grandair

Soleil Grand Air (457)

4 façons de mieux digérer

24 Mar 2017
290 times

Ventre gonflé, gaz, inconfort digestif... Ces manifestations bien désagréables peuvent être soulagées par des remèdes naturels. Les solutions de Françoise Couic Marinier, pharmacienne diplômée en phytothérapie et aromathérapie et de Thierry Morfin, naturopathe.

Les probiotiques
Ces micro-organismes vivants, absorbés en quantité suffisante, ont des effets bénéfiques sur la digestion. On utilise le plus souvent des bactéries produisant de l’acide lactique, comme Lactobacillus rham nosus, Lactobacillus acidophilus ou Bifidobacterium breve. En colonisant l’intestin, les probiotiques absorbent les déchets provoquant des fermentations, ce qui permet aussi de maintenir l’équilibre acido-basique de l’organisme. À prendre en cure sous forme de gélules, en respectant la posologie du fabricant. (Physionorm Daily (combinaison de 8 souches de probiotiques), ImmuBio, 23 € les 30 gélules. À raison de 1 gélule par jour). Ajouter une poignée d’algues (kombu) dans l’eau de cuisson des légumes secs ou des céréales complètes.

L’huile essentielle de basilic exotique
Elle stimule le système digestif et combat les fermentations intestinales. Antispasmodique, cette huile essentielle a également une action carminative, c’est-à-dire qu’elle réduit les gaz, donc les ballonnements.

Après le repas, prendre 1 ou 2 gouttes d’HE (huile essentielle) de basilic exotique avec 1 cuillerée d’huile d’olive, de purée d’amande ou de miel ou un support neutre. Pour aromatiser ses plats, verser 6 gouttes d’HE de basilic avec 100 ml d’huile d’olive.

Ne pas confondre le basilic exotique (tropi cal) avec le basilic sacré ou le basilic français. (Roll’on relaxation, Phytosun arôms, 7,45 € les 5 ml ; Massage maux de ventre aux 15 huiles essentielles, Puressentiel, 13 € les 50 ml ; Capsules Ressource aux huiles essentielles, Le Comptoir Aroma, 9 € les 30 gélules).

• Pour lutter contre le stress, qui empêche de bien digérer : diffuser 15 gouttes d’HE de lavande officinale ou de petit grain bigarade (au choix) 2 fois par jour, dans les pièces à vivre pendant 15 minutes.

• En cas d’anxiété, se délasser dans un bain aromatique, le soir avant de se coucher : diluer 10 gouttes d’HE de lavande officinale dans un bouchon de produit de bain.
La tisane de graines de fenouil

Grâce leur concentration en huile essentielle riche en anéthol, les graines de fenouil calment les spasmes et apaisent les douleurs abdominales . Assainissant, le fenouil limite la formation
Compter 10 à 15 g de graines de fenouil (1 cuillerée à café bien pleine) pour une tasse d’eau bouillante. À boire en fin de repas.

Ou faire préparer par le pharmacien des gélules à base de 150 mg de fenouil (poudre totale) et 150 mg de menthe poivrée (poudre totale). Prendre 1 gélule à midi et au dîner, en cure de 1 mois. À renouveler si nécessaire.

Contre-indications : déconseillé pendant la grossesse et chez les femmes ayant eu un cancer hormonodépendant (sein, ovaires).
• Consommer le fenouil en légume, cru ou cuit, de préférence en début de repas.

• Supprimer les aliments pouvant favoriser la fermentation : sucre, féculents, crudités, légumes secs (haricots), petits pois, oignons, choux... Idem avec ceux qui produisent des gaz : carottes, abricots, bananes...

• Fruits et desserts sucrés se consomment plutôt dans la matinée ou l’après-midi.

• Oublier les chewing-gums, ainsi que les sodas et autres boissons gazeuses.

• Manger dans le calme en mastiquant longuement et lentement : la digestion débute dans la bouche grâce aux enzymes de la salive.

• Éviter les grignotages dans la journée, qui entraînent une déglutition permanente d’air. Et limiter aussi les portions...

Les bourgeons de figuier
Ce sont de grands régulateurs du système digestif. Relaxants, ils réduisent le stress, souvent en cause dans les ballonnements .
Prendre 10 gouttes d’extrait de bourgeons le matin et 10 gouttes le soir pendant 21 jours. On peut refaire une seconde cure si nécessaire avec une semaine d’arrêt. (Extrait de bourgeon figuier bio, Vitaflor, 11,90 € les 15 ml en pharmacie ; Herbalgem figuier, 11,50 € les 15 ml en boutique bio).

Faire une promenade digestive après les repas chaque fois que c’est possible. Et boire de l’eau de source dans la journée.

Source : topsanté

Loza Maléombho est la nouvelle étoile montante du stylisme africain. La jeune femme a vu son nom propulser sur la scène internationale lors de la diffusion du clip « Formation » de la chanteuse américaine Beyoncé. 25 millions. C’est le nombre de vues qu’a totalisé le clip « Formation » de la chanteuse Beyoncé dévoilé le 6 février. C’est là, dans le décor et le cadre très ethniques de ce clip, qu’une des créations de Loza Maléombho, styliste ivoirienne, est venue se glisser alors qu’on ne l’y attendait pas. À 3 minutes 24 secondes de la vidéo, le personnage à gauche de la chanteuse porte une création de la collection « Zaouli » Printemps/été 2016 de Loza. Alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, une des nombreuses stylistes de la chanteuse la contacte et lui demande de fournir deux prototypes pour le prochain clip de Beyoncé. « Beaucoup de créateurs sont sollicités par Beyoncé pour ses vidéos, donc d’expérience je sais que cela ne signifie pas forcément que l’on sera retenu », avance-t-elle. Alors depuis que le clip est diffusé, Loza avoue l’avoir regardé plusieurs fois d’affilée. Pour la modéliste, créer est un engagement, une prise de position claire contre le racisme qui prévaut aux États-Unis notamment. Ayant grandi entre les États-unis et la Côte d’ivoire, son art est influencé par les deux cultures.

Collaboration avec Solange Knowles
Loza semble avoir conquis toute la famille Knowles car déjà en février 2015, la jeune femme de 30 ans avait fait parler d’elle lorsque la sœur de Beyoncé l’a mise en avant dans la série « Black Designer Spotlight » sur Saint Heron, une compilation de 11 artistes indépendants qui se veut un espace d’expression d’art et de musique, produit par le label de Solange Knowles. La styliste est aussi connue pour son répertoire d’auto-portraits sur Instagram appelé « Alien Edits » où elle pose, la tête parée d’objets et d’animaux de tous genres. Cette série à succès lui vaut d’ailleurs d’être suivie par des milliers de fans sur les réseaux sociaux.

Customisation de vêtements
Même si elle n’envisageait pas d’en faire un métier, Loza dessinait ses uniformes scolaires et quelques robes de sa mère dès son plus jeune âge. Titulaire d’un diplôme en infographie et animation à l’université des beaux-arts de Philadelphie, c’est à la fin de son parcours universitaire que l’intérêt pour la mode s’impose, plus fort que jamais. Elle entreprend alors de réaliser des stages qui conforteront ses connaissances et son goût pour le domaine artistique. La jeune femme souhaite, à travers ses créations, exprimer son identité construite entre l’Amérique et l’Afrique, et sa fierté d’être « Black ».

Projets futurs
La jeune styliste ne compte pas s’arrêter là. Loza Maléombho voudrait sortir de sa zone de confort et se frotter à de nouveaux défis. Elle aimerait s’aventurer dans la création de lignes de vêtements pour homme, enfants et dans la décoration, particulièrement dans l’habillage de meubles. « Il me faut aussi miser davantage sur le développement durable et l’autonomie de la femme, deux éléments qui constituent la philosophie même de ma marque », avance-t-elle, bien déterminée à apporter sa touche dans l’univers africain du design et de la mode.
Par Oumar BA

Après plusieurs semaines de morosité liée à la crise postélectorale en Gambie, la ville de Farafenni déborde à nouveau d’activités. Et le marché central, poumon économique de cette ville, est l’un des meilleurs baromètres pour apprécier cette reprise effective. Les commerçants sénégalais qui avaient le moral dans les chaussettes depuis quelques semaines ont repris leur business et affichent le sourire. Ce nouveau climat de paix favorise leurs affaires et ils espèrent que la fin du règne de Jammeh annonce des lendemains enchanteurs.

Une fois la frontière franchie à partir de Keur Ayib, dans le département de Nioro, Keur Ali, un minuscule village complètement dépourvu se découvre. Pour regagner Farafenni, la première grande ville de l’Etat gambien, distante de 5 km et situé à 7 km du fleuve Gambie, il faut impérativement passer par là. Le trajet, selon les moyens, se fait à pied, à moto, en charrette ou en voiture. Le décor est tout autre. Des maisons en dur se succèdent. Avec la complicité du soleil assassin, leurs tôles en zinc luisent et, de leurs éclats, martyrisent les yeux mal protégés. A intervalles réguliers, des stations-services qui ont cessé toute activité sont squattées par des chèvres et autres volailles. Ça et là pullulent des garages de mécaniciens avec de vieilles guimbardes d’une autre époque exposées comme des objets d’art hors de prix. De part et d’autres de la route, des piétons vaquent à leurs occupations. Des vrombissements de véhicules de tout genre et de motos polluent l’atmosphère.

Au bout de cinq kilomètres, Farafenni se dévoile dans toute sa splendeur. Il faut d’abord passer les formalités d’usage au poste à l’Immigration passport control et au Farafenni custom office pour espérer fouler le sol de cette ville carrefour. Sur les lieux, un policier fagoté comme un charmeur de serpent nous demande notre destination, l’objet de notre visite et notre laissez-passer. Ni plus. Puis, il nous autorise à passer. Depuis la chute de Yaya Jammeh nous dit-on, les tracasseries ont diminué au niveau de la frontière gambienne. Même si du côté des transporteurs on affirme le contraire.

Dans cette ville, la circulation est très dense. Normal puisque c’est un passage obligé pour aller en Casamance et d’autres localités de la Gambie. Des bus, camions, taxi brousses qui ont fini de traverser la frontière foncent directement vers le quai de Bamba Tenda où ils devront embarquer dans le ferry pour rejoindre la ville de Soma, sur la rive opposée. Mais avant le village de Bereto, un autre contrôle s’impose à la 2nd Infantry Battalion.

Reprise des activités …
Finie la terreur silencieuse instaurée en Gambie, Farafenni a retrouvé sa quiétude d’antan. Dans cette ville-carrefour gambienne où les Sénégalais sont légion et s’activent dans le commerce et plusieurs autres domaines, la vie a repris son cours normal. Les populations se sont remises au travail. Ce nouveau climat de paix a favorisé la reprise des affaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de sillonner la July 22nd Highway ou encore la Seyfo Mama Tamba Jammeh Highway. Banques, magasins, pharmacies, supermarchés, boulangeries, restaurants, stations d’essence, compagnie d’assurance et autres ont repris service.

Au marché central de Farafenni, poumon économique de cette ville frontalière, l’ambiance d’antan est au rendez-vous. Les commerçants qui avaient déserté leurs cantines ont repris leur business qui tourne aujourd’hui à plein régime ; ce qui était inimaginable quelques semaines plus tôt, quand Yaya Jammeh s’agrippait encore au pouvoir. A Farafenni, le commerce est l’activité vedette de la communauté sénégalaise établie dans cette partie de la Gambie. Le marché central est animé par des commerçants sénégalais venus de villes et villages environnants pour gagner dignement leur vie de ce côté de la frontière. Il suffit de poser les pieds au Farafenni market pour s’en rendre compte. On se croirait dans un des plus grands marchés sénégalais. Pas de marchands ambulants ni de meute de talibés qui assaillent les piétons, mais les dialectes utilisés laissent croire qu’on se trouve en terre sénégalaise. « Tout le monde sait que l’anglais est la langue officielle gambienne, mais l’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est très courante », explique Mamadou Sakho qui a presque fait ses humanités en Gambie. Selon lui, Farafenni, c’est presque un Sénégal en miniature. « On y retrouve une forte colonie de Sénégalais. C’est aussi le cas des beaucoup de villes gambiennes. Que ce soit à Banjul, Kerewan, Soma, Bansan, Birkama, Basse, Serekunda ou encore à Barra. Cela vient confirmer que les deux pays constituent un même peuple. Nous avons les mêmes ethnies, les mêmes coutumes, avec des pratiques sociales identiques », ajoute-t-il sur un fort accent gambien.

Fraternité
FarafenniTout se concentre dans ce marché : vendeurs de tissus, de vaisselles, de matériels électroniques, de poisson, de viande, de légumes, de fripes, sans compter les parfumeries, cosmétiques, les merceries, les bijouteries et autres tailleurs et vendeurs de prêt à porter. Et plusieurs échoppes sont tenues par des Sénégalais qu’on arrive difficilement à distinguer des Gambiens. Ici, le Dalasi, devise gambienne, et le Franc Cfa circulent sans difficulté et on peut régler ses achats avec les deux monnaies.

Dans cet espace où cohabitent Gambiens et Sénégalais, la fraternité et la solidarité sont une réalité, même si, de temps à autres, des policiers effectuent des rondes, rappellent à l’ordre certains récalcitrants, réprimandent. Après de longues semaines vécues dans l’inquiétude, Farafenni et son marché ont retrouvé l’ambiance des grands jours. Et pourtant, la crise post-électorale avait poussé beaucoup de commerçants sénégalais à prendre le chemin du retour au bercail en attendant que l’horizon s’éclaircisse. L’ambiance était à cette époque malsaine et la sécurité n’était pas garantie. La meilleure solution était, pour ces Sénégalais, de rentrer au pays en attendant que les choses se normalisent. « Avec cette situation, nos activités ont connu un brusque coup d’arrêt. On a broyé du noir pendant quelques semaines parce qu’il y avait une psychose qui régnait et on a jugé plus sage de fermer boutique, car Yaya Jammeh et son régime étaient capables du pire », informe Mamadou Lam, un commerçant.

Aujourd’hui, cette crise se conjugue au passé. La Gambie a ouvert un nouveau chapitre de son histoire et le discours du Barrow qui a plaidé le renforcement des relations entre les deux pays pour garantir une paix durable a rallumé l’espoir chez ces Sénégalais qui travaillent à la sueur de leur front pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Farafenni a retrouvé son dynamisme économique et affiche le sourire. Un sourire retrouvé aussi par les commerçants sénégalais dont certains sont sur place depuis plus de deux décennies. « Les choses sont revenues à la normale depuis que Jammeh est parti. La reprise est certes timide, mais on espère qu’elle sera totale dans les semaines à venir. On espère aussi que le nouveau président fera tout pour que les relations entre nos deux pays soient beaucoup plus fluides » indique-t-il.

A Farafenni, nombreux sont ces Sénégalais qui se sont installés avec leurs familles. Définitivement pour certains d’entre eux qui considèrent la Gambie comme une seconde patrie. « Quand on travaille dans un pays et qu’on a des enfants qui y sont nés, on peut bien se réclamer de ce pays », argumente Amadou Bâ qui vit à Farafenni depuis plus de deux décennies. Vendeur de tissus, il a vécu avec amertume la crise électorale gambienne qui a menacé leur activité. « Malgré la frontière qui sépare le Sénégal de la Gambie, les populations sont les mêmes puisqu’elles sont unies par les mêmes liens socioculturels et religieux. Nous nous exprimons dans les mêmes dialectes. L’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est presque banal. C’est extraordinaire », explique-t-il. « Je suis moitié Sénégalais et moitié Gambien. J’ai des enfants qui sont nés au Sénégal et d’autres ici. J’ai même une épouse gambienne, donc je n’ai pas de problème d’intégration puisque mes voisins gambiens me considèrent comme un des leurs », ajoute-t-il. Ses garçons ont épousé des Gambiennes et une de ses filles a convolé avec un Gambien. Amadou Bâ n’est pas le seul dans cette situation qui est assez fréquente. Mamadou Lam a lui aussi vécu 27 ans dans cette ville. Vendeur de tissus au marché central de Farafenni, il n’est retourné que très rarement dans son Pété natal.

Farafenni, terre d’intégration…
Farafenni town« La majorité de mes enfants sont nés à Farafenni et ne sont jamais allés au Sénégal. Deux d’entre eux sont enseignants. Avec le poids de l’âge, je ne me déplace plus ». Selon lui, les Sénégalais s’intègrent facilement en Gambie, même si des fois ils ne sont pas épargnés des tracasseries. Originaire de Thiès et spécialisée dans la vente de vaisselle, Astou Mané, elle, a préféré loger à Keur Ayib qu’elle quitte tous les matins pour se rendre à son lieu de travail. « Je connais bien Farafenni pour y avoir vécu pendant trois années. Mais comme j’ai un magasin à Keur Ayib, j’ai préféré loger là-bas ». Selon elle, l’intégration des Sénégalais en Gambie est facilitée par liens qui unissent les deux peuples. « Nous ne sommes pas inquiétés ici, nous faisons notre travail en respectant le règlement, en nous acquittant aussi des taxes. C’est plus simple que cela. Je crois que quand on vit dans un pays et qu’on respecte ses lois et règlements, on peut vivre sans crainte », assure-t-elle.

Modou Ndiaye qui tient une parfumerie a connu une lente intégration. Après une tentative d’émigration avortée vers l’Espagne via la mer, le bonhomme a déposé ses baluchons en Gambie en attendant que la chance lui sourie à nouveau. « Quand on n’est pas chez soi, c’est normal que l’intégration soit difficile au début. Il fallait donc se plier aux règles du pays, ce que j’ai fait et à la longue je me suis habitué.

Depuis qu’il est arrivé, le jeune homme n’a pas connu de problème. « Ici, c’est presque le Sénégal, il n’y a pas de barrière linguistique et la fraternité se vit au quotidien avec nos parents gambiens ». Aujourd’hui, il est appuyé par son jeune frère, Moussa, qui était marchand ambulant à Dakar. « A deux, on se sent beaucoup plus en sécurité, même si jusque-là, on n’a connu la moindre embrouille », soutient-il. Comme nombre de ses compatriotes, Moussa avait fermé sa boutique avec la psychose installée par le refus de Jammeh de quitter le pouvoir. « Avec mon frère, on a loué une chambre à Keur Ayib en attendant que les choses se calment ». Mais avec le départ de Jammeh, ils sont revenus. « Depuis que nous sommes revenus, tout va bien. Les tracasseries ont diminué et on espère des lendemains meilleurs avec le nouveau président élu », assure-t-il.

Même les cireurs qui, pour la plupart, viennent du Fouta ne pensent pas à un retour au Sénégal. « A quoi bon rentrer quand on vit dans un pays et y gagne très bien sa vie sans être inquiété », indique Amadou Thiam.

Par Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 24 mars 2017 15:41

Les bassins versants d’un affluent du fleuve Gambie traversent plusieurs villages de la commune de Missirah. Le microclimat et la richesse des sols font de cette localité un terreau fertile de la production de banne. Sa part dans la production nationale est estimée à 80%. Cependant, la filière a ses contraintes.

À 35 km de Tambacounda sur la route de Kédougou, l’arrondissement de Missirah se particularise par le Parc national du Niokolo-Koba. Le fleuve Gambie qui le parcourt sur toute sa longueur a permis d’installer des milliers d’hectares de terres irriguées pour le maraîchage et l’arboriculture.

Pour se rendre à Koar, à environ 70 kilomètres de la commune de Missirah, il faut se ceindre les reins. La piste est défoncée, ravinée à l’extrême. L’intensité des pluies a laissé des marques sur la route. La voiture danse dans les crevasses. Il faut savoir résister aux déviations les plus périlleuses pour éviter de s’engouffrer dans les étangs d’eau éparpillés un peu partout. Au bout de quelques heures, le village de Koar surgit. Ici, les champs de banne s’étendent à perte de vue. Ils forment des pans de verdure. Les plantations se suivent. Des pieds portent des régimes de banane. Entre les plantations, les exploitants, le plus souvent à bord de leur vélo, vont et viennent. Dans ce village, on ne se tourne pas les pouces. Les plantations sont généreuses. Elles nourrissent bien des familles. Sur les routes, les agriculteurs en tenues dépenaillées marchent à grandes enjambées sur une pente qui offre une vue splendide de l’affluent du fleuve Gambie qui apporte la vie à l’intérieur de cette localité. A Koar, on remercie le ciel, mais on ne doit pas oublier ce cours d’eau qui est le siège d’activités économiques les plus florissantes. Les conditions ne sont pas aussi défavorables à l’agriculture. Koar est bordé par l’une des formations forestières les plus denses des environs. On a l’impression d’être coupé du reste du Sénégal. Du moins, l’air n’est pas pollué. Et la nature étale toute sa splendeur. Une saisissante impression de bien-être nous envahit au fur et à mesure que les champs et les formations arbustives défilent au passage de notre voiture.

A Koar, l’exploitation des plantations se transmet de génération en génération. Aujourd’hui, des groupements d’intérêts économiques ont vu le jour. C’est l’une des preuves que l’activité a porté ses fruits. En dépit des revenus non négligeables qui transitent sur les berges de cet affluent du fleuve Gambie, les exploitants portent sur leurs épaules un lourd panier d’écueils. Koar fait courir des Sénégalais des autres régions. Le président du Gie, François Gabriel Ndiaye, raconte que parmi les membres, certains viennent de Thiès, de Fatick, de Kaolack et de Louga. Ils sont arrivés à Koar à la suite du Plan d’ajustement structurel (Pas) avec son lot de chômeurs en 1986. Les têtes pensantes de ce Gie sont issues de la même promotion au Centre de formation en horticulture de Cambérène. «A la fin de notre formation, nous avons bénéficié de l’appui de l’Office africain pour le développement et la coopération (Ofadec). Il nous a affecté des terrains, du matériel, des intrants et nous a accompagnés jusqu’à la production», se souvient-il. Après cette étape, chaque propriétaire de parcelle devait rembourser une somme de 150 000 FCfa pour devenir autonome. Avec une production annuelle de 225 à 230 tonnes pour un chiffre d’affaires d’environ 41 millions de FCfa, le Gie exploite actuellement 9,5 hectares. Chaque membre dispose d’un quart d’hectare, soit environ 600 pieds de banane. «Nous fonctionnons sur la base d’un budget. Chacun d’entre nous doit verser une cotisation de 300 000 FCfa au début de chaque saison. C’est à partir de ce fonds que nous nous occupons du fonctionnement du Gie», explique Adama Ndao, secrétaire général du collectif régional des producteurs de la région de Tambacounda.

La banane chasse la pauvreté
Banane MissirahIci, chacun cultive sa plantation. Chaque exploitant récolte les fruits de son labeur. «On ne se plaint pas vraiment. A notre arrivée ici, nous étions des célibataires. Aujourd’hui, nous sommes tous mariés et entretenons bien nos familles grâce à ce travail », avance Gabriel Ndiaye, un coupe-coupe en bandoulière. Ici, les exploitants ne mettent pas tous leurs œufs dans un même panier. Ils jouent sur la diversité des variétés qui vont de la «Robuesta » à la grande «naine », en passant par la petite «naine » et le «Williams ». Cette année, l’eau n’a pas manqué. L’affluent est sorti de son lit et a dévasté quelques hectares. Les pertes sont énormes dans d’autres localités. A Koar pourtant, les bonnes moissons sont un acquis. Les producteurs affichent le sourire. Ils savent que leurs recettes vont augmenter. Pape Dioum est le secrétaire général adjoint du Groupement d’intérêt économique « Koar II » créé en 1981 et qui regroupe en son sein 117 membres. Dans ces périmètres, plus de 400 tonnes sont produites annuellement. D’ailleurs, c’est la plus grande zone de production de la localité. Comme les premiers intervenants, cet homme de taille moyenne est habité déjà par la joie grâce aux promesses de bonne moisson. « J’espère que nous allons dépasser les 400 tonnes que nous mettons chaque année sur le marché parce qu’il y a eu beaucoup d’eau », a lâché le jeune producteur. Dans les villages de Koar, de Guène et de Gouloumbou, la verdure de la plantation de banane parvient à calmer les ardeurs de la forte chaleur notée dans la région.

Le conditionnement, le maillon faible de la chaîne
L’exploitation des plantations a aussi des contraintes. Elles réduisent les ambitions. L’assiette foncière n’est plus extensible. La cherté des intrants limite les possibilités des producteurs. Mais c’est surtout le stockage et le conditionnement qui plombent la filière. «Notre objectif est d’augmenter notre périmètre d’exploitation pour prendre en charge les besoins de notre famille. Nous disposons de 30 hectares non exploités. Je pense qu’il nous faut un fonds d’exploitation », soutient Gabriel François Ndiaye. Le coût d’une motopompe et d’un bac flottant s’élève à 12 millions de FCfa. Une somme hors de portée des producteurs. Les coûts de la production pèsent lourds sur les épaules des producteurs. Les charges d’exploitation de 12 hectares s’élèvent à 25 millions de FCfa. «Je pense qu’avec 50 millions de FCfa, nous pouvions exploiter les 30 hectares qui nous restent », laisse-t-il entendre. Le respect des normes internationales est l’autre écueil à surmonter. « C’est le conditionnement qui pose problème. D’ailleurs, c’est ce qui rend la qualité mauvaise. Nous avons un véritable problème d’infrastructures », mentionne M. Ndao. Dans ces localités, la production par hectare s’élève à 25 tonnes au moment où le potentiel tourne autour de 60 tonnes à l’hectare. Selon Saliou Camara, secrétaire général du Gie de Koar 3, cette situation s’explique en grande partie par le manque de renouvellement du matériel végétal. Ce n’est pas tout. Le système d’irrigation est d’un autre âge. « La solution, c’est de disposer des plantes in vitro », fait-il comprendre. A ces problèmes s’ajoutent les inondations devenues récurrentes depuis quelques années. En effet, dans ces localités, certains périmètres sont engloutis par les eaux du fleuve, obstruant du coup l’accès. Face à cette situation, les producteurs exhortent les autorités à remettre à flot le barrage de Samba Ngalou afin de réguler le cours des eaux du fleuve.

Marguerite Thiaw, productrice : Une transformatrice au milieu des bananeraies
BananesCe jour-là, elle vient de parcourir 30 km. Cette distance sépare son village de Missirah. C’est au siège de la communauté rurale qu’elle s’approvisionne. Marguerite Thiaw a pignon sur rue à Nguène. C’est dans cette localité qu’elle a ouvert en 2014 une unité de transformation et d’exploitation de la banane grâce à l’aide d’une agence de microcrédit. Un local de deux pièces est aménagé à l’entrée de sa concession. Sur le local, comme une épigraphe au fronton d’un panthéon, l’enseigne «Simon production» est bien visible. Marguerite Thiaw n’est pas une illustre inconnue. Les producteurs vantent son dynamisme. Exploitante et transformatrice, la native du département Tivaouane connaît cette filière comme sa main. Elle exploite une parcelle d’un hectare dont le rendement annuel est de quatre tonnes. Cette dame de 57 ans est à donner en exemple. A partir de cette plante, elle fabrique de la farine, du couscous et du savon. La poudre thérapeutique sort de ses mains avec des épluches de banane. C’est en 2003 que la vieille dame a commencé à transformer des produits dérivés de la banane. «C’est une connaissance que j’ai héritée de ma mère. Aussi, j’ai inventé quelques recettes à base thérapeutique», explique-t-elle, une croix en bandoulière. Mère de neuf bouts de bois de Dieux, l’histoire de Marguerite Thiaw est celle d’une femme généreuse. Elle a choisi de mettre son expérience au service des femmes de son village. «Lorsque j’ai remarqué que les femmes d’ici n’avaient pas les moyens d’acheter mes produits, je les ai formées sur les différentes méthodes de transformation afin qu’elles puissent fabriquer leurs propre produits afin d’assurer les besoins nutritionnels de leurs enfants», laisse-t-elle entendre.

Le rêve de Marguerite a toujours été d’intégrer l’Institut de technologie alimentaire (Ita) pour pouvoir disposer d’une autorisation d’homologation. Ce qui pourrait lui permettre d’approvisionner les différentes épiceries du Sénégal et devenir du coup une transformatrice professionnelle. Aujourd’hui, malgré son âge, elle continue toujours de croire à la possibilité de réaliser ce rêve d’adulte. «Je reçois beaucoup de commandes d’une manière informelle. J’aimerai vraiment que cela se fasse de façon formelle. Je pense que pour que cela arrive, il faut que j’intègre d’abord l’Ita », soutient-elle. Déjà il y a quelques années, Marguerite avait bénéficié d’une formation sur la transformation des jus locaux grâce à l’appui du Projet de microfinance rurale (Promer).

Emigration : A Missirah, le phénomène ne faiblit pas
MissirahDans la commune Missirah, chef-lieu de 87 villages, l’agriculture et l’horticulture ne font pas courir les jeunes. Ils ont un seul rêve : partir pour l’Europe. Cette Europe qui est synonyme de réussite dans cette commune où poussent de belles villas à côté des cases.

Dans la région de Tambacounda, des dizaines de jeunes qui ont échoué dans leur projet d’émigration se convertissent en agriculteurs. Certains ont choisi l’horticulture de la banane. Ils se partagent des hectares de plantations qui longent le long du fleuve Gambie. Ce qui fait dire au directeur régional du développement rural (Drdr), Samba Ndao Tall, que de plus en plus de jeunes émigrés reviennent pour cultiver la banane. « Le retour à la terre est une réalité dans certaines localités de Tambacounda », a soutenu M. Tall, qui a indiqué que d’autres jeunes explorent les domaines de l’élevage, du commerce, entre autres. Mais à Missirah, une commune du département de Tambacounda située à une trentaine de kilomètres à l’Est sur la route de Kédougou, la forte attraction de l’émigration est une réalité. « Ce sont les jeunes et les vieux émigrés qui ont fait de cette ville ce qu’elle est aujourd’hui », a expliqué Koutoubo Sylla, natif de la localité et conseiller municipal de la commune de Missirah. Dans ce village devenu une commune grâce l’Acte 3 de la décentralisation, les jeunes ne s’intéressent pas à l’agriculture. « Notre rêve ici est de voyager, d’aller en Europe et de revenir construire de belles villas », a lâché le jeune collégien Lassana Diaby. Ce rêve est déjà réalisé par beaucoup de ses aînés qui ont construit des immeubles de deux voire trois étages. Pour améliorer les conditions de vie et d’existence de ses parents, Koutoubo Sylla était lui aussi tenté par le phénomène de l’émigration. « En 1986, comme la plupart des jeunes du village, j’avais eu l’intention de partir parce que je n’en pouvais plus de voir mes camarades partir et revenir construire de belles villas quelles années après. Malheureusement, mon rêve ne s’est pas réalisé. Mais je ne regrette rien car aujourd’hui en tant qu’agent de la poste, je gagne dignement ma vie », a soutenu M. Sylla qui reconnaît que cette tentation est encore forte parce que beaucoup de jeunes collégiens du village n’hésitent pas à abandonner les études pour aller en Europe.

Mais le phénomène s’est accentué entre 1980 et 1984, avant de monter en puissance en 2006 où une centaine de jeunes de Missira sont entrés clandestinement en Europe. Et Malgré les conditions difficiles, aucun d’entre eux n’a péri dans l’océan. « Missirah n’a jamais perdu d’enfant dans l’émigration clandestine », a soutenu le représentant du maire, qui a révélé que les premiers émigrés ont quitté Missira en 1969. Depuis cette date, les populations de ce village continuent de migrer vers les pays européens. « L’émigration est un phénomène culturel chez le peuple Diankhaké », soutient Koutoubo Sylla. Ce qui se confirme devant le bureau de la poste de Missira où des centaines jeunes, de vieux et de femmes ont pris d’assaut l’institution financière pour récupérer les mandats envoyés par des parents depuis l’Europe. Parmi ces personnes, Alima Sylla. Elle est venue récupérer l’argent envoyé par son fils depuis l’Espagne pour la dépense familiale. « Si l’on parle de Missirah, c’est grâce aux émigrés. Ils nous donnent non seulement à manger mais toutes les belles maisons et certaines infrastructures de la commune comme des postes de santé sont construites par nos enfants qui sont à l’étranger. Nous les remercions infiniment », confie Mme Sylla, sous le regard des autres femmes et hommes qui attendent leur tour pour récupérer leurs mandats. Dans la commune de Missirah, loin des villages de plantations de bananes, les jeunes ont un seul rêve, s’envoler pour l’Europe et, au retour, doter leur ville natale de belles villas. Une ville qui a récemment fêté son centenaire mais qui reste toujours rurale malgré ses belles maisons.

Par Eugène KALY et Ibrahima BA (textes),
Assane Sow (photos)

Last modified on vendredi, 10 mars 2017 14:13

Beugg*

10 Mar 2017
280 times

Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Il a le front dégagé, l’allure courtoise et la démarche juvénile. En ce samedi, il porte un costume marron aux rayures grises, assorti d’une chemise et d’un pantalon. Son physique svelte pousserait à facilement lui conférer moins que son âge. Cheikh Diop est né le 1er janvier 1953 à Gandeck, dans un village situé à Bambey. Il est issu d’une famille paysanne. Son père était tailleur à ses heures perdues, durant la saison sèche notamment. Il est issu d’une large famille, «sociale et ouverte où tous les membres vivent en parfaite harmonie dans ce qu’il convient d’appeler concession familiale ». Son père avait quatre épouses. Il est le seul lettré de la famille. Ou du moins, il est le seul à avoir fréquenté l’école française, les autres ont fait l’école coranique ou ne sont pas du tout instruits, relève t-il. Le petit Cheikh accède à l’école par le biais de son homonyme Cheikh Sène, un riche commerçant établi à Bambey qui s’est essentiellement occupé de son encadrement. Appartenant à une famille paysanne aux revenus modestes, il n’envisageait pas de faire de longues études. Une fois le brevet en poche, il s’oriente alors vers l’enseignement professionnel, pour pouvoir très rapidement s’insérer et ainsi venir en aide à sa famille. C’est ainsi qu’il fera le centre de qualification industrielle de Dakar, avec un cycle qui lui a permis de sortir avec le niveau de technicien supérieur. Il est, dès sa sortie, embauché par la firme pétrolière Shell Sénégal. Nous sommes en 1974. Shell était venue demander les meilleurs de la promotion, souligne-t-il. Étant entendu qu’il était deuxième de celle-ci, c’est donc naturellement qu’ils ont fait appel à ses services.

Au début, il s’occupait du dépôt des hydrocarbures au port, ensuite dans les stations services. C’est alors que les autorités de Shell, convaincues par son abnégation, décident de l’amènent faire des études en France. Il se rend à l’institut des Pétroles de Roy Ma Maison situé à Paris. A son retour, il est nommé directeur adjoint d’une des firmes du groupe chargée notamment de la manutention, plus précisément dans l’unité qui s’occupe de l’aviation. Une jeunesse mouvementée l’a souvent propulsé Cheikh Diop au-devant de la scène politique. Il se dit à cet égard « révolutionnaire né », soulignant avoir toujours contesté « l’ordre établi » qui avait tendance « à exclure une certaine classe ». Tout ce qui n’entrait pas dans le moule conventionnel l’attirait. C’est ce qui a motivé en quelque sorte à écourter ses études. Nous sommes en 1968, il est exclu de l’école secondaire pour avoir notamment dirigé des mouvements de grève, mais il est quand même revenu après des négociations. Plus de peur que de mal ! Son passé militant l’a conduit à adhérer très jeune au RND, parti dirigé par le professeur Cheikh Anta Diop. Il était alors fasciné par les pistions contradictoires prises par le professeur face au tout-puissant Président Léopold Sedar Senghor. Il était fasciné par la démarche de l’homme, son ouverture d’esprit et sa culture. Il adhère alors au parti comme un des membres fondateurs. Nous sommes vers les années 1970. « Le parti n’étant pas reconnu par le pouvoir en place, il a fallu se battre pour une reconnaissance de celui-ci », relève-t-il. C’est donc dans la clandestinité qu’ils vont au tout début mener leurs activités. Plus tard, il quitte cette formation politique en vue de participer à la création d’une autre. C’est avec Me Babacar Niang qu’ils forment le PNLP. Un homme qu’il a su côtoyer « aimer et adopter », alors qu’ils étaient tous deux militants au sein du parti RND. Il dit devoir en partie à cet homme ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ensemble, ils décident de quitter le RND. Une sortie qui a coïncidé avec l’arrivée du président Abdou Diouf à la tête du pays. Avec l’arrivée d’Abdou Diouf, il relève « une sorte d’accalmie dans la démarche de son ancien parti ». C’est comme qui dirait que le Professeur Cheikh Anta Diop voulait plus en découdre avec Senghor qu’avec le système, relève-t-il. Une manière pour lui de justifier la création du PNLP. Il sera alors responsable des jeunes du parti nouvellement crée.

Premiers pas dans le syndicalisme
En 1968, le Sudes, à l’époque organisation syndicale la plus représentative du pays, a été cassé en plusieurs morceaux par le gouvernement. Le RND, organisation politique qui naturellement aspire à prendre le pouvoir, met alors en orbite un schéma pour s’accaparer certaines franges de cette organisation syndicale dissoute. Cette mission est alors confiée à Me Babacar Niang. Au terme des réflexions, le RND demande à ses militants d’adopter une démarche de « contre-pouvoir ». Un syndicalisme exclusivement axé sur la défense des intérêts des travailleurs est alors partout crié. L’objectif était de mettre sur pied un cadre de lutte performant. C’est, dit Cheikh Diop, durant ces négociations que le virus du « syndicalisme » l’a piqué. Il est alors fasciné par les idées révolutionnaires.

Les conclusions des commissions sociales avaient donné des recommandations aux militants du RND leur demandant d’aller militer dans les grandes centrales en leur insufflant leur idéologie du syndicalisme. C’est à travers cette recommandation qu’il adhère à la CNTS. En 1986, il est nommé délégué du personnel des agents maîtrises et cadres. C’est par ce biais qu’il accède à la tête du syndicat de pétrole, après de « farouches luttes », en 1994, se rappelle-t-il. Il prône alors un «syndicalisme libre, de contre-pouvoir ». Il voulait surtout restaurer un cadre de lutte beaucoup actif et dynamique. La CNTS regroupait à l’époque essentiellement les mouvements ouvriers. Cette ligne syndicale va petit à petit s’avérer très payante. Son cercle de sympathisants ira croissant. Il dit avoir choisi de faire du syndicalisme contre un avenir prometteur dans le secteur du pétrole. Si certains pensent que l’alternance a donné un nouveau souffle à son mouvement syndical, il s’en défend en soulignant au passage que ceci « était faux ». Il quitte la CNTS/FC parce que, dit-il, il ne voulait pas se conformer aux textes. Ce qui, dit-il, va créer une scission. Tout citoyen a le droit d’avoir des convictions politique et syndicale. Car, souligne-t-il, les deux sont difficilement dissociables. Il suffit, selon lui, de juste savoir faire la part des choses. Les relations entre capitale et travail ont généré des idéologies politiques. Ceux qui étaient proches du capital s’appelaient « capitalistes ». Ceux qui étaient proches ou alliés du travail étaient appelés socialistes. Ces idéaux sont les dérivées des courants politiques, informe Cheikh Diop.

Cohabitation avec le pouvoir
Les événements de 1968 ont donné une nouvelle vision du syndicalisme à Léopold Sedar Senghor. Il avait alors prôné la cohabitation avec le mouvement syndical. « Lorsque le mouvement syndical s’est impliqué dans les mouvements estudiantins, le pouvoir était alors dans la rue », se souvient-il. Au sortir de ces événements, le président poète décide d’intégrer le mouvement syndical dans la gestion du pouvoir. C’est là que la CNTS est créée et également intégrée dans le parti au pouvoir. C’est pourquoi, il avait crée le concept de «participation responsable». Ensuite, Abdou Diouf s’est à son tour inscrit dans la continuité. Abdoulaye Wade, en s’inspirant de Senghor, a également voulu s’aligner dans une perspective d’un syndicalisme «autonome». Il n’avait cependant pas un véritable ancrage dans le mouvement syndical. Il n’a, dès lors, pas réussi ce que Senghor était parvenu à faire, constate Cheikh Diop. L’émiettement des mouvements syndicaux constitue un fléau qui gangrène les organisations syndicales. Mais, ce n’est pas le seul, souligne Cheikh. Il relève en effet qu’aujourd’hui, le mouvement syndical est confronté à deux fléaux. Il y a, d’une part, l’émiettement des forces syndicales et la désunion des entités du mouvement syndicale, d’autre part. Tous les corps d’élites ne sont pas affilés aux centrales syndicales excepté le Saes. Ce qui, selon lui, affaiblit la force des organisations syndicales. Il en appelle à une réunification du mouvement syndical. Audace dans l’organisation des luttes pour amener le patronat à absorber le passif des travailleurs, voilà son créneau. Il demande par exemple « une minimum vieillesse » pour le maçon, le cultivateur, le mécanicien qui, au même titre que les autres et toute leur vie durant, ont travaillé.

Par Oumar BA

La lumière bleue fait de plus en plus parler d’elle car elle est émise notamment par les écrans omniprésents. Y sommes-nous vraiment de plus en plus exposés ? La lumière bleue représente-t-elle un réel danger pour les yeux ? Faut-il s’équiper de lunettes anti-lumière bleue quand on utilise beaucoup les écrans ? Réponses de spécialistes.

La lumière bleue est une partie du spectre de la lumière, dont les longueurs d’onde se situent entre 380 et 500 nanomètres. Elle est émise par le soleil, mais aussi par les sources lumineuses artificielles : ampoules LED et écrans (tablettes, télévisions, ordinateurs, smartphones).

La lumière bleue potentiellement dangereuse représente une petite partie seulement de l’ensemble de la lumière bleue existante : ce sont les longueurs d’onde bleu-violet. «Le spectre de la lumière du jour ou de la lumière artificielle comprend des bandes de couleur. Parmi elles, du bleu turquoise, lumière bonne pour le moral, et puis du bleu-violet, lumière à laquelle nous sommes de plus en plus exposés», explique le Dr Petra Kunze, ophtalmologiste à Paris.

En effet, l’énergie qui atteint la rétine dans le cas de la lumière bleu-violet est plus forte que dans le cas de la lumière bleu turquoise. Les écrans tout particulièrement diffusent des pics de lumière bleue appelée lumière à Haute Energie Visible (ou HEV). Nous voilà donc surexposés à cette lumière bleue, et cela dès le plus jeune âge. Cela n’est pas sans conséquences pour nos yeux. D’autant plus chez les enfants en dessous de 14 ans, dont le cristallin de l’œil ne filtre pas aussi bien et pour qui cette lumière bleue s’avère encore plus nocive.

Dangereuse pour les yeux
Des recherches scientifiques ont conclu qu’une exposition prolongée au rayonnement de lumière bleue ou lumière HEV artificielle provoquait des lésions photochimiques de la rétine et du cristallin. «Plusieurs études épidémiologiques ont démontré que cette lumière bleue était bien un facteur de risque de la DMLA», rappelle le Pr Serge Picaud 2,3. L’implication de la lumière bleue dans le développement de la cataracte est également suspectée.

Cependant, la lumière bleue peut aussi avoir des effets bénéfiques. Elle aide à nos rythmes circadiens (l’alternance veille/sommeil) et notre humeur. Cette fois-ci, c’est la lumière bleue turquoise (vers 490 nm) qui permet de recaler nos rythmes lors d’un décalage horaire. Cette dernière régule la production de mélatonine, notre «hormone du sommeil»4.

Une prévention grâce à des lunettes
«Il n’existe pas vraiment de protection possible, hormis de mettre des filtres entre les sources de lumière et nos yeux», informe le Dr Petra Kunze. Il existe des filtres anti-lumière bleue pour les écrans, mais peu répandus. En France, plusieurs marques proposent depuis peu des verres de «photoprotection sélective», en d’autres termes des lunettes dont les verres présentent un traitement filtrant. Leur principe ? Protéger l’œil des longueurs d’ondes lumineuses toxiques pour la rétine. Ces verres filtrent la lumière bleu-violet mais laissent passer la lumière bleue turquoise, afin de préserver les effets bénéfiques de cette dernière sur la vision et la régulation de l’horloge biologique interne. Ces verres présentent un léger reflet, bien évidemment violet. Quid de leur efficacité ? «La démonstration de leur efficacité a été faite in vitro et n’est pas quantifiable pour l’homme dans l’état actuel des travaux», indique Jean-Manuel Finot, opticien1. «Ces verres bloquent une partie importante de la lumière parmi les longueurs d’ondes identifiées comme toxiques pour la rétine. On peut donc supposer qu’il y existe une réelle protection des cellules rétiniennes», rajoute le neurobiologiste Pr Serge Picaud.

Doctissimo.fr

Barthélémy Toguo est un artiste en-ga-gé ! Autant le dire tout de suite, les sujets de ses œuvres ne sont pas « tièdes » ou abstraits. Quand une idée lui vient, il va voir sur place, se renseigner, à la manière presque d’un reporter, mais, à la place du stylo, il s’empare de son pinceau pour des dessins mêlant peinture, collage, céramique, sculpture, clous, matériaux bruts, pour retranscrire ses impressions. La guerre, comme en 2004, en Serbie où il se rend comme point de départ, avant de terminer à Pristina, au Kosovo, auprès des populations. En 2011, il récidive en se rendant place Tahrir au Caire, en pleine révolution arabe. Il expose dans le monde entier, de l’Italie au Brésil, en passant par Cuba et les États-Unis, ses créations et performances. Mais il a réservé pour son pays natal l’une de ses plus belles œuvres. Artiste contemporain franco-camerounais, Barthélémy Toguo a ouvert en 2008, dans le nord du Cameroun, la résidence artistique Bandjoun Station. Plus qu’un lieu de culture, c’est aussi un centre agricole où il produit du café ! Finaliste du prix Marcel Duchamp 2016, avec ses dernières œuvres issues de « déluge », Barthélémy Toguo continue sa conquête de l’art contemporain sans aucun complexe.

S. D.

Effets secondaires

06 Mar 2017
421 times

Vous êtes fatigué après un long voyage, vous souffrez de troubles du sommeil, votre humeur zigzague anormalement, c’est que vous êtes atteint du « jet lag ». En langage moins snob, vous payez les contrecoups du décalage horaire. La traversée de plusieurs fuseaux horaires peut, en effet, provoquer des insomnies et une disposition à dormir pendant la journée. La très scientifique Nasa estime qu’il faut un jour par fuseau horaire traversé pour récupérer son rythme normal et son énergie habituelle. Un décalage horaire de 3 heures, par exemple, nécessite donc trois jours de récupération.

Un temps anormalement long que Diego Golombez et son équipe de la National University of Quilmes, à Buenos Aires, proposent de raccourcir grâce à un traitement pour le moins inattendu : le viagra. La petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire. Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l’homme, le Viagra s’est peut-être trouvé une autre fonction. Attention, cependant, aux effets secondaires ! Comme la surchauffe libidinale.

Par Sidy DIOP

S’il y a une ville sénégalaise qui reflète parfaitement l’esprit de la Sénégambie, c’est bien Karang. Dernière localité avant la Gambie en venant par Foundiougne, cette commune a toujours ressenti les contrecoups des humeurs de l’ancien satrape gambien. Mais aujourd’hui, l’après-Jammeh a ouvert une nouvelle ère que cette commune entend bien mettre à profit pour raffermir ses relations avec les localités sœurs de l’autre côté de la frontière.

La vie a repris son cours normal à Karang, dans le fin fond du département de Foundiougne. Sur la place du marché, cœur de cette petite ville frontalière de la Gambie, les activités battent leur plein. La proximité de la gare routière rajoute une dose de fièvre à l’ambiance déjà animée. Motos « Jakarta », taxis-brousse et minicars d’un autre âge se disputent la chaussée rendue étroite par les tenanciers de petits commerces installés le long de la route bitumée. Ici, la page de la crise post-électorale gambienne est presque tournée. « Presque », car, sur les 4.212 réfugiés officiellement recensés par la Croix-Rouge qu’elle avait accueillis, tous ne sont pas retournés en Gambie. « Il y a 396 réfugiés gambiens qui sont restés d’eux-mêmes », informe le maire de la commune, Dioguine Gomis.

Au plus fort de la crise, quand l’ancien président Yaya Jammeh a refusé de quitter le pouvoir après sa défaite électorale et que les forces de la Cedeao ont pénétré en territoire gambien afin de l’en déloger, des milliers de Gambiens ont fui le pays. Une bonne partie de ces déplacés a trouvé refuge à Karang qui n’est séparé de la Gambie que par une barrière métallique. Cette petite commune de 

Karang

la région de Fatick n’a jamais porté aussi bien son surnom de « Sénégambie en miniature » que durant cet épisode. Ses populations se sont fortement mobilisées pour mettre à la disposition de leur

s frères gambiens gîte et nourriture pendant plusieurs jours.

Un élan de solidarité qui témoigne du beau brassage qui a toujours existé entre les deux peuples malgré les frictions qui survenaient, de temps à autre, au niveau étatique. « Nous avons su gérer la situation grâce à l’engagement sans failles des populations. Certains ont accueilli plusieurs familles. Il n’y avait aucune tente, tous les réfugiés ont été logés dans des maisons », confie l’édile de la commune. Ses propos sont corroborés par Rokhaya Gaye, cambiste de son état. Elle assure que cinq familles composées d’une dizaine de personnes chacune ont été accueillies chez elle. « Quand elles devaient rentrer, nous avons mobilisé deux cars », explique-t-elle.

Au poste frontalier, l’ambiance est un ton en-dessous de la fièvre de la place du marché. Ici se côtoient vendeurs de viande rôtie, monnayeurs, tenanciers de gargote, étables proposant sucre, thé, biscuits, fruits, etc. Les véhicules traversent la frontière dans un ballet incessant. Les piétons aussi. Cette frontière, comme les relations entre les deux peuples, est loin d’être hermétique. Des bâtiments sénégalais et gambiens s’adossent. Une partie des étals des vendeuses sénégalaises déborde en territoire gambien. Un grand pan du terrain vague de football du village gambien de Hamdalai se trouve en territoire sénégalais.

Côté sénégalais comme gambien, des postes de police et de douanes contrôlent les entrées et les sorties. Mais à part ce point de jonction officiel des deux pays matérialisé par une barrière métallique de fortune, prolongée de part et d’autre par un muret d’une centaine de mètres, franchir la frontière est un véritable jeu d’enfant.

La Sénégambie en miniature
On peut pénétrer en Gambie par le poste frontalier après avoir présenté sa pièce d’identité et en ressortir aussitôt par l’une des nombreuses ruelles sénégalo-gambiennes enchevêtrées. « En pénétrant en Gambie, ce qui change du Sénégal, c’est la langue des écriteaux sur le fronton des boutiques et l’accoutrement des agents de sécurité, sinon rien ne distingue les deux pays. Nous sommes un même peuple et parlons pratiquement les mêmes langues », souligne Seydou Diallo. Ce boucher a fait toutes ses études, du primaire au supérieur, en Gambie. Comme lui, beaucoup d’enfants de Karang ont fait leurs humanités dans le pays voisin pour différentes raisons. Et, assure-t-il, la plupart des fonctionnaires gambiens sont d’origine sénégalaise.

Dans cette ville cosmopolite de 23.000 habitants, dernière étape du territoire sénégalais avant d’accéder en Gambie, plane un parfum d’un peu de Sénégal et d’un peu de Gambie. Des Sénégalais quittent chaque jour Karang pour aller travailler de l’autre côté. Et il n’est pas rare, comme ce jour-là, de voir un véhicule de la police gambienne stationner près de la place du marché. Y voir circuler simultanément le FCfa et le Dalassi relève de l’anodin. Le réseau téléphonique y est imbriqué. On utilise les puces des opérateurs télécoms sénégalais et gambiens indifféremment.

Karang GambieCe caractère hybride de Karang trouve une explication historique. Le fondateur du village en 1906, Serigne Mass Kâ, a été obligé, sous la pression des colons, de franchir la frontière à la suite de son refus de faire enrôler ses disciples lors de la Première Guerre mondiale. Installé en territoire gambien, son influence continue de s’exercer sur Karang. Aujourd’hui, ce sont ses descendants qui dirigent la grande mosquée de Banjul.

A Karang, le départ de Jammeh a déridé l’atmosphère. Les appréhensions se sont dissipées. Du coup, on se remet à rêver des concerts, des randonnées pédestres, des festivals, des matches de football qui, jadis, rythmaient les relations entre les populations de Karang et de Hamdalai. Une belle harmonie qui a souffert des foucades de l’ancien président. « On a une occasion inespérée de relancer nos relations, surtout entre Karang et Banjul qui n’est distante que de 30 km. Aujourd’hui, plus rien ne s’oppose au jumelage entre nos deux villes », indique le maire Dioguine Gomis. Pour les habitants des deux côtés de la frontière, le changement à la tête de l’État gambien est un véritable bol d’air frais. Le maire a encore à l’esprit ce souvenir d’une randonnée pédestre que des officiels gambiens et sénégalais avaient convenu d’organiser ensemble l’année dernière. Au dernier moment, la partie gambienne s’est débinée. Le sentiment de peur a eu raison de la volonté de confraternité. « Le jour j, alors que nous avions fini de confectionner les blousons, les tee-shirts et les casquettes, nos amis gambiens ne se sont pas présentés. Ils avaient reçu des menaces de sanction venues de Banjul », dit-il. Aujourd’hui, pour M. Gomis, plus question de faire les choses en cachette comme lors du blocus de l’année dernière.

Les « excellents rapports » entre les officiels des deux localités frontalières se feront désormais au grand jour, dit-il. « Lors de cet événement, c’est nuitamment que nous rencontrions nos homologues gambiens pour essayer de régler certains détails. Il le fallait, car nos destins sont liés », ajoute-t-il. Des destins liés, mais qui ont failli faire les frais des lubies du Babili Mansa, regrette Youssoupha Diadhiou, commerçant gambien. Lui dont le gros de la clientèle est sénégalais voit ses recettes fortement baisser chaque fois qu’il y a friction entre les deux pays. « Les colons ont réussi à nous diviser, nos politiciens ont perpétué cette division en essayant de monter les uns contre les autres. Et le plus ridicule dans cette situation, c’est que nous avons tous des parents de part et d’autre de la frontière », assène-t-il sèchement et sans peur d’être entendu et cueilli par les redoutables agents de la National intelligence agency (Nia) dont les grandes oreilles captaient tout au temps de Yaya Jammeh. Les temps ont bien changé en Gambie.

Seydou Diallo : Diplômé en management, vendeur de viande…
Seydou DialloÀ lui seul, il est le prototype du Sénégambien. Sénégalais de naissance, Seydou Diallo a fait ses études en Gambie. Faute d’y trouver du boulot après avoir obtenu ses diplômes, il est revenu dans son pays natal pour vendre de la viande grillée.

Au coin de la principale ruelle qui mène au marché de Karang, un jeune homme de taille moyenne, carnation claire et barbe hirsute, découpe avec dextérité des morceaux de viande fumants. Autour de son pousse-pousse où s’exhale un fumet qui instille les narines et titille le palais, trois clients fixent des regards gourmands les morceaux de gibiers rôtis. Ils sont bientôt tous servis. Seydou Diallo n’est pas le seul rôtisseur installé ici, mais sa bonne réputation de « spécialiste » lui attire plus de clients que les autres. Et pourtant, c’est faute de mieux que Seydou s’est lancé dans cette activité en 2010.

Né à Karang en 1986, il fait partie de ces nombreux enfants de la ville à avoir fait tout leur cursus scolaire et universitaire en Gambie. Plus que le système d’enseignement, c’est la gratuité de l’école dans le pays voisin qui a poussé de nombreux parents à y amener leurs rejetons. Certains y ont décroché des diplômes, sont restés et ont été engagés comme des fonctionnaires gambiens. Seydou, lui, bien que titulaire d’un diplôme en Business management, n’a pas eu la même chance que ses autres compatriotes sénégambiens. Il a été donc obligé de revenir au bercail. « J’ai étudié au Sénégal jusqu’en classe de Cm2. À un certain moment, mes parents ne pouvaient plus me payer mes fournitures. En plus, le système du double flux avait commencé à entamer mes performances scolaires. C’est ainsi que, sur conseil d’une tante, on m’a amené en Gambie où les fournitures étaient gratuites et on mangeait à l’école sans bourse délier », explique-t-il.

Pour le futur vendeur de viande grillée, le changement de pays et de système scolaire ne fut pas difficile. Tous les jours, il franchit la frontière, marche un kilomètre pour atteindre sa nouvelle école située à Keur Sagna. Très vite, Seydou figure parmi les meilleures de sa classe et de son établissement. Il passe les classes sans accrocs et se retrouve au lycée Muslim High là où l’actuel président, Adama Barrow, a fait ses études. Trois ans plus tard, il est admis à l’équivalent de notre École normale supérieure. Il y passe trois ans et décroche une licence en Business management. Le master étant payant, Seydou se résout à arrêter ses études n’ayant pas les moyens de débourser les 200.000 FCfa exigés. Après de vaines tentatives de trouver un bon boulot dans son pays d’adoption, Seydou décide de revenir en 2010 dans son pays d’origine. « Quand j’ai eu le bac, on a voulu m’engager dans la Douane ou la police gambienne, j’ai refusé, car la solde était dérisoire. C’est l’équivalent de 30.000 FCfa », explique-t-il.

Deux mois plus tard, pour s’occuper, il se lance dans le commerce de viande grillée, une activité très lucrative à Karang. Si au début, c’était juste temporaire en attendant qu’il retourne en Gambie pour chercher du boulot, Seydou y a finalement pris goût et en a fait son gagne-pain. Les revenus qu’il en tire lui permettant de bien entretenir sa petite famille. Mais la nouvelle situation politique en Gambie risque de changer son agenda. « Je pense retourner en Gambie pour tenter à nouveau ma chance. Le nouveau président a appelé tout le monde à venir participer au développement du pays et je vais répondre à cet appel », indique-t-il.

El Hadji Ibrahima THIAM, Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 06 mars 2017 14:01

C’est un tailleur comme mille et autres. Seulement, Mass Faye a ceci de particulier, il offre une panoplie de sur-mesures qui frise le couronnement. Ce qui lui confère une clientèle autant exigeante que fidèle. Autre particularité, Mass est un pur produit de la banlieue qui, malgré un business relativement fleurissant, refuse d’aller s’installer ailleurs.

Mass Faye a l’allure d’un quelconque. Pantalon super cent, chemise violet, petite silhouette, teint noir, il flirte avec la cinquantaine. L’habit ne fait décidément pas le moine, mais Mass n’aime certainement pas se glisser dans les costumes, on le constate vite. Des costumes, il préfère plutôt les confectionner. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un détour à Pikine Icotaf. Ici, le tailleur a finit de s’installer depuis bientôt dix ans. Auparavant, c’est à Guinaw Rail qu’il menait son activité de tailleur. Maintenant cela fait des années qu’il s’active dans la couture. Ses spécialités restent les costumes, chemises et tailleurs. Un choix murement réfléchi alors qu’il était encore en apprentissage.

A la base, Mass dit qu’il voulait devenir footballeur. Toutefois, sa famille n’était pas des plus aisées. Il fallait, dès lors, se serrer la ceinture et s’orienter dans un domaine qui pourrait rapporter dans un délais relativement court. C’est ainsi qu’il se tourne vers l’apprentissage des métiers. Il choisit alors la couture. Mass est formé à Dakar, précisément à Ouagou Niayes, sous les yeux vigilants de son maitre, Daouda Bèye, plus connu sous le nom de David Diop, ciseau d’or. L’apprentissage va lui prendre en tout dix ans. Une fois la formation bouclée, Mass se refuse de travailler pour « autrui ». Les moyens faisant défaut, il va, dans un premier temps, se contenter d’une machine qu’il installe chez lui. Ses premiers clients sont évidemment constitués du cercle restreint de ses connaissances immédiates. De fil en aiguille, son savoir-faire fait le tour des foyers. Sa clientèle s’en grossit et d’autres personnes viennent sur recommandations. Les revenus qu’il commence à accumuler lui permettent d’ouvrir une première boutique de couture. Nous sommes en 1998. Mass ouvre son premier atelier. C’est en 2007 qu’il décide de venir s’installer à Pikine Icotaf. Dans les produits qu’il propose figurent principalement des costumes sur-mesures. Il présente également des chemises. Bien qu’il soit plus facile de confectionner des boubous. Mass s’est fait un point d’honneur à se consacrer exclusivement aux costumes qui exigent plus de temps d’applications et de savoir-faire. Sa clientèle est aussi variée que diverses. Il compte parmi celle-ci des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des étudiants, mais également des personnes simplement « attirées par les belles choses », souligne-t-il.

Sur-mesure
Les habits confectionnés par Mass Faye ont ce cachet de rétablir une silhouette plus imposante, pincée au niveau de la taille, façonnée par le costume et le pantalon qui se superposent à l’envi. Le client, une fois servi, adopte alors une imposante allure produite par un costume moderne. Le jeu du paraître ne saurait, en conséquence, le laisser indifférent. Mass s’exprime à travers une signature personnelle, mais en respectant l’étiquette, le bon goût imposé par la couture sur-mesure.

Pour lui, « être bien habillé, c’est affirmer que l’on sait se mettre en valeur et tenir son rang. C’est également la recherche d’un plaisir que l’on poursuit à travers l’art de vivre. Le plaisir est une notion extrêmement importante au sein de la société et symbolise un équilibre, une harmonie », relève-t-il. Les tissus, Mass Faye se les approvisionne en ville, chez les Libanais, ou à Colobane, au marché « Gambie ». Dans l’atelier, on trouve des modèles divers. Concernant le prix, il est fixé selon le modèle. Ainsi, la fourchette est comprise, pour les ensembles costumes, à partir de 70.000 FCfa, voire plus. Les pantalons sont vendus entre 9.000 FCfa et 15.000 FCfa. Chose curieuse, malgré une clientèle qui ne cesse de s’agrandir, Mass préfère rester en banlieue. Une des recommandations de son formateurs, assure-t-il. Ce dernier lui avait clairement dit : « Quelque soit l’endroit où tu t’installe, peu importe. Le plus important est de confectionner des vêtements de qualité. Partant, soit sûr que les clients viendront te trouver où que tu sois ». Un peu chauvin, Mass refuse de quitter sa banlieue natale.

Ce marié et père de famille est né en 1967. Comme tout travailleur, il nourrit l’ambition d’étendre son business. Pour ce faire, il veut, bien entendu, se trouver un endroit plus grand, toujours en banlieue. L’objectif, c’est d’avoir la possibilité de former d’autres jeunes qui, à leur tour, vont perpétuer son savoir-faire, souligne-t-il. A cet effet, Mass est ouvert à toutes sortes de collaboration pouvant découler sur un tel projet. D’autant plus que, note-t-il, souligne, en banlieue, les tentations sont diverses. Les jeunes peuvent facilement emprunter le mauvais chemin, déplore le tailleur. Avec ce métier, ils parviendront à gagner dignement leur vie, tout en étant utile à la nation. Mass Faye est de ces rares tailleurs qui plaident pour la formation des générations futures. Il demande ainsi aux apprentis tailleurs de faire montre de patience. « C’est dans la patience et la persévérance qu’on arrive à acquérir dignement le savoir-faire très complexe du métier », affirme-t-il.

Chez cette jeune génération, la mode est plus que jamais une exigence. Elle est placée au cœur des préoccupations. Et le désir reste le même, imposer son identité tout en restant conforme aux codes vestimentaires. Sûr qu’elle sera bien servie chez Mass, ce tailleur qui ne badine point avec la « mesure ».

Par Oumar BA

Le Cardiopad, conçu par Arthur Zang, permet de mesurer les données physiologiques du cœur, puis de les transmettre à un cardiologue. Une tablette très utile au Cameroun qui ne compte que 50 médecins spécialisés pour 20 millions d’habitants.

Son apparence est ordinaire, mais cette tablette peut tout bonnement sauver des vies. Testé au Chu de Yaoundé et dans le petit hôpital de Mbankomo, à 25 kilomètres de la capitale camerounaise, le Cardiopad permet à toute personne, même sommairement formée, de mesurer les données physiologiques cardiaques.

Fréquence des pulsations ou encore durée des « intervalles RR » entre deux battements, ces informations sont calculées, visualisées et enregistrées par cette tablette et peuvent être simultanément transmises à distance à un cardiologue, afin que celui-ci établisse un diagnostic. Cet outil particulièrement prometteur, alors que le Cameroun ne compte que 50 cardiologues pour 20 millions d’habitants, a été créé de toutes pièces par un jeune ingénieur de 27 ans, Arthur Zang. Et ce, sans moyens propres et en à peine cinq ans.

Son audace paye
C’est en 2009 que l’idée germe dans l’esprit de cet inventeur. Alors étudiant en informatique à l’École polytechnique de Yaoundé, Arthur Zang fait un stage dans le service de cardiologie du professeur Samuel Kingue. Étonné par l’utilisation, au XXIe siècle, d’électrocardiogramme papier, il propose au professeur de concevoir un logiciel utilisable sur ordinateur. Artur Zang ne le sait pas encore, mais c’est le début de son aventure entrepreneuriale. Une aventure qui se confond d’ailleurs avec l’essor du numérique africain : entre 2010 et 2014, cet inventeur opiniâtre va utiliser tous les moyens disponibles gratuitement en ligne pour faire aboutir son projet. Pour se former à l’électronique, condition sine qua none pour adapter son système à une utilisation sur tablette, cet informaticien va suivre, pendant un an et à distance, les cours d’un Mooc (Massiv open online course), trouvé sur le site de l’Indian institute of technology.

Pour obtenir des matériaux, l’entrepreneur soumet ensuite son idée à un concours international, le Microsoft imagination competition, qu’il découvre en ligne. Son projet est remarqué, il reçoit alors certains composants électroniques nécessaires à la construction de la tablette prototype. Afin de se faire financer, il fait preuve d’une autre initiative numérique : il filme son projet et le poste sur YouTube.

Son audace paye. La vidéo est remarquée par le président camerounais. Paul Biya « me remet officiellement 45.000 dollars pour poursuivre l’aventure », explique-t-il. Son projet est aussi remarqué par les chasseurs de talents de la Fondation Rolex. Ils sélectionnent Arthur Zang en 2014 pour leurs prestigieux Rolex Awards. Un prix de 50.000 francs suisses (48.000 euros) ainsi qu’un accompagnement qui va lui permettre de passer à la vitesse supérieure. En novembre 2014, une dernière fois, Arthur Zang mise sur le réseau mondial pour obtenir un coup de pouce. Sous l’intitulé « Saving Africa from heart diseases with Cardiopad », il soumet son projet sur la plateforme de crowdfunding Indiegogo afin de récolter des fonds pour financer la production industrielle. Le projet obtient 8.800 euros. « C’est moins qu’espéré, mais assez pour lancer le début de la production en Chine », explique-t-il.

Au mois de mars 2015, une centaine de tablettes sont réalisées et devraient être commercialisées au prix d’environ 3.000 euros. Arthur Zang cherche encore des financements, mais voit déjà plus loin. Son prochain projet ? Permettre une échographie à distance. Cela, par tablette interposée.

Lemondeafrique

Jeune chef d’entreprise, Magatte Wade est l’un de ces nouveaux visages qui captent la lumière. Il est vrai qu’elle a tout pour attirer l’attention. «Africaine, jeune, belle, intelligente et pleine d’énergie », explique un participant au New York Forum for Africa. Magatte Wade, 36 ans, a récemment figuré dans le classement Forbes des vingt jeunes africaines les plus influentes.
Née au Sénégal, elle séduit les trois Afrique, la francophone, l’anglophone et la « roots ». D’origine sénégalaise, Magatte a étudié en France et « défend la culture française », avant d’aller vivre aux États-Unis où elle a appris tous les codes de la culture d’outre-Atlantique. Et d’être devenue une fervente supportrice de la culture d’entreprise et du « branding ». Un mot qu’elle répète avec ravissement. Comme un talisman contre les mauvaises fortunes. Identité complexe, elle défend en français, en anglais ou en wolof une Afrique qui doit éviter de perdre son âme.

C’est en allant aux racines de sa culture que Magatte Wade a créé sa première entreprise : Adina World Beat. Une entreprise qui vend des boissons africaines aux États-Unis. Ainsi, le bissap bio (cette boisson à base de fleur d’hibiscus) a fait son apparition dans des supermarchés américains. Selon une étude des Nations unies, Adina réalise un chiffre d’affaires de 3 millions de dollars et emploie 25 personnes. A cela s’ajoute des centaines de femmes qui fournissent des fleurs d’hibiscus à la société de Magatte au Sénégal.

Américaine, Magatte l’est sans doute beaucoup, mais en même temps elle reste très Sénégalaise, imprégnée de la culture soufie de la confrérie mouride. Elle vibre pour un autre projet : créer au Sénégal une école où l’accent serait mis sur la créativité et l’épanouissement des élèves.

« Le Sénégal a perdu une grande partie de sa créativité culturelle. Il faut aider les jeunes à retrouver cette créativité. 10 % des profits de Tiossano seront consacrés à cette mission. Pourquoi pas une formation au design au Sénégal, comme cela existe aux États-Unis ? » explique-t-elle encore, avant de se lancer dans l’évocation d’un autre de ses projets pour le Sénégal.
Magatte veut aider à créer, en Afrique, une génération de « global leaders ». Son enthousiasme est contagieux. «The sky is the limit» en version wolof. Elle devient intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer tout ce que l’Afrique peut faire. Tout ce que l’Afrique va faire et qui va la faire sortir du sous-développement. Elle en oublie la pendule qui tourne.

Oumar Ba

Réservée aux banques, l’activité de change de monnaies se fait depuis quelques années par des particuliers à la frontière sénégalo-gambienne. Le franc Cfa tient la vedette dans ce marché parallèle des devises qui permet à beaucoup de monnayeurs clandestins de joindre les deux bouts. À Karang, dans le département de Foundiougne, elle nourrit tant bien que mal ceux qui s’y adonnent, contrairement à Keur Ayib, dans le département de Nioro du Rip, où les cambistes conjuguent cette activité au passé. Ils pointent du doigt Yaya Jammeh et son régime qui les ont tous envoyés au chômage.

Karang et Keur Ayib ont la particularité d’être des villes frontalières à la Gambie. Cette situation géographique positionne ces deux localités comme de véritables plateformes commerciales. De nombreuses échoppes, ateliers de couture, de menuiserie, bijouteries et restaurants meublent le décor. La gare routière qui ne désemplit presque jamais et le marché qui grouille du matin au soir témoignent de l’intense activité commerciale. Avec un flux humain impressionnant et des véhicules, motos, charrettes, pousse-pousse et piétons qui se disputent la chaussée, la vie ne semble jamais s’y arrêter.

Le franc Cfa, monnaie vedette des Gambiens
Point de passage obligé pour rejoindre la Gambie, Karang a vu se développer plusieurs activités. Et le marché du change y a la cote. À quelques encablures du poste-frontière, s’érige à ciel ouvert une banque informelle où franc Cfa, dalasi, euro et dollar sont échangés. L’absence d’un bureau de change agréé a favorisé le développement de cette activité.

Cette profession très attractive n’est pas seulement l’apanage des fils du terroir. Des gens qui viennent d’autres contrées se rabattent sur ce secteur pour joindre les deux bouts. Téléphones portables, liasses de billets à la main, les monnayeurs vaquent tranquillement à leur commerce et guettent le moindre regard intéressé. Ce marché existe depuis des années à Karang. Sur les lieux, les opérations se concluent sur une simple négociation et l’argent circule très bien. « Le change est une activité très rentable. Plus de 80 % des personnes qui traversent la frontière sollicitent nos services, sans compter les opérateurs économiques qui ont besoin de devises pour leurs opérations commerciales de grande envergure », indique Ibrahima Diallo, un Guinéen qui a démarré ses activités en 2010.

À Karang, le franc Cfa est la monnaie vedette, une monnaie très convoitée. La faiblesse de la devise gambienne, le dalasi, qui connaît une forte dépréciation, a fait que les citoyens de ce pays frontalier se sont repliés sur le franc Cfa qui a plus de pouvoir d’achat que leur monnaie, mais aussi sur les autres devises comme l’euro et le dollar. Cette situation fait le bonheur des monnayeurs clandestins qui ne chôment presque pas. « La Gambie possède une monnaie qui n’a pas une très grande valeur. La preuve est que dès qu’on sort du territoire gambien, on ne peut rien acheter avec le dalasi. Le dalasi n’est utilisé qu’en Gambie, c’est pourquoi les Gambiens font des pieds et des mains pour se procurer le franc Cfa qui nourrit leur économie », ironise Wouri Ba. Avant, explique-t-il, 180 ou 170 dalasis étaient nécessaires pour obtenir 5.000 FCfa, mais aujourd’hui, informe-t-il, il faut 360 dalasis pour espérer se procurer 5.000 francs. « Les fluctuations sont dictées par la loi de l’offre et de la demande et très souvent, nous courons le risque de faire de très mauvaises affaires à cause de l’instabilité du taux du dalasi », souligne-t-il.

Une activité qui se féminise à Karang
À Karang, le change n’est pas seulement l’apanage des hommes. La gent féminine aussi est entrée dans la danse dès qu’elle a flairé que l’activité était porteuse. Avec les rigueurs de la vie, beaucoup de femmes ont franchi le Rubicon pour subvenir aux besoins de leurs familles.

À quelques encablures du poste-frontière, sous l’ombre des arbres, un petit groupe de dames mêlées à la foultitude de vendeuses d’eau, de petit déjeuner et autres provisions, guettent l’arrivée des candidats à la traversée dans une belle alacrité. Un visiteur aurait du mal à croire que ces femmes sont des cambistes clandestins. L’arrivée de véhicules en provenance de Dakar les sort de l’anonymat. Elles accourent et, tels des meurt-de-faim, se précipitent sur les clients qu’elles se disputent avec les hommes. Tout un spectacle !

« Ici, le change n’est pas sélectif, n’importe qui peut le faire, qu’on soit homme ou femme », nous dit Khady Dramé qui pratique cette activité depuis 2009. La quarantaine dépassée, elle a réussi à s’imposer dans ce milieu et aujourd’hui, elle est la présidente du Gie « Dalasi » qui regroupe une trentaine de femmes. Le porte-monnaie bourré de liquidités, elle est tout le temps sollicitée, soit pour de grosses ou petites coupures en dalasi, euro, dollar… « On fonctionne ainsi. On s’entraide pour pallier d’éventuels manques de liquidités », explique-t-elle. Vers les années 2010, confie-t-elle, les femmes qui s’activaient dans ce domaine étaient au nombre de 45, mais au fil des temps, beaucoup d’entre elles se sont mariées et sont parties. Maintenant, elles sont une vingtaine et n’ont pas d’autres choix. Faute de grives, on mange des merles. « Ce métier n’est pas fait pour nous parce que c’est trop contraignant. Heureusement que ce n’est qu’un tremplin en attendant de trouver autre chose », soutient-elle.

En attendant des lendemains meilleurs, elles se complaisent à ce marché qui brasse des capitaux colossaux. Il lui arrive, selon ses dires, de vendre quotidiennement 20.000 dalasis (250.000 FCfa) et des fois même beaucoup plus. « Les bénéfices varient selon les jours et la chance. Des fois, il m’arrive d’avoir 10 à 15.000 francs, des fois 5.000 francs et d’autres fois rien. Une fois, j’ai eu la malchance de tomber sur un faux billet de 200 euros, mais c’est le business, il y a des hauts et des bas », soutient-elle.

Moins loquace, Rokhaya Ndaw trouve que l’activité n’est pas de tout repos du fait que les passagers ont toujours besoin de faire du change. Des fois aussi, explique-t-elle, les clients se font désirer. « L’activité connaît souvent la crise. Quand la Gambie ferme sa frontière, tout le monde le ressent. Les activités sont au ralenti et bonjour la galère », fait-elle savoir. Cette activité n’est pas sans risque, explique-t-elle. Très dangereuse pour une femme. « Nous sommes tout le temps exposées. Pendant que nous travaillons tranquillement, des malfrats nous épient dans l’espoir de nous délester plus tard notre argent. C’est malhonnête. Si nous avions mieux, nous ne risquerions pas nos vies », jure-t-elle la main sur le cœur. Récemment, nous dit Khady Dramé, une femme a été agressée à Hamdallai. « Une bande armée a fait irruption chez elle pour mettre la main sur son argent. Les malfrats ont tiré des coups de feu en l’air mais ils n’ont malheureusement pas réussi leur coup ».

Ce sont les risques du métier, nous dit-elle. Naguère considéré comme un eldorado des cambistes, Keur Ayib a vu son activité chuter lourdement sous les effets conjugués des restrictions qui ont rythmé l’ère Jammeh. Aujourd’hui, cette localité n’offre plus ce décor avec ces monnayeurs clandestins qui pullulaient comme des mouches et proposaient au vu et au su de tout le monde le change aux passagers en partance pour la Gambie. Avant l’expansion de cette bourgade devenue une véritable terre d’accueil, l’agriculture était la principale activité des populations, mais faute de disponibilité de terres, beaucoup de paysans se sont reconvertis. « Avec le boom foncier engendré par la position stratégique de Keur Ayib, beaucoup de gens ont préféré vendre leurs champs. C’est ce qui a fait qu’on s’est retrouvé sans terre pour pratiquer l’agriculture », explique Malick Guèye, actuel chef de village. Si certains s’étaient tournés vers le foncier, d’autres flairant le coup, se sont faits cambistes. L’occasion fait bien le larron.

À Keur Ayib, nous dit Malick Guèye, pas moins d’une cinquantaine de personnes menait cette activité qui était très rentable. La preuve, souligne-t-il, quand on débarquait à la frontière, la première chose qui attirait l’attention, c’était les cambistes qui tenaient entre leurs mains des liasses de billets. Ils étaient partout visibles et offraient, à longueur de journée, leurs services aux voyageurs, commerçants et camionneurs se rendant en Gambie.

Le métier de monnayeur clandestin a suscité des vocations à Keur Ayib. Babacar Mbow fait partie de ceux qui ont investi très tôt ce créneau. Et il a amassé une petite fortune grâce à cette activité. Son ouverture d’esprit et ses connaissances l’ont aidé à s’imposer dans le milieu. « Le change était ma principale activité. Je faisais des affaires avec des commerçants qui allaient et venaient, des citoyens qui partaient régler une affaire de l’autre côté de la frontière, et surtout avec des transporteurs », explique-t-il avec un brin de nostalgie.

Le blues des cambistes de Keur Ayib
Pendant les années fastes, Babacar Mbow était incontournable dans ce métier. « Les choses marchaient tellement qu’il m’arrivait de prêter de l’argent à des transporteurs que je n’ai plus revus », fait-il savoir sans regret. Comme lui, Khalifa Sow fait partie de ces gens qui ont fait leur vie en monnayant à la frontière. Il a mené cette activité de 1993 à 2002 avant d’être conseiller rural en 2009 dans la collectivité de Médina Sabakh. Il a alors gelé ses activités pour les reprendre à la fin de son mandat en 2014. « Ici, l’activité principale, c’était le change. Dans presque chaque maison, il y avait quelqu’un qui pratiquait ce métier qui faisait vivre beaucoup de familles », indique ce sexagénaire qui a réussi à se frayer un chemin dans ce milieu très informel. Son secret : la débrouillardise et un coup de chance. Rien de plus.

L’actuel chef de village, Malick Guèye qui a pris le relais de son frère aîné, Mamoune Guèye, a, lui aussi, mené cette activité pendant plus de trois décennies. « À l’époque, le flux de personnes qui traversait la frontière était considérable et on était tout le temps sollicité. On ne se plaignait pas parce que cette activité nous rapportait plus que d’habitude », confie-t-il.

À Keur Ayib, ce métier a, par le passé, bien nourri son homme. Et ce n’est pas Malick Guèye qui dira le contraire. « Je me suis marié grâce aux revenus que me rapportait le change. J’ai construit ma maison et je subvenais également aux besoins de ma famille grâce à mes bénéfices », se glorifie-t-il.

Aujourd’hui, malgré l’affluence des voyageurs, le va-et-vient incessant des voitures, des bus et autres camions de marchandises, cette activité qui a si longtemps nourri une bonne partie de la population de Keur Ayib se conjugue au passé. Malick Guèye et ses camarades sont aujourd’hui devenus des chômeurs. Ils accusent Yaya Jammeh d’avoir sonné le glas de cette activité naguère si fructueuse. Babacar Mbow se veut formel. Selon lui, c’est le président Yaya Jammeh qui a déclaré la guerre au dalasi. « Il a dit à qui voulait l’entendre qu’il ne voulait pas du dalasi, mais du FCfa. Il a exigé que les voitures qui traversent le bac de Farafenni paient en FCfa parce que le dalasi n’a aucune valeur », relève-t-il. Pour cet ancien monnayeur, le règne de Yaya Jammeh a complètement tué Keur Ayib et Sénoba, deux villes frontalières qui vivaient essentiellement au rythme de l’activité de change. Khalifa Sow est du même avis. « Banjul a déclaré la guerre à ce marché parallèle parce qu’il n’y trouvait pas son compte. Du coup, ce sont des dizaines de pères de famille qui ont été privés de leur gagne-pain », déplore-t-il.

Aujourd’hui, Khalifa Sow et beaucoup de ses anciens camarades se sont reconvertis. Ils sont, par la force des choses, devenus commerçants, quincaillers, tailleurs, transporteurs, etc. Néanmoins, ils gardent tous espoir et n’excluent pas de reprendre leur activité si la donne venait à changer avec le nouveau président gambien, Adama Barrow.

Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
461 times

Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

On ne le présente plus. En plus d’être un des artistes plasticiens sénégalais les plus doués, Kalidou Kassé est également le fondateur de l’école des arts visuels Taggad, la première et la seule du pays. Dans sa galerie où cohabitent tableaux peints et tapisseries, le président de l’Association internationale des arts plastiques convoque le passé d’un parcours qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans cet entretien, il explore les innovations pouvant offrir à ses pairs un meilleur environnement de travail.

Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur l’art sénégalais ?
L’art sénégalais est très dynamique aujourd’hui. Dans toutes les rencontres internationales, je vois que les artistes sénégalais sont bien cotés. Cependant, il faut s’unir pour faire face à la mondialisation. Privilégier une proximité entre artistes africains à l’image des institutions économique et politique comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (Ua).

Qu’est-ce qui est fait par les autorités pour rendre l’art sénégalais plus dynamique ?
On a noté plusieurs avancées sous le magistère de l’actuel ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye. Sur beaucoup de terrains qu’il nous a invités, c’était du concret.

Donnez-nous des exemples ?
La couverture médicalisée des artistes et leur subvention. Récemment, il y a eu la rencontre avec les galeristes. Des initiatives à saluer. Maintenant, ce n’est pas à l’Etat de nourrir les artistes. A eux de vivre de leurs créations. En effet, ils doivent être créatifs et tisser des partenariats. On parle de plus en plus d’industrie artistique. Les artistes ne font pas beaucoup d’efforts pour arriver à cela. Ce qui nécessite une organisation du métier qui fera que nous pourrons tendre vers notre propre industrie de fournitures de matériaux. La toile que j’utilise, je l’achète en Europe, la peinture aussi.

En parlant d’organisation, lors de la dernière biennale, vous avez assisté à la création du premier marché de l’art sénégalais, le Madaken en l’occurrence. Quel peut être l’apport de cette initiative ?
C’est une demande qui est ancienne. Concernant la biennale, il fallait créer un marché par rapport à l’activité. Ce marché de l’art de Dakar permet non seulement de structurer l’environnement de notre profession mais aussi de créer un cadre de réflexion pour les artistes. La biennale est un plateau et c’est aux artistes de mettre le contenu.

Que renferme cette loi ?
Cela suppose que l’artiste qui vend son tableau à une personne prend en même temps ses attaches pour voir à quelle année le tableau a été vendu, à qui et à quel prix. Ce qui signifie que si cette même personne revend le tableau, l’artiste a 8 % sur la nouvelle vente.

Est-ce que ce droit est toujours respecté ?
Bien sûr ! Mais il faudra que l’artiste apporte les preuves de la revente de son œuvre. Je connais des gens qui ont acheté des tableaux et les ont revendus car étant dans des difficultés sans penser à l’artiste. Si dans chaque tableau revendu, on respectait ce droit, l’artiste et sa famille pourront mieux vivre de leurs œuvres.

Quelle est la place de l’art dans une société ?
Dans nos pays en voie de développement, il doit être un véritable vecteur de développement et pourvoyeur d’emplois. C’est ainsi que certains de mes tableaux vendus aux enchères ont permis l’achat de scanners de mammographie pour des hôpitaux de la place.

En parlant d’emplois, que faites-vous concrètement pour permettre aux jeunes artistes de bénéficier du travail ?
J’ai créé une école de formation « Taggad » pour préparer certains jeunes à exercer le métier de peintre. Elle a été créée vers les années 2008. Elle a formé beaucoup de jeunes. A travers le projet « un talibé, un métier », 150 talibés ont été initiés à la calligraphie et au battu.

Quel est ce nouvel apport dans la formation des artistes ?
Il a consisté à former des artistes multifonctionnels et polyvalents, notamment des journalistes reporters d’images et en même temps artistes avec un tronc commun comportant le dessin, la peinture, le volume, les couleurs, les perspectives et autres. L’artiste choisit une branche pour se spécialiser en infographie, en caméraman... Beaucoup de sortants sont dans le marché de l’emploi. Des chaînes de télé nous prennent des stagiaires. Depuis sa création, 200 jeunes ont été formés.

D’où est née cette idée innovante ?
Quand vous formez seulement des peintres, cela peut ne pas leur profiter, car peindre un tableau en Afrique est une chose mais le vendre en est une autre. Dans notre environnement, il n’y a pas régulièrement des gens qui peuvent vous acheter un tableau à 500.000 FCfa ou un million. Donc, il faut préparer les jeunes artistes à pouvoir explorer d’autres terrains. Autre chose, il faut tenir compte des mutations dans le domaine des arts plastiques car la photographie est rentrée dans celui-ci. D’ailleurs, de plus en plus, on parle d’art visuel.
Autrement, certains artistes occidentaux, en avance sur nous, venaient dans les expositions avec des produits finis, notamment avec des vidéos déjà montées. Alors que nous artistes africains le faisions sur place. Ce sont des choses qui ont attiré mon attention dans les expositions internationales. En plus, à l’ouverture de ces dernières, il y a des vidéos qui traitent de l’actualité et l’artiste doit être en mesure de tout faire, du début à la fin.

Votre galerie est-elle une entreprise ?
Non ! Elle est composée d’ateliers d’art qui créent de la valeur ajoutée à ce qu’on fait dans le cadre général. Au-delà des tapissiers, il y a des lithographes, des œuvres destinées à la vente, mais en édition limitée.

Comparant vos œuvres d’hier à celles d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans la conception de vos sujets ?
Mes premiers tableaux parlaient de l’excision et des scarifications. A partir de ces pratiques violentes avec du sang qui coulait partout, j’avais décidé de peindre cette réalité culturelle bien ancrée dans certaines couches sociales. Des tableaux qui n’étaient pas bien appréciés à l’époque. Dans le travail artistique, il est difficile d’être accepté au début. Il faut cependant avoir de la ténacité et de la vision pour relever le défi. A « l’Ecole de Dakar », je faisais comme tout le monde. À un certain moment, j’ai senti le besoin d’exprimer mon identité à travers mes us et coutumes, à travers la tradition.

Quand j’allais aux Etats-Unis, j’avais le déclic en prenant le fil à tisser comme démarche pour m’exprimer. Parce que dans la tendance du surréalisme, c’était des travaux d’atelier. A un moment, j’ai pris le fil à tisser pour expliquer ma tradition et tout ce que j’ai vécu dans mon enfance. Une démarche que j’ai maintenue tout en me positionnant sur ce qui se passe dans l’actualité.

Cet ancrage de vos œuvres dans les valeurs sénégalaises relève-t-il de l’hermétisme ?
Dans les tableaux en face de vous, vous avez des tableaux surréalistes qui parlent de l’environnement, des mutations sociales. Sur les tapis, c’est une démarche que j’essaie d’y inclure. Je m’évade dans mes œuvres du fait que je voyage beaucoup et je rencontre beaucoup de monde, mais je n’aime pas trop m’éloigner de mes origines. Je ne peux me diluer dans cette sorte de mondialisation pour m’exprimer autrement qu’en Africain. Ce n’est point un repli identitaire mais une manière de défendre mes valeurs dans le concert des nations. Au banquet de l’universel, on est obligé d’aller avec ce que l’on a.

Certains remettent en cause les fondements d’un art africain. Que vous inspire cette démarche ?
Ce sont des positions qui ne sont pas défendues par les artistes. En ce qui me concerne, je suis un artiste africain profondément enraciné dans sa culture. Un artiste a des origines. Il est né quelque part et a grandi quelque part. Et comme je ne viens pas du néant, je ne suis pas un artiste du néant.

En effet, c’est une vision trop réductrice de l’art qui relève de la pure philosophie. Aussi abstraite et surréaliste qu’est sa démarche, l’artiste à travers ses tableaux, exprime son identité. La preuve, Pape Ibra Tall, mon maître, avait peint le « Dioudou bou raffet » (le bien né). Cela veut dire beaucoup de choses dans ce débat posé. Il est important de dire que nous sommes artistes et que nous venons de quelque part. En s’appuyant sur ses valeurs, on peut expliquer ce qu’on a envie de faire comprendre.

Depuis dix ans vous avez repris la tapisserie. Pourquoi aviez-vous mis en stand by cette activité ?
C’était plus lié à un problème d’équipe. La tapisserie, ce n’est pas une œuvre que l’on réalise seul. C’est un véritable travail à la chaîne. Dans la galerie, il y a des cartonniers qui agrandissent les tableaux, les lissiers qui tissent les tapis et les couturiers. Donc, il y a beaucoup d’étapes à réaliser. En plus, c’est un métier très cher et il fallait me préparer financièrement pour reprendre les activités. Ainsi, je m’étais concentré à ma peinture.

D’où est née votre passion pour les arts plastiques ?
Elle me vient de ma mère. Elle était brodeuse. En regardant ses images de broderie en fleurs en dégradé de couleur, elles me parlaient parfaitement. Né en plus dans une famille de tisserands, je voyais les tisserands tirer les files à longueur de journée. De ce jeu de pédales et de mélange de couleurs, j’avais commencé à griffonner des choses. Et plus tard, j’ai fait beaucoup de tableaux sur les tisserands. Quatre ans aux manufactures de Thiès après l’obtention du baccalauréat, on était tombé sous le coup des ajustements structurels. Ainsi, la formation s’était arrêtée.

Qu’est-ce vous êtes devenu par la suite ?
En 1991, j’ai rencontré d’autres artistes, notamment Paular et Amadou Racine Ndiaye. Nous avons ouvert la première galerie privée du Sénégal. Installés d’abord à Pikine Khourou Nar, puis aux Hlm, nous nous sommes retrouvés par la suite à la rue Pacha. Un trio que j’avais dénommé le Krp, c’est-à-dire Kalidou Racine et Paul. Je me rappelle qu’en mettant l’adresse de notre atelier, j’avais mis comme numéro de téléphone deux points et rien à la suite. Nous n’avons pas en ce moment de téléphone. Cependant, le montage de quelques expositions nous avait permis d’enrichir notre carnet d’adresses. Nous étions ensuite tombés sur un vrai mécène, un féru d’art. Il s’agissait d’Abdou Fatah Ndiaye, ancien directeur de Holding Kébé. Ce dernier nous avait fait la commande de deux tableaux portant sur deux thèmes. Le premier était intitulé «Ndiouga Kébé», ses réalisations et sa foi dans le Mouridisme, le second, «la société Holding Kébé et ses facettes». C’est là que j’ai commencé à travailler sur des thèmes.

En dehors de l’apport financier, il nous avait aidés à mieux nous organiser. Au début, quand on nous payait un million, on essayait d’abord de voir une bonne dibiterie où se gaver. Le reste, on se le partageait. Après, on a compris que ce n’était pas la bonne formule. Avec ses conseils, on s’était fixé des salaires comme des fonctionnaires. Et là, on a eu la première galerie privée du Sénégal tenue par des artistes. Une organisation qui, plus tard, nous a permis d’ouvrir un atelier d’encadrement. Ainsi, l’argent des tableaux vendus était reversé dans le capital-investissement.

Iba Ndiaye Diadji vous a nommé « Le pinceau du Sahel ». Pourquoi une telle surnom ?
Iba Ndiaye était l’un des meilleurs critiques d’art de l’Afrique. Il a eu à étudier mon travail. Il m’a d’abord fréquenté en tant que sculpteur. En effet, l’ancien directeur des Beaux arts a étudié profondément mes œuvres sur le Sahel par tout ce qu’on voit comme terre ocre et rouge. Un sujet qu’il a traité, notamment «Tempête du Sahel» avec juste des tâches. Ayant traité tous les deux la même thématique avec des approches différentes, il avait compris ma démarche et ma philosophie. Et dans une exposition au centre culturel Mitterrand à Bordeaux, j’avais la belle surprise, à bord d’un véhicule, de voir une chose qui ressemblait à mon tableau. Je n’y croyais pas. En me rapprochant, une de mes autres œuvres sur une autre affiche sur laquelle on pouvait lire « Le pinceau de l’Afrique ». On m’avait accueilli comme un roi.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
Pour 2017-2018, la feuille de route est déjà tracée. La deuxième phase de la formation des talibés va démarrer avec un nouvel espace, Aldiana, qui sera ouvert au mois de février (l’entretien a eu lieu au mois de janvier, ndlr). Un espace de promotion culturelle pour les artistes plasticiens et acteurs de la culture, notamment le théâtre.

Entretien réalisé par Marame Coumba SECK

Au Sénégal, on vend de l’arachide, des mangues ou des oranges sur tous les marchés. Grâce à la plate-forme M-louma, développée par Aboubacar Sidi Sonko, les petites exploitations agricoles peuvent désormais proposer leurs productions sur Internet.

Aboubacar Sidi Sonko est un ingénieur informaticien expérimenté. Mais il sait que pour développer sa jeune entreprise, M-louma, une bourse agricole en ligne, il va devoir également miser sur… ses racines. « Ma famille est originaire de Dianki, un village de Casamance (Sénégal). Ce sont des paysans producteurs de mangues et d’oranges. Je viens de là et c’est ce que je mets en avant auprès des paysans qui ne connaissent pas Internet afin de les convaincre de participer au site », explique-t-il.

Depuis octobre 2013, cet entrepreneur trentenaire s’est lancé dans une aventure d’envergure : motiver de petites exploitations agricoles sénégalaises à mettre en ligne leurs productions afin de mieux les vendre.

L’idée d’une telle plate-forme lui est venue lors d’un concours d’entrepreneuriat social organisé par le groupe français France Télécom en 2011 : « Il s’agissait de développer des solutions en kit, dans la santé, l’éducation ou l’agriculture. Je me suis souvenu de scènes chez mes parents, lorsque des acheteurs en gros proposaient leurs prix pour écouler les stocks de fruits à Dakar ou à Ziguinchor. »

Ce diplômé de l’université Gaston-Berger à Saint-Louis du Sénégal s’est dit qu’il y avait moyen, au XXIe siècle, de simplifier tout cela informatiquement.

Un premier message rassurant
Pour rendre l’univers technologique le moins hostile possible, Aboubacar Sidi Sonko a choisi le nom traditionnel de Louma, qui signifie marché. « Des centaines de Louma ont lieu chaque semaine au Sénégal, explique-t-il. Le nom de ce site indique que nous proposons de faire de même, mais en ligne. » Sur la page d’accueil de M-louma.com, un premier message rassurant s’affiche : « La plate-forme qui connecte le monde agricole ». Apparaissent également des photos de piments, cajoux, oignons, sésame… Pour chaque produit sont précisés une quantité, une date d’expiration et un prix au kilo. Lorsqu’un produit spécifique est affiché en ligne, des alertes peuvent être envoyées par Sms à de potentiels acheteurs qui passent alors un ordre par téléphone portable.

Même si cette mise en ligne va dans le sens de l’histoire, le défi est de taille, reconnaît Aboubacar Sidi Sonko : « Il s’agit d’organiser la production autrement. C’est un véritable changement de culture. » Pour tester le concept, la plate-forme travaille actuellement « avec 5 groupements qui rassemblent 5.000 paysans de la zone maraîchère de Saint-Louis et de Dakar. » Le problème vient du fait que la majorité de ces exploitants ne sont pas habitués au numérique. « Nous utilisons donc les services d’un sociologue afin de les accompagner au mieux et favoriser l’évolution des mentalités », indique l’entrepreneur.

Pour que le site, qui emploie actuellement trois personnes, prenne toute son ampleur, Aboubacar Sido Sonko sait qu’il lui faut atteindre « une masse critique ». Il envisage donc une montée en puissance par zones géographiques en couvrant d’ici à fin 2015, la zone sud du Sénégal (Casamance et Ziguinchor) connue pour ses cultures de mangues, riz et arachides. « Puis ce sera en 2016, la zone orientale et enfin en 2017, l’ensemble du pays. Ce modèle est duplicable et nous avons déjà des sollicitations du Gabon, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bénin, prévoit le dirigeant. L’entreprise est à la recherche de partenaires financiers pour cibler l’Afrique francophone. »

Lemondeafrique

La toute-puissance de la naija musique s’est, une nouvelle fois, manifestée par le couronnement du chanteur nigérian Wizkid comme « artiste de l’année » et « meilleur musicien » aux Mtv Africa Music Awards décernés le 22 octobre dernier à Johannesburg. Wizkid a également remporté un prix pour ses collaborations avec d’autres artistes lors de cette édition 2016 des Mtv Africa Music Awards. En effet, la liste des collaborations de ce jeune prodige de la musique africaine est déjà très longue... Même la star mondiale Drake n’a pas pu résister. Résultat : une pluie de tubes été comme hiver. Et c’est vrai que ce sacre tombe à pic, au moment où le continent africain vit une véritable lune de miel avec sa musique. Traduction immédiate : les revenus des succès des artistes africains, notamment dans les concerts, ont enregistré une forte croissance dans plusieurs pays africains, confirme une récente enquête du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au seul Nigeria, l’industrie musicale a généré en 2015 un chiffre d’affaires de 47 millions de dollars, en hausse de 6,4 % sur l’année précédente. Allez, Wizkid !

Jusqu’au départ de l’ancien président Yaya Jammeh le 21 janvier dernier, la traversée de la Transgambienne reliant Dakar et Ziguinchor avait tout d’un véritable chemin de croix. Mais les tracasseries policières et douanières sur fond d’intimidation ont été emportées par le vent du changement démocratique. Aujourd’hui, c’est un vent nouveau qui souffle sur la Transgambienne.

En ce mardi, début février, un vent nouveau souffle sur la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Un doux parfum d’un bon bol d’air frais embaume l’ambiance à bord du ferry « Farafenni ». Assis sur le pont supérieur de ce gros tas de ferraille, Abou Diallo, barbe de trois jours et visage poupin, respire la sérénité. Regard fixé sur l’écume des eaux du fleuve Gambie déchirées par le navire, ce commerçant sénégalais semble perdu dans ses pensées. Certes, c’est la énième fois qu’il emprunte ce ferry pour rejoindre la localité gambienne de Dialy où il mène ses activités aux côtés de sa femme gambienne et de ses enfants mais c’est sans doute la première fois qu’il fait cette traversée sans grande appréhension. Les tracasseries douanières, policières et même militaires auxquelles il était soumis sur le territoire gambien, comme bon nombre de ses compatriotes en partance pour le sud du pays, ont disparu comme par enchantement. Comme si l’ancien président Yaya Jammeh, en quittant le pouvoir, les a emportées avec lui. Toujours est-il que l’ambiance lourde, sur fond d’intimidation de jadis, a laissé place à une atmosphère détendue. « Les agents des services de renseignement gambiens pullulaient à bord et épiaient tout le monde à visage découvert. Ils se font moins visibles depuis que leur mentor a quitté le pouvoir », souligne cet habitué du ferry.

Moins de tracasseries, plus de sérénité
TransgambienneDepuis donc que l’ancien chef de l’État gambien a quitté le pouvoir, la chape de plomb qui pesait sur la Transgambienne a fondu. Les gens ne sont plus soumis au douloureux voyage avec son lot de tourments. Les langues se délient, la parole se libère comme jamais. « Dès qu’on franchissait Keur Ayib, c’était check-point sur check-point. Les fouilles étaient presque systématiques. Et arrivé au ferry, on pouvait rester des heures et des heures sans traverser. Cela dépendait des humeurs des officiels gambiens. Mais, depuis le départ de Jammeh, la situation s’est beaucoup améliorée », se félicite El Hadji Guèye. Pape Yague qui n’avait rien perdu de la discussion s’y invite. En partance pour Bignona, ce mécanicien sénégalais confirme et se dit surpris par la nouvelle ambiance qui règne sur la Transgambienne. « Cela fait un peu bizarre de traverser sans anicroche, tellement on s’était habitué aux sautes d’humeur et aux intimidations des forces de l’ordre gambiennes », explique-t-il. Ces dernières, notamment les militaires, se font désormais discrètes. Ils sont cantonnés dans le petit poste implanté juste avant le quai.

Ce changement est perceptible dès qu’on franchit Keur Ayib, dernière localité sénégalaise avant la Gambie, et qu’on arrive à Keur Ali. De ce côté-ci de la frontière entre les deux pays, la ligne de démarcation est juste matérialisée par un muret et deux barrières métalliques. Signe de dégel, des taxis gambiens de couleur jaune avec des parements verts traversent allègrement la frontière. « Quand il y a une tension entre les deux pays, ces véhicules de transport s’arrêtent à la frontière. C’est dire que la libre circulation des personnes est redevenue normale », souligne un agent de la Douane sénégalaise sous anonymat. Une fois les formalités administratives réglées côté sénégalais et muni d’un laissez-passer, on pénètre en territoire gambien. Les premiers bâtiments de Farafenni, située à 7 km du fleuve Gambie, apparaissent au loin. Cependant, avant d’accéder au cœur de cette ville-carrefour implantée à 120 km de la capitale, Banjul, il faut passer par bien de check-point. Le premier se trouve à Keur Ali, à 100 mètres après la frontière avec le Sénégal. La présentation d’une pièce d’identité et du laissez-passer aux douaniers et aux policiers suffit désormais pour poursuivre son chemin. Pas de bakchich exigé. Vingt mètres plus loin, il faut s’arrêter devant le camp militaire du deuxième bataillon d’infanterie et montrer patte blanche au soldat en faction. Pas d’intimidation ni de bakchich là aussi. Trois autres postes de contrôle franchis sans accrocs, on arrive enfin à Bamba Tenda, à sept kilomètres de Farafenni où se trouve le fleuve.

Une piste latéritique mène tout droit à l’embarcadère qui grouille de monde. À droite, sur le bas-côté du chemin poussiéreux, des camions et des bus en file indienne sur près d’un kilomètre. À gauche, des véhicules de moindre gabarit. Tous attendent de traverser le fleuve pour poursuivre leur chemin vers la Casamance. Même si le rythme de la traversée a connu une nette amélioration, il n’en demeure pas moins que certains camionneurs comme Babacar Ndiaye devront patienter au moins cinq jours pour espérer atteindre l’autre rive située dans le village de Yelli Tenda, à Soma. Si cinq jours pour traverser ce petit cours d’eau peut sembler long pour certains, pour ce jeune chauffeur, c’est même inespéré au regard de ce qu’il a vécu par le passé. « Il nous arrivait de rester une semaine sans pouvoir traverser, surtout quand les officiels gambiens décidaient de ne mettre en service qu’un seul des trois ferrys ou simplement de suspendre les rotations pour des raisons qui leur sont propres », confie-t-il. En attendant que son camion, placé en queue de peloton, embarque dans trois ou quatre jours, Babacar Ndiaye emprunte le ferry pour rejoindre la rive opposée où il va retrouver des amis afin de « passer du bon temps ».

Des rapports moins conflictuels
Poste frontière GambieComme sur le quai et ses abords, une intense activité commerciale règne à bord du ferry. Se faufilant entre l’emboîtement de camions, de bus, de véhicules particuliers et des passagers, des vendeurs à la sauvette proposent de petites babioles. Durant la traversée qui dure une quinzaine de minutes, certains se prennent en photo sur le pont supérieur du bateau tout près de la cabine de pilotage. Une scène assez illustrative de la nouvelle situation entraînée par le changement politique en Gambie. « Les gens n’osaient pas prendre des photos sur le ferry au risque de se faire confisquer leur téléphone. C’était inimaginable », insiste Moussa Guèye, un habitué du bac. Avec le départ de l’ancien homme fort de Banjul, le climat de suspicion s’est dissipé rendant ainsi les relations entre les passagers et le personnel du ferry beaucoup plus chaleureuses et moins conflictuelles. « En réalité, il n’y a jamais eu de conflit entre les deux peuples, le problème, c’était au niveau institutionnel », pense Aladji Saneh, membre de l’équipage du ferry.
 
Le ferry se stabilise enfin sur la rive opposée, à Yelli Tenda, dans la ville de Soma. Il vomit sa cargaison de véhicules et de passagers. Sur la terre ferme, c’est la même ambiance qu’à Farafenni. Même ferveur commerciale, même poste de contrôle, même enfilade de véhicules et de passagers qui attendent de monter à bord. Une vingtaine de minutes plus tard, les amarres sont lâchées. Un coup de sifflet strident annonce le départ. Petite manœuvre et le bac fait un tour sur lui-même pour entamer une nouvelle traversée. Ses gros moteurs fendent les eaux du fleuve dans un ronronnement sourd en direction de Farafenni où l’attendent des centaines de passagers et de véhicules. Ainsi est le quotidien de ce ferry, entre 8 heures du matin et 21 heures ; véritable cordon ombilical entre le nord et le sud du Sénégal, mais qui a beaucoup souffert des caprices et lubies d’un régime autocratique incarné par l’enfant de Kanilaï qui, aujourd’hui, se la coule douce en Guinée Équatoriale.

Un pont qui commence à sortir de… l’eau
Lancés en février 2015 par le Premier ministre Mohammad Boun Abdallah Dionne et l’ancienne vice-présidente de la Gambie, Isatou Njie Sady, les travaux du pont de Farafenni sur le fleuve Gambie vont bon train. Les plateformes de construction flottent sur le fleuve. Les grosses poutres métalliques qui doivent soutenir la structure commencent à sortir des eaux. De part et d’autre des deux rives, Yelli Tenda du côté de Soma et Bamba Tenda du côté de Farafenni, les ouvriers sont à pied d’œuvre. À l’évidence, les foucades et les frasques de l’ancien président gambien n’ont pas eu d’effet sur le déroulement des travaux qui doivent être exécutés dans un délai de 36 mois.

Faut-il le rappeler, Yaya Jammeh, au lendemain de la tentative de coup d’État dont il a été victime en novembre 2015, avait annoncé, dans un excès de colère, qu’il n’autorisait plus la poursuite de ce projet financé à hauteur de 50 milliards de FCfa par la Banque africaine de développement (Bad) avec une participation de la Gambie et du Sénégal. Le pont de Farafenni, comme l’avait laissé entendre le Premier ministre, s’inscrit dans une politique d’intégration sous-régionale qui vise à « favoriser l’interconnexion des réseaux routiers de nos pays, à réduire la durée des voyages, à accroître les échanges commerciaux et à renforcer la cohésion entre les communautés ». Mais surtout à lever les nombreux postes de contrôle, les longues et coûteuses procédures douanières et policières… qui avaient fini par indisposer tous ceux qui passaient par ce côté de la frontière pour rejoindre la Casamance.

El Hadji Ibrahima THIAM et Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 27 février 2017 11:39

Terrorisme 2.0

27 Fév 2017
377 times

Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Son métier, creuser des fosses pour enterrer des corps sans vie. En effet, il gagne son pain sur le dos des morts. Immersion dans le milieu des « promoteurs immobiliers » d’outre-tombe où on trimballe notre plume pour déterrer des histoires de vie construites autour d’un mystère, la mort.

Conformément à l’article 77 du code civil, le gardien du cimetière de Hann Yarakh est autorisé à laisser inhumer le corps. Sur ces mots, il se lève de la chaise où il était adossé pour prendre la pelle cachée derrière la porte d’entrée du cimetière. Retourner à l’envers, deux coups pour bien serrer la tête. Quelques pelletées, le fossoyeur achève le creusement de la fosse.

Un petit corps raide bien ficelé déposé sur la table d’entrée qui sert d’habitude pour la collecte des aumônes. Une petite vérification pour se prémunir de toutes les éventualités, il est aussitôt plongé dans un trou automatiquement refermé. Quelques pelletées de sable ont suffi pour recouvrir la tombe de ce petit être qui n’a pu séjourner sur terre que 48 heures, après neuf longs mois de grossesse. Sans pierre tombale ni de tableau, il est classé dans le cercles des corps anonymes. Bébé n’a pas attendu d’être baptisé. En entendant, il se contentera du monticule de sable frais qui témoigne de la récence de sa nouvelle demeure. Son père venu l’inhumer avec ses trois amis ou parents aurait souhaité le voir courir dans les quatre coins de la maison, mais Dieu en a décidé autrement. Quoi de plus gai qu’un enterrement, dis-moins, celui d’un enfant. Sauf que son petit passage permettra au vieux Talla Mbaye de récolter un billet de 1.000 FCFA.

Un métier qui n’est pas de tout luxe
Le métier de fossoyeur n’est pas de tout luxe. Ceux qui le pratiquent, du moins ceux rencontrés, avouent y être entrés par accident. D’autres l’ont hérité de leur père. Passant la plupart de son temps à l’entrée des cimetières où le silence des morts se la dispute avec le gazouillement des oiseaux. Il est entre le monde immobile des cimetières et celui des vivants des alentours qui s’emballe dans une confusion de musiques cacophoniques. Les coups de marteaux des mécaniciens qui longent le mur des cette clôture, le bruit des machines à soudure, les cris des enfants qui, en ce week-end, jouent au ballon rond, affrontant les véhicules qui surgissent des deux voix de la route, viennent s’ajouter au désordre bruyant. Ont-ils oublié qu’ils sont à deux pas des cimetières ? « Je n’ai jamais voulu exercer ce métier. C’est le bon Dieu qui en a décidé ainsi », avoue-t-il. Son métier de fossoyeur donc, un coup du hasard et les largesses du destin. Par le biais de l’ancien gardien des cimetières de Hann, son ami, il avait hérité de ce métier comme il aurait hérité de la femme du défunt ami, à sa sortie bien évidemment de deuil. « D’ailleurs, quand le crépuscule se dessinait, je pliais bagage », d’après quelques réminiscences d’un « grand » fossoyeur qui a pelleté un peu partout dans le sable de cette citadelle du silence. Pourtant, il n’a pas encore déterré quelques trésors, sinon se contenter de la générosité des accompagnants de ses nouveaux « locataires ». « Nous faisons du bénévolat. C’est aux familles des défunts de voir ceux qu’ils peuvent donner. Parfois, ils organisent une petite quête en guise d’aumône, sinon on ne veut pas imposer une somme à des gens en situation de détresse », selon M. Mbaye sur les modalités de payement.

Cap aux Cimetières de Yoff. Un mur qui s'allonge et qui n'en finit pas de s'allonger. Un kilomètre de longueur et cent mètres de largeur. De quoi enterrer tout ce beau monde tombé sous le coup de l'ange de la mort qui ne distingue pas le nouveau-né de l'adulte encore moins des vieilles personnes. Il exécute la mission divine, comme le soldat sur le champ de bataille, emportant parfois de justesse des âmes à la jeunesse écourtée, aux bonheurs apostrophés aux rêves jamais réalisés laissant donc sur son chemin une vague de tristesse. A l’intérieur, le murmure des arbres sur le passage semble soudain donner à l’endroit un caractère apeurant. De nombreuses tombes... aux vieilles gravures à moitié effacées. « Repose en paix », « prier pour le repos de son âme », « al fatiha plus onze lihlass »...des mots parfois écrits en arabe pour bien enterrer son mort.

Autant en apporte l'inspiration et le poids social
Comme dans la vie quotidienne, les rangs sociaux se définissent. Trois quartiers se dessinent ainsi. Avec ironie, cela donne la bourgeoisie avec des mausolées qui peuvent coûter jusqu’à 250.000 FCfa, la classe moyenne aux logements de briques superposées parfois carrelés ou coquillés et un ghetto où les morts résidants vont se contenter des monticules de sables et de tableaux en fer plus accessible que le marbre pour graver leurs noms. Pas d’autorisation de construire qui leur coutera 14.000 FCfa ni un tableau de marbre de 15 centimètres sur 30 encore moins de 30 centimètres sur 30 qui reviendront à 5.000 ou 10.000 FCFA. Section 1 jusqu'à 56, séries une jusqu’à X, du premier enterré au dernier, des hommes tus à jamais mais des tombes qui parlent par leurs structures.

 En effet, autour de ces « départs » vers d’autres cieux, tourne une sorte de débrouille, celle de la mort. Elle n'est pas de tout luxe encore moins rentable. Sinon, le seul recours de survie pour des pères de famille qui n’ont que ça à faire.

En cet après-midi de samedi, les retombées des tombes pour faire vivre les foyers ne sont pas trop significatives. Un seul corps qui débarque depuis ce matin. Avant même son arrivée, le trou est déjà ouvert. Les proches l’ont devancé pour lui tracer une demeure moins chère que celles qui se dressent sur terre. Trois mille francs CFA à se partager entre deux voire plus, ici les tarifs sont définis et connus par la plupart. « Les trois mille francs sont facturés au petit matin pour permettre aux fossoyeurs de prendre leur petit déjeuner. Sinon, il arrive que des gens sollicitent vos services sans que vous ayez reçu rien au retour », renseigne, Bacary Koly qui, depuis 1998, est dans ce métier. Etant le plus ancien parmi les dix-sept (17) fossoyeurs qui interviennent dans ces cimetières de Yoff, il a longtemps porté le combat de la valorisation de leurs métiers de « Baye pelle » jusqu’ici en vain. Ancien boulanger, il a embrassé ce métier par hasard. D’abord gardien devant la porte des cimetières, son contrat s’était épuisé quatre ans après. A nouveau au chômage, il avait rejoint le cercle restreint des gens qui gagnent leur pain sur le dos des morts. Au bord de la retraite, son enfant a déjà fait cinq ans à ses côtés pour un métier, disent-ils, qui ne nourrit pas son homme. Donc, bons morts du fond de vos paradis, si vous voyez Dieu, dites lui mal leur a coûté leurs dernières pelletées pour couvrir vos tombes. Dans un isoloir à quelques encablures des lieux, ils se sont regroupés sous l’ombre d’un arbre. Dans leurs plus modestes habits pour ne pas dire bizarres. Ils ont vraiment des figures d’enterrement. Des têtes couvertes de bonnets, des yeux dissimulés derrières des lunettes de soleil, des pieds et des mains qui n’apparaissent point sous les chaussettes et les gans ocrés. Dans ce magma de balayeurs, de constructeurs et de fossoyeurs, seule la mort est respectée. Aucun salaire n’est encore validé pour la motivation de ses bénévoles. Ils doivent se contenter de la générosité des accompagnants, laquelle n’est pas toujours au rendez-vous.

« Nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes »
Des notes sur la façade du mur à côté de la porte d’entrée des cimetières Saint-Lazare où une dame confectionne ses bouquets de fleurs destinés à la vente. Pas un de vendu, Aminata Gackou les plongent dans une bassine d’eau pour les maintenir à la vie en attendant le dimanche, jour des grande messes, des nombreuses visites par conséquent, des grandes ventes. Si l’on pouvait en faire autant avec nos disparus, il y aurait moins de tristesse peut-être. De la tristesse, de la gaieté et de la mélancolie, il n’en manque pas au milieu des fosses à jamais fermées ; de la beauté également. Dépouillés de tous adventices et de tous les corps solides étrangers à l’exception des feuilles, qui en ce début de petit froid instable, tombent sans cesse. Ce bout de mots signifie aux visiteurs ou simples passants que la mort prend en compte tous les êtres vivants. Le système de fonctionnement des sociétés lui, non. Les fossoyeurs ne dérogent pas à la règle. Comme ceux de Yoff et de Hann, ils font également dans le bénévolat. En ce samedi où les enterrements sont quasi inexistants, ils ont déserté les cimetières. Le seul à rester à côtés des morts est le gardien, Ibou Djiba. Il leur prête main forte quelques fois. « Je n’ai pas choisi ce métier, je suis arrivé par affectation par la mairie de Dakar », informe ce vivant qui s’isole de son monde pour veiller sur ceux d’outre-tombe. Un exercice qui le rapproche de Dieu et le prépare au moment décisif.

Par Marame Coumba Seck

Installé depuis 2002 au Sablon, le quartier bruxellois des antiquaires, Didier Claes est l’un des rares marchands d’art africain métis au monde. Sa spécialité ? Les œuvres originaires d’Afrique centrale, auxquelles il souhaite rendre leurs lettres de noblesse. Ces objets de « l’art classique africain », que l’on trouve dans son espace d’exposition, sont répertoriés et proviennent de collections privées. Et ce dynamique galeriste, né à Kinshasa il y a 44 ans d’une mère congolaise et d’un père belge qui travaillait pour l’ex-Institut des musées nationaux du Zaïre, mêle passion, travail, courage et…chance : « Le travail entraîne la chance et la passion fait le reste. L’expérience, la réputation et le sérieux se construisent au fil du temps et des épreuves ».

En plus de son activité de galeriste, Didier Claes est, entre autres, membre de la Chambre belge des experts en œuvres d’art et du Syndicat national français des antiquaires. Ce n’est donc pas un hasard si, depuis deux ans, il est aussi vice-président de la Brafa, la prestigieuse foire européenne d’art et d’antiquités de Bruxelles. Lors de son édition 2015, durant la dernière semaine de janvier, ce vaste musée éphémère où sont échangées des œuvres de toutes sortes – tableaux, mobilier, bijoux, livres anciens, photographies… –, a reçu 55.000 visiteurs et réuni 126 exposants, parmi lesquels neuf spécialisés dans l’art africain.

Sur son stand, l’atmosphère est feutrée. Présentée avec soin, chaque pièce retient l’attention par sa finesse ou son originalité. Le maître des lieux est en parfaite adéquation avec son époque et ses ambitions. Élégant, souriant et plein d’allant, cet esthète passionné est également un fin stratège quand il est question d’art. Ainsi, en bonne place, trône une plaque décorative du Bénin datant de la fin du XVIe siècle qui provient du palais royal du royaume du Bénin, dans le sud de l’actuel Nigeria. « Il y a deux types d’art africain : celui de la forêt et l’art de cour dont provient cette plaque. Les collectionneurs préfèrent celui de la forêt, le vrai, sauvage, dur, que j’appelle aussi "précontact", datant d’avant la rencontre avec les Blancs », explique Didier Claes.

« L’avenir de l’art est en Afrique », estime le curateur. Il est évident pour lui que le continent se dotera de plus en plus de musées et de galeries. « Des Africains me disent : "On nous a volés !" Et moi de leur répondre que si l’on veut avancer, on ne peut plus s’appesantir là-dessus. Il faut faire le deuil de tout cela et abandonner ces discours inutiles. Aujourd’hui, la vraie bêtise serait de refuser de progresser. Je pense que dans vingt ans, l’Afrique sera plus puissante que l’Europe ».

Le jeûne semble inverser le diabète en reprogrammant les cellules, révèle une nouvelle étude menée par l'University of Southern California (USC).

Observer un jeûne favoriserait la croissance de nouvelles cellules pancréatiques produisant de l'insuline qui réduiraient les symptômes du diabète de type 1 et de type 2 , selon une étude sur les souris et les cellules humaines menée à l'University of Southern California (USC) aux Etats-Unis.
Diabète : régénération et reprogrammation des cellules.

« Les cycles d'un régime alimentaire qui simule le jeûne et d'une alimentation normale ont essentiellement reprogrammé les cellules non productrices d'insuline dans des cellules productrices d'insuline, a déclaré Valter Longo, directeur du Longevity Institute et auteur de la recherche. En activant la régénération des cellules pancréatiques, nous avons pu sauver les souris des deux types du diabète. Nous avons également réactivé la production d'insuline dans les cellules pancréatiques humaines de patients diabétiques de type 1 ».
Les cellules et les organes reprogrammés ont provoqué une régénération dans laquelle les cellules endommagées ont été remplacées par de nouvelles fonctions. L'étude publiée le 23 février dans la revue Cell , est la plus récente d'une série de travaux démontrant des avantages prometteurs pour la santé d'un bref régime alimentaire périodique qui imite les effets d'un jeûne.

Renverser le diabète grâce au jeûne
Dans le type 1 et le stade tardif du diabète de type 2, le pancréas perd des cellules bêta produisant de l'insuline, ce qui augmente l'instabilité des taux de sucre dans le sang. L'étude a montré un renversement remarquable du diabète chez les souris qui suivait un jeûne pendant quatre jours chaque semaine. Les rongeurs ont retrouvé une bonne production d'insuline, réduit la résistance à l'insuline et ont démontré des niveaux plus stables de glucose sanguin. C'était le cas même pour les souris dans les derniers stades de la maladie.

Les cycles de régime ont activé des gènes chez les souris adultes qui sont normalement actives dans les pancréas en développement de souris fœtales. Les gènes ont déclenché la production d'une protéine, la neurogénine-3 (Ngn3), générant ainsi de nouvelles cellules bêta productrices d'insuline saines. Longo et son équipe ont également examiné les cultures de cellules pancréatiques de donneurs humains et ont constaté que, dans les cellules de diabète de type 1, le jeûne a également augmenté l'expression de la protéine Ngn3 et accéléré la production d'insuline. Les résultats suggèrent qu'un régime mimant le jeûne pourrait soulager le diabète chez les humains.

Le jeûne efficace aussi contre le cancer et les maladies cardiaques
Longo et son équipe ont amassé des preuves indiquant plusieurs avantages pour la santé de cette diète. Leur étude publiée la semaine dernière dans Science Translational Medicine a démontré que leur jeûne réduit aussi les risques de cancer, de maladies cardiaques et autres maladies liées à l'âge chez les participants à l'étude humaine qui ont suivi le régime spécial pendant cinq jours par mois. Des études antérieures sur le régime alimentaire ont montré un potentiel pour soulager les symptômes de la sclérose en plaques , augmenter l'efficacité de la chimiothérapie et diminuer la graisse viscérale.

« Ces résultats justifient un plus grand essai de la Food and Drug Administration (FDA) sur l'utilisation du jeûne pour traiter les patients diabétiques pour les aider à produire des niveaux normaux d'insuline tout en améliorant la fonction de l'insuline, a déclaré Longo. J'espère que les personnes atteintes de diabète pourraient un jour être traitées avec un régime approuvé par la FDA, jeûnant pendant quelques jours chaque mois et prendre le contrôle de leur production d'insuline et de sucre dans le sang ».

Saint-Louis, le sanctuaire de la fine gastronomie sénégalaise. Ici, le « thiéboudieune » (riz au poisson) est renommé. C’est une spécialité de la région. Une passion de consommateurs qui en redemandent. Penda Mbaye, une des grandes toques de notre pays, voire du monde, est passée dans la vieille cité. Elle a laissé échapper de sa marmite quelques secrets de la haute gastronomie. Nous sommes sur ses traces. Pour déguster, avec nos chers lecteurs, un « thiéboudieune » de son cru.

Elle n’est pas comme le marmiton qui, au contact d’un restaurateur proposant de bonnes recettes, réussit finalement à faire de la grande cuisine. Elle a plutôt inventé un plat : le « thiéboudieune ». Penda Mbaye, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, intéresse les Sénégalais, ses compatriotes. Beaucoup veulent en savoir plus sur elle. Nous sommes sur les traces de l’inventrice de notre plat national. Dans cette volonté de revisiter sa vie et son œuvre, on s’est rendu à Guet-Ndar, Santhiaba, Sor, Khor et Goxu Bacc, ces quartiers de la vieille Cité pour une quête de nourritures « authentiques ». De Penda Mbaye, disons d’abord que sa réputation a dépassé Saint-Louis, et même le Sénégal.

L’inventrice du « thiéboudieune » aurait, dans un premier temps, vécu à Santhiaba, ensuite à Goxu Bacc. Aujourd’hui, dans sa cuisine, deux grandes castes circulent parmi ses marmites. Et chacune d’elles cherche à « breveter » la trouvaille de Penda Mbaye. Les « gewël » (griots), ces détenteurs de l’oralité, la revendiquent. « Le slogan, connu de tous, est « thiéboudieune ngéwël », rappelle Ndèye Dieumb Ngom, restauratrice à Saint-Louis. « Faux ! C’est chez nous les « tëg » (groupe des forgerons) que Penda Mbaye, dont le nom complet est Penda Mbaye Thiam, a vu le jour en 1904 », soutient Aïda Mboup Thioune, qui dit être « (sa) petite-fille ».

Ainsi, la haute stature de l’inventrice de notre plat historique aiguise-t-elle l’appétit « revendicatif » de deux grandes castes autour du « thiéboudieune » à la Penda Mbaye (Thiam). Pour mettre fin à leur « duel », disons aux uns et aux autres que cette maîtresse de l’art culinaire est nationale. Son histoire est riche comme son « thiéboudieune » Penda Mbaye. Elle est succulente. Elle est toujours savoureuse.

Quand Penda Mbaye divise griots et forgerons
« Ma grand-mère Penda Mbaye, la créatrice du « thiéboudieune » est de ceux et celles que les lumières de Ndar (Saint-Louis) ont attirés. Elle n’est pas une native de la vieille cité. Elle a vu le jour à Gandiol, à une vingtaine de kilomètres de l’ancienne capitale de l’Aof, en 1904 ». Ces propos sont ceux de Aïda Mboup Thioune, fille de feue Fatou Guèye Dioum. Cette dernière, décédée en 2006, est la fille de Mbayang Thiam, la sœur cadette de Penda Mbaye (Thiam). Notre interlocutrice, Aïda Mboup Thioune, rencontrée au beau milieu de sa famille dans ce quartier de pêcheurs qu’est Goxxu-Bacc ne tarit pas d’éloges sur ce coin de Saint-Louis. Ici, découvrons-nous des gens qui cultivent, à la fois, le savoir-vivre, le raffinement, la tradition et la convivialité.

C’est vrai, Goxxu-Bacc est un endroit où l’on peut absolument rêver d’un bon plat de riz au poisson, où l’on peut assister en direct à sa préparation qui est tout un rituel et où l’on peut déguster un « thiéboudieune » à la Penda Mbaye pour le plaisir de son palais. Penda Mbaye est d’ici. C’est du moins ce que nous dit sa petite-fille Aïda Mboup Thioune qui aurait appris de sa défunte maman Fatou Guèye Dioum que « Penda Mbaye, née en 1904 à Gandiol, est décédée le 1er novembre 1984 à Dakar et inhumée le lendemain à Andoulaye (Louga) sur instruction de son marabout Thierno Dramé ». Elle a laissé deux héritiers : Mawdo Malick Sèye, vivant en France et Adja Maguette Sèye, installée à Dakar.

Le « bol de la discorde »
C’est Penda Mbaye qui inventa le « thiéboudieune ». « Pour cette première, j’ai entendu dire que ma grand-mère n’avait pas utilisé de la tomate concentrée, mais des tomates fraîches. Ayant fini de les pétrir, elle avait recueilli la pâte ainsi obtenue. Cette trouvaille a beaucoup contribué dans le succès du « thiéboudieune », fait savoir Aïda Mboup Thioune. Sur ce point, nos interlocuteurs sont unanimes.

Par contre, ils ont de profondes divergences sur le groupe social et l’époque de Penda Mbaye. « Ma grand-mère est « tëg» (forgeron) », soutient Aida Mboup Thioune, fille de feue Fatou Guèye Dioum, elle-même fille de Mbayang Thiam, la sœur cadette de Penda Mbaye (Thiam). « C’est pour la première fois que j’entends dire que Penda Mbaye n’est pas « gewël » (griotte) », dit Ndèye Dieumb Ngom, restauratrice et fille de la célèbre Adja Nancy Niang, la première à ouvrir un restaurant à Saint-Louis en 1951. « Ma mère, née en 1933 et rappelée à Dieu le 25 juillet 2016, n’a pas connu l’inventrice de notre plat préféré », renseigne Ndèye Dieumb Ngom.

Et Rokhaya Mbaye, une habitante de Guet Ndar, souligne que « Penda Mbaye est beaucoup plus vieille que l’âge que lui a donné Fatou Guèye Dioum », la défunte maman de Aïda Mboup Thioune qui raconta que « (sa) tante, née en 1904, a inventé le « thiéboudieune vers 1916 ». En tout cas, à 12 ans, les filles de Saint-Louis, c’est connu, vont aux fourneaux. De 1916 à maintenant, c’est 101 ans. Le premier « thiéboudieune » à la Penda Mbaye est toujours dans le « bol de la discorde ».

Réhabiliter Penda Mbaye
En tout cas, allons-nous vous livrer des informations recueillies, en avril 2001, auprès de l’incontournable doyen Amadou Lamine Camara, une mémoire de Saint-Louis. Né le 27 mars 1907, il déclarait, il y a un peu plus de 15 ans, ne pas connaître personnellement Penda Mbaye. Alors chef de la section des affaires communales, Amadou Lamine Camara se rappelait la venue, en 1932, de Blaise Diagne à Saint-Louis sur invitation du gouverneur général. « A cette occasion, on avait, dans les jardins du gouverneur, servi au premier député noir un « thieboudieune » préparé par une femme « tëg » et non « gewël » qui habitait le quartier Lodo. Blaise Diagne avait ce jour en woloff demandé qu’on lui mette du « gedj » (poisson séché et salé) dans son assiette », nous contait-il. Amadou Lamine Camara se souvenait aussi de la poésie de Serigne Babacar Sy chantant « sa grande vénération du « thieboudieune ». Embouchant la même trompette que son ami Camara, un autre doyen de Guet Ndar, Bassirou Fall, déclarait, toujours en avril 2001, ne pas connaître personnellement Penda Mbaye. « Mais, j’ai vu des femmes trouver époux pour avoir réussi un « thieboudieune », des amoureux s’en faire expédier loin de Saint-Louis, une austérité d’un chef de famille se ramollir à la découverte d’un « thiéboudieune » fumant dans un grand bol posé sur la natte », avait-il raconté.

Convenons-en, le « thieboudieune » est un plat mythique, mais son inventrice n’est pas suffisamment honorée. A Saint-Louis, aucun monument ou place publique ou école ou avenue ne porte son illustre nom. Des recherches doivent être faites pour réhabiliter cette cuisinière de renommée dont le nom et l’image méritent d’être accrochés aux portes de nos écoles préparant aux métiers de la gastronomie. L’histoire générale du Sénégal qu’un comité rédactionnel va reconstruire page après page, pierre après pierre, pour la faire revivre, ne manquera pas, peut-être, de s’intéresser à Penda Mbaye. Nos historiens et autres brillants intellectuels, chargés de dresser le vrai portrait de notre pays dont la richesse est éternelle, ont la mission de nous replonger dans le passé du Sénégal de Penda Mbaye, cette belle terre d’Afrique où l’Orient et l’Occident se sont unis. En effet, c’est ici que les caravaniers arabes ont rencontré les négriers occidentaux. Là, ont-ils énormément gagné au contact des autochtones.

Les Saint-Louisiennes, ces imbattables en cuisine
Ndeye Dieumb Ngom« Thieboudieune » Ndar la fek baax » (le riz au poisson est une spécialité saint-louisienne). Les gens d’ici ont le secret de sa préparation. Longuement affiné, rougi à la tomate, de saveur délicate et très épicé avec des aromes flagrants et bien typés, ce mets est un délice. Il doit son originalité au respect de règles rigoureuses.

« Pour faire un « thieboudieune » digne de Penda Mbaye, il faut d’abord savoir faire le marché ». Ces propos sont de Ndèye Dieumb Ngom. Agée de 55 ans, cette femme de Saint-Louis, très connue des fonctionnaires en poste ou en mission dans la capitale du Nord, est une spécialiste de notre plat national. Ndèye Dieumb Ngom est la fille de la célèbre Adja Nancy Niang, la première à ouvrir un restaurant à Saint-Louis en 1951. « Ma mère, née en 1933 et rappelée à Dieu le 25 juillet 2016, n’a pas connu Penda Mbaye, l’inventrice du « thieboudieune », mais elle le préparait bien », a dit notre interlocutrice qui nous en a bouché un coin et même plusieurs.

Sa première leçon est celle-ci : « Thieboudieune dou waaxu day daagu » (La préparation du « thieboudieune » demande du temps). Vous autres non Saint-Louisiennes, ne faites donc plus comme si vous preniez un ticket de métro, c’est-à-dire du « vite fait », quoi ! Deuxième leçon : « Bagn di taalaale dieune, waaye diko diigël » (Ne plus frire le poisson, mais l’ajouter en pleine cuisson. Là, vous êtes sur la voie de réussir un plat plein de saveurs. Troisième leçon : « Thieboudieune, ken duko yak ci palat, ken duko leekee kuddu » (On ne sert pas le « thieboudieune » dans un plateau et on ne mange pas le « thieboudieune » avec une cuillère). Alors, respectons le rite : asseyons-nous autour d’une grande assiette et plongeons la main. Bon appétit !

Espèces nobles
Le « thieboudieune » à la Penda Mbaye doit aussi son originalité au respect d’une autre règle essentielle : le choix du poisson. Les espèces nobles comme les « thiof », « kothie », « warangal », « bërr », « deem », etc. sont les plus indiquées », nous dit Mme Rokhaya Mbaye, une habitante de Guet Ndar qui, avec un groupe d’amies, revenait du marché. Dans le panier de ces ménagères, ces ingrédients : riz local, poisson noble frais, « guedj » (poisson salé et séché), tomate concentrée, tomate fraîche, huile d’arachide, « yeet » (cymbium), piment rouge, sel, poivre, carotte, navet, manioc, chou, aubergine, oignon, ail, persil, etc. Pas un seul des bouillons vantés à travers des spots publicitaires n’a été acheté. « On n’a pas besoin de bouillon pour faire un bon « thieboudieune », nous les élèves et héritières de Penda Mbaye », disent en chœur Mmes Aminata Mbaye, Astou Lô et Astou Diop Guèye.

Vos deux serviteurs ont vu que, signe des temps, les Mbaye, Mboup, Samb, Cissé, Touré et Wade, mais aussi les Sow, Sy et Sall, mangent le « thieboudieune » avec la cuillère. Non, chers cousins à plaisanterie, c’est avec la main qu’il faut le faire. S’il vous plaît, pas les deux mains. Seulement, la main droite. Qu’il vous plaise, en respectant les rites, de retourner à ce plat mythique tout le sérieux qu’a demandé sa préparation. L’on doit être maître dans l’art de manger du « thieboudieune ».

A la main, de préférence
Il faut, d’abord, se laver proprement les deux mains. Mais, pas jusqu’aux coudes, chers cousins à plaisanterie. Ensuite, on s’essuie les mains. Et l’on attend la cuisinière arroser le plat avec du « niekh » (sauce relevée de tamarin). C’est après cela que le chef de famille, avec un retentissant « Bissimilah », donne le coup d’envoi. Alors, commencent les choses sérieuses. On plonge la main pour « convoquer » le gratin (khogne », les différents légumes, le cymbium et le poisson avant de rouler le tout, avec du riz, en boule (dank). Mettez dans la bouche et mâchez tout doucement. Quelle sensation exquise dans votre palais ! La succulence de cette bouchée nourrit votre fierté d’appartenir au peuple sénégalais qui a fait du « thieboudieune » une marque déposée. Ce mets est l’expression même du savoir-faire de la femme sénégalaise, elle-même subtile, raffinée, douce et. savoureuse. Gloire à cette dame qui fait le marché. De retour à la maison, elle écaille et coupe le poisson, prépare la farce (roof) en pilant dans un petit mortier (toukh) oignons, persil, ail, piment, poivre, le tout assaisonné de sel.

Elle pique chaque morceau de poisson et introduit du « roof ». Dans une marmite, l’huile est en train de chauffer. Elle y verse des oignons coupés en petits morceaux, la tomate concentrée délayée dans un peu d’eau et porte à ébullition. Quelques minutes après, elle ajoute les légumes déjà épluchés entiers ou coupés selon leur grosseur, ainsi que le poisson séché et le cymbium. Elle recouvre d’eau, met du sel, du piment et laisse mijoter à couvert pendant des minutes. C’est ensuite qu’elle ajoute le poisson frais et laisse continuer la cuisson à feu doux. Voilà l’essentiel.

Plus tard, c’est sur une table dans un salon, une natte dans la cour d’une concession ou à l’intérieur d’un restaurant que le mets est présenté. Une merveille ! Le plat est richement décoré. On ne se fait pas prier. En effet, le « thieboudieune » exerce un attrait sur son connaisseur. Et vite, il se lave les mains et mange. Son appréciation : « C’est bon ! C’est même très bon ! ». Sa préparatrice est souvent fière et ravie d’avoir réussi un bon plat. Devant un tel repas, servi par une ravissante créature de teint clair ou noir, voire café au lait, on se régale plus que de raison. Et last but not least, on se saisit du « mathiaat » (jus de cuisson dans la saucière). Là, s’il vous plaît, agitez délicatement la tête du poisson et dégustez ce qui en sort. Vous nous en direz des nouvelles.

C’est tout cela le « thieboudieune ». C’est une gourmandise accompagnée d’un rite immuable (manger à la main) que tend à changer une modernité qui n’a pas sa place ici. C’est donc une culture, un art, un mode de vie. D’ailleurs, nombreux sont les chefs de familles qui exigent ce plat à chaque déjeuner. Et ces « borom kër » (époux) gavés par l’auteure d’un « thieboudieune » à la Penda Mbaye prononcent un retentissant « diaraw lak » (merci de tout cœur) pour marquer leur appréciation. Et la maîtresse des céans, tout heureuse et sourire aux lèvres, souhaite à l’homme repu un « na rees ak diam » (bonne digestion).

Par Cheikh Aliou AMATH, Abdoulaye DIALLO (textes) et Mbacké BÂ (photos)

Last modified on vendredi, 24 février 2017 15:24

Ligeeyundey…

24 Fév 2017
476 times

Moi, membre de la lie de ma race, être répugnant qui détrousse le quidam et l’intime, ivrogne qui souille les chairs encore « pâles » et innocentes et croupit dans une bienheureuse oisiveté…ma mère était une femme valeureuse, prévenante et pieuse. Elle était plus qu’une génitrice. Mon père l’en a remerciée lors de ses funérailles. Celle qui m’a donné la vie et entretenu du mieux qu’elle pouvait se levait bien avant l’aurore pour s’occuper de son petit commerce au marché afin que la faim ne s’emparât de sa progéniture. Elle a dû se battre pour que nous allions, mon frère, ma sœur et moi, à l’école comme tous les mômes même si nous empestions la salle de classe de « pain thon », même si nos défroques nous distinguaient des « fils de… » en quête d’émergence. Nous étions déjà bien heureux de suivre la cadence journalière de nos copains. Pour nos cartables, nous saurons attendre. Le frère de maman avait promis de nous en acheter mais elle était trop fière pour le lui rappeler. Elle préférait faire quelques économies au détriment quelquefois de sa santé de plus en plus fragile. Cela prenait souvent du temps mais elle remplissait toujours ses engagements.Illettrée, fille du village condamnée aux durs labeurs champêtre et domestique, elle a su envisager un avenir moins inconfortable pour sa descendance. Libre à celle-ci de semer des graines dans les sillons ou de compromettre le devenir que l’ascendante escomptait pour eux.

Jeunes enfants, nous ne nous sommes jamais souciés de son bonheur. Ma mère ne nous en a jamais fait grief ou montré un signe de lassitude. Nous l’abreuvions de privations. Elle, qui n’a jamais eu le temps de savourer les délices de la vie, guettait continuellement nos sourires et nous accablait de ses prévenances. La seule fois qu’elle a levé la main sur mon jeune frère (son chouchou), c’est quand celui-ci a demandé à un visiteur de lui acheter un ballon de baudruche. Sa « débrouille » quotidienne et routinière, qui nous installait dans la dignité, nous en avions honte. Nous étions les fils de la pauvre vendeuse de légumes et de temps à autres, lavandière des souillures des patriciens. Nous nous enfermions dans un dilemme. Nous étions atteints dans notre orgueil et, en même temps, obligés de le mater au moment de nous remplir la panse. Insouciantes créatures, nous rechignions à l’accompagner au marché où elle se plaisait à nous présenter fièrement à son groupement de bûcheuses. Elles avaient constitué une tontine qui leur permettait parfois d’entrevoir la lueur vacillante de l’espoir. Celui qu’elle entretenait pour ses enfants la projetait dans un univers où s’évanouissaient ses aspirations individuelles et légitimes. Elle avait fait le choix de fabriquer un destin moins impitoyable que le sien à ses enfants, d’être une mère au service de leur bien-être et une épouse qui vivait dignement, et sans geindre, l’écœurante apathie de son mari. Nous avons grandi. Le plus chanceux d’entre nous, mon jeune frère, vivote avec sa femme grâce sa petite paye de concierge. Après une longue maladie, ma sœur est décédée. La société des « dons filmés et rabâchés » n’a pas répondu à ses sollicitations.

La mère plus que le père
Moi, l’aîné, le raté sans le sou, je noie ma colère injustifiée dans l’alcool. Le souvenir de ma mère me supplicie. Son absence est mon plus grand réconfort. Elle se serait apitoyée sur son propre sort. Car, sous nos cieux, le fils inconsidéré, désœuvré, tire-au-flanc…est plus un boulet pour la mère que pour le père, une malédiction pour elle davantage que pour le descendant lui-même quels que soient les sacrifices consentis. Je suis donc victime de celle qui a tout sacrifié, même sa vie, pour me rendre heureux ! Suprême absurdité.
Il y a beaucoup de femmes dans la société sénégalaise qui déploient des efforts considérables pour accompagner leurs progénitures (Il ne s’agit en effet que d’une « escorte » précautionneuse) dans ce que nous concevons comme ascension sociale. Il incombe, à ces dernières, de prendre leur cheminement pour se fabriquer un destin. Après accomplissement, on remerciera notre mère de sa prévenance (sans forcément entonner la ritournelle populaire « magui guereum sama yaay ») ou lui pardonnera son étourderie. Le destin se sera déjà accompli par notre propre abnégation. Ou par la volonté du Seigneur pour les croyants. Ce sont ces derniers, éloquents paradoxe, qui imputent le plus souvent le sort destiné à l’enfant à la bonne ou mauvaise tenue de la génitrice.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Certaines personnes ne sont pas taillées pour une vie faite de routine et de calme. C’est le cas d’Abdoulaye Diallo, fondateur de la maison d’édition Harmattan Sénégal. Gérer une entreprise et être un bon père qui se réveille le matin pour s’occuper de sa famille, ça remplit bien les journées. Ce n’est pas assez pour un professeur d’université qui, entre la recherche et les cérémonies de dédicaces de livres, travaille toujours à donner plus d’amplitude à son occupation d’éditeur.

Dans son boubou prêt-du-corps à deux pièces qui ne le gène guère dans ses déplacements, il explore tous les recoins de l’entreprise pour nous la faire visiter. Une petite réorganisation avec l’arrivée d’un nouveau matériel d’impression. Les éditions se trouvent désormais au quatrième étage laissant la grande salle du rez-de-chaussée à l’imprimerie. L’harmattan s’est associé à deux autres partenaires pour se lancer dans l’impression à la demande avec un investissement initial de trois cents millions. « On a la possibilité, aujourd’hui, de faire un livre, un seul, au lieu d’en imprimer cinq cents, avec la même qualité que ceux qui sont faits en France. Cela veut dire que chaque livre imprimé est une œuvre déjà vendue », renseigne le doctorant en histoire moderne et contemporaine qui, à l'avenir, pourra contourner le grand stock de livres invendus. Mutation d’une entreprise qui s’est adaptée aux avancées technologiques pour satisfaire la demande dans un pays où aller en librairie n’est pas dans la culture des apprenants, en dehors des rentrées scolaires et universitaires. En effet, tous les ouvrages en vente dans les rayons de la librairie de l’Harmattan sont également disponibles en version électronique.

Devant la porte de son bureau qui donne sur un petit couloir pas bien éclairé, un monsieur d’un âge mûr attend. Venu pour déposer un livre à compte d’auteur, il ne pourra pas bénéficier des apports de ce nouveau matériel technique. Sans informatique et sciences du numérique ni aucune norme éditoriale, l’ouvrage ne sera pas imprimé.

De Point E à Amitié, son siège actuel, le parcours d’Harmattan Sénégal et de son fondateur n’a pas été un long fleuve tranquille. De la « censure bleue » des œuvres d’une génération d’écrivains récalcitrants assoiffés d’une seconde alternance à la cherté de l’édition en passant par la difficulté de percer le marché des manuels scolaires, la plupart de ses publications avaient fait les frais d’un régime hostile à la critique. A chaque période, ses difficultés, ses défis, ses contradictions mais aussi ses passionnés et ses résistants. Il y avait cru et y croit encore. La vie d’Abdoulaye Diallo est un combat pour la promotion du livre.

Un féru du livre
S’il n’est pas littéraire par sa formation initiale, il n’en est pas moins un amoureux du livre. Abdoulaye Diallo est un historien dans l’univers des bouquins. De la littérature. Un amour qui date des années de lycée et qui avait pris forme entre les meubles de bibliothèques à étagères du centre culturel français. Et il l’a nourri aujourd’hui, par le biais de la maison d’édition Harmattan Sénégal qui, selon lui, n’est point une filiale française. Sinon une société de droit sénégalais avec des actionnaires à majorité sénégalaise. Fondée en 2009, elle s’est enrichie de nouvelles collections avec un rythme de parution prolifique. En effet, l’enseignant-chercheur s’est attaché à l’idée de donner forme aux travaux de ses pairs et aux intellectuels à l’imagination fertile. Une idée qu’il a nourrie depuis l’université. Étudiant indocile qui ne buvait pas les paroles d’un brillant professeur, il a été choqué de voir un certain M. Admaillou remettre en cause toutes les théories qu’il avait apprises. Etaient-elles des hypothèses de recherche ou des savoirs déjà avérés ? Un nihiliste lui avait répondu en ces termes : « Jeune homme ! Je comprends votre question qui ne me surprend guère. Avant de faire ce cours, j’ai fait le tour de vos bibliothèques et je me suis rendu compte que vous travaillez sur la base d’une documentation qui n’est plus d’actualité. En France, elle n’est plus enseignée depuis longtemps », avait-il laissé entendre. Un vrai choc émotionnel au sortir duquel il avait décidé d’aller à la quête du savoir, surtout documentaire. Au beau milieu de Paris l’année suivante, il se redécouvre. A la main, une bibliographie dont il fallait s’imprégner. Sur cette dernière, soixante pour cent des ouvrages étaient écrits par les professeurs qu’ils avaient en face de lui. Alors que chez lui, deux ou trois de ses enseignants étaient les seuls à publier un livre. Pour cette Afrique des chercheurs qui cherchent sans les publier à grande échelle, il voulait donner un coup de pouce pour mettre à jour leurs travaux.

Aventure éditoriale
De passage à l’Harmattan de France, pour se former au métier du livre, une passion pour lui, il avait fini responsable du département Afrique de la maison d’édition L’Harmattan en 2006, plus particulièrement au service fabrication. Parti avec l’idée de faire quelque chose dans le livre pour son pays, le petit démissionnaire d’un poste en France était à la recherche d’une voie dans l’édition africaine, en particulier sénégalaise. Avec l’idée de création d’une maison d’édition nationale voire sous régionale, ce Sénégalais d’origine guinéenne avait bénéficié du fond de la librairie de la maison mère et d’un prêt pour voler de ses propres ailes. Avec le soutien d’intellectuels locaux comme le professeur Ousmane Sène du Warc, il n’a pas été seul dans cette aventure éditoriale.

A quarante et un an avec une grande expérience dans le domaine, le directeur de la maison d’édition Harmattan Sénégal, Abdoulaye Diallo peine encore à percer le marché des manuels scolaires. Un nouveau défi qu’il compte relever avec l’aide des autorités compétentes. « C’est avec les manuels scolaires qu’on aurait pu vendre les livres à des tarifs très abordables. Nous faisons de bons livres mais ils sont chers. En effet, l’Etat doit permettre aux éditeurs d’imprimer et d’éditer des livres à bas prix. A l’harmattan, si l’on avait des manuels scolaires d’un ou deux titres, ce serait un marché à milliards », se désole-t-il.

Diplômé de la galère
En un jour de février 2008, il avait publié « Les diplômes de la galère : de l’Afrique à la jungle française ». Un témoignage brûlant, poignant et drôle à l’endroit de tous les élèves et étudiants appelés à poursuivre leurs études en France. Dans la peau de Bouba, un étudiant sénégalais qui, arrivé à Paris après un véritable parcours du combattant, a compris que la France dont il a tant rêvé n'existait qu'en Afrique et dans la tête des Africains. Paris, la ville pour qui le savoir a de la valeur, l’avait pris dans ses bras mais l’homme de Paris raciste et parfois injuste l’avait plongé dans un inconfort. Après avoir soutenu son mémoire de DEA, il était sorti major de sa promotion. Avec une seule bourse qui, de fait, lui revenait, il doit faire face à la discrimination de son école doctorale qui en décide autrement en l’octroyant à un fils du pays. Il ne supporte pas cette injustice et refuse d’entamer les travaux pour la réalisation de sa thèse. Plongé dans une éternelle lecture, il tombe sur une œuvre de Natalie Zemon Davis, historienne américaine d’origine juive intitulée « Women on margins », un ouvrage qui lui rappelle son propre parcours. Tombé sous le charme de cette femme à qui l’Amérique xénophobe et discriminatoire n’a rien offert, il décide de reprendre ses études. Son amour pour la lecture a, en effet, porté ses fruits. Travaillant tantôt comme agent de propreté dans les cinémas tantôt comme manutentionnaire, il sert au bout de trois ans son dernier repas doctoral qui, selon les membres du jury, était consistant.

Enseignant aujourd’hui l’histoire politique, moderne et contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il est aussi le concepteur du « monde des livres », une émission pour et par les intellectuels qui vise à redonner au livre sa place dans le paysage médiatique qui met plus l’accent sur les débats politiques voire politiciens.

Marame Coumba Seck

Mieux vaut prévenir que guérir… Les intoxications alimentaires peuvent être évitées à condition de respecter quelques précautions d’usage. Voici quelles sont les principales.

Les intoxications alimentaires font suite à l’ingestion involontaire de bactéries, toxines, parasites ou virus via une alimentation ou des boissons contaminées. La contamination a lieu durant la culture, la récolte, le traitement, le stockage et surtout la préparation.

Les intoxications alimentaires sont en général peu graves et ne nécessitent pas de traitement particulier mais certaines peuvent être mortelles.

Comment se manifestent-elles ?
Nausées, vomissements, crampes abdominales, fièvre, maux de tête et diarrhée sont les symptômes les plus récurrents de l’intoxication alimentaire. Ils apparaissent quelques heures ou quelques jours après l’intoxication et durent moins d’une semaine.

Les intoxications alimentaires causées par des neurotoxines (champignons, fruits de mer) sont les plus virulentes car elles influent sur le système nerveux central : paralysie, salivation excessive, confusion mentale, douleur au visage, éruption cutanée, sudation, vertiges, voire coma, peuvent survenir.

Personnes à risque
Certaines personnes sont plus susceptibles de faire des intoxications alimentaires que d’autres.
C’est notamment le cas des personnes âgées, des femmes enceintes, des nourrissons, des enfants, des malades chroniques (diabète, maladie du foie, maladie auto-immune) et de manière générale, tout individu ayant un système immunitaire affaibli.

1. Ne pas briser la chaîne du froid
Les intoxications alimentaires les plus courantes sont celles causées par les bactéries et sont directement liées aux modes de conservation et de préparation des aliments. Parmi les bactéries les plus connues, on retrouve la Salmonella, l’Escherichia coli, la Shigella, le Staphylococcus, le Campylobacter et le Clostridium perfringens.

Pour éviter la prolifération de bactéries, quelques précautions sont à prendre au quotidien. Lors des courses, les aliments frais seront pris en dernier et ne seront pas laissés hors du frigo trop longtemps.

De même, lors de la préparation des repas, les ingrédients seront sortis au fur et à mesure du frigo pour ne pas être exposés à la chaleur, ce qui favorise le développement bactérien.

2. Bien laver ses fruits et légumes
Des parasites comme le Giardia lamblia peuvent causer une intoxication alimentaire quand ils sont présents dans les fruits et légumes frais via la terre cultivée. C’est pourquoi il est recommandé de bien laver ses fruits et légumes, même s’ils sont bios.

Pour les laver correctement, faites-les tremper dans du vinaigre blanc puis munissez-vous d’une brosse douce pour les brosser sans les abîmer avant de les rincer à l’eau et de bien les sécher à l’aide d’un torchon ou de papier absorbant.

3. Bien cuire ses aliments
Une cuisson insuffisante des viandes, des œufs, des poissons, des produits laitiers, des crèmes, de tartes à la crème favorisent la prolifération des bactéries.
En outre, certains virus, dus à des produits agricoles, peuvent causer une intoxication alimentaire s’ils sont consommés crus ou après une cuisson insuffisante.
Les bactéries et virus résistent mal à des températures élevées. Bien cuire ses aliments offre ainsi une protection contre les intoxications alimentaires.

4. Vérifier la comestibilité des aliments
Les intoxications alimentaires peuvent également provenir de la consommation d’aliments qui ne sont pas comestibles, c’est le cas par exemple des champignons.
Les champignons vénéneux et non vénéneux se ressemblent beaucoup. Idem pour les plantes, les baies, etc. En cas de cueillette sauvage, allez systématiquement présenter votre récolte dans une pharmacie avant toute consommation.

5. Jeter les bouteilles d’eau entamées depuis longtemps
L'eau en bouteille contient des bactéries, a fortiori si on boit directement au goulot et/ou si on réutilise sa bouteille. Il a été prouvé qu’une bouteille d’eau réutilisée contenait 20 fois plus de bactéries que la gamelle d’un chien…

Se servir de l’eau dans un verre et ne pas la réutiliser permet d’éviter le développement des germes. Toutefois, même sans boire à la bouteille, la numération bactérienne de l'eau en bouteilles augmente fortement après 6 semaines si elle n’est pas conservée au frigo.

Si le traitement à l’ozone des bouteilles d'eau empêche l’intoxication alimentaire, mieux vaut cependant les réfrigérer après ouverture au cas où des bactéries pathogènes y auraient été réintroduites lors de l'ouverture.

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.