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Soleil Grand Air (378)

Jean-Godefroy Bidima est spécialiste de la théorie critique de l’école de Francfort, ancien directeur de programme du Collège  international de philosophie de Paris et professeur titulaire de l’université Tulane à la Nouvelle-Orléans où il occupe la chaire Yvonne-Arnoult. Bioéthique, anthropologie du droit, éthique médicale, esthétique, économie…, ses champs de réflexion sont nombreux et vastes. Penseur extrêmement fécond, ce philosophe camerounais de 58 ans s’efforce de lire notre monde à travers ses imaginaires et les rapports asymétriques de domination qui le structurent. Au fil de ses recherches, il forge une œuvre solide qui appréhende les réalités africaines et globales à travers les non-dits, déconstruit les faux-semblants et interroge les interstices et les marges. Auteur de « L’Art négro-africain » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1997) et « La Philosophie négro-africaine » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1995), Jean-Godefroy Bidima a créé le concept de « traversée » largement repris depuis par des penseurs plus connus comme son compatriote Achille Mbembe, afin de  dire « de quels pluriels une histoire déterminée est faite ». Plus qu’une idée-force, il manifeste l’envie de déceler le multiple et le divers.

Rama Thiaw : Caméra au poing

18 Nov 2016
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Primé à la Berlinale en mars, le documentaire de 110 minutes de cette réalisatrice sénégalaise sur le mouvement citoyen « Y’en a marre » confirme un vrai talent : celui de Rama Thiaw, 38 ans, une battante à l’esprit rebelle qui a grandi entre la Mauritanie, la banlieue dakaroise de Pikine et la France. Elle y a étudié l’économie à la Sorbonne et le cinéma à Saint-Denis, avant de s’emparer d’une caméra et de sujets de société qui lui tiennent à cœur. Mère en France d’un garçon prénommé Kaya – en hommage à Bob Marley –, elle revendique ses origines populaires et africaines. Remarquée dès 2011 grâce à « Boul Fallé », un documentaire sur l’engouement des jeunes pour la lutte traditionnelle au Sénégal, Thiaw assume une manière très personnelle de filmer, s’attardant avec poésie sur les corps des lutteurs dans leur ballet, qu’elle voit comme l’incarnation d’un espoir : « Redevenir ce que nous sommes, de nobles guerriers. »

Son dernier film, déjà culte au Sénégal au moment de son tournage, s’intitule « The revolution won’t be televised » (« La révolution ne sera pas télévisée »), un titre inspiré par Gil Scott Heron, poète africain-américain (1949-2011) et l’un des parrains du hip-hop. Un paradoxe, aussi, car les images montrent des caméras et des objectifs braqués sur les trois camarades de lutte, Thiat et Kilifeu (deux rappeurs du groupe Keur Gui) et leur ami journaliste Fadel Barro, fondateurs en janvier 2011 du mouvement « Y’en a marre ». Leur mobilisation visait à empêcher le président Abdoulaye Wade de se maintenir au pouvoir, en faisant modifier la Constitution, comme cela arrive en toute impunité sous d’autres cieux.

Rama Thiaw rythme le début de son film d’images d’archives, retraçant avec précision le film des événements. Où l’on voit la rue s’enflammer, littéralement, dans des scènes de colère qu’elle contribue à fixer dans les mémoires, des morceaux d’anthologie qui ont inspiré les jeunes bien au-delà des frontières du Sénégal – au Burkina Faso et en République démocratique du Congo (Rdc) notamment.

En filigrane, la réalisatrice filme aussi la valse médiatique autour du mouvement. Entouré dès le départ de jeunes journalistes européens fascinés, « Y’en a marre », dont on comprend comment le leadership s’est construit dans des périodes de tension intense, n’a été reconnu par la diplomatie occidentale que sur le tard, en 2013, une fois la bataille finie, par les visites officielles de Barack Obama et du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Son sujet s’est imposé à elle avec la force de l’évidence : « Je n’ai jamais rencontré des artistes aussi intègres, si intègres que les filmer est devenu forcément nécessaire, ne serait-ce que pour me dire que je ne rêvais pas », dit-elle. Le documentaire, qui fait le tour des festivals de la planète, a été montré à Milan, Buenos Aires, Toronto, Munich, Varsovie, Bruxelles, Seattle, Durban et Lausanne au mois d’août. En mélomane engagée, Rama Thiaw ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Son prochain projet, qui promet de faire couler de l’encre, porte sur le reggae en Afrique : d’Abidjan à Johannesburg, l’histoire d’une passion et d’une force positive, comme elle.

Mes reins, j’y tiens !

18 Nov 2016
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Beaucoup de personnes ont les reins malades et ne le savent pas ! Quelles sont les principales maladies rénales, comment les dépister, quels sont les facteurs de risque ?
Les maladies rénales ne provoquent aucun symptôme avant un stade avancé. Le diagnostic est donc très souvent tardif. Or, une prise en charge précoce permet de ralentir, voire de stopper l’aggravation de ces pathologies.

Filtres de l’organisme
Les reins éliminent les déchets toxiques provenant de la destruction des cellules de l’organisme et de la digestion des aliments. Pour vivre, les cellules du corps utilisent l’énergie et les diverses substances apportées par les aliments. Les déchets produits lors de ces opérations sont drainés par le sang, filtrés par les reins, puis se retrouvent dans l’urine. Ainsi, en cas de maladie rénale, l’organisme est empoisonné par ses propres déchets… Mais, le rôle des reins ne se limite pas à la filtration du sang. En effet, les reins produisent aussi des hormones. Tout d’abord, la rénine est une des hormones qui régule la pression sanguine. Voilà une des raisons pour laquelle l’insuffisance rénale chronique s’accompagne souvent d’hypertension artérielle !

Maladies des reins : causes multiples
Les maladies rénales peuvent être causées par des infections, liées à des microbes comme les streptocoques. De même, l’absorption de substances toxiques, notamment certains médicaments, entraîne aussi parfois la destruction des reins. Une atteinte rénale peut aussi être occasionnée par des dérèglements spontanés du système immunitaire, qui se met à attaquer les reins. Des maladies génétiques entraînent aussi des insuffisances rénales. Enfin, les reins fonctionnent moins bien avec l’âge… En effet, à partir de 60 ans, on perd 10 % de fonction rénale tous les 10 ans.

Une des causes principales d’insuffisance rénale est l’obstruction des artères rénales. Après la cinquantaine, la paroi des artères rénales peut s’épaissir suite à un dépôt de cholestérol. C’est la plaque d’athérome ! Le passage du sang vers les reins est réduit. Le tissu rénal se détruit alors peu à peu. Détectées précocement, ces obstructions peuvent parfois être traitées par angioplastie. Un petit ballonnet introduit dans la zone du rétrécissement de l’artère est gonflé durant une trentaine de seconde. La plaque d’athérome est alors écrasée et le sang peut circuler de nouveau normalement. Pratiqué à temps, ce traitement permet une régression partielle de l’insuffisance rénale.

Les signaux d’alertes
Au début de l’atteinte rénale, les symptômes sont souvent inexistants. Puis, les insuffisants rénaux ressentent peu à peu une fatigue excessive à l’effort, un manque d’appétit et un besoin d’uriner plusieurs fois par nuit. L’altération de la fonction rénale est généralement découverte en cas d’hypertension artérielle, ou lors d’un examen d’urines sur bandelettes pratiqué à l’école ou à la médecine du travail. Afin d’évaluer le stade et la gravité de l’insuffisance rénale, les médecins se basent sur des examens sanguins. Le principal est la créatininémie, c’est-à-dire le dosage de la créatinine dans le sang. La créatinine provient de la destruction normale des cellules musculaires de l’organisme, en perpétuel renouvellement. Si les reins fonctionnent mal, la quantité de créatinine dans le sang augmente.

Empêcher l’aggravation !
Une fois détectée, l’insuffisance rénale doit être traitée afin d’éviter son aggravation. Pour cela, il faut tout d’abord contrôler l’hypertension artérielle au moyen de médicaments. Ensuite, il faut revoir la diététique. En effet, une alimentation trop riche en protéines augmente le travail des reins et favorise la dégradation de la fonction rénale. De même, l’arrêt du tabac est indispensable. En effet, l’intoxication tabagique accélère la progression de l’insuffisance rénale.

Son œuvre semble peu africaine mais constitue pourtant l’une des plus importantes et des plus significatives du renouveau de la pensée critique du continent. Résolument inscrite dans les traditions philosophiques occidentales, la réflexion de Kwame Anthony Appiah puise sa source dans son  histoire  familiale et son double héritage culturel, ghanéen et britannique. Le cosmopolitisme n’est pas seulement une question théorique, c’est une éthique et une pratique pour celui qui a grandi au Ghana avant de  mener ses études supérieures en Angleterre et de s’installer aux Etats-Unis, où il a enseigné dans les plus prestigieuses universités. Ainsi qu’il le raconte, Appiah s’est toujours efforcé d’obéir au vade-mecum de son père : « Souvenez-vous que vous êtes des citoyens du  monde, et travaillez à le  quitter meilleur que vous ne l’aurez trouvé. » La pratique africaine de la philosophie, telle qu’il la mène combine l’étude historique, l’analyse conceptuelle et l’approche anthropologique, mais surtout illumine des questions centrales pour la philosophie occidentale. Concilier le singulier et l’universel, le différent et l’en-commun, c’est refuser les assignations identitaires. Cette démarche, Kwame Anthony Appiah en a fait sienne.

Bouillants comme une marmite qui mitonne. Chez les Dias, l’adage « tel père, tel fils » se revêt des oripeaux de l’évidence. Le père, Jean-Paul Dias Mendes, plus connu sous le nom de Jean-Paul Dias, a longtemps été le « bad boy » de la politique sénégalaise. Aux côtés de Me Wade dans sa longue lutte contre le pouvoir socialiste, Dias n’hésitait jamais à user de gros mots pour porter le coup qui fait mal au cœur du Ps. Le fils suit la voie tracée par son père, mais ses cibles sont multiples.

Le leader du Bloc des centristes Gaïndé (Bcg), Jean-Paul Dias, est un homme au parcours politique tumultueux. Allié puis adversaire d’Abdoulaye Wade, alors chef de l’opposition, M. Dias l’a rejoint après l’avènement de l’Alternance. Son retour à la « maison du père » est récompensé par l’octroi du poste de Directeur général de l’Institut de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres). L’expérience tourne court, laissant un goût amer à ce Sénégalais né de parents d’origine cap-verdienne dans le quartier administratif du Plateau de Dakar. Le leader du Bcg avait voulu revoir à la hausse ses émoluments et se doter d’un parc automobile jugé « indécent » par le Conseil d’administration de l’Ipres. Ce bras de fer avec les administrateurs de l’Institut de prévoyance lui coûte son poste. Il s’en suit une brouille avec le régime du président Wade qui lui a valu une première incarcération en avril 2006, pour avoir refusé de déférer à une convocation de la Division des investigations criminelles. Jean-Paul Dias qui assistait à la cérémonie de Chemin de Croix à la cathédrale de Dakar est cueilli par la Dic à sa sortie. Un acte qui n'a pas été du goût de la communauté chrétienne du Sénégal. Cette indignation est perceptible dans un communiqué de « Présence chrétienne » rendu public. « C'est là une injure et une provocation à l'endroit de la communauté catholique », déclare l'association dirigée par Théodore Ndiaye, car le commissaire Assane Ndoye et ses hommes ne semblaient pas se soucier de la sacralité du vendredi saint. D'ailleurs, l'association chrétienne ne croit pas que l'acte posé par la Dic soit innocent, si même il n'est pas calculé. Et l'accusation est à peine voilée. « Ce n'est pas pure coïncidence que cette arrestation ait lieu ce vendredi et à la cathédrale et au moment où l'Eglise du Sénégal accueille la Croix pèlerine qui vient de Rome, première étape africaine ». Le 9 août de la même année, il sera violemment interpellé, à nouveau, en son domicile au petit matin et incarcéré sous prétexte que des doutes existeraient relativement à sa nationalité sénégalaise. Son domicile est saccagé, sa femme bastonnée. Cette affaire provoqua, aussi, une levée de bouclier populaire d'autant que son fils, Barthélemy, sera appréhendé dans la même période et déporté à Tambacounda.

C’est en 1987 que M. Dias adhère au Parti démocratique sénégalais (Pds) de Me Abdoulaye Wade, alors principal opposant au régime de Diouf. Il se voit confier, par Me Wade, la charge de lancer le journal de parti « Sopi », dont il sera le directeur de publication en 1988. En cette année particulièrement agitée sur le plan politique, suite aux violences post-électorales et l’arrestation du leader du Pds, « Sopi » atteint parfois un tirage de 50.000 exemplaires.

En avril 1991, Jean-Paul Dias entre au gouvernement de majorité présidentielle élargie de Habib Thiam, en tant que ministre de l’Intégration économique africaine, en même temps que l’opposant Abdoulaye Wade, et ses camarades Ousmane Ngom et Aminata Tall. En octobre 1992, à quelques mois des élections législatives et présidentielles de 1993, à l’instar des autres ministres du Pds, M. Dias abandonne son portefeuille. Au sein du Pds où il a occupé successivement les fonctions de trésorier, secrétaire à l’information puis à l’économie générale, ses relations avec son leader se détériorent au lendemain des joutes électorales de 1993. Exclu du Pds en 1995, il fonde le Bloc des citoyens Gaïndé devenu l’année suivante Bloc des centristes Gaïndé (Bcg). A la tête de son nouveau parti, il devient le seul élu comme conseiller municipal de sa formation politique dans la ville de Dakar, lors des élections locales de 1996. La même situation se produit aux législatives de mai 1998 où, en tant que tête de liste du Bcg, il est l’unique député centriste. A l’Assemblée nationale, Dias n’adhère à aucun groupe parlementaire, se distinguant comme un député à part. Une position qui s’est notamment confirmée, lorsqu’en août 1998, il refuse de suivre les députés de l’opposition dans leur vote contre la Déclaration de politique générale du Premier ministre Mamadou Lamine Loum. Lors de la présidentielle de 2000, M. Dias décide d’apporter son soutien au candidat socialiste, Abdou Diouf, à travers une structure dénommée Convergence patriotique. Ce regroupement réunissait, entre autres, le Parti libéral sénégalais (Pls) de Me Ousmane Ngom, le Parti africain de l’indépendance (Pai) de Majemouth Diop et le Parti démocratique sénégalais/rénovation (Pds/R) du professeur Serigne Diop.

Bon sang ne ment pas
Il faut croire que Jean-Paul Dias a insufflé son amour de la politique et sa hargne à son fils Barthélémy, secrétaire général des jeunesses socialistes et maire d'arrondissement de Mermoz-Sacré-Cœur. Dias père est, en effet, marié depuis 1974 avec Christiane Lopes, Professeur d'enseignement secondaire, ancienne capitaine de l'Équipe du Sénégal de basket-ball féminin, championne d'Afrique aux Jeux panafricains de Lagos (1973). Christiane Lopes Dias a été censeur du lycée de jeunes filles John Kennedy, puis conseiller au cabinet du ministre de l'Education nationale du Sénégal. Il est le père de 3 enfants. Sa fille aînée Virginie Dias Tagnon est cadre supérieure au sein du Groupe L'Oréal (Paris), Barthélemy Dias est le second, tandis que la cadette, Josépha Dias Kendeck est chasseur de têtes dans un cabinet de recrutement à Londres.

Fils unique, Barthélémy est père de deux enfants nés d’une mère noire américaine. Derrière ses lunettes noires qui font penser à la Cosa Nostra italienne, une photocopie conforme de son père. Ils se ressemblent trop. Du moins physiquement. Il a tout de son père : la verve, la virulence et l’opposition au régime de Wade.

Barthélémy, pour chaque affaire ou presque, enfonce le clou. Il aime attiser le feu. Son verbe est fracassant. Dans l’affaire qui a mis sa famille au-devant de la scène en août 2006, il est la source du tumulte : le père en détention dans les locaux de la Division des investigations criminelles (Dic), la mère blessée lors de l’intervention musclée de la police dans la demeure familiale, la maison saccagée. Il est celui par qui arrive le scandale. Il se braque sur le président de la République en toutes circonstances pour dire l’innommable. Ses attaques répétées contre Gorgui braquent le pouvoir contre les Dias. Il refuse de déférer à la convocation de la Dic qu’il traduit par « Division des illusions et des confusions ».

Pourtant, quand Dias-fils revient au pays en 2004, après un long séjour aux Etats-Unis où il a poursuivi ses études, rien ne laissait présager chez lui un avenir politique aussi orageux. Il est resté une année à chercher à vivre de son métier, en tant que diplômé en « Business-Management option Transport », pour lequel il a traîné sa bosse au pays de l’Oncle de Sam. Ce qu’il réussit puisque ses activités professionnelles l’ont rendu financièrement indépendant de sa famille. Mais son destin le poursuit et très vite le jeune Dias n’a plus envie de rester passif « face aux promesses non tenues du régime de Abdoulaye Wade ». D’où le sens d’un engagement politique avec un programme rond : « Déboulonner Wade ». Pour lui, il n’y a rien qui soit possible à partir des théories développées dans des « salons ennuyeux et inefficaces ». Le Bloc des centristes Gaïndé est tout près de lui. Il est d’un père dont le nom renvoie au compagnonnage tumultueux avec Me Wade. Il s’engage dans le Bcg ? Non, il pose ses baluchons et ses idées chez les anciens ennemis de papa. Barthélémy choisit de cheminer avec le Parti socialiste (Ps). Il crée, avec la bénédiction de la direction du parti, « Convergence socialiste », un mouvement de soutien affilié et non intégré au Ps.

« Sa fougue juvénile », ses prises de position iconoclastes et ses déclarations incendiaires ne dérangent pas, pour autant, le Parti socialiste post-alternance assagi par la défaite du 19 mars. Son père respecte son choix. Normal, son propre père était… socialiste.

L’évocation du bateau « Bou El Mogdad » suscite des émotions chez certains habitants de Saint-Louis et de la Vallée du Fleuve Sénégal en général. Marqueur identitaire, ce bateau très prisé dans les années 50, est devenu un patrimoine propre de cette région. Le « Bou El », véritable embrayeur de souvenirs, est témoin de scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse qui rythmaient le quotidien des villes et villages qu’il traversait…

Dans la douceur du soir, un vent frisquet balaie le quai Roume, sur l’ex rue Boufflers, devenue aujourd’hui Rue Doudou Seck. Comme durant l’époque coloniale, l’endroit conserve encore jalousement son architecture typique faite de maisons de commerce et d’appartements ouvrant sur de larges terrasses et sur des balcons à balustrade. Les belles maisons à galerie construites pendant cette période par des signares ou des riches négociants campent également le décor de cette partie de la ville tricentenaire. Autre patrimoine, mobile cette fois-ci et qui ne passe pas inaperçu, le « Bou El Mogdad » drapé de sa robe blanche.

A 19 heures déjà, une sorte de brume épaisse enveloppe l’île.Par groupes, des jeunes reviennent du jogging. L’air joyeux, ils passent avec indifférence devant cette ancienne vapeur mythique des Messageries du Sénégal, accosté, comme il y a plus de cinquante ans, sur le quai du fleuve. Véritable embrayeur de souvenirs, le « Bou El Mogdad », c’est l’image des scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse, d’ordre et désordre qui ont rythmé plus d’un demi-siècle de vie et d’échange le long des rives du Sénégal bien avant l’indépendance. Dans ses périples, le « Bou El » qui fait cinquante mètres de long sur dix mètres de large,transportaient plusieurs tonnes de marchandises dont des étoffes, des fruits et légumes, du charbon, des céréales pour le ravitaillement de certains comptoirs commerciaux de Podor, Rosso, Matam, Dagana… Mais ce n’est pas tout, le bateau servait également au transport des élèves, des fonctionnaires en affectation ou en déplacement dans ces localités ainsi que de simple voyageurs.

C’est en 1950 que le « Bou El » a été mis en service pour assurer l’ensemble du trafic et de la navigation sur le fleuve. Il devait ainsi prendre la relève des ferries : Boufflers, le Soulac et le Keur Mour. Lesquels étaient d’imposants navires de commerce qui sillonnaient le fleuve Sénégal et desservaient le Fuuta et le Waalo dans la Vallée du Fleuve Sénégal. «L’histoire de l’exploitation fluviale a commencé avec les Boufflers, Keur Mour. Le Bou El Mogdad au moment de son arrivée faisait partie des bateaux les plus modernes », se rappelle, Alioune Badara Diagne Golbert. Ce bateau couvrait convenablement toute la demande qu’il y avait à cette époque.

L’écrivain, le colonel Momar Guèye, fait partie également des témoins de cette période faste de l’économie de la vieille ville où le « Boul El Mogdad » apportait le bonheur dans toute la région. « Je me souviens de la belle époque des Messageries du Sénégal(…). C’était le temps où des pirogues longues et étroites appelées « Gaalu mboul », arrivaient à Saint-Louis remplies de pastèques et de nénuphars. On observait également, sur les différents bras du Fleuve Sénégal, ces immenses pirogues multicolores qu’on appelait « Gaalu penku » et qui transportaient d’importantes cargaisons de charbon et de bois de « gonakié » ou « ngonaaké ». Le « Gonakié » est une espèce ligneuse qui pousse dans la vallée du fleuve et qui a un pouvoir calorifique très élevé. Il était particulièrement utilisé comme bois de chauffe par les ménagères Saint-Louisiennes », note-t-il.

Un bateau de souvenirs
Pour Moustapha Ndiaye, directeur du Centre culturel régional de Saint-Louis et gestionnaire de l’île, la présence du bateau mettait en valeur le patrimoine qu’est le Fleuve Sénégal, le fleuve en tant que lien entre Saint-Louis et l’intérieur du pays. Pour dire que la vapeur mythique des Messageries du Sénégal n’est pas seulement un déclencheur de souvenirs, c’est aussi un navire rempli d’histoires. Les populations s’étaient habituées à son arrivée et à son départ à travers sa retentissante sirène ainsi que ses puissants haut-parleurs qui distillaient la belle musique de l’époque. « L’évocation du bateau, pour ceux qui l’ont déjà emprunté, déclenche des souvenirs parce qu’à l’époque coloniale, il n’y avait pas beaucoup de routes comme aujourd’hui. L’élève qui obtenait son entrée en sixième prenait le « Bou El » pour venir faire ses études à Saint Louis. C’est une étape importante dans la vie d’un homme, comparable à celle d’un marié qui attendait sa promise qui arrive par ce bateau ou un père impatient de retrouver son fils de retour de France. Le francenabé qui arrivait au Sénégal ou qui voulait quitter le Fouta pour Saint-Louis prenait le bateau », explique Ahmadou Cissé, directeur du Tourisme, de la culture et du patrimoine de la commune de Saint-Louis. A l’en croire, ce bateau est un marqueur identitaire, un patrimoine propre de cette région.

Avec la construction du barrage de Diama, le « Boul El » ne pouvait plus naviguer sur le fleuve de Saint-Louis à Podor. Ainsi, après avoir desservi pendant des années plusieurs localités le long de la Vallée du fleuve, il a été vendu dans les années 1970. Le bateau a ensuite quitté le Sénégal pour aller en Sierra Léone. Quand la guerre a éclaté dans ce pays, le « Bou El » a été amené dans les îles du Saloum et, pendant un temps, en Casamance.

Toutefois, eu égard à la valeur à la fois symbolique et historique que représente ce navire pour la région, il sera racheté en 2004 par un métis Saint-louisien, Jean-Jacques Bancal avec un groupe d’amis pour un coût de 250 millions de Fcfa. 40 ans après sa dernière croisière, le bateau reprend service. Il vogue désormais à la découverte du parc de Djoudj, de Podor, Richard Toll et Saldé avec quatre à cinq heures de navigation par jour.

Un retour triomphal après 40 ans d’absence
Le retour du « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, après 40 ans d’absence, en 2005, a déclenché une forte émotion dans la ville tricentenaire. Les scènes de liesse qui ont accompagné son entrée dans la ville restent mémorables de l’avis de certains témoins. Pour ceux qui ont connu ce bateau, les images de leur jeunesse ont remonté en surface. « Il fallait voir les gens quand on a ouvert le pont pour laisser passer le bateau. J’ai vu de vieilles personnes pleurer de joie, de nostalgie. Interrogées, elles vous disent que ce bateau est un pan d’elles-mêmes. Elles se souviennent des gens qui descendaient du bateau, le mil, le charbon, les marchandises », souligne Ahmadou Cissé. Alioune Badara Diagne Golbert se rappelle aussi de toute cette émotion suscité par le retour du navire. Preuve que ce moment est historique, le comédien et journaliste a eu l’idée de retransmettre cet événement en direct sur sa radio Teranga Fm. « Le jour où le Boul El devait rentrer à quai, j’ai fait le direct à la radio et par cette occasion j’ai fait pleurer des dizaines de milliers de personnes à Saint-Louis. Dès qu’il a sifflé, je me suis remémoré de ma jeunesse en 1946. Je me suis souvenu de Boufflers, de Keur Mour. J’ai rappelé aux auditeurs l’histoire de la première arrivée du Boul El Mogdad. Tout Saint Louis était sorti », avance-t-il.

L’attachement des Saint-Louisiens à bateau mythique se comprend aisément. Pour beaucoup, il s’agit d’un pan très important de leur histoire, de leur enfance. Il fallait donc, par tous les moyens, ramener cet élément à part entière du patrimoine de l’île. « Quand j’étais petit, j’empruntais le pont Faidherbe pour aller au lycée Faidherbe devenu Elhadji Omar Tall. Chaque fois que je passais, je voyais le bateau. Quand il n’était pas là, j’étais triste car j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose à ma ville. Il y avait trois autres petits bateaux, mais c’était des chaloupes qui faisaient du transport de charbon et de bois. C’était l’époque des grandes pirogues qui faisaient cinq mètres de haut et qui transportaient aussi du bois depuis le nord du fleuve Sénégal », se remémore Jean Jacques Bancal.

Les scènes de liesse n’étaient pas seulement observées à Saint-Louis. Le premier voyage du « Bou El Mogdad » après son retour dans la vallée a créé un grand enthousiasme dans les villages jouxtant le fleuve. Partout où il passait, les gens sortaient spontanément et exultaient dès qu’ils entendaient la fameuse sirène.

EL HADJI BOUL EL MOGDAD SECK, L’ÉMINENT INTERPRÈTE QUI DONNA SON NOM AU BATEAU
Il a donné son nom à ce bateau mythique qui a vu se succéder plusieurs générations de la Vallée du fleuve Sénégal. Boul El Mogdad Seck, né en 1826, était interprète et conseiller auprès des gouverneurs de l’administration coloniale à Saint-Louis du Sénégal. Très cultivé et respecté, l’homme issu d’une grande famille saint-louisienne, a été pendant 20 ans, l’interprète, le rédacteur et le traducteur de l’arabe pour le compte du gouvernement colonial du Sénégal. L’érudit était chargé d’écrire en arabe les contrats signés. Il connaissait tous les grands marabouts de la région jusqu’au Mali.

Boul El Mogdad Seck s’était distingué par sa dévotion pour la religion musulmane, ainsi que sa loyauté envers l’autorité coloniale. Il faisait également le lien entre l’administration coloniale et les populations autochtones. Grand explorateur devant l’éternel, il accompagna le capitaine Vincent dans l’Adrar, en Mauritanie. L’homme aura, au total, participé à 22 missions ou expéditions à l’époque. Après un séjour à la Mecque pour accomplir l’un des cinq piliers de l’islam, El Hadji Bou El Mogdad Seck, de retour à Saint-Louis, gagne davantage de respect et d’estime au sein de sa communauté. C’est ainsi qu’après 23 ans de service, il sera élevé au grade d’Officier de la légion d’honneur. Il serait le premier noir à avoir cette distinction. En quittant l’administration coloniale en 1879, Boul El Mogdad est nommé Tamsir et Cadi à Saint-Louis un an plus tard en 1880. Sa mort va intervenir dans la même année.

JEAN-JACQUES BANCAL, PROMOTEUR TOURISTIQUE : L’homme du « Bou »
Jean jacques Bancal BateauSi le « Bou El Mogdad » est revenu à Saint-Louis après 40 ans d’absence, c’est avant tout grâce à l’engagement de Jean-Jacques Bancal, descendant d’une vieille famille de la vieille ville.
On le surnomme « l’homme du Bou ». « Bou », comme le diminutif de « Bou El Mogdad » du nom du mythique bateau saint-louisien. Démarche chaloupée, Jean-Jacques Bancal traîne sa longue silhouette dans les coursives du navire qui, en cet après-midi de lundi 24 octobre, reçoit les derniers coups d’astiquage avant un énième voyage à travers les méandres du Fleuve Sénégal. Pendant quelques semaines, le bateau de croisière était à quai pour les besoins d’un grand toilettage technique et esthétique. Même si tout semble prêt pour que, dès le lendemain matin, le navire fasse un petit tour jusqu’à l’île de Bopp Thior, le franco-sénégalais, descendant d’une vieille famille saint-louisienne, veut s’assurer que tout est au point. C’est que l’homme est méticuleux, à la limite procédurier, d’où ses incessantes « inspections » et échanges avec le personnel du bateau. « Des touristes français ont loué le bateau pour célébrer un mariage ce mardi, alors je ne veux pas qu’il y ait des impairs », se justifie-t-il de sa voix traînante. Si aujourd’hui les touristes peuvent se permettre une croisière à bord du « Bou El Mogdad » et les Saint-Louisiens retrouver la silhouette familière de cette navire qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal, c’est en grande partie grâce à Jean-Jacques Bancal. Qui, avec des amis, a décidé de le racheter en 2005 et de le ramener à Saint-Louis qu’il avait quitté quarante ans plus tôt. L’absence de ce bateau mythique fut, en effet, pour ce métis saint-louisien, un crève-cœur. Le voir revenir sur le quai Roume était un défi que cet hôtelier et ses associés s’étaient juré de relever car, pour eux, le « Bou » c’était un pan de l’histoire de Saint-Louis qui avait disparu et qu’il fallait ressusciter.
 
Preuve qu’il a un amour immodéré pour le « Bou », Jean-Jacques Bancal a été, avant de le racheter avec ses amis pour la somme de 250 millions de Fcfa, allé le voir, tous les deux mois pendant sept ans. Cette débauche d’énergie juste pour convaincre son propriétaire de le vendre. Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe - symbole de la ville -, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l'ordre.

Pour avoir réussi à faire revenir le « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, Jean-Jacques Bancal mériterait peut-être une statue à défaut d’avoir une ruelle de la vieille ville qui porte son nom. Si ce cas de figure advenait, ce ne serait pas une première chez les Bancal. En effet, une rue au Sud de l’île porte le nom de l’arrière-grand-père père de Jean-Jacques, René Victor Bancal qui, en tant que médecin, a lutté contre les épidémies de choléra à Guet Ndar. Né à Saint-Louis en 1960, Jean-Jacques Bancal est donc issu d’une famille métisse qui s’est impliquée, dès l’année 1960, dans la vie politique au Sénégal. Comme il aime à le répéter, il descend d’une « famille qui s’est battue pour le Sénégal et pour Saint-Louis ». C’est d’ailleurs pour perpétuer ce legs familial que Jean-Jacques Bancal a dû abandonner ses études en Pharmacie pour se lancer dans l’hôtellerie au décès de son père en 1979 lequel était l’un des magnats de ce secteur à Saint-Louis. Jean-Jacques prend alors les destinées de l’hôtel La Résidence située dans le centre historique de la ville tandis que son frère René prend la direction du Ranch de Bango. Il installe également un campement sur la Langue de Barbarie puis diversifie ses activités et ouvre une agence de voyage. Demander à Jean-Jacques Bancal s’il se sent plus Français que Sénégalais, c’est lui demander qui préfère-t-il entre son père et sa mère. Il ne saurait trancher. En tout cas, ce qui est sûr et certain c’est qu’il veut mourir et être enterré à Saint-Louis. Le plus clair de son temps, Jean-Jacques Bancal le passe dans cette ville qu’il qualifie de « plus belle du monde ». Il ne se rend en France qu’en de rares occasions pour aller voir sa mère qui y vit aujourd’hui. Quand Jean-Jacques Bancal soutient que Saint-Louis est une ville à défendre et à laquelle il est fier d’appartenir, on peut bien le croire.

Par El Hadj Ibrahima THIAM,
Ibrahima BA (textes) et
Sarakh DIOP (photos)

Last modified on vendredi, 18 novembre 2016 14:35

1. Il est drôle !
« Deux nains (ce n’est point une offense. Tout le monde en a un chez soi) décident, un soir, d’aller « s’allumer » chez une femme d’une grande beauté charnelle. Arrivés sur les lieux du « crime » et surchauffés par les senteurs enivrantes de l’encens, les « dons Juans » trouvèrent un compromis pour l’ordre de passage. Le premier s’engouffra alors dans l’univers de la volupté. Le second, las d’attendre et certainement excité par les gémissements qu’il entendait de loin (des gémissements de plaisir, pensait-il), fracassa la porte de toute son exaspération. Surprise ! Son ami de « galère érotique » s’épuisait encore à monter sur le lit ! » Il faudrait bien que la femme s’adaptât à la clientèle ! Les gens férus des soirées de Souleymane Faye ont certainement entendu cette plaisanterie en guise d’intermède. « L’hybridité artistique » de celui qu’on appelle ici Diego est prodigieuse. Sa particularité est d’oublier quelquefois l’orchestre qui l’accompagne pour surprendre et mettre en lumière une riche palette d’expressions ; comme celle-là qui fait rire. On l’a vu avec une mystérieuse valise, avec une « robe » ou une coiffure qui charrie l’esthétique. Et quoi encore ? Il nous a rappelés, un autre jour, le caractère usuel du « guimb » dans les pratiques anciennes au beau milieu de son show. En cela, le « musulmenteur » qui boit, fume et… est imprévisible.

2. Philosophe de « l’absurde »
L’interprète de « Jeleti » ne nous dit pas prétentieusement ce que sont la vie, l’amour, la haine, le bonheur ou la peine. Il ne promet pas non plus les ténèbres de l’enfer aux pêcheurs impénitents et le paradis aux dévots. Souleymane Faye nous raconte des existences, partage ses délires et délivre des messages aussi puissants que la « trivialité » et l’absurde (au sens des dramaturges de ce genre théâtral) qui l’édulcorent. Dans le morceau « Caabi bi », pour donner un exemple parmi d’autres, l’intermittent du mythique groupe « Xalam », en décrivant une banale scène de vie, un routinier quotidien, aborde des questions de société d’une haute portée philosophique. « Abdou Guèye » n’est-il pas une ode à la dignité, au travail, à la fierté enveloppée dans une égayante satire, dans une dérision accessible aux esprits les plus étroits ? Tout ça, sans nous ressasser inlassablement notre turpitude.

3. Et puis…il chante bien
Dans le paysage musical sénégalais, il y a les fulgurants (souvent oubliés à la disparition de l’excitation des groupies), les figurants (à qui les flatteries de quartier ont donné des ailes arrondies) et ceux dont les œuvres transcendent les temps et les goûts insolites. La sienne le classe dans ce lot de musiciens couronnés. Jules Faye explore le frénétique rythme de chez nous et laisse sa voix coulisser vers des sonorités de l’autre côté de l’Atlantique, la soul, le jazz…pour donner à voir un résultat éclectique.

Par Alassane Aliou MBAYE

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il. Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.
Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges. L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune. C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il.

Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.

Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges.

L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune.

C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

IL ÉTAIT UNE FOIS OUMAR GUÈYE DIT « NDAMAL GOSSAS »…
Plus connu sous le nom de « Ndamal Gossas », Oumar Guèye a fortement marqué Gossas, ville où il a passé une plus grande partie de son existence. Philosophe et penseur, doublé d’un griot, il a été adopté par les populations de cette localité qui le portaient dans leur cœur. Aujourd’hui, une école primaire porte son nom à Gossas.

« Il était court de taille, comme un pygmée, et habitait Gossas. Le nom de « Ndamal Gossas » est venu comme ça. Mais son vrai nom, c’est Oumar Guèye », explique d’emblée le vieux Amadoune Ndiaye. Selon lui, Oumar Guèye a beaucoup marqué Gossas et a été adopté par les populations de la localité qui le chérissaient.

Originaire du Cayor, « Ndamal Gossas » s’est établi dans cette ville au 19e siècle pour des raisons qu’ignore le vieux Amadoune Ndiaye. Mais, assure-t-il, il ne l’a connu ailleurs qu’à Gossas. « Il n’était pas de Gossas, mais il y a vécu pendant de très longues années. Ceux qui ne le connaissent pas bien croyaient qu’il était de Gossas, mais ce n’était pas le cas », clarifie-t-il.

« Ndamal Gossas », selon M. Ndiaye, était un philosophe, un penseur très inspiré et à l’imagination très fertile, doublé d’un griot, d’un troubadour qui passait tout son temps à danser. D’humeur joviale, il ne passait jamais inaperçu, parce que bénéficiant d’une grande renommée auprès des populations. « Avec sa petite taille, il avait toujours son chapeau de paille bien vissé sur la tête et un gros gri-gri au tour du cou. Il retenait toujours l’attention parce qu’il avait un grand sens de l’humour. Il charmait son auditoire par ses anecdotes alléchantes, ses petites histoires qu’il racontait et il n’hésitait pas à esquisser des pas de danse », raconte l’octogénaire.

« Ndamal Gossas » a beau avoir l’imagination très fertile, il n’égalait pas Kocc Barma Fall qui fut le plus grand penseur et philosophe que le Sénégal ait connu, soutient le vieux Amadoune Ndiaye qui reconnait cependant tout son mérite.

« Il était très aimé des gens. Il les faisait rire, aimait perdre son temps avec eux. C’est pour cette raison qu’il n’avait pas d’ennemis », indique-t-il. « « Ndamal Gossas » était comme un père pour moi. Je lui amenais tous les jours ses repas à midi et là nuit au quartier Dango où il habitait. Quand j’accusais du retard, il me donnait des paires de baffes », se remémore le vieux avec un brin de nostalgie.

Chaque fois que « Ndamal Gossas » voyait une meute de chiens, raconte le vieux Amadoune Ndiaye, il les chassait à coups de pierres en leur disant : « Allez chez Samba Yombe Guilé Mbodj » qui était le chef de canton à l’époque.

Selon M. Ndiaye, Samba Yombe Guilé Mbodj était plus qu’un chef de canton. « Samba Yombe était un prince royal qui venait du Walo. Il descendait des Bracks par sa mère et son père. Il avait fait l’école des fils de chef et en était sorti major. Il avait aussi fait l’école d’Alger. C’était un élève très brillant qui a choisi la fonction d’interprète. Il a fait le canton de Foundiougne et de Gossas où il est resté jusqu’en 1942, avant de faire valoir ses droits à la retraite », rapporte-t-il.

« Quand ses agents de renseignements lui rapportèrent les propos de « Ndamal Gossas », Samba Yombe fit appeler ce dernier et lui demanda pourquoi il demandait toujours aux chiens d’aller chez lui. « Ndamal Gossas » lui répondit que seuls les chefs avaient la possibilité de manger de la viande, c’est pour cette seule raison qu’il leur demandait d’aller chez le chef de canton où ils étaient sûrs de trouver de la viande », raconte M. Ndiaye.

« Le chef a alors souri et l’a laissé partir. Il était malin, sinon il allait passer un sale quart d’heure », indique-t-il.

« Ndamal Gossas » a beaucoup marqué la ville de Gossas. Selon M. Ndiaye, le philosophe est mort vers les années 1952 et enterré à Keur Gou Mak, à Diourbel. Une école primaire porte son nom à Gossas.

A l’origine, le numérique voulait bien jouer le rôle d’un medium d’émancipation, d’un outil de liberté, ou du moins nécessaire à l’épanouissement, au rapprochement et à la connaissance des hommes. Il était censé mettre le monde entier en relation. Mais, au lieu de promouvoir une communauté de prochains, il s’est mué en instrument de contrôle et de surveillance. Il prétend abolir les frontières, mais celles-ci ont certes disparu sans pour autant donner naissance à une communauté. D’ailleurs, de plus en plus, l’étranger n’est pas le bienvenu. Avec le numérique, nous vivons dans l’illusion de pouvoir nous réaliser. Nous créons nous-mêmes cette fiction, c’est une sorte d’auto-exploitation, d’autant plus efficace que nous nous y soumettons de manière volontaire. S’il y a faute, elle nous revient. Dès lors, on ne peut pas s’en prendre à autrui. On livre tout de soi-même sans que personne n’ait besoin de nous en formuler la demande. On se dévoile, on se dénude de façon volontaire, on raconte sa vie, ses moindres mouvements, ses sentiments, ses coups de colères à travers les réseaux sociaux en pensant que cela contribue à augmenter notre propre valeur. Les photos privées envahissent ces mêmes réseaux sociaux. Le sens de l’intime est profondément perverti. Notre présent refuse toute forme de négativité.

On est tenté de bloquer « l’ami » qui ne « like » pas notre pensée ou photo ! C’est connu, chaque ordre social fait naitre un nouveau type d’homme, le numérique n’y échappe décidément pas : un égocentrisme excessif a vu le jour. Dorénavant, seul compte l’ego. Le réseau ne crée, en réalité, aucune proximité, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Le rapport à l’autre devient un investissement que l’on gère au même titre qu’un placement financier, avec le souci de ne pas faire de perte. Conséquence : la solidarité disparait, la proximité et même l’amour. La possibilité d’une rencontre est mise à mal. Alors que la rencontre constitue même l’événement de l’amour. On ne veut plus tomber amoureux de peur d’être blessé, alors que la blessure même appartient en profondeur à ce sentiment humain. Pour rester dans la positivité, on « like » derrière son écran, sans se rendre compte que le négatif participe à l’expérience même. L’homme numérique a aboli l’autre. Or, à travers l’autre, face à l’autre, nous pouvons sentir notre humanité commune.

Par Oumar BA

1. Il est drôle !
« Deux nains (ce n’est point une offense. Tout le monde en a un chez soi) décident, un soir, d’aller « s’allumer » chez une femme d’une grande beauté charnelle. Arrivés sur les lieux du « crime » et surchauffés par les senteurs enivrantes de l’encens, les « dons Juans » trouvèrent un compromis pour l’ordre de passage. Le premier s’engouffra alors dans l’univers de la volupté. Le second, las d’attendre et certainement excité par les gémissements qu’il entendait de loin (des gémissements de plaisir, pensait-il), fracassa la porte de toute son exaspération. Surprise !

Son ami de « galère érotique » s’épuisait encore à monter sur le lit ! » Il faudrait bien que la femme s’adaptât à la clientèle ! Les gens férus des soirées de Souleymane Faye ont certainement entendu cette plaisanterie en guise d’intermède. « L’hybridité artistique » de celui qu’on appelle ici Diego est prodigieuse. Sa particularité est d’oublier quelquefois l’orchestre qui l’accompagne pour surprendre et mettre en lumière une riche palette d’expressions ; comme celle-là qui fait rire. On l’a vu avec une mystérieuse valise, avec une « robe » ou une coiffure qui charrie l’esthétique. Et quoi encore ? Il nous a rappelés, un autre jour, le caractère usuel du « guimb » dans les pratiques anciennes au beau milieu de son show. En cela, le « musulmenteur » qui boit, fume et… est imprévisible.

2. Philosophe de « l’absurde »
L’interprète de « Jeleti » ne nous dit pas prétentieusement ce que sont la vie, l’amour, la haine, le bonheur ou la peine. Il ne promet pas non plus les ténèbres de l’enfer aux pêcheurs impénitents et le paradis aux dévots. Souleymane Faye nous raconte des existences, partage ses délires et délivre des messages aussi puissants que la « trivialité » et l’absurde (au sens des dramaturges de ce genre théâtral) qui l’édulcorent. Dans le morceau « Caabi bi », pour donner un exemple parmi d’autres, l’intermittent du mythique groupe « Xalam », en décrivant une banale scène de vie, un routinier quotidien, aborde des questions de société d’une haute portée philosophique. « Abdou Guèye » n’est-il pas une ode à la dignité, au travail, à la fierté enveloppée dans une égayante satire, dans une dérision accessible aux esprits les plus étroits ? Tout ça, sans nous ressasser inlassablement notre turpitude.

3. Et puis…il chante bien
Dans le paysage musical sénégalais, il y a les fulgurants (souvent oubliés à la disparition de l’excitation des groupies), les figurants (à qui les flatteries de quartier ont donné des ailes arrondies) et ceux dont les œuvres transcendent les temps et les goûts insolites. La sienne le classe dans ce lot de musiciens couronnés. Jules Faye explore le frénétique rythme de chez nous et laisse sa voix coulisser vers des sonorités de l’autre côté de l’Atlantique, la soul, le jazz…pour donner à voir un résultat éclectique.

Par Alassane Aliou MBAYE

De la libération de l’Afrique à l'abandon du Franc Cfa, l'idéologue africain installé au Sénégal prêche un souverainisme du continent africain aux quatre coins du monde. Partout où il passe, Kemi Seba séduit, irrite. Fiché S, interdit de conférence en Allemagne, contrôlé systématiquement aux aéroports, il est dans le viseur des autorités européennes et se présente volontiers comme un persécuté de l’establishment. Originaire de la région de Strasbourg, où il a très tôt été confronté au racisme, il a transformé sa douleur en art de la provocation. Dans les années 2000, il fonde la Tribu Ka, collectif dissous par le gouvernement français en 2006 pour « apologie de la suprématie noire ». Il affiche, avec fierté, son antisionisme et sa proximité avec la fachosphère de l’Hexagone, alors incarnée par Dieudonné et Alain Soral, et fera en tout quatre mois de prison ferme.

Il s’investit ainsi pleinement dans le combat de son « ami » Biram Ould Dah Abeid, président de l’Ong Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira), figure de proue du militantisme antiesclavagiste en Mauritanie, régulièrement dans le collimateur de Nouakchott. Pour donner corps à ses ambitions, il lance une Ong, Urgences panafricanistes, qui souhaite apporter une aide médicale et scolaire sur les terrains de conflit en Afrique et ainsi faire contrepoids aux Ong occidentales.

Après avoir publié trois essais (Supra Négritude en 2013, Black Nihilism en 2014 et Obscure Époque en 2016) et animé, pendant deux ans, une chronique dans un talk-show au Sénégal, où il vit désormais, Kemi Seba est parvenu à populariser ses idées panafricanistes et anti-impérialistes dans la région. Inlassablement, il dénonce les deux maux qui gangrènent, selon lui, les sociétés civiles africaines : le « colonialisme exogène des Ong et des chancelleries occidentales » et « celui, endogène, des ploutocrates africains ».

Il profite de son aura médiatique pour inscrire son combat dans une tendance fédératrice : celle du souverainisme. Pour Kemi Seba, Gbagbo est un cas d’école : « Je garde une distance critique par rapport à lui. Mais sa place n’est pas à La Haye. J’ai l’impression que la justice internationale ne concerne que les pauvres », explique-t il dans les colonnes de Jeune Afrique. Pour lui, la libération de Gbagbo n’est pas une question d’idolâtrie, mais une question de souveraineté africaine !

Le franc Cfa, perçu comme un instrument de domination économique, en prend au passage pour son grade. Des arguments qui font mouche à chaque fois. Il cite Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba, Thomas Sankara et revendique une double filiation avec Marcus Garvey, chantre jamaïcain de l’union mondiale des Noirs, et René Guénon, penseur franco-égyptien qui lui a « permis de comprendre la profondeur du drame capitaliste ». Formé pendant sa jeunesse au sein de la branche française de la Nation of Islam (Noi), il a conservé les techniques oratoires qui ont fait le succès de l’organisation politico-religieuse américaine. Chacun de ses discours est un véritable prêche. Et ses jeunes auditeurs boivent ses paroles.

Source : Jeune Afrique

Felwine Sarr est professeur à l’Université Gaston-Berger où il dirige le Laboratoire de recherche en économie de Saint-Louis (Lares). Il est écrivain poète-philosophe. Il a notamment écrit Dahij (Gallimard, 2009) et Méditations africaines (Mémoire d’encrier, 2012), deux ouvrages construits à partir de réflexions personnelles. Il invite à revenir sur ce qui fonde notre humanité et sur la manière dont nous souhaitons la construire. Adepte des arts martiaux, il a fait sienne la maxime de Juvénal, « un esprit sain dans un corps sain ». Musulman qui a servi la messe enfant et s’intéresse au bouddhisme zen, Sereer dans un univers majoritairement wolof qui parle français depuis son plus jeune âge, Felwine Sarr sait mieux que quiconque que les identités sont multiples. Raison pour laquelle il invite les penseurs du continent à s’engager dans une rupture épistémique en investissant des notions africaines comme le « jom » (dignité), la « teranga » (hospitalité), le « ngor » (sens de l’honneur). Ce philosophe du quotidien nous invite tous à trouver notre propre voie en délaissant les chemins tracés d’avance et les idées toutes faites.

Par O. BA

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…ils sont dans le bois qui gémit ». Gémissements de plaisir ou de chagrin ? Eclaire notre lanterne Birago Diop, nous, desséchées âmes indifférentes aux images des mots, à la poésie de l’horreur et de la béatitude. « Le souffle des ancêtres » s’éteint dans le brasier de l’insensibilité même si les larmes ruissellent aujourd’hui plus qu’hier. Nous les essuyons avec notre vanité mondaine, avec nos petites marottes.

Moi qui étais si prompt à chicaner sur les « gestes » de compassion des Sénégalais (jaxal), je me suis retrouvé, au décès de ma mère, les poches remplies de billets de banque comme jamais. Cela m’a été d’un certain secours. Je me suis servi de cette petite fortune pour nourrir et loger ceux-là mêmes qui m’en avaient gratifié ! Il m’a fallu ensuite acheter quelques matelas pour les « compatissants de luxe » comme on l’aurait fait avec la future belle-famille à l’occasion des épousailles (avant les chamailles). Ces hommes et femmes de la société « émergente » n’aiment pas trop le « thièbouyapp » et ne boivent pas l’eau en sachet (en même temps ils ont raison, cette eau-là !).

Le soir, quand les « chants lyriques » se sont noyés dans les souvenirs ressassés (toujours les bons, prescription divine, paraît-il) et que la bombance a pris fin, j’ai pris le temps de penser à ma « pauvre » mère. De sa nouvelle demeure, elle est certainement fière de voir son garçon servir ses vieilles amitiés avec déférence ; lui que leur affectée tendresse répugnait. C’est à peine si je n’ai pas exulté pour dire à ma mère « yaye sa fête bi neexna ! » (Maman ta fête a été belle !). L’envie de la lui raconter me brûla ». Elle m’a peut-être bien entendu : « Ton bélier t’a rejointe au ciel. Pour le dîner, on a sacrifié la brebis. La viande du taureau n’a pas suffi. Tous tes amis étaient là. Et il fallait bien qu’ils mangeassent. J’ai demandé à ton grand frère de me prêter un peu d’argent pour les billets de retour des « villageois » comme tu aimais à le faire lors des fêtes de réjouissance. Mon oncle, bienfaiteur des chairs rondes de la capitale, a accédé à ma requête après que je lui ai donné en gage tes colliers en or en attendant le partage de l’héritage. Les quatre imams du quartier ont proposé leurs services. Le plus jeune s’est désisté après avoir soulevé une petite controverse. Tu as toujours respecté, maman, ces trois vieux, mais, moi, je les trouve tordus. Je n’ai pas encore eu le temps de te pleurer comme toutes ces personnes qui ne t’ont jamais rendu visite quand, malgré ta souffrance à l’hôpital, tu continuais à m’entourer de ta prévenance sous le regard amusé et ému de l’infirmière…Je te raconterai le reste quand j’aurai arrêté de frémir d’indignation…Ah, la vendeuse de cacahuètes, elle a tellement pleuré ! Elle m’a aidé à m’occuper de ta clique de grandes dames et leurs compagnons esbroufeurs».

Birago, pardonne-moi cette offense. Les morts sont définitivement morts ; même ce pauvre taximan qui a subi la furie de ce jeune homme qui, dit-on, était promis à un « bel avenir ». Il conduisait de rutilantes bagnoles et passait à l’écran. Cette contingence dans cette ascension vers ce que nous concevons comme la réussite semble nous émouvoir davantage que l’acte ignoble qu’il a commis et qui anéantit les espoirs d’une mère éplorée et d’une ex-future épouse traumatisée à vie. Les esprits étroits et destructeurs d’un autre temps diront qu’elle porte la poisse pour en rajouter à sa peine. Aura-t-elle droit au « jaxal » psychologique ? Pas si sûr ! Et si les taximen en grève y faisaient un tour ?

A. A. F. MBAYE

Lompoul sur mer est un charmant village de pêcheurs. Mais, sa position stratégique, (le village est distant de 6km du désert) attire le plus les touristes. Une merveille de la nature dotée d’une belle plage qui a fini d’offrir à ce village un attrait touristique important. Découverte.

Dans la contrée, les populations vaquent à leurs occupations quotidiennes. Elles sont partagées entre les activités de pêche, de maraîchage, le petit commerce et la transformation des produits halieutiques. Le village est actuellement rattaché au département de Kébémer (Louga).

Le plus grand désert du Sénégal
Alors qu’anciennement, il était situé dans la communauté rurale de Mboro (actuelle commune) dans le département de Tivaouane (Thiès). Mais, c’est le décret 2002-170 du 21 février 2002 signé par le président de la République d’alors, en son article 1e, qui l’a rattaché administrativement à la communauté rurale de Kab Gaye (arrondissement de Ndande).

« C’est à juste titre eu égard à la distance qui séparait notre village à la commune de Mboro au moment où l’Etat s’est assigné un objectif constant de rapprocher davantage son administration de ses administrés », nous lance Malick Bâ, président de l’union des groupements paysans de Lompoul. En fait, ces populations étaient même, parfois, obligées d’adresser leurs demandes aux services administratifs du département de Kébémer qui n’est distant que de trente (30) kilomètres. « Ce qui constituait un dysfonctionnement a donc été corrigé avec l’intégration du village de Lompoul sur Mer dans l’actuelle commune rurale de Kab Gaye (Arrondissement de Ndande) avec toutes les incidences positives considérables. Notamment sur les plans : administratif, économique ce qui a permis une ouverture sur la grande côte pour la localité de Kab Gaye et sur le plan sociologique qui intègre Lompoul dans son milieu naturel », souligne M. Ba. De son nom : Lompoul-sur-Mer (ou Lompoul), la localité est située à l'ouest du Sénégal, sur la Grande-Côte plus précisément entre la ville de Mboro et la zone du Gandiolais.

Sa date de création remonterait vers l’an 1800, selon Malick Ba, le président de l’union des groupements paysans. Les premiers habitants étaient des Peuls et le village qui s’appelait à l’époque : « Thiacougne-Peul », était également une des zones de repli pour Lat-Dior, un des « Damels » du Cayor et ses troupes à l’époque coloniale. Aujourd’hui, le village est décrit par son désert qui constitue, pourrait-on dire, le plus grand du Sénégal avec ses dunes de sable pouvant atteindre les 50 mètres de haut. Une zone très vaste, située dans le nord-ouest entre Dakar et Saint Louis, dans la région de Louga avec une superficie de 18 km2.

La bande de filaos a favorisé le maraîchage
L’exercice auquel notre équipe de reporters s’est soumis pour rallier le village débuta à Kelle via Kébémer. En cette période hivernale qui se caractérise par la beauté de l’environnement naturel, le paysage qui s’offre à nous, le long du chemin, montre un tapis herbacé très fourni, des champs de cultures d’arachide et de mil, de haricot, de pastèque en nette évolution sur la route nationale 2. Mais aussi sur tout le long de l’axe Kébémer-Lompoul bitumé et est bordé par des espèces comme le prosopis et l’eucalyptus.

Jusqu’à l’entrée du village de Lompoul sur mer, c’est un décor exceptionnel auquel est venu s’ajouter la bande de nombreux filaos qui peuvent mesurer une quinzaine de mètres de hauteur. « C’est une autre image fantastique de la végétation des Niayes, les filaos, un écosystème unique qui a le plus favorisé les activités de maraîchage à partir de l’année 1974 avec la fixation de dunes pour permettre la réalisation de cuvettes dans la zone », nous raconte Malick Ba. Il souligne, cependant, que dans cette aire géographique, il reste 17ha de dunes qui symbolisent, aujourd’hui, cette image ancienne qu’offrait la zone dans les années 1970-1974 et même 1975 et qui avait alors motivé ce projet de fixation des dunes à travers cette bande de filaos.

Un boom maraîcher à partir des années 80
A Lompoul sur mer on note une diversité de l’activité économique exercée à travers le maraîchage, la pêche, l’élevage, le petit commerce et le tourisme, entre autres. « A l’époque, les premiers habitants Peuls s’adonnaient à l’élevage. C’est après l’indépendance que le maraîchage a fait son apparition et a même fini de s’imposer aujourd’hui avec plus 80% de la population active dans ce secteur. Ce, malgré l’installation, vers les années 1966-1967, des premiers pécheurs saisonniers venus de Guet Ndar et Kayar mais aussi l’intégration des Peuls dans le système à partir de l’année 1980 après que l’Etat a mis en place des projets ruraux de développement de l’horticulture », soutient notre interlocuteur.

Pour autant, cette longue tradition de village de pêche de Lompoul sur mer reste toujours ancrée. De nombreuses pirogues sont alignées le long de la plage. Des embarcations aux couleurs vives d’identification du propriétaire ou groupes de pêcheurs organisés au sein du comité de gestion du centre de pêche où plusieurs femmes s’activent dans la transformation des produits halieutiques. C’est à l’intérieur du centre que le marché est presque implanté le long du quai favorisant les échanges à longueur de journée. « Le poisson frais, séché ou fumé, les légumes constituent les principaux produits vendus ici », nous lance une vendeuse de pastèques. Les activités de pêche des autochtones sont toujours de mise. Plus d’une centaine d’embarcations peuvent être, aujourd’hui, énumérées dans le village là où, entre 1985 et 86, une seule pirogue était recensée. Lompoul sur mer dispose d’un grand centre de pêche dont le port est très animé de jour comme de nuit avec les départs et arrivées des pirogues de pêcheurs. « Mais, il faut dire que 90% de ces pirogues appartiennent aux Peuls dont il faut reconnaître que la situation inédite favorisée par la rentabilité de la filière horticole les a un peu transformés et ils allient à la fois ces deux activités (maraîchage et pêche). Ce qui a beaucoup contribué à la lutte contre la pauvreté et l’exode rural », indique le président de l’Union des groupements de producteurs (Ugp) de Lompoul sur mer, Malick Ba. D’ailleurs, nous révèle-t-il, « vous pourrez remarquer qu’à Lompoul, il n’y a pas de chômeur, tout le monde s’active au moins dans un secteur ce qui fait que vous ne verrez pas de mendiants ici. Et mieux, seuls quatre (4) jeunes du terroir ont été identifiés jusqu’à présent comme étant des émigrés en Espagne et en Italie. C’est pour vous dire que l’exode comme l’émigration ne sont pas courantes à Lompoul sur mer ».

Le tourisme se positionne
Par ailleurs, Lompoul est devenu une destination de plus en plus prisée pour la beauté des paysages et le développement de nombreux sites d’hébergement. « Ce qui fait que le tourisme aussi joue un rôle de premier plan avec la particularité de la position stratégique du village qui est distant de 6km du désert qui attire le plus les touristes », nous indique Malick Ba. Et pour lui, c’est une merveille de la nature qui est dotée d’une belle plage et où seuls les bons nageurs peuvent s’aventurer car les vagues et le courant sont assez forts. Ainsi, les quelques habitants que nous avons interrogés estiment que, « des initiatives sont prises par des nationaux pour promouvoir le secteur à travers la construction de gites d’hébergement tout en proposant aux visiteurs (touristes) d’autres activités plus exotiques en circuit ». C’est dans ce sens qu’est organisé, depuis 2009, au mois de novembre, un festival dénommé : « Festival du Sahel », qui accueille le plus souvent de grands artistes et propose également des ateliers de danses et des spectacles traditionnels.

Lompoul sur mer, village tranquille et accueillant sur la côte atlantique, est à un peu plus de 183 km au nord-est de Dakar et à environ 80 km au sud de Saint-Louis avec sa forêt de résineux, à quelques centaines de mètres de la plage de sable blanc, dans un cadre magnifique et très calme. L’édification d’un poste de santé est devenu une exigence pour soulager les souffrances des patients souvent obligés de se rendre à Diokoul (30km) ou Kébémer (35km) pour se faire consulter.


LA ROUTE DE LA GRANDE CÔTE VA RELANCER L’ÉCONOMIE À THIEPPE
Dans le sillage de Lompoul, la commune de Thieppe (département de Kebemer) attend avec impatience la fin des travaux de construction de la route de la grande côte reliant Dakar et Saint-Louis. Avec un potentiel économique énorme et s’étendant sur une superficie globale de 523 km2. Thieppe, pourtant très enclavée, est l’une des premières zones de culture de l’oignon au Sénégal.

A la sortie de Kebemer sur la route de Saint-Louis, il faut emprunter une piste latéritique de 22 km pour enfin arriver à la commune de Thieppe. La route est actuellement en très mauvais état. Elle est en train de recevoir un coup de neuf. Sur le chemin, juste à l’entrée de Thieppe, on remarque la présence de pelleteuses, de bulldozers et autres engins de chantier. Mais point d’ouvriers. Renseignements pris auprès d’un habitant de la contrée, les travaux de réfection de la route sont à l’arrêt. L’entreprise en charge des travaux serait confrontée à des difficultés financières. Le maire de Thieppe, Mohamed Dia nous rassure et soutient qu’il a entrepris des démarches auprès des autorités compétentes pour une reprise imminente des travaux. Avec l’appui de la coopération canadienne, la commune espère que la livraison de l’infrastructure se fera en décembre prochain. Cette situation rajoute à l’enclavement de la contrée car à partir de Thieppe, on accède difficilement aux autres localités de cette zone des Niayes. Les habitants se plaignent du fait que le programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc) n’a pas encore investi le département de Kebemer, pourtant très peu pourvue en infrastructures routières de qualité. Faute de pistes praticables, toute la production maraîchère est écoulée sur les sites voisins de Lompoul et de Potou, selon le producteur Ibrahima Diouck. Ici, les terres sont réputées très fertiles. Selon l’édile de la commune, lui-même grand producteur maraîcher devant l’Eternel, en tant que président de l’association des unions maraîchères des Niayes (Aumn), des centaines d’hectares de terres arables sont encore en friche.

C’est que Thieppe est une localité qui se caractérise par une très faible densité due en partie à la transhumance des Peuls qui représentent une partie considérable de la population. De même, Thieppe s’étend sur une large superficie de 523 km2, à savoir l’équivalent de tout l’espace qu’occupe la région de Dakar. Les avantages comparatifs de la localité sont nombreux avec notamment un climat assez frais et la possibilité pour les habitants de s’adonner au maraîchage en toute saison. En sus d’une nappe phréatique qui affleure et qui assure une disponibilité régulière du liquide précieux. Thieppe regorge de ressources naturelles. Ici, le potentiel est énorme. On comprend alors la propension des habitants à privilégier les cultures maraîchères. Le site fait partie des premières zones de cultures de l’oignon au Sénégal avec une production record de 31 000 tonnes en 2015 sur une production nationale de 367 000 tonnes. Le producteur Moustapha Kébé révèle, pour sa part, qu’il a réussi lors de la dernière campagne écoulée à cultiver de la pomme de terre sur une superficie de 5 hectares. Même s’il n’a pas manqué de déplorer l’impraticabilité des pistes. Une situation qui ne favorise guère un écoulement régulier des produits. L’Etat est venu à la rescousse des producteurs en mettant à leur disposition une dizaine de forages pour favoriser cette activité. Des perspectives heureuses se profilent à l’horizon avec la réalisation, en cours, de la route Kébemer-Thieppe-Saré-Ndao qui va permettre une ouverture sur l’océan Atlantique.

Mamadou Lamine Diatta et
Mouhamadou Sagne (textes)
Pape Samba Seydi (photos)

Last modified on mardi, 15 novembre 2016 00:16

Ce Sénégalais, descendant de Bouna Alboury Ndiaye, s’est fait une place en or dans le business de la Nba. Il fait office d’intermédiaire pour les contrats des Français du basket américain.

Bouna Ndiaye a réussi sa vie : pour ses 50 ans, il a reçu une Rolex. Ce n'était pas une promesse gratuite. Il a de quoi s’offrir un tel privilège, l’homme fait office d’intermédiaire dans l'export de joueurs français à la Nba. Bouna Ndiaye débarque adolescent en France, en provenance du Sénégal, avec quatre frères et sœurs et sa mère, petite-fille d'un colon français. Le père, entrepreneur et diplomate, est resté au pays. Contrairement à la plupart des jeunes de banlieue, les études lui tentent. Pour financer son cursus en économie d'entreprise, il nettoie les ¬avions à Roissy et organise des soirées sur le campus.

Son sourire enjôleur et un sens certain du contact tissent les premiers réseaux. Bouna était très présent dans le phénomène Streetball des années 1990. Il avait un côté grand-frère pour les joueurs de banlieue parisienne. Bien qu’il soit toujours obnubilé par le basket, il fut un joueur modeste, en -deuxième division, avec un salaire de 8.000 francs français par mois. Avec ComSport, l'idée est de dénicher les joueurs à fort potentiel pour les développer jusqu'en Nba. A force de détermination et d’abnégation, la planche à billets finit par chauffer. De quoi offrir à cet élastique de 2,16 m la plus grosse fiche de paie du sport français : plus de 23 millions d'euros annuels. Total des nouveaux contrats : 371 millions de dollars. Le pactole ne passe pas inaperçu, même dans une ère d'opulence née de droits télé. Au passage, une commission de 4 % et de sacrés galons pour l'agent, négociateur à sang-froid mais mine de gamin réjoui une fois apposée la signature en bas de page. Si Tony Parker est démarché en vain, l'escouade finit par prendre forme. Ndiaye passe en force, en attaquant la puissante association des joueurs Nba. Mais le rêve américain passe par une licence. Pour l'obtenir, un numéro de Sécu local est impératif. Derrière sa réussite, se cache des moments caractéristiques de rudes épreuves.

Bouna s'est souvent fait plaquer. En 2005, la draft, foire aux jeunes joueurs appelés à intégrer le grand monde, dessine un autre tournant. Le départ le plus douloureux ? Celui de Ronny Turiaf, à l'orée d'un contrat de 17 millions de dollars. Pour mieux s'affranchir, Ndiaye s’est installé à Dallas avec sa femme et ses enfants. C'est là-bas qu'il avait placé son premier joueur. Vingt ont suivi. En tête de gondole, Nicolas Batum, pris en main à 16 ans, dont la trajectoire exponentielle a permis de lever les doutes sur le savoir-faire du chaperon. Dans le landerneau français, les jalousies bruissent mais jamais publiquement. Quarante ans qu'il n'était pas retourné à Linguère, 300 km au nord-est de Dakar. On l'a accueilli avec égards, pas tant pour saluer son succès que sa généalogie. Il a envie de perpétuer la trace familiale, projette d'y construire une école. Autour, il y aura des terrains de basket.

Le leader du parti le Front national de salut public « Mome saa rew » ne fait pas dans la langue de bois. Il se dit nationaliste et l’assume pleinement autant dans sa démarche, ses actes que son propos. Malick est décidément un père Noël qui n’aime pas distribuer des cadeaux.

À la perspective d’une rencontre avec « Malick Noël Seck », quelques idées reçues d’avance sur le caractère fougueux de notre hôte nous avaient laissé dubitatif. Nous nous sommes laissé, comme pour la plupart, entrainer dans un flot de préjugés rien qu’à y penser. Ce père Noël qui, dit-on, ne distribue point de jouets à tout bout de champ, nous avait-on prévenu. Pour faire court, disons-le, il est l’opposé de ce que nous pensions. Il affiche une apparence assez stricte certes et le port léger en ce dimanche, jour de repos. Un sous-vêtement blanc assorti d’un jean noir quelconque. Relaxe donc ! Côté gabarit ? Ce n’est pas un colosse à véritablement dire, mais il n’est pas petit non plus. Il tient bien dans son corps.

Une grande maison précieusement décorée par des fleurs minutieusement choisies et amoureusement entretenues. « C’est une des passions de ma mère. Elle adore prendre soin de ses fleurs qui contribuent à embellir sa vie », note Malick dans un brin de sourire. Le père est un ancien diplomate qui a servi au Sénégal et à l’étranger.

« Réfléchir pour soi-même, essayer de comprendre, remettre en cause le point de vue dominant tant que celui-ci ne constitue pas le meilleur », voilà les devises qui animent Malick Noël Seck. Il aime briser les résistances, les positions établies. Avec cet acharnement, aucune difficulté ne le décourage. Pas d’esprit de revanche cependant ni d’ambition mondaine, non plus, assure-t-il. C’est autre chose. « La passion du challenger plutôt que du trophée. L’amour de la défense de la « patrie » est un perpétuel défi chez lui. Une jolie rage donc. « C’est juste que j’ai mes convictions qui diffèrent de celles de la plupart des gens », relève-t-il. « Il y a du militaire chez cet homme politique. Il est exigeant, rigoureux, pénible à la limite dès lors qu’il s’agit d’aller au front afin de mener des combats de principe », note un de ses anciens compagnons du Parti socialiste. Malick, malgré l’apparence, traine la réputation d’avoir « un grand respect des personnes et un sens aigu des relations humaines ». Il compte beaucoup d’amis et entretient des relations fraternelles. Il est plutôt taquin de nature et aime détendre l’atmosphère. C’est quand il s’agit de défendre des principes que Malick manifeste une rigueur à friser l’insolence pour certains », note cette connaissance qui exige l’anonymat. Ceux qui le décrivent sous les traits d’un homme violent ne connaissent vraiment pas l’homme, souligne-t-il.

Malick Noël s’exprime avec aisance, dénonce sans notes. Il maîtrise son sujet et dégage une cohérence dans sa ligne de conduite.

Un combattant dans les idées
Il a très tôt compris qu’il ne fallait pas se perdre dans les dissensions internes et qu’il valait mieux s’exprimer à l’extérieur, si « on arrive plus à accorder les violons dans la même organisation politique ». La liberté de ton en bandoulière, il n’hésite pas à couper les ponts. Traditionnellement rangé dans la bande de ceux qui critiquent avec la dernière énergie, Malick traine le comportement du cogneur idéologique. Lui dit être plutôt adepte de l’échange contradictoire.

Malick a douze ans lorsque son papa est affecté en France, à l’Unesco plus précisément. Toute la famille plie bagages, destination le pays de Marianne. Le gamin qui vient alors de débarquer ne mettra pas beaucoup de temps à trouver ses marques. « Tout de suite, je me suis fait des amis. Les enfants de mon âge m’avaient très bien accueilli. Vous savez, à cet âge, l’être humain ne connaît pas encore la méchanceté, les préjugés et le racisme. On accepte autrui comme il est », souligne-t-il, le visage serein.

Il a fait l’école du Plateau puis les Maristes jusqu’en sixième secondaire. Le collège se déroule en France, puis le lycée, ensuite les études supérieures. Il est titulaire d’un baccalauréat B option économie. Malick apprend la gestion et se spécialise en comptabilité. Il a travaillé en Autriche dans une boite spécialisée dans les montages de grands projets. Dès que l’occasion se présente, il ne se fait guère prier pour rejoindre les siens au Sénégal, nous sommes en 1997. « J’avais besoin de maintenir ce contact fusionnel avec autant les membres de ma famille que mes amis d’enfance. Au fond, je crois que cela m’a beaucoup aidé à ne point oublier d’où je venais », souligne-t-il.

Découvert par le grand public en 2012, Malick Noël Seck assure s’être engagé en politique, bien avant cette date, en 2003 plus exactement. « D’ailleurs, j’ai été pour la première fois en taule en 2008 pour avoir osé marcher contre les coupures d’électricité devenues récurrentes à cette période », se souvient-il. Lui et quatre de ses autres camarades socialistes sont ainsi arrêtés. L’affaire était passée presqu’inaperçue dans les médias. « Juste un média de la presse écrite avait relaté l’affaire évoquant l’incarcération de cinq jeunes socialistes », se rappelle Malick.

Le politique engagé
Il finit par jeter son dévolu sur le Parti socialiste qui venait, deux ans plus tôt, de perdre le pouvoir. « Le choix n’était point hasardeux. Cette formation venait de perdre le pouvoir après l’avoir contrôlé quarante années durant. Son intégration sera non seulement facilitée par son engagement mais également son compagnonnage d’avec son ami d’enfance Barthélemy Dias, actuel maire de Mermoz Sacré-Cœur. « Avec Barth, nous avons grandi ensemble, notre amitié date de l’enfance. Lui était déjà très tôt dans la perspective de se lancer un jour dans la politique, l’influence paternelle aidant certainement », note-t-il. Le duo fera très mal au pouvoir en place de l’époque. Leur posture radicale leur vaudra d’ailleurs, à deux reprises, des séjours carcéraux. Le duo « Barth-Noël » est né au grand dam du pouvoir libéral. Des « incompréhensions » auront raison de ce compagnonnage.

« Nous n’avions plus la même vision politique des choses. Chacun est parti de son côté. Mais, cela n’a, en aucun cas, mit en péril notre fraternité. Barthélemy reste et demeurera à jamais un frère », note Malick Noël. Sans rancœur aucune donc ? Il sourit et répond : « Non, la rancœur appartient aux faibles. Toutefois, nous sommes des hommes et devons rester libres ».

Par Oumar BA

À l’heure du tout jetable et de la production à grande échelle, il est légitime de se demander si le métier de cordonnier nourrit son homme. Certes, à travers les siècles, les cordonniers ont su démontrer leur talent, non seulement pour protéger les pieds, mais également pour les couvrir de façon élégante.

L’industrialisation excessive semble bousculer le quotidien du métier de cordonnier. Au lieu de se faire confectionner une chaussure sur mesure, il devient plus courant, pour certains usagers, de les acheter directement dans les grandes enseignes et les chaines de distribution. Les chaussures confectionnées en Asie sont de si bon marché que la réparation de certains modèles coûte plus cher que l’acquisition d’une nouvelle paire. Toutefois, depuis quelques temps, cette tendance semble s'inverser et la cordonnerie a su s'adapter aux nouveaux modes de consommation, en proposant des produits conformes aux exigences de la clientèle, sanctionnés de prestations de qualité. Un détour à la Médina prouve à souhait que l’artisanat local de la confection de chaussures a de beaux jours devant lui. Le secteur confronté à des difficultés il y a de cela quelques années s’est apparemment relevé du bon pied. Doucement, mais sûrement, la cordonnerie locale est en train de filer un marché porteur essentiellement composé d’usagers locaux. Ici à la Medina, pour se faire confectionner une chaussure, il est essentiel de passer une commande à l’avance. La majeure partie des chaussures exposées ont déjà trouvé preneurs. Seules quelques-unes sont proposées à la vente libre. « Nous sommes dans le secteur depuis des générations. C’est de grands-pères en petits-fils que nous nous sommes transmis ce savoir-faire », souligne Amadou Guissé, qui tient échoppe à la Médina. Ce legs serait, selon lui, à l’origine d’une clientèle conquise d’avance. « Les commandes proviennent essentiellement de commerçants établis à Dakar et dans les autres régions. Ils appellent pour communiquer les modèles, envoient l’acompte sur le prix convenu et nous entamons le travail, pour toucher le reliquat après livraison », précise-t-il. Ici, ce sont essentiellement des chaussures à base de semi-cuir qui sont vendues. Pour cela, les artisans font continuellement recours au tannage traditionnel du cuir. « Cette opération consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins », souligne-t-il.

Birane est un homme d’affaires aguerri. Agé tout juste de 34 ans, il n’en demeure pas moins très expérimenté en « business ». Très tôt, il dit s’être initié aux activités commerciales. Il ne se focalise pas sur un seul secteur et compte plusieurs cordes à son arc. Ces temps-ci, Birane a jeté son dévolu sur la cordonnerie locale. « Je me rends à Ngaye où je m’approvisionne en chaussures, pour ensuite aller les écouler à l’extérieur. Je les ventile un peu partout : dans la sous-région, en Italie, un peu en France et à Dubaï », note l’homme d’affaires. Il ne se plaint pas outre mesure de cette trouvaille : « Les chaussures sénégalaises sont très bien appréciées à l’extérieur », assure-t-il. Cette activité lui rapporte suffisamment de bénéfices à tel point qu’il pense « exclusivement s’y consacrer ». Le prix des sandales de Ngaye varie entre 5.000 et 10.000 Ffrancs Cfa, informe-t-il. A la vente, « il m’arrive de doubler le prix d’acquisition », souffle-t-il.

Selon lui, les cordonniers devraient commencer à se considérer non plus comme des « bricoleurs » de subsistance, mais plutôt comme des entreprises et mettre en place des stratégies de croissance et des objectifs qui peuvent être productifs, plaide-t-il. Selon Birane, « l’artisanat est sans doute le secteur offrant le plus d’opportunités à l’export ».

Des chaussures accessibles à toutes les bourses
Si la plupart des cordonniers préfèrent acheter le cuir importé, c'est parce qu'il facilite la fabrication artisanale des chaussures. Et ce travail requiert moins d'énergies. « Après avoir acheté la peau traitée on doit y enduire de l'huile pour lui donner la couleur souhaitée. Le processus peut parfois prendre du temps », informe Aly Mbow, cordonnier à Sandaga.

La crise économique et la diminution du pouvoir d’achat sonnent le renouveau du métier de cordonnier. En effet, outre la volonté de soutenir l’artisanat local, il devient plus judicieux de réparer ses chaussures abimées que de les jeter. Par ailleurs, le métier de cordonnier a grandement évolué : « Les techniques employées et les matériaux utilisés permettent aujourd’hui de redonner une nouvelle jeunesse aux souliers », précise Aly.

La qualité de la peau utilisée est très importante ; plus elle est consistante, plus le prix est élevé. Le motif de la chaussure est aussi pris en compte. Certains modèles sont beaucoup plus faciles à confectionner que d’autres, ce qui, à coup sûr, se répercute sur la fixation du prix, souligne Amadou Guissé, cordonnier à la Médina. Toutefois, assure-t-il, toutes les bourses peuvent s’offrir un soulier. « Les prix commencent à 3.000 FCfa et peuvent aller jusqu’à 15.000 FCfa », note-t-il. Tout le monde ne peut pas s’approvisionner en cuir sachant qu’« il n’y a aucune usine de transformation du cuir au Sénégal, et c’est ce qui fait défaut dans le métier », déplore-t-il.

La qualité du travail du cordonnier constitue un atout qui milite en sa faveur, notamment lorsqu’il s’agit d’une création. Beaucoup de ces spécialistes n’hésitent pas à proposer d’autres services comme la maroquinerie, pour compléter leur revenu et étendre leur clientèle. Cheikh Guèye, trouvé au marché Thiaroye, fait décidément parti de ceux-là. Ses chaussures, il les achète au marché Petersen. « Je maîtrise les goûts de ma clientèle. Voilà ce qui me pousse à apporter une nouvelle touche aux chaussures que j’achète », informe-t-il. Cette nouvelle touche est doublement payante. « Elle permet non seulement de vendre plus vite la chaussure, mais aussi et surtout cela augmente le prix de vente », assure-t-il. Cheikh Guèye dit vivre de ce métier.

D’autres se spécialisent exclusivement dans la réparation ou la confection de chaussures spécifiques. C’est le cas de Mamadou Kassé. Il est âgé d’une soixantaine d’années. Mamadou est installé à Yeumbeul. Cela fait plusieurs années qu’il répare des chaussures. « Je capitalise plus d’une trentaine d’années d’activités dans la réparation des chaussures. Cette activité m’a permis de m’occuper de ma famille des années durant », souligne-t-il. Aujourd’hui, la relève est prise par sa progéniture. « Certains de mes enfants ont grandi et s’occupent depuis lors de la nourriture familiale et des dépenses afférentes à la tenue de la maison », se réjouit-il. Toutefois, il s’est résolu à continuer son activité, ce qui lui permet de « subvenir à ses besoins personnels ». Qu’en est-il de son gain journalier ? Il varie : « Il m’arrive de repartir avec 7.000 ou 200 FCfa, c’est selon les jours », informe-t-il. Globalement, s’il fait les calculs à la fin du mois, il gagne quotidiennement « 3.000 FCfa ».

Nécessaire professionnalisation
La plupart de ces fabriques demeurent artisanales parce qu’elles ont été mises sur pied juste pour des besoins de survie et elles évoluent : « au jour le jour ». « C’est surprenant de savoir qu’il y a des cordonniers qui réparent des chaussures depuis trente ans, mais ils n’en ont jamais confectionné une paire. Ce n’est pas qu’ils en soient incapables. Le problème est qu’ils n’en ont pas l’idée, le plan et le rêve de conduire leur business vers une étape supérieure », s’indigne Abou, un étudiant trouvé sur place. Il est d’avis que les industries artisanales devraient travailler à développer leurs produits, leurs services ou encore leurs idées. « Il s’agit de travailler à l’amélioration qualitative et quantitative du produit ou service, l’amélioration de la présentation du produit, la production de nouveaux produits et l’innovation dans la façon de faire », souligne-t-il.

Confection d’amulettes
C’est un décor étonnant et captivant à la fois. Des amulettes sont minutieusement rangées. Certaines ont déjà été confectionnées et n’attendent que leur propriétaire. D’autres sont en phase de l’être. Dans une scénographie étonnante, ces amulettes sont minutieusement rangées dans l’atelier d’Ibou Touré. Des gris-gris destinés à être portées, d’autres à orner maisons, véhicules et autres… Deux traditions sont ainsi mises en exergue : africaine et islamique.

« Ces amulettes sont des prescriptions de marabouts. Elles sont très chargées. Ce sont souvent des objets codifiés. Ces objets servent autant à attaquer qu’à protéger », note le cordonnier qui s’affaire à son activité favorite. Toutes les catégories sociales viennent vers lui: hommes politiques, hommes d’affaires, civils, pauvres, riches. Cette activité devenue très « florissante » permet à Ibou de subvenir à ses besoins en entretenant ses rejetons. Père de famille, Ibou assure nourrir quotidiennement une dizaine de bouches. Seule son activité de confection de gris-gris lui permet de subvenir à ses besoins. « Tout est parti d’une histoire d’initiation. De père en fils, j’ai reçu les sciences occultes qui permettent de faire face aux éventuelles déconvenues », informe-t-il. La confection de certaines de ces amulettes exige des comportements spécifiques. « Il m’arrive de confectionner des amulettes où on est tenu de garder le silence, tout le processus durant », note-t-il. Il est également courant de « se déshabiller nu, afin de satisfaire les exigences et les prescriptions d’une amulette », note-t-il. Le prix le plus accessibles est 500 FCfa, toutefois, les prix peuvent grimper jusqu’à 10. 000 FCfa, c’est selon la nature de l’amulette et parfois les risques et les exigences qui vont avec sa confection, note-t-il.

Par Oumar BA

Peu connu du grand public, très reconnu au sein de sa formation politique, Alliance pour la République (Apr), Pape Gorgui Ndong, Pape Ndong tout court pour les intimes, valse entre anonymat et discrétion. L’homme au visage juvénile, à la taille moyenne et au gabarit d’un gringalet n’en est pas pour autant un enfant de chœur. Il s’est forgé à travers le temps et les épreuves, comme dirait l’autre, des épreuves essentiellement politiques. Pape Ndong fait en effet partie des premiers militants qui ont adhéré à la cause de Macky Sall, alors opposant à la quête du pouvoir. C’est dans la tumultueuse banlieue de Dakar Pikine, aux enjeux politiques multiples et à l’électorat considérable, mais pas tout à fait dénuée de risques, que Gorgui Ndong s’engage. Il va, durant toute la traversée de l’opposition, diriger la section des jeunes de l’Apr dans tout le département de Pikine. Un travail qu’il va mener avec acharnement, qui au passage ne manquera pas de lui valoir autant d’admirateurs que des critiques. Muni de sa carapace, il va conduire les destinées du parti non sans difficultés, jusqu’à leur accession au pouvoir. Il hérite alors de la direction générale de l'Agence pour l'emploi des jeunes des banlieues (Ajeb). A la faveur de la dernière élection locale, il est élu maire de Pikine-Ouest. Tout récemment, ce spécialiste en gestion des ressources humaines, précédemment membre du Collège du Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT), est nommé ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la Restructuration et de la Requalification des banlieues, en remplacement de Madame Fatou Tambédou. «Audace et Raison d’Espérer ! ARE », tel a toujours été la philosophie du nouveau ministre. Ceux à qui il a, ne serait qu’une fois, eu à envoyer un sms ne le démentiront point.

Mohammed Dewji est un entrepreneur tanzanien qui a transformé l'héritage familial en un groupe diversifié. Mohammed Dewji dirige un groupe qui réalise près de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Un ancien groupe de négoce dont il a hérité et qu’il a transformé notamment dans l’industrie, la téléphonie, l’électronique et qui possède une trentaine d’usine dans son pays, la Tanzanie.

Mohammed Dewji a mis quelques années avant de s’imposer comme un patron incontournable. Ces dernières années, il est devenu l’un des dirigeants les plus en vue d’Afrique : depuis 2012, il enchaîne les récompenses. En 2014, il fait notamment partie du classement des dix personnalités africaines les plus puissantes. La même année, il intègre le top 100 des jeunes leaders économiques dans le monde. L’année suivant, il est nommé dirigeant de l’année par African Business Magazine. Si Mohammed Dewji réussit, d’ici à 2018, à atteindre les 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, il pourrait rapidement rejoindre les plus grands du continents.

Parmi les cent personnalités du classement Forbes des personnalités africaines les plus riches, Mohammed Dewji fait figure d’exception. A seulement 40 ans, il cumule une fortune de 1,1 milliard de dollars. Assez pour être l’un des 23 milliardaires que compte l’Afrique. Surtout, il est le plus jeune de ce classement. « L’une des figures de proue de cette nouvelle génération d’entrepreneurs africains », résume Le Monde. Malgré son jeune âge, Mohammed Dewji a déjà un CV impressionnant : depuis 2011, il est à la tête de l’entreprise familiale, MeTL. Une entreprise qu’il a métamorphosée depuis son arrivée. Depuis sa prise de fonctions à la présidence du groupe, il en a fait le plus gros conglomérat de Tanzanie, avec des statistiques extraordinaires : il a notamment multiplié par quarante le chiffre d’affaires de la société. Ce dernier dépasse le milliard de dollars depuis désormais deux ans. Et c’est loin d’être fini… D’ici à 2018, Mohammed Dewji veut «passer de 24 000 à 100 000 employés. » Surtout, il veut encore multiplier par cinq le chiffre d’affaires du conglomérat. Un objectif qui pourrait être atteint, tant l’internationalisation de MeTL est en marche.

Car son conglomérat est bien plus qu’une société tanzanienne. Mohammed Dewji voit plus grand que le marché de son pays : MeTL exporte déjà ses produits dans huit pays de la sous-région. Dans tous les secteurs : savons, détergents, textile, huiles de cuisine. En tout, le milliardaire est à la tête de 25 sociétés et possède plusieurs dizaines de marques. Le tout, produit dans une trentaine d’usines un peu partout dans le pays. Il est loin le temps où Mohammed Dewji était encore sur les bancs de la Georgetown University, aux Etats-Unis. Ce n’était pourtant qu’en 1998.

On a l’habitude de dire que le travail scientifique est une réalisation commune et non pas l'œuvre d'un cavalier seul. A lui seul, il a su adapter la science à son milieu. N’est-ce pas lui qui a traduit les mathématiques en wolof pour plus d’accessibilité. Sakhir Thiam, une vie, un combat, l’enseignement. Mathématicien, linguiste et musicien, il se consacre aujourd’hui à la gestion de son Université Dakar-Bourguiba en dehors de son sport-business, l’hippisme.

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme, interrogez plutôt sa vie et vous saurez ce qu’il est ». Cet adage servirait bien à celui qui veut revisiter sa trajectoire pour mieux le connaître et le faire connaître au grand public. Des mathématiques à la linguistique en passant par la musique, Professeur Sakhir Thiam aime maîtriser son sujet. Autre qualité de ce poète et musicien, la communication. C’est un homme au verbe facile avec une bonne maîtrise de la langue de « Kocc », mais également celle de Molière. D’où une parfaite adresse. D’ailleurs, le rencontrer vous fait courir le risque d’être séduit à tel point d’en oublier l’essentiel. Dans l’ombre de cet innovateur qui a fait bouger les lignes dans tous les domaines, on a toujours de la matière pour remplir de longues pages de notions scientifiques, linguistiques et musicales.

Son vaste bureau, avec quelques box, s’accorderait parfaitement à son écurie de chevaux située à la périphérie de Dakar. Trophées, instruments musicaux et supports pédagogiques y rivalisent d’éclat. Une sorte de fourre-tout qui fait ressortir nombre de ses qualités.

Une vie au service de l’enseignement
Le professeur Sakhir Thiam est un innovateur animé par l’envie de faire bouger les choses. Il fait partie des premiers à envisager l’enseignement à distance avant qu’il ne soit devenu une tendance. Ses cours filmés, agrémentés de musique puis projetés dans des salles de cinéma sont un bel hommage à la technologie. Son esprit sémillant lui permet, parfois, de trouver des idées géniales qui, malheureusement, se retrouvent entre d’autres mains ? L’Université virtuelle africaine (Uva), une de ses idées majeures, s’est retrouvée dans l’escarcelle d’autres investisseurs.

Agrégé de mathématiques  de l'Université de Paris, puis Docteur en économie théorique des Universités Paris VI et Paris IX, cet ancien ministre de l’Enseignement supérieur a été au début et à la fin des bouleversements notés dans l’enseignement supérieur au Sénégal. Après son vaste chantier de traduction des sciences exactes, notamment les mathématiques en Wolof, il a été à la base de l’intégration des langues nationales dans l’enseignement supérieur au Sénégal et en Afrique. Directeur de l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation (Ineade), il crée dans les années 1995 sa propre université.

Président de l’Université Dakar-Bourguiba, il a voulu en faire une alternative pour répondre au problème lancinant du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur et à leur massification à travers un enseignement supérieur professionnel. En effet, il a créé de rapports clairs avec le monde du travail en promouvant des filières qui répondent aux besoins de ce dernier. L’Udb est aujourd’hui un carrefour d’étudiants venus d’horizons différents à la recherche d’une formation qualifiante.

Science et musique, la parfaite harmonie
Si sa casquette de scientifique est la plus apparente, le professeur Thiam garde des cordes moins connues à son arc. Il est, en effet, un grand musicien. Auteur, compositeur, cet artiste est l’auteur de l’hymne de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de 1992, intitulé « Bukkuw » et interprété par les Ouzettes.
Un des fondateurs et chef d’orchestre de Xalam I créé dans les années 1960, il avait interprété musicalement et en wolof, en 2012, les réformes du code électoral qui avaient, selon les autorités compétentes, subi l’usure du temps. Des aptitudes acquises après un passage à l’école des beaux arts.

Hippisme rentable
Ayant grandi dans l’environnent des chevaux, ce linguiste s’enrichit du wolof authentique parlé par les palefreniers venus de l’intérieur du pays. Des capacités linguistiques renforcées après son passage au Daara Mor Cissé Mbaye de Diourbel. A côté de ces derniers, il a appris à monter au cheval même s’il n’a « jamais été brillant à cause de ses longues jambes ». Son amour pour la race équine s’est renforcé depuis, encouragé par les exploits de ses chevaux qui en sont à leur 18ème grand prix du chef de l’Etat. L’hippisme pour ce passionné est un sport-business qui appelle une privatisation de la société hippique.

Par Marame Coumba SECK

A Sophia-Antipolis, Orange va tester ses antennes 5G avant une mise en service dès 2020…

Une cage coupée du monde pour mieux le connecter dans les années à venir. Ce vendredi après-midi, Orange et l’université Côte d’Azur, par le biais du Centre de recherche mutualisé sur les antennes, vont inaugurer à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), une chambre anéchoïque – ses parois absorbent les ondes électromagnétiques – « unique en France », annonce l’opérateur.
La nouvelle norme proposera « un débit jusqu’à 30 fois supérieur à celui de la 4G », promet Orange. Les données pourront être reçues à une vitesse allant jusqu’à 10 Gb/s et avec une latence (le délai entre l’envoi d’une requête et la réception de l’information) raccourcie de 25 à 5 millisecondes. Autre avantage : en plus de proposer davantage de données à la seconde, la 5G devrait utiliser la même consommation d’énergie que la 4G. La future technologie « devrait relier non seulement les smartphones et les tablettes mais aussi des objets connectés aussi variés que des vêtements, de l’électroménager, des voitures, du mobilier urbain ou même des végétaux », prédit également Orange.

« On n’en est qu’au début, indique-t-on du côté de l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Cette technologie n’est pas encore normalisée. Des tests qui nous sont demandés par les opérateurs et les équipementiers sont accordés mais la priorité reste encore le développement de la 4G. » Cette révolution numérique se prépare en tout cas. Dans la technopole azuréenne, mais pas seulement.

A Rennes, B Com a également obtenu « l’autorisation d’émettre des fréquences pour tester les composants de la future 5G », indique Michel Corriou, directeur réseaux et sécurité de cet Institut de recherche technologique (IRT).

Alors, c’est pour quand ?
Pas avant 2020, pour les premières commercialisations. Des tests grandeur nature sont programmés d’ici là. Et notamment en 2018, à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud. Le Japon devrait être le premier à dégainer des abonnements 5G, au moment des Jeux olympiques d’été de Tokyo, en 2020.

Dans la foulée, « l’Amérique du Nord connaîtra un déploiement rapide et massif », prédit l’institut B Com. Et alors quid de l’Europe ? « Avec l’absence d’opérateur dominant, des marchés nationaux disparates et une gestion des fréquences à allouer plus contrainte, elle sera à la traîne », annonce-t-il également. Dommage…

Héritier d’un passé de près de sept siècles, Kahone constitue, à elle seule, les pages d’un livre d’histoire à ciel ouvert. Hier, ancienne capitale du royaume du Saloum, cette ville carrefour située dans le bassin arachidier refuse de lire son avenir au passé. Elle a retrouvé l’espoir et affiche un autre visage. Aujourd’hui, Kahone est promise à un bel avenir où la culture pourra jouer un rôle de premier plan dans son développement durable.

Celui qui ne maîtrise pas très bien l’histoire de Kahone ne peut pas imaginer que cette ville, plongée dans l’anonymat, a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du Saloum. Mais au contact des mémoires vivantes de cette localité, on se rend bien vite compte que son passé historique est très riche. De l’intronisation du premier Buur Saloum, Mbégane Ndour, en 1493, à aujourd’hui, Kahone a connu une expansion fulgurante, sa population a augmenté et de nouvelles implantations ont vu le jour.

Une ville, près de sept siècles d’histoire !
Située à quelques jets de pierres de Kaolack, la commune de Kahone, ancienne capitale du Saloum, reste une ville très ancienne avec près de 700 ans d’histoire. Kahone qui a connu les aléas de l’histoire riche et mouvementée du royaume du Saloum, concentre le plus grand nombre de monuments historiques, témoins d’un riche passé. Une flânerie dans le cœur historique de la ville se transforme en un voyage dans le temps. De sa création à 1969, quarante-neuf Buur Saloum se sont succédé au trône. Mais avec l’avènement de l’indépendance, Kahone est presque tombée dans l’oubli, vivant pendant plusieurs décennies, dans l’ombre de sa grande voisine : Kaolack.

Traversée par la route nationale n° 1, cette ville qui couvre une superficie de 25 km2 avec une population de plus de 15.000 habitants, jouit d’une position privilégiée. Une fois les pieds à terre, le visiteur découvre une ville paisible, mais en pleine renaissance. Premiers symboles de la modernisation de Kahone érigée en commune en 1996 : les équipements ont sonné le glas à cette allure villageoise restée longtemps collée à la peau de cette ville. Selon le maire, Ousseynou Senghor, en place depuis 2009, son équipe œuvre, sans relâche, pour la prospérité de la ville.

Beaucoup de changements ont également été notés, notamment sur le plan socioéconomique, des infrastructures de base, de l’éducation, de la santé, de l’électrification, de l’accès à l’eau. Selon le maire, la renaissance de Kahone était perceptible vers les années 1996 et 1997, mais le décollage s’est réellement fait ressentir en 2009. « La ville a grandi très vite et a connu une expansion démographique galopante. Des quartiers comme Kanda ont doublé leur population en cinq ans. C’est étonnant du fait des extensions concernant les lotissements, car Kaolack ne disposant plus de terres, tout le monde se rue vers Kahone qui est devenue une véritable terre d’accueil », explique le maire Ousseynou Senghor. Selon lui, Kahone s’est totalement urbanisée du fait de sa proximité avec Kaolack. Même si, soutient-il, la proximité avec Kaolack n’apporte pas grand-chose à Kahone. Malgré cette renaissance, le maire reconnait que les défis sont nombreux. Sur la liste, figure la construction d’un lycée digne de ce nom, mais aussi d’un poste de santé. « Kahone est devenue très grand. On est très proche de Kaolack, mais avec cette population, on a besoin d’un centre de santé de référence avec le soutien des pouvoirs publics », plaide-t-il.

Guy Ndiouli, symbole du royaume
Kahone Gouye NdioulyGuy Ndiouli (le baobab des circoncis) occupe une place centrale dans l’histoire, la culture et la tradition du Saloum. Tous les rois du Saloum, sans exception, ont été intronisés à Guy Ndiouli. « Le promu Buur Saloum, après quelques épreuves comme le tas de sable, venait vers le baobab. Il y avait une branche oblique qu’il devait monter sans s’appuyer nulle part. Le nombre de pas franchis sur le trône équivalait au nombre d’années de règne », explique Cheikh Mbaye, actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane. Selon lui, le huitième Buur Saloum, Maléotane Diouf, a le plus duré au pouvoir avec 45 ans de règne et Socé Bigué Ndiaye, trente sixième roi, a eu le règne le plus court avec seize jours. « Ce n’était pas n’importe qui, qui était intronisé Buur Saloum. En plus d’être descendant de la lignée des Guélewars, le promu Buur devait aussi être une tête », précise-t-il.

Guy Ndiouli était la place où le Buur Saloum organisait les cérémonies de circoncision. À l’époque, indique M. Mbaye, les circoncisions ne se faisaient pas n’importe comment. C’est le Buur Saloum qui donnait l’autorisation. Et il le faisait périodiquement. « Il regroupait tous les adolescents à Guy Ndiouli pour qu’ils subissent l’épreuve de circoncision. Après, on les gardait là-bas des mois pour leur inculquer certaines valeurs comme le civisme, la bravoure, mais aussi le métier des armes parce que les attaques étaient nombreuses à l’époque. Et ces adolescents devaient plus tard être les défenseurs du royaume », fait-il savoir. Guy Ndiouli a également été le théâtre d’une grande bataille appelée « dimansou Guy Ndiouli », qui opposaen 1862 Macodou Birama Fall du Cayor (un damel déchu) et son fils, le buur Saloum, Samba Laobé. « C’est pourquoi, aujourd’hui, c’est un grand symbole. Nous Saloum Saloum, qui connaissons bien l’histoire de cet arbre, allons très souvent nous ressourcer là-bas », assure-t-il.

Guy Guewel, une fierté pour les griots
Il n’y a pas que Guy Ndiouli à Kahone. Guy Guewel fait aussi partie de l’histoire. C’était le cimetière des « pares », illustres griots de la cour royale. Selon M. Mbaye, Wal Boumy, frère du Buur Saloum Latmingué Diélène Ndiaye, avait une affection vis-à-vis de son griot Mbathie Ndiaye. « À la mort de ce dernier, il n’a pas voulu qu’on l’enterre parce qu’il ne voulait pas être nostalgique. Il a donc préféré creuser le tronc d’un baobab pour mettre son griot à l’intérieur. Chaque fois qu’il avait envie de le voir, il venait se ressourcer et repartir. C’est ce qui a fait Guy Guéwél », raconte M. Mbaye. Selon lui, beaucoup de griots qui étaient considérés comme des personnages importants du royaume étaient enterrés dans cet arbre, mais avec l’islamisation, précise-t-il, ces pratiques ont disparu. « Bien que nous consolidions cet acquis historique, nous sommes des musulmans à part entière », souligne-t-il.

Un Gamou qui attend l’implication de ses fils
Kahone, c’est aussi son gamou initié sous le règne du Buur Saloum Latmingué Diélène Ndiaye. Cet évènement qui reçoit, chaque année, pendant trois jours, des milliers de personnes était organisé à chaque approche de l’hivernage. « L’idée principale était de prier pour un bon hivernage, des récoltes abondantes, mais c’était aussi la période où le Buur Saloum devait procéder à l’évaluation de son royaume. C’était comme une sorte de conseil des ministres », explique M. Mbaye. « Aujourd’hui, le gamou vise à sauvegarder l’histoire de Kahone. Pour que cette culture et cette tradition ne s’envolent, il faut des gens qui soient debout, dynamiques, très organisés pour consolider les acquis », affirme-t-il. El Hadji Ousmane Sarr, responsable de l’organisation de ce gamou, a déploré la mauvaise interprétation de l’évènement. « Le gamou n’est pas un moment de réjouissances. C’est un évènement qui nous permet de faire revivre l’histoire. A chaque édition, on organise un panel avec une famille qui parle de l’histoire de ce Buur. C’est aussi une occasion pour permettre aux jeunes de connaitre l’histoire de leur terroir », indique-t-il. Selon lui, beaucoup de valeurs se perdent aujourd’hui avec la modernité. « On est envahi par l’Occident alors que nous avons nos propres valeurs. À travers cette manifestation, qui n’est pas une fête païenne, nous parvenons à faire un retour aux sources. Nous profitons aussi de ce gamou pour introniser les nouveaux dignitaires », précise-t-il. En 2012, le soutien de l’État était bien senti, mais depuis, plus rien. M. Sarr a ainsi invité les cadres du Saloum à s’impliquer davantage dans l’organisation du Penc. « Il y a de la volonté et des personnes qui sont capables de tenir ce Penc à la hauteur de nos ambitions, mais ils ne doivent donc pas attendre à ce qu’on leur lance un appel. Ils doivent s’impliquer volontairement », indique M. Sarr.

Un riche patrimoine à revaloriser
Kahone Residence RoyaleKahone offre un témoignage flamboyant de son passé. Mais aujourd’hui, voir Kahone c’est découvrir une ville qui souffre du dépérissement de son patrimoine. Conscients de son inestimable valeur et de l’importance de sa revalorisation, les fils de la localité s’en préoccupent profondément et demandent l’appui des pouvoirs publics.

Kahone est une terre riche d’histoires, avec un patrimoine qui demeure le témoignage vivant des traditions séculaires. Selon Cheikh Mbaye, l’objectif de Pencum Saloum est de préserver cet acquis culturel, mais le soutien fait défaut. « L’organisation interne actuelle du Saloum n’existe nulle part. Nous n’avons pas perdu nos repères et nous faisons tout pour sauvegarder ce qui existait auparavant, malheureusement, l’État ne suit pas », soutient-il. Pour M. Mbaye, les chantiers sont nombreux. « Il faut ressusciter Guy Ndiouli, la maison royale du dernier Buur Saloum en état de délabrement très avancé et qui pouvait être un écomusée, un lieu de mémoires que l’on peut visiter tout le temps ». Il y a aussi Mama Diana, le génie protecteur de Kahone, Mama Yumang qui est dans l’enceinte de l’hôtel Aldiana. « En allant à Kaolack vendre leurs canaris, les femmes passaient vers Mama Yumang et prenaient un petit bâton ou un bout de bois qu’elles jetaient là-bas pour solliciter des prières. Ces jets sont aujourd’hui devenus une montagne. Nous avons perdu tous ces repères parce que l’État ne s’est pas impliqué », déplore M. Mbaye. Selon lui, les populations de Kahone ne doivent pas céder au découragement. A son avis, la sauvegarde de tout ce patrimoine exige la mobilisation des moyens et la conjugaison des efforts des différents acteurs pour concrétiser ce projet. « Nous avons interpellé une bonne partie des ministres de la Culture qui se sont succédé au Sénégal, mais nous n’avons eu aucun retour. Il est grand temps que l’État jette un coup d’œil au Saloum pour nous aider à assurer la promotion culturelle de cet ancien royaume qui mérite d’être soutenu », fait-il savoir. Selon lui, la culture peut contribuer au développement de Kahone si l’État y met sa main.

El Hadji Ousmane Sarr est du même avis. Pour cet ancien gendarme à la retraite qui a intégré le Pencum Saloum, la culture du Saloum doit être vulgarisée. « Nous avons besoin de préserver l’histoire du Saloum, mais nous sommes conscients que nous avons des limites. C’est pour cette raison que nous invitons tous les fils du Saloum à s’impliquer pour relever les nombreux défis », note-t-il.

A l’origine des « djoung-djoung » !
C’est sous le règne de Latmingué Diélène Ndiaye, initiateur du gamou de Kahone, que les djoung-djoung du Saloum ont existé. Selon M. Mbaye, le Buur avait un griot qui s’appelait Mbathie Ndiaye. Ce dernier, se promenant un jour, avait rencontré un chasseur du nom de Konta Camara qui avait par-devers lui un tambour. «Chaque fois qu’il voulait aller à la chasse, il battait son tambour et les chiens, d’où qu’ils se trouvent, accouraient. Cela a impressionné le « pare », noble griot du Buur, qui est venu rendre compte au roi. Latmingué Diélène demanda à son griot de faire appeler le chasseur. Ce dernier, sachant qu’il allait recevoir la visite de Mbathie Ndiaye, avait rendu féroce ces chiens pour qu’à l’arrivée du pare, ils puissent l’attaquer.

Le griot du Buur qui détenait un pouvoir mystique avait déjoué tous ses plans. À son arrivée, tous les chiens se sont couchés. Aussitôt, le chasseur a compris que l’envoyé du Buur Saloum était un grand homme », explique M. Mbaye. C’est ainsi, poursuit-il, que le chasseur a accepté de le recevoir et de partir répondre à l’invite du roi. À son arrivée, le Buur Saloum lui a posé des questions à propos de son tambour. « C’est alors qu’il lui confia que le tambour s’appelle « dounou », ce nom en bambara a été déformé et a entrainé le nom de « djoung-djoung » », éclaire M. Mbaye. « Le Buur Saloum demanda alors au chasseur de le lui léguer et il accepta sans rechigner. C’est à partir de ce jour que les « djoung-djoung » du Saloum ont été initié », soutient-il.

Selon M. Mbaye, le Buur Saloum qui avait élu domicile à Latmingué avait confié les commandes de Kahone à son frère Wal Boumy. Ce dernier était tellement séduit par les « djoung-djoung » qu’il ne pouvait pas dormir ni se réveiller sans entendre le son des « djoung-djoung ». L’ayant compris, son grand frère envoyait chaque matin les instruments de Latmingué à Kahone pour assouvir les caprices de son jeune frère. « Comme cela était extrêmement éprouvant, le Buur Saloum avait trouvé une solution en éclatant le dispositif des « djoung-djoung » en deux. L’un devant rester à Kahone et l’autre à Latmingué. Ainsi, Wal Boumy avait la possibilité d’entendre les « djoung-djoung » quand il le souhaitait », rapporte-t-il.

Les griots, dit-il, avaient tendance, en chantant ses louanges, de dire « Wal Boumy Diélène Ndiaye sou namé « djoung-djoung » lak day » (si Wal Boumy Diélène Ndiaye a envie d’entendre les « djoung-djoung », il déclenchait un feu de brousse). Même dans sa tombe, raconte M. Mbaye, quand Wal Boumy avait envie d’entendre le « djoung-djoung », le feu jaillissait en évolution vers Kahone. « Seul le son des « djoung-djoung » pouvait éteindre cet incendie. Les vieux montaient alors les chevaux, arboraient les instruments en direction du feu qui s’éteignait rapidement ».

PORTRAIT : CHEIKH MBAYE, ACTUEL « NGARANDOU » ET MÉMOIRE VIVANTE DU SALOUM
Kahone Cheikh MbayeNé en 1953, à Kahone, Cheikh Mbaye est l’actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane. Fils du vieux Garandou Mbaye, griot du Buur Saloum El Hadji Fodé Diouf, le dernier à occuper le trône de 1934 à 1969, cet infirmier de formation, historien à ses heures perdues, montre avec humilité son attachement à ses racines et sa fierté d’être acteur dans sa ville.

Malgré ses 63 ans, Cheikh Mbaye parait en avoir 50. Le sexagénaire est débordant d’énergie et généreux dans l’effort. D’un abord facile, il adore parler de sa culture et l’histoire de sa localité. Cheikh Mbaye n’a pas fait des études en histoire, mais, à force de fréquenter son père, il est devenu une mémoire vivante. « J’ai été élevé à côté de mon père qui était un grand historien. Il animait une émission à la Rts 5 et est décédé en 1985. J’ai essayé de suivre ses pas, mais sans jamais l’égaler. Ce n’est pas toujours évident puisqu’il détenait une connaissance extrêmement vaste sur le plan historique, culturel et traditionnel et il en faisait son propre métier », explique-t-il. Infirmier de son état, Cheikh Mbaye a touché à la politique et son cursus l’a amené à devenir premier adjoint au maire de Kahone de 1977 à 2009. « J’ai commencé à exercer le métier d’infirmier en 1970. Mais je n’avais pas le temps pour être tout le temps aux côtés de mon père. Je me suis tout de même efforcé à lui soutirer un peu de sa connaissance », indique-t-il.

Aujourd’hui, Cheikh Mbaye est l’actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane qui se trouve présentement à Guinguinéo. Le « Ngarandou », explique-t-il, c’est le proche collaborateur du Buur Saloum, mais aussi son griot. « Le Buur Saloum ne voyageait jamais sans son « Ngarandou ». Il l’avait toujours à ses côtés et celui-ci détenait beaucoup de ses secrets », note-t-il. Dans le Saloum, fait savoir M. Mbaye, la royauté a commencé en 1493 avec le Buur Saloum Mbegane Ndour qui a fait 20 ans de règne. Mais avec l’accession du Sénégal à l’indépendance, le colonisateur a cédé une bonne partie sinon l’intégralité de son pouvoir aux autochtones, de sorte que la royauté a été complètement bannie. « Les chefs coutumiers ont remplacé les rois. Mais, ne voulant pas perdre leur histoire, les Saloum Saloum se sont réunis au tour d’une association dénommée Pencum Saloum dans les années 70. Le grand farba, El Hadji Malick Sarr, a été l’initiateur de cette restructuration du Saloum en Penc. Et le premier à avoir occupé la tête du trône est Momar Diarra Ndao, un ancien douanier à la retraite qui a été intronisé à Guy Ndiouli. À sa mort, le trône du Saloum était vacant. Des années après, les Kahonois se sont organisés et ont cotisé pour faire ressusciter le trône et le gamou. C’est à partir de ce moment que Mbaye Badiane, neveu direct du Buur Saloum Fodé Diouf, a été intronisé », relève-t-il. Aujourd’hui, Mbaye Badiane est le conseiller culturel du gouverneur de la région et est en train de faire son chemin pour gérer le patrimoine historique et culturel du Saloum ayant au tour de lui des chefs de province. À l’époque, précise M. Mbaye, le Saloum était constitué de 13 provinces, mais actuellement, six d’entre elles seulement fonctionnent. « Notre ambition est de restructurer et de redynamiser les sept autres provinces pour permettre au Saloum de retrouver son lustre d’antan », soutient-il.

Pour Cheikh Mbaye, il n’existe pas, au Sénégal, un royaume aussi important que celui du Saloum. « Vu l’histoire et l’importance du Saloum, il nous revient de nous organiser, d’être plus dynamiques afin que cette culture que nous ont léguée nos ancêtres puisse survivre pour la future génération ».

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Une de mes connaissances d’une touchante générosité, mari d’une femme peu précautionneuse, se tape de moins en moins la cloche. Cet ex-rupin, grand pourvoyeur de petits délices, bienfaiteur du chat et de la souris, des gueux (au propre et au figuré) et des hommes de cour de son apprêtée épouse, rase piteusement les murs. Les commères et leurs « potes de potins » s’en délectent joyeusement avec leurs petits « ndeysaan » de commisération. Ses enfants ont désormais pris un abonnement chez le gargotier !

Le matin au moment d’aller à l’école, le boutiquier du coin si peu discret, donne quelque menue monnaie (en attendant que le géniteur retrouve sa santé financière !) à l’un d’entre sa progéniture qui ne le regardait pas avec dédain. La petite chichiteuse du vieux désargenté devient subitement tendre, moins hautaine. Ses frères fréquentent désormais « les petites saletés » crasseuses jouant pieds nus avec des haillons, les Gtv (grosses têtes vides) du quartier. Le drame est qu’il ne peut pas compter sur sa pompeuse épouse, tournoyant toujours dans les airs de la vanité, comptant naïvement sur sa coterie fortunée et ses repus courtisans qui ne supportaient son aristocratisme incommodant que pour sa libéralité à leur égard.

Il faut bien que les mômes mangent, s’habillent, se soignent et gardent un peu de leur fierté. A Sunugaal, sans argent, c’est un peu compliqué malgré les bourses familiales ! La stratégie la plus ingénieuse, pour d’ex-rupins, est de « ventiler les gosses ». Il doit bien y avoir quelque part dans ce vaste Sénégal un tonton, une tante ou un grand ami de leurs aïeuls qu’ils n’ont jamais cherché à connaître qui pourront se les coltiner durant les vacances…Tant mieux si la rentrée des classes coïncide avec la Tabaski. Les enfants vont revenir avec le nécessaire. Et si le tonton, la tante et ce « lointain » ami sont aussi généreux que le vieux du temps de sa splendeur, ils leur achèteront des fournitures… et du goûter. Et le tour est joué. Le budget des toilettes élégantes de maman ne sera pas grevé ! Papa, le débonnaire, n’oserait pas d’ailleurs ! Il en a fait une reine, amie des gens d’en haut qui ne descendrait de son piédestal pour l’innocence d’aucun petit capricieux de sa descendance.

Au risque de paraître égoïste, la « tactique d’éparpillement » des enfants employée par certains chefs de famille est déshonorante. Elle abat quelquefois la fierté de leur progéniture valsant éperdument, comme Maimouna (Abdoulaye Sadji), dans deux mondes de valeurs disparates. Les codes de convenance, dépouillés de toutes les fourberies, sont des moyens de raffermissement des liens sociaux. Mais, quand, au nom d’une solidarité plus idéalisée que vécue, on écrase l’autre du poids des devoirs non assumés, le glissement de sens est marqué. Les réminiscences constituent un viatique pour les âmes jeunes en quête de repères. Face aux vicissitudes de la vie, elles affirment, à travers ce passé lointain, leur personnalité morale. Le souvenir d’un père qui s’abandonne à la facilité et d’une mère insouciante est un accotoir fragile.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Le journalisme mène, décidément, à tout. Jadis journaliste, Madior Sylla est parti de la presse pour épouser une carrière diplomatique. De l’information, il passe à la Communication avant d’atterrir, aujourd’hui, à la gestion des carrières et des compétences à la Bceao Sénégal.

Quand on le rencontre seize années après, il vous ramène toujours au journalisme, notamment à la présentation du journal télévisé. S’il n’est plus l’homme des plateaux de 20 h de la Radio télévision sénégalaise (Rts), il n’en est pas moins élégant. Dans un costume gris assorti d’une cravate rouge, il a une démarche de playboy. Vif, plein d’entrain, le milieu des affaires semble l’avoir rajeuni. Ceux qui croient à un Madior Sylla rattrapé par le temps, avec des cheveux grisonnants seront surpris par l’éternelle jeunesse de ce journaliste qui crevait l’écran, il n’y a guère. Présentateur vedette dans les années 90 à la Rts qui, jusqu’en 2000, avait le monopole de l’information, par conséquent du débat « fécond », il est depuis juillet 2012, à la direction de gestion des carrières et des compétences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) dont il était le chargé de la Communication de 2000 à 2005.

Du journalisme à la communication, la frontière est mince. La différence réside dans le fait que la communication, bien qu’informative, vise à convaincre un public. La pratique des deux fait de lui un interlocuteur expressif et convaincant à la fois. Le risque de le rencontrer, c’est d’être hypnotisé par sa voix captivante au point d’en oublier l’essentiel. Une belle voix qui, pourtant, n’a pas pu faire une longue carrière à la radio. Il était devenu, peu d’années après son intégration à la Rts, le présentateur vedette du Jt de 20h, grâce à la confiance et l’encadrement de sa hiérarchie qui avait vu en lui quelques prédispositions d’un bon présentateur. La mise, toujours correcte, ne l’a pas emporté sur son souhait de ressembler à des voix célèbres comme Ibrahima Ndiaye, Mbaye Sidy Mbaye, Ahmad Bachir Kounta, Sokhna Dieng, entre autres.

Sauter le pas pour changer de voie
S’il fait fantasmer, le travail de présentateur n’est pourtant pas de tout repos. En effet, ce sortant du Centre d’études des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Cesti) s’est reconverti, après une dizaine d’année d’exercice journalistique. « En toute liberté » il en est venu, « sans détour », il en est sorti. Ces deux intitulés d’émissions qu’il a animées jadis, résument en quelque sorte sa carrière. Face à une profession prenante où l’on s’épanouit à peine, une passion qui se partage, de nouvelles ambitions professionnelles qui ressurgissent, l’ancien directeur de la coopération du Sénégal pour l’Asie et le Moyen Orient songea à se reconvertir. Une reconversion mûrie dans le temps. Une spécialisation en Relations internationales dans un premier temps, un diplôme d’études approfondies (Dea) en diplomatie ensuite. De quoi épouser un autre corps de métier. « Journaliste, les questions internationales étaient au cœur de mes préoccupations. Lorsqu’il a fallu donner une autre tournure à ma carrière, il était tout a fait naturel d’épouser ce corps de métier », déduit-il.

De nouvelles aptitudes, de nouvelles ambitions et de nouvelles possibilités. Par un heureux concours de circonstances, son nouveau plan de carrière avait coïncidé avec une période où la Bceao procédait à un concours pour recruter des spécialistes en communication. Depuis mars 2000, il est devenu agent de cette structure financière. En détachement auprès du gouvernement du Sénégal en septembre 2005, il a été successivement chargé de la Communication de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence islamique (Anoci) puis, plus tard, du ministère de la Coopération internationale et de l’Aménagement du territoire auprès du ministre d’Etat Karim Wade. Le départ de ce dernier à son poste le fait retourner à la Bceao. « Quand on est journaliste, on le reste pour toute la vie », soutient le journaliste-diplomate. Une impression pour revisiter un passé qui, grâce à quelques supports audiovisuels, retrace une dizaine d’années à la télévision. D’ailleurs, M. Sylla n’exclut pas, après sa retraite, de faire une tranche d’informations, mais en radio, sa passion de toujours.

Journaliste pour un jour, journaliste pour toujours
Bien qu’il ne soit plus dans ce métier, il s’intéresse à ce qui se passe de près et se désole du fait que le traitement de l’information devient de plus en plus accessoire. «Pour rester positif, le métier s’est amélioré. Le paysage médiatique s’est enrichi avec l’arrivée de nouvelles télévisons, des radios et des journaux. Mais, dans le traitement de l’information, on met plus l’accent sur des polémiques stériles », se désole cet ancien animateur d’émissions politiques.

Dans un contexte où est présentateur qui veut, cette voix célèbre dans une époque de monopolisation de l’information avec une seule chaine, la Rts, résume ses mots en la modestie et l’humilité. Quelques lettres salvatrices pour ses confrères pour bien exercer la profession.

Par Marame Coumba Seck

Avec 19 victoires contre deux défaites et un nul, le palmarès du « roi déchu » Yékini force le respect. Une véritable prouesse pour celui qui est pourtant entré dans la lutte par effraction et a régné sans partage pendant 15 longues années sur le trône. Ce qui lui vaut ce témoignage du grand champion Birahim Ndiaye : « Il a réussi à faire une carrière extraordinaire. Aucun lutteur ne peut l’égaler en termes de prouesses, de succès ou de longévité. Il a été remarquable tout au long de sa riche carrière. Il m’a beaucoup marqué par sa technicité, sa tactique, mais surtout par sa politesse et son respect envers tous. Il n’a jamais versé dans la violence, tous ses combats se sont bien déroulés. »

Professionnel jusqu’au fond du nguimb
Yahya Diop Yékini ne badine pas avec la lutte. Il respecte son métier et s’emploie à lui trouver une place de choix dans la longue liste des disciplines sportives. Il résume son ambition au micro de Rfi : « Ce que la lutte m’a apporté, c’est simple : mon plus petit cachet en lutte avec frappe était de 200.000 FCfa, mon plus gros, c’est 150 millions de FCfa. J’en ai fait mon métier, elle a fait ma réussite. La lutte représente beaucoup pour moi en tant que Sénégalais, mais surtout en tant que sérére, car cela fait partie intégrante de ma culture. C’est un sport noble et il y a un côté artistique. C’est comme si vous évoquez le sumo au Japon. Notre ambition, nous les lutteurs, c’est de faire que la lutte soit au même niveau international que la boxe thaï, ou le sumo, par exemple. Nous n’en sommes pas à ce stade, mais je prie pour qu’on y arrive. »

Une référence pour les jeunes
Yékini est une référence pour les jeunes qui veulent faire carrière dans l’arène. Ses conseils sont un véritable viatique pour ses cadets : « D’abord, il faut maîtriser les techniques de la lutte, avoir de la force et puis avoir de solides assises sur le plan mystique. Après, il faut beaucoup de sérieux dans ce que l’on fait parce que le sport de haut niveau demande beaucoup de sacrifices. Comme tout le monde, on aime la compagnie des filles. Comme tout le monde, on aime aller en boite de nuit. Tu es jeune, tu as envie de vivre ta vie comme un jeune de ton âge, mais tu ne peux pas le faire. Franchement, je me suis privé de beaucoup de choses. Je ne sortais pas. J’ai très tôt arrêté de sortir ou de m’amuser parce que je voulais régner longtemps dans l’arène ».

Par S. Diop

Des hackers russes profitent d’une faille de sécurité de Windows. Microsoft a averti mardi qu’une vulnérabilité de son logiciel, récemment exposée par son rival Google, était exploitée par des pirates informatiques soupçonnés d’avoir mené des attaques contre des institutions politiques américaines.

Ce groupe de pirates, que Microsoft appelle « Strontium », est aussi connu sous le nom de Fancy Bear, la même organisation qui, selon des spécialistes, aurait piraté les emails de John Podesta, le président de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton. Dans un rapport publié l’an dernier, le géant de l’informatique décrivait le groupe comme faisant usage « de tactiques et techniques agressives et persistantes et utilisant régulièrement des vulnérabilités Zero Day [soit des failles encore peu ou pas connues pour lesquelles aucun correctif n’est disponible] pour attaquer ses cibles] ».

John Podesta aurait été victime de hameçonnage
Cette fois, Strontium a lancé une campagne d’attaques par hameçonnage visant des cibles spécifiques, notamment des agences gouvernementales ou des institutions diplomatiques et militaires, écrit Terry Myerson, vice-président de Microsoft en charge notamment de Windows, sur un blog officiel du groupe. Le piratage des mails de John Podesta, publiés par Wikileaks, aurait ainsi commencé par un courriel envoyé en mars dernier au responsable pour lui demander de mettre à jour son mot de passe. La direction du renseignement américain (ODNI) avait dénoncé au début du mois une tentative de Moscou d'« interférer dans le processus électoral américain ». Le Kremlin avait répliqué en qualifiant ces accusations de « foutaises ». Dans le cas présent, les pirates combinent leurs attaques par hameçonnage avec l’exploitation de failles de sécurité dans Windows ainsi que dans Flash, un logiciel d’Adobe, pour installer des portes dérobées sur des ordinateurs afin de pouvoir ensuite s’y introduire à leur guise.

Les patchs de sécurité devraient être prêts le 8 novembre
Ce n’est pas Microsoft lui-même, mais des chercheurs de Google qui avaient rendu ces failles publiques lundi, les qualifiant de « particulièrement graves » et précisant « qu’elles sont activement exploitées ». Terry Myerson a toutefois critiqué le fait que son rival n’ait pas attendu que le problème soit résolu. « La décision de Google de dévoiler ces failles avant que des patchs soient largement disponibles et testés est décevante, et fait courir un risque accru aux consommateurs », déplore-t-il. L’entreprise indique que ses propres patchs de sécurité sont en phase de tests et devraient faire l’objet d’une mise à jour le 8 novembre.

Google a argumenté qu’il avait donné sept jours à Microsoft pour régler le problème avant de le rendre public : il dit avoir informé Microsoft et Adobe de sa découverte dès le 21 octobre. Une mise à jour de Flash a d’ailleurs été faite 5 jours plus tard. Terry Myerson assure toutefois que les internautes utilisant le navigateur Edge et la dernière version de Windows 10 ne devraient pas être vulnérables.

Par le surfeur

Last modified on lundi, 07 novembre 2016 11:45

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