Olivier Feiertag est professeur d’histoire économique à l’Université de Rouen (France). Il est l’auteur de « La politique du Franc Cfa (1959 – 1974) : le tournant de la décolonisation monétaire », une contribution scientifique publiée dans Jacques Foccart, archives ouvertes (1958 – 1974). La politique, l’Afrique et le monde, sous la direction de Jean-Pierre Bat, Olivier Forcade et Sylvain Mary aux Presses Universitaires Paris Sorbonne, en 2017. Il apporte un éclairage nouveau sur le Franc Cfa.

Le débat sur la zone franc n’a jamais cessé depuis les indépendances africaines mais il connaît, depuis quelques années, un moment de très forte intensité. Ce débat est porté par différentes personnes et associations provenant de la diaspora africaine et sénégalaise en Occident. Pour en comprendre les tenants et les aboutissants, remontons à ses origines.
« Vers 1900, l’expansion française en Afrique est à son apogée, le continent africain est une mosaïque monétaire, note Olivier Feiertag. Toutes sortes de monnaies circulent. Il y a celle métropolitaine provenant des colons, l’or, l’argent, mais aussi de vieilles monnaies qui remontent au 18ème siècle comme la Thaler espagnol ou autrichien. Il y a des monnaies locales comme le cauris ».

Mais certains faits historiques vont concourir à l’unification monétaire. « Progressivement, l’action du colonisateur participe à une normalisation de la monnaie, notamment à travers la concession, en 1901, du privilège de l’émission de billets à la Banque de l’Afrique occidentale, une banque privée héritière de la vieille Banque du Sénégal. Mais l’unification monétaire progresse aussi à travers la fiscalité. L’administration coloniale demande des paiements en monnaies métalliques (Franc, Thaler). Elle refuse les cauris à partir du début du XXe siècle. On assiste à une forme de monétarisation nationale ».

Le Franc Cfa s’impose
La Première guerre mondiale est un repère historique importante. Elle fait basculer le système monétaire. « Il y a un haro sur les monnaies espagnoles, allemandes et autrichiennes, souligne Olivier Feiertag. Il faut une monnaie officiellement garantie par la France. Le premier cas de monnaie garantie par la France est le Franc marocain à partir de 1921. Il est rattaché de manière intangible au Franc français avec la création du premier compte d’opération ». C’est un compte ouvert par la banque d’émission coloniale dans l’administration du trésor français qui est basé sur un mécanisme d’une simplicité complexe. « La banque d’Etat du Maroc ouvre un compte au trésor français, explique Olivier Feiertag. Sur ce compte, le Maroc dépose toutes les recettes en devises qu’il récupère de ses exportations. Le pays vend du phosphate, par exemple pas seulement à la France mais aussi aux Etats-Unis. Le Maroc ne conserve pas ses dollars mais les place sur le compte d’opération. En échange, son compte est crédité par du franc français. Il y a un taux de change officiel fixe entre le franc métropolitain et les francs coloniaux. Ce taux est de 1 pour 1 jusqu’en 1945. L’intérêt est à double tranchant. Quand le Maroc a besoin de dollars, il peut s’en procurer au moyen de francs français et quand il a besoin de Franc français, il en a à sa disposition de manière illimitée.

Il peut aussi changer ses dollars contre des monnaies convertibles comme la livre sterling. En échange, s’il est à crédit, il doit laisser cet argent sur son compte d’opération. C’est le mécanisme de base de la zone franc. C’est un système qui sera mis en place partout dans la zone d’influence de la France. C’est ce même système qui sous-tend le Franc Cfa ».

Monnaie néo-coloniale ?
« Très clairement, oui ». Il n’y a pas d’ambigüité pour Olivier Feiertag.
« Il y a un droit de regard sur le commerce extérieur de chaque Etat africain de la zone franc.
Si on veut éviter que ces Etats échappent à l’orbite de la France, c’est facile de leur couper les vivres.
Jusqu’à la décolonisation, ce système sert de moyen à garantir l’exclusif colonial. En 1950, lorsque la zone Franc est légalement formalisée avec la loi du 26 décembre 1945, 80% du commerce de l’Afrique va vers la France. Il y a un lien entre cette exclusivité et le Franc Cfa. Cela continue après l’indépendance, dans les années soixante ».

Cependant le Franc Cfa a une histoire, il n’a pas toujours été cet outil de domination coloniale. « Il y a eu des moments, comme les années 70, de décolonisation monétaire. Le FCfa est partiellement « africanisé » : transfert des sièges des banques centrales (Paris à Dakar pour la Bceao et à Yaoundé pour la Beac) ; les gouverneurs sont Africains alors qu’ils étaient Français ; Abdoulaye Fadiga à la tête de la Bceao ou Casimir Oyé Mba à la tête de la Beac contribuent à définir une autre politique monétaire.

Les banques d’émission ont désormais comme objectif le financement du développement. Elles vont concrétiser cela avec la création de banque de développement avec des crédits plus faciles pour le moyen et le long terme. Mais aussi avec des participations dans des entreprises publiques comme Air Afrique.

A ce moment, le Franc Cfa devient largement une affaire africaine. Jacques Foccart, contre toute attente, se montre d’ailleurs favorable à cette évolution comme le révèle les notes qu’il rédige alors le président Pompidou ».

Le Franc Cfa devient un enjeu interafricain aussi. Dans ces zones monétaires, il y a une grande disparité et parfois des situations ubuesques. Olivier Feiertag explique les micmacs qui conduisent à des tensions dans chaque zone et même parfois entre les deux zones. « Si vous voulez acheter des produits ivoiriens quand vous êtes au Congo Brazzaville, il faut d’abord changer les Francs Cfa (Beac) en Francs français et acheter des Francs Cfa en Afrique de l’Ouest pour ensuite acheter les produits. C’est incroyable. C’est un frein à la dynamique économique en Afrique.

Il y aura pourtant un moment où la banque centrale devient un élément de développement ». Mais le moment historique de la décolonisation monétaire est de courte durée. Avec la crise de la dette des années 1980, la situation aboutit à une recolonisation par le Fmi.

Rapport avec la dette
Après le choc pétrolier et le retour de la crise mondiale faisant suite à la baisse des cours des matières premières, cette politique d’africanisation va faire émerger d’autres dangers pour l’Afrique. « La crise de la dette des pays africains est la conséquence directe de cette décolonisation monétaire. L’africanisation a levé les freins sur la création monétaire. On a une autre conception de la monnaie. Elle devient mécanisme. Tout d’un coup, la dette paraît légitime. Le système imposé par la France empêchait toute culture de la dette. Pourquoi la dette ne serait pas un levier de développement ? C’est ce qui va se passer dans les années 1970, la dette va commencer à gonfler car les banques occidentales croulent sur l’argent des pétro dollars, elles peuvent prêter à des taux lucratifs pour elles à des pays africains ? L’Afrique n’est pas le seul responsable de la situation d’endettement, les banques occidentales ont poussé au crime ».

Les remises en questions africaines
Quand la Communauté française est créée (en 1958, ndlr), la Françafrique, comme l’a bien montré Jean-Pierre Bat, est une réalité notamment militaire avec les bases militaires françaises en Afrique. Pour Olivier Feiertag, il ne fait pas de doute que le Franc Cfa est alors le moyen de maintenir le lien colonial et son fonctionnement révèle alors « une mentalité très impérialiste » du côté français. « Le «Non» de Sékou Touré a été un choc. En mars 1960, il met la main sur la réserve de la Bceao après la rupture du contrat colonial ».

Il y a eu également d’autres remises en question comme celle intervenue en 1968. A sa création, le Franc Cfa se met dans la roue des indications de Bretton Woods (juillet 1944).
« C’est un monde monétaire équitable ». Houphouët-Boigny et Senghor le prennent comme cela : l’outil de l’intégration dans un commerce mondial. Mais en 1968, le système commence à être remis en question.

Hamani Diori le chef de l’Etat du Niger a critiqué le Franc Cfa à travers un mémorandum remis à Pompidou dès 1972.

L’abandon du Franc Cfa ?
Le Cfa est une monnaie qui a toujours évolué (Bretton Woods, la dévaluation de 1994). Mais est-ce que l’état actuel du monde est propice à une rupture des amarres avec le Franc Cfa. « A l’exemple de l’Euro, je dirai qu’une zone monétaire protège, analyse Olivier Feiertag.

On est plus fort à plusieurs que tout seul surtout dans un marché mondial. Renoncer à l’existence d’une zone monétaire peut être une erreur historique. Deuxième élément de réponse, une zone monétaire sans politique commune, sans souveraineté, c’est fragile. Il faut donc renforcer les mécanismes de souveraineté panafricaine. C’est ce que disent des économistes. La France garantie pour le moment la convertibilité. L’idée que suggèrent aujourd’hui plusieurs économistes, comme Kako Nubukpo, pourrait être de substituer à l’arrimage fixe à l’Euro, la référence à un panier de monnaies : la monnaie africaine commune serait garantie par plusieurs monnaie dont l’Euro mais aussi le Yuan, le Dollar américain et autres ».
En résumé, le Franc Cfa doit très certainement être, une nouvelle fois, réformé. Il n’a pas fondamentalement évolué depuis 1994 et tout ce qui ne change pas meurt.

Moussa DIOP

La question de la survivance du Franc Cfa (créé par décret en 1945 par le Général De Gaulle, chef du gouvernement provisoire à l’époque) est, aujourd’hui un peu plus qu’hier, au centre des débats portant sur la nature des rapports entre l’Afrique francophone et le reste du monde. En réalité, au-delà des aspects d’ordre économique et financier qu’elle peut poser, la question du Franc Cfa véhicule des problématiques d’ordre symbolique, historique, idéologique voire identitaire.

Porter la défense du Franc Cfa n’est pas un exercice aisé et ceci aussi bien pour des raisons symboliques qu’économiques.
D’un point de vue symbolique, cette monnaie est perçue, à tort ou à raison, comme une forme de tutelle de l’ancienne puissance coloniale. Elle constitue aux yeux de nombreux cercles, une forme de servitude volontaire et est une remise en cause de la souveraineté même des Etats qui l’ont adoptée.
D’un point de vue économique, les chiffres et l’histoire ne plaident pas en faveur du Franc Cfa.

D’abord, il n’a servi ni les échanges commerciaux intra-communautaires ni le développement économique des pays membres : le commerce intra-communautaire est relativement faible comparativement au potentiel d’échanges commerciaux entre pays partageant une monnaie unique et des politiques communes (de l’ordre de 17% au sein de l’Uemoa en 2016) et les pays ayant en commun le Franc Cfa ont un Indice de développement humain (Idh) parmi les plus faibles au monde.

Ensuite, les politiques suivies par les banques centrales en charge du suivi et de la gestion de cette monnaie, notamment la Bceao (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), ne vont pas dans le sens d’une croissance économique source de développement. Les taux d’intérêt appliqués ont souvent été très élevés, ce qui a contribué à ralentir la croissance. Tout a été fait en substance pour disposer d’une convertibilité absolue de la monnaie et maîtriser l’inflation par une bonne gestion de l’émission sans véritablement se soucier de l’activité économique.

Enfin, l’impossibilité de dépenser le Franc Cfa de la zone Uemoa au niveau de la zone Cemac et inversement et ceci depuis la dévaluation de 1994 constitue un non-sens économique qui ne facilite évidemment ni l’intégration africaine ni un développement des échanges intra-branches et interbranches entre pays avec des économies similaires.

Pourquoi en dépit de ces contraintes réelles (et non exhaustives) qui accompagnent le Franc Cfa, la bataille pour un abandon de cette monnaie n’arrive pas, et ceci depuis des décennies, à avoir une adhésion massive des milieux d’affaires africains et des populations de base ?

Trois déficits semblent justifiés ce paradoxe.
Le premier est le déficit relatif de crédibilité scientifique de la plupart des théories prônant un Cfa-exit.
L’actuel gouverneur de la Bceao Tiémoko Meyliet Koné n’en pense pas moins lorsqu’il déclare que : « Les critiques formulées jusqu’ici [contre le Cfa] ne sont pas appuyées par des études scientifiques crédibles démontrant les méfaits du franc Cfa…Les arguments avancés sur les inconvénients du franc Cfa présentent les mêmes lacunes relevant de la méconnaissance des évolutions du fonctionnement institutionnel, des instruments mis en œuvre et des actions menées ».

En d’autres termes, le manque de scientificité du discours anti-Cfa est en réalité un argument pour les pro-Cfa. Car s’il est clair que se battre pour ses convictions est noble, faudrait-il encore disposer des outils conceptuels et techniques pour pouvoir convaincre de la pertinence de son combat. Ne pas disposer de ces outils et vouloir convaincre par un discours creux et vague s’est assurément desservir sa propre cause. En vérité, un rapide survol des principaux arguments pour un Cfa-exit révèle surtout une volonté de se départir d’une forme de tutelle monétaire vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. En d’autres termes, il faut sortir du Cfa pour en sortir. Le besoin identitaire prime ainsi sur la nécessité économique. Or la question monétaire est une problématique qui doit tellement être empreinte de pertinence scientifique que vouloir y insérer de l’idéologie, c’est inévitablement prendre le risque de ne pas être pris au sérieux. Les milieux économiques africains francophones qu’ils soient commerçants, industriels, chefs d’entreprise, hommes d’affaires, banquiers bénéficient à travers le Franc Cfa de deux propriétés essentielles à la facilitation de leurs échanges monétaires avec le reste du monde : la stabilité et la convertibilité du Franc Cfa. Pour faire adhérer ces milieux à la cause du Cfa-exit, l’argumentaire sur l’abandon de ce relatif confort monétaire doit se faire sur la base d’arguments techniques en termes de coût d’opportunité et d’analyse coûts/bénéfices et non sur la base de considérations d’ordre philosophique.

Le deuxième est le déficit de crédibilité de nos élites politiques en termes de bonne gouvernance économique et financière.
Un des intérêts du Franc Cfa est sa relative crédibilité notamment sur le plan international. Cette crédibilité est en partie liée à la rigueur apportée dans sa gestion par les différentes parties prenantes notamment la Bceao qui bénéficie d’une indépendance par rapport aux pouvoirs politiques nationaux. Ces derniers ne peuvent cependant pas en dire autant en matière de crédibilité. Nous pouvons, en effet, dire sans grand risque de nous tromper qu’en matière de finance et de monnaie, un acteur économique de base accordera plus de crédit aux capacités managériales d’un agent de la Bceao qu’à un politicien local. Or, remplacer le Cfa par une autre monnaie sans prendre certaines garanties politiques, c’est assurément prendre le risque de réduire l’indépendance de nos banques centrales et de confier aux politiciens locaux un pouvoir politique direct sur leurs actions. Nos élites politiques nous ayant souvent habitué à des pratiques de mal gouvernance financière et d’incompétence réelle, il est facile de comprendre que de nombreux cercles ne soient pas encore prompts à laisser les manettes de la planche à billet à des mains inexpertes ou en déphasage avec les exigences de gestion monétaire et financière.
Un troisième déficit est le manque de visibilité sur le jour d’après.

En effet, à notre connaissance, aucune étude sérieuse n’a encore été vulgarisée pour présenter les différents scenarii sur la table en cas de Cfa-exit.
Quelles seraient les répercussions d’un Cfa-exit sur nos déficits et sur le niveau de nos dettes publiques respectives ?
Combien de points de croissance pourrions-nous gagner ou risquerions nous de perdre en cas de Cfa-exit?
Quelles seraient les conséquences d’un Cfa-exit en termes d’inflation ?
Quelles seraient les implications d’un Cfa-exit sur la compétitivité de nos entreprises ? Sur le niveau de nos balances commerciales ?
Les scénarii du Cfa-exit éludent soigneusement ces problématiques qui constituent pourtant pour les différentes parties prenantes des questions auxquelles des réponses claires doivent être apportées afin que l’abandon de cette monnaie ne soit pas pour elles une aventure vers l’inconnu.

Ces déficits structurels dans la démarche des partisans du Cfa-exit constituent des goulots d’étranglement réels à une adhésion massive de toutes les parties prenantes à un abandon de cette monnaie. Combler ces déficits constitue pour les générations africaines actuelles le challenge à relever afin de réussir le combat d’appropriation de notre indépendance monétaire et au-delà gagner la bataille du développement.

Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Economie et Enseignant-Chercheur
à l’Université Le Havre (France)

Last modified on mardi, 13 juin 2017 14:25

La valse des courtisans

13 Jui 2017
71 times

La diaspora sénégalaise vote depuis 1993 pour les présidentielles et les législatives. Il aura fallu un long chemin de 24 ans pour qu’elle puisse choisir ses propres représentants à la place Soweto. En effet, les élections législatives du 30 juillet 2017 vont consacrer les premiers députés de la diaspora. Au nombre de 15, ils seront chargés de porter les aspirations de cette entité virtuelle et disparate mais homogène dans la recherche d’un ailleurs meilleur. Avec la publication des différentes listes de candidats, l’apparence des futurs représentants commence à prendre forme mais les doléances de Sénégalais de l’étranger sont, elles, connues depuis longtemps. Les futurs députés ne devraient pas être des marionnettes plus à même d’applaudir et de valider les intérêts de leur camp politique au détriment de ceux des gens qui les sont élus. Ils seront des députés historiques car les premiers à représenter nominativement la diaspora. Historique ne rime pas avec courtisan. Pour marquer l’histoire, il faut souvent sortir de l’ordinaire.

Les retraités sénégalais de France attendent de ces députés qu’ils pèsent de tout leur poids pour changer la législation entre les deux pays notamment dans l’obligation qui leur est faite de montrer impérativement des signes de vie en France tous les trois ans afin de continuer à percevoir leur pension.

Alors que c’est possible de le faire dans les représentations diplomatiques de la France au Sénégal. Ces historiques députés doivent porter le réhaussement de l’âge des véhicules autorisées, de 7 à 10 ans, à entrer au Sénégal. Ils sont attendus pour une baisse des taxes aéroportuaires sur les billets d’avion, sur un changement de nos représentations diplomatiques à devenir moins des niches pour militants politiques en mal de poste. Ils doivent constituer des commissions parlementaires capables de s’intéresser aux questions liées à la diaspora comme la priorité faite à l’habitat mais aussi faire partie des renégociations des accords bilatéraux avec les pays occidentaux comme la France, l’Espagne ou l’Italie concernant les questions sociales.

Par Moussa DIOP

Le paroxysme a été atteint le 7 janvier dernier. Il y a eu des manifestations dans des capitales africaines comme Dakar, Abidjan, Kinshasa ou Bamako mais aussi occidentales comme Paris, Bruxelles ou Londres. L’objet de ce « courroux mondial » : réclamer la fin du FCfa, autrement dit le « Franc de la communauté financière africaine » dans l’Uemoa et du « Franc de la coopération financière en Afrique centrale » dans la Cemac. 

Quinze pays ont en commun le Franc Cfa, selon l’appartenance à l’Uemoa ou à la Cemac : Bénin, Burkina Faso, Comores, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique et Tchad. Si le Franc Cfa ne pose généralement pas de grand problème pour la très nombreuse diaspora sénégalaise en Afrique, en dehors des incongruités entre les deux zones franc, c’est une monnaie qui a une autre image en Occident au sein de la diaspora africaine. Elle est considérée comme « l’un des instruments le plus discutable de ce qu’on appelle très communément aujourd’hui la Françafrique », pour Olivier Feiertag. Alors qu’il apparaît à Jean-Pierre Bat «comme le principal trait d’union entre l’âge colonial et postcolonial ». Une perception existante au sein de la diaspora africaine. Des figures autoproclamées d’un panafricain contemporain et agressif en ont fait leur cheval de bataille contre un Occident « malade de son désir d’emprise sur l’Afrique ». Si la bataille contre le franc Cfa est aussi engagée en Afrique, il paraît évident que les diasporas africaines en ont fait une affaire d’émancipation et d’identité, à tort ou à raison.

Moussa Diop

 

Last modified on mardi, 13 juin 2017 14:28

Changer des Francs Cfa en France n’est pas chose aisée. Même si c’est une monnaie fabriquée et imprimée à Chamalieres, une ville proche de Clermont-Ferrand, les Français ignorent tout ou presque de ces « Francs africains ». C’est le parcours du combattant pour tout touriste sénégalais disposant de Francs Cfa dans ses poches. Le premier réflexe consistant à se présenter devant un bureau de change n’est pas forcément couronné de succès. C’est même surprenant. « Nous ne connaissons pas cette monnaie », rétorque-t-on à la question de la possibilité d’acheter des euros avec des Francs Cfa. Si le premier circuit formel et normal ne fonctionne pas, il en reste un autre. Direction les bureaux de Western Union situés sur le boulevard de la Chapelle dans le 18ème arrondissement de Paris. « Oui, on le fait », répond l’agent servant à l’un des guichets. La satisfaction est de courte durée. Car le taux de change pose problème. Si vous déposez la somme de 100.000 Francs Cfa, vous recevez une somme équivalente à 80.000 FCfa en Euros. Donc un taux de change de près de 20%. « C’est énorme », serait-on tenté de s’exclamer. La pullule passe mieux au quartier africain de Paris avec les circuits parallèles et pas toujours légaux. Dans plusieurs boutiques, il est 5 et 10%. Pour les transferts d’argent, avoir des Francs Cfa ne pose pas d’obstacles majeurs. C’est un système clandestin donc très informel. Il faut montrer patte blanche car la confiance lie les parties. En présentant la même somme de 100.000 FCfa, le destinataire au Sénégal reçoit 97.000 FCfa. En Afrique, en dehors de la zone franc de l’Afrique de l’Ouest, la difficulté reste la même. C’est le cas, par exemple, pour la nombreuse diaspora sénégalaise au Maroc.

Moussa Diop

Last modified on mardi, 13 juin 2017 14:24

Au cœur de la présidentielle française, il y a la question des discriminations qui touchent une partie des 10 % de la population ayant des origines africaines. Elles subsistent et frappent de plein fouet ceux qui sont déjà les plus défavorisés socialement. Parmi eux, il y a des membres de la diaspora sénégalaise.

« La République, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire », disait Léon Gambetta. Le combat pour le vivre-ensemble n’est ni communautaire, ni identitaire, il est républicain. Il faut réussir l’égalité réelle. Les partis traditionnels français (droite comme gauche) revendiquent des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de leur bilan d’intégration, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne et sont la cause de l’abstention massive aux élections et donc, la défiance à la parole publique.

Or, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. « Etre libre, c’est participer au pouvoir », déclarait Cicéron. La diaspora dans sa grande largesse d’esprit, sa capacité à pardonner tous les outrages subis, sa patience infinie, n’est pas résignée face aux injustices et aux stigmatisations dont elle est l’objet. Nous avons « un esprit ferme et un cœur tendre », en référence à un sermon de Martin Luther King. La diaspora a une revendication légitime, mais non négociable, à savoir que la France républicaine devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand on entend certains cris de haine comme « On est chez nous » ou «Si tu n’es pas content, rentre chez toi », c’est la consternation devant la banalisation et la libération de la parole raciste. La nouvelle génération éduquée et enracinée, pour toujours, dans ce pays revendique sa juste place et refuse d’être ravalée au rang « d’indigènes de la République ». Il est temps que cela change. La classe politique dit toujours, à chaque échéance électorale, à la Diaspora : « Soyez patients. La fois prochaine, ce sera votre tour ». « Justice trop tardive est déni de justice », aimait rappeler Martin Luther King. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun Obama ou Martin Luther King n’a pu émerger en France.

Les dangers du Front national
De son factice slogan balancé par Jean-Marie Le Pen : « Les mains propres, la tête haute », le parti d’extrême droite français s’est révélé avec « les mains sales, la tête basse » sur beaucoup de thèmes.

Une menace grave pèse désormais pour la République française, le Front national se revendiquant « le 1er parti de France ». Une partie de l’électorat vote maintenant par adhésion et non par contestation pour le Front national. Marine Le Pen, en rupture avec son père, a réussi à « dédiaboliser » le parti extrémiste et à rassurer ainsi une bonne partie de l’électorat confronté à diverses difficultés (chômage, insécurité, entre autres). L’on entend ainsi dire : « Les partis traditionnels ayant été discrédités, pourquoi pas le Fn ? » En effet, le Fn, dans sa quête effrénée de respectabilité, s’est affublé de tous les symboles de la République : le drapeau, l’hymne national, le concept de nation et de patriotisme. Plus c’est gros, plus ça passe. En épargnant, dans sa croisade raciste, les Juifs, communauté solidement organisée avec une grande capacité d'indignation et de réaction, le Fn ne s’attaque qu’aux plus faibles : les Arabes et les Noirs désignés non plus sous le terme de Français musulmans, mais « d’immigrés ». Le Front national s’est arrogé, en violation flagrante du principe d’égalité, qui est au cœur des valeurs républicaines, « le pouvoir de faire vivre et de laisser mourir », en référence à une expression de Michel Foucault. Pourtant, les Français s’apercevront vite que cette escroquerie du Fn, qui n’est pas un parti républicain, n’est qu’une respectabilité de façade. Les affaires qui éclaboussent cette formation politique (compte en Suisse de Jean-Marie Le Pen, son président honoraire, marchés publics attribués à des amis, emplois fictifs, déclaration honteuse sur la rafle des Juifs du Vel d’Hiv, etc.) montre qu’elle ne respecte pas les lois de la République. Jean-Marie Le Pen ne se targuait-il pas dire qu’il a « les mains propres, la tête haute ».

La République, ce sont la probité et la transparence, c'est être au service de tous et non de se servir. Ce décalage entre la parole et les actes montre, comme l’affirmait Jean-Christophe Cambadelis, que les dirigeants du Fn ont « les mains sales, la tête basse ». En dépit de ses succès électoraux, du sourire rassurant de Mme Le Pen, le Fn est, indubitablement, hors de la République. Les slogans de campagne électorale ainsi que les menaces proférées par Mme Le Pen, lors de son discours à Nantes, contre les fonctionnaires qui ne respecteraient pas sa vision politique xénophobe et son refus de déférer aux convocations du juge montrent bien que le Fn est un adversaire résolu de la République. En effet, un des principes essentiels de la République et donc, de la démocratie, c’est le principe d’égalité. Il y a de cela 20 ans, le 1er mai 1995, des militants frontistes jetaient à la Seine un jeune maghrébin du nom de Brahim Bouarram. Souvenons-nous qu’Hitler s’est d’abord attaqué aux Juifs, aux homosexuels, aux communistes et aux Tsiganes. Les Allemands avaient applaudi. Mais, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les ils avaient fini par comprendre que le pire ennemi de leur peuple, c’était bien Adolphe Hitler.

Le Scénario qui pourrait conduire Le Pen au pouvoir
Quinze ans après la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, la France renoue avec la présence du Front national dans le sprint final d’une présidentielle.
Marine Le Pen au 2ème tour de l’élection présidentielle est le fruit des peurs irrationnelles, de la libération extraordinaire de la parole raciste, de la montée de la peste brune, de la lepénisation et des impostures d’une partie de la droite, ainsi que des trahisons de l’héritage de Jean Jaurès par une partie de la gauche. La possibilité d’une victoire du Front national pour le 2ème tour du 7 mai 2017 se trouve dans l’abstention des militants de la droite française déboussolée, car n’ayant pas, avec l’élimination de François Fillon, une offre politique satisfaisante. En effet, le parti Les Républicains, piégé par son candidat issu des primaires, est frustré de n’avoir obtenu la victoire tant espérée qui était à portée de main. Une partie des militants républicains proches du mouvement extrémiste de droite « Sens Commun » votera probablement pour le Front national. Si François Fillon a appelé à voter au 2ème tour pour Emmanuel Macron, la droite dite républicaine, largement lepénisée, s’est réfugiée dans son « Ni, Ni ». En revanche, Nicolas Dupont-Aignan, qui a eu 4,77 % au 1er tour, a appelé à voter pour le Fn ; ce qui peut créer une dynamique pour le parti de Le Pen jusqu’ici isolé et sans alliés. C’est une première. Au Parti socialiste, un président de la République contraint à ne pas se présenter dans ces élections et un Premier ministre battu aux primaires ont passé tout le temps à flinguer le candidat officiel dudit parti, Benoit Hamon, qu’ils considèrent comme un « frondeur ». Dès lors, le parti est au bord de l’implosion. Tiraillé entre « deux gauches irréconciliables », il avait recherché, vainement, et dès le 1er tour, une alliance avec la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon qui ne cherchait non pas une victoire, mais à l’affaiblir. M. Mélenchon qui avait fait une belle campagne électorale, empêtré dans son égo surdimensionné, son nationalisme, son anti-européanisme proche du Front national qu’il est sensé combattre, refuse de donner, contrairement à Hamon, une consigne de vote sans ambiguïté pour Macron. Les citoyens qui avaient voté en 2002 pour Jacques Chirac sont dubitatifs devant la candidature de M. Macron, présentée par ses adversaires comme étant un « bébé Hollande » et ont du ressentiment à l’égard de Messieurs Mélenchon et Hamon, pourtant majoritaires, qui n’ont pas trouvé une alliance au 1er tour.

Par Amadou BA et Moussa DIOP

Un peu plus d’un demi-millier de Sénégalais cohabite avec 24 millions d’Australiens sur une superficie de 7,6 millions de km2, soit le sixième plus vaste pays au monde fortement marqué par la politique d'immigration sélective à base raciale, aujourd’hui abandonnée.

L’Australie est à plus de 20.000 km du Sénégal et à plus de 20 heures de vol de Dakar. L'arrivée de Sénégalais et Gambiens dans ces contrées lointaines remonte à la fin des années 70. Certains sont des aventuriers en quête d'une vie meilleure alors que d’autres sont des matelots dont les navires faisaient escale sur les berges australiennes. Entre ces deux cas, il y a eu une vague d’immigration plus importante entre 1990 et 2000. Elle est venue à la faveur des Jeux olympiques de Sydney. L'Australie compte actuellement près d'un demi-millier de ressortissants sénégalais. Ce qui en fait une des plus petites communautés africaines, loin derrière les Ethiopiens, les Ghanéens et autres Kenyans.

Éclectisme professionnel
Les Sénégalais exercent des professions dans des secteurs aussi divers que la restauration, les télécommunications, l'enseignement et la recherche universitaire, les assurances, la musique et les arts, la santé, l'industrie automobile ou d’autres entreprises privées. La plupart des membres de la communauté sénégalaise a réussi à s'adapter dans un environnement anglophone où la présence de Noirs originaire d'Afrique est relativement nouvelle comparée à l’immigration européenne, par exemple. Cependant, cela ne veut nullement dire que le racisme est un fait quotidien même si l'épineuse question aborigène continue à être le principal défi auquel la composante issue des colons blancs tarde encore à reconnaitre et à transcender de façon définitive.
 
L’arme culturelle
Avec un nombre considérable de musiciens et d’artistes, la moitié de la communauté sénégalaise se trouve à Sydney qui accueille, avec Brisbane et Melbourne, 50 % de la population australienne. Les fêtes de Korité, Tabaski et du 4 avril sont des occasions de rencontres, d’échanges et de maintien du lien communautaire, mais aussi de la rencontre des cultures sénégalaise et australienne. En effet, les fêtes se font autour de Bbq australiens (Barbecue avec de la viande grillée que les Australiens adorent) marinés à la sénégalaise, de « thiebou dieun » ou de « yassa » avec des animations aux rythmes de sabars, de djoundjoungs ou de tamas.
 
Ces manifestations culturelles sont en train de gagner en popularité, tant elles attirent amis et voisins australiens. Les autres communautés africaines ou encore certaines autorités administratives y sont souvent invitées. La situation des Africains en général et des Sénégalais en particulier a, jusqu'à un passé récent, avec l'émergence de gangs d'origine sud-soudanaise, toujours été empreinte de convivialité, sinon de saine curiosité et de bienveillance.
 
Bémol racial
Contrairement à plusieurs pays, où les discriminations mesquines en rapport avec les opportunités d'emploi ou d'insertion sociale continuent à être monnaie courante, le pays dit des kangourous a réussi le tour de force d'être passé d’Etat qui pratiquait une politique d'immigration sélective à base raciale (communément appelée « White Australia Policy » qui favorisait seulement l’arrivée d’immigrés d’origine européenne et de race blanche) jusqu'au milieu des années 70, à un des pays les plus inclusifs du monde d’aujourd’hui.
 
En effet, il n'est pas rare de voir des Africains d'horizons divers occuper des postes de haute responsabilité dans les domaines universitaires, de la médecine, des télécommunications ou bien devenir des autorités municipales. Ce tableau, plus ou moins reluisant, ne doit nullement occulter les incidences de maltraitance des aborigènes par les forces de l'ordre et les démons de l'exclusivisme qui ont commencé à se faire voir. Ils se sont multipliés depuis la recrudescence des attentats dits « islamistes » de ces dernières années en Europe et aux Etats-Unis. Cette situation a connu son épilogue lors des dernières élections fédérales du 2 juillet 2016 qui ont vu l'extrême droite, sur la base d'une plateforme xénophobe et anti-islamique, recueillir un score respectable de 3 % (soit 500.000 votants). Ce score a ainsi permis au parti « One Nation », formation d’extrême droite, de Pauline Hanson de glaner 3 sièges au Senat ; ce qui lui procure une position de pression sur la politique du gouvernement de droite réélu de justesse pour un nouveau mandat de 3 ans. L’Australie a un régime parlementaire.
C’est le parti qui a la majorité qui choisit le Premier ministre. Le parti libéral de Malcolm Turnbull est sorti victorieux avec une courte majorité.
 
Un pays où tout est régulé
Les lois sur l’immigration en Australie sont parmi les plus strictes au monde. La plupart des migrants africains y sont venus à travers le statut de « réfugié », une « spécialisation professionnelle » ou « matrimoniale », communément appelée « spouse category ». 

En clair, par le travail ou le mariage. La régulation dans le domaine de l'immigration s'étend également à tous les autres aspects de la vie. Dans le domaine de la santé, par exemple, la couverture médicale est allouée à toute personne possédant le statut de résident permanent ou de citoyen. Il y a un âge limite de circoncision des enfants pour ceux qui suivent ce rite religieux ou culturel. Le vote est obligatoire à tout citoyen ayant 18 ans ou plus. Pour un pays aussi jeune, le secret de la réussite reste la discipline des citoyens et leur disposition à respecter scrupuleusement les lois et règlements du pays. Le système de gouvernement parlementaire est calqué sur le modèle britannique du « Westminster system ».

Sentiment d’être oublié
Le sentiment le plus partagé dans la communauté des Sénégalais résidant en Australie est celui d'oubli sinon de négligence de la part des autorités du pays d’origine. Même s'il faut reconnaitre que, ces dernières années, des efforts notoires ont été faits par l'ambassade du Sénégal à Tokyo (Japon) (Ndlr : L’Australie dépendant de sa juridiction) et qui se sont matérialisés par une visite de l'ancien ambassadeur en fonction, Son Excellence Monsieur Bouna Sémou Diouf, suivie d'une visite d'un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur venu procéder au renouvellement des passeports.

Cette démarche a ainsi permis de régler cet épineux problème auquel un grand nombre de Sénégalais était confronté. Le principal grief soulevé par la communauté est surtout l'absence d'opportunités immobilières et de facilités d'investissement octroyées aux autres immigrés installés en Europe ou aux Etats-Unis.
C’est un vœu pieux pour le moment.
 
Par Moustapha BARRY, Melbourne (Australie)
Last modified on mardi, 02 mai 2017 15:59

Hollande, l’Africain ?

18 Avr 2017
458 times

« Il aura fallu que vous ne vous déclariez pas candidat (à la présidentielle française) pour que les satisfécits commencent à tomber sur votre action, tonne un patron de presse sénégalais pour couvrir l’espace creux de la grande salle de conférence de l’Élysée, fin décembre 2016. N’avez-vous pas l’impression que les gens vous ont mal jugé ? » Le préposé à la réponse, fin gourmet des bons mots, saisit la balle au rebond avec son légendaire attrait aux petites phrases : « Je vous remercie pour cette contribution », sourit Hollande. L’effet escompté de l’esquive volontaire est réussi avec une explosion d’éclats de rire de la salle. « L’histoire jugera son action. C’est le meilleur juge », évacue le président Sall. Dans ce fil à la patte à trois temps, François Hollande est au centre de la scène. Comme il le fut, samedi lorsqu’il naturalisait 28 Tirailleurs sénégalais qui avaient lasse d’attendre des signes de reconnaissance d’une France si terriblement ingrate envers eux. En 2014, sa reconnaissance du massacre de 1944 de 300 anciens combattants africains au Camp de Thiaroye est du même acabit. Même si la révision de leur procès reste une demande importante pour leur réhabilitation. Dans le bilan de l’actuel locataire de l’Élysée, il y a aussi la mise en place de la circulaire du 28 novembre 2012 qui donne des conditions de régularisation des sans-papiers plus juste ; l’abandon du circulaire appelé « Guéant » et qui restreignait les possibilités d’embauche des étudiants étrangers en France à la fin de leurs études. Sur le plan géostratégique, l’intervention militaire française au Mali est moins polémique que celle en Centrafrique. On peut regretter le débat sur la déchéance de nationalité et l’abandon du droit de vote des étrangers. Mais, si sur le plan intérieur, les critiques – souvent à raison – n’ont pas manqué, Hollande a été un président normal, à ascendance positif, dans son action envers l’Afrique. Comparé à son prédécesseur, l’auteur de l’insultant discours de Dakar, son bilan est plus appréciable.

Par Moussa DIOP

28 Tirailleurs sénégalais ont été naturalisés Français, samedi, à l’Élysée, par François Hollande.

Fiers, malgré plus de 50 ans d’attente, les anciens combattants africains ont reçu leur certificat de nationalité française des mains du président français. Dans le détail, ils sont 23 Sénégalais, 2 Congolais, 2 Centrafricains et 1 Ivoirien. Pour arriver à ce résultat, il aura fallu un combat de plusieurs années. Le dernier en date est une pétition lancée par Aïssata Seck, adjointe à la mairie de Bondy (ville située en région parisienne) et petite-fille d’un ancien combattant sénégalais. Lancée en novembre 2016, la pétition a recueilli 63.746 signataires. Ce qui a fait bouger des positions sclérosées depuis 1960. Devenue porte-parole de la campagne de Benoit Hamon, candidat à la présidentielle française, Aïssata Seck reconnaissait que ce dernier a été accroché par son combat et le projet qu’elle porte pour les Tirailleurs sénégalais. La pétition évoquait le sort des Tirailleurs sénégalais ainsi : « Ces Français par le cœur sont dans des situations terriblement précaires. Munis de simples cartes de séjour, ces retraités n’ont d’autre choix que de rester seuls sur le territoire français. Partir finir leur vie au Sénégal, près de leurs familles, signifierait perdre leurs faibles pensions ; un choix matériellement impossible ». Après ces premières naturalisations, d’autres devraient suivre dans les prochains mois. Nés entre 1927 et 1939, les vétérans décorés samedi vivent, pour la plupart, en région parisienne et vont donc recouvrer une nationalité qu’ils avaient perdue à l’indépendance des colonies, en 1960. Il s’agit de « reconnaître l’engagement et le courage des Tirailleurs sénégalais issus de l’Afrique subsaharienne, qui ont combattu pour la France dans les différentes opérations militaires entre 1857 et 1960 », explique-t-on du côté de la présidence française. Les Tirailleurs sénégalais sont créés en juillet 1857 par décret de l’empereur Napoléon III, sous le second empire, sur demande de Faidherbe, gouverneur de Saint-Louis. Leur enrôlement pour la Première Guerre fut contraint. Mais, en général, l’engagement des troupes militaires et des Tirailleurs se faisaient en fonction des besoins. Des sources montrent que Blaise Diagne, chargé du recrutement en Afrique de l’Ouest, avait réussi à en enrôler 78.000. Certains chiffres font état de 200.000 Tirailleurs sénégalais mobilisés lors de la grande guerre, dont environ 30.000 morts. Ce sont des estimations largement en dessous des réelles pertes africaines, si on se réfère aux erreurs du passé dans ce sens.

Moussa DIOP

Après avoir remporté le Trophée des associations organisé par Edf, en empochant 13 millions de FCfa qui ont permis d’acheter un terrain à Keur Mbaye Fall, l’association Les Petites gouttes (Lpg) a lancé une campagne pour construire la maison Lpg dédiée aux talibés et personnes souffrant d’un handicap.

La première étape fut l’organisation du Gala annuel Lpg. Entre le sponsoring, la tombola, les bénéfices tirés de différentes ventes (repas, produits dérivés), Les Petites gouttes ont récolté 12.500 euros (un peu plus de 8.100.000 FCfa). Plus de 400 personnes avaient ainsi répondu à l’appel de l’association, le samedi 8 avril à Paris. Des Sénégalais de la diaspora et de l’intérieur, mais aussi des Français s’étaient réunis pour l’occasion autour d’un repas préparé par Yakalma, un traiteur sénégalais établi en France. Le spectacle était également sur scène. Il était assuré par des artistes comme Ma Sané. La chanteuse a fait le show en donnant un cachet citoyen à sa prestation en insistant sur « la noble cause de réunir assez de fonds pour financer les projets des Petites gouttes ». L’association se fixe comme objectif l’accompagnement des populations défavorisées au Sénégal, visant les enfants comme cible principale, notamment les talibés et les personnes souffrant d’un handicap, à l’image des albinos. D’autres artistes ont participé à la soirée. Il s’agit d’Aïdara, de Neega Mass, idymann, Diarra Dieng, le danseur Mams Tall, Driss Fario, Nasree Jop, Fata el presidente... Animée par Khady Diallo, la touche originale de cette soirée de gala était, sans doute, les défilés avec des modèles dont la tête était couverte de turbans aux couleurs chatoyantes faits par Marième Sow et habillées par Seneglam, une marque qui allie tradition et modernité en utilisant le wax. Les différents passages étaient rythmés par des tubes de mbalakh. Un autre moment fort du gala fut le tirage au sort d’une tombola. Plusieurs lots ont été distribués : voyage d’une semaine en Croatie, voyage de trois jours dans un Riad à Fès (Maroc), des week-end à Londres. L’événement a été clôturé par une soirée dansante animée par Dj pépé. Depuis sa création, en 2014, l’association Les Petites gouttes a réalisé plusieurs actions : dotation de matelas, de produits d’hygiène, « set settal » des daaras, organisation de visites médicales de masse, chirurgie de deux enfants atteints de handicap, don de crèmes solaires à des albinos (en partenariat avec une association hollandaise), suivi ophtalmologique des albinos. Toutes ses actions sont essentiellement financées par la cotisation mensuelle des membres, les dons de personnes, la participation à des concours réservés aux associations (Natixis, Edf), les évènements organisés en France (dîner, gala, tournois de foot).

Moussa DIOP et
Abdoulaye BA (Lpg)

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.