le voyage c'est souvent un déchirement. Pour beaucoup, c'est même le préalable à un déracinement qui ne se fait pas toujours avec plaisir. La bienséance n’en a cure de chercher les causes car trop prompt au verdict définitif. Cette entreprise de destruction massive qu'est souvent le Sénégalais, au regard déformé sur ce qui lui est étranger, ne capte pas tout de l'exilé volontaire. Encore moins quand une fois « acclimaté », il choisit d’endosser les habits de son pays d’accueil. Au prix de sacrifice sur une, deux ou trois générations, l'ex immigré peut devenir porte-étendard de sa société d'accueil. Il est dans la suite d’une trajectoire personnelle aussi unique qu’un Adn. Qu’ils s’appellent Jean-François Mbaye, né à Dakar mais arrivé en France après le bac ou Sira Sylla une avocate franco sénégalaise, il est devenu fun de leur jeter la pierre car ayant choisi d’être députés en France. « Je ne peux pas choisir entre ma mère et mon père », avait répondu Jamel Debbouze quand on cherchait encore à savoir s'il était plus Marocain que Français. J’aime bien Janus - que je cite peut être un peu trop -, le dieu romain des commencements et des fins qui a la particularité d’être représenté par deux têtes regardant dans deux directions différentes. Voudrait-t-on sa disparition ?

Par Moussa DIOP

Le Soleil Diaspora : Qu’est-ce qui vous a décidé à quitter la France pour vous installer au Sénégal ?
Pour un jeune qui vient de la banlieue comme moi, la France est un pays où il est très difficile de travailler et de développer une activité économique. C’était impossible pour moi de m’épanouir professionnellement sur place.

Au Sénégal, je me sens plus utile. Pour investir au Sénégal, les conditions me sont bien plus favorables. Actuellement, le pays a un Plan Sénégal émergeant (Pse) qui est porté sur le développement économique et rural. C’est exactement là que se situe mon projet. Je me sens donc plus à l’aise ici, surtout que dans le Pakao, ma région d’origine, ma famille m’appuie beaucoup.

LSD : Pourquoi revenir au Sénégal pour bâtir un projet, et que pensez-vous apporter dans votre pays d’origine ?
Je reviens au Sénégal pour m’épanouir professionnellement et en tant qu’homme. Beaucoup de jeunes voyagent vers l’Europe. Je pense apporter, via le développement d’une activité économique au Sénégal, des outils pour produire une énergie solaire, des emplois, et peut être un peu d’espoir.

Parlez nous de la chaîne de production des machines solaire. Où ont-elles été construites et qui les commercialisent ?
La machine est fabriquée en Israël et elle est produite par la société Blue Power. La société compte s’installer au Sénégal, afin d’avoir une chaîne de fabrication dans le pays.

Finalement, le profit n’est-il pas plus pour les Israéliens que pour les Sénégalais?
Il ne faut pas se voiler la face. Un entrepreneur quand il vient dans un pays c’est pour se faire de l’argent avant tout. Après d’un autre côté, ce projet a un aspect économique et social. C’est-à-dire qu’en formant des jeunes au Sénégal, on monte une nouvelle chaine de production, on crée des emplois, et on transfère les savoir-faire.

Peut-on envisager une fabrication 100% sénégalaise ? Si oui, la privilégieriez-vous ?
À l’heure actuelle, c’est très difficile d’envisager la fabrication de telles machines solaires 100% sénégalaises, compte tenu des infrastructures dans le pays et des technologies que requièrent ces machines.

En Afrique, il n’y a pas une société qui possède une telle technologie. J’espère qu’un jour ça arrivera mais pour le moment ce n’est pas d’actualité. L’objectif, c’est bien évidemment un transfert de technologie, un transfert de connaissances et un échange.

Comment trouvez-vous le développement de l’énergie solaire au Sénégal ?
Avec le Pse, le Sénégal investit de plus en plus dans le secteur des énergies renouvelables. Aujourd’hui l’un des objectifs écologiques du Sénégal est de diminuer les émissions de CO2 pour contribuer à la baisse du réchauffement climatique. L’énergie solaire c’est une bonne alternative surtout au Sénégal.

Professionnellement, où et comment vous projetez-vous dans l’avenir ?
Aujourd’hui j’investis dans l’énergie solaire. Avant j’avais un projet de commercialisation de l’huile de neem. Demain je ne sais pas quels seront mes autres projets.

Au bout du compte, quelles sont vos motivations ?
Bien sûr, il faut d’abord que mes projets soient viables économiquement. Mais j’ai toujours des principes qui accompagnent mes projets.
Je tiens à ce qu’ils aient tous une dimension responsable, écologique et sociale. Il est impensable que mes projets, quel qu’ils soient, ne remplissent pas ces 3 conditions. C’est le cas au Sénégal.

Propos recueillis par C. Portais

Last modified on mardi, 27 juin 2017 16:34

Le phénomène des « revenants » n’est pas prêt de s’arrêter. Face au chômage endémique en France qui touche en majorité les personnes issues de l’immigration, conjugué à la croissance africaine, le retour aux sources n’est plus simplement une affaire de cœur. L’Afrique et le Sénégal sont devenus attractifs économiquement pour leur diaspora. En plein Pakao, Amadou Kazaly Dabo en donne une illustration parfaite. A travers un projet d’énergie solaire, le jeune d’une banlieue française s’investit pour le développement économique rural. 

Amadou Kazaly Dabo est né dans une banlieue française mais son avenir y est bouché. Si le jeune entrepreneur de 30 ans ne renie pas son pays natal, il confie que la France « ne lui a pas apporté grand chose ». De cette frustration, avec un certain sens des affaires, il a décidé de venir s’installer au Sénégal, le pays d’origine de ses parents, pour y développer un projet d’énergie solaire en Casamance.

Amadou Kazaly Dabo est né en France, à Paris. « J’ai d’abord grandi dans le beau quartier de Montmarte dans le 18ème arrondissement, près du Sacré-cœur. Puis, à l’âge de mes 8 ans, j’ai déménagé dans la ville d’Epinay-sur-Seine, en Seine Saint-Denis dans le 93 (banlieue parisienne, ndlr) » explique-t-il. Le jeune entrepreneur vient d’une famille nombreuse. Il confie avoir 4 sœurs et 3 frères, et il tient à préciser qu’il est le deuxième enfant de la famille, après sa grande sœur.

Amadou revient sur son enfance, car pour lui, elle explique l’homme qu’il est aujourd’hui. « J’avais un père originaire du Pakao qui était un très grand marabout » lance-t-il non sans fierté. En France le père d’Amadou était guérisseur mais il travaillait aussi en intérim pour faire vivre sa famille. « C’était un vrai bosseur » affirme son fils. « Il a toujours tout fait pour qu’on soit à l’aise, car ma mère ne travaillait pas ». Mais à l’âge de 17 ans, à la suite du décès de son père, Amadou explique que les « difficultés financières ont commencé ». Cet évènement a marqué un tournant dans la vie du jeune mais fils ainé de famille. « Ca a été un moment très difficile, car j’étais jeune et j’ai dû très tôt prendre mes responsabilités pour aider ma mère, mes frères et mes sœurs ».

« J’ai mené une scolarité catastrophique »
Le directeur général de la société Blue Power au Sénégal parle de sa scolarité. « J’étais un brillant élève en primaire. Mon père était très strict donc j’étais assidu à l’école. Mais arrivé au collège j’ai commencé à être un élève turbulent » raconte-t-il. Pour lui, cette attitude s’explique par son environnement et les conditions de travail : « J’étais en zone d’éducation prioritaire (ZEP), dans un collège où il y avait 6 mois de grève par an, des agressions sur les professeurs, du racket, des bagarres etc... Les conditions pour étudier n’étaient pas favorables. Sur le plan national, on était toujours à la traine par rapport aux autres établissements ». Avec une pointe de nostalgie il se rappelle de ce qui lui plaisait à l’école : « J’étais sensible aux arts plastiques et j’adorais cette matière, mais je vous le dis honnêtement, j’ai menais une scolarité catastrophique.

Je n’ai même pas été à l’examen du brevet des collèges. J’avais le sentiment que je ne pouvais pas réussir en France via l’éducation nationale ».

Du CDD en France à l’entreprenariat au Sénégal
Après le collège, il a fait un BEP comptabilité. « Ce n’était pas un vrai choix, mais plutôt un refuge ». L’alternative était un CAP. C’est donc au décès de son père que Amadou a commencé à chercher du travail. « Je ne savais pas trop quoi faire, alors je suis parti à la mission locale pour les jeunes de ma ville, et j’ai eu un CDD de 6 mois en manutention dans une imprimerie offset. Finalement j’ai fait 7 ans dans cette société ».

Mais suite à un licenciement économique, il s’est lancé dans l’entreprenariat en ouvrant avec son associé de l’époque un centre de remise en forme à Paris dans le 16ème arrondissement. « C’est un domaine que je maîtrisais car en parallèle, je faisais beaucoup d’haltérophilie. J’ai même eu 5 titres de champion de France ». Puis, suite a une « brouille » avec son associé il fait sa route tout seul en montant sa propre centre de « remise en forme ».

Cependant il avoue que « cela n’a pas fonctionné ». Mais point de découragement. « Ensuite, je me suis lancé dans la commercialisation de l’huile de Neem sénégalaise en France mais n’ayant pas les appuis financiers nécessaires, j’ai laissé tomber ». Finalement, c’est en revenant en Casamance, sa région d’origine, qu’il s’est rendu compte d’un manque d’électricité pour les populations. Amadou en est à ses premiers pas dans la commercialisation de machines solaires.
Eloigné mais lié au Sénégal par sa famille

Ses parents ont toujours étaient le lien entre Amadou et le Sénégal. « On ne voyageait pas au Sénégal, mais ils m’ont inculqué la culture Mandingue.
Mes deux parents sont Socé, et ils m’ont enseigné ma langue maternelle dès que je suis né ».

C’est à l’âge de 25 ans qu’il a eu le besoin de venir au Sénégal. « J’ai financé mon voyage seul. C’était ma volonté de venir entreprendre en Casamance et d’aider ma communauté ». Le jeune homme affirme se « sentit plus utile qu’en France pour participer au développement de l’économie du Sénégal ».

Cora Portais

Last modified on mardi, 27 juin 2017 16:34

A l’Université de Poitiers en France, des étudiants sénégalais malvoyants, vainqueurs de la fatalité, éclairent leur avenir grâce aux études supérieures.

Avec sa canne blanche indispensable, Ibrahima arpente les couloirs de la résidence universitaire Descartes de Poitiers.
Il monte les marches, longe un petit couloir, et s’arrête devant le B36, sa chambre. Les gestes sont précis, fluides à tel point qu’on oublierait presque qu’Ibrahima Ndiaye est malvoyant. L’étudiant sénégalais de 23 ans est atteint de cécité totale depuis l’âge de 6-7 ans pendant sa deuxième année d’études primaires en Cours Préparatoire (CP). « Je sentais que ma vision baissait, témoigne-t-il. Mais l’alerte est venue en pleine composition, je n’arrivais pas à écrire sur les lignes de mon cahier. Le maître a tout de suite appelé mon père qui était le directeur de l’établissement. » Direction, les marabouts et ensuite l’hôpital où le diagnostic révèle un glaucome.

L’école change leur destinée
L’opération pour soigner le mal échoue, et Ibrahima subit une perte progressive et irréversible de la vue. « C’était dur, se souvient le natif de Podor. Je pensais que c’était une maladie qui ne touchait que les vieux, et quand j’ai perdu la vue, j’étais tout simplement perdu. Plus d’école, plus de jeux avec mes amis. » C’est le même mal qui a touché Seydina Omar Diop, également étudiant à Poitiers. Celui qui a grandi aux Parcelles Assainies a commencé à perdre ses capacités visuelles en classe de CE2 avant une cécité totale en cours d’année du CM2.
Pour son camarade et compatriote, Mansour Ngom, l’affection est moins grave. Le jeune originaire de Rufisque est déficient visuel, maladie héritée de sa mère atteinte de cataracte congénital. Il arrive à voir les formes, à se déplacer tout seul mais ne parvient pas à lire, par exemple. Pour eux, c’est déjà une victoire d’avoir réussi à aller à l’Université, alors que leur destin « aurait pu finir dans la rue à mendier » dixit Ibrahima. Tous ont vécu le même scénario : la brutalité de la nouvelle, l’acceptation de la fatalité d’abord, mais finalement le refus de laisser son avenir s’assombrir et de s’accrocher à l’école pour s’en sortir. « Je suis resté une année à rien faire, mais grâce à la volonté de ma mère qui s’est battue, j’ai pu poursuivre mes études », confie Ibrahima. Tout comme Mansour et Seydina, la solution sera l’Institut National d'Education et de Formation des Jeunes Aveugles (Inefja) qui se trouve à Thiès. Depuis 1982, cet institut créé à l’initiative de l’Union Nationale des Aveugles du Sénégal (U.N.A.S.) dispense des cours gratuits à tous les élèves admis en internat.
 
Poitiers, la terre promise
Malvoyants Université PoitiersL’institut accueille des malvoyants du C.P. à la terminale dispense également d’autres formations comme la brosserie, le tissage et le standard téléphonique. « C’est l’école qui nous a sauvée », estime Mansour dont les parents avaient d’abord choisi l’école coranique. « Malheureusement, il n’y a pas d’autres instituts de ce genre, alors qu’il y a beaucoup de personnes en situation de handicap qui en ont besoin, renchérit » Seydina.

Le Bac en poche, les trois désormais « Poitevins » ont décidé de poursuivre leurs études en France et plutôt qu’au Sénégal où les Universités ne sont pas adaptées aux malvoyants. « Même en France les universités qui ont des aménagements pour malvoyants ne sont pas nombreuses. Poitiers a cet avantage, c’est pour cela qu’on l’a choisi », disent-ils.

Aujourd’hui, les étudiants sénégalais malvoyants de Poitiers sont conscient du chemin parcouru et de celui qui reste encore à faire. Seydina, Mansour et Ibrahima comptent tous finir leurs études, trouver du travail et fonder une famille comme « tout le monde ».

« Pour moi, c’est imminent », confie Ibrahima parlant de son prochain mariage. Ce qui a le don de faire rire Mansour. « Il avait déjà dit ça l’année dernière.
Si vous revenez l’année prochaine, il va tenir le même discours », prédit son ami.

En attendant, c’est la période des vacances après une année universitaire « très dure, mais qu’on a réussie », font-ils savoir en chœur. L’histoire de leur vie…

Sociologie, le bon filon ?
Etudiants malvoyants Seydina (Polo rouge), Ibrahima et Mansour dans la chambre de ce dernier en train d'écouter une chanson de Youssou Ndour sur Youtube.
Ils sont quatre étudiants malvoyants sénégalais à Poitiers. Tous sont inscrits à la faculté de sociologie.

Un choix pratique pour certains, subi pour d’autres. « Très honnêtement, je voulais suivre des études en psychologie, avoue Seydina. Mais il n’y a pas d’aménagement pour des étudiants déficients visuels à la faculté de psychologie contrairement à la fac de socio. C’est pourquoi, je me suis orienté en sociologie ». Pour Mansour, le choix s’est vite fait imposé. « Je n’étais pas bons dans les matières scientifiques et la socio est une branche prometteuse ». Pour autant, le Rufisquois n’est pas contre une réorientation en « sciences politiques ». « Moi, j’étais toujours été bon en maths et j’aurais bien aimé suivre cette voie, confie Ibrahima. Mais je me suis rendu compte qu’en géométrie par exemple, il n’y avait pas assez de dispositif pour permettre aux malvoyants d’aller loin. »

C’est naturellement donc qu’il s’est orienté en série L avant que ses bonnes notes en philosophie en Terminale ne le convainquent d’opter pour la sociologie. Futurs sociologues, ou peut être sociologue ou politologue, les trois compagnons veulent s’épanouir professionnellement, mais surtout participer à éclairer la vision de la société concernant les personnes en situation de handicap. « Mon objectif, si je deviens sociologue, c’est de retourner au Sénégal et d’essayer de changer certaines mentalités. Car pour beaucoup, déficience visuelle est synonyme de mendicité. Alors que les malvoyants ont autant de capacités que les autres personnes. Il faut juste que l’Etat les aide un peu plus». En attendant, les étudiants malvoyants de Poitiers bénéficient d’une prise en charge de 800 euros de l’Etat sénégalais.

Le poids des croyances socio-mystiques
Etudiants malvoyants sénégalaisAujourd’hui étudiants, le trio des malvoyants de Poitiers, aurait pu connaître un autre destin. Tant les croyances socio-mystiques auraient pu les éloigner des études et enterrer leurs rêves.

« Au Sénégal, handicap rime avec malédiction. Les gens parlent de sorcellerie, de sortilèges, de mauvais sort, etc., témoigne Ibrahima Sarr. Quand j’ai commencé à avoir des problèmes avec mes yeux, le premier réflexe de mes parents c’était de solliciter la médecine traditionnelle. » Les considérations mystiques ont également eu des conséquences sur la vie de Mansour, né déficient visuel. « Ma maman est atteinte de cataracte congénitale et à ma naissance personne n’a jugé nécessaire de faire des examens sur moi pour détecter la maladie. Pire, c’est quand je suis arrivé en Europe que mon ophtalmologue m’a fait savoir que j’aurai pu être opéré jusqu’à l’âge de 7 ans et retrouvé une vision totale », regrette celui semble être le geek du groupe. Avant d’aller à l’école, le petit Mansour a séjourné pendant ses premières années à l’école coranique. « Pour un aveugle la première option, c’est l’école coranique où j’étais performant pour apprendre par cœur mes leçons. Mais j’ai atteint très vite mes limites car je ne pouvais pas voir les lettres et lire », se souvient-il. C’est grâce à la ténacité d’un de ses oncles qu’il a pu pousser les portes de l’Institut National d'Education et de Formation des Jeunes Aveugles (Inefja). Pour Seydina également, les croyances sont présentes dès les premiers jours où sa maladie a été diagnostiquée. Le jeune des Parcelles a même raté une année scolaire pendant que ses parents essayaient de trouver un remède chez les guérisseurs traditionnels. « Parallèlement à la médecine moderne, mes parents ont dépensé beaucoup d’argent chez les marabouts et charlatans pour me soigner. C’est la mort dans l’âme que j’ai dit un jour à mon papa d’arrêter, parce que cela ne servait à rien et que je pouvais me débrouiller avec mon handicap ».

Dossier réalisé par Ndiassé Samb

Last modified on mardi, 27 juin 2017 16:26

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