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Soleil Grand Air (478)

La lumière bleue fait de plus en plus parler d’elle car elle est émise notamment par les écrans omniprésents. Y sommes-nous vraiment de plus en plus exposés ? La lumière bleue représente-t-elle un réel danger pour les yeux ? Faut-il s’équiper de lunettes anti-lumière bleue quand on utilise beaucoup les écrans ? Réponses de spécialistes.

La lumière bleue est une partie du spectre de la lumière, dont les longueurs d’onde se situent entre 380 et 500 nanomètres. Elle est émise par le soleil, mais aussi par les sources lumineuses artificielles : ampoules LED et écrans (tablettes, télévisions, ordinateurs, smartphones).

La lumière bleue potentiellement dangereuse représente une petite partie seulement de l’ensemble de la lumière bleue existante : ce sont les longueurs d’onde bleu-violet. «Le spectre de la lumière du jour ou de la lumière artificielle comprend des bandes de couleur. Parmi elles, du bleu turquoise, lumière bonne pour le moral, et puis du bleu-violet, lumière à laquelle nous sommes de plus en plus exposés», explique le Dr Petra Kunze, ophtalmologiste à Paris.

En effet, l’énergie qui atteint la rétine dans le cas de la lumière bleu-violet est plus forte que dans le cas de la lumière bleu turquoise. Les écrans tout particulièrement diffusent des pics de lumière bleue appelée lumière à Haute Energie Visible (ou HEV). Nous voilà donc surexposés à cette lumière bleue, et cela dès le plus jeune âge. Cela n’est pas sans conséquences pour nos yeux. D’autant plus chez les enfants en dessous de 14 ans, dont le cristallin de l’œil ne filtre pas aussi bien et pour qui cette lumière bleue s’avère encore plus nocive.

Dangereuse pour les yeux
Des recherches scientifiques ont conclu qu’une exposition prolongée au rayonnement de lumière bleue ou lumière HEV artificielle provoquait des lésions photochimiques de la rétine et du cristallin. «Plusieurs études épidémiologiques ont démontré que cette lumière bleue était bien un facteur de risque de la DMLA», rappelle le Pr Serge Picaud 2,3. L’implication de la lumière bleue dans le développement de la cataracte est également suspectée.

Cependant, la lumière bleue peut aussi avoir des effets bénéfiques. Elle aide à nos rythmes circadiens (l’alternance veille/sommeil) et notre humeur. Cette fois-ci, c’est la lumière bleue turquoise (vers 490 nm) qui permet de recaler nos rythmes lors d’un décalage horaire. Cette dernière régule la production de mélatonine, notre «hormone du sommeil»4.

Une prévention grâce à des lunettes
«Il n’existe pas vraiment de protection possible, hormis de mettre des filtres entre les sources de lumière et nos yeux», informe le Dr Petra Kunze. Il existe des filtres anti-lumière bleue pour les écrans, mais peu répandus. En France, plusieurs marques proposent depuis peu des verres de «photoprotection sélective», en d’autres termes des lunettes dont les verres présentent un traitement filtrant. Leur principe ? Protéger l’œil des longueurs d’ondes lumineuses toxiques pour la rétine. Ces verres filtrent la lumière bleu-violet mais laissent passer la lumière bleue turquoise, afin de préserver les effets bénéfiques de cette dernière sur la vision et la régulation de l’horloge biologique interne. Ces verres présentent un léger reflet, bien évidemment violet. Quid de leur efficacité ? «La démonstration de leur efficacité a été faite in vitro et n’est pas quantifiable pour l’homme dans l’état actuel des travaux», indique Jean-Manuel Finot, opticien1. «Ces verres bloquent une partie importante de la lumière parmi les longueurs d’ondes identifiées comme toxiques pour la rétine. On peut donc supposer qu’il y existe une réelle protection des cellules rétiniennes», rajoute le neurobiologiste Pr Serge Picaud.

Doctissimo.fr

Barthélémy Toguo est un artiste en-ga-gé ! Autant le dire tout de suite, les sujets de ses œuvres ne sont pas « tièdes » ou abstraits. Quand une idée lui vient, il va voir sur place, se renseigner, à la manière presque d’un reporter, mais, à la place du stylo, il s’empare de son pinceau pour des dessins mêlant peinture, collage, céramique, sculpture, clous, matériaux bruts, pour retranscrire ses impressions. La guerre, comme en 2004, en Serbie où il se rend comme point de départ, avant de terminer à Pristina, au Kosovo, auprès des populations. En 2011, il récidive en se rendant place Tahrir au Caire, en pleine révolution arabe. Il expose dans le monde entier, de l’Italie au Brésil, en passant par Cuba et les États-Unis, ses créations et performances. Mais il a réservé pour son pays natal l’une de ses plus belles œuvres. Artiste contemporain franco-camerounais, Barthélémy Toguo a ouvert en 2008, dans le nord du Cameroun, la résidence artistique Bandjoun Station. Plus qu’un lieu de culture, c’est aussi un centre agricole où il produit du café ! Finaliste du prix Marcel Duchamp 2016, avec ses dernières œuvres issues de « déluge », Barthélémy Toguo continue sa conquête de l’art contemporain sans aucun complexe.

S. D.

Effets secondaires

06 Mar 2017
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Vous êtes fatigué après un long voyage, vous souffrez de troubles du sommeil, votre humeur zigzague anormalement, c’est que vous êtes atteint du « jet lag ». En langage moins snob, vous payez les contrecoups du décalage horaire. La traversée de plusieurs fuseaux horaires peut, en effet, provoquer des insomnies et une disposition à dormir pendant la journée. La très scientifique Nasa estime qu’il faut un jour par fuseau horaire traversé pour récupérer son rythme normal et son énergie habituelle. Un décalage horaire de 3 heures, par exemple, nécessite donc trois jours de récupération.

Un temps anormalement long que Diego Golombez et son équipe de la National University of Quilmes, à Buenos Aires, proposent de raccourcir grâce à un traitement pour le moins inattendu : le viagra. La petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire. Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l’homme, le Viagra s’est peut-être trouvé une autre fonction. Attention, cependant, aux effets secondaires ! Comme la surchauffe libidinale.

Par Sidy DIOP

S’il y a une ville sénégalaise qui reflète parfaitement l’esprit de la Sénégambie, c’est bien Karang. Dernière localité avant la Gambie en venant par Foundiougne, cette commune a toujours ressenti les contrecoups des humeurs de l’ancien satrape gambien. Mais aujourd’hui, l’après-Jammeh a ouvert une nouvelle ère que cette commune entend bien mettre à profit pour raffermir ses relations avec les localités sœurs de l’autre côté de la frontière.

La vie a repris son cours normal à Karang, dans le fin fond du département de Foundiougne. Sur la place du marché, cœur de cette petite ville frontalière de la Gambie, les activités battent leur plein. La proximité de la gare routière rajoute une dose de fièvre à l’ambiance déjà animée. Motos « Jakarta », taxis-brousse et minicars d’un autre âge se disputent la chaussée rendue étroite par les tenanciers de petits commerces installés le long de la route bitumée. Ici, la page de la crise post-électorale gambienne est presque tournée. « Presque », car, sur les 4.212 réfugiés officiellement recensés par la Croix-Rouge qu’elle avait accueillis, tous ne sont pas retournés en Gambie. « Il y a 396 réfugiés gambiens qui sont restés d’eux-mêmes », informe le maire de la commune, Dioguine Gomis.

Au plus fort de la crise, quand l’ancien président Yaya Jammeh a refusé de quitter le pouvoir après sa défaite électorale et que les forces de la Cedeao ont pénétré en territoire gambien afin de l’en déloger, des milliers de Gambiens ont fui le pays. Une bonne partie de ces déplacés a trouvé refuge à Karang qui n’est séparé de la Gambie que par une barrière métallique. Cette petite commune de 

Karang

la région de Fatick n’a jamais porté aussi bien son surnom de « Sénégambie en miniature » que durant cet épisode. Ses populations se sont fortement mobilisées pour mettre à la disposition de leur

s frères gambiens gîte et nourriture pendant plusieurs jours.

Un élan de solidarité qui témoigne du beau brassage qui a toujours existé entre les deux peuples malgré les frictions qui survenaient, de temps à autre, au niveau étatique. « Nous avons su gérer la situation grâce à l’engagement sans failles des populations. Certains ont accueilli plusieurs familles. Il n’y avait aucune tente, tous les réfugiés ont été logés dans des maisons », confie l’édile de la commune. Ses propos sont corroborés par Rokhaya Gaye, cambiste de son état. Elle assure que cinq familles composées d’une dizaine de personnes chacune ont été accueillies chez elle. « Quand elles devaient rentrer, nous avons mobilisé deux cars », explique-t-elle.

Au poste frontalier, l’ambiance est un ton en-dessous de la fièvre de la place du marché. Ici se côtoient vendeurs de viande rôtie, monnayeurs, tenanciers de gargote, étables proposant sucre, thé, biscuits, fruits, etc. Les véhicules traversent la frontière dans un ballet incessant. Les piétons aussi. Cette frontière, comme les relations entre les deux peuples, est loin d’être hermétique. Des bâtiments sénégalais et gambiens s’adossent. Une partie des étals des vendeuses sénégalaises déborde en territoire gambien. Un grand pan du terrain vague de football du village gambien de Hamdalai se trouve en territoire sénégalais.

Côté sénégalais comme gambien, des postes de police et de douanes contrôlent les entrées et les sorties. Mais à part ce point de jonction officiel des deux pays matérialisé par une barrière métallique de fortune, prolongée de part et d’autre par un muret d’une centaine de mètres, franchir la frontière est un véritable jeu d’enfant.

La Sénégambie en miniature
On peut pénétrer en Gambie par le poste frontalier après avoir présenté sa pièce d’identité et en ressortir aussitôt par l’une des nombreuses ruelles sénégalo-gambiennes enchevêtrées. « En pénétrant en Gambie, ce qui change du Sénégal, c’est la langue des écriteaux sur le fronton des boutiques et l’accoutrement des agents de sécurité, sinon rien ne distingue les deux pays. Nous sommes un même peuple et parlons pratiquement les mêmes langues », souligne Seydou Diallo. Ce boucher a fait toutes ses études, du primaire au supérieur, en Gambie. Comme lui, beaucoup d’enfants de Karang ont fait leurs humanités dans le pays voisin pour différentes raisons. Et, assure-t-il, la plupart des fonctionnaires gambiens sont d’origine sénégalaise.

Dans cette ville cosmopolite de 23.000 habitants, dernière étape du territoire sénégalais avant d’accéder en Gambie, plane un parfum d’un peu de Sénégal et d’un peu de Gambie. Des Sénégalais quittent chaque jour Karang pour aller travailler de l’autre côté. Et il n’est pas rare, comme ce jour-là, de voir un véhicule de la police gambienne stationner près de la place du marché. Y voir circuler simultanément le FCfa et le Dalassi relève de l’anodin. Le réseau téléphonique y est imbriqué. On utilise les puces des opérateurs télécoms sénégalais et gambiens indifféremment.

Karang GambieCe caractère hybride de Karang trouve une explication historique. Le fondateur du village en 1906, Serigne Mass Kâ, a été obligé, sous la pression des colons, de franchir la frontière à la suite de son refus de faire enrôler ses disciples lors de la Première Guerre mondiale. Installé en territoire gambien, son influence continue de s’exercer sur Karang. Aujourd’hui, ce sont ses descendants qui dirigent la grande mosquée de Banjul.

A Karang, le départ de Jammeh a déridé l’atmosphère. Les appréhensions se sont dissipées. Du coup, on se remet à rêver des concerts, des randonnées pédestres, des festivals, des matches de football qui, jadis, rythmaient les relations entre les populations de Karang et de Hamdalai. Une belle harmonie qui a souffert des foucades de l’ancien président. « On a une occasion inespérée de relancer nos relations, surtout entre Karang et Banjul qui n’est distante que de 30 km. Aujourd’hui, plus rien ne s’oppose au jumelage entre nos deux villes », indique le maire Dioguine Gomis. Pour les habitants des deux côtés de la frontière, le changement à la tête de l’État gambien est un véritable bol d’air frais. Le maire a encore à l’esprit ce souvenir d’une randonnée pédestre que des officiels gambiens et sénégalais avaient convenu d’organiser ensemble l’année dernière. Au dernier moment, la partie gambienne s’est débinée. Le sentiment de peur a eu raison de la volonté de confraternité. « Le jour j, alors que nous avions fini de confectionner les blousons, les tee-shirts et les casquettes, nos amis gambiens ne se sont pas présentés. Ils avaient reçu des menaces de sanction venues de Banjul », dit-il. Aujourd’hui, pour M. Gomis, plus question de faire les choses en cachette comme lors du blocus de l’année dernière.

Les « excellents rapports » entre les officiels des deux localités frontalières se feront désormais au grand jour, dit-il. « Lors de cet événement, c’est nuitamment que nous rencontrions nos homologues gambiens pour essayer de régler certains détails. Il le fallait, car nos destins sont liés », ajoute-t-il. Des destins liés, mais qui ont failli faire les frais des lubies du Babili Mansa, regrette Youssoupha Diadhiou, commerçant gambien. Lui dont le gros de la clientèle est sénégalais voit ses recettes fortement baisser chaque fois qu’il y a friction entre les deux pays. « Les colons ont réussi à nous diviser, nos politiciens ont perpétué cette division en essayant de monter les uns contre les autres. Et le plus ridicule dans cette situation, c’est que nous avons tous des parents de part et d’autre de la frontière », assène-t-il sèchement et sans peur d’être entendu et cueilli par les redoutables agents de la National intelligence agency (Nia) dont les grandes oreilles captaient tout au temps de Yaya Jammeh. Les temps ont bien changé en Gambie.

Seydou Diallo : Diplômé en management, vendeur de viande…
Seydou DialloÀ lui seul, il est le prototype du Sénégambien. Sénégalais de naissance, Seydou Diallo a fait ses études en Gambie. Faute d’y trouver du boulot après avoir obtenu ses diplômes, il est revenu dans son pays natal pour vendre de la viande grillée.

Au coin de la principale ruelle qui mène au marché de Karang, un jeune homme de taille moyenne, carnation claire et barbe hirsute, découpe avec dextérité des morceaux de viande fumants. Autour de son pousse-pousse où s’exhale un fumet qui instille les narines et titille le palais, trois clients fixent des regards gourmands les morceaux de gibiers rôtis. Ils sont bientôt tous servis. Seydou Diallo n’est pas le seul rôtisseur installé ici, mais sa bonne réputation de « spécialiste » lui attire plus de clients que les autres. Et pourtant, c’est faute de mieux que Seydou s’est lancé dans cette activité en 2010.

Né à Karang en 1986, il fait partie de ces nombreux enfants de la ville à avoir fait tout leur cursus scolaire et universitaire en Gambie. Plus que le système d’enseignement, c’est la gratuité de l’école dans le pays voisin qui a poussé de nombreux parents à y amener leurs rejetons. Certains y ont décroché des diplômes, sont restés et ont été engagés comme des fonctionnaires gambiens. Seydou, lui, bien que titulaire d’un diplôme en Business management, n’a pas eu la même chance que ses autres compatriotes sénégambiens. Il a été donc obligé de revenir au bercail. « J’ai étudié au Sénégal jusqu’en classe de Cm2. À un certain moment, mes parents ne pouvaient plus me payer mes fournitures. En plus, le système du double flux avait commencé à entamer mes performances scolaires. C’est ainsi que, sur conseil d’une tante, on m’a amené en Gambie où les fournitures étaient gratuites et on mangeait à l’école sans bourse délier », explique-t-il.

Pour le futur vendeur de viande grillée, le changement de pays et de système scolaire ne fut pas difficile. Tous les jours, il franchit la frontière, marche un kilomètre pour atteindre sa nouvelle école située à Keur Sagna. Très vite, Seydou figure parmi les meilleures de sa classe et de son établissement. Il passe les classes sans accrocs et se retrouve au lycée Muslim High là où l’actuel président, Adama Barrow, a fait ses études. Trois ans plus tard, il est admis à l’équivalent de notre École normale supérieure. Il y passe trois ans et décroche une licence en Business management. Le master étant payant, Seydou se résout à arrêter ses études n’ayant pas les moyens de débourser les 200.000 FCfa exigés. Après de vaines tentatives de trouver un bon boulot dans son pays d’adoption, Seydou décide de revenir en 2010 dans son pays d’origine. « Quand j’ai eu le bac, on a voulu m’engager dans la Douane ou la police gambienne, j’ai refusé, car la solde était dérisoire. C’est l’équivalent de 30.000 FCfa », explique-t-il.

Deux mois plus tard, pour s’occuper, il se lance dans le commerce de viande grillée, une activité très lucrative à Karang. Si au début, c’était juste temporaire en attendant qu’il retourne en Gambie pour chercher du boulot, Seydou y a finalement pris goût et en a fait son gagne-pain. Les revenus qu’il en tire lui permettant de bien entretenir sa petite famille. Mais la nouvelle situation politique en Gambie risque de changer son agenda. « Je pense retourner en Gambie pour tenter à nouveau ma chance. Le nouveau président a appelé tout le monde à venir participer au développement du pays et je vais répondre à cet appel », indique-t-il.

El Hadji Ibrahima THIAM, Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 06 mars 2017 14:01

C’est un tailleur comme mille et autres. Seulement, Mass Faye a ceci de particulier, il offre une panoplie de sur-mesures qui frise le couronnement. Ce qui lui confère une clientèle autant exigeante que fidèle. Autre particularité, Mass est un pur produit de la banlieue qui, malgré un business relativement fleurissant, refuse d’aller s’installer ailleurs.

Mass Faye a l’allure d’un quelconque. Pantalon super cent, chemise violet, petite silhouette, teint noir, il flirte avec la cinquantaine. L’habit ne fait décidément pas le moine, mais Mass n’aime certainement pas se glisser dans les costumes, on le constate vite. Des costumes, il préfère plutôt les confectionner. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un détour à Pikine Icotaf. Ici, le tailleur a finit de s’installer depuis bientôt dix ans. Auparavant, c’est à Guinaw Rail qu’il menait son activité de tailleur. Maintenant cela fait des années qu’il s’active dans la couture. Ses spécialités restent les costumes, chemises et tailleurs. Un choix murement réfléchi alors qu’il était encore en apprentissage.

A la base, Mass dit qu’il voulait devenir footballeur. Toutefois, sa famille n’était pas des plus aisées. Il fallait, dès lors, se serrer la ceinture et s’orienter dans un domaine qui pourrait rapporter dans un délais relativement court. C’est ainsi qu’il se tourne vers l’apprentissage des métiers. Il choisit alors la couture. Mass est formé à Dakar, précisément à Ouagou Niayes, sous les yeux vigilants de son maitre, Daouda Bèye, plus connu sous le nom de David Diop, ciseau d’or. L’apprentissage va lui prendre en tout dix ans. Une fois la formation bouclée, Mass se refuse de travailler pour « autrui ». Les moyens faisant défaut, il va, dans un premier temps, se contenter d’une machine qu’il installe chez lui. Ses premiers clients sont évidemment constitués du cercle restreint de ses connaissances immédiates. De fil en aiguille, son savoir-faire fait le tour des foyers. Sa clientèle s’en grossit et d’autres personnes viennent sur recommandations. Les revenus qu’il commence à accumuler lui permettent d’ouvrir une première boutique de couture. Nous sommes en 1998. Mass ouvre son premier atelier. C’est en 2007 qu’il décide de venir s’installer à Pikine Icotaf. Dans les produits qu’il propose figurent principalement des costumes sur-mesures. Il présente également des chemises. Bien qu’il soit plus facile de confectionner des boubous. Mass s’est fait un point d’honneur à se consacrer exclusivement aux costumes qui exigent plus de temps d’applications et de savoir-faire. Sa clientèle est aussi variée que diverses. Il compte parmi celle-ci des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des étudiants, mais également des personnes simplement « attirées par les belles choses », souligne-t-il.

Sur-mesure
Les habits confectionnés par Mass Faye ont ce cachet de rétablir une silhouette plus imposante, pincée au niveau de la taille, façonnée par le costume et le pantalon qui se superposent à l’envi. Le client, une fois servi, adopte alors une imposante allure produite par un costume moderne. Le jeu du paraître ne saurait, en conséquence, le laisser indifférent. Mass s’exprime à travers une signature personnelle, mais en respectant l’étiquette, le bon goût imposé par la couture sur-mesure.

Pour lui, « être bien habillé, c’est affirmer que l’on sait se mettre en valeur et tenir son rang. C’est également la recherche d’un plaisir que l’on poursuit à travers l’art de vivre. Le plaisir est une notion extrêmement importante au sein de la société et symbolise un équilibre, une harmonie », relève-t-il. Les tissus, Mass Faye se les approvisionne en ville, chez les Libanais, ou à Colobane, au marché « Gambie ». Dans l’atelier, on trouve des modèles divers. Concernant le prix, il est fixé selon le modèle. Ainsi, la fourchette est comprise, pour les ensembles costumes, à partir de 70.000 FCfa, voire plus. Les pantalons sont vendus entre 9.000 FCfa et 15.000 FCfa. Chose curieuse, malgré une clientèle qui ne cesse de s’agrandir, Mass préfère rester en banlieue. Une des recommandations de son formateurs, assure-t-il. Ce dernier lui avait clairement dit : « Quelque soit l’endroit où tu t’installe, peu importe. Le plus important est de confectionner des vêtements de qualité. Partant, soit sûr que les clients viendront te trouver où que tu sois ». Un peu chauvin, Mass refuse de quitter sa banlieue natale.

Ce marié et père de famille est né en 1967. Comme tout travailleur, il nourrit l’ambition d’étendre son business. Pour ce faire, il veut, bien entendu, se trouver un endroit plus grand, toujours en banlieue. L’objectif, c’est d’avoir la possibilité de former d’autres jeunes qui, à leur tour, vont perpétuer son savoir-faire, souligne-t-il. A cet effet, Mass est ouvert à toutes sortes de collaboration pouvant découler sur un tel projet. D’autant plus que, note-t-il, souligne, en banlieue, les tentations sont diverses. Les jeunes peuvent facilement emprunter le mauvais chemin, déplore le tailleur. Avec ce métier, ils parviendront à gagner dignement leur vie, tout en étant utile à la nation. Mass Faye est de ces rares tailleurs qui plaident pour la formation des générations futures. Il demande ainsi aux apprentis tailleurs de faire montre de patience. « C’est dans la patience et la persévérance qu’on arrive à acquérir dignement le savoir-faire très complexe du métier », affirme-t-il.

Chez cette jeune génération, la mode est plus que jamais une exigence. Elle est placée au cœur des préoccupations. Et le désir reste le même, imposer son identité tout en restant conforme aux codes vestimentaires. Sûr qu’elle sera bien servie chez Mass, ce tailleur qui ne badine point avec la « mesure ».

Par Oumar BA

Le Cardiopad, conçu par Arthur Zang, permet de mesurer les données physiologiques du cœur, puis de les transmettre à un cardiologue. Une tablette très utile au Cameroun qui ne compte que 50 médecins spécialisés pour 20 millions d’habitants.

Son apparence est ordinaire, mais cette tablette peut tout bonnement sauver des vies. Testé au Chu de Yaoundé et dans le petit hôpital de Mbankomo, à 25 kilomètres de la capitale camerounaise, le Cardiopad permet à toute personne, même sommairement formée, de mesurer les données physiologiques cardiaques.

Fréquence des pulsations ou encore durée des « intervalles RR » entre deux battements, ces informations sont calculées, visualisées et enregistrées par cette tablette et peuvent être simultanément transmises à distance à un cardiologue, afin que celui-ci établisse un diagnostic. Cet outil particulièrement prometteur, alors que le Cameroun ne compte que 50 cardiologues pour 20 millions d’habitants, a été créé de toutes pièces par un jeune ingénieur de 27 ans, Arthur Zang. Et ce, sans moyens propres et en à peine cinq ans.

Son audace paye
C’est en 2009 que l’idée germe dans l’esprit de cet inventeur. Alors étudiant en informatique à l’École polytechnique de Yaoundé, Arthur Zang fait un stage dans le service de cardiologie du professeur Samuel Kingue. Étonné par l’utilisation, au XXIe siècle, d’électrocardiogramme papier, il propose au professeur de concevoir un logiciel utilisable sur ordinateur. Artur Zang ne le sait pas encore, mais c’est le début de son aventure entrepreneuriale. Une aventure qui se confond d’ailleurs avec l’essor du numérique africain : entre 2010 et 2014, cet inventeur opiniâtre va utiliser tous les moyens disponibles gratuitement en ligne pour faire aboutir son projet. Pour se former à l’électronique, condition sine qua none pour adapter son système à une utilisation sur tablette, cet informaticien va suivre, pendant un an et à distance, les cours d’un Mooc (Massiv open online course), trouvé sur le site de l’Indian institute of technology.

Pour obtenir des matériaux, l’entrepreneur soumet ensuite son idée à un concours international, le Microsoft imagination competition, qu’il découvre en ligne. Son projet est remarqué, il reçoit alors certains composants électroniques nécessaires à la construction de la tablette prototype. Afin de se faire financer, il fait preuve d’une autre initiative numérique : il filme son projet et le poste sur YouTube.

Son audace paye. La vidéo est remarquée par le président camerounais. Paul Biya « me remet officiellement 45.000 dollars pour poursuivre l’aventure », explique-t-il. Son projet est aussi remarqué par les chasseurs de talents de la Fondation Rolex. Ils sélectionnent Arthur Zang en 2014 pour leurs prestigieux Rolex Awards. Un prix de 50.000 francs suisses (48.000 euros) ainsi qu’un accompagnement qui va lui permettre de passer à la vitesse supérieure. En novembre 2014, une dernière fois, Arthur Zang mise sur le réseau mondial pour obtenir un coup de pouce. Sous l’intitulé « Saving Africa from heart diseases with Cardiopad », il soumet son projet sur la plateforme de crowdfunding Indiegogo afin de récolter des fonds pour financer la production industrielle. Le projet obtient 8.800 euros. « C’est moins qu’espéré, mais assez pour lancer le début de la production en Chine », explique-t-il.

Au mois de mars 2015, une centaine de tablettes sont réalisées et devraient être commercialisées au prix d’environ 3.000 euros. Arthur Zang cherche encore des financements, mais voit déjà plus loin. Son prochain projet ? Permettre une échographie à distance. Cela, par tablette interposée.

Lemondeafrique

Jeune chef d’entreprise, Magatte Wade est l’un de ces nouveaux visages qui captent la lumière. Il est vrai qu’elle a tout pour attirer l’attention. «Africaine, jeune, belle, intelligente et pleine d’énergie », explique un participant au New York Forum for Africa. Magatte Wade, 36 ans, a récemment figuré dans le classement Forbes des vingt jeunes africaines les plus influentes.
Née au Sénégal, elle séduit les trois Afrique, la francophone, l’anglophone et la « roots ». D’origine sénégalaise, Magatte a étudié en France et « défend la culture française », avant d’aller vivre aux États-Unis où elle a appris tous les codes de la culture d’outre-Atlantique. Et d’être devenue une fervente supportrice de la culture d’entreprise et du « branding ». Un mot qu’elle répète avec ravissement. Comme un talisman contre les mauvaises fortunes. Identité complexe, elle défend en français, en anglais ou en wolof une Afrique qui doit éviter de perdre son âme.

C’est en allant aux racines de sa culture que Magatte Wade a créé sa première entreprise : Adina World Beat. Une entreprise qui vend des boissons africaines aux États-Unis. Ainsi, le bissap bio (cette boisson à base de fleur d’hibiscus) a fait son apparition dans des supermarchés américains. Selon une étude des Nations unies, Adina réalise un chiffre d’affaires de 3 millions de dollars et emploie 25 personnes. A cela s’ajoute des centaines de femmes qui fournissent des fleurs d’hibiscus à la société de Magatte au Sénégal.

Américaine, Magatte l’est sans doute beaucoup, mais en même temps elle reste très Sénégalaise, imprégnée de la culture soufie de la confrérie mouride. Elle vibre pour un autre projet : créer au Sénégal une école où l’accent serait mis sur la créativité et l’épanouissement des élèves.

« Le Sénégal a perdu une grande partie de sa créativité culturelle. Il faut aider les jeunes à retrouver cette créativité. 10 % des profits de Tiossano seront consacrés à cette mission. Pourquoi pas une formation au design au Sénégal, comme cela existe aux États-Unis ? » explique-t-elle encore, avant de se lancer dans l’évocation d’un autre de ses projets pour le Sénégal.
Magatte veut aider à créer, en Afrique, une génération de « global leaders ». Son enthousiasme est contagieux. «The sky is the limit» en version wolof. Elle devient intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer tout ce que l’Afrique peut faire. Tout ce que l’Afrique va faire et qui va la faire sortir du sous-développement. Elle en oublie la pendule qui tourne.

Oumar Ba

Réservée aux banques, l’activité de change de monnaies se fait depuis quelques années par des particuliers à la frontière sénégalo-gambienne. Le franc Cfa tient la vedette dans ce marché parallèle des devises qui permet à beaucoup de monnayeurs clandestins de joindre les deux bouts. À Karang, dans le département de Foundiougne, elle nourrit tant bien que mal ceux qui s’y adonnent, contrairement à Keur Ayib, dans le département de Nioro du Rip, où les cambistes conjuguent cette activité au passé. Ils pointent du doigt Yaya Jammeh et son régime qui les ont tous envoyés au chômage.

Karang et Keur Ayib ont la particularité d’être des villes frontalières à la Gambie. Cette situation géographique positionne ces deux localités comme de véritables plateformes commerciales. De nombreuses échoppes, ateliers de couture, de menuiserie, bijouteries et restaurants meublent le décor. La gare routière qui ne désemplit presque jamais et le marché qui grouille du matin au soir témoignent de l’intense activité commerciale. Avec un flux humain impressionnant et des véhicules, motos, charrettes, pousse-pousse et piétons qui se disputent la chaussée, la vie ne semble jamais s’y arrêter.

Le franc Cfa, monnaie vedette des Gambiens
Point de passage obligé pour rejoindre la Gambie, Karang a vu se développer plusieurs activités. Et le marché du change y a la cote. À quelques encablures du poste-frontière, s’érige à ciel ouvert une banque informelle où franc Cfa, dalasi, euro et dollar sont échangés. L’absence d’un bureau de change agréé a favorisé le développement de cette activité.

Cette profession très attractive n’est pas seulement l’apanage des fils du terroir. Des gens qui viennent d’autres contrées se rabattent sur ce secteur pour joindre les deux bouts. Téléphones portables, liasses de billets à la main, les monnayeurs vaquent tranquillement à leur commerce et guettent le moindre regard intéressé. Ce marché existe depuis des années à Karang. Sur les lieux, les opérations se concluent sur une simple négociation et l’argent circule très bien. « Le change est une activité très rentable. Plus de 80 % des personnes qui traversent la frontière sollicitent nos services, sans compter les opérateurs économiques qui ont besoin de devises pour leurs opérations commerciales de grande envergure », indique Ibrahima Diallo, un Guinéen qui a démarré ses activités en 2010.

À Karang, le franc Cfa est la monnaie vedette, une monnaie très convoitée. La faiblesse de la devise gambienne, le dalasi, qui connaît une forte dépréciation, a fait que les citoyens de ce pays frontalier se sont repliés sur le franc Cfa qui a plus de pouvoir d’achat que leur monnaie, mais aussi sur les autres devises comme l’euro et le dollar. Cette situation fait le bonheur des monnayeurs clandestins qui ne chôment presque pas. « La Gambie possède une monnaie qui n’a pas une très grande valeur. La preuve est que dès qu’on sort du territoire gambien, on ne peut rien acheter avec le dalasi. Le dalasi n’est utilisé qu’en Gambie, c’est pourquoi les Gambiens font des pieds et des mains pour se procurer le franc Cfa qui nourrit leur économie », ironise Wouri Ba. Avant, explique-t-il, 180 ou 170 dalasis étaient nécessaires pour obtenir 5.000 FCfa, mais aujourd’hui, informe-t-il, il faut 360 dalasis pour espérer se procurer 5.000 francs. « Les fluctuations sont dictées par la loi de l’offre et de la demande et très souvent, nous courons le risque de faire de très mauvaises affaires à cause de l’instabilité du taux du dalasi », souligne-t-il.

Une activité qui se féminise à Karang
À Karang, le change n’est pas seulement l’apanage des hommes. La gent féminine aussi est entrée dans la danse dès qu’elle a flairé que l’activité était porteuse. Avec les rigueurs de la vie, beaucoup de femmes ont franchi le Rubicon pour subvenir aux besoins de leurs familles.

À quelques encablures du poste-frontière, sous l’ombre des arbres, un petit groupe de dames mêlées à la foultitude de vendeuses d’eau, de petit déjeuner et autres provisions, guettent l’arrivée des candidats à la traversée dans une belle alacrité. Un visiteur aurait du mal à croire que ces femmes sont des cambistes clandestins. L’arrivée de véhicules en provenance de Dakar les sort de l’anonymat. Elles accourent et, tels des meurt-de-faim, se précipitent sur les clients qu’elles se disputent avec les hommes. Tout un spectacle !

« Ici, le change n’est pas sélectif, n’importe qui peut le faire, qu’on soit homme ou femme », nous dit Khady Dramé qui pratique cette activité depuis 2009. La quarantaine dépassée, elle a réussi à s’imposer dans ce milieu et aujourd’hui, elle est la présidente du Gie « Dalasi » qui regroupe une trentaine de femmes. Le porte-monnaie bourré de liquidités, elle est tout le temps sollicitée, soit pour de grosses ou petites coupures en dalasi, euro, dollar… « On fonctionne ainsi. On s’entraide pour pallier d’éventuels manques de liquidités », explique-t-elle. Vers les années 2010, confie-t-elle, les femmes qui s’activaient dans ce domaine étaient au nombre de 45, mais au fil des temps, beaucoup d’entre elles se sont mariées et sont parties. Maintenant, elles sont une vingtaine et n’ont pas d’autres choix. Faute de grives, on mange des merles. « Ce métier n’est pas fait pour nous parce que c’est trop contraignant. Heureusement que ce n’est qu’un tremplin en attendant de trouver autre chose », soutient-elle.

En attendant des lendemains meilleurs, elles se complaisent à ce marché qui brasse des capitaux colossaux. Il lui arrive, selon ses dires, de vendre quotidiennement 20.000 dalasis (250.000 FCfa) et des fois même beaucoup plus. « Les bénéfices varient selon les jours et la chance. Des fois, il m’arrive d’avoir 10 à 15.000 francs, des fois 5.000 francs et d’autres fois rien. Une fois, j’ai eu la malchance de tomber sur un faux billet de 200 euros, mais c’est le business, il y a des hauts et des bas », soutient-elle.

Moins loquace, Rokhaya Ndaw trouve que l’activité n’est pas de tout repos du fait que les passagers ont toujours besoin de faire du change. Des fois aussi, explique-t-elle, les clients se font désirer. « L’activité connaît souvent la crise. Quand la Gambie ferme sa frontière, tout le monde le ressent. Les activités sont au ralenti et bonjour la galère », fait-elle savoir. Cette activité n’est pas sans risque, explique-t-elle. Très dangereuse pour une femme. « Nous sommes tout le temps exposées. Pendant que nous travaillons tranquillement, des malfrats nous épient dans l’espoir de nous délester plus tard notre argent. C’est malhonnête. Si nous avions mieux, nous ne risquerions pas nos vies », jure-t-elle la main sur le cœur. Récemment, nous dit Khady Dramé, une femme a été agressée à Hamdallai. « Une bande armée a fait irruption chez elle pour mettre la main sur son argent. Les malfrats ont tiré des coups de feu en l’air mais ils n’ont malheureusement pas réussi leur coup ».

Ce sont les risques du métier, nous dit-elle. Naguère considéré comme un eldorado des cambistes, Keur Ayib a vu son activité chuter lourdement sous les effets conjugués des restrictions qui ont rythmé l’ère Jammeh. Aujourd’hui, cette localité n’offre plus ce décor avec ces monnayeurs clandestins qui pullulaient comme des mouches et proposaient au vu et au su de tout le monde le change aux passagers en partance pour la Gambie. Avant l’expansion de cette bourgade devenue une véritable terre d’accueil, l’agriculture était la principale activité des populations, mais faute de disponibilité de terres, beaucoup de paysans se sont reconvertis. « Avec le boom foncier engendré par la position stratégique de Keur Ayib, beaucoup de gens ont préféré vendre leurs champs. C’est ce qui a fait qu’on s’est retrouvé sans terre pour pratiquer l’agriculture », explique Malick Guèye, actuel chef de village. Si certains s’étaient tournés vers le foncier, d’autres flairant le coup, se sont faits cambistes. L’occasion fait bien le larron.

À Keur Ayib, nous dit Malick Guèye, pas moins d’une cinquantaine de personnes menait cette activité qui était très rentable. La preuve, souligne-t-il, quand on débarquait à la frontière, la première chose qui attirait l’attention, c’était les cambistes qui tenaient entre leurs mains des liasses de billets. Ils étaient partout visibles et offraient, à longueur de journée, leurs services aux voyageurs, commerçants et camionneurs se rendant en Gambie.

Le métier de monnayeur clandestin a suscité des vocations à Keur Ayib. Babacar Mbow fait partie de ceux qui ont investi très tôt ce créneau. Et il a amassé une petite fortune grâce à cette activité. Son ouverture d’esprit et ses connaissances l’ont aidé à s’imposer dans le milieu. « Le change était ma principale activité. Je faisais des affaires avec des commerçants qui allaient et venaient, des citoyens qui partaient régler une affaire de l’autre côté de la frontière, et surtout avec des transporteurs », explique-t-il avec un brin de nostalgie.

Le blues des cambistes de Keur Ayib
Pendant les années fastes, Babacar Mbow était incontournable dans ce métier. « Les choses marchaient tellement qu’il m’arrivait de prêter de l’argent à des transporteurs que je n’ai plus revus », fait-il savoir sans regret. Comme lui, Khalifa Sow fait partie de ces gens qui ont fait leur vie en monnayant à la frontière. Il a mené cette activité de 1993 à 2002 avant d’être conseiller rural en 2009 dans la collectivité de Médina Sabakh. Il a alors gelé ses activités pour les reprendre à la fin de son mandat en 2014. « Ici, l’activité principale, c’était le change. Dans presque chaque maison, il y avait quelqu’un qui pratiquait ce métier qui faisait vivre beaucoup de familles », indique ce sexagénaire qui a réussi à se frayer un chemin dans ce milieu très informel. Son secret : la débrouillardise et un coup de chance. Rien de plus.

L’actuel chef de village, Malick Guèye qui a pris le relais de son frère aîné, Mamoune Guèye, a, lui aussi, mené cette activité pendant plus de trois décennies. « À l’époque, le flux de personnes qui traversait la frontière était considérable et on était tout le temps sollicité. On ne se plaignait pas parce que cette activité nous rapportait plus que d’habitude », confie-t-il.

À Keur Ayib, ce métier a, par le passé, bien nourri son homme. Et ce n’est pas Malick Guèye qui dira le contraire. « Je me suis marié grâce aux revenus que me rapportait le change. J’ai construit ma maison et je subvenais également aux besoins de ma famille grâce à mes bénéfices », se glorifie-t-il.

Aujourd’hui, malgré l’affluence des voyageurs, le va-et-vient incessant des voitures, des bus et autres camions de marchandises, cette activité qui a si longtemps nourri une bonne partie de la population de Keur Ayib se conjugue au passé. Malick Guèye et ses camarades sont aujourd’hui devenus des chômeurs. Ils accusent Yaya Jammeh d’avoir sonné le glas de cette activité naguère si fructueuse. Babacar Mbow se veut formel. Selon lui, c’est le président Yaya Jammeh qui a déclaré la guerre au dalasi. « Il a dit à qui voulait l’entendre qu’il ne voulait pas du dalasi, mais du FCfa. Il a exigé que les voitures qui traversent le bac de Farafenni paient en FCfa parce que le dalasi n’a aucune valeur », relève-t-il. Pour cet ancien monnayeur, le règne de Yaya Jammeh a complètement tué Keur Ayib et Sénoba, deux villes frontalières qui vivaient essentiellement au rythme de l’activité de change. Khalifa Sow est du même avis. « Banjul a déclaré la guerre à ce marché parallèle parce qu’il n’y trouvait pas son compte. Du coup, ce sont des dizaines de pères de famille qui ont été privés de leur gagne-pain », déplore-t-il.

Aujourd’hui, Khalifa Sow et beaucoup de ses anciens camarades se sont reconvertis. Ils sont, par la force des choses, devenus commerçants, quincaillers, tailleurs, transporteurs, etc. Néanmoins, ils gardent tous espoir et n’excluent pas de reprendre leur activité si la donne venait à changer avec le nouveau président gambien, Adama Barrow.

Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
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Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

On ne le présente plus. En plus d’être un des artistes plasticiens sénégalais les plus doués, Kalidou Kassé est également le fondateur de l’école des arts visuels Taggad, la première et la seule du pays. Dans sa galerie où cohabitent tableaux peints et tapisseries, le président de l’Association internationale des arts plastiques convoque le passé d’un parcours qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans cet entretien, il explore les innovations pouvant offrir à ses pairs un meilleur environnement de travail.

Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur l’art sénégalais ?
L’art sénégalais est très dynamique aujourd’hui. Dans toutes les rencontres internationales, je vois que les artistes sénégalais sont bien cotés. Cependant, il faut s’unir pour faire face à la mondialisation. Privilégier une proximité entre artistes africains à l’image des institutions économique et politique comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (Ua).

Qu’est-ce qui est fait par les autorités pour rendre l’art sénégalais plus dynamique ?
On a noté plusieurs avancées sous le magistère de l’actuel ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye. Sur beaucoup de terrains qu’il nous a invités, c’était du concret.

Donnez-nous des exemples ?
La couverture médicalisée des artistes et leur subvention. Récemment, il y a eu la rencontre avec les galeristes. Des initiatives à saluer. Maintenant, ce n’est pas à l’Etat de nourrir les artistes. A eux de vivre de leurs créations. En effet, ils doivent être créatifs et tisser des partenariats. On parle de plus en plus d’industrie artistique. Les artistes ne font pas beaucoup d’efforts pour arriver à cela. Ce qui nécessite une organisation du métier qui fera que nous pourrons tendre vers notre propre industrie de fournitures de matériaux. La toile que j’utilise, je l’achète en Europe, la peinture aussi.

En parlant d’organisation, lors de la dernière biennale, vous avez assisté à la création du premier marché de l’art sénégalais, le Madaken en l’occurrence. Quel peut être l’apport de cette initiative ?
C’est une demande qui est ancienne. Concernant la biennale, il fallait créer un marché par rapport à l’activité. Ce marché de l’art de Dakar permet non seulement de structurer l’environnement de notre profession mais aussi de créer un cadre de réflexion pour les artistes. La biennale est un plateau et c’est aux artistes de mettre le contenu.

Que renferme cette loi ?
Cela suppose que l’artiste qui vend son tableau à une personne prend en même temps ses attaches pour voir à quelle année le tableau a été vendu, à qui et à quel prix. Ce qui signifie que si cette même personne revend le tableau, l’artiste a 8 % sur la nouvelle vente.

Est-ce que ce droit est toujours respecté ?
Bien sûr ! Mais il faudra que l’artiste apporte les preuves de la revente de son œuvre. Je connais des gens qui ont acheté des tableaux et les ont revendus car étant dans des difficultés sans penser à l’artiste. Si dans chaque tableau revendu, on respectait ce droit, l’artiste et sa famille pourront mieux vivre de leurs œuvres.

Quelle est la place de l’art dans une société ?
Dans nos pays en voie de développement, il doit être un véritable vecteur de développement et pourvoyeur d’emplois. C’est ainsi que certains de mes tableaux vendus aux enchères ont permis l’achat de scanners de mammographie pour des hôpitaux de la place.

En parlant d’emplois, que faites-vous concrètement pour permettre aux jeunes artistes de bénéficier du travail ?
J’ai créé une école de formation « Taggad » pour préparer certains jeunes à exercer le métier de peintre. Elle a été créée vers les années 2008. Elle a formé beaucoup de jeunes. A travers le projet « un talibé, un métier », 150 talibés ont été initiés à la calligraphie et au battu.

Quel est ce nouvel apport dans la formation des artistes ?
Il a consisté à former des artistes multifonctionnels et polyvalents, notamment des journalistes reporters d’images et en même temps artistes avec un tronc commun comportant le dessin, la peinture, le volume, les couleurs, les perspectives et autres. L’artiste choisit une branche pour se spécialiser en infographie, en caméraman... Beaucoup de sortants sont dans le marché de l’emploi. Des chaînes de télé nous prennent des stagiaires. Depuis sa création, 200 jeunes ont été formés.

D’où est née cette idée innovante ?
Quand vous formez seulement des peintres, cela peut ne pas leur profiter, car peindre un tableau en Afrique est une chose mais le vendre en est une autre. Dans notre environnement, il n’y a pas régulièrement des gens qui peuvent vous acheter un tableau à 500.000 FCfa ou un million. Donc, il faut préparer les jeunes artistes à pouvoir explorer d’autres terrains. Autre chose, il faut tenir compte des mutations dans le domaine des arts plastiques car la photographie est rentrée dans celui-ci. D’ailleurs, de plus en plus, on parle d’art visuel.
Autrement, certains artistes occidentaux, en avance sur nous, venaient dans les expositions avec des produits finis, notamment avec des vidéos déjà montées. Alors que nous artistes africains le faisions sur place. Ce sont des choses qui ont attiré mon attention dans les expositions internationales. En plus, à l’ouverture de ces dernières, il y a des vidéos qui traitent de l’actualité et l’artiste doit être en mesure de tout faire, du début à la fin.

Votre galerie est-elle une entreprise ?
Non ! Elle est composée d’ateliers d’art qui créent de la valeur ajoutée à ce qu’on fait dans le cadre général. Au-delà des tapissiers, il y a des lithographes, des œuvres destinées à la vente, mais en édition limitée.

Comparant vos œuvres d’hier à celles d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans la conception de vos sujets ?
Mes premiers tableaux parlaient de l’excision et des scarifications. A partir de ces pratiques violentes avec du sang qui coulait partout, j’avais décidé de peindre cette réalité culturelle bien ancrée dans certaines couches sociales. Des tableaux qui n’étaient pas bien appréciés à l’époque. Dans le travail artistique, il est difficile d’être accepté au début. Il faut cependant avoir de la ténacité et de la vision pour relever le défi. A « l’Ecole de Dakar », je faisais comme tout le monde. À un certain moment, j’ai senti le besoin d’exprimer mon identité à travers mes us et coutumes, à travers la tradition.

Quand j’allais aux Etats-Unis, j’avais le déclic en prenant le fil à tisser comme démarche pour m’exprimer. Parce que dans la tendance du surréalisme, c’était des travaux d’atelier. A un moment, j’ai pris le fil à tisser pour expliquer ma tradition et tout ce que j’ai vécu dans mon enfance. Une démarche que j’ai maintenue tout en me positionnant sur ce qui se passe dans l’actualité.

Cet ancrage de vos œuvres dans les valeurs sénégalaises relève-t-il de l’hermétisme ?
Dans les tableaux en face de vous, vous avez des tableaux surréalistes qui parlent de l’environnement, des mutations sociales. Sur les tapis, c’est une démarche que j’essaie d’y inclure. Je m’évade dans mes œuvres du fait que je voyage beaucoup et je rencontre beaucoup de monde, mais je n’aime pas trop m’éloigner de mes origines. Je ne peux me diluer dans cette sorte de mondialisation pour m’exprimer autrement qu’en Africain. Ce n’est point un repli identitaire mais une manière de défendre mes valeurs dans le concert des nations. Au banquet de l’universel, on est obligé d’aller avec ce que l’on a.

Certains remettent en cause les fondements d’un art africain. Que vous inspire cette démarche ?
Ce sont des positions qui ne sont pas défendues par les artistes. En ce qui me concerne, je suis un artiste africain profondément enraciné dans sa culture. Un artiste a des origines. Il est né quelque part et a grandi quelque part. Et comme je ne viens pas du néant, je ne suis pas un artiste du néant.

En effet, c’est une vision trop réductrice de l’art qui relève de la pure philosophie. Aussi abstraite et surréaliste qu’est sa démarche, l’artiste à travers ses tableaux, exprime son identité. La preuve, Pape Ibra Tall, mon maître, avait peint le « Dioudou bou raffet » (le bien né). Cela veut dire beaucoup de choses dans ce débat posé. Il est important de dire que nous sommes artistes et que nous venons de quelque part. En s’appuyant sur ses valeurs, on peut expliquer ce qu’on a envie de faire comprendre.

Depuis dix ans vous avez repris la tapisserie. Pourquoi aviez-vous mis en stand by cette activité ?
C’était plus lié à un problème d’équipe. La tapisserie, ce n’est pas une œuvre que l’on réalise seul. C’est un véritable travail à la chaîne. Dans la galerie, il y a des cartonniers qui agrandissent les tableaux, les lissiers qui tissent les tapis et les couturiers. Donc, il y a beaucoup d’étapes à réaliser. En plus, c’est un métier très cher et il fallait me préparer financièrement pour reprendre les activités. Ainsi, je m’étais concentré à ma peinture.

D’où est née votre passion pour les arts plastiques ?
Elle me vient de ma mère. Elle était brodeuse. En regardant ses images de broderie en fleurs en dégradé de couleur, elles me parlaient parfaitement. Né en plus dans une famille de tisserands, je voyais les tisserands tirer les files à longueur de journée. De ce jeu de pédales et de mélange de couleurs, j’avais commencé à griffonner des choses. Et plus tard, j’ai fait beaucoup de tableaux sur les tisserands. Quatre ans aux manufactures de Thiès après l’obtention du baccalauréat, on était tombé sous le coup des ajustements structurels. Ainsi, la formation s’était arrêtée.

Qu’est-ce vous êtes devenu par la suite ?
En 1991, j’ai rencontré d’autres artistes, notamment Paular et Amadou Racine Ndiaye. Nous avons ouvert la première galerie privée du Sénégal. Installés d’abord à Pikine Khourou Nar, puis aux Hlm, nous nous sommes retrouvés par la suite à la rue Pacha. Un trio que j’avais dénommé le Krp, c’est-à-dire Kalidou Racine et Paul. Je me rappelle qu’en mettant l’adresse de notre atelier, j’avais mis comme numéro de téléphone deux points et rien à la suite. Nous n’avons pas en ce moment de téléphone. Cependant, le montage de quelques expositions nous avait permis d’enrichir notre carnet d’adresses. Nous étions ensuite tombés sur un vrai mécène, un féru d’art. Il s’agissait d’Abdou Fatah Ndiaye, ancien directeur de Holding Kébé. Ce dernier nous avait fait la commande de deux tableaux portant sur deux thèmes. Le premier était intitulé «Ndiouga Kébé», ses réalisations et sa foi dans le Mouridisme, le second, «la société Holding Kébé et ses facettes». C’est là que j’ai commencé à travailler sur des thèmes.

En dehors de l’apport financier, il nous avait aidés à mieux nous organiser. Au début, quand on nous payait un million, on essayait d’abord de voir une bonne dibiterie où se gaver. Le reste, on se le partageait. Après, on a compris que ce n’était pas la bonne formule. Avec ses conseils, on s’était fixé des salaires comme des fonctionnaires. Et là, on a eu la première galerie privée du Sénégal tenue par des artistes. Une organisation qui, plus tard, nous a permis d’ouvrir un atelier d’encadrement. Ainsi, l’argent des tableaux vendus était reversé dans le capital-investissement.

Iba Ndiaye Diadji vous a nommé « Le pinceau du Sahel ». Pourquoi une telle surnom ?
Iba Ndiaye était l’un des meilleurs critiques d’art de l’Afrique. Il a eu à étudier mon travail. Il m’a d’abord fréquenté en tant que sculpteur. En effet, l’ancien directeur des Beaux arts a étudié profondément mes œuvres sur le Sahel par tout ce qu’on voit comme terre ocre et rouge. Un sujet qu’il a traité, notamment «Tempête du Sahel» avec juste des tâches. Ayant traité tous les deux la même thématique avec des approches différentes, il avait compris ma démarche et ma philosophie. Et dans une exposition au centre culturel Mitterrand à Bordeaux, j’avais la belle surprise, à bord d’un véhicule, de voir une chose qui ressemblait à mon tableau. Je n’y croyais pas. En me rapprochant, une de mes autres œuvres sur une autre affiche sur laquelle on pouvait lire « Le pinceau de l’Afrique ». On m’avait accueilli comme un roi.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
Pour 2017-2018, la feuille de route est déjà tracée. La deuxième phase de la formation des talibés va démarrer avec un nouvel espace, Aldiana, qui sera ouvert au mois de février (l’entretien a eu lieu au mois de janvier, ndlr). Un espace de promotion culturelle pour les artistes plasticiens et acteurs de la culture, notamment le théâtre.

Entretien réalisé par Marame Coumba SECK

Au Sénégal, on vend de l’arachide, des mangues ou des oranges sur tous les marchés. Grâce à la plate-forme M-louma, développée par Aboubacar Sidi Sonko, les petites exploitations agricoles peuvent désormais proposer leurs productions sur Internet.

Aboubacar Sidi Sonko est un ingénieur informaticien expérimenté. Mais il sait que pour développer sa jeune entreprise, M-louma, une bourse agricole en ligne, il va devoir également miser sur… ses racines. « Ma famille est originaire de Dianki, un village de Casamance (Sénégal). Ce sont des paysans producteurs de mangues et d’oranges. Je viens de là et c’est ce que je mets en avant auprès des paysans qui ne connaissent pas Internet afin de les convaincre de participer au site », explique-t-il.

Depuis octobre 2013, cet entrepreneur trentenaire s’est lancé dans une aventure d’envergure : motiver de petites exploitations agricoles sénégalaises à mettre en ligne leurs productions afin de mieux les vendre.

L’idée d’une telle plate-forme lui est venue lors d’un concours d’entrepreneuriat social organisé par le groupe français France Télécom en 2011 : « Il s’agissait de développer des solutions en kit, dans la santé, l’éducation ou l’agriculture. Je me suis souvenu de scènes chez mes parents, lorsque des acheteurs en gros proposaient leurs prix pour écouler les stocks de fruits à Dakar ou à Ziguinchor. »

Ce diplômé de l’université Gaston-Berger à Saint-Louis du Sénégal s’est dit qu’il y avait moyen, au XXIe siècle, de simplifier tout cela informatiquement.

Un premier message rassurant
Pour rendre l’univers technologique le moins hostile possible, Aboubacar Sidi Sonko a choisi le nom traditionnel de Louma, qui signifie marché. « Des centaines de Louma ont lieu chaque semaine au Sénégal, explique-t-il. Le nom de ce site indique que nous proposons de faire de même, mais en ligne. » Sur la page d’accueil de M-louma.com, un premier message rassurant s’affiche : « La plate-forme qui connecte le monde agricole ». Apparaissent également des photos de piments, cajoux, oignons, sésame… Pour chaque produit sont précisés une quantité, une date d’expiration et un prix au kilo. Lorsqu’un produit spécifique est affiché en ligne, des alertes peuvent être envoyées par Sms à de potentiels acheteurs qui passent alors un ordre par téléphone portable.

Même si cette mise en ligne va dans le sens de l’histoire, le défi est de taille, reconnaît Aboubacar Sidi Sonko : « Il s’agit d’organiser la production autrement. C’est un véritable changement de culture. » Pour tester le concept, la plate-forme travaille actuellement « avec 5 groupements qui rassemblent 5.000 paysans de la zone maraîchère de Saint-Louis et de Dakar. » Le problème vient du fait que la majorité de ces exploitants ne sont pas habitués au numérique. « Nous utilisons donc les services d’un sociologue afin de les accompagner au mieux et favoriser l’évolution des mentalités », indique l’entrepreneur.

Pour que le site, qui emploie actuellement trois personnes, prenne toute son ampleur, Aboubacar Sido Sonko sait qu’il lui faut atteindre « une masse critique ». Il envisage donc une montée en puissance par zones géographiques en couvrant d’ici à fin 2015, la zone sud du Sénégal (Casamance et Ziguinchor) connue pour ses cultures de mangues, riz et arachides. « Puis ce sera en 2016, la zone orientale et enfin en 2017, l’ensemble du pays. Ce modèle est duplicable et nous avons déjà des sollicitations du Gabon, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bénin, prévoit le dirigeant. L’entreprise est à la recherche de partenaires financiers pour cibler l’Afrique francophone. »

Lemondeafrique

La toute-puissance de la naija musique s’est, une nouvelle fois, manifestée par le couronnement du chanteur nigérian Wizkid comme « artiste de l’année » et « meilleur musicien » aux Mtv Africa Music Awards décernés le 22 octobre dernier à Johannesburg. Wizkid a également remporté un prix pour ses collaborations avec d’autres artistes lors de cette édition 2016 des Mtv Africa Music Awards. En effet, la liste des collaborations de ce jeune prodige de la musique africaine est déjà très longue... Même la star mondiale Drake n’a pas pu résister. Résultat : une pluie de tubes été comme hiver. Et c’est vrai que ce sacre tombe à pic, au moment où le continent africain vit une véritable lune de miel avec sa musique. Traduction immédiate : les revenus des succès des artistes africains, notamment dans les concerts, ont enregistré une forte croissance dans plusieurs pays africains, confirme une récente enquête du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au seul Nigeria, l’industrie musicale a généré en 2015 un chiffre d’affaires de 47 millions de dollars, en hausse de 6,4 % sur l’année précédente. Allez, Wizkid !

Jusqu’au départ de l’ancien président Yaya Jammeh le 21 janvier dernier, la traversée de la Transgambienne reliant Dakar et Ziguinchor avait tout d’un véritable chemin de croix. Mais les tracasseries policières et douanières sur fond d’intimidation ont été emportées par le vent du changement démocratique. Aujourd’hui, c’est un vent nouveau qui souffle sur la Transgambienne.

En ce mardi, début février, un vent nouveau souffle sur la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Un doux parfum d’un bon bol d’air frais embaume l’ambiance à bord du ferry « Farafenni ». Assis sur le pont supérieur de ce gros tas de ferraille, Abou Diallo, barbe de trois jours et visage poupin, respire la sérénité. Regard fixé sur l’écume des eaux du fleuve Gambie déchirées par le navire, ce commerçant sénégalais semble perdu dans ses pensées. Certes, c’est la énième fois qu’il emprunte ce ferry pour rejoindre la localité gambienne de Dialy où il mène ses activités aux côtés de sa femme gambienne et de ses enfants mais c’est sans doute la première fois qu’il fait cette traversée sans grande appréhension. Les tracasseries douanières, policières et même militaires auxquelles il était soumis sur le territoire gambien, comme bon nombre de ses compatriotes en partance pour le sud du pays, ont disparu comme par enchantement. Comme si l’ancien président Yaya Jammeh, en quittant le pouvoir, les a emportées avec lui. Toujours est-il que l’ambiance lourde, sur fond d’intimidation de jadis, a laissé place à une atmosphère détendue. « Les agents des services de renseignement gambiens pullulaient à bord et épiaient tout le monde à visage découvert. Ils se font moins visibles depuis que leur mentor a quitté le pouvoir », souligne cet habitué du ferry.

Moins de tracasseries, plus de sérénité
TransgambienneDepuis donc que l’ancien chef de l’État gambien a quitté le pouvoir, la chape de plomb qui pesait sur la Transgambienne a fondu. Les gens ne sont plus soumis au douloureux voyage avec son lot de tourments. Les langues se délient, la parole se libère comme jamais. « Dès qu’on franchissait Keur Ayib, c’était check-point sur check-point. Les fouilles étaient presque systématiques. Et arrivé au ferry, on pouvait rester des heures et des heures sans traverser. Cela dépendait des humeurs des officiels gambiens. Mais, depuis le départ de Jammeh, la situation s’est beaucoup améliorée », se félicite El Hadji Guèye. Pape Yague qui n’avait rien perdu de la discussion s’y invite. En partance pour Bignona, ce mécanicien sénégalais confirme et se dit surpris par la nouvelle ambiance qui règne sur la Transgambienne. « Cela fait un peu bizarre de traverser sans anicroche, tellement on s’était habitué aux sautes d’humeur et aux intimidations des forces de l’ordre gambiennes », explique-t-il. Ces dernières, notamment les militaires, se font désormais discrètes. Ils sont cantonnés dans le petit poste implanté juste avant le quai.

Ce changement est perceptible dès qu’on franchit Keur Ayib, dernière localité sénégalaise avant la Gambie, et qu’on arrive à Keur Ali. De ce côté-ci de la frontière entre les deux pays, la ligne de démarcation est juste matérialisée par un muret et deux barrières métalliques. Signe de dégel, des taxis gambiens de couleur jaune avec des parements verts traversent allègrement la frontière. « Quand il y a une tension entre les deux pays, ces véhicules de transport s’arrêtent à la frontière. C’est dire que la libre circulation des personnes est redevenue normale », souligne un agent de la Douane sénégalaise sous anonymat. Une fois les formalités administratives réglées côté sénégalais et muni d’un laissez-passer, on pénètre en territoire gambien. Les premiers bâtiments de Farafenni, située à 7 km du fleuve Gambie, apparaissent au loin. Cependant, avant d’accéder au cœur de cette ville-carrefour implantée à 120 km de la capitale, Banjul, il faut passer par bien de check-point. Le premier se trouve à Keur Ali, à 100 mètres après la frontière avec le Sénégal. La présentation d’une pièce d’identité et du laissez-passer aux douaniers et aux policiers suffit désormais pour poursuivre son chemin. Pas de bakchich exigé. Vingt mètres plus loin, il faut s’arrêter devant le camp militaire du deuxième bataillon d’infanterie et montrer patte blanche au soldat en faction. Pas d’intimidation ni de bakchich là aussi. Trois autres postes de contrôle franchis sans accrocs, on arrive enfin à Bamba Tenda, à sept kilomètres de Farafenni où se trouve le fleuve.

Une piste latéritique mène tout droit à l’embarcadère qui grouille de monde. À droite, sur le bas-côté du chemin poussiéreux, des camions et des bus en file indienne sur près d’un kilomètre. À gauche, des véhicules de moindre gabarit. Tous attendent de traverser le fleuve pour poursuivre leur chemin vers la Casamance. Même si le rythme de la traversée a connu une nette amélioration, il n’en demeure pas moins que certains camionneurs comme Babacar Ndiaye devront patienter au moins cinq jours pour espérer atteindre l’autre rive située dans le village de Yelli Tenda, à Soma. Si cinq jours pour traverser ce petit cours d’eau peut sembler long pour certains, pour ce jeune chauffeur, c’est même inespéré au regard de ce qu’il a vécu par le passé. « Il nous arrivait de rester une semaine sans pouvoir traverser, surtout quand les officiels gambiens décidaient de ne mettre en service qu’un seul des trois ferrys ou simplement de suspendre les rotations pour des raisons qui leur sont propres », confie-t-il. En attendant que son camion, placé en queue de peloton, embarque dans trois ou quatre jours, Babacar Ndiaye emprunte le ferry pour rejoindre la rive opposée où il va retrouver des amis afin de « passer du bon temps ».

Des rapports moins conflictuels
Poste frontière GambieComme sur le quai et ses abords, une intense activité commerciale règne à bord du ferry. Se faufilant entre l’emboîtement de camions, de bus, de véhicules particuliers et des passagers, des vendeurs à la sauvette proposent de petites babioles. Durant la traversée qui dure une quinzaine de minutes, certains se prennent en photo sur le pont supérieur du bateau tout près de la cabine de pilotage. Une scène assez illustrative de la nouvelle situation entraînée par le changement politique en Gambie. « Les gens n’osaient pas prendre des photos sur le ferry au risque de se faire confisquer leur téléphone. C’était inimaginable », insiste Moussa Guèye, un habitué du bac. Avec le départ de l’ancien homme fort de Banjul, le climat de suspicion s’est dissipé rendant ainsi les relations entre les passagers et le personnel du ferry beaucoup plus chaleureuses et moins conflictuelles. « En réalité, il n’y a jamais eu de conflit entre les deux peuples, le problème, c’était au niveau institutionnel », pense Aladji Saneh, membre de l’équipage du ferry.
 
Le ferry se stabilise enfin sur la rive opposée, à Yelli Tenda, dans la ville de Soma. Il vomit sa cargaison de véhicules et de passagers. Sur la terre ferme, c’est la même ambiance qu’à Farafenni. Même ferveur commerciale, même poste de contrôle, même enfilade de véhicules et de passagers qui attendent de monter à bord. Une vingtaine de minutes plus tard, les amarres sont lâchées. Un coup de sifflet strident annonce le départ. Petite manœuvre et le bac fait un tour sur lui-même pour entamer une nouvelle traversée. Ses gros moteurs fendent les eaux du fleuve dans un ronronnement sourd en direction de Farafenni où l’attendent des centaines de passagers et de véhicules. Ainsi est le quotidien de ce ferry, entre 8 heures du matin et 21 heures ; véritable cordon ombilical entre le nord et le sud du Sénégal, mais qui a beaucoup souffert des caprices et lubies d’un régime autocratique incarné par l’enfant de Kanilaï qui, aujourd’hui, se la coule douce en Guinée Équatoriale.

Un pont qui commence à sortir de… l’eau
Lancés en février 2015 par le Premier ministre Mohammad Boun Abdallah Dionne et l’ancienne vice-présidente de la Gambie, Isatou Njie Sady, les travaux du pont de Farafenni sur le fleuve Gambie vont bon train. Les plateformes de construction flottent sur le fleuve. Les grosses poutres métalliques qui doivent soutenir la structure commencent à sortir des eaux. De part et d’autre des deux rives, Yelli Tenda du côté de Soma et Bamba Tenda du côté de Farafenni, les ouvriers sont à pied d’œuvre. À l’évidence, les foucades et les frasques de l’ancien président gambien n’ont pas eu d’effet sur le déroulement des travaux qui doivent être exécutés dans un délai de 36 mois.

Faut-il le rappeler, Yaya Jammeh, au lendemain de la tentative de coup d’État dont il a été victime en novembre 2015, avait annoncé, dans un excès de colère, qu’il n’autorisait plus la poursuite de ce projet financé à hauteur de 50 milliards de FCfa par la Banque africaine de développement (Bad) avec une participation de la Gambie et du Sénégal. Le pont de Farafenni, comme l’avait laissé entendre le Premier ministre, s’inscrit dans une politique d’intégration sous-régionale qui vise à « favoriser l’interconnexion des réseaux routiers de nos pays, à réduire la durée des voyages, à accroître les échanges commerciaux et à renforcer la cohésion entre les communautés ». Mais surtout à lever les nombreux postes de contrôle, les longues et coûteuses procédures douanières et policières… qui avaient fini par indisposer tous ceux qui passaient par ce côté de la frontière pour rejoindre la Casamance.

El Hadji Ibrahima THIAM et Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 27 février 2017 11:39

Terrorisme 2.0

27 Fév 2017
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Son métier, creuser des fosses pour enterrer des corps sans vie. En effet, il gagne son pain sur le dos des morts. Immersion dans le milieu des « promoteurs immobiliers » d’outre-tombe où on trimballe notre plume pour déterrer des histoires de vie construites autour d’un mystère, la mort.

Conformément à l’article 77 du code civil, le gardien du cimetière de Hann Yarakh est autorisé à laisser inhumer le corps. Sur ces mots, il se lève de la chaise où il était adossé pour prendre la pelle cachée derrière la porte d’entrée du cimetière. Retourner à l’envers, deux coups pour bien serrer la tête. Quelques pelletées, le fossoyeur achève le creusement de la fosse.

Un petit corps raide bien ficelé déposé sur la table d’entrée qui sert d’habitude pour la collecte des aumônes. Une petite vérification pour se prémunir de toutes les éventualités, il est aussitôt plongé dans un trou automatiquement refermé. Quelques pelletées de sable ont suffi pour recouvrir la tombe de ce petit être qui n’a pu séjourner sur terre que 48 heures, après neuf longs mois de grossesse. Sans pierre tombale ni de tableau, il est classé dans le cercles des corps anonymes. Bébé n’a pas attendu d’être baptisé. En entendant, il se contentera du monticule de sable frais qui témoigne de la récence de sa nouvelle demeure. Son père venu l’inhumer avec ses trois amis ou parents aurait souhaité le voir courir dans les quatre coins de la maison, mais Dieu en a décidé autrement. Quoi de plus gai qu’un enterrement, dis-moins, celui d’un enfant. Sauf que son petit passage permettra au vieux Talla Mbaye de récolter un billet de 1.000 FCFA.

Un métier qui n’est pas de tout luxe
Le métier de fossoyeur n’est pas de tout luxe. Ceux qui le pratiquent, du moins ceux rencontrés, avouent y être entrés par accident. D’autres l’ont hérité de leur père. Passant la plupart de son temps à l’entrée des cimetières où le silence des morts se la dispute avec le gazouillement des oiseaux. Il est entre le monde immobile des cimetières et celui des vivants des alentours qui s’emballe dans une confusion de musiques cacophoniques. Les coups de marteaux des mécaniciens qui longent le mur des cette clôture, le bruit des machines à soudure, les cris des enfants qui, en ce week-end, jouent au ballon rond, affrontant les véhicules qui surgissent des deux voix de la route, viennent s’ajouter au désordre bruyant. Ont-ils oublié qu’ils sont à deux pas des cimetières ? « Je n’ai jamais voulu exercer ce métier. C’est le bon Dieu qui en a décidé ainsi », avoue-t-il. Son métier de fossoyeur donc, un coup du hasard et les largesses du destin. Par le biais de l’ancien gardien des cimetières de Hann, son ami, il avait hérité de ce métier comme il aurait hérité de la femme du défunt ami, à sa sortie bien évidemment de deuil. « D’ailleurs, quand le crépuscule se dessinait, je pliais bagage », d’après quelques réminiscences d’un « grand » fossoyeur qui a pelleté un peu partout dans le sable de cette citadelle du silence. Pourtant, il n’a pas encore déterré quelques trésors, sinon se contenter de la générosité des accompagnants de ses nouveaux « locataires ». « Nous faisons du bénévolat. C’est aux familles des défunts de voir ceux qu’ils peuvent donner. Parfois, ils organisent une petite quête en guise d’aumône, sinon on ne veut pas imposer une somme à des gens en situation de détresse », selon M. Mbaye sur les modalités de payement.

Cap aux Cimetières de Yoff. Un mur qui s'allonge et qui n'en finit pas de s'allonger. Un kilomètre de longueur et cent mètres de largeur. De quoi enterrer tout ce beau monde tombé sous le coup de l'ange de la mort qui ne distingue pas le nouveau-né de l'adulte encore moins des vieilles personnes. Il exécute la mission divine, comme le soldat sur le champ de bataille, emportant parfois de justesse des âmes à la jeunesse écourtée, aux bonheurs apostrophés aux rêves jamais réalisés laissant donc sur son chemin une vague de tristesse. A l’intérieur, le murmure des arbres sur le passage semble soudain donner à l’endroit un caractère apeurant. De nombreuses tombes... aux vieilles gravures à moitié effacées. « Repose en paix », « prier pour le repos de son âme », « al fatiha plus onze lihlass »...des mots parfois écrits en arabe pour bien enterrer son mort.

Autant en apporte l'inspiration et le poids social
Comme dans la vie quotidienne, les rangs sociaux se définissent. Trois quartiers se dessinent ainsi. Avec ironie, cela donne la bourgeoisie avec des mausolées qui peuvent coûter jusqu’à 250.000 FCfa, la classe moyenne aux logements de briques superposées parfois carrelés ou coquillés et un ghetto où les morts résidants vont se contenter des monticules de sables et de tableaux en fer plus accessible que le marbre pour graver leurs noms. Pas d’autorisation de construire qui leur coutera 14.000 FCfa ni un tableau de marbre de 15 centimètres sur 30 encore moins de 30 centimètres sur 30 qui reviendront à 5.000 ou 10.000 FCFA. Section 1 jusqu'à 56, séries une jusqu’à X, du premier enterré au dernier, des hommes tus à jamais mais des tombes qui parlent par leurs structures.

 En effet, autour de ces « départs » vers d’autres cieux, tourne une sorte de débrouille, celle de la mort. Elle n'est pas de tout luxe encore moins rentable. Sinon, le seul recours de survie pour des pères de famille qui n’ont que ça à faire.

En cet après-midi de samedi, les retombées des tombes pour faire vivre les foyers ne sont pas trop significatives. Un seul corps qui débarque depuis ce matin. Avant même son arrivée, le trou est déjà ouvert. Les proches l’ont devancé pour lui tracer une demeure moins chère que celles qui se dressent sur terre. Trois mille francs CFA à se partager entre deux voire plus, ici les tarifs sont définis et connus par la plupart. « Les trois mille francs sont facturés au petit matin pour permettre aux fossoyeurs de prendre leur petit déjeuner. Sinon, il arrive que des gens sollicitent vos services sans que vous ayez reçu rien au retour », renseigne, Bacary Koly qui, depuis 1998, est dans ce métier. Etant le plus ancien parmi les dix-sept (17) fossoyeurs qui interviennent dans ces cimetières de Yoff, il a longtemps porté le combat de la valorisation de leurs métiers de « Baye pelle » jusqu’ici en vain. Ancien boulanger, il a embrassé ce métier par hasard. D’abord gardien devant la porte des cimetières, son contrat s’était épuisé quatre ans après. A nouveau au chômage, il avait rejoint le cercle restreint des gens qui gagnent leur pain sur le dos des morts. Au bord de la retraite, son enfant a déjà fait cinq ans à ses côtés pour un métier, disent-ils, qui ne nourrit pas son homme. Donc, bons morts du fond de vos paradis, si vous voyez Dieu, dites lui mal leur a coûté leurs dernières pelletées pour couvrir vos tombes. Dans un isoloir à quelques encablures des lieux, ils se sont regroupés sous l’ombre d’un arbre. Dans leurs plus modestes habits pour ne pas dire bizarres. Ils ont vraiment des figures d’enterrement. Des têtes couvertes de bonnets, des yeux dissimulés derrières des lunettes de soleil, des pieds et des mains qui n’apparaissent point sous les chaussettes et les gans ocrés. Dans ce magma de balayeurs, de constructeurs et de fossoyeurs, seule la mort est respectée. Aucun salaire n’est encore validé pour la motivation de ses bénévoles. Ils doivent se contenter de la générosité des accompagnants, laquelle n’est pas toujours au rendez-vous.

« Nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes »
Des notes sur la façade du mur à côté de la porte d’entrée des cimetières Saint-Lazare où une dame confectionne ses bouquets de fleurs destinés à la vente. Pas un de vendu, Aminata Gackou les plongent dans une bassine d’eau pour les maintenir à la vie en attendant le dimanche, jour des grande messes, des nombreuses visites par conséquent, des grandes ventes. Si l’on pouvait en faire autant avec nos disparus, il y aurait moins de tristesse peut-être. De la tristesse, de la gaieté et de la mélancolie, il n’en manque pas au milieu des fosses à jamais fermées ; de la beauté également. Dépouillés de tous adventices et de tous les corps solides étrangers à l’exception des feuilles, qui en ce début de petit froid instable, tombent sans cesse. Ce bout de mots signifie aux visiteurs ou simples passants que la mort prend en compte tous les êtres vivants. Le système de fonctionnement des sociétés lui, non. Les fossoyeurs ne dérogent pas à la règle. Comme ceux de Yoff et de Hann, ils font également dans le bénévolat. En ce samedi où les enterrements sont quasi inexistants, ils ont déserté les cimetières. Le seul à rester à côtés des morts est le gardien, Ibou Djiba. Il leur prête main forte quelques fois. « Je n’ai pas choisi ce métier, je suis arrivé par affectation par la mairie de Dakar », informe ce vivant qui s’isole de son monde pour veiller sur ceux d’outre-tombe. Un exercice qui le rapproche de Dieu et le prépare au moment décisif.

Par Marame Coumba Seck

Installé depuis 2002 au Sablon, le quartier bruxellois des antiquaires, Didier Claes est l’un des rares marchands d’art africain métis au monde. Sa spécialité ? Les œuvres originaires d’Afrique centrale, auxquelles il souhaite rendre leurs lettres de noblesse. Ces objets de « l’art classique africain », que l’on trouve dans son espace d’exposition, sont répertoriés et proviennent de collections privées. Et ce dynamique galeriste, né à Kinshasa il y a 44 ans d’une mère congolaise et d’un père belge qui travaillait pour l’ex-Institut des musées nationaux du Zaïre, mêle passion, travail, courage et…chance : « Le travail entraîne la chance et la passion fait le reste. L’expérience, la réputation et le sérieux se construisent au fil du temps et des épreuves ».

En plus de son activité de galeriste, Didier Claes est, entre autres, membre de la Chambre belge des experts en œuvres d’art et du Syndicat national français des antiquaires. Ce n’est donc pas un hasard si, depuis deux ans, il est aussi vice-président de la Brafa, la prestigieuse foire européenne d’art et d’antiquités de Bruxelles. Lors de son édition 2015, durant la dernière semaine de janvier, ce vaste musée éphémère où sont échangées des œuvres de toutes sortes – tableaux, mobilier, bijoux, livres anciens, photographies… –, a reçu 55.000 visiteurs et réuni 126 exposants, parmi lesquels neuf spécialisés dans l’art africain.

Sur son stand, l’atmosphère est feutrée. Présentée avec soin, chaque pièce retient l’attention par sa finesse ou son originalité. Le maître des lieux est en parfaite adéquation avec son époque et ses ambitions. Élégant, souriant et plein d’allant, cet esthète passionné est également un fin stratège quand il est question d’art. Ainsi, en bonne place, trône une plaque décorative du Bénin datant de la fin du XVIe siècle qui provient du palais royal du royaume du Bénin, dans le sud de l’actuel Nigeria. « Il y a deux types d’art africain : celui de la forêt et l’art de cour dont provient cette plaque. Les collectionneurs préfèrent celui de la forêt, le vrai, sauvage, dur, que j’appelle aussi "précontact", datant d’avant la rencontre avec les Blancs », explique Didier Claes.

« L’avenir de l’art est en Afrique », estime le curateur. Il est évident pour lui que le continent se dotera de plus en plus de musées et de galeries. « Des Africains me disent : "On nous a volés !" Et moi de leur répondre que si l’on veut avancer, on ne peut plus s’appesantir là-dessus. Il faut faire le deuil de tout cela et abandonner ces discours inutiles. Aujourd’hui, la vraie bêtise serait de refuser de progresser. Je pense que dans vingt ans, l’Afrique sera plus puissante que l’Europe ».

Le jeûne semble inverser le diabète en reprogrammant les cellules, révèle une nouvelle étude menée par l'University of Southern California (USC).

Observer un jeûne favoriserait la croissance de nouvelles cellules pancréatiques produisant de l'insuline qui réduiraient les symptômes du diabète de type 1 et de type 2 , selon une étude sur les souris et les cellules humaines menée à l'University of Southern California (USC) aux Etats-Unis.
Diabète : régénération et reprogrammation des cellules.

« Les cycles d'un régime alimentaire qui simule le jeûne et d'une alimentation normale ont essentiellement reprogrammé les cellules non productrices d'insuline dans des cellules productrices d'insuline, a déclaré Valter Longo, directeur du Longevity Institute et auteur de la recherche. En activant la régénération des cellules pancréatiques, nous avons pu sauver les souris des deux types du diabète. Nous avons également réactivé la production d'insuline dans les cellules pancréatiques humaines de patients diabétiques de type 1 ».
Les cellules et les organes reprogrammés ont provoqué une régénération dans laquelle les cellules endommagées ont été remplacées par de nouvelles fonctions. L'étude publiée le 23 février dans la revue Cell , est la plus récente d'une série de travaux démontrant des avantages prometteurs pour la santé d'un bref régime alimentaire périodique qui imite les effets d'un jeûne.

Renverser le diabète grâce au jeûne
Dans le type 1 et le stade tardif du diabète de type 2, le pancréas perd des cellules bêta produisant de l'insuline, ce qui augmente l'instabilité des taux de sucre dans le sang. L'étude a montré un renversement remarquable du diabète chez les souris qui suivait un jeûne pendant quatre jours chaque semaine. Les rongeurs ont retrouvé une bonne production d'insuline, réduit la résistance à l'insuline et ont démontré des niveaux plus stables de glucose sanguin. C'était le cas même pour les souris dans les derniers stades de la maladie.

Les cycles de régime ont activé des gènes chez les souris adultes qui sont normalement actives dans les pancréas en développement de souris fœtales. Les gènes ont déclenché la production d'une protéine, la neurogénine-3 (Ngn3), générant ainsi de nouvelles cellules bêta productrices d'insuline saines. Longo et son équipe ont également examiné les cultures de cellules pancréatiques de donneurs humains et ont constaté que, dans les cellules de diabète de type 1, le jeûne a également augmenté l'expression de la protéine Ngn3 et accéléré la production d'insuline. Les résultats suggèrent qu'un régime mimant le jeûne pourrait soulager le diabète chez les humains.

Le jeûne efficace aussi contre le cancer et les maladies cardiaques
Longo et son équipe ont amassé des preuves indiquant plusieurs avantages pour la santé de cette diète. Leur étude publiée la semaine dernière dans Science Translational Medicine a démontré que leur jeûne réduit aussi les risques de cancer, de maladies cardiaques et autres maladies liées à l'âge chez les participants à l'étude humaine qui ont suivi le régime spécial pendant cinq jours par mois. Des études antérieures sur le régime alimentaire ont montré un potentiel pour soulager les symptômes de la sclérose en plaques , augmenter l'efficacité de la chimiothérapie et diminuer la graisse viscérale.

« Ces résultats justifient un plus grand essai de la Food and Drug Administration (FDA) sur l'utilisation du jeûne pour traiter les patients diabétiques pour les aider à produire des niveaux normaux d'insuline tout en améliorant la fonction de l'insuline, a déclaré Longo. J'espère que les personnes atteintes de diabète pourraient un jour être traitées avec un régime approuvé par la FDA, jeûnant pendant quelques jours chaque mois et prendre le contrôle de leur production d'insuline et de sucre dans le sang ».

Saint-Louis, le sanctuaire de la fine gastronomie sénégalaise. Ici, le « thiéboudieune » (riz au poisson) est renommé. C’est une spécialité de la région. Une passion de consommateurs qui en redemandent. Penda Mbaye, une des grandes toques de notre pays, voire du monde, est passée dans la vieille cité. Elle a laissé échapper de sa marmite quelques secrets de la haute gastronomie. Nous sommes sur ses traces. Pour déguster, avec nos chers lecteurs, un « thiéboudieune » de son cru.

Elle n’est pas comme le marmiton qui, au contact d’un restaurateur proposant de bonnes recettes, réussit finalement à faire de la grande cuisine. Elle a plutôt inventé un plat : le « thiéboudieune ». Penda Mbaye, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, intéresse les Sénégalais, ses compatriotes. Beaucoup veulent en savoir plus sur elle. Nous sommes sur les traces de l’inventrice de notre plat national. Dans cette volonté de revisiter sa vie et son œuvre, on s’est rendu à Guet-Ndar, Santhiaba, Sor, Khor et Goxu Bacc, ces quartiers de la vieille Cité pour une quête de nourritures « authentiques ». De Penda Mbaye, disons d’abord que sa réputation a dépassé Saint-Louis, et même le Sénégal.

L’inventrice du « thiéboudieune » aurait, dans un premier temps, vécu à Santhiaba, ensuite à Goxu Bacc. Aujourd’hui, dans sa cuisine, deux grandes castes circulent parmi ses marmites. Et chacune d’elles cherche à « breveter » la trouvaille de Penda Mbaye. Les « gewël » (griots), ces détenteurs de l’oralité, la revendiquent. « Le slogan, connu de tous, est « thiéboudieune ngéwël », rappelle Ndèye Dieumb Ngom, restauratrice à Saint-Louis. « Faux ! C’est chez nous les « tëg » (groupe des forgerons) que Penda Mbaye, dont le nom complet est Penda Mbaye Thiam, a vu le jour en 1904 », soutient Aïda Mboup Thioune, qui dit être « (sa) petite-fille ».

Ainsi, la haute stature de l’inventrice de notre plat historique aiguise-t-elle l’appétit « revendicatif » de deux grandes castes autour du « thiéboudieune » à la Penda Mbaye (Thiam). Pour mettre fin à leur « duel », disons aux uns et aux autres que cette maîtresse de l’art culinaire est nationale. Son histoire est riche comme son « thiéboudieune » Penda Mbaye. Elle est succulente. Elle est toujours savoureuse.

Quand Penda Mbaye divise griots et forgerons
« Ma grand-mère Penda Mbaye, la créatrice du « thiéboudieune » est de ceux et celles que les lumières de Ndar (Saint-Louis) ont attirés. Elle n’est pas une native de la vieille cité. Elle a vu le jour à Gandiol, à une vingtaine de kilomètres de l’ancienne capitale de l’Aof, en 1904 ». Ces propos sont ceux de Aïda Mboup Thioune, fille de feue Fatou Guèye Dioum. Cette dernière, décédée en 2006, est la fille de Mbayang Thiam, la sœur cadette de Penda Mbaye (Thiam). Notre interlocutrice, Aïda Mboup Thioune, rencontrée au beau milieu de sa famille dans ce quartier de pêcheurs qu’est Goxxu-Bacc ne tarit pas d’éloges sur ce coin de Saint-Louis. Ici, découvrons-nous des gens qui cultivent, à la fois, le savoir-vivre, le raffinement, la tradition et la convivialité.

C’est vrai, Goxxu-Bacc est un endroit où l’on peut absolument rêver d’un bon plat de riz au poisson, où l’on peut assister en direct à sa préparation qui est tout un rituel et où l’on peut déguster un « thiéboudieune » à la Penda Mbaye pour le plaisir de son palais. Penda Mbaye est d’ici. C’est du moins ce que nous dit sa petite-fille Aïda Mboup Thioune qui aurait appris de sa défunte maman Fatou Guèye Dioum que « Penda Mbaye, née en 1904 à Gandiol, est décédée le 1er novembre 1984 à Dakar et inhumée le lendemain à Andoulaye (Louga) sur instruction de son marabout Thierno Dramé ». Elle a laissé deux héritiers : Mawdo Malick Sèye, vivant en France et Adja Maguette Sèye, installée à Dakar.

Le « bol de la discorde »
C’est Penda Mbaye qui inventa le « thiéboudieune ». « Pour cette première, j’ai entendu dire que ma grand-mère n’avait pas utilisé de la tomate concentrée, mais des tomates fraîches. Ayant fini de les pétrir, elle avait recueilli la pâte ainsi obtenue. Cette trouvaille a beaucoup contribué dans le succès du « thiéboudieune », fait savoir Aïda Mboup Thioune. Sur ce point, nos interlocuteurs sont unanimes.

Par contre, ils ont de profondes divergences sur le groupe social et l’époque de Penda Mbaye. « Ma grand-mère est « tëg» (forgeron) », soutient Aida Mboup Thioune, fille de feue Fatou Guèye Dioum, elle-même fille de Mbayang Thiam, la sœur cadette de Penda Mbaye (Thiam). « C’est pour la première fois que j’entends dire que Penda Mbaye n’est pas « gewël » (griotte) », dit Ndèye Dieumb Ngom, restauratrice et fille de la célèbre Adja Nancy Niang, la première à ouvrir un restaurant à Saint-Louis en 1951. « Ma mère, née en 1933 et rappelée à Dieu le 25 juillet 2016, n’a pas connu l’inventrice de notre plat préféré », renseigne Ndèye Dieumb Ngom.

Et Rokhaya Mbaye, une habitante de Guet Ndar, souligne que « Penda Mbaye est beaucoup plus vieille que l’âge que lui a donné Fatou Guèye Dioum », la défunte maman de Aïda Mboup Thioune qui raconta que « (sa) tante, née en 1904, a inventé le « thiéboudieune vers 1916 ». En tout cas, à 12 ans, les filles de Saint-Louis, c’est connu, vont aux fourneaux. De 1916 à maintenant, c’est 101 ans. Le premier « thiéboudieune » à la Penda Mbaye est toujours dans le « bol de la discorde ».

Réhabiliter Penda Mbaye
En tout cas, allons-nous vous livrer des informations recueillies, en avril 2001, auprès de l’incontournable doyen Amadou Lamine Camara, une mémoire de Saint-Louis. Né le 27 mars 1907, il déclarait, il y a un peu plus de 15 ans, ne pas connaître personnellement Penda Mbaye. Alors chef de la section des affaires communales, Amadou Lamine Camara se rappelait la venue, en 1932, de Blaise Diagne à Saint-Louis sur invitation du gouverneur général. « A cette occasion, on avait, dans les jardins du gouverneur, servi au premier député noir un « thieboudieune » préparé par une femme « tëg » et non « gewël » qui habitait le quartier Lodo. Blaise Diagne avait ce jour en woloff demandé qu’on lui mette du « gedj » (poisson séché et salé) dans son assiette », nous contait-il. Amadou Lamine Camara se souvenait aussi de la poésie de Serigne Babacar Sy chantant « sa grande vénération du « thieboudieune ». Embouchant la même trompette que son ami Camara, un autre doyen de Guet Ndar, Bassirou Fall, déclarait, toujours en avril 2001, ne pas connaître personnellement Penda Mbaye. « Mais, j’ai vu des femmes trouver époux pour avoir réussi un « thieboudieune », des amoureux s’en faire expédier loin de Saint-Louis, une austérité d’un chef de famille se ramollir à la découverte d’un « thiéboudieune » fumant dans un grand bol posé sur la natte », avait-il raconté.

Convenons-en, le « thieboudieune » est un plat mythique, mais son inventrice n’est pas suffisamment honorée. A Saint-Louis, aucun monument ou place publique ou école ou avenue ne porte son illustre nom. Des recherches doivent être faites pour réhabiliter cette cuisinière de renommée dont le nom et l’image méritent d’être accrochés aux portes de nos écoles préparant aux métiers de la gastronomie. L’histoire générale du Sénégal qu’un comité rédactionnel va reconstruire page après page, pierre après pierre, pour la faire revivre, ne manquera pas, peut-être, de s’intéresser à Penda Mbaye. Nos historiens et autres brillants intellectuels, chargés de dresser le vrai portrait de notre pays dont la richesse est éternelle, ont la mission de nous replonger dans le passé du Sénégal de Penda Mbaye, cette belle terre d’Afrique où l’Orient et l’Occident se sont unis. En effet, c’est ici que les caravaniers arabes ont rencontré les négriers occidentaux. Là, ont-ils énormément gagné au contact des autochtones.

Les Saint-Louisiennes, ces imbattables en cuisine
Ndeye Dieumb Ngom« Thieboudieune » Ndar la fek baax » (le riz au poisson est une spécialité saint-louisienne). Les gens d’ici ont le secret de sa préparation. Longuement affiné, rougi à la tomate, de saveur délicate et très épicé avec des aromes flagrants et bien typés, ce mets est un délice. Il doit son originalité au respect de règles rigoureuses.

« Pour faire un « thieboudieune » digne de Penda Mbaye, il faut d’abord savoir faire le marché ». Ces propos sont de Ndèye Dieumb Ngom. Agée de 55 ans, cette femme de Saint-Louis, très connue des fonctionnaires en poste ou en mission dans la capitale du Nord, est une spécialiste de notre plat national. Ndèye Dieumb Ngom est la fille de la célèbre Adja Nancy Niang, la première à ouvrir un restaurant à Saint-Louis en 1951. « Ma mère, née en 1933 et rappelée à Dieu le 25 juillet 2016, n’a pas connu Penda Mbaye, l’inventrice du « thieboudieune », mais elle le préparait bien », a dit notre interlocutrice qui nous en a bouché un coin et même plusieurs.

Sa première leçon est celle-ci : « Thieboudieune dou waaxu day daagu » (La préparation du « thieboudieune » demande du temps). Vous autres non Saint-Louisiennes, ne faites donc plus comme si vous preniez un ticket de métro, c’est-à-dire du « vite fait », quoi ! Deuxième leçon : « Bagn di taalaale dieune, waaye diko diigël » (Ne plus frire le poisson, mais l’ajouter en pleine cuisson. Là, vous êtes sur la voie de réussir un plat plein de saveurs. Troisième leçon : « Thieboudieune, ken duko yak ci palat, ken duko leekee kuddu » (On ne sert pas le « thieboudieune » dans un plateau et on ne mange pas le « thieboudieune » avec une cuillère). Alors, respectons le rite : asseyons-nous autour d’une grande assiette et plongeons la main. Bon appétit !

Espèces nobles
Le « thieboudieune » à la Penda Mbaye doit aussi son originalité au respect d’une autre règle essentielle : le choix du poisson. Les espèces nobles comme les « thiof », « kothie », « warangal », « bërr », « deem », etc. sont les plus indiquées », nous dit Mme Rokhaya Mbaye, une habitante de Guet Ndar qui, avec un groupe d’amies, revenait du marché. Dans le panier de ces ménagères, ces ingrédients : riz local, poisson noble frais, « guedj » (poisson salé et séché), tomate concentrée, tomate fraîche, huile d’arachide, « yeet » (cymbium), piment rouge, sel, poivre, carotte, navet, manioc, chou, aubergine, oignon, ail, persil, etc. Pas un seul des bouillons vantés à travers des spots publicitaires n’a été acheté. « On n’a pas besoin de bouillon pour faire un bon « thieboudieune », nous les élèves et héritières de Penda Mbaye », disent en chœur Mmes Aminata Mbaye, Astou Lô et Astou Diop Guèye.

Vos deux serviteurs ont vu que, signe des temps, les Mbaye, Mboup, Samb, Cissé, Touré et Wade, mais aussi les Sow, Sy et Sall, mangent le « thieboudieune » avec la cuillère. Non, chers cousins à plaisanterie, c’est avec la main qu’il faut le faire. S’il vous plaît, pas les deux mains. Seulement, la main droite. Qu’il vous plaise, en respectant les rites, de retourner à ce plat mythique tout le sérieux qu’a demandé sa préparation. L’on doit être maître dans l’art de manger du « thieboudieune ».

A la main, de préférence
Il faut, d’abord, se laver proprement les deux mains. Mais, pas jusqu’aux coudes, chers cousins à plaisanterie. Ensuite, on s’essuie les mains. Et l’on attend la cuisinière arroser le plat avec du « niekh » (sauce relevée de tamarin). C’est après cela que le chef de famille, avec un retentissant « Bissimilah », donne le coup d’envoi. Alors, commencent les choses sérieuses. On plonge la main pour « convoquer » le gratin (khogne », les différents légumes, le cymbium et le poisson avant de rouler le tout, avec du riz, en boule (dank). Mettez dans la bouche et mâchez tout doucement. Quelle sensation exquise dans votre palais ! La succulence de cette bouchée nourrit votre fierté d’appartenir au peuple sénégalais qui a fait du « thieboudieune » une marque déposée. Ce mets est l’expression même du savoir-faire de la femme sénégalaise, elle-même subtile, raffinée, douce et. savoureuse. Gloire à cette dame qui fait le marché. De retour à la maison, elle écaille et coupe le poisson, prépare la farce (roof) en pilant dans un petit mortier (toukh) oignons, persil, ail, piment, poivre, le tout assaisonné de sel.

Elle pique chaque morceau de poisson et introduit du « roof ». Dans une marmite, l’huile est en train de chauffer. Elle y verse des oignons coupés en petits morceaux, la tomate concentrée délayée dans un peu d’eau et porte à ébullition. Quelques minutes après, elle ajoute les légumes déjà épluchés entiers ou coupés selon leur grosseur, ainsi que le poisson séché et le cymbium. Elle recouvre d’eau, met du sel, du piment et laisse mijoter à couvert pendant des minutes. C’est ensuite qu’elle ajoute le poisson frais et laisse continuer la cuisson à feu doux. Voilà l’essentiel.

Plus tard, c’est sur une table dans un salon, une natte dans la cour d’une concession ou à l’intérieur d’un restaurant que le mets est présenté. Une merveille ! Le plat est richement décoré. On ne se fait pas prier. En effet, le « thieboudieune » exerce un attrait sur son connaisseur. Et vite, il se lave les mains et mange. Son appréciation : « C’est bon ! C’est même très bon ! ». Sa préparatrice est souvent fière et ravie d’avoir réussi un bon plat. Devant un tel repas, servi par une ravissante créature de teint clair ou noir, voire café au lait, on se régale plus que de raison. Et last but not least, on se saisit du « mathiaat » (jus de cuisson dans la saucière). Là, s’il vous plaît, agitez délicatement la tête du poisson et dégustez ce qui en sort. Vous nous en direz des nouvelles.

C’est tout cela le « thieboudieune ». C’est une gourmandise accompagnée d’un rite immuable (manger à la main) que tend à changer une modernité qui n’a pas sa place ici. C’est donc une culture, un art, un mode de vie. D’ailleurs, nombreux sont les chefs de familles qui exigent ce plat à chaque déjeuner. Et ces « borom kër » (époux) gavés par l’auteure d’un « thieboudieune » à la Penda Mbaye prononcent un retentissant « diaraw lak » (merci de tout cœur) pour marquer leur appréciation. Et la maîtresse des céans, tout heureuse et sourire aux lèvres, souhaite à l’homme repu un « na rees ak diam » (bonne digestion).

Par Cheikh Aliou AMATH, Abdoulaye DIALLO (textes) et Mbacké BÂ (photos)

Last modified on vendredi, 24 février 2017 15:24

Ligeeyundey…

24 Fév 2017
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Moi, membre de la lie de ma race, être répugnant qui détrousse le quidam et l’intime, ivrogne qui souille les chairs encore « pâles » et innocentes et croupit dans une bienheureuse oisiveté…ma mère était une femme valeureuse, prévenante et pieuse. Elle était plus qu’une génitrice. Mon père l’en a remerciée lors de ses funérailles. Celle qui m’a donné la vie et entretenu du mieux qu’elle pouvait se levait bien avant l’aurore pour s’occuper de son petit commerce au marché afin que la faim ne s’emparât de sa progéniture. Elle a dû se battre pour que nous allions, mon frère, ma sœur et moi, à l’école comme tous les mômes même si nous empestions la salle de classe de « pain thon », même si nos défroques nous distinguaient des « fils de… » en quête d’émergence. Nous étions déjà bien heureux de suivre la cadence journalière de nos copains. Pour nos cartables, nous saurons attendre. Le frère de maman avait promis de nous en acheter mais elle était trop fière pour le lui rappeler. Elle préférait faire quelques économies au détriment quelquefois de sa santé de plus en plus fragile. Cela prenait souvent du temps mais elle remplissait toujours ses engagements.Illettrée, fille du village condamnée aux durs labeurs champêtre et domestique, elle a su envisager un avenir moins inconfortable pour sa descendance. Libre à celle-ci de semer des graines dans les sillons ou de compromettre le devenir que l’ascendante escomptait pour eux.

Jeunes enfants, nous ne nous sommes jamais souciés de son bonheur. Ma mère ne nous en a jamais fait grief ou montré un signe de lassitude. Nous l’abreuvions de privations. Elle, qui n’a jamais eu le temps de savourer les délices de la vie, guettait continuellement nos sourires et nous accablait de ses prévenances. La seule fois qu’elle a levé la main sur mon jeune frère (son chouchou), c’est quand celui-ci a demandé à un visiteur de lui acheter un ballon de baudruche. Sa « débrouille » quotidienne et routinière, qui nous installait dans la dignité, nous en avions honte. Nous étions les fils de la pauvre vendeuse de légumes et de temps à autres, lavandière des souillures des patriciens. Nous nous enfermions dans un dilemme. Nous étions atteints dans notre orgueil et, en même temps, obligés de le mater au moment de nous remplir la panse. Insouciantes créatures, nous rechignions à l’accompagner au marché où elle se plaisait à nous présenter fièrement à son groupement de bûcheuses. Elles avaient constitué une tontine qui leur permettait parfois d’entrevoir la lueur vacillante de l’espoir. Celui qu’elle entretenait pour ses enfants la projetait dans un univers où s’évanouissaient ses aspirations individuelles et légitimes. Elle avait fait le choix de fabriquer un destin moins impitoyable que le sien à ses enfants, d’être une mère au service de leur bien-être et une épouse qui vivait dignement, et sans geindre, l’écœurante apathie de son mari. Nous avons grandi. Le plus chanceux d’entre nous, mon jeune frère, vivote avec sa femme grâce sa petite paye de concierge. Après une longue maladie, ma sœur est décédée. La société des « dons filmés et rabâchés » n’a pas répondu à ses sollicitations.

La mère plus que le père
Moi, l’aîné, le raté sans le sou, je noie ma colère injustifiée dans l’alcool. Le souvenir de ma mère me supplicie. Son absence est mon plus grand réconfort. Elle se serait apitoyée sur son propre sort. Car, sous nos cieux, le fils inconsidéré, désœuvré, tire-au-flanc…est plus un boulet pour la mère que pour le père, une malédiction pour elle davantage que pour le descendant lui-même quels que soient les sacrifices consentis. Je suis donc victime de celle qui a tout sacrifié, même sa vie, pour me rendre heureux ! Suprême absurdité.
Il y a beaucoup de femmes dans la société sénégalaise qui déploient des efforts considérables pour accompagner leurs progénitures (Il ne s’agit en effet que d’une « escorte » précautionneuse) dans ce que nous concevons comme ascension sociale. Il incombe, à ces dernières, de prendre leur cheminement pour se fabriquer un destin. Après accomplissement, on remerciera notre mère de sa prévenance (sans forcément entonner la ritournelle populaire « magui guereum sama yaay ») ou lui pardonnera son étourderie. Le destin se sera déjà accompli par notre propre abnégation. Ou par la volonté du Seigneur pour les croyants. Ce sont ces derniers, éloquents paradoxe, qui imputent le plus souvent le sort destiné à l’enfant à la bonne ou mauvaise tenue de la génitrice.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Certaines personnes ne sont pas taillées pour une vie faite de routine et de calme. C’est le cas d’Abdoulaye Diallo, fondateur de la maison d’édition Harmattan Sénégal. Gérer une entreprise et être un bon père qui se réveille le matin pour s’occuper de sa famille, ça remplit bien les journées. Ce n’est pas assez pour un professeur d’université qui, entre la recherche et les cérémonies de dédicaces de livres, travaille toujours à donner plus d’amplitude à son occupation d’éditeur.

Dans son boubou prêt-du-corps à deux pièces qui ne le gène guère dans ses déplacements, il explore tous les recoins de l’entreprise pour nous la faire visiter. Une petite réorganisation avec l’arrivée d’un nouveau matériel d’impression. Les éditions se trouvent désormais au quatrième étage laissant la grande salle du rez-de-chaussée à l’imprimerie. L’harmattan s’est associé à deux autres partenaires pour se lancer dans l’impression à la demande avec un investissement initial de trois cents millions. « On a la possibilité, aujourd’hui, de faire un livre, un seul, au lieu d’en imprimer cinq cents, avec la même qualité que ceux qui sont faits en France. Cela veut dire que chaque livre imprimé est une œuvre déjà vendue », renseigne le doctorant en histoire moderne et contemporaine qui, à l'avenir, pourra contourner le grand stock de livres invendus. Mutation d’une entreprise qui s’est adaptée aux avancées technologiques pour satisfaire la demande dans un pays où aller en librairie n’est pas dans la culture des apprenants, en dehors des rentrées scolaires et universitaires. En effet, tous les ouvrages en vente dans les rayons de la librairie de l’Harmattan sont également disponibles en version électronique.

Devant la porte de son bureau qui donne sur un petit couloir pas bien éclairé, un monsieur d’un âge mûr attend. Venu pour déposer un livre à compte d’auteur, il ne pourra pas bénéficier des apports de ce nouveau matériel technique. Sans informatique et sciences du numérique ni aucune norme éditoriale, l’ouvrage ne sera pas imprimé.

De Point E à Amitié, son siège actuel, le parcours d’Harmattan Sénégal et de son fondateur n’a pas été un long fleuve tranquille. De la « censure bleue » des œuvres d’une génération d’écrivains récalcitrants assoiffés d’une seconde alternance à la cherté de l’édition en passant par la difficulté de percer le marché des manuels scolaires, la plupart de ses publications avaient fait les frais d’un régime hostile à la critique. A chaque période, ses difficultés, ses défis, ses contradictions mais aussi ses passionnés et ses résistants. Il y avait cru et y croit encore. La vie d’Abdoulaye Diallo est un combat pour la promotion du livre.

Un féru du livre
S’il n’est pas littéraire par sa formation initiale, il n’en est pas moins un amoureux du livre. Abdoulaye Diallo est un historien dans l’univers des bouquins. De la littérature. Un amour qui date des années de lycée et qui avait pris forme entre les meubles de bibliothèques à étagères du centre culturel français. Et il l’a nourri aujourd’hui, par le biais de la maison d’édition Harmattan Sénégal qui, selon lui, n’est point une filiale française. Sinon une société de droit sénégalais avec des actionnaires à majorité sénégalaise. Fondée en 2009, elle s’est enrichie de nouvelles collections avec un rythme de parution prolifique. En effet, l’enseignant-chercheur s’est attaché à l’idée de donner forme aux travaux de ses pairs et aux intellectuels à l’imagination fertile. Une idée qu’il a nourrie depuis l’université. Étudiant indocile qui ne buvait pas les paroles d’un brillant professeur, il a été choqué de voir un certain M. Admaillou remettre en cause toutes les théories qu’il avait apprises. Etaient-elles des hypothèses de recherche ou des savoirs déjà avérés ? Un nihiliste lui avait répondu en ces termes : « Jeune homme ! Je comprends votre question qui ne me surprend guère. Avant de faire ce cours, j’ai fait le tour de vos bibliothèques et je me suis rendu compte que vous travaillez sur la base d’une documentation qui n’est plus d’actualité. En France, elle n’est plus enseignée depuis longtemps », avait-il laissé entendre. Un vrai choc émotionnel au sortir duquel il avait décidé d’aller à la quête du savoir, surtout documentaire. Au beau milieu de Paris l’année suivante, il se redécouvre. A la main, une bibliographie dont il fallait s’imprégner. Sur cette dernière, soixante pour cent des ouvrages étaient écrits par les professeurs qu’ils avaient en face de lui. Alors que chez lui, deux ou trois de ses enseignants étaient les seuls à publier un livre. Pour cette Afrique des chercheurs qui cherchent sans les publier à grande échelle, il voulait donner un coup de pouce pour mettre à jour leurs travaux.

Aventure éditoriale
De passage à l’Harmattan de France, pour se former au métier du livre, une passion pour lui, il avait fini responsable du département Afrique de la maison d’édition L’Harmattan en 2006, plus particulièrement au service fabrication. Parti avec l’idée de faire quelque chose dans le livre pour son pays, le petit démissionnaire d’un poste en France était à la recherche d’une voie dans l’édition africaine, en particulier sénégalaise. Avec l’idée de création d’une maison d’édition nationale voire sous régionale, ce Sénégalais d’origine guinéenne avait bénéficié du fond de la librairie de la maison mère et d’un prêt pour voler de ses propres ailes. Avec le soutien d’intellectuels locaux comme le professeur Ousmane Sène du Warc, il n’a pas été seul dans cette aventure éditoriale.

A quarante et un an avec une grande expérience dans le domaine, le directeur de la maison d’édition Harmattan Sénégal, Abdoulaye Diallo peine encore à percer le marché des manuels scolaires. Un nouveau défi qu’il compte relever avec l’aide des autorités compétentes. « C’est avec les manuels scolaires qu’on aurait pu vendre les livres à des tarifs très abordables. Nous faisons de bons livres mais ils sont chers. En effet, l’Etat doit permettre aux éditeurs d’imprimer et d’éditer des livres à bas prix. A l’harmattan, si l’on avait des manuels scolaires d’un ou deux titres, ce serait un marché à milliards », se désole-t-il.

Diplômé de la galère
En un jour de février 2008, il avait publié « Les diplômes de la galère : de l’Afrique à la jungle française ». Un témoignage brûlant, poignant et drôle à l’endroit de tous les élèves et étudiants appelés à poursuivre leurs études en France. Dans la peau de Bouba, un étudiant sénégalais qui, arrivé à Paris après un véritable parcours du combattant, a compris que la France dont il a tant rêvé n'existait qu'en Afrique et dans la tête des Africains. Paris, la ville pour qui le savoir a de la valeur, l’avait pris dans ses bras mais l’homme de Paris raciste et parfois injuste l’avait plongé dans un inconfort. Après avoir soutenu son mémoire de DEA, il était sorti major de sa promotion. Avec une seule bourse qui, de fait, lui revenait, il doit faire face à la discrimination de son école doctorale qui en décide autrement en l’octroyant à un fils du pays. Il ne supporte pas cette injustice et refuse d’entamer les travaux pour la réalisation de sa thèse. Plongé dans une éternelle lecture, il tombe sur une œuvre de Natalie Zemon Davis, historienne américaine d’origine juive intitulée « Women on margins », un ouvrage qui lui rappelle son propre parcours. Tombé sous le charme de cette femme à qui l’Amérique xénophobe et discriminatoire n’a rien offert, il décide de reprendre ses études. Son amour pour la lecture a, en effet, porté ses fruits. Travaillant tantôt comme agent de propreté dans les cinémas tantôt comme manutentionnaire, il sert au bout de trois ans son dernier repas doctoral qui, selon les membres du jury, était consistant.

Enseignant aujourd’hui l’histoire politique, moderne et contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il est aussi le concepteur du « monde des livres », une émission pour et par les intellectuels qui vise à redonner au livre sa place dans le paysage médiatique qui met plus l’accent sur les débats politiques voire politiciens.

Marame Coumba Seck

Mieux vaut prévenir que guérir… Les intoxications alimentaires peuvent être évitées à condition de respecter quelques précautions d’usage. Voici quelles sont les principales.

Les intoxications alimentaires font suite à l’ingestion involontaire de bactéries, toxines, parasites ou virus via une alimentation ou des boissons contaminées. La contamination a lieu durant la culture, la récolte, le traitement, le stockage et surtout la préparation.

Les intoxications alimentaires sont en général peu graves et ne nécessitent pas de traitement particulier mais certaines peuvent être mortelles.

Comment se manifestent-elles ?
Nausées, vomissements, crampes abdominales, fièvre, maux de tête et diarrhée sont les symptômes les plus récurrents de l’intoxication alimentaire. Ils apparaissent quelques heures ou quelques jours après l’intoxication et durent moins d’une semaine.

Les intoxications alimentaires causées par des neurotoxines (champignons, fruits de mer) sont les plus virulentes car elles influent sur le système nerveux central : paralysie, salivation excessive, confusion mentale, douleur au visage, éruption cutanée, sudation, vertiges, voire coma, peuvent survenir.

Personnes à risque
Certaines personnes sont plus susceptibles de faire des intoxications alimentaires que d’autres.
C’est notamment le cas des personnes âgées, des femmes enceintes, des nourrissons, des enfants, des malades chroniques (diabète, maladie du foie, maladie auto-immune) et de manière générale, tout individu ayant un système immunitaire affaibli.

1. Ne pas briser la chaîne du froid
Les intoxications alimentaires les plus courantes sont celles causées par les bactéries et sont directement liées aux modes de conservation et de préparation des aliments. Parmi les bactéries les plus connues, on retrouve la Salmonella, l’Escherichia coli, la Shigella, le Staphylococcus, le Campylobacter et le Clostridium perfringens.

Pour éviter la prolifération de bactéries, quelques précautions sont à prendre au quotidien. Lors des courses, les aliments frais seront pris en dernier et ne seront pas laissés hors du frigo trop longtemps.

De même, lors de la préparation des repas, les ingrédients seront sortis au fur et à mesure du frigo pour ne pas être exposés à la chaleur, ce qui favorise le développement bactérien.

2. Bien laver ses fruits et légumes
Des parasites comme le Giardia lamblia peuvent causer une intoxication alimentaire quand ils sont présents dans les fruits et légumes frais via la terre cultivée. C’est pourquoi il est recommandé de bien laver ses fruits et légumes, même s’ils sont bios.

Pour les laver correctement, faites-les tremper dans du vinaigre blanc puis munissez-vous d’une brosse douce pour les brosser sans les abîmer avant de les rincer à l’eau et de bien les sécher à l’aide d’un torchon ou de papier absorbant.

3. Bien cuire ses aliments
Une cuisson insuffisante des viandes, des œufs, des poissons, des produits laitiers, des crèmes, de tartes à la crème favorisent la prolifération des bactéries.
En outre, certains virus, dus à des produits agricoles, peuvent causer une intoxication alimentaire s’ils sont consommés crus ou après une cuisson insuffisante.
Les bactéries et virus résistent mal à des températures élevées. Bien cuire ses aliments offre ainsi une protection contre les intoxications alimentaires.

4. Vérifier la comestibilité des aliments
Les intoxications alimentaires peuvent également provenir de la consommation d’aliments qui ne sont pas comestibles, c’est le cas par exemple des champignons.
Les champignons vénéneux et non vénéneux se ressemblent beaucoup. Idem pour les plantes, les baies, etc. En cas de cueillette sauvage, allez systématiquement présenter votre récolte dans une pharmacie avant toute consommation.

5. Jeter les bouteilles d’eau entamées depuis longtemps
L'eau en bouteille contient des bactéries, a fortiori si on boit directement au goulot et/ou si on réutilise sa bouteille. Il a été prouvé qu’une bouteille d’eau réutilisée contenait 20 fois plus de bactéries que la gamelle d’un chien…

Se servir de l’eau dans un verre et ne pas la réutiliser permet d’éviter le développement des germes. Toutefois, même sans boire à la bouteille, la numération bactérienne de l'eau en bouteilles augmente fortement après 6 semaines si elle n’est pas conservée au frigo.

Si le traitement à l’ozone des bouteilles d'eau empêche l’intoxication alimentaire, mieux vaut cependant les réfrigérer après ouverture au cas où des bactéries pathogènes y auraient été réintroduites lors de l'ouverture.

Une exquise recette aux saveurs du Ndiambour : des pigeons bien dodus, capturés dans les environs de Louga, farcis d’oignon, d’ail et de persil, mijotés dans une sauce à la tomate. Ce plat, appelé « soosi pitakh » (sauce aux pigeons), est délicieux. En accompagnement, une purée de pomme de terre. Vous vous lécherez les babines de plaisir lorsque vous aurez terminé de le déguster. Voilà un mets dont on se souviendra. Nous vous proposons le récit d’un vol plané de pigeons à Louga : des airs à nos assiettes.

Nous n’allons pas, ici, à Louga, nous limiter seulement à déguster des pigeons. D’abord, faut-il en savoir sur le mysticisme qui lui est rattaché dans la lutte sénégalaise. Pourquoi les lutteurs libèrent-ils un pigeon lors de leur combat ? En tout cas, c’est une pratique très courante chez nos « gladiateurs ». Nombreux sont les lutteurs qui entrent dans l’arène en tenant un pigeon entre les mains. Le volatile sera libéré avant l’entame du combat. Selon les connaisseurs, un pigeon remis en liberté prie pour son bienfaiteur et s’envole, emportant avec lui le mauvais sort que l’adversaire a jeté à son libérateur.

Après le volet mystique, consacrons-nous au côté loisirs avec le pigeon voyageur. Son introduction, dans notre pays, a commencé avec la colonisation. Les militaires de l’armée française seraient les premiers à l’amener à Dakar. Plus tard, des Sénégalais, intéressés, ont commencé à en importer. Le pigeon voyageur, cette race d'oiseau de l'espèce du pigeon biset (columba livia), est spécialement sélectionné pour effectuer des concours au sein d'associations colombophiles. Aujourd’hui, dans beaucoup de grandes villes de notre pays, l’on compte de nombreux éleveurs de pigeons voyageurs et de race. Mais, ils sont peu à connaitre le sport colombophile. Ils sélectionnent, pour la plupart, les pigeons pour leur beauté, la couleur, la taille, etc. Nous avons cherché, en vain, à rencontrer des membres d’une association colombophile à Dakar. Sans risque de nous tromper, l’on peut dire que les éleveurs sénégalais sont moins actifs que leurs amis européens, notamment belges et français, qui pratiquent fréquemment la colombophilie comme activité de loisirs. A côté de ceux-là qui, au Sénégal, s’intéressent aux pigeons voyageurs et de race pour les raisons déjà invoquées, il y a d’autres qui, à la différence des Sow de Louga dont ledit volatile est un business, s’adonnent à la chasse du pigeon pour améliorer leur quotidien ou, sur des zones amodiées, pour le simple plaisir. Bref, de la famille des colombidés, le pigeon est un oiseau sauvage ou domestique granivore.

Riche en fer
Il se nourrit ainsi exclusivement de grains et se distingue des autres oiseaux par son bec grêle, courbé et renflé, ses ailes courtes et son plumage abondant. Il existe plusieurs espèces de pigeon. Toutes se mangent et toutes ont un goût apprécié des connaisseurs. La viande de pigeon est une viande rouge, serrée et maigre. Riche  en fer, elle est conseillée aux convalescents et anémiques. Le peu de gras se trouve sur la peau et autour du croupion. Dans la cuisine lougatoise, voire sénégalaise, le pigeon n'a sans doute pas la place qu'il mérite. Quelques rares restaurants le proposent à leur clientèle. Aussi faut-il en être friand pour l’avoir dans son assiette à la maison. Partout, il gagne à être mieux reconnu pour être mieux apprécié !

Ce n'est certes pas une viande que l'on consomme tous les jours, mais le pigeon présente pourtant une valeur nutritionnelle intéressante qu'il convient de remettre en lumière. Trop rares sont les occasions, au Sénégal, d'avoir du pigeon dans son assiette. Et c'est bien dommage tant cet oiseau parvient à allier harmonieusement qualités gustatives et nutritionnelles. Que ce soit un pigeon sauvage ou bien d'élevage, adulte ou jeune (pigeonneau), le volatile présente, dans tous les cas, une viande maigre avec une chair très fine et pauvre en graisses.

C'est pourquoi il convient tout à fait à un régime hypocalorique, à l'inverse d'autres viandes rouges beaucoup plus "riches". Le principal atout du pigeon réside dans sa teneur en fer, de l'ordre de 20 mg pour 100 g.

Un plat de roi
C'est d'ailleurs une viande conseillée pour les personnes souffrant d'anémie, à savoir un manque de fer dans l'organisme. Riche également en protéines, potassium, phosphore ou vitamines B3 et B6, le pigeon a toutes les qualités pour prendre une place de choix dans notre alimentation. Sa chair moelleuse, en particulier celle du pigeonneau, ne nécessite pas une cuisson très longue. Il est, de fait, assez simple et agréable à cuisiner, et de nombreuses recettes mettent le pigeon en valeur. Plats en sauce, pigeons rôtis à la broche, à l'ail, etc., il se décline au gré des envies, des saisons et des créativités culinaires. Réconcilier l'art de la gastronomie et les bienfaits nutritionnels, voilà qui n'est pas donné à toutes les viandes. Rôti, grillé, farci, le volatile se prête à toutes les cuissons et accompagnements. Ni volaille ni gibier, il est d’une saveur exquise. Quiconque s'est assis à la table d'un connaisseur peut en témoigner : le pigeon est un mets de choix. Il est très recherché par un confrère lougatois pour sa chair unique, tendre et ferme, fine et corsée à la fois. Chez lui, le pigeon est un incontournable. Sa famille raffole de cette viande rouge et subtile qui se marie aussi bien avec les petits pois qu'avec, l'ail, les légumes ou les céréales. Son épouse sait le cuire rôti, grillé, farci, en ragoût, etc. Le pigeon est un symbole de la bonne cuisine de l’épouse de notre confrère lougatois. Selon elle, il y a plusieurs façons de cuisiner le pigeon. En tout cas, des pigeons bien dodus, capturés dans les environs de Louga, farcis d’oignon, d’ail et de persil, mijotés dans une sauce à la tomate, c'est un plat de roi !

Une affaire de famille : Les Sow, ces oiseliers de père en fils
Cheikh Sow, 66 ans, habite un quartier périphérique de la commune de Louga. C’est là, assis au milieu de ses petits-fils, qu’il nous reçoit pour parler de son business : la capture et la vente d’oiseaux, principalement des pigeons.

Un vendredi de début février, dans l’après midi. L’équipe de « Grand air » se rend dans la périphérie de Louga. Là où Cheikh Sow vit paisiblement avec sa famille. Sur place, on le trouve assis sur une chaise pliable et tenant un bébé. Tout autour de lui, une dizaine d’enfants. « Comme vous pouvez le constater, je me plais en compagnie de mes petits-fils », lance Cheikh Sow, en guise de bienvenue. L’homme qui a bâti sa réputation dans la vente d’oiseaux offre de bonnes dispositions pour échanger.

Le sujet le passionne. Cela se voit et se lit sur son visage. Normal. Cheikh Sow ne connait que ça : attraper des oiseaux pour les revendre. Il le fait depuis l’âge de 17 ans, sous l’œil protecteur de son père, Pathé Sow, aujourd’hui disparu. Agé de 66 ans, notre interlocuteur ne compte arrêter ce lucratif commerce. « Je ne suis pas capable de faire autre chose. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Je l’accepte », convient le chef de famille. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’autres secteurs. Cheikh Sow a d’abord été paysan. Ensuite, il s’est lancé dans l’élevage de gallinacées, de moutons et de chèvres. Et, enfin, dans le petit commerce.

Faire fortune en vendant des oiseaux
De multiples centres d’intérêt qui se sont tous soldés par un échec. « Je ne m’y retrouvais pas. Il fallait que je change de métier. C’est ce que j’ai fait », souligne Cheikh qui dit avoir tout abandonné pour se consacrer à la vente d’oiseaux. Ce business, dit-il, a un avantage réel. Moins de travail, plus d’argent. Et comment faisait-il ? C’est simple. Cheikh avait un piège à oiseaux qu’il mettait autour des marigots, des rivières. Et le tour était joué. Il ne rentrait jamais les mains vides. « Il m’arrivait de revenir avec 150, 200 et même 300 oiseaux », se souvient Cheikh Sow. Une fois à la maison, les oiseaux pris sont cédés à un certain Demba Diallo. Et ce dernier, à son tour, prenait le train pour Dakar. Plus précisément à Thiaroye, chez Amadou Diallo, plus connu sous le nom de « Diallo Pithie ». Parfois, Cheikh Sow recevait directement la commande de Diallo Pithie. « Cela est arrivé à plusieurs reprises. J’avais de bonnes relations avec lui ». Cheikh Sow a perdu ses forces avec l’âge. Il ne va plus en brousse, mais continue pourtant son business. Se contentant de racheter « quelques paires » de « pitakh » (pigeons de brousse) sur place. Oui, les « pitakh », c’est sa trouvaille quand Diallo Pithie a cessé de passer commande.

Une reconversion dictée donc par le marché. « Les gens ne venaient plus de Dakar pour acheter les oiseaux. Et pour continuer de vivre, je me suis rabattu sur les « pitakh » prisés par une certaine catégorie de consommateurs ». Il faut dire que Cheikh Sow a bénéficié du soutien indirect des acteurs de la santé recommandant vivement la consommation de « pitakh » pour ses vertus. Aujourd’hui, restauratrices, personnes anodines et malades souffrant d’anémie viennent se ravitailler dans son oisellerie. Et quand Cheikh ne peut plus satisfaire la demande, il fait appel à son fils aîné, Alassane.

Celui-ci bénéficie déjà du riche carnet d’adresses de son père. Rien d’étonnant. Chez les Sow, ce business se transmet de père en fils. « C’est normal. Il l’a hérité de son papa. Aujourd’hui, je suis ses traces. Et demain, mes enfants feront le même business. C’est une affaire de famille », explique Alassane Sow. Son oisellerie, érigée juste derrière sa chambre, est une merveille.

On y voit des oiseaux de tout genre, petits et grands, dont certains viennent du Maghreb. Les nouvelles commandes pleuvent. Alassane s’en félicite. Son rêve : asseoir une renommée nationale et faire fortune en vendant des oiseaux. Exactement comme l’ex patron de son Papa, Amadou Diallo dit « Diallo Pithie ».

Par Cheikh Aliou AMATH, Abdoulaye DIALLO (textes) et Mbacké BA (photos)

Radio cancan

20 Fév 2017
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Qui d’entre nous n’a pas, ne serait-ce qu’une seule fois de sa vie, été victime de racontars émanant de rumeurs parmi les plus folles. C’est sournois, une rumeur. On ne sait jamais d’où sort-elle à l’origine. Devant son emprise, on cogite, on se demande comment se crée-t-elle, sur quels fondements, pourquoi ? Comme un virus, il n’est pas aisé de retracer parfaitement son origine. Face à la rumeur, la victime est souvent désemparée.

Faut-il en parler pour démentir au risque qu’elle se propage ? Laisser courir ? Avouer, si c’est vrai, même si cela relève de la vie privée ? Le choix à adopter pour faire face est toujours compliqué. La commère, souvent à l’origine de la propagation de cette tendance faite de rumeurs, se montre menteuse et secrète, hypocrite et conspiratrice. Il devient, dès lors, difficile de la dévisager au grand jour. La commère aime répandre ces rumeurs, voire en rajouter en inventant parfois. C’est essentiellement une personne curieuse dont le plus grand plaisir consiste à rapporter les malheurs des autres.

En règle générale, il se passe très peu de choses dans la vie d’une commère. Cette dernière est surtout motivée par le besoin d’être acceptée et de se sentir importante. Mais, si elle adore tout raconter sur tout le monde, la commère ne divulgue jamais rien sur elle-même. Sa vie est le seul secret qu’elle garde. Quand vous traitez avec une commère, il faut surtout vous rappeler ceci : quiconque vous raconte des choses sur les autres en raconte sur vous également. Soyez donc sur vos gardes. La commère est extrêmement dangereuse parce qu’elle peut transformer votre vie en un véritable cauchemar.

Si elle rapporte des potins sur quelqu’un que vous connaissez ou aimez, coupez-lui la parole en lui disant: « Je n’ai pas envie d’écouter cela » ou « cela ne m’intéresse pas ». Peut-être recourir à la technique de l’humour et user d’une répartie comme : « Sais-tu quel sort on réservait aux commères au Moyen-âge ? On leur mettait un masque de fer fermé à clé. A bien y penser, un masque comme cela t’irait bien ».

Par Oumar BA

Me Assane Dioma Ndiaye est l’un des avocats les plus médiatisés du Sénégal. Connu pour son engagement dans la défense des droits humains, il n’en demeure pas moins adepte des « gros dossiers ». La notoriété du président de la Ligue sénégalaise des droits humains transcende les frontières sénégalaises. Découverte d’un homme qui dit tout le temps s’engager « pour défendre la cause des sans voix ».

C’est l’histoire d’un jeune apprenant qui s’inspire d’une référence et l’assume pleinement. Chose plutôt rare par ces temps. Souvent, les hommes cachent, en effet, leurs  « individus rois » derrière un « je n’ai besoin de personne » quand on leur demande leurs références admirées, les exemples auxquels ils s’identifient, ceux à qui ils aspirent ressembler. Ce n’est point le cas de ce jeune étudiant en Droit rencontré à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Amadou a déjà fait son choix : il veut être avocat à l’image de Me Assane Dioma Ndiaye. La précision est importante à ses yeux. Il suit l’homme depuis quelques années et a fini par prendre cause pour lui.

Pas besoin d’arpenter longtemps les couloirs du Palais de justice de Dakar pour entendre évoquer « sa capacité à prendre plusieurs dossiers à la fois ». Réfléchis par toi-même, remets en cause le point de vue dominant, il ne renferme pas toujours la vérité, voilà ce qui pourrait être le devise de Me Assane Dioma Ndiaye.

On l’observe dans l’un des rares moments de pause, un visage bien garni, couvert sur un teint d’ébène, laisse entrevoir un physique en embonpoint. Il dépasse le mètre quatre vingt. Habillé d’un costume, comme c’est souvent le cas chez lui, il ne manque pas de s’arrêter ici et là pour de brefs échanges avec ses collègues. Me Assane Dioma Ndiaye dit, entre autres, avoir voulu être avocat parce que c’est un métier où « même si on fait face aux plus puissants, on peut quand même espérer gagner à force de travail et de persévérance ». Pas d’esprit de revanchard ni d’ambitions mondaines. Non, c’est autre chose. C’est la passion du challenge plutôt que du triomphe. L’amour de la défense et du défi relevé. Une belle rage donc !

Me Assane Dioma Ndiaye est un homme occupé. C’est parce qu’il est sur plusieurs fronts à la fois. Avocat de profession, il n’en demeure pas moins très engagé pour la cause des droits humains. Il s’est plus d’une fois illustré en prenant la défense de victimes. Il s’est, par exemple, constitué partie civile dans l’affaire Hissene Habré du nom de l’ex président du Tchad. Cette affaire n’est qu’une parmi tant d’autres. Passionné du droit, déjà très jeune, Assane Dioma Ndiaye a toujours rêvé arborer un jour cette robe noire dans le but de « défendre la cause des sans voix ». A la base, c’est la fibre humaniste qui a prévalu et guidait les pas d’un rêve, lequel n’a fait que se consolider au fil des années. Enfant studieux à l’école, il s’est toujours donné les moyens pour figurer parmi les premiers de la classe. A cet égard, son curriculum vitae est très expressif : « Il obtient en 1981 son baccalauréat avec la mention « Très Bien » et est le major du centre », lit-on dessus. Une fois le baccalauréat en poche, le jeune Assane pouvait bel et bien aller poursuivre ses études en Occident, comme cela était d’usage à l’époque. Il a tout simplement préféré rester dans son pays. « Je ne voyais pas la nécessité d’aller poursuivre mes études ailleurs, d’autant plus que l’époque l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar figurait parmi les meilleures au monde », souligne-t-il. C’est là donc qu’il passe tout son cursus universitaire jusqu’à l’obtention du Diplôme d’étude approfondies (Dea) en Droit.

Homme de défis
Me Assane Dioma Ndiaye est réputé endosser des dossiers où tout semble flou au début. Que d’improbabilités. Un adepte du risque, en d’autres termes. « C’est à l’image d’un footballeur sur un terrain de jeu. Il doit se dire que tant que le match est en cours, il est nécessaire de se donner à fond pour atteindre son objectif. Avec Assane, c’est pareil. Il a horreur de perdre, voilà pourquoi une fois engagé, il se donne tous les moyens nécessaires pour remporter un procès », témoigne un de ses confrères. « Un avocat gagne bien sa vie suivant sa carrière, ses objectifs. Selon la spécialité, on peut beaucoup voyager. Ce n'est pas monotone, car les dossiers sont divers et variés. C’est un métier passionnant, guidé par l’envie de défendre la cause des autres », dit-il.

Malgré un travail où il passe le plus clair de son temps à défendre des causes, Me Ndiaye se refuse de juger les autres. L’image lui est devenue familière : tous les jours, il voit des ombres furtives qui descendent des fourgonnettes de l’administration pénitentiaire pour rejoindre le box des accusés afin de connaitre le sort que la justice leur réserve. Certains s’engouffrent à nouveau dans ces voitures, car étant maintenus dans les liens de détention. D’autres, au contraire, recouvrent la liberté. C’est le quotidien des tribunaux.

Cette réalité est devenue une routine des habitués du barreau. Pour autant, Me Ndiaye traine cette réputation de ne jamais s’avouer vaincu d’avance. Quelque soit la complexité du dossier, il est prêt à l’endosser pour faire triompher la justice, témoigne un jeune avocat qui a eu à effectuer son stage dans le cabinet de cet avocat émérite. Il aime briser les résistances, les positions établies avec cet acharnement qui fait qu’aucune difficulté ne le décourage. Il a ce côté révolutionnaire, résume-t-il.

Me Assane Dioma Ndiaye est né le 13 Août 1961 à Kaolack. Il fait ses études primaires entre 1968-1975 à l’école régionale de Diourbel. Il passe son cycle secondaire au collège Saint Gabriel de Thiès. Comme susmentionné, il obtient son baccalauréat en 1981 et passe ses études supérieures à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ou il sort avec un Dea en Droit privé, option judiciaire. Me Ndiaye est, en 1988, lauréat au Concours d’aptitude à la profession d’avocat (Capa). Il est aussi président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme du Sénégal (Ondh) et directeur de la Justice internationale. Depuis 2010, il est coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh). En 2014, il devient membre permanent du Comité de discipline de la Cour pénale internationale.

C’est un avocat vif. Il s’engage à défendre un dossier selon qu’il juge qu’une des parties a été lésée. Il n’appartient à aucun clan, si ce n’est celui qu’il consent à défendre corps et âme. « Il sait combien la justice permet aux individus d’échapper au déterminisme, de faire face aux régimes totalitaires, de s’ériger pour rétablir l’ordre normal des choses », ajoute son confrère avocat. Assane Dioma Ndiaye fait partie des rares personnes à avoir dénoncé haut et fort la situation qui prévalait en Gambie, alors qu’un certain Yahya Jammeh en était encore le dirigeant. Après le départ du pouvoir de ce dernier, il fait encore partie de ceux qui réclament justice. Un procès en vue ? Wait and see !

Par Oumar BA

Selon deux nouvelles études, avoir un plus grand nombre d'enfants pourrait augmenter le risque de maladie cardiovasculaire non seulement pour la mère, mais aussi pour le père.

Selon Vera Regitz-Zagrosek, professeur, présidente du groupe de travail "Gestion des maladies cardiovasculaires au cours de la grossesse" de la Société européenne de cardiologie, deux études récentes suggèrent que le risque de maladie cardiovasculaire chez la femme pourrait être aggravé par le nombre d'enfants qu'elle a et, dans certains cas, pourrait être un facteur de risque cardiovasculaire également pour le père.

Dans la première de ces deux études, qui a suivi un demi-million de Chinois, l'équipe de chercheurs a découvert l'existence d'une relation statistiquement significative en "J" entre le nombre d'enfants et le risque de maladie coronarienne et d'accident vasculaire cérébral ; ce qui signifie que "le risque diminue lorsqu'on a un enfant, puis augmente avec deux enfants ou plus", explique le professeur Regitz-Zagrosek.

Elle souligne également avoir été "frappée", en lisant cette étude, par le fait que cette relation était observée pour les femmes comme pour les hommes. À noter que d'autres recherches ont, en outre, constaté que le nombre d'enfants était également lié selon une courbe en "J" au risque de diabète chez les femmes et les hommes.

Par ailleurs, une étude publiée dans la revue Circulation suggère qu'avoir connu plusieurs grossesses pourrait accroître le risque de fibrillation auriculaire (c'est-à-dire une arythmie cardiaque, augmentant le risque d'accident vasculaire) chez la femme, plus tard au cours de sa vie.

Un enfant unique, meilleur pour la santé ?
Toutefois, le professeur Regitz-Zagrosek indique que "dans cette étude, aucune courbe en "J" n'a pu être observée de façon statistiquement significative, sans doute parce qu'elle concernait environ 34.000 femmes et était relativement réduite par rapport à l'étude chinoise".

Sur les causes possibles de l'augmentation du risque cardiovasculaire avec le nombre d'enfants, le professeur Regitz-Zagrosek explique que les auteurs des deux études considèrent que des facteurs socio-économiques sont en jeu.

"Avoir un seul enfant est protecteur, car les parents bénéficient d'un soutien social dans la vieillesse", explique-t-elle, "mais dans le cas d'un grand nombre d'enfants, cet avantage disparaît, car cela augmente la pression économique et sociale subie par les parents".

Le professeur Regitz-Zagrosek ajoute : "Il est prouvé que la grossesse conduit à des altérations qui modifient la réponse du corps face à d'autres facteurs de stress cardiovasculaire. Et il est possible que cela soit à cause de mécanismes épigénétiques. Mais, les résultats concernant les hommes chinois favorisent l'explication socio-économique."

Elle ajoute que des recherches supplémentaires sont nécessaires afin d'étudier les mécanismes biologiques et socio-économiques impliqués afin de mieux comprendre le lien entre le nombre d'enfants et les risques cardiovasculaires.

AFP/Relaxnews

Adopté par 396 députés (123 ont voté contre), le rapport propose de clarifier les règles de responsabilité en cas de dommages causés par des robots, surtout par « la nouvelle génération de robots, qui peut être équipée de capacités d’adaptation et d’apprentissage qui entraînent une certaine part d’imprévu dans leur comportement ». Dans le cas d’un accident causé par une voiture autonome, une assurance obligatoire pourrait ainsi permettre de garantir un dédommagement, y compris en l’absence de couverture.

Le rapport contient également une charte éthique, des mesures sur la protection de la vie privée et des données, et invite à la création d’une Agence européenne pour la robotique. Mais deux de ses idées phare ont été complètement supprimées, et ce sont précisément celles qui avaient inspiré Benoît Hamon : la taxe robots, et le revenu universel. Le rapport proposait de « créer un impôt sur le travail réalisé par des robots », afin de compenser la destruction des emplois, et envisageait « l’introduction d’un revenu universel de base », « afin de maintenir la cohésion sociale et le bien-être social ».

Par le surfeur

En 1979, de jeunes artistes « dissidents » du Cercle de la jeunesse ont mis en place une troupe, le « Ngalam ». Ce groupe a aussi été sacré à plusieurs reprises champion du Sénégal en théâtre.

On est en 1970. Le Cercle de la jeunesse de Louga qui avait fini de se faire connaître au niveau mondial est déclaré « hors concours » par les autorités compétentes. Une décision durement ressentie à Louga. Les artistes voient leur avenir en noir. Le malaise s’installe. « Le découragement était total. Pas de répétition, aucune réunion. Le Cercle entre en crise », se souvient Youssou Mbargane. Le groupe ne participait plus aux compétitions. Cela a duré presque dix ans. Préoccupés, mais surtout soucieux de leur avenir, des jeunes de Louga décident de prendre leurs responsabilités. Ils entrent en dissidence et créent le « Ngalam » en 1979.

« En réalité, on ne voulait pas créer cette dissidence. Mais, on n’avait pas le choix. On était stressé de ne plus pouvoir exprimer nos talents », explique Youssou Mbargane. Babacar Sarr, président du Fesfop, lui, refuse le terme « dissident ». Il parle de création « normale » d’un groupe émanant de jeunes qui ont grandi et qui ont voulu s’assumer. « Quand une troupe ne se produit plus, elle s’endort. C’est ce qui est arrivé au Cercle de la jeunesse de Louga. La vérité, c’est que le « Ngalam » a été créé juste pour permettre aux jeunes artistes lougatois de participer aux concours », explique Babacar Sarr qui dit être président fondateur du « Ngalam ». « L’objectif était donc d’assurer une relève au Cercle de la jeunesse même si aujourd’hui, à la lumière du bilan, on se rend compte que les résultats escomptés ne sont pas atteints », soutient Babacar Sarr.

Youssou Mbargane relativise. « Six mois après sa création, le « Ngalam » a été champion du Sénégal. Par la suite, il a été, plusieurs fois, vainqueur des coupes mises en compétition », argue le communicateur traditionnel, ancien du Cercle de la jeunesse et membre fondateur du « Ngalam ». Et pourtant, les deux se rejoignent sur un point. Tous sont d’accord que le « gigantesque » Cercle de la jeunesse qui a fait tant rêver n’a pas eu de relève. Les raisons de cet « impair » sont multiples : les nouveaux acteurs ne sont pas suffisamment imprégnés des réalités du terroir, ne vivent pas pour l’art mais veulent vivre de l’art et, surtout, ils manquent de professionnalisme et de charisme. « Tout cela réuni, ajouté au contexte qui n’est plus le même, ne peut donner que ce que l’on voit aujourd’hui, c’est-à-dire plusieurs groupes, mais sans aucune qualité », déplore le président Babacar Sarr.

Birahim Dieng, directeur artistique du Cercle en 1953, est du même avis. Il soutient : « On ne fait plus rien par amour ou par plaisir. Tout ce qu’on fait, maintenant, c’est pour de l’argent. Et cela change tout et impacte négativement sur la qualité des prestations ». Toujours est-il que Louga peut compter sur Babacar Sarr qui a réussi une belle idée, celle de fédérer toutes les troupes de Louga en une : la troupe communale. Celle-ci regorge de talents et voyage de temps en temps. Elle est sur la bonne voie. De même que le Cercle de la jeunesse version Zaccaria Niang, le « Ngalam », le Vec (Volontaires des échanges culturels) du jeune artiste Lébou, etc. Mais, la vérité c’est que ces groupes et troupes ont encore un long chemin à faire pour mériter le titre de « digne continuateur » de l’œuvre immense réalisée par le Cercle du génie Mademba Diop et compagnie.

RENCONTRE AVEC FATOU KASSE : La voix berceuse de « Mademba »
Fatou KasséL’équipe de « Grand air » est allée à Kébémer à la rencontre de mère Fatou Kassé, la voix d’or du Ndiambour. Cette dame est restée célèbre à travers sa chanson « Mademba », reprise aujourd’hui par plusieurs artistes.

C’est une matinée pas comme les autres. On a rendez-vous avec celle que tout le Sénégal appelle fièrement « Mère Fatou ». L’enthousiaste est réelle. Tout le monde est pressé de rencontrer cette dame de renom. Dans la voiture qui nous mène à Kébémer, ville où mère Fatou vit paisiblement sa retraite, les échanges sont assez riches. Notre chance, c’est qu’un membre de l’équipe, grand Amath, connaît relativement bien la diva. On se familiarise avec certains de ses chansons. Il nous parle surtout du succès national de « Mademba », titre repris par plusieurs artistes dont Viviane Ndour et Daro Mbaye. « C’est une grande dame de la musique. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle la voix d’or du Ndiambour », conclut grand Amath. On vient juste d’arriver à Kébémer. Mbacké, le photographe avait déjà avisé sa cousine Dieynaba. Celle-ci nous attendait à la station Total. C’est elle qui nous emmène au quartier Gala des Hlm. En réalité, on pouvait y aller sans aide. Mère Fatou Kassé est une icône à Kébémer et environs. Tout le monde la connaît. Elle est accessible, sa maison ne se fermant presque jamais. Nous venons de franchir les portes de la demeure. Constat frappant : la dimension de la cour. Une vaste cour. Encore quelques pas de marche. Et nous voici devant Mère Fatou Kassé. Assise sur un petit lit, posé juste en face de la porte du salon. Elle se lève à l’aide d’une canne. Tient absolument à serrer la main à tout le monde. « Dal lene Diam (soyez les bienvenus) », dit-elle, cordialement. L’accueil est à la fois chaleureux et émouvant. Une fois le but de la visite déclinée, mère Fatou, en une femme soumise, nous demande de venir au salon. Sur place, son époux, malvoyant, est confortablement assis dans un divan. « Ce sont des journalistes du "Soleil", ce grand journal. Ils viennent m’interroger sur mon parcours », ainsi parle mère Fatou au patriarche. Celui-ci répond : « Ah ok, d’accord. C’est bien. Soyez les bienvenus ». Feu vert donné, les échanges peuvent maintenant démarrer.

Chevalier de l’Ordre national du Lion
« J’ai fait mes premiers pas au Cercle de la jeunesse de Louga en 1958 à l’âge de 16 ans », nous apprend Fatou Kassé. A l’époque, dit-elle, le contexte était difficile. Le Cercle venait de remporter son premier trophée majeur. La coupe du Conseil de la jeunesse de l’Afrique occidentale française (Aof) en 1957. Tous les jeunes artistes rêvaient d’intégrer ce groupe. « Le talent ne suffisait pas. Il fallait aussi et surtout être rigoureux, disciplinés, à la recherche permanente de la perfection », se souvient mère Fatou. Elle avait peur de ne pas convaincre. Finalement, tout s’est bien passé. « Mass me fait appeler. J’arrive, il m’écoute chanter. Il est séduit. J’en était fière », se réjouit aujourd’hui encore mère Fatou. Elle venait ainsi d’obtenir son ticket pour entrer dans le Cercle.

Sur place, elle côtoie de grands noms : Baba Diallo, Ibrahima Ndiaye et Birahim Dieng, le directeur artistique. Mais sa plus grande fierté reste d’avoir eu comme coach Mademba Diop. « Je dois tout à Mass Diop, le président du Cercle de la jeunesse », souligne mère Fatou, très reconnaissante. Avec lui, elle « apprend tout ». « J’avais la voix mais je devais être rassurée, soutenue parce que la musique, c’est d’abord et avant tout un art qu’il faut maîtriser », se plaît-elle à rappeler. Rapidement, elle obtient du plaisir s’éclate et partage son talent. Fin 1959, c’est la consécration. Le Sénégal entier découvre la belle et puissante voix de Fatou Kassé avec « Mademba ». Cette chanson également appelée « la berceuse » célèbre la naissance d’un bébé.

Il faut dire qu’à l’origine, « Mademba » est un poème, poème qui pose la question « Pourquoi mon bébé pleure-t-il ? ». Beaucoup l’ont déclamé et chanté. Mais c’est Fatou Kassé qui l’a rendue populaire. « Quand je chantais « Mademba », les gens écoutaient religieusement. L’émotion était palpable », se souvient Fatou. Les photos qu’elle garde et qu’elle aime montrer sont le témoin vivant de ce succès. « Tout le monde parlait de moi. Ce sont des souvenirs inoubliables ». Et pourtant sa carrière a subitement ralenti. Mère Fatou, victime de son succès, va quitter le Cercle en 1962. Quatre ans seulement après l’avoir intégrée. A la demande de ses parents. « Je devais me marier et fonder un foyer », soutient la dame à la voix d’or.

Plus tard, elle fera un bref comeback dans la musique avec la troupe de Sorano. C’est que Fatou avait finalement décidé de suivre les directives de son Papa qui ne voulait pas qu’elle reste dans la musique. Un choix qu’elle dit ne pas regretter aujourd’hui. « Je vis ma retraite paisiblement. Je n’ai aucun problème. Dieu merci », laisse-t-elle entendre. L’entretien tire à sa fin. Mais mère Fatou tient à partager son plus beau souvenir. Son élévation par Abdou Diouf, en 1998, au rang de Chevalier de l’Ordre national du Lion. « Cette médaille vaut tout l’or du monde ».

Ce n’est pas tout. Mère Fatou nous fait savoir qu’elle vit mal la situation qui prévaut actuellement au Parti socialiste, son parti. « Ce que je vois à la télé et entend à la radio n’est pas le Parti socialiste », confie-t-elle, préoccupée. Son souhait : que les jeunes se retrouvent autour de Ousmane Tanor Dieng. « C’est la moindre des choses que nous devons au père fondateur Senghor ».

Par Cheikh Aliou AMATH, Abdoulaye DIALLO (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on vendredi, 17 février 2017 12:32

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