Actu de la Quinzaine (10)

Un peu plus d’un demi-millier de Sénégalais cohabite avec 24 millions d’Australiens sur une superficie de 7,6 millions de km2, soit le sixième plus vaste pays au monde fortement marqué par la politique d'immigration sélective à base raciale, aujourd’hui abandonnée.

L’Australie est à plus de 20.000 km du Sénégal et à plus de 20 heures de vol de Dakar. L'arrivée de Sénégalais et Gambiens dans ces contrées lointaines remonte à la fin des années 70. Certains sont des aventuriers en quête d'une vie meilleure alors que d’autres sont des matelots dont les navires faisaient escale sur les berges australiennes. Entre ces deux cas, il y a eu une vague d’immigration plus importante entre 1990 et 2000. Elle est venue à la faveur des Jeux olympiques de Sydney. L'Australie compte actuellement près d'un demi-millier de ressortissants sénégalais. Ce qui en fait une des plus petites communautés africaines, loin derrière les Ethiopiens, les Ghanéens et autres Kenyans.

Éclectisme professionnel
Les Sénégalais exercent des professions dans des secteurs aussi divers que la restauration, les télécommunications, l'enseignement et la recherche universitaire, les assurances, la musique et les arts, la santé, l'industrie automobile ou d’autres entreprises privées. La plupart des membres de la communauté sénégalaise a réussi à s'adapter dans un environnement anglophone où la présence de Noirs originaire d'Afrique est relativement nouvelle comparée à l’immigration européenne, par exemple. Cependant, cela ne veut nullement dire que le racisme est un fait quotidien même si l'épineuse question aborigène continue à être le principal défi auquel la composante issue des colons blancs tarde encore à reconnaitre et à transcender de façon définitive.
 
L’arme culturelle
Avec un nombre considérable de musiciens et d’artistes, la moitié de la communauté sénégalaise se trouve à Sydney qui accueille, avec Brisbane et Melbourne, 50 % de la population australienne. Les fêtes de Korité, Tabaski et du 4 avril sont des occasions de rencontres, d’échanges et de maintien du lien communautaire, mais aussi de la rencontre des cultures sénégalaise et australienne. En effet, les fêtes se font autour de Bbq australiens (Barbecue avec de la viande grillée que les Australiens adorent) marinés à la sénégalaise, de « thiebou dieun » ou de « yassa » avec des animations aux rythmes de sabars, de djoundjoungs ou de tamas.
 
Ces manifestations culturelles sont en train de gagner en popularité, tant elles attirent amis et voisins australiens. Les autres communautés africaines ou encore certaines autorités administratives y sont souvent invitées. La situation des Africains en général et des Sénégalais en particulier a, jusqu'à un passé récent, avec l'émergence de gangs d'origine sud-soudanaise, toujours été empreinte de convivialité, sinon de saine curiosité et de bienveillance.
 
Bémol racial
Contrairement à plusieurs pays, où les discriminations mesquines en rapport avec les opportunités d'emploi ou d'insertion sociale continuent à être monnaie courante, le pays dit des kangourous a réussi le tour de force d'être passé d’Etat qui pratiquait une politique d'immigration sélective à base raciale (communément appelée « White Australia Policy » qui favorisait seulement l’arrivée d’immigrés d’origine européenne et de race blanche) jusqu'au milieu des années 70, à un des pays les plus inclusifs du monde d’aujourd’hui.
 
En effet, il n'est pas rare de voir des Africains d'horizons divers occuper des postes de haute responsabilité dans les domaines universitaires, de la médecine, des télécommunications ou bien devenir des autorités municipales. Ce tableau, plus ou moins reluisant, ne doit nullement occulter les incidences de maltraitance des aborigènes par les forces de l'ordre et les démons de l'exclusivisme qui ont commencé à se faire voir. Ils se sont multipliés depuis la recrudescence des attentats dits « islamistes » de ces dernières années en Europe et aux Etats-Unis. Cette situation a connu son épilogue lors des dernières élections fédérales du 2 juillet 2016 qui ont vu l'extrême droite, sur la base d'une plateforme xénophobe et anti-islamique, recueillir un score respectable de 3 % (soit 500.000 votants). Ce score a ainsi permis au parti « One Nation », formation d’extrême droite, de Pauline Hanson de glaner 3 sièges au Senat ; ce qui lui procure une position de pression sur la politique du gouvernement de droite réélu de justesse pour un nouveau mandat de 3 ans. L’Australie a un régime parlementaire.
C’est le parti qui a la majorité qui choisit le Premier ministre. Le parti libéral de Malcolm Turnbull est sorti victorieux avec une courte majorité.
 
Un pays où tout est régulé
Les lois sur l’immigration en Australie sont parmi les plus strictes au monde. La plupart des migrants africains y sont venus à travers le statut de « réfugié », une « spécialisation professionnelle » ou « matrimoniale », communément appelée « spouse category ». 

En clair, par le travail ou le mariage. La régulation dans le domaine de l'immigration s'étend également à tous les autres aspects de la vie. Dans le domaine de la santé, par exemple, la couverture médicale est allouée à toute personne possédant le statut de résident permanent ou de citoyen. Il y a un âge limite de circoncision des enfants pour ceux qui suivent ce rite religieux ou culturel. Le vote est obligatoire à tout citoyen ayant 18 ans ou plus. Pour un pays aussi jeune, le secret de la réussite reste la discipline des citoyens et leur disposition à respecter scrupuleusement les lois et règlements du pays. Le système de gouvernement parlementaire est calqué sur le modèle britannique du « Westminster system ».

Sentiment d’être oublié
Le sentiment le plus partagé dans la communauté des Sénégalais résidant en Australie est celui d'oubli sinon de négligence de la part des autorités du pays d’origine. Même s'il faut reconnaitre que, ces dernières années, des efforts notoires ont été faits par l'ambassade du Sénégal à Tokyo (Japon) (Ndlr : L’Australie dépendant de sa juridiction) et qui se sont matérialisés par une visite de l'ancien ambassadeur en fonction, Son Excellence Monsieur Bouna Sémou Diouf, suivie d'une visite d'un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur venu procéder au renouvellement des passeports.

Cette démarche a ainsi permis de régler cet épineux problème auquel un grand nombre de Sénégalais était confronté. Le principal grief soulevé par la communauté est surtout l'absence d'opportunités immobilières et de facilités d'investissement octroyées aux autres immigrés installés en Europe ou aux Etats-Unis.
C’est un vœu pieux pour le moment.
 
Par Moustapha BARRY, Melbourne (Australie)
Last modified on mardi, 02 mai 2017 15:59

“Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries”, écrivait Marcel Proust.

Elles s’appellent Yaye Fatou, Aïssata, Adji, Marie, Sophie ou encore Khady. Elles viennent de Thiès, Bakel, Matam, Ziguinchor ou encore de Dakar. Elles sont en Afrique centrale, en Europe, en Amérique du Nord ou encore chez le proche voisin gambien. Elles sont étudiantes, travailleuses indépendantes, cadres sup’ ou encore candidate à une élection présidentielle. Considérées comme variables adjointes dans les chiffres sur l’immigration, aussi bien dans leur pays d’accueil que dans celui d’origine, elles sont pourtant au cœur du dispositif de socialisation et d’intégration de la diaspora.

Longtemps cantonnées à un rôle de fixation et de stabilisation d’une main-d’œuvre masculine immigrée jugée instable et longtemps perçues comme une catégorie sociale pas ou peu qualifiée, dépendantes et victimes à protéger, les femmes de notre diaspora se doivent en plus de faire face à l’obstacle d’une absence d’un cadre familial favorisant l’emploi des femmes immigrées.

La conjonction de toutes ces contraintes aurait due être le lit de désillusions professionnelles et familiales et la perte d’une dynamique constructive d’identité personnelle et sociale.
Il n’en est rien ! Les Femmes de la diaspora s’inscrivent plutôt dans une dynamique forte de réalisations sociale et économique.

Reconnaître la richesse de leur expérience, c’est appréhender leur rôle de vecteur d’intégration dans leur pays d’accueil. Reconnaître leur talent à soulever les obstacles dans leur pays d’accueil, c’est s’appuyer sur la singularité de leur parcours pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans leur pays d’origine.

En réalité, s’appuyer sur le leadership des femmes immigrées pour promouvoir la condition féminine au Sénégal, c’est consolider le rôle moteur de nos mères, épouses, sœurs et amies dans la préservation du modèle socio-culturel sénégalais.

Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Économie et
enseignant-chercheur
Université Le Havre

Expert haut vol, sous apparence anodine, le Sénégalais Massamba Diène est très respecté dans l’institution bancaire. 
A tel point qu'il est tout désigné pour servir par ses compatriotes et collègues d'exemple à présenter.

Massamba Diène fait l’unanimité au sein des Sénégalais de la Bad. Un compatriote à croquer ? Un confrère qui a fait les beaux jours de la première radio privée Sud-Fm est aujourd’hui à la Bad après un passage à la Banque mondiale. Birima Fall n’est pas le seul à ne pas tarir d’éloges sur « Grand Mass » comme lui et d’autres l’appellent  affectueusement. Ils semblent tous subjugués par le personnage. Une certitude : ils respectent l’homme pour son parcours, son professionnalisme et son sérieux. A première vue, Mass dégage plutôt l’allure d’un timide qui détourne son regard et fuit le vôtre. Rien d'impressionnant chez lui à première vue. Mais en apparence seulement. Mass est à même de vous fixer dans le blanc de l’œil pour étayer son argumentaire. Pour convaincre, ce personnage qui se définit d’emblée comme un Thiessois convoque tout son bagage technique traduit en langage clair, d’une douce voix qui flirte le bégaiement, pour expliquer, démontrer, expliciter. En bon scientifique. « Je suis né à Thiès où j’ai grandi et poursuivi toutes mes études du primaire à l’Ecole Polytechnique. Je suis de la 4ème promotion, sortie en 1981», explique Massamba Diène. Présenté comme un génie par certains, le brillant élève et étudiant qu’il fut relativise sur son parcours : « Je devais d’emblée m’en sortir à l’école puisque je ne suis pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Je devais donc travailler du mieux que je pouvais. Il n’était pas question de céder aux sirènes de la littérature, mais plutôt de m’orienter vers une série scientifique qui pouvait me donner un métier. Je ne m’amusais donc pas à l’école tout comme je ne me stressais pas. Je travaillais simplement ». Massamba Diène intègre l’administration dès sa sortie de l’Ecole Polytechnique. Après un bref passage au Secrétariat d’Etat à la recherche scientifique, sous Jacques Diouf, ancien ministre et ancien patron de la Fao, il va travailler au ministère de la Santé, notamment à la Direction des hôpitaux, plus précisément à la division de la Construction hospitalière. L’opportunité d’une spécialisation en génie civil s’offre à lui en 1984, pour un doctorat qu’il obtiendra à l’université Laval (Québec, Canada) en 1989. De retour au pays, il retourne à l’Ecole Polytechnique pour enseigner. Il sera même désigné par ses pairs chef du département génie civil jusqu’en 1991. Il prendra deux années pour monter, dans le privé, un laboratoire de géotechnique tout en continuant à intervenir à Polytechnique qu’il avait quitté de façon volontaire. Il avait fréquenté auparavant, avant son doctorat, pendant deux ans l’Ecole Polytechnique de Lausanne (Suisse), notamment son Institut des Sols, Roches et Fondations et son laboratoire Voies de circulation.

Directeur technique de l’Agence de développement municipal (1998-2000), Massamba Diène, de son mètre 70 et d’une noirceur d’ébène, n’hésite pas à passer, en 2000, une entrevue à la Bad qui cherchait un ingénieur principal des Transports pour le Département des politiques.

Il rejoint la Banque en avril 2000
Au lendemain donc de la première Alternance démocratique qui a consacré la victoire d’Abdoulaye Wade. Une fois à la Bad, il connaîtra une carrière fulgurante qui fait de lui aujourd’hui l’un des Sénégalais les plus en vue. Soutenant les opérations et écrivant des politiques et stratégies institutionnelles et opérationnelles, M. Diène passe, en 2005, d’ingénieur principal des transports à spécialiste en chef des infrastructures sur la base d’une compétition. En 2008, à la faveur d’une réforme, il est versé dans le Département des Résultats et de l’Assurance qualité dans la division de Sauvegarde environnementale et sociale. Là, il a en charge la catégorisation environnementale des projets et le contrôle de conformité avec les politiques de sauvegarde environnementale et sociale du Groupe de la BAD. Il revient, par exemple, sur l’importance d’une prise en compte de cette dimension sociale, en citant le cas du barrage de Bujagali en Ouganda. La réalisation de ce projet avait entraîné la destruction d’un site cultuel ancestral, provoquant ainsi une plainte des populations affectées ; ce qui a avait occasionné une inspection du projet par le Mécanisme Indépendant de Revue, obligeant ainsi la BAD et ses partenaires à envisager des réparations.
 
De ce Département, il postule encore pour la Division du département des politiques où il était auparavant. Et depuis 2009, il est manager dans ce département. « Je me plais bien à la Bad. Si je considère les possibilités que m’offre la banque au quotidien de participer à tout ce qui se fait pour le développement de l’Afrique, de parfaire mes connaissances sur ce continent, bref de me sentir de jour en jour un peu plus africain, je me sens comblé. Aussi, il faut savoir que dans cet environnement multiculturel, l’effet d’intégration est puissant. Je vis, comme probablement tous ceux qui travaillent ici, dans ma propre chair ce dont nous avons besoin pour le développement de l’Afrique », analyse-t-il. Acteur du développement, il ne rechigne pas à jeter un regard critique et lointain sur son pays d’origine. Pour lui, il faudrait encore en faire beaucoup plus : « Chaque jour, je me surprends à me dire que nous Sénégalais devrions travailler probablement dix fois plus que ce que nous faisons actuellement. Nous disposons de nombreux atouts, mais nous n’en sommes pas très conscients. Nous comptons parmi les meilleurs ouvriers même si nous ne sommes pas toujours conscients de l’importance de la formation professionnelle ». La question du développement est chez lui une passion. Loin de s’arrêter à des théories toutes faites, il esquisse des pistes. « Nous devons consolider l’économie et nous faire mieux représenter dans le monde. On peut vraiment mieux s’en sortir en décuplant notre part du travail. Nous avons aidé à la construction de nombreux pays africains depuis les indépendances. Le développement est une quête quotidienne renouvelée, mais aussi très lourd. Il faut avancer par petits bouts. Il faut aussi avoir à l’esprit que certains problèmes de développement ne peuvent être réglés que par des ressources financières importantes, surtout quand il s’agit de reproduire à grande échelle des expériences concluantes », explique-t-il. Aussi met-il en avant la qualité des ressources humaines pour impulser, mais aussi de la politique et de la vision qui animent les dirigeants de pays engagés dans le développement. Ou encore les « facultés d’absorption de financements importants ». Mettant en exergue la propension d’un pays du Maghreb à absorber par exemple des volumes de ressources financières plus importants comparativement à un pays subsaharien.

« Pour construire des routes, le Sénégal est très privilégié puisqu’ayant au moins quatre entreprises nationales de catégorie D (Cse, Jean Lefèvre, Eiffage…) qui vont jusqu’au Niger faire des infrastructures.

Il n’existe pas d’entreprises nationales de catégorie D en Côte d’Ivoire par exemple. Toutes les entreprises de cette catégorie sont françaises », souligne-t-il comme pour mettre en avant les avantages comparatifs du Sénégal par rapport au reste de la sous-région. Se refusant, par devoir de réserve, à parler du prix de l’autoroute à péage Patte-d’Oie-Diamniadio jugé exorbitant par certains, Massamba Diène ne porte pas moins de gants pour aborder la question du Programme Sénégal Emergent ou du Pudc.

« Il y a un effort certain dans les infrastructures depuis 2008. Je pense néanmoins qu’en termes de grandes infrastructures, le président Macky Sall, avec tout ce qui est en cours (l’autoroute Ila-Touba, le prolongement de la VDN, Somone, Ndiass) est en passe de faire plus que le président Abdoulaye Wade qui a eu quand même le mérite d’impulser les grands travaux. S’il parvient à réaliser le Train express régional, cela se ressentira dans le quotidien des populations », soutient Massamba Diène. Mais en bon Thiessois qui regrette les nombreux mouvements de trains qui ont égayé son enfance, il ne peut occulter la place  et le rôle des Chemins de fer dans le développement. Il faut d’urgence, assène-t-il, réhabiliter la ligne Dakar-Bamako, mais aussi faire le contournement de la Gambie. « Si vous empruntez la route de Saint-Louis, vous vous rendrez compte qu’il n’existe plus de gisements de matériaux de construction pour la maintenance des routes ; même emprunts de banco coquillier jadis utilisé pour les couches de base des routes s’épuisent. La plupart des matériaux nobles, le basalte notamment, se trouvent dans la région de Thiès ou à Kédougou. Le transport des matériaux coûtant très cher dans cette partie du Sénégal, seule la réhabilitation de la voie ferroviaire pourrait aider à réduire les besoins de maintenance sur la route de Saint-Louis, notamment en permettant le transfert du trafic de fret de la route au rail », avance-t-il afin d’appuyer le train pour le développement. Ce développement passe aussi par une promotion de l’investissement, notamment par une augmentation du pourcentage du budget qui lui est consacré. Il milite donc carrément pour un « Plan Marshall en faveur des chemins de fer ». « Il faudrait au moins mettre 300 milliards par an dans les chemins de fer et en faire un projet phare. Je suis convaincu qu’il ne peut pas y avoir de développement inclusif sans un réseau structuré de chemins de fer », soutient-il.

Sur le Pudc, il pense d’emblée que sa force réside dans sa « simplicité » et ses composantes : identification des besoins de base et leur satisfaction. « Le programme met l’accent sur la nécessité de mettre des forages là où il n’y a pas d’eau. Ce qui a pour conséquences, au-delà de l’accès à l’eau potable, d’implanter des périmètres maraîchers, mais aussi d’appuyer l’élevage et l’agriculture de façon générale. Une autre dimension du programme est aussi de faire de l’électrification rurale là où des populations n’ont jamais pu voir un poteau électrique. Le Pudc gagne donc en popularité. Il constitue un investissement dans l’égalité des citoyens puisque des indicateurs d’accès à l’eau sont de l’ordre de 80 % en ville par exemple alors que ce ratio est très faible, voire indécent en milieu rural. Le projet n’est pas très compliqué et est conçu en quelque sorte pour faire du rattrapage. En matière de développement, les projets les plus simples et visant les besoins de base sont les meilleurs », analyse Massamba Diène.

Un autre avantage du Pudc selon notre expert : « Booster le taux de croissance tout en redistribuant les ressources ». Sur le Pse, il salue des «axes convaincants » tout en souhaitant que d’autres soient encore mieux « retravaillés ». « L’option de viser l’autosuffisance alimentaire est merveilleuse. Nous pouvons oublier le pétrole et le gaz et nous concentrer sur elle puisqu’elle est basée sur un principe très simple : la dignité. Il nous faut continuer à développer les infrastructures dans un schéma cohérent qui veut dire servir l’appareil de production, mais aussi consolider l’unité nationale », invite-t-il. Très cohérent avec lui-même, Massamba Diène, la cinquantaine bien sonnée, dit ne pas « improviser dans le boulot ». Sa famille est aujourd’hui à Dakar ; elle était retournée au Sénégal lors de la crise dans le pays-hôte à l’époque pour ne pas perturber la scolarité des enfants.

« Quant à la famille, je tiens à régler les problèmes pour lesquels j’ai l’aptitude ou la responsabilité. Au-delà, je ne fais rien pour ma propre personne ». Un retour au bercail ? « Pourquoi pas si les conditions sont réunies », répond-il.
 
Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Senbad ! A ne surtout pas confondre avec les deux syllabes qui dénommaient le célèbre contingent du Sénégal au pays du Cèdre (Senbatt) dans le cadre de la Finul (Mission des Nations Unies au Liban). Ici, le bataillon en question a la fleur au lieu du fusil à l’épaule et le développement de l'Afrique en ligne de mire. L’Association des Sénégalais de la Banque africaine de développement (Senbad) est le réceptacle ou le lien de la soixantaine de compatriotes qui évoluent aujourd’hui du côté de la Lagune Ebrié, en terre ivoirienne. A Abidjan plus précisément, les Sénégalais de la BAD s’activent et donnent corps et âme à une vie associative, prolongement des activités professionnelles. « Il existait déjà une association de Sénégalais avant le départ pour Tunis de la banque (Ndlr : délocalisée en Tunisie en février 2003 du fait de la crise ivoirienne et retour au siège à Abidjan en 2014). C’est une fois à Tunis qu’elle sera néanmoins plus formalisée. Le besoin d’être ensemble a été plus ressenti une fois en Tunisie puisque probablement cette société ne nous intégrait pas », explique Cheikh Balley Mbaye, le secrétaire général de Senbad. Il fait remonter l’« initiative de l’association au doyen Maguette Wade (Ndlr : actuel Maire de Ngaye Mékhé et ancien directeur de la Communication de la Bad) », mais aussi à nombre de leurs aînés aujourd’hui retraités. Une fois l’association formalisée, l’« engouement » et l’« adhésion » ont été tels, surtout « chez les dames », que d’autres ressortissants de pays étrangers ont voulu se « joindre à nous ». Ces « étrangers » provenaient surtout de pays voisins du Sénégal (Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée) et pouvaient même justifier une « certaine sénégalité ». Le critère de reconnaissance au groupe sénégalais restait pertinent pour les membres du Senbad. « Peut devenir, en effet, membre associé toute personne travaillant à la Bad ainsi que son conjoint ayant des affinités avec le Sénégal qui en exprime le désir au bureau… », selon les statuts. Le secrétaire général de citer également le cas de ce « jeune Algérien, marié à une Sénégalaise, devenu membre de l’Association ». « Il faut, pour adhérer, être sénégalais ou marié à une Sénégalaise ou un Sénégalais travaillant à la Bad», disent les statuts de l’association. Il faut néanmoins considérer les nombreux Ivoiriens d’origine sénégalaise travaillant à la Bad, qui ne sont pas comptabilisés dans la soixantaine de Sénégalais, mais avec lesquels l’association entretient des liens particuliers. Le statut de travailleur à la Banque africaine englobe aussi bien les membres du staff que les stagiaires et consultants. L’association vise à créer, au-delà des liens de solidarité, une « grande famille sénégalaise sans discrimination de sexe, de race, d’ethnie, d’origine ou de religion ».

Mais aussi d’« initier et développer des projets et actions d’intérêt commun » en vue de « participer à l’épanouissement des membres et de leurs familles en organisant, entre autres, des conférences, séminaires, débats, des activités récréatives et des séances de formation ». La particularité de ces Sénégalais de la Bad est qu’ils évoluent, pour la plupart, dans les sphères de décision. Aussi reflètent-ils le dynamisme du « système éducatif sénégalais ».

« Que ce soient dans les Complexes des Opérations, les départements sectoriels, au Complexe des Finances en passant par les Services généraux ou le Complexe de l’Economiste en Chef, nous retrouvons les Sénégalais dans les grands centres de décision. Ils sont des économistes, ingénieurs, médecins, juristes… Il y a aussi un peu de personnels subalternes constitués surtout de Sénégalais qui avaient migré en Côte d’Ivoire et qui n’ont pas fait l’objet d’un recrutement international », explique Cheikh Balley Mbaye qui lui-même a quitté les Nations Unies à New-York pour intégrer la Bad.

Des professionnels sénégalais à tous les niveaux : un vice-président en charge de l’Energie, Amadou Hott, un directeur de la communication, notre confrère Ismaïla Dieng, la trésorière de la banque, le chef de la division de la recherche (évaluant tous les projets du secteur privé), entre autres. Autant de positions enviables obtenues avant ou avec l’arrivée du nouveau président, le nigérian Akinwimi Adesina. Portée à « participer à l’effort national et/ou international pour assister des groupes vulnérables au Sénégal et ailleurs », l’association œuvre aussi dans le social. Aussi a-t-elle organisé une grande collecte durant le dernier mois de ramadan pour venir en aide à des fidèles d’une mosquée d’Abobo qui est l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan.

Tout comme un don avait été offert à un orphelinat de Dakar pendant que la Bad était délocalisée. Ou encore des bâches à une mosquée de Tunis. La mosquée sénégalaise de Treichville avait aussi sollicité l’Association pour disposer d’un chandelier pour la décoration du lieu de culte nouvellement rénové.

« Nous partageons entre nous nos événements heureux comme malheureux et nous nous soutenons. Nous pouvons faire appel à des contributions volontaires de nos membres pour un soutien ponctuel », explique M. Mbaye. Les membres de Senbad sont aussi confrontés aux défis auxquels font face tous les émigrés, tels qu’« acquérir des terrains au Sénégal », ou encore venir à bout de certains problèmes ponctuels comme la confection d’un passeport. « Nous réfléchissons en permanence sur ce que nous pouvons faire pour le Sénégal », souligne le secrétaire général. Les Senbad se félicitent des « bonnes relations » tissées avec l’ambassadeur actuel du Sénégal en Côte d’Ivoire. L’association a « tenté une rencontre avec l’Association professionnelle des Sénégalais d’Abidjan », avec laquelle les échanges sont encore timides. Toutefois, le mini-colloque que Senbad a organisé à l’occasion de la dernière Fête de l’indépendance a vu la participation et la communication de nombreux Sénégalais non membres de Senbad.

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Cette communauté fait la fierté du Sénégal au sein de la Banque africaine de développement (Bad) à Abidjan, siège de l’institution. L’Association des Sénégalais de la Bad (Senbad), portée sur les fonts baptismaux il y a une décennie, regroupe de grands cadres, produits pour l'essentiel du système éducatif sénégalais. L’association, prolongement des activités professionnelles, est le lieu de retrouvailles des Sénégalais qui se soutiennent dans l’épreuve tout en essayant de donner la meilleure image du Sénégal. De passage en Côte d'Ivoire où les Sénégalais sont habituellement dénommés par leurs cousins locaux les « Gorguis », notre reporter est allé à leur rencontre et à la découverte de ce que certains considèrent comme un bel exemple du savoir-faire et du savoir-être des Sénégalais.

Cheikh Bailley MbayeSenbad ! A ne surtout pas confondre avec les deux syllabes qui dénommaient le célèbre contingent du Sénégal au pays du Cèdre (Senbatt) dans le cadre de la Finul (Mission des Nations Unies au Liban). Ici, le bataillon en question a la fleur au lieu du fusil à l’épaule et le développement de l'Afrique en ligne de mire. L’Association des Sénégalais de la Banque africaine de développement (Senbad) est le réceptacle ou le lien de la soixantaine de compatriotes qui évoluent aujourd’hui du côté de la Lagune Ebrié, en terre ivoirienne. A Abidjan plus précisément, les Sénégalais de la BAD s’activent et donnent corps et âme à une vie associative, prolongement des activités professionnelles. « Il existait déjà une association de Sénégalais avant le départ pour Tunis de la banque (Ndlr : délocalisée en Tunisie en février 2003 du fait de la crise ivoirienne et retour au siège à Abidjan en 2014). C’est une fois à Tunis qu’elle sera néanmoins plus formalisée. Le besoin d’être ensemble a été plus ressenti une fois en Tunisie puisque probablement cette société ne nous intégrait pas », explique Cheikh Balley Mbaye, le secrétaire général de Senbad. Il fait remonter l’« initiative de l’association au doyen Maguette Wade (Ndlr : actuel Maire de Ngaye Mékhé et ancien directeur de la Communication de la Bad) », mais aussi à nombre de leurs aînés aujourd’hui retraités. Une fois l’association formalisée, l’« engouement » et l’« adhésion » ont été tels, surtout « chez les dames », que d’autres ressortissants de pays étrangers ont voulu se « joindre à nous ». Ces « étrangers » provenaient surtout de pays voisins du Sénégal (Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée) et pouvaient même justifier une « certaine sénégalité ». Le critère de reconnaissance au groupe sénégalais restait pertinent pour les membres du Senbad. « Peut devenir, en effet, membre associé toute personne travaillant à la Bad ainsi que son conjoint ayant des affinités avec le Sénégal qui en exprime le désir au bureau… », selon les statuts. Le secrétaire général de citer également le cas de ce « jeune Algérien, marié à une Sénégalaise, devenu membre de l’Association ». « Il faut, pour adhérer, être sénégalais ou marié à une Sénégalaise ou un Sénégalais travaillant à la Bad», disent les statuts de l’association. Il faut néanmoins considérer les nombreux Ivoiriens d’origine sénégalaise travaillant à la Bad, qui ne sont pas comptabilisés dans la soixantaine de Sénégalais, mais avec lesquels l’association entretient des liens particuliers. Le statut de travailleur à la Banque africaine englobe aussi bien les membres du staff que les stagiaires et consultants. L’association vise à créer, au-delà des liens de solidarité, une « grande famille sénégalaise sans discrimination de sexe, de race, d’ethnie, d’origine ou de religion ».

Mais aussi d’« initier et développer des projets et actions d’intérêt commun » en vue de « participer à l’épanouissement des membres et de leurs familles en organisant, entre autres, des conférences, séminaires, débats, des activités récréatives et des séances de formation ». La particularité de ces Sénégalais de la Bad est qu’ils évoluent, pour la plupart, dans les sphères de décision. Aussi reflètent-ils le dynamisme du « système éducatif sénégalais ».

« Que ce soient dans les Complexes des Opérations, les départements sectoriels, au Complexe des Finances en passant par les Services généraux ou le Complexe de l’Economiste en Chef, nous retrouvons les Sénégalais dans les grands centres de décision. Ils sont des économistes, ingénieurs, médecins, juristes… Il y a aussi un peu de personnels subalternes constitués surtout de Sénégalais qui avaient migré en Côte d’Ivoire et qui n’ont pas fait l’objet d’un recrutement international », explique Cheikh Balley Mbaye qui lui-même a quitté les Nations Unies à New-York pour intégrer la Bad.

Des professionnels sénégalais à tous les niveaux : un vice-président en charge de l’Energie, Amadou Hott, un directeur de la communication, notre confrère Ismaïla Dieng, la trésorière de la banque, le chef de la division de la recherche (évaluant tous les projets du secteur privé), entre autres. Autant de positions enviables obtenues avant ou avec l’arrivée du nouveau président, le nigérian Akinwimi Adesina. Portée à « participer à l’effort national et/ou international pour assister des groupes vulnérables au Sénégal et ailleurs », l’association œuvre aussi dans le social. Aussi a-t-elle organisé une grande collecte durant le dernier mois de ramadan pour venir en aide à des fidèles d’une mosquée d’Abobo qui est l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan.

Tout comme un don avait été offert à un orphelinat de Dakar pendant que la Bad était délocalisée. Ou encore des bâches à une mosquée de Tunis. La mosquée sénégalaise de Treichville avait aussi sollicité l’Association pour disposer d’un chandelier pour la décoration du lieu de culte nouvellement rénové.

« Nous partageons entre nous nos événements heureux comme malheureux et nous nous soutenons. Nous pouvons faire appel à des contributions volontaires de nos membres pour un soutien ponctuel », explique M. Mbaye. Les membres de Senbad sont aussi confrontés aux défis auxquels font face tous les émigrés, tels qu’« acquérir des terrains au Sénégal », ou encore venir à bout de certains problèmes ponctuels comme la confection d’un passeport. « Nous réfléchissons en permanence sur ce que nous pouvons faire pour le Sénégal », souligne le secrétaire général. Les Senbad se félicitent des « bonnes relations » tissées avec l’ambassadeur actuel du Sénégal en Côte d’Ivoire. L’association a « tenté une rencontre avec l’Association professionnelle des Sénégalais d’Abidjan », avec laquelle les échanges sont encore timides. Toutefois, le mini-colloque que Senbad a organisé à l’occasion de la dernière Fête de l’indépendance a vu la participation et la communication de nombreux Sénégalais non membres de Senbad.

Massamba Diène, Chef de la division de la Bad : L’efficacité dans la discrétion
Expert haut vol, sous apparence anodine, le Sénégalais Massamba Diène est très respecté dans l’institution bancaire.
A tel point qu'il est tout désigné pour servir par ses compatriotes et collègues d'exemple à présenter.

Massamba DièneMassamba Diène fait l’unanimité au sein des Sénégalais de la Bad. Un compatriote à croquer ? Un confrère qui a fait les beaux jours de la première radio privée Sud-Fm est aujourd’hui à la Bad après un passage à la Banque mondiale. Birima Fall n’est pas le seul à ne pas tarir d’éloges sur « Grand Mass » comme lui et d’autres l’appellent  affectueusement. Ils semblent tous subjugués par le personnage. Une certitude : ils respectent l’homme pour son parcours, son professionnalisme et son sérieux. A première vue, Mass dégage plutôt l’allure d’un timide qui détourne son regard et fuit le vôtre. Rien d'impressionnant chez lui à première vue. Mais en apparence seulement. Mass est à même de vous fixer dans le blanc de l’œil pour étayer son argumentaire. Pour convaincre, ce personnage qui se définit d’emblée comme un Thiessois convoque tout son bagage technique traduit en langage clair, d’une douce voix qui flirte le bégaiement, pour expliquer, démontrer, expliciter. En bon scientifique. « Je suis né à Thiès où j’ai grandi et poursuivi toutes mes études du primaire à l’Ecole Polytechnique. Je suis de la 4ème promotion, sortie en 1981», explique Massamba Diène. Présenté comme un génie par certains, le brillant élève et étudiant qu’il fut relativise sur son parcours : « Je devais d’emblée m’en sortir à l’école puisque je ne suis pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Je devais donc travailler du mieux que je pouvais. Il n’était pas question de céder aux sirènes de la littérature, mais plutôt de m’orienter vers une série scientifique qui pouvait me donner un métier. Je ne m’amusais donc pas à l’école tout comme je ne me stressais pas. Je travaillais simplement ». Massamba Diène intègre l’administration dès sa sortie de l’Ecole Polytechnique. Après un bref passage au Secrétariat d’Etat à la recherche scientifique, sous Jacques Diouf, ancien ministre et ancien patron de la Fao, il va travailler au ministère de la Santé, notamment à la Direction des hôpitaux, plus précisément à la division de la Construction hospitalière. L’opportunité d’une spécialisation en génie civil s’offre à lui en 1984, pour un doctorat qu’il obtiendra à l’université Laval (Québec, Canada) en 1989. De retour au pays, il retourne à l’Ecole Polytechnique pour enseigner. Il sera même désigné par ses pairs chef du département génie civil jusqu’en 1991. Il prendra deux années pour monter, dans le privé, un laboratoire de géotechnique tout en continuant à intervenir à Polytechnique qu’il avait quitté de façon volontaire. Il avait fréquenté auparavant, avant son doctorat, pendant deux ans l’Ecole Polytechnique de Lausanne (Suisse), notamment son Institut des Sols, Roches et Fondations et son laboratoire Voies de circulation.

Directeur technique de l’Agence de développement municipal (1998-2000), Massamba Diène, de son mètre 70 et d’une noirceur d’ébène, n’hésite pas à passer, en 2000, une entrevue à la Bad qui cherchait un ingénieur principal des Transports pour le Département des politiques.

Il rejoint la Banque en avril 2000
Au lendemain donc de la première Alternance démocratique qui a consacré la victoire d’Abdoulaye Wade. Une fois à la Bad, il connaîtra une carrière fulgurante qui fait de lui aujourd’hui l’un des Sénégalais les plus en vue. Soutenant les opérations et écrivant des politiques et stratégies institutionnelles et opérationnelles, M. Diène passe, en 2005, d’ingénieur principal des transports à spécialiste en chef des infrastructures sur la base d’une compétition. En 2008, à la faveur d’une réforme, il est versé dans le Département des Résultats et de l’Assurance qualité dans la division de Sauvegarde environnementale et sociale. Là, il a en charge la catégorisation environnementale des projets et le contrôle de conformité avec les politiques de sauvegarde environnementale et sociale du Groupe de la BAD. Il revient, par exemple, sur l’importance d’une prise en compte de cette dimension sociale, en citant le cas du barrage de Bujagali en Ouganda. La réalisation de ce projet avait entraîné la destruction d’un site cultuel ancestral, provoquant ainsi une plainte des populations affectées ; ce qui a avait occasionné une inspection du projet par le Mécanisme Indépendant de Revue, obligeant ainsi la BAD et ses partenaires à envisager des réparations.
 
De ce Département, il postule encore pour la Division du département des politiques où il était auparavant. Et depuis 2009, il est manager dans ce département. « Je me plais bien à la Bad. Si je considère les possibilités que m’offre la banque au quotidien de participer à tout ce qui se fait pour le développement de l’Afrique, de parfaire mes connaissances sur ce continent, bref de me sentir de jour en jour un peu plus africain, je me sens comblé. Aussi, il faut savoir que dans cet environnement multiculturel, l’effet d’intégration est puissant. Je vis, comme probablement tous ceux qui travaillent ici, dans ma propre chair ce dont nous avons besoin pour le développement de l’Afrique », analyse-t-il. Acteur du développement, il ne rechigne pas à jeter un regard critique et lointain sur son pays d’origine. Pour lui, il faudrait encore en faire beaucoup plus : « Chaque jour, je me surprends à me dire que nous Sénégalais devrions travailler probablement dix fois plus que ce que nous faisons actuellement. Nous disposons de nombreux atouts, mais nous n’en sommes pas très conscients. Nous comptons parmi les meilleurs ouvriers même si nous ne sommes pas toujours conscients de l’importance de la formation professionnelle ». La question du développement est chez lui une passion. Loin de s’arrêter à des théories toutes faites, il esquisse des pistes. « Nous devons consolider l’économie et nous faire mieux représenter dans le monde. On peut vraiment mieux s’en sortir en décuplant notre part du travail. Nous avons aidé à la construction de nombreux pays africains depuis les indépendances. Le développement est une quête quotidienne renouvelée, mais aussi très lourd. Il faut avancer par petits bouts. Il faut aussi avoir à l’esprit que certains problèmes de développement ne peuvent être réglés que par des ressources financières importantes, surtout quand il s’agit de reproduire à grande échelle des expériences concluantes », explique-t-il. Aussi met-il en avant la qualité des ressources humaines pour impulser, mais aussi de la politique et de la vision qui animent les dirigeants de pays engagés dans le développement. Ou encore les « facultés d’absorption de financements importants ». Mettant en exergue la propension d’un pays du Maghreb à absorber par exemple des volumes de ressources financières plus importants comparativement à un pays subsaharien.

« Pour construire des routes, le Sénégal est très privilégié puisqu’ayant au moins quatre entreprises nationales de catégorie D (Cse, Jean Lefèvre, Eiffage…) qui vont jusqu’au Niger faire des infrastructures.

Il n’existe pas d’entreprises nationales de catégorie D en Côte d’Ivoire par exemple. Toutes les entreprises de cette catégorie sont françaises », souligne-t-il comme pour mettre en avant les avantages comparatifs du Sénégal par rapport au reste de la sous-région. Se refusant, par devoir de réserve, à parler du prix de l’autoroute à péage Patte-d’Oie-Diamniadio jugé exorbitant par certains, Massamba Diène ne porte pas moins de gants pour aborder la question du Programme Sénégal Emergent ou du Pudc.

« Il y a un effort certain dans les infrastructures depuis 2008. Je pense néanmoins qu’en termes de grandes infrastructures, le président Macky Sall, avec tout ce qui est en cours (l’autoroute Ila-Touba, le prolongement de la VDN, Somone, Ndiass) est en passe de faire plus que le président Abdoulaye Wade qui a eu quand même le mérite d’impulser les grands travaux. S’il parvient à réaliser le Train express régional, cela se ressentira dans le quotidien des populations », soutient Massamba Diène. Mais en bon Thiessois qui regrette les nombreux mouvements de trains qui ont égayé son enfance, il ne peut occulter la place  et le rôle des Chemins de fer dans le développement. Il faut d’urgence, assène-t-il, réhabiliter la ligne Dakar-Bamako, mais aussi faire le contournement de la Gambie. « Si vous empruntez la route de Saint-Louis, vous vous rendrez compte qu’il n’existe plus de gisements de matériaux de construction pour la maintenance des routes ; même emprunts de banco coquillier jadis utilisé pour les couches de base des routes s’épuisent. La plupart des matériaux nobles, le basalte notamment, se trouvent dans la région de Thiès ou à Kédougou. Le transport des matériaux coûtant très cher dans cette partie du Sénégal, seule la réhabilitation de la voie ferroviaire pourrait aider à réduire les besoins de maintenance sur la route de Saint-Louis, notamment en permettant le transfert du trafic de fret de la route au rail », avance-t-il afin d’appuyer le train pour le développement. Ce développement passe aussi par une promotion de l’investissement, notamment par une augmentation du pourcentage du budget qui lui est consacré. Il milite donc carrément pour un « Plan Marshall en faveur des chemins de fer ». « Il faudrait au moins mettre 300 milliards par an dans les chemins de fer et en faire un projet phare. Je suis convaincu qu’il ne peut pas y avoir de développement inclusif sans un réseau structuré de chemins de fer », soutient-il.

Sur le Pudc, il pense d’emblée que sa force réside dans sa « simplicité » et ses composantes : identification des besoins de base et leur satisfaction. « Le programme met l’accent sur la nécessité de mettre des forages là où il n’y a pas d’eau. Ce qui a pour conséquences, au-delà de l’accès à l’eau potable, d’implanter des périmètres maraîchers, mais aussi d’appuyer l’élevage et l’agriculture de façon générale. Une autre dimension du programme est aussi de faire de l’électrification rurale là où des populations n’ont jamais pu voir un poteau électrique. Le Pudc gagne donc en popularité. Il constitue un investissement dans l’égalité des citoyens puisque des indicateurs d’accès à l’eau sont de l’ordre de 80 % en ville par exemple alors que ce ratio est très faible, voire indécent en milieu rural. Le projet n’est pas très compliqué et est conçu en quelque sorte pour faire du rattrapage. En matière de développement, les projets les plus simples et visant les besoins de base sont les meilleurs », analyse Massamba Diène.

Un autre avantage du Pudc selon notre expert : « Booster le taux de croissance tout en redistribuant les ressources ». Sur le Pse, il salue des «axes convaincants » tout en souhaitant que d’autres soient encore mieux « retravaillés ». « L’option de viser l’autosuffisance alimentaire est merveilleuse. Nous pouvons oublier le pétrole et le gaz et nous concentrer sur elle puisqu’elle est basée sur un principe très simple : la dignité. Il nous faut continuer à développer les infrastructures dans un schéma cohérent qui veut dire servir l’appareil de production, mais aussi consolider l’unité nationale », invite-t-il. Très cohérent avec lui-même, Massamba Diène, la cinquantaine bien sonnée, dit ne pas « improviser dans le boulot ». Sa famille est aujourd’hui à Dakar ; elle était retournée au Sénégal lors de la crise dans le pays-hôte à l’époque pour ne pas perturber la scolarité des enfants.

« Quant à la famille, je tiens à régler les problèmes pour lesquels j’ai l’aptitude ou la responsabilité. Au-delà, je ne fais rien pour ma propre personne ». Un retour au bercail ? « Pourquoi pas si les conditions sont réunies », répond-il.
 
Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE
Last modified on jeudi, 09 février 2017 14:44

« En politique, une absurdité n’est pas un obstacle ». Et si Napoléon Bonaparte avait raison. Autant il m’est certain que l’on ne puisse classer Bonaparte parmi les brillants esprits ayant révolutionné l’histoire de la pensée, autant il m’est sûr que sa réflexion politique mérite de figurer au panthéon du réalisme politique. La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, en dépit de toute « bien-pensance », me conforte dans cette conviction. Après s’être frotté les yeux, frottons nous à la réalité et faisons preuve de réalisme. La lucidité nous impose de reconnaître que la radicalité identitaire et le protectionnisme économique progressent dans les sociétés occidentales. Le système sera-t-il assez résilient pour faire face ? Rien n’est moins sûr. Cette incertitude appelle de la part de notre élite politique à un changement total de paradigme dans l’élaboration de nos rapports avec les autres parties du monde. Le dilemme est simple en réalité : notre classe dirigeante continuera-t-elle dans le lyrisme creux et ignorant qu'elle propose face aux mutations dans les autres parties du monde ? Ou fera-t-elle preuve d'anticipations adaptatrices en comprenant qu'on ne résout pas des problèmes du 21ème siècle avec des solutions du 20ème siècle ?

Comprendre que les rapports de force à l’échelle planétaire changent et que le centre de gravité du monde se déplace vers l’Océan pacifique. Comprendre que sous-traiter la défense de ses institutions et de ses territoires à des dispositifs étrangers (au continent), dans un monde où les nationalismes hors du continent sont exacerbés, est une preuve de légèreté. Légèreté qui est source de faiblesse. Faiblesse qui, selon Aleksander Wat, est un appel aux barbares. Comprendre, enfin, que le modèle économique dominant du 21ème siècle sera celui de la préférence nationale et que l’achèvement politique des processus d’intégration économique, notamment sous-régionale, est un préalable nécessaire afin de bénéficier d’une taille économique optimale permettant de relever les défis commerciaux et économiques imposés par les mastodontes économiques. Comprendre les défis géostratégiques, sécuritaires et économiques que la marche du monde nous impose à réagir en conséquence, c’est offrir, pour une fois, à nos populations les moyens d’être prêtes à réussir dans un monde où tout est fait pour qu’elles échouent.

*Docteur en Economie
Enseignant/chercheur à l’Université du Havre (France)

Le conditionnel était de rigueur dans les circonstances de l’annonce de la mort d’un sénégalais de 17 ans à Nice. Il n’était pas de trop. Le décès de Tamsir apparaît, de plus en plus évident, ne rien à voir avec la tuerie qui a causé 84 morts et 202 blessés à Nice au soir du 14 juillet. Cependant les circonstances de la mort de Tamsir soulèvent beaucoup d’interrogations.

Les premiers éléments de l’enquête des policiers du Groupe d’appui judiciaire (GAJ) de Nice sont formels. La mort par noyade de Tamsir est survenue dans l’après-midi du 14 juillet à la plage de Nice. C’est-à-dire plus de 5 heures avant la tuerie sur la Promenade des Anglais. Le hasard a fait que l’endroit où le suspect de l’attentat et son camion ont été immobilisés se trouve, « sur près d’une dizaine de mètres », du lieu où le corps de Tamsir a été repêché de la mer. Quand la petite histoire se lie à la grande fauchant sur son passage le destin d’un jeune homme de 17 ans.

Les questions de la famille

L’enquête de la police française va se poursuivre et l’autopsie du corps devait éclaircir l’heure exacte et les circonstances du décès. En attendant que la policière chargée du dossier poursuive ses investigations, la famille de Tamsir s’interroge sur les premiers éléments de l’enquête dont elle dispose. Pour Omar, cousin et tuteur de Tamsir à Nice, « les zones d’ombre sont nombreuses. Comment peut-on m’expliquer que Tamsir se soit noyé en plein après-midi sur une plage remplie de personnes et de sauveteurs ». Pendant l’été, la plage niçoise reçoit des milliers de personnes au quotidien surtout un 14 juillet, jour férié où on célèbre la fête nationale en France. « Et puis, les premières informations recueillies sur son Facebook révèlent que Tamsir est partie à la plage en compagnie d’une autre personne. Contactée, cette personne nous indique l’avoir quitté vivant dans l’après-midi. Je me pose des questions sur ce qu’elle nous raconte. » Omar a décidé de s’attacher les services d’une amie détective privé qui va fournir les premiers résultats de son enquête à la police française débordée par son travail sur l’attentat.

Connaissant parfaitement Nice pour y vivre et y travailler depuis 16 ans, Omar compte trouver des réponses aux questions qu’il se pose sur la mort de son cousin qu’il avait fait venir à Nice en février 2016. « Tamsir n’était pas un étudiant mais il finissait une formation professionnelle dans l’informatique et l’hôtellerie.
C’était un jeune homme brillant, travailleur, respectueux des gens et de sa religion. Je l’ai couvé, montré le chemin à Nice. Je lui ai trouvé la formation. C’était une personne exemplaire », poursuit Omar dans l’établissement du portrait de son cousin disparu. Inlassablement, il revient sur ce fameux et dramatique 14 juillet 2016. Le jeune Tamsir sort de l’appartement qu’il partage avec son cousin qui dort profondément pour « récupérer de la fatigue d’un récent voyage au Sénégal ».

Rendez-vous avec la mort
Leur logement se trouve à moins de 10 minutes à pied de la Promenade des Anglais mitoyenne de la mer. Tamsir ne le sait pas encore mais il ne remettra pas les pieds dans l’appartement car il a rendez-vous avec la mort. Au réveil, le cousin ne le revoit pas rentrer. « Ce qui ne fait pas partie de ses habitudes ». Pris de panique après avoir entendu les premières informations sur l’attentat de Nice, Omar part à la recherche du jeune Tamsir. Il passe trois heures à le chercher dans ce qu’il appelle « une scène de guerre où il y avait des morts partout. Il y avait des corps déchiquetés, écrasés et du sang partout sur la chaussée ». La situation était tellement chaotique qu’Omar en oublie même mon sort et la panique liée à l’absence de Tamsir. En fin de soirée, il décide, la mort dans l’âme, de rentrer pour reprendre les recherches le lendemain. Pas la peine. Au petit matin du 15 juillet, la police frappe à la porte de l’appartement que se partage les deux cousins. Omar comprend rapidement ce qui se passe. « Je lui avais toujours conseillé de sortir avec ses papiers d’identité.

C’est ce qu’il avait fait et c’est grâce à cela que les policiers ont pu arriver jusqu’à moi ». Interrogé par les policiers français, Omar reconnaît Tamsir sur la photo du corps présentée par les agents dépositaire de l’ordre. « Je n’ai pas encore vu le corps mais je suis sûr à 100% que c’est lui sur la photo que les policiers m’ont montrée », jure-t-il. De ce mauvais cauchemar qui s’éternise, Omar espère une issue rapide pour faire le deuil de son cousin. Mais son vœu ne va certainement pas se réaliser dans les jours à venir. En effet, la police locale renforcée par des éléments nationaux est occupée par les enquêtes liées à la tuerie de Nice. Pour le moment, même le jour de l’autopsie du corps de Tamsir n’est pas encore connu. Des délais qui s’allongent et qui étirent la souffrance d’une famille qui ne demande qu’à faire le deuil.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 12:54

La promenade des anglais est devenue celle du deuil pour les Français mais aussi les nombreux Sénégalais qui vivent dans cette partie ensoleillée de France. Terrorisée et choquée, la famille Diène l’est en apprenant que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur présumée de la tuerie est leur voisin d’immeuble. Le deuil et les questionnements hantent Omar. Tamsir, son cousin est mort par noyade dans l’après-midi à l’endroit du drame de Nice. Un malheureux hasard. Ces destins de Sénégalais sont au cœur de l’horreur à des géométries variables.

Voisine du suspect
Awa Diène : « Il était venu m’acheter des cigarettes du Sénégal »
Le choc et la stupeur. Ce sont les sentiments de la famille Diène. Ce sont les voisins de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le principal suspect de l’attentat de Nice ayant fait 84 morts et plus de 200 blessés dont certains dans une urgence absolue. La famille Diène décrit une personne discrète dont elle a été au contact récemment.

« Un peu choquée ! Ce n’est pas tous les jours que le RAID vous réveille », s’exclame Awa Diène quand on lui demande comment va-t-elle. L’unité d’élite de la police est venue à 9 heures ce vendredi 15 juillet dans le petit immeuble de trois étages où vit la famille Diène pour faire exploser la porte de leur voisin. « C’est à ce moment que nous avons appris que c’est Mohamed le principal suspect de la tuerie », précise Awa. La jeune sénégalaise de 29 ans habite au troisième étage l’immeuble qui abrite une dizaine d’appartements dont celui de l’auteur présumé de la tuerie situé au premier. Arrivée en France en 2008 pour y poursuivre des études en information et communication, Awa Diène, avec son mari et son fils de 15 mois, habite depuis un an l’immeuble situé au quartier des abattoirs, dans l’est de Nice. C’est un quartier populaire mais calme avec des bâtiments administratifs. Il est à 20 minutes à pied du centre ville et à moins de 10 minutes en voiture. La jeune mère de famille a croisé dans l’immeuble plusieurs fois Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Une famille au contact du suspect
« C’est un grand homme, mince et un peu baraqué mais il n’est pas un bloc de muscles, décrit Awa Diène. Il est de peau mate comme certains Maghrébins du sud. Il me disait toujours bonjour mais de manière timide et effacé. On dirait qu’il n’arrivait pas à ouvrir la bouche quand il parlait. C’était un solitaire. Nous n’avons jamais eu d’histoires avec lui, contrairement à certains voisins.

». Décrit comme réservé mais cela n’empêchait pas le suspect pas à aller vers les autres quand il en avait besoin. « En rentrant de mon dernier séjour au Sénégal, j’avais rapporté des cartouches de cigarettes. Par l’intermédiaire d’une voisine gabonaise en commun, il était venu chez moi pour m’acheter deux cartouches. C’était au mois de février dernier ». Soit six mois avant la terrible tuerie de la Promenade des Anglais.

Coup du destin
En ce matin du 14 juillet, Awa scrute le ciel en priant qu’il pleuve pour ne pas assister au traditionnel feu d’artifice. Mais son vœu ne sera pas exaucé. Il fait beau à Nice. « J’ai décidé d’y aller finalement puisqu’en réfléchissant, j’ai pensé à mon fils qui a 15 mois et que le spectacle pouvait faire partie de ses premiers souvenirs ». La petite famille n’arrive pas à trouver une bonne place vu le nombre de personnes. « Nous étions installés juste à l’entrée de la « Prom’ » (diminutif de la Promenade des Anglais chez les Niçois, ndlr) », regrette Awa Diène. Cet inconfort va s’avérer un mal pour un bien. « Juste après la fin du feu d’artifice, nous avons décidé de rentrer chez nous. Sur le chemin, nous croisons les premiers camions de pompiers qui roulaient à vive allure. Ils partaient secourir les victimes du carnage ». Plusieurs jours après les événements, la jeune mère de famille reste choquée. « Nous pouvions y passer, constate-t-elle avec le recul. Même si nous échappions au camion, le mouvement de foule pouvait nous être fatal surtout avec un enfant dans les bras. » Après avoir appris qu’elle était voisine du suspect, la famille Diène est doublement bouleversée.

Le traumatisme risque de laisser des traces dans la vie de tous les jours de Awa Diène. « A la suite des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier 2015) puis ceux du Bataclan (13 novembre 2015), j’avais décidé de ne plus sortir, de ne plus aller dans des rassemblements de personnes. J’évite les centres commerciaux, les transports en commun. Mes proches disent que je suis parano.

Ce qui est arrivé me donne raison. ». Si sur son jeune garçon, Awa ne décèle pas de terreur particulière liée à l’attentat, sa belle-fille, de passage, est véritablement terrorisée. Après une étape de « déni de jour d’après » attentat avec par la conviction d’une erreur sur l’identité du suspect, l’époux d’Awa Diène s’est rendu à l’évidence face aux faits cliniquement déclinés depuis l’attentat.« Avec le vélo découvert dans le camion, nous n’avions plus de doute. Notre voisin faisait ses trajets avec un vélo ». Un jour, c’est en se baladant dans le centre de Nice que la famille avait compris que leur voisin était chauffeur-livreur en l’apercevant au travail.

Retour au Sénégal
Nice, leur berceau d’adoption touché, la famille Diène pense au retour au Sénégal. « Depuis les premiers attentats, j’avais commencé à m’interroger sur l’opportunité de retourner vivre au Sénégal, reconnaît Awa Diène. D’autant plus qu’aux attentats de 2014 ayant frappé Nice, je travaillais déjà à côté sur la promenade des Anglais ». Pourtant la situation au Sénégal ne la rassure pas non plus. « Lors de ma dernière visite, j’ai vu qu’au niveau de certains quartiers (Almadies, par exemple) ou lieux commerciaux, il y avait des check point. Nous ne sommes nulle part en sécurité. Et notre sous-région n’est plus aussi sûre. Mais au Sénégal, nous avons l’avantage d’être entourés par nos famille alors que nous sommes seuls en France ».

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 13:01

Un mouvement citoyen appelé Diaspora plurielle, créé en France (Paris et 15 provinces), a décidé d’entrer en politique. A la suite d’une réunion tenue samedi 28 mai, dans le 18ème arrondissement de la capitale française, Diaspora plurielle a décidé de présenter des candidats pour les législatives de 2017. Le mouvement souhaite avoir le même itinéraire que « Podemos » en Espagne.

Il est passé le temps où le « oui » et le « non » sur le référendum du 20 mars était en concurrence à Paris. Désormais, c’est le moment de tirer profit des nouveaux apports de la nouvelle constitution. En effet, depuis le référendum du 20 mars 2016, les partis politiques n’ont plus « le monopole pour présenter des candidats aux élections ». Les femmes et les hommes issus de la société civile peuvent se présenter à tous les types d’élections, ce qui induit que « les Sénégalais de l’extérieur auront la possibilité d’élire des députés issus de leurs rangs ». Diaspora plurielle souhaite favoriser une représentation effective des Sénégalais de l’extérieur dans la gestion publique notamment, par le biais de la présence de députés issus de la société civile au sein de l’Assemblée nationale. Les Sénégalais de l’étranger qui ne se reconnaissent pas dans la configuration des structures politiques souhaitent battre en brèche ce qu’ils appellent « une politique de cloisonnement, une gestion et un exercice du pouvoir dévolus aux seuls partis politiques au détriment de la majorité silencieuse des citoyens ». Au sein de la diaspora, l’idée qu’elle ne doit pas être seulement « une vache à lait » ou un vivier électoral que l’on utilise à la veille d’élections, fait son chemin. « La diaspora doit s’inscrire dans une démarche d’optimisation de la manne financière, se constituer non seulement en force de proposition mais aussi en acteur, maître de son destin ». Diaspora plurielle se présente comme un « acteur novateur » dans le paysage politique.

« L’originalité est que nous sommes une organisation issue de la société civile qui s’invite dans le débat politique dans le cadre d’une démarche nouvelle en dehors des partis politiques », estime Boubacar Bengelloun, un de ses membres. Elle se différencie par son envie de ne plus laisser l’exclusivité de la gestion des affaires publiques aux partis politiques, mais aussi par sa volonté d’agir et de ne pas subir. Les professionnels de la politique ont démontré leur limite dans l’exercice du pouvoir. C’est un mouvement de veille citoyenne qui se veut être un vivier d’actions et une force de propositions. C’est un mouvement apolitique au sens commun du terme, c’est-à-dire qu’il ne s’inscrit pas systématiquement dans l’objectif ultime de la conquête et de l’exercice du pouvoir ». Dans le 18ème arrondissement de Paris, Diaspora plurielle a rappelé que la société civile et les mouvements associatifs ont toujours endossé le rôle de vecteurs de développement par la mise en place des projets, « par des plaidoyers remarquables souvent soumis aux décideurs politiques, mais sans aucun résultat ».

La principale cause de leur mobilisation se trouve dans « l’échec des différentes politiques publiques de développement mises en place au Sénégal par tous les gouvernements qui se sont succédé ».

35 morts et 101 blessés. C’est le bilan fourni par les autorités belges après les attentats de Bruxelles du 22 mars dernier. La diplomatie sénégalaise faisait état de zéro victime. Pourtant, quelques semaines plus tard, la chancellerie sénégalaise à Bruxelles a reçu un curieux appel d’une personne se présentant comme sénégalaise et qui était gravement blessée lors des explosions à l’aéroport de Zaventem de Bruxelles.

« Tout juste après les attentats, les communications avec les autorités belges m’ont permis d’apprendre qu’il n’y avait pas de victime sénégalaise », nous confiait Amadou Diop, l’ambassadeur du Sénégal à Bruxelles, le 24 mars 2016, soit deux jours après les attentats ayant fait, au total, plus de 130 victimes (morts et blessés) dans la capitale belge. Près d’un mois plus tard, la situation est tout autre. D’abord recoupées, plusieurs informations mènent vers un nom : Laye Kane Diallo, un Sénégalo-américain blessé dans les attentats à Bruxelles et hospitalisé à Charleroi. Contactés, les services diplomatiques sénégalais à Bruxelles confirment sans mal l’information.

« Nous voudrions porter à votre connaissance qu'un individu se déclarant ressortissant de notre pays, mais identifié comme citoyen américain sur la liste des victimes établie par les autorités belges parce qu'il était porteur d'un passeport américain, a pris contact avec l'ambassade pour signaler qu'il a été blessé au cours desdits attentats ». Du côté de l’avenue Franklin Roosevelt, où se trouve l’ambassade du Sénégal à Bruxelles, on confirme également l’identité du blessé sénégalais. Il s’agit bien de Laye Kane Diallo qui était toujours hospitalisé à Charleroi en fin avril. De sources diplomatiques, Laye Kane Diallo détiendrait « des documents américains au moment des événements ». Des échanges ont existé entre Laye Kane Diallo et les services diplomatiques sénégalais à Bruxelles. « Ce qui nous a permis de constater que les services belges compétents lui ont apporté toute l'assistance requise, confie un diplomate sénégalais. Son état s'est bien amélioré et il espère retourner bientôt aux Etats-Unis d'où il était venu, dans le cadre de ses activités commerciales ».

Retour sur une matinée tragique
En remontant le fil des événements, Laye Kane Diallo est présent à l’aéroport de Zaventem, ce 22 mars à 8 heures, où il s’apprête à embarquer afin de retourner aux Etats-Unis après un séjour en Europe dans le cadre de ses activités professionnelles. L’une des deux explosions ayant lieu dans l’aéroport bruxellois le pulvérise, occasionnant plusieurs blessures sérieuses. Le pronostique vital est engagé. Laye Kane Diallo raconte avoir reçu « huit (8) opérations » et est dans l’attente d’une neuvième « pour extraire une neuvième pointe qui lui aurait percé la gorge ». Blessé et acheminé à l’hôpital de Charleroi, les services diplomatiques sénégalais sont passés à côté de son cas puisqu’il « a voyagé avec son passeport américain ». « Nous ne connaissons pas les détails de son état civil parce qu’il nous a confirmé qu’il n’a voyagé avec aucun document sénégalais », poursuit un représentant de la diplomatie sénégalaise. Contacté, l’ambassadeur Amadou Diop évoque une situation inédite. « C’est une personne qui a été répertoriée comme américaine. Elle fait partie des victimes américaines, car ayant voyagé avec un passeport américain. Les autorités belges nous ont soumis les informations selon la nationalité des victimes ». Si Laye Kane Diallo dispose d’une nationalité américaine, « il parle bien le wolof du pays », précise le diplomate sénégalais. Ce qui induit une probable double nationalité. Les détenteurs de plusieurs nationalités voyagent souvent avec le passeport qui leur permet d’avoir moins de tracasserie administrative. Pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas une manière de renier leurs origines. Après sa neuvième opération pour extraction d’une pointe qui lui aurait percé la gorge, Laye Kane Diallo n’a plus donné signe de vie.

Par Moussa DIOP

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La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

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Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.