Visa d'entrée (6)

C’est sénégalais, pardi !

24 Nov 2016
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Du « moulay thieuguine » agrémenté par la « danse du ventilateur » lors d’une soirée sénégalaise, au début des années 2000, dans une cité universitaire en Normandie, où se sont incrustés dandy d’âge mur, rombières à la poursuite de leur jeunesse passée et vieux étudiants déjà nostalgiques. Pour le jeune étudiant néophyte, la scène semble surréaliste. Elle rappelle les contorsions corporelles qui soulevaient foule et poussière malgré le sol aspergé d’eau, par précaution, dans les « Coladeira » près de deux décennies plus tôt. 

On est au-delà du quart d’heure de rétro dans une soirée. Le passé fait tendance. « Le temps s’est arrêté ». Tarte à la crème sous d’autres cieux, l’expression évoque les effets du voyage avec son corollaire de repli sur soi d’une bonne partie de la diaspora. Pour de nombreux Sénégalais établis à l’étranger, le temps s’est définitivement arrêté le jour de leur départ du pays natal.

Comme figé à l’étranger, l’horloge continue à tourner au Sénégal. Ainsi, les diasporas sénégalaises sont atteintes du syndrome de la voiture (ou du train) d’à côté : c’est une sorte d’illusion qui arrive quand on est dans une voiture (un train ou un bus) à l’arrêt. On a l’impression de bouger quand la voiture, également arrêtée dans l’autre sens, se met en mouvement. A l’étranger, nous avons l’impression d’accompagner les avancées et mouvements du Sénégal. Illusion ! Généralement actifs dans l’économie de leur pays, progressistes au niveau des idées, du savoir-faire et de l’expérience, nous, membres de la diaspora, sommes parfois coupables de ce que nous sommes… pardon, de ce que nous étions. Dans nos sociétés traditionnelles, le voyage a toujours été source d’enrichissement à travers l’ouverture aux autres. Mais bizarrement, il n’est pas rare que la chienlit soit au rendez-vous des rencontres de la diaspora. Elle prend les contours de querelles manifestement marquées par un repli sur soi avec des divergences sur la langue à utiliser : « Pourquoi parler wolof ? » « Pourquoi le Pulaar est à la mode depuis mars 2012 ? »

« Et nous les Soninkés, toujours minoritaires ? »… Pour finalement finir par tenir les discours en français. Histoire de ne choquer personne. Et c’est très logique, bien sûr.

Par Moussa DIOP

« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ». La réflexion de Nietzsche s’applique à ceux qui s’entourent d’une auréole de poncifs énoncés de manière péremptoire qu’ils veulent véridiques. Comme déclarer « tout de go » que les immigrés « ne se hisseront jamais au sommet » de leur pays d’accueil. C’est une conviction, pas la vérité. Et cela ne fait pas très sérieux.

Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Il suffit d’ouvrir les yeux. Au delà des clichés, la diaspora sénégalaise aux Etats-Unis est fière d’avoir des professeurs issus de leur pays d’origine dans les grandes universités d’Outre-Atlantique à côté des braves gens anonymes qui s’en sortent au quotidien. En France, un tour à la Défense, le quartier des affaires de Paris, aux heures de pause, permet souvent d’entendre parler wolof, pulaar ou soninké, aux pieds des immeubles.

L’ensemble des pages de ce journal ne suffirait pas à lister ceux qui occupent des postes de responsabilité dans leurs pays d’accueil.

Donc, « Echec de l’immigration à la sénégalaise », titre choc d’un texte (on ne peut qualifier le genre), paru dans la presse en ligne, joue son rôle de provocateur et devient un vrai « piège à click ». L’ennui, c’est qu’il est un faux sermon de vérité. « Immigration à la sénégalaise ? » Fumisterie. Je parlerai d’immigration sénégalaise. Et ce n’est pas la seule incompréhension. Il faut s’agripper sur sa chaise pour ne pas tomber quand on y lit : « La vaste (sic) majorité des immigrés sénégalais est sans-papiers, clandestine. Ils sont rentrés par effraction ou en visiteurs occasionnels et ont décidé de rentrer sans être régularisés, avec tout ce que cela comporte comme contrainte en mouvements et opportunités ». Oui, le phénomène existe, mais on ne peut pas parler de « vaste majorité ». Avancer de tels propos, c’est ignorer que l’immigration sénégalaise en France (pays où ils sont le plus présents) fait partie des 40% de l’immigration familiale qui entre régulièrement dans ce pays par an. Par exemple, il y a eu 210.000 entrées d’étrangers en France en 2014 parmi lesquels 92.000 le sont pour des raisons familiales. Les étudiants composent 65.000 de ces entrées annuelles. En dehors de la France, les entrées irrégulières existent aussi mais sont, aujourd’hui, de moins en moins possibles.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Après avoir dénoncé, avec un dédain de haut « casté » social, ceux qui n’ont pas d’autres choix que les petits boulots, je trouve que c’est courageux d’en faire, l’auteur poursuit dans son chemin mal éclairé : « Les Sénégalais ne visent pas le meilleur des pays où ils sont : ils ne sont pas industriels, propriétaires de restaurants ou de magasins, d’usines de fabrication, de tours, de services à haute valeur ajoutée ou tout autre symbole industriel et moderne ». C’est d’abord méconnaitre ce qu’est une diaspora. C’est également ignorer qu’à Paris un grand couturier sénégalais a réussi à hisser son entreprise à un haut rang dans l’estime et la production ; l’une des plus grandes poissonneries du 18ème arrondissement appartient à des Sénégalais ; les restos africains les plus prisés de la capitale française sont sénégalais et gérés par des Sénégalais. Ailleurs qu’en France, à Milan, à coté de la Piazza Lima, un restaurant sénégalais fait légion, des associations sénégalaises ont apporté une aide financière aux populations italiennes durement touchées par le séisme en août 2016.

A Bruxelles, le « Dakar », une institution culinaire gérée par un jeune sénégalais dans le quartier de Matongué, accueille une clientèle diversifiée. Le foisonnement digital de jeunes Sénégalais de la diaspora avec leur start-up est au cœur de l’économie nouvelle.
Non, l’immigration sénégalaise n’est pas en échec.

Elle a certes besoin d’être plus organisée à travers de vraies structures utiles. Les coquilles vides actuelles ne nous permettent pas de mieux peser sur la Soft Power, par exemple. Pour cela, il faudra s’inspirer de ce que la diaspora indienne a réussi à travers des associations comme la Global Organisation of People of Indian Origin (Gopio) basée à New York, entre autres. Le Gopio a grandement pesé pour l’obtention de l’Inde d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu et la reconnaissance du hindi comme l’une des langues officielles des Nations unies.

Méfions-nous des convictions et crevons les évidences.

• Par Moussa DIOP

Les 12 travaux d’Hercule

19 Juil 2016
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Les magnifiques paysages naturels de Corse, le charme des bateaux-mouches de la Seine qui voguent à la découverte de Paris et la rafraîchissante brume matinale nécessaire pour affiner le goût particulier des courgettes de Normandie finissent par ne plus avoir d’effets sur les étudiants sénégalais. L’éclat de l’image « cartes postales » a jauni pour eux sous l’effet d’un labeur épuisant pendant l’été dans des sites touristiques et régions agricoles françaises. Souvent pas boursier, l’étudiant sénégalais en France expérimente de juin à août les 12 travaux d’Hercule, des jobs d’été. Le jeune Sénégalais peut faire 12 heures par jour de « plonge » pour nettoyer la vaisselle dans les cuisines de grands restaurants de Bonifacio, la très touristique cité de Corse du Sud. Un rythme qu’il soutient puisque l’ayant expérimenté, à moindre dose, tout au long de l’année dans un miteux restaurant universitaire dans sa résidence.

Son désir d’empocher un bon salaire pendant l’été amène l’étudiant sénégalais à accepter de faire, sans formation préalable, des Canistrellis : ces biscuits Corses dont le croquant et le parfum en font des produits de saison prisés par tous les touristes qui parcourent la grande île. En Corse du nord, dans un village situé entre les montagnes et la mer, près de Bastia, un jeune Sénégalais préfère ne pas faire trempette à la plage pour tremper dans l’huile chaude des bouts de farine passés au pétrin. Ce jeune étudiant en Licence de géographie à Paris, venu de Diourbel, est devenu un spécialiste des « Frappes » : des beignets goûteux au sucre dont la fabrication occasionne malheureusement des brûlures du fait des éclaboussures d’huile.

Dans une paillote du sud de la France, l’étudiant sénégalais dans une petite école d’ingénieur de Lyon s’accommode facilement de l’étiquette de pizzaïolo grâce à son esprit cartésien qui lui permet de maitriser les savants dosages des ingrédients et de la pâte du célèbre plat italien. Un jeune Sénégalais de Dijon se retrouve commis de cuisine dans un restaurant de la place de Clichy à Paris. Plusieurs autres étudiants sénégalais sont également présents dans le secteur de la restauration rapide comme « équipier » au Mc Do, chez Quick ou Kfc, au rythme de travail effréné à Paris, ville la plus touristique au monde. Les caisses de supermarchés, de boutiques de vêtements et les guichets de salles de spectacle sont des endroits réputés pour les filles aux frêles épaules.

Les plus fortes, puis toutes celles et ceux qui n’ont pas le choix se rabattent sur les vendanges ou le travail agricole : les cueillettes de melons ou de courgettes (fruits et légumes qui poussent à même le sol) dont une seule journée de ramassage, sous un soleil de cagnard, met un dos en compote. Ce n’est pas une image mais bien une réalité. La cueillette des oranges, des fraises et des pommes ne sont pas simple non plus, mais causent moins de ravage corporel.

Ces 12 travaux d’Hercule sont accompagnés par une pression des employeurs qui espèrent un bon chiffre d’affaires sur les deux à trois mois que dure la saison, pour leur permettre d’être à l’abri du besoin le reste de l’année. Les énormes enjeux financiers sont subis par les jeunes sénégalais. En exemple, la peur d’une famille normande exploitante agricole de la mauvaise qualité de sa récolte de courgettes à cause d’un manque d’ensoleillement a pris la forme d’un harcèlement continu sur un étudiant sénégalais qui n’irait pas assez vite dans le travail. Donc, peur d’une perte à gagner mais espoir d’un gain d’expérience. Les jobs d’été pour les étudiants sénégalais sont synonymes de premier contact avec le monde professionnel.

En effet, c’est un véritable parcours initiatique à travers la recherche d’une place libre mais aussi les tracas administratifs avec la demande d’une autorisation de travail. La législation française autorise 18 heures de travail par semaine aux étudiants sénégalais de septembre à mai. La restriction est levée durant les trois mois des grandes vacances. A toutes ces difficultés, on oppose facilement les sommes parfois colossales amassées : une bonne saison de trois mois dans un grand restaurant en Corse peut atteindre près de 6000 euros.

Pour tous les étudiants sénégalais, les jobs d’été permettent de renflouer les poches afin de faire face aux exigences liées à l’inscription (500 euros en moyenne), au paiement du logement durant l’année, aux frais de transport, à la nourriture, voire l’envoi d’argent au Sénégal. C’est une nécessité pour tous ceux et celles qui ne disposent pas d’une bourse de l’Etat ou n’ont pas de parents aisés. 

Par Moussa DIOP

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Last modified on mardi, 19 juillet 2016 14:26

Le Sénégalais est un être hybride avec une grande capacité de s’adapter à l’environnement d’accueil ou de passage tout en gardant les spécificités qui font son Adn. La laïcité française, très différente de celle du Sénégal, interpelle d’abord le primo arrivant sénégalais. Il finit par s’habituer à allier Ramadan et non aménagements des horaires de travail ou de cours. Contrairement au Sénégal où on peut allégrement faire sa prière sur son lieu de travail au vu et su de tout le monde, en France, c’est interdit par la laïcité qui y a court.

Définie par Albert Jacquard, elle « est l’acceptation de toutes les opinions et de tous les comportements qui savent respecter l’autre ». C’est le fruit d’un long processus de maturation qui avait pour but de « mettre fin à l’existence de « deux France » », selon Jean Baubérot, le grand spécialiste des questions de laïcité en France. « Deux France » qu’on résumait entre catholique et protestants au Moyen-Âge, puis entre croyants et laïcs pour la période contemporaine.

Au Moyen-Âge, la société française obéissait aux règles de l’Eglise chrétienne. De l’instauration du gallicanisme par Philippe le Bel (1268 – 1314) avec des conséquences néfastes sur les minorités juives et protestantes à l’Edit de Nantes (1598) qui protégeait les adeptes du protestantisme à sa révocation (1685) occasionnant leur massacre, le Moyen-Âge français est marqué par des tourments religieux. Aux premières années de la Révolution (1789 – 1791), la liberté de conscience et de culte est proclamée avant que les religions ne soient combattues en 1793 par une séparation, sur le principe de l’Eglise et de l’Etat. C’est la continuité des « deux France ».

Avec le concordat de 1802, Napoléon instaure un régime pluriel des « cultes reconnus ». Autant à la Restauration qu’à la IIe puis IIIe  République, anti et pro cléricaux continuent de s’opposer sur la place de la religion. C’est la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 qui, en mettant fin au Concordat avec Rome, devait apaiser les tensions entre pouvoir spirituel et exécutif. Depuis lors, cette loi, fondement de la laïcité française, a été revisitée plusieurs fois. Sous la IV puis V République, les écoles confessionnelles bénéficient du financement de l’Etat français (jusqu’à 80% à partir de 1959) à condition qu’elles passent un contrat avec l’Etat sur le respect des programmes de l’enseignement public, ce qui leur permet d’avoir des activités religieuses.

Durant toute cette période, le catholicisme était dans le viseur des défenseurs de la laïcité à la française. A partir de la fin des années 1980, la donne va changer avec l’arrivée à l'école des enfants issus des premières générations d’immigrés.

Parmi eux, beaucoup viennent de l'Afrique de l'Ouest et du Maghreb. Le port du voile dit islamique est présenté comme n’étant pas incompatible avec la laïcité mais peut le devenir avec un certain nombre de comportement : prosélytisme, refus des cours sur la sexualité. Ainsi, les années 2000 sont marquées par un retour des « deux France » avec un changement notable du fait de la présence des Français musulmans en majorité issus de l'immigration. A la suite des attentats du 11 septembre, les débats sur l’incompatibilité de l’Islam et de la République reviennent régulièrement au cœur de l’actualité. Les hommes politiques ont pliés sous les coups de boutoir d’une certaine opinion avec la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes ostensibles à l’école publique. En clair, le port du voile musulman. La boucle, pour le moment, est bouclée avec la loi du 20 octobre 2010 qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public. Se retrouvant au cœur de ces « deux France », l’homo senegalensis, fort en adaptation, se plie à la loi tout en trouvant des solutions. Pour l’enseignement religieux des enfants, à défaut d’avoir toujours les moyens de les inscrire dans les écoles confessionnelles aux prix exorbitants, le système D est mis en place. Le cas d’associations comme le Bol d’Or du 18ème arrondissement de Paris peut être cité en exemple, avec un maître coranique venant tous les dimanches pour l'enseignement des enfants.

Pendant le Ramadan, être productif en entreprise malgré les 18 heures de jeûne quotidien est une nécessité sans aménagement d’horaires de travail, ni d’entorse sur l’injonction de ne pas prier sur son lieu de travail ou encore de mettre des chants religieux dans les quartiers. C’est cela aussi concilier foi et loi.

• Par Moussa DIOP

L'esprit perdu de Bandung
« Tu sais, ils nous appellent les moches », s'indigne, avec une pointe de résignation, une jeune franco-sénégalaise. L’objet de son indignation, dont on peut raisonnable avoir des doutes sur le fond du propos, est une publicité qui a tant fait parler ces dernières semaines où on voit un homme noir poussé dans une machine avant qu’en ressorte un Asiatique à la peau claire. Ne pas se voiler la face est de reconnaître que si une telle publicité arrive dans les écrans chinois, cela veut dire qu’il existe un vrai problème de racisme anti africain dans ce pays continent. Pourtant la diaspora chinoise est la première en Afrique ; elle est estimée à plus d’un million de membres.

Dans l’imaginaire collectif de certains, la beauté est blanche. Ce n’est d’ailleurs pas une idée dont les Asiatiques ont le monopole. Si dans l’Empire du Milieu, le pouvoir central du roi ne doit jamais dépasser la haie de bambou du village, il semble que dans la Chine moderne la beauté n’a pas traversé les frontières africaines pour s’incarner en noir. Une hiérarchie de la beauté qui rappelle, à bien des égards, les préjugés cachés sous le drapeau de la science de Ptolémée, d’Ibn Khaldun, Al Idrissi, le géographe arable du roi Roger II d’Espagne, de Bodin, ou encore Montesquieu qui ont tous, à un moment, eu à évoquer la théorie des climats qui faisait des africains les moins beaux, les moins intelligents mais aussi les plus dépourvus de vertu parmi tous les êtres humains. Les survivances de cet imaginaire collectif a dépassé le Moyen-âge pour devenir contemporain. Juste après les indépendances, les étudiants communistes africains, bénéficiant de bourses afin de poursuivre leurs études supérieures dans le pays de Mao, rentraient avec diplômes mais aussi des récits poignant sur le racisme dans « le pays frère ». Certes, l’ignorance est la mère de tous les vices mais dans la péninsule indienne, un véritable sous continent avec plusieurs pays (Bhoutan, Népal Pakistan, Inde, Bengladesh, Sri Lanka) où vit les Dravidiens, ces populations asiatiques à la peau noire et aux cheveux lisses, l’excuse ne tient pas. « Karopa », pour dire noir en Tamoul, n’est pas toujours teinté du sceau de l’amabilité.

En France, autre lieu de coexistence du fait des multiples vagues d’immigration, les choses ne sont pas simples. Ce substrat de racisme ancré chez certains parents de première génération d’immigrés asiatiques suinte comme une fosse à purin dont les néfastes effluves cassent l’harmonie familiale qui unit les fils d’immigrés venus d’Afrique et d’Asie.

La situation des noirs dans beaucoup de pays asiatique n’est pas des plus reluisant. La récente mort d’un professeur Congolais en Inde est un énième fait divers tragique avec les ratonnades régulières d’un autre âge dont sont victimes les africains (hommes d’affaires, étudiants ou simples migrants).

On est loin de la conférence de Bandung, en Indonésie, de 1955 au cours de laquelle, colonisés africains et asiatiques se tenaient par la main pour construire un destin et un avenir commun face à la colonisation. Pourtant, il y a une collaboration économique dynamique entre pays asiatiques et africains. La Chine est devenue un vrai challenger pour concurrencer Français et Anglais en Afrique de l'ouest et au Maghreb comme en Algérie. Elle est le 1er exportateur de matières premières en Afrique. Ce sont des échanges qu’on aimerait se poursuivre sur d’autres terrains comme celui dans la culture et de la tolérance. De quoi assurer la survie de l'esprit de Bandung.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 14 juin 2016 15:18

Etonnement

18 Mai 2016
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« Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont », écrivait Aristote dans La Métaphysique. L’un des pères de la Philosophie y faisait écho au fait que l’étonnement est le point de départ de la marche de toute une vie. En effet, à travers l’étonnement, on observe pour comprendre et, si possible, ordonner par la suite la connaissance. Donc, s’étonner pour comprendre, puis progresser avec le savoir. Si, à travers l’étonnement, Aristote s’est frotté au monde, ce dernier s’en est retrouvé changé à jamais. La France, au contact des étrangers, se retrouve changée à jamais… enfin, sur certains points. Les préjugés ont la vie dure, semble-t-il. En 2010, une étude faite par l’économiste Xavier Chojnicki estimait à 68,4 milliards d’euros les prestations versées aux immigrés et à 72,026 milliards leurs cotisations dans les poches de l’Etat français. Ce qui fait un différentiel positif de plus de 3 milliards d’euros pour l’Etat français. L’année 2005 est bien symbolique de l’apport des étrangers en France. « La contribution nette globale de l'immigration au budget de l'Etat serait ainsi positive et de l'ordre de 12 milliards d'euros pour l'année 2005 ; un immigré aurait effectué en moyenne un paiement net de l'ordre de 2250 euros contre un peu plus de 1500 euros pour un autochtone ». En clair, les étrangers font mieux marcher l’économie française que les Français. Les étudiants étrangers, le cheval de Troie de l’immigration, selon ses détracteurs, ne sont pas en reste. Chaque année, ils coûtent 3 milliards d’euros et en rapportent 4,65 milliards d’euros à l’État français. C’est la conclusion d’une étude menée par l’institut Bva pour Campus France, publiée fin 2014.

Alors l’étonnement de voir que, dans un rapport rendu public le 9 mai 2016, Jacques Toubon, le défenseur des droits, une institution de l’Etat français « complètement indépendante »,  s’insurgeait contre une « logique de suspicion » envers les étrangers. Le rapport met à nu « l’ensemble des obstacles qui entravent l’accès des étrangers aux droits fondamentaux » comme la scolarisation ou la santé. Ces obstacles sont des discriminations, des inégalités, des préjugés et de la méfiance dans un contexte de la crise des réfugiés et de la montée des idées d’extrême droite en Europe.

En France, les étrangers sont confrontés aux « restrictions d’accès à l’emploi », notamment pour les métiers en tension qui font l’objet d’une autorisation.

Peut-on encore s’étonner que, dans une logique de politique restrictive migratoire, les contrôles d’identité prennent les formes d’un ciblage des étrangers ? S’étonner n’est pas toujours permis.

• Par Moussa DIOP

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