grandair

Soleil Grand Air (602)

Entre le mythe et l’histoire qui entourent les tombes des saints de Patouki, il y a bien de quoi émerveiller l’esprit. Dans ce village tricentenaire perdu au fin fond du département de Ranérou, reposent des érudits méconnus des Sénégalais. Parmi ces érudits Thierno Samba Djigo qui a pris part à la croisade islamique d’El Hadji Omar, du moins jusqu’à Horndoldé (Kanel), avant de recevoir l’ordre du Cheikh de retourner propager l’Islam au Ferlo. Sa descendance, victime de persécution sous le règne du chef de canton du Ferlo de l’époque, s’installa à Lambagou, situé à 6 km, au nord des Travaux Dendoudy.

Longtemps plongé dans une torpeur sans nom, le village de Patouki est, aujourd’hui, connu pour sa grande ziarra qui draine, chaque année, des milliers de pèlerins. De tout le Ferlo et du Fouta, les fidèles viennent rendre grâce à Dieu et recueillir des bénédictions dans cette localité où reposent des saints, dont Thierno Samba Djigo, qui garde encore une place particulière dans la vie des populations de cette partie nord du pays.

Situé à 45 km de Ranérou, sur l’axe menant à Ourossogui, et à 5 km de la route nationale n°3, Patouki, comme Houdallaye, n’est guère accessible. Malgré la courte distance qui le sépare de la route nationale, ce village, dans son ancien emplacement, n’est pas facile à repérer sur la carte. Impossible de s’y rendre sans se perdre ou s’embourber. Le chauffeur doit aussi savoir bien manœuvrer pour espérer s’en sortir. Pendant l’hivernage, c’est encore pire. La piste argileuse qui y mène est envahie par des eaux de pluies et devient boueuse. Un vrai chemin de croix pour atteindre ce village dont l’emplacement originel a la particularité d’avoir été déserté par ses occupants qui ont préféré migrer vers d’autres cieux beaucoup plus cléments. Le maire de Houdallaye, Demba Mody Bâ, natif de ce village, a, depuis quelques années, quitté l’ancien Patouki pour aller fonder, avec quelques habitants, un nouveau village aux bords de la route nationale.

Selon certains témoignages, d’El Hadji Omar lui aurait indiqué son itinéraire et son lieu de résidence, donc sa destination finale. Les descendants de Thierno Samba Djigo affirment que leur ancêtre incarnait les valeurs cardinales de l’Islam, si bien qu’El Hadji Omar Foutiyou Tall a très tôt détecté en lui des qualités exceptionnelles. A Horndoldé, village du « Daandé Maayo » (Kanel), alors qu’il accompagnait El Hadji Omar Foutiyou dans sa Jihad, il reçut de ce dernier l’ordre de retourner au Ferlo propager l’Islam. Ce que fit Thierno Samba Djigo, accompagné de son frère Thierno Yéro Djigo, son fils Thierno Silèye Djigo et son neveu Thierno Baïdy Djigo. Il s’installa alors à Patouki où il poursuivit sa mission d’islamisation jusqu’à sa disparition.

Aujourd’hui, il ne reste, sur les lieux, que des cases désertées par leurs propriétaires ainsi qu’un vieux cimetière pour rappeler l’existence du Patouki originel ; un cimetière qui continue, pourtant, d’être visité par des gens en quête de bénédictions. Peu de gens d’ailleurs, même ceux du coin, connaissent l’emplacement de ce lieu de repos éternel noyé sous une végétation luxuriante, et matérialisé par une clôture de bois. « Il faut bien connaître cet endroit pour y venir. Parfois, on peut même passer à côté ou dépasse cet endroit sans s’en rendre compte », indique Demba Mody Bâ.

Un calme plat que rien ne vient perturber règne dans ce cimetière. Un peu à l’écart, deux tombes recouvertes de cailloux, dont celle de Thierno Samba Djigo, sont bien visibles.

De Patouki à … Lambagou
Patouki 2Difficile de dire à quelle date remonte la première manifestation mystique du saint de Patouki, mais les récits des habitants de Lambagou, ceux de sa descendance notamment, évoquent le Jihad d’El Hadji Omar. Thierno Samba Djigo, nous dit-on, était un grand érudit, un savant avec une force mystique extraordinaire. Ses miracles, de son vivant tout comme après sa disparition, ont fait le tour de la contrée. Ses petits-fils rechignent à en parler pour, disent-ils, éviter toute forme d’ostentation. Mais Mamadou Diallo, actuel directeur du Cdeps de Ranérou, n’est pas tenu par cette réserve. Un jour, raconte-t-il, un malentendu était survenu entre deux hommes. L’un accusait l’autre d’avoir dérobé ses deux vaches. Le mis en cause qui avait reconnu les faits, avait toutefois réduit à la baisse le nombre de bêtes volées, soutenant n’avoir pris qu’une seule vache. Sur ce, ils acceptèrent d’aller sur la tombe du saint homme, mais avant même d’y arriver, ils aperçurent deux doigts sortir de la tombe. Le saint homme venait ainsi de les départager. Le saint de Patouki était également connu, selon M. Diallo, pour ses prières, surtout quand les pluies tardaient à tomber. Les populations n’hésitaient pas à aller recueillir sa bénédiction pour que le Ciel ouvre ses vannes. Leurs prières étaient très souvent suivies de pluies abondantes.

« Aujourd’hui, ce n’est pas pour rien que beaucoup de voyageurs viennent à Patouki se recueillir sur la tombe de Thierno Samba Djigo pour qu’il intercède en leur faveur afin qu’Allah réponde à leurs prières. Il a marqué son époque à travers beaucoup de miracles », nous dit-il.

Grand centre religieux à l’époque, Patouki a commencé à décliner avec la disparition de Thierno Samba Djigo. Vers la fin des années 30, en pleine période coloniale, les descendants du défunt guide religieux, suite à un malentendu avec le chef de canton de l’époque, préférèrent retourner dans la province du Guénar, notamment à Lambagou (département de Matam). Le canton de Namaré, dans la province du Ferlo, était alors dirigé par El Féki Samba Défa, réputé très sévère à l’égard de ses sujets. Les « Ferlankés » rejoignirent ainsi le Guénar, dirigé par le chef de canton Oumar Hamady. El Féki Samba Défa ne l’entendit pas de cette oreille-là. Selon Thierno Samba Djigo, un des notables de Lambagou et homonyme du saint-homme, El Féki Samba Défa alla à leur poursuite dans le but de les faire revenir de force dans son canton. Il les retrouva à Lambagou et exigea leur retour. Face à l’audace du chef de canton du Namaré, Mama Thierno Ciré Djigo, un des descendants de Thierno Samba Djigo, lui opposa un niet catégorique. Ce refus leur valut une amende forfaitaire d’une pièce d’un franc dont ils s’acquittèrent volontiers. Téméraire, El Féki Samba Défa se rendit alors à l’évidence et les laissa s’installer tranquillement à Lambagou. « C’est ce qui explique le déplacement de nos ancêtres de Patouki à Lambagou, en laissant derrière eux leurs morts », précise Thierno Samba Djigo.

Patouki 3Depuis, la descendance du saint homme de Patouki vit à Lambagou, réunie autour du khalife Thierno Samba Djigo.

Lambagou est victime de son enclavement. A l’image de Patouki, il faut emprunter une piste latéritique parfois sablonneuse pour y accéder. Un véritable casse-tête pour les habitants qui peinent à se déplacer, surtout en saison des pluies. « Ce village est coupé presque du reste du monde pendant la saison des pluies à cause de la mare ». Outre l’enclavement, ce foyer religieux qui compte plus de 500 âmes, perdu entre le Ferlo et le Fouta, souffre d’un manque criant d’infrastructures sociales de base notamment un poste de santé, l’électrification, l’approvisionnement en eau, etc. Les populations sont obligées de se rendre à Travaux Dendoudy, situé à une dizaine de kilomètres, ou à Ourossogui pour se faire soigner.

Lieu de recueillement et de prières
La collectivité, selon le maire de Houdallaye, a pris conscience de l’intérêt patrimonial de ce site. A en croire Demba Mody Bâ, la municipalité cherche des moyens pour réhabiliter ce site qui reçoit, aujourd’hui, beaucoup de monde. En effet, indique-t-il, les gens sont de plus en plus nombreux à venir demander son intercession. La baraka de ce saint existe bel et bien. Et ce n’est pas sa descendance qui dira le contraire. « Beaucoup de gens qui nourrissent mille et un espoirs viennent ici implorer la baraka du marabout et la grande majorité voit ses prières exaucées », nous dit Amadou Djigo.

Depuis plus de trente ans, la descendance du saint homme s’organise pour redonner à Patouki son âme. Chaque année, indique Amadou Djigo, une ziarra annuelle dédiée aux illustres disparus y est célébrée. Cet événement religieux, placé sous la direction de l’actuel khalife, Thierno Samba Djigo, draine du monde et gagne en ferveur d’année en année. Il est devenu un rendez-vous incontournable dans l’emploi du temps des fidèles et talibés qui viennent de partout dans le Ferlo et dans le Fouta pour y prendre part.

La famille maraboutique déplore, cependant, le fait que cette manifestation se déroule sans appui des pouvoirs publics. « Nous souhaitons bénéficier plus d’appuis des autorités publics dans l’organisation de notre ziarra annuelle qui prend de l’ampleur d’année en année et également du Programme de modernisation des cités religieuses du pays », indique le khalife. Pour le comité d’organisation de la ziarra, l’une des doléances est aussi liée à l’approvisionnement en eau durant l’évènement. Le nouveau village de Patouki disposant aujourd’hui d’un forage et d’un château d’eau, son souhait est de bénéficier d’un raccordement pour doter l’ancien Patouki d’un point d’eau, sur le site même de la ziarra. De même, la famille souhaiterait aussi la construction de mausolées et la clôture du cimetière devenu un lieu de mémoire.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Mbacké BA (photos)

Last modified on jeudi, 31 mai 2018 08:16

La religion du foot

24 Mai 2018
868 times

Des filles voilées qui tapent sur un ballon. Des hommes enturbannés qui jouent à la baballe. Un public tout étonné qui se demande s’il ne s’est pas trompé de stade. Rassurez-vous, ce n’est pas de la science fiction, c’est l’avenir du foot. La Fifa, en effet, a autorisé le port du voile ou du turban lors des matches de foot. Dorénavant, on ne portera plus seulement les couleurs ou l’emblème de son club ou encore le logo de son sponsor. Non, c’est la préhistoire du football. Le soccer, comme l’appelle les Américains, entre en religion.

C’est à croire que les officiels de l'International football association board (Ifab), l'organe garant des lois du ballon rond, ont décidé de mettre plus de piquant dans un sport où, en dehors de CR7, de Messi et d’Ibrahimovic, il n’y a que des figurants qui peinent décidément à en assurer l’intérêt. Imaginons nos terrains de foot avec des joueurs en kippa, des ombres en burqa, des gardiens de but en soutane ou encore des arbitres qui arborent fièrement le shamtab des moines tibétains. Il ne manquerait qu’un public en Izâr (l’habit du pèlerin musulman) pour faire exploser les audiences des chaines de télévision sportives.

Par Sidy DIOP

La Petite côte a longtemps constitué une destination privilégiée pour les touristes qui n’hésitaient pas à acheter des parcelles, de construire des villas. Aujourd’hui, à côté de la course vers l’acquisition des maisons en bordure de la mer, la revente des villas est une tendance en nette hausse à Saly, Ngaparou et Somone. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène.

Saly Portudal a longtemps exercé un attrait avec ses nombreux atouts. La localité est située à quelque 80 km de la capitale et à 15 mn du nouvel aéroport international du Sénégal. Le site constitue un exemple d’aménagement réussi. Il s’étend le long de la mer ; ce qui lui confère un climat agréable. Presque toute l’année durant. A cheval entre les différentes régions du Sénégal, le transport y est plutôt accessible. Saly, c’est également une station balnéaire à la réputation internationale. Certains visiteurs venus de l’Occident pour un court séjour ont fini par y élire domicile. Conséquence : c’est la course vers la construction des villas à l’architecture exotique. Des maisons « pieds dans l’eau » poussent comme de petits champignons en bordure de la mer.

Le rivage est débordé. Le prix du terrain avait dépassé le seuil de la rationalité. En arrière-plan de la plage, les nouveaux quartiers aux allures des résidences européennes, avec des villas aux murs parés de fleurs, se détachent des habitations traditionnelles de Saly. Par son emplacement géographique exceptionnel et son dynamisme culturel, l’endroit est un lieu de résidence attractif. Ces facteurs tendent à soutenir un marché immobilier dont les prix sont parmi les plus élevés au Sénégal. Après la course à l’achat des parcelles et à la construction des maisons, il se développe, aujourd’hui, une nouvelle spéculation : la vente des villas. Le phénomène prend de l’ampleur. C’est un vent qui balaie la zone touristique. En cette matinée de mercredi, pas moins d’une vingtaine de villas sont affichées devant les locaux d’une agence immobilière. Toutes sont proposées à la vente. Les prix varient entre 45 et 120 millions de FCfa. On affiche « villa à vendre » presque dans plusieurs coins de rue à Saly, à Saly Niakh Niakhal, Somone, Warang, Ngaparou… La vente et la revente des villas sont une activité florissante. Surtout que la station balnéaire est au bord de l’épuisement de ses réserves foncières. Il est quasi impossible de s’offrir un terrain nu à usage d’habitat à Saly Portudal.

Nouveaux atouts
Villa Vente 3« Trouver un terrain nu à Saly relève d’un combat de titan », confie Marie Sène. Elle gère y une agence immobilière. Les rares personnes qui disposent encore d’une parcelle à Saly ne sont souvent pas dans les dispositions de vendre, souligne-t-elle. « Au lieu de céder leur terrain, les propriétaires préfèrent construire, pour ensuite mettre les lieux sous location. Cela est beaucoup plus rentable. Et quelque soit la durée du loyer, la maison reste la propriété du bailleur », relève-t-elle. A ce jour, Saly est l’un des plus grands centres touristiques de l’Afrique de l’Ouest et compte des hôtels et des résidences. Saly abrite aussi de nombreux restaurants, bars, discothèques, boutiques artisanales, etc. On peut également y pratiquer la pêche, la planche à voile, le ski nautique, le tennis, l’équitation, le golf… Des raisons, entre autres, qui ont poussé le couple Duverne à s’installer sur la Petite côte il y a de cela 17 ans. Jean et Bernadette venaient alors de prendre leur retraite. « Nous étions des habitués de Saly. Nous passions plus nos vacances ici. C’est naturellement que nous sommes tombés amoureux de la localité et avons décidé, après notre retraite, de nous offrir une villa à Somone », informe Jean. Mais, le couple a décidé de vendre. « Nous prenons de l’âge et il est temps de retourner au bercail », souligne Bernadette sur un ton ironique. Selon Penda Guèye, également gérante d’une agence immobilière à Saly, « la clientèle a changé. Dans les années 2000, avec le passage à l’euro, beaucoup d’Occidentaux sont venus investir dans l’immobilier à Saly. La plupart d’entre eux étaient déjà à la retraite à l’époque. Les années cumulées font que ces personnes sont très âgées et préfèrent souvent rentrer chez-eux », analyse-t-elle. Penda explique que certains passent maintenant six mois à Saly, durant la période hivernale, et le reste de l’année, ils sont dans leur pays d’origine qui leur offre un meilleur plateau sanitaire. Selon toujours la spécialiste des ventes immobilières, les enfants de ces personnes préfèrent généralement vendre les maisons léguées, car ne connaissant rien du Sénégal.

La nouvelle clientèle est de race noire
Saly, c’est aussi le point de départ de nombreuses excursions avec des destinations qui ont pour noms : la réserve de Bandia, l’île de Gorée, Fadiouth ou l’île aux coquillages, le Lac Rose, etc. La localité compte plusieurs banques, des assurances, des agences immobilières, un bureau de poste, une compagnie de sapeur-pompier, une gendarmerie... L’accessibilité de ces services contribue à faire de la zone une destination privilégiée. Cela, malgré la crise. Et à la différence des années passées, les gérants des agences ont constaté qu’une nouvelle classe de Sénégalais investit dans l’immobilier dans cette zone balnéaire. Toutefois, l’on croise également des Blancs qui continuent de racheter des maisons. C’est le cas de Ludovic. Depuis 5 ans, sa vie est partagée entre la Belgique et Saly. Il a fini par se payer une villa qui donne sur la mer. « Nous voyons certains revendre des villas qui sont sur la plage à cause de l’insalubrité. C’est vrai aussi qu’il y a une tendance vers la modernité. Beaucoup avaient acheté des maisons dans le style typique africain. A l’époque, c’était à la mode. Aujourd’hui, la donne a complètement changé. Les gens aspirent plus à la modernité. Ils veulent plus d’espace. Les maisons construites au bord de la mer sont souvent de petites parcelles », fait remarquer Penda la gérante. Leur clientèle n’est pas exclusivement de race blanche. En plus des atouts naturels, de sa position géographique, la proximité de l’aéroport international Blaise Diagne renforce l’attrait du site. L’aéroport et l’autoroute, dit-elle, ont créé une nouvelle clientèle essentiellement locale, habitant la plupart du temps à Dakar. Ces gens cherchent quelque chose de moderne. « Il y’en a aussi qui vendent pour acheter ailleurs et rénover. Il y a, enfin, des touristes à la découverte du Sénégal ou des ressortissants de la sous-région (Maliens, Guinéens…) », informe Mbaye Sène, un agent immobilier. La bourgeoise locale est quant à elle attirée par la tranquillité et la stabilité de la zone. « La diaspora sénégalaise se rend compte aussi qu’il y a de moins en moins de débouchées en Europe. Ces Sénégalais reviennent investir au Sénégal », ajoute Penda Guèye. Elle se souvient qu’elle avait affaire, dans les années 2000, à des touristes qui économisaient durant des années pour pouvoir acheter une maison.

Par Oumar BA et Idrissa SANE (Textes), Assane SOW (Photos)

Last modified on jeudi, 24 mai 2018 07:45

De Mame Coumba Bang…
Louis Camara est de ces créateurs qui se sont révélés au monde et à ceux qui aiment les belles choses sur le tard. L’écrivain saint-louisien a publié sa première œuvre littéraire en 1996, alors qu’il avait 46 ans. Ce fut un coup d’essai et un coup de maître après des années à voyager à travers la lecture. « Le choix de l’Ori », sa première prouesse éditée par les éditions « Xamal » de Saint-Louis, remporte le Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres. Son dernier ouvrage, un recueil de contes intitulé « La fille de Mame Coumba Bang », gravit aussi cette cime des éloges légitimes comme le précédent, « Au-dessus des dunes », qui dessine des univers de vertus. Louis Camara est un auteur qui redonne un élan à une forme de littérature dont l’engagement ne se mesure pas à l’aune de la diatribe, mais dans sa faculté de transmettre ou de restaurer le mythe constructeur de sens, d’identité et de valeurs partagées.

A Ifà…
C’est en cela que les écrits de Louis Camara sont importants et originaux. Sénégalais, il s’est intéressé à une culture où se fabriquent justement des mythes, celle des Yorubas dont il est « un écrivain et un interprète de la culture ». A propos, il disait ceci : « Saint-Louis est une terre de poésie, de mythes. La poésie et le mythe sont consubstantiellement liés. A Saint-Louis, une ville très religieuse, très islamisée, il y a toujours la présence de ces mythes. Je ne suis pas très dépaysé chez les Yorubas parce que j’ai baigné, dès l’enfance, dans cette ambiance « mytho-poétique » si je puis dire. Ce qui fait que le lien n’a pas été abrupt ». Son œuvre évoque le terroir et l’ailleurs pour embrasser l’universel. Par le hasard de ses lectures, celui que l’on surnomme le « conteur d’Ifa » (Ifa est une divinité du panthéon Yoruba) a été interpellé par une culture qui a élargi son horizon et excité son imagination poétique. Celle-ci a accouché de sa première œuvre littéraire, « Le choix de l’Ori », avant le texte du « retour » au terroir, « Il pleut sur Saint-Louis », un recueil de nouvelles. Il s’est tellement imprégné de cette culture de l’ailleurs que les Yorubas du Sénégal ont fait de lui, l’année dernière, leur invité d’honneur lors de leur traditionnelle fête annuelle appelé le « Yorouba day ». Il y avait animé une conférence sur le thème : « Littérature traditionnelle yorouba : prose et poésie ».

En passant par Louis
Dans le film-documentaire « La Brèche », du réalisateur sénégalais Abdoul Aziz Cissé, un homme s’illustre par la profondeur de son verbe, la musicalité de sa voix. Il se nomme Louis Camara et c’est un homme très raffiné au-delà des stéréotypes sur le « Ndar-Ndar ». Son raffinement et son urbanité ne sont pas ostentatoires. Ils sont un trait de lumière naturel. Et ce n’est point une trivialité d’évoquer, ici, cet aspect en ces temps d’incivilité. Il est l’archétype de l’âme à envier. Et son œuvre en cours, des humanités et des univers à envisager comme socle d’un devenir à se fabriquer pour une Afrique qui se réconcilie avec ses mythes et ses « utopies », n’en est pas moins digne d’éloges.

Alassane Aliou MBAYE

Encore une distinction pour le jeune écrivain sénégalais pour son ouvrage « Silence du chœur », publié chez Présence Africaine. Il y décrit l'assignation de migrants africains dans un village sicilien.

Mohamed Mbougar Sarr, 28 ans, plante le décor de son ouvrage dans un village sicilien où se retrouvent assignés à résidence 72 jeunes gens, migrants ou réfugiés, dont l'arrivée va bousculer la vie de la commune et susciter la multiplication des interactions entre habitants et nouveaux venus. Avec ce livre, il s'est vu décerner le Prix Littérature-monde 2018. Le Prix Littérature-monde étranger est attribué à l'écrivain islandais Einar Már Gudmundsson pour « Les Rois d'Islande ». Paru chez Zulma, l’ouvrage conte la saga d'une famille islandaise. Dotés de 3000 euros, les deux prix seront remis, dimanche, dans le cadre du Festival Étonnants voyageurs qui se tient ce week-end à Saint-Malo. Ces distinctions ont été créés en 2014, à l'initiative dudit festival et de l'Agence française de développement (Afd), une institution financière publique créée en 1941 par le général de Gaulle et qui intervient dans le monde entier.

Toujours à Saint-Malo, le Prix Gens de mer, doté de 3000 euros, a distingué David Fauquemberg pour son œuvre « Bluff », publié aux éditions Stock. C’est un roman de mer et d'aventure en Nouvelle-Zélande. Présidé, cette année, par la navigatrice Isabelle Autissier, le jury du Prix Gens de mer est composé de personnalités du monde littéraire et maritime. Le Prix Compagnie des pêches 2018, doté de 1500 euros, va à Michel Moutot, journaliste à l'Afp, pour son roman « Séquoias », publié au Seuil. C’est une histoire de baleiniers et de chercheurs d'or dans l'Amérique du XIXe siècle. Enfin, le Prix du Beau Livre-Thermes marins 2018, doté de 1500 euros également, est attribué à Daphné Buiron et Stéphane Dugast pour leur ouvrage  « L'Astrolabe, le passeur de l'Antarctique », publié aux éditions Epa-Hachette livre. Cet ouvrage illustré retrace l'histoire du célèbre brise-glace français qui, pendant près de trente ans, a permis aux scientifiques de rallier la base scientifique de Dumont-d'Urville, en Terre Adélie.

Source : Le Point

A 56 ans, le député Seydou Diouf fait partie de la nouvelle vague de parlementaires sénégalais très en verve. Aujourd’hui, il semble suivre les pas d’un autre parlementaire, Me Mbaye Jacques Diop, « son père » en politique.

L’homme n’est pas grand de taille, mais il a le sens de la repartie. Il tacle, il cogne et impose ses idées par des arguments. Face à une opposition parlementaire déterminée à bloquer le projet de loi relative au parrainage, le 19 avril dernier, Seydou Diouf, président de la Commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains, est resté zen. Durant quatre tours d’horloge, Madické Niang, Aïssata Tall Sall, Toussaint Manga, Moustapha Guirassy, Mame Diarra Fam, Cheikh Mbacké Bara Doly, Cheikh Abiboulah Dièye, etc., ont critiqué, lancé des pics et parfois même attaqué frontalement leur homologue de la Commission des lois. Mais, toujours avec sérénité, il est arrivé à contenir toute « cette guérilla parlementaire » à laquelle le Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall, a fait allusion dans une de ses interventions.

Parfois même, c’est sur un ton taquin et amical qu’il débute ses réponses. A Madické Niang, il envoya cette pique après son intervention : « Je retrouve les airs de prétoire de Maître ». « Le prétoire me manque », répondit ce dernier et avertit : « Seydou, tu me connais et je te connais…». L’échange détend l’atmosphère. Imperturbable, le président de la Commission des lois n’a de cesse de répéter l’ouverture des débats pour aborder, dans le fond, le projet de loi sur le parrainage. Le débat tant attendu n’aura pas finalement lieu ce jour-là.

En tant que président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, la séance plénière du 19 avril avait des allures de baptême de feu pour Seydou Diouf. Des amis à lui, à l’image de Yatma Fall, ne cachent pas leur fierté de le voir réussir son entrée en matière. Brillamment d’ailleurs. « Politiquement, il a été formé et même formaté par notre père spirituel à tous, Me Mbaye Jacques Diop, et je formais pratiquement avec lui une paire autour de notre mentor. Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il est en train de réciter, de très belle manière, les leçons apprises de notre père », explique Yatma Fall.

Seydou Diouf acquiesce et explique : « Si j’en suis arrivé là, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir croisé le chemin d’un homme qui, avec beaucoup de générosité, m’a transmis ce qu’il savait ; ce goût de la chose politique, cet engagement pour son pays, sa localité. C’est cette même générosité qui doit m’habiter par rapport aux jeunes de mon parti ». Le père, Me Mbaye Jacques Diop, illustre homme politique sénégalais et parlementaire de renom, a été, plusieurs années durant, à la tête de la Commission des lois que dirige actuellement Seydou Diouf. Une belle expérience à l’hémicycle et dans sa ville natale, Rufisque, où il fut maire. Ce qui lui faisait dire sans cesse : « J’ai toujours été élu, jamais nommé ». A force de travailler aux côtés de son mentor, Seydou Diouf a fini par embrasser une carrière politique. Tout comme sa mère, Fatou Dieng Fleur, qui était aussi une camarade de Me Mbaye Jacques Diop. Jeune militant du Parti socialiste, il intègre très vite la mairie de Rufisque et fait partie d’un des plus proches collaborateurs de l’ancien maire. Le compagnonnage entre les deux hommes est empreint d’une grande complicité. Il est basé aussi sur la confiance. Car Seydou est nommé secrétaire général adjoint au Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales (Craes) lorsque Me Mbaye Jacques Diop préside aux destinées de cette institution alors nouvellement créée par Abdoulaye Wade.

Un pas dans le gouvernement…
Pour avoir suivi le brillant parcours de Seydou Diouf, Mbaye Jacques Diop trouvait en lui l’homme idéal pour l’épauler dans ses tâches administratives. Le jeune Seydou a d’ailleurs réussi un beau parcours scolaire et universitaire. Après le Bac au lycée Van Vollenhoven de Dakar (actuel Lamine Guèye), il obtient une bourse et s’envole pour la France. Là-bas, il décroche une Maîtrise en Administration économique et sociale  à l’Université François Rabelais de Tours. De retour au pays, il fait un Dess à l’Ucad sur la Gestion des collectivités locales. Aujourd’hui, cette formation lui vaut beaucoup de succès. Selon un de ses amis, le président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale fait de la consultance un peu partout en Afrique. Il forme et coache ses homologues des autres pays sur les questions de décentralisation ainsi que sur le droit parlementaire.

L’ancien député Doudou Wade, avec qui il a partagé la 11ème législature, n’est guère étonné de l’ascension de ce jeune homme qu’il a vu travailler à l’Assemblée. « Seydou est venu à l’Assemblée en 2007. Et du point de vue parlementaire, il a aimé la chose. Nous avons partagé la 11ème législature et il a été un bon parlementaire. Il s’est attelé à la tâche parlementaire, il a défendu les lois, il a pris des positions sur certains textes, il a apporté des amendements qu’il faut. Et quand il fallait être en face d’un ministre, quel qu’il soit, il a su prendre la position qu’un député doit prendre. Parfois, sa défense était une défense de contrée, une défense territoriale, nationale peut-être, et il a su défendre ses positions », rapporte l’ancien président du groupe parlementaire libéral.

« Notre Gilles Carrez »
Mais, pour Doudou Wade, c’est en tant que rapporteur du budget que Seydou Diouf a su apporter des « choses assez intéressantes » à l’Assemblée nationale, notamment en ce qui concerne l’orientation budgétaire, l’évaluation des politiques publiques et le contrôle budgétaire.

L’homme avait une grande maîtrise de ces questions à tel point qu’un jour, confie Doudou Wade, Martine Auriac, la présidente du groupe d’amitié France-Sénégal, en présentant Seydou Diouf à des parlementaires français, leur dit ceci : « C’est notre Gilles Carrez ». (Ce dernier était l’ancien député des Républicains en charge de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire en France entre 2012 et 2017). Seulement, compte tenu des « bienfaits » qu’il apportait à l’Assemblée, Doudou Wade n’a jamais voulu que le jeune homme quitte l’hémicycle. Il s’est opposé à son entrée dans le gouvernement. L’ancien président du groupe parlementaire confie : « Seydou a failli entrer dans le gouvernement, parce qu’à un certain moment, il se posait la question d’un ministre pour le camp de Mbaye Jacques Diop. J’ai dit non. Sa place était au Parlement. Parce que je n’ai jamais voulu qu’on déchausse le Parlement pour l’Exécutif ». Seydou faisait ainsi partie de la jeune garde de l’hémicycle sur qui il fallait miser dans l’avenir. C’est ce qui justifie donc son retour à l’Assemblée après l’avoir quitté lors de la dernière législature. Mais, outre son talent et sa perspicacité, l’enfant de Diamaguène est aussi connu pour sa gentillesse et le respect qu’il voue aux autres. Doudou Wade confirme et en donne l’explication : « Il est très respectueux de ses vis-à-vis et il y a le reflet de son éducation, parce que sa maman était une très grande éducatrice. Vous ne pouvez pas sortir d’une classe gérée par cette dame sans être bien formé », affirme-t-il. En outre, Seydou Diouf reste un homme de famille. Doudou Wade préfère parler de ses « familles ». Particulièrement celle de son épouse, de sa mère ou encore celle de son père. Des liens de parenté que Seydou Diouf ne cesse de cultiver.

Un lourd héritage à porter
Cette bienveillance se reflète-t-elle sur sa famille politique qu’il a héritée de Me Mbaye Jacques Diop ? Bien des voix se sont élevées à Rufisque pour déplorer cette léthargie dans laquelle est plongée le Parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc) depuis le décès de Me Mbaye Jacques Diop. D’autres, non contents de la gestion actuelle du parti, remettent en cause son manque de charisme. « Seydou est un pur carriériste. Il ne se soucie que de ses intérêts et pas de ceux du parti », accuse un ancien du Ppc.

Yatma Fall temporise et dédouane Seydou de cet état de fait. « Le départ de Mbaye Jacques a laissé un grand vide, un très grand vide que nul ne peut combler. Les militants et même les Sénégalais avaient été habitués de la présence et de la prestance de Mbaye Jacques ; ce que personne parmi nous, ses héritiers, y compris Seydou, ne peut combler. C’est cela qui donne cette impression que le parti n’est plus comme du temps de Mbaye Jacques ». Un autre journaliste rufisquois, bien au fait de la situation actuelle du Ppc, est sans équivoque : « L’héritage de Me Mbaye Jacques Diop est lourd à porter. Et ce qu’il faisait, il était le seul à le faire ». En termes plus clairs, la proximité que Mbaye Jacques Diop vouait aux militants et le soutien financier qu’il leur consacrait étaient inégalables. Aujourd’hui, en plus de ses différentes casquettes politiques et les défis sportifs qu’il doit relever en tant que président de la Fédération sénégalaise de handball, il reste à Seydou Diouf un immense travail à faire pour son parti. Et dans ce domaine, il peine à convaincre.

Maguette NDONG

Saint-Louis la belle…

24 Mai 2018
922 times

Même si elle est aujourd’hui malmenée, défigurée, agressée de mille et une manières, au point d’en être devenue méconnaissable, Saint-Louis, ma ville natale, reste chère à mon cœur. Sans oser affirmer qu’elle est « la plus belle ville du monde », elle est quand même ma Cythère et mon Eldorado. Et malgré l’état peu reluisant dans lequel elle se trouve actuellement, je suis certain qu’elle retrouvera son lustre d’antan. C’est pourquoi, dans le sillage de la Journée mondiale du patrimoine, je lui dédie ce poème.

Lorsqu’on l’aborde par le flanc

En longeant cet interminable ruban d’asphalte qui pénètre en elle

Comme une couleuvre se glissant dans la verdure d’un jardin

L’on est d’emblée frappé par cette singulière fraîcheur aux relents d’alizé

Qui fait aussi partie de sa légende

Puis au détour d’une très belle courbe                                                         

Qui n’est pas sans rappeler celle d’un arc tendu

Voici qu’apparaît, dans toute sa majestueuse splendeur,

L’île de Saint-Louis, pareille à un joyau dans son écrin…

Saint-Louis ! Saint-Louis la belle ! Saint-Louis la gracieuse !

Je ne peux ni ne veux point évoquer ton nom

Sans invoquer les muses aux yeux ensorceleurs               

Car te voir étendue de tout ton long sur le fleuve aux eaux d’émeraude

Où tu reposes parée de tes atours, radieuse,

Auréolée de lumière et d’un charme irrésistible

Fais naître en moi des élans de lyrisme

Et vibrer jusqu’au plus profond de mon être la plus sensible de ses fibres

Pendant qu’un esprit aérien chuchote à mon âme ravie ce vers inoubliable :

« Poète, prends ton luth et me donne un baiser… »

Saint-Louis ! Belle endormie dans tes voiles blancs

Née du mariage de la terre et des eaux du fleuve et de l’océan

Tes allures d’élégante et ta silhouette de naïade

Inspirèrent plus d’un adorateur des muses

Et lorsqu’il abordèrent pour la première fois tes rivages

Ces hommes venus de l’autre côté de la mer

Te baptisèrent du nom de leur plus illustre souverain

En hommage à ta beauté étincelante et noble…

Tel un joyau des tropiques, Saint-Louis, toujours tu fus à la croisée des chemins

Au carrefour de l’Histoire, des races et des cultures

Berceau d’un chatoyant métissage dont les Signares

Ces belles dames au charme incomparable

Furent le plus éloquent des symboles…

Écoutez les langoureuses chansons des fanals

Évoquant les fastes d’antan dans l’atmosphère feutrée du crépuscule

Et vous serez à jamais convaincus qu’autrefois

Des sirènes aux yeux ensorceleurs habitèrent en ces lieux !

Fermez un instant les yeux, et des souterrains du temps s’élèveront

L’odeur des parfums musqués du gongo et les accents rythmés du sabar,

Se mêlant aux airs légers de la valse et du tango,

Au tempo nostalgique du jazz revenant au bercail

Fermez encore les yeux et vous verrez la face mythique de Mame Coumba Bang

La déesse tutélaire du fleuve qui veille sur le sommeil de l’île de Ndar

Et dont nul ne sait si elle est une Circé noire

Ou une incarnation de la reine de Saba…

Saint-Louis du Sénégal, carrefour de l’Orient et de l’Occident

En toi se rencontrent la sagesse orientale et la vitalité nègre

Mais aussi ce sens de l’équilibre auquel invite le Bouddha

Et quand dans la paix du soir résonnent à l’unisson

Le doux tintement de l’angélus et l’harmonieuse modulation des muezzins

L’on ne peut que croire que tu es une vivante fleur de spiritualité…

On a beaucoup médit de toi, île tranquille et sereine,

Te comparant presque à l’antique catin des fleurs du mal

Parce qu’abandonnée, délaissée, livrée à la décrépitude

Tu n'as pas su résister à l’implacable usure du temps

Mais Saint-Louis, ton lit reste fécond

Et tu souris des quolibets et des sarcasmes

car tu sais que cette lumière qui t’habite est éternelle

Tu sais que, pareille au phénix, tu renaîtras de tes cendres

Et que tous les amoureux de l’art

Tous ceux qui vouent un culte à la beauté viendront à ton chevet

Boire à la source vivifiante de l’inspiration créatrice…

Louis CAMARA, le conteur d’Ifa 
Grand prix du président de la république pour les lettres.

Le fondateur du groupe Teylium qui vient de racheter Tigo avec des partenaires est l’un des symboles de la réussite en Afrique de l’Ouest. Des télécoms à l’immobilier, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, il a bâti, en moins de quinze ans, un empire dont la véritable surface financière reste mystérieuse.

Une icône sénégalaise
À la fois « fils de » et jeune multimillionnaire, Habib Yérim Sow est une icône dans son pays. L’un des symboles, parmi quelques autres, de la réussite économique et financière d’un entrepreneur sénégalais. En moins de quinze ans, le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie sahélienne d’entreprise (Cse), un immense groupe de Btp, s’est mué en homme d’affaires touche-à-tout. Mais, nulle question d’héritage là-dedans. Si le poids de sa famille l’a très certainement aidé à lancer sa première société, Access Telecom, détentrice d’une licence de radiomessagerie au Sénégal, c’est la cession, pour 76 millions d’euros, d’une seconde entreprise, Loteny Telecom, au géant sud-africain Mtn qui le rendra riche.

Culture de la discrétion
C’est l’une des réussites les moins médiatiques du Sénégal. Peu de Sénégalais, en effet, sont capables de mettre un visage sur le nom d’Habib Yérim Sow. A part qu’il est le fils de Aliou Sow (Cse), le magnat du Btp. Sinon, pour le reste, rien que des rumeurs… Il se dit que c’est un jet-setteur mondial qui possède un jet et un yatch privés… Et comme il ne donne la moindre interview pour dégonfler la baudruche, et qu’on ne le rencontre quasiment nulle part au Sénégal, la légende sur sa personne ne cesse d’enfler. Yérim Sow est discret jusque dans ses amitiés. L’homme cultive le mystère comme un maître du suspens. Il ne répond guère aux sollicitations des médias, se permettant même de snober l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique » en se contentant d’envoyer une courte présentation écrite pour répondre aux sollicitations du journal.

Investisseur hors pair
Il existe pourtant des indices pour briser le mur de pudeur qui entoure sa personne. Il fait partie, par exemple, des Anciens du Canada (Polytechnique de Montréal). Le site web de  Teylium group, la holding qui regroupe ses activités, est, en outre, riche en pépites. On y apprend qu’il a créé sa première société, Direct access (informatique), en 1988. Ensuite, c’est Access télécom, détentrice d’une licence de radiomessagerie, en 1994, qui l’a fait connaître aux Sénégalais avec les fameux Bip access. Et puis, on le perd de vue. Il part, en fait, en Côte d’Ivoire monter une filiale d’Access télécom et prend pieds dans ce pays. Il y lance Loteny, dans la téléphonie mobile, en partenariat avec Télécel (aujourd’hui Mtn/Ci). En 2001, il crée Teylium international et prend des participations dans le centre d’appels Pcci. En 2002, il réalise l’immeuble Trilenium à Dakar. Assez pour lancer la saga de cet homme d’affaires hors du commun et qui a le don de transformer tout ce qu’il touche en lingots d’or.

Teylium, un mastodonte
Dix-sept ans après sa création, le groupe Teylium international comprend sept divisions : de l’immobilier à la finance en passant par les télécoms. C’est dans ce secteur que Yérim Sow, 44 ans, s’est fait connaître, dès 1994, en lançant, à Dakar, une société de commercialisation de services de paging. Peu après, il créait le premier réseau Gsm de Côte d’Ivoire, vendu, en 2005, à Mtn pour 50 milliards de FCfa (76 millions d’euros). Le plan stratégique de Teylium, initié en 2006 pour quatre ans, s’est traduit par la mise en œuvre de plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest. Dans les télécoms, le groupe a acquis l’opérateur Gsm Intercel en Guinée et obtenu la seconde licence de téléphonie mobile au Cap-Vert. Un investissement de 15 millions d’euros. En Côte d’Ivoire, Teylium s’est porté acquéreur de la Bridge bank et la Continental beverage company (Cbc) qui a mis sur le marché l’eau minérale Olgane. Très discret sur les montants en jeu, le groupe, basé à Genève, aurait réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2007.

Rayonnement mondial
Aujourd’hui, le groupe a un rayonnement mondial avec des bureaux à Maurice et Genève, et des activités aux quatre coins du globe. Il s’active aussi dans le développement et la gestion immobilière, l’hôtellerie, les télécoms et les Tic, l’agro-industrie, les services bancaires et financiers, les services aériens... Un véritable conglomérat. Ses dernières acquisitions sont une banque, Bridge bank (Côte d’Ivoire), le Plaza hôtel, un « 5 étoiles » en construction sur la corniche, dans le cadre des chantiers de l’Anoci, d’autres résidences de luxe à Dakar… Il est également cité dans un fonds d’investissement à Dubaï…

Filialisation réussie
Le groupe possède deux filiales dans le domaine : Teylium properties group, qui développe une dizaine de projets immobiliers, de bureaux et de résidences, et Chain hotels&resorts pour la construction d’hôtels. Le groupe cofinance l’édification de nombreux programmes à Dakar dont le Sea plaza, un projet d’environ 33 milliards de FCfa visant à construire un hôtel 5 étoiles de 180 chambres qui sera géré par l’exploitant international Radisson et un ensemble commercial tout autour, le Rivonia tower, constitué d’immeubles et de bureaux, et Coralia, un programme de résidences de luxe. Il est impliqué également dans la réalisation du Waterfront de la capitale sénégalaise, un programme immobilier visant une clientèle très huppée.

Tigo, un succès retentissant
C’était l’un des paraphes les plus attendus dans le monde de l’investissement en direction du Sénégal. Le président Macky Sall a fini par apposer sa signature au bas du décret 2018-750 approuvant la cession de Tigo Sénégal au consortium Saga Africa holdings limited, contrôlé par Yérim Sow, Xavier Niel et la famille Hiridjee. Ce décret met un terme à un bras de fer de près d’une année entre la plateforme de transfert d’argent Wari et l’opérateur de téléphonie mobile luxembourgeois Millicom qui détenait la marque. Yérim Sow renoue ainsi avec ses premières amours.

Un de mes maîtres, que j’implorai de dire son mot sur notre présent et sur notre quête incertaine de sens, me servit comme réponse ceci : « Dans ce pays, tout le monde parle. Et de tout. On célèbre davantage la volubilité du langage et le langage de l’indélicatesse que celui articulé autour de la science, de la raison et de la civilité ». Sans doute, mon maître a aussi peur de la nouvelle race d’individus dont l’impertinence envahit l’espace public. Ils sont prompts à attaquer, de manière inconsidérée, les gens, à entraver nos « utopies » et à blesser la décence. S’abandonnant à un narcissisme nourri par les médias, ils s’autorisent tous les excès parce qu’il n’y a que le paraître qui compte. La libéralisation de la prise de parole, n’en déplaise à Monsieur promoteur des libertés, est une tragédie se déroulant sous nos yeux. Nos oreilles et le bon sens en sont les héros malheureux. Birima Ndiaye, qu’une certaine maladresse a appelé chroniqueur de l’émission « Jakaarlo bi » de la Tfm, et l’intempestif Omar Faye, du mouvement « Leral Askanwi », pourraient valablement y tenir des rôles.

Le premier, syndicaliste aux procédés old school, confond authenticité, trivialité et enfantillage. La personnalité exige de nous cette faculté de s’adapter aux univers d’expression, au cadre et au contexte. Et ce n’est pas de la sournoiserie. Ce presque quinquagénaire entre dans un jeu télévisé qui n’amuse que ceux que l’inconvenance n’outre. L’impétuosité, même naturelle, doit être endiguée, de temps en temps -et quel que soit le désir d’exister- par la lucidité et un retour fréquent à soi. Donc, savoir faire abstraction de l’horreur du moi quand la lumière jaillit au moment où, peut-être, on ne l’espérait plus.

La télévision exige quelques précautions oratoires, une posture. On ne crie pas pour se faire entendre. Dans un beau portrait de Birima Ndiaye, réalisé par une consœur, une de ses épouses tient ces propos : « Il m’arrive parfois de ne pas regarder ses émissions jusqu’à la fin. Tant son comportement me fait sortir de mes gonds ». Vous n’êtes pas la seule madame ! Elle poursuit : « Je lui demande de parler sans s’énerver, car on le comprend mieux quand il s’exprime doucement. Et pourtant, à la maison, il est tout sucre, tout miel ». Ah bon ! Est-il alors obligé de se donner en spectacle de cette manière si incommodante…si écœurante, d’autant plus que sa participation dans cette émission, dit-il, n’est pas rémunérée, lui, l’homme politique qui a fini de démolir, avec d’autres, le mythe du « socialiste pondéré » ?

Mais, Birima Ndiaye peut se vanter d’être moins impertinent qu’Omar Faye, président « isolé » du mouvement « Leral Askanwi », qui nous brouille plus qu’il n’éclaire notre lanterne. Directement ou indirectement, Laye Njomboor a eu la prouesse de faire croire à certaines personnes leur trop grande importance. Certains sont devenus maires, d’autres ont failli l’être. Il y en a qui ont été nommés conseillers en quelque chose ou casés dans un quelque part où s’étouffe leur exubérance. Et l’impopularité, un temps agité, du père du petit protégé de Doha a même fait penser que les énormités d’Omar Faye étaient des évidences scientifiques. Aujourd’hui encore, le refrain médiatique, « arrêté pour diffusion de fausses nouvelles », tout à son honneur, a repris. Il nous sert les mêmes invraisemblances et sur les mêmes plateaux de télévision (deux principalement). Omar se plait à ce jeu. Il ressemble à cet être aimant s’entourer d’oreilles distraites en mal de sensations (ici, la presse) qui élabore des contre-vérités et qui finit par admettre comme vérité ce que son esprit malveillant avait conçu. L’ardent désir d’ « exister » des uns et des autres est, encore une fois, un drame collectif.

 

Sanar évoque beaucoup de souvenirs chez tout étudiant qui est passé par l’Université Gaston Berger (Ugb). Ce petit village, assez éloigné de Saint-Louis pour ne pas en subir l’agitation, est, aujourd’hui, sorti de l’anonymat et de sa torpeur. Beaucoup de choses ont changé à Sanar Peul, reconnu administrativement sous le nom de Diougob, avec l’avènement de l’institution universitaire. Les mentalités ont beaucoup évolué et les autochtones aspirent plus que jamais au développement de leur localité.

Sanar ! Un calme plat règne au bord de la route nationale n°2 menant à Richard Toll, à hauteur de ce village situé à une dizaine de kilomètres de Saint-Louis. De loin, on aperçoit la tour caractéristique de la bibliothèque centrale de l’Université Gaston Berger ceinturée par deux villages : Sanar Peulh et Sanar Wolof. Ils sont respectivement habités par des Peuls et des Wolofs. Le climat est un peu clément. Par groupe, les fidèles chrétiens sortent, ce dimanche, de la paroisse du village, le cœur rempli de grâces et de bénédictions. La plupart d’entre eux sont des « Wa Sanar », une appellation attribuée aux étudiants et aux anciens de l’Ugb. Un nom qui se confond aussi et surtout avec celui du village qui a donné naissance à l’université.

Si Sanar, qui abrite l’Ugb, est administrativement victime d’un découpage qui l’a rattaché à la commune de Gandon dont il est distant de 18 km, il est géographiquement et sociologiquement plus proche de Saint-Louis. Mais, cela ne semble guère gêner ses habitants qui se considèrent Saint-Louisiens.

Jadis, le site abritant l’Ugb était occupé par des Peuls et portait le nom de Sanar Peul. En face d’eux, il y avait la communauté wolof qui vivait sur un autre site appelé Sanar Wolof. Vers les années 70-80, les habitants de Sanar Peul étaient contraints de déguerpir pour céder le site à la future université. Pour se reloger, ils n’ont pas cherché bien loin. Il leur a juste suffi d’enjamber la route nationale n°2 pour se retrouver au village de Diougob qui fait face à l’Ugb. Administrativement, c’est Diougob, mais c’est Sanar Peul qui est plus connu et familier aux Saint-Louisiens et aux étudiants de l’Ugb qui y ont laissé leurs empreintes au cours de leur séjour.

Pendant longtemps, ce village, plongé dans l’anonymat, a gardé sa quiétude à distance respectable de l’agitation de Ndar. Aujourd’hui, les temps ont changé. La création de l’université, vers les années 90, a changé la donne. Sanar est sorti de sa torpeur et les populations affichent leur ambition de développement. Pour cela, elles comptent beaucoup sur l’institution universitaire pour l’emploi des jeunes et la réalisation d’infrastructures d’envergure. Conscients des missions de l’université, les différents recteurs de l’Ugb ont, tour à tour, joué leur partition, au grand bénéfice des populations riveraines. Talibou Diallo, habitant de Diougob, magnifie les actions amorcées par les recteurs Mary Teuw Niane, actuel ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation, et Baydallaye Kâne. Ils ont beaucoup œuvré pour le recrutement des jeunes du village. « Des efforts ont été certes consentis, mais il y a beaucoup à faire. Nous devons être prioritaires dans les emplois de l’Ugb et du Crous », poursuit-il.

Ibrahima Sow partage le même avis. Il magnifie l’excellence du partenariat entre l’Ugb et les populations des villages environnants, même s’il estime qu’il y a encore des efforts à faire du côté du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous). « A l’époque, les habitants de Diougob qui travaillaient à l’université n’étaient pas nombreux. Avec l’arrivée du Pr Mary Teuw Niane, beaucoup de jeunes issus des villages environnants en ont bénéficié. Ses successeurs ont suivi la dynamique. Toutefois, il faut dire que le Pr Niane a le plus marqué l’attention des populations de Diougob et environs lors de son passage », se félicite-t-il, regrettant que la dynamique ne suit pas du côté du Crous. « Nous ne sommes pas bien servis par le centre universitaire. Nous sommes laissés en rade alors que nous, riverains, devrions être privilégiés dans les emplois », dénonce M. Sow.

« L’université a trouvé ici des troupeaux de vaches, des moutons, des chèvres, etc. L’élevage a cédé petit à petit la place à l’institution. La politique sociale de l’Ugb doit réserver une part importante aux villages environnants en termes d’emplois », affirme Babacar Bâ, chef du village de Diougob. Ce dernier pense aussi que le Crous devrait privilégier, pour les emplois temporaires ainsi que dans les recrutements, les populations des villages environnants, dans le cadre de sa politique sociale.  

Ruée vers Sanar…
Sanar Peul 2Talibou Diallo admet que l’implantation de l’Ugb a beaucoup contribué au développement du village. « On retrouve de nombreuses boutiques sur le long de la route nationale n°2, en face de l’Ugb. Egalement, des gens cherchent à acquérir des terrains à Diougob pour y habiter ; ce qui n’était pas le cas avant l’avènement de l’université », indique-t-il. Le foncier est devenu cher au fil du temps. Beaucoup d’autochtones et même des « étrangers » sont en train de valoriser leurs terrains. Dans les années 70, ajoute Talibou Diallo, les terrains étaient gratuitement cédés à ceux qui en formulaient la demande. Aujourd’hui, il faut beaucoup débourser pour espérer avoir un terrain à Diougob ou Sanar Peul et même Sanar Wolof. Cette flambée des prix des terrains occasionne un boom immobilier très important. Des étudiants qui n’ont pas pu bénéficié d’un logement universitaire se rabattent à Diougob ou dans les villages environnants pour ne pas s’éloigner du campus pédagogique.

Le chef du village de Diougob abonde dans le même sens. Babacar Bâ soutient que l’Ugb a favorisé le développement de la localité et ses environs. Aujourd’hui, beaucoup de pères envoient leurs enfants à l’école ; tel n’était pas le cas avant l’avènement de l’université. Il en est de même pour le foncier. Selon lui, le premier directeur du Crous, Saliou Rama Kâ, et le Pr Mary Teuw Niane ont beaucoup marqué les populations de Diougob et environs. Ils ont beaucoup travaillé les consciences sur la nécessité d’envoyer leurs enfants à l’école. Les résultats sont maintenant palpables. Plus d’une vingtaine d’étudiants originaires du village sont orientés à l’Ugb et constituent une fierté. D’autant plus que, dans le passé, peu d’enfants étaient scolarisés, signale Ibrahima Sow. Pour lui, l’implantation de l’Ugb a créé une réelle émulation chez les jeunes du village et environs. Seulement, en matière d’orientation des bacheliers, ces villages ne disposent pas de quotas, même avant l’avènement des réformes de 2013 avec la mise en place d’un système national d’orientation, à savoir Campusen. Aujourd’hui, l’option de l’Etat, rappelle le recteur de l’Ugb, c’est d’orienter tous les bacheliers sur la base de critères dont les universités à la base n’ont pas cette marge de manœuvre. Ce modèle d’orientation vise à éviter la « ghettoïsation académique » et à favoriser la « mobilité des jeunes » qui contribue à l’intégration nationale.

Pour le président de l’Asc de Diougob, l’implantation de l’université a radicalement changé le visage de leur localité et la mentalité des populations. Sur le plan économique, les choses bougent avec l’arrivée massive des banques et d’autres sociétés. « Tout le monde rêve d’habiter à Diougob parce que l’avenir, c’est ici », lance-t-il. « S’il n’y avait pas l’université, il n’y aurait pas une ruée vers Diougob ou Sanar wolof », ajoute-t-il.

Légitimes préoccupations
Cette ruée vers Sanar Peul cache mal quelques préoccupations légitimes des populations. Celles-ci, de l’avis de Talibou Diallo, sont principalement liées à l’extension hydraulique et électrique et au bitumage des principaux axes routiers pour faciliter leur déplacement. Cela, d’autant que le village s’agrandit d’année en année.  Le constat est fait par le chef du village. L’Ugb doit, selon Babacar Bâ, être au service de la communauté à travers ses recherches et son savoir-faire. Il déplore aussi la recrudescence des cas de vol dans la zone.

Diougob est l’un des rares villages au monde à abriter une université. Mais, le seul bémol est que ce village de la commune rurale de Gandon ne dispose pas de poste de santé, ni d’un marché digne de son nom, encore moins d’un collège, voire d’un lycée. Les patients sont certes admis, pour les besoins de consultations, au centre médical du Crous, mais ils sont le plus souvent orientés vers d’autres structures sanitaires.

Née en 1994, l’Asc de Diougob, dirigée par Ibrahima Sow, s’active dans tous les domaines pour le développement du village. Pour réussir ses missions, elle n’hésite pas à recourir aux services de l’Ugb ou du Crous. Certes, leurs sollicitations auprès de l’université ont toujours connu une suite favorable, mais Ibrahima pense qu’elle peut faire mieux pour remplir pleinement sa mission dans le cadre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse). « Chaque année, nous organisons des Journées d’excellence ; nous aimerions que l’Ugb et même l’association « Wa Sanar » nous soutiennent davantage pour donner à cet événement une dimension exceptionnelle et surtout lors de ses « 72 » culturelles », fait-il remarquer. M. Sow appelle l’association « Wa Sanar », regroupant les étudiants qui ont fait leurs humanités à l’Ugb, à soutenir les écoles primaires ou collèges de Diougob et des villages environnants. Selon certains témoignages, le premier recteur de l’Ugb a contribué à la construction de la première mosquée du village. L’institution a aussi fait un don d’un climatiseur pour la morgue du village. Sur les relations entre les étudiants et les populations, le chef de village souligne qu’elles sont au beau fixe. Très souvent, lors des grèves des étudiants, ce sont les notables du village qui prennent le bâton de pèlerin pour arrondir les angles entre autorités universités et étudiants.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

L’UNIVERSITÉ AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ
Crous UgbL’Université Gaston Berger (Ugb) est un bon voisin. Depuis sa création, elle a consenti beaucoup d’efforts pour prendre en charge les préoccupations des riverains, notamment en matière d’emplois des jeunes.

Pour le Pr Baydallaye Kâne, les universités ont, entre autres missions, les services à la communauté. C’est pour cette raison, signale le recteur, qu’une attention particulière est accordée à la société et à l’environnement de façon particulière.

L’Ugb étant dans un domaine semi-urbain et semi-rural, il y a beaucoup d’initiatives prises en direction de ces villages, dit-il. « Dans le domaine de la santé, depuis l’ouverture de l’Ugb, la Direction de la médecine du travail a intégré le principe de prendre en consultation les villageois gratuitement », fait savoir M. Kâne, sans occulter la question de l’emploi des jeunes.

Initialement, l’Ugb avait une superficie de 243 ha, mais dans le cadre de ses relations de bon voisinage et suite à une requête de Sanar Wolof, l’université a accepté de se délester d’une partie de sa superficie pour se retrouver avec 220 ha où elle dispose des espaces verts. L’Ugb, précise le recteur, a besoin de la main d’œuvre pour l’aménagement de ces dits espaces. Et à l’en croire, la décision prise par les autorités universitaires, c’est de donner un quota à tous les villages environnants qui, de manière rotative, envoient, tous les quatre mois, des jeunes pour venir travailler à l’université. « Nous n’interférons pas dans le choix. C’est une valeur ajoutée pour ces villages. Certains d’entre eux ont la chance d’avoir des Cdd et d’autres des Cdi », explique-t-il.

Dans le domaine de l’agriculture, l’Ugb fait beaucoup d’innovations à travers sa ferme où une unité de production a été mise sur pied en partenariat avec Bruxelles. Selon Baydallaye Kâne, des chercheurs font de la poudre d’oignons utilisée dans la confection des bouillons, du yaourt, de l’huile, etc. « C’est un travail de pointe. Aujourd’hui, nous avons parmi les meilleurs spécialistes dans notre pays dans ce domaine », fait-il remarquer. Un travail réalisé en parfaite collaboration avec les Gie de femmes des villages environnants qui servent de main d’œuvre dans cette unité de production. Notre objectif, dit-il, c’est « de leur permettre d’acquérir des connaissances et de s’en servir pour améliorer leurs conditions d’existence ».

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

LE CROUS AU CHEVET DES RIVERAINS
Les populations de Sanar ne sont pas satisfaites de la politique sociale du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous), notamment en matière de recrutement des jeunes. Elles accusent les autorités de cette institution de « faire du parti pris et du favoritisme ». Une accusation rejetée en bloc par le Crous à travers sa cellule de communication. Fara Sylla, chargé des relations avec la presse, soutient que, depuis son existence, le Crous a toujours pris en charge les préoccupations des populations des villages environnants (Sanar Peul, Sanar Wolof, Boudiouck), en recrutant notamment des journaliers dans la restauration. D’ailleurs, indique-t-il, beaucoup de femmes qui interviennent dans la restauration des étudiants sont originaires de ces villages.

A cela s’ajoute la gratuité des prestations médicales pour ces communautés ainsi que les subventions allouées à des associations religieuses, culturelles, sportives, etc. Même si beaucoup de jeunes sont des prestataires du Crous, ils attendent leur régularisation depuis plusieurs années. Fara Sylla estime que cette situation est liée au budget. Cette année, le Conseil d’administration du Crous n’a autorisé que dix recrutements sur une cinquantaine de demandes. Le directeur du Crous est, selon lui, assez sensibilisé sur cette question.

« Sous peu de temps, si le centre obtient une rallonge de son budget, il va procéder à la régularisation de ces prestataires qui ont passé beaucoup d’années au service de l’université », déclare son chargé des relations avec la presse pour qui « le Crous ne fait nullement dans le parti pris encore moins dans le favoritisme ».

« Comme l’atteste d’ailleurs la première vague de travailleurs du centre qui est issue de ces villages. Vous les trouverez dans tous les services », avance M. Sylla.

 

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 17 mai 2018 11:49


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.