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Soleil Grand Air (478)

Quelque 120 réseaux de caméras ont été infectées sur les 187 que compte la capitale américaine...

La majorité des caméras de vidéosurveillance utilisées par la police de Washington (Etats-Unis) ont été paralysées entre les 12 et 15 janvier dernier. Les responsables de ce chaos ? Deux logiciels malveillants de type ransomwares (ou « rançongiciels ») qui ont rendu impossible l’enregistrement des images pendant ces quatre jours.

Vite avertir les services informatiques de la capitale
L’attaque a été détectée après que les policiers se sont aperçus que les caméras disposées sur quatre sites différents ne fonctionnaient pas. Ils ont illico averti les services informatiques de la capitale américaine. En analysant le circuit défaillant, la société en charge de la maintenance a vite remarqué la présence des deux malwares. Au bout du compte, ce sont 123 réseaux de caméras (jusqu’à quatre caméras par site) qui ont été touchés, sur les 187 que compte la ville. L’intrusion qui s’est déroulée à une semaine de l’investiture de Donald Trump s’est limitée au système de la vidéosurveillance, en circuit fermé. Si le blocage a été accompagné d’une demande de rançon, la ville a assuré au Washington Post n’avoir rien eu à payer. Pour se débarrasser du logiciel malveillant, les informaticiens se sont contentés de réinitialiser le réseau. Alors qui était derrière cette demande de rançon ? La source de l’attaque fait encore l’objet d’investigations de la part des autorités.

Montpellier : Des tables connectées pour commander son café sans appeler le serveur
A l’Agora, on met les pieds sous de drôles de tables depuis une quinzaine de jours. Le café et restaurant, situé sous la nef de la gare Saint-Roch à Montpellier (Hérault), propose désormais à ses clients de passer commande sans faire appel à aucun serveur : seize écrans tactiles permettent de consulter les menus, de prendre connaissance des caractéristiques des plats proposés et de choisir son repas… Mise en place par la start-up montpelliéraine Awadac, la technologie permet aussi d’évaluer la qualité de son service et de passer le temps en s’adonnant à un jeu de cartes. On peut même indiquer quand on est particulièrement pressé…

Faire gagner du temps aux clients et aux serveurs
« Nous sommes partis du constat que l’on trouve bien souvent le temps long dans les cafés ou les restaurants, notamment lorsqu’on se trouve dans un environnement stressant, comme une gare ou un aéroport, souligne Jérémy Cazalas d’Awadac. L’objectif est de faire gagner du temps au client, mais également au serveur, afin qu’il puisse se consacrer plus facilement à un travail de conseil… » Mais pour Awadac, il n’est pas question que ces tables tactiles remplacent à terme l’humain : « Au contraire, note Jérémy Cazalas. Nous nous apercevons, dans certains cas, que le dispositif entraîne des ventes additionnelles, ce qui pourrait créer de l’emploi. » La technologie est également testée dans un fast-food à Pérols, où elle propose de s’adonner à des jeux ou de lire la presse et au bar les Trois-Grâces sur la place de la Comédie, à Montpellier, où elle permet de consulter les cartes. Prochainement, d’autres fonctionnalités devraient compléter l’offre, comme la réservation de son taxi, souligne la start-up montpelliéraine, incubée au Business innovation center.

Par le surfeur

Après la ville de Oussouye, sur la route d’Elinkine, le gros village de Mlomp sort à peine des espèces végétales emblématiques en cette matinée du 24 décembre 2016. Ses cases à étage, construites par les vétérans de la Seconde guerre mondiale, sont à l’ombre des fromagers. Elles ont sorti Mlomp de l’anonymat. Comme les pyramides en Egypte, ces bâtisses ont été bâties avec de la terre cuite mélangée avec l’argile et la paille. Les dalles et les escaliers sont un assemblage de planches de rônier et de lattes de palétuvier couvertes de terre crue. La structure est une adaptation de l’architecture occidentale qui a fasciné les anciens combattants de la Seconde guerre mondiale. C’est un passage obligé pour beaucoup de visiteurs et des touristes étrangers en quête d’ataraxie en Basse Casamance.

A l’ombre des fromagers tricentenaires s’élèvent des cases à étage. Celles-ci ne sont pas construites avec du ciment. C’est une superposition de strates de terre cuite. Au rez-de-chaussée, à l’angle, un livre d’or est posé sur une table. Elle renferme le nombre de visiteurs, leur origine, leur impression et leur date de passage. A partir du salon, on peut se rendre dans des chambres qui donnent d’abord sur une véranda, ensuite sur une cour-arrière. Une pénombre flotte dans une chambre où une maman échange avec ses petits-fils en français.

Oussouye 2Les murs ne sont pas construits d’un trait. « Toute cette maison est en terre cuite. Ceux qui l’ont construite posent une couche. Ils attendent que celle-ci sèche pour en faire une autre.

C’est ainsi qu’ils avaient procédé », explique Gilbert Sambou. C’est un travail de fourmi. Une œuvre gigantesque. Une chimère pour beaucoup d’habitants de Mlomp lorsque les vétérans de la Seconde guerre mondiale avaient décidé de reproduire l’architecture qui les a fascinés en France. « Lorsque Basile Diédhiou et les anciens combattants sont revenus de la Seconde guerre mondiale et qu’ils avaient décidé de construire des cases à étage, leurs parents qui n’étaient pas partis en Europe ironisaient en disant que nos frères sont devenus fous à cause des coups de canon. Ils disent qu’ils veulent construire des maisons à étage », raconte ce jeune qui fait office de conservateur.

En face de l’entrée, les photos du bâtisseur Basile Diédhiou, décédé le 32 octobre 1989, et de son épouse, Martine, décédée elle aussi le 10 septembre 2016, après plus de 100 ans d’une vie remplie, sont accrochées. Les deux personnes semblent veiller encore sur les entrées et les sorties.

A l’aide des planches de rônier avec un angle d’inclinaison, les anciens combattants ont élevé un escalier. Au premier étage, un balcon de plus de 8 mètres de hauteur et d’un mètre de largeur est un endroit fouetté par l’air pur brassé par une végétation dense juste derrière la bâtisse. Au bout du balcon, une ouverture donne accès à une aire de séchage séparée d’un mètre de la toiture en zinc. « C’est un endroit utilisé pour le séchage du riz et des produits agricoles », nous informe Gilbert Sambou.

Par un petit couloir, nous traversons une chambre et nous voici sur un balconnet. Les pieux cylindriques en banco rappellent l’architecture nubienne. Le faux-plafond est un assemblage de planches de rônier couvertes de terre moite et des lattes imputrescibles. L’architecture est occidentale, mais la technique de construction est locale. L’ensemble de la structure n’est pas tenu par un coffrage. « C’est ici que l’on retrouve une maison à étage sans aucune barre de fer. Elles sont construites en 1947 et elles tiennent encore. Dès fois, nous retirons des lattes attaquées par les termites pour les remplacer par d’autres. Pour les planches de rônier, elles résistent à l’attaque des termites et des insectes », relève M. Sambou tout en pinçant les cordes de sa guitare.

Un patrimoine bien préservé
Les bâtisseurs n’ont pas utilisé de truelle. Le façonnage des murs est fait à l’aide des mains. C’est pour cela que les visiteurs refusent de s’arrêter à l’interprétation de la réalité lorsqu’ils admirent l’architecture des cases à étage. Si elles n’étaient pas habitées, elles seraient tombées dans le domaine public. Mais, les héritières des bâtisseurs veulent encore en faire une affaire de famille. « Nous venons régulièrement en vacances au mois de décembre ou en juillet et août. Nous nous occupons de la restauration avec l’argent collecté. Mais, ce n’est pas sûr que si nous laissons l’entretien entre les mains de l’Etat, il en fera autant. Nous risquons de les perdre », craint Mme Diédhiou née Florence Corréa, l’épouse du fils aîné de la famille.

Au bas de côté de la route où se trouve cette concession, deux maisons en banco font partie du patrimoine local. C’est aussi la carte postale de Mlomp qui est à une dizaine de kilomètres d’Oussouye, sur la route d’Elinkine. Avant notre départ, ce samedi 24 décembre 2016, une jeune française accompagnée par un guide touristique s’engouffre dans le bâtiment pendant que nous attendions notre photographe qui épiait la sortie des touristes du Musée de la civilisation diola de Mlomp. C’est un site touristique.

Honneur aux rescapés de la Seconde guerre mondiale
Ces cases à étage n’existent qu’à Mlomp, un village plus peuplé que son chef-lieu de département. La localité a été le bastion pourvoyeur de tirailleurs. Comme par enchantement, beaucoup de combattants ressortissants de ce village ont survécu sur les différents fronts durant la Seconde guerre mondiale. A leur retour, la plupart d’entre eux ont vécu au moins 100 ans. « Nous avions beaucoup d’anciens combattants qui ont participé à la Seconde guerre mondiale. La plupart d’entre eux ont vécu plus de 100 ans. Ils aiment raconter les périodes de guerre. Parce que beaucoup sont revenus sains et saufs », rapporte le jeune conservateur. Lorsque ces anciens combattants sont rappelés à Dieu, des funérailles dignes de leur rang sont organisées comme s’ils étaient morts au front.

Par nos envoyés spéciaux Maguette NDONG et Idrissa SANE (Textes)
et Assane SOW (Photos)

Emersion spirituelle

30 Jan 2017
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Aladji avait fait vœu de chasteté l’an dernier, à la veille du pèlerinage à La Mecque. Une piété subite l’avait prise une semaine avant son départ, et il avait prié Dieu de le préserver dorénavant des plaisirs futiles de la terre dont ceux de la chair, pour désormais le maintenir dans une constante posture d’élévation spirituelle. Vœu réaffirmé aux lieux saints. Aladji était pris par ce même vertige qui a fait chanceler nombre de vies au contact de la Kaaba. Beaucoup de saints ont connu une seconde naissance à La Mecque.

Après la ripaille du retour, Aladji voulut se replonger dans les délices de la chambre nuptiale de sa jeune « ñaarel » qui s’est dépensée comme jamais en ingrédients de toutes sortes pour célébrer dignement l’émersion spirituelle de son « plus fort ». Mais Dieu, quand il exauce un vœu, c’est pour la vie. Cette nuit-là, Aladji eut une insuffisance de flux sanguin là où il faut, au grand dam de sa belle qui, dans cette fraîcheur vespérale, multiplia les « tchiip » et les « tcham ». Depuis, Aladji cherche à retourner sur ses pas pour faire vœu de… licence.

Par Sidy DIOP

Il a un esprit alerte, percevant, avec acuité, les diverses facettes d’un problème. Il est à l’aise autant sur les questions purement juridiques que celles essentiellement politiques. Les deux se complètent, dirait-on. Mais, c’est parce que le Pr Ousmane Khouma est à la fois juriste et politiste.

Il a appris la science politique et le droit et les restituent avec une égale aisance. Ses étudiants ne le démentiront point. Les citoyens qui ont également eu la chance d’écouter ses analyses, saluent « un esprit avisé, serein et objectif dans l’analyse ». Ousmane Khouma est Maître de conférences à la Faculté des sciences politiques et juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ce qui lui confère, peut-être, cette tendance à se réduire à son intellectualité, du moins, c’est un constat presqu’unanime venant de ses amis. Toutefois, à l’image de tout un chacun, Khouma n’est pas né juriste. Il a naturellement un parcours, une trajectoire et une histoire. Ousmane Khouma a vu le jour en 1971 à Pikine, dans la banlieue dakaroise. Ce qui, souligne t-il, surprend énormément quand il le dit. Cela montre à souhait l’évolution des réalités et des préjugés. Il se rappelle d’ailleurs que Pikine était très tranquille à l’époque. Il a fait son cycle primaire dans ce patelin situé à quelques jets du centre ville, précisément à l’Ecole 4 de Pikine. Là, il trouve des instituteurs qui vont le marquer, le fasciner et lui font aimer la langue française. Une enfance tranquille entourée de ses oncles et amis. Il se rappelle alors de cet enseignant, Monsieur Ndiaye, qui faisait venir ses élèves à sept heures pour deux séances de dictée. L’objectif était d’augmenter les chances de réussite au Concours de l’entrée en sixième. A l’époque, cinq fautes étaient synonymes d’élimination. Dans un brin de sourire, il assure que les étudiants d’aujourd’hui en auraient facilement faits plus. C’est dire que le niveau a tout de même baissé.

Elève, ses enseignants l’aimaient bien. Il se rappelle de l’une de ses institutrices, Mme Gaye en l’occurrence, qui demandait à la mère du jeune élève Ousmane Khouma de lui permettre de s’occuper de lui. Une fois les cours bouclés, la dame se faisait un plaisir de l’amener chez elle et de l’encadrer au même titre que ses enfants. Il faisait alors ses devoirs chez son enseignante.

Il se rappelle avoir toujours été fasciné par la quête de connaissances et surtout avoir évolué dans un cadre qui facilitait cette acquisition. Il se souvient aussi de ces enseignants qui ne gagnaient pas beaucoup d’argent, mais qui étaient animés par un amour inconditionnel. A l’époque, se souvient-il, ceux qui optaient pour l’école privée, c’est parce qu’ils n’étaient pas parvenus à réussir dans le public. « Tout le contraire d’aujourd’hui où les rôles se sont inversés », se désole-t-il.

Après l’entrée en sixième, Ousmane Khouma est allé au collège Cheikh Anta Mbacké communément appelé Canada, parce que construit par la coopération canadienne. Ensuite, il fait son cycle de lycée à Seydina Limamoulaye, qui était alors le meilleur lycée public du Sénégal. Au Concours général, les élèves issus de cet établissement parvenaient toujours à se tirer du lot, se rappelle-t-il. Il obtient un baccalauréat scientifique. Surprenant pour un juriste de sa carrure ? Et pour cause, Ousmane dit avoir grandi dans une famille essentiellement composée de scientifiques : des ingénieurs, des médecins… Il n’était donc pas question, pour lui, d’aller faire une série littéraire. Pourtant, c’est ce qu’il désirait. Il va tout de même se plier à la volonté de ses oncles. Une fois le baccalauréat en poche, il fallait cocher trois cases en ce qui concerne les orientations. Le jeune passionné de droit avoue avoir, dans la plus grande discrétion, cochée trois fois droit. Une fois les orientations sorties, c’est naturellement qu’il est orienté à la Faculté des sciences juridiques au regret de ses oncles qui voulaient véritablement en faire un médecin.

Une déception en demi-teinte ?
A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le cadre n’est pas des meilleurs. Le jeune étudiant était habitué à des classes où le nombre était réduit ; ce qui permettait une meilleure transmission du savoir. Là, il trouve de très grandes salles, autrement dit, des amphithéâtres, avec des effectifs pléthoriques. Certains étudiants sont obligés de se tenir debout durant tout le cours. Dans le même temps, le bonheur remplissait le jeune étudiant à l’idée d’avoir le privilège d’entendre des professeurs comme Serigne Diop, Paul Ngom, Amsatou Sow Sidibé, Isaac Yankoba Ndiaye, etc. C’était fascinant, se souvient-il. Ces enseignants capables de parler des heures et des heures, tout en expliquant très clairement des concepts pas tout le temps évidents. Ce qui d’ailleurs le conforte dans son idée d’avoir choisi sa filière. Là-dessus, il n’y avait pas le moindre doute. Malgré tout, les conditions ne sont pas réunies. Le jeune étudiant décide alors de chercher une préinscription. Il choisit une petite université dans le Sud de la France, à Perpignan. Il y passe trois années et y décroche sa Licence. Sans fausse modestie, il souligne avoir été « un très brillant étudiant ». Il se rappelle avoir une fois eu la note de 20/20 à l’orale de la philosophie politique. Puis, il poursuit son double cursus à Toulouse en Droit et en Sciences politiques.  Il décrit alors un emploi du temps particulièrement chargé, mais cela valait le coup, relève-t-il. Après l’obtention du Master II, il devient enseignant chercheur sous l’œil vigilant de ses maitres. Parmi ceux-ci, il se rappelle d’Abdoulaye Coulibaly. Ousmane Khouma restera quinze années d’affilée en Europe. Il en a profité pour voyager et faire de nouvelles découvertes.

Bien qu’au début l’objectif était de faire des études et de rentrer au pays, les opportunités professionnelles et le destin feront qu’il reste en Occident des années durant. En 2011, il décide tout bonnement de rentrer au Sénégal pour enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au Sénégal, il avoue avoir trouvé un environnement très différent. Il est frappé par la « pagaille ». Il s’en ouvre alors à son doyen de Faculté, lequel lui explique clairement que l’université était devenue « le reflet de la société ». L’effet de masse n’aidant pas forcément, le tout réunit est d’ordre à perturber. Une sorte de fourmilière bruyante. Des conditions très difficiles donc. Malgré tout, il tient à rester. Pas question de retourner en arrière. L’autre aspect, c’est l’agenda. C’est le « désordre » pour un esprit qui, des années durant, est « formé à travailler dans des calendriers bien déterminés ». Mais, très vite, on est tellement fasciné que cela fonctionne, malgré les nombreux obstacles, confie-t-il.

De beaux esprits
L’universitaire qui commence à véritablement prendre ses marques décide un jour de former les étudiants à la culture du débat démocratique. Il s’en ouvre à Osiwa, fait venir un avocat champion du monde du Concours débat démocratique et appelle également, en plus des étudiants de Dakar, quelques-uns de Saint-Louis. Les résultats vont dépasser ses espérances. « Au sein de quatre universités, les meilleurs ont été sélectionnés. Les deux plus brillants sont allés représenter le Sénégal à Paris. Ils tombent en demi-finale contre la Suisse sur un sujet qu’ils n’espéraient pas », explique-t-il, tout fier. Ses collègues universitaires, venus assister aux échanges, avouent que les étudiants choisis n’ont rien à envier ceux de Science Po ou Paris Sorbonne et autres. Cela démontre à ses yeux que le talent, c’est le travail. Il se demande alors : « Si on s’était organisé, comment ce serait ? »

Malgré les nombreuses sollicitations, le Pr Khouma entretient une certaine discrétion. Il est cependant d’usage qu’il sorte quand le débat est flou, les concepts pas clairs. Il justifie cette posture par le fait qu’il est avant tout un pédagogue, donc censé « recadrer les controverses » en cas de besoin. Le juriste dit avoir horreur de l’arnaque intellectuelle. Quand le débat touche des points fondamentaux, les citoyens ont le droit de savoir. Il s’agit donc de transmettre la bonne information. De surcroît, quand il s’agit de choix décisifs. Les intellectuels et les universitaires sont tenus alors d’occuper l’espace public. Ils doivent poser la bonne information sur la table. Il reviendra après aux citoyens de faire leur choix, plaide-t-il.

L’homme se dit fasciné par la politique pour avoir fait un institut qui en articule. Toutefois, la politique reste pour lui un objet d’études, d’analyse. « Si nous étions dans une société plus policée, il ne serait pas impossible que je m’engage en politique ». Il note pour s’en désoler que présentement, la politique pratiquée au Sénégal est parfois caractéristique d’une violence verbale inouïe.

A ses heures perdues, le constitutionaliste travaille à la Cedeao à la Direction des alertes précoces sur les questions de paix et de sécurité. Il travaille également au Pnud et avec l’Union européenne, dans la résolution des crises. Ousmane Khouma rappelle que l’un de ses premiers défis est de former des jeunes. Le reste de son temps, il est disponible pour être utile à son pays et son continent. Aux jeunes, il demande de ne pas rêver leur vie, mais plutôt de se donner les moyens de la réussir. Le talent, c’est le travail, souligne t-il encore.

Par Oumar BA

Un livre intitulé  « Fixing Africa », signé Tidiane Tall  gratuitement disponible sur le Net, a bénéficié de plus de 300.000 téléchargements et 3.000 mails de réactions. Derrière ce livre, s’assume un panafricaniste patenté.

Après avoir surfé sur la vague de la nouvelle économite des années 2000 avec une start-up, E-spirituality.com, emportée avec tant d’autres par la chute du Nasdaq, Tidiane Tall opère un retour au « B to C », entendu dans le jargon américain comme « back to consulting ». Il passe un temps chez Roland Berger comme consultant en stratégie, puis s’établit sur l’axe Addis Abeba–Dubaï, l’axe Afrique-Moyen-Orient-Asie, l’axe du futur. Parmi ses nouveaux clients, le premier gestionnaire privé de terminaux dans la région. Tidiane est chargé de « reprofiler » le marketing du groupe dans ses orientations internationales. Il s’agit aussi de refonder la stratégie commerciale pour un autre groupe de renommée. Même mission avec le Somalien Dahab Shiil, leader du transfert d’argent dans la Corne de l’Afrique, devant Western Union. Au passage, cette société vient d’obtenir une licence pour une banque islamique à Djibouti qui ouvrira au mois de novembre prochain.

De toutes ses expériences de consulting et d’entreprenariat, Tidiane Tall tire une conclusion. Que valent donc les 53 plans de promotion des 53 pays africains à l’échelle monde ? Mais, il va plus loin que l’interrogation et émet une proposition dans son livre intitulé  « Fixing Africa » (réparer l’Afrique), qui tranche par l’audace et son parti pris panafricain. Le Malien propose, avec la force de l’argument, de passer de 53 Etats africains malades et fatigués à quatre super-Etats qui compteront chacun dans les vingt premiers Pib du monde.

Panafricaniste, M. Tall explique l’échec du développement par la fragmentation de l’unité africaine. Certains lecteurs, adeptes de la théorie du complot, ont douté du caractère « gratuit » de l’ouvrage.  Parmi les nombreuses réactions, il y a effectivement beaucoup de détracteurs qui lui prêtent des intentions cachées. La gratuité a été confondue avec l’altruisme ou l’affairisme.

On l’a suspecté de chercher à s’attirer la sympathie du guide libyen, héraut du panafricanisme. Les réactions les plus encourageantes viennent des moins de vingt-cinq ans, sans doute plus optimistes et nés avec les nouvelles possibilités offertes par les révolutions technologiques et numériques.

Loin de se décourager, Tidiane Tall a mis en branle son association Africa 2030 sur le même mode de l’internet et du marketing viral. Sans se décourager et avec le même optimisme qui anima son arrière grand-père, El Haj Omar Tall, parti du Fouta Toro et qui a réussi à refonder l’empire du Mali à partir des roitelets faibles et corrompus, Tidiane Tall espère un jour voir l’Africain se déplacer de Bamako à Mogadiscio et du Cap au Caire avec la même facilité qu’un américain en Amérique.

Par Oumar BA

La prise de poids peut être liée à de nombreux facteurs classiques alimentaires, psychologiques ou physiologiques (ménopause). Mais, elle peut aussi être d'origine médicamenteuse.

Explications
La prise de poids peut refléter une stimulation de l'appétit, une augmentation de la masse grasse, une augmentation de la masse maigre (muscle), une rétention d'eau et de sel. La stimulation de l'appétit (on parle d'orexigènes par opposition aux anorexigènes) peut être causée par l'arrêt du tabac, la consommation de cannabis ou encore par la prise de médicaments, notamment des psychotropes comme le lithium ou la dépakine®, par modulation de la sécrétion de leptine, l'hormone de la faim et la satiété.

Antidépresseurs, insuline et corticoïdes pointés du doigt
On parle souvent des antidépresseurs comme induisant une prise de poids. De nombreuses substances (tricycliques, fluoxetine, paroxétine…) peuvent induire une prise de poids de plus de 10 % de la masse corporelle en stimulant l'appétit, mais aussi en diminuant l'activité physique, donc la consommation de calories. Le problème est le risque induit d'inobservance.

L'autre grand mécanisme de prise de poids est la stimulation de l'accumulation de graisses, notamment certains antidiabétiques comme l'insuline ou ceux qui stimulent la sécrétion d'insuline comme les sulfamides hypoglycémiants. Cela est problématique, car les patients diabétiques de type II (diabète dit gras) sont déjà en surpoids. L'association de metformine semble limiter ce problème. Certains bêtabloquants, utilisés comme antihypertenseurs, stimulent aussi l'accumulation de graisses. Cela renforce le problème de prise de poids chez beaucoup de patients qui sont diabétiques et hypertendus.

Les corticoïdes, eux, provoquent une rétention hydrosodée (syndrome dit cushingoïde). Beaucoup de médicaments, notamment les antidépresseurs ou des anticholinergiques, stimulent la soif, et si on y ajoute des boissons sucrées, le surpoids hydrique se complique d'un surpoids gras. Pour la masse maigre (muscle), ce sont les anabolisants qui jouent un rôle.

Prise de poids et risque d'inobservance thérapeutique
La prise de poids est une contrepartie de certains médicaments, et cette perspective ne doit pas induire une inobservance. Pour éviter ce risque, il faut :

• expliquer au patient la problématique
• conseiller un régime alimentaire plus équilibré
• préconiser l'exercice physique
• éviter les produits amaigrissants, les compléments alimentaires d'efficacité douteuse mais de toxicité certaine.

Naguère, Elinkine était cette zone de pêche courue par bon nombre de pêcheurs sénégalais et étrangers. Aujourd’hui, l’activité a beaucoup ralenti à cause de la rareté du poisson et de bien d’autres facteurs qui impactent négativement sur le travail des hommes de mer.

Comme la plupart de ses collègues pêcheurs, Ibra Lô est sur terre. Il n’est pas allé en mer. A l’ombre des cocotiers bercés par la brise marine, cet homme maigrichon, coiffé d’un bonnet blanc aux rayures noires, est assis à même le sol. Il profite de cette journée de répit pour raccommoder ses différents filets de pêche et en tisser d’autres. Epingle à la main, il manie avec dextérité les fils. Ce Baol-Baol d’une soixantaine d’années s’est installé à Elinkine, une zone de pêche célèbre en Casamance, depuis plus d’une quinzaine d’années. A son arrivée sur le site à maintenant, la pratique de la pêche a beaucoup changé. A cette heure de la journée, il est impossible de voir un pêcheur débarquer avec des poissons à bord de son embarcation.

Aujourd’hui, il faut aller jusqu’en Guinée-Bissau pour chercher du poisson. « Il n’y a presque plus de poissons dans les eaux sénégalaises et les bateaux européens nous causent de sérieuses difficultés en haute mer. C’est pourquoi il nous faut aller jusqu’en Guinée-Bissau pour avoir du poisson », souligne l’homme de mer. Certes Elinkine est plus proche de la Guinée-Bissau que les autres sites de la Casamance comme Kafountine, mais il leur faut débourser chaque année 900.000 FCfa pour pouvoir disposer d’une licence de pêche dans ce pays frontalier.

A cette période de l’année, mi-décembre, les pêcheurs d’Elinkine sont inquiets à cause de l’expiration du permis pour la plupart d’entre eux. « Cette licence en Guinée-Bissau est valable pour douze mois et à la fin de ce mois, il faut attendre un bon bout de temps pour en disposer encore », signale Ibrahima Kaling. Outre ce problème de licence, les pêcheurs doivent faire face à d’autres facteurs dans leur travail. Parmi ces facteurs, il y a la cherté du carburant.

Pour effectuer un séjour d’une vingtaine de jours, il leur faut débourser 500.000 FCfa pour disposer d’assez de carburant en haute mer. « Avec 497 FCfa le litre, l’essence coûte encore cher et il faut au moins 1.000 litres avant de quitter », rappelle Ibra Lô. Compte tenu de sa rareté et de son interdiction par le service des Eaux et Forêts, le bois reste une matière de luxe qui ne facilite guère la tâche aux pêcheurs. Le charpentier Pape Ibra Diène est victime de cette situation. Depuis un an, il dit n’avoir pas construit une nouvelle pirogue à cause de la rareté du bois. « La plupart des charpentiers d’ici sont allés en Gambie où ils peuvent trouver assez de bois pour faire leur travail. Actuellement, je me limite à réparer les pirogues avec mes six employés », renseigne ce bonhomme de 45 ans.

La conservation, un gros problème
Elinkine 3La pratique de la pêche à Elinkine reste aussi handicapée par le manque d’électricité dans le village. Même si l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) a commencé à poser les premiers poteaux dans le village, le courant n’est pas encore disponible dans les ménages. Ce qui constitue un réel frein pour la conservation des produits halieutiques. « La conservation reste un gros problème ici, parce que les femmes qui font de la transformation ne parviennent pas toujours à bien conserver leurs produits », renseigne Mamadou Thiam dit « Douday ». Cette situation constitue un réel manque à gagner pour les femmes transformatrices. Toutefois, les mareyeurs présents sur le site se débrouillent pour convoyer le poisson dans les grandes villes telles que Ziguinchor, Kolda, Kaolack et Dakar.

Seulement, ce blues des pêcheurs d’Elinkine contraste bien avec la période où le site vivait ses heures de gloire. Les eaux d’Elinkine étaient réputées pour leur richesse en poissons. « De 1980 à 2000, Elinkine était un coin où il faisait bon vivre. Les pirogues faisaient rarement plus d’une semaine en mer et rentraient avec de grosses captures. Les petites embarcations allaient seulement dans les bolongs et ramenaient assez de poissons pour nourrir tout le monde », signale Pape Ibra Diène. Natif d’Elinkine, cet originaire de Dionwar, dans la région de Fatick, rapporte que ses parents pêcheurs ont débarqué à Elinkine il y a une cinquantaine d’années.

A cette époque, Elinkine était cette zone de pêche très convoitée par les pêcheurs sénégalais et aussi d’autres venant d’ailleurs. C’est le cas des Bissau-guinéens, des Sierra-Léonais, des Maliens et surtout des Ghanéens. Il n’est pas rare de voir ici des pirogues portant étendard ghanéen ou bissau-guinéen. A eux seuls, les Ghanéens sont estimés à environ 800 personnes à Elinkine, selon le chef de village, Fréderic Sambou. Cette forte communauté ghanéenne fait aujourd’hui partie intégrante de la population d’Elinkine. La quarantaine sonnée, Joe Ndiaye est un Ghanéen établi à Elinkine depuis une vingtaine d’années. Le bonhomme s’exprime couramment en wolof. Il a suivi les pas de ses grands-parents qui l’ont mené jusque dans ce site.

Aujourd’hui, comme bon nombre de ses compatriotes, il contribue au développement de l’économie locale en achetant une grande quantité de la production de poisson fumé qu’il achemine au Ghana. Chaque année, il effectue deux fois la navette entre le Sénégal et le Ghana.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

FREEMAN, HARRYS ET LAÏT : CES NOMS DE FAMILLE SÉNÉGALAIS QU’ON NE RETROUVE QU’À ELINKINE
Au fil du temps, Elinkine est devenue une localité cosmopolite. Elle regroupe de nombreuses ethnies sénégalaises, mais aussi plusieurs nationalités ouest-africaines. Outre les Maliens, Bissau-Guinéens et autres Ghanéens, les Sierra-Léonais y séjournent aussi. C’est pourquoi, selon Frédéric Sambou, le chef de village d’Elinkine, il est facile de trouver dans le site des personnes qui portent des noms qu’on ne pourrait trouver nulle part ailleurs au Sénégal. « Vous pouvez trouver ici des noms comme Harris, Laït ou encore Freeman qui sont des noms sierra-léonais », selon le chef de village. D’autres Sénégalais originaires de l’intérieur du pays sont nés et ont grandi à Elinkine. Ils ne connaissent que la localité. C’est le cas du charpentier Pape Ibra Diène dont le père, originaire de Dionwar, dans le Sine, est venu dans la localité pour travailler. « Je suis né ici, j’ai grandi ici et j’ai aujourd’hui 45 ans. Je ne connais que Elinkine », renseigne le charpentier. Marié et père de plusieurs enfants, Pape Ibra Diène vit paisiblement à Elinkine où il exerce son métier.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

Dépuceleur de narines

27 Jan 2017
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Une question posée par un jeune curieux subjugué par cette poudre blanche qui, tous les jours, cherche à forcer les barrages douaniers par des moyens les plus insolites : Comment découvre-t-on la coke ? Souvent par l’intermédiaire d’amis, entre intimes, en territoire balisé, là où on accepte de sauter dans l’inconnu. « Fais gaffe, déconne pas, évite d’en abuser », prévient toujours le dépuceleur de narines vierges. Le conseil est parfois aussi vain que le « à consommer avec modération » collé sur les bouteilles d’alcool. Le vice est inavouable et tous les subterfuges sont bons pour ne pas laisser deviner (et s’avouer) que la coke vous fait office de béquille. Dire, pourtant, que la folie de la coke est liée à la dissolution des mœurs est un raccourci facile. La réalité est plus complexe, le phénomène transversal. Si la drogue la plus hot du moment a envahi des narines chez nous et ailleurs, c’est d’abord parce que l’acheteur a hypertrophié ses réflexes de consommation. La coke a été incluse dans le pack. De plus en plus de personnes y ont touché, d’abord les (très) riches, ensuite les autres.

La coke colonise les narines pour des raisons plus universelles : le goût du risque, la soif de puissance, la recherche de sensations fortes. Mais l’extase vire, très vite, au cauchemar et la béquille peut céder. Si la coke permet de planer très haut, la chute n’en est que plus dure...

Par Sidy DIOP

Comédien, technicien et réalisateur, il compte à son actif une dizaine d’œuvres tous genres confondus dans le domaine de la réalisation, notamment des documentaires. Ces films ont fait entrer le cinéma sénégalais dans l’histoire. Initiateur du festival ''Moussa invite'' de Rufisque et propriétaire de la maison de production « Les films du crocodile », l’ovationné de Cannes revient sur son parcours et les handicaps du cinéma africain, en particulier sénégalais.

Comment se porte le cinéma africain, en particulier sénégalais ?
Le cinéma sénégalais se porte très bien au plan de la production. Dans tous les festivals, les films des jeunes africains ont émergé. Que ce soit en Côte d’Ivoire, au Congo, au Cameroun ou au Rwanda, il y a des pépinières qui poussent. Cependant, une réalité persiste. On fait des films sans pouvoir les projeter dans les salles de cinéma. D’ailleurs, c’est le malheur que l’Afrique a. En dehors des festivals, nos films sont quasi inexistants. Les télévisions n’adhèrent pas à la politique de promotion des œuvres cinématographiques. En effet, l’explosion audiovisuelle ne profite pas à notre secteur. Ce sont les télévisions qui font leurs produits pour les diffuser. Pour nous qui avons une certaine assise, nos films sont visibles, mais seulement en dehors de l’Afrique. En ce qui me concerne, j’ai de nouvelles méthodes pour faire connaître mes produits au grand public sénégalais. Elles consistent à projeter à l’air libre mes œuvres récentes. Je l’ai fait avec la toute dernière réalisation, « Bois d’ébène » bien évidemment. Ce qui a permis à 8.000 personnes de la voir.

Doit-on penser que la relève est assurée ?
Je n’aime pas le mot relève car dans le cinéma, il n’y a pas de remplacement mais plutôt une continuité. J’ai beaucoup appris avec les Sembène Ousmane et autres. Leurs productions sont éternelles. Sauf qu’on s’inspire d’eux pour apporter du nouveau.

Vous disiez que les télévisions ne s’impliquent pas pour la diffusion des vos films. Est-ce un souci de rentabilité ?
Les télévisions vivent de publicités. Leurs vrais bailleurs, ce sont les annonceurs. Sans ces produits, elles n’existent pas. Et elles se limitent à la promotion de ces produits. D’ailleurs, elles n’ont jamais adhéré. Elles font dans la facilité ignorant peut-être que faire la télévision, c’est également prendre des risques pour faire plaisir à ses téléspectateurs. En effet, au lieu de faire avancer le peuple, elles le font faire du surplace par le biais de contenus qui répondent à une logique marchande. J’ai fait l’effort d’aller vers des télévisions pour la diffusion de mes films. Elles m’ont signifié qu’ils pouvaient les diffuser mais elles n’ont pas d’argent pour me payer.

Pouvez-vous recourir aux annonceurs pour faire accepter vos produits ?
Moi, je suis un cinéaste. Les télévisions étant des distributeurs, cette tâche leur revient. Ce qu’elles ont fait avec la lutte, elles peuvent faire autant avec les produits des cinéastes. Elles doivent venir vers nous pour voir nos réalisations. Par exemple, « Bois d’ébène », je l’ai projeté, mais il n’y avait aucune télévision. Pourtant, elles y étaient invitées.

En tant qu’ancien président de la Coopération française pour l’aide au cinéma africain, peut-on parler d’industrie cinématographique au Sénégal ?
Elle commence à voir le jour depuis qu’Alain Gomis et moi avons reçu des prix à Ouagadoudou. Le gouvernement actuel a mis un milliard de FCfa sur la table pour faire des films. Ce qui est une bonne initiative et nous le saluons vivement. Mais, ils ont mis la charrue avant les bœufs car pour réaliser des films, cela suppose que nous possédions des salles de cinéma. Ce qui n’est pas le cas. En effet, Il fallait commencer, en premier lieu, par restaurer ou construire des salles de cinéma pour deux ans. Une fois cette phase achevée, on entame la phase de visionnage des œuvres qui existent déjà, une manière de permettre aux cinéastes de faire de nouvelles réalisations en prenant le temps nécessaire. Il paraît qu’il y a un projet de construction de salles de cinéma, mais où ? Le vrai peuple se trouve dans la banlieue du fait de son importance démographique. Si on met les salles dans des quartiers résidentiels, cela suppose qu’on cible les élites. En tant que cinéaste, je propose des salles en plein air dans les quartiers populaires, car il ne pleut presque plus en Afrique. Ainsi, il faut impliquer les maires pour qu’il y ait dans chaque commune des salles de cinéma. Pour donner l’exemple, j’ai commencé à montrer mes films en plein air. « Bois d’ébène » par exemple, à Pikine et à Mbao, avec la présence de l’ambassadeur de France.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans le septième art ?
Je suis l’aîné de ma famille. Et quand mon père est décédé, j’étais encore jeune, ayant derrière moi toute une famille. Il fallait donc trouver du travail pour accompagner celle-ci composée en majorité de filles. Au lendemain de la mort de mon père, je ne sais pas ce qui s’est passé. Les gens ont vendu la maison et ont dilapidé tout l’argent. Mais ma mère a pu acheter une autre maison. On est sorti de la grande maison vendue pour aller dans une autre rue juste à côté. Il fallait que je bosse pour qu’on s’en sorte. Et comme Johnson Traoré, un grand cinéaste, habitait tout près de nous et j’étais très proche de son frère, ma mère était parti le voir pour qu’il m’encadre. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans le cinéma. Au début, ce n’était pas une passion mais plutôt un moyen de survie. Avec l’appareil photographique qu’avait laissé mon père, je commençais à m’intéresser à la lumière.

De votre métier d’électricien, comment êtes-vous arrivé à réaliser des films ?
Dans ces films, Johnson s’est rendu compte de mes prédispositions. Après trois films, il m’a promu chef-électricien. Ce qui avait surpris beaucoup car j’étais jeune. En outre, des personnes m’avaient ensuite conseillé d’y rester car j’avais du talent. Quand j’ai réalisé, comme électro, « Camp de Thiaroye » avec Sembène Ousmane, j’ai décidé d’en faire un métier d’avenir. D’ailleurs, je m’étais dit que j’allais me marier avec le septième art. Après quelques tournées dans la sous-région, j’avais commencé à gagner beaucoup d’argent dans ma petite vie. Il y a eu, cependant, des points d’interrogation. Pouvais-je rester toujours technicien qui n’avait pas certaines libertés dans la pratique du cinéma ? La réponse a été automatique. C’est ainsi que j’ai pensé à faire un court-métrage, « Toubab-bi » que j’ai produit moi-même.

Comment ce premier produit a-t-il été accueilli ?
A sa réalisation, il a été sélectionné au Festival du film du monde au Canada. J’ai même reçu un prix en Allemagne. Cependant, j’ai été démonté par la suite au Fespaco. Les critiques de cinéma me connaissaient mais les autres non. Le court-métrage fut sévèrement critiqué. D’ailleurs, un journaliste critique de cinéma s’était permis de dire sans le regarder au préalable que c’était le film le plus nul qu’on eût jamais produit. Par la suite, l’œuvre a continué son chemin. Dix sept ans sans prix dans le pays, ce dernier avait raflé tous les prix, notamment ceux du festival de nuit d’Afrique, d’Amalur. Premier film de court-métrage qui est sorti dans les salles de Paris, les critiques dans les journaux disaient que mon film avait un petit plus et qu’ils avaient envie de me voir à l’œuvre. Une manière peut-être de se rectifier.

Comment vous positionnez-vous par rapport à vos collègues sénégalais ?
Moussa Toure 2Je suis à mi-chemin entre différents genres parce que j’ai cheminé à côté de plusieurs grands cinéastes comme Sembène Ousmane, Johnson Traoré, Omar Thiam, Tidiane Aw, Ousmane Samb, William Mbaye, entre autres. En plus de ce que j’ai appris à l’étranger. Un mélange qui m’a permis de me rendre compte d’une chose, les sujets diffèrent mais le cinéma reste pareil. Ma position est donc l’universalité de la chose.

Vous faites plus dans le cinéma de conscientisation. Avec votre dernière œuvre, vous parlez de l’esclavage. Pourquoi creuser dans les décombres de l’histoire ?
Quand on est né au Sénégal, en particulier à Dakar, on voit les traces de l’esclavage tous les jours. Pourtant, on n’en parle pas. Un producteur de la maison « Le film d’ici » est venu vers moi avec un projet de documentaire. Il m’a proposé le sujet qui m’avait intéressé car relevant du vrai ; il fallait y juste y ajouter ma cinématographie. Ce qui en fait un documentaire-fiction. Une technique qui m’a ouvert un autre champ de réflexion qui touche plus à la politique. Je suis en train de concevoir un autre de même nature qui va s’intituler « Monsieur le Président ». Un documentaire teinté de fiction dans lequel j’aborde la vie d’un chef d’Etat africain qui, depuis quarante deux ans, est au pouvoir.

Vous projetez votre public dans des univers contrastés, avec une forte dose de subtilité. Que cherchez-vous dans ce style ?
Je suis subtile dans ma vie. Elle se reflète par conséquent dans mes œuvres. Certains de la corporation me taquinent en disant que la particularité de mes films c’est qu’ils me ressemblent. Donc j’essaie de maintenir le style. Même si je décidais de faire un film vulgaire, ce serait dans une subtile vulgarité. En plus, dans la subtilité, on cherche à toucher et à percer celui qui vous regarde en l’accompagnant dans le questionnement. A titre d’exemple, dans « La pirogue », quand le couple se sépare en se donnant des caresses, leur regard est une représentation subtile de l’amour. Cela suffit. Dans mes films, vous ne verrez jamais des gens faire l’amour car il n’est pas forcément dans l’acte mais dans les expressions du corps, le regard, les caresses, etc. Peut-être également que l’artiste est le fruit de son milieu.

La tendance, aujourd’hui, ce sont les séries télénovalas qui ciblent davantage un public spécifique…
Parmi les jeunes qui produisent ces films, certains sont passés par moi. Mais comme vous le savez, ils s’isolent très rapidement pour se consacrer à l’exercice. Au début, je ne m’y étais pas intéressé. Mais, je me suis rendu compte aussitôt que tout le monde les suivait. Et j’y suis allé par curiosité. Ce qui est indéniable, c’est que ces séries intéressent les téléspectateurs. Là, c’est le top du top. D’ailleurs, je n’ai jamais vu cela depuis ma naissance. Cependant, leurs producteurs gagneraient, pour un souci d’importation, à faire parler français les acteurs comme dans les séries sous-régionales qui nous parviennent.

Peut-on les classifier dans les œuvres cinématographiques ?
Ce sont des séries justement. Du cinéma, je ne crois pas qu’ils aient quelque chose de cinématographique même si elles gagnent en public. Il est arrivé que je taquine quelqu’un en lui disant : si c’était moi qui faisais de tels produits, j’allais me faire casser dans le monde. Donc, le contenu est susceptible de critiques. Moi, en tant que cinéaste, je peux ne pas le digérer car du fond historique aux langages en passant par les dialogues, il y a des choses à dire. Mais ça intéresse les téléspectateurs. Et le cinéma est fait d’audience. D’ailleurs, je suis en train de préparer des séries mais qui sortent des lieux communs. Elles se projettent dans le futur, notamment dans l’Afrique de 2040.

Pourquoi ces nouvelles séries locales vous dament-elles le pion ?
Elles sont diffusées à la télé alors que nos produits ne le sont pas. Ensuite, de plus en plus, ces séries sont produites par les télés. Elles produisent et diffusent. Mieux encore, pour certaines productions, les acteurs sont des travailleurs de ces télés. Pour apprécier nos produits, il faut les montrer d’abord. Dans ce cas, on verra si les séries nous dament le pion ou non.

Quelle est sa particularité de « La pirogue », cette œuvre qui vous a valu beaucoup de succès ?
L’œuvre qui avait beaucoup plus de succès, c’est « Tgv ». C’est mon film le plus populaire. Fait en 1997, il fonctionne toujours. Au fait, la chance de « La pirogue », c’est d’aller à Cannes, ou le monde du cinéma se rencontre. J’ai été ovationné à Cannes. Tout le monde s’est levé, le public, le jury et les critiques pour m’applaudir pendant quinze minutes. En effet, j’ai eu le Prix de la critique internationale. Pour un Africain, être sélectionné à Cannes, c’est déjà un Prix. D’ailleurs, « Bois d’ébène » a failli y être encore.

« La pirogue », « Mbekh mi », « Mbeureum » (griller le poisson), on voit le champ lexical de la mer revenir dans vos œuvres. Qu’est-ce qui vous lie à la mer ?
J’ai passé toute ma jeunesse près de la mer. En tant qu’amoureux de la nage, j’y étais matin et soir. En tant qu’observateur passionné, des sujets relatifs à celle-ci me venaient facilement.

Les œuvres des jeunes cinéastes sont plus osées en abordant la sexualité, la drogue... Qu’est-ce qui vous différencie de cette génération ?
On est cinéaste avec son éducation. Dans « Toubab-bi », j’ai parlé de la prostitution déjà dans les années 1980. On peut toucher le public sans utiliser un langage ou des scènes crues.

Vos œuvres ne sortent pas de l’Afrique. Est-ce de l’hermétisme ?
J’y suis et j’y resterai toujours. Je fais partie des Africains qui voyagent beaucoup mais qui ne quitteront pas l’Afrique. Je fais du cinéma pour rester en Afrique. C’est pourquoi dans chacun de mes films, je laisse mon empreinte qui est purement africaine.

Quels sont vos projets en dehors des séries déjà annoncées ?
En perspective, un film policier avec Hollywood pour adapter une œuvre. Au programme également, une réalisation sur l’esclavage arabo-musulman entre la Tunisie et le Sénégal. Son titre est « Alzheimer », un film qui va être tourné au Canada entre un Peulh et une Indienne. En dehors de cela, deux documentaires sur le Diola et les malades mentaux sont en cours.

Entretien réalisé par Marame Coumba Seck

Il détonne mais l’homme n’est pas pour autant exhibitionniste. Elhadji Mouhamed Seck, plus connu sous le nom de Momo Seck, est présentateur à la 2Stv. Il est dans l’équipe de la matinale et s’occupe plus spécifiquement de la rubrique découverte. L’homme âgé  de 33 ans, marié  et père de deux enfants,  poursuit son petit bonhomme de chemin,  dans le monde de l’audiovisuel.  Les habitués des matinales de la 2Stv le connaissent bien. Il a su se faire une place à travers ses revues de titres dont lui seul a le secret. Dans son style de parcourir les Unes des journaux, une particularité se dégage,  sa façon notamment de prononcer le quotidien national Le Soleil. « Le Soleil Yénékay », fulmine-t-il chaque matin,  avec une voix qui a le dont de capter les téléspectateurs. Son succès conforte cette génération montante d’animateurs qui ont réussi à créer leur propre style. Il dit puiser son énergie et son inspiration dans ses meilleures « sources de fierté ». Une véritable graine de bonne humeur.

Et pourtant, c’est un concours de pur hasard, le plus inespéré qui l’amènent à la 2 Stv. Un soir,  se souvient-il,  alors qu’il était sur Facebook, comme à son habitude,  en train de partager des histoires, blagues et autres,  alors Pa Assane Seck qui était à l’époque à la 2Stv lui propose  un passage à la matinale alors présentée par Ya Awa Ndoye.  Muni d’une de ses histoires ou blagues dont lui seul a le secret, il se présente sur le plateau, le lendemain même.  Après deux apparitions, les responsables de la 2Stv sont satisfaits de sa prestation et décident au passage de le garder.  Une nouvelle page s’ouvre dans la vie de celui qui dit avoir toujours été attiré par la communication. Depuis qu’il a  intégré la 2Stv, il note qu’énormément de choses ont changé dans sa vie. Il souligne avoir, par exemple, perdu son anonymat. Hormis la célébrité, le fait de sortir sur le petit écran lui apporte énormément d’opportunités professionnelles. La télévision  constitue une vitrine qui a su booster son autorité et son aura. Depuis, son téléphone ne cesse de sonner. Il se dit obliger de le mettre en mode silence quand il discute avec les personnes.  « Le Soleil Yénékay »  reste un slogan qui lui colle à la peau et dont il dit être très fier.

Par Oumar BA

De par son expérience, ce prêtre érythréen tente d’apporter des solutions sociales et politiques en faveur des migrants en Italie et ailleurs. Il est devenu l’ange-gardien du respect des droits aux réfugiés.

Arrivé lui aussi comme migrant en Italie à l’âge de 16 ans, il sait ce que signifie quitter son propre pays, l’Érythrée, et affronter toutes les péripéties bureaucratiques pour obtenir le statut de réfugié. En 1992, il a connu des conditions d’accueil difficiles en Italie mais « pas pire qu’aujourd’hui », précise-t-il.

En effet, la loi Martelli (1990) prévoyait une aide financière aux demandeurs d’asile. Les réfugiés percevaient 27.000 lires par jour, soit l’équivalent de 14 euros, de quoi se louer une chambre et faire quelques courses. Depuis les lois Turco Napoletano (1998) puis BossiFini (2002), cette dernière faisant l’objet d’une polémique au sujet des droits aux demandeurs d’asile, les choses se sont compliquées.

« Confinés dans des centres d’accueil, les réfugiés n’ont plus d’interaction avec la société italienne. Ils sont entretenus à l’intérieur de ghettos, dans la précarité la plus totale ». Dans un contexte de crise économique, où la politique italienne a tendance à bloquer les frontières plutôt que de venir en aide aux migrants, Don Mussie Zerai ne lâche pas prise, en œuvrant notamment pour qu’une loi italienne assure aux réfugiés une insertion sociale, culturelle et économique dans le pays. Les parlementaires italiens de centre gauche et de centre droit le consultent régulièrement pour son expertise. « Malgré leurs bonnes intentions », Don Mussie Zerai déplore de ne voir aucun fait concret.

Ce sacerdoce est à l’écoute des migrants quelle que soit leur provenance ou leur religion. Il n’intervient pas au nom du Vatican mais en tant qu’humanitaire « poussé par la foi en Dieu ». Néanmoins, il réfère quotidiennement ces actions au Secrétariat du Vatican. Et la dernière intervention du Pape François, saluant « le travail de tous ceux qui viennent en aide aux migrants », à l’occasion de la Journée mondiale des migrants et des réfugiés, dimanche 19 janvier 2014, le conforte dans son action.

Dès la 22e semaine de grossesse, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène... et même certains dosages d’aspirine) sont contre-indiqués, car potentiellement toxiques pour le fœtus. Un fait largement ignoré, déplore l’Ansm.

« Même après une seule prise », les anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ains) entrainent « un risque d’atteintes rénale et cardio-pulmonaire qui peuvent être irréversibles voire mortelles pour le fœtus et/ou le nouveau-né », rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) dans un communiqué paru le 26 janvier 2017.

Ce fait n’est pas une nouveauté, et constitue depuis longtemps une contre-indication claire à cette classe d’anti-inflammatoires, couramment utilisés en cas de douleurs, fièvres, inflammations articulaires.

Or, selon l’évaluation d’un centre régional de pharmacovigilance français (Crpv), réalisée sur la base des données l’Assurance Maladie, des médecins prescrivent encore ces médicaments après la 22e semaine de grossesse (24e semaine d’aménorrhée, c'est-à-dire d'absence de règles). Selon les chiffres communiqués par l’Ansm au Magazine de la Santé qui a accédé aux résultats de l'évaluation, de 5.000 à 6.000 femmes recevraient chaque année de telles prescriptions. Or, selon l’Ansm, les situations qui justifieraient cette stratégie thérapeutique sont rares.

L’arbre des prescriptions, la forêt de l’automédication
Mais ce chiffre n’est que celui des prescriptions, et dissimule celui – beaucoup plus difficile à estimer – de l’automédication. L’Ansm se veut claire : tous les Ains (y compris l’aspirine si sa posologie est supérieure à 100 mg par jour) sont contre-indiqués dès la fin du 5e mois de grossesse, qu’ils soient sur prescription médicale ou en vente libre, quelle que soit la durée de traitement et la voie d’administration : notamment orale, injectable, et cutanée. L’agence souligne les cas particuliers du célécoxib (Celebrex®) et l’étoricoxib (Arcoxia®), contre-indiqués durant toute la durée de la grossesse. « D’une façon générale », l’Ansm rappelle « la nécessité de réévaluer tout traitement médicamenteux pendant la grossesse. En particulier, jusqu’au 5ème mois de grossesse, les Ains ne doivent être utilisés que lorsqu'ils sont indispensables, à la dose efficace la plus faible et pendant la durée la plus courte ». Si vous avez pris un Ains après votre 5e mois de grossesse, « même une seule fois », l’Ansm préconise de prévenir et de consulter très rapidement votre gynécologue ou votre médecin traitant. « Lui seul peut juger de la conduite à tenir », conclut l’agence.

Il existe deux grandes familles d'anti-inflammatoires, les corticoïdes et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, dont parle cet article. L'aspirine et l'ibuprofène (Nurofen®, Spedifen®,…) sont les plus connus puisqu'ils sont en vente libre en pharmacie, mais il existe de nombreuses molécules, obtenues sur ordonnance. Ces derniers sont "déconseillés" entre la 10e et la 22e semaine de grossesse (respectivement les 12e et 24esemaines d’aménorrhée, c'est-à-dire d'absence de règles), et formellement « contre-indiqués » au-delà.

OtoMbalit

25 Jan 2017
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Un homme d’une loquacité « congénitale » me réveille tous les matins (éviter le rez-de-chaussée) avec ses histoires drôles et extravagantes qu’il aime à partager avec ceux qui, dès les premières lueurs de l’aurore, composent la mélodie routinière de mon quartier. « Samba est bienveillant mais sa femme est une peste comme sa fille Aïda… Il paraît que l’Imam a demandé sa main pour compléter le quatuor. Aïda est une viveuse. Elle a refusé. Elle, la coquette petite plantureuse, s’ennuierait à mort avec ce vieux râteleur de menues monnaies, de chandelles et de colas. Et puis, c’est peut-être bien elle qui sauterait à la prochaine et récurrente reconstitution du quatuor… ». Et eux, la bande de « colporteurs », nous tiendront au courant au prochain renouvellement ! Je n’ai pas jugé nécessaire de me boucher les oreilles car espérant, de manière belliqueuse, que les médisants oubliassent qu’ils étaient sous ma fenêtre de surcroît entrebâillée !

Le « round up » matinal et quotidien n’offre un petit et sournois intermède qu’au premier coup de klaxon de « otombalit* » quand le célibataire sort avec son petit sachet, la grand-mère avec sa bassine décolorée puant à mille lieues, « Monsieur galant » et « Monsieur soumis » au diktat de Madame avec leurs sacs poubelles… A l’aube, à l’heure des cancans, après avoir demandé au Seigneur l’absolution dans la petite mosquée du coin, on potinera allègrement sur la faiblesse supposée du soumis et sur la délicatesse du galant à l’endroit de leurs dames. Et c’est d’ailleurs mieux que celles-ci, à l’urbanité suspecte, restent bien chez elles pour nous épargner le supplice du défilé des nuisettes, serviettes et autres bribes de petits pagnes. C’est toute une représentation comique qui est donnée autour du véhicule de ramassage d’ordures. Les boîtes à ordures de la société émergente sont épiées par les « chroniqueurs » pour savoir si, la veille, elle a fait bonne chère. La domestique, leur amie, comme toutes les servantes de leur rayon d’investigation, leur fournira si nécessaire, les détails sur les bienheureux convives honorés de cette ripaille. Les techniciens de surface, grands maîtres recycleurs, eux aussi, flairent les « poubelles d’or ». Elles ne sont pas remplies que d’arêtes et d’écailles de sardines. Il y a des canettes, quelques bonnes camelotes, quelquefois des loques à recoudre, que les techniciens des « profondeurs » se disputent. Et puis, il y a les ordures « fertilisantes » si répugnantes que les éboueurs s’empressent de mettre dans la gueule béante et puante de « Otombalit ». Les langues de vipère (le verbe est ici une thérapie d’une cohorte envieuse) se demandent souvent comment Adja Astou, cette femme altière dont la maison est remplie de jeunes filles (passez-moi ce sexisme), peut sortir de chez elle avec autant d’immondices, d’impuretés mal contenues par une bassine que même « Otombalit », ce grand stoïque qui admet nos souillures et masque nos laideurs, rechignerait à gober. De manière indifférente, « Otombalit » s’engraisse des restes de méchoui que de mangeaille.

Les poubelles dessinent des univers contrastés. Celles du nanti et de l’indigent ne sont, certes, pas remplies des mêmes saletés mais elles peuvent être recouvertes de la même dignité. Elles déterminent l’estime que l’on a de soi-même, notre rapport à l’autre et le respect que l’on voudrait s’attirer. La personnalité est une pratique quotidienne. Il y a un renversement de sens, de valeurs dans ce que nous concevons comme futilités et actions précieuses. Dès lors, balayer devant sa maison et dissimuler avec fierté et pudeur (c’est selon) les « choses » dont sont remplies les poubelles sont devenus, pour certains, des insignifiances d’un autre temps.

*Véhicule de ramassage d’ordures

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on mercredi, 25 janvier 2017 12:47

Dessinateur-caricaturiste, Alfonse Mendy alias T.T Fons fait partie des pionniers dans la bande dessinée ouest-africaine, en particulier sénégalaise. À travers son œuvre « Gorgorlu » présentée au grand public d’abord sous forme de planches puis adaptée à la télévision, il a peint le portrait de la débrouille quotidienne dans la société sénégalaise. À soixante ans, il se consacre à son atelier Fons spécialisé dans le graphisme et la communication visuelle.

Il n’échappe pas à la fantaisie artistique. En vrai homme d’art, il arbore son nom de scène T.T. Fons, une contraction de Tonton Alfonse. Un pseudonyme né des mouvements de jeunes catholiques, « cœur voyant, âme voyante », à l’image des scouts et des éclaireurs. « Tonton Alfonse comme signature me paraissait longue. J’ai retenu en effet les deux T pour avoir T.T. Fons », explique le bédéiste. Une désignation qui, quelques années plus tard, va effacer à l’état civil son nom. D’ailleurs ceux qui le chercheront sous son vrai nom auront du mal à le retrouver. Sudiste d’origine, il a beau balbutier ses premiers mots en mandiack, on a du mal à lui coller sa vraie identité ethnique. La moustache bien taillée, sa petite silhouette se confond à la peau d’un sérère à la noirceur éternelle.

Amoureux des bandes dessinées, dans sa petite enfance, le petit Alfonse s’imprègne de quelques planches classiques à l’instar de Roméo ou d’Ombrax pour enrichir son expression au préalable. Ayant les prédispositions d’un dessinateur, il s’y cherche et s’y trouve. En effet, il a pu trouver sa place dans le cercle restreint des dessinateurs ouest-africains, en particulier sénégalais des années 80.

Du passe-temps au gagne pain
Par un heureux concours de circonstances, l’étudiant en deuxième année en sciences économiques fut sélectionné dans un concours de dessin organisé à l’époque par le journal satirique le « Politicien » de feu Mame Less Dia conçu à l’image du Canard enchaîné, un journal français qui use de la satire pour interpréter les informations politiques. Il sort premier lauréat parmi une dizaine de candidats sélectionnés. À l’image de Mame Less Dia, Alfonse Mendy fait partie des pionniers de la presse satirique ouest-africaine après un passage au canard enchaîné où il était envoyé en stage. « J’avais une notion du dessin mais la caricature en tant que telle, c’est au canard que je l’ai apprise », précise M. Mendy.

Quand le journaliste use de sa plume pour informer le grand public, lui, il prend le crayon, l’encre de Chine ou le feutre pour jouer sa partition. En effet, avec une forte dose de dérision, il interprète l’actualité par le dessin. Editorialiste-dessinateur au journal satirique le « Politicien », il avait une place primordiale.

Informer par le dessin
Ses dessins comme ceux des ses pairs illustraient les papiers ou se substituaient parfois à eux. « Le dessin complète ou apporte un plus au papier. En plus, l’espace d’un journal satirique est très petit pour contenir toute l’information nationale et internationale. Par conséquent, il faut des dessins expressifs pour le compenser », soutient le caricaturiste qui avait cheminé avec le « Politicien » jusqu’en 1987, année au cours de laquelle il a quitté ce journal qui fut la première aventure de presse satirique en Afrique de l’Ouest.

En collaboration avec d’autres caricaturistes, ils ont lancé le « cafard libéré », un périodique satirique. Renaissance de cafards qui se sont libérés des chaines du « Politicien » pour créer un hebdomadaire d'informations générales en langue française qui interprète l’information en tenant compte de sa dimension sociale. A l’image des canards en France, les cafards se confondent au quotidien des Sénégalais avec des titres recherchés : « Gorgui nous cher la vie », « on ne riz plus dans nos provinces rurales », « Guiro remporte haut le tournoi de la Cnts », l’opposition vole dans les plumes du ngour », etc. Des titres qui témoignent de leur indépendance dans le traitement imagé de l’information. En effet, de la flambée des prix des denrées de première nécessité aux querelles de borne fontaine de l’opposition et du pouvoir en passant par les scandales financiers, ils tournaient tout en dérision. Pour certains, ce périodique est le père de l’irrévérence à l’extrême. Sous son crayon et au fil des pages de ses deux dernières BD « Goorgoorlu et la dévaluation », « Goorgoorlu, la fin du PAS », « Goorgoorlu survivant de la dévaluation », « Goorgoorlu : Le cauchemar ». En effet, T.T. Fons parvient à témoigner des évolutions les plus significatives de la société sénégalaise.

Un des collaborateurs célèbres, T.T. Fons avait créé à la fin des années 80 une B.D. populaire dans ce périodique. D’ailleurs, son nom se substitue au héros de cette bande dessinée humoristique qui est un débrouillard auquel s’identifie le père de famille sénégalais. Né et grandi dans la banlieue dakaroise, en sa personne de « Goorgoorlu », il trouve les « ingrédients » dans son quotidien et son milieu immédiat. Présentées d’abord sous forme de planches dans le cafard libéré, ses bandes dessinées ont été regroupées dans des albums puis éditées aux Editions Clairafrique à partir de 1991 avant de faire l’objet d’une adaptation télévisée après la fermeture de l’hebdo.

Fertilité productive et sécheresse économique
Diffusées sur les écrans de la chaîne nationale grâce à une coproduction de la RTS, du réalisateur Moussa Sène Absa et de lui-même, les sketchs scénarisés en langue locale avaient battu tous les records d'audience. T.T. Fons a réussi son pari de transposer dans le monde des images un cliché juste de la société urbaine sénégalaise confrontée à la débrouille quotidienne. « Avec cette œuvre, nous sommes allés à Cannes, notamment au « Mute Tv Commercials ». Et c’était bien parti pour que le produit pût avoir une audience internationale », se désole l’auteur qui estime ne pas avoir tiré les marrons du feu. Au retour de Cannes, Matar Sylla quitte la Rts, emportant l’idée de ce projet. Un arrêt brusque qui a valu un sevrage brutal aux téléspectateurs.

Sans ornements excessifs graphiques, il poursuivit la publication de ses dessins, en couleurs cette fois, dans l'hebdomadaire sénégalais Nouvel Horizon. Vu le succès de Gorgorlu, il voulait assurer la relève en lançant sur fonds propres Gormag, un projet qui, après neuf parutions, est tombé à l’eau. « C’était une manière de promouvoir la bande dessinée en donnant la possibilité à d’autres dessinateurs de s’exprimer », renseigne-t-il. Tournant le dos à la presse depuis 2001, T.T. Fons se consacre aujourd’hui à sa propre structure, Ateliers Fons, spécialisée dans le graphisme et la communication visuelle. Membre du Jury pour les Prix Africa e Mediterraneo 2007-2008, il a été invité au dernier Festival International de la BD à Alger en 2009 pour superviser les travaux relatifs à la collection d’un l'album collectif « La BD conte l'Afrique » publié en septembre 2009 par les éditions Dalimen.

Dans un pays aux nombreuses sensibilités politique, sociale, culturelle et religieuse, le champ de la liberté d’expression est restreint. Et il en est bien conscient. « Ce qu’un caricaturiste européen ou d’un autre pays africain peut se permettre, le caricaturiste sénégalais ne peux pas l’oser. « Ce n’est ni une autocensure ni un manque de courage. En tant que fruit d’une culture, on trouve les moyens de dire ce qu’on veut dire sans pour autant heurter son prochain », défend le journaliste-caricaturiste.

Par Marame Coumba Seck

Le stress chronique est mauvais pour la santé du cœur car il provoque une accumulation de globules blancs dans les artères, d’après une nouvelle étude.

Les professionnels de santé l’ont remarqué depuis longtemps : le stress augmente les risques d’accident vasculaire-cérébral, d’infarctus et de maladies chroniques du système cardiovasculaire. Mais pourquoi ? Des chercheurs du Massachusetts General Hospital et de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, aux Etats-Unis, ont essayé de mieux comprendre ce mécanisme. Et les résultats préliminaires de leurs travaux ouvrent la voie à des nouvelles méthodes de ciblage du stress ainsi qu’à une prise en charge des facteurs qui l’influencent. 

Un facteur de risque important
Dans la revue scientifique The Lancet, les chercheurs expliquent pour la première fois comment le stress chronique abîme la santé cardiaque. En cause, une réaction qui commence par l’amygdale, une zone du cerveau qui, lorsqu’elle est soumis au stress, stimule la production de globules blancs par la moelle épinière et les envoie vers les artères. Ces globules s’agglutinent et forment des plaques à l’origine de l’athérosclérose, augmentant ainsi les risques d’accidents cardiovasculaires.

Autre élément en cause : l’influence du stress sur le système nerveux sympathique, sur l’axe hypothalamique-pituaire-surrénal, sur le rythme cardiaque et sur la pression artérielle. Tous ces facteurs participent à une mauvaise santé cardiovasculaire. Pour parvenir à ces conclusions, les auteurs de l’étude ont évalué le stress de 293 personnes, puis leur activité cérébrale, leur moelle osseuse, leur rate et l’inflammation de leurs artères, pendant une durée totale de quatre ans.

En se concentrant sur l’amygdale, ils se sont aperçus qu’une hausse de son activité était liée à un risque 1,6 fois plus important de troubles cardiovasculaires. Une autre étude à plus petite échelle, sur 13 personnes souffrant de stress post-traumatique, a confirmé ces résultats concernant l’inflammation de l’organisme et l’activité de l’amygdale. « Le stress chronique finira par être traité comme un facteur de risque cardiovasculaire important », indique Ahmed Tawakol, auteur principal de cette étude.

En quarante-deux années d’une carrière ininterrompue, le Malien Mamadou Koné dit Super Koné, l’homme de 69 ans, aura vu passer devant son objectif pas moins de 818 chefs d’Etat, rois, princes et chefs de gouvernement.

Le rêve de jeunesse de Super Koné le destinait à une carrière de guitariste dans la capitale du Soudan français, l’ancien nom du Mali avant les indépendances africaines. Il a dû renoncer face au veto d’un père intransigeant. C’est finalement la télévision scolaire, lancée aux débuts des années 1970, qui offre à ce grand gaillard au physique de catcheur son premier emploi en tant qu’assistant réalisateur.

De retour à Bamako, la «ville aux trois caïmans» en bambara, Super Koné s’essaie à la photographie en autodidacte. Il obtient, grâce à la bienveillance des gardes et du protocole présidentiel, l’autorisation de « squatter » le palais de Koulouba, sur les hauteurs de la capitale, pour réaliser les photos de cérémonies officielles : audiences du chef de l’Etat, visites de présidents étrangers, lettres de créance. La qualité de ses clichés le distingue très vite des photographes officiels qui manifestent vite leur jalousie. Son tempérament de baroudeur l’aide à faire le dos rond face aux sarcasmes.

Il réalise le portrait de l’écrivain Amadou Hampâté Bâ, l’auteur de « L’Etrange Destin de Wangrin », après celui de Banzoumana Cissoko, père de l’hymne national malien, et connaît sa première heure de gloire en 1975 avec la sortie aux Editions populaires du Mali de son livre « Coiffures traditionnelles et modernes du Mali ». Il gagne ses premiers millions de francs CFA, mais surtout une immense notoriété avec le succès commercial et professionnel de son hommage à la beauté de la femme malienne.

Le photographe malien, que la maladie empêchait par la suite  de se déplacer, aura ensuite été le portraitiste de la deuxième génération des dirigeants africains incarnée par le Zaïrois Mobutu Sesse Seko, le Guinéen Lansana Conté, le Sénégalais Abdou Diouf. Après les pères présidents, Super Koné aura photographié les fils : Eyadema et Faure Gnassingbé, Omar et Ali Bongo, Hassan II et Mohammed VI. De sa longue carrière, il a tiré des liens très personnels avec certains chefs d’Etat, dont le Sénégalais Abdou Diouf, le Congolais Denis Sassou-Nguesso ou le Tchadien Idriss Déby.

En quatre décennies, Super Koné a vendu des  portraits de chefs africains à de prestigieuses agences telles l’AFP, Sipa, Sigma et bien d’autres. Mais son business le plus rentable aura été les albums des activités officielles des chefs d’Etat. Au soir de sa carrière, le plus ancien photographe de chefs d’Etat africains  se bat pour  sortir  de ses archives un album d’hommage à Félix Houphouët-Boigny assorti d’une centaine de témoignages de personnalités.

Par Oumar BA

L’île de Carabane est nichée à l’embouchure du Fleuve Casamance au sud du Sénégal. Le paysage, le relief, le microclimat, la position géographique avaient exercé une fascination chez les colons en escale à Diogué, une autre île. Porte d’entrée des colons français en Casamance, Carabane a connu des périodes glorieuses avec une population estimée à plus de 3.000 âmes durant la période coloniale. C’était une plaque tournante des échanges dans la zone fluviomaritime. Toutes les grandes compagnies étrangères avaient le pied à Carabane. Mais l’épidémie a précité le transfert de la capitale à Sédhiou. C’était le début d’une décadence. La ville d’hier est devenue un village aujourd’hui.

Carabane 2La température ne se faisait pas sentir au quai d’embarquement d’Elinkine à 13 heures. Un vent frisquet souffle en permanence. Au bord d’une pirogue motorisée, nous sortons de la baie après une identification, sur le ponton de la base navale de l’armée. L’embarcation déchire la platitude des eaux. Nos yeux sont accrochés à la splendeur des mangroves. Parfois à quelques mètres avant ce campement perché sur une île qui regarde Elinkine, on peut admirer des vols planés des oiseaux marins. Au loin, des pélicans plongent dans l’eau leur large bec, de temps à temps. Après une vingtaine de minutes de balade dans les bolongs, nous sommes en zone plus ou moins agitée avec l’influence de la mer. Le temps est suspendu. On ne se rend pas compte. Sur notre droite, les toits des édifices de Carabane pointent à peine. Quelques minutes plus tard, nous jetons l’ancre, sur le rivage, du premier comptoir français de la Casamance : Carabane. Elle regarde l’autre île, Diogué. C’est là, que les colons sont venus s’installer le 22 janvier 1836 après un accord entre l’administration coloniale française et le chef de village de Kagnout. Lorsque les colons français avaient fait escale à Diogué, ils avaient demandé à un indigène « A qui appartient l’autre côté de la rive que nous apercevons ? ». Ce denier ne comprenant pas leur langue française, répond en disant : « Karab-Ane » qui signifiait en Diola, la part de quelqu’un. Durant cette période, l’île, selon certains, appartenait aux gens de Kagnout. C’est une version. Dans l’île, les insulaires vous présentent d’autres étymologies laissant les interlocuteurs dans l’embarras. Par contre, les versions sont concordantes que l’île a été la porte de pénétration de l’administration coloniale en Casamance. « Carabane est la première capitale de la Casamance. Elle jouait un rôle déterminant dans l’implication des colons au sud du Sénégal », raconte l’actuel chef de village, Moussa Guèye.

Le passé historique est sur le rivage. Des murs enrochés des bâtiments coloniaux défient le temps et la mer. Sur un pan, « la porte du non-retour » de l’île a cédé. Mais les reliques sont là. Carabane était un port de transit des bras valides. « A l’image de Gorée, voici la porte du non-retour de Carabane. Contrairement à ce que certains disent, il n’y avait pas d’esclaverie.

Les esclaves qui sont capturés dans le « Fogny » sont amenés de bolong en bolong, d’île en île pour les désorienter. On faisait en sorte que lorsqu’ils sont à Carabane, que cela coïncide avec l’arrivée du bateau qui les achemine vers l’île de Gorée », concède le conseiller du chef de village, Lamine Sarr.

Centre de redressement
Au milieu du village, de gros murs d’une grande épaisseur faits de briques autobloquantes ne portent plus l’architecture originelle. La toiture a cédé depuis plusieurs décennies. Quelques barres de fer sont fixées entre les pieux. Les pans entiers des murs des petites chambres des détenus cèdent les uns après les autres. La structure murale des lits des chambrettes est encore nette. En face, les tables de coupe de menuiserie, l’ébénisterie sont visibles. Les murs latéraux s’élèvent à plusieurs mètres. L’édifice est couvert d’une couche noirâtre issue de la dégradation des nains. Depuis longtemps, sa vocation a été sujette à des interprétations. « Il n’a eu jamais d’esclaverie à Carabane. Ce qu’on appelait esclaverie était un centre de redressement. C’est ici, qu’on internait tous les récalcitrants pris à Kaolack, Thiès et dans d’autres villes. On les apprenait des métiers avant de les libérer dans l’île », tranche, Lamine Sarr, l’historien de ce bâtiment colonial. L’histoire du bâtiment durant la période coloniale est peu connue comme du reste l’histoire de l’île aux éléphants durant la période précoloniale.

Carabane 4Car la tradition orale était pauvre, comparée aux grands conteurs analystes mandingues. « C’est le 22 janvier 1836 qu’un accord avec le Roi de Kagnout octroya à la France la totalité de l’île au prix d’une rente annuelle de 39 barres : c’est-à-dire 196 FF », nous renseigne Alioune Sarr, dans une chronique intitulée « Carabane d’hier 1800-1900 ». Ce troque marque le point de départ d’une activité commerciale florissante. C’est à Carabane que l’on retrouvait le plus grand appontement de l’Afrique. Le comptoir de commerce s’ouvre avec l’abolition programmée de la traite négrière. La famille Baudin s’y installe. Mais c’est sous l’ère de l’homme d’affaires Nantais Bertrand Bocandé que les activités commerciales fleurissent. L’île aux moustiques exportait du riz, du coton, des amandes de palme et de l’huile « touloucouna ». « C’est à partir de 1896 que date l’apogée de Carabane, l’administration française régnait sur deux cercles (Sédhiou et Carabane) et deux postes (Bignona et Diebaly). Le village, mieux vaudrait dire la ville de Carabane, atteignait même 3.000 habitants et les affaires semblaient prospérer », rappelle Alioune Sarr.

Si loin, si proche de Gorée
Mais les épisodes des épidémies de paludisme ont obligé l’administration coloniale à procéder à un transfert de la capitale d’abord à Sédhiou et puis à Ziguinchor. Ce nouveau traité freine à jamais l’essor d’une perle perdue à l’embouchure du fleuve Casamance. Sous les arbres, sur les vérandas, au rivage et au milieu du village, les habitants ont connu un passé un peu glorieux : les escales du bateau le Joola. « Il y a un port qui a été construit. Mais il n’a pas d’incidence réelle sur la vie des insulaires parce que nous ne pouvions plus nous approcher ni écouler nos produits au quai lors de l’escale du bateau Aline Sitoé Diatta. Carabane vivait du temps du bateau le Joola. Nous pouvions faire exporter plusieurs dizaines de pirogues chargées de marchandises. Les femmes, les hommes gagnaient bien leur vie. Aujourd’hui, à cause des questions sécuritaires, les habitants de Carabane ne font qu’apercevoir Aline Sitoé Diatta », regrette le chef de village. L’île de Carabane est si loin et si proche de Gorée.

Aujourd’hui, ils se sentent seuls dans le combat pour la sauvegarde du patrimoine historique. Certains édifices sont inscrits au patrimoine de l’Unesco. « Pas au même degré, Carabane et Gorée ont joué un rôle dans le commerce de l’esclavage. Mais on s’occupe plus de Gorée alors que de Carabane qui est délaissée. Nous avons un patrimoine historique qu’il faut sauvegarder et valoriser », compare le résident. L’autre paradoxe, contrairement aux autres villes historiques du Sénégal, la population de Carabane est passée de 3.000 en 1889 à 900 âmes au dernier recensement.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

Last modified on lundi, 23 janvier 2017 12:34

Attachement post mortem

23 Jan 2017
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Nous adorons les morts. Nous ne trouvons des qualités qu’à ceux qui nous quittent. Les louanges, les hommages posthumes, les funérailles qui s’éternisent, la générosité publique, nous connaissons bien. Nous rechignons à aider un pauvre malade à se payer une modique ordonnance pour se soigner, mais nous sommes prompts à endosser publiquement les frais des funérailles ou à rembourser ses dettes (et encore !).

Feu Doudou Ndiaye Coumba Rose connaissait bien ce trait de caractère de ses compatriotes. Il ne voulait pas d’hommage posthume. Il l’avait dit, presque crié sur tous les toits, mais rien n’y fait. Personne ne peut empêcher les Sénégalais de témoignages, de déclarations. On est à deux doigts de la vénération. Qui s’était occupé de son vivant ? Nos icones partent dans un absolu anonymat. Leurs derniers jours se passent dans l’inconfort et le dénuement. Ils tombent malades et se retrouvent abandonnés par tous ceux qui les ont chéris. Pas de soins de qualité, pas d’affection et pas de reconnaissance. Ndiaga Mbaye, Thierno Ndiaye Doss, Laba Sosseh et beaucoup d’autres grandes figures de la culture sénégalaise ont connu cette situation pour le moins injuste. Leurs funérailles sont pourtant grandioses. Nous aimons les morts et les adieux colorés. Peut-être parce qu’ils ne raconteront plus nos traitrises et nos indignités. Doudou Ndiaye Rose avait raison. Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux.

Par Sidy DIOP

Sénégalo-malienne, Aissa Maiga est à la fois comédienne et scénariste. Née en 1975, sa carrière débute en 1997 lorsqu’elle décroche son premier rôle sur grand écran, dans Saraka Bo.

Elle fait des apparitions dans Les Cordier, juge et flic et Commissaire Moulin.

Puis, elle revient au cinéma avec L’un reste, l’autre part, puis dans Les Poupées russes en 2005. L’année suivante, elle enchaîne avec le thriller Caché, puis dans Bamako qui lui vaudra une nomination pour le César du Meilleur espoir féminin.

En 2007, la revoilà aux côtés de Romain Duris dans L’âge d’homme… maintenant ou jamais.

Par Oumar BA

Le nouveau président gambien qui a prêté serment à Dakar, a-t-il fait un tour chez le tailleur du président Macky Sall pour bien paraître aux yeux du monde ?

En tout cas, sous sa tunique blanche immaculée, il ressemble étonnamment au chef de l’Etat sénégalais qui a popularisé ce qu’il est convenu d’appeler la « mode Macky ».

Entre la Gambie et le Sénégal, tout se ressemble. Mêmes leurs hommes forts !

Trous de mémoire, difficultés d’apprentissage, baisse de concentration… sont des soucis qui peuvent survenir à tout âge et plus ou moins transitoirement. L’exercice physique, l’entrainement cérébral et les activités sociales sont autant de façons d’entretenir notre mémoire, mais l’alimentation joue aussi un rôle très important

1. Prendre un petit-déjeuner complet. Privilégier les céréales complètes. Eviter les sucres ajoutés (sucre blanc, chocolat à tartiner, confiture…) et les aliments très gras (saucisses, fritures…). Le cerveau dispose alors de tous les éléments nutritifs et énergétiques (glucides lents) nécessaires à son fonctionnement optimal, et on évite aussi le coup de fatigue intellectuelle en fin de matinée. 

2. Au déjeuner, éviter les glucides raffinés : pain blanc, riz blanc, pâtes, semoule… et aussi les pommes de terre. Privilégier les protéines (volailles, poisson…) et les légumes. Eviter également les desserts sucrés. Les sucres simples et raffinés sont rapidement assimilés par l’organisme, ce qui favorise ensuite des baisses d’attention, de concentration et des performances intellectuelles dans l’après-midi.

3.  Au dîner les glucides sont là encore autorisés. Ils favorisent la mise au repos le soir, nécessaire au bon fonctionnement du cerveau et à la consolidation des apprentissages.

4. Eviter les repas trop copieux. Privilégier inversement les repas légers et peu caloriques. Si nécessaire faire des petites collations dans la matinée et l’après-midi (fruits frais ou secs, laitages peu sucrés…). Et pourquoi ne pas conserver son dessert du déjeuner pour la collation de l’après-midi ?

5. Manger des oméga-3 en consommant du poisson trois fois par semaine (maquereau, sardine, saumon…), mais aussi certains fruits secs comme les amandes ou les noix du brésil, et encore les huiles de colza et de noix. Les oméga-3 sont des acides gras qui entrent dans la composition de la membrane de nos neurones. C’est ainsi que les oméga-3 sont indispensables au bon fonctionnement de notre cerveau et qu’ils aident à prévenir la maladie d’Alzheimer.

6. Consommer beaucoup de fruits et de légumes. Ils apportent de bonnes doses de vitamines, dont certaines sont antioxydantes et protègent nos facultés cérébrales.

7. Le fer, qui fait souvent défaut chez les femmes, joue aussi un rôle important. C’est lui qui participe au transport de l’oxygène vers le cerveau. Les viandes rouges, les abats et le boudin noir sont des aliments riches en fer, mais on trouve également cet élément dans les mollusques, les légumes verts, les céréales et les légumineuses.

8. Enfin, la déshydratation peut être à l’origine d’une baisse de la concentration. Il faut donc veiller à boire suffisamment et régulièrement tout au long de la journée. 
Une bonne hygiène alimentaire nous permet donc d’entretenir notre cerveau, mais nous pouvons aussi, à tout âge, booster nos performances cérébrales en optimisant nos apports alimentaires. Et bonne nouvelle, les 8 consignes indiquées ci-dessus sont aussi excellentes pour prévenir de nombreuses maladies (pathologies cardiovasculaires, diabète, cancer…).

Le porte-parole de Trump devient un phénomène viral après sa première conférence de presse.

« C’était la plus grande foule qui ait jamais assisté à une investiture. Point barre», a assuré l’attaché de presse de Trump, suscitant la moquerie…

Au lendemain de sa prestation de serment, le nouveau président des Etats-Unis Donald Trump s’en est pris samedi avec véhémence aux médias, accusés d’avoir menti sur l’estimation du nombre de personnes ayant assisté à la cérémonie.

« Honnêtement, cela avait l’air d’un million et demi de personnes, cela allait jusqu’au Washington Monument », a-t-il affirmé, contre toute évidence, à l’occasion d’une visite au siège de la CIA. « Je regarde cette chaîne de télévision, et ils montraient des pelouses vides et parlaient de 250.000 personnes », a-t-il encore dit. « C’est un mensonge », a-t-il poursuivi.

« Point barre »
Samedi soir, dans la foulée, Sean Spicer, porte-parole de M. Trump s’en est pris avec force aux journalistes, dénonçant des tentatives « honteuses » de minimiser selon lui le succès populaire de la prestation de serment du nouveau président. « Ce fut la plus grande foule jamais vue lors d’une investiture, point barre », a-t-il affirmé, sans fournir d’éléments concrets pour appuyer ses dires.

Une sortie qui a suscité de très nombreuses moqueries sur le réseau social Twitter via la création du mot-clé « SpicerFacts » (« Les faits de Spicer »). Un compte parodique du même nom « Spicer Facts », a également été lancé dans la soirée. Le principe est simple, asséner un fait complètement improbable assorti de l’expression « point barre », utilisée par le porte-parole.

Par le surfeur

Dans plusieurs villages diolas, les anciens moyens de communication, tels que le bombolong, sont jalousement gardés. A Diembéring, une commune située dans le département de Oussouye, tous les quartiers disposent de ce « tam-tam téléphonique » qui est utilisé pour annoncer les évènements malheureux comme les décès ou encore les incendies.

Cela peut ressembler à une ancienne cuisine abandonnée. Mais, ce local grand ouvert et sans porte reste un lieu sacré pour les habitants du quartier. Construit en banco, l’endroit est couvert par des zincs qui protègent ces instruments taillés dans des troncs d’arbres. A Etama, un des sept quartiers de Diembéring, les bombolongs (instruments traditionnels servant à annoncer des nouvelles aux populations) sont jalousement gardés. Ici, pas moins de trois bombolongs à la forme oblongue, avec une fente au dessus, sont rangés dans le local. L’un de ces instruments semble plus récent et plus grand que les deux autres. « C’est le 15 mai 2016 que nous avons reçu ce bombolong de la part d’un Blanc qui l’a acheté en Guinée-Bissau. Lors de sa réception, nous avions organisé une grande fête », souligne Jean Diatta, le chef de quartier d’Etama.

Deux des instruments, celui à gauche et l’autre au fond, sont réservés aux adultes, et celui situé à droite est destiné aux jeunes du village. Pour les Diolas, le bombolong, c’est ce « tam-tam téléphonique » qui sert à annoncer les décès ou encore des évènements malheureux dans le village, tels que les incendies. « Même si vous êtes à 9 kilomètres d’ici, si on tape sur le bombolong, vous saurez qu’il y a un évènement malheureux à Diembéring », atteste Jean Diatta.

Diembering 2En cas de décès, la nouvelle passe par le bombolong avant que des femmes pleureuses ne sillonnent le village pour répandre la nouvelle. « Tout dépend de la manière dont on tape l’instrument. Si c’est un incendie, par exemple, les gens comprennent vite et chacun sort avec un seau d’eau  pour aller éteindre le feu », dit-il. Toutefois, en milieu diola, il n’est pas donné à n’importe qui de battre le bombolong. Seuls les initiés peuvent le faire. « Dans un quartier, vous verrez que seules deux ou trois personnes détiennent le secret du battement », renseigne le chef du village d’Etama qui montre en même temps les deux objets en forme de feuilles de rônier qui servent à taper. Le fait de jouer le bombolong suppose qu’on détienne un pouvoir mystique. Très souvent, nous dit-on, avant de commencer, les batteurs de bombolong versent du vin en guise d’offrandes. « Si j’ai un décès à annoncer, je ne peux pas me lever chez moi pour le dire directement. Il faut d’abord que j’aille voir la personne habilitée à le faire. Je lui donne quelque chose avant qu’il ne commence le travail », renseigne M. Diatta. En fait, certaines connaissances ne s’acquièrent que dans le bois sacré où les initiés sortent avec des savoirs qui leur permettent de mieux vivre en société.

Un pan de la tradition diola
Très conservateurs et jaloux de leur culture, les Diolas continuent d’utiliser le bombolong malgré l’existence du téléphone portable et de l’Internet. « Pour nous, le bombolong, c’est un tam-tam téléphonique qui nous permet encore de communiquer. Et c’est un pan de notre tradition que nous essayons de garder encore », confie Henri Ndiaye, un étudiant de Diembéring venu passer les fêtes de fin d’année dans son village. « Dans chacun des sept quartiers de Diembéring, vous y trouverez un bombolong qui continue de jouer le même rôle qu’avant, c’est-à-dire annoncer les nouvelles aux populations du village », dit le responsable du village. Il existe trois types de bombolong qu’il faut différencier par leur son. Il y a le « kawek » qui est joué par le tambour major ; le « seklou » ou tambour médium et, enfin, le « kamboumblon » ou tambour solo. Tous ces instruments émettent des messages codés compris par les initiés et qui évoquent souvent les noms des morts, de leur famille, de l’histoire de leur lignée.

Au-delà des Diolas, les Mancagnes et les Manjacks utilisent aussi le bombolong durant leurs cérémonies funèbres.


Patrimoine immatériel aujourd’hui jalousement gardé, le bombolong fait l’objet d’une grande attraction de la part des touristes qui viennent dans ce coin situé non loin du site touristique de Cap Skiring. « Souvent les touristes sont là pour visiter cet instrument qu’ils regardent avec beaucoup d’admiration et de curiosité », rappelle l’étudiant Henri Ndiaye. C’est dire donc que le bombolong reste l’un des importants patrimoines de la culture diola qui continue encore de résister aux moyens modernes de communication. Cela explique la sacralité du local où sont gardés les bombolongs à Diembéring.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

LE BUGARABU : LES FÊTES AU RYTHME DES PERCUSSIONS
Si le bombolong est le principal instrument à percussion pour annoncer des évènements malheureux en pays diola, le « bugarabu » anime des activités festives. Le rituel diola est un set de 3 à 4 tambours qui donne des sonorités exceptionnelles, et il s’adapte aussi à tous les styles musicaux. Presque toutes les cérémonies festives en pays diolas sont animées par le « bugarabu ».

Les instrumentistes battent les tambours avec la paume de leurs mains. Ils portent aussi des bracelets aux poignets qui s’entrechoquent pour donner un magnifique son. Certains maîtres du « bugarabu » comme Bakary Diédhiou alias Bakary Olé sont très célèbres. Très souvent, il accueille chez-lui des musiciens et des chercheurs musicologues du monde entier pour leur enseigner la « science du bugarabu ».

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

LE SYNCRÉTISME RELIGIEUX, L’AUTRE CHARME DE DIEMBÉRING
Le village de Diembéring est niché au cœur d’une forêt tropicale bordée par l’océan atlantique, à une dizaine de kilomètres de Cap Skiring. Ici, la vie est rythmée par des rites et des rituels tout au long de l’année et au fil des siècles. Le syncrétisme religieux est l’autre charme de ce village touristique.

Le village de Diembéring se dévoile au bout de 30 minutes au sud du Cap Skiring. Leur mairie est juchée sur une dune boisée. Le cordon dunaire ceinture le village sur la partie orientale 

Diembering 1

et méridionale. Des maisons sont réparties en harmonie de part et d’autre de l’artère principale, à l’ombre des manguiers, des kapokiers, des kaïcédrats et d’autres espèces végétales emblématiques. La route donne sur la place publique. Un fromager aux racines épaisses déploie, de tous les côtés, ses branches, comme pour protéger les étrangers et les résidents des abords. Les enfants des touristes jouent au contrefort du fromager, c’est-à-dire les dépendances protégées par les parties supérieures des épaisses racines. Les touristes immortalisent leur passage avec l’arrière-plan de cette espèce emblématique. Le village était une forêt vierge il y a 3.000 ans. Un chasseur venu de la Guinée Conakry aurait aménagé une hutte en bambou appelée en mandingue « Diémbérinnio », qui donnera Diembéring par déformation. Aujourd’hui, on ne retrouve pas une hutte. Et les paillotes disparaissent. Les maisons portent les signes d’une ère de modernité. Mais, ce n’est que sur l’aspect architectural. Le village est ancré dans son passé. Ici, les vivants sont en communion avec l’esprit des ancêtres. Les religions révélées n’ont pas encore conquis le cœur de l’écrasante majorité des habitants. « Les animistes sont plus nombreux à Diembéring », affirme le chef de village, Jean Diatta.

Dans des concessions, des coins sont aménagés. Ils sont réservés aux fétiches. Les pratiquants des religions révélées ne dénient pas le pouvoir des « bakine », fétiches en diola. Ces êtres invisibles qui animent la nature sont le rempart contre les mauvais esprits. Leur fonction sociale a transcendé et continue de transcender l’entendement. « Ce sont nos ancêtres qui nous ont légué ces pratiques culturelles. Nous ne pouvons que suivre leur chemin. Nous avons, à plusieurs reprises, vu que ce sont les fétiches qui ont résolu plusieurs problèmes. Combien de fois des personnes malades qui se sont soignées sans succès dans les hôpitaux finissent par retrouver la santé après l’intervention des fétiches », vante l’un des chefs d’un des 7 quartiers, Emile Diatta.

L’organisation sociale pour préserver les coutumes
Perdu au milieu d’une forêt tropicale, le village n’est pas fermé. Il est ouvert sur le monde. La quiétude des rues serpentant entre les palissades est perturbée par les pétarades des Vtt des touristes. Les incursions et les excursions ne menacent pas les us et coutumes. A Diembéring, la vie est rythmée par les rites et les rituels tout au long de l’année. Les ressortissants qui sont dans les villes sont obligés de revenir s’abreuver à la source des pratiques ancestrales. « Au mois de juin, juillet, et entre octobre et décembre, des cérémonies traditionnelles sont organisées. Les jeunes qui sont dans des villes sont obligés de revenir pour aider leurs parents dans la culture des champs. Il y a une organisation sociale qui favorise la transmission de cet héritage culturel de génération en génération », assure le chef de village.

A la place publique, la paroisse Saint Joseph de Calasenz est l’indice que le village n’est pas seulement habité par les animistes. Toutefois, les musulmans, les chrétiens et les animistes vivent en parfaite harmonie, certains diront en symbiose. « Au sein d’une famille, on peut retrouver à la fois des musulmans, des chrétiens et des animistes. Chacun vit sa religion. Et tout le monde est en paix. Parfois, lors des fêtes musulmanes, ce sont les chrétiens qui cuisinent et vice-versa », confesse Jean Diatta. Une chaîne de dunes est coiffée par des arbres ceinturés çà et là par des plantes rampantes. Quelques habitats sont érigés sur les monts qui descendent les rizières. A la lisière des rizières, un peuplement de fromagers s’impose par leur taille et l’expansion de leur colonie. On y dénombre plus d’une centaine entre l’élévation et la dénivellation en allant vers des rizières. « Nous ne pratiquons ni la culture sur brulis, ni la production du charbon de bois. La protection des forêts fait partie de nos pratiques. Nos séances de reboisement sont organisées chaque année », assure Henri Ndiaye, l’étudiant en Master en Sciences de la vie et de la terre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Les menaces viennent de la mer
Derrière les maisons, dans un vallon vers la mer, des résidences des Blancs bordent le campement « La Casa ». Diembéring attire les Occidentaux surtout les Espagnols. Au sud de la localité, les roulements des vagues sont perceptibles à plusieurs mètres, loin des belles plages sablonneuses. Lorsqu’on y arrive, une émotion nous étreints. Les vagues ont déraciné les filaos qui sont sur le trait de côte. La terre recule. La mer avance de plus de 1,5 mètre chaque année. C’est la moyenne. « L’avancée de la mer reste une défi pour Diembéring. L’eau a englouti presque toutes les rizières qui étaient au sud du village. Nous ne pouvons rien y faire sans l’intervention de l’Etat », se résigne le chef de ce village, considéré comme l’un des plus avancé sur la mer en basse Casamance.

Dans ce village, l’un des rares endroits où l’on parle le dialecte diolas « kwatay », les habitants jurent qu’il n’y aura jamais la guerre des religions. L’écrivain Pierre Miquel, en publiant son livre « Les Guerres de religion » en avril 1991, n’avait pas pensé au syncrétisme religieux qui défiera le temps dans les forêts tropicales de la Basse Casamance.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

Sincérité douteuse ?

20 Jan 2017
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Un forum très animé sur un site de rencontres. Le thème : où est passée la galanterie ? Courbettes, baisemains, mots doux, cadeaux, bref, l’attention masculine est traitée d’idiotie par des jeunes qui, décidément, bousculent toutes les convenances. La galanterie, une sincérité douteuse ? Allons ! Le dictionnaire nous renseigne que celle-ci est « l’art de plaire en société par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. ». Mais, il faut croire que les temps ont bien changé.

Il faut cependant concéder que face à des femmes libérées, modernes et qui réclament l’égalité à outrance, cette belle urbanité peut faire désordre. « Une survivance de l’esprit supérieur des hommes qui distribuent des gentillesses au sexe dit faible », commente une jeune fille qui ne doit avoir besoin d’un mâle compagnon que pour lui servir des grossièretés.

A une époque où le moindre sourire peut être interprété comme du harcèlement, il vaut mieux faire comme ce jeune homme à qui une demoiselle reprochait de ne pas être du tout galant. La faute du garçon : avoir trouvé une place assise dans un bus alors que nombre de filles étaient obligées de se tenir debout. La réprimande faisait plutôt rigoler le jeune homme : « Ma génération connaît l’égalité, pas la galanterie ». Une réponse bien de son époque.

Par Sidy DIOP

1- L’homme d’Etat
Au-delà des clichés d’un homme secret, que retenir de l’homme au parcours politique si dense ? Une longue silhouette mince mais étonnamment majestueuse qui se distingue de tous les autres. En plus d’un homme strict, avec une réserve qui est le signe d’une grande sérénité, il est également un grand homme d’Etat. Acteur de la vie politique au Sénégal comme il le rappelle si bien dans ses mémoires, il a été aux abords comme au sommet de l’Etat. En effet, pendant quarante années de vie publique, l’ex-chef d’Etat a entendu, il a vu, il a fait et défait, il a aussi subi. De 1960 à 2000, il a été au service de son pays où il a été, tour au tour, haut fonctionnaire, directeur de cabinet, secrétaire à la présidence de la République, Premier ministre et, enfin, président de la République. Il est l’incarnation de la discipline républicaine pour ne pas dire senghorienne. L’administrateur a d’abord été militant de base de l’Union progressiste sénégalaise (Ups), responsable d’Union régionale, secrétaire général adjoint, secrétaire général du Parti socialiste (Ps), puis président du parti. Quoi de plus progressif et progressiste qu’un tel parcours !

En effet, quand son parti se déchire au nom d’intérêts particuliers et sous l’empire d’une indiscipline notoire d’une jeunesse impatiente qui n’a plus de références, il est judicieux d’interroger à nouveau l’histoire des hommes politiques de ce parti. Ce dernier a la tradition et le grand souci de construire politiquement ses leaders. L’exemple du Lougatois en est une parfaite illustration. Témoin des mutations politiques, son enfance et son adolescence furent façonnées dans le tourbillon d’une famille senghoriste devant faire face à une forte adversité politique. Une adversité qui s’est accentuée au fil des années, notamment avec le multipartisme. Sans l’avoir cherché, il se retrouve dans le cercle des rares senghoristes des années « 50 ».

Bon militant, brillant étudiant et excellent administrateur, les prémonitions de François Luchaire, directeur de l’Enfom à l’époque, faisant état d’« un élément de choix pour une administration de conception », avaient fini par se matérialiser. Major de sa promotion, dans un pays nouvellement indépendant qui veut assurer son développement, l’ancien directeur de la coopération technique internationale avait sa place dans l’administration. Ministre du Plan et de l'Industrie de 1968 à 1970, année où il fut nommé Premier ministre.

2- L’homme de la méthode
31 décembre 1980 : Senghor avait décidé de démissionner librement, laissant son fauteuil à ce brillant cadre de l’administration qui, à vingt cinq ans, est devenu gouverneur, à trente cinq ans, ministre du Plan, à quarante cinq ans, Premier ministre, à cinquante cinq ans, président de la République. De cette coïncidence, un chanteur de son époque lui avait collé le nom de numéro dix. La relève fut assurée, mais le contexte, en plus des hostilités des barrons du parti « hérité », n’était pas favorable. La sécheresse qui frappe à la porte des pays du Sahel les dépouillant de leur richesse animale et végétale comme une femme à qui on aurait rasé la chevelure. Durant des années, les pluies avaient manqué et la famine sévit dans le monde rural à forte composante paysanne. Une telle situation ajoutée aux politiques d’ajustement structurel (Pas) des années « 90 » avait coupé le souffle vital à la quasi totalité des pays de la sous-région. Face à des Etats qui n’étaient plus à mesure d’assurer le payement des salariés, il fallait être un homme d’Etat et un vrai pour contourner les émeutes et putschs militaires. Ceux qui lui en ont voulu parce qu’il s’était plié devant le diktat des institutions financières, notamment la Banque mondiale (Bm) et le Fonds monétaire international (Fmi), avaient-ils oublié que le Sénégal, en plus des services, n’avait que son arachide pour faire marcher la machine économique ? Ainsi, la dévaluation de la valeur monétaire comme les départs volontaires ne s’étaient-ils pas imposés à nous pour décrocher des financements ? Et là, l’éternelle grande question.

Cependant, ce qu’on retient de l’histoire si elle n’est pas déformée pour des soucis de mise en valeur de soi ou par adversité éternelle, intelligemment et avec beaucoup de méthode, l’homme politique Abdou Diouf a pu jouer sa partition et contribuer à la construction de la nation sénégalaise, mais aussi développer des valeurs même si son bilan politique reste contesté et contestable. Et j’insiste bien sur le mot valeur, car c’est ce que le pays a le plus besoin actuellement. La sanction pénale peut être une mesure dissuasive, mais tient difficilement face à la gourmandise des hommes envers l’argent. Les scandales financiers perpétués depuis les années 2000 trouvent leur origine dans les tares d’une société qui a perdu ses valeurs cardinales dont et surtout le « diomb » (ce que l’homme s’interdit de faire). Avec cette qualité, la métaphore de « je ne suis pas le premier ni le dernier à le faire » n’y tient point.

3- L’homme du juste milieu
Présidant pendant de longues années la destinée du pays, il l’a ouvert au multipartisme. De sa célèbre dérision imagée, « voici ouvertes les portes de la mosquée, que ceux qui savent appeler à la prière le fassent », il avait laissé libre cours à la création des partis politiques qui, jusqu’en 1983, étaient au nombre de quatre. De quatre, le nombre de parti passe à dix huit.


Ses différents mandats furent placés, en effet, sous le signe de l'approfondissement de la démocratie, initiée par son prédécesseur, sur la libéralisation progressive de l'économie et sur la décentralisation. Une démocratie qui ne veut pas dire laxisme étatique. Comme un président de la République, il incarnait pleinement son rôle de chef d’Etat qui n’a pas besoin d’agenouiller la République pour récolter des votes. Dans un pays où l’insolence et l’arrogance sont devenues des armes pour arriver à sa fin, on aimerait le revivre à travers le contemporain, je veux dire l’actuel. Le pouvoir de la carotte et du bâton s’impose à ce dernier qui, subtilement, s’inspire de la politique socialiste à la discipline républicaine.

Né un jour de 1935 à Thiokhna, une ville aux portes du Sahel, une zone de contact entre agriculteurs et pasteurs, et ayant grandi à Saint-Louis, la capitale coloniale, point de rencontre de différents groupes ethniques, il est lui-même un pur produit du métissage. En effet, on pourrait le substituer à un Sénégalais, un homme enraciné dans sa négritude et ouvert de par ses origines, à tous les souffles du monde.

Durant son magistère, il n’a jamais montré son appartenance quelle soit religieuse, ethnique ou confrérique. Exprimant une grande passion pour le français, il a parcouru le monde pour exalter les valeurs de la diversité par le biais de la Francophonie qu’il associe avec démocratie. Inlassablement, il se bat pour que la langue de Molière, de Senghor, de Maupassant, de Césaire et d’Edouard Glissant conserve sa place dans le tumulte de la mondialisation.

Par Marame Coumba SECK

Franco-Sénégalaise née au Bénin, Germaine Acogny était-elle prédestinée à faire rayonner la danse contemporaine africaine dans le monde entier ? Peut-être. La chorégraphe de 70 ans a d’abord dirigé, de 1977 à 1982, l’école de danse fondée à Dakar par Maurice Béjart et Léopold Sédar Senghor, Mudra Afrique.

Puis, en 1998, elle lance sa propre structure, l’École des sables, à Tubab Dialaw. Pour définir le style qui l’a popularisée, elle dit : "J’ai pris l’essence des danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest et des danses que j’ai apprises en Europe, et j’ai créé ma propre technique où les mouvements sont initiés par la colonne vertébrale." Ce qu’elle craint par-dessus tout ? Que "la civilisation fasse perdre l’émotion de la danse".

Par Oumar BA

« Hease » va être présenté cette semaine lors de ce rendez-vous mondial de l’innovation technologique…

Il mesure 1,55 m et est doté d’une intelligence artificielle qui, selon ses concepteurs, le rend drôle et attachant. Cette semaine, Hease va faire sa première apparition mondiale au Consumer electronic show (CES) de Las Vegas, dédié à l’innovation technologique internationale.

Ce robot d’accueil a été créé en cinq mois seulement par la start-up Hease Robotics fondée entre Rhône et Saône par Max Vallet, un « multi-entrepreneur » de 30 ans, et Jade Le Maître, docteur en robotique. « En faisant des recherches, je me suis aperçu qu’en matière de robotique, ce que je cherchais n’existait pas. Il manquait un robot capable de renseigner de manière autonome les gens et d’interagir avec eux de manière ludique », explique Max Vallet. Après avoir sondé des aéroports, des gares et de grands magasins, le jeune entrepreneur réalise que, comme lui, ces entreprises aimeraient pouvoir être dotées d’un robot capable de venir en aide au personnel et d’accueillir et renseigner le public là où la présence humaine se fait plus rare.

« Hease a deux usages. Il vient en complément du personnel d’accueil pour l’aider dans des tâches qui pourraient être données à un robot et lui permettre de se recentrer sur des missions plus gratifiantes. Mais il assure également le service d’accueil dans les lieux où cela n’existe pas ou pas de manière satisfaisante comme les aéroports la nuit, les gares ou dans les magasins trop grands pour trouver rapidement du personnel », ajoute Max Vallet. Hease ne se contente pas, selon ses créateurs, d’indiquer où sont situés les toilettes, le rayon enfant ou d’informer sur les horaires d’ouverture. Le petit robot, équipé d’un écran tactile, est doté d’une intelligence artificielle et d’un système de télé présence qui lui permettent de se balader dans un lieu et de répondre et d’interagir avec son utilisateur.

En vente fin 2017
Au lendemain du salon de Vegas, les entrepreneurs devraient expérimenter leur prototype dans des entreprises qui auraient déjà montré un grand intérêt pour le robot d’accueil à Lyon et dans d’autres villes françaises. « Cette phase va durer de janvier à septembre. Puis au cours du dernier trimestre 2017, nous lancerons la commercialisation de Hease », ajoute le président de la start-up, qui a investi 70 % de fonds propres dans sa société pour donner naissance « à ce gros bébé ».

Par le surfeur

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