Success Story (10)

Après avoir remporté le Trophée des associations organisé par Edf, en empochant 13 millions de FCfa qui ont permis d’acheter un terrain à Keur Mbaye Fall, l’association Les Petites gouttes (Lpg) a lancé une campagne pour construire la maison Lpg dédiée aux talibés et personnes souffrant d’un handicap.

La première étape fut l’organisation du Gala annuel Lpg. Entre le sponsoring, la tombola, les bénéfices tirés de différentes ventes (repas, produits dérivés), Les Petites gouttes ont récolté 12.500 euros (un peu plus de 8.100.000 FCfa). Plus de 400 personnes avaient ainsi répondu à l’appel de l’association, le samedi 8 avril à Paris. Des Sénégalais de la diaspora et de l’intérieur, mais aussi des Français s’étaient réunis pour l’occasion autour d’un repas préparé par Yakalma, un traiteur sénégalais établi en France. Le spectacle était également sur scène. Il était assuré par des artistes comme Ma Sané. La chanteuse a fait le show en donnant un cachet citoyen à sa prestation en insistant sur « la noble cause de réunir assez de fonds pour financer les projets des Petites gouttes ». L’association se fixe comme objectif l’accompagnement des populations défavorisées au Sénégal, visant les enfants comme cible principale, notamment les talibés et les personnes souffrant d’un handicap, à l’image des albinos. D’autres artistes ont participé à la soirée. Il s’agit d’Aïdara, de Neega Mass, idymann, Diarra Dieng, le danseur Mams Tall, Driss Fario, Nasree Jop, Fata el presidente... Animée par Khady Diallo, la touche originale de cette soirée de gala était, sans doute, les défilés avec des modèles dont la tête était couverte de turbans aux couleurs chatoyantes faits par Marième Sow et habillées par Seneglam, une marque qui allie tradition et modernité en utilisant le wax. Les différents passages étaient rythmés par des tubes de mbalakh. Un autre moment fort du gala fut le tirage au sort d’une tombola. Plusieurs lots ont été distribués : voyage d’une semaine en Croatie, voyage de trois jours dans un Riad à Fès (Maroc), des week-end à Londres. L’événement a été clôturé par une soirée dansante animée par Dj pépé. Depuis sa création, en 2014, l’association Les Petites gouttes a réalisé plusieurs actions : dotation de matelas, de produits d’hygiène, « set settal » des daaras, organisation de visites médicales de masse, chirurgie de deux enfants atteints de handicap, don de crèmes solaires à des albinos (en partenariat avec une association hollandaise), suivi ophtalmologique des albinos. Toutes ses actions sont essentiellement financées par la cotisation mensuelle des membres, les dons de personnes, la participation à des concours réservés aux associations (Natixis, Edf), les évènements organisés en France (dîner, gala, tournois de foot).

Moussa DIOP et
Abdoulaye BA (Lpg)

28 Tirailleurs sénégalais ont été naturalisés Français, samedi, à l’Élysée, par François Hollande.

Fiers, malgré plus de 50 ans d’attente, les anciens combattants africains ont reçu leur certificat de nationalité française des mains du président français. Dans le détail, ils sont 23 Sénégalais, 2 Congolais, 2 Centrafricains et 1 Ivoirien. Pour arriver à ce résultat, il aura fallu un combat de plusieurs années. Le dernier en date est une pétition lancée par Aïssata Seck, adjointe à la mairie de Bondy (ville située en région parisienne) et petite-fille d’un ancien combattant sénégalais. Lancée en novembre 2016, la pétition a recueilli 63.746 signataires. Ce qui a fait bouger des positions sclérosées depuis 1960. Devenue porte-parole de la campagne de Benoit Hamon, candidat à la présidentielle française, Aïssata Seck reconnaissait que ce dernier a été accroché par son combat et le projet qu’elle porte pour les Tirailleurs sénégalais. La pétition évoquait le sort des Tirailleurs sénégalais ainsi : « Ces Français par le cœur sont dans des situations terriblement précaires. Munis de simples cartes de séjour, ces retraités n’ont d’autre choix que de rester seuls sur le territoire français. Partir finir leur vie au Sénégal, près de leurs familles, signifierait perdre leurs faibles pensions ; un choix matériellement impossible ». Après ces premières naturalisations, d’autres devraient suivre dans les prochains mois. Nés entre 1927 et 1939, les vétérans décorés samedi vivent, pour la plupart, en région parisienne et vont donc recouvrer une nationalité qu’ils avaient perdue à l’indépendance des colonies, en 1960. Il s’agit de « reconnaître l’engagement et le courage des Tirailleurs sénégalais issus de l’Afrique subsaharienne, qui ont combattu pour la France dans les différentes opérations militaires entre 1857 et 1960 », explique-t-on du côté de la présidence française. Les Tirailleurs sénégalais sont créés en juillet 1857 par décret de l’empereur Napoléon III, sous le second empire, sur demande de Faidherbe, gouverneur de Saint-Louis. Leur enrôlement pour la Première Guerre fut contraint. Mais, en général, l’engagement des troupes militaires et des Tirailleurs se faisaient en fonction des besoins. Des sources montrent que Blaise Diagne, chargé du recrutement en Afrique de l’Ouest, avait réussi à en enrôler 78.000. Certains chiffres font état de 200.000 Tirailleurs sénégalais mobilisés lors de la grande guerre, dont environ 30.000 morts. Ce sont des estimations largement en dessous des réelles pertes africaines, si on se réfère aux erreurs du passé dans ce sens.

Moussa DIOP

C’est un paradoxe : quand des statistiques montrent que les immigrés au Québec éprouvent plus de difficultés pour décrocher un emploi en comparaison aux autres vivant ailleurs en Amérique du Nord, Doudou Sow, un Sénégalais installé dans ce pays, vient d’être primé pour son apport dans l’intégration des immigrés par le travail.

Arrivé au Canada il y a 12 ans, Doudou Sow a fini par y devenir une personnalité qu’on érige en exemple. En effet, conseiller à l’emploi, Doudou Sow s’est illustré en facilitant l’intégration des étrangers par le biais du marché du travail. Il vient d’être primé par la Table Ronde du « Mois de l’histoire des Noirs », édition 2017. Il a reçu son prix le 2 février dernier à l’hôtel de Montréal en présence du maire de Denis Coderre. « C’est une distinction qui magnifie un travail entamé depuis des années, commente-t-il au téléphone. Je travaille avec le regroupement des Sénégalais du Canada ainsi que celui des Ivoiriens, des Camerounais, des Algériens. J’essaie de leur trouver une réelle place au sein de la société canadienne ». Doudou Sow pense que c’est grâce à l’emploi que l’immigré pourrait se sentir « parfaitement intégré dans la société d’accueil en contribuant sur le plan économique, social et culturel. « Le Québec a recruté des cerveaux qui ne lui ont rien coûté et c’est un gaspillage de compétences que de les laisser sur le carreau et de ne pas leur donner un emploi ». Premier facteur d’intégration et de socialisation d’un individu, l’emploi est également vu sous l’angle militant par Doudou Sow.

« Quand on aide un migrant, on aide aussi le pays d’origine car on sait qu’au Sénégal, la contribution de la diaspora est très importante au sein des familles et de l’économie nationale ». Prenant sa distinction comme une « réponse à ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis (décret sur l’immigration, ndlr) et en France (montée des idées d’extrême droite, ndlr) », Doudou Sow décrit un « pont entre les migrants et la société d’accueil », car les immigrés cotisent, permettent au Québec de garder son caractère français, ce qui ralentit le recul de cette langue », fait-il remarquer. C’est une distinction qu’il a dédié à son épouse (Aïcha Fall-Nous avons connu trois années difficile car elle souffrait d’un cancer du sein) mais aussi à l’ensemble de la diaspora qui se distingue favorablement au Canada. C’est une manière également de rappeler un parcours pas toujours rectiligne mais encadré par des valeurs. « Depuis l’enfance, j’ai toujours été interpellé et choqué par l’injustice sociale.

C’est ce qui m’a poussé vers les études sociologiques, notamment celle explicative et compréhensive de Durkheim et de Weber », déclare-t-il.

Sa quête entamée à l’Université de Saint-Louis sera poursuivie à Rennes, en France. « Diplôme de Sociologie en poche, je suis spécialiste en travail et organisation avant de quitter la France pour le Canada et devenir un spécialiste en politique d’emploi et des pratiques novatrices ». Conseiller en emploi, sociologue, consultant, conférencier, Doudou n’en est pas moins écrivain. Le Sénégalais est l’auteur de deux ouvrages qui s’avèrent être des méthodologies sur l’emploi des migrants : « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante » (Paru avril 2014) puis « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » (Avril 2014), parus le même jour. « Je pense être la seule personne à sortir deux ouvrages le même jour, sourit-il ».

Moussa DIOP

« Vous faites honneur à la Nation sénégalaise dont le legs est un bien commun ». C’est ainsi que s’est justifié le président Macky Sall, en décembre dernier, lors de sa visite d’Etat, pour avoir décoré 11 Sénégalais résidant en France.

Très active dans l’humanitaire, Rose Angèle Faye a été faite « Chevalier de l’Ordre national du Lion ». « Une décoration dans l’Ordre national du Lion est quelque chose de très exceptionnelle. Je suis très ravie. J’ai été décorée à travers l’ensemble des actions humanitaires que je mène avec l’Ong « Hôpital Assistance Internationale » et bien avant, avec l’association « Lorraine pour Yenguélé ».

Bien évidemment, quand on donne à son pays, on n’attend rien en retour. Toutefois, quand on a en retour la reconnaissance de son pays, remis par le chef de l’Etat, qui par ailleurs est un grand ami m’accompagnant sur tout ce que je fais, c’est un grand honneur pour moi. Je le remercie pour la confiance et l’encouragement à travers cette décoration.

Je continuerai à travailler pour mon pays et j’incite toutes les personnes qui peuvent faire un petit quelque chose à le faire. Nous, personnes de la diaspora, pouvons faire beaucoup pour notre pays.

Je continuerai à participer, modestement, au Plan Sénégal émergent dans le secteur de la santé. J’ai une pensée pour tous les membres de la diaspora qui contribuent discrètement au rayonnement du Sénégal ». Dix autres personnes ont reçu des distinctions honorifiques de la République sénégalaise. Il s’agit de Bassirou Sène, ambassadeur du Sénégal à Paris qui a été élevé au grade d’Officier de l’Ordre national du Lion. Tous les autres récipiendaires sont des Chevaliers de l’Ordre national du Lion.

Il s’agit de Abdou Pène, notaire ; Moussa Touré, chef religieux ; El hadji Amadou Gueye Sy, Secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge ; Seydou Demba Bâ, président d’association, Boubou Sakho, président de l’association des ressortissants de Bakel ; Amadou Dia, gérant de la société Diam ; El Hadj Ibrahima Ndiaye, maître-tailleur ; Simon Ndiaye, avocat et Maître Barthélémy Faye, avocat.

Avocate de formation, diplômée en droit international et en économique, Assa Cissé a travaillé dans le secteur de la Banque avant d’intégrer un cabinet d’avocats où elle accompagnait des investisseurs au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Une carrière riche qu’elle compte mettre entre parenthèses pour s’investir dans la production de poivre et d’ail au Sénégal.

« J’ai toujours poussé ma famille à aller vers l’agriculture. Et comme chez nous, les gens ne croient pas tant qu’ils n’ont pas de preuve évidente, j’ai décidé de m’engager personnellement dans dans ce secteur pour montrer l’exemple », sourit malicieusement Assa Cissé. Déterminée et sûre de ce qu’elle veut, la jeune sénégalaise a surpris son monde et son entourage.

Devenir productrice de poivre
« Pour beaucoup, la réussite c’est l’Europe alors qu’on peut réussir au Sénégal. Aujourd’hui, le Sénégal importe tout son poivre. Ce qui coûte extrêmement cher. J’ai proposé à mes cousins d’investir, avec moi, dans ce secteur. Nous allons démarrer sur une superficie de 2 hectares et nous allons voir ce que cela va donner. Mais je sais que cela va marcher », s’enthousiasme Assa Cissé. La sénégalaise qui vit en France depuis plusieurs années a mis dans le projet toutes ses économies. « Nous avons démarré nos activités au mois d’octobre dans la région de Kédougou », informe-t-elle. Ayant la suite dans les idées, elle avait acheté les semences. Une opération qui n’a pas été sans difficultés. « Nous faisons venir les semences de Madagascar jusqu’en France puis la marchandise a été être acheminée vers le Sénégal. C’est très difficile comme trajet. La grande difficulté est donc la logistique ». Elle n’a pas eu d’autres choix que d’utiliser ce trajet de contournement puisque son ambition d’acheter des semences en Côte d’Ivoire a été nettement refroidie par la possibilité de payer des frais douaniers « à l’entrée et à la sortie de chaque frontière » entre la Cote d’Ivoire et le Sénégal. « Nous sommes normalement dans le marché commun de la CEDEAO mais dans les faits, ce n’est pas le cas, s’insurge-t-elle. Il y a des procédures qui ont été introduites par des avocats nigérians pour dénoncer ces injustices, des Etats ont été condamnés mais ils ne changent pas leurs règles. Je connais la procédure pour introduire une action au sein de la CEDEAO, je me réserve le droit de la faire. Ces entraves m’ont obligé d’acheter de la semence à Madagascar alors que la Côte d’Ivoire est toute proche. J’ai fait l’acquisition de cinq sacs de 25 kilos ». En 2016, la jeune femme avait vertement interpellé Jean-Pierre Senghor, le coordonnateur national du Programme des Domaines agricoles communautaires (Prodac) de l’époque, sur sa situation et l’accompagnement qu’elle pourrait bénéficier. « Il m’avait dit que commencer par 100 hectares fait peur. C’est ce que je souhaitais à l’origine. Il m’avait conseillé de débuter l’activité avec 20 hectares. C’est ce qui fait que nous ayons privilégié les 2 hectares ».

L’importance de l’accompagnement
Lors de la mise en place de son entreprise, Assa Cissé s’est rendue compte qu’il faut connaître la réglementation pour accéder au marché sénégalais. Elle prend exemple sur son expérience à Dubaï. « Les choses y sont claires car il y a des zones franches. Quand une personne veut créer un projet, elle ne fait que poser ses valises. Je sais que les présidents Wade et Sall ont repris ce concept. En sachant comment ça marche et quelles sont les difficultés, je vais faire la même chose au Sénégal ». C’est pour cela qu’elle a créé l’Institut africain des droits et procédure au Sénégal qui projette d’accompagner les entrepreneurs sénégalais et de la sous-région. En voyageant, Assa Cissé avoue s’être rendue compte que l’agriculture est le secteur où il faut investir. Cependant, il y a plusieurs choses à améliorer. « En Afrique de l’Est, c’est comme à Dubaï. Vous allez au ministère du commerce et toutes les informations sont à disposition.

Au Sénégal, certaines questions, toutes simples, n’aboutissent pas aux réponses les plus simples. Par exemple, en termes d’exemption fiscale, si vous importez des semences, vous n’êtes pas obligé de payer les droits de douane car le Sénégal veut promouvoir les entrepreneurs agricoles. 
Normalement l’importation de semence est soumise à des exonérations. Au Sénégal, il y a des règles mais les gens ne le savent pas toujours. »

Par Moussa DIOP

Sénégalais vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années où il exerçait le métier d’ingénieur télécom, Ismaël Ndiaye s’est posé de multiples questions sur l’opportunité de rentrer au Sénégal à partir de 2009. Trois ans plus tard, il a fini par décider de s’investir dans le domaine agricole.

Comment expliquer qu’un ingénieur télécom avec de fortes responsabilités dans une grande entreprise internationale prend la décision de tout laisser tomber pour l’agriculture ? « La routine ! », répond simplement Ismaël Ndiaye, avec un sourire en coin. Mais encore… « J’en avais marre de métro, boulot, dodo même si j’avais une belle situation en France ». Le quadra sénégalais pensait d’une part, pouvoir apporter quelque chose au Sénégal mais il avait aussi « envie de retrouver (s)es racines ». Pour cela l’agriculture fut le meilleur moyen. « En se lançant dans le secteur agricole, l’idée était de trouver un domaine rentable. Cela fait partie de la réflexion quand on décide de rentrer ». Dans sa réflexion de changer de braquet professionnel, Ismaël Ndiaye n’oublie pas ses vieux reflexes liés à sa formation. « Ainsi, j’ai eu une approche d’ingénieur en me documentant, en m’informant sur le domaine agricole. A partir de là, j’ai décidé de retourner dans le village de mes ancêtres qui est à côté de Saint-Louis, à quelques kilomètres de l’Université Gaston Berger ».

Retour aux sources
Un retour et une installation qui se sont faits de manière progressive. « J’ai demandé au village tout entier de m’appuyer pour disposer de l’acquisition des terres. Il y a eu quelques petites réticences mais finalement tout s’est bien passé. J’ai pu avoir 50 hectares. Par chance, ce sont les terres où mes grands-parents faisaient la culture ».

Les conditions acquises, Ismaël se lance dans le grand bain de sa nouvelle aventure en prenant le soin de passer par une phase test. « J’ai aménagé 5 hectares sur fonds propres. J’ai importé du matériel d’Italie pour l’aménagement et le ravalement des champs. Par la suite, j’ai lancé la phase de test à partir de fin 2013. La récolte a eu lieu en début 2014. Je cultivais du piment, des aubergines africaines et des pastèques. Cela s’est très bien passé. J’ai eu confirmation que les terres étaient arables et qu’elles étaient opportunes à l’agriculture que je souhaitais faire ». Seul grand bémol, il n’avait pas bien anticipé la phase de stockage. Pour expliquer son erreur, le néo exploitant agricole confesse n’avoir « aucune structure venant d’une quelconque organisation ou organisme pour (l)’accompagner ». Les conséquences sur l’économie locale sont directes : sa récolte abonde le marché local. « J’étais obligé de vendre puisque je n’avais pas de structures de stockage. Notre récolte de piment avait « inondé » et saturé le marché local de Saint-Louis. Ce qui avait fait baisser les prix ».

Exemple pour la diaspora
Beaucoup de Sénégalais de l’étranger souhaitent s’investir dans le domaine agricole. A ceux-là, Ismaël Ndiaye fait un retour d’expérience. « Pour le montage de la société, je suis passé par l’Apix et j’ai dû bénéficier du CDI, le code des investissements. Ce qui m’a permis d’importer du matériel avec des frais de douane nuls. Cependant, au niveau de la phase de test, je n’ai malheureusement pas eu d’accompagnement ». Le désormais exploitant agricole confesse qu’il a eu beaucoup de beaux discours mais les actes ne suivent pas toujours. « Je ne suis pas seul dans le cas d’avoir commencer ma phase de test sans être accompagné ». Toutefois, Ismael Ndiaye se dit capable « d’employer l’ensemble des personnes de (s)on village natal et ceux des villages environnants, entre 200 à 300 personnes dans la première phase ».

Le jeune homme est conscient qu’il faut croire en l’agriculture mais aussi aux risques pris : « On n’a pas de garantie pour récupérer l’argent mis au démarrage du projet, consent-il. Je déconseille à tout le monde d’aller vers cette aventure avec des fonds personnels, ce qui a été mon cas ». En effet, pour financer son exploitation, il a mis ses fonds propres à hauteur de 150 000 euros, l’équivalent de 100 millions de francs CFA entre 2009 et 2016. « Ce sont les économies du fruit de mon travail quand j’étais ingénieur en France entre 1999 à 2009 ».

La phase industrielle
D’autant plus que pour passer à une approche industrielle, il faut des financements. « Elle ne se fait pas qu’avec des économies. Il s’agit de gros financement. J’attends un partenaire, privé ou public, qui soit capable d’apporter au moins une partie des fonds nécessaires pour le démarrage industriel de l’activité ». En attendant, la phase de test lui a permis de régler les charges comme le paiement des journaliers (50 personnes employées par jour pour la récolte du piment, par exemple). « Ce que j’ai gagné dans cette phase de test, environ 15 millions de F CFA, a été redistribué aux villageois employés ».

C’est avec circonspection qu’il regarde les solutions proposées au sein des Domaines agricoles communautaires. « J’attends de voir parce qu’il me semble que le Prodac ne finance pas de projets. Je pense qu’il serait bien d’avoir une forme de connexion avec des initiatives privées. L’objectif est la création d’emplois, des initiatives comme la mienne y participe grandement ». On ne peut que lui donner raison.

Par Moussa DIOP

Dans un pays où il y a 37 milliards de m3 d’eau par année et 4 millions d’hectares de terres cultivables, l’engagement dans le secteur agricole est une réalité. La diaspora ne compte pas rester en retrait et veut s’approprier des possibilités offertes par l’agriculture. Les Sénégalais de l’étranger, arrivés à un certain niveau de leur carrière professionnelle en France,privilégient le retour aux racines et aux origines en investissant symboliquement dans le domaine agricole. Les parcours d’Assa Cissé et d’Ismaïla Ndiaye sont représentatifs de ce mouvement.

Assa Cissé : Du cabinet d’avocats à Paris aux champs de Kédougou
Assa CisséAvocate de formation, diplômée en droit international et en économique, Assa Cissé a travaillé dans le secteur de la Banque avant d’intégrer un cabinet d’avocats où elle accompagnait des investisseurs au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Une carrière riche qu’elle compte mettre entre parenthèses pour s’investir dans la production de poivre et d’ail au Sénégal.

« J’ai toujours poussé ma famille à aller vers l’agriculture. Et comme chez nous, les gens ne croient pas tant qu’ils n’ont pas de preuve évidente, j’ai décidé de m’engager personnellement dans dans ce secteur pour montrer l’exemple », sourit malicieusement Assa Cissé. Déterminée et sûre de ce qu’elle veut, la jeune sénégalaise a surpris son monde et son entourage.

Devenir productrice de poivre
« Pour beaucoup, la réussite c’est l’Europe alors qu’on peut réussir au Sénégal. Aujourd’hui, le Sénégal importe tout son poivre. Ce qui coûte extrêmement cher. J’ai proposé à mes cousins d’investir, avec moi, dans ce secteur. Nous allons démarrer sur une superficie de 2 hectares et nous allons voir ce que cela va donner. Mais je sais que cela va marcher », s’enthousiasme Assa Cissé. La sénégalaise qui vit en France depuis plusieurs années a mis dans le projet toutes ses économies. « Nous avons démarré nos activités au mois d’octobre dans la région de Kédougou », informe-t-elle. Ayant la suite dans les idées, elle avait acheté les semences. Une opération qui n’a pas été sans difficultés. « Nous faisons venir les semences de Madagascar jusqu’en France puis la marchandise a été être acheminée vers le Sénégal. C’est très difficile comme trajet. La grande difficulté est donc la logistique ». Elle n’a pas eu d’autres choix que d’utiliser ce trajet de contournement puisque son ambition d’acheter des semences en Côte d’Ivoire a été nettement refroidie par la possibilité de payer des frais douaniers « à l’entrée et à la sortie de chaque frontière » entre la Cote d’Ivoire et le Sénégal. « Nous sommes normalement dans le marché commun de la CEDEAO mais dans les faits, ce n’est pas le cas, s’insurge-t-elle. Il y a des procédures qui ont été introduites par des avocats nigérians pour dénoncer ces injustices, des Etats ont été condamnés mais ils ne changent pas leurs règles. Je connais la procédure pour introduire une action au sein de la CEDEAO, je me réserve le droit de la faire. Ces entraves m’ont obligé d’acheter de la semence à Madagascar alors que la Côte d’Ivoire est toute proche. J’ai fait l’acquisition de cinq sacs de 25 kilos ». En 2016, la jeune femme avait vertement interpellé Jean-Pierre Senghor, le coordonnateur national du Programme des Domaines agricoles communautaires (Prodac) de l’époque, sur sa situation et l’accompagnement qu’elle pourrait bénéficier. « Il m’avait dit que commencer par 100 hectares fait peur. C’est ce que je souhaitais à l’origine. Il m’avait conseillé de débuter l’activité avec 20 hectares. C’est ce qui fait que nous ayons privilégié les 2 hectares ».

L’importance de l’accompagnement
Lors de la mise en place de son entreprise, Assa Cissé s’est rendue compte qu’il faut connaître la réglementation pour accéder au marché sénégalais. Elle prend exemple sur son expérience à Dubaï. « Les choses y sont claires car il y a des zones franches. Quand une personne veut créer un projet, elle ne fait que poser ses valises. Je sais que les présidents Wade et Sall ont repris ce concept. En sachant comment ça marche et quelles sont les difficultés, je vais faire la même chose au Sénégal ». C’est pour cela qu’elle a créé l’Institut africain des droits et procédure au Sénégal qui projette d’accompagner les entrepreneurs sénégalais et de la sous-région. En voyageant, Assa Cissé avoue s’être rendue compte que l’agriculture est le secteur où il faut investir. Cependant, il y a plusieurs choses à améliorer. « En Afrique de l’Est, c’est comme à Dubaï. Vous allez au ministère du commerce et toutes les informations sont à disposition.

Au Sénégal, certaines questions, toutes simples, n’aboutissent pas aux réponses les plus simples. Par exemple, en termes d’exemption fiscale, si vous importez des semences, vous n’êtes pas obligé de payer les droits de douane car le Sénégal veut promouvoir les entrepreneurs agricoles.
Normalement l’importation de semence est soumise à des exonérations. Au Sénégal, il y a des règles mais les gens ne le savent pas toujours. ».

Ismaël Ndiaye : L’ingénieur parisien devenu agriculteur à Saint-Louis
Ismael NdiayeSénégalais vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années où il exerçait le métier d’ingénieur télécom, Ismaël Ndiaye s’est posé de multiples questions sur l’opportunité de rentrer au Sénégal à partir de 2009. Trois ans plus tard, il a fini par décider de s’investir dans le domaine agricole.

Comment expliquer qu’un ingénieur télécom avec de fortes responsabilités dans une grande entreprise internationale prend la décision de tout laisser tomber pour l’agriculture ? « La routine ! », répond simplement Ismaël Ndiaye, avec un sourire en coin. Mais encore… « J’en avais marre de métro, boulot, dodo même si j’avais une belle situation en France ». Le quadra sénégalais pensait d’une part, pouvoir apporter quelque chose au Sénégal mais il avait aussi « envie de retrouver (s)es racines ». Pour cela l’agriculture fut le meilleur moyen. « En se lançant dans le secteur agricole, l’idée était de trouver un domaine rentable. Cela fait partie de la réflexion quand on décide de rentrer ». Dans sa réflexion de changer de braquet professionnel, Ismaël Ndiaye n’oublie pas ses vieux reflexes liés à sa formation. « Ainsi, j’ai eu une approche d’ingénieur en me documentant, en m’informant sur le domaine agricole. A partir de là, j’ai décidé de retourner dans le village de mes ancêtres qui est à côté de Saint-Louis, à quelques kilomètres de l’Université Gaston Berger ».

Retour aux sources
Un retour et une installation qui se sont faits de manière progressive. « J’ai demandé au village tout entier de m’appuyer pour disposer de l’acquisition des terres. Il y a eu quelques petites réticences mais finalement tout s’est bien passé. J’ai pu avoir 50 hectares. Par chance, ce sont les terres où mes grands-parents faisaient la culture ».

Les conditions acquises, Ismaël se lance dans le grand bain de sa nouvelle aventure en prenant le soin de passer par une phase test. « J’ai aménagé 5 hectares sur fonds propres. J’ai importé du matériel d’Italie pour l’aménagement et le ravalement des champs. Par la suite, j’ai lancé la phase de test à partir de fin 2013. La récolte a eu lieu en début 2014. Je cultivais du piment, des aubergines africaines et des pastèques. Cela s’est très bien passé. J’ai eu confirmation que les terres étaient arables et qu’elles étaient opportunes à l’agriculture que je souhaitais faire ». Seul grand bémol, il n’avait pas bien anticipé la phase de stockage. Pour expliquer son erreur, le néo exploitant agricole confesse n’avoir « aucune structure venant d’une quelconque organisation ou organisme pour (l)’accompagner ». Les conséquences sur l’économie locale sont directes : sa récolte abonde le marché local. « J’étais obligé de vendre puisque je n’avais pas de structures de stockage. Notre récolte de piment avait « inondé » et saturé le marché local de Saint-Louis. Ce qui avait fait baisser les prix ».

Exemple pour la diaspora
Beaucoup de Sénégalais de l’étranger souhaitent s’investir dans le domaine agricole. A ceux-là, Ismaël Ndiaye fait un retour d’expérience. « Pour le montage de la société, je suis passé par l’Apix et j’ai dû bénéficier du CDI, le code des investissements. Ce qui m’a permis d’importer du matériel avec des frais de douane nuls. Cependant, au niveau de la phase de test, je n’ai malheureusement pas eu d’accompagnement ». Le désormais exploitant agricole confesse qu’il a eu beaucoup de beaux discours mais les actes ne suivent pas toujours. « Je ne suis pas seul dans le cas d’avoir commencer ma phase de test sans être accompagné ». Toutefois, Ismael Ndiaye se dit capable « d’employer l’ensemble des personnes de (s)on village natal et ceux des villages environnants, entre 200 à 300 personnes dans la première phase ».

Le jeune homme est conscient qu’il faut croire en l’agriculture mais aussi aux risques pris : « On n’a pas de garantie pour récupérer l’argent mis au démarrage du projet, consent-il. Je déconseille à tout le monde d’aller vers cette aventure avec des fonds personnels, ce qui a été mon cas ». En effet, pour financer son exploitation, il a mis ses fonds propres à hauteur de 150 000 euros, l’équivalent de 100 millions de francs CFA entre 2009 et 2016. « Ce sont les économies du fruit de mon travail quand j’étais ingénieur en France entre 1999 à 2009 ».

La phase industrielle
D’autant plus que pour passer à une approche industrielle, il faut des financements. « Elle ne se fait pas qu’avec des économies. Il s’agit de gros financement. J’attends un partenaire, privé ou public, qui soit capable d’apporter au moins une partie des fonds nécessaires pour le démarrage industriel de l’activité ». En attendant, la phase de test lui a permis de régler les charges comme le paiement des journaliers (50 personnes employées par jour pour la récolte du piment, par exemple). « Ce que j’ai gagné dans cette phase de test, environ 15 millions de F CFA, a été redistribué aux villageois employés ».

C’est avec circonspection qu’il regarde les solutions proposées au sein des Domaines agricoles communautaires. « J’attends de voir parce qu’il me semble que le Prodac ne finance pas de projets. Je pense qu’il serait bien d’avoir une forme de connexion avec des initiatives privées. L’objectif est la création d’emplois, des initiatives comme la mienne y participe grandement ». On ne peut que lui donner raison.

Par Moussa DIOP

Last modified on jeudi, 09 février 2017 14:57

Docteur en biologie, Boucar Diouf a préféré délaisser les salles de cours pour celles de spectacle. Le Sénégalais fait partie des humoristes les plus connus au Québec. Il jette un pont entre ses deux appartenances pour un engagement citoyen.

En cette matinée de mai, malgré les belles promesses d’un printemps bien entamé, un léger vent froid trouve sa place dans cette ville de Longueuil, située sur la rive Sud de Montréal. C’est dans cette ville que Boucar Diouf nous accueille dans un café-boutique avec son sourire légendaire. Le Sénégalais « le plus Québécois parmi les Québécois », comme il se fait appeler, est une personnalité publique très connue et appréciée au Québec et dans le Canada Francophone par son humour. « Pour une raison X ou Y », le nom de son spectacle où il puise dans sa formation universitaire pour faire rire, a fait salle comble tout au long de l’année 2016 au Québec. Mais, l’artiste est également connu par son rayonnement intellectuel et scientifique.

Des amphithéâtres…
Depuis plus de cinq ans, Boucar Diouf est connu dans le paysage audiovisuel canadien à travers l’animation d’émissions radio et télévision de la première chaine de Radio Canada. Véritable touche-à-tout, il est aussi à la fois écrivain et chroniqueur littéraire en radio, mais aussi en presse papier avec le journal La presse où il tient une chronique tous les samedis. Le Sénégalais a aussi publié un livre sur l’intégration au Canada intitulé « La mystérieuse de Kaloua ». Ce qui lui a permis de remporter le prix Jacques-Couture, en 2006, pour la promotion du rapprochement interculturel décerné par le ministère de l’Immigration du Québec. L’homme a également à son actif d’autres livres : « Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... » sorti en 2007, « La Commission Boucar pour un raccommodement raisonnable » en 2008, « Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres » en 2015.

… Aux planches du rire
Né dans le Sine, à Fatick, ce Sérère bon teint est arrivé au Canada dans les années 90. Après avoir fait ses humanités au Sénégal, l’ancien de la Faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, « comme Macky Sall, le président du Sénégal », se plaît-il à rappeler, est venu poursuivre ses études au Québec, plus précisément à l’Université de Rimouski. Il y décroche un Doctorat de biologie sur le thème : « Les facteurs de résistance au froid de l’Éperlan en 1997 ».

Devenu chargé de cours, Boucar abandonne une carrière universitaire prometteuse. Le « fils de paysans qui enseignait aux Blancs » se détourne d’un emploi stable qui faisait la fierté de ses parents pour se lancer dans l’aventure artistique. Boucar croit en sa bonne étoile, car ayant la conviction que l’humour est dans son sang. Sa première source d’inspiration est sa mère qu’il « considère comme une personne naturellement drôle ». Si ses références artistiques s’appellent « Sanokho », le défunt humoriste, ou feu Ndiaga Mbaye, le parolier et chanteur à l’original timbre de voix, Boucar puise son inspiration dans la tradition orale africaine qui s’accompagne de la science et du génie des griots, de l’art de raconter ou d’imiter. D’ailleurs, c’est en puisant dans son patrimoine traditionnel qu’il est devenu célèbre au Québec en inventant la fameuse expression « Mon grand-père disait ». Derrière ce « gimmick marketé » se trouve tout un héritage emprunté à son ancêtre et homonyme.

La chance de la double culture
Pour réussir au Québec et dans les diasporas sénégalaises du monde, Boucar Diouf conseille de s’approprier la fameuse expression du président poète Léopold Sédar Senghor : « assimiler sans être assimilé ».

Ainsi, celui qui se présente comme un vulgarisateur scientifique a pour sacerdoce l’évocation de l’intégration, de l’ouverture, de la vie en Afrique et des différences culturelles. Ces notions font d’ailleurs sa marque de fabrique et le fond des thèmes qu’il aborde sur scène. Entre tradition et modernité, Boucar Diouf n’a jamais voulu être le « Noir de service ». En revanche, il pense que « comprendre une société d’accueil pour mieux l’intégrer n’est nullement un renoncement à ses valeurs et traditions, mais plutôt à les consolider ». « Le secret de ma réussite : oser, innover, faire tomber les barrières et aller vers l’autre », confie-t-il.

L’immigration d’en haut
Selon Boucar Diouf, d’autres compatriotes résidants au Canada et plus méritants que lui participent au développement de ce pays, tout en faisant aussi la fierté du Sénégal. C’est l’occasion, pour lui, de rendre hommage à des artistes comme Ilam, de son vrai nom Abdou Karim Tall, qui vient d’être désigné révélation « Musique du monde 2016 de Radio Canada », le 2ème Sénégalais à décrocher ce titre après le chanteur-musicien Elage Diouf, sans oublier tous les autres Sénégalais fonctionnaires, cadres du tertiaire, médecins, hommes d’affaires, universitaires…

La double culture, il la revendique pour lui et ses enfants issus d’un métissage entre un Sénégalais sérère et une Québécoise gaspésienne. « Il n’y a pas plus sénégalais que moi, défie-t-il. Et c’est une chance, car le fait d’avoir une double citoyenneté n’enlève en rien notre amour et pour notre pays d’origine et pour celui d’adoption ». Il est conscient que, d’une manière ou d’une autre, les fils du Sénégal établis à l’étranger continuent, à des degrés divers, à participer au développement de leurs pays d’origine en aidant financièrement ou matériellement leurs parents et leurs communautés.

Boucar s’engage à défendre la diversité dans les médias, sans tomber dans une « certaine solidarité ethnique », et maintient de bonnes relations avec la communauté sénégalaise du Canada par son implication dans différentes activités.

L’humoriste qui revendique sa fibre écologique (ardent défenseur de dame nature) rêve de faire des spectacles d’humour dans les différentes universités sénégalaises. Le titre est déjà tout trouvé : « Retour à l’université », pour expliquer aux étudiants la science par le rire. Enfin, Boucar Diouf souhaite créer une fondation pour la promotion de l’éducation à Fatick. Comme pour rendre tout ce qu’il a reçu de son pays et de sa ville natale.

Par Aminata SOW, correspondante à Montréal

Originaire du Sénégal, Fatou Ndiaye est la créatrice de « BlackBeautyBag », le célèbre blog beauté pour les peaux noires. Elle est également ambassadrice pour l'Oréal Paris et consultante pour des grandes marques de cosmétiques américaines et françaises.

Sublime comme un coucher de soleil, on ne peut s’empêcher de remarquer la magnifique peau et le teint éclatant de ce bout de femme de 38 ans à travers ses photos et vidéos. Fatou Ndiaye est l’une des blogueuses beauté les plus influentes sur le Web avec quelque 32.000 followers sur Instagram, 78.000 sur Facebook et plus de 8.000 abonnés sur Twitter. Partant de sa popularité pour les idées qu’elle défend sur la beauté noire et sur l’estime de soi, les grandes marques de cosmétiques françaises et internationales ont fait appel à ses services. Elle est devenue une des blogueuses ambassadrices de l’Oréal Paris et fait de la consultance et de l’audit pour les entreprises de cosmétiques françaises et internationales. Ce statut lui permet, aujourd’hui, entre autres, d’assister à des événements prestigieux organisés par ces marques en France comme à l’étranger.

A cet effet, son deuxième passage sur le célèbre tapis rouge du Festival de Cannes 2016 en tant qu’ambassadrice de l’Oréal a été fortement apprécié et relayé sur les réseaux sociaux. En outre, entre les ateliers de tests de nouveaux produits de beauté de marques internationales, les séances shooting et les conférences sur la beauté noire, Fatou vit aujourd’hui des journées intenses grâce à son blog. Quotidien qu’elle n’hésite pas à partager d’ailleurs avec ses fans sur Snapchat, cette application qui permet de partager du contenu visualisable quelques heures seulement avant de s’effacer.

Comment la jeune femme d’origine sénégalaise en est arrivée là ? Fatou n’hésite pas à montrer une confiance et une estime en soi, inculquée par sa mère, le phare de sa vie. Si elle a réussi à avoir du succès dans le blogging, elle le doit « à sa franchise : dire ce qu’elle pense sans filtre ».

Le blogging, une passion.
Tout a commencé dans les années 2000. Fatou Ndiaye était arrivée à un âge où l’on s’intéresse beaucoup aux produits de maquillage et aux soins de la peau. La jeune femme avait remarqué l’absence d’informations sur les femmes noires dans les magazines féminins en France. « C’était un parcours du combattant quand on voulait avoir des informations sur des produits cosmétiques pour peaux noires », répète-t-elle souvent lorsqu’elle revient sur ses débuts du blogging. Elle se renseignait donc sur les rares forums qui existaient à l’époque et qui traitaient des sujets sur la peau noire. Elle a ainsi fréquenté le forum « Beauté d’Afrique » où elle animait un topic spécial soin de la peau. Ce fut un succès. En 2007, avec l’encouragement de sa sœur et de sa meilleure amie, elle décida de créer son propre espace, le blog « BlackBeautyBag ». Près de 9 ans plus tard, « BlackBeautyBag » accueille 150.000 visiteurs par mois.

Des origines, une personnalité et des convictions
L’Afrique, la connaissance de la peau noire et l’estime de soi sont des sujets majeurs que la blogueuse affectionnent particulièrement. Dans ses billets de blog ou ses interventions dans des conférences ou ateliers, la jeune femme rappelle toujours ses origines africaines. Et ce, dès les premières phrases de présentation de son profil. L’origine haoussa (du Nigeria) de sa mère et subsaharienne de son père sont souvent des atouts qu’elle met en avant dans son discours. Dans le domaine de la mode où elle évolue, cela se traduit par le port de tenues, coiffures ou accessoires de modes africaines. Par le port et l’acceptation de ses cheveux naturels crépus. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un regard particulier sur le phénomène « Nappy ». « Aujourd’hui, réduire les cheveux crépus au terme ≪Nappy≫, je trouve cela péjoratif », se distingue Fatou Ndiaye. Dans le sens où c’est la nature de nos cheveux. Donc pourquoi dire qu’une fille qui a les cheveux crépus est une « Nappy » ? Ce n’est pas une religion... Ce serait bien qu’un jour, à la vue d’une fille avec ses cheveux naturels, qu’on se dise juste c’est la nature de ses cheveux et pas ≪ahn c’est une « nappy »≫, comme si elle faisait partie d’une secte avec les 10 commandements à suivre ». Fatou a des idées sur la coiffure donc, mais aussi les tenues africaines à travers la reconnaissance et la promotion de talents du continent. De Paris à Kinshasa en passant par Dakar, la jeune femme participe aux événements organisés par les créateurs de mode du continent. C’est ainsi qu’en février 2015, elle participait au Dakar Fasion Week  d’Adama Paris. Evénement qu’elle a relayé sur son blog en partageant les moments forts de cette manifestation ainsi que les créations des jeunes talents sénégalais. On retrouvera également dans ses billets de blog et pendant cette même période, ses rencontres avec les jeunes femmes de la blogosphère mode sénégalaise.

Si Fatou Ndiaye est fière de ses origines, elle est également fière de sa peau noire. Elle revendique souvent son statut de femme noire et belle dans une société blanche où la beauté noire est invisible. A travers ses billets de blog, elle incite les femmes qui la suivent à s’aimer telles qu’elles sont, c’est-à-dire avec une peau noire et des cheveux crépus ou défrisés. D’ailleurs, son premier article de blog marquant était plus social que beauté. « Pour moi, la beauté n’est pas futile, elle rejoint l’estime de soi. Une femme qui a confiance en elle se sent belle », répète-t-elle souvent à ses followers. Réservée mais pas timide, certains la définissent comme étant une femme hautaine et arriviste. Des attaques auxquelles elle répond avec lucidité en précisant qu’elle sait qui elle est, ses proches savent qui elle est, et les femmes qui la suivent continuent de la suivre car elle leur apporte quelque chose. Le reste lui importe peu.

Projets à venir et bilan de parcours
Très avare sur ses nouveaux challenges, Fatou Ndiage partage très vaguement sur ses futures collaborations qu’elle qualifie de « top secret » et sur ses prochaines interventions sur le continent. Et quand elle fait une rétrospection de son parcours, elle se dit fière et ne regrette pas d’avoir quitté son travail d’assistante de direction dans une grande entreprise pour se consacrer au blogging. « Aujourd’hui, cela s’est professionnalisé et je peux en vivre. C’est génial », se réjouit-elle. En effet, Fatou Ndiaye a fait du blogging sa passion et son business.

A. THIOR

De 2013 à 2015, le Japon est passé de 10 à 20 millions de touristes accueillis par an. C’est le résultat d’une stratégie et d’une politique de développement qui ont porté rapidement leurs fruits. Le Sénégalais Pape Elimane Faye est au cœur des politiques japonaises de tourisme. Après un Master en Sociologie à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il obtient le Monbusho, la prestigieuse bourse du gouvernement japonais. Ce qui lui permet de s’inscrire à la Tokyo Metropolitan university. Il y passe 4 ans et demi. D’abord, pour un recadrage dans le domaine du tourisme et, ensuite, pour des recherches doctorales. Pape Elimane Faye est désormais titulaire d’un Doctorat en Tourisme. Universitaire, il est également consultant-formateur à la Japan international cooperation agency (Jica).

Quels sont les domaines touristiques qui requièrent votre expertise ? Les politiques, la compétitivité, les stratégies et la promotion touristiques sont les domaines qui convoquent le plus mon expertise. Vous savez, le tourisme est public avant d’être privé. Chaque pays, chaque zone géographique a besoin de définir une bonne politique et planification touristique pour mieux attirer les investisseurs et rendre l’environnement accueillant et facile. Les attractions touristiques doivent également être au rendez-vous de même que les infrastructures. Une fois tout cela obtenu, la promotion stratégique du tourisme tant au niveau national qu’international doit suivre. Et cela doit être, de manière générale, l’affaire des politiques touristiques qui peuvent être résumées en 3 mots : la visibilité, l’attractivité et la compétitivité. En résumé, c’est ce qui cristallise toute mon attention et tous mes axes de recherche.

Comment se comporte, aujourd’hui, le tourisme au Sénégal ? Y a-t-il vraiment ces trois éléments dont vous parlez ? Le tourisme sénégalais n’est ni attractif, ni compétitif, encore moins visible quoique le secteur génère un chiffre d’affaires de 300 milliards de FCfa.  Il constitue la deuxième source de devises après la pêche et demeure la première activité dans bien des localités. L’industrie touristique, de nos jours, est à l'agonie alors que le Sénégal dispose d'un fort potentiel. On note, malgré tout, une forte volonté et des efforts depuis que le président Macky Sall est en place. Mais il lui faut encore et davantage plus de compétences. Car malgré ses  efforts, le tourisme reste négligé au Sénégal au moment où il est devenu la première industrie du monde en termes de rentrée de devises et de création d’emplois. Il faut donc reconnaitre que notre tourisme a du mal à prendre son envol. Il est toujours dans un naufrage silencieux mais très profond.

Pourquoi le tourisme peine-t-il toujours à trouver ses marques au Sénégal ? Il y a des choses qui ont été dites et redites et dont tout le monde semble bien informé maintenant : il s’agit de la cherté de la destination Sénégal. Un problème qui, je pense, est en phase d’être résorbé. Le Sénégal est extrêmement cher au moment où nos concurrents allègent aux visiteurs toutes les difficultés qui pourraient les dissuader. Par exemple, entre le Sénégal et le Maroc, le touriste européen, américain ou asiatique choisira plus facilement le royaume chérifien, lequel dispose d’une compagnie aérienne qui fonctionne avec un budget de voyage moins cher, une promotion plus agressive, une offre touristique plus variée, des infrastructures plus au top et des informations plus disponibles. Je dois ajouter aussi le manque de réseaux et de moyens de nos tours opérateurs et agences de voyage ; ce qui fait qu’ils sont invisibles en dehors du pays. La plupart d’entre eux n’ont même pas de présence sur internet. Les offres vers la destination Sénégal sont absentes dans les agences de voyage au Japon par exemple. Ceci rend compte de l’absence de notre pays au niveau du tourisme international ; aucun catalogue de voyage ne propose le Sénégal au moment où le Maroc, le Kenya, l’Afrique du sud, la Tanzanie, le Malawi, la Tunisie, l’Egypte et d’autres pays africains sont recommandés aux touristes grâce à leurs brochures, catalogues et pamphlets.

Un autre problème de notre tourisme est le ciblage. Il faut comprendre que les pays qui envoient plus de touristes dans le monde ne sont pas qu’en Europe encore moins seulement en France.  D'ailleurs, nous y sommes concurrencés par le Cap-Vert et les Caraïbes. Le marché touristique est beaucoup plus large. Il faut donc faire un travail de ciblage précis, et cela ne se fait pas sans la contribution d'agences de voyage et de tours opérateurs mieux encadrés, plus décomplexés, avec une meilleure visibilité sur internet.

Enfin, l’Agence de la promotion touristique devrait avoir une politique plus « agressive », car consciente des enjeux et défis du moment de ce qui est l’essence même de la promotion touristique. Celle-ci se fait autrement aujourd’hui, et la possibilité de toucher des publics jadis inaccessibles devient maintenant plus facile. Les touristes, avant de choisir une destination, ont d’abord, de manière interactive, un dialogue avec elle ; ce qui est très déterminent dans leur choix. Et sur ce terrain, on ne sent vraiment pas l’Agence de promotion touristique.

Que suggérez-vous compte-tenu de votre expérience japonaise ? Je dois dire que le Japon est en train de connaitre un boom touristique depuis qu’il a revu sa promotion avec la marque « Cool Japan ». L’archipel recevait en moyenne 8 millions de touristes par an jusqu’en 2013 où il a passé le cap symbolique des 10 millions de visiteurs. En ce moment, l’exécutif se fixait un objectif de 20 millions de touristes en 2020 en lien avec la tenue des Jeux olympiques. Mais au grand bonheur du secteur touristique, cet objectif a été atteint dès 2015. Il ne leur a fallu, en gros, que 2 ans de campagne et de promotion pour concrètement atteindre 19,74 millions de touristes.

Ils ont d’abord couplé la marque « Cool Japan » avec « Visit Japan », puis réorienté leurs stratégies de promotion auprès des pays voisins. Il y a eu la jonction de quatre organisations touristiques majeures avec le ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti) ; ces organisations se sont regroupées dans ce qu’elles appellent une action jointe autour de la campagne des marques « Cool Japan » et « Visit Japan » qui constituent chacune un programme, en plus de « Invest Japan ». Ces projets ont été conduits à la fois par les ambassades, les offices de tourisme à l’étranger et le secteur privé. Ils ont aussi revu la formation des guides dont l’exigence première est le multilinguisme puisqu’au Japon les guides passent un examen national pour obtenir leur licence. Je proposerai pour le Sénégal une démarche similaire avec une formation appuyée à nos guides touristiques. Cela réduirait leur nombre abusif et leur agressivité négative. Au Sénégal, nous avons les moyens de proposer de nouvelles pratiques touristiques et de faire de notre pays un foyer d’innovations touristiques. J’aurais donc souhaité, à la place du ministère du Tourisme, une autorité nationale du tourisme dont les compétences transcenderont tous les ministères qui ont des liens précis avec le tourisme, car celui-ci est multidimensionnel et multisectoriel. Cela pourrait aider à rassembler toutes les agences comme la Sapco, la promotion et tant d’autres autour d’une seule organisation transversale.

Par Aly Diab Diop, Tokyo (Japon)

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