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Soleil Grand Air (417)

Enfant, on a tous un rêve. Mais une fois devenu adulte, il arrive de changer de trajectoire. Morane Sall qui ambitionnait de devenir aviateur s’est retrouvé ingénieur informaticien. Et ce jeune ambitieux veut transmettre son virus en mettant en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies à Mbour, au Sénégal et dans la sous-région.

De l’école des garçons de Foundiougne à l’École supérieure de commerce et d’informatique (Esti) de Casablanca, le jeune Morane Sall a parcouru du chemin. Pour devenir ingénieur en informatique. Pourtant, l’ancien camarade de classe du président Macky Sall à l’élémentaire, dans la classe de monsieur Demba Diop, ne se voyait pas informaticien. Comme beaucoup de gamins, il ambitionnait de piloter avions et hélicoptères ou d’être médecin pour sauver des vies. Mais le destin en a décidé autrement. Suite au départ à la retraite de son père qui travaillait et logeait à la préfecture de Foundiougne, le jeune Morane Sall débarque à Mbour avec sa famille et élit domicile au quartier Thiocé-est. Après son cursus secondaire au lycée Malick Sy de Thiès où il décroche son baccalauréat, il est orienté à la faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec comme option, la physique et la chimie.

Mais le jeune Morane va très vite changer de trajectoire avec l’ouverture au département de mathématiques de la licence en informatique. Il s’intéresse de plus en plus à ce domaine. « C’est en développant mes premiers programmes en langage PASCAL que j’ai été piqué par le virus de l’informatique. C’est alors qu’avec la session unique de 1993, j’ai décidé de trouver une inscription dans une école d’ingénieur au Maroc pour tenter ma chance », explique-t-il.

C’est ainsi qu’en 1993, il atterrit à Casablanca et intègre l’Esci et suit pendant trois ans une formation d’ingénieur, option Réseaux et Télécoms. Une fois son diplôme en poche, il décroche son premier emploi à la Société Telesystems de Casablanca après avoir bouclé un stage de fin de cycle sur le thème : « Mise en œuvre des configurations pour la connexion Internet ». Alors qu’il avait la possibilité de s’épanouir pleinement au Maroc, Morane Sall choisit rentrer au bercail et se mettre au service de sa nation. L’ingénieur informaticien a mis son expertise au service de plusieurs entreprises. Aujourd’hui, Morane Sall est le responsable informatique de l’Agence de développement municipal (Adm). « Je suis arrivé à l’Adm en 2014 comme consultant individuel pour l’accompagnement de l’agence à la mise en œuvre de la sécurité informatique. À la suite de cette mission, j’en ai fait une autre pour la gestion du réseau informatique. Par la suite, après la validation du poste de Responsable informatique par l’Assemblée générale de l’Adm, mon recrutement a été effectué après un appel à candidature », renseigne-t-il.

Travailler avec les jeunes et les femmes
Sa contribution dans le développement de Mbour ? « Je peux le mesurer par les actions que j’ai menées pour l’épanouissement de la jeunesse, mais également l’autonomisation des femmes et la recherche de financements », indique-t-il.

Pour mieux concrétiser ses ambitions pour sa ville, Morane Sall qui se dit marqué par ses retrouvailles avec le Président Macky Sall à la faculté des sciences après plusieurs années de séparations a embrassé la politique. « Je suis venu naturellement à la politique, compte tenu de mon environnement familial. Mon ambition, c’est d’être dans des positions me permettant de mieux participer au développement de Mbour et à l’émergence du Sénégal », fait-il savoir.

Des projets, Morane Sall en a à la pelle. « Je veux mettre en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies dans la Petite Côte, mais aussi au Sénégal et dans la sous-région. J’ambitionne également de travailler avec les jeunes et les femmes pour la maîtrise de l’élaboration de projets, leurs financements et leur mise en œuvre ». Au niveau national, Morane Sall compte bien travailler à la mise en œuvre et à la réussite du Pse et de la deuxième phase de l’Acte 3 de la décentralisation par la mise en place de territoires solidaires, résilients et connectés.

Par Samba Oumar FALL

Les machines équipées d’un système d'exploitation Windows qui n’a pas été mis à jour récemment seraient particulièrement vulnérables...

L’Agence de sécurité nationale des Etats-Unis (NSA) aurait mis au point un logiciel-espion baptisé Doublepulsar et installé à leur insu par près de 100.000 utilisateurs dans leur machine. L’existence du « spyware » a été révélée le 14 avril dernier par les pirates informatiques du groupe Shadow Brokers.

Mettre à jour le programme anti-faille
Ces derniers ont assuré que Doublepulsar avait été créé par la NSA pour servir de porte d’entrée à des malwares d’espionnage de communications et de piratage de données, via l’installation d’un implant. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Taiwan ou encore l’Allemagne feraient partie des pays les plus touchés.

Microsoft a annoncé avoir corrigé les failles ayant permis l’installation discrète du "spyware" dans les machines infectées. Pourtant, il existerait encore dans le monde 5,5 millions d’utilisateurs qui n’ont pas encore installé la mise à jour contenant le programme anti-faille et qui sont donc toujours vulnérables à l’intrusion de l’agence américaine, estime la société de sécurité informatique BelowoDay.

Actif depuis environ une semaine
Les spécialistes avancent le chiffre de 100.000 machines infectées dans le monde en se basant sur un outil développé afin de déterminer si l’implant est présent ou non dans un ordinateur.
Ce test, destiné aux personnes ayant des connaissances avancées en informatique, a déjà montré que les portes d’entrées ouvertes par Doublepulsar peuvent être utilisées depuis environ une semaine. Même si, comme l’explique le créateur du test Luke Jennings dans Le Monde Informatique, « il est difficile de savoir exactement quand ces machines ont été infectées par l’implant ». Reste que les cybercriminels peuvent désormais profiter de la situation pour attaquer les ordinateurs rendus vulnérables. Parmi eux, les machines équipées d’un système d’exploitation Windows qui n’a pas été mis à jour récemment ou qui est trop ancien pour être efficace contre le puissant Doublepulsar.

Partout où il passe, Ahmed Sylla remporte le succès. Au-delà de sa force comique et de sa présence si évidente sur scène, ce jeune artiste dégage une douce folie et une sympathie si attachante que ses personnages nous restent en mémoire. Il y a fort à parier qu’Ahmed Sylla est promis à une belle carrière.

Né en 1990 à Nantes de parents immigrés sénégalais, Ahmed Sylla a toujours été le clown de la famille. « Avec mes frères et sœurs nous vivions dans une cité sensible mais nous étions scolarisés dans des établissements privés catholiques, car ma mère avait à cœur de nous donner la meilleure éducation qui soit », se souvient-il. Ce double regard a sans doute contribué à la bienveillance avec laquelle Ahmed Sylla évoque les différences sociologiques. Il faut le voir, dans son seul en scène, incarner trois pères qui viennent récupérer leurs ados dans un commissariat après un vol de stylo.  «On ne naît pas tous égaux face à l’éducation et à l’adversité », résume l’humoriste aux mille et une voix. Il faut l’écouter, imiter son père qui a le don d’inventer des mots et de traiter son fils de « fanfrela » au lieu de fifrelin. Il faut le découvrir, avec son énergie débordante, interpréter un « entraîneur-épicier » de l’équipe de France de foot qui ne reconnaît plus tous ses joueurs noirs.

Ce jeune humoriste fait sensation. Il imite à merveille la gestuelle, le ton et la vacuité de ses cibles. Avec son sourire enchanteur à la Omar Sy, sa gestuelle à la Jim Carrey et son sens de l’improvisation, ce comédien s’est propulsé dans la cour des humoristes à suivre. Son one man show « Ahmed Sylla avec un grand A » remplit actuellement les salles partout en France. Talentueux pour improviser avec le public, le jeune comédien termine son one-man-show en faisant monter quelques enfants sur scène pour les interroger sur leur futur.

Plus à l’aise dans les cours de théâtre que dans les salles de classe, le jeune Nantais est parti «naïvement» à Paris en 2010, pour tenter de réaliser son désir le plus profond : faire de la comédie. Après des scènes ouvertes, il se fait remarquer dans l’émission «On ne demande qu’à rire» sur France 2 avant de créer, avec son frère Moussa Sylla, son premier one man show, réadapté depuis 2015.

Par Oumar BA (Avec le monde)

Le business de la foi

28 Avr 2017
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Nous sommes un peuple de croyants. Personne n’en doute. Les tarikhas ne manquent pas. Les « thiant », « gamou » et « ziarra » sont nos compagnons quotidiens et les « dahiras » sont là pour nous maintenir dans le droit chemin. Mais il faut croire que tout cela ne suffit guère. Il nous faut désormais accueillir, quotidiennement, une noria de prêcheurs dans nos maisons, nos bureaux, et nos voitures pour toujours nous rappeler les tourments réservés aux infidèles dans l’Au-delà. Eh oui ! Les gourdins, les anges exterminateurs, les serpents à têtes multiples… font froid dans le dos. Y a intérêt à bien écouter les porteurs de la bonne parole divine pour se mettre à l’abri des surprises.

Plus besoin d’aller chercher la connaissance dans les « daaras » ou auprès des saints hommes. Il suffit simplement d’avoir le pouce et l’index bien fermes pour zapper, rudoyer les boutons de la radio pour que Dieu vienne à nous. Chaque radio, chaque télé a son (ses) oustaz et ses émissions religieuses. Et, comme nous sommes des « toubènes » (néo-convertis), les serveurs vocaux explosent et ces représentants de Dieu sur la sphère cathodique sont assaillis de questions et de remerciements. Parfois, l’audience des émissions débordent des studios pour s’installer dans les grands espaces sous forme de conférences. Certains conférenciers ont toute une administration pour planifier les dates et régler les modalités financières. Dieu est, décidément, un business qui marche très fort. Sa parole, c’est de l’or en barre. Tant pis pour nous autres qui n’avons pas été apprendre dans les daaras.

Par Sidy DIOP

Originaire de Soum, une nouvelle commune difficile à placer sur la carte du Sénégal, Abibou Ngom fait partie de cette catégorie de jeunes qui ont réussi, malgré les rigueurs et les vicissitudes de la vie, à prendre leur destin en main. Recruté comme volontaire de l’éducation, son ambition, loin d’être démesurée, l’a amené à se battre pour devenir, bien des années plus tard, administrateur civil. Actuel chef des Services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, cet enfant du Loog veut être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de son Soum natal.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais, Abibou Ngom a toujours rêvé de devenir un cadre pour contribuer au développement de son terroir et sortir les siens de la routine quotidienne. Son rêve s’est réalisé au prix de beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Issu de Soum, une localité très enclavée, perdue dans le département de Foundiougne, et dans laquelle toutes les commodités n’étaient pas réunies, Abibou Ngom qui a toujours cru en son étoile, s’est battu pour se frayer un passage sur le long chemin de la réussite.

La plus grande partie de son cursus scolaire, a été faite entre Soum, Foundiougne et Fatick. Après le baccalauréat littéraire (A3) obtenu en 1995, au lycée Coumba Ndoffene Diouf de Fatick, l’ancien pensionnaire de l’école publique mixte de Soum devenue école Babacar Ndéné Diop, rejoint l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il obtient une licence en histoire en 1998. La même année, il est recruté comme volontaire de l’éducation. La détermination en bandoulière, des perspectives vont s’ouvrir pour l’enfant du Loog qui réussit, en 2000, au concours d’entrée à l’École normale supérieure (Ens). Il sort major à l’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement moyen en Histoire et géographie et soutient un mémoire de maîtrise en histoire la même année. Professeur d’histoire et de géographie au lycée de Bambey de 2001 à 2006, il est ensuite mis en position de stage en 2007 pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à la Fastef (ex-Ens). Abibou Ngom qui a pris goût à la réussite passe la même année au concours de l’École nationale d’administration (Ena). Il est même major au concours d’entrée de la section administration générale centrale et territoriale.

Aujourd’hui, Abibou Ngom est le chef des services administratifs de l’Ifan et se la joue modeste. « C’est un poste administratif comme les autres, mais je dois signaler que j’ai d’illustres prédécesseurs à ce poste. Il s’agit, entre autres, de Mahady Diallo et Nafy Ngom Keita devenus des Inspecteurs généraux d’État », indique-t-il.

Passionné d’histoire et de recherches, Abibou Ngom l’a toujours été, lui qui est allé jusqu’à consacrer son mémoire à Soum. « Pour mieux s’investir dans sa localité, il faut d’abord la connaître et la faire connaître aux personnes qui peuvent être amenées à y mener des activités. Ce mémoire est un travail de recherche dont l’objectif est de mettre à la disposition de tous les acteurs du développement et des décideurs des outils pour éclairer leurs décisions », indique-t-il. Abibou Ngom ne s’est pas arrêté là. Il a publié un livre intitulé : « L’autorité administrative face aux conflits à caractère religieux : le cas de Soum ». Cet ouvrage traite de la complexité des conflits à caractère religieux qui, selon l’auteur, constituent des menaces à l’ordre public et à la cohésion sociale. Et il envisage de publier un autre livre sur l’histoire générale de la commune de Soum. « Les éléments de base étant déjà disponibles, il me reste juste de les mettre en cohérence. L’objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la localité, car je suis convaincu que les terroirs méritent une grande attention par rapport aux actes que l’on pose, aux décisions que l’on pourrait prendre », soutient-il.

Comme Babacar Ndéné Diop, qui a rendu énormément de services à la population de Soum en menant des démarches pour l’édification d’une école dans son village d’alors, Abibou Ngom souhaite, lui aussi, apporter sa contribution au développement de sa localité. Et il compte bien s’investir et y investir. Mieux, il s’est engagé à être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de sa chère commune.

Abibou Ngom qui n’a jamais renié ses origines, entrevoit un avenir radieux pour sa localité dont le développement est, dit-il, freiné par son enclavement. « Avec le port de Foundiougne et les deux bateaux, Aguene et Diambogne, qui vont assurer la liaison Ziguinchor-Foundiougne, le pont de Foundiougne qui doit relier les deux rives du Saloum et la piste de production que constitue la boucle du Loog qui finira par être bitumée, de grands espoirs sont permis », assure-t-il. « Même le pétrole est au large de nos côtes. Je pense sincèrement que nous avons devant nous un avenir radieux. Toutefois, la question de l’approvisionnement en eau potable doit être rapidement réglée. C’est une urgence capitale ». La solution passe, selon lui, par le transfèrement d’eau. Il a ainsi invité l’État à prendre des mesures urgentes dans ce sens pour être prévenant.

Samba Oumar FALL

Les avancées technologiques ont apporté une nouvelle configuration dans la vente de produits musicaux. En deux clics, il est désormais possible de télécharger ses chansons préférées, souvent gratuitement, au grand dam de l’artiste. Mais comme il est presque impossible de faire sans, il semblait urgent d’inventer des solutions qui permettraient aux artistes d’y trouver leur compte.

C’est tout le sens du site Musik Bi qui a fêté son premier anniversaire lundi 27 février 2017. Ses responsables ont fait face à la presse au Just For U. L’occasion était idéale pour le leader du téléchargement légal de musique de faire un bilan d’étape. « Notre plateforme offre de nombreux avantages pas seulement aux musiciens, mais aussi aux consommateurs. Les artistes sénégalais et africains peuvent désormais vivre de leur art tout en s’affranchissant de la production et de la distribution coûteuse de Cd pour passer directement à un modèle numérique, qui s’avère viable pour le marché africain », a déclaré Moustapha Diop, directeur de Solid, l’entreprise de solutions informatiques à l’origine de l’initiative.

Aujourd’hui, en collaboration avec deux opérateurs de téléphonie (Orange et Expresso) et d’autres acteurs, Musik Bi a mis en place des solutions qui permettent désormais d’acquérir la musique via Sms, Paypal, Orange Money, Carte bancaire. « L’opérateur récupère son pourcentage et le reste se partage entre la plateforme qui prend 40% et l’artiste 60%. L’avantage c’est que tout est transparent. L’artiste qui signe avec nous a un compte qui lui permet de suivre en temps réel les achats effectués sur son produit »,poursuit M. Diop.

Des défis à la pelle ?
Il révèle, par ailleurs, que sur la plateforme, le public a accès à plus de 500 artistes (et 200 producteurs), et plus de 2 500 titres téléchargeables qui peuvent être écoutés où et quand on le veut. « Musik Bi n’est pas un site de streaming. En optant pour l’option « off-line », le site permet aux usagers d’éviter les problèmes de connexion tout en étant « propriétaire » des morceaux déjà téléchargés »,poursuit-il. Même si la plateforme a signé avec des artistes de renommée internationale comme Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, c’est un rappeur qui caracole en tête des ventes sur la plateforme. Il s’agit de Dip Doundou Guiss.

Selon M. Diop, cela s’explique par le fait que la jeune génération est plus attachée aux réseaux sociaux. « Ils sont très présents, ce qui fait qu’ils touchent facilement leur public », reconnait-il. Mais pour lui, il appartient aux autres artistes de s’approprier la plateforme et davantage utiliser les réseaux sociaux comme relais, pour optimiser leur chance de tirer profit d’un outil qui leur offre une juste rétribution, visible en temps réel et inédite dans ce domaine.

Parce que dit-il, « Nous voulons créer une plateforme de vente légale de musique, adaptée aux réalités africaines, permettant aux artistes de vendre leurs produits et aux populations bancarisées comme non bancarisées d’acheter une grande diversité de chansons. Parce que nous sommes arrivés dans un contexte difficile pour les artistes africains. Beaucoup d’entre eux ne vivent pas bien de leurs œuvres, ne vendent que très peu de CD, en raison du piratage. Les artistes en étaient réduits à ne vivre que des concerts et d’autres prestations, les revenus des sites de streaming n’étant pas particulièrement avantageux pour eux », rappelle-t-il.

M. C. SECK Lemondeafrique

Icône du raffinement africain, quinquagénaire élégante, Reni Folawiyo est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, Londres ou New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart est rentrée au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe.
Elle tente vaille que vaille de sensibiliser ses clients fortunés et les curieux qui se précipitent dans sa bulle de luxe et d’art à ce « made in Africa » haut de gamme. Une sorte d’évangélisation que Reni Folawiyo entreprend comme une sociologue de terrain qui observe l’évolution des mœurs et la mutation de cette mégapole dont nul ne sait plus vraiment combien d’habitants y vivent.

Lagos est une sorte de synthèse désordonnée de la multitude de rapports économiques décryptant ce « décollage » de l’Afrique. Il y a cette bourgeoisie débordante de pétrodollars parfois détournés des caisses publiques, une élite besogneuse et entrepreneunante, une classe moyenne émergente et beaucoup de gens qui vivent avec moins d’un dollar par jour.
Un patchwork qui intrigue les grandes marques occidentales, désireuses de profiter d’une croissance de près de 6 % et d’un marché vaste de 184 millions d’habitants. Toutefois, dans le secteur de la mode, seuls Hugo Boss et Ermenegildo Zegna ont franchi le pas. Et, en ce début d’année 2016, la première économie d’Afrique se révèle fragilisée par la chute des cours des matières premières.

Lemondeafrique

Riche de sa culture, de ses ressources naturelles, mais aussi de son brassage, Toubacouta, situé aux portes du Delta du Sine Saloum classé patrimoine mondial de l’UNESCO en juin 2011, est devenu un havre de paix. Tout au long de l’année, cette ville carrefour distille joie et animation dans chacune de ses rues et de ses villages les plus reculés. Dans cette localité où le traditionnel se marie merveilleusement avec le moderne, les atouts culturels et naturels confèrent à l’activité touristique une place de choix en tant qu’axe majeur de l’économie locale.

Ville cosmopolite située dans le département de Foundiougne, dans la région de Fatick, et presque frontalier avec la Gambie, Toubacouta garde toujours son cachet traditionnel et se caractérise par un profond brassage ethnique. Sérères, Mandingues, Diolas et Wolofs y vivent en parfaite harmonie. Toubacouta, c’est sa diversité culturelle. C’est aussi sa diversité biologique, son patrimoine naturel, ses ressources animalières et fauniques composées de forêts très denses et communautaires, soutient Mahécor Diouf. Ce prestige, Toubacouta le doit, en grande partie, à l’admission du Delta du Saloum qui appartient à plusieurs circonscriptions territoriales au sein du club très fermé des « Plus belles baies du Monde » en 2005 et son classement en juin 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Aujourd’hui, Toubacouta qui a gardé toute son authenticité, apparaît comme un véritable condensé culturel du Sénégal à travers un melting-pot de croyances, de pratiques et de valeurs culturelles qui font son charme et sa fierté. Dans cette ville carrefour, la vie est rythmée par les fêtes et cérémonies traditionnelles.

Au regard de ses énormes potentialités économiques, sociales et culturelles, Toubacouta, de l’avis de son maire, est une importante composante du département de Foundiougne et demeure le fleuron de la région de Fatick. « Notre commune est, aujourd’hui, le noyau dur de la région. Elle regroupe toutes les potentialités qui accompagnent le développement : agriculture, tourisme, pêche, élevage. Sur le plan géographique, tous ces facteurs se regroupent. Tous les produits halieutiques qui sont vendus dans la zone viennent de l’île de Bettenty qui fait face à l’océan, sans compter Missirah qui respire par la pêche. Toubacouta regorge également d’énormes potentialités et de ressources naturelles diversifiées, dont la valorisation constituera indubitablement un levier pour le développement de l’économie locale, le renforcement de son attractivité et la promotion de l’emploi », fait savoir Pape Seydou Dianko.

Depuis toujours, Toubacouta est une ville paisible, qui se développe à son rythme, mais avec une prédominance sur le plan touristique. Grâce à ses potentialités naturelles, cette localité reste un pôle d’attraction touristique. Et le classement du Delta du Saloum y est pour beaucoup, estime Mahécor Diouf.

Des merveilles à découvrir…
La fréquentation a augmenté et chaque année, on reçoit beaucoup de visiteurs qui viennent admirer les trésors que renferme Toubacouta », explique le gestionnaire du site du Delta du Saloum. Mieux, ajoute M. Diouf, la magnificence des lieux a suscité l’intérêt des médias étranger. « Une équipe de Tf1 est venue faire un reportage sur le Delta du Saloum et quelque temps après, on a reçu des touristes qui nous ont dit qu’ils ont découvert le site à travers la télévision française. D’autres journalistes français sont ensuite venus faire des reportages. C’est dire que le site suscite un intérêt particulier », explique le gestionnaire du site.

Selon lui, le touriste qui arrive à Toubacouta a une diversité de choix et peut visiter beaucoup de choses. « Il y a les amas coquilliers qui font l’objet du classement du Delta sur la liste du patrimoine mondial, les forêts classées et les forêts communautaires, l’île aux oiseaux, le village de Missirah avec son fromager millénaire, l’île de Sipo, le parc de Fathala, les bolongs, etc. », note M. Diouf.

Mamadou Dieng, guide touristique et par ailleurs président de cadre de concertation artisanat de Toubacouta, ajoute, pour sa part, que des circuits de visites ont été bien identifiés. Et la plus grande attraction, selon lui, reste l’île aux coquillages, plus connue sous le nom de Diorom Boumack. « Juchée sur une hauteur de 12 mètres, l’île aux coquillages est un endroit magnifique. C’est incontestablement le premier circuit de la zone. Ce site colonisé par les amas coquillers qui témoignent de l’exploitation du coquillage dans cette zone depuis des siècles. On y note la présence de plusieurs tumulus funéraires. À partir de cette île, on peut avoir une vue panoramique du Delta du Saloum », explique ce guide spécialisé en ornithologie. L’île aux oiseaux qui est un véritable refuge ornithologique où viennent se reproduire des espèces rares venues d’Europe fait aussi partie des charmes de Toubacouta, de même que l’île de Sipo avec la reine Fatou Mané, le fromager de Missirah aux images spectaculaires et des écritures coraniques sur les branches et beaucoup d’autres sites exceptionnels, renseigne M. Dieng. Selon lui, tous ces circuits sont aujourd’hui valorisés. « L’association des guides du delta a bénéficié d’une session de formation en partenariat avec le Conseil départemental de Foundiougne et Poitou Charente. Au cours de cette session, on a tracé tous les circuits qui ont ensuite été mis en valeur et l’on a fait en sorte que tous les guides parlent le même langage », indique-t-il. Toutefois, estime ce guide, l’accès au Delta du Saloum gagnerait à être facilité davantage. « Les touristes nous font tout le temps des suggestions. La construction d’un aérodrome est une forte demande. Cela va contribuer à développer davantage le tourisme local et permettra au Delta du Saloum de vivre pleinement. Les touristes vont avoir un gain de temps considérable sans compter que certains pourront même venir d’autres régions pour faire des excursions », fait-il savoir.

Pilier majeur de l’économie locale, le tourisme à Toubacouta bénéficie d’un intérêt particulier et grandissant. Mieux, estime le maire, Toubacouta, grâce à ses potentialités, a réussi à s’imposer comme une étape importante et incontournable dans les différents circuits de la destination Sénégal. « Le tourisme se porte bien ici, même si les potentialités ne sont pas pleinement exploitées. Des fils de Toubacouta établis à l’étranger ont investi dans ce créneau porteur. Et nous avons espoir qu’avec les nombreux projets que la ville va accueillir, le secteur va se développer davantage », indique-t-il. Sur le plan des infrastructures, soutient le maire Pape Seydou Dianko, Toubacouta dispose aujourd’hui d’hôtels de cinq, quatre et trois étoiles, de dix-neuf campements et d’une cinquantaine de résidences. Ce qui, dit-il, n’était pas évident au début.

Une belle mosaïque culturelle
Terre de brassage et de métissage où traditions et modernité se combinent, Toubacouta présente une incroyable richesse culturelle. Cette diversité constitue un atout pour l’attractivité et le développement de ce territoire qui s’impose aujourd’hui comme une destination à promouvoir davantage. Pour le maire, le secteur culturel de Toubacouta reste aussi foisonnant, caractérisé par une belle diversité et une incroyable vitalité. Ils participent grandement à l’épanouissement de la population. Ils proposent également une belle vitrine de notre région et contribuent à un dynamisme économique et social. Mahécor Diouf, Toubacouta est une zone culturellement riche avec beaucoup d’activités qui s’annoncent en matière de festivals, de journées culturelles, de rites et autres cérémonies. « Les populations ont conscience de cette richesse, en dehors de la commune qui organise un grand festival, il y a des journées culturelles qui s’organisent dans tous les villages. Il y a beaucoup de rites initiatiques dans les villages, le kankourang, le dimbadong », indique-t-il.

Parmi ces évènements phares de l’agenda culturel de Toubacouta, figure le « Niumi Badiya » ou Festival de l’amitié transfrontalière entre le Sénégal et la Gambie dont la première édition s’est tenue en 2015. Son objectif, selon M. Diouf, est de raffermir les relations de bon voisinage et de dialogue des peuples et des cultures.

Mamadou Dieng, un des acteurs de cet évènement, estime que ce festival marque la fusion entre le Niomi du Sénégal et de la Gambie et permettra d’enraciner davantage les relations entre les deux pays. Toubacouta peut aussi se prévaloir d’une vie artistique affirmée, comme en témoigne la forte présence de troupes folkloriques à l’image d’Allah Laké, de « Nala Soleil d’Afrique » qui fait la fierté de toute la région de Fatick. « Cette troupe, créée par un jeune de la localité, après un séjour de dix ans en Suisse, est un véritable brassage ethnique, en alliant toutes les musiques traditionnelles des différentes communautés », explique Mamadou Dieng. Il y a aussi le Kagnaleng qui est, selon Mahécor Diouf, un rite de fécondité organisé par un groupe de femmes qui sortent de l’ordinaire. « Ce rite exclusivement féminin est organisé pour les femmes qui ont des problèmes de fécondité ou qui perdent successivement leurs enfants. Il sert à éliminer la répétition de leur malheur et à préserver la procréation », explique-t-il. Selon Mamadou Dieng, les Mandingues, Diolas et beaucoup d’autres ethnies ont leur kagnaleng. « Ce groupe de femmes organise, à un moment donné, un rituel collectif qui garde encore toute son authenticité pour permettre aux femmes victimes de cette malédiction d’avoir un enfant ou de garder son enfant en vie. C’est un rite qui résiste encore à la modernité et des femmes viennent de tous les coins pour bénéficier du kagnaleng », indique-t-il. Une fois le rituel accompli, l’enfant est dotée d’un nouveau nom farcesque qu’il portera jusqu’à un certain âge pour le protéger. « Les kagnaleng sont reconnaissables à leurs accoutrements bizarres. Elles se maquillent, se fardent à outrance, portent des guenilles, des sacs, des chaussures usées, se coiffent de bonnets usés ou de caisses », indique Mamadou Dieng.

Sur la scène artistique de Toubacouta, est aussi présent le « Tollé Kaffo ». Comme les Kagnaleng, les « Tollés Kaffo » portent des accoutrements bizarres. Ce groupe de femmes intervient quand les pluies se font rares ou tardent à tomber. Armées de bâtons, elles se retirent dans la forêt et font des prières pour que la pluie tombe. En dehors de leurs rituels, ces femmes font des prestations lors des fêtes et cérémonies familiales.

À tous ces festivals de grande envergure, s’ajoutent d’autres manifestations organisées tout au long de l’année : le Kankourang, le diambadong ou danse des feuilles, la circoncision, les séances de luttes traditionnelles qui drainent beaucoup de monde.

Des menaces qui pèsent…
C’est pour assurer la protection et la valorisation des cultures locales de cette zone que le centre d’interprétation de Toubacouta a été créé, indique Mahécor Diouf. Ce centre, inauguré le 5 mai 2013, est composé d’un village artisanal, d’un musée qui présente les facettes de la culture locale, d’un bureau d’informations touristiques, d’un théâtre de verdure, etc. « Grâce au centre, tous les secteurs sont organisés en cadres de concertation. Et à chaque fois, il y a de grands évènements, on organise des foires et expositions », fait savoir Mahécor Diouf, gestionnaire du site du Delta du Saloum.

Pour le maire, Pape Seydou Dianko, « la force du tourisme à Toubacouta, c’est la culture ». Conscients que cette richesse constitue un atout touristique considérable, les acteurs multiplient les stratégies pour positionner davantage Toubacouta comme un produit à forte dominante culturelle.

À Toubacouta, le link tourisme et culture existe véritablement. C’est une réalité symbolisée, selon Mahécor Diouf, par le bureau d’information touristique. « La majeure partie des touristes qui arrivent ici viennent visiter le centre. On fait des missions dans les hôtels pour voir comment préserver les sites. Ensemble, on réfléchit pour voir comment valoriser le tourisme, mais aussi comment offrir aux touristes d’autres produits parce que ce n’est pas seulement la nature qu’il faudra vendre, mais aussi les cultures locales ». Aujourd’hui, prévient Mahécor Diouf, il y a des menaces à prendre très au sérieux qui pèsent, même concernant la protection du site. « Il y avait des aspects traditionnels de conservation qui commencent à disparaître. Aux temps, on disait qu’il ne fallait pas couper tel ou tel arbre le lundi, le mardi ou dans la journée. C’était une façon traditionnelle de protéger la nature, mais ces tendances commencent à disparaître », regrette-t-il. Concernant la culture, Mahécor Diouf, estime que la forte influence étrangère constitue aussi une menace. « Toubacouta, c’est des années de rencontre entre touristes et populations locales. C’est ce qui fait qu’il y a tout le temps des influences et l’on est en train de perdre petit à petit certains aspects de la culture locale », soutient-il. L’érosion côtière fait aussi partie des menaces, selon Mahécor Diouf. « On note une salinisation des amas coquillers et des bolongs, avec la remontée de la langue salée. Avec l’eau de l’océan qui entre dans les bolongs, on commence à avoir des modifications de la biodiversité », relève-t-il. Ces modifications, note-t-il, sont aussi perceptibles à Diorom Boumak où une partie commence à disparaître, tandis que Diorom Bou Ndaw est menacé par l’avancée de la mer. « L’île aux oiseaux est aussi sous la menace de l’avancée de la mer et ce n’est pas bon signe. Si ça continue, on risque de perdre tous ces oiseaux qui quittent l’Europe pour venir se reproduire ici », avertit Mahécor Diouf.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Forte d’une riche histoire, la presqu’île de Soum (département de Foundiougne, région de Fatick) suscite un attrait particulier pour le visiteur qui débarque. Cette fascination est exaltée par la vitalité d’un patrimoine culturel qui traverse les époques.

Longtemps considéré comme l’un des trois plus gros villages du Sénégal avec Dioffior et Thionck Essyl, Soum (dans le département de Foundiougne, région de Fatick), avec sa population d’environ 15.000 habitants, est devenu commune en 2008. Limitée à l’ouest au sud par le bras du fleuve, à l’est par Ndorong et au nord par le village de Thiaré, cette grande île du Loog, à 5 km de Foundiougne, est riche de ses traditions et de sa culture. Cette localité fondée par Mbappa Youngar Sarr possède une identité forte et attire par son histoire fascinante.

La paix et la prospérité ont depuis longtemps fait la particularité de Soum qui s’est toujours distinguée sur les plans économique, politique, socio-culturel et démographique. « Sur le plan économique, sa forte production de riz, de coton et de sel et son dynamisme sur le plan commercial ont longtemps fait de Soum une sorte de capitale économique du Loog encore appelé île de Foundiougne », explique Abibou Ngom, conseiller technique spécial du maire, par ailleurs chef des services administratifs de l’Ifan - Université Cheikh Anta Diop. Pour ce fils du terroir, Soum disposait à l’époque de terres des deux grandes îles de Poro (pour la coton-culture) et de Baout (pour la riziculture) situées à sa partie ouest. « Son port fluvial d’Annagar a servi à écouler sa grande production de sel », renseigne-t-il.

Sur le plan politique, ajoute Abibou Ngom, « Soum peut être considérée comme un espace d’expression démocratique où les aristocrates ne pouvaient mettre les pieds. Traditionnellement, Soum est interdit aux membres des familles royales ». Selon M. Ngom, « cette interdiction explique que, par le passé, toute personne menacée par les excès des hommes du pouvoir trouvait refuge à Soum qui était donc un havre de paix et de liberté ». De l’avis de M. Ngom, ce sont les particularités économique et politique de Soum qui expliquent aujourd’hui sa forte croissance démographique. « Même s’il n’est pas le plus ancien village du Loog, Soum qui se veut la Terre des braves hommes (Ngiin ngoor OSumb) en est incontestablement le plus peuplé ».

Des lieux de mémoire…
Soum FoundiougneSoum peut s’enorgueillir de son passé glorieux, mais aussi de nombreuses curiosités à découvrir. L’immensité et la notoriété des potentialités historique et culturelle de Soum sont bien établies avec de nombreux sites historiques qui constituent d’excellents lieux de mémoire. Il s’agit, entre autres, de Loot Sitor, Annagar, Diognick... Chacun de ces sites a son histoire. Et de l’avis du maire Moustapha Ngor Léon Diop, on ne peut pas parler de Soum sans évoquer Loot Sitor en souvenir de Sitor Ndour, un héros qui a fait face à l’envahisseur. « Loot Sitor est la termitière où Sitor est tombé les armes à la main pour défendre son village attaqué par un corps expéditionnaire dépêché par le Bour Saloum pour réprimer les populations qui s’étaient massivement converties à l’islam dans un contexte de conflit entre le Bour Saloum et Maba Diakhou Ba, le marabout du Rip », explique Abibou Ngom.

À en croire le maire de Soum, Loot Sitor est le symbole de la résistance villageoise. Sitor, selon ses dires, s’est sacrifié pour tous les villageois. « Pour faire face à l’envahisseur et ne pas fuir, il a rempli son pantalon de sable et a résisté jusqu’à sa mort », ajoute Amadou Sarr, un conseiller municipal.

À quelques encablures de Loot Sitor se trouve le Diognick, mare qui a fixé l’ancêtre fondateur Mbappa Youngar Sarr sur les lieux. « C’était une très grande mare aux crocodiles qui a laissé son nom à la province du Diognick encore appelé Djilor de l’ancien royaume du Saloum. Tout roi intronisé devait y prendre un bain rituel tout en évitant d’entrer à Soum », fait savoir Abibou Ngom. Cette mare, raconte Tamsir Bob, président des affaires sociales de la commune, avait des vertus curatives. « Elle avait des pouvoirs mystiques et les gens venaient de partout en profiter », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, ce point d’eau s’est tari et ne se remplit que pendant l’hivernage, mais les gens viennent toujours pour prendre un bain, remplir leurs gourdes de cette eau miraculeuse », indique-t-il. Selon certaines indiscrétions, beaucoup de personnalités en quête de gloire ou d’aura se sont baignés dans cette mare.

Le baobab « Ngar Diam », situé au site initial de Soum, fait aussi partie des attractions de cette localité. Cet arbre, selon M. Ngom, symbolise l’importance de la paix. « Ce baobab est ainsi appelé parce qu’il a abrité la première initiation organisée après le saccage de Soum en 1859 par le Bour Saloum et l’exil des populations à l’île de Baout. Pendant toute la durée de l’insécurité, l’initiation n’était plus organisée. Une fois le calme revenu et la population de retour à leur lieu d’origine, l’initiation a été ressuscitée à partir de ce baobab appelé Ngar diam qui signifie (viens en paix) », explique M. Ngom. Aujourd’hui, ce baobab est agressé de toute part. Son tronc, ses branches et ses racines sont perforés par de clous, de fléchettes et autres aiguilles. Sur toute sa circonférence, on aperçoit des signes et inscriptions étranges. « Depuis toujours, ce baobab sacré aux vertus mystiques est fréquenté par des populations d’ici et d’ailleurs qui viennent sur indication de marabouts pour faire des rites, prendre des bains ou enfoncer un clou ou autres objets. Chacun vient en fonction de ses attentes », indique Amadou Sarr. Ce baobab, dit-il, reçoit des visites diurnes comme nocturnes.

Autre site : Annagar, l’important port fluvial de Soum. Cet endroit était jadis fréquenté par les courtiers de Joal. « Ce port est construit sur un bras de fleuve traversé d’Est en ouest par un gué qui relie Soum à l’île de Baout. À cet endroit, il est possible de traverser le bras de mer à pieds. En raison de l’étroitesse du gué et des profondeurs qui le côtoient, il était dangereux de s’y aventurer sans une bonne maîtrise du terrain d’où son appellation Anna Ogar qui signifie que vienne qui connaisse », informe M. Ngom. L’île de Poro-Poro a aussi son importance. « Cette île, tout comme l’île de Baout, était une propriété des populations de Soum qui y pratiquaient la coton-culture. Cette activité permettait la production d’une importante quantité de coton, matière première des tisserands qui venaient de plusieurs contrées. Les cotonnades étaient destinées à la satisfaction des besoins locaux relatifs à l’habillement et aux honneurs rendus à l’occasion de l’initiation, du mariage et des funérailles, entre autres. Elles étaient aussi destinées au commerce », explique l’administrateur civil. À l’époque, nous dit le maire, les populations n’avaient pas besoin d’acheter des pagnes. « Tous les pagnes qu’on portait provenaient de ce coton sauvage qui était récolté par les femmes qui filent la laine qu’elles remettaient ensuite aux tisserands du village », indique-t-il. Cette époque, reconnaît-il, est aujourd’hui révolue. La modernité est passée par là.

Une meilleure valorisation des potentialités
Ile SoumSoum offre un témoignage flamboyant de son passé. Son patrimoine riche et diversifié lui aurait permis d’affirmer sa vocation culturelle, mais ces potentialités sont sous-exploitées. Selon Abibou Ngom, cette richesse est méconnue aussi bien du grand public que des autorités déconcentrées et décentralisées. « La bonne exploitation des potentialités a longtemps été entravée par des obstacles liés à la méconnaissance et à la gouvernance », indique-t-il. Aujourd’hui, soutient-il, ces obstacles sont en train d’être levés. Les récentes journées culturelles organisées en décembre dernier sous le thème « L’importance des valeurs culturelles pour un Soum émergent » ont, à son avis, permis de vulgariser cette richesse. Il s’y ajoute, selon M. Ngom, que les nouvelles autorités municipales ont posé des actes forts pour que la culture soit mise au service du développement. « L’objectif poursuivi à travers ces journées était de faire découvrir ces richesses culturelles, mais aussi de réfléchir sur les voies et moyens de les mettre en valeur. Ainsi, on s’est aperçu que le tourisme culturel peut prospérer à Soum. L’essentiel étant l’installation d’infrastructures hôtelières jusque-là confinées à Foundiougne alors que nous partageons le même environnement fait de mangrove et de bolongs favorables aux activités touristiques », laisse-t-il entendre.

Pour le maire, l’inventaire du patrimoine culturel a été mené et les atouts dont la commune peut tirer profit pour son développement économique et social ont été identifiés. Ainsi, assure Moustapha Ngor Léon Diop, la municipalité entend mettre en place une série de mesure pour une meilleure valorisation du patrimoine. À en croire le maire, les journées culturelles ont marqué un nouveau départ. « Ces journées culturelles ont été un moment fort dans la vie de notre commune. La mairie de Banjul était notre hôte. On a visité quelques sites. On a ensuite été au bois sacré, on a prié pour la paix et posé une stèle », informe le maire qui demeure convaincu que son terroir est assis sur un trésor qui pourrait contribuer à l’essor et rendre beaucoup plus attractive leur communauté. Et il urge, selon ses dires, de valoriser ce riche passé porteur de valeurs d’humanisme et d’ouverture sous toutes ses facettes pour permettre à sa localité de profiter grandement de son riche passé.

Aujourd’hui, note Abibou Ngom, l’espoir est permis avec l’électrification, la piste de production, entres autres. Ainsi, dit-il, des conditions sont réunies pour une valorisation du patrimoine aussi bien par l’éducation scolaire que par la mise en place d’infrastructures hôtelières.

La boucle du Loog, la route de l’espoir
En matière d’infrastructures routières, Soum n’est pas bien dotée. L’espoir était permis avec la réalisation de la boucle du Loog qui fait 17,5 km et dont le tracé devait quitter Foundiougne, passer à Soum, Mbassis et terminer par Mbam. Malheureusement, déplore le maire, les travaux de cette piste qui avaient démarré en novembre 2013 ont été arrêtés en août 2014. « L’Ageroute avait en charge cette boucle et devait aussi réaliser d’autres pistes pour Soum en 2015 et 2016, malheureusement aucune de ces pistes n’a été réalisée. On nous a promis que très prochainement les travaux de la boucle seront achevés. On a demandé que cette route soit bitumée parce que c’est une route stratégique, socio-économique pour la zone. Elle nous facilitera le déplacement et l’écoulement des produits halieutiques et agricoles que nous avons », indique Moustapha Ngor Léon Diop, qui précise qu’avant le début de réalisation de cette route, Soum n’avait pas d’axes praticables. « Avant, tout se déchargeait à Foundiougne. C’est avec le début des travaux qu’on a vu pour la première fois un container de 40 pieds quitter Foundiougne pour venir jusqu’à Soum », explique-t-il. C’est dire combien l’espoir de voir se concrétiser la réalisation de cette boucle est immense pour les populations de cette contrée.

L’eau constitue aussi un casse-tête quotidien dans cette localité qui, depuis 1972, est confrontée à ce même problème. « Notre priorité, c’est l’eau, encore l’eau et toujours l’eau », martèle l’édile de Soum qui, en 1984 déjà, disposait d’un forage réalisé par Caritas-Sénégal. « C’est ce forage qui nous alimentait jusqu’au 15 mai 2015 avant de tomber en panne et d’être hors service », relève le maire. Selon Moustapha Ngor Léon Diop, les autorités ont été saisies et le président de la République a donné des instructions au ministre en charge de l’Hydraulique pour régler ce problème. « Le forage est tombé est panne, la nappe est salée ; ce qui fait que la zone ne peut plus abriter de forages. Ce qu’il faut, c’est un transfèrement d’eau. Avec les programmes des îles du Saloum, Soum sera intégré dans le dispositif », assure le maire, qui dit avoir demandé un transfèrement d’eau depuis la prise de Baout qui se trouve à quelques encablures de Soum et qui est bénéficiaire du réseau Notto-Diosmone-Palmarin. Paradoxe, le village de Baout, note le maire, était alimenté en eau par Soum. Mais aujourd’hui, c’est Soum qui demande à être raccordé à Baout. « Le réseau est là-bas et on a demandé à être raccordé là-bas, mais ce n’est pas très facile. Le ministère de l’Hydraulique a saisi la Sones pour qu’on nous raccorde provisoirement à Foundiougne avant le raccordement définitivement de Baout qui est à 6 km de Soum », fait savoir le maire. « L’eau est donc la priorité des priorités. Nous avons un cheptel très important qui a besoin d’eau pour s’abreuver. C’est capital. C’est une urgence et cela ne peut pas attendre », renseigne-t-il. En matière d’électricité, la commune est connectée depuis longtemps, mais il reste quelques poches. « Nous sommes à six quartiers électrifiés sur dix. C’est la commune qui devait prendre en charge cette extension, mais les moyens font défaut malgré la volonté », soutient-il.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Wotel sa waay *

24 Avr 2017
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Il y a quelques années, alors que les Sénégalais hésitaient entre les aspirants et le « Vieux » qui convoitait presque leur « pitié » pour satisfaire son goût du colossal, je m’amusais (j’étais encore jeune et l’imagination très vagabonde et caustique), dans un centre de vote, à faire une catégorisation sociale des votants et de ce qui les motivait autant (ou si peu). La vieille rengaine qui promeut « l’agir en citoyen » faisait se remuer certes quelques respectueuses gens du rendez-vous inhibiteur, mais il était aussi et surtout un moment d’expression d’une entière humanité. On ne saurait la saisir avec un regard (très souvent dédaigneux) qui ne s’accommoderait pas de la réalité sociale, du sens attaché à la gratitude et à l’espoir chez beaucoup d’entre nous. Omettre ces aspects, c’est calquer des évidences empiriques d’autres « territorialités » sur des modèles en perpétuelle construction.

La pertinence de ces « emprunts » est souvent remise en cause parce que s’inspirant de récits historiques d’autres peuples (la constitution et les modalités d’attribution de légitimité en sont des résultantes). Ce qui reste constant est que ces modèles n’arrivent pas encore à entrer dans l’imaginaire des communautés qu’ils sont censés mener vers d’autres modalités de reconnaissance de la qualité de représentant. Sans interroger ses référents, l’on parlera injustement de manque de maturité politique du peuple. Celui-ci ne fait que perpétuer, en réalité, un héritage plus prégnant que les discours construits autour d’une évolution idéelle très récente imposée par le cheminement avec la puissance coloniale ; encore que celle-ci s’est très souvent accommodée des réalités socio-culturelles pour dérouler sa politique d’assimilation.

Ainsi, votons-nous pour la bienveillance - qu’elle soit naturelle ou organisée - d’un leader politique à qui il faut rendre grâce « ndax bo xewle mu teew ». C’est humain. Ce n’est point là une exaltation du vice. Ce n’en est pas un. De la même manière que le guide religieux joue quelquefois le rôle d’intercesseur du disciple auprès du politique, certains citoyens sénégalais développent, à travers le rendez-vous électoral, une éthique, célèbre ce qu’ils conçoivent comme une valeur morale, la reconnaissance, par-delà les espoirs d’une vie meilleure.

J’ai été envahi d’émotion la semaine dernière en voyant une vieille femme se donner beaucoup de peine, sous une chaleur incommodante, pour se rendre au centre abritant une commission d’inscription sur les listes électorales. Avec beaucoup d’apprêts et de solennité, la bonne dame affiche son soutien à la « généreuse âme du coin » à qui il faut bien évidemment témoigner amour et gratitude. Est-ce l’expression de notre individualisme ou une absence de conscience politique qui remettrait en cause les rapports dans la société sénégalaise ? Certains ont vite fait d’en faire une tare, une « pandémie » qui fait obstacle aux avancées démocratiques. Combien de fois, certains esprits se sont offusqués de l’ingratitude d’un acteur politique à l’égard de son « mentor » abandonné au beau milieu de sa déperdition ou de leur séparation après tout ce que l’un aurait fait pour l’autre ? Ici, l’on ne s’appesantira point sur la maturité politique d’un des protagonistes. Le « peuple » (des guillemets pour rendre ma prétention moins insupportable) dont il est question ici ne fait qu’exprimer une norme humaine, sociale à l’occasion des compétitions électorales pour ne pas faire preuve d’inconséquence.
* Voter pour son « gars »

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Son visage a traversé le temps. Cela fait déjà bientôt seize ans qu’il est présent sur la scène pour défendre les droits des travailleurs. Il est ce qu’on pourrait appeler un « avocat » sans robe noire.

En cette après-midi de mardi, Mody Guiro nous a conviés à son bureau sis au siège de la Cnts. A l’entrée, un homme au teint clair, taille moyenne habillé d’un boubou jaune, nous attend. Sa voix est limpide, mais à peine audible. Chose rarissime, Mody fait partie de ces syndicalistes qui ne s’expriment pas en élevant le ton. L’essentiel est de se faire comprendre par son interlocuteur et cela quel que soit l’enjeu, relève-t-il. Mody Guiro est né le 17 novembre 1951 à Kayes au Mali. Il a connu une enfance assez mouvementée dans le sens où son père, garde républicain, était souvent affecté à travers les différentes contrées du Sénégal. Son boulot consiste à défendre la cause des travailleurs afin de les inscrire dans une perspective de respect de leurs droits. Cette approche ne lui interdit point d’appeler également ces mêmes travailleurs à s’acquitter de leurs devoirs. Mody Guiro est le secrétaire national de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) depuis 2001.

Il a grandi à Kaolack où il a effectué ses études primaires. Dans le cadre de son travail, son père a été affecté à Gossas ou encore à Kédougou, deux endroits où le petit Mody a passé le plus clair de son enfance. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique André Peytavin. Les déplacements de son père au gré des affections lui seront par la suite très utiles. En effet, il se rappelle avoir, à partir de cette approche, noué une certaine relation avec les différentes populations sénégalaises; ce qui lui sera par la suite très utile. Cet accès tôt établi lui a permis de mieux vivre avec les gens et surtout de comprendre leur démarche.

Côté étude, il est titulaire d’un CAP électricien. Son père n’ayant pas les moyens de financer ses études, il décide, très jeune, d’intégrer le marché de l’emploi. Il est alors recruté dans une importante société pétrolière de la place. Cette dernière va l’envoyer en France. Il étudie d’abord à l’Institut Français du Pétrole. Nous sommes en 1974. Puis, il se rend à Pau à la Société Nationale des Pétroles Aquitaine. De retour au Sénégal, il travaille comme technicien, électro-pneumaticien spécialisé en contrôle atomicien. Ensuite, il quitte cette entreprise pour aller travailler à l’institut des mines de Taïba. Il y va que comme contre-maître, instrumentiste. C’est là qu’il sera justement piqué par le « virus syndical ». Sur place, il trouve, dit-il, « beaucoup d’expatriés qui contrôlaient essentiellement l’entreprise. Ces gens avaient fini d’installer un climat fait d’exploitations. Les travailleurs étaient lésés dans bien des domaines ». Cette situation le pousse à rejoindre les rangs dans le but de mener « des combats de principe ». Sur place, un embryon de résistance s’était déjà naturellement formé et le jeune Guiro ne se fait point prier « pour plonger», en vue de renforcer l’équipe contestataire.

La formation, un pilier essentiel du syndicalisme
Un engagement qui ne sera pas dénué de risques, se souvient-il. Il souligne qu’en face, les dirigeants de l’entreprise ne restent pas les bras croisés. Mody Guiro ne se laisse pour autant guère impressionner. Son passé de « militant communiste » lui sera d’utilité, se rappelle-t-il. « J’avais déjà eu par le passé à me frotter à d’autres, ce ne sont pas ces gens-là qui allaient me faire abandonner, d’autant que je m’engageais pour une cause juste et noble », tranche-t-il.

A la lumière de ce qu’ils ont trouvé sur place, ils décident, avec d’autres collègues, de changer les responsables de l’instance syndicale. Le premier combat ne sera pas de tout repos, se souvient-il, d’autant plus que le dirigeant de la société avait quelques connaissances au plus haut sommet de l’Etat. Un homme relativement puisant donc. Chemin faisant, ils informent le Secrétaire général de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) de l’époque, feu Madia Diop, qui avait déjà mené des combats similaires pour le renouveau syndical. « Nous avons fait le déplacement à Dakar pour rencontrer Madia Diop et lui faire part de la situation qui prévalait au sein de notre entreprise », souligne-t-il. Sur place, ils ont retenu la convocation d’une séance extraordinaire de renouvellement des bases. C’est ainsi que 1400 travailleurs ont été conviés. Tous ont chacun déboursé de leur poche 1200 F. Le renouvellement des instances intervient de fait. Il est intégré dans le bureau au poste d’adjoint et, six mois plus plus tard, il est nommé délégué. Ensuite, il sera nommé secrétaire régional de l’Union des syndicats de Thiès. A tour de rôle, il va échelonner les postes avant de devenir secrétaire au niveau national. Toutes ces étapes ont été franchies avec un encadrement basé sur une formation et une éducation syndicale sur tous les plans. Il a ainsi été à tour de rôle formé en économie politique, droit du travail, santé et sécurité. « La confédération avait à l’époque un programme d’éducation et de formation en partenariat avec des instituts établis dans d’autres pays, notamment le syndicat français. Plusieurs leaders syndicaux de la Cnts sont passés par là, afin d’être formés dans plusieurs domaines. Ceci leur permettait de maîtriser la structuration et le système de fonctionnement des relations professionnelles », se souvient-il. La formation était un pilier essentiel pour ceux qui aspiraient à défendre les intérêts des travailleurs. C’est dans ce cadre que Guiro, à l’image d’autres collègues, visite plusieurs pays. Ce qui lui permet de s’enquérir de ce qui se passait dans les pays de l’Est, notamment à Moscou et en Tekoslovaquie. Là, il découvre combien le mouvement syndical était ancré sur des règles bien établies. Cette même approche de formation va le mener jusque dans les pays asiatiques, notamment au Japon et en Chine. « Madia Diop voulait qu’en tant que jeune syndicaliste, nous sachions ce qui se faisait ailleurs », affirme-t-il. Dans ce même cadre de cursus syndical, il se rend aux USA. Il apprend à se familiariser avec les mécanismes de l’organisation internationale du travail. Il dit y avoir très tôt appris à servir dans la discipline et la rigueur. Dans cette même trajectoire, il sera membre du Conseil économique et social au Sénégal, du Cena et président de conseil d’administration.

Il se rappelle avoir été un enfant fougueux. Aujourd’hui, encore les séquelles sont restées malgré le temps qui passe. Il se définit comme « un homme véritablement nerveux ». Il essaye quand même de maîtriser cette nervosité en contrôlant ses émotions. Toutefois, souligne-t-il, cette nervosité peut être exprimée dans des circonstances particulières. « Dans les négociations antérieures, feu Madia Diop était souvent celui qui tempérait, il faisais monter la pression dès lors que l’interlocuteur refusait de se plier en faisant quelques concessions », se rappelle-t-il. Aux jeunes qui veulent un jour intégrer le mouvement syndical, il demande d’aller se former. Toutefois, reconnaît-il, à l’époque il était plus facile de bénéficier de formations. La crise économique n’en était pas aussi vivace. Il invite responsables et délégués syndicaux à davantage s’outiller. Il informe que cette approche permet d’avoir un syndicat fort et en mesure de relever les défis. Au vue des différents cursus des leaders syndicaux, il a l’impression de voir plusieurs d’entre eux bruler les étapes. Les procédures ne sont pas à la portée de tous. Elles requièrent un minimum de connaissances pour pouvoir valablement s’y imprégner. La négociation ne s’improvise pas, elle s’apprend, dit-il.

Madia, le maître
Dans sa trajectoire de syndicaliste, un homme a joué un rôle déterminant : il s’agit de Madia Diop. « Madia était un grand leader. Il a eu à vivre plusieurs expériences politique et économique qui seront déterminantes dans l’histoire du pays. Bien qu’il était politique (il était membre du Parti socialiste), Madia Diop est resté syndicaliste jusqu’à sa mort. A titre d’exemple, des travailleurs ont été plus d’une fois iniquités pour leur appartenance politique et, bien qu’il était militant du parti au pouvoir, Madia Diop a vigoureusement combattu pour eux, au nom de la liberté syndicale », témoigne-t-il sur un homme qui l’aura beaucoup marqué. Mody Guiro ne fait pas partie des syndicalistes qui pensent qu’Etat et syndicat doivent se regarder en chien de faïence.

Au contraire, « l’Etat est le régulateur des activités économiques. Le gouvernement, bien qu’étant employeur, est aussi responsable de la politique nationale », souligne-t-il. Cette situation doit amener les uns et les autres à asseoir un bon climat d’échanges qui seraient fructueux pour les uns et les autres. D’ailleurs, précise t-il, le temps que nous passons dans le secteur privé est plus important que celui passé avec le gouvernement. Il n’est pas également permis à tous les syndicats de pouvoir négocier avec l’Etat car il y a des critères d’approche et de sélection pour cela. Parmi ces critères figurent la représentativité syndicale. Il y a des éléments de mesure spécifiques qui veillent à cela, estime-t-il. Mody Guiro envisage-t-il de faire de la politique ? « Je pense qu’en tant que citoyen nous avons le droit d’avoir des opinions politiques. En ce qui me concerne, si je devrais faire de la politique, je vais d’abord me départir de ma fonction syndicale », relève-t-il.

Par Oumar BA

Un article paru l’an dernier sur Forbes, « Ten Young African Millionaires To Watch » mettait en lumière dix Africains, millionnaires en dollars, malgré leur jeunesse (ils sont tous dans la vingtaine ou la trentaine). Curieusement, sept d’entre eux (70% de l’échantillon donc) ont fait fortune en partie ou totalement dans les nouvelles technologies.

Jason Njoku, 32 ans, Nigeria
Chimiste de formation, il fonde en 2010 iROKO, une société spécialisée dans la distribution en ligne de contenus de divertissement nigérians (films Nollywood, musique nigériane et africaine, etc.). Il est aujourd’hui à la tête de Spark, qu’il définit lui même comme « une compagnie qui crée des compagnies ».

Mark Shuttleworth, 39 ans, Afrique du Sud
Mark est le fondateur et principal financeur de Ubuntu. A 22 ans, il fonde Thwate, une société de sécurité internet qu’il revendra plus tard à VeriSign pour… 575 millions de dollars! Il est aujourd’hui à la tête d’un fond d’investissement, Knife Capital.

Justin Stanford, 29 ans, Afrique du Sud
Il quitte le lycée pour fonder sa première start-up à l’age de 18 ans. Il est aujourd’hui à la tête de ESET Southern Africa, qui représente exclusivement ESET dans 20 pays d’Afrique, et de 4DI Privaca, une compagnie spécialisée dans la sécurité informatique.

Vinny Lingham, 34 ans, Afrique du Sud
Ce jeune sud-africain basé à San Francisco a fait fortune en fondant Yola, une compagnie spécialisée dans la création et l’hébergement de sites web. Il dirige aujourd’hui Gyft, qui propose des services de cartes de vœux virtuels sur mobile.

Kamal Budhabatti, 37 ans, Kenya
Il est le fondateur et le CEO de CraftSilicon qui propose des logiciels bancaires, de microfinance ou de paiements mobile et électronique avec plus de 200 clients en en Afrique et en dehors du continent.

Michael Macharia, 37 ans, Kenya
Fondateur de la SSII Seven Seas Technologies qu’il a lancée à 25 ans et qu’il dirige, il est à la base comptable de formation.

Ashish Thakkar, 31 ans, Ouganda
EN 1996, à 15 ans, il se lance dans le commerce d’ordinateurs. Il est aujourd’hui à la tête de Mara Group, un conglomérat opérant dans les technologies de l’information, les services hôteliers, l’industrie, etc., et qui emploie plus de 7000 personnes.

Le village de Mbassis, relevant de la commune de Mbam, dans le département de Foundiougne, a vécu, au rythme de la traditionnelle cérémonie de circoncision appelée « ndut ». Depuis la nuit des temps, ce rite d’initiation masculine chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté est une tradition jalousement préservée dans cette localité. Elle fait partie de leur identité. Récit de notre équipe qui a eu le privilège d’assister à cet événement grandiose et culturellement riche.

Ce dimanche 2 avril est un jour très particulier à Mbassis, dans le département de Foundiougne. Coincé entre Mbam et Ndorong, ce village sérère, d’ordinaire si calme et reposant, est gagné par une ferveur fantasmagorique. Une ambiance indescriptible a ravi la vedette à la quiétude habituelle. Malgré la canicule, hommes, femmes et enfants ont déserté les maisons pour converger vers la place publique, cœur du village, qui abrite pratiquement toutes les grandes cérémonies. Ce jour marque le retour des initiés après trois jours de retraite en brousse. Un moment inédit que le village n’a plus vécu depuis… 2004.

Depuis la nuit des temps, l’initiation à Mbassis constitue un évènement phare et le retour des initiés donne lieu à des réjouissances grandioses. Et à l’occasion, tout le village communie pour vivre les instants magiques de ce rassemblement sans précédent. Chants, louanges, panégyriques déchirent l’atmosphère et accueillent les initiés qui arrivent dans une allure soutenue, accompagnés de leurs encadreurs, et entourés de sages, de notables, du chef de village. Dans la foule, des hommes portent, sur leurs épaules, des enfants d’à peine quatre ou cinq ans plongés dans les bras de Morphée, fatigués par cette rude épreuve. Difficile de se retenir. On crie, chante, danse, applaudit. On n’est pas loin de l’hystérie. On immortalise ces beaux moments avec son téléphone portable. De temps à autre, des coups de fusil tonnent pour, dit-on, chasser les mauvais esprits.

Cette allégresse était déjà perceptible le jeudi, veille de l’ouverture du « ndut ». Selon les nombreux témoignages, les candidats à l’initiation, préparés mystiquement par leurs parents, sont restés toute la nuit dans leurs maisons où les gens avaient dansé jusqu’à l’aube. Le vendredi, au petit matin, voilés du pagne blanc de l’initiation et escortés par une horde de selbés (encadreurs) surexcités, ils avaient, par petits groupes, entamé leur marche silencieuse vers la maison du « Koumakh » pour prendre un bain spirituel puis, direction place publique où, au son de tam-tam appelé « douloub », ils ont effectué quatre tours de l’arbre sacré (un flamboyant). Tous les initiés sont ensuite rassemblés dans un endroit aménagé hors du village en attendant le grand départ pour la brousse.

« Depuis 2004, cette cérémonie d’envergure qui perpétue une vieille tradition léguée par les ancêtres sérères n’a pas été organisée à Mbassis », informe Mame Ndéné Senghor, un vieux notable de 80 ans, qui nous a guidés ce vendredi 31 mars, parce que l’ouverture des rites démarre toujours un vendredi. C’est ce qui explique, selon lui, cet engouement extraordinaire. Il est conforté dans ses dires par l’adjoint au chef de village de Mbassis. Selon Fary Diassé, le « ndut », chez les sérères, constitue une étape cruciale pour l’homme qui doit acquérir une bonne éducation de base. « C’est à travers des pratiques ancestrales de ce genre qu’on leur inculque toutes les vertus », indique-t-il.

Comme Fary Diassé, nombreux sont les notables de Mbassis qui considèrent le « ndut » comme un examen de socialisation qui consacre le passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais aussi l’affirmation de l’identité culturelle sérère. « C’est une étape déterminante et lorsqu’elle est franchie, elle fait l’honneur de la famille », soutient Mody Senghor, un ancien agent des chemins de fer. Aux temps, explique l’adjoint au chef du village, la circoncision durait un voire trois mois. « Ce rite était pris très au sérieux par les anciens et les jeunes initiés passaient tout ce temps dans le bois sacré et à leur sortie, une grande fête était organisée. Et ceci était valable dans toute la contrée du Lôg comme dans les autres terroirs sérères», précise-t-il.

À Mbassis, fait-il remarquer, les ancêtres ont tracé la voie. Impossible donc de se départir de cette tradition sacrée, selon Mame Fodé Sarr, professeur de sciences de la vie et de la terre (Svt) au lycée Amadou Ndack Seck de Thiès. « Nous avons le devoir de pérenniser ce rite ancestral, de le faire connaître aux générations actuelles et futures », soutient-il. Une motivation supplémentaire qui a gagné la majorité des sages, notables et parents du village de Mbassis qui se sont organisés en rapport avec les initiés pour le choix de la période propice et cela 13 ans après la dernière édition du « ndut ».

153 initiés dans la case de l’homme
Ndut sérèreEn pays sérère, l’initiation est très bien organisée avec des rôles bien définis, explique le vieux Mody Senghor. « Nous avons une hiérarchisation qui comprend d’abord le « koumakh » qui est le chef suprême. Toutes les décisions émanent de lui. Ensuite vient le « kalma » qui est son second. Il y a aussi le « yayu njuli », la seule femme autorisée à être avec les initiés et qui est comme une mère pour eux. Il y a également les selbés qui se chargent de les surveiller et de les encadrer », fait savoir Mody Senghor. Et pour cette édition, Lamine Kor est choisi pour assurer la charge de « Koumakh ». Il est secondé par Mame Fodé Sarr, choisi comme protecteur des initiés. Selon ce dernier, l’initiation a lieu chaque fois qu’une classe d’âge ayant atteint l’âge requis en exprime le besoin.

« Pendant un certain temps, ils se réunissent pour voir si cette année la cérémonie pourrait se tenir ou non. Puis ils vont vers les personnes âgées afin de les informer de leur décision et de leur indiquer la personne qui sera leur protecteur spirituel ; celui qui va les emmener et les ramener sains et saufs », renseigne-t-il.

Le « ndut » est, aujourd’hui, le plus grand rassemblement à Mbassis. L’édition 2017 a mobilisé 153 enfants, toutes classes d’âge confondues, qui ont accompli le rituel depuis l’ouverture jusqu’à la sortie. Et ce ne sont pas uniquement des fils de Mbassis qui ont participé. Des jeunes venus d’autres contrées étaient également concernés. « Aujourd’hui, le « ndut » se fait rare en pays sérère. Il y a beaucoup de villages qui n’en ont plus organisé depuis des décennies. C’est pour cette raison que quand certains villages environnants sont au courant, ils envoient leurs candidats », informe Mody Senghor.

« Ici, on accorde une importance capitale à ce rituel. Il y a la cérémonie du mil concassé qui est versé sur les têtes des initiés. C’est une prière pour qu’ils vivent jusqu’à ce qu’ils aient des cheveux blancs », relève Mame Fodé Sarr. En charge de la sécurité physique et mystique des initiés pendant la période et même après le «ndut», il assure, avec la volonté de Dieu, la garantie d’une vie sauve aux initiés pendant les sept années à venir. « Notre mission, c’est de protéger mystiquement les enfants et de les ramener sains et saufs dans leurs familles respectives. Nous avons aussi le devoir de rassurer les parents qu’aucun enfant ne mourra ni ne subira un accident », indique-t-il, non sans insister sur la délicatesse de la mission.
« Quand il y a une cérémonie de ce genre, tout le monde apporte son pouvoir pour protéger au maximum les fils du village contre tout danger », assure-t-il. Le « ndut » permet d’inculquer aux jeunes certaines valeurs indispensables pour bien vivre en société. Ces valeurs ont pour nom courage, patience, endurance, solidarité, responsabilité, obéissance, humilité, abnégation et réserve. Un code de conduite leur est transmis.

Une vraie école de la vie
Sérère MbassisOn leur apprend aussi le respect de soi et de son prochain, mais surtout des parents, des anciens. « Au sortir de cette expérience, l’enfant était suffisamment armé de principes et de valeurs pour affronter les obstacles et aléas de la vie. C’est pourquoi, les parents mobilisent énormément de moyens financiers comme matériels pendant cette période », dit Mame Fodé Sarr. Selon lui, « ce rituel est une chance pour le village, car, des prières sont formulées pour que l’hivernage soit béni ». C’est aussi une chance, d’assurer la protection de tout le village. Mais si aux temps, le « ndut » se déroulait sur un ou plusieurs mois, ce rite de maturité est aujourd’hui concentré sur trois jours. « La tendance a fortement changé et avec l’école, on ne peut plus faire des circoncisions qui dépassent le temps des vacances. Il faut s’adapter au calendrier scolaire », argue Mody Senghor.

Ces quelques heures passées en brousse suffisent-elles pour acquérir suffisamment de savoir comme les anciens ? Le vieux Mody Senghor répond par l’affirmative. Le plus important, selon lui, c’est d’entrer dans la case des hommes. Et une fois qu’on en sort, on devient un homme mûr. Son nouveau statut lui permet d’acquérir des prérogatives très importantes. Il devient responsable et peut alors fonder une famille et perpétuer sa lignée. « L’initiation, chez les sérères, est incontournable pour tout jeune qui aspire au respect. Quand ils reviennent, ils sont assurés d’être de vrais hommes et peuvent prétendre épouser une femme et sont aptes à assurer tout ce qu’un chef de famille doit faire », note Mame Fodé Sarr. « Un non-initié n’est pas considéré et accepté dans certains cercles. Il n’a pas le droit de s’asseoir et de parler avec les adultes de sa communauté. Quand il y a une réunion dans le village, il ne peut non plus y assister. De même, il doit forcément passer par l’initiation avant d’être considéré comme un homme», précise Mame Fodé Sarr.

Moment de retrouvailles, de fêtes…
Le « ndut » apporte toujours un vent de bonheur dans les familles. C’est des moments de retrouvailles, de ripailles. Une fois de retour au village, une grande fête est organisée sur la place publique où chants et danses sont à l’honneur. Comme au premier jour, les initiés effectuent quatre fois le tours de l’arbre sacré devant toutes les populations toutes classes d’âges et sexes confondus. Des coups de fusil tonnent à tout va. Puis, place aux prières et aux remerciements. De retour dans leurs familles respectives, de grandes fêtes sont organisées en leur honneur. On ne lésine pas sur les moyens. Chacun, selon ses possibilités, immole bœufs, moutons, chèvres, volailles. Chez la famille de Waly Sène dont le fils de 17ans, Abdoulaye Sène, figurait parmi les initiés, la tradition sera encore respectée. « Nous allons immoler un mouton et faire la fête en l’honneur de notre fils nouvellement initié. C’est cela la tradition, un legs de nos ancêtres que nous devons suivre et sauvegarder. Cette pratique se prépare de longues années, différemment du mariage où les femmes suivent également un autre rituel, mais qui est toujours fêté chez les sérères dans l’apothéose », laisse entendre Waly Sène. Originaire de Mbassis, cette femme qui a requis l’anonymat, est venue spécialement de Dakar pour les besoins du « ndut ». Ses enfants figurent parmi les initiés. « Cet évènement est un rendez-vous bien inséré dans notre agenda et nous ne manquons jamais l’occasion de retourner au terroir pour nous ressourcer », note-t-elle. Dans pratiquement toutes les maisons, c’est l’effervescence. On mange, boit et danse. Tout le monde participe avec enthousiasme à ces réjouissances qui peuvent durer jusqu’à une semaine.

Depuis toujours, le « ndut » est un rite profondément ancré dans l’identité culturelle sérère. Malgré l’implantation de l’Islam et le modernisme, Mbassis, comme beaucoup de villages sérères, a gardé ses nombreuses traditions qui régulent chaque étape de la vie. L’importance de ce rite initiatique fait qu’à chaque organisation, les fils du village, où qu’ils soient, reviennent s’abreuver à la source des traditions.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Clairvoyance évaporable

21 Avr 2017
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Qu’est-ce qui peut bien pousser un homme à s’embrouiller l’esprit, à aliéner sa lucidité au point de commettre l’irréparable. Sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants, certains ne s’imposent aucune limite. Chercher les raisons de ce « pétage de g… », c’est vouloir expliquer le pourquoi de l’existence du ciel et de la terre. Certains se piquent pour bien paraître aux yeux de la communauté des « branchés », d’autres se saoulent pour se donner du courage, d’autres encore pour vaincre l’oisiveté ou par simple vice. Ces gens vivent dans l’illusion du bien être, de la puissance, du bonheur sur terre. Jusqu’au jour où un sursaut d’orgueil leur fait comprendre qu’ils se mettent au banc de la société et ruinent leur santé.

Abdourahmane Savané s’est présenté au commissariat de Dieuppeul avec ses joints bien roulés pour prier les policiers de le mettre en prison avant que le yamba ne le tue. Son vœu a été exaucé puisqu’il a été arrêté et déféré au parquet pour détention et usage de chanvre indien. Le jour de son procès, l’homme qui a visiblement retrouvé ses esprits se rétracte et interpelle le juge : « Je ne suis pas fou au point de me présenter au commissariat avec des joints, je suis innocent». Le drame avec les fumeurs de joints, c’est que leur parole est aussi volatile que la fumée de l’herbe illicite.

Par Sidy DIOP

En l’absence de perspective d’emplois à Missirah, Mme Siga Diouf Fall s’est tournée vers le mareyage, activité qu’exercent beaucoup de femmes dans ce village de pêcheurs situé à 12 km de Toubacouta. Cette bonne dame affiche sa fierté d’avoir intégré ce métier et, aujourd’hui, elle n’est obsédée que par le poisson qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Au lieu de s’adonner à la transformation des produits qui occupent la majorité des femmes de Missirah regroupées au sein d’une union locale, Mme Siga Diouf Fall a choisi la voie du mareyage. Sa passion pour ce métier, elle la raconte avec émotion. Selon elle, tout a commencé avec le décès de son premier époux. « Après mon veuvage, je suis restée trois années de suite à ne rien faire. J’avais trois enfants, dont deux garçons et une fille, que je devais nourrir », explique-t-elle. Cette période, elle l’a vécu difficilement. Jusqu’à ce que sa sœur qui s’active, elle aussi, dans le secteur, lui conseille de se lancer dans le mareyage. C’était en 2010. « Elle me procure une caisse et me prête un petit fonds de roulement pour me permettre de démarrer. Ensemble, nous nous rendons au ponton et elle me met en rapport avec les piroguiers auprès de qui j’ai commencé à acheter les poissons que j’acheminais ensuite vers le marché », indique-t-elle.

Ainsi, lancée dans l’activité de mareyage, Siga Diouf Fall découvre une nouvelle vie. Difficile au début, mais au fur et à mesure, elle a fini par s’adapter et l’habitude aidant, elle fait la connaissance d’acteurs travaillant dans le secteur de la pêche.

« Ce n’est pas bien facile en tant que femme de se lancer dans une telle activité qui naguère était beaucoup plus adaptée aux hommes. Cela demande beaucoup de courage, d’efforts. C’est tout un processus allant de l’achat de produits jusqu’à la vente en passant par la mise en caisse et la conservation avec de la glace qu’il faut toujours avoir à côté au risque de voir les produits pourrir ».

Pour autant, Mme Fall n’a jamais montré des signes de découragement, sa sœur étant à ses côtés pour mieux la pousser à persévérer. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu de m’avoir donné les forces de surmonter autant de difficultés après le décès de mon défunt mari et le soutien de ma sœur que je remercie d’avoir eu l’idée de m’encourager à me lancer dans le mareyage », souligne-t-elle.

À 35 ans, Siga Diouf Fall se dit « obsédée » par cette activité devenue, pour elle, une chance saisie pour se reconvertir et nourrir sa progéniture, même si, reconnait-elle, ça n’a pas été bien facile au début. Dans son nouveau métier, la chance lui a souri à nouveau. Elle a rencontré un homme et convolé avec lui.

« Mon actuel mari évolue aussi dans le milieu. Je l’ai rencontré pour la première fois au ponton de Missirah. C’est ce qui m’a encore davantage encouragé à m’investir dans cette activité. Je me suis alors organisée dans la commercialisation en convoyant des produits dans les marchés de Sokone et de Karang deux fois par semaine, mais aussi dans les autres marchés hebdomadaires comme Passy », explique t-elle.

Tous les soirs, jusqu’à des heures avancées de la nuit, le ponton de Missirah regorge de monde dont une majorité de femmes qui s’activent pour gagner dignement leur vie. Des destins s’y nouent et comme Siga Diouf Fall, beaucoup de femmes, bercées par la brise et l’odeur du poisson, s’y sont construit une nouvelle vie qu’elles croquent à belles dents.

M. SAGNE et S. O. FALL (photo : N. S. SAMB)

Le fibrome utérin est une tumeur bénigne qui se développe au niveau de l’utérus. Différentes causes peuvent être à l’origine du fibrome de l’utérus. On fait le point sur les signes de la maladie, les examens prescrits et les traitements proposés en cas de fibrome utérin.

Les termes «fibrome» et «myome» sont synonymes. Un utérus dit polymyomateux ou fibromateux signifie qu’il est porteur de plusieurs fibromes.
Un fibrome de l’utérus est une tumeur bénigne développée à partir du muscle utérin (myomètre) et du tissu fibreux de l’utérus. Les fibromes sont sous l’influence des hormones féminines.
Les fibromes forment des masses plus ou moins arrondies ; il existe trois localisations principales par rapport à la paroi de l’utérus :
• Fibrome sous-muqueux : il fait saillie dans la cavité de l’utérus. Il est responsable de saignements et d’infertilité ;
• Fibrome interstitiel : il est enchâssé dans le muscle utérin. Il peut donner des douleurs, des pesanteurs, une infertilité...
• Fibrome sous-séreux : il fait saillie à l’extérieur de l’utérus. Il peut donner des douleurs et des pesanteurs.

Ces trois localisations peuvent être associées entre elles.
La cause des fibromes est inconnue à ce jour. Les fibromes sont plus fréquents autour de la quarantaine et chez la population noire.

Les signes de la maladie
Tous les fibromes ne donnent pas de symptômes. Beaucoup sont silencieux et asymptomatiques. Il n’y a pas lien entre les symptômes et le nombre de fibromes : un seul fibrome peut être gênant, plusieurs peuvent ne donner aucun signe. Les fibromes peuvent être découverts « par hasard » lors d’un examen effectué pour une autre raison ( toucher vaginal, échographie…).
Souvent, les patientes consultent pour des règles hémorragiques (ménorragies), trop abondantes ou trop prolongées, avec des caillots. Ce saignement s’arrête entre les règles. Des saignements entre les règles (métrorragies) sont cependant possibles.

Parfois, ce sont d’autres signes qui donnent l’alerte :
• Des douleurs au niveau de l’utérus ;
• Des signes urinaires à type d’envies fréquentes de miction (il existe une compression de la vessie) ;
• Une impression de pesanteur dans le petit bassin sans véritable douleur ;
• Une augmentation de volume de l’abdomen ;
• Une infertilité.
• L’échographie est l’examen clé pour la mise en évidence des fibromes, leur taille et leur localisation ;
• L’hystérographie est l’examen nécessaire pour voir l’aspect de la cavité utérine et sa déformation provoquée par le fibrome. Cet examen peut être réaliser dans le cadre d’un bilan d’infertilité ;
• L’hystéroscopie à l’aide d’une caméra dans l’utérus permet également de visualiser la cavité utérine ;
• Une prise de sang avec numération de la formule sanguine peut mettre en évidence une anémie en cas de saignements importants.

Traitement des fibromes utérins
La plupart des fibromes, de volume modéré, non douloureux, ne demandent qu’une surveillance régulière et une abstention thérapeutique. On ne soigne que les fibromes qui deviennent gênants.

Le traitement médical utilise des hormones féminines : progestatifs de synthèse avec des modalités qui dépendent de la localisation, de la taille du fibrome ainsi que des symptômes. Ce traitement est surtout indiqué pour les fibromes qui saignent. Ces traitements sont globalement décevants et n’ont pas fait la preuve éclatante de leur efficacité.
La chirurgie est envisagée dans certains cas.

La myomectomie réalise l’ablation d’un ou plusieurs fibromes et peut être faite par voie abdominale (chirurgie classique, parfois coelioscopie) ou par les voies naturelles (utérine) sous contrôle visuel (hystéroscopie). D’autres techniques incluent la myolyse par électrocoagulation ou aux ultrasons ou encore l’embolisation des artères utérines.

L’ablation de l’utérus et des annexes ou hystérectomie totale est pratiquée à l’approche de la ménopause, en cas d’utérus polymyomateux (plusieurs fibromes disséminés), hémorragique ou douloureux. Pour en savoir plus, lire notre article sur les « Traitements des Fibromes «.

Visage de madone, jambes vertigineuses, sourire irrésistible : née au Burundi, remarquée en Belgique, le mannequin a tout d’un grand Top model.

Elle parle français, anglais, néerlandais, allemand, chinois, swahili et kirundi. Elle mesure 1,80 m, pèse 55 kg. 37 000 followers sur Instagram. Ses mensurations : 83-58-89. À 25 ans, Leila Ndabirabe s’impose comme le premier top model originaire du Burundi depuis l’iconique princesse Esther Kamatari dans les années 1970. Même si sa ville de cœur est Bruxelles, où sa famille s’est installée lorsque Leila avait 10 ans.

C’est dans les rues de la capitale belge qu’elle est repérée par un talent scout. Elle a 16 ans, un bon âge pour commencer les castings. Après avoir obtenu son bac, Leila Nda fait des débuts de modèle au sein de l’agence Imm, dirigée par l’ex-mannequin et dénicheuse de talents Carine Caillieret… Tout en étudiant le droit à l’Université libre de Bruxelles. « En Afrique, être belle, c’est avoir des formes. Je n’en ai pas ! J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose. J’ai bataillé dur pour prendre du poids. Quand je suis arrivé en Europe, on m’a dit que j’étais mince et belle […].

La beauté dépend de l’endroit où l’on se trouve. » Cependant, sa silhouette longiligne ne l’empêche pas d’être désignée Miss Union africaine en 2012. Malgré sa timidité et son manque de confiance en elle, elle est vite repérée par les plus grandes maisons de mode, et se retrouve propulsée dans le réseau de cette industrie où tout le monde se connaît, et où il faut éviter le moindre impair.

Élève brillante doublée d’un bon petit soldat, Leila met un point d’honneur à se montrer toujours sous son meilleur jour, belle et professionnelle. En quelques mois, elle foule près de 40 podiums. Marc Jacobs, Victoria Beckham, Versace, Gucci, Bottega Veneta, Roberto Cavalli, Rodarte, Oscar de la Renta ou encore Hugo Boss… Résultat, elle fait la « une », en septembre 2014, du numéro mode du Elle belge. Aujourd’hui, elle est l’une des tops les plus influents du monde.

Dans les newcomers, s’illustre notamment la jeune Dilone, tout droit venue de Long Island, qui remet l’afro-américain au goût du jour. Mais le passeport occidental n’est plus un sésame indispensable. De nombreux modèles nés en Afrique tiennent la dragée haute dans les castings. Parmi les plus connues Leila Nda donc, mais aussi l’Angolaise Maria Borges, les Soudanaises Akuol de Mabior et Ajak Deng, la Tunisienne Hanaa Ben Abdesslem, la Kenyane Malaika Firth, la Tanzanienne Herieth Paul…

Source : Afrique magazine

En Afrique du Sud, la plate-forme Obami, lancée par Barbara Mallinson en 2009, met en relation des enseignants, des élèves et des parents pour améliorer la situation éducative du pays. Aujourd’hui, il fonctionne comme un réseau social.

Comment mieux apprendre en Afrique du Sud, pays occupant la 143e place mondiale (sur 144) pour l’enseignement des mathématiques et des sciences, selon le classement du World Economic Forum ? Pour relever ce défi, la plate-forme Obami, fondée en 2009, par Barbara Mallinson, s’est un peu cherchée.

« Au départ, notre vision était d’apporter un changement fondamental dans le système éducatif en offrant du contenu en ligne et des outils pour les enseignants », se souvient Ennis Jones, directeur et numéro deux de la structure. Un objectif extrêmement ambitieux et… démesuré. « Nous avons réalisé que la modification du système d’éducation à l’échelle d’un pays était un défi énorme et qu’il serait plus efficace de chercher à changer la façon dont les citoyens et plus seulement les écoles, transmettent et apprennent », explique Ennis Jones.

Une agora numérique
Ce virage stratégique et pragmatique a porté ses fruits. Obami, tel un réseau social, met désormais en relation des enseignants, des élèves et des parents. Elle crée également un espace où les écoles et les organismes universitaires discutent, se tiennent informés des nouvelles tendances en éducation, partagent leurs ressources et lancent des projets.

Une véritable agora numérique, spécialisée sur l’éducation et accessible par ordinateurs et portables interposés. Au total, 450 organisations enregistrées, « des collèges, des sociétés d’enseignements à distance, des entreprises dans des zones urbaines et rurales, pour le bénéfice de 45 000 apprenants, étudiants ou professionnels », précise Ennis Jones.

Au fil des années, Obami, est devenue « une sorte de facilitateur connectant des experts du savoir avec des gens qui cherchent de nouvelles expériences d’apprentissage, résume-t-il. Nous avons déjà assisté en ligne à des choses étonnantes : comme ces enfants de 7 ans capables de construire leurs propres sites Internet. Ou encore ces entreprises qui ont réussi à totalement transformer leurs programmes internes de développement professionnel. » La plate-forme a même réalisé une première en Afrique : « Rendre accessible des dizaines de milliers de documents numérisés pour permettre à des étudiants de réviser ». Cité dans de multiples classements (Forbes, CNN…) comme une des initiatives citoyennes africaines les plus innovantes, Obami accueille de plus en plus d’entreprises dans sa communauté. Ainsi, le projet est réalisé en partenariat avec Vodaphone, le plus grand opérateur téléphonique du pays.

Sur le site créé pour l’opération, une multitude de cours vidéos gratuits à destination des 8-12 ans. L’implication du secteur privé est-elle nécessaire pour prendre ce virage numérique et améliorer la situation éducative sud-africaine ? « Oui, répond, sans détour, le responsable. Le gouvernement n’y arrivera pas tout seul et n’a pas toute l’expertise requise ».

Lemondeafrique

Considéré comme l’un des villages les plus anciens du Niombato, Missirah, dans la commune de Toubacouta, est un coin plein de charme et riche de son passé. Le brassage culturel est une réalité dans ce village à 100 % musulman, très connu pour son fromager millénaire impressionnant entouré d’un fort mysticisme et qui possède aussi une très ancienne tradition de pêche.

Faisant partie intégrante du Parc national du Delta du Saloum et de la Réserve de biosphère du Delta du Saloum, le village côtier de Missirah représente un véritable havre de paix pour la communauté qui y vit. Situé à 12 km de Toubacouta et limité au nord par Néma Bah, au sud par Djinack et Bakadadji, à l’est par Taïba et à l’ouest par Bettenty, Missirah, accessible à travers une piste cahoteuse et caillouteuse (il est aussi accessible par pirogue), se distingue par son écosystème fluvial riche et varié. Sa végétation dominée par une colonie de badamiers, fromagers, baobabs, manguiers et anacardiers en font un coin très charmant. Créé vers 1856 par Diomaye Senghor qui se convertit plus tard à l’Islam pour porter le nom de Fodé Senghor, ce village historique compte cinq quartiers (Diatta Kounda, Djifandor, Mbarra Kounda, Ndoffane, Ngadior) peuplés majoritairement de Sérères et de Socés. Au centre de ce village plein de charme qui arbore une architecture tout à fait typique, et un mode de vie propre trône la grande mosquée.

Depuis la nuit des temps, la chefferie et l’imamat à Missirah sont assurés par la famille Senghor. Cette tradition remonte à la fondation du village, selon Diamé Cissé, une notable du village et par ailleurs conseiller municipal. C’est à son retour de Gambie où il était parti se soigner que Fodé Senghor, originaire du Mali, avait découvert ce site. Un marabout musulman l’avait soigné et converti à l’Islam. Il lui donna le nom de Fodé et lui enseigna le Coran. À la fin de sa formation, le marabout lui avait demandé de fonder un village dans la forêt où il trouverait un baobab avec des racines submergées dans l’eau et l’autre partie en terre ferme. « Fodé créa une daara où il enseignait le Coran en Socé et devint l’imam de la mosquée qu’il avait construite en banco et en bois. Le fauteuil de chef de village est laissé à son grand frère Mamadou Lamine Senghor ». Aujourd’hui, c’est Ismaïla Senghor qui assure la charge de chef de village depuis le rappel à Dieu d’El Hadji Sadio Senghor. Ce quadragénaire qui a vu le jour en 1933 est le 12e chef de village de Missirah.

Une vie au rythme de la pêche
MissirahComme dans toutes les villes ou villages côtiers, la vie à Missirah se résume en deux mots : pêche et poisson. La pêche est au centre de la vie de Missirah. Elle est le fondement principal de l’économie de ce village côtier et garantit l’existence de centaines de milliers de personnes, qui en dépendent, directement ou indirectement. Une flotte de 311 pirogues a été recensée entre son port et les îles de Bagadadji, Bettenty, Djinack et autres.

Selon Bouh Sidibé Sow, coordonnateur du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Missirah, le vieux ponton dont les travaux de réhabilitation ont été lancés par le ministre Oumar Guèye permet de saisir le pouls de la vie du village. Calme le jour, il vit le soir une animation fantasmagorique avec le retour des nombreuses pirogues parties en mer dans l’après-midi. L’effervescence du déchargement des prises est rythmée par un brouhaha extraordinaire et les cris stridents des pêcheurs et autres vendeurs.

« Missirah possède une tradition de pêche qui date de très longtemps. Il suffit de venir ici après le crépuscule pour se rendre compte que ce village ne respire que par la pêche. Des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants s’activent dans une alacrité indescriptible. On assiste à un défilé incessant jusque tard dans la nuit. En attendant le retour du poisson, des centaines de voitures, charrettes, motos Jakarta et vélos venus de partout sont en vrac sur le quai », raconte Bouh Sidibé Sow. À l’en croire, la caisse de poisson se négocie des fois à 12.000 voire à 15.000 FCfa. « Quand il y a surabondance, ce qui est fréquent, les prix varient entre 3.000 et 2.000 francs. Il arrive même que le surplus soit jeté parce qu’il n’y a pas à Missirah d’unité de conservation », relève-t-il.

Selon Alassane Mbodji, le coordonnateur du Clpa départemental, Missirah qui abrite le centre et le quai de pêche de Toubacouta a la chance d’avoir en face un bras de mer. C’est ce qui fait qu’il accueille beaucoup de pêcheurs saisonniers de la petite côte et des îles du Saloum qui viennent pour des campagnes de pêche de 6 à 8 mois. « La pêche joue un rôle très important en termes d’emplois. Elle a pu régler le problème d’emplois directs et d’activités génératrices de revenus », soutient-il. Toutefois, déplore-t-il, la non-fonctionnalité du Centre de pêche de Missirah construit en 1989. « Sa vocation d’assister les pêcheurs locaux, d’appuyer et d’encadrer et de faciliter la vente de la glace pour assurer la conservation des produits. Les volontaires japonais ont, dans le cadre du séchage, appuyé et capacité certaines femmes qui étaient là dans le cadre de la formation, mais aussi dans les bonnes pratiques », renseigne-t-il. « Le centre qui était doté de camions frigorifiques, de chambre froide, a beaucoup contribué à l’amélioration de la qualité du poisson. La commercialisation a eu plus de coûts en termes de valeur et le prix du poisson a augmenté ; c’est ce qui a fait que la commercialisation a atteint son objectif », explique-t-il. Aujourd’hui, pense M. Mbodji, ce centre nécessite une relance en termes d’équipement, de personnel.

En attendant, la pêche continue de rythmer la vie des habitants de ce village côtier. Beaucoup d’entre eux se sont convertis en pêcheurs et en mareyeurs. « La pêche joue un rôle très important sur le plan économique et social à Missirah. Le poisson coûte de plus en plus cher et ici on ne sent pas trop si la saison des pluies a été bonne ou pas. La pêche est là et il y a l’activité sur toute l’année. On a un niveau de vie plus ou moins correct grâce à la pêche. Que ce soit les pêcheurs, les mareyeurs ou encore les transformatrices, les gens gagnent bien leur vie grâce à la pêche ».

Comme dans toutes les localités vivant essentiellement de la pêche, la quasi-totalité des femmes de Missirah intervient dans la transformation des produits de pêche. Leur tryptique : chercher du poisson, le transformer et le commercialiser. Et pour faire prospérer leurs activités, ces femmes au nombre de 219 et qui sont toutes membres du Clpa se sont organisées en Groupement d’intérêt économique (Gie), puis en union locale. Selon leur présidente, Aminata Diène, la volonté est là, mais cela ne suffit pas pour prospérer dans une activité pareille.

Aujourd’hui, ces femmes sont limitées par un manque de logistique au niveau des deux sites de transformation notamment les claies de séchage et les fours de braisage. Il s’y ajoute aussi le manque de charriot pour transporter le poisson à partir du quai de débarquement, le manque de financements pour l’acquisition de matériel de fumage adéquat, l’absence d’unités de congélation pour la conservation du surplus de captures en période de surabondance, entre autres.

Alassane Mbodji qui encadre ces femmes estime que leur rôle est considérable dans la chaîne de production. « Nous avons des femmes très braves et sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation. Leur souhait, c’est de sortir de l’informel et de travailler dans de bien meilleures conditions, mais cela demande un accompagnement conséquent, des financements pour l’optimisation de leur commerce », fait-il remarquer.

Un fromager mythique et millénaire
Missirah localitéMissirah, c’est aussi son fromager millénaire, témoin de l’histoire du village. Cet arbre gigantesque fascine avec ses branches immenses et multiformes et son tronc énorme qui semble écraser la terre de tout son poids. Ce fromager impressionne aussi bien par sa hauteur que par son ampleur. À y regarder de très près, des formes et images impressionnantes apparaissent. Loin de toute hypnose ou hallucination, un fin observateur pourra tantôt distinguer des formes humaines tantôt des formes de crocodile, de tortue ou encore de singe. Selon Bouh Sidibé Sow, ce fromager a été planté dans cette zone entourée de mangrove à l’époque et peuplée de boas par un certain Ansoumana Ndour. C’était bien avant la création de Missirah. Depuis, cet arbre sacré est géré par sa descendance.

L’histoire de ce fromager entouré de mythes et légendes est une ritournelle maîtrisée par tout le monde. « Visiter Missirah sans voir son fromager presque millénaire, c’est comme aller à Gorée sans voir la Maison des esclaves. Cet arbre fait partie intégrante du patrimoine de cette localité », soutient Alassane Mbodji. Toutefois, note-t-il, un fort mysticisme entoure cet arbre qui, selon certaines indiscrétions, abrite les esprits des ancêtres. C’est ce qui fait qu’il est respecté et bien protégé. « Le génie protecteur ne veut pas de souillures, c’est pour cela que l’endroit est toujours maintenu propre », Bouh Sidibé Sow. Le fromager est, selon lui, habité par un esprit. C’est ce qui fait qu’il est devenu un lieu de prières et accueille souvent des rituels. « Avant la pénétration l’Islam, les animistes vénéraient ce fromager qui fait partie de l’histoire de cette ville », explique Alassane Mbodji. Ce fromager, indique-t-il, est l’un des plus grands d’Afrique avec une circonférence exceptionnelle de plus de 30 mètres. « Cet arbre fait partie des éléments du patrimoine de Missirah. Des techniciens de l’Ist et de l’Ise qui sont venus jusqu’ici ont, après analyse des racines, affirmé que ce fromager daterait d’au moins 900 ans. D’autres chercheurs ont également assuré que c’était le deuxième plus grand fromager d’Afrique après celui du Ghana », fait-il savoir.

Depuis toujours, cet imposant arbre a été une attraction touristique qui a permis de faire la promotion de Missirah dans d’autres contrées. Et de tout temps, des touristes issus de divers horizons sont venus à sa découverte. « Ce fromager fait partie du circuit de nombreux hôtels et campements du delta du Saloum et même de la Gambie. Un touriste ne peut pas venir à Toubacouta sans venir à Missirah », assure-t-il.

L’autre attraction après le fromager est, selon Bouh Sidibé Sow, la mare aux crocodiles appelée « Mbaro Colon », située à 1 km. « Quand les pluies tardent à tomber, les populations y vont pour invoquer les esprits. Les femmes portent des pantalons et les hommes des pagnes. Aussitôt après les invocations, les pluies tombent », renseigne-t-il.

La route Toubacouta-Missirah, une surpriorité
A Missirah, les populations pensent que la pêche pourrait fortement contribuer à l’essor de leur localité et même de Toubacouta. Pour cela, la réhabilitation du tronçon Toubacouta-Missirah qui ne fait que 12 km doit être une réalité. Le chef de village, Ismaïla Senghor, estime que cette doléance vieille de plusieurs années n’est toujours pas satisfaite. « Notre plus grande difficulté aujourd’hui, c’est l’accessibilité, surtout pendant l’hivernage. C’était une promesse de Macky Sall bien avant son accession à la magistrature suprême. Depuis, nous attendons », indique-t-il. Et pourtant, note Alassane Mbodji, ce tronçon constitue une piste de production très importante. « Missirah est un lieu de débarquement où les gens viennent pour des raisons diverses. C’est un véritable carrefour d’échanges. Une fois que le ponton et la route seront réhabilités, ce village sortira de son enclavement. La pêche connaîtra un nouvel essor et contribuera grandement au développement de la commune de Toubacouta. Les autres activités comme l’agriculture et le commerce ne seront également pas en reste. C’est toute l’économie de la zone qui sera renforcée », estime M. Mbodji.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL 

Il n’y a guère, la noblesse déclamait ses atours en couleurs. C’était le temps du sang bleu. Les gros os « Yakh you rey » chantés par les laudateurs en quête de subsides. Le mariage, les amitiés, les alliances, etc. se scellaient en exhibant les preuves de la noblesse de cour et de cœur : du fricassé de pot-bouille avec des os gros comme des ceps de vigne.

L’autre jour, quelque part dans Dakar, je tombe sur un mec costaud comme une brindille d’herbe, deux téléphones portables collés aux oreilles, distribuant à tue-tête des « allô, ne quitte pas » et des « excuse-moi, j’étais sur l’autre ligne ». En pleine rue, le comique de la scène s’effaçait très vite devant cette foultitude vociférante, tous ces gens qui passaient les uns à côté des autres, sans le moindre regard, la moindre attention, soliloquant à haute voix avec des gestes de la main qui en disaient long sur le sérieux de leurs dialogues. J’en étais arrivé à me dire qu’une nouvelle mode était née, celle de la conversation en solo.

Mais je n’avais rien compris. Une nouvelle mode est bien née, mais c’est celle du téléphone portable. On l’étreint avec passion, on le couvre d’attentions pour l’exhiber en toute innocence devant une assistance stupéfaite devant ce petit bijou de technologies qui supprime la distance et vainc l’absence. Plus il est petit et sophistiqué, plus son propriétaire est d’un certain rang. Ce n’est que maintenant que j’ai compris que c’est l’estampille de la nouvelle noblesse. Foin du temps où le « Yakh bou rey » était la marque de fabrique des gens importants. « Montre-moi ton portable, je te dirais qui tu es ».

Par Sidy DIOP

L’apparence est trompeuse, dit l’adage. Maël Thiam, premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en est peut-être une illustration. Derrière le discours politique de l’administrateur de l’Alliance pour la République (Apr), se cache un homme au parcours atypique. Découverte !

Au fil des ans, l’homme s’est forgé une carrière et une réputation honorable dans le microcosme des affaires. D’autant qu’il a eu à entreprendre dans divers domaines. Il est donc avant tout un commercial dans l’âme. Justement, les hommes d’affaires trainent la bonne réputation d’être à cheval sur le temps. Ne dit-on pas que le temps c’est de l’argent ? Seulement, entre le monde des affaires et celui de la politique, il suffit de franchir un pas. Ce pas, Maël Thaim l’a bien franchi. Pour autant, ses rendez-vous ne sont pas minutés. Il a fallu attendre plus que le temps convenu, pour enfin lui mettre la main dessus, « retenu » qu’il était, par d’exigeants camarades de parti. Faute de frappe, habitude….allez savoir ! Courtois, mais ferme, il nous conduit doucement, après avoir pris connaissance de notre identité, vers son bureau sis à la Vdn, plus exactement au siège du parti Alliance pour la République (Apr). C’est que Maël Thiam est l’administrateur du parti au pouvoir. Il est également premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Ce mercredi, il est habillé en boubou traditionnel aux couleurs de son parti. Pure coïncidence ?

Maël Thaim est né en 1962 à Louga. Il y passe une petite partie de son enfance. Nous sommes en 1964 lorsque sa famille déménage à Pikine, soit deux ans après sa naissance. C’est à Pikine qu’il fera tout son cursus primaire. A tour de rôle, il va habiter dans différents quartiers de la banlieue dakaroise, d’abord Thiaroye ensuite à Guinaw Rail. En classe de Cm2, le jeune Maël se présente au concours, pour intégrer le prytanée militaire. Il le réussit et y effectuera tout son parcours secondaire, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, dans cette prestigieuse école où les plus doués étaient sélectionnés, pour y recevoir un enseignement de qualité, doublé de la rigueur militaire. Cette approche en dit long. En effet, il rappelle n’être jamais sorti du lot des premiers en classe. « La raison est la chose la mieux partagée et l’intelligence n’a pas de frontières », dit-il, mettant en touche ce préjugé qui voudrait que les meilleurs soient issus ailleurs, qu’en banlieue. Au prytanée militaire déjà, il se souvient avoir très tôt développé un leadership naturel. Alors qu’il était en classe de troisième secondaire, le petit Maël se voit confier « l’honorable tâche » de coordonner les activités scolaires, d’ordre sportif ou culturel. Dans ce cadre, il était également chargé de diriger même les élèves de terminale, qui se trouvent être ses aînés.

«Au prytanée militaire, les élèves sont soumis à un régime stricte. Ce qui installe un climat de rigueur et d’organisation, où tout est minutieusement calculé. Tout le monde était tenu de se conformer au règlement et à la hiérarchie. En plus des cours classiques, les élèves suivaient une formation militaire : manipulation des armes avec le montage et le démontage, du tir, la topographie, le combat. Tout ceci était évalué dans le cadre d’examen », se rappelle-t-il. Cette approche militaire va forcement faire naître des tentations. Il se rappelle ainsi avoir, en un moment voulu, s’engager comme militaire dans l’armée de l’air. Ce vœu ne s’est malheureusement pas réalisé.

Un footballeur passionné
Maël est un homme multifacettes. Il fut un footballeur passionné du ballon rond. Cet amour l’amènera notamment à jouer aux Navétanes à Pikine. Après l’obtention de son baccalauréat en série C (S1) avec mention Bien, il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Toutefois, précise-t-il, l’Ucad n’a jamais figuré parmi ses plans d’études supérieures. D’ailleurs, se rappelle-t-il, il avait passé un concours pour aller boucler ses études en Allemagne. Concours, qu’il dit avoir réussi avec brio. Et curieusement, lorsqu’il a fallu recevoir la bourse, son nom ne figurait plus sur la liste définitive. Il va à la place « sans en avoir fait la demande gratuitement recevoir une bourse à l’Université de Dakar ». Il choisit la filière Médecine-Pharmacie. Il suivra des cours deux ans durant à l’Ucad. Ensuite, il se rend en France. Pour la petite histoire, c’est feu le Khalife général des Tidianes Serigne Mansour Sy Borom Darra-Ji qui va lui payer son billet, pour le voyage en France. Il se chargera également de son hébergement une fois sur place. Là, le jeune Maël suit des études en Sciences économiques jusqu’au troisième cycle. Après les études, il ouvre son propre cabinet. Au passage, il s’adonnera régulièrement au football, en première série. Ce qui lui permettra de gagner quelques revenus dans sa passion. Ensuite, il passe l’examen du diplôme d’entraîneur. M. Maël Thiam dispose, en effet, du diplôme de reconnaissance d’entraîneur délivré par la Fédération française de football (Fff). D’ailleurs, il sera entraîneur de l’As Durban. Il se rappelle avoir, dans ce cadre, joué contre Marseille, St Étienne, Monaco. Il sera ensuite désigné comme sélectionneur du Sporting Lyonnais dans le cadre d’un tournoi international à Orléans. Il sera, par la suite, coopter par un autre club comme entraîneur général et qui avait l’ambition de monter en division supérieure. En même temps, il avait un cabinet de consultance en finance, un restaurant et un institut de beauté. Par ailleurs, il était membre de Sos racisme, responsable de la commission Anti Le Pen. Il se rappelle que ce poste lui a valu beaucoup de débats télévisés en France. Fodé Sylla viendra plus tard. Des moments d’âpres luttes qui ont laissé des séquelles, mêmes physiques, précise-t-il.

Le retour au bercail
Dans le cabinet où il était associé avec un certain François Le Roux, ancien banquier du Crédit agricole, ensemble, ils vendront beaucoup de produits financiers tels que la loi Malraux, la loi Ponce ou la loi Menuri, se souvient-il. En 1998, il décide de revenir au Sénégal. Les autorités de l’époque lui demandent alors de réfléchir sur la reconversion des anciens militaires. Il va, dans ce cadre, rédiger un programme qui était ancré dans une nouvelle association, à l’effet d’intégrer les jeunes qui ont fait deux ans dans l’armée, avant de se retrouver dans le civil. Le programme va d’ailleurs être muté en société.

En 2000, Me Abdoulaye Wade est élu président de la République du Sénégal. Ce dernier lui demande, dit-il, en présence de Sidy Kounta et d’Idrissa Seck, de « l’aider à démanteler le Parti socialiste qui venait tout juste de perdre le pouvoir ». Il refuse la mission consistant à ruiner le Ps, parce que, dit-il, il n’a jamais été membre de ce parti, donc n’ayant pas suffisamment d’arguments pour le détruire. En plus de cette mission, d’autres lui seront confiées, parmi celle-ci « travailler sur l’image du président de la République nouvellement élu ». La rupture est intervenue lorsque, dit-il, Me Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, lui demanda d’adhérer complètement au Pds. Ce qu’il refusa.

Alors, il ira au Burkina pour y développer ses activités professionnelles. Sur place, il trouve un pays essentiellement tourné vers la culture bureaucratique. « A l’époque, il n’y avait pas 2.000 entreprises au Burkina. Il fallait mettre en place une stratégie pour booster l’entreprenariat », souligne-t-il. Il mettra au point un institut de formation professionnelle en entreprenariat au Burkina. Titillé très tôt par « la volonté d’être différent », il va très vite taper dans l’œil de ses camardes de parti. « Maël est un sanguin qui peut suffoquer de colères quand on le pousse à bout. Mais, c’est aussi un affectif qui sait communiquer avec tout un chacun. Il a cette capacité d’écoute qui lui a permis de conquérir la sympathie d’une multitude de personnes. C’est un cadet qui sait se comporter en grand frère, quand il s’agit de prodiguer des conseils et autres », témoigne un de ses camardes de parti qui préfère garder l’anonymat. C’est en décembre 2008, sur demande de l’homme d’affaires Harouna Dia, qu’il décide de venir soutenir le candidat Macky Sall. Ce compagnonnage les mènera jusqu’à la conquête du pouvoir. Aujourd’hui encore, c’est lui l’administrateur de l’Apr.

Par Oumar BA

Le kit solaire, développé par la société kényane M-Kopa, permet d’apporter suffisamment de lumière pour allumer trois ampoules et alimenter un chargeur de téléphone. De quoi se sentir en sécurité et permettre à ses enfants d’étudier.

C’est écrit sans détour sur le site, en rouge sur fond noir : la société spécialisée dans l’éclairage solaire embauche. Chef des ventes, développeur, ingénieur… En ligne, près d’une quinzaine de postes sont à pourvoir chez M-Kopa, la majorité à temps plein. La start-up, qui a réalisé, en février, sa quatrième levée de fonds à hauteur de 12,4 millions de dollars, connaît une belle accélération.

« Chaque jour, 500 maisons de plus en Afrique sont éclairées par nos soins », explique Jesse Moore, directeur et cofondateur de l’entreprise. De nouvelles installations qui se rajoutent aux 150 000 foyers déjà équipés dans l’Est africain. Le principe de cette offre écologique ? Un capteur solaire individuel est installé dans chaque foyer moyennant 35 dollars, puis le client s’acquitte de 43 cents par jour sur une durée d’un an.

Ce paiement quotidien se fait par téléphone portable interposé, en utilisant, par exemple, les services financiers de la société kényane M-Pesa, structure totalement indépendante et qui rassemble plus de 12 millions de consommateurs.

« Réduction des risques de feu »
Depuis son lancement en 2012, M-Kopa a enregistré plus de 3 millions de microtransactions. Ces sommes versées quotidiennement permettent à chaque maison cliente d’être éclairée de trois ampoules (deux murales et une mobile). Le foyer dispose également d’une alimentation pour un chargeur de téléphone et d’une radio solaire qui complète ce kit familial. Le marché potentiel est gigantesque : rien qu’au Kenya, près de 30 millions de personnes n’ont pas accès au réseau électrique et utilisent des lampes à kérosène pour un budget de l’ordre de 200 dollars par an.

Au fil des mois, le succès de l’entreprise s’est forgé sur le bouche-à-oreille. « Nos clients affirment à hauteur de 92 % que les résultats scolaires de leurs enfants ont progressé après notre installation, note Jesse Moore. La même proportion affirme également se sentir plus en sécurité la nuit, le système solaire réduisant logiquement les risques de feu et de brûlure. »

L’entreprise, qui emploie 500 salariés au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie et utilise les services de 1 000 agents de terrain, a récolté de nombreux prix internationaux : de l’Américain Bloomberg New Energy Finance Award en 2014, au Zayed Future Energy Prize décerné en janvier 2015 par les Emirats arabes unis. D’ici à trois ans, M-Kopa annonce vouloir embaucher 500 personnes supplémentaires et 2.000 nouveaux agents. Son objectif affiché ? Eclairer un million d’habitations d’ici à 2018.

Lemondeafrique

Elle a à peine 35 ans et le monde littéraire parisien est à ses pieds. Le premier roman de Leïla Slimani, «Dans le jardin de l’ogre», concourrait déjà pour le prix de Flore. Son second ouvrage, «Chanson douce», a tout simplement obtenu le plus connu des grands prix français, le Goncourt. Une surprise sans en être une. Au petit jeu des pronostics, beaucoup sacraient déjà Yasmina Reza, Adélaïde de Clermont-Tonnerre ou Ivan Jablonka, qui se sont tout trois vu décerner les autres grandes récompenses de l’année (respectivement le Renaudot, le grand prix de l’Académie française et le Médicis). Leïla Slimani faisait figure d’outsider, mais, à l’instar du jeune Gaël Faye (qui a eu, lui, le prix du Roman Fnac), cette Franco-marocaine était toujours dans la course. Le jury a fini par la choisir à six voix contre deux pour Gaël Faye et son «Petit pays».

«Chanson douce» avait tous les atouts pour l’emporter. «Le bébé est mort.» Ainsi débute ce livre, qui se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme une analyse implacable sur les rapports de domination et sur la misère sociale qui en découle. Le bébé en question et sa grande sœur ont été assassinés par leur nourrice, Louise. Peu à peu, au fil des pages, Leïla Slimani dévoile les motivations profondes, la colère, la haine accumulée par cette nounou en apparence dévouée, discrète, volontaire. Une «perle» dont le lecteur peine à comprendre l’acte qu’elle a commis. Il y verra plus clair après les 240 pages d’un roman tendu, à la limite du malaise.

Exploratrice des noirceurs de l’âme humaine
Leïla Slimani est partie à la recherche du moment de bascule, ce trouble qui pousse une personne à un acte dont on l’a pensait incapable. Avec son premier roman («Dans le jardin de l’ogre» qui a pour thème la nymphomanie féminine), l’auteure avait déjà montré son appétence pour les zones grises, celles qu’on préférerait ignorer. Dans «Chanson douce», elle prend le temps de détailler l’ampleur de la tragédie, les raisons du passage à l’acte. Son style est toutefois précis, direct. La Franco-marocaine ne se perd pas en considérations psychologiques et livre un roman plutôt dense, sur le plan narratif, qui rappelle «Le journal d’une femme de chambre», un roman d’Octave Mirbeau maintes fois transposé au théâtre (et récemment adapté au cinéma avec Léa Seydoux et Vincent Lindon).

Le Goncourt permet à la jeune femme d’entrer dans la cour des grands. Un double honneur tant le prix consacre plus souvent des personnes plus âgées et des hommes. «Je ne m’y attendais pas, je me préparais à ne rien avoir pour ne pas être déçue», a expliqué la jeune romancière à la presse, après être arrivée dans une énorme cohue au restaurant Drouant, où est traditionnellement annoncé ce prix. Elle a dédié sa récompense à ses parents et étreint son compatriote, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, Goncourt en 1987 et juré.

Par Oumar BA

La musique fait partie intégrante de la culture peule et le «hoddu», sorte de luth à quatre cordes longues mélodiques, est l’apanage de leur tradition. Dans le Fouladou, les griots de cette communauté en jouent pour relater l’histoire des dynasties familiales. Et Aliou Djingui Baldé, plus connu sous le nom de «Djenguy Bambaado», fait partie de ces musiciens qui font encore résonner la complainte de cet instrument considéré comme la « pierre angulaire de la tradition orale des Peuls ». À 74 ans passés, il n’est pas encore prêt à ranger son «hoddu» qui lui a tout apporté.

Connue par son caractère pastoral prépondérant, la région de Kolda jouit d’un riche patrimoine culturel. Dans le domaine musical, beaucoup d’instruments dont certains sont encore d’usage interviennent pendant les grands moments du cycle vital de cette communauté. C’est le cas du « hoddu », instrument de musique traditionnelle ancestral et spécifique à la région qui occupe une place de choix dans le patrimoine musical du Fouladou.

Depuis des siècles, le « hoddu » est le fidèle compagnon des griots de cette ethnie pastorale. Autrefois, cet instrument de musique traditionnelle à quatre cordes avec une calebasse recouverte de peau était joué par un bambaado en l’honneur des souverains lorsqu’ils recevaient des hôtes de marque. C’était une occasion pour le griot de faire vibrer les cordes magiques de cet instrument et faire les éloges du roi dans la parfaite maîtrise de la parole et de son arbre généalogique. De nos jours, le hoddu est encore joué, mais assure plutôt une fonction festive.

Rares sont les cérémonies qui se déroulent sans la présence des griots qui sont de véritables icônes locales. Qu’il s’agisse de mariages, de baptêmes ou encore de veillées culturelles et autres fêtes privées, ils sont toujours présents et, grâce à leur virtuosité musicale et leur maîtrise de la parole, ils utilisent le hoddu pour rappeler aux familles le passé glorieux et héroïque de leurs ancêtres.

Un virtuose du « hoddu »
La musique se situe au cœur de la culture peule et le hoddu fait partie des instruments fétiches de cette communauté pastorale. Dans le Fouladou, c’est un héritage jalousement conservé par des Niégnebé dont le plus illustre est sans doute Aliou Djingui Baldé dit «Djenguy Bambaado». À Kolda, ce nom n’est pas méconnu tant cet artiste a pleinement contribué au rayonnement de la culture du Fouladou et particulièrement du « hoddu » qu’il joue avec une très grande virtuosité.

Âgé de 74 ans, « Djenguy Bambaado » ne passe pas inaperçu parce qu’étant l’un des traditionalistes, des transmetteurs de la mémoire collective, dont l’expertise est reconnue par tous. Au quartier Sikilo de Kolda, il n’est guère difficile de retrouver le domicile de ce grand monsieur qui s’est forgé un personnage grâce à son hoddu. Très tôt, le jeune Aliou Djingui Baldé s’intéresse à la musique. Il s’est initié à cet instrument, un héritage familial, à l’âge de 7 ans. Seulement, précise-t-il, ses ancêtres sont restés un siècle sans jouer au hoddu. Jusqu’à ce qu’un de ses oncles du nom de « Diarga Bambaado » le ressuscite sous le règne du roi Bouraïma Sama de Niantandim en Guinée-Bissau.

D’ailleurs, c’est lors de la guerre de libération que beaucoup de Bissau-guinéens, dont ses proches parents et ses nobles, ont fui ce pays voisin pour venir se réfugier au Sénégal, notamment à Kolda. Djenguy Bambaado et sa famille n’ont pas été en reste. Ils ont eux aussi franchi la frontière pour s’établir définitivement à Kolda.
Le don de l’enfant ne fait aucun doute. Et avec son bon doigté, il s’est tracé un chemin, celui de la prospérité. Sa première récompense en espèces, Djenguy Bambaado l’a reçue de sa grand-mère Khady Kousan. Coumbouya fut la première à lui offrir une chèvre et Rassidou le premier à lui donner un grand boubou comme cadeau. Tout cela s’est passé en Guinée-Bissau.

Perfectionnement au Mali
L’art de la parole est un héritage qui se transmet de père en fils, de génération en génération. Mais cela ne suffisait point pour entrer dans la cour des grands. Pour se perfectionner et élargir ses connaissances, le griot se devait de compléter sa formation en séjournant auprès d’autres familles de griots. C’était la règle pour aspirer au rang de maître et « Djenguy Bambaado » n’y a pas dérogé.

Après 7 ans de pratique du métier au Sénégal, il est parti se parfaire au Mali, un pays qui se trouve au croisement de plusieurs cultures et civilisations. Il y séjourna 16 ans. Les huit premières années, il les consacra au perfectionnement de son art et il passa les huit autres années à s’imprégner de l’histoire des royaumes du Sénégal, du Mali et de la Guinée-Bissau. Du Fouta Djallon au Fouladou en passant par le Fouta Toro, l’empire du Mali, Djenguy Bambaado a appris la genèse de ces empires et royaumes, les épopées et faits d’armes guerriers. À force de pratique, il est devenu un véritable maître de la parole, un musicien à la mémoire prodigieusement riche de partitions jamais écrites, mais jalousement bien conservées.

Une fois qu’il a jugé avoir atteint le niveau de connaissance requis, Djenguy Bambaado est revenu au bercail. Et à force de performances, il a réussi à franchir les portes de la gloire grâce à la magie de ses doigts, à sa musique qui l’a amené un peu partout. Outre le Sénégal, « Djenguy Bambaado » a sillonné tous les pays de la sous-région.

Malgré l’influence de la modernité, ce fidèle gardien de la tradition soutient qu’il n’y a aucune différence dans la pratique du hoddu d’hier et d’aujourd’hui. « La seule variable c’est la générosité des uns et des autres, des nobles d’hier et ceux d’aujourd’hui », dit-il.

Dans sa carrière, «Djenguy Bambaado » a formé treize jeunes qui sont devenus des pionniers en matière de hoddu à travers voire dans la sous-région. « Quand ils sont à l’œuvre, les initiés savent que ce sont mes disciples, car je suis un artiste-compositeur. J’ai un style qui m’est propre et je n’ai jamais imité qui que ce soit au cours de ma carrière », affirme-t-il.
«Djenguy Bambaado» prédit un avenir prometteur au hoddu qui, selon lui, se perpétuera avec la quête des origines. « Des artistes qui pratiquent cet instrument traditionnel réussissent et sont parvenus à réaliser beaucoup de choses », explique «Djenguy Bambaado» qui dit entretenir de bons rapports avec les artistes de son temps et ceux de la génération actuelle. D’ailleurs, un de ses fils, Aliou Djingui Bambado, joue la guitare dans le groupe de Baba Maal, le Dandé Lenol.

Malgré tout son talent, «Djenguy Bambaado» n’a pas réussi à mettre sur le marché un produit. À l’image de son cousin et ami, Dialy Sana Seydi, il soutient que l’absence de moyens et de soutiens a freiné son ardeur. Toutefois, il compte bien installer un studio au-dessus de l’étage de son immeuble à Sikilo (la maison où s’est déroulé l’entretien). « Ce projet fait partie de mes ambitions. J’ai les moyens et l’intelligence pour le réaliser », assure-t-il.

Déjà, en 1963, il jouait en solo sur les ondes de Radio Mali, alors qu’il suivait son maître Dialy Baba Cissokho. Ancien animateur à la Rts Kolda, il est aujourd’hui le président de l’Association « Nafooré niénegebé » de la région de Kolda, une structure qui n’arrive pas toujours à réaliser ses ambitions, faute de moyens. Mais «Djenguy Bambaado» mise sur les jeunes membres pour réaliser leurs projets qu’il n’a pas réussi à concrétiser.

La modernisation a certes favorisé l’émergence d’une nouvelle musique urbaine, mais «Djenguy Bambaado »est resté fidèle aux anciennes règles du jeu du hoddu. Il a contribué à révéler au monde les bases de cette belle musique avec des compositions qui maintiennent un caractère typiquement traditionnel. L’artiste reconnaît toutefois qu’il existe une différence entre le hoddu du Fouta et celui du Fouladou. Au nord, soutient-il, les sonorités de cet instrument sont dédiées à des héros qui se sont illustrés par de hauts faits, des gestes de haute portée par le passé. Ces sonorités visent, selon lui, à stimuler le courage, le sens du devoir chez la nouvelle génération. « Quand vous jouez le Garba, tout le monde sait qu’on rend hommage à Yéro Mama. Quant au « Jaaru », c’est Bouba Ardo », fait-il remarquer. Contrairement au Fouta, il est difficile de retrouver une telle spécificité du «hoddu» au Fouladou. Cela fait partie des actes qu’il souhaiterait poser. Il a ainsi appelé les membres de son association « Nafooré niénegebé » à travailler dans ce sens pour composer des sonorités sur la base de cet instrument musical dédiée aux dignes fils et filles du Fouladou qui ont contribué au rayonnement du Fulfuldé d’autant que beaucoup de leurs paroles sont reprises par des artistes voire des guides religieux. « Par ce geste, nous perpétuerons l’œuvre des vaillants fils du Fouladou », souligne-t-il.

Un instrument qui nourrit son homme
Les talents d’orateur de «Djenguy Bambaado» sont indéniables. Artiste dans l’âme, il est resté fidèle aux règles anciennes du jeu du hoddu et a le pouvoir de capter avec sa voix rauque son auditoire. Il sait aussi évoquer avec une rarissime aisance tous les thèmes musicaux. Ces atouts ont fait de lui une personne aimée et admirée dans cette contrée et ailleurs.
«Djenguy Bambaado» qui va bientôt boucler soixante-dix ans de carrière ne s’est jamais essayé à aucun autre métier. Comme la majorité des musiciens du Fouladou, il vit de son art. Son métier lui permet de faire face à ses obligations.

Pour sa subsistance, il ne peut compter que sur son art, et il dépend totalement des cadeaux qui lui sont offerts en échange de ses chants et louanges. Dans certains cas, le griot est invité par les chefs eux-mêmes ou par des personnes riches. Il se déplace souvent pour rendre des visites de courtoisie aux chefs coutumiers qu’il connaît. Pour ses belles paroles lors des cérémonies de mariage, de baptême ou de funérailles, ce périple lui rapporte de l’argent, des habits, des vivres, des chevaux, des moutons, des chèvres, etc.

En 1987, les ressortissants du Boundou vivant en France l’ont invité à venir se produire là-bas. Depuis lors, il fait des allers-retours entre Paris et Dakar. En 1989, il a pris la nationalité portugaise. Les difficultés liées à l’obtention du visa l’ont encouragé à chercher cette nationalité qui lui a beaucoup facilité les déplacements en Europe.

Le hoddu nourrit-il son homme ? Grâce à son art, «Djenguy Bambaado» a réussi à réaliser beaucoup de projets. Il est l’une des fiertés des joueurs de hoddu, des wambabés (pluriel de bambaado).

Grâce à son art, il effectua le pèlerinage à la Mecque, y envoya aussi ses deux parents. Il tient également un « empire » immobilier à Kolda tout comme à Dakar. Aussi, a-t-il réussi à construire une grande mosquée dans son quartier à Sikilo. Une véritable prouesse si l’on sait que rares sont les artistes, notamment des Niégnebés, qui investissent leurs propres moyens dans la réalisation d’édifices religieux de cette envergure. « Le hoddu m’a tout donné. Avec les revenus qu’il m’a procurés, j’ai eu à acheter treize véhicules. Je suis très bien placé pour dire que le hoddu nourrit bien son homme », affirme-t-il. La preuve, l’artiste ne s’est jamais départi de son outil de travail. « Partout où je vais, mon hoddu est à mes côtés », explique ce septuagénaire qui n’a pas encore fini de faire parler de lui. À 74 ans, «Djenguy Bambaado» n’est pas encore prêt à ranger son hoddu. Après cette performance, il s’est engouffré dans son véhicule, destination Guinée-Bissau où il est attendu pour des prestations.

Un devoir de préservation
Avec des virtuoses comme «Djenguy Bambaado» et ses pairs, le hoddu que l’on croyait tombé en désuétude a su survivre. L’instrument connait même un renouveau dans cette partie du pays. Et le mouvement ne semble pas s’essouffler. Pour le directeur du centre culturel régional, le hoddu est l’un des instruments de prédilection de la tradition peule, l’un des éléments du patrimoine culturel immatériel du Fouladou qui doit être préservé et transmis aux générations futures sous un meilleur aspect. « On ne peut promouvoir la culture qu’à travers sa propre langue, les artistes en sont conscients et ont commencé à introduire les sonorités locales. Le nianiérou et le hoddu sont des instruments phares de la musique du Fouladou. Ce sont des instruments qui fédèrent et les musiciens l’ont bien compris », indique Abdoulaye Lamine Baldé. « Quelle que soient l’ethnie à laquelle nous appartenons, quand il y a une fête à Kolda, il y a de fortes chances qu’on rencontre le nianiérou dans ces cérémonies, idem pour le hoddu et la kora. C’est des peuples qui vivent en harmonie et il n’y a pas de distinguo entre Mandingues, Balantes, Mancagnes, Pepels. C’est toute une symbiose, car ils ont presque toujours vécu ensemble », précise M. Baldé. C’est ce qui fait, à son avis, le charme de la Casamance. Le directeur du centre culturel régional déplore cependant la disparition à petit feu du kumu, genre musical traditionnel joué par des cantatrices à l’aide de calebasses renversées dans des bassines d’eau. « Il n’y a pas d’héritières pour ce genre musical et la relève pose souvent problème. Si on n’y prend garde, tous ces instruments vont disparaitre », assure-t-il.

Face à la concurrence de la musique urbaine et avec les jeunes qui s’ouvrent vers d’autres horizons, M. Baldé estime qu’il y a urgence de conserver et de sauvegarder ces instruments de musique traditionnelle. « Il faut assurer la relève et cela pose parfois un réel problème. On a eu à effectuer une tournée de promotion de la diversité culturelle, mais le constat est que rares sont les griots qui apprennent à leurs progénitures le métier de griot ou comment fabriquer certains instruments. On doit les sensibiliser sur la nécessité de préserver et de conserver ces instruments pour éviter qu’ils disparaissent du paysage culturel », soutient-il. Pour le directeur du centre culturel régional, Kolda jouit d’un patrimoine culturel et populaire traditionnel considérable qu’il est nécessaire de rassembler et conserver pour les générations futures, mais aussi pour qu’ils gardent toujours l’estime et la place qui leur revient.

Par Samba Oumar FALL et Souleymane Diam SY (textes)
et Pape SEYDI (photos)

 

Commerce amoureux

10 Avr 2017
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Comment aborde-t-on celle ou celui que l’on veut séduire?? À chaque époque, amants ou soupirants ont inventé toute une diversité de stratégies et de ruses pour se livrer au commerce sexuel ou amoureux. Le coude sur la portière de son 4x4, arborant un sourire ravageur, le dragueur contemporain n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. Il n’est qu’à en juger par l’usage des carrosses et des fiacres depuis la fin du Moyen Âge. Casanova, dans ses confessions érotiques, y narre quelques exploits, quand par exemple il se fait raccompagner dans la voiture d’une jolie femme et lui laisse «?une marque non équivoque de l’ardeur qu’elle [lui] avait inspirée?». On a toujours séduit, conté fleurette, coqueté, racolé, dragué…, l’air du temps y appose sa marque.

Chez nous, le temps n’est plus seulement aux mots doux et aux déclarations enflammées. Foin du temps où l’on parcourait les longues pages du dictionnaire pour dégoter le mot qui fait mouche. Cette courtoisie, ce sentimentalisme hérité du classicisme français doit céder la place à une forme plus triviale où l’argent et les présents sont les plus précieux compagnons des Don Juan des temps présents. La valeur d’un soupirant se mesure de plus en plus à l’opulence qu’il dégage. L’amour est aujourd’hui un mot dont la signification se cherche dans les dictionnaires anciens.

Par Sidy DIOP

Il se définit comme la « bouche de l’Afrique ». Une bouche qui, à l’aide de ses deux mains, est au service de la tradition orale écrite. Ecrivain, conteur et poète, cet homme de lettes compte à son nom plusieurs pièces de théâtre. Entre l’oralité et l’écriture, ce traditionniste se complaint dans le fonctionnement technique des traditions bien qu’il porte la langue française, une de ses passions.

Le soleil qui s’est retiré du côté de la Corniche Ouest laissant la place à un clair-obscur aux lueurs crépusculaires rosâtres. Au même moment, l’écrivain s’est isolé au centre culturel Blaise Senghor, l’univers de production et de conception de ses textes. Structure d’animation et de production culturelle, quand il y est, il oublie le temps, les lourdeurs de ses responsabilités mais aussi ses angoisses et détresses, a-t-il fait savoir. Cette vitrine culturelle est également le lieu de ses rendez-vous. Secrétaire général de l’Association des conteurs du Sénégal dont le siège y est logé, il y organise ses spectacles. D’ailleurs, dans quinze jours, l’enfant de Cocci sera encore sur scène pour quelques prestations.

Seul devant une table, dans une confusion de bruits émanant des baffles, des « Jimbés » sur lesquels tapent des mains d’individus aux doigts agiles avec des regards jetés dans le vide, on le distingue parmi une pléthore d’individus par son écharpe dont il ne se sépare presque pas. Au-delà d’une bande d’étoffe mystique qui n’est point un accessoire qu’est-ce qui se cache derrière ? De l’art et de l’esthétique, selon l’homme de lettres qui en fait également une signature. Fonctionnelle dans ses prestations, chacune parmi elles le lie à quelqu’un ou à un évènement. « Je les conçois selon une dimension et une taille. Elles ont un rapport avec chacune de mes journées et des évènements », renseigne-t-il sur sa bande d’étoffe tricotée puis portée autour de son cou. « A l’occasion de la Francophonie par exemple, j’étais habillé en noir et blanc. Une écharpe blanche sur un habit noir sur lequel du fil blanc. Une représentation du continent qui porte le monde dans sa blancheur. Un contraste qui me permettait d’avoir une bonne introduction », illustre l’écrivain.

Aujourd’hui, moins lourde et en couleur blanche, elle tombe sur le dos vers la gauche et non pas sur la poitrine. Une manière de souhaiter le paradis à un parent décédé.
A travers sa silhouette moyenne, il porte la beauté des costumes traditionnels africains. Une manière d’être utile à son pays en faisant la promotion du consommé local. Un choix vestimentaire qui ne relève guère du hasard. Affecté par le discours d’un blanc qui, dans un boubou, disait être déguisé, il avait considéré l’être à chaque fois qu’il s’était mis dans un costume. Et ce fut un divorce entre lui et ses tenues modernes. « Mais, ce qui m’a poussé vraiment à cesser de mette des costumes relève d’une mésaventure que j’ai eu à l’aéroport de Paris. Au sein de ce dernier, on nous avait demandé d’enlever nos ceintures. En effet, je me suis senti nu car, dans ma culture, on n’enlève pas son « Guénio », conte le Niambour-Niambour. Plus jamais une ceinture à l’Occidentale. Et la manière d’y parvenir était de porter ses tenues bien faites par l’artisanat local.

Entre l’oralité et l’écriture
Né dans le Niambour à la lisière du Cadior et le Baol avec un long séjour dans le Saloum, il manie bien la langue de Kocc. Auprès d’une grand-mère manding qui la parlait à merveille, il a aussi baigné dans une euphorie linguiste où il avait de grands griots à l’instar de Moury Mbaye, El Hadji Mor Mbaye, le géant. En effet, l’enfant de Cocci, un village dans la région de Louga, une ville aux portes du Sahel, enclavée entre la région historique du Djolof à l’Est, le Walo au Nord, le Cayor au sud, avait très tôt le verbe facile. Zone de contact et un point de rencontre de groupes ethniques, il s’est enrichi de ce patrimoine culturel. Il y respire une plénitude qu’aucune notoriété ne peut donner. La récompense de plusieurs décennies de recherches par lesquelles il s’est laissé absorber par les contes, mythes et épopées, des genres dont il se sent serviteur.

Autodidacte dans l’écriture wolof, ce descendant de « sacs à paroles », notamment de Leyti Guissé, historiographe et de Samba Coumba Kalado, l’auteur de l’hymne de Niani, est un vrai défenseur de cette langue locale qui fédère.

Traditionniste comme il se dénomme, il a toujours essayé de comprendre le fonctionnement technique des traditions, leurs valeurs sociologiques et anthropologiques. Ayant fait son doctorat en littérature orale, toutes ses recherches sont axées sur le patrimoine, en particulier sur la tradition orale. Une manière pour ce spécialiste de la sémiotique des danses africaines de partager l’Afrique. En effet, il s’était réinscrit à l’Ucad pour faire son Diplôme d’études approfondies (DEA) en Littérature africaine écrite, un mémoire en littérature comparé et une thèse en littérature orale.

En contact avec le français très tôt par le biais de la lecture, cet homme de lettres qui s’est autoproclamé la bouche de l’Afrique, compte à son nom plusieurs ouvrages d’expression française. Enseignant la littérature française, une de ses passions, il a longtemps porté la langue de Molière.

Rédempteur du conte
Auteur de « Contes et légendes », une émission qui conte l’Afrique et animée depuis dix-sept ans sur la Radio Sénégal internationale, devenue un lieu de rendez-vous avec les adeptes grâce à lui. Le conte survit bien que dans des supports modernes. « En tant qu’art social, le conte a perdu du terrain mais, en tant qu’art artistique ou spectacle, il se porte très bien », s’est-il satisfait. En effet, des contes des cases, il a laissé aux enfants ceux d’une ère nouvelle qui parlent d’ordinateurs, d’internet, ses atouts et ses méfaits entre autres phénomènes de la modernité. De cet esprit est né le « talisman brisé » comme conte radiophonique sur une commande de Radio France internationale, « l’or du sage »… Cependant, que cherche cet écrivain dans ce genre littéraire ancestral ? L’humanité, dit-il. Dans une société dématérialisée où les rapports entre les uns et les autres deviennent matériels avec la fragmentation des liens qui sont plus sur Facebook ou autres supports électroniques, il y met le caractère humain de nos sociétés et y sanctionne des attitudes négatives.

Dramaturge, il est à l’origine des pièces de théâtre comme « les Néons d’ébènes » traitant les incendies de marché publié à Athéna édition et « Sénégalités : paroles africaines » qui aborde la question des mariages entre personnes d’âge différent, le sida et le mariage, la virginité, la question de l’homosexualité dans le cercle des femmes. Selon l’ancien directeur de la compagnie du théâtre Daniel Sorano, un autre intitulé « Sacrée jumelle » est en cours de conception. Un coup de projecteur sur l’Albinisme qui sera bientôt édité.

Au pilier de la culture
D’un père infirmier chef de poste et en même temps comédien qui était au centre des activités culturelles à Thiamène où il était affecté, il avait hérité de la fibre de cet homme de culture. Ainsi, il a baigné dans l’Univers des « Simbs » (carnaval de faux lions) et du « Taxuran ». Président du bureau fédéral des foyers ruraux Cocci, Sakal, Ngéoul Darou Mousti, à dix-huit ans, il a été à la tête des mouvements associatives. Entraîneur pendant dix ans de l’équipe de foot de Cocci, à Louga Montagne, un quartier omnisport, lieu de concentration des meilleurs basketteurs, handballeurs et footballeurs de la ville, il s’imprégna lui-même de tous ces sports. Une pension qui, aujourd’hui, se résume à aller à la plage et regarder les gens jouer au football. Grand admiratif des grands records de Federer, de la constance de Nadal mais de l’humanisme des sœurs Williams, il prône un sport plus humain.

Marame Coumba SECK

Se lever tôt peut vraiment être impossible pour certains d'entre nous. Des scientifiques ont découvert que certaines personnes pourraient porter une mutation génétique qui rend plus difficile le réveil matinal.

Pour certains, se glisser hors du lit le matin peut paraître presque impossible. Et pour d'autres, le réveil matinal n'est pas vécu comme une source d'angoisse. A quel groupe appartenez-vous : celui des lève-tôt ou des lève-tard ? ,Des scientifiques pensent savoir ce qui détermine le groupe auquel vous appartenez. Ils ont en effet identifié une mutation génétique "noctambule" qui expliquerait pourquoi certaines personnes restent éveillées jusqu'à tard dans la nuit et ne peuvent pas se réveiller tôt le matin.

Un cycle circadien plus long chez les porteurs de la mutation génétique
La mutation dans le gène CRY1 ralentit l'horloge biologique du corps, ce qui dicte quand nous nous sentons fatigués le soir et quand nous sommes prêts à nous lever le matin. Les personnes ayant la variante ont un plus long cycle circadien que la plupart de la population, ce qui les amène à rester éveillés plus tard. « Par rapport à d'autres mutations qui ont été liés à des troubles du sommeil dans le monde entier, ce changement génétique est assez percutant. », a déclaré le professeur Michael Young, qui a dirigé l'équipe américaine de l'Université Rockefeller, à l'origine de la découverte.

Une mutation génétique du sommeil présente dans les familles
Souvent, ceux qu'on appelle des "oiseaux de nuit" sont diagnostiqués avec un trouble de phase de sommeil retardée. Alors que ces personnes sont dotées d'une belle énergie jusqu'à tard dans la nuit, elles connaissent le revers de la médaille le lendemain, avec un moment difficile dans la matinée. Cela peut les conduire à l'insomnie et à une fatigue dans la journée. Ici, les scientifiques ont d'abord identifié la mutation CRY1 chez un patient atteint du syndrome de retard de phase du sommeil puis ont trouvé qu'elle était partagée par cinq de ses parents, qui avaient tous des antécédents de troubles du sommeil. Les chercheurs ont ensuite étudié six familles turques dont les membres comprenaient 39 porteurs de la variante CRY1. Les porteurs de la mutation retardaient l'apparition du sommeil et certains avaient donc des habitudes de sommeil irrégulières. Pour les non-porteurs, le point médian de sommeil était d'environ 4 heures. Mais pour les porteurs, il a été déplacé à 6h à 8h du matin, l'heure à laquelle beaucoup de gens se lèvent pour aller travailler...

Contrôler les cycles de sommeil grâce à des horaires stricts
Les chercheurs ont publié les résultats de leur recherche dans la revue Cell. Le Professeur Young a expliqué que de nombreux patients DPDS ont pu contrôler leurs cycles de sommeil en suivant des horaires stricts. « C'est un peu comme avec la cigarette, il existe des solutions pour combattre le problème avant de se tourner vers la drogue », a t-il dit.

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