Focus de la Quinzaine

Focus de la Quinzaine (26)

Si la tragédie est la lutte de l’Homme contre un destin inéluctable, les parcours de vie et d’immigration de Mbissine Thérèse Diop, de Maïmouna Guèye et de Fatou Diome évoquent plutôt la lutte contre la fatalité. Respectivement rejetée par une société qui ne dissocie pas encore le personnage de la personne (Diop), asphyxiée par une scène artistique sénégalaise devenue trop étroite pour ses rêves de gloire (Guèye) et fuyant la précarité en poursuivant l’amour (Diome), ces trois puissantes femmes sont confrontées aux défis de la double appartenance après leur venue en France.

Fatou Diome, écrivain : Une vie de combat(s)
Fatou DiomeEcrivaine prolixe avec plusieurs livres à son actif, Fatou Diome se veut aussi une combattante pour la vie, pour les libertés pour un monde ouvert. Sénégalaise de naissance et française d’adoption comme elle se définit, Fatou Diome dans son dernier ouvrage va en guerre contre le concept d’identité nationale agité en France à la veille de l’élection présidentielle.

De Niodior à Strasbourg, Fatou Diome se veut la même personne. Fidèle à ses principes. Fidèle aussi à sa terre natale et à sa terre adoptive. Dans tous ses écrits, elle ne manque pas de faire référence à Niodior, dans les îles du Saloum au Sénégal et  à Strasbourg, cette belle terre alsacienne qui a dompté la fille rebelle qu’elle est. Niodior, la plus grande des îles du Saloum, ces territoires coincés entre le bras de mer et l’océan atlantique, a vu naitre Fatou Diome en 1968. Une enfance insulaire  qui a marqué la jeune sérère Niominka avec les combats de lutte traditionnelle, les séances de cueillettes de fruits de mer. Ces activités bien communes à toutes les îles du Saloum.  Elle a en sans doute appris à lutter contre les difficultés que la vie ne lui a pas épargné entre Niodior, Mbour, Dakar avant de partir en France pour suivre un mari blanc. En Hexagone, la jeune sérère Niominka connut encore un autre épisode de sa vie qui l’a sans doute marqué. Elle subit les sarcasmes d’une belle famille pas ouverte au monde pour accepter une jeune femme africaine en leur sein. De cet épisode, le film de sa vie a connu moult rebondissements. L’émigration sera ainsi pour elle plusieurs scènes de vie où on doit se battre pour se reconnaitre, reconnaitre ses droits.  Comme tous les émigrés, elle a connu les petites galères et misères loin de sa terre natale. Petits boulots, sollicitations familiales, spleen…. Femme de ménage pendant plusieurs années, elle réussit à financer ses études de lettres à Strasbourg pour ainsi raconter sa vie de combat(s) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Ses nouveaux combats actuellement portent sur le  racisme et ses dérivés comme  le nationalisme, l’extrémisme.  Ces fléaux qui menacent notre monde. « Chaque fois qu’il y aura des humains maltraités, je me sens interpellé pour écrire et dénoncer » nous disait-elle au détour d’une interview en 2015 après son ouvrage « Impossible de grandir ». Dans ce roman, elle y raconte l’histoire d’une fille, Salie, née hors mariage et dont l’enfance a été rythmée par le regard accusateur de certains membres de son entourage familial, des autres. Un regard qui l’empêche de grandir. Une histoire comme on en voit tout le temps. Mais l’histoire de Salie est celle de Fatou Diome qui a pris le pari de la raconter « pour les autres qui se cachent encore et qui ont honte quand on leur parle de ces choses ». Un grand courage qui le poursuit toujours pour dire non au traitement infligé aux migrants. D’où son coup de gueule sur un plateau d’une télévision française. Aujourd’hui encore, elle prend sa plume pour défendre une cause qui lui tient beaucoup la question de l’identité nationale en France avec, en perspective, la présidentielle. Son nouveau livre, un essai intitulé  « « Marianne porte plainte ! »,  se veut une ode à la France, mère patrie adoptive prenant aujourd’hui des allures de marâtre. Elle s’interroge ainsi sur ce que pourrait être une identité nationale, « ciment de la République, appuyée sur un pilier crucial, l’éducation, seule capable de libérer des tiroirs identitaires et d’affirmer l’appartenance commune au genre humain ».

Oumar NDIAYE

Fatou Diome répond à la polémique sur « l’esclavage et la colonisation »
« Tous les peuples ont colonisés leurs voisins », selon Frédéric Taddei, présentateur de l’émission «Hier, aujourd’hui et demain» sur France2.

Le journaliste français donne l’exemple de l’empire du Mali, des Arabes qui ont « colonisés le Maghreb, puis l’Espagne. Les Blancs aux Amériques. Les Sérères avec les Wolofs ». Ce qui l’amène à interroger Fatou Diome sur la pertinence d’arrêter « de faire la différence entre les colonisés et les colonisateurs. On a tous été l’un et l’autre ». (éclat de rires partagé).

Fatou Diome, un des invités de l’émission, répond : « Il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l’esclavage et à la colonisation ». Reconnaissant l’utilité d’apprendre l’histoire, la romancière sénégalaise appelle de ses vœux « un élan vers l’avenir, se libérer du passé et arrêter d’être des otages, des victimes de l’esclavage et de la colonisation. Je ne suis pas une victime de l’histoire de la colonisation, parce que je n’étais pas colonisée. C’est Senghor qui a été colonisé même si je n’oublie pas l’histoire évidemment ».
Maladroite au moins pour certains internautes de la diaspora qui se référaient à elle depuis ses prises de paroles salutaires dans les télévisions françaises. D’autres parlent de déceptions. Invitée à réagir sur la polémique déclenchée par ses propos, Fatou Diome « assume pleinement » ses propos. La romancière sénégalaise assume « le risque de déplaire parfois ». Elle axe sa réponse sur plusieurs points : « Chaque fois que nous, Africains, nous nous définissons comme victimes, de facto, nous désignons notre dominant, et notre complexe d’infériorité entretient le complexe de supériorité de celui-ci. Donc, revendiquer notre liberté, c’est la seule façon d’imposer un rapport d’égalité au dominant. Oui, nous devons étudier notre histoire, savoir d’où nous venons et qui nous sommes, bref, connaître le passé permet de comprendre le présent et mieux préparer le futur. Mais, si les esprits restent otages de l’esclavage et de la colonisation, notre liberté serait vaine et l’égalité (avec l’ancien dominant) impossible. Je veux une Afrique debout, qui traite d’égal à égal avec les autres. Une telle Afrique ne peut se contenter de geindre sur son passé, une telle Afrique doit affirmer sa liberté et ses volontés d’aujourd’hui ».

Oumar NDIAYE et Moussa DIOP

Mbissine Thérèse Diop, l’incomprise
Mbissine Thérèse DiopCinquante-trois ans après la sortie de « La Noire de », le premier film où une Sénégalaise et Africaine tenait le rôle principal, Mbissine Thérèse Diop revient sur sont parcours et son histoire tourmentée notamment à travers une scène qui a bouleversé sa vie.
 
« Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît », écrivait le poète Birago Diop. La mémoire de Mbissine Thérèse Diop, la première actrice africaine dans un long-métrage, a choisi de rapporter un fagot composé de séquences du film de sa vie. La projection de la pellicule n’est pas bouchée par l’horizon de son appartement, rempli de souvenir, du boulevard Voltaire à Paris où elle est installée depuis 1977, date de son arrivée du Sénégal. Les images sur les murs de son salon illustrent en photos noir et blanc le film de 50 ans de cinéma. Elles immortalisent un tournage sur la mer noire à Sotchi pour Soleil noir (1971), un film sur la vie de Patrice Lumumba, une interview à Tachkent lors d’un festival de cinéma des pays de l’Est, un souvenir de jeunesse sur les marches de la place de l’indépendance de Dakar.
 
Puis elle s’arrête devant un beau portrait d’une jolie jeune fille au sourire discret. « J’étais plus agréable à regarder », précise Mbissine Thérèse Diop (elle ne veut pas donner son âge par coquetterie) en regardant l’affiche de La Noire de...
 
Diouana, la noire de Sembène
Réalisé par Ousmane Sembène, c’est le premier long-métrage d’un cinéaste d’Afrique noire. Mbissine Thérèse Diop y tient le rôle principal en interprétant le personnage de Diouana, une domestique embauchée à Dakar par une famille de coopérants français. Partie avec eux en France, Diouana est confrontée à la solitude, au racisme, à la maltraitance de ses patrons et finit par se suicider. Le film remporte plusieurs distinctions dont le Prix Jean Vigo, le Tanit d’or au Festival international de Carthage et le prix du meilleur réalisateur au Festival des arts nègres, tous en 1966. « Sembène ne m’a pas payé pour ce rôle », lâche-t-elle comme une grenade explosive dont les éclats écorchent la figure mythique d’un des pères du cinéma africain.

« C’est un film tourné avec un petit budget », éclaire Catherine Ruelle, spécialiste du cinéma africain. « Mais je ne lui en veux pas, reprend Mbissine Diop. Grâce à lui, j’ai pu tourner et avoir des cachets en Afrique, en Russie et en France ». Sur ce pan du mur de sa vie, les rêves de Mbissine Diop s’émerveillent en la remplissant d’émotions qu’elle fige dans l’éternité à travers sa rencontre avec l’art. « Je ne suis pas allée vers le cinéma, rectifie-t-elle, c’est le cinéma qui est venu à moi ».

Ousmane Sembène lui avait proposé le rôle après avoir vu sa photo dans une exposition d’un journaliste au bureau du cinéma de Dakar. Bien avant cet épisode, Mbissine Thérèse Diop était « attirée par le milieu de l’art ». A la fin des années 1950, elle a vécu trois ans en Corse où elle faisait de la couture. De cet exode dû à la séparation de ses parents alors qu’elle était encore mineure, il lui reste le sobriquet de « La Corse ». Mais également une correspondance épistolaire avec Joséphine Baker et l’amour du cinéma. Quand l’offre de Sembène s’est présentée, elle saisit sa chance en provoquant « la bénédiction de ses parents hésitants et méfiants » à l’égard du cinéma. L’essentiel du tournage se passe au Sénégal puis à Marseille où elle était doublée car Sembène n’avait pas les moyens de la faire voyager. Après avoir réalisé des courts-métrages et s’être formé au cinéma soviétique, Sembène « maîtrisait déjà tout sur le tournage ».
 
Femme blessée
Mbissine Thérèse Diop filmIl filme de manière subtile la nudité de Mbissine Thérèse Diop. « Je portais un slip », tempère-t-elle encore cinquante ans après.
Peu importe pour les tenants d’un conservatisme criant au scandale dans une société sénégalaise d’après indépendance où on ne faisait pas la différence entre l’actrice et le personnage interprété. Aussi bien dans sa famille que dans la rue, « certains ne voulaient plus de mon bonjour », se souvient-elle. « Mbissine Diop est une grande actrice et une formidable femme blessée à cause de ce rôle », note la spécialiste Catherine Ruelle. L’interprétation de Diouana réduite à la polémique sur sa nudité désole Mbissine Thérèse Diop d’autant plus que le film dénonçait d’abord la condition des domestiques confrontées au racisme et à l’esclavage post-indépendance. « J’aimerais qu’on me montre une personne née avec la mention d’esclave sur son front », s’insurge-t-elle. L’égalité est au cœur de son rapport avec la religion en tant que fille d’une catholique et d’un musulman, Mbissine Diop a refusé de choisir entre les deux religions mais a foi en l’Afrique.

« Comme le font les mères avec leurs enfants, si je pouvais porter l’Afrique sur mon dos, je le ferai ». Présente à la naissance du Fespaco en 1969, Mbissine Thérèse Diop montre les photos des premières séances et rencontres avec les pères fondateurs du cinéma africain : le Nigérien Omarou Ganda, l’Ivoirien Désiré Ecaré, le Burkinabé Louis Thiombiano, le chanteur guinéen Sory Kandia Kouyaté et « son Ousmane Sembène ». « Savez-vous que le festival a failli avoir lieu à Bobo-Dioulaso ? », fait-elle mine de s’interroger. Dans ce milieu d’hommes, elle est l’une des rares femmes africaines. Autant pour La Noire de que pour Emitaï (1971) réalisés par Sembène « qui ne voulait pas qu’elle tourne avec les autres cinéastes », selon Catherine Ruelle, Mbissine Diop n’a pourtant jamais été honoré par le Fespaco. « C’est plus un regret pour les gens que pour moi », sourit-elle.
 
Moussa Diop (Le Monde)
 
Actrice et comédienne : Dans les coulisses de Maïmouna Guèye
Maïmouna GuèyeLe regard pétillant, l’air malicieux, Maïmouna Gueye respire la vie. A l’orée de 2017, la comédienne et dramaturge d’origine sénégalaise a le vent en poupe : Maman(s) (Maïmouna Doucouré), le dernier film dans lequel elle joue, a été couronné du césar du meilleur court-métrage (2017). Actuellement, elle tourne aux côtés d’Omar Sy pour le prochain film de Rachid Boucharem (réalisateur et producteur franco-algérien, auteur d’Indigènes). Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne.

Avec une sincérité désarmante, Maïmouna raconte son parcours, jalonné d’embûches, mais teinté d’amour et d’espoir : une enfance à Thiès, dans une fratrie de neuf enfants, le décès de ses parents, survenu l’année de ses 16 ans. Elle interrompt ses études pour gagner sa vie. Bien qu’inexpérimentée, Maïmouna réussit une audition pour interpréter le rôle-titre dans Antigone, mis en scène par Gérard Chenet (auteur, metteur en scène, plasticien haïtien) à Toubab Dialaw. Conscient de son talent, l’artiste la prend sous son aile. Elle évoque la figure de son père spirituel avec une infinie tendresse : « je l’admire beaucoup. Un homme engagé, ministre sous Senghor. Il a œuvré pour le Sénégal en mettant à disposition un centre culturel pour les artistes, Sodo Bade…Et puis, il a su déceler en moi des prédispositions pour la scène. C’est lui qui m’a montré la voie ; en quelque sorte, il m’a guérie ». La comédienne poursuit sa carrière au sein d’une jeune troupe en résidence, jusqu’à son départ pour la France, à 20 ans.

Une voix engagée
Partir, emporter avec elle cette détermination qui la caractérise, et l’urgence de dire. « Petite, j’étais comme une éponge, j’absorbais toutes les douleurs du monde. Avec le décès de mes parents, j’avais pris conscience qu’avant de mourir, il fallait laisser son empreinte. J’aurais pu aller vers un autre métier lié à l’oralité, avocate, par exemple. J’ai choisi la scène, l’écriture ». Seulement, en France, son parcours de comédienne n’est pas reconnu.

Il lui faut obtenir des diplômes français, intégrer le conservatoire d’Avignon, être disciplinée. « Je ne supporte pas l’académisme, et malgré les très bons pédagogues qui ont fait la femme que je suis, étudier m’ennuyait. Je voulais que ma colère ne reste pas sourde ». Courageuse et résolue, Maïmouna Gueye s’élève contre la bien-pensance et dénonce toute forme de stigmatisation, même sournoise. Être cantonnée au rôle de « l’Africaine » lui est insupportable : « je n’ai pas besoin de mettre mes origines en avant pour qu’on se dise que je suis sénégalaise ».

Dans son prochain rôle, nulle question de boubou, de foulard, ou autres stéréotypes. Elle salue l’intelligence de Rachid Boucharem, car le réalisateur a su la voir au-delà de sa couleur de peau.

Une soif d’écrire
Maimouna Guèye actriceLa comédienne déplore les discriminations, encore vivaces dans le milieu artistique. « Je suis un être humain et je veux que le cinéma et le théâtre me regardent comme tel ». Parce que les difficultés raciales auxquelles elle se heurte au cinéma sont également prégnantes chez les auteurs. Ses premières pièces abordent des sujets douloureux, comme l’excision (Les souvenirs de la dame en noir 2003), ou le racisme (Bambi, elle est noire mais elle est belle 2006). Les Occidentaux caressent l’illusion que donner la parole aux minorités est preuve de grandeur d’âme. Ses deux pièces ont plu aux producteurs. Or, Maïmouna Gueye refuse d’être instrumentalisée.

Elle souhaiterait aborder d’autres thèmes qui lui sont chers, comme l’amour. Malheureusement les propositions se font plus rares. Maïmouna ironise : « en parlant d’amour, j’aborde un sujet universel, je suis moins attrayante pour les producteurs. Mais rien ne m’arrêtera.

J’écris depuis l’enfance. Les murs de ma chambre étaient tapissés de mots. A ma juste mesure, je veux changer le monde avec l’écriture. Si je parviens à mettre des étoiles dans les yeux de deux ou trois personnes, j’aurai accompli ma mission ».`

Aujourd’hui mère d’un garçon de deux ans, elle affirme que « donner la vie apaise la colère ». Elle porte à présent un autre regard sur le monde, empreint de douceur. La figure maternelle est omniprésente dans ses rôles, aussi bien sur les planches que sur grand écran. C’est encore la mère qu’elle incarne avec brio dans Maman(s). Elle y interprète une femme dévastée, emmurée dans une douleur sourde, partageant son mari avec une seconde épouse.

Retour au pays natal ?
L’idée d’un retour probable au Sénégal la réjouit. Si par le passé elle a eu l’opportunité de jouer ses pièces au centre culturel français de la capitale, elle souhaite aujourd’hui y retourner pour un nouveau projet artistique autour de la prostitution. La comédienne raconte une anecdote malheureuse vécue quelques années auparavant. Alors que son mari et elle étaient en voiture à Dakar, ils ont été arrêtés par la police. Pour eux, une femme noire séduisante et sexy aux côtés d’un homme blanc était incontestablement une prostituée. De fait, selon elle, il est primordial de débattre de la condition des femmes, de « parler d’humanité ».

Elle se félicite de l’émergence d’un cinéma typiquement sénégalais, et s’amuse de l’impact des séries sénégalaises sur la population : « on a dû attendre la fin d’un épisode de Wiri Wiri pour présenter Maman(s) au festival Image et vie à Dakar. Le film a d’ailleurs reçu un excellent accueil, malgré mes appréhensions ».

Maïmouna Gueye brosse le portrait de personnalités sénégalaises qu’elle tient en haute estime : l’actrice Hauwei Sena, qui a su obtenir légitimité et succès contre vents et marées.
Ou encore, la journaliste Aminata Sophie Dieye. Décédée récemment, dotée d’une plume remarquable et d’une liberté de ton jubilatoire.
Espérons que la talentueuse comédienne obtiendra elle aussi la reconnaissance de ses pairs, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Anne Plantier

 

Last modified on mardi, 18 avril 2017 13:11

Ecrivaine prolixe avec plusieurs livres à son actif, Fatou Diome se veut aussi une combattante pour la vie, pour les libertés pour un monde ouvert. Sénégalaise de naissance et française d’adoption comme elle se définit, Fatou Diome dans son dernier ouvrage va en guerre contre le concept d’identité nationale agité en France à la veille de l’élection présidentielle.

De Niodior à Strasbourg, Fatou Diome se veut la même personne. Fidèle à ses principes. Fidèle aussi à sa terre natale et à sa terre adoptive. Dans tous ses écrits, elle ne manque pas de faire référence à Niodior, dans les îles du Saloum au Sénégal et  à Strasbourg, cette belle terre alsacienne qui a dompté la fille rebelle qu’elle est. Niodior, la plus grande des îles du Saloum, ces territoires coincés entre le bras de mer et l’océan atlantique, a vu naitre Fatou Diome en 1968. Une enfance insulaire  qui a marqué la jeune sérère Niominka avec les combats de lutte traditionnelle, les séances de cueillettes de fruits de mer. Ces activités bien communes à toutes les îles du Saloum.  Elle a en sans doute appris à lutter contre les difficultés que la vie ne lui a pas épargné entre Niodior, Mbour, Dakar avant de partir en France pour suivre un mari blanc. En Hexagone, la jeune sérère Niominka connut encore un autre épisode de sa vie qui l’a sans doute marqué. Elle subit les sarcasmes d’une belle famille pas ouverte au monde pour accepter une jeune femme africaine en leur sein. De cet épisode, le film de sa vie a connu moult rebondissements. L’émigration sera ainsi pour elle plusieurs scènes de vie où on doit se battre pour se reconnaitre, reconnaitre ses droits.  Comme tous les émigrés, elle a connu les petites galères et misères loin de sa terre natale. Petits boulots, sollicitations familiales, spleen…. Femme de ménage pendant plusieurs années, elle réussit à financer ses études de lettres à Strasbourg pour ainsi raconter sa vie de combat(s) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Ses nouveaux combats actuellement portent sur le  racisme et ses dérivés comme  le nationalisme, l’extrémisme.  Ces fléaux qui menacent notre monde. « Chaque fois qu’il y aura des humains maltraités, je me sens interpellé pour écrire et dénoncer » nous disait-elle au détour d’une interview en 2015 après son ouvrage « Impossible de grandir ». Dans ce roman, elle y raconte l’histoire d’une fille, Salie, née hors mariage et dont l’enfance a été rythmée par le regard accusateur de certains membres de son entourage familial, des autres. Un regard qui l’empêche de grandir. Une histoire comme on en voit tout le temps. Mais l’histoire de Salie est celle de Fatou Diome qui a pris le pari de la raconter « pour les autres qui se cachent encore et qui ont honte quand on leur parle de ces choses ». Un grand courage qui le poursuit toujours pour dire non au traitement infligé aux migrants. D’où son coup de gueule sur un plateau d’une télévision française. Aujourd’hui encore, elle prend sa plume pour défendre une cause qui lui tient beaucoup la question de l’identité nationale en France avec, en perspective, la présidentielle. Son nouveau livre, un essai intitulé  « « Marianne porte plainte ! »,  se veut une ode à la France, mère patrie adoptive prenant aujourd’hui des allures de marâtre. Elle s’interroge ainsi sur ce que pourrait être une identité nationale, « ciment de la République, appuyée sur un pilier crucial, l’éducation, seule capable de libérer des tiroirs identitaires et d’affirmer l’appartenance commune au genre humain ».

Oumar NDIAYE

Fatou Diome répond à la polémique sur « l’esclavage et la colonisation »
« Tous les peuples ont colonisés leurs voisins », selon Frédéric Taddei, présentateur de l’émission «Hier, aujourd’hui et demain» sur France2.

Le journaliste français donne l’exemple de l’empire du Mali, des Arabes qui ont « colonisés le Maghreb, puis l’Espagne. Les Blancs aux Amériques. Les Sérères avec les Wolofs ». Ce qui l’amène à interroger Fatou Diome sur la pertinence d’arrêter « de faire la différence entre les colonisés et les colonisateurs. On a tous été l’un et l’autre ». (éclat de rires partagé).

Fatou Diome, un des invités de l’émission, répond : « Il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l’esclavage et à la colonisation ». Reconnaissant l’utilité d’apprendre l’histoire, la romancière sénégalaise appelle de ses vœux « un élan vers l’avenir, se libérer du passé et arrêter d’être des otages, des victimes de l’esclavage et de la colonisation. Je ne suis pas une victime de l’histoire de la colonisation, parce que je n’étais pas colonisée. C’est Senghor qui a été colonisé même si je n’oublie pas l’histoire évidemment ».
Maladroite au moins pour certains internautes de la diaspora qui se référaient à elle depuis ses prises de paroles salutaires dans les télévisions françaises. D’autres parlent de déceptions. Invitée à réagir sur la polémique déclenchée par ses propos, Fatou Diome « assume pleinement » ses propos. La romancière sénégalaise assume « le risque de déplaire parfois ». Elle axe sa réponse sur plusieurs points : « Chaque fois que nous, Africains, nous nous définissons comme victimes, de facto, nous désignons notre dominant, et notre complexe d’infériorité entretient le complexe de supériorité de celui-ci. Donc, revendiquer notre liberté, c’est la seule façon d’imposer un rapport d’égalité au dominant. Oui, nous devons étudier notre histoire, savoir d’où nous venons et qui nous sommes, bref, connaître le passé permet de comprendre le présent et mieux préparer le futur. Mais, si les esprits restent otages de l’esclavage et de la colonisation, notre liberté serait vaine et l’égalité (avec l’ancien dominant) impossible. Je veux une Afrique debout, qui traite d’égal à égal avec les autres. Une telle Afrique ne peut se contenter de geindre sur son passé, une telle Afrique doit affirmer sa liberté et ses volontés d’aujourd’hui ».

Oumar NDIAYE et Moussa DIOP

Cinquante-trois ans après la sortie de « La Noire de », le premier film où une Sénégalaise et Africaine tenait le rôle principal, Mbissine Thérèse Diop revient sur sont parcours et son histoire tourmentée notamment à travers une scène qui a bouleversé sa vie.
 
« Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît », écrivait le poète Birago Diop. La mémoire de Mbissine Thérèse Diop, la première actrice africaine dans un long-métrage, a choisi de rapporter un fagot composé de séquences du film de sa vie. La projection de la pellicule n’est pas bouchée par l’horizon de son appartement, rempli de souvenir, du boulevard Voltaire à Paris où elle est installée depuis 1977, date de son arrivée du Sénégal. Les images sur les murs de son salon illustrent en photos noir et blanc le film de 50 ans de cinéma. Elles immortalisent un tournage sur la mer noire à Sotchi pour Soleil noir (1971), un film sur la vie de Patrice Lumumba, une interview à Tachkent lors d’un festival de cinéma des pays de l’Est, un souvenir de jeunesse sur les marches de la place de l’indépendance de Dakar.
 
Puis elle s’arrête devant un beau portrait d’une jolie jeune fille au sourire discret. « J’étais plus agréable à regarder », précise Mbissine Thérèse Diop (elle ne veut pas donner son âge par coquetterie) en regardant l’affiche de La Noire de...
 
Diouana, la noire de Sembène
Réalisé par Ousmane Sembène, c’est le premier long-métrage d’un cinéaste d’Afrique noire. Mbissine Thérèse Diop y tient le rôle principal en interprétant le personnage de Diouana, une domestique embauchée à Dakar par une famille de coopérants français. Partie avec eux en France, Diouana est confrontée à la solitude, au racisme, à la maltraitance de ses patrons et finit par se suicider. Le film remporte plusieurs distinctions dont le Prix Jean Vigo, le Tanit d’or au Festival international de Carthage et le prix du meilleur réalisateur au Festival des arts nègres, tous en 1966. « Sembène ne m’a pas payé pour ce rôle », lâche-t-elle comme une grenade explosive dont les éclats écorchent la figure mythique d’un des pères du cinéma africain.

« C’est un film tourné avec un petit budget », éclaire Catherine Ruelle, spécialiste du cinéma africain. « Mais je ne lui en veux pas, reprend Mbissine Diop. Grâce à lui, j’ai pu tourner et avoir des cachets en Afrique, en Russie et en France ». Sur ce pan du mur de sa vie, les rêves de Mbissine Diop s’émerveillent en la remplissant d’émotions qu’elle fige dans l’éternité à travers sa rencontre avec l’art. « Je ne suis pas allée vers le cinéma, rectifie-t-elle, c’est le cinéma qui est venu à moi ».

Ousmane Sembène lui avait proposé le rôle après avoir vu sa photo dans une exposition d’un journaliste au bureau du cinéma de Dakar. Bien avant cet épisode, Mbissine Thérèse Diop était « attirée par le milieu de l’art ». A la fin des années 1950, elle a vécu trois ans en Corse où elle faisait de la couture. De cet exode dû à la séparation de ses parents alors qu’elle était encore mineure, il lui reste le sobriquet de « La Corse ». Mais également une correspondance épistolaire avec Joséphine Baker et l’amour du cinéma. Quand l’offre de Sembène s’est présentée, elle saisit sa chance en provoquant « la bénédiction de ses parents hésitants et méfiants » à l’égard du cinéma. L’essentiel du tournage se passe au Sénégal puis à Marseille où elle était doublée car Sembène n’avait pas les moyens de la faire voyager. Après avoir réalisé des courts-métrages et s’être formé au cinéma soviétique, Sembène « maîtrisait déjà tout sur le tournage ».
 
Femme blessée
Il filme de manière subtile la nudité de Mbissine Thérèse Diop. « Je portais un slip », tempère-t-elle encore cinquante ans après.
Peu importe pour les tenants d’un conservatisme criant au scandale dans une société sénégalaise d’après indépendance où on ne faisait pas la différence entre l’actrice et le personnage interprété. Aussi bien dans sa famille que dans la rue, « certains ne voulaient plus de mon bonjour », se souvient-elle. « Mbissine Diop est une grande actrice et une formidable femme blessée à cause de ce rôle », note la spécialiste Catherine Ruelle. L’interprétation de Diouana réduite à la polémique sur sa nudité désole Mbissine Thérèse Diop d’autant plus que le film dénonçait d’abord la condition des domestiques confrontées au racisme et à l’esclavage post-indépendance. « J’aimerais qu’on me montre une personne née avec la mention d’esclave sur son front », s’insurge-t-elle. L’égalité est au cœur de son rapport avec la religion en tant que fille d’une catholique et d’un musulman, Mbissine Diop a refusé de choisir entre les deux religions mais a foi en l’Afrique.

« Comme le font les mères avec leurs enfants, si je pouvais porter l’Afrique sur mon dos, je le ferai ». Présente à la naissance du Fespaco en 1969, Mbissine Thérèse Diop montre les photos des premières séances et rencontres avec les pères fondateurs du cinéma africain : le Nigérien Omarou Ganda, l’Ivoirien Désiré Ecaré, le Burkinabé Louis Thiombiano, le chanteur guinéen Sory Kandia Kouyaté et « son Ousmane Sembène ». « Savez-vous que le festival a failli avoir lieu à Bobo-Dioulaso ? », fait-elle mine de s’interroger. Dans ce milieu d’hommes, elle est l’une des rares femmes africaines. Autant pour La Noire de que pour Emitaï (1971) réalisés par Sembène « qui ne voulait pas qu’elle tourne avec les autres cinéastes », selon Catherine Ruelle, Mbissine Diop n’a pourtant jamais été honoré par le Fespaco. « C’est plus un regret pour les gens que pour moi », sourit-elle.
 
Moussa Diop (Le Monde)
Le regard pétillant, l’air malicieux, Maïmouna Gueye respire la vie. A l’orée de 2017, la comédienne et dramaturge d’origine sénégalaise a le vent en poupe : Maman(s) (Maïmouna Doucouré), le dernier film dans lequel elle joue, a été couronné du césar du meilleur court-métrage (2017). Actuellement, elle tourne aux côtés d’Omar Sy pour le prochain film de Rachid Boucharem (réalisateur et producteur franco-algérien, auteur d’Indigènes). Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne.

Avec une sincérité désarmante, Maïmouna raconte son parcours, jalonné d’embûches, mais teinté d’amour et d’espoir : une enfance à Thiès, dans une fratrie de neuf enfants, le décès de ses parents, survenu l’année de ses 16 ans. Elle interrompt ses études pour gagner sa vie. Bien qu’inexpérimentée, Maïmouna réussit une audition pour interpréter le rôle-titre dans Antigone, mis en scène par Gérard Chenet (auteur, metteur en scène, plasticien haïtien) à Toubab Dialaw. Conscient de son talent, l’artiste la prend sous son aile. Elle évoque la figure de son père spirituel avec une infinie tendresse : « je l’admire beaucoup. Un homme engagé, ministre sous Senghor. Il a œuvré pour le Sénégal en mettant à disposition un centre culturel pour les artistes, Sodo Bade…Et puis, il a su déceler en moi des prédispositions pour la scène. C’est lui qui m’a montré la voie ; en quelque sorte, il m’a guérie ». La comédienne poursuit sa carrière au sein d’une jeune troupe en résidence, jusqu’à son départ pour la France, à 20 ans.

Une voix engagée
Partir, emporter avec elle cette détermination qui la caractérise, et l’urgence de dire. « Petite, j’étais comme une éponge, j’absorbais toutes les douleurs du monde. Avec le décès de mes parents, j’avais pris conscience qu’avant de mourir, il fallait laisser son empreinte. J’aurais pu aller vers un autre métier lié à l’oralité, avocate, par exemple. J’ai choisi la scène, l’écriture ». Seulement, en France, son parcours de comédienne n’est pas reconnu.

Il lui faut obtenir des diplômes français, intégrer le conservatoire d’Avignon, être disciplinée. « Je ne supporte pas l’académisme, et malgré les très bons pédagogues qui ont fait la femme que je suis, étudier m’ennuyait. Je voulais que ma colère ne reste pas sourde ». Courageuse et résolue, Maïmouna Gueye s’élève contre la bien-pensance et dénonce toute forme de stigmatisation, même sournoise. Être cantonnée au rôle de « l’Africaine » lui est insupportable : « je n’ai pas besoin de mettre mes origines en avant pour qu’on se dise que je suis sénégalaise ».

Dans son prochain rôle, nulle question de boubou, de foulard, ou autres stéréotypes. Elle salue l’intelligence de Rachid Boucharem, car le réalisateur a su la voir au-delà de sa couleur de peau.

Une soif d’écrire 
La comédienne déplore les discriminations, encore vivaces dans le milieu artistique. « Je suis un être humain et je veux que le cinéma et le théâtre me regardent comme tel ». Parce que les difficultés raciales auxquelles elle se heurte au cinéma sont également prégnantes chez les auteurs. Ses premières pièces abordent des sujets douloureux, comme l’excision (Les souvenirs de la dame en noir 2003), ou le racisme (Bambi, elle est noire mais elle est belle 2006). Les Occidentaux caressent l’illusion que donner la parole aux minorités est preuve de grandeur d’âme. Ses deux pièces ont plu aux producteurs. Or, Maïmouna Gueye refuse d’être instrumentalisée.

Elle souhaiterait aborder d’autres thèmes qui lui sont chers, comme l’amour. Malheureusement les propositions se font plus rares. Maïmouna ironise : « en parlant d’amour, j’aborde un sujet universel, je suis moins attrayante pour les producteurs. Mais rien ne m’arrêtera.

J’écris depuis l’enfance. Les murs de ma chambre étaient tapissés de mots. A ma juste mesure, je veux changer le monde avec l’écriture. Si je parviens à mettre des étoiles dans les yeux de deux ou trois personnes, j’aurai accompli ma mission ».`

Aujourd’hui mère d’un garçon de deux ans, elle affirme que « donner la vie apaise la colère ». Elle porte à présent un autre regard sur le monde, empreint de douceur. La figure maternelle est omniprésente dans ses rôles, aussi bien sur les planches que sur grand écran. C’est encore la mère qu’elle incarne avec brio dans Maman(s). Elle y interprète une femme dévastée, emmurée dans une douleur sourde, partageant son mari avec une seconde épouse.

Retour au pays natal ?
L’idée d’un retour probable au Sénégal la réjouit. Si par le passé elle a eu l’opportunité de jouer ses pièces au centre culturel français de la capitale, elle souhaite aujourd’hui y retourner pour un nouveau projet artistique autour de la prostitution. La comédienne raconte une anecdote malheureuse vécue quelques années auparavant. Alors que son mari et elle étaient en voiture à Dakar, ils ont été arrêtés par la police. Pour eux, une femme noire séduisante et sexy aux côtés d’un homme blanc était incontestablement une prostituée. De fait, selon elle, il est primordial de débattre de la condition des femmes, de « parler d’humanité ».

Elle se félicite de l’émergence d’un cinéma typiquement sénégalais, et s’amuse de l’impact des séries sénégalaises sur la population : « on a dû attendre la fin d’un épisode de Wiri Wiri pour présenter Maman(s) au festival Image et vie à Dakar. Le film a d’ailleurs reçu un excellent accueil, malgré mes appréhensions ».

Maïmouna Gueye brosse le portrait de personnalités sénégalaises qu’elle tient en haute estime : l’actrice Hauwei Sena, qui a su obtenir légitimité et succès contre vents et marées. 
Ou encore, la journaliste Aminata Sophie Dieye. Décédée récemment, dotée d’une plume remarquable et d’une liberté de ton jubilatoire. 
Espérons que la talentueuse comédienne obtiendra elle aussi la reconnaissance de ses pairs, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Anne Plantier

Comme un personnage d’un film de Tim Burton, la moumoute « orangeatre », lisse avec une coiffure improbable va de paire avec la cynique mise en scène de sa prise de main de « commandant en chef ». Donald Trump ne laisse personne indifférent, surtout les immigrés sénégalais établis aux États-Unis. Il est craint, méprisé, haïs ou même donné en exemple par les conservateurs africains. Un mois et demi après son investiture, le 45ème président américain a signé, hier, son deuxième décret anti immigration après les ratés judiciaires du premier qui lui ont valu une suspension. Dorénavant, ce sont les ressortissants de l’Iran, de la Lybie, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen qui sont toujours ciblés par l’interdiction d’entrée sur le territoire américain. Cependant, les détenteurs de visas et « cartes vertes », même provenant de ces pays, ne sont pas concernés par la mesure qui va entrer en vigueur le 16 mars prochain. Pour la diaspora sénégalaise, les 130 expulsés des États-Unis ont semé le trouble. Des Sénégalais vivants aux États-Unis témoignent.

AMARY NDIAYE ETUDIANTE EN INFORMATIQUE A SAN FRANCISCO : « Les autorités nigérianes et camerounaises nous informent des précautions à prendre »
Amary Ndiaye Etudiante USAArrivée aux Etats-Unis en 2011, Amary Ndiaye est étudiante en 5eme année. Elle suit un Bachelor en Informatique et Réseaux à San Francisco.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump comme nouveau président des Etats Unis ?
C’est une victoire qui nous a tous surpris. Après son investiture, nous avons remarqué beaucoup de changements dans les lois concernant l'immigration.

En tant que étudiante, êtes-vous concernée par ces mesures migratoires prises par Trump ?
Tant que je suis en règle, je ne me vois pas trop concernée par ces mesures. En revanche, je suis consciente qu’au vu de la situation actuelle, si je devenais illégale dans le futur, il y a de fortes chances que je sois expulsée.  
 
Avez-vous ressentie des changements dans votre université ou dans votre lieu de travail ?
Oui, il y a de la peur et de la panique chez les immigrés en situation irrégulière ainsi que chez les réfugiés.
 
Avez-vous été contactée ou informée par le consulat ou l’ambassade du Sénégal sur la situation actuelle ?
Non !
 
Ou, alors, prenez vous vos infos ?
J'ai reçu des messages venant du consulat du Nigeria, du Cameroun et de quelques avocats américains. Ce sont eux qui nous informent sur les précautions à prendre au cas où l’on se ferait arrêter par Ice, qui est la police d’immigration.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

LAMINE D, 38 ANS, ANCIEN ETUDIANT : « On attend de voir ce que l’avenir nous réserve »
Ce Sénégalais de 38 ans vit aux Etats-Unis depuis 6 ans. Il regrette le temps « de la démocratie » sous Obama. L’avènement de Trump a chamboulé sa vie.

Que vous inspire la victoire de Trump ?
Dégoût, peur, colère. Je n’arrive toujours pas à croire que les Américains ont osé élire quelqu’un de si raciste.
 
Quelle est votre situation ? Avez-vous la carte verte ?
(Sourire gêné)… Non, je suis un illégal. Je suis venu en tant qu’étudiant mais j’ai abandonné l’université faute de moyens. Depuis ma situation s’est dégradée. Là, je n’ai même plus de permis de travail.
 
Comment travaillez alors ?
Un de mes cousins m’avait prêté ses documents pour travailler mais la venue de Trump a tout changé. Là, je ne peux plus travailler avec ses papiers parce que c’est trop dangereux. Il a peur et m’a demandé d’arrêter d’utiliser ses papiers.

L’élection de Donald Trump est une véritable calamité pour vous alors ?
Plus qu’une calamité. Maintenant, j’ai même peur de fréquenter certains endroits parce que je me dis qu’un policier peut m’arrêter dans la circulation et me demander si j’ai des papiers légaux. Il parait que c’est arrivé à des latinos qu’on a ensuite déportés.
 
Comment la communauté sénégalaise de votre ville vit-elle la situation actuelle ?
Nous vivons avec la peur et la panique mais nous sommes impuissants, que faire d’autres que d’attendre de voir ce qui va se passer. Au Congrès, des rumeurs ont fusé qu’il se pourrait que Trump accepte une légalisation des immigrés donc, on attend de voir ce que l’avenir nous réserve.

M.AW, correspondant aux Etats-Unis

TEMOIGNAGE DE KATE NDIAYE, SENEGALO-AMERICAINE : « Le discours anti-musulman est de plus en plus toléré »
Kate NdiayeKate pour les intimes, Khady Gaye Ndiaye est née à New York mais a passé toute son enfance à Mbour, où elle a eu son « Baccalauréat à l’âge de 16 ans ». Sur les conseils de sa mère, elle est retournée dans son pays natal afin d’y poursuivre ses études supérieures.

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2016, la parole raciste s’est un peu plus libérée aux Etats-Unis. « La présidence de Trump a beaucoup changé l’environnement racial aux Etats-Unis, pour la jeune sénégalo-américaine qui reconnaît, toutefois, « que le racisme a toujours existé dans ce pays ».  Même si elle signale être revenue « dans le pays de la « liberté » pendant la présidence de Barack Obama, qui avait une approche totalement différente de celle de Trump ». A son retour, Kate Ndiaye a d’abord vécu dans « le Maryland de 2011 à 2013, avant de changer d’université pour rejoindre New Jersey City University dans le New Jersey », où elle effectue une licence en gestion d’entreprise. La jeune femme de 23 ans pense que les immigrés sont « considérés comme des voleurs d'emplois. Trump a réussi à installer un climat de tensions, notamment à l’égard des immigrés. Cette situation est déplorable parce qu'elle augmente les chances des Américains à être embauchés, alors qu'elle réduit celle de ce ceux qui sont originaires d’Afrique ».

L’arrivée de Trump a divisé le pays en deux avec les « pro » et les « anti » 45ème président des Etats-Unis. « J'ai malheureusement perdu certains de mes amis de couleur blanche, qui ne partageaient pas mon point de vue sur les ordres exécutifs de Trump et ses décisions radicales ». Kate Gaye Ndiaye a « l'impression qu'il est devenu plus difficile de vivre dans ce pays depuis l’élection de Trump. La plupart des immigrés ne rêve que d’une chose : rentrer au bercail. Malheureusement, cela est plus facile à dire qu’à faire. Repartir les mains vides représente l’un des principaux facteurs qui influencent les Sénégalais à ne pas rentrer ».

Après une campagne électorale dont l’un des thèmes phares fut l’immigration, « le président s'est engagé, en février 2017, à expulser les millions d'immigrants illégaux. Depuis cette annonce, nombreuses sont les familles qui vivent dans une hantise constante. Chaque jour, en rentrant chez moi, je me pose la même question : Que nous prépare Trump ? Je me souviens avoir reçu, il y a quelques jours, un message de ma cousine, dans lequel elle me demandait si j'avais mon passeport parce qu'ils déportaient (expulsaient, ndlr) des gens dans le Bronx. Même si je suis Américaine, et elle le sait, elle vit dans l’inquiétude comme le reste d’entre nous ».

L’apport des immigrés
Dans cette chasse aux immigrés qui ne porte pas encore son vrai nom, l’Amérique de Trump oublie ce qu’elle doit aux immigrés. Kate Gaye prend l’exemple du domaine de la santé où « vingt-huit pourcent (28%) des médecins sont des immigrants et l'Amérique est déjà à court de médecins. Avec les interdictions d'immigration de Trump, nous verrons une diminution drastique de ce pourcentage. D’après les écoles de médecine, l'ordre de Trump rend encore plus difficile le recrutement de médecins pour travailler dans les hôpitaux. Cela entraînera un ralentissement des progrès scientifiques, car les spécialistes chercheront un emploi ailleurs. Les choses deviennent beaucoup plus difficiles avec ce nouveau gouvernement républicain ».

Dans ce contexte, être musulman pourrait être synonyme de cumul de handicaps si l’on voulait tomber dans un cynisme de mauvais goût. « Je suis une fière musulmane vivant aux États-Unis. Aujourd'hui, le discours anti musulman est de plus en plus toléré dans ce pays ». Toutefois, Kate Gaye note que « l'hostilité américaine envers l’Islam et les musulmans n'a pas commencé avec Trump, cela a simplement empiré et sera toujours présente. Au cours de sa campagne, il a promis d'expulser la majeure partie des musulmans. Il a tenu sa promesse en signant un décret interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de certains pays pendant une période de 90 jours ».

Une décision qui n’est pas sans conséquence dans l’appréhension négative qu’ont les Américains de l’Islam. « Il est difficile de vivre dans un pays où vous êtes étiquetée comme une menace simplement à cause de votre religion, regrette Kate Gaye. Mon père m'appelle toujours pour me dire d'être prudente avec mes publications sur les réseaux sociaux parce qu’«ils » nous surveillent. Nous ne pouvons pas laisser Trump et son gouvernement nous décourager, et nous empêcher de réaliser notre rêve américain ». La jeune américaine d’origine sénégalaise hésite à rester aux Etats-Unis après la fin de ses études, dans deux mois. Une hésitation qu’elle tempère : « On ne sait jamais. Si cela change, j’y repenserai ». C’est cela aussi le rêve américain.

NDEYE FANTA N : « Rien n'est garanti dans cette ère Trump »
Ndèye Fanta NLa quarantaine révolue, Ndèye Fanta N. vit à Philadelphie, aux Etats-Unis, depuis 20 ans. Voilée, elle est directement confrontée aux premières expulsions.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump ?
Le désarroi, l'incertitude, la peur.

Etes-vous sans-papier ?
Non, je suis naturalisée Américaine.

Avez-vous quand même peur de la situation actuelle ?
Rien n'est garanti dans cette ère Trump, si tu n'es pas blanc et chrétien. Le fils de Muhammad Ali, le légendaire boxeur, Muhammad Ali Jr. a été retenu pendant des heures par les services de la douane. Il est né américain, aux Etats-Unis en 1972 ainsi que toute sa famille, et cela depuis des générations remontant à la Traite négrière. Ils ne connaissent aucun autre endroit que cette terre d'Amérique. Si lui a été retenu, qui est à l'abri ? Ibtihaj Muhammad, la célèbre championne d'escrime qui a défendu les couleurs des Etats-Unis aux Jeux olympiques, a aussi été retenue par les services de douane pendant des heures. Si elle n'est pas épargnée, qui va l'être ? Tous les deux, n'ont qu'une chose en commun : être Musulman. Je suis d'autant plus concernée que je me voile, selon les préceptes de l'Islam, de même que mes filles.

Avec toutes les attaques contre l’Islam du 45ème président, nos lendemains sont très incertains. Tu sors de ta maison pas du tout sûre de ton retour sain et sauf. Plus d'une fois, j'ai été victime d'attaques islamophobes. Juste ce vendredi (24 février, ndlr), comme je sortais de mon lieu de travail, deux Blancs, dans un fourgon, ont sifflé pour attirer mon attention, et quand je me suis tournée, ils ont hurlé « rentre chez toi! » Cependant, il ne faut pas faire d’amalgame car si certains sont ignorants, d’autres sont respectueux et même très courtois. Il y a des jours où des gens courent pour m’ouvrir la porte d'une boutique. Ils vont même jusqu'à faire une révérence ou donner de l'argent aux enfants. Il y'a toujours de bonnes personnes, « Alhamdulillah ».

Avez-vous de nouvelles ou signe de la représentation diplomatique sénégalaise dans votre ville ?
J'ai eu à appeler le consul (il y a quelques jours, ndlr) pour le cas de mon jeune frère. Le consul a été sympathique et a pris le temps de m'écouter, mais il n'y a pas eu de suivi.
Qu’est-il arrivé à votre frère ?

Mon frère a été jugé et condamné pour un crime qu'il n'a pas commis (Ndèye Fanta n’a pas souhaité évoquer ce que la justice américaine reproche à son frère, ndlr).
Il devait sortir de prison depuis un an, Ice, la police de l'immigration, le retient toujours. Actuellement, il est en Arizona avec 94 autres Sénégalais en voie d’être déporté (finalement il fait partie des 130 sénégalais expulsés ce week end, Ndlr). D’après mon frère, le consul n’est toujours pas venu leur rendre visite. Quelque chose doit être fait pour ces enfants du Sénégal qui sont détenus dans des conditions précaires. Il faut que nos dirigeants fassent comprendre aux Etats-Unis qu'ils ont autant besoin de nous, que nous d'eux.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

SYLVIANE DIOUF, HISTORIENNE : « Au 16ème siècle, les musulmans Wolofs étaient déjà interdits d’Amérique »
Sylviane DioufInterdire aux musulmans de venir en Amérique a déjà existé. C’est le rappel fait par l’historienne Sylviane Diouf. De père Sénégalais et de mère Française, grandie en France, elle a également vécu à Dakar avant de s’installer aux Etats-Unis depuis 30 ans où elle est directrice d’un centre de recherche historique.

« Les premières interdictions datent du tout début du 16ème siècle », note Sylviane Diouf, directrice, depuis 15 ans, du Lapidus Center for the Historical Analysis of Transatlantic Slavery, à New York. C’est une bibliothèque de recherche sur le monde noir spécialisée sur l’esclavage atlantique. En effet, de 1500 à 1550, la couronne espagnole avait interdit aux musulmans africains notamment wolofs d’entrer en Amérique.
 
Wolofs : musulmans et auteurs de révoltes
Sylviane Diouf évoque deux raisons : « D’abord, les Espagnols avaient peur que les musulmans convertissent les Indiens. Mais il y a aussi le fait que les musulmans noirs, en particulier les Wolofs, étaient jugés incorrigibles et arrogants. En 1522, la première révolte d’esclaves a été conduite par des Sénégalais en République dominicaine. Ils étaient les plus prompts à se révolter. Les esclaves wolofs du Sénégal se révoltèrent sur la plantation – aujourd’hui située en République dominicaine – du fils de Christophe Colomb, jetant l’effroi dans le Nouveau Monde ». 

Par la suite, il y a eu d’autres interdictions faites aux Wolofs musulmans. Sylviane Diouf en énumère quatre autres. « Le 11 mai 1526, un décret royal interdisait l’introduction des Wolofs, des « Noirs du Levant », de ceux qui avaient été « élevés avec les Maures » et des peuples de Guinée sans autorisation spéciale de la « Casa de Contratacion » qui supervisait la traite. 

En 1532, un autre décret décrivait les Wolofs (qui s’étaient aussi révoltés à Porto-Rico et au Panama) comme étant « arrogants, désobéissants, rebelles et incorrigibles ». Cet arrêt interdisait également l’entrée des mulâtres, des juifs, des moriscos (musulmans espagnols convertis de force) et des musulmans en général. 

En 1543, un nouvel arrêté stipulait que, dans ces terres nouvelles où la foi s’était si récemment implantée, il était nécessaire d’empêcher l’expansion de la « secte de Mahomet » et barrait l’entrée des musulmans libres ou asservis et de leurs enfants récemment convertis au catholicisme parce qu’ils avaient causé des « inconvénients » par le passé. En 1550, les « Noirs du Levant » et de Guinée étaient de nouveau bannis parce qu’ils étaient « mélangés aux Maures ». Avec pas moins de cinq décrets antimusulmans au cours de ses cinquante premières années d’implantation en Amérique, l’Espagne pensait avoir mis un terme à l’islamisation potentielle de son empire ou à sa possible perte par rébellion ».
 
Chute de l’empire du Djolof
Pourquoi ces différentes interdictions visaient principalement les wolofs musulmans ? Sylviane Diouf, auteure de plusieurs ouvrages académiques sur la traite et l’esclavage, s’appuie sur les documents historiques pour fournir une explication. « On ne parle pas des Africains en général mais des Wolofs en particulier. Au moment de l’éclatement de l’empire du Djolof, beaucoup de Wolofs, prisonniers de guerre, étaient vendus comme esclaves. On les retrouvait dans les colonies espagnoles. Leur arrivée dans ce qui deviendra, par la suite, les Etats-Unis intervient plus tard, à partir de 1619. Les musulmans avaient plus tendance à se révolter, on en voit des exemples dans les bateaux négriers.

« Il est vrai que les Sénégambiens représentaient 6% des déportés, mais ont organisé 23 % des révoltes documentées sur les bateaux négriers. En 1800, « les Noirs et les Maures du Sénégal » réussirent à retourner à Saint-Louis du Sénégal sur le Nepomuceno qui les emmenait d’Uruguay au Pérou ; un épisode qui poussa le vice-roi du Pérou à demander à la Couronne espagnole un nouveau bannissement des musulmans parce qu’ils « répandent des idées perverses parmi les leurs. Et ils sont tellement nombreux dans ce royaume ». L’autre particularité des révoltes wolof, c’est qu’en « Islam, un musulman libre ne peut pas être livré en esclavage. C’est contraire à la religion. »
Faible présence aux Etats-Unis.

Cependant, Sylviane Diouf tient à préciser que les interdictions faites aux musulmans concernaient l’Amérique, en tant que continent et non les Etats-Unis, comme pays. « Aux Etats-Unis, il n’y a pas eu d’interdiction. On considère qu’il y a eu 400 000 africains qui y sont arrivés comme esclaves. C’est une autre histoire en comparaison avec le Brésil, où il y a eu 4 millions et demi, Sur ces 400.000, on compte 24% originaires de Sénégambie. Il est possible que les Etats-Unis puisse avoir le plus grand pourcentage de musulmans (Caroline du Sud, Maryland et Louisiane…) ». Aux Etats-Unis, il était connu que les esclaves musulmans venus d’Afrique de l’ouest savaient lire, écrire. Ce qui leur conférait un préjugé favorable car il y avait souvent « une tendance de penser que les musulmans étaient supérieurs aux autres africains. Certains disaient même qu’ils n’étaient pas de vrais africains. Ils étaient assimilés aux arabes donc non africains. Mais il y avait aussi un préjugé défavorable avec de la jalousie car beaucoup de planteurs ne savaient pas lire et écrire ».

Cependant, Sylviane Diouf marque une césure avec le décret anti musulman actuel. « Il y a un parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui se passait au début du 16ème siècle dans les colonies espagnoles. Une peur de l’islamisation avec le soupçon d’imposer la charia mais aussi un Islam porteur d’une certaine révolte, donc de la violence ». Toutefois, dans l’interdiction actuelle, il faut préciser que les musulmans de l’Afrique de l’ouest ne sont pas concernés. « Les musulmans d’Afrique de l’Ouest sont presque invisibles aux Etats-Unis, explique Sylviane Diouf. Il y en a peu. L’immigration africaine vient surtout du Nigeria, du Ghana, d’Ethiopie… Les Maliens, Sénégalais et Ivoiriens sont très peu. Ils passent totalement inaperçus. Ce ne sont pas les pays en guerre ou avec des problèmes de terrorisme. Il y a toujours eu cette idée que les Africains ne sont pas totalement musulmans avec un Islam pur ».

Moussa DIOP

DAME BABOU, JOURNALISTE  INSTALLE AUX ETATS-UNIS : « Obama, le président américain qui a expulsé le plus d’immigrés »
Dame BabouInstallé aux Etats-Unis depuis 27 ans, journaliste, correspondant de Sud Quotidien et animateur d’émissions, Dame Babou analyse les conséquences de la politique de Trump sur les Sénégalais des Etats-Unis.

Un mois après son investiture, comment jugez-vous la politique d’immigration de Donald Trump ?
D’abord, il y a les aspects psychologiques de l’immigration. Il y a plus de peur à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. J’ai l’impression que les informations données ne recoupent pas toujours la réalité. Par exemple, je suis sûr que les familles de Sénégalais installées aux Etats-Unis ont toutes eu peur quand on leur dit que Donald Trump a expulsé 130 Sénégalais. Ce qui ne correspond pas à la réalité. La décision d’expulsion de ces Sénégalais avait déjà été prise depuis longtemps par les tribunaux américains. Le gouvernement Obama avait décidé d’exécuter la décision. Il y a eu des discussions avec le gouvernement sénégalais qui ne voulait pas que les Sénégalais soient expulsés par vol charter pour respecter leur dignité.

Ce n’est pas Donald Trump qui a décidé de ces expulsions. Il faut comprendre également que le nouveau président américain ne peut agir que par l’exécutif, parce qu’il faut une réforme pour aller en profondeur. Le décret (sur l’immigration, ndlr), signé le 21 février, a repris, en grande partie, les pratiques qui avaient cours sous Obama. En l’occurrence, retrouver les immigrés ayant commis des actes condamnés par les tribunaux pour crime et violation grave de la loi. Trump y a ajouté des violations mineures pour être expulsé.

Les différents gouvernements américains considéraient le fait de ne pas avoir de papier comme une violation civile, ce qui n’est pas une cause d’expulsion. Maintenant, toute personne essayant de traverser la frontière américaine est « expulsable » immédiatement. Dans cette catégorie, il y a tous ceux qui n’ont pas encore fait deux ans aux Etats-Unis, comme les nombreux Sénégalais qui essaient de quitter le Brésil pour les Etats-Unis. Ils n’ont plus la possibilité d’aller au tribunal (pour des recours, ndlr) comme par le passé. Deuxième élément, les petites infractions comme la vente dans les rues, sans autorisation, peuvent entrer dans la catégorie des actions de gens « expulsables ». Mais on n’est pas encore arrivé au point où on effectue des rafles dans la rue à la recherche de sans-papiers.
 
Est-ce que les Sénégalais sont au cœur de la cible Trump ?
Il faudra retenir que les immigrés africains, sur le plan purement statistique, ne peuvent pas être des cibles parce qu’ils sont insignifiants en termes de nombre. Si l’on parle de 10 à 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, on ne peut pas avoir un 1/10 venu d’Afrique à plus forte raison venus du Sénégal. Les gens pensent que le Sénégal est au centre du monde. On ne peut même pas recenser les immigrés africains parce qu’ils sont insignifiants statistiquement. Maintenant, les mesures prises pour les immigrés d’Amérique centrale (Mexique, entre autres) s’appliquent aux Sénégalais. Il est peu probable qu’on puisse identifier, de manière précise, une dizaine de milliers de Sénégalais immigrés illégaux.

A-t-on une idée du nombre de Sénégalais aux Etats-Unis ?
C’est très difficile car il n’y a pas de recensement (spécifique pour eux). Dans le dernier recensement fédéral officiel, les Sénégalais étaient mis dans la catégorie « autres, divers ». C’est - à - dire qu’ils ne sont pas identifiables. Maintenant, on peut faire de la spéculation, lors des dernières élections sénégalaises, il y a eu moins de 10.000 Sénégalais qui se sont inscrits sur les listes électorales.

Au Consulat du Sénégal de New York, il n’y a pas 20.000 Sénégalais inscrits pour la carte consulaire. En extrapolant, 1 sur 4 inscrits sur les listes électorales, on est toujours sur des chiffres autour ou moins de 50.000.

Quelles sont les différences significatives entre Obama et Trump après une présidence d’un peu plus d’un mois ?
Les lois restent les mêmes.
Ce qui caractérise la manière de gouverner en Amérique, le gouvernement a beaucoup de latitude en termes d’exécution des lois. Barack Obama a expulsé plus que tous les autres présidents avant lui.

Il ciblait les criminels et ceux qui violaient la loi américaine. Donald Trump va amplifier cette politique. Ce qui soulève des craintes d’autant plus que c’est un personnage haut en couleur avec une grande rhétorique, de grandes déclarations et des polémiques. Ce qui n’existait pas sous Obama. C’est la continuité de la même politique. Ceux qui ne sont pas des criminels, ou font pas l’objet d’activités délictuelles, ne sont pas des cibles de Trump. 

Si l’on voulait expulser les 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, il faudrait 420 à 600 milliards de dollars. La politique ne change pas forcément mais son exécution oui.

M. DIOP

Last modified on mardi, 07 mars 2017 13:51

Arrivée aux Etats-Unis en 2011, Amary Ndiaye est étudiante en 5eme année. Elle suit un Bachelor en Informatique et Réseaux à San Francisco.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump comme nouveau président des Etats Unis ?
C’est une victoire qui nous a tous surpris. Après son investiture, nous avons remarqué beaucoup de changements dans les lois concernant l'immigration.

En tant que étudiante, êtes-vous concernée par ces mesures migratoires prises par Trump ?
Tant que je suis en règle, je ne me vois pas trop concernée par ces mesures. En revanche, je suis consciente qu’au vu de la situation actuelle, si je devenais illégale dans le futur, il y a de fortes chances que je sois expulsée.  
 
Avez-vous ressentie des changements dans votre université ou dans votre lieu de travail ?
Oui, il y a de la peur et de la panique chez les immigrés en situation irrégulière ainsi que chez les réfugiés.
 
Avez-vous été contactée ou informée par le consulat ou l’ambassade du Sénégal sur la situation actuelle ?
Non !
 
Ou, alors, prenez vous vos infos ?
J'ai reçu des messages venant du consulat du Nigeria, du Cameroun et de quelques avocats américains. Ce sont eux qui nous informent sur les précautions à prendre au cas où l’on se ferait arrêter par Ice, qui est la police d’immigration.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

Ce Sénégalais de 38 ans vit aux Etats-Unis depuis 6 ans. Il regrette le temps « de la démocratie » sous Obama. L’avènement de Trump a chamboulé sa vie.

Que vous inspire la victoire de Trump ?
Dégoût, peur, colère. Je n’arrive toujours pas à croire que les Américains ont osé élire quelqu’un de si raciste.
 
Quelle est votre situation ? Avez-vous la carte verte ?
(Sourire gêné)… Non, je suis un illégal. Je suis venu en tant qu’étudiant mais j’ai abandonné l’université faute de moyens. Depuis ma situation s’est dégradée. Là, je n’ai même plus de permis de travail.
 
Comment travaillez alors ?
Un de mes cousins m’avait prêté ses documents pour travailler mais la venue de Trump a tout changé. Là, je ne peux plus travailler avec ses papiers parce que c’est trop dangereux. Il a peur et m’a demandé d’arrêter d’utiliser ses papiers.

L’élection de Donald Trump est une véritable calamité pour vous alors ?
Plus qu’une calamité. Maintenant, j’ai même peur de fréquenter certains endroits parce que je me dis qu’un policier peut m’arrêter dans la circulation et me demander si j’ai des papiers légaux. Il parait que c’est arrivé à des latinos qu’on a ensuite déportés.
 
Comment la communauté sénégalaise de votre ville vit-elle la situation actuelle ?
Nous vivons avec la peur et la panique mais nous sommes impuissants, que faire d’autres que d’attendre de voir ce qui va se passer. Au Congrès, des rumeurs ont fusé qu’il se pourrait que Trump accepte une légalisation des immigrés donc, on attend de voir ce que l’avenir nous réserve.

M.AW, correspondant aux Etats-Unis

Kate pour les intimes, Khady Gaye Ndiaye est née à New York mais a passé toute son enfance à Mbour, où elle a eu son « Baccalauréat à l’âge de 16 ans ». Sur les conseils de sa mère, elle est retournée dans son pays natal afin d’y poursuivre ses études supérieures.

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2016, la parole raciste s’est un peu plus libérée aux Etats-Unis. « La présidence de Trump a beaucoup changé l’environnement racial aux Etats-Unis, pour la jeune sénégalo-américaine qui reconnaît, toutefois, « que le racisme a toujours existé dans ce pays ».  Même si elle signale être revenue « dans le pays de la « liberté » pendant la présidence de Barack Obama, qui avait une approche totalement différente de celle de Trump ». A son retour, Kate Ndiaye a d’abord vécu dans « le Maryland de 2011 à 2013, avant de changer d’université pour rejoindre New Jersey City University dans le New Jersey », où elle effectue une licence en gestion d’entreprise. La jeune femme de 23 ans pense que les immigrés sont « considérés comme des voleurs d'emplois. Trump a réussi à installer un climat de tensions, notamment à l’égard des immigrés. Cette situation est déplorable parce qu'elle augmente les chances des Américains à être embauchés, alors qu'elle réduit celle de ce ceux qui sont originaires d’Afrique ».

L’arrivée de Trump a divisé le pays en deux avec les « pro » et les « anti » 45ème président des Etats-Unis. « J'ai malheureusement perdu certains de mes amis de couleur blanche, qui ne partageaient pas mon point de vue sur les ordres exécutifs de Trump et ses décisions radicales ». Kate Gaye Ndiaye a « l'impression qu'il est devenu plus difficile de vivre dans ce pays depuis l’élection de Trump. La plupart des immigrés ne rêve que d’une chose : rentrer au bercail. Malheureusement, cela est plus facile à dire qu’à faire. Repartir les mains vides représente l’un des principaux facteurs qui influencent les Sénégalais à ne pas rentrer ».

Après une campagne électorale dont l’un des thèmes phares fut l’immigration, « le président s'est engagé, en février 2017, à expulser les millions d'immigrants illégaux. Depuis cette annonce, nombreuses sont les familles qui vivent dans une hantise constante. Chaque jour, en rentrant chez moi, je me pose la même question : Que nous prépare Trump ? Je me souviens avoir reçu, il y a quelques jours, un message de ma cousine, dans lequel elle me demandait si j'avais mon passeport parce qu'ils déportaient (expulsaient, ndlr) des gens dans le Bronx. Même si je suis Américaine, et elle le sait, elle vit dans l’inquiétude comme le reste d’entre nous ».

L’apport des immigrés
Dans cette chasse aux immigrés qui ne porte pas encore son vrai nom, l’Amérique de Trump oublie ce qu’elle doit aux immigrés. Kate Gaye prend l’exemple du domaine de la santé où « vingt-huit pourcent (28%) des médecins sont des immigrants et l'Amérique est déjà à court de médecins. Avec les interdictions d'immigration de Trump, nous verrons une diminution drastique de ce pourcentage. D’après les écoles de médecine, l'ordre de Trump rend encore plus difficile le recrutement de médecins pour travailler dans les hôpitaux. Cela entraînera un ralentissement des progrès scientifiques, car les spécialistes chercheront un emploi ailleurs. Les choses deviennent beaucoup plus difficiles avec ce nouveau gouvernement républicain ».

Dans ce contexte, être musulman pourrait être synonyme de cumul de handicaps si l’on voulait tomber dans un cynisme de mauvais goût. « Je suis une fière musulmane vivant aux États-Unis. Aujourd'hui, le discours anti musulman est de plus en plus toléré dans ce pays ». Toutefois, Kate Gaye note que « l'hostilité américaine envers l’Islam et les musulmans n'a pas commencé avec Trump, cela a simplement empiré et sera toujours présente. Au cours de sa campagne, il a promis d'expulser la majeure partie des musulmans. Il a tenu sa promesse en signant un décret interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de certains pays pendant une période de 90 jours ».

Une décision qui n’est pas sans conséquence dans l’appréhension négative qu’ont les Américains de l’Islam. « Il est difficile de vivre dans un pays où vous êtes étiquetée comme une menace simplement à cause de votre religion, regrette Kate Gaye. Mon père m'appelle toujours pour me dire d'être prudente avec mes publications sur les réseaux sociaux parce qu’«ils » nous surveillent. Nous ne pouvons pas laisser Trump et son gouvernement nous décourager, et nous empêcher de réaliser notre rêve américain ». La jeune américaine d’origine sénégalaise hésite à rester aux Etats-Unis après la fin de ses études, dans deux mois. Une hésitation qu’elle tempère : « On ne sait jamais. Si cela change, j’y repenserai ». C’est cela aussi le rêve américain.

La quarantaine révolue, Ndèye Fanta N. vit à Philadelphie, aux Etats-Unis, depuis 20 ans. Voilée, elle est directement confrontée aux premières expulsions.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump ?
Le désarroi, l'incertitude, la peur.

Etes-vous sans-papier ?
Non, je suis naturalisée Américaine.

Avez-vous quand même peur de la situation actuelle ?
Rien n'est garanti dans cette ère Trump, si tu n'es pas blanc et chrétien. Le fils de Muhammad Ali, le légendaire boxeur, Muhammad Ali Jr. a été retenu pendant des heures par les services de la douane. Il est né américain, aux Etats-Unis en 1972 ainsi que toute sa famille, et cela depuis des générations remontant à la Traite négrière. Ils ne connaissent aucun autre endroit que cette terre d'Amérique. Si lui a été retenu, qui est à l'abri ? Ibtihaj Muhammad, la célèbre championne d'escrime qui a défendu les couleurs des Etats-Unis aux Jeux olympiques, a aussi été retenue par les services de douane pendant des heures. Si elle n'est pas épargnée, qui va l'être ? Tous les deux, n'ont qu'une chose en commun : être Musulman. Je suis d'autant plus concernée que je me voile, selon les préceptes de l'Islam, de même que mes filles.

Avec toutes les attaques contre l’Islam du 45ème président, nos lendemains sont très incertains. Tu sors de ta maison pas du tout sûre de ton retour sain et sauf. Plus d'une fois, j'ai été victime d'attaques islamophobes. Juste ce vendredi (24 février, ndlr), comme je sortais de mon lieu de travail, deux Blancs, dans un fourgon, ont sifflé pour attirer mon attention, et quand je me suis tournée, ils ont hurlé « rentre chez toi! » Cependant, il ne faut pas faire d’amalgame car si certains sont ignorants, d’autres sont respectueux et même très courtois. Il y a des jours où des gens courent pour m’ouvrir la porte d'une boutique. Ils vont même jusqu'à faire une révérence ou donner de l'argent aux enfants. Il y'a toujours de bonnes personnes, « Alhamdulillah ».

Avez-vous de nouvelles ou signe de la représentation diplomatique sénégalaise dans votre ville ?
J'ai eu à appeler le consul (il y a quelques jours, ndlr) pour le cas de mon jeune frère. Le consul a été sympathique et a pris le temps de m'écouter, mais il n'y a pas eu de suivi.
Qu’est-il arrivé à votre frère ?

Mon frère a été jugé et condamné pour un crime qu'il n'a pas commis (Ndèye Fanta n’a pas souhaité évoquer ce que la justice américaine reproche à son frère, ndlr). 
Il devait sortir de prison depuis un an, Ice, la police de l'immigration, le retient toujours. Actuellement, il est en Arizona avec 94 autres Sénégalais en voie d’être déporté (finalement il fait partie des 130 sénégalais expulsés ce week end, Ndlr). D’après mon frère, le consul n’est toujours pas venu leur rendre visite. Quelque chose doit être fait pour ces enfants du Sénégal qui sont détenus dans des conditions précaires. Il faut que nos dirigeants fassent comprendre aux Etats-Unis qu'ils ont autant besoin de nous, que nous d'eux.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

Interdire aux musulmans de venir en Amérique a déjà existé. C’est le rappel fait par l’historienne Sylviane Diouf. De père Sénégalais et de mère Française, grandie en France, elle a également vécu à Dakar avant de s’installer aux Etats-Unis depuis 30 ans où elle est directrice d’un centre de recherche historique.

« Les premières interdictions datent du tout début du 16ème siècle », note Sylviane Diouf, directrice, depuis 15 ans, du Lapidus Center for the Historical Analysis of Transatlantic Slavery, à New York. C’est une bibliothèque de recherche sur le monde noir spécialisée sur l’esclavage atlantique. En effet, de 1500 à 1550, la couronne espagnole avait interdit aux musulmans africains notamment wolofs d’entrer en Amérique.
 
Wolofs : musulmans et auteurs de révoltes
Sylviane Diouf évoque deux raisons : « D’abord, les Espagnols avaient peur que les musulmans convertissent les Indiens. Mais il y a aussi le fait que les musulmans noirs, en particulier les Wolofs, étaient jugés incorrigibles et arrogants. En 1522, la première révolte d’esclaves a été conduite par des Sénégalais en République dominicaine. Ils étaient les plus prompts à se révolter. Les esclaves wolofs du Sénégal se révoltèrent sur la plantation – aujourd’hui située en République dominicaine – du fils de Christophe Colomb, jetant l’effroi dans le Nouveau Monde ». 

Par la suite, il y a eu d’autres interdictions faites aux Wolofs musulmans. Sylviane Diouf en énumère quatre autres. « Le 11 mai 1526, un décret royal interdisait l’introduction des Wolofs, des « Noirs du Levant », de ceux qui avaient été « élevés avec les Maures » et des peuples de Guinée sans autorisation spéciale de la « Casa de Contratacion » qui supervisait la traite. 

En 1532, un autre décret décrivait les Wolofs (qui s’étaient aussi révoltés à Porto-Rico et au Panama) comme étant « arrogants, désobéissants, rebelles et incorrigibles ». Cet arrêt interdisait également l’entrée des mulâtres, des juifs, des moriscos (musulmans espagnols convertis de force) et des musulmans en général. 

En 1543, un nouvel arrêté stipulait que, dans ces terres nouvelles où la foi s’était si récemment implantée, il était nécessaire d’empêcher l’expansion de la « secte de Mahomet » et barrait l’entrée des musulmans libres ou asservis et de leurs enfants récemment convertis au catholicisme parce qu’ils avaient causé des « inconvénients » par le passé. En 1550, les « Noirs du Levant » et de Guinée étaient de nouveau bannis parce qu’ils étaient « mélangés aux Maures ». Avec pas moins de cinq décrets antimusulmans au cours de ses cinquante premières années d’implantation en Amérique, l’Espagne pensait avoir mis un terme à l’islamisation potentielle de son empire ou à sa possible perte par rébellion ».
 
Chute de l’empire du Djolof
Pourquoi ces différentes interdictions visaient principalement les wolofs musulmans ? Sylviane Diouf, auteure de plusieurs ouvrages académiques sur la traite et l’esclavage, s’appuie sur les documents historiques pour fournir une explication. « On ne parle pas des Africains en général mais des Wolofs en particulier. Au moment de l’éclatement de l’empire du Djolof, beaucoup de Wolofs, prisonniers de guerre, étaient vendus comme esclaves. On les retrouvait dans les colonies espagnoles. Leur arrivée dans ce qui deviendra, par la suite, les Etats-Unis intervient plus tard, à partir de 1619. Les musulmans avaient plus tendance à se révolter, on en voit des exemples dans les bateaux négriers.

« Il est vrai que les Sénégambiens représentaient 6% des déportés, mais ont organisé 23 % des révoltes documentées sur les bateaux négriers. En 1800, « les Noirs et les Maures du Sénégal » réussirent à retourner à Saint-Louis du Sénégal sur le Nepomuceno qui les emmenait d’Uruguay au Pérou ; un épisode qui poussa le vice-roi du Pérou à demander à la Couronne espagnole un nouveau bannissement des musulmans parce qu’ils « répandent des idées perverses parmi les leurs. Et ils sont tellement nombreux dans ce royaume ». L’autre particularité des révoltes wolof, c’est qu’en « Islam, un musulman libre ne peut pas être livré en esclavage. C’est contraire à la religion. »
Faible présence aux Etats-Unis.

Cependant, Sylviane Diouf tient à préciser que les interdictions faites aux musulmans concernaient l’Amérique, en tant que continent et non les Etats-Unis, comme pays. « Aux Etats-Unis, il n’y a pas eu d’interdiction. On considère qu’il y a eu 400 000 africains qui y sont arrivés comme esclaves. C’est une autre histoire en comparaison avec le Brésil, où il y a eu 4 millions et demi, Sur ces 400.000, on compte 24% originaires de Sénégambie. Il est possible que les Etats-Unis puisse avoir le plus grand pourcentage de musulmans (Caroline du Sud, Maryland et Louisiane…) ». Aux Etats-Unis, il était connu que les esclaves musulmans venus d’Afrique de l’ouest savaient lire, écrire. Ce qui leur conférait un préjugé favorable car il y avait souvent « une tendance de penser que les musulmans étaient supérieurs aux autres africains. Certains disaient même qu’ils n’étaient pas de vrais africains. Ils étaient assimilés aux arabes donc non africains. Mais il y avait aussi un préjugé défavorable avec de la jalousie car beaucoup de planteurs ne savaient pas lire et écrire ».

Cependant, Sylviane Diouf marque une césure avec le décret anti musulman actuel. « Il y a un parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui se passait au début du 16ème siècle dans les colonies espagnoles. Une peur de l’islamisation avec le soupçon d’imposer la charia mais aussi un Islam porteur d’une certaine révolte, donc de la violence ». Toutefois, dans l’interdiction actuelle, il faut préciser que les musulmans de l’Afrique de l’ouest ne sont pas concernés. « Les musulmans d’Afrique de l’Ouest sont presque invisibles aux Etats-Unis, explique Sylviane Diouf. Il y en a peu. L’immigration africaine vient surtout du Nigeria, du Ghana, d’Ethiopie… Les Maliens, Sénégalais et Ivoiriens sont très peu. Ils passent totalement inaperçus. Ce ne sont pas les pays en guerre ou avec des problèmes de terrorisme. Il y a toujours eu cette idée que les Africains ne sont pas totalement musulmans avec un Islam pur ».

Moussa DIOP

Installé aux Etats-Unis depuis 27 ans, journaliste, correspondant de Sud Quotidien et animateur d’émissions, Dame Babou analyse les conséquences de la politique de Trump sur les Sénégalais des Etats-Unis.

Un mois après son investiture, comment jugez-vous la politique d’immigration de Donald Trump ?
D’abord, il y a les aspects psychologiques de l’immigration. Il y a plus de peur à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. J’ai l’impression que les informations données ne recoupent pas toujours la réalité. Par exemple, je suis sûr que les familles de Sénégalais installées aux Etats-Unis ont toutes eu peur quand on leur dit que Donald Trump a expulsé 130 Sénégalais. Ce qui ne correspond pas à la réalité. La décision d’expulsion de ces Sénégalais avait déjà été prise depuis longtemps par les tribunaux américains. Le gouvernement Obama avait décidé d’exécuter la décision. Il y a eu des discussions avec le gouvernement sénégalais qui ne voulait pas que les Sénégalais soient expulsés par vol charter pour respecter leur dignité.

Ce n’est pas Donald Trump qui a décidé de ces expulsions. Il faut comprendre également que le nouveau président américain ne peut agir que par l’exécutif, parce qu’il faut une réforme pour aller en profondeur. Le décret (sur l’immigration, ndlr), signé le 21 février, a repris, en grande partie, les pratiques qui avaient cours sous Obama. En l’occurrence, retrouver les immigrés ayant commis des actes condamnés par les tribunaux pour crime et violation grave de la loi. Trump y a ajouté des violations mineures pour être expulsé.

Les différents gouvernements américains considéraient le fait de ne pas avoir de papier comme une violation civile, ce qui n’est pas une cause d’expulsion. Maintenant, toute personne essayant de traverser la frontière américaine est « expulsable » immédiatement. Dans cette catégorie, il y a tous ceux qui n’ont pas encore fait deux ans aux Etats-Unis, comme les nombreux Sénégalais qui essaient de quitter le Brésil pour les Etats-Unis. Ils n’ont plus la possibilité d’aller au tribunal (pour des recours, ndlr) comme par le passé. Deuxième élément, les petites infractions comme la vente dans les rues, sans autorisation, peuvent entrer dans la catégorie des actions de gens « expulsables ». Mais on n’est pas encore arrivé au point où on effectue des rafles dans la rue à la recherche de sans-papiers.
 
Est-ce que les Sénégalais sont au cœur de la cible Trump ?
Il faudra retenir que les immigrés africains, sur le plan purement statistique, ne peuvent pas être des cibles parce qu’ils sont insignifiants en termes de nombre. Si l’on parle de 10 à 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, on ne peut pas avoir un 1/10 venu d’Afrique à plus forte raison venus du Sénégal. Les gens pensent que le Sénégal est au centre du monde. On ne peut même pas recenser les immigrés africains parce qu’ils sont insignifiants statistiquement. Maintenant, les mesures prises pour les immigrés d’Amérique centrale (Mexique, entre autres) s’appliquent aux Sénégalais. Il est peu probable qu’on puisse identifier, de manière précise, une dizaine de milliers de Sénégalais immigrés illégaux.

A-t-on une idée du nombre de Sénégalais aux Etats-Unis ?
C’est très difficile car il n’y a pas de recensement (spécifique pour eux). Dans le dernier recensement fédéral officiel, les Sénégalais étaient mis dans la catégorie « autres, divers ». C’est - à - dire qu’ils ne sont pas identifiables. Maintenant, on peut faire de la spéculation, lors des dernières élections sénégalaises, il y a eu moins de 10.000 Sénégalais qui se sont inscrits sur les listes électorales.

Au Consulat du Sénégal de New York, il n’y a pas 20.000 Sénégalais inscrits pour la carte consulaire. En extrapolant, 1 sur 4 inscrits sur les listes électorales, on est toujours sur des chiffres autour ou moins de 50.000.

Quelles sont les différences significatives entre Obama et Trump après une présidence d’un peu plus d’un mois ?
Les lois restent les mêmes. 
Ce qui caractérise la manière de gouverner en Amérique, le gouvernement a beaucoup de latitude en termes d’exécution des lois. Barack Obama a expulsé plus que tous les autres présidents avant lui.

Il ciblait les criminels et ceux qui violaient la loi américaine. Donald Trump va amplifier cette politique. Ce qui soulève des craintes d’autant plus que c’est un personnage haut en couleur avec une grande rhétorique, de grandes déclarations et des polémiques. Ce qui n’existait pas sous Obama. C’est la continuité de la même politique. Ceux qui ne sont pas des criminels, ou font pas l’objet d’activités délictuelles, ne sont pas des cibles de Trump. 

Si l’on voulait expulser les 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, il faudrait 420 à 600 milliards de dollars. La politique ne change pas forcément mais son exécution oui.

M. DIOP

Ce n’est pas encore Dallas avec son « univers impitoyable », mais les hasards du jeu politique opposent trois Françaises aux racines sénégalaises bien assumées : Rama Yade, candidate pour le mouvement « La France qui ose », devenue citoyenne française après sa majorité, Aïssata Seck, qui est née et a grandi en région parisienne mais éduquée « à la sénégalaise », l’une des porte-paroles de Benoit Hamon, et Sibeth Ndiaye, la plus discrète des trois mais dont l’influence est telle qu’elle fait partie de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, le candidat qui monte dans les sondages.

PORTE-PAROLE DE BENOIT HAMON : AÏSSATA SECK, LES RÉUSSITES D’UNE MILITANTE DE TERRAIN
Récemment nommée une des sept porte-parole de Benoit Hamon, candidat du Parti socialiste (Ps) à la présidentielle française, Aïssata Seck, 36 ans, « Française d’origine sénégalaise », est engagée dans le milieu associatif depuis plusieurs années, notamment pour la cause des Tirailleurs sénégalais.

« Persévérante, déterminée mais proche des gens et à l’écoute, car quand on est engagé en politique, c’est pour améliorer le quotidien des gens ». Sa réponse à la question portant sur sa personnalité résume Aïssata Seck, la première Française d’origine sénégalaise porte-parole d’un candidat à l’élection présidentielle en France. Maire-adjointe dans la ville de Bondy (région parisienne), chargée des anciens combattants et d’un conseil de quartier, la jeune femme est élue municipale depuis 2014. « C’est mon premier mandat électif mais je suis engagée en politique depuis 2011, renseigne-t-elle. J’avais décidé de militer au Ps en faisant la campagne sur le terrain de François Hollande ».

Ses origines et sa trajectoire personnelle l’ont réconfortée dans le choix de militer à gauche. « Mariée avec un Sénégalais et mère de deux filles », Aïssata Seck est née en France. Ses parents sont originaires de Ndouloumadji Dembé, au Fouta. « Mon père est arrivé en 1972 comme sans-papier à Marseille, en bateau ». Puis, il est parti en région parisienne rejoindre son frère qui était déjà installé en France. Il a commencé comme boulanger puis a travaillé à l’usine Renault d’Aubergenville (à 50 km de Paris). Puis il s’est installé aux Muraux.

« Je sais préparer tous nos plats sénégalais car j’ai été élevée à la sénégalaise ». Pourtant, c’est à 6 ans qu’elle a « découvert le Sénégal pour la première fois », lors d’un voyage. Elle y revenait « régulièrement tous les deux ans » jusqu’à récemment où les obligations professionnelles et familiales l’empêchent de garder ce rythme. « J’ai prévu de revenir très bientôt au Sénégal avec Benoit Hamon pendant la campagne », dit-elle sans préciser la date exacte. La jeune porte-parole a toujours eu un rapport très fort avec le Sénégal.

Pas le symbole de la diversité 
« Mes parents nous disaient que nous étions également Sénégalais, en nous éduquant avec les valeurs de notre pays d’origine. En apprenant à faire la cuisine, ce qui fut mon cas. Alors que j’étais très jeune, ma mère me disait d’en faire toujours plus parce qu’on ne savait pas qui pouvait débarquer au dernier moment, d’autant plus que notre maison était toujours remplie de monde. C’est d’ailleurs un réflexe que j’ai conservé dans ma vie actuelle », souligne-t-elle. Mais Aïssata refuse d’être un symbole en étant « femme, musulmane, noire et porte-parole » d’un candidat à la présidentielle de 2017. « Je ne sais pas si je suis un symbole. En revanche, je sais que Benoit Hamon a été accroché par mon combat et le projet que je porte pour les Tirailleurs sénégalais ». La jeune femme avait lancé une pétition pour demander la naturalisation des Tirailleurs sénégalais. Sa démarche a recueilli 65.000 signatures. On connaît la suite : François Hollande annonce, lors de la visite d’Etat de Macky Sall en France de décembre dernier, l’officialisation du processus de naturalisation des Tirailleurs sénégalais. Cependant, dans le bilan du quinquennat de Hollande, Aïssata Seck ne garde pas tout.

« Je n’ai pas été en adéquation avec lui sur la déchéance de nationalité ou sur le 49.3 (Ndlr : article de la Constitution française qui permet au gouvernement de faire passer en force une loi sans forcément l’accord du parlement). Il a bien géré les attentats, l’opération Serval au Mali. Il a manqué de temps forcément pour tout faire. Il y a de bonnes et de moins bonnes choses », soutient-elle. La possibilité d’avoir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle française est à classer dans le rayon des moins bonnes choses pour Aïssata Seck. « Cela me fait mal. En tant que Française et fille d’immigrés, je ne vois pas cette personne diriger le pays. Benoit Hamon est un recours efficace à ce scénario », fait-elle savoir. Mais elle ne fait pas la politique de l’autruche sur la droitisation de la société française. « C’est la faute des médias, s’insurge-t-elle. En étant en boucle sur des sujets comme le voile, le « burkini » alors qu’il y en avait d’autres plus importants, une certaine partie de la population s’est renfermée dans une forme de peur. « S’il n’y a pas de travail, c’est la faute des immigrés », « s’il y a des attentats, c’est la faute de l’Islam ». Les médias n’ont pas toujours eu le bon réflexe », souligne-t-elle. Mais le divorce acté entre les populations d’origine immigrée, qui avaient voté en masse pour Hollande en 2012, avec le Parti socialiste, n’est pas une invention des médias. « Il ne faut pas être défaitiste.

On ne peut pas être toujours dans la plainte et ne pas agir. Il faut s’engager et montrer que nous avons notre place dans le jeu politique. Agissons ». Agir, c’est faire gagner Benoit Hamon à la présidentielle d’avril et de mai prochain. Et pour cela, l’élection va se jouer, d’après Assata Seck, sur un point. « Pour Benoit Hamon, il faut redonner confiance aux citoyens. C’est les impliquer dans les différentes actions menées ». Pendant toute la campagne électorale, Aiïssata Seck va répondre aux « sollicitations des médias » pour donner des éclairages sur le programme mais aussi « accompagner, sur le terrain, le futur président ». Futur président ? Quand on lui demande s’il s’agit d’un lapsus.

« Non, répond-t-elle. J’y crois ».

Par Moussa DIOP

RAMA YADE, DE PIONNIÈRE À DÉBUTANTE
Rama Yade s’est révélée sur la scène politique française en prononçant un discours lors de la cérémonie d’investiture de Nicolas Sarkozy, en 2007. Dix ans plus tard, elle se lance à la candidature de la présidentielle française.

Quand « Le Soleil » lui demandait, en avril 2012, si la petite fille qui est arrivée en France à l’âge de 10 ans se retournait sur son parcours, Rama Yade, pleine d’aplomb, répondait : « Non pas encore. J’avance ».

Sept ans plus tard, le rythme est moins rapide à cause de différents échecs. Battue aux Municipales de 2008 à Colombes, sa ville d’accueil quand elle venait d’arriver en France, aux Législatives de 2012, elle refuse de conduire la liste du parti de Sarkozy dans le Val d’Oise pour ne pas être enfermée dans ses origines. Car on l’avait choisie « parce qu’il y avait beaucoup d’Africains » dans ce département de la région parisienne.

Avec un caractère trempé, elle lâche les amarres avec Nicolas Sarkozy pour le parti radical de Jean-Louis Borloo. Là aussi, la romance tourne court.

Lassée de ne pas être investie lors des différentes échéances électorales, la native de Dakar finit par lorgner sur la présidence du parti. « La provocation de trop », estime ses amis politiques. Rama Yade est exclue du parti radical mais pas de l’espace politique. Elle est persuadée que « la France a changé mais que la classe politique (française) n’a pas changé ». 
Ses déclarations d’il y a cinq ans ont une résonance particulière aujourd’hui. « Il faut que les politiques changent, il faut ouvrir un nouveau cycle et je veux prendre toute ma part dans cette reconstruction. Il faut avoir la légitimité des urnes d’abord et ensuite participer à l’entreprise de reconstruction ».

Ce n’est plus pour siéger au Palais Bourbon comme députée mais à celui de l’Elysée afin de devenir présidente de la République française. Quand on parle de sa jeunesse (41 ans) comme un handicap, elle rétorque : « A 47 ans, Barack Obama était président des Etats-Unis ». L’ancienne ambassadeur de la France à l’Unesco (février à juin 2011) pense qu’il y a une rupture consommée entre les Français et la classe politique. « Face aux problèmes de la crise économique, le chômage est très préoccupant, il y a eu des solutions qui n’ont pas été expérimentées parce qu’il y a un essoufflement au niveau des idées, un assèchement du débat publique. Beaucoup sont en marge de la politique parce que le système est fermé à cause du cumul et de la longévité des mandats ». Ce qui fait le lit du Front national de Marine Le Pen car il y a une volonté chez les Français de renverser la table.

En 2012, le Front national était à 18% au premier tour de la Présidentielle. « Je pense que le score de Marine Le Pen (de 2012) est plus grave que l’arrivée de Le Pen-père au second tour en 2002. Le monde a changé. La classe politique française n’a pas changé. Elle vient d’un autre monde », répète-t-elle. Face à cette sclérose de la classe politique française dominée par des hommes blancs ayant plus de la cinquantaine, elle se positionne différemment en tant que jeune quadra, femme, musulmane et noire. Rama Yade va essayer de conquérir le Palais de l’Elysée sans le soutien d’un parti politique.

Elle est appuyée par le mouvement « La France qui ose » pour suivre son modèle, Barack Obama. Avant d’aller au suffrage universel, il lui reste un obstacle de taille : réunir les 500 parrainages de maires nécessaires pour se présenter à la Présidentielle en France.

La native du Sénégal déclare en avoir obtenu les deux tiers.

Après dix ans de vie politique, elle se repositionne comme vierge de tout mentor et maîtresse de son destin.

Par Moussa DIOP

SIBETH NDIAYE, CELLE QUI MURMURE À L’OREILLE DE MACRON
Des trois « Sénégalaises » à la conquête de l’Elysée, Sibeth Ndiaye est la moins connue du grand public, mais elle tient un rôle stratégique dans la sphère d’Emmanuel Macron, le candidat du mouvement « En Marche », devenu le favori des sondages.

Pour tout média voulant interviewer Emmanuel Macron, le passage obligé s’appelle Sibeth Ndiaye. La jeune femme est la chargée de communication et de la presse du candidat. Jeune Sénégalaise (37 ans) naturalisée Française, il y a moins de dix ans, Sibeth Ndiaye est une très proche d’Emmanuel Macron, candidat du mouvement « En Marche » à la présidentielle française. La jeune native du Sénégal est placée par la presse française à la 9ème place sur le classement des quinze personnalités de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron. Diplômée d’un Dess en Economie de la santé, Sibeth Ndiaye était militante puis leader du syndicat étudiant Unef, proche du Parti socialiste français.

Du syndicat étudiant à la politique, le pont aura été l’accès de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle française de 2002. « Le Pen en deuxième position, cela a été le déclic.

Surtout quand, comme moi, tu es étrangère. À l’époque, je vivais à Paris. Je me suis, de suite, engagée », cite un site français. C’est un choc pour la jeune Sénégalaise qui s’engage auprès de Dominique Strauss-Kahn. Comme Aïssata Seck, la Franco-sénégalaise porte-parole de Benoit Hamon, Sibeth Ndiaye a également cheminé avec Arnaud Montebourg. Mais c’est Claude Bartolone (actuel président de l’Assemblée nationale française) qui lui a mis le pied à l’étrier politique en faisant d’elle sa chargée de communication et de la presse quand il occupait le poste de président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Plus tard, Sibeth Ndiaye va intégrer plusieurs cabinets ministériels dont celui de Montebourg puis de Macron à Bercy.

C’est à partir de ce dernier poste que le candidat d’ « En Marche », convaincu de ses compétences, en fait un pilier important de la sphère, la « Macronie ».

Avec le poste stratégique de Chargée de communication et de la presse du candidat Macron, Sibeth Ndiaye est au cœur de la campagne électorale. La jeune Franco-sénégalaise est prête à assumer ce rôle important.

Depuis plus d’une décennie elle est préparée à prendre des coups et à en donner.

Sibeth, en Diola, veut dire celle qui a « remporté beaucoup de combats ». Etudiante, elle était déjà confrontée aux joutes politiques et à la « Fachosphère » issue de syndicats comme l’Uni (proche de la droite voire de l’extrême droite).

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 21 février 2017 12:16

Des trois « Sénégalaises » à la conquête de l’Elysée, Sibeth Ndiaye est la moins connue du grand public, mais elle tient un rôle stratégique dans la sphère d’Emmanuel Macron, le candidat du mouvement « En Marche », devenu le favori des sondages.

Pour tout média voulant interviewer Emmanuel Macron, le passage obligé s’appelle Sibeth Ndiaye. La jeune femme est la chargée de communication et de la presse du candidat. Jeune Sénégalaise (37 ans) naturalisée Française, il y a moins de dix ans, Sibeth Ndiaye est une très proche d’Emmanuel Macron, candidat du mouvement « En Marche » à la présidentielle française. La jeune native du Sénégal est placée par la presse française à la 9ème place sur le classement des quinze personnalités de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron. Diplômée d’un Dess en Economie de la santé, Sibeth Ndiaye était militante puis leader du syndicat étudiant Unef, proche du Parti socialiste français.

Du syndicat étudiant à la politique, le pont aura été l’accès de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle française de 2002. « Le Pen en deuxième position, cela a été le déclic.

Surtout quand, comme moi, tu es étrangère. À l’époque, je vivais à Paris. Je me suis, de suite, engagée », cite un site français. C’est un choc pour la jeune Sénégalaise qui s’engage auprès de Dominique Strauss-Kahn. Comme Aïssata Seck, la Franco-sénégalaise porte-parole de Benoit Hamon, Sibeth Ndiaye a également cheminé avec Arnaud Montebourg. Mais c’est Claude Bartolone (actuel président de l’Assemblée nationale française) qui lui a mis le pied à l’étrier politique en faisant d’elle sa chargée de communication et de la presse quand il occupait le poste de président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Plus tard, Sibeth Ndiaye va intégrer plusieurs cabinets ministériels dont celui de Montebourg puis de Macron à Bercy.

C’est à partir de ce dernier poste que le candidat d’ « En Marche », convaincu de ses compétences, en fait un pilier important de la sphère, la « Macronie ».

Avec le poste stratégique de Chargée de communication et de la presse du candidat Macron, Sibeth Ndiaye est au cœur de la campagne électorale. La jeune Franco-sénégalaise est prête à assumer ce rôle important.

Depuis plus d’une décennie elle est préparée à prendre des coups et à en donner.

Sibeth, en Diola, veut dire celle qui a « remporté beaucoup de combats ». Etudiante, elle était déjà confrontée aux joutes politiques et à la « Fachosphère » issue de syndicats comme l’Uni (proche de la droite voire de l’extrême droite).

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 21 février 2017 12:29

Rama Yade s’est révélée sur la scène politique française en prononçant un discours lors de la cérémonie d’investiture de Nicolas Sarkozy, en 2007. Dix ans plus tard, elle se lance à la candidature de la présidentielle française.

Quand « Le Soleil » lui demandait, en avril 2012, si la petite fille qui est arrivée en France à l’âge de 10 ans se retournait sur son parcours, Rama Yade, pleine d’aplomb, répondait : « Non pas encore. J’avance ».

Sept ans plus tard, le rythme est moins rapide à cause de différents échecs. Battue aux Municipales de 2008 à Colombes, sa ville d’accueil quand elle venait d’arriver en France, aux Législatives de 2012, elle refuse de conduire la liste du parti de Sarkozy dans le Val d’Oise pour ne pas être enfermée dans ses origines. Car on l’avait choisie « parce qu’il y avait beaucoup d’Africains » dans ce département de la région parisienne.

Avec un caractère trempé, elle lâche les amarres avec Nicolas Sarkozy pour le parti radical de Jean-Louis Borloo. Là aussi, la romance tourne court.

Lassée de ne pas être investie lors des différentes échéances électorales, la native de Dakar finit par lorgner sur la présidence du parti. « La provocation de trop », estime ses amis politiques. Rama Yade est exclue du parti radical mais pas de l’espace politique. Elle est persuadée que « la France a changé mais que la classe politique (française) n’a pas changé ».

Ses déclarations d’il y a cinq ans ont une résonance particulière aujourd’hui. « Il faut que les politiques changent, il faut ouvrir un nouveau cycle et je veux prendre toute ma part dans cette reconstruction. Il faut avoir la légitimité des urnes d’abord et ensuite participer à l’entreprise de reconstruction ».

Ce n’est plus pour siéger au Palais Bourbon comme députée mais à celui de l’Elysée afin de devenir présidente de la République française. Quand on parle de sa jeunesse (41 ans) comme un handicap, elle rétorque : « A 47 ans, Barack Obama était président des Etats-Unis ». L’ancienne ambassadeur de la France à l’Unesco (février à juin 2011) pense qu’il y a une rupture consommée entre les Français et la classe politique. « Face aux problèmes de la crise économique, le chômage est très préoccupant, il y a eu des solutions qui n’ont pas été expérimentées parce qu’il y a un essoufflement au niveau des idées, un assèchement du débat publique. Beaucoup sont en marge de la politique parce que le système est fermé à cause du cumul et de la longévité des mandats ». Ce qui fait le lit du Front national de Marine Le Pen car il y a une volonté chez les Français de renverser la table.

En 2012, le Front national était à 18% au premier tour de la Présidentielle. « Je pense que le score de Marine Le Pen (de 2012) est plus grave que l’arrivée de Le Pen-père au second tour en 2002. Le monde a changé. La classe politique française n’a pas changé. Elle vient d’un autre monde », répète-t-elle. Face à cette sclérose de la classe politique française dominée par des hommes blancs ayant plus de la cinquantaine, elle se positionne différemment en tant que jeune quadra, femme, musulmane et noire. Rama Yade va essayer de conquérir le Palais de l’Elysée sans le soutien d’un parti politique.

Elle est appuyée par le mouvement « La France qui ose » pour suivre son modèle, Barack Obama. Avant d’aller au suffrage universel, il lui reste un obstacle de taille : réunir les 500 parrainages de maires nécessaires pour se présenter à la Présidentielle en France.

La native du Sénégal déclare en avoir obtenu les deux tiers.

Après dix ans de vie politique, elle se repositionne comme vierge de tout mentor et maîtresse de son destin.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 21 février 2017 12:29

Récemment nommée une des sept porte-parole de Benoit Hamon, candidat du Parti socialiste (Ps) à la présidentielle française, Aïssata Seck, 36 ans, « Française d’origine sénégalaise », est engagée dans le milieu associatif depuis plusieurs années, notamment pour la cause des Tirailleurs sénégalais.

« Persévérante, déterminée mais proche des gens et à l’écoute, car quand on est engagé en politique, c’est pour améliorer le quotidien des gens ». Sa réponse à la question portant sur sa personnalité résume Aïssata Seck, la première Française d’origine sénégalaise porte-parole d’un candidat à l’élection présidentielle en France. Maire-adjointe dans la ville de Bondy (région parisienne), chargée des anciens combattants et d’un conseil de quartier, la jeune femme est élue municipale depuis 2014. « C’est mon premier mandat électif mais je suis engagée en politique depuis 2011, renseigne-t-elle. J’avais décidé de militer au Ps en faisant la campagne sur le terrain de François Hollande ».

Ses origines et sa trajectoire personnelle l’ont réconfortée dans le choix de militer à gauche. « Mariée avec un Sénégalais et mère de deux filles », Aïssata Seck est née en France. Ses parents sont originaires de Ndouloumadji Dembé, au Fouta. « Mon père est arrivé en 1972 comme sans-papier à Marseille, en bateau ». Puis, il est parti en région parisienne rejoindre son frère qui était déjà installé en France. Il a commencé comme boulanger puis a travaillé à l’usine Renault d’Aubergenville (à 50 km de Paris). Puis il s’est installé aux Muraux.

« Je sais préparer tous nos plats sénégalais car j’ai été élevée à la sénégalaise ». Pourtant, c’est à 6 ans qu’elle a « découvert le Sénégal pour la première fois », lors d’un voyage. Elle y revenait « régulièrement tous les deux ans » jusqu’à récemment où les obligations professionnelles et familiales l’empêchent de garder ce rythme. « J’ai prévu de revenir très bientôt au Sénégal avec Benoit Hamon pendant la campagne », dit-elle sans préciser la date exacte. La jeune porte-parole a toujours eu un rapport très fort avec le Sénégal.

Pas le symbole de la diversité 
« Mes parents nous disaient que nous étions également Sénégalais, en nous éduquant avec les valeurs de notre pays d’origine. En apprenant à faire la cuisine, ce qui fut mon cas. Alors que j’étais très jeune, ma mère me disait d’en faire toujours plus parce qu’on ne savait pas qui pouvait débarquer au dernier moment, d’autant plus que notre maison était toujours remplie de monde. C’est d’ailleurs un réflexe que j’ai conservé dans ma vie actuelle », souligne-t-elle. Mais Aïssata refuse d’être un symbole en étant « femme, musulmane, noire et porte-parole » d’un candidat à la présidentielle de 2017. « Je ne sais pas si je suis un symbole. En revanche, je sais que Benoit Hamon a été accroché par mon combat et le projet que je porte pour les Tirailleurs sénégalais ». La jeune femme avait lancé une pétition pour demander la naturalisation des Tirailleurs sénégalais. Sa démarche a recueilli 65.000 signatures. On connaît la suite : François Hollande annonce, lors de la visite d’Etat de Macky Sall en France de décembre dernier, l’officialisation du processus de naturalisation des Tirailleurs sénégalais. Cependant, dans le bilan du quinquennat de Hollande, Aïssata Seck ne garde pas tout.

« Je n’ai pas été en adéquation avec lui sur la déchéance de nationalité ou sur le 49.3 (Ndlr : article de la Constitution française qui permet au gouvernement de faire passer en force une loi sans forcément l’accord du parlement). Il a bien géré les attentats, l’opération Serval au Mali. Il a manqué de temps forcément pour tout faire. Il y a de bonnes et de moins bonnes choses », soutient-elle. La possibilité d’avoir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle française est à classer dans le rayon des moins bonnes choses pour Aïssata Seck. « Cela me fait mal. En tant que Française et fille d’immigrés, je ne vois pas cette personne diriger le pays. Benoit Hamon est un recours efficace à ce scénario », fait-elle savoir. Mais elle ne fait pas la politique de l’autruche sur la droitisation de la société française. « C’est la faute des médias, s’insurge-t-elle. En étant en boucle sur des sujets comme le voile, le « burkini » alors qu’il y en avait d’autres plus importants, une certaine partie de la population s’est renfermée dans une forme de peur. « S’il n’y a pas de travail, c’est la faute des immigrés », « s’il y a des attentats, c’est la faute de l’Islam ». Les médias n’ont pas toujours eu le bon réflexe », souligne-t-elle. Mais le divorce acté entre les populations d’origine immigrée, qui avaient voté en masse pour Hollande en 2012, avec le Parti socialiste, n’est pas une invention des médias. « Il ne faut pas être défaitiste.

On ne peut pas être toujours dans la plainte et ne pas agir. Il faut s’engager et montrer que nous avons notre place dans le jeu politique. Agissons ». Agir, c’est faire gagner Benoit Hamon à la présidentielle d’avril et de mai prochain. Et pour cela, l’élection va se jouer, d’après Assata Seck, sur un point. « Pour Benoit Hamon, il faut redonner confiance aux citoyens. C’est les impliquer dans les différentes actions menées ». Pendant toute la campagne électorale, Aiïssata Seck va répondre aux « sollicitations des médias » pour donner des éclairages sur le programme mais aussi « accompagner, sur le terrain, le futur président ». Futur président ? Quand on lui demande s’il s’agit d’un lapsus. 
« Non, répond-t-elle. J’y crois ».

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 21 février 2017 12:33

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Du 25 au 27 novembre, Gorée va fêter la « diaspora noire et africaine » sous le thème de la résilience et de la mémoire. Mais les noms de ses rues font l’objet d’une incompréhension généralement partagée par la diaspora sénégalaise.

Les noms de rues de Gorée en question
Il y a des exceptions comme la rue des Bambaras, celle de Castel… Mais l’essentiel des noms de rues de Gorée renvoie à la colonisation et à des personnages y ayant joué un « rôle positif » pour la France. Ce que les visiteurs, notamment ceux de la diaspora, ne comprennent toujours pas. Cet été, la remarque d’un étudiant sénégalais en Lettres Modernes à Paris, visitant Gorée, symbolisait cette incompréhension : « C’est dommage ! Quand on arrive sur une île chargée d’histoire douloureuse et de mémoire, il y a mieux que d’être « accueilli » par un bâtiment qui porte le nom du chevalier de Boufflers (Ndlr, ancien gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée au 18ème siècle) ». Un hôtel aux couleurs rouges vives portant ce nom se dresse en face du lieu de départs et des arrivées de bateaux faisant la navette avec l’embarcadère de Dakar.

Ne pas cacher les stigmates
« Il y a quelques années, nous avions eu ce débat, reconnaît Augustin Senghor, le maire de Gorée. Les noms de rues sont ceux de militaires français ou des répliques de noms de rues parisiennes ».

Ce « débat » avait abouti à la conclusion que « la traite négrière et la colonisation font partie de l’histoire de l’île. Enlever ces noms de rues, c’est enlever cette histoire même si elle a été violente et répréhensible ». L’édile de Gorée pense que c’est une manière de lutter contre ce qu’il s’est passé sur l’île. « Nous ne devons pas cacher les stigmates de la traite négrière ou du colonialisme. Chaque fois que les gens verront ces noms, ils comprendront que c’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire ». Donc, de la résilience, puis de la mémoire. Ce sont les thèmes centraux du Gorée diaspora festival, 8ème édition. « C’est un retour vers le passé pour lancer un appel à la diaspora noire (Usa, l’Amérique du Sud, les Caraïbes, mais c’est aussi l’Europe) issue de la traite négrière », confie Augustin Senghor, également président du Gorée diaspora festival. L’île de Gorée constitue le symbole de la traite négrière.

« Nous avons voulu, par le truchement de la mémoire, utiliser ce passé trouble et triste pour appeler la communion des frères de la diaspora qui doivent revenir aux sources. A travers ce retour dans le passé, nous souhaitons nous retrouver et chanter un nouvel hymne d’espoir et de paix ».

Plus attentif à la diaspora
Classé patrimoine mondial de l’humanité, symbole de la traite des Noirs, mais aussi patrimoine culturel, Gorée est le réceptacle d’une mémoire à partir de laquelle se développe un tourisme culturel et durable. « Il y a une baisse des visites ces dernières années qui tourne autour de 200 à 300.000 par an, alors qu’on en avait le double », renseigne M. Senghor, selon qui Gorée se tourne également « vers les autres qui ne font pas partie de la diaspora. La traite négrière est l’histoire du monde entier ».
Lors du festival, trois plaques symbolisant des pèlerins de la mémoire pour la paix seront dévoilées : Obama, Mandela et Jean Paul 2.

Il est également prévu un hommage à Houphouët-Boigny qui a étudié sur l’île. « A Gorée, on ne vient pas seulement en villégiature, on vient pour communier avec les ancêtres esclaves mais aussi transmettre un message de paix au monde entier ».

CONSERVATEUR DE LA MAISON DES ESCLAVES DE GORÉE : ELOI COLY, LA VOIE DU MAÎTRE
Il porte l’héritage de feu Joseph Ndiaye, notamment la Maison des esclaves. Actuel conservateur du site, Eloi Coly suit la voie tracée par le « père » auprès de qui il a passé vingt quatre bonnes années. Une voie qui consisterait à replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les vérités aléatoires sur le rôle que cette dernière a joué dans la traite transatlantique.
Presque la même intonation vocale, la même conviction, le même idéal. Ce qui les différencie, l’âge et le cursus. S’il n’est pas le fils biologique, il n’en est pas moins l’héritier. Joseph Ndiaye, Eloi Coly, un conservateur en engendre un autre.

D’ailleurs, on peut définir le second comme le continuateur du premier.
Dans son bureau, patrimoine matériel d’un passé esclavagiste, rien ne se perd. Tout ce qui a trait à la honteuse traite se conserve. Souci d’une authenticité ? Ou nostalgie d’un passé ? Comme son prédécesseur, Eloi Coly fait de la préservation de la mémoire un idéal, un devoir.
Gestionnaire du site de Gorée, patrimoine mondial, il est venu à une époque où l’autorité anticipait le départ du doyen. Le jeune Eloi est envoyé au près du « grand homme », comme il le nomme.

Au début, Joseph Ndiaye voyait en lui celui qui allait le pousser vers la sortie. « Ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas partir, mais c’était une marque de son attachement à la Maison des esclaves, nuance-t-il. Aujourd’hui, je sais ce qu’il avait ressenti à cette époque ». Devenu également très amoureux de ce lieu qui, pour certains, notamment ceux de la diaspora, devraient être un sanctuaire de repentances, il s’y attache de plus en plus. En effet, il ne voit plus les années ni les heures passées. Son seul objectif, replacer Gorée dans son véritable contexte, malgré les polémiques, voire les vérités aléatoires, sur sa place dans la traite négrière.

Il est 20 heures passées en une douce soirée de vendredi, Eloi Coly est encore au travail. Il est seul dans ce lieu rempli d’histoire où les fantômes des âmes malmenées du fait de leur identité noire y demeurent peut-être encore en entendant recueillements et prières. L’homme est conscient de la grande mission qui lui est assignée, notamment préserver la mémoire. Ce qui suppose une bonne compréhension des mécanismes qui ont conduit à cet état de fait afin de faire une lecture contemporaine de l’histoire.

Un parcours particulier
Au début, il était destiné au théâtre. Ceux qui l’ont vu sur les planches du Théâtre national Sorano, lui traçaient un destin d’artiste-comédien. Dans cet univers, il a eu à participer à beaucoup de productions à l’instar de Café littéraire, une émission de la Rts qui faisait la promotion de la lecture. Par un heureux concours de circonstance, le ministère de la Culture l’avait engagé pour le mettre à la disposition de l’Education nationale. Onze ans au lycée Blaise Diagne, il est rappelé plus tard dans celui de la Culture pour un poste à la Maison des esclaves. Entre temps, un renforcement de capacités pour avoir une spécialisation en Arts du spectacle et Techniques de diffusion. De passage à l’Ecole nationale d’architecture et des arts visuels et à l’Institut des arts de diffusion (Iad) de Bruxelles, il en sort outillé. Une formation pluridisciplinaire qui a facilité son intégration au site historique.

Dans un contexte d’éparpillement des fils d’Afrique qui ont perdu l’estime d’eux, en s’offrant à une nouvelle forme d’esclavage avec les bateaux de migrants sur les côtes occidentales, Eloi Coly se veut gardien de la mémoire. En effet, il veut reconstruire le discours de plus en plus tronqué pour réconcilier l’Afrique avec ses fils établis dans la diaspora. Trente deux années passées à la Maison des esclaves, ce combat commence à porter ses fruits. La traite négrière est depuis inscrite au programme national. En effet, il est fait obligation aux enseignants de conduire leurs élèves à la Maison des esclaves, en complément de l’enseignement dispensé dans les classes. Car, selon lui, tout passera par l’éducation. Aujourd’hui, le site doit être réhabilité tout en gardant son authenticité. Enfin, le couronnement de vingt quatre années de compagnonnage avec Joseph Ndiaye, mu par une seule ambition : rétablir la vérité pour situer les responsabilités dans le but d’aller vers la réconciliation et le pardon.

Marame Coumba SECK

LA MAISON DES ESCLAVES : LA MÉMOIRE RÉHABILITÉE
C’est un site qui offre un point de vue différent des récits traditionnels sur la traite négrière. Autrefois une maison privée qui servait de cellule de détentions avant un départ vers les Amériques, la Maison des esclaves est, aujourd’hui, un patrimoine matériel mondial. Membre fondateur de la Coalition internationale des sites de conscience, elle a bénéficié d’un financement de la Fondation Ford et du ministère de la Culture pour être réhabilitée.

En tant que destination internationale, la Maison des esclaves est un passage obligé des trois quart de touristes du monde entier qui se rendent au Sénégal.

Des milliers d’élèves et étudiants y effectuent des visites pédagogiques, en complément des enseignements dispensés dans les classes. Désormais, le site peine de plus en plus à satisfaire les besoins de ce public international, national et local. Ainsi, en mars 2015, une mission de consultation a été financée par la Fondation Ford à travers la Coalisation internationale des sites de conscience.

Ce projet, qui a consisté à faire une évaluation de l’état physique et de l’architecture historique de la Maison des esclaves, avait débouché sur un programme de revitalisation du site. Lequel est étendu sur trois ans et vise à faire du site un centre international de recherche dans divers sujets liés à la liberté, à la migration et à l’esclavage. Dans ce projet d’élargissement, le ministère de la Culture a doté le site d’un bâtiment adjacent, notamment la maison d’Albis. Cet espace supplémentaire, selon le conservateur de la Maison des esclaves, Eloi Coly, va permettre d’optimiser le flux de visiteurs.

Estimé à un milliard trois cents millions de FCfa, ce projet de réhabilitation coûtera à l’Etat du Sénégal huit cents millions de FCfa. Le reste du financement sera pris en charge par la Fondation Ford.

Dossier réalisé par Moussa DIOP et Marame Coumba SECK

Selon les sources étrangères, il y aurait entre 9 à 11.000 inscriptions sénégalaises par année en France. Il y a 37 associations estudiantines sénégalaises dans l’Hexagone. Des chiffres qui montrent l’importante présence sénégalaise dans les écoles, universités et instituts en France. Autant d’étudiants qui ambitionnent la réussite dans les études pour embrasser des carrières professionnelles épanouies. Pour arriver au bout de leurs projets d’études, les étudiants sénégalais profitent généralement des jobs d’été pour se remplir les poches et disposer d’une expérience souvent inoubliable.

Un précieux sésame pour les Sénégalais en France
Trouver un job d'été est un exercice auquel se plient, chaque année, des milliers de jeunes sénégalais de la diaspora. Des nouveaux arrivants aux plus anciens, nombreux sont ceux qui ont besoin de ce ticket d’entrée au monde professionnel et à la stabilité financière.

Paris : L’inscription, le loyer de la rentrée prochaine, l’achat d’un billet d’avion pour rendre visite à la famille au Sénégal et le désir d’avoir une année scolaire financièrement stable constituent souvent les raisons qui obligent les étudiants sénégalais à chercher un travail saisonnier. Si la recherche est moins stressante pour les boursiers qui disposent d’une stabilité financière, elle est plus préoccupante pour les non boursiers. C’est le cas de Mariama, 18 ans, étudiante en 1ère année d’Informatique à Paris. « Je n’ai pas eu la bourse et il faut absolument que je trouve un job d’été afin d’assurer au moins l’inscription de ma 2ème année de Licence Informatique », avance-t-elle.

En effet, Mariama est actuellement hébergée chez des proches de sa famille. Son objectif est de décrocher un petit boulot pour payer les 800 euros (environ 530.000 FCfa) de frais pour son inscription de l’année prochaine. Un travail qui lui permettra d’avoir un logement étudiant au sein des Crous (opérateur de l’Etat français pour la gestion de la vie étudiante, Ndlr). « Cela soulagerait mes parents qui ont payé tous mes frais universitaires de ma première année en France », poursuit-elle.

Parcours du combattant
Trouver un job d’été est une nécessité mais c’est un véritable parcours de combattant, malgré la diversité des postes à pourvoir.

L’une des règles pour réussir à obtenir un job d’été en France est de s’y prendre très tôt ; ce qui permet d’augmenter les chances d’en trouver. «  Nous obtenons des jobs de serveur, caissier, gardien, professeur, vendeur, etc. », informe Kéba, 20 ans, étudiant en 3ème année d’Economie et Gestion à l’Université de Grenoble. S’y étant pris très tard l’année dernière, Kéba a, cette fois-ci, commencé ses recherches de job d’été dès le mois de mars 2016. « Je travaille actuellement comme caissier dans un supermarché, non loin de ma résidence universitaire », se félicite-t-il. Même s’il a trouvé son processus de recrutement long et fastidieux, Kéba est au moins en mesure de régler toutes ses factures en attente de paiement. « J’ai dû déposer une centaine de Cv, passer 15 entretiens au total, avant d’obtenir ce job », précise-t-il. De plus, lorsqu’ils vivent dans de petites villes, où il y a peu d’offres saisonnières, les étudiants sénégalais sont parfois obligés de quitter leurs lieux de résidence pour aller chercher ce fameux sésame dans des régions où l’offre est plus importante. C’est le cas d’Ousseynou, 20 ans, étudiant en Télécoms en Normandie, au Havre. « J’ai quitté le Havre afin de trouver un job d’agent de sécurité à La Baule, en Loire atlantique. Le trajet le Havre-La Baule (Nord-ouest et ouest de la France) est très long, mais je n’ai pas le choix si je veux m’inscrire en septembre, confit-il.

En outre, ces étudiants « forcés » de travailler loin de leur ville d’études sont souvent confrontés aux contraintes de logement et de transport. « Comme je ne suis pas véhiculé et que je n’ai pas un job où je suis logé et nourri par l’employeur, je dors à la plage, à la belle étoile », conclut-il, impuissant. Se battre pour trouver un travail pendant les grandes vacances d’été n’est pas une particularité de la nouvelle génération des étudiants sénégalais en France. Ce fut le cas de leurs ainés.

L’histoire se répète
Pape Diop, 30 ans, ingénieur informatique vivant aujourd’hui à Paris, se rappelle encore de son parcours du combattant pour trouver un job d’été. « Je faisais de la cueillette de fraise dans un petit village du sud de la France, de 7h à 18h. Ce, après avoir cherché en vain un travail de caissier dans un Mc Donald’s à Valenciennes (dans le nord de la France où il faisait ses études, ndlr).

J’étais obligé d’aller loin si je voulais acheter ce billet pour Dakar et rendre visite à ma mère malade », se souvient-il, sourire aux lèvres. Entre la génération de Mariama, Ousseynou et celle de Pape, rien n’a changé. Le besoin de trouver ce gagne-pain est toujours présent et les conditions de son obtention sont restées tout autant difficiles. Cependant, il y a de plus en plus de structures qui les aident à rédiger des Cv et lettres de motivation, en plus de les orienter vers les secteurs qui recherchent le plus de travailleurs saisonniers. Parallèlement, on note une forte solidarité de la communauté sénégalaise dans la recherche de jobs d’été.Ceux qui ont déjà trouvé un travail recommandent leurs compatriotes auprès de leur patron ou leur transmettent de bons contacts.

Trouver un boulot d’été est presque un passage obligé pour les étudiants sénégalais vivant en Occident. Si l’obtenir reste souvent un parcours du combattant, tous sont unanimes sur les bienfaits de ces expériences. Ils y gagnent de l’indépendance financière vis-à-vis des parents, de la maturité et un premier pas dans le monde professionnel.

Par Aminata Thior

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:34

De plus en plus nombreux au Canada, en dépit des frais de scolarité assez élevés en Amérique du Nord, les étudiants sénégalais ne dérogent pas à la règle d’occuper ce qu’on appelle couramment des « jobs d’étudiants ».

Pour la majorité des étudiants sénégalais au Canada, travailler ne rime pas forcément avec nécessité. Les frais universitaires sont réglés généralement par les parents. Cependant, travailler permet de combler d’autres besoins accessoires comme le transport, le logement, les abonnements téléphoniques, la voiture, les loisirs, etc. C’est une situation qui découle de la spécificité des étudiants au Canada : ils proviennent généralement de familles dites « aisées ».

Réglementation du temps de travail
Avec la loi de juin 2014 portant sur des changements au programme des étudiants étrangers, les Sénégalais inscrits dans les universités canadiennes ou les établissements du supérieur peuvent travailler en temps partiel jusqu’à 20 heures par semaine durant l’année universitaire (sessions automne et hiver). C’est une restriction qui n’a plus lieu d’être pendant les congés, notamment l’été. En effet, les étudiants sénégalais ont la possibilité de travailler à temps plein sous condition d’une demande de permis de travail. Généralement, le permis d’études qui fait office de carte de résident temporaire suffit. À l'instar de leurs homologues étudiants dans d’autres pays, les jeunes occupent des emplois dans des centres d’appels, usines, restaurants ou fast-food, dans les dépanneurs (au Québec, c’est une expression pour désigner une petite épicerie de quartier ou supérette, Ndlr), entreprises de nettoyage, dans des hôtels, des entrepôts, etc. Les étudiantes se singularisent généralement à travers des postes de vendeuse ou caissière, coiffeuse dans les salons ou à domicile dans la communauté sénégalaise.

Selon le témoignage de Bassirou Sèye, étudiant en Génie électrique de l’Université du Québec, à Trois-Rivières (Uqtr), « la priorité reste la présence non négociable aux cours ». Le jeune étudiant reconnaît qu’il lui « arrive de travailler en dehors de la période estivale pendant laquelle les engagements universitaires sont moindres » ; ce qui lui « donne la possibilité de travailler en entreprise à plein temps ».

S’adapter au monde du travail
Ce job lui permet non seulement de subvenir à certains de ses besoins, mais encore de « s’adapter au monde du travail et à la société d’accueil ». En effet, une fois leur diplôme en poche, les étudiants ont généralement le choix de rentrer dans leurs pays d’origine ou de demander la résidence permanente.

On compte environ une quarantaine d’étudiants sénégalais à Trois-Rivières, ville située à environ 200 km de Montréal. Il peut cependant arriver que certains d’entres eux ne puissent plus assumer le coût financier des études. Cela implique un inversement des priorités : le job d’étudiant prend le dessus sur les études. Lors du boom économique dans l’Ouest canadien, avec le pétrole en Alberta, Calagary, il y a eu un afflux massif d’étudiants provenant du Québec. Ils étaient venus à la recherche d’un emploi et ainsi des fonds pour faire face aux responsabilités liées à leurs études universitaires. Les jobs d’étudiants ont un autre effet. Ils peuvent être un tremplin pour décrocher un emploi en rapport avec les études, mais malheureusement, ce sont souvent des boulots plus alimentaires qu’autre chose.

Un étudiant a besoin d’être dans de bonnes conditions de travail pour réussir. Il arrive que des parents sénégalais envoient leurs enfants sans prendre les dispositions qui leur permettront d’assumer les frais universitaires. Pour rappel, le Canada a toujours été une destination de choix pour les Sénégalais, grâce à la réputation de son enseignement, mais aussi par l’entremise de l’énorme possibilité de rester sur place une fois les études terminées.

Aminata Sow, correspondante à Montréal

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:29

 

Tokyo : A travers le rayonnement de ses universités et de ses avancées technologiques, le Japon attire depuis longtemps les étudiants sénégalais. Une formation très prisée. Malgré la barrière de la langue, de jeunes sénégalais n'hésitent plus à tenter l'aventure pour étudier au Pays du Soleil levant. La voie privilégiée reste l'obtention d'une bourse d'excellence offerte par le gouvernement nippon. Mais d'autres étudiants empruntent le chemin sinueux du financement sur fonds propres. Un choix qui mène aux petits boulots et jobs d’été. 

Ils sont, chaque année, une centaine d’étudiants sénégalais à se présenter au concours. Les places sont chères : moins de cinq sont sélectionnés pour réaliser leur projet d'études au Japon.

Spécificités japonaises
Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes sénégalais sont tentés de réaliser leur projet de formation sur financement privé. Une voie de contournement qui n’est pas dénuée de difficultés. Alors que les bénéficiaires de la bourse du Japon disposent d’un accompagnement pédagogique et social, ceux qui financent leur voyage sur fonds propres doivent faire face à des difficultés financières dans un pays où le coût de la vie est parmi les plus élevés au monde. Aussi, pour financer des études onéreuses, les étudiants alternent bien souvent petits boulots et études.

Solidarité
Mais les Sénégalais au Pays du Soleil levant se sont organisés en communauté dynamique afin de s’apporter une assistance mutuelle reposant sur la mise en place d’un réseau de solidarité. Cela passe par l’intégration de nouveaux venus et le partage d’informations utiles. Il est évident que réaliser un projet d'études au Japon nécessite des moyens financiers importants. Etudier au Japon sans assise financière relève d’un véritable défi. Allier job et études peut s'avérer un pari risqué.

Parmi eux, nombreux sont ceux qui échouent. En somme, détermination, abnégation et persévérance sont la recette de la réussite pour ceux qui ne disposent pas d’une bourse.

Aly Diab DIOP, correspondant au Japon

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:28

Ramadan au Japon : Le Halal pour lutter contre les clichés

Le nombre de musulmans n’est pas statistiquement connu au Japon. Le mois de Ramadan est une opportunité de mieux faire tomber les clichés largement partagés sur la religion musulmane.

Tokyo - Un des endroits fréquentés par les musulmans et surtout par la communauté sénégalaise dans la capitale japonaise est la Grande Mosquée. Dotée d’un centre culturel, elle offre l'opportunité aux non musulmans (Japonais ou étrangers) de partager le repas de la rupture du jeûne pendant toute la durée du mois de Ramadan. En juin, les jours sont plus longs au Japon. Ce qui fait une durée totale de 16 heures de jeûne. Aux yeux des Japonais, la pratique du Ramadan soulève beaucoup de questions. Ces interrogations portent sur le sens du jeûne, ses défis autant physiologique et psychologique. Ce qui laisse place, très souvent, a une discussion intéressante sur le fait religieux et sa place au cœur des enjeux du moment. Ainsi, le Ramadan reste un moment de communion entre une communauté musulmane et une population aux croyances assez diversifiées, partant du bouddhisme, du shintoisme au christianisme, en passant même par une version syncrétiste.

Mais l’Islam, ses préceptes et principes, sont en train de sortir de la forme de marginalité dans laquelle il était confiné jusqu’à récemment dans l’Empire du Soleil levant. Cette sortie de l’ornière est due à l’intérêt relatif mais grandissant autour de la marque Halal et du business qui y est associé. S’appuyant et s’entourant de l’expertise de ses « voisins » comme l’Indonésie, le plus grand pays musulmans au monde, et de la Malaisie entre autres, il y a tout un « branding » qui est construit autour du label « Halal ». La particularité du « Halal » au Japon réside dans une utilisation qui va au-delà de la cuisine pour investir le cosmétique. Il y a plusieurs fora comme la Japan Halal expo. Au-delà du « Halal », le Japon veut capter la clientèle musulmane. Le développement d’un circuit touristique, Muslim friendly, est en projet.

Dans ce contexte de développement relatif de l’Islam au Japon, le Ramadan est un moment qui permet de promouvoir le vivre ensemble, le partage mais aussi et surtout un dialogue culturel et pas que religieux.

Aly Diab Diop

Ramadan en France : Quand la nostalgie s’invite à la table du « Ndogou »
ramadan japonPendant le mois de Ramadan au pays de la Téranga, ils avaient l’appel du muezzin le matin ou le réveil du chef de famille pour bien débuter la journée de jeûne. Les courtes journées, les ruptures de jeûne en famille et les rappels des bonnes pratiques religieuses durant la journée rythmaient leur quotidien sénégalais. A Paris, le décor et les conditions du jeûne sont totalement différents.

Mariama, Papis et Seydou, des Sénégalais établis en France, racontent ce changement radical.

Papis, 23 ans, est en dernière année d’études d’ingénieur en Mécanique à Paris. Il a passé seul, son premier mois de Ramadan en France, avec sa grande sœur dans une résidence universitaire à Grenoble. Le calme et le sentiment d’être seul au monde en train de jeuner l’ont particulièrement marqué. « A Dakar, je passais mes journées pendant le Ramadan avec mes amis dans des conférences religieuses ou dans des activités caritatives. En France, je ne me rends compte de mon jeûne que lorsque mes collègues vont déjeuner ou évitent de manger devant moi », confie-t-il avec le sourire. Avec le temps, Papis s’est habitué à l’ambiance des mois de Ramadan en France. Les repas moins copieux et le vide autour de la table à manger les soirs de rupture de jeûne viennent s’ajouter à sa routine durant le mois béni.

Contrairement à Papis qui s’est finalement adapté à son rituel solitaire, Mariama, 18 ans, étudiante en Informatique, est en train de vivre son premier Ramadan parisien dans une grande famille sénégalaise. « Mis à part la longueur des journées de jeûnes (Plus de 18 heures cumulées), je ne sens aucune différence entre mon Ramadan de Dakar et celui de Paris », constate-t-elle.

En effet, à l’université, Mariama est en compagnie de ses camarades de cours d’origine maghrébine qui observe tout autant qu’elle le Ramadan. Le soir, elle retrouve sa famille d’accueil. Un oncle établi à Paris depuis plus 10 ans avec femme et enfants. « Comme à Dakar, les cris des enfants à l’approche de la rupture me font toujours rire. L’odeur des mets me rappelle les préparations de maman et mes joies de pouvoir enfin manger le soir en famille sont aussi intenses que les ruptures à Dakar », ajoute-t-elle. Cette ambiance de rupture du jeûne familial que décrit Mariama est aujourd’hui le vécu de Seydou, ce cadre en Informatique vivant à Paris depuis 9 ans. « Mes premières années de Ramadan en France furent un choc pour moi. Je manquais de me réveiller tous les petits matins pour le « kheud ». Mes cours se terminaient à 19h et, très souvent, je me retrouvais à faire ma rupture en plein cours ou en examen avec uniquement 3 dattes ».

Aujourd’hui, Seydou est marié et père d’une fille de 2 ans. Une petite famille certes, mais il ressent ce bonheur de réveiller sa femme pour manger et faire la prière du matin. Le soir, au milieu de plusieurs plats succulents, il se rappelle des mois de Ramadan heureux de son enfance à Dakar, mais aussi ces difficiles journées de jeûne pendant ses premières années en France.

Aminata THIOR

Last modified on jeudi, 30 juin 2016 14:38

Plus de 250 experts et hommes d’affaires se sont rencontrés les 6 et 7 juin à Dakar
Cette réunion présidée par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne a été axée sur la contribution de ces deux catégories au Plan Sénégal émergent (Pse) et au Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).

Lors du Conseil des ministres du 10 février 2016, le président Macky Sall avait instruit le gouvernement d’associer la diaspora dans la mise en œuvre des chantiers de l’Etat, notamment du Pse.

C’est pourquoi plusieurs ateliers liés à l’hydraulique, à l’électrification rurale, aux pistes rurales, aux équipements agricoles, à l’entrepreneuriat rural, etc., ont jalonné la rencontre. Chaque année, plus de 1.000 milliards de FCfa sont envoyés par la diaspora. Les Sénégalais de l’extérieur se sont toujours impliqués dans la mise en place d’infrastructures socio-économiques de base dans les localités les plus reculées du pays, contribuant à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Le nombre de musulmans n’est pas statistiquement connu au Japon. Le mois de Ramadan est une opportunité de mieux faire tomber les clichés largement partagés sur la religion musulmane.

Tokyo - Un des endroits fréquentés par les musulmans et surtout par la communauté sénégalaise dans la capitale japonaise est la Grande Mosquée. Dotée d’un centre culturel, elle offre l'opportunité aux non musulmans (Japonais ou étrangers) de partager le repas de la rupture du jeûne pendant toute la durée du mois de Ramadan.

En juin, les jours sont plus longs au Japon. Ce qui fait une durée totale de 16 heures de jeûne. Aux yeux des Japonais, la pratique du Ramadan soulève beaucoup de questions. Ces interrogations portent sur le sens du jeûne, ses défis autant physiologique et psychologique. Ce qui laisse place, très souvent, a une discussion intéressante sur le fait religieux et sa place au cœur des enjeux du moment. Ainsi, le Ramadan reste un moment de communion entre une communauté musulmane et une population aux croyances assez diversifiées, partant du bouddhisme, du shintoisme au christianisme, en passant même par une version syncrétiste.

Mais l’Islam, ses préceptes et principes, sont en train de sortir de la forme de marginalité dans laquelle il était confiné jusqu’à récemment dans l’Empire du Soleil levant. Cette sortie de l’ornière est due à l’intérêt relatif mais grandissant autour de la marque Halal et du business qui y est associé. S’appuyant et s’entourant de l’expertise de ses « voisins » comme l’Indonésie, le plus grand pays musulmans au monde, et de la Malaisie entre autres, il y a tout un « branding » qui est construit autour du label « Halal ». La particularité du « Halal » au Japon réside dans une utilisation qui va au-delà de la cuisine pour investir le cosmétique. Il y a plusieurs fora comme la Japan Halal expo. Au-delà du « Halal », le Japon veut capter la clientèle musulmane. Le développement d’un circuit touristique, Muslim friendly, est en projet.

Dans ce contexte de développement relatif de l’Islam au Japon, le Ramadan est un moment qui permet de promouvoir le vivre ensemble, le partage mais aussi et surtout un dialogue culturel et pas que religieux.

Aly Diab Diop

Le mois de Ramadan est le prétexte pour aller à la rencontre de l’association Le Dental Fulbé Kanada « DFK » qui œuvre pour promouvoir la culture peule et la langue pulaar au Canada. Le Dfk met l’accent sur le volet social par la solidarité et l’entraide entre ses membres, tout en s’intégrant à la société canadienne – québécoise et en nouant des liens avec les autres groupes communautaires.

L’association, principalement présente au Québec, surtout à Montréal, a organisé, ce samedi 25 juin, son Ndogou annuel ou « Koumtari partagé ». C’est une cérémonie qui réunit ses membres et sympathisants originaires du Sénégal, de la Mauritanie et de la Guinée. « C’est une occasion de joindre l’utile à l’agréable », dit Amadou Tidiane Bâ, le président de Dfk. Ce dernier précise que l’association a une vocation sociale et culturelle. Diverses activités sont organisées : cabane à sucre, visite du zoo de Granby, barbecue annuel, soirées culturelles, tournoi de football en lien avec les autres associations et un fonds social. Pour Amadou Tidiane Bâ, c’est un devoir pour l’association d’organiser le "Ndogou" annuel « puisque la grande majorité de ses membres sont des musulmans ». Cependant, il est à préciser que les musulmans ne représentent que 3% de la population au Québec.

Dans un contexte mondial marqué par la menace terroriste et la possible radicalisation des jeunes sur Internet, les enfants de Sénégalais qui naviguent entre la culture canadienne et africaine sont confrontés à la problématique de l’apprentissage de leur religion.

Pour cela, des initiatives locales sont menées et différentes méthodes sont employées. Elles vont de l’enseignement culturel et religieux dans les centres communautaires comme celui de e-Darra, en passant par des cours via Skype (professeur au Sénégal qui dispense l’enseignement à distance) et aussi des enseignements à domicile regroupant plusieurs enfants. Selon Amadou Tidiane Bâ, la grande différence entre la pratique du jeûne au Sénégal et au Canada réside dans la durée de la diète religieuse. Cette année, le jeûne dure environ 17 heures par jour. A Montréal, l’été peut ressembler à la chaleur caniculaire au Sénégal en juin-juillet. Le Ramadan est l’occasion de promouvoir les valeurs de solidarité et de partage qui caractérisent les Africains et particulièrement les Sénégalais.

A cet effet, toutes les associations religieuses ou « dahiras » mourides, tidianes, layennes (Fondation Nourou  Darayni, Fondation Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, Dahira Tidiane Rive-Sud) organisent leur Leylatoul Khadr (la Nuit du destin) respectifs. « C’est un devoir pour tout musulman de participer à la promotion et à la valorisation de l’Islam », soutient Mamadou Dieng de Dfk et membre aussi de la mosquée Tawuba, très actif dans l’enseignement et la promotion de la religion. Il est également d’avis que les grands défis demeurent l’éducation religieuse des enfants et trouver un compromis pour les adultes de la grande Métropole de Montréal, entre le travail et le respect de la prière obligatoire du vendredi. « Il faut se battre, poursuit Mamadou Dieng, car nous ne sommes pas dans  un pays  musulman ou bien à majorité musulmane ».

Au Québec, on parle beaucoup d’accommodements raisonnables envers la communauté musulmane, surtout pendant le Ramadan. L’actualité récente évoque un cas de « questions – accommodements » soumis par des employeurs à la Commission des Droits de la personne : trois vendeurs musulmans dans les télécommunications veulent avoir deux heures le midi pour prier, or la pause du midi est de 30 minutes dans cette entreprise ; l’employeur veut savoir comment gérer la situation. « Avec nos moyens, nous transformons nos foyers en lieux d’apprentissage du Coran et de la religion d’une manière générale, en dehors des heures de cours à l’école canadienne, bien évidemment. Ce qui nous permet de transmettre aux enfants cet héritage », souligne Mamadou Dieng.

S’inspirer de la culture au Québec pour l’enseignement religieux
Au sein de Dfk, nous sommes conscients que les moyens d’un enseignement religieux au Canada sont différents de ceux employés en Afrique. Il faut privilégier l’approche des écoles québécoises. « Au Canada, on fait le nécessaire pour que les enfants aiment l’école, et s’y plaisent. Ce qui est indispensable à la réussite. En revanche, dans nos cultures, on a plus tendance à forcer et contraindre l’enfant, regrette Mamadou Dieng. Un verset du Coran parle de miséricorde pour enseigner la religion. Allah a beaucoup d’attributs. Il a utilisé son caractère le plus doux pour enseigner le Coran. L’approche canadienne de l’enseignement ludique est déjà présente dans le Coran ». Il est important de maîtriser le Coran, de connaître ces recommandations et de les appliquer. « Ainsi, dans notre mosquée, nous mettons des jeux, nous donnons des collations, des prix, des cadeaux, tout cela pour que l’enfant soit à l’aise et qu’il puisse avoir envie de revenir. Nous faisons le maximum pour que nos enfants apprennent tout en s’amusant ».

Mamadou Dieng raconte une anecdote pour illustrer son propos : « Un enfant dont l’un des parents est de confession musulmane et l’autre chrétienne m’a dit être tiraillé entre deux cultures, sa mère l’amène à l’église et son père à la mosquée. Il avait une interrogation sur sa future religion. A l’église, on distribue des bonbons alors qu’il n’y en a pas à la mosquée. En tirant les leçons de ce témoignage, nous avons commencé à acheter des bonbons ».

 Il y a une autre solution pour l’enseignement religieux aux enfants de Sénégalais installés au Canada. Elle réside dans la fréquentation des écoles privées confessionnelles. « Au Canada, nous avons le droit d’ouvrir une école de tendance religieuse. Les écoles musulmanes ne sont pas nombreuses ; on en dénombre deux à Montréal et une à Ottawa. Mais il y a un problème de taille : ces écoles ne sont pas à la portée de tous les parents car elles sont chères. « Les parents qui en ont les moyens peuvent inscrire leurs enfants dans ses établissements de l’élémentaire au secondaire. Pour cela, il faut débourser autour de 6.000 dollars  canadiens  par an, soit environ 2.700.000 FCfa. Les enfants peuvent y porter le voile, faire leurs prières dans des salles aménagées », poursuit Mamadou Dieng. Ce dernier lance un appel pour la mosquée de Tawuba (à Montréal) : « Nous appelons tous les musulmans à participer financièrement à notre effort collectif de nous doter d’un grand espace réunissant un lieu de prières et un centre culturel ».

Aminata Sow

Pendant le mois de Ramadan au pays de la Téranga, ils avaient l’appel du muezzin le matin ou le réveil du chef de famille pour bien débuter la journée de jeûne. Les courtes journées, les ruptures de jeûne en famille et les rappels des bonnes pratiques religieuses durant la journée rythmaient leur quotidien sénégalais. A Paris, le décor et les conditions du jeûne sont totalement différents. Mariama, Papis et Seydou, des Sénégalais établis en France, racontent ce changement radical.

Papis, 23 ans, est en dernière année d’études d’ingénieur en Mécanique à Paris. Il a passé seul, son premier mois de Ramadan en France, avec sa grande sœur dans une résidence universitaire à Grenoble. Le calme et le sentiment d’être seul au monde en train de jeuner l’ont particulièrement marqué. « A Dakar, je passais mes journées pendant le Ramadan avec mes amis dans des conférences religieuses ou dans des activités caritatives. En France, je ne me rends compte de mon jeûne que lorsque mes collègues vont déjeuner ou évitent de manger devant moi », confie-t-il avec le sourire. Avec le temps, Papis s’est habitué à l’ambiance des mois de Ramadan en France.

Les repas moins copieux et le vide autour de la table à manger les soirs de rupture de jeûne viennent s’ajouter à sa routine durant le mois béni. Contrairement à Papis qui s’est finalement adapté à son rituel solitaire, Mariama, 18 ans, étudiante en Informatique, est en train de vivre son premier Ramadan parisien dans une grande famille sénégalaise. « Mis à part la longueur des journées de jeûnes (Plus de 18 heures cumulées), je ne sens aucune différence entre mon Ramadan de Dakar et celui de Paris », constate-t-elle. En effet, à l’université, Mariama est en compagnie de ses camarades de cours d’origine maghrébine qui observe tout autant qu’elle le Ramadan.

Le soir, elle retrouve sa famille d’accueil. Un oncle établi à Paris depuis plus 10 ans avec femme et enfants. « Comme à Dakar, les cris des enfants à l’approche de la rupture me font toujours rire. L’odeur des mets me rappelle les préparations de maman et mes joies de pouvoir enfin manger le soir en famille sont aussi intenses que les ruptures à Dakar », ajoute-t-elle. Cette ambiance de rupture du jeûne familial que décrit Mariama est aujourd’hui le vécu de Seydou, ce cadre en Informatique vivant à Paris depuis 9 ans. « Mes premières années de Ramadan en France furent un choc pour moi. Je manquais de me réveiller tous les petits matins pour le « kheud ».

Mes cours se terminaient à 19h et, très souvent, je me retrouvais à faire ma rupture en plein cours ou en examen avec uniquement 3 dattes ». Aujourd’hui, Seydou est marié et père d’une fille de 2 ans. Une petite famille certes, mais il ressent ce bonheur de réveiller sa femme pour manger et faire la prière du matin. Le soir, au milieu de plusieurs plats succulents, il se rappelle des mois de Ramadan heureux de son enfance à Dakar, mais aussi ces difficiles journées de jeûne pendant ses premières années en France. 

Aminata THIOR

Last modified on jeudi, 30 juin 2016 13:24

YouTube, Instagram, Snapchat et les plateformes de blogging personnel sont de plus en plus pris d’assaut par une jeune génération originaire ou native du Sénégal. Branchés et en général animés d’une passion, ces jeunes hommes et femmes manient parfaitement l’outil-réseau social qu’ils utilisent pour partager leur centre d’intérêt. Le pays d’origine, le Sénégal, est un thème souvent mentionné dans leur contenu.

Les passions qu’ils partagent avec leurs followers tournent autour de la mode & beauté et de la littérature. Avec une présence féminine plus marquée, cette blogosphère d’originaires du Sénégal et vivant principalement en France ou aux Etats-Unis partage des astuces et bons plans sur leurs cheveux, leur maquillage, leur garde-robe ou l’estime de soi. Elles puisent très souvent leur inspiration du Sénégal. C’est le cas de Maguette alias Nounette Afrostyle. YouTubeuse depuis 2013, sa chaîne compte aujourd’hui plus de 21.000 abonnés. Française d’origine sénégalaise, elle passait ses vacances d’été au Sénégal. Dans ses vidéos, elle évoque ses souvenirs sur le rituel de beauté de la femme sénégalaise et sur la coquetterie de cette dernière. Ce sont des gestes qui l’inspirent aujourd’hui dans sa vie de YouTubeuse beauté. Et pour Aïcha ou blackhairvelvet, YouTubeuse également depuis 2011, elle aborde souvent ses origines pour rappeler à ses 26.000 abonnées que c’est possible d’avoir de longs cheveux pour une Africaine. « J’ai de longs cheveux et pourtant, je suis d’origine sénégalaise et gambienne. Donc c’est bien possible les filles », répète-t-elle souvent. D’autres vont plus loin, en indiquant à leurs followers où trouver certains produits cosmétiques à Dakar. C’est le cas de la récente YouTubeuse, Make up by Rima. Sénégalaise vivant aux Etats-Unis et arrivée sur YouTube en 2014, elle compte aujourd’hui plus de 6.000 abonnés.

Si le thème du maquillage, des soins de la peau et des cheveux sont principalement abordés, l’estime de soi n’est pas en reste. Fatou Ndiaye, l’une des blogueuses françaises les plus influentes et originaire du Mali, du Sénégal et du Nigeria, et Gaëlle Prudencio, l’une des blogueuses mode pour les rondes les plus connues en France, traitent, très souvent, la question sur l'acceptation et l’estime de soi. A travers leurs plateformes de blogging, ces deux jeunes femmes montrent à leurs milliers de followers à quel point elles sont fières de leur peau noire, leurs cheveux crépus, leur forme, leur pays ou leur continent. Toutes ces blogueuses sont suivies sur les différents réseaux sociaux. Elles sont sur Facebook pour échanger avec leurs abonnées. Sur YouTube pour parler de méthodes et astuces. Sur Instagram pour poster des photos. Sur Twitter pour informer sur une actualité qui les concernent et sur Snapchat pour partager leur quotidien.

Peu nombreux, les passionnés de littérature ou de divers sujets autres que la mode et la beauté ne sont pas en reste. C’est le cas de ces jeunes auteurs Sénégalais vivant à Paris, Mbougar Sarr et Ndèye Fatou Kane. Ces derniers tiennent des blogs hébergés sur Wordpress ou Over blog où ils partagent des coups de cœur et coups de gueule lecture. Des sujets sur l’actualité sénégalaise y sont souvent traités. Contrairement à leurs homologues blogueurs mode, ils ne sont pas encore présents sur YouTube.

Il faut dire que ces natives ou originaires du Sénégal ne sont pas encore fans du BookTube, cette nouvelle forme montrant des YouTubeurs qui parlent de livres sur YouTube.

Aminata THIOR

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