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Soleil Grand Air (478)

L’apparence est trompeuse, dit l’adage. Maël Thiam, premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en est peut-être une illustration. Derrière le discours politique de l’administrateur de l’Alliance pour la République (Apr), se cache un homme au parcours atypique. Découverte !

Au fil des ans, l’homme s’est forgé une carrière et une réputation honorable dans le microcosme des affaires. D’autant qu’il a eu à entreprendre dans divers domaines. Il est donc avant tout un commercial dans l’âme. Justement, les hommes d’affaires trainent la bonne réputation d’être à cheval sur le temps. Ne dit-on pas que le temps c’est de l’argent ? Seulement, entre le monde des affaires et celui de la politique, il suffit de franchir un pas. Ce pas, Maël Thaim l’a bien franchi. Pour autant, ses rendez-vous ne sont pas minutés. Il a fallu attendre plus que le temps convenu, pour enfin lui mettre la main dessus, « retenu » qu’il était, par d’exigeants camarades de parti. Faute de frappe, habitude….allez savoir ! Courtois, mais ferme, il nous conduit doucement, après avoir pris connaissance de notre identité, vers son bureau sis à la Vdn, plus exactement au siège du parti Alliance pour la République (Apr). C’est que Maël Thiam est l’administrateur du parti au pouvoir. Il est également premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Ce mercredi, il est habillé en boubou traditionnel aux couleurs de son parti. Pure coïncidence ?

Maël Thaim est né en 1962 à Louga. Il y passe une petite partie de son enfance. Nous sommes en 1964 lorsque sa famille déménage à Pikine, soit deux ans après sa naissance. C’est à Pikine qu’il fera tout son cursus primaire. A tour de rôle, il va habiter dans différents quartiers de la banlieue dakaroise, d’abord Thiaroye ensuite à Guinaw Rail. En classe de Cm2, le jeune Maël se présente au concours, pour intégrer le prytanée militaire. Il le réussit et y effectuera tout son parcours secondaire, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, dans cette prestigieuse école où les plus doués étaient sélectionnés, pour y recevoir un enseignement de qualité, doublé de la rigueur militaire. Cette approche en dit long. En effet, il rappelle n’être jamais sorti du lot des premiers en classe. « La raison est la chose la mieux partagée et l’intelligence n’a pas de frontières », dit-il, mettant en touche ce préjugé qui voudrait que les meilleurs soient issus ailleurs, qu’en banlieue. Au prytanée militaire déjà, il se souvient avoir très tôt développé un leadership naturel. Alors qu’il était en classe de troisième secondaire, le petit Maël se voit confier « l’honorable tâche » de coordonner les activités scolaires, d’ordre sportif ou culturel. Dans ce cadre, il était également chargé de diriger même les élèves de terminale, qui se trouvent être ses aînés.

«Au prytanée militaire, les élèves sont soumis à un régime stricte. Ce qui installe un climat de rigueur et d’organisation, où tout est minutieusement calculé. Tout le monde était tenu de se conformer au règlement et à la hiérarchie. En plus des cours classiques, les élèves suivaient une formation militaire : manipulation des armes avec le montage et le démontage, du tir, la topographie, le combat. Tout ceci était évalué dans le cadre d’examen », se rappelle-t-il. Cette approche militaire va forcement faire naître des tentations. Il se rappelle ainsi avoir, en un moment voulu, s’engager comme militaire dans l’armée de l’air. Ce vœu ne s’est malheureusement pas réalisé.

Un footballeur passionné
Maël est un homme multifacettes. Il fut un footballeur passionné du ballon rond. Cet amour l’amènera notamment à jouer aux Navétanes à Pikine. Après l’obtention de son baccalauréat en série C (S1) avec mention Bien, il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Toutefois, précise-t-il, l’Ucad n’a jamais figuré parmi ses plans d’études supérieures. D’ailleurs, se rappelle-t-il, il avait passé un concours pour aller boucler ses études en Allemagne. Concours, qu’il dit avoir réussi avec brio. Et curieusement, lorsqu’il a fallu recevoir la bourse, son nom ne figurait plus sur la liste définitive. Il va à la place « sans en avoir fait la demande gratuitement recevoir une bourse à l’Université de Dakar ». Il choisit la filière Médecine-Pharmacie. Il suivra des cours deux ans durant à l’Ucad. Ensuite, il se rend en France. Pour la petite histoire, c’est feu le Khalife général des Tidianes Serigne Mansour Sy Borom Darra-Ji qui va lui payer son billet, pour le voyage en France. Il se chargera également de son hébergement une fois sur place. Là, le jeune Maël suit des études en Sciences économiques jusqu’au troisième cycle. Après les études, il ouvre son propre cabinet. Au passage, il s’adonnera régulièrement au football, en première série. Ce qui lui permettra de gagner quelques revenus dans sa passion. Ensuite, il passe l’examen du diplôme d’entraîneur. M. Maël Thiam dispose, en effet, du diplôme de reconnaissance d’entraîneur délivré par la Fédération française de football (Fff). D’ailleurs, il sera entraîneur de l’As Durban. Il se rappelle avoir, dans ce cadre, joué contre Marseille, St Étienne, Monaco. Il sera ensuite désigné comme sélectionneur du Sporting Lyonnais dans le cadre d’un tournoi international à Orléans. Il sera, par la suite, coopter par un autre club comme entraîneur général et qui avait l’ambition de monter en division supérieure. En même temps, il avait un cabinet de consultance en finance, un restaurant et un institut de beauté. Par ailleurs, il était membre de Sos racisme, responsable de la commission Anti Le Pen. Il se rappelle que ce poste lui a valu beaucoup de débats télévisés en France. Fodé Sylla viendra plus tard. Des moments d’âpres luttes qui ont laissé des séquelles, mêmes physiques, précise-t-il.

Le retour au bercail
Dans le cabinet où il était associé avec un certain François Le Roux, ancien banquier du Crédit agricole, ensemble, ils vendront beaucoup de produits financiers tels que la loi Malraux, la loi Ponce ou la loi Menuri, se souvient-il. En 1998, il décide de revenir au Sénégal. Les autorités de l’époque lui demandent alors de réfléchir sur la reconversion des anciens militaires. Il va, dans ce cadre, rédiger un programme qui était ancré dans une nouvelle association, à l’effet d’intégrer les jeunes qui ont fait deux ans dans l’armée, avant de se retrouver dans le civil. Le programme va d’ailleurs être muté en société.

En 2000, Me Abdoulaye Wade est élu président de la République du Sénégal. Ce dernier lui demande, dit-il, en présence de Sidy Kounta et d’Idrissa Seck, de « l’aider à démanteler le Parti socialiste qui venait tout juste de perdre le pouvoir ». Il refuse la mission consistant à ruiner le Ps, parce que, dit-il, il n’a jamais été membre de ce parti, donc n’ayant pas suffisamment d’arguments pour le détruire. En plus de cette mission, d’autres lui seront confiées, parmi celle-ci « travailler sur l’image du président de la République nouvellement élu ». La rupture est intervenue lorsque, dit-il, Me Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, lui demanda d’adhérer complètement au Pds. Ce qu’il refusa.

Alors, il ira au Burkina pour y développer ses activités professionnelles. Sur place, il trouve un pays essentiellement tourné vers la culture bureaucratique. « A l’époque, il n’y avait pas 2.000 entreprises au Burkina. Il fallait mettre en place une stratégie pour booster l’entreprenariat », souligne-t-il. Il mettra au point un institut de formation professionnelle en entreprenariat au Burkina. Titillé très tôt par « la volonté d’être différent », il va très vite taper dans l’œil de ses camardes de parti. « Maël est un sanguin qui peut suffoquer de colères quand on le pousse à bout. Mais, c’est aussi un affectif qui sait communiquer avec tout un chacun. Il a cette capacité d’écoute qui lui a permis de conquérir la sympathie d’une multitude de personnes. C’est un cadet qui sait se comporter en grand frère, quand il s’agit de prodiguer des conseils et autres », témoigne un de ses camardes de parti qui préfère garder l’anonymat. C’est en décembre 2008, sur demande de l’homme d’affaires Harouna Dia, qu’il décide de venir soutenir le candidat Macky Sall. Ce compagnonnage les mènera jusqu’à la conquête du pouvoir. Aujourd’hui encore, c’est lui l’administrateur de l’Apr.

Par Oumar BA

Le kit solaire, développé par la société kényane M-Kopa, permet d’apporter suffisamment de lumière pour allumer trois ampoules et alimenter un chargeur de téléphone. De quoi se sentir en sécurité et permettre à ses enfants d’étudier.

C’est écrit sans détour sur le site, en rouge sur fond noir : la société spécialisée dans l’éclairage solaire embauche. Chef des ventes, développeur, ingénieur… En ligne, près d’une quinzaine de postes sont à pourvoir chez M-Kopa, la majorité à temps plein. La start-up, qui a réalisé, en février, sa quatrième levée de fonds à hauteur de 12,4 millions de dollars, connaît une belle accélération.

« Chaque jour, 500 maisons de plus en Afrique sont éclairées par nos soins », explique Jesse Moore, directeur et cofondateur de l’entreprise. De nouvelles installations qui se rajoutent aux 150 000 foyers déjà équipés dans l’Est africain. Le principe de cette offre écologique ? Un capteur solaire individuel est installé dans chaque foyer moyennant 35 dollars, puis le client s’acquitte de 43 cents par jour sur une durée d’un an.

Ce paiement quotidien se fait par téléphone portable interposé, en utilisant, par exemple, les services financiers de la société kényane M-Pesa, structure totalement indépendante et qui rassemble plus de 12 millions de consommateurs.

« Réduction des risques de feu »
Depuis son lancement en 2012, M-Kopa a enregistré plus de 3 millions de microtransactions. Ces sommes versées quotidiennement permettent à chaque maison cliente d’être éclairée de trois ampoules (deux murales et une mobile). Le foyer dispose également d’une alimentation pour un chargeur de téléphone et d’une radio solaire qui complète ce kit familial. Le marché potentiel est gigantesque : rien qu’au Kenya, près de 30 millions de personnes n’ont pas accès au réseau électrique et utilisent des lampes à kérosène pour un budget de l’ordre de 200 dollars par an.

Au fil des mois, le succès de l’entreprise s’est forgé sur le bouche-à-oreille. « Nos clients affirment à hauteur de 92 % que les résultats scolaires de leurs enfants ont progressé après notre installation, note Jesse Moore. La même proportion affirme également se sentir plus en sécurité la nuit, le système solaire réduisant logiquement les risques de feu et de brûlure. »

L’entreprise, qui emploie 500 salariés au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie et utilise les services de 1 000 agents de terrain, a récolté de nombreux prix internationaux : de l’Américain Bloomberg New Energy Finance Award en 2014, au Zayed Future Energy Prize décerné en janvier 2015 par les Emirats arabes unis. D’ici à trois ans, M-Kopa annonce vouloir embaucher 500 personnes supplémentaires et 2.000 nouveaux agents. Son objectif affiché ? Eclairer un million d’habitations d’ici à 2018.

Lemondeafrique

Elle a à peine 35 ans et le monde littéraire parisien est à ses pieds. Le premier roman de Leïla Slimani, «Dans le jardin de l’ogre», concourrait déjà pour le prix de Flore. Son second ouvrage, «Chanson douce», a tout simplement obtenu le plus connu des grands prix français, le Goncourt. Une surprise sans en être une. Au petit jeu des pronostics, beaucoup sacraient déjà Yasmina Reza, Adélaïde de Clermont-Tonnerre ou Ivan Jablonka, qui se sont tout trois vu décerner les autres grandes récompenses de l’année (respectivement le Renaudot, le grand prix de l’Académie française et le Médicis). Leïla Slimani faisait figure d’outsider, mais, à l’instar du jeune Gaël Faye (qui a eu, lui, le prix du Roman Fnac), cette Franco-marocaine était toujours dans la course. Le jury a fini par la choisir à six voix contre deux pour Gaël Faye et son «Petit pays».

«Chanson douce» avait tous les atouts pour l’emporter. «Le bébé est mort.» Ainsi débute ce livre, qui se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme une analyse implacable sur les rapports de domination et sur la misère sociale qui en découle. Le bébé en question et sa grande sœur ont été assassinés par leur nourrice, Louise. Peu à peu, au fil des pages, Leïla Slimani dévoile les motivations profondes, la colère, la haine accumulée par cette nounou en apparence dévouée, discrète, volontaire. Une «perle» dont le lecteur peine à comprendre l’acte qu’elle a commis. Il y verra plus clair après les 240 pages d’un roman tendu, à la limite du malaise.

Exploratrice des noirceurs de l’âme humaine
Leïla Slimani est partie à la recherche du moment de bascule, ce trouble qui pousse une personne à un acte dont on l’a pensait incapable. Avec son premier roman («Dans le jardin de l’ogre» qui a pour thème la nymphomanie féminine), l’auteure avait déjà montré son appétence pour les zones grises, celles qu’on préférerait ignorer. Dans «Chanson douce», elle prend le temps de détailler l’ampleur de la tragédie, les raisons du passage à l’acte. Son style est toutefois précis, direct. La Franco-marocaine ne se perd pas en considérations psychologiques et livre un roman plutôt dense, sur le plan narratif, qui rappelle «Le journal d’une femme de chambre», un roman d’Octave Mirbeau maintes fois transposé au théâtre (et récemment adapté au cinéma avec Léa Seydoux et Vincent Lindon).

Le Goncourt permet à la jeune femme d’entrer dans la cour des grands. Un double honneur tant le prix consacre plus souvent des personnes plus âgées et des hommes. «Je ne m’y attendais pas, je me préparais à ne rien avoir pour ne pas être déçue», a expliqué la jeune romancière à la presse, après être arrivée dans une énorme cohue au restaurant Drouant, où est traditionnellement annoncé ce prix. Elle a dédié sa récompense à ses parents et étreint son compatriote, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, Goncourt en 1987 et juré.

Par Oumar BA

La musique fait partie intégrante de la culture peule et le «hoddu», sorte de luth à quatre cordes longues mélodiques, est l’apanage de leur tradition. Dans le Fouladou, les griots de cette communauté en jouent pour relater l’histoire des dynasties familiales. Et Aliou Djingui Baldé, plus connu sous le nom de «Djenguy Bambaado», fait partie de ces musiciens qui font encore résonner la complainte de cet instrument considéré comme la « pierre angulaire de la tradition orale des Peuls ». À 74 ans passés, il n’est pas encore prêt à ranger son «hoddu» qui lui a tout apporté.

Connue par son caractère pastoral prépondérant, la région de Kolda jouit d’un riche patrimoine culturel. Dans le domaine musical, beaucoup d’instruments dont certains sont encore d’usage interviennent pendant les grands moments du cycle vital de cette communauté. C’est le cas du « hoddu », instrument de musique traditionnelle ancestral et spécifique à la région qui occupe une place de choix dans le patrimoine musical du Fouladou.

Depuis des siècles, le « hoddu » est le fidèle compagnon des griots de cette ethnie pastorale. Autrefois, cet instrument de musique traditionnelle à quatre cordes avec une calebasse recouverte de peau était joué par un bambaado en l’honneur des souverains lorsqu’ils recevaient des hôtes de marque. C’était une occasion pour le griot de faire vibrer les cordes magiques de cet instrument et faire les éloges du roi dans la parfaite maîtrise de la parole et de son arbre généalogique. De nos jours, le hoddu est encore joué, mais assure plutôt une fonction festive.

Rares sont les cérémonies qui se déroulent sans la présence des griots qui sont de véritables icônes locales. Qu’il s’agisse de mariages, de baptêmes ou encore de veillées culturelles et autres fêtes privées, ils sont toujours présents et, grâce à leur virtuosité musicale et leur maîtrise de la parole, ils utilisent le hoddu pour rappeler aux familles le passé glorieux et héroïque de leurs ancêtres.

Un virtuose du « hoddu »
La musique se situe au cœur de la culture peule et le hoddu fait partie des instruments fétiches de cette communauté pastorale. Dans le Fouladou, c’est un héritage jalousement conservé par des Niégnebé dont le plus illustre est sans doute Aliou Djingui Baldé dit «Djenguy Bambaado». À Kolda, ce nom n’est pas méconnu tant cet artiste a pleinement contribué au rayonnement de la culture du Fouladou et particulièrement du « hoddu » qu’il joue avec une très grande virtuosité.

Âgé de 74 ans, « Djenguy Bambaado » ne passe pas inaperçu parce qu’étant l’un des traditionalistes, des transmetteurs de la mémoire collective, dont l’expertise est reconnue par tous. Au quartier Sikilo de Kolda, il n’est guère difficile de retrouver le domicile de ce grand monsieur qui s’est forgé un personnage grâce à son hoddu. Très tôt, le jeune Aliou Djingui Baldé s’intéresse à la musique. Il s’est initié à cet instrument, un héritage familial, à l’âge de 7 ans. Seulement, précise-t-il, ses ancêtres sont restés un siècle sans jouer au hoddu. Jusqu’à ce qu’un de ses oncles du nom de « Diarga Bambaado » le ressuscite sous le règne du roi Bouraïma Sama de Niantandim en Guinée-Bissau.

D’ailleurs, c’est lors de la guerre de libération que beaucoup de Bissau-guinéens, dont ses proches parents et ses nobles, ont fui ce pays voisin pour venir se réfugier au Sénégal, notamment à Kolda. Djenguy Bambaado et sa famille n’ont pas été en reste. Ils ont eux aussi franchi la frontière pour s’établir définitivement à Kolda.
Le don de l’enfant ne fait aucun doute. Et avec son bon doigté, il s’est tracé un chemin, celui de la prospérité. Sa première récompense en espèces, Djenguy Bambaado l’a reçue de sa grand-mère Khady Kousan. Coumbouya fut la première à lui offrir une chèvre et Rassidou le premier à lui donner un grand boubou comme cadeau. Tout cela s’est passé en Guinée-Bissau.

Perfectionnement au Mali
L’art de la parole est un héritage qui se transmet de père en fils, de génération en génération. Mais cela ne suffisait point pour entrer dans la cour des grands. Pour se perfectionner et élargir ses connaissances, le griot se devait de compléter sa formation en séjournant auprès d’autres familles de griots. C’était la règle pour aspirer au rang de maître et « Djenguy Bambaado » n’y a pas dérogé.

Après 7 ans de pratique du métier au Sénégal, il est parti se parfaire au Mali, un pays qui se trouve au croisement de plusieurs cultures et civilisations. Il y séjourna 16 ans. Les huit premières années, il les consacra au perfectionnement de son art et il passa les huit autres années à s’imprégner de l’histoire des royaumes du Sénégal, du Mali et de la Guinée-Bissau. Du Fouta Djallon au Fouladou en passant par le Fouta Toro, l’empire du Mali, Djenguy Bambaado a appris la genèse de ces empires et royaumes, les épopées et faits d’armes guerriers. À force de pratique, il est devenu un véritable maître de la parole, un musicien à la mémoire prodigieusement riche de partitions jamais écrites, mais jalousement bien conservées.

Une fois qu’il a jugé avoir atteint le niveau de connaissance requis, Djenguy Bambaado est revenu au bercail. Et à force de performances, il a réussi à franchir les portes de la gloire grâce à la magie de ses doigts, à sa musique qui l’a amené un peu partout. Outre le Sénégal, « Djenguy Bambaado » a sillonné tous les pays de la sous-région.

Malgré l’influence de la modernité, ce fidèle gardien de la tradition soutient qu’il n’y a aucune différence dans la pratique du hoddu d’hier et d’aujourd’hui. « La seule variable c’est la générosité des uns et des autres, des nobles d’hier et ceux d’aujourd’hui », dit-il.

Dans sa carrière, «Djenguy Bambaado » a formé treize jeunes qui sont devenus des pionniers en matière de hoddu à travers voire dans la sous-région. « Quand ils sont à l’œuvre, les initiés savent que ce sont mes disciples, car je suis un artiste-compositeur. J’ai un style qui m’est propre et je n’ai jamais imité qui que ce soit au cours de ma carrière », affirme-t-il.
«Djenguy Bambaado» prédit un avenir prometteur au hoddu qui, selon lui, se perpétuera avec la quête des origines. « Des artistes qui pratiquent cet instrument traditionnel réussissent et sont parvenus à réaliser beaucoup de choses », explique «Djenguy Bambaado» qui dit entretenir de bons rapports avec les artistes de son temps et ceux de la génération actuelle. D’ailleurs, un de ses fils, Aliou Djingui Bambado, joue la guitare dans le groupe de Baba Maal, le Dandé Lenol.

Malgré tout son talent, «Djenguy Bambaado» n’a pas réussi à mettre sur le marché un produit. À l’image de son cousin et ami, Dialy Sana Seydi, il soutient que l’absence de moyens et de soutiens a freiné son ardeur. Toutefois, il compte bien installer un studio au-dessus de l’étage de son immeuble à Sikilo (la maison où s’est déroulé l’entretien). « Ce projet fait partie de mes ambitions. J’ai les moyens et l’intelligence pour le réaliser », assure-t-il.

Déjà, en 1963, il jouait en solo sur les ondes de Radio Mali, alors qu’il suivait son maître Dialy Baba Cissokho. Ancien animateur à la Rts Kolda, il est aujourd’hui le président de l’Association « Nafooré niénegebé » de la région de Kolda, une structure qui n’arrive pas toujours à réaliser ses ambitions, faute de moyens. Mais «Djenguy Bambaado» mise sur les jeunes membres pour réaliser leurs projets qu’il n’a pas réussi à concrétiser.

La modernisation a certes favorisé l’émergence d’une nouvelle musique urbaine, mais «Djenguy Bambaado »est resté fidèle aux anciennes règles du jeu du hoddu. Il a contribué à révéler au monde les bases de cette belle musique avec des compositions qui maintiennent un caractère typiquement traditionnel. L’artiste reconnaît toutefois qu’il existe une différence entre le hoddu du Fouta et celui du Fouladou. Au nord, soutient-il, les sonorités de cet instrument sont dédiées à des héros qui se sont illustrés par de hauts faits, des gestes de haute portée par le passé. Ces sonorités visent, selon lui, à stimuler le courage, le sens du devoir chez la nouvelle génération. « Quand vous jouez le Garba, tout le monde sait qu’on rend hommage à Yéro Mama. Quant au « Jaaru », c’est Bouba Ardo », fait-il remarquer. Contrairement au Fouta, il est difficile de retrouver une telle spécificité du «hoddu» au Fouladou. Cela fait partie des actes qu’il souhaiterait poser. Il a ainsi appelé les membres de son association « Nafooré niénegebé » à travailler dans ce sens pour composer des sonorités sur la base de cet instrument musical dédiée aux dignes fils et filles du Fouladou qui ont contribué au rayonnement du Fulfuldé d’autant que beaucoup de leurs paroles sont reprises par des artistes voire des guides religieux. « Par ce geste, nous perpétuerons l’œuvre des vaillants fils du Fouladou », souligne-t-il.

Un instrument qui nourrit son homme
Les talents d’orateur de «Djenguy Bambaado» sont indéniables. Artiste dans l’âme, il est resté fidèle aux règles anciennes du jeu du hoddu et a le pouvoir de capter avec sa voix rauque son auditoire. Il sait aussi évoquer avec une rarissime aisance tous les thèmes musicaux. Ces atouts ont fait de lui une personne aimée et admirée dans cette contrée et ailleurs.
«Djenguy Bambaado» qui va bientôt boucler soixante-dix ans de carrière ne s’est jamais essayé à aucun autre métier. Comme la majorité des musiciens du Fouladou, il vit de son art. Son métier lui permet de faire face à ses obligations.

Pour sa subsistance, il ne peut compter que sur son art, et il dépend totalement des cadeaux qui lui sont offerts en échange de ses chants et louanges. Dans certains cas, le griot est invité par les chefs eux-mêmes ou par des personnes riches. Il se déplace souvent pour rendre des visites de courtoisie aux chefs coutumiers qu’il connaît. Pour ses belles paroles lors des cérémonies de mariage, de baptême ou de funérailles, ce périple lui rapporte de l’argent, des habits, des vivres, des chevaux, des moutons, des chèvres, etc.

En 1987, les ressortissants du Boundou vivant en France l’ont invité à venir se produire là-bas. Depuis lors, il fait des allers-retours entre Paris et Dakar. En 1989, il a pris la nationalité portugaise. Les difficultés liées à l’obtention du visa l’ont encouragé à chercher cette nationalité qui lui a beaucoup facilité les déplacements en Europe.

Le hoddu nourrit-il son homme ? Grâce à son art, «Djenguy Bambaado» a réussi à réaliser beaucoup de projets. Il est l’une des fiertés des joueurs de hoddu, des wambabés (pluriel de bambaado).

Grâce à son art, il effectua le pèlerinage à la Mecque, y envoya aussi ses deux parents. Il tient également un « empire » immobilier à Kolda tout comme à Dakar. Aussi, a-t-il réussi à construire une grande mosquée dans son quartier à Sikilo. Une véritable prouesse si l’on sait que rares sont les artistes, notamment des Niégnebés, qui investissent leurs propres moyens dans la réalisation d’édifices religieux de cette envergure. « Le hoddu m’a tout donné. Avec les revenus qu’il m’a procurés, j’ai eu à acheter treize véhicules. Je suis très bien placé pour dire que le hoddu nourrit bien son homme », affirme-t-il. La preuve, l’artiste ne s’est jamais départi de son outil de travail. « Partout où je vais, mon hoddu est à mes côtés », explique ce septuagénaire qui n’a pas encore fini de faire parler de lui. À 74 ans, «Djenguy Bambaado» n’est pas encore prêt à ranger son hoddu. Après cette performance, il s’est engouffré dans son véhicule, destination Guinée-Bissau où il est attendu pour des prestations.

Un devoir de préservation
Avec des virtuoses comme «Djenguy Bambaado» et ses pairs, le hoddu que l’on croyait tombé en désuétude a su survivre. L’instrument connait même un renouveau dans cette partie du pays. Et le mouvement ne semble pas s’essouffler. Pour le directeur du centre culturel régional, le hoddu est l’un des instruments de prédilection de la tradition peule, l’un des éléments du patrimoine culturel immatériel du Fouladou qui doit être préservé et transmis aux générations futures sous un meilleur aspect. « On ne peut promouvoir la culture qu’à travers sa propre langue, les artistes en sont conscients et ont commencé à introduire les sonorités locales. Le nianiérou et le hoddu sont des instruments phares de la musique du Fouladou. Ce sont des instruments qui fédèrent et les musiciens l’ont bien compris », indique Abdoulaye Lamine Baldé. « Quelle que soient l’ethnie à laquelle nous appartenons, quand il y a une fête à Kolda, il y a de fortes chances qu’on rencontre le nianiérou dans ces cérémonies, idem pour le hoddu et la kora. C’est des peuples qui vivent en harmonie et il n’y a pas de distinguo entre Mandingues, Balantes, Mancagnes, Pepels. C’est toute une symbiose, car ils ont presque toujours vécu ensemble », précise M. Baldé. C’est ce qui fait, à son avis, le charme de la Casamance. Le directeur du centre culturel régional déplore cependant la disparition à petit feu du kumu, genre musical traditionnel joué par des cantatrices à l’aide de calebasses renversées dans des bassines d’eau. « Il n’y a pas d’héritières pour ce genre musical et la relève pose souvent problème. Si on n’y prend garde, tous ces instruments vont disparaitre », assure-t-il.

Face à la concurrence de la musique urbaine et avec les jeunes qui s’ouvrent vers d’autres horizons, M. Baldé estime qu’il y a urgence de conserver et de sauvegarder ces instruments de musique traditionnelle. « Il faut assurer la relève et cela pose parfois un réel problème. On a eu à effectuer une tournée de promotion de la diversité culturelle, mais le constat est que rares sont les griots qui apprennent à leurs progénitures le métier de griot ou comment fabriquer certains instruments. On doit les sensibiliser sur la nécessité de préserver et de conserver ces instruments pour éviter qu’ils disparaissent du paysage culturel », soutient-il. Pour le directeur du centre culturel régional, Kolda jouit d’un patrimoine culturel et populaire traditionnel considérable qu’il est nécessaire de rassembler et conserver pour les générations futures, mais aussi pour qu’ils gardent toujours l’estime et la place qui leur revient.

Par Samba Oumar FALL et Souleymane Diam SY (textes)
et Pape SEYDI (photos)

 

Commerce amoureux

10 Avr 2017
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Comment aborde-t-on celle ou celui que l’on veut séduire?? À chaque époque, amants ou soupirants ont inventé toute une diversité de stratégies et de ruses pour se livrer au commerce sexuel ou amoureux. Le coude sur la portière de son 4x4, arborant un sourire ravageur, le dragueur contemporain n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. Il n’est qu’à en juger par l’usage des carrosses et des fiacres depuis la fin du Moyen Âge. Casanova, dans ses confessions érotiques, y narre quelques exploits, quand par exemple il se fait raccompagner dans la voiture d’une jolie femme et lui laisse «?une marque non équivoque de l’ardeur qu’elle [lui] avait inspirée?». On a toujours séduit, conté fleurette, coqueté, racolé, dragué…, l’air du temps y appose sa marque.

Chez nous, le temps n’est plus seulement aux mots doux et aux déclarations enflammées. Foin du temps où l’on parcourait les longues pages du dictionnaire pour dégoter le mot qui fait mouche. Cette courtoisie, ce sentimentalisme hérité du classicisme français doit céder la place à une forme plus triviale où l’argent et les présents sont les plus précieux compagnons des Don Juan des temps présents. La valeur d’un soupirant se mesure de plus en plus à l’opulence qu’il dégage. L’amour est aujourd’hui un mot dont la signification se cherche dans les dictionnaires anciens.

Par Sidy DIOP

Il se définit comme la « bouche de l’Afrique ». Une bouche qui, à l’aide de ses deux mains, est au service de la tradition orale écrite. Ecrivain, conteur et poète, cet homme de lettes compte à son nom plusieurs pièces de théâtre. Entre l’oralité et l’écriture, ce traditionniste se complaint dans le fonctionnement technique des traditions bien qu’il porte la langue française, une de ses passions.

Le soleil qui s’est retiré du côté de la Corniche Ouest laissant la place à un clair-obscur aux lueurs crépusculaires rosâtres. Au même moment, l’écrivain s’est isolé au centre culturel Blaise Senghor, l’univers de production et de conception de ses textes. Structure d’animation et de production culturelle, quand il y est, il oublie le temps, les lourdeurs de ses responsabilités mais aussi ses angoisses et détresses, a-t-il fait savoir. Cette vitrine culturelle est également le lieu de ses rendez-vous. Secrétaire général de l’Association des conteurs du Sénégal dont le siège y est logé, il y organise ses spectacles. D’ailleurs, dans quinze jours, l’enfant de Cocci sera encore sur scène pour quelques prestations.

Seul devant une table, dans une confusion de bruits émanant des baffles, des « Jimbés » sur lesquels tapent des mains d’individus aux doigts agiles avec des regards jetés dans le vide, on le distingue parmi une pléthore d’individus par son écharpe dont il ne se sépare presque pas. Au-delà d’une bande d’étoffe mystique qui n’est point un accessoire qu’est-ce qui se cache derrière ? De l’art et de l’esthétique, selon l’homme de lettres qui en fait également une signature. Fonctionnelle dans ses prestations, chacune parmi elles le lie à quelqu’un ou à un évènement. « Je les conçois selon une dimension et une taille. Elles ont un rapport avec chacune de mes journées et des évènements », renseigne-t-il sur sa bande d’étoffe tricotée puis portée autour de son cou. « A l’occasion de la Francophonie par exemple, j’étais habillé en noir et blanc. Une écharpe blanche sur un habit noir sur lequel du fil blanc. Une représentation du continent qui porte le monde dans sa blancheur. Un contraste qui me permettait d’avoir une bonne introduction », illustre l’écrivain.

Aujourd’hui, moins lourde et en couleur blanche, elle tombe sur le dos vers la gauche et non pas sur la poitrine. Une manière de souhaiter le paradis à un parent décédé.
A travers sa silhouette moyenne, il porte la beauté des costumes traditionnels africains. Une manière d’être utile à son pays en faisant la promotion du consommé local. Un choix vestimentaire qui ne relève guère du hasard. Affecté par le discours d’un blanc qui, dans un boubou, disait être déguisé, il avait considéré l’être à chaque fois qu’il s’était mis dans un costume. Et ce fut un divorce entre lui et ses tenues modernes. « Mais, ce qui m’a poussé vraiment à cesser de mette des costumes relève d’une mésaventure que j’ai eu à l’aéroport de Paris. Au sein de ce dernier, on nous avait demandé d’enlever nos ceintures. En effet, je me suis senti nu car, dans ma culture, on n’enlève pas son « Guénio », conte le Niambour-Niambour. Plus jamais une ceinture à l’Occidentale. Et la manière d’y parvenir était de porter ses tenues bien faites par l’artisanat local.

Entre l’oralité et l’écriture
Né dans le Niambour à la lisière du Cadior et le Baol avec un long séjour dans le Saloum, il manie bien la langue de Kocc. Auprès d’une grand-mère manding qui la parlait à merveille, il a aussi baigné dans une euphorie linguiste où il avait de grands griots à l’instar de Moury Mbaye, El Hadji Mor Mbaye, le géant. En effet, l’enfant de Cocci, un village dans la région de Louga, une ville aux portes du Sahel, enclavée entre la région historique du Djolof à l’Est, le Walo au Nord, le Cayor au sud, avait très tôt le verbe facile. Zone de contact et un point de rencontre de groupes ethniques, il s’est enrichi de ce patrimoine culturel. Il y respire une plénitude qu’aucune notoriété ne peut donner. La récompense de plusieurs décennies de recherches par lesquelles il s’est laissé absorber par les contes, mythes et épopées, des genres dont il se sent serviteur.

Autodidacte dans l’écriture wolof, ce descendant de « sacs à paroles », notamment de Leyti Guissé, historiographe et de Samba Coumba Kalado, l’auteur de l’hymne de Niani, est un vrai défenseur de cette langue locale qui fédère.

Traditionniste comme il se dénomme, il a toujours essayé de comprendre le fonctionnement technique des traditions, leurs valeurs sociologiques et anthropologiques. Ayant fait son doctorat en littérature orale, toutes ses recherches sont axées sur le patrimoine, en particulier sur la tradition orale. Une manière pour ce spécialiste de la sémiotique des danses africaines de partager l’Afrique. En effet, il s’était réinscrit à l’Ucad pour faire son Diplôme d’études approfondies (DEA) en Littérature africaine écrite, un mémoire en littérature comparé et une thèse en littérature orale.

En contact avec le français très tôt par le biais de la lecture, cet homme de lettres qui s’est autoproclamé la bouche de l’Afrique, compte à son nom plusieurs ouvrages d’expression française. Enseignant la littérature française, une de ses passions, il a longtemps porté la langue de Molière.

Rédempteur du conte
Auteur de « Contes et légendes », une émission qui conte l’Afrique et animée depuis dix-sept ans sur la Radio Sénégal internationale, devenue un lieu de rendez-vous avec les adeptes grâce à lui. Le conte survit bien que dans des supports modernes. « En tant qu’art social, le conte a perdu du terrain mais, en tant qu’art artistique ou spectacle, il se porte très bien », s’est-il satisfait. En effet, des contes des cases, il a laissé aux enfants ceux d’une ère nouvelle qui parlent d’ordinateurs, d’internet, ses atouts et ses méfaits entre autres phénomènes de la modernité. De cet esprit est né le « talisman brisé » comme conte radiophonique sur une commande de Radio France internationale, « l’or du sage »… Cependant, que cherche cet écrivain dans ce genre littéraire ancestral ? L’humanité, dit-il. Dans une société dématérialisée où les rapports entre les uns et les autres deviennent matériels avec la fragmentation des liens qui sont plus sur Facebook ou autres supports électroniques, il y met le caractère humain de nos sociétés et y sanctionne des attitudes négatives.

Dramaturge, il est à l’origine des pièces de théâtre comme « les Néons d’ébènes » traitant les incendies de marché publié à Athéna édition et « Sénégalités : paroles africaines » qui aborde la question des mariages entre personnes d’âge différent, le sida et le mariage, la virginité, la question de l’homosexualité dans le cercle des femmes. Selon l’ancien directeur de la compagnie du théâtre Daniel Sorano, un autre intitulé « Sacrée jumelle » est en cours de conception. Un coup de projecteur sur l’Albinisme qui sera bientôt édité.

Au pilier de la culture
D’un père infirmier chef de poste et en même temps comédien qui était au centre des activités culturelles à Thiamène où il était affecté, il avait hérité de la fibre de cet homme de culture. Ainsi, il a baigné dans l’Univers des « Simbs » (carnaval de faux lions) et du « Taxuran ». Président du bureau fédéral des foyers ruraux Cocci, Sakal, Ngéoul Darou Mousti, à dix-huit ans, il a été à la tête des mouvements associatives. Entraîneur pendant dix ans de l’équipe de foot de Cocci, à Louga Montagne, un quartier omnisport, lieu de concentration des meilleurs basketteurs, handballeurs et footballeurs de la ville, il s’imprégna lui-même de tous ces sports. Une pension qui, aujourd’hui, se résume à aller à la plage et regarder les gens jouer au football. Grand admiratif des grands records de Federer, de la constance de Nadal mais de l’humanisme des sœurs Williams, il prône un sport plus humain.

Marame Coumba SECK

Se lever tôt peut vraiment être impossible pour certains d'entre nous. Des scientifiques ont découvert que certaines personnes pourraient porter une mutation génétique qui rend plus difficile le réveil matinal.

Pour certains, se glisser hors du lit le matin peut paraître presque impossible. Et pour d'autres, le réveil matinal n'est pas vécu comme une source d'angoisse. A quel groupe appartenez-vous : celui des lève-tôt ou des lève-tard ? ,Des scientifiques pensent savoir ce qui détermine le groupe auquel vous appartenez. Ils ont en effet identifié une mutation génétique "noctambule" qui expliquerait pourquoi certaines personnes restent éveillées jusqu'à tard dans la nuit et ne peuvent pas se réveiller tôt le matin.

Un cycle circadien plus long chez les porteurs de la mutation génétique
La mutation dans le gène CRY1 ralentit l'horloge biologique du corps, ce qui dicte quand nous nous sentons fatigués le soir et quand nous sommes prêts à nous lever le matin. Les personnes ayant la variante ont un plus long cycle circadien que la plupart de la population, ce qui les amène à rester éveillés plus tard. « Par rapport à d'autres mutations qui ont été liés à des troubles du sommeil dans le monde entier, ce changement génétique est assez percutant. », a déclaré le professeur Michael Young, qui a dirigé l'équipe américaine de l'Université Rockefeller, à l'origine de la découverte.

Une mutation génétique du sommeil présente dans les familles
Souvent, ceux qu'on appelle des "oiseaux de nuit" sont diagnostiqués avec un trouble de phase de sommeil retardée. Alors que ces personnes sont dotées d'une belle énergie jusqu'à tard dans la nuit, elles connaissent le revers de la médaille le lendemain, avec un moment difficile dans la matinée. Cela peut les conduire à l'insomnie et à une fatigue dans la journée. Ici, les scientifiques ont d'abord identifié la mutation CRY1 chez un patient atteint du syndrome de retard de phase du sommeil puis ont trouvé qu'elle était partagée par cinq de ses parents, qui avaient tous des antécédents de troubles du sommeil. Les chercheurs ont ensuite étudié six familles turques dont les membres comprenaient 39 porteurs de la variante CRY1. Les porteurs de la mutation retardaient l'apparition du sommeil et certains avaient donc des habitudes de sommeil irrégulières. Pour les non-porteurs, le point médian de sommeil était d'environ 4 heures. Mais pour les porteurs, il a été déplacé à 6h à 8h du matin, l'heure à laquelle beaucoup de gens se lèvent pour aller travailler...

Contrôler les cycles de sommeil grâce à des horaires stricts
Les chercheurs ont publié les résultats de leur recherche dans la revue Cell. Le Professeur Young a expliqué que de nombreux patients DPDS ont pu contrôler leurs cycles de sommeil en suivant des horaires stricts. « C'est un peu comme avec la cigarette, il existe des solutions pour combattre le problème avant de se tourner vers la drogue », a t-il dit.

Au Caire, 95,3 % des femmes, égyptiennes ou étrangères, ont déjà été victimes de propos obscènes ou d’attouchements sexuels dans les lieux publics. Un site internet et une application les recensent pour « inciter les femmes à sortir du silence ».

Les statistiques sont impressionnantes : dans la ville du Caire, 95,3 % des femmes, égyptiennes ou étrangères, ont déjà été victimes de propos obscènes ou d’attouchements sexuels dans les lieux publics, que ce soit dans la rue (81,4 %) ou dans les transports en commun (14,8 %). Seule une infime partie de ces femmes ose porter plainte, la plupart optant pour la réplique verbale sur le coup. Cependant, une fois rentrées chez elles, le contrecoup est quasi-systématique : 81,8 % des victimes reconnaissent « se sentir bouleversées et dégoûtées » par cette violence subie.

Ces chiffres, publiés en juin 2014, sont le fruit d’un long travail d’enquête, explique Monica Ibrahim, porte-parole d’HarassMap. Cette organisation égyptienne (qui devrait, dans le prochain mois, obtenir le statut d’ONG) a imaginé un site Internet et une application téléchargeable sur smartphone dans le giron du dynamique incubateur cairote Nahdet en el Mehrousa spécialisé sur les projets sociaux.

« Des actes rapportés par les victimes et les témoins »
Lancé en décembre 2010, cet outil numérique cherche tout autant à motiver les victimes « à sortir du silence, se lever et à dénoncer les faits », explique Monica Ibrahim, qu’à aider la société égyptienne à prendre conscience de ce fléau national. La finalité est bel et bien de centraliser numériquement le plus d’informations possibles sur les agressions et les rendre publiques.

« Ces actes nous sont rapportés tout autant par des victimes que par des témoins. Les précisions nous arrivent par de multiples canaux, mails, SMS, mais aussi par l’intermédiaire de Facebook et Twitter », explique-t-elle. Le résultat de ce flux d’informations se lit d’emblée sur le site HarassMap.

Affichés sur la carte d’Egypte, de gros points rouges disséminés sur le territoire symbolisent près de 1 500 rapports de violence ordinaire signalés par la foule. Les internautes peuvent obtenir plus de précisions d’un clic.

Pour dépasser le stade du constat, l’organisation s’est, parallèlement, lancée dans un programme de sensibilisation d’ampleur « afin de toucher tout autant les universités que les écoles », explique Monica Ibrahim. L’association, qui reçoit notamment des dons de l’IDRC (International Development Research Center), un organisme fédéral canadien, a pour l’occasion embauché une vingtaine de salariés. Illustration type d’un projet «ouvert », qui accepte de partager son savoir technique, managérial et humain, HarassMap voit sa famille s’agrandir. « Nous avons, dès notre création, été sollicités par une multitude d’ONG et d’organisations militantes de tous les pays, explique Monica Ibrahim. Même si notre priorité reste l’Egypte, nous proposons des cessions de coaching et d’assistance comme actuellement sur un projet multipays en Amérique du Sud ».

Des initiatives cousines éclosent, avec ou non le même nom et sans être officiellement liées, dans une trentaine de pays : en Palestine, au Bangladesh, en Syrie, en Malaisie… Elles montrent par là même l’étendue de ce fléau.

Cachez-moi ce sein...

31 Mar 2017
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Il y a quelques années (disons quelques décennies), parmi les critères officieux de sélection dans les ballets africains, figurait en bonne place celui des seins bien pointus. Évidemment, cette exigence a été un peu « revue à la baisse, les seins étant précocement sollicités aujourd’hui (nous ne faisons naturellement pas référence au mariage précoce, mais aux petites jouissances charnelles « hâtives » de nos jouvencelles). « Papa » de l’autre côté de la métropole, principal client de nos ballets nationaux à l’époque de la curiosité de l’Art nègre, aimait bien voir nos danseuses avec toute leur fraîcheur indomptée, leurs prouesses corporelles, sans que les seins ne se joignissent à la valse étourdissante. Il ne fallait donc pas que les tétons fussent dévoilés, pour que la nudité ne s’assimilât au dévergondage. C’est de l’art ! On applaudira ! De retour au bercail, on pendra la crémaillère pour avoir aiguisé les esprits du « tuteur toubab » et figuré dans le gotha du monde des explorateurs des possibilités du corps tropical…et des seins ! Il valait mieux, pour celles qui aspiraient à une carrière sur la scène, veiller à l’épaisseur des « morceaux de poitrine ». Ça, c’est de l’histoire.

Notre rapport aux choses, à la réalité banale ou transcendante, est si alambiqué que toute déduction peut sembler hasardeuse (donc ne me prenez pas trop au sérieux…si un peu quand même !) Dans un « Car rapide », l’esprit le plus tordu, le plus lascif arrive à réprimer ses désirs devant une mère allaitant son nourrisson. Elle peut même susciter de la répugnance, du dégoût, alors que le bébé en tire son bien le plus précieux. Pour les âmes sensibles, passagères du « Car rapide », ces « lolo » tombant, avidement tétés par l’innocent môme, représentent un lien d’une totale humanité. Pourvu que le môme ne se plaise pas à trop « sucer » un peu plus tard. Cela voudra dire qu’il a grandi, que sa relation avec la poitrine a connu une évolution sociale graduelle ou fulgurante pour les prématurés voluptueux.

Dans certaines sociétés « primitives » (encore que je n’en connais pas la signification) et dans des localités d’ici et d’ailleurs, on traîne la « paire de nichons » scrutant le ciel ou tassant la terre sans que cela ne suscite émoi et que la fatwa ne soit lancée par les auto-proclamés censeurs de la République à la laïcité bien égayante et aux coutumes rendues obsolètes par un renversement de sens : exhiber le bout ou une partie bien pimpante de la paire de tétons (« paccal bamu pacc ») est plus inconvenant que les images d’archives revisitant la mode « ngimb » (petit pagne) de nos aïeux ou même, jusqu’à présent, dans des « quelque part » du Sénégal profond. L’idée qu’on se fait de notre société ou de notre cheminement social dépend de la trajectoire individuelle de chacun, de l’ouverture d’esprit dont on peut faire montre pour se dessiner les univers de sens possibles sans se livrer à une comparaison futile. Qu’ils soient « à découvert » ou « burqanisés », tétés ou sucés, les seins sont de vrais révélateurs sociaux et rendent compte de la conscience collective et morale de nos communautés un peu trop idéalisées.

Un ami très taquin (et probablement plus que cela), esprit brillant et en perpétuelle divagation, me posa un jour une question fort intéressante. Pourquoi donc, cher ami, les femmes que l’on surprend nues cachent leurs seins plutôt que leur sexe ? Puisque je n’avais jamais encore vécu cette expérience, je ne pus répondre à son interrogation ! Pensent-elles que les seins alimentent davantage le fantasme chez le mâle intrus. Mystère et boule de gomme pour le jeune et sage garçon pudibond que je suis !

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Plus d’un demi-siècle après sa construction, le lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack, qui occupe une place très importante dans le cœur de tous ceux qui l’ont fréquenté, est toujours là, debout, et affreusement défiguré. Si son âme semble toujours présente, ce haut lieu du savoir qui a vu passer beaucoup de futurs cadres du pays et des générations d’apprenants ploie, aujourd’hui, sous le poids de l’âge. Même ceux qui ne l’ont pas fréquenté sont touchés par son état de décrépitude, sa détresse. Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires militent activement pour le sauvetage de ce lieu prestigieux qui, pensent-ils, doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages et à l’épanouissement des élèves.

Lycée Valdiodio Ndiaye. Le seul fait de prononcer ce nom provoque un pincement au cœur du côté de ceux qui ont fréquenté cet établissement. Le premier lycée de Kaolack, construit en 1958, agonise lentement. Aujourd’hui, avec l’état pitoyable de délabrement dans lequel il se trouve, ce haut lieu de savoir qui a marqué son époque n’est plus que l’ombre de lui même. L’état de délabrement de ce lycée transparaît à l’entrée de l’établissement. Dès qu’il pénètre dans le lycée, le visiteur marque un temps d’arrêt. Le premier constat est que l’établissement n’a pas bonne mine. L’aspect des bâtiments, rongés par l’usure, témoigne que rien n’est plus comme avant dans ce lieu emblématique qui a vu passer plusieurs générations de collégiens. Cet établissement qui se trouve dans un état de délabrement très avancé offre un véritable spectacle de désolation. Les bâtiments souffrent d’une vétusté sans mesure. Une situation qui interpelle sur l’état de dégradation d’un des fleurons de l’enseignement du pays.

Ce prestigieux lycée, partie intégrante de l’histoire de la ville de Kaolack, qui fut jadis un creuset d’excellence, a généreusement ouvert ses espaces à des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes pour leur permettre d’apprendre. Ceux qui ont fréquenté Valdiodio auront le bonheur de retrouver des noms illustres de l’histoire de notre pays. Beaucoup d’élèves qui sont passés par là sont devenus… président de la République, ministres, directeurs généraux, médecins, pharmaciens, magistrats, professeurs de lettres, inspecteurs du trésor, inspecteur général d’État, commissaires de police, avocats, notaires, écrivains, cadres supérieurs... Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir le tableau. De prestigieux noms défilent : Macky Sall, le général Amadou Tidiane Dia, Mamadou Lamine Loum, Aminata Touré, Souleymane Ndéné Ndiaye, Mariama Sarr, Abdou Latif Coulibaly, Coumba Ndoffène Diouf, Modou Diagne Fada, Mbagnick Ndiaye, Diène Farba Sarr, Yaye Kène Gassama, El Hadji Diouf, Aly Cotto Ndiaye, Aziz Sow, Daouda Faye, Salif Bâ, Mbaye Diack, Abdou Salam Sall, Sémou Pathé Guèye, Adama Ndiaye, Awa Guèye, Me Nafissatou Diop Cissé, Rose Wardini, Wagane Faye, Ousmane Sèye… et tant d’autres.

Comme tous les établissements scolaires, le lycée Valdiodio Ndiaye a une histoire. Et Mbaye Thiam, l’actuel proviseur, en parle avec un brin de nostalgie. « Le pouvoir colonial avait décidé de faire des locaux du jardin d’essais de Kaolack un collège classique et moderne. Les premiers élèves sont entrés le 8 novembre 1958. Parmi eux, le général Amadou Tidiane Dia, ancien commissaire national au pèlerinage, Ibrahima Ndao, ancien directeur général de la Sonatel, la Linguère Fatim Diop... », informe-t-il. À l’époque, explique M. Thiam, il n’y avait pas de lycée à Tambacounda, encore moins à Diourbel, Fatick et en Casamance. « Seules Dakar et Saint-Louis disposaient d’un lycée. Il fallait donc créer un grand lycée qui puisse recevoir les élèves provenant du centre, du sud et de l’est du Sénégal », souligne le proviseur.

Le lycée, selon lui, a connu de multiples péripéties. Peu de temps après les Indépendances, ce collège classique et moderne est rebaptisé. Il devient alors le lycée de Kaolack et a commencé à avoir un second cycle. Puis, en 1966, il devient le lycée Gaston Berger. « Vingt ans après, le professeur Iba Der Thiam, qui était alors ministre de l’Éducation nationale, a estimé qu’il fallait trouver un Sénégalais pour être le parrain de ce lycée. Le choix s’est valablement porté sur Valdiodio Ndiaye, avocat et homme politique, ancien maire de Kaolack qui est une fierté nationale, une référence pour le Saloum », indique Mbaye Thiam. Par la suite, le lycée a connu quelques mutations. À l’époque où il était un grand complexe, l’effectif tournait au tour de 8.000 élèves. « On a pris le premier cycle qui forme deux collèges d’enseignement moyen avec 3500 élèves chacun, le lycée qui gère le second cycle avec un effectif de 4000 élèves et, à côté, on a construit un franco-arabe, érigé un Bloc scientifique et technique et un Centre d’enseignement technique féminin (Cetf) », explique le proviseur. « Aujourd’hui, quand on vous parle du Complexe Valdiodio Ndiaye, c’est qu’il y a le lycée, le Cem 1 et 2, le collège franco-arabe, le bloc scientifique et technique et le Cetf », fait savoir M. Thiam.

Réhabilitation parcimonieuse
Depuis sa nomination, en octobre 2012, le proviseur et son équipe se battent pour améliorer les conditions de travail des enseignants et aussi la qualité de l’enseignement. « Quand j’ai pris service, le lycée n’était même pas clôturé. Il y a eu des efforts avec les moyens propres de l’école et l’action de madame Wouly Sène qui ont permis de reprendre la clôture ». Toutefois, déplore M. Thiam, ce mur, quinze jours après sa réhabilitation, a été détruit par les populations riveraines habitant la partie nord du lycée. Un geste d’incivisme caractérisé que n’a pas manqué de dénoncer le proviseur. « Les voisins immédiats considéraient le lycée comme un dépotoir d’ordures. C’était la pagaille. Les animaux morts étaient jetés dans la cour et il y avait aussi les voleurs qui avaient fait du lycée leur refuge. Quinze jours après l’inauguration du mur de clôture, ils n’ont rien trouvé de mieux que de le démolir pour simplement trouver des voies de passage. 

C’est ce climat stressant que nous vivons au quotidien et que nous cherchons à corriger », indique-t-il. Toutefois, précise Ndèye Ndour, tous les riverains ne doivent pas être mis dans le même sac. « Certaines populations sont d’un incivisme chronique et aiment trop la facilité. Mais, en déversant leurs ordures dans le lycée, elles devaient penser à leur environnement et celui de leurs enfants », confie-t-elle, déplorant la démolition du mur de clôture par certaines populations.

Si les efforts nécessaires n’ont pas encore été consentis par les autorités compétentes pour rénover cet établissement, il y a une synergie pour se pencher sur les problèmes du lycée et trouver des solutions. Et jusque-là, n’ont été réalisés que des travaux d’urgence. « Le Conseil départemental a réfectionné le bâtiment D où il y a 16 classes, une infirmerie, la bibliothèque, les archives et la salle d’Eps. La Sonatel a pris en charge le bloc B avec 10 salles de classe. La Direction des constructions scolaires a réhabilité cette année le bloc A. Ce qui fait qu’au niveau du campus pédagogique, sur les 60 classes, il reste 21 à réfectionner et nous pensons qu’à partir de l’année prochaine, tout sera remis à neuf », assure le proviseur non sans magnifier les actions de la mairie avec le pavage de la façade sud du lycée. Il s’y ajoute, selon lui, que « le Crédit mutuel et le Conseil départemental ont dégagé une subvention de 6 millions de FCfa pour réhabiliter le terrain de sport du lycée ».

En plus de ces différents partenaires, a souligné le proviseur, les anciens élèves interviennent beaucoup dans la réhabilitation du lycée, même au niveau de la diaspora.
Mbaye Thiam, qui fut un ancien du lycée Valdiodio, a eu la chance et le privilège d’étudier dans un cadre exceptionnel, de toute beauté, avec des arbres tout autour. « C’était un jardin dans lequel on trouvait la quasi-totalité des arbres fruitiers connus. Malheureusement il ne reste, aujourd’hui, qu’une végétation composée de niim », regrette-t-il. Toutefois, informe-t-il, un partenariat avec des Allemands va permettre la mise en place d’un mini parc écologique au niveau du lycée. « Tout cela rentre dans le cadre d’un vaste projet de réhabilitation des fonctions écologique et pédagogique du lycée Valdiodio Ndiaye pour un coût global de 462 millions de FCfa », éclaire M. Thiam. « Ce projet est porté par de grandes personnalités qui sont sorties de cet établissement, en tête desquelles Aminata Touré, ancien Premier ministre, Ibrahima Dème, ancien directeur de la Sonatel, Adama Ndiaye, procureur... », révèle-t-il. Dans ce même registre, ajoute le proviseur, des négociations sont en train d’être menées avec les Fonds verts des Nations unies pour doter le lycée d’espaces verts.

Le social au cœur de la politique du lycée
Lycée Valdiodio NdiayeLe lycée Valdiodio Ndiaye fut une référence au niveau national par la qualité. Aujourd’hui, le problème de cet établissement demeure, selon son proviseur, le nivellement des valeurs. « Nous avons une série S1 où les élèves réussissent toujours le baccalauréat avec un taux de 100 %, autant nous avons des classes où les résultats atteignent difficilement les 50 % », explique-t-il. Cette situation est liée, selon Mbaye Thiam, à une massification et à une forte demande sociale. « On a, pendant très longtemps, théorisé le maintien. Il vaut mieux avoir un élève à l’école plutôt que d’avoir un élève dans la rue. J’ai fait le choix de récupérer tous les élèves vulnérables à la déperdition scolaire. Tout cela est lié à une situation dont j’ai hérité », indique le proviseur non sans préciser que le lycée possède un club de l’excellence appuyé par des partenaires. « Tous les élèves qui ont une moyenne supérieure à 15/20 et les sportifs confirmés ne paient pas de droits d’inscription. Ils sont totalement pris en charge par le lycée », note-t-il. Il y a aussi nos partenaires allemands qui prennent en charge les inscriptions de 50 cas sociaux. Ils nous accordent aussi des subventions qui ont permis l’achat de vélos pour des élèves qui habitent très loin », ajoute M. Thiam.

Chaque année, pour magnifier l’œuvre du parrain, Valdiodio Ndiaye, et amener les jeunes générations à le considérer comme une référence, le lycée organise, le 5 mai, date de son décès, des journées qui lui sont consacrées. « Les journées Valdiodio Ndiaye sont des moments de retrouvailles entre toutes les générations qui ont fréquenté le lycée », explique-t-il.

Cris du cœur des anciens
C’est une lapalissade de dire que le lycée Valdiodio Ndiaye, naguère creuset d’excellence, a perdu son lustre d’antan. Cet établissement qui a joué un rôle si important, pour avoir accueilli depuis 1958 des dizaines de milliers d’élèves, est dans un état de délabrement inquiétant, malgré les tentatives de le relever de sa longue agonie. Certains bâtiments, frappés par le poids des ans, crient leur détresse. Les internes s’exaspèrent de l’état de vétusté qui touche leur établissement et ressentent un grand embarras en disant qu’ils étudient à Valdiodio Ndiaye. « C’est une fierté nationale, mais les autorités n’ont pas consenti les efforts nécessaires pour rénover ce lycée. Il est temps que cet établissement connaisse une seconde vie », dénonce Mariama Diouf. Pour les élèves, le parrain ne serait point fier de voir l’état dans lequel se trouve ce lycée qui porte son nom. Les anciens aussi s’alarment de la décrépitude du lycée. Nostalgiques de leurs années inoubliables qu’ils y ont passées, nombreux sont ceux qui ont un pincement au cœur en voyant la dégradation progressive des lieux. Ils trouvent anormal que rien n’ait été entrepris pour restaurer ce lycée historique. Pour Fatou Binetou Cissé, ce lycée porte le nom d’une illustre personnalité et mérite un bien meilleur sort. « C’est vraiment déplorable de constater que ce lycée aussi prestigieux par la qualité de ce que l’on y a enseigné soit aujourd’hui dans cet état », s’alarme cette ancienne élève qui y a eu son bac en 1999. Selon elle, la restauration et la conservation du lycée Valdiodio Ndiaye devraient être une priorité. Amath Diago, un statisticien qui y a également fait ses études secondaires, estime que ce lycée appartient au patrimoine tant régional que national. Il regrette, lui aussi, l’état de délabrement avancé de l’établissement. D’où l’urgence, selon lui, de lancer un programme de restauration de l’ensemble des bâtiments pour assurer la sauvegarde de ce prestigieux établissement. « C’est un lycée qui, depuis plus de cinquante ans, forme des générations d’élèves et a toujours fait la fierté de Kaolack. Il mérite un bien meilleur sort », note-t-il.

Des regrets, Ndèye Marème Sarr n’en manque pas chaque fois qu’elle passe devant ce lycée qu’elle a foulé pour la première fois en 1985. « Je garde d’excellents souvenirs de ce lycée qui fut une institution exceptionnelle. Avec le rôle qu’il a joué en contribuant à la formation de nos élites, je pense qu’il est indispensable de rénover cet établissement pour qu’il continue d’être le symbole de l’éducation et de l’excellence qu’il a toujours été », affirme cette technicienne en informatique.

De son côté, Babacar Seck, un enseignant qui est également passé par Valdiodio, lance un appel pressant aux autorités, afin qu’elles puissent sortir l’école de sa léthargie actuelle. Abdoulaye Marone dénonce, pour sa part, une absence de volonté des politiques. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye est une fierté nationale qui mérite de refaire sa toilette. « Cet établissement a été construit avant les Indépendances et a vu passer des potaches qui sont devenus des personnalités importantes dans ce pays. Rien que pour ça, il mérite une attention particulière et pratique de la part des autorités, des cadres qui l’ont fréquenté ou encore les personnes de bonne volonté ».

Comme beaucoup de parents d’élèves, Mamadou Faye tire aussi sur la sonnette d’alarme et alerte les autorités locales sur la dégradation qui prévaut dans le plus ancien établissement secondaire de Kaolack. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages, à l’épanouissement des élèves et adapté aux besoins des équipes pédagogique, technique et administrative.

Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires attachent une très grande importance au sauvetage de ce lycée devenu un patrimoine. Ils veulent que sa rénovation globale soit prise en charge dans les meilleurs délais, pour pérenniser à tout jamais son existence.

Par Samba Oumar FALL (texte) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 31 mars 2017 15:05

La vie est parfois simple. Sidi Diop, un homme d’approche ordinaire, a pourtant participé à la restauration d’un grand édifice historique : le cimetière des tirailleurs situé à Thiaroye. Découverte d’un héros qui cultive la discrétion.

Des rangées de 202 sépultures anonymes sont séparées par une allée en terre-plein dans ce cimetière militaire de Thiaroye, situé dans la banlieue de Dakar, où sont inhumés les tirailleurs sénégalais tués dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, selon une version officielle. Le corps des tirailleurs, formé de soldats de colonies françaises d’Afrique, comprenait notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd’hui Burkinabè), des Ivoiriens. Ceux qui déménagent souvent trimbalent des cartons qu’ils finissent par ne plus ouvrir. Leur passé est là, à portée de main, pas vraiment encombrant. Ils ont fini par s’y faire. Leur souci est ailleurs. Leur propre personne n’est même pas au centre de leur préoccupation. Il est difficile de croire qu’une telle catégorie de personnes existe encore. Et pourtant, il suffit de faire un tour au cimetière de Thiaroye et d’écouter le récit de Sidi Diop pour se rendre compte que cette trempe d’individu existe bel et bien.

Sidi mettrait bien au placard la saga familiale. Ce qui l’intéresse, c’est de mettre en avant l’histoire du Sénégal, de la valoriser, de la restituer. De son enfance, à Pikine, à l’adolescence, ce fils d’un cultivateur et d’une femme au foyer né en 1952 se retrouve gardien et conservateur d’un cimetière rempli d’histoires. De quoi Sidi Diop est-il le nom ? En apparence, il est simplement habillé, mais affiche aussi une élégance discrète. Ce qui impose d’emblée un ton posé, réfléchi. Il ne manie point la langue de Molière. C’est dans un wolof brut qu’il parle avec des mots précieusement choisis.

La « méconnaissance de l’Afrique, souvent résumée à des clichés », n’a évidemment pas échappé à ce gardien de cimetière, plus engagé qu’il ne veut le dire, d’aller au-delà du commun des habitants de cette bourgade tranquille qu’est Thiaroye. Son grand-père a surement combattu avec les forces françaises aux côtés des tirailleurs, dit-il. A l’image de la plupart des Africains du reste. « Il y a 70 ans, l’armée française faisait feu, près de Dakar, sur des tirailleurs sénégalais réclamant leurs soldes », raconte t-il. Au petit matin du 1er décembre 1944, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française réprime dans le sang le mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais (un terme qui désigne des soldats originaires de plusieurs régions de l’Afrique occidentale française). Alors que ces hommes réclament le paiement de leurs soldes, correspondant à leurs années de captivité par les Allemands en France, durant la Seconde Guerre mondiale, leurs frères d’armes ouvrent le feu, faisant plusieurs morts.

« Des tirailleurs sénégalais ont été prisonniers de guerre pendant quatre ans en France à partir de 1940. Après la libération, l’armée les fait rentrer à Dakar en 1944. Ils doivent alors toucher leur solde, le salaire pour les militaires. Ils arrivent en novembre et avant de retourner dans leur pays d’origine, ils sont regroupés à Thiaroye, un camp militaire qui existait depuis la Première Guerre mondiale. Ils sont en voie de démobilisation, mais il semble que l’armée n’a pas l’intention de payer les restants. Il y a un mouvement de protestation de la part des tirailleurs qui refusent de repartir chez eux. Ces hommes seront alors collectivement fusillés. Leurs corps seront enfouis dans des fosses communes situées quelque part à Thiaroye », raconte-t-il. De bouche-à-oreille, de génération en génération, l’histoire a été contée. Toutefois, il ne restait pas grand chose de la mémoire de ces braves militaires.

Un engagement volontariste
Devant cette incertitude, un homme méconnu du grand public a pourtant joué un rôle déterminant. Sidi Diop dit avoir été animé par une « inspiration divine ». A l’époque, se souvient-il, l’endroit était une décharge non occupée et où les populations venaient déverser des ordures. Il décide alors d’agir. Il prend volontairement les devants. Sidi parvient à convaincre quatre de ses amis. Ensemble, ils viennent quotidiennement balayer l’endroit, l’entourent de grilles et font appliquer une défense. Désormais, les populations sont strictement interdites de jeter des ordures sur ces lieux « remplis d’histoires ». Le matin, Sidi est au travail, l’après-midi, il veille à l’endroit. Des années durant, il va mener cette activité, dans un élan purement volontariste et désintéressé.

C’est à travers une circonstance les plus hasardeuses qu’un homme vient vers lui. « Il avait bonne mine et dégageait une allure réconfortante », se souvient Sidi. L’homme s’approche, salue et se met à poser des questions. « Il m’a d’abord signifié que l’endroit était une propriété militaire », se rappelle Sidi. Il explique à son interlocuteur venu de nulle part qu’il était simplement mû par le désir de restaurer cet endroit historique qui, à défaut de soins, risque de sombrer dans l’oubli. Séduit par cette initiative, l’homme qui, en réalité, est un commandant de l’armée, le convoque le lendemain. Comme convenu, il se retrouve dans un bureau au camp militaire de Thiaroye avec des hauts gradés. « Les militaires ont unanimement salué l’initiative et ont pris séance tenante une décision. J’ai été nommé gardien officiel des cimetières de Thiaroye », se rappelle-t-il. Cette nomination va davantage accroitre la détermination du volontaire. Désormais, c’est toute la journée durant qu’il reste sur les lieux. Quid de ses dépenses quotidiennes ? L’homme préfère s’en remettre à Dieu en comptant souvent sur des bienfaiteurs touchés par son acte.

Les autorités, mises au courant, se rapprochent. Parmi les hommes qui ont joué un rôle déterminant pour que cet endroit rempli d’histoires et de symboles à plus d’un titre ne soit oublié, figure en bonne place Me Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal. En effet, selon les témoignages de Sidi Diop, Me Wade avait plusieurs fois dépêché son chef de protocole, afin qu’il vienne s’enquérir auprès du gardien ce qu’il fallait faire. Après information, le ministre de la Défense de l’époque, Abdoulaye Baldé, est également venu sur les lieux. Avec l’intérêt des autorités, l’endroit est totalement réfectionné. Des murs sont construits, les tombes restaurées, des fleurs plantées et un musée historique mis à la disposition des visiteurs. Me Abdoulaye Wade viendra plusieurs fois sur les lieux. Récemment en visite au Sénégal, François Hollande, président de la République françaises, a remis à Macky Sall une copie des archives françaises sur Thiaroye, un geste salué par le président sénégalais au nom du devoir de mémoire. « Nous sommes ici sans ressentiments, pour reconnaître et rappeler notre histoire commune, afin que vive la mémoire des tirailleurs et qu’elle soit préservée de l’oubli », avait dit Macky Sall. Soixante-dix ans après la fusillade de Thiaroye, François Hollande a fait le déplacement pour exprimer la dette de la France : « Je voulais réparer une injustice parce que les évènements qui ont eu lieu ici sont tout simplement épouvantables, insupportables. Et la France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé », disait-il.

« Ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mon émotion m’a fait verser de chaudes larmes. Il me revenait alors à l’esprit tout le parcours effectué pour que cet endroit soit enfin reconnu », souligne Sidi Diop. A lui seul, il a contribué à la restauration d’un pan historique de tout un continent, réalisant ainsi le rêve de plusieurs générations, celui de pouvoir se remémorer sur cet endroit rempli d’histoires. A notre tour, nous lui demandons quel est son plus grand vœu. Sans rechigner, Sidi affirme vouloir rencontrer la Première dame du Sénégal !

Par Oumar BA

La maladie du soda ou stéato-hépatique non alcoolique (Nash), encore appelée Nash ou maladie du foie gras humain, est une affection encore méconnue mais de plus en plus répandue. Cette maladie chronique provoque des lésions et inflammations sur le foie et peut être évitée grâce à une hygiène de vie équilibrée.

-La stéato-hépatite non alcoolique (cirrhose sans alcool ou cirrhose Nash) est étroitement liée au diabète et à l’obésité. Elle peut être confondue avec la stéatose hépatique alcoolique. Elle est considérée comme la manifestation la plus sévère de la stéatose hépatique non alcoolique (Nafld). Elle entraîne une accumulation de graisses dans le foie, représentant plus de 5 % du poids du foie, et s’accompagne d’une inflammation du tissu hépatique, avec ou sans fibrose.

Symptômes et complications
La stéato-hépatite non alcoolique peut rester asymptomatique pendant plusieurs années. Dans certains cas, elle évolue en fibrose ou en cirrhose.La présence d’une stéato-hépatite non alcoolique augmente également le risque de souffrir d’autres affections comme le diabète, l’insulinorésistance, et les maladies cardio-vasculaires. Plusieurs causes de mortalité sont identifiées au stade de la cirrhose : insuffisance hépatique, septicémie, hémorragie digestive, maladie cardio-vasculaire, carcinome hépatocellulaire (Chc).

Facteurs de risques
La stéato-hépatite non alcoolique survient le plus souvent chez des personnes âgées de 40 à 65 ans.La résistance à l’insuline, le syndrome métabolique, la prédisposition génétique, le diabète mal contrôlé, l’hyperglycémie et l’hypertension artérielle en sont des facteurs de risque, de même que le surpoids, l’obésité et la sédentarité.

Traitement
L’évolution de la stéato-hépatite non alcoolique doit être surveillée régulièrement. Le traitement repose en priorité sur un changement du mode de vie : perte de poids, pratique d’une activité physique régulière et suivi d’un régime alimentaire strict. A l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement spécifique à la stéato-hépatite non alcoolique. Certains médicaments (statines, antihypertenseurs ou antidiabétiques) peuvent être prescrits pour soulager les symptômes et prévenir la survenue de complications.

Prévention
Un dépistage de la Nafld/Nash peut être réalisé chez des patients présentant une insulinorésistance ou des maladies associées. La prévention repose principalement sur la prise en charge du surpoids, de l’hyperlipidémie, de l’hypertension artérielle (Hta) et du diabète de type 2. Elle nécessite une réduction pondérale, une activité physique régulière, un régime hypocalorique et une réduction, voire une suppression, de l’alcool et des sodas.

À 34 ans, Mmusi Maimane a été élu à la tête de l’Alliance démocratique (Da), première force d’opposition en Afrique du Sud et considérée par le pouvoir comme un «parti blanc». Une ascension fulgurante pour un jeune homme parti de Soweto. Mais qui est-il vraiment ?

Mmusi Maimane est né le 6 juin 1980 à Dobsonville, un township de Soweto, épicentre de la lutte anti-apartheid. Ses parents y vivent encore. Mais, le garçon, diplômé en psychologie et titulaire de deux Maîtrises – une en Administration publique et une en Théologie – a préféré poser ses valises depuis quelques années à Johannesburg. Mais, «c’est à Soweto qu’il a passé l’essentiel de sa vie, insiste-t-on sur le site internet de l’Alliance démocratie (Da, première force d’opposition en Afrique du Sud). Par le sacrifice, le travail acharné et la volonté de saisir les opportunités qui lui étaient offertes, il a construit une impressionnante carrière dans les affaires et s’est également consacré aux diverses actions communautaires.»

Polyglotte et éloquent – en dehors de l’anglais, il parle couramment sept langues nationales sud-africaines -, Mmusi Maimane est avant tout un entrepreneur (il a notamment créé une société de conseil en gestion ). Toutefois, cela ne l’a pas empêché de soutenir quelques Ong engagées notamment dans la lutte contre le Vih, selon la Da. Et à Johannesburg, on peut souvent apercevoir Mmusi Maimane en train de prêcher à Liberty Church. C’est même dans cette église évangélique que les chemins du pasteur ont croisé, fin 90, ceux de Natalie, son épouse, qui est Blanche. Deux enfants – une fille et un garçon – sont nés de leur mariage qui fête cette année ses noces d’étain. Début mai pourtant, le site sud-africain News24 affirme avoir reçu un mail anonyme faisant étant d’un scandale sexuel au sein de la Da. «Des hommes prenaient leurs collègues féminins comme des jouets sexuels», selon l’auteure de la dénonciation qui dit avoir été elle-même une victime de ce «passe-temps favori» de ses camarades masculins du parti. Celui-ci dément. Trop tard, la twittosphère sud-africaine s’enflamme : hashtag DASexScandal. Obligeant la femme de Mmusi Maimane de monter au créneau pour réaffirmer sa confiance à son homme sur le même réseau social.

Parmi les hommes les plus stylés d’Afrique du Sud
Dans l’entourage politique de Mmusi Maimane, le démenti est également formel. Celui que l’on surnomme affectueusement le «Barack Obama de Soweto», cité parmi les 50 hommes les plus stylés d’Afrique du Sud en 2014, par la version sud-africaine du magazine GQ, n’aurait rien à voir avec le prétendu scandale sexuel au sein de sa formation politique. Lui qui se bat contre la politique du président Jacob Zuma, qu’il n’hésite pas à traiter publiquement de “voleur” et de “corrompu”. Mmusi Maimane dont les parents se reconnaissent encore dans les idées du Congrès national africain (Anc) est, en effet, un déçu de ce parti au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994. Une déception qui atteint son paroxysme avec la démission forcée, le 21 septembre 2008, de Thabo Mbeki, alors président de la République. Ce dernier, soupçonné d’interférences politiques dans l’instruction judiciaire d’une affaire de corruption dans laquelle Jacob Zuma serait impliqué, était désavoué par l’Anc après le prononcé d’un non-lieu par la justice sud-africaine.

L’année suivante, Mmusi Maimane décide de rejoindre la Da. Helen Zille, alors leader de cette formation politique longtemps considérée comme «parti blanc», le prend sous son aile. En 2001, c’est lui qui est désigné tête de liste de sa formation politique aux municipales à Johannesburg.

Et en 2014, l’étoile montante de Da gravit une autre étape en se présentant aux élections provinciales dans la même circonscription. La même année, il devient le chef du groupe parlementaire de son parti à l’Assemblée nationale, et de surcroît chef de l’opposition sud-africaine. Rien ne semble, aujourd’hui, pouvoir arrêter l’ascension du jeune loup de la politique sud-africaine.

Par Oumar BA

Jusqu’à sa mort en octobre dernier à l’âge de 88 ans, le roi Bhumibol de la Thaïlande était le plus ancien des monarques en exercice. Il entretenait son aura mystique auprès de son peuple qui le vénérait grâce à sa vision du développement qui a transformé son pays au point d’en faire un cinquième tigre asiatique.

Il était un monarque adulé. Vénéré par ses sujets. Nombre de visiteurs et d’observateurs étrangers étaient bien obligés de constater l’amour unanime, inconditionnel de tout un peuple pour un monarque quasi divinisé, à la fois incarnation de Bouddha sur terre et «seigneur du territoire et de la vie» dans la tradition hindouiste. Les Thaïlandais connaissent tous par cœur le conte de fée, relaté dans les innombrables hagiographies. L'histoire du monarque «au cœur blanc, plein de magie et de bonté». De «l'esprit protecteur des Thaïlandais». De «l'artiste qui avait tous les dons». Il peignait, sculptait, photographiait, composait et croulait sous les distinctions, récitent les écoliers en chœur. Il était aussi un «agronome de génie» qui testait lui-même de nouvelles méthodes d'agriculture, transformait la piscine du palais Chitralada en étang de pisciculture et inventait le buffle mécanique ou les pluies artificielles. Enfin, c'était un homme de compassion pour les petites gens.

Il y a, dans ce fatras de louanges, des passages qui relèvent de la légende, mais la grandeur de l’homme est incontestable. On ne peut nier que ce monarque a eu le règne le plus long de l’histoire de la Thaïlande et l’un des plus prestigieux. Durant des décennies, il avait été le principal facteur d’unité dans un pays où une pesante structuration hiérarchique exacerbait les inégalités sociales. Il incarnait le lien entre tous les Thaïlandais quelle que soit leur classe sociale, le miroir dans lequel chacun pouvait se reconnaître comme faisant partie d’un tout. «Le sentiment qu’éprouvent les Thaïlandais pour le roi est quelque chose que les étrangers ne peuvent pas complètement comprendre», disait alors l’ancien premier ministre Anand Panyarachun.

Quand Bhumibol Adulyadej naît à Boston en 1927, personne, pas même ses parents, n’imagine le destin exceptionnel qui l’attend. Quand Ananda Mahidol, son frère, devient roi en 1934, après l’abdication de son oncle, les deux enfants vivent à Lausanne avec leur mère et leur grande sœur. Ils sont inséparables. Des photos les montrent aux sports d’hivers, bras dessus bras dessous, leur manteau maculé de neige. C’est le temps de l’insouciance, mais aussi des études à l’Ecole nouvelle de Lausanne. Le jeune Bhumibol se passionne des sciences, de la musique. La carrière d’ingénieur le tente. En 1946, la famille rentre en Thaïlande pour la cérémonie de couronnement d’Ananda. Celui-ci est accueilli avec soulagement par les Thaïlandais, mais la monarchie a connu une longue éclipse et son prestige est amoindri. Ananda ne règne que quelques mois. Un matin de juin 1946, il est retrouvé mort, dans son lit, d’une balle dans la tête. Il revient au jeune Bhumibol d’assurer la continuité de la dynastie Chakri, sous le nom de Rama IX.

Roi du développement
Roi ThaîlandeBhumibol est un roi qui a beaucoup voyagé. Il revient de ses nombreuses visites en Europe avec beaucoup d’influences et de certitudes qui changeront le visage de la Thaïlande. Le Bangkok trace est encore la trace vivante de cette influence européenne avec ses larges avenues inspirées par les Champs Elysées et ses grands temples bouddhiques (il y en a 430, rien qu’à Bangkok) en marbre et en fer forgé. C’est ici que l’on retrouve l’administration thailandaise. Le Palais royal y côtoie le siège du gouvernement et celui de l’Onu pour la zone Asie – Pacifique. On y est aussi frappé par les larges avenues bordées d’arbres (il n’y a pas d’arbre dans le Bangkok moderne) et ses nombreux canaux navigables.

Depuis les années 60, il sillonne son royaume, multipliant les initiatives et les projets. Grâce à lui, de nombreux grands projets d’irrigation en zone rurale ont vu le jour. En 1974, le souverain élabora un concept de développement original, nommé « économie de suffisance ». Il définit cette nouvelle politique, la même année, lors de la création de l’Université Kasetsart: « Le développement du pays doit être réalisé par étapes. Il doit débuter avec l’établissement d’infrastructures permettant l’accès à l’alimentation et aux besoins de base de la population, grâce à des méthodes qui doivent être économiques, prudentes et en conformité avec les principes. Une fois cette fondation fermement établie, le progrès peut être continuellement, soigneusement et économiquement promu. Cette approche permettra d’éviter les erreurs et les échecs et conduira à l’accomplissement certain et complet des objectifs ».
Il encourage alors les petits producteurs agricoles à rechercher avant tout l'autosuffisance alimentaire, la diversification de leur production et une moindre dépendance à l'achat de produits manufacturés. Plus largement, il propose une attitude de modération, d'intégration dans l'écosystème et d'organisation coopérative et solidaire au sein des communautés villageoises. Ainsi, face a une économie mondialisée et au développement débridé d'une agriculture intensive mécanisée et de la monoculture partout dans le monde qui n'a jamais vraiment enrichi les agriculteurs, le roi prônait un modèle de développement modéré qui se fait étape par étape et, surtout très diversifié.

Vision révolutionnaire
L'agriculture qui est promulguée est une forme d’agriculture durable complémentaire des agricultures biologiques, « agroforestières » ou raisonnées. Cependant, en plus d'être très conceptuelle, cette théorie a largement bénéficié d'une mise en pratique, au travers de centres de développement et de recherche et de champs-écoles pour agriculteurs (farmer's field school). Ceci a donc conduit à la proposition d'une ferme type de 2,3 ha avec quatre parties :

• 30 % d'étangs servant de stockage de l'eau à la saison sèche pour alimenter le verger. La digue de l'étang doit être surélevée et fixée à l'aide de plantes herbacées pour éviter l'érosion (vétiver notamment). L'étang est de plus utilisé pour élever diverses espèces aquatiques animales (poissons, grenouilles, etc.) et végétales.
• 30 % utilisé pour produire du riz à la saison des pluies, ce qui couvre au minimum la consommation familiale.
• 30 % de verger ou jardin avec différents arbres fruitiers, un grand potager, des herbes aromatiques, condimentaires et des champignons.
• 10 % restant sont des bâtiments, d'élevage et d'habitation pour la famille.

Derrière cette organisation, il y a une volonté d’accéder d'abord à une autosuffisance à l'échelle individuelle puis, à mesure de la maîtrise de la production, de générer du surplus qui peut être vendu et dégager ainsi un revenu.

Depuis les années soixante, environ 3.000 projets royaux verront le jour. Ils englobent des thématiques qui vont de l’agriculture durable à la santé publique en passant par les transports et les télécommunications avec toujours comme objectif la réduction de la pauvreté et de la faim.

Des projets de développement lancés et réalisés grâce aux moyens financiers du Bureau des Propriétés de la Couronne. Cet organisme qui gère les biens de la couronne est indépendant du gouvernement. Il ne rend compte qu’au roi et la fortune qu’il gère est immense. La couronne est, en effet, le premier propriétaire terrien du pays, et les revenus générés par ces propriétés ont été savamment investis, faisant du Bureau un acteur essentiel de l’économie thaïlandaise: industrie, assurance, banque, etc. Une richesse estimée à 30 milliards de dollars. Ce sont ces projets qui proposent et distribuent aux fermiers une soixantaine d'espèces animales et végétales pour les quatre parties de la ferme type promue par le roi.

Nouveau tigre asiatique
Sous l’impulsion de son roi visionnaire, la Thaïlande connait une croissance économique remarquée au sein de la zone du Sud-Est asiatique et ambitionne de rejoindre les nouveaux pays industrialisés de la bande des quatre (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong-Kong). Par son dynamisme, l’agriculture thaïlandaise a joué un rôle moteur dans l’essor de l’économie nationale. Elle contribue pour près d’un quart à la formation du PNB, emploie près de 70 % de la population active et ses activités dégagent un surplus exportable permettant de couvrir le déficit des échanges manufacturiers.

VISITE DE FAMILIARISATION : Des hommes d’affaires sénégalais en quête d’opportunités en Thaïlande
Sénégalais à ThaïlandeUne délégation d’hommes d’affaires sénégalais à répondu à l’invitation de l’ambassade royale de la Thaïlande pour une visite de familiarisation d’une dizaine de jours dans l’ancien royaume de Siam. Une visite au cours de laquelle de nombreuses opportunités d’affaires leur ont été présentées.
 
« La téranga n’est pas que sénégalaise ». Mme Ndom qui accompagne son époux depuis plusieurs années en Thaïlande pour importer des tissus au Sénégal ne tarit pas d’éloges pour le pays thaï. L’ouverture des Thaïlandais est, en effet, frappante. Contrairement à nombre de pays asiatiques qui ont du mal à cacher leur racisme, la Thaïlande est le pays du sourire. « Ils ne développent aucune méfiance vis-à-vis des étrangers, bien au contraire ». Pays très touristique (30 millions de touristes en 2015), leshabitants ont l’habitude d’accueillir et de converser avec les étrangers. Partout, ce sont des voix généreusement chantonnantes qui vous accueillent avec le bonjour local (Suwadikha).
 
La visite commence par une rencontre avec des chefs d’entreprises thaïlandaises à la Chambre de commerce à Bangkok. La rencontre, présidée par le vice-président de la structure est une prise de contact entre hommes d’affaires des deux pays qui s’échangent des cartes de visite et prennent rendez-vous pour des discussions plus poussées et des visites organisées pour une plus grande visibilité des activités des différentes entreprises locales présentes. Le vice-président de la Chambre de commerce qui a déjà séjourné au Sénégal est un ami de l’écrivain Cheikh Hamidou Kâne. Il explique qu’une dizaine de compagnies thaï commencent à investir à l’étranger. « Les produits de mer et les minéraux pourraient attirer nos investisseurs », soutient-il. A son tour, le porte-parole de la délégation sénégalaise, M. Serigne Amar, secrétaire général du holding Tse fixe les centres d’intérêt des hommes d’affaires sénégalais : « Nous avons, au Sénégal, un secteur privé important et très dynamique qui est la quête d’opportunités pour le marché sénégalais. Nous sommes intéressés par le textile, les services, l’agriculture, la machinerie agricole et industrielle ».
 
Rendez-vous est donc pris avec certaines entreprises thaïlandaises pour des visites de terrain qui commencent Ubon Ratchathani. Capitale de la province du même nom au nord-est de la Thaïlande, elle est frontalière du Cambodge et du Laos, Ubon est surtout connue pour son festival des bougies qui se tient au mois de juillet. La rivière Mun et le Mékong entretiennent une nature luxuriante qui offre de très beaux paysages. La concentration de temples bouddhiques est ici impressionnante. « C’est parce que le bouddhisme est peut-être encore plus présent ici que dans d’autres villes », explique le docteur Philatlak Kongsim, une enseignante qui conseille le groupe Panpee, hôte de la délégation sénégalaise à Ubon. Le groupe Panpee s’active, pour l’essentiel, dans l’agriculture et le tourisme. Il produit différentes variétés de riz et des cultures énergétiques comme l’huile de palme, le jatropha, le manioc et la canne à sucre. La firme encadre aussi des groupements de petits producteurs locaux pour la transformation des produits agricoles.

Après Ubon, cap sur Chiang Mai. C’est la deuxième plus grande ville de Thaïlande après Bangkok bien que cinquante fois moins peuplée. Détendue, créative et policée, Chiang Mai est aussi une cité dynamique et moderne qui a conservé une charmante simplicité. Ouverte aux autres, elle accueille la plupart des organisations non gouvernementales (Ong) qui travaillent avec les réfugiés birmans. Malgré la circulation, la pollution, les bâtiments en béton et les influences occidentales, elle reste authentiquement thaïlandaise et résolument tournée vers le progrès. La population estudiantine lui vaut une ambiance jeune, particulièrement notable dans les bars et les boîtes de nuit.

Une visite au ministère du Commerce de Thaïlande, représenté dans chaque province par un département de la promotion du commerce international permet à la délégation sénégalaise de se familiariser avec les atouts de la région. Chiang Mai est, en effet, réputé pour son artisanat. La céramique, la porcelaine, l’argenterie, le tissage du coton et de la soie, le bois et les produits alimentaires sont des activités réputées dans la région. Des chefs d’entreprise thaïlandais intéressés par l’importation du coton ne cachent pas leur intérêt pour le coton sénégalais et se disent prêts à saisir les opportunités dans ce sens.

La visite se poursuivra par la visite de l’usine Polowat Engine Ltd qui s’active dans la machinerie agricole. Une visite qui a particulièrement intéressé le représentant de Tse. « Notre agriculture a certes besoin de tracteurs pour les grands domaines, mais ce sont surtout les petites machines agricoles qui nous feront faire de grands pas dans notre combat pour l’autosuffisance », explique Serigne Amar. En effet, explique le secrétaire général du Holding Tse, « notre agriculture est surtout familiale. Elle est pour l’essentiel faite par de petits producteurs qui ne peuvent pas utiliser les tracteurs, c’est pourquoi nous sommes intéressés par l’importation de petites machines agricoles qui pourront alléger la pénibilité du travail de ces paysans ». M. Amar se verra d’ailleurs offrir deux machines pour les tester au Sénégal. « Si les tests sont concluants et que ces machines s’avèrent solides et économes en énergie, nous en importerons au Sénégal », s’engage-t-il.

Le programme de la visite se termine par une rencontre avec les dirigeants d’Eximbank à Bangkok pour étudier les modalités de financement d’éventuels partenariats entre hommes d’affaires thaïlandais et sénégalais.


CENTRE ROYAL D’ETUDES DU DEVELOPPEMENT HUAI HONG KHAR : La pépinière du roi
Le Centre royal d’études du développement Huai Hong Khrai a été créé sur l’initiative du roi Bhumibol, le 11 décembre 1982, dans la zone de la réserve forestière nationale Khun Mae Kuang de Chiang Mai. Il couvre une superficie de 1360 hectares. Ayant constaté que la région qui avait autrefois des forêts abondantes voyait ses ressources se dégrader progressivement, il ordonne au centre d’études de faire des recherches et des expérimentations sur des méthodes de développement adaptés aux besoins de cette partie du pays. Il insiste particulièrement sur la conservation des bassins hydrographiques, sur le reboisement et le développement agricole.

La région était naguère maltraitée à cause de l’agriculture des pavots qui y poussent naturellement. Après la récolte, on brûlait les champs pour préparer les prochaines cultures. Au fil des ans, l’aridité s’était installée dans la région. Le roi recommande alors sa reforestation en commençant par la préservation de l’eau. Ce sont donc 18 villages qui vivent autour du centre où ils sont formés aux techniques d’agriculture et d’élevage. Des bœufs danois sont importés pour les croiser avec les vaches locales qui parviennent ainsi à améliorer leur production laitière en donnant 10 à 12 litres par jour. Des chèvres y sont aussi élevées et leur production laitière sert à fabriquer du fromage et du savon (la viande de chèvre n’est pas consommée en Thaïlande). C’est aussi le cas de cochons et de poules. Des poules chinoises sont croisées avec des races locales pour améliorer leur production en viande. Tous les croisements sont faits dans le centre et les semences sont données aux producteurs de la région.

Par notre envoyé spécial Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 30 mars 2017 12:29

Darou Hidjiratou est un village chérifien créé en 1950 par un descendant du prophète Mohamed (Psl). Ce qui fait de la localité une cité religieuse où les valeurs de l’islam sont enseignées et appliquées. Mais Darou souffre de son enclavement. Isolé dans le département de Vélingara, il faut faire des heures de route pour s’y rendre.

Darou Hidjiratou. Un village chérifien situé au bout de la forêt du département de Vélingara. Pour s’y rendre, il faut faire plus de 150 kilomètres en venant de la commune de Vélingara. L’accès est difficile. La seule piste de production qui mène à ce village en passant par Bonconto, chef-lieu d’arrondissement, est impraticable pendant la saison des pluies. L’eau de pluie prend le pouvoir pendant les mois de juillet, août et septembre. Par conséquent les villages de cet arrondissement deviennent inaccessibles. Il est difficile pour un chauffeur étranger de rouler sous ces eaux puisqu’il faut bien connaître la vraie piste au risque de perdre son véhicule. Pour ne pas perdre le nôtre, nous sommes obligés de louer les services d’un transporteur originaire d’un village situé à trois kilomètres de Bonconton. Le trajet nous coûta 20.000 FCfa. Pourtant, une fois en pleine forêt, le chauffeur nommé Amadou Diao s’arrête pour demander une augmentation de 5.000 FCfa à cause de la difficulté du trajet. Un montant accordé tout de suite puisque nous sommes tous conscients que les manœuvres ne sont pas faciles. Alors le jeune chauffeur reprend son volant en roulant dans l’eau mais en choisissant bien les endroits où mettre les pneus de son véhicule. Malgré les secousses, nous avons eu le temps d’admirer la belle faune de la campagne en profitant de la fraicheur matinale et de la verdure. Car, pour aller dans ce village chérifien, il faut traverser une plaine herbacée et peuplée d’arbustes. Une beauté qui pousse les touristes à tenter le voyage en affrontant cette piste sans mesurer les conséquences. Pourtant les risques sont réels. Deux véhicules 4x4 appartenant à des touristes sont pris dans le piège des eaux glauques qui cachent la piste. Et le nôtre, un ancien modèle de la marque française Renault, résiste dans bien que mal en dépassant les deux véhicules sous les regards impuissants des propriétaires. Le chauffeur en pleine manœuvre nous demande de prendre notre mal en patience parce qu’il reste encore quelques kilomètres à parcourir. Le paysage est captivant. On ne se lasse pas d’admirer la beauté de la forêt de la région de Kolda. Deux heures plus tard, Bonconto se pointe à l’horizon, au bonheur de toute l’équipe. Mais, il reste encore quelques cinq longs kilomètres à parcourir toujours dans la forêt dense de la Casamance avant d’arriver à destination. Ces derniers kilomètres nous prendront encore deux heures. Il était 11 heures quand nous entrons enfin à Darou Hidjiratou.

Mosquée en construction
Mosquée Darou HijratouAu milieu de ce village d’émigrés, une grande mosquée est en construction. « Notre ancienne mosquée ne peut plus contenir les fidèles. Un ami du village a décidé de nous construire celle-ci », lâche Abdoul Aziz Aïdara, un fils du village. Ce dernier est notre premier interlocuteur. Il décida alors de nous conduire chez son aîné qui est aujourd’hui chef et khalife du village. Il se nomme Cherif Mamadou Seydou Aïdara. En bon paysan, ce vieux marabout est absent de chez lui. Il est dans les champs. Alors, notre jeune chauffeur, après quelques minutes de repos, reprend son volant en direction du champ. Heureusement celui-ci n’est pas loin. Entouré de ses talibés, le marabout est en train de défricher son champ de coton. Celui qui se décrit comme paysan et enseignant de la littérature arabe va au champ dès les premières lueurs de la matinée, vers 6 heures, avant d’être rejoint par ses talibés. Trouvé en pleine activité, cet homme de taille moyenne et au teint clair prend son temps pour nous faire l’histoire du village de son défunt père Khalife Alassane Aïdara, né en 1917 et décédé le 24 décembre 2011 à l’âge de 94 ans. Père de 20 enfants dont 12 garçons, le fondateur de Darou Hidjiratou a laissé derrière lui 94 petits-fils. « Au moment de son décès, il avait 15 arrières petits-fils », raconte le marabout les yeux fixés au ciel. Après ce petit récit, Cherif Mamadou Seydou Aïdara essaie de retracer l’histoire de la création du village son papa. Il raconte que son père, avant de créer le village, est passé par le Mali avant rejoindre Médina Gounass après des séjours à Nioro De Rip et à Kounkané. « C’était vers les années 1942 », se souvient-il. C’est à Médina Gounass, après sa rencontre avec le marabout des lieux, qu’il a décidé, sur ses conseils, de fonder en 1950 le village chérifien en lui donnant le nom de Darou Hidjiratou. « C’était en 1948, un an après ma naissance », raconte Chérif Mamadou Seydou Aïdara, l’homonyme du marabout de Médina de Gounass.

Village religieux
A sa création, le village ne comptait que trois maisons. « Aujourd’hui nous sommes à 140 maisons avec plus de 2.000 habitants composés essentiellement de chérifiens car nous sommes tous des frères et sœurs, avec nos enfants dont certains sont en Europe », informe notre interlocuteur qui ajoute que ses ancêtres étaient des descendants du prophète Mohamed (Psl). Ces liens de parenté avec le fondateur de l’islam fait de la localité un village religieux où l’on enseigne aux enfants, dès le bas âge, les valeurs de la religion musulmane et la littérature arabe. « Nous sommes un village religieux où il est interdit de fumer ou de danser », nous signifie Mamadou Seydou Aïdara. Dans le village de son papa, toutes les femmes portent un voile et sont soumises aux règles et lois de la religion musulmane, c’est-à-dire de « la charia ». C’est grâce à cette charia que tous les conflits entre les habitants sont tranchés au village. « La justice ne juge que des rares cas de crimes. Sinon, la charia est appliquée ici à la lettre », précise-t-il. Mamadou Seydou Aïdara est titulaire d’un doctorat en arabe. Il a étudié dans les pays arabes avant de rejoindre la France en 1975 pour poursuivre les études sur l’Astronomie.

Aujourd’hui, en tant que chef du village, l’homme inculque son savoir à plus de 220 talibés répartis dans trois daaras. « Tous mes talibés sont pris en charge. Ici, on ne demande pas l’aumône. Les enfants vivent de ce que nous cultivons », souligne-t-il. En plus de l’agriculture, le vieux marabout dispose de vergers de mangues et d’autres fruits. « Nous avons tout ici », se réjouit-il, avant de reconnaître que leur seul problème reste et demeure la route. Le village est inaccessible. « Nous espérons que le président Macky Sall qui connaît bien ici fera quelque chose pour le village en nous construisant la route. Le marabout peut aussi compter sur l’un de ses jeunes frères qui est membre du parti au pouvoir. Ce dernier est d’ailleurs le maire de la commune rurale de Darou Hidjiratou.

Puits de la fécondité et de la guérison
Puits de Darou HijratouAu fond du village de Darou Hidjiratou est creusé un puits miraculeux. Construit parmi les 120 autres puits du village, il était le seul où l’eau a choisi un vendredi pour jaillir comme l’aurait souhaité un des savants et conseillers du fondateur du village, khalife Alassane Aïdara. « C’est pour cette raison qu’il fait objet de pèlerinage », explique l’actuel khalife Cherif Mamadou Seydou Aïdara. Il raconte que son père avait suivi le conseil d’un certain Thierno Amadou Barro en creusant ce puits 15 ans après son installation au village. L’eau devait jaillir de ce puits un vendredi, lui avait annoncé son conseiller. Ne connaissant l’emplacement exact à choisir, le fondateur du village fait creuser plusieurs puits à divers endroits du village. Dans l’un des puits, l’eau jaillit des entrailles du sil un vendredi, conformément à la prédiction de son conseiller.

Ce puits a été creusé en 1082. Depuis lors, il fait l’objet de pèlerinage parce que, d’après notre interlocuteur, il est source de fécondité, de guérison et de miracles. Et les pèlerins viennent de partout et même des pays de la sous-région pour chercher cette eau. On raconte l’histoire de cette femme originaire de la commune de Kounkané qui était entre la mort et la vie quand on l’a amené au village. Elle a survécu après pris un bain en utilisant l’eau de ce puits. « Non seulement, elle était guérie mais elle a mis au monde des enfants alors qu’elle avait des difficultés à en avoir », se rappelle Chérif Mamadou Seydou Aïdara. Ce dernier est formel, la majeure partie des femmes qui ont utilisé cette eau pour un bain ou en la buvant ont eu des enfants après. « C’est pour cette raison que nous disons souvent que l’eau de notre puits est source de fécondité », soutient Cherif Seydou Mamadou Aïdara. En plus de ces femmes, les hommes viennent de partout pour effectuer le pèlerinage dans ce puits. « Beaucoup boivent cette eau car elle peut guérir certaines maladies. C’est un puits miraculeux », lance-t-il.

Ce puits d’une profondeur de 12 mètres a besoin aujourd’hui d’être réhabilité. « Mon père ne voulait pas d’une construction moderne autour du puis. C’est pour cette raison que nous avons préféré ne rien construire autour de ce puits. Nous comptons cependant réaliser quelques travaux pour le protéger », assure le khalife et chef du village de Darou Hidjiratou qui, avec fierté, explique les bienfaits de ce puits qui, à son avis, mérite d’être connus par les Sénégalais. A l’en croire, grâce à cette eau, les populations de son village tombent rarement malades.

Par Eugene KALY et Ibrahima BA (textes), Assane Sow (photos)

Last modified on lundi, 27 mars 2017 13:22

Le jour du décret

27 Mar 2017
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C’est un jour terrible, le jeudi.  D’ailleurs, les références ne manquent pas pour le « jeudi noir ». Le premier jour du krach de 1929 était un jeudi. Pareil pour la terrible défaite de l’aviation allemande au cours de la bataille d’Angleterre en 1949.  Il y en a d’autres, des jeudis terribles. Chez nous, le quatrième jour de la semaine est celui de la tenue du Conseil des ministres. Le jour du jugement dernier pour ce particulier personnel de la République qui doit sa fortune aux décrets de nomination du président de la République. Le jeudi, les marabouts se frottent les mains. Certains veulent garder le plus longtemps possible leur juteux poste. D’autres font recours à un trésor d’ingéniosité pour entrer dans les grâces du distributeur des privilèges du palais de l’avenue Roume.

On connaissait la « nuit du décret », explicitement raconté par les écrits saints. Il y est dit que tout, dans la vie de l’homme, y a été décidé : sa santé, sa longévité, sa fortune, etc. Voilà, pourtant, que le « jour du décret » bouleverse cette certitude coranique. Ce n’est plus au Bon Dieu qu’il faut plaire, mais au faiseur du bonheur terrestre qui préside le fameux Conseil des ministres. Ce jour-là, la signature présidentielle apposée au bas des décrets de nomination fait et défait des vies. C’est le jour des sourires passe-partout pour les bienheureux nouveaux machins et des rictus navrés pour les malheureux ex-trucs. Quand une vie ne tient qu’à une signature, c’est qu’elle doit être franchement bien courte. 

Par Sidy DIOP

Le marché des fleurs demeure très hermétique au Sénégal. Une activité qui a souvent cours au sein de familles qui se sont passé le mot de père en fils. Aussi improbable que cela puisse paraître l’activité rapporte.

Abdou Sène s’active avec ardeur dans son jardin de 600 m², hérité de son père situé à Camberène. Il s’est levé dès l’aurore. Il s’adonne à des va-et-vient, muni de ses deux arrosoirs, dans le but d’asperger ses plantes. Des sèmes qui méritent « précaution et attention », souligne-t-il. Abdou est un jardinier fleuriste. Il est un amoureux de la nature. Son métier, il l’exerce avec passion et exigence depuis plus de quinze ans déjà. Il décrit ses journées comme étant longues et souvent fatigantes. Abdou travaille debout, dans le froid et l’humidité, conditions essentielles à la conservation des fleurs et végétaux. Il soulève parfois des pots très lourds. Il transporte des seaux d’eau et des sacs de terreau. « Devenir fleuriste réclame d’aimer le travail manuel délicat et avoir un minimum de force physique et d’endurance, pour s’adonner à des corvées parfois très pesantes », souligne-t-il. Le travail à mains nues, dans l’eau et la terre, manipulant souvent des épines, est parfois difficile.

Commerçant, le fleuriste doit mettre en avant son savoir-faire et se montrer polyvalent pour réussir. À la fois artiste, botaniste et gestionnaire, il propose des compostions florales adaptées à chaque événement, gère l’organisation de son jardin et conseille sa clientèle. Cette approche permet de fidéliser les acheteurs. «Les prix des plantes varient selon leur taille et leur résistance. Un cocotier de deux mètres peut coûter 60.000 FCfa et ceux qui sont dans les pots sont plus en sécurité et coûtent donc plus chers». Le prix des fleurs varie entre 50 et 200 FCfa pour les saisonnières, les arbustes coûtent entre 500 à 2500 FCfa et les palmiers entre 60.000 à 250.000 FCfa », révèle-t-il.

Le fleuriste est avant tout un technicien possédant de solides connaissances en horticulture et en botanique. Son savoir-faire lui permet d’apporter les soins spécifiques adaptés à chaque variété de plantes et de d’apporter des conseils personnalisés à sa clientèle. « La créativité du fleuriste est primordiale car ses compositions florales doivent être originales et adaptées à chaque occasion, tout en restant dans la tendance du moment. Il doit mettre en avant son style personnel pour attirer la clientèle », note-t-il. En plus de son travail champêtre, Abdou fait preuve d’une aptitude à la gestion et d’un véritable sens de l’organisation, notamment pour tenir les comptes, gérer les stocks et suivre les commandes. De la patience et un bon relationnel forment les qualités essentielles de ce commerçant. L’accueil et le contact avec les clients doivent dès lors être un plaisir partagé, un moment agréable et convivial, souligne-t-il, tout sourire, après avoir fini de vendre à une de ses clientes. « Le contact humain est primordial et gratifiant, les gens apprécient toujours de recevoir des fleurs en cadeau et associent les fleurs au plaisir et à la fête », témoigne Nadine, une ressortissante française âgée de 70 ans trouvée sur les lieux en train de s’approvisionner en fleurs.

Fleuriste, un métier exigeant
Un fleuriste se lève généralement à l’aube afin de s’approvisionner chez les jardiniers. Les premiers arrivés profiteront d’un plus grand choix de végétaux de meilleure fraîcheur et pourront faire de bonnes affaires. Après la réception des livraisons, il faut rempoter, tailler, arroser, lutter contre les parasites et veiller à la bonne conservation des fleurs et plantes. «Une fois arrivé sur les lieux, nous sortons toutes les plantes à l’extérieur du jardin pour montrer que l’on est ouvert. Ensuite nous vérifions chaque composition, pour voir si il n’y a rien de fané. On jette aussi un coup d’œil aux plantes pour vérifier qu’elles ne manquent pas d’eau. Après on regarde s’il y a des commandes à faire, si oui nous les effectuons. Il arrive que nous créons des compositions pour la vente », informe Géraldine, vendeuse de fleurs et objets de décoration en centre-ville, sur l’avenue Jean Jaurès.

« Quand nous avons des acheteurs, nous coupons toutes les tiges et mettons chaque variété de fleurs en vases préalablement nettoyées. Nous fixons les prix, puis nous les disposons sur les vases et les pots », note-t-elle. Quid des prix ? Ils varient selon la plante.

La fourchette est comprise entre 50.000 FCfa jusqu’à 300.000 FCfa voire plus. «Les ventes ne sont pas régulières. On peut rester des jours sans voir un client. Et parfois, il nous arrive de gagner plus de 600.000 FCfa à l’occasion des fêtes notamment», fait-elle savoir. Une clientèle essentiellement composée de ressortissants occidentaux, souligne-t-elle.

Plus qu’un commerçant, un fleuriste est un artiste. Grâce à une excellente connaissance de la botanique, il crée des bouquets et des présentations florales pour décorer un intérieur, pour offrir ou pour célébrer un événement. Il maîtrise la botanique et l’horticulture, il peut informer, conseiller et surtout vendre.

«Le fleuriste a plusieurs cordes à son arc. Ses compétences sont multiples et ses rôles aussi riches que variés. Parce bien souvent il travaille seul, le fleuriste va sélectionner les fleurs et les plantes qu’il commercialisera ou qu’il utilisera pour réaliser ses présentations florales et ses bouquets. Cette sélection dépend de la demande des clients », informe Sébastien qui tient boutique sur l’avenue William Pontty. Le fait de réaliser des présentations florales et des bouquets tout en s’adaptant aux exigences du client est important. «En effet, les demandes sont différentes à la Toussaint, au moment de la fête des Mères, à Noël; d’où la nécessité d’avoir de très bonnes connaissances en botanique ou en horticulture », souligne-t-il. Ces dernières vont permettre au fleuriste de mieux choisir les fleurs et les plantes qui entreront dans la composition d’une présentation florale ou d’un bouquet. «Ces connaissances aideront aussi le professionnel à mieux entretenir les végétaux et à conseiller les clients. Faire preuve de créativité permet de se distinguer de ses concurrents », relève-t-il.

Devenir Fleuriste, qualités requises
Cette activité a commencé à Dakar vers les années 1960 avec des expatriés. Le marché des fleuristes est souvent autofinancé par les gens qui y travaillent. Selon Sébastien, pour devenir fleuriste, il faut impérativement faire une formation. Une passion pour les fleurs et les plantes est un réel atout mais c’est insuffisant pour pouvoir exercer ce métier.

Le fleuriste doit à la fois être vendeur, gestionnaire et conseiller. Il doit avoir les connaissances nécessaires pour gérer son commerce. Ce qui inclut la gestion des stocks la comptabilité mais aussi le suivi des commandes. Le fleuriste doit aussi avoir un esprit créatif et une touche d’authenticité. Il doit faire face aux besoins des clients et savoir vendre le traditionnel bouquet de roses. Enfin les fleuristes doivent avoir des qualités humaines. Ils sont au cœur des évènements heureux comme malheureux. « On fait appel à eux pour envoyer un bouquet à l’être aimé, fleurir un mariage, mais aussi pour réaliser une couronne pour un enterrement ou pour fleurir une tombe », rappelle Géraldine.

Par Oumar BA

Pour que l’immense bidonville kényan de Kibera ne soit plus une terra incognita, l’Américaine Erica Hagen a décidé de le cartographier grâce à l’aide de ses habitants. Son site Mapkibera permet de savoir où sont les écoles, les points d’eau…

Le projet social kényan MapKibera est né… sur le continent américain. Très précisément sur la côte Est en 2009 alors qu’Erica Hagen est étudiante en développement international à l’université de Columbia. « Dans les cours, le bidonville de Kibera [au Kenya], un des plus connus d’Afrique, était présenté comme un symbole de gigantisme, se souvient l’Américaine. Mais, paradoxalement, aucune carte précise de ce lieu n’existait. »

Erica en parle à son compagnon Mikel Maron, informaticien impliqué dans le projet OpenStreetMap, une alternative à Google Maps pour cartographier la planète à l’aide de contributions citoyennes. Le couple imagine alors un projet un peu fou : impliquer les habitants du lieu pour réaliser une carte numérique de l’ensemble du bidonville afin de « rendre visible les invisibles », tel que l’annonce le site matrice Mapkibera.org, la porte d’entrée numérique du projet.

« Nous pensions que tout cela n’allait durer qu’un ou deux mois », se souvient Erika Hagen. Sept ans et un bébé plus tard, le couple est encore pleinement impliqué dans cette aventure devenue une référence dans de nombreux pays. Tout autant pour sa portée sociale et citoyenne que pour la capacité qu’ont eue les créateurs à organiser le relais vers une équipe locale dynamique et entreprenante.

Les opérations sur le terrain
Ainsi, le Kényan Joshua Ogure, qui a démarré comme stagiaire vidéo en 2010, gère les opérations sur le terrain (@joshculture sur twitter), et vient d’être reconnu, le 7 mars 2015, comme un des 100 innovateurs du pays par Ihub, l’organisation phare qui fédère la communauté tech kényane.

Un petit tour sur Internet permet de mesurer l’étendue de cette réalisation numérique pionnière. Le site Voiceofkibera.org affiche d’emblée la carte du bidonville, réalisée en deux mois à l’aide de ses habitants. « Pour arriver à ce résultat, en 2010, nous nous sommes installés sur place et avons recruté treize jeunes qui n’avaient jamais touché un ordinateur de leur vie », se souvient Erika Hagen. Le projet fonctionne au-delà de leurs espérances et attire l’attention internationale. Des fonds de l’Unicef permettent à l’équipe de rebondir. En utilisant le site Hushahidi et sa cartographie participative, les habitants aident à enrichir la carte pour décrire la vie du bidonville : point d’eau, écoles, actualités… des informations visibles en ligne et identifiées par de gros points rouges sur lesquels il faut cliquer pour obtenir le contenu.

Ce succès en entraîne un autre. Certaines jeunes de Kibera deviennent alors reporters d’images et relatent à coup de petites vidéos la vie quotidienne et les actualités de la communauté. Le tout est mis en ligne sur Kiberanewsnetwork.org et relayé sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook.

Méandre de baraques et de cabanes
Actuellement, trois jeunes sont payés par l’organisation pour faire ce travail de « Real Citizen Journalism » (journalisme citoyen) qui permet de pénétrer, de n’importe quel écran de la planète, dans ce méandre de baraques et de cabanes, refuge de 300.000 habitants qui acceptent d’être filmés, de se raconter et de transmettre. Cette aventure numérique vient de s’enrichir, en 2015, d’une nouvelle ramification. A l’aide des fonds de la fondation Bill et Melinda Gates, une nouvelle carte, visible sur Openschoolskenya.org, répertorie les 339 écoles, 2.183 professeurs et 54.588 élèves du lieu. « Une façon de rendre visible ce réseau éducatif massif et informel », note Erika Hagen qui vient de consacrer une année à cette dernière réalisation. Parallèlement, cette entrepreneur et son compagnon ont créé une structure Groundtruth.in et inventé une activité à part entière : le conseil en mapping social. Ils sont depuis sollicités de la bande de Gaza au Caire en passant par Dar es Salaam, capitale de la Tanzanie. Le concept essaime. Dernière demande en date ? « Une intervention en Indonésie et au Bangladesh », répond Erica Hagen.

Lemondeafrique

Il s’est imposé comme l’un des hommes de confiance d’Ibrahim Boubacar Keïta. Ministre des Affaires étrangères depuis avril 2014, Abdoulaye Diop, 50 ans, a été maintenu à son poste stratégique après l’éviction de Moussa Mara de la primature, en janvier 2015. Ce poids lourd du gouvernement malien a été l’un des artisans de la signature de l’accord de paix d’Alger, approuvé en juin 2015 par les groupes rebelles du nord du Mali.

Durant les longs mois qu’ont duré les négociations, cet ancien ambassadeur aux États-Unis (de 2003 à 2009) a multiplié les voyages et les rencontres avec les différents protagonistes de la crise malienne pour faire entendre la voix de Bamako. Après ce premier succès – qui doit désormais être concrétisé sur le terrain –, ce diplomate longiligne au contact facile devrait s’attaquer en 2016 à un autre chantier important : l’organisation du prochain sommet Afrique-France prévu en janvier 2017 à Bamako. Avant sa nomination au Ministère des Affaires Étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération international, Abdoulaye Diop a également occupé plusieurs postes au Mali et à l’international. Il a été successivement coordonnateur de la Cellule d’appui à l’Ordonnateur national du Fonds européen de développement (ACP-EU), à la Direction de la Coopération internationale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de 1992 à 1998, puis conseiller à l’Ambassade du Mali auprès de la Belgique et de l’Union européenne de 1998 à 1999.

Abdoulaye Diop a également été conseiller du Ministre des Affaires étrangères du Mali et de la Coopération internationale, Chargé des questions politiques et diplomatiques de 1999 à 2000 avant d’être nommé conseiller diplomatique des présidents Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré entre 2001 et 2003. En 2003, Abdoulaye Diop occupe le poste d’ambassadeur du Mali aux États-Unis avec une juridiction qui couvre le Brésil, le Chili, le Mexique, le Pérou et l’Uruguay. Un poste qu’il qui quittera en 2009 pour une carrière de fonctionnaire international. Abdoulaye Diop s’est démarqué par son leadership en diplomatie à travers la mise en œuvre d’un plan stratégique pour l’Ambassade du Mali aux États-Unis et une gestion proactive des relations bilatérales et multilatérales entre le Mali et les États-Unis, l’Amérique latine et les institutions Bretton Woods.

Particulièrement intéressé par les questions économiques, et plus particulièrement le développement agricole, Abdoulaye Diop a joué un rôle actif dans la signature du contrat entre le Mali et le Millenium Challenge Corporation (MCC), d’un montant total d’environ 461 millions de dollars destinées à booster la productivité agricole et développer l’accès aux marchés régionaux et internationaux. Dans le même registre, il a initié un plaidoyer actif pour élever l’agriculture, le développement rural et la sécurité alimentaire en tant que haute priorité sur l’agenda de l’aide au développement à Washington D.C.

Par Marame Coumba SECK

Une Allemande à tout prix !

24 Mar 2017
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Excédée de voir son mari passer son temps à faire le ménage à la maison, une Allemande a demandé le divorce après 15 ans de mariage. Selon les médias, l’épouse a pris sa décision lorsque son mari, obsédé de la propreté et du rangement, a détruit une cloison qui était sale, avant de la remonter. Une nouvelle à coller sur de grosses pancartes pour une manif du tonnerre dont le thème général pourrait tout aussi s’inscrire en lettres rouges sur de larges affiches : « Revenez-nous ! ».

Nombre de maris sénégalais se désolent, après une longue journée de dur labeur, de retrouver à la maison des compagnes en froid avec la douceur légendaire des Sénégalaises, dont le moindre acte est une revendication. Les maisons sont devenues des terrains de manifestations quotidiennes. Griefs scotchés au front, les femmes ont troqué le fameux « mokk potch » contre de bruyantes récriminations. Plus de présence, qu’elles exigent. Plus de générosité (il faut donner plus de sous avec un sourire grand comme un chemin de fer à grand écartement), plus d’engagement dans le ménage, plus de cœur – eh oui ! faut faire le ménage de temps à autre pour aider -, plus de… Avis aux maris ulcérés : cherchez une Allemande.

Par Sidy DIOP

En Afrique, le prix élevé des médicaments décourage souvent les malades qui se tournent vers des produits vendus dans la rue, à leurs risques et périls. Grâce au service M-Pedigree, l’envoi gratuit d’un Sms suffit pour authentifier l’origine d’un remède.

M-Pedigree est une idée toute simple mais qui répond à un problème sanitaire central en Afrique : la consommation massive de faux médicaments. Le prix élevé des produits pharmaceutiques décourage la majorité des Africains qui se tournent vers des vendeurs de rue, à leurs risques et périls. Grâce au service M-Pedigree, toute personne désireuse de vérifier l’authenticité d’un remède peut le faire en quelques secondes avec son seul téléphone portable.

Il lui suffit de saisir la boîte qu’il veut acheter, de gratter une zone de l’emballage afin de révéler un code ad hoc puis de l’envoyer gratuitement par Sms. Cette personne reçoit alors par le même canal une réponse instantanée : « Ok » ou « No », signifiant que le produit identifié est propre ou impropre à la consommation. Derrière cette apparente fluidité, une plate-forme technologique dénommée Goldkeys.org qui relie des acteurs extrêmement divers, des fabricants de médicaments aux organismes de réglementation nationaux en passant par des réseaux de distributeurs officiels.

Testé de façon pilote au Ghana en 2007, ce service a séduit de nombreux services publics et s’est étendu depuis « à une douzaine de pays d’Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et Afrique du Nord et maintenant en Asie », explique Eugène Boadu, responsable marketing. Le système est particulièrement utilisé au Nigeria, au Kenya et au Rwanda, les trois pays dans lesquels la société a signé des agréments formels avec des instances gouvernementales. L’entreprise s’est déployée jusqu’en Inde où elle a installé son centre logistique.

Près de 100.000 décès par an
Le continent africain est particulièrement gangrené par le fléau de la contrefaçon : la dernière opération d’envergure de l’organisation mondiale des douanes menée dans 14 pays africains a permis l’interception, en juin 2014, de 113 millions de faux antalgiques, anti-inflammatoires, antibiotiques et anticancéreux provenant de Chine et d’Inde.

L’Oms estime que dans certains pays du continent, jusqu’à 30 % des médicaments vendus sont concernés et le chiffre de 100.000 décès par an est avancé. Même s’il est difficile de quantifier avec précision l’impact de ce système numérique, « on peut estimer que sur les deux dernières années, des dizaines de millions de vies ont été en relation avec ce dispositif de vérification », avance Eugène Boadu.

Rien qu’en 2014, les codes de 100 millions de paquets de médicaments ont transité par la plate-forme Goldkeys pour demande d’authentification. « Ce chiffre est déjà important, mais il devrait prendre une tout autre ampleur alors que nous avons récemment signé des contrats avec de très grands groupes pharmaceutiques », précise Eugène Boadu. Parmi les sociétés industrielles parties prenantes se trouvent, entre autres, le britannico-suédois AstraZeneca, le chinois Guilin, le franco-allemand Sanofi-Aventis et l’autrichien Richter.

Gérer au mieux son rythme de croissance afin de pouvoir vérifier « plus de médicaments, pour plus de patients et dans plus de pays » est désormais l’objectif affiché de cette jeune entreprise. « Travailler dans différents pays avec des communautés aussi diverses que des associations de pharmaciens, des organismes de réglementation gouvernementaux, des représentants de l’industrie pharmaceutique et des associations de patients n’est pas si simple, reconnaît Eugène Boadu. Il faudrait mettre en place des plates-formes technologiques synchronisées entre elles. » L’entreprise aimerait ainsi que des organisations sanitaires mondiales, telles que l’Oms, participent à cette initiative. « Mais jusqu’à présent, ces types d’acteurs ont choisi d’observer notre action depuis le banc de touche », déplore-t-il. Profitant de l’efficacité de son savoir-faire, M-Pedigree explore parallèlement de nouveaux territoires et a étendu son système de vérification instantanée à une douzaine d’autres catégories de produits : du textile aux composants automobiles en passant par la boisson et les soins vétérinaires. A chaque fois, ce sont les entreprises partenaires, soucieuses de garder leur réputation intacte, qui financent ce service gratuit pour le consommateur final.

Lemondeafrique

4 façons de mieux digérer

24 Mar 2017
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Ventre gonflé, gaz, inconfort digestif... Ces manifestations bien désagréables peuvent être soulagées par des remèdes naturels. Les solutions de Françoise Couic Marinier, pharmacienne diplômée en phytothérapie et aromathérapie et de Thierry Morfin, naturopathe.

Les probiotiques
Ces micro-organismes vivants, absorbés en quantité suffisante, ont des effets bénéfiques sur la digestion. On utilise le plus souvent des bactéries produisant de l’acide lactique, comme Lactobacillus rham nosus, Lactobacillus acidophilus ou Bifidobacterium breve. En colonisant l’intestin, les probiotiques absorbent les déchets provoquant des fermentations, ce qui permet aussi de maintenir l’équilibre acido-basique de l’organisme. À prendre en cure sous forme de gélules, en respectant la posologie du fabricant. (Physionorm Daily (combinaison de 8 souches de probiotiques), ImmuBio, 23 € les 30 gélules. À raison de 1 gélule par jour). Ajouter une poignée d’algues (kombu) dans l’eau de cuisson des légumes secs ou des céréales complètes.

L’huile essentielle de basilic exotique
Elle stimule le système digestif et combat les fermentations intestinales. Antispasmodique, cette huile essentielle a également une action carminative, c’est-à-dire qu’elle réduit les gaz, donc les ballonnements.

Après le repas, prendre 1 ou 2 gouttes d’HE (huile essentielle) de basilic exotique avec 1 cuillerée d’huile d’olive, de purée d’amande ou de miel ou un support neutre. Pour aromatiser ses plats, verser 6 gouttes d’HE de basilic avec 100 ml d’huile d’olive.

Ne pas confondre le basilic exotique (tropi cal) avec le basilic sacré ou le basilic français. (Roll’on relaxation, Phytosun arôms, 7,45 € les 5 ml ; Massage maux de ventre aux 15 huiles essentielles, Puressentiel, 13 € les 50 ml ; Capsules Ressource aux huiles essentielles, Le Comptoir Aroma, 9 € les 30 gélules).

• Pour lutter contre le stress, qui empêche de bien digérer : diffuser 15 gouttes d’HE de lavande officinale ou de petit grain bigarade (au choix) 2 fois par jour, dans les pièces à vivre pendant 15 minutes.

• En cas d’anxiété, se délasser dans un bain aromatique, le soir avant de se coucher : diluer 10 gouttes d’HE de lavande officinale dans un bouchon de produit de bain.
La tisane de graines de fenouil

Grâce leur concentration en huile essentielle riche en anéthol, les graines de fenouil calment les spasmes et apaisent les douleurs abdominales . Assainissant, le fenouil limite la formation
Compter 10 à 15 g de graines de fenouil (1 cuillerée à café bien pleine) pour une tasse d’eau bouillante. À boire en fin de repas.

Ou faire préparer par le pharmacien des gélules à base de 150 mg de fenouil (poudre totale) et 150 mg de menthe poivrée (poudre totale). Prendre 1 gélule à midi et au dîner, en cure de 1 mois. À renouveler si nécessaire.

Contre-indications : déconseillé pendant la grossesse et chez les femmes ayant eu un cancer hormonodépendant (sein, ovaires).
• Consommer le fenouil en légume, cru ou cuit, de préférence en début de repas.

• Supprimer les aliments pouvant favoriser la fermentation : sucre, féculents, crudités, légumes secs (haricots), petits pois, oignons, choux... Idem avec ceux qui produisent des gaz : carottes, abricots, bananes...

• Fruits et desserts sucrés se consomment plutôt dans la matinée ou l’après-midi.

• Oublier les chewing-gums, ainsi que les sodas et autres boissons gazeuses.

• Manger dans le calme en mastiquant longuement et lentement : la digestion débute dans la bouche grâce aux enzymes de la salive.

• Éviter les grignotages dans la journée, qui entraînent une déglutition permanente d’air. Et limiter aussi les portions...

Les bourgeons de figuier
Ce sont de grands régulateurs du système digestif. Relaxants, ils réduisent le stress, souvent en cause dans les ballonnements .
Prendre 10 gouttes d’extrait de bourgeons le matin et 10 gouttes le soir pendant 21 jours. On peut refaire une seconde cure si nécessaire avec une semaine d’arrêt. (Extrait de bourgeon figuier bio, Vitaflor, 11,90 € les 15 ml en pharmacie ; Herbalgem figuier, 11,50 € les 15 ml en boutique bio).

Faire une promenade digestive après les repas chaque fois que c’est possible. Et boire de l’eau de source dans la journée.

Source : topsanté

Loza Maléombho est la nouvelle étoile montante du stylisme africain. La jeune femme a vu son nom propulser sur la scène internationale lors de la diffusion du clip « Formation » de la chanteuse américaine Beyoncé. 25 millions. C’est le nombre de vues qu’a totalisé le clip « Formation » de la chanteuse Beyoncé dévoilé le 6 février. C’est là, dans le décor et le cadre très ethniques de ce clip, qu’une des créations de Loza Maléombho, styliste ivoirienne, est venue se glisser alors qu’on ne l’y attendait pas. À 3 minutes 24 secondes de la vidéo, le personnage à gauche de la chanteuse porte une création de la collection « Zaouli » Printemps/été 2016 de Loza. Alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, une des nombreuses stylistes de la chanteuse la contacte et lui demande de fournir deux prototypes pour le prochain clip de Beyoncé. « Beaucoup de créateurs sont sollicités par Beyoncé pour ses vidéos, donc d’expérience je sais que cela ne signifie pas forcément que l’on sera retenu », avance-t-elle. Alors depuis que le clip est diffusé, Loza avoue l’avoir regardé plusieurs fois d’affilée. Pour la modéliste, créer est un engagement, une prise de position claire contre le racisme qui prévaut aux États-Unis notamment. Ayant grandi entre les États-unis et la Côte d’ivoire, son art est influencé par les deux cultures.

Collaboration avec Solange Knowles
Loza semble avoir conquis toute la famille Knowles car déjà en février 2015, la jeune femme de 30 ans avait fait parler d’elle lorsque la sœur de Beyoncé l’a mise en avant dans la série « Black Designer Spotlight » sur Saint Heron, une compilation de 11 artistes indépendants qui se veut un espace d’expression d’art et de musique, produit par le label de Solange Knowles. La styliste est aussi connue pour son répertoire d’auto-portraits sur Instagram appelé « Alien Edits » où elle pose, la tête parée d’objets et d’animaux de tous genres. Cette série à succès lui vaut d’ailleurs d’être suivie par des milliers de fans sur les réseaux sociaux.

Customisation de vêtements
Même si elle n’envisageait pas d’en faire un métier, Loza dessinait ses uniformes scolaires et quelques robes de sa mère dès son plus jeune âge. Titulaire d’un diplôme en infographie et animation à l’université des beaux-arts de Philadelphie, c’est à la fin de son parcours universitaire que l’intérêt pour la mode s’impose, plus fort que jamais. Elle entreprend alors de réaliser des stages qui conforteront ses connaissances et son goût pour le domaine artistique. La jeune femme souhaite, à travers ses créations, exprimer son identité construite entre l’Amérique et l’Afrique, et sa fierté d’être « Black ».

Projets futurs
La jeune styliste ne compte pas s’arrêter là. Loza Maléombho voudrait sortir de sa zone de confort et se frotter à de nouveaux défis. Elle aimerait s’aventurer dans la création de lignes de vêtements pour homme, enfants et dans la décoration, particulièrement dans l’habillage de meubles. « Il me faut aussi miser davantage sur le développement durable et l’autonomie de la femme, deux éléments qui constituent la philosophie même de ma marque », avance-t-elle, bien déterminée à apporter sa touche dans l’univers africain du design et de la mode.
Par Oumar BA

Après plusieurs semaines de morosité liée à la crise postélectorale en Gambie, la ville de Farafenni déborde à nouveau d’activités. Et le marché central, poumon économique de cette ville, est l’un des meilleurs baromètres pour apprécier cette reprise effective. Les commerçants sénégalais qui avaient le moral dans les chaussettes depuis quelques semaines ont repris leur business et affichent le sourire. Ce nouveau climat de paix favorise leurs affaires et ils espèrent que la fin du règne de Jammeh annonce des lendemains enchanteurs.

Une fois la frontière franchie à partir de Keur Ayib, dans le département de Nioro, Keur Ali, un minuscule village complètement dépourvu se découvre. Pour regagner Farafenni, la première grande ville de l’Etat gambien, distante de 5 km et situé à 7 km du fleuve Gambie, il faut impérativement passer par là. Le trajet, selon les moyens, se fait à pied, à moto, en charrette ou en voiture. Le décor est tout autre. Des maisons en dur se succèdent. Avec la complicité du soleil assassin, leurs tôles en zinc luisent et, de leurs éclats, martyrisent les yeux mal protégés. A intervalles réguliers, des stations-services qui ont cessé toute activité sont squattées par des chèvres et autres volailles. Ça et là pullulent des garages de mécaniciens avec de vieilles guimbardes d’une autre époque exposées comme des objets d’art hors de prix. De part et d’autres de la route, des piétons vaquent à leurs occupations. Des vrombissements de véhicules de tout genre et de motos polluent l’atmosphère.

Au bout de cinq kilomètres, Farafenni se dévoile dans toute sa splendeur. Il faut d’abord passer les formalités d’usage au poste à l’Immigration passport control et au Farafenni custom office pour espérer fouler le sol de cette ville carrefour. Sur les lieux, un policier fagoté comme un charmeur de serpent nous demande notre destination, l’objet de notre visite et notre laissez-passer. Ni plus. Puis, il nous autorise à passer. Depuis la chute de Yaya Jammeh nous dit-on, les tracasseries ont diminué au niveau de la frontière gambienne. Même si du côté des transporteurs on affirme le contraire.

Dans cette ville, la circulation est très dense. Normal puisque c’est un passage obligé pour aller en Casamance et d’autres localités de la Gambie. Des bus, camions, taxi brousses qui ont fini de traverser la frontière foncent directement vers le quai de Bamba Tenda où ils devront embarquer dans le ferry pour rejoindre la ville de Soma, sur la rive opposée. Mais avant le village de Bereto, un autre contrôle s’impose à la 2nd Infantry Battalion.

Reprise des activités …
Finie la terreur silencieuse instaurée en Gambie, Farafenni a retrouvé sa quiétude d’antan. Dans cette ville-carrefour gambienne où les Sénégalais sont légion et s’activent dans le commerce et plusieurs autres domaines, la vie a repris son cours normal. Les populations se sont remises au travail. Ce nouveau climat de paix a favorisé la reprise des affaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de sillonner la July 22nd Highway ou encore la Seyfo Mama Tamba Jammeh Highway. Banques, magasins, pharmacies, supermarchés, boulangeries, restaurants, stations d’essence, compagnie d’assurance et autres ont repris service.

Au marché central de Farafenni, poumon économique de cette ville frontalière, l’ambiance d’antan est au rendez-vous. Les commerçants qui avaient déserté leurs cantines ont repris leur business qui tourne aujourd’hui à plein régime ; ce qui était inimaginable quelques semaines plus tôt, quand Yaya Jammeh s’agrippait encore au pouvoir. A Farafenni, le commerce est l’activité vedette de la communauté sénégalaise établie dans cette partie de la Gambie. Le marché central est animé par des commerçants sénégalais venus de villes et villages environnants pour gagner dignement leur vie de ce côté de la frontière. Il suffit de poser les pieds au Farafenni market pour s’en rendre compte. On se croirait dans un des plus grands marchés sénégalais. Pas de marchands ambulants ni de meute de talibés qui assaillent les piétons, mais les dialectes utilisés laissent croire qu’on se trouve en terre sénégalaise. « Tout le monde sait que l’anglais est la langue officielle gambienne, mais l’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est très courante », explique Mamadou Sakho qui a presque fait ses humanités en Gambie. Selon lui, Farafenni, c’est presque un Sénégal en miniature. « On y retrouve une forte colonie de Sénégalais. C’est aussi le cas des beaucoup de villes gambiennes. Que ce soit à Banjul, Kerewan, Soma, Bansan, Birkama, Basse, Serekunda ou encore à Barra. Cela vient confirmer que les deux pays constituent un même peuple. Nous avons les mêmes ethnies, les mêmes coutumes, avec des pratiques sociales identiques », ajoute-t-il sur un fort accent gambien.

Fraternité
FarafenniTout se concentre dans ce marché : vendeurs de tissus, de vaisselles, de matériels électroniques, de poisson, de viande, de légumes, de fripes, sans compter les parfumeries, cosmétiques, les merceries, les bijouteries et autres tailleurs et vendeurs de prêt à porter. Et plusieurs échoppes sont tenues par des Sénégalais qu’on arrive difficilement à distinguer des Gambiens. Ici, le Dalasi, devise gambienne, et le Franc Cfa circulent sans difficulté et on peut régler ses achats avec les deux monnaies.

Dans cet espace où cohabitent Gambiens et Sénégalais, la fraternité et la solidarité sont une réalité, même si, de temps à autres, des policiers effectuent des rondes, rappellent à l’ordre certains récalcitrants, réprimandent. Après de longues semaines vécues dans l’inquiétude, Farafenni et son marché ont retrouvé l’ambiance des grands jours. Et pourtant, la crise post-électorale avait poussé beaucoup de commerçants sénégalais à prendre le chemin du retour au bercail en attendant que l’horizon s’éclaircisse. L’ambiance était à cette époque malsaine et la sécurité n’était pas garantie. La meilleure solution était, pour ces Sénégalais, de rentrer au pays en attendant que les choses se normalisent. « Avec cette situation, nos activités ont connu un brusque coup d’arrêt. On a broyé du noir pendant quelques semaines parce qu’il y avait une psychose qui régnait et on a jugé plus sage de fermer boutique, car Yaya Jammeh et son régime étaient capables du pire », informe Mamadou Lam, un commerçant.

Aujourd’hui, cette crise se conjugue au passé. La Gambie a ouvert un nouveau chapitre de son histoire et le discours du Barrow qui a plaidé le renforcement des relations entre les deux pays pour garantir une paix durable a rallumé l’espoir chez ces Sénégalais qui travaillent à la sueur de leur front pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Farafenni a retrouvé son dynamisme économique et affiche le sourire. Un sourire retrouvé aussi par les commerçants sénégalais dont certains sont sur place depuis plus de deux décennies. « Les choses sont revenues à la normale depuis que Jammeh est parti. La reprise est certes timide, mais on espère qu’elle sera totale dans les semaines à venir. On espère aussi que le nouveau président fera tout pour que les relations entre nos deux pays soient beaucoup plus fluides » indique-t-il.

A Farafenni, nombreux sont ces Sénégalais qui se sont installés avec leurs familles. Définitivement pour certains d’entre eux qui considèrent la Gambie comme une seconde patrie. « Quand on travaille dans un pays et qu’on a des enfants qui y sont nés, on peut bien se réclamer de ce pays », argumente Amadou Bâ qui vit à Farafenni depuis plus de deux décennies. Vendeur de tissus, il a vécu avec amertume la crise électorale gambienne qui a menacé leur activité. « Malgré la frontière qui sépare le Sénégal de la Gambie, les populations sont les mêmes puisqu’elles sont unies par les mêmes liens socioculturels et religieux. Nous nous exprimons dans les mêmes dialectes. L’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est presque banal. C’est extraordinaire », explique-t-il. « Je suis moitié Sénégalais et moitié Gambien. J’ai des enfants qui sont nés au Sénégal et d’autres ici. J’ai même une épouse gambienne, donc je n’ai pas de problème d’intégration puisque mes voisins gambiens me considèrent comme un des leurs », ajoute-t-il. Ses garçons ont épousé des Gambiennes et une de ses filles a convolé avec un Gambien. Amadou Bâ n’est pas le seul dans cette situation qui est assez fréquente. Mamadou Lam a lui aussi vécu 27 ans dans cette ville. Vendeur de tissus au marché central de Farafenni, il n’est retourné que très rarement dans son Pété natal.

Farafenni, terre d’intégration…
Farafenni town« La majorité de mes enfants sont nés à Farafenni et ne sont jamais allés au Sénégal. Deux d’entre eux sont enseignants. Avec le poids de l’âge, je ne me déplace plus ». Selon lui, les Sénégalais s’intègrent facilement en Gambie, même si des fois ils ne sont pas épargnés des tracasseries. Originaire de Thiès et spécialisée dans la vente de vaisselle, Astou Mané, elle, a préféré loger à Keur Ayib qu’elle quitte tous les matins pour se rendre à son lieu de travail. « Je connais bien Farafenni pour y avoir vécu pendant trois années. Mais comme j’ai un magasin à Keur Ayib, j’ai préféré loger là-bas ». Selon elle, l’intégration des Sénégalais en Gambie est facilitée par liens qui unissent les deux peuples. « Nous ne sommes pas inquiétés ici, nous faisons notre travail en respectant le règlement, en nous acquittant aussi des taxes. C’est plus simple que cela. Je crois que quand on vit dans un pays et qu’on respecte ses lois et règlements, on peut vivre sans crainte », assure-t-elle.

Modou Ndiaye qui tient une parfumerie a connu une lente intégration. Après une tentative d’émigration avortée vers l’Espagne via la mer, le bonhomme a déposé ses baluchons en Gambie en attendant que la chance lui sourie à nouveau. « Quand on n’est pas chez soi, c’est normal que l’intégration soit difficile au début. Il fallait donc se plier aux règles du pays, ce que j’ai fait et à la longue je me suis habitué.

Depuis qu’il est arrivé, le jeune homme n’a pas connu de problème. « Ici, c’est presque le Sénégal, il n’y a pas de barrière linguistique et la fraternité se vit au quotidien avec nos parents gambiens ». Aujourd’hui, il est appuyé par son jeune frère, Moussa, qui était marchand ambulant à Dakar. « A deux, on se sent beaucoup plus en sécurité, même si jusque-là, on n’a connu la moindre embrouille », soutient-il. Comme nombre de ses compatriotes, Moussa avait fermé sa boutique avec la psychose installée par le refus de Jammeh de quitter le pouvoir. « Avec mon frère, on a loué une chambre à Keur Ayib en attendant que les choses se calment ». Mais avec le départ de Jammeh, ils sont revenus. « Depuis que nous sommes revenus, tout va bien. Les tracasseries ont diminué et on espère des lendemains meilleurs avec le nouveau président élu », assure-t-il.

Même les cireurs qui, pour la plupart, viennent du Fouta ne pensent pas à un retour au Sénégal. « A quoi bon rentrer quand on vit dans un pays et y gagne très bien sa vie sans être inquiété », indique Amadou Thiam.

Par Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 24 mars 2017 15:41

Les bassins versants d’un affluent du fleuve Gambie traversent plusieurs villages de la commune de Missirah. Le microclimat et la richesse des sols font de cette localité un terreau fertile de la production de banne. Sa part dans la production nationale est estimée à 80%. Cependant, la filière a ses contraintes.

À 35 km de Tambacounda sur la route de Kédougou, l’arrondissement de Missirah se particularise par le Parc national du Niokolo-Koba. Le fleuve Gambie qui le parcourt sur toute sa longueur a permis d’installer des milliers d’hectares de terres irriguées pour le maraîchage et l’arboriculture.

Pour se rendre à Koar, à environ 70 kilomètres de la commune de Missirah, il faut se ceindre les reins. La piste est défoncée, ravinée à l’extrême. L’intensité des pluies a laissé des marques sur la route. La voiture danse dans les crevasses. Il faut savoir résister aux déviations les plus périlleuses pour éviter de s’engouffrer dans les étangs d’eau éparpillés un peu partout. Au bout de quelques heures, le village de Koar surgit. Ici, les champs de banne s’étendent à perte de vue. Ils forment des pans de verdure. Les plantations se suivent. Des pieds portent des régimes de banane. Entre les plantations, les exploitants, le plus souvent à bord de leur vélo, vont et viennent. Dans ce village, on ne se tourne pas les pouces. Les plantations sont généreuses. Elles nourrissent bien des familles. Sur les routes, les agriculteurs en tenues dépenaillées marchent à grandes enjambées sur une pente qui offre une vue splendide de l’affluent du fleuve Gambie qui apporte la vie à l’intérieur de cette localité. A Koar, on remercie le ciel, mais on ne doit pas oublier ce cours d’eau qui est le siège d’activités économiques les plus florissantes. Les conditions ne sont pas aussi défavorables à l’agriculture. Koar est bordé par l’une des formations forestières les plus denses des environs. On a l’impression d’être coupé du reste du Sénégal. Du moins, l’air n’est pas pollué. Et la nature étale toute sa splendeur. Une saisissante impression de bien-être nous envahit au fur et à mesure que les champs et les formations arbustives défilent au passage de notre voiture.

A Koar, l’exploitation des plantations se transmet de génération en génération. Aujourd’hui, des groupements d’intérêts économiques ont vu le jour. C’est l’une des preuves que l’activité a porté ses fruits. En dépit des revenus non négligeables qui transitent sur les berges de cet affluent du fleuve Gambie, les exploitants portent sur leurs épaules un lourd panier d’écueils. Koar fait courir des Sénégalais des autres régions. Le président du Gie, François Gabriel Ndiaye, raconte que parmi les membres, certains viennent de Thiès, de Fatick, de Kaolack et de Louga. Ils sont arrivés à Koar à la suite du Plan d’ajustement structurel (Pas) avec son lot de chômeurs en 1986. Les têtes pensantes de ce Gie sont issues de la même promotion au Centre de formation en horticulture de Cambérène. «A la fin de notre formation, nous avons bénéficié de l’appui de l’Office africain pour le développement et la coopération (Ofadec). Il nous a affecté des terrains, du matériel, des intrants et nous a accompagnés jusqu’à la production», se souvient-il. Après cette étape, chaque propriétaire de parcelle devait rembourser une somme de 150 000 FCfa pour devenir autonome. Avec une production annuelle de 225 à 230 tonnes pour un chiffre d’affaires d’environ 41 millions de FCfa, le Gie exploite actuellement 9,5 hectares. Chaque membre dispose d’un quart d’hectare, soit environ 600 pieds de banane. «Nous fonctionnons sur la base d’un budget. Chacun d’entre nous doit verser une cotisation de 300 000 FCfa au début de chaque saison. C’est à partir de ce fonds que nous nous occupons du fonctionnement du Gie», explique Adama Ndao, secrétaire général du collectif régional des producteurs de la région de Tambacounda.

La banane chasse la pauvreté
Banane MissirahIci, chacun cultive sa plantation. Chaque exploitant récolte les fruits de son labeur. «On ne se plaint pas vraiment. A notre arrivée ici, nous étions des célibataires. Aujourd’hui, nous sommes tous mariés et entretenons bien nos familles grâce à ce travail », avance Gabriel Ndiaye, un coupe-coupe en bandoulière. Ici, les exploitants ne mettent pas tous leurs œufs dans un même panier. Ils jouent sur la diversité des variétés qui vont de la «Robuesta » à la grande «naine », en passant par la petite «naine » et le «Williams ». Cette année, l’eau n’a pas manqué. L’affluent est sorti de son lit et a dévasté quelques hectares. Les pertes sont énormes dans d’autres localités. A Koar pourtant, les bonnes moissons sont un acquis. Les producteurs affichent le sourire. Ils savent que leurs recettes vont augmenter. Pape Dioum est le secrétaire général adjoint du Groupement d’intérêt économique « Koar II » créé en 1981 et qui regroupe en son sein 117 membres. Dans ces périmètres, plus de 400 tonnes sont produites annuellement. D’ailleurs, c’est la plus grande zone de production de la localité. Comme les premiers intervenants, cet homme de taille moyenne est habité déjà par la joie grâce aux promesses de bonne moisson. « J’espère que nous allons dépasser les 400 tonnes que nous mettons chaque année sur le marché parce qu’il y a eu beaucoup d’eau », a lâché le jeune producteur. Dans les villages de Koar, de Guène et de Gouloumbou, la verdure de la plantation de banane parvient à calmer les ardeurs de la forte chaleur notée dans la région.

Le conditionnement, le maillon faible de la chaîne
L’exploitation des plantations a aussi des contraintes. Elles réduisent les ambitions. L’assiette foncière n’est plus extensible. La cherté des intrants limite les possibilités des producteurs. Mais c’est surtout le stockage et le conditionnement qui plombent la filière. «Notre objectif est d’augmenter notre périmètre d’exploitation pour prendre en charge les besoins de notre famille. Nous disposons de 30 hectares non exploités. Je pense qu’il nous faut un fonds d’exploitation », soutient Gabriel François Ndiaye. Le coût d’une motopompe et d’un bac flottant s’élève à 12 millions de FCfa. Une somme hors de portée des producteurs. Les coûts de la production pèsent lourds sur les épaules des producteurs. Les charges d’exploitation de 12 hectares s’élèvent à 25 millions de FCfa. «Je pense qu’avec 50 millions de FCfa, nous pouvions exploiter les 30 hectares qui nous restent », laisse-t-il entendre. Le respect des normes internationales est l’autre écueil à surmonter. « C’est le conditionnement qui pose problème. D’ailleurs, c’est ce qui rend la qualité mauvaise. Nous avons un véritable problème d’infrastructures », mentionne M. Ndao. Dans ces localités, la production par hectare s’élève à 25 tonnes au moment où le potentiel tourne autour de 60 tonnes à l’hectare. Selon Saliou Camara, secrétaire général du Gie de Koar 3, cette situation s’explique en grande partie par le manque de renouvellement du matériel végétal. Ce n’est pas tout. Le système d’irrigation est d’un autre âge. « La solution, c’est de disposer des plantes in vitro », fait-il comprendre. A ces problèmes s’ajoutent les inondations devenues récurrentes depuis quelques années. En effet, dans ces localités, certains périmètres sont engloutis par les eaux du fleuve, obstruant du coup l’accès. Face à cette situation, les producteurs exhortent les autorités à remettre à flot le barrage de Samba Ngalou afin de réguler le cours des eaux du fleuve.

Marguerite Thiaw, productrice : Une transformatrice au milieu des bananeraies
BananesCe jour-là, elle vient de parcourir 30 km. Cette distance sépare son village de Missirah. C’est au siège de la communauté rurale qu’elle s’approvisionne. Marguerite Thiaw a pignon sur rue à Nguène. C’est dans cette localité qu’elle a ouvert en 2014 une unité de transformation et d’exploitation de la banane grâce à l’aide d’une agence de microcrédit. Un local de deux pièces est aménagé à l’entrée de sa concession. Sur le local, comme une épigraphe au fronton d’un panthéon, l’enseigne «Simon production» est bien visible. Marguerite Thiaw n’est pas une illustre inconnue. Les producteurs vantent son dynamisme. Exploitante et transformatrice, la native du département Tivaouane connaît cette filière comme sa main. Elle exploite une parcelle d’un hectare dont le rendement annuel est de quatre tonnes. Cette dame de 57 ans est à donner en exemple. A partir de cette plante, elle fabrique de la farine, du couscous et du savon. La poudre thérapeutique sort de ses mains avec des épluches de banane. C’est en 2003 que la vieille dame a commencé à transformer des produits dérivés de la banane. «C’est une connaissance que j’ai héritée de ma mère. Aussi, j’ai inventé quelques recettes à base thérapeutique», explique-t-elle, une croix en bandoulière. Mère de neuf bouts de bois de Dieux, l’histoire de Marguerite Thiaw est celle d’une femme généreuse. Elle a choisi de mettre son expérience au service des femmes de son village. «Lorsque j’ai remarqué que les femmes d’ici n’avaient pas les moyens d’acheter mes produits, je les ai formées sur les différentes méthodes de transformation afin qu’elles puissent fabriquer leurs propre produits afin d’assurer les besoins nutritionnels de leurs enfants», laisse-t-elle entendre.

Le rêve de Marguerite a toujours été d’intégrer l’Institut de technologie alimentaire (Ita) pour pouvoir disposer d’une autorisation d’homologation. Ce qui pourrait lui permettre d’approvisionner les différentes épiceries du Sénégal et devenir du coup une transformatrice professionnelle. Aujourd’hui, malgré son âge, elle continue toujours de croire à la possibilité de réaliser ce rêve d’adulte. «Je reçois beaucoup de commandes d’une manière informelle. J’aimerai vraiment que cela se fasse de façon formelle. Je pense que pour que cela arrive, il faut que j’intègre d’abord l’Ita », soutient-elle. Déjà il y a quelques années, Marguerite avait bénéficié d’une formation sur la transformation des jus locaux grâce à l’appui du Projet de microfinance rurale (Promer).

Emigration : A Missirah, le phénomène ne faiblit pas
MissirahDans la commune Missirah, chef-lieu de 87 villages, l’agriculture et l’horticulture ne font pas courir les jeunes. Ils ont un seul rêve : partir pour l’Europe. Cette Europe qui est synonyme de réussite dans cette commune où poussent de belles villas à côté des cases.

Dans la région de Tambacounda, des dizaines de jeunes qui ont échoué dans leur projet d’émigration se convertissent en agriculteurs. Certains ont choisi l’horticulture de la banane. Ils se partagent des hectares de plantations qui longent le long du fleuve Gambie. Ce qui fait dire au directeur régional du développement rural (Drdr), Samba Ndao Tall, que de plus en plus de jeunes émigrés reviennent pour cultiver la banane. « Le retour à la terre est une réalité dans certaines localités de Tambacounda », a soutenu M. Tall, qui a indiqué que d’autres jeunes explorent les domaines de l’élevage, du commerce, entre autres. Mais à Missirah, une commune du département de Tambacounda située à une trentaine de kilomètres à l’Est sur la route de Kédougou, la forte attraction de l’émigration est une réalité. « Ce sont les jeunes et les vieux émigrés qui ont fait de cette ville ce qu’elle est aujourd’hui », a expliqué Koutoubo Sylla, natif de la localité et conseiller municipal de la commune de Missirah. Dans ce village devenu une commune grâce l’Acte 3 de la décentralisation, les jeunes ne s’intéressent pas à l’agriculture. « Notre rêve ici est de voyager, d’aller en Europe et de revenir construire de belles villas », a lâché le jeune collégien Lassana Diaby. Ce rêve est déjà réalisé par beaucoup de ses aînés qui ont construit des immeubles de deux voire trois étages. Pour améliorer les conditions de vie et d’existence de ses parents, Koutoubo Sylla était lui aussi tenté par le phénomène de l’émigration. « En 1986, comme la plupart des jeunes du village, j’avais eu l’intention de partir parce que je n’en pouvais plus de voir mes camarades partir et revenir construire de belles villas quelles années après. Malheureusement, mon rêve ne s’est pas réalisé. Mais je ne regrette rien car aujourd’hui en tant qu’agent de la poste, je gagne dignement ma vie », a soutenu M. Sylla qui reconnaît que cette tentation est encore forte parce que beaucoup de jeunes collégiens du village n’hésitent pas à abandonner les études pour aller en Europe.

Mais le phénomène s’est accentué entre 1980 et 1984, avant de monter en puissance en 2006 où une centaine de jeunes de Missira sont entrés clandestinement en Europe. Et Malgré les conditions difficiles, aucun d’entre eux n’a péri dans l’océan. « Missirah n’a jamais perdu d’enfant dans l’émigration clandestine », a soutenu le représentant du maire, qui a révélé que les premiers émigrés ont quitté Missira en 1969. Depuis cette date, les populations de ce village continuent de migrer vers les pays européens. « L’émigration est un phénomène culturel chez le peuple Diankhaké », soutient Koutoubo Sylla. Ce qui se confirme devant le bureau de la poste de Missira où des centaines jeunes, de vieux et de femmes ont pris d’assaut l’institution financière pour récupérer les mandats envoyés par des parents depuis l’Europe. Parmi ces personnes, Alima Sylla. Elle est venue récupérer l’argent envoyé par son fils depuis l’Espagne pour la dépense familiale. « Si l’on parle de Missirah, c’est grâce aux émigrés. Ils nous donnent non seulement à manger mais toutes les belles maisons et certaines infrastructures de la commune comme des postes de santé sont construites par nos enfants qui sont à l’étranger. Nous les remercions infiniment », confie Mme Sylla, sous le regard des autres femmes et hommes qui attendent leur tour pour récupérer leurs mandats. Dans la commune de Missirah, loin des villages de plantations de bananes, les jeunes ont un seul rêve, s’envoler pour l’Europe et, au retour, doter leur ville natale de belles villas. Une ville qui a récemment fêté son centenaire mais qui reste toujours rurale malgré ses belles maisons.

Par Eugène KALY et Ibrahima BA (textes),
Assane Sow (photos)

Last modified on vendredi, 10 mars 2017 14:13

Beugg*

10 Mar 2017
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Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Il a le front dégagé, l’allure courtoise et la démarche juvénile. En ce samedi, il porte un costume marron aux rayures grises, assorti d’une chemise et d’un pantalon. Son physique svelte pousserait à facilement lui conférer moins que son âge. Cheikh Diop est né le 1er janvier 1953 à Gandeck, dans un village situé à Bambey. Il est issu d’une famille paysanne. Son père était tailleur à ses heures perdues, durant la saison sèche notamment. Il est issu d’une large famille, «sociale et ouverte où tous les membres vivent en parfaite harmonie dans ce qu’il convient d’appeler concession familiale ». Son père avait quatre épouses. Il est le seul lettré de la famille. Ou du moins, il est le seul à avoir fréquenté l’école française, les autres ont fait l’école coranique ou ne sont pas du tout instruits, relève t-il. Le petit Cheikh accède à l’école par le biais de son homonyme Cheikh Sène, un riche commerçant établi à Bambey qui s’est essentiellement occupé de son encadrement. Appartenant à une famille paysanne aux revenus modestes, il n’envisageait pas de faire de longues études. Une fois le brevet en poche, il s’oriente alors vers l’enseignement professionnel, pour pouvoir très rapidement s’insérer et ainsi venir en aide à sa famille. C’est ainsi qu’il fera le centre de qualification industrielle de Dakar, avec un cycle qui lui a permis de sortir avec le niveau de technicien supérieur. Il est, dès sa sortie, embauché par la firme pétrolière Shell Sénégal. Nous sommes en 1974. Shell était venue demander les meilleurs de la promotion, souligne-t-il. Étant entendu qu’il était deuxième de celle-ci, c’est donc naturellement qu’ils ont fait appel à ses services.

Au début, il s’occupait du dépôt des hydrocarbures au port, ensuite dans les stations services. C’est alors que les autorités de Shell, convaincues par son abnégation, décident de l’amènent faire des études en France. Il se rend à l’institut des Pétroles de Roy Ma Maison situé à Paris. A son retour, il est nommé directeur adjoint d’une des firmes du groupe chargée notamment de la manutention, plus précisément dans l’unité qui s’occupe de l’aviation. Une jeunesse mouvementée l’a souvent propulsé Cheikh Diop au-devant de la scène politique. Il se dit à cet égard « révolutionnaire né », soulignant avoir toujours contesté « l’ordre établi » qui avait tendance « à exclure une certaine classe ». Tout ce qui n’entrait pas dans le moule conventionnel l’attirait. C’est ce qui a motivé en quelque sorte à écourter ses études. Nous sommes en 1968, il est exclu de l’école secondaire pour avoir notamment dirigé des mouvements de grève, mais il est quand même revenu après des négociations. Plus de peur que de mal ! Son passé militant l’a conduit à adhérer très jeune au RND, parti dirigé par le professeur Cheikh Anta Diop. Il était alors fasciné par les pistions contradictoires prises par le professeur face au tout-puissant Président Léopold Sedar Senghor. Il était fasciné par la démarche de l’homme, son ouverture d’esprit et sa culture. Il adhère alors au parti comme un des membres fondateurs. Nous sommes vers les années 1970. « Le parti n’étant pas reconnu par le pouvoir en place, il a fallu se battre pour une reconnaissance de celui-ci », relève-t-il. C’est donc dans la clandestinité qu’ils vont au tout début mener leurs activités. Plus tard, il quitte cette formation politique en vue de participer à la création d’une autre. C’est avec Me Babacar Niang qu’ils forment le PNLP. Un homme qu’il a su côtoyer « aimer et adopter », alors qu’ils étaient tous deux militants au sein du parti RND. Il dit devoir en partie à cet homme ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ensemble, ils décident de quitter le RND. Une sortie qui a coïncidé avec l’arrivée du président Abdou Diouf à la tête du pays. Avec l’arrivée d’Abdou Diouf, il relève « une sorte d’accalmie dans la démarche de son ancien parti ». C’est comme qui dirait que le Professeur Cheikh Anta Diop voulait plus en découdre avec Senghor qu’avec le système, relève-t-il. Une manière pour lui de justifier la création du PNLP. Il sera alors responsable des jeunes du parti nouvellement crée.

Premiers pas dans le syndicalisme
En 1968, le Sudes, à l’époque organisation syndicale la plus représentative du pays, a été cassé en plusieurs morceaux par le gouvernement. Le RND, organisation politique qui naturellement aspire à prendre le pouvoir, met alors en orbite un schéma pour s’accaparer certaines franges de cette organisation syndicale dissoute. Cette mission est alors confiée à Me Babacar Niang. Au terme des réflexions, le RND demande à ses militants d’adopter une démarche de « contre-pouvoir ». Un syndicalisme exclusivement axé sur la défense des intérêts des travailleurs est alors partout crié. L’objectif était de mettre sur pied un cadre de lutte performant. C’est, dit Cheikh Diop, durant ces négociations que le virus du « syndicalisme » l’a piqué. Il est alors fasciné par les idées révolutionnaires.

Les conclusions des commissions sociales avaient donné des recommandations aux militants du RND leur demandant d’aller militer dans les grandes centrales en leur insufflant leur idéologie du syndicalisme. C’est à travers cette recommandation qu’il adhère à la CNTS. En 1986, il est nommé délégué du personnel des agents maîtrises et cadres. C’est par ce biais qu’il accède à la tête du syndicat de pétrole, après de « farouches luttes », en 1994, se rappelle-t-il. Il prône alors un «syndicalisme libre, de contre-pouvoir ». Il voulait surtout restaurer un cadre de lutte beaucoup actif et dynamique. La CNTS regroupait à l’époque essentiellement les mouvements ouvriers. Cette ligne syndicale va petit à petit s’avérer très payante. Son cercle de sympathisants ira croissant. Il dit avoir choisi de faire du syndicalisme contre un avenir prometteur dans le secteur du pétrole. Si certains pensent que l’alternance a donné un nouveau souffle à son mouvement syndical, il s’en défend en soulignant au passage que ceci « était faux ». Il quitte la CNTS/FC parce que, dit-il, il ne voulait pas se conformer aux textes. Ce qui, dit-il, va créer une scission. Tout citoyen a le droit d’avoir des convictions politique et syndicale. Car, souligne-t-il, les deux sont difficilement dissociables. Il suffit, selon lui, de juste savoir faire la part des choses. Les relations entre capitale et travail ont généré des idéologies politiques. Ceux qui étaient proches du capital s’appelaient « capitalistes ». Ceux qui étaient proches ou alliés du travail étaient appelés socialistes. Ces idéaux sont les dérivées des courants politiques, informe Cheikh Diop.

Cohabitation avec le pouvoir
Les événements de 1968 ont donné une nouvelle vision du syndicalisme à Léopold Sedar Senghor. Il avait alors prôné la cohabitation avec le mouvement syndical. « Lorsque le mouvement syndical s’est impliqué dans les mouvements estudiantins, le pouvoir était alors dans la rue », se souvient-il. Au sortir de ces événements, le président poète décide d’intégrer le mouvement syndical dans la gestion du pouvoir. C’est là que la CNTS est créée et également intégrée dans le parti au pouvoir. C’est pourquoi, il avait crée le concept de «participation responsable». Ensuite, Abdou Diouf s’est à son tour inscrit dans la continuité. Abdoulaye Wade, en s’inspirant de Senghor, a également voulu s’aligner dans une perspective d’un syndicalisme «autonome». Il n’avait cependant pas un véritable ancrage dans le mouvement syndical. Il n’a, dès lors, pas réussi ce que Senghor était parvenu à faire, constate Cheikh Diop. L’émiettement des mouvements syndicaux constitue un fléau qui gangrène les organisations syndicales. Mais, ce n’est pas le seul, souligne Cheikh. Il relève en effet qu’aujourd’hui, le mouvement syndical est confronté à deux fléaux. Il y a, d’une part, l’émiettement des forces syndicales et la désunion des entités du mouvement syndicale, d’autre part. Tous les corps d’élites ne sont pas affilés aux centrales syndicales excepté le Saes. Ce qui, selon lui, affaiblit la force des organisations syndicales. Il en appelle à une réunification du mouvement syndical. Audace dans l’organisation des luttes pour amener le patronat à absorber le passif des travailleurs, voilà son créneau. Il demande par exemple « une minimum vieillesse » pour le maçon, le cultivateur, le mécanicien qui, au même titre que les autres et toute leur vie durant, ont travaillé.

Par Oumar BA

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