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Soleil Grand Air (478)

La tentation de l’avortement provoqué a un coût : le contrat d’interruption de grossesse est scellé, sous le sceau de la clandestinité, avec des prestataires de santé. D’autres femmes et filles, au portefeuille mal garni, ont recours à la « science » grosse de périls de personnes non qualifiées. Celles-ci ont la délicate mission de freiner la loi de la nature. Autour des périls de l’Interruption volontaire de grossesse (Ivg), s’est pourtant développé un business. Aujourd’hui, à la faveur du détournement de médicaments, l’avortement devient accessible à presque toutes les couches sociales. Côté santé, la pilule est parfois difficile à avaler.

Un infirmier de l’hôpital général de Grand-Yoff pratiquant nuitamment une interruption volontaire de grossesse dans l’enceinte dudit établissement a été arrêté par les agents du poste de police de Grand-Yoff informés par une tierce personne sous le couvert de l’anonymat. Guettant la sortie du couple au portail, les policiers les ont appréhendés avant d’inviter l’infirmier A. D. à retourner sur ses pas pour leur montrer la salle où il effectuait l’avortement. Ce dernier a refusé de coopérer. Mais, dans son sac, les policiers ont trouvé un sirop Ranferon 12 et une plaquette d’Antadys de 15 comprimés. Trois unités étaient déjà utilisées.

Un autre cas d’Ivg suivi de mort a été enregistré également à Pikine. Il s’agit de Nd. D, une femme mariée et mère de trois enfants décédée suite à une hémorragie. Le major d’un laboratoire très connu de la place lui avait injecté deux ampoules de Syntocinon 5UI/1ml. Prescrit dans le cadre d’une insuffisance des contractions utérines, ce médicament peut également interrompre une grossesse. Ces faits remontent au 14 janvier 2013. Un brigadier à la retraite s’est présenté au poste de police d’Ainoumane 3 pour alerter les agents sur la mort suspecte de sa belle-sœur dans la chambre de son concubin. Les enquêteurs ont constaté que la dépouille est recouverte de sang. La poursuite des constatations par la police scientifique et technique a montré que la victime présentait des saignements au niveau de ses parties intimes et anales.

Le business de l’avortement autrement
« Madame, le sujet que vous abordez est grave. Nous n’entendons en parler qu’à la radio », dit ce vendeur, qui tient une table sur laquelle sont exposés des baumes et des insecticides. Il arrache un sourire aux témoins de la scène. A Keur Serigne-Bi, temple de l’informel, situé sur l’Avenue Blaise Diagne, au cœur de Dakar, le quotidien des vendeurs et rabatteurs déroule sa pellicule sans discontinuité : deux messieurs en boubou apostrophent des personnes, s’assoient avec elles sur un banc avant de les laisser accéder au sein du bâtiment ocre où certains font leurs ablutions pour la prière de quatorze heures. Dans ce magma d’habitués et de visiteurs enfiévrés, il aura fallu prononcer le mot « avortement provoqué » pour que le vacarme se dissipe. Ici, les vendeurs feignent de rien connaître de ces méthodes abortives. Le silence est la règle.

Maintenant, ce sont les yeux qui parlent. Un monsieur, qui fait mine de lire son journal, rompt son silence et dit, dans un style débonnaire : « Madame, pour ne pas être trop long, ici, tous les médicaments sont disponibles. Tout dépend de ce que veut le client. Seulement, il faut savoir que ‘Loxoy kadior nahoul ken’ (formule qui vise l’échange de bons procédés, plus précisément en espèces sonnantes et trébuchantes). D’abord, offre-nous à boire car il fait chaud ! »

Dans cette officine géante couverte des vrombissements de moteurs, du bavardage des passants et des hélées des rabatteurs, le commerce illicite de médicaments fait recette. Les grossesses non voulues constituent la rente pour les faiseurs de miracles de toutes sortes. Le commerce de l’Ivg prospère à cause de l’usage détourné de certains médicaments comme « Artotec » et « Misoclear ».

Ainsi, l’avortement devient accessible à presque toutes les couches sociales. A Keur Serigne-Bi, bat le pouls de cette société qui refuse de garder le futur enfant d’une relation coupable, du libertinage ou, tout simplement, de l’envie de ne pas faire d’enfant en un moment précis. Comme un grand secret, les substances sont jalousement gardées dans un coin inconnu des non-initiés. Lorsque se brise la glace et que l’espoir de dénicher une cliente les habite, les vendeurs sortent les médicaments des sachets.

Ils ont des codes avec la clientèle, comme dans une société fermée. « Nous sommes dans l’informel. C’est pourquoi nous ne faisons confiance à personne », dit S. Ndiaye, vendeur. L’omerta est inhérente à cette activité délictuelle. Pour cette dernière raison et pour la morale, notre interlocuteur nous signale que personne n’avouera son statut de vendeur de médicaments qui permettent d’interrompre une grossesse. Pis, c’est un voile sombre qui couvre la fiabilité des substances vendues. Une situation qu’un de nos interlocuteurs met en lumière. « En vérité, il n’existe pas, à ma connaissance, des médicaments consacrés uniquement à ça (l’interruption de grossesse, ndr). Tous les médicaments qui soignent l’ulcère sont capables de provoquer un avortement. C’est un médecin qui me l’a avoué », explique B. Sy, son voisin.

De son « officine » informelle, S. Ndiaye a un instrument de mesure de la banalisation de cette pratique. Tous les quinze jours, au moins, ses collègues et lui reçoivent une femme ou une fille qui veut se débarrasser de sa grossesse. « Nous nous approvisionnons auprès des Institutions de prévoyance maladie (Ipm). « Les médicaments abortifs que nous vendons sont l’Artotoc et le Cytotec. Le dernier est plus efficace mais rare. Nous nous approvisionnons auprès des Instituts de prévoyance maladie (Ipm). Par le biais du « marché noir », certains de leurs agents nous les vendent par comprimés. Les 26 comprimés d’Artotec nous reviennent à 18.000 FCfa et les 30 comprimés à 36.000 FCfa.

Nous les revendons selon les moyens des clientes. A celles qui n’ont pas beaucoup d’argent, nous revendons les cinq comprimés à 10.000 FCfa. Si la grossesse n’est pas vieille de quatre semaines, trois comprimés suffiront pour y mettre un terme. Au-delà, il faut il faut cinq ou dix », révèle-t-il. Un autre vendeur au même endroit, sous couvert de l’anonymat, nous révèle que ces médicaments sont vendus fréquemment. « Si nous les achetons pour les vendre tous les quinze jours, mieux vaut aller faire autre chose.

Ce sont les ignorantes qui vont vous dire l’usage pour lequel elles les achètent. Pour la plupart, c’est des hommes qui viennent s’en procurer. Bien évidemment qu’ils sont envoyés par des femmes. Au cas contraire, ils les achèteraient dans les pharmacies où ils leur reviennent moins chers », révèle-t-il.

A la pharmacie Boulevard de la Médina, le paquet d’Artoctec 50 mg/0,2 mg, c'est-à-dire 50 mg de Diclofénac plus 0,2 mg de Misoprostol est vendu à 6.785 FCfa et celui qui contient 75 mg de Diclofénac et 0,2 mg de Misoprostol à 5.161 FCfa. Ces produits sont classés dans la liste 1, c'est-à-dire les médicaments dangereux et qui peuvent tuer. Ils ne doivent être vendus que sur prescription. « Ceux qui désirent l’avoir sans l’avis d’un médecin, vont se les procurer à Keur Serigne-Bi ou autre part car dans les pharmacies où il y a la rigueur, ils ne l’ont pas », explique Dr Assane Diop, propriétaire de la pharmacie Boulevard.

Le cocktail de la mort
L’Artotec est un anti-inflammatoire indiqué pour le traitement des douleurs de certains rhumatismes chez les personnes âgées. Il peut contenir jusqu’à 0,2 mg de Misoprostol. Quant au Misoclear, c’est du Misoprostol en grande quantité qui offre un traitement pour de nombreuses indications : hémorragie du post-partum (Hpp), Prise en charge médicale d’un avortement incomplet et d'une fausse couche, avortement médicamenteux précoce. Ce que l’on cherche dans ce médicament pour faire ou se faire avorter est le Misoprostol.

Selon le Dr Assane Diop, pharmacien, on peut en avoir jusqu’à 200 mg pour interrompre une grossesse. Le Misoprostol (PGE1) est un médicament traitant les ulcères gastriques, non autorisé dans de nombreux pays pour son utilisation dans l'interruption de grossesse, du fait aussi de sa large disponibilité et de la simplicité de son mode d'administration.

Sa stabilité à température ambiante favorise son utilisation dans les milieux défavorisés. Ce médicament a été introduit dans la maternité pour interrompre une grossesse au deuxième ou au troisième trimestre pour cause d'anomalie fœtale ou de mort fœtale dans l’utérus.

Toutefois, une préoccupation inhérente à son utilisation durant la grossesse est l'hyperstimulation utérine. Dans les cas extrêmes, il provoque la rupture utérine, l’hémorragie, l'analgésie (suppression de la sensibilité, la morbidité maternelle sévère y compris.

Le danger guette
L’illégalité de cette activité est manifeste. Selon le directeur adjoint de l’Ordre des médecins du Sénégal (Oms), Joseph Gomis, cette pratique consistant à interrompre clandestinement une grossesse est un exercice illégal de la médecine. Ce délit est puni par la Loi n° 66-69 du 4 juillet 1966 relative à l’exercice de la médecine et à l’Ordre des médecins en son article 5 dans lequel il est clairement écrit : « L’exercice illégal de la profession de médecin est puni d’une amende de 20.000 à 100.000 francs et d’un emprisonnement de six mois à un an. En cas de récidive, les peines seront doublées. Pourra enfin être prononcée la confiscation du matériel ayant permis l’exercice illégal ».

Le praticien est au courant des pratiques en cours dans son champ de compétence. « En tant que médecin, je sais que certaines cliniques pratiquent l’Ivg. Mais, quand il s’agit de l’Ordre, vous posez un problème d’institution. Pour poursuivre quelqu’un d’exercice illégal de la médecine, il faut avoir des preuves. En droit, il ne suffit pas de dire les choses, mais il faut les démontrer. En plus, on n’a pas le droit de débarquer quelque part pour voir si tel monsieur fait l’exercice illégal de la médecine ou pas. Sinon, le procureur va nous rappeler à l’ordre. Il est la seule personne habilitée à le faire », explique M. Gomis. Toutefois, notre interlocuteur précise que les praticiens de la médecine peuvent agir dans le cas d’une dénonciation verbale ou écrite. De ce fait, on va saisir le procureur qui va se charger de vérifier la véracité des accusations.

L’Ivg au fil des années
En 2011, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) avait estimé le nombre d’Ivg à 3.6 % pour la région de Dakar.

Selon une étude menée par le Guttmacher Institute américain et le Centre sénégalais de recherche pour le développement humain en 2014, 51.500 avortements sont pratiqués au Sénégal chaque année, soit un taux de 17 avortements pour 1.000 femmes en âge de procréer. Le taux de prévalence est largement plus élevé dans la capitale à Dakar. Il tourne autour de 23,5 pour 1.000 femmes contre 14,1 pour 1.000 dans le reste du pays.

Ces chiffres montrent une nette baisse de la pratique de l’Ivg. Mais, ces études sont l’arbre qui cache la forêt. Aujourd’hui, les femmes n’ont pas besoin de l’intervention d’un gynécologue ou d’une sage-femme pour se débarrasser d’une grossesse.

L’avortement à un clic
Aujourd’hui, le développement des technologies de l’information et de la communication (Tic) révolutionne l’Ivg dans les pays où elle est interdite. Avec les sites tels que doctissimo.fr, gracia.fr, womannonwaves.org, entre autres, les femmes ou les filles n’ont plus besoin de consulter des agents de la santé pour se faire avorter. Toutes indications pour provoquer un avortement soi-même y sont disponibles. Par exemple, dans un des sites ci-dessus, une personne conseille aux dames d’utiliser le Cytotec pour mettre un terme à leur grossesse avec le minimum de risques. Ce médicament est difficile à obtenir au Sénégal car il a été retiré du marché à cause de son usage détourné. Aujourd’hui, il est remplacé par le Misoclear qui produit les mêmes effets concernant l’avortement. Le Syndicat des pharmaciens du Sénégal avait demandé aux autorités compétentes à ce qu’on efface parmi les indications interruption volontaire de grossesse. « Nous qui sommes du syndicat des pharmaciens du Sénégal, avons demandé qu’on enlève parmi ses indications Ivg. Mais, nous n’avons pas eu gain de cause », avoue Dr Assane Diop, un des membres.

De graves complications
Marie Fall Yade est la maîtresse sage-femme du Centre hospitalier national de Pikine. Dans son bureau qui donne sur la salle d’accouchement, elle interprète les examens échographiques des femmes en travail. Selon elle, les cas d’Ivg ne sont décelés que s’il y a des complications.

Au cas contraire, les femmes viennent dans cet établissement sous le tableau d’un avortement spontané car elles ont juste des saignements comme dans un avortement normal. « Les femmes sont plus averties maintenant. Elles achètent les médicaments dont les effets secondaires peuvent interrompre une grossesse. Aux deux premiers mois, le danger n’est pas permanent car le fœtus n’est que de l’eau », Mais, poursuit-elle, au-delà de cet intervalle, elles peuvent s’exposer à une hémorragie et, plus grave encore, à une septicémie (infection généralisée) qui conduit directement à la mort car l’avortement a été incomplet et l’utérus a retenu les débris ovulaires. L’effet excessif de ces comprimés peut causer une perforationmenant jusqu’à l’hystérectomie (ablation de l’utérus) et, par conséquent, à la stérilité.

Des amours pour les méthodes de contraception : Petite cause à grand effet
DesamourLe niveau de connaissance des techniques de contraception moderne est important. Mais, le recours à la pratique contraceptive demeure toujours faible. La dernière étude de l’Eds révèle une prévalence contraceptive plus importante chez les femmes âgées de 35-44 ans avec plus de 20%. Selon Khady Sy Diop, chargée de la Planification familiale à l’hôpital de Pikine, certains hommes ne mettent pas toujours les préservatifs car ils considèrent que ça interrompt les rapports sexuels et réduit les sensations.

Ce même avis est partagé par ces deux élèves trouvés devant la porte des logements des étudiants étrangers de l’Ipg (Institut privé de gestion) situé à Sacré-Cœur 3. « Le latex (matière avec laquelle le préservatif est créé, ndr) empêche le sexe de la femme de stimuler celui de l’homme », estime Bryan Fara Ricardo Mendy.

Pour corriger cette perception des méthodes de contraception, l’Association sénégalaise pour le bien-être de la famille (Asbef), à travers le mouvement Actions des jeunes, élabore et déroule dans les écoles et les quartiers, des programmes de sensibilisation des jeunes sur les maladies sexuellement transmissibles mais aussi sur les grossesses précoces.

« Durant les stratégies avancées, nous distribuons des préservatifs aux jeunes. Nos cibles sont âgées de dix à vingt-quatre ans. Mais, nous nous heurtons à quelques difficultés. Au lycée John Fitzgerald Kennedy, le censeur a appelé la sécurité pour nous mettre dehors.

Il a même menacé de porter plainte contre nous. Dans les écoles, le personnel administratif refuse qu’on distribue des préservatifs aux élèves », se désole le chargé du programme des jeunes dans cette structure. (Certaines informations sont extraites de la Grande enquête des fins d’études au Cesti du même auteur).

Dossier réalisé par Marame Coumba SECK

 

Last modified on vendredi, 15 juillet 2016 15:26

Lancée ce lundi, la plateforme Molotov permet de regarder les programmes d’au moins 33 chaînes en direct, replay ou enregistrés…

Molotov.tv va-t-elle dynamiter nos habitudes ? Cette appli, lancée par la start-up française Molotov propose dès ce lundi 33 chaînes de télé en version gratuite et 70 en version payante (9,99 euros par mois avec 100 heures de stockage). Elle réunit sur une unique plateforme les programmes en direct et les replay.

Molotv.tv peut-il révolutionner la télé
« On a voulu créer une autre manière d’organiser la TV », avance Jean-David Blanc, fondateur d’Allociné et cocréateur de la start-up. L’utilisateur peut ainsi trier les contenus par genre, horaire ou personnalité, mais également programmer des enregistrements et accéder à tout cela sur ordinateur, tablette, mobile ou télés connectées.

TF1 et M6 refusent de livrer leurs replays
Molotov.tv a négocié sec afin d’être en mesure de proposer les chaînes gratuites de la TNT. Cependant, TF1 et M6 ont refusé de mettre à disposition leurs programmes en replay.

Molotov, qui emploie une quarantaine de personnes, a levé 10 millions d’euros pour le projet et mène actuellement une nouvelle levée plus importante. L’appli a reçu un soutien marqué d’Apple, qui aimerait la voir se développer au-delà de la France. Les groupes de télévision et les opérateurs télécoms, en revanche, la regardent d’un mauvais œil, craignant qu’elle ne ringardise les box TV.

Par le surfeur

Le brossage des dents est primordial pour garder une hygiène bucco-dentaire saine et propre. Une mauvaise hygiène bucco-dentaire entraîne le développement de la plaque bactérienne et des caries. D’après l’Inserm, dans la plupart des cas, les maladies parodontales sont d’origine bactérienne : il s’agit de la gingivite (= inflammation de la gencive manifestée par un gonflement et des saignements) qui peut évoluer vers une parodontite, c'est-à-dire une attaque du parodonte qui est constitué des tissus qui maintiennent la dent tels que le cément (= il recouvre la racine), le ligament (= il relie la dent à l’os), l’os alvéolaire (= il soutient la racine de la dent) et la gencive. A terme, la destruction de ces tissus provoque le déchaussement dentaire.

Sur le marché, il existe une multitude de catégories de brosses à dents. Entre les brosses à dents médiums, souples, dures, à larges têtes, à petites têtes et les brosses à dents électriques, le consommateur cherche avant tout l’efficacité de son produit. Il souhaite que le rapport qualité prix soit au plus juste. PasseportSanté vous propose d’en savoir plus : brosse à dents classique ou électrique : que choisir ?

Tout savoir sur la brosse à dents électrique !
La collaboration Cochrane donne des informations scientifiques et prouvées sur la base d’un échantillon d’individus volontaires. Cette organisation ne reçoit pas de fonds d’organismes en vue d’effectuer des opérations publicitaires, elle est indépendante et à but non lucratif. Selon la collaboration Cochrane, il a été prouvé la supériorité de la brosse à dents électrique à mouvement oscillo-rotatif sur la brosse à dents manuelle concernant l’élimination de la plaque dentaire et la prévention des infections pathogènes (= caries, gingivite, parodontite).

Les études effectuées par cette collaboration mettent en avant les brosses à dents électriques à mouvements oscillo-rotatif. En 2010, une nouvelle mise à jour de ces études ajoute à la liste : la brosse à dents électriques avec mouvements va-et-vient soniques. La brosse à dents électriques soniques crée des vibrations à l’extrémité des poils dentaires qui activent les fluides et élimineraient la plaque bactérienne incrustées dans les espaces inter-dentaires.

La brosse à dents électrique n’est pas autonome. Il faut guider et régler la force de son mouvement pour ne pas agresser la gencive et bien se référer à la notice. Certaines d’entre elles ont l’avantage d’être dotées d’un minuteur et d’une option musicale qui s’enclenche quand le brossage est actif. Les brosses à dents électriques présentent certains inconvénients comme leur coût et leur utilisation sur batterie. Ergonomique, elles peuvent être très utiles et confortables pour les personnes qui présentent des difficultés à manier une brosse à dents classique.

Qu'en est-il des brosses à dents manuelles ?
Quand il s’agit de lutter contre les bactéries de la cavité buccale, les brosses à dents manuelles n’ont pas une efficacité extrêmement inférieure aux brosses à dents électriques.
Le tout reste le savoir-faire du brossage. Un bon brossage commence par la disposition de la brosse à dents, idéalement orientée à 45° sur le point de contact entre la dent et la gencive. Le mouvement circulaire se fait de la gencive vers la dent : du haut vers le bas pour la mâchoire supérieure et du bas vers le haut pour la mâchoire inférieure.

Pour que le nettoyage soit optimum, il vaut mieux choisir une tête qui convient à la taille de votre bouche. La brosse à dents manuelle n’accède pas à toutes les faces de la dent, alors il est parfois d’usage de compléter le brossage à l’aide d’un fil dentaire (soie dentaire) et de brossettes inter-dentaires pour assainir les espaces situés sous la gencive et les faces proximales des dents (= surfaces inter-dentaires).

Le choix d’un poil trop dur risquerait d’endommager vos gencives, il vaut mieux opter pour une brosse à dents de type medium.

Source : PasseportSanté

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:41

Fally Ipupa est né à Bandal, le quartier des musiciens de la capitale congolaise. Après des débuts timides dans une myriade de formations, il s’est mué en gosse ambitieux au fil des ans. En 1999, son transfert, à l’âge de 22 ans, dans le groupe « Quartier Latin », la célébrissime formation du non moins célébrissime Koffi Olomidé, fit déjà couler beaucoup d’encre. Le temps d’affiner son talent de chanteur. Et en 2006, il se lance dans une carrière solo avec son premier album, «Droit chemin», aux accents neufs et un succès énorme. Plus d’un million d’exemplaires écoulés sur le continent et dans la diaspora (dont un disque d’or en France. Deux autres opus, Arsenal de belles mélodies (2009) et Power-Kosa Leka (2013), l’imposeront définitivement.

Fally Ipupa s’est donné pour objectif d’être la première vedette de son pays à  conquérir le marché mondial. Toutefois, Franco avait esquissé le grand saut vers le marché mondial avant de mourir en 1989. Papa Wemba avait, lui aussi, tenté une approche avec trois albums réalisés sous la houlette de la rock-star tiers-mondiste Peter Gabriel, entre 1992 et 1998 ; et puis, il y eut la chance exceptionnelle offerte à Koffi Olomidé quand les feux de l’actualité française et européenne se braquèrent sur son concert (une première pour une star africaine) en 2000, dans la salle parisienne de Bercy archi-comble, une chance qu’il ne sut ou ne voulut pas saisir.

Mais pourquoi les « rumberos » d’antan auraient-ils eu à se soucier du marché occidental, eux qui régnaient alors en maîtres absolus sur les hit-parades de Dakar à Johannesburg ? Tout est différent maintenant, l’actuelle génération a connu la mondialisation dès le plus jeune âge. Elle surfe sur Internet aussi naturellement qu’elle tape dans un ballon de foot et réside à Paris, entourée des siens et immergée dans les traditions.

«Dès l’âge de 17 ans, je fréquentais les kiosques de rue dans Kin pour jouer sur Nintendo, se rappelle Fally. Mais j’ai vraiment commencé à me servir de l’ordinateur en 2004, quand j’ai gagné un peu d’argent ». A l’instar d’un artiste français ou britannique, il se met à l’ère du numérique, s’appuie sur les réseaux sociaux comme un élément majeur de sa stratégie pour entretenir le buzz. «J’ai ouvert un blog en 2006 à l’occasion de la sortie de Droit chemin. Je dispose d’une page Facebook depuis 2007. Quant à mon compte Instagram, il est le plus visité de la Rd Congo», s’exclame-t-il fièrement.

«Je veux qu’on écoute de la musique africaine, car j’ai cette culture dans le sang, mais modulée pour les oreilles du monde entier », confie-t-il. Et très logiquement, Fally a réuni les ingrédients nécessaires à cette conquête internationale : un producteur, Skalpovitch (alias Skalp), qui s’est imposé dans le show-biz français comme un hit-maker (Magic System, Indila, Black M, Kendji Girac…), des textes en lingala, anglais et français, une musique entre european dance, rumba et ndombolo. Et surtout un nombre substantiel de featurings, ces produits d’appel indispensables à la réussite d’un album en 2016 : Black M, R. Kelly, la star de la soul-love américaine et bien d’autres encore.

Par Oumar BA (avec le monde)

1- Un artiste à succès
Qu’est-ce qu’il n’a pas chanté pour faire plaisir à des millions de mélomanes, qu’ils soient d’Afrique, d’Europe ou D’Amérique? Sa musique ouverte aux quatre vents du monde a longtemps bercé des âmes. Avec sa belle voix, le fils de la Médina (quartier populaire et périphérique du centre-ville dakarois) est parti à la conquête du monde. « You » fait ainsi partie des rares artistes africains à avoir réussi le cross-over de la musique africaine même si le mbalax a toujours été le moteur essentiel de sa musique.

Son charisme grandissant a fait de lui l’ambassadeur de la musique sénégalaise. A l'âge de 24 ans déjà, le propriétaire de Thiossane, club de production de son orchestre, est à la tête d'une véritable entreprise qui emploie des musiciens, des managers et des secrétaires. Avec sa double casquette de chanteur traditionnel et de chanteur moderne, Youssou N’Dour finit par s’imposer au plan national comme international. Vers la fin des années 1980, son premier disque pour le marché international signé chez Virgin, « The lion ».

Du mbalax accommodé de nappes de synthés, des sons longs aux rythmes peu marqués. De quoi galvaniser les esprits d’une jeunesse sénégalaise qui se lance de plus en dans des compétitions internationales.

Le « roi du Mbalax », d’autre part, s'aventure dans le monde traditionnel des griots africains dont il est un descendant et leur rend hommage. « Voices of the Heart of Africa » en duo avec Yandé Codou Sène en est un des exemples. Ce même disque aux chansons traditionnelles et ballades lui a valu, en 1996, le prix du « meilleur artiste africain » de la musique africaine. Deux fois disques d’or, sa musique n’est pas que divertissement, c’est également des paroles qui fédérèrent.

2- Une réussite africaine
Lors du lancement des journées départementales de la jeunesse de l’année 2016 dont il était le parrain, l’artiste avait lancé dans son discours une phrase qui a peut-être fait son bonhomme de chemin : « Dans la vie, ce qui importe c’est la réussite ».

Issu d’une famille modeste comme la plupart des Sénégalais, il commence adolescent à chanter dans les fêtes de famille en quittant l'école sans aller au lycée, montrant que le dieu de la réussite n’a pas de nationalité. Sa carrière débute alors qu'il a 19 ans avec le groupe Étoile de Dakar. Youssou N'Dour acquiert une notoriété au Sénégal et décide, en 1979, de fonder son propre orchestre le Super Étoile de Dakar.

Chanteur et musicien remarquable, homme d'affaires avisé, la star sénégalaise multiplie les activités et semble vouloir occuper tous les terrains de la création musicale. Et produit d'autres artistes comme Cheikh Lô. Son souci, favoriser le mouvement artistique africain, le structurer et lui donner une chance de réussir. 

En dehors de la musique, il a investi le monde des affaires, notamment celui des médias. L’auteur de l’Hymne de la coupe du monde de 1998 est devenu patron de presse depuis 2003.
Ministre de la Culture et du Tourisme du Sénégal à partir du 4 avril 2012 puis ministre du Tourisme et des Loisirs au sein du gouvernement d’Abdoul Mbaye, il est rattaché au président Macky Sall, aujourd’hui son ministre-conseiller.

3- Un patriotisme à tous crins
La particularité de cet homme d’affaire sénégalais aux ambitions manifestes est qu’il fait partie des Africains qui ont accompli leur performance sur le sol de leurs ancêtres. Habiter Dakar n’a jamais été pour lui un obstacle à sa conquête du monde, mais plutôt un atout. Au Sénégal, c’est un des plus grands employeurs du pays.

A la tête d’une entreprise de presse depuis 2003, successivement le journal L'Observateur, le quotidien le plus lu du pays (tirage de 100 000 exemplaires), la Radio Futurs Médias (RFM) et, depuis septembre 2010, une chaîne de télévision intitulée « Télé Futurs Médias » (TFM), il emploie en effet des centaines de personnes.

Autour de son activité artistique, le roi du mbalax développe également diverses activités commerciales. Il possède un studio d'enregistrement à Dakar et une discothèque, le Thiossane, situé dans le quartier de Grand Dakar, où des jeunes talents organisent des soirées pour assurer leur survie financière. Ce patriotisme dépasse les frontières sénégalaises.

Il se décline ainsi sous forme d’engagement. En 1985, il organise un concert pour la libération de Nelson Mandela au Stade de l'Amitié (actuel Léopold S. Senghor) de Dakar.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:27

Pour admirer les cases à impluvium, il faut se rendre dans des villages du royaume Bandial à Enampor, à Séléky, en Basse Casamance au sud de la ville de Ziguinchor. De rares bâtisses en terre bâtie pointent leurs deux toitures superposées vers le ciel. A partir de la cour intérieure, une autre toiture en forme d’entonnoir inversée est inclinée vers un bassin recueillant les eaux de pluie.

Le captage des eaux de pluies, c’est la vocation la plus connue de ces habitations typiques en pays Bandial. Mais lorsque l’on visite et revisite ces cases, on se rend compte qu’elles ont eu d’autres vocations depuis la nuit des temps.

La case à impluvium d’Enampor est érigée au milieu d’une clairière. Elle est bordée de toutes parts par des arbres. Elle est surmontée par deux toitures en paille. Un pourtour d’aération sépare les deux toitures. Cette ouverture séparant les deux toitures a aussi une fonction d’éclairage. La porte principale porte deux cornes. C’est les reliques de richesse du propriétaire ou disons des propriétaires. La porte principale est délimitée par des pieux en terre bâtie. A gauche de l’entrée principale, de vieilles mères sont dans une courette. Elles sont isolées par une clôture de feuilles de rônier. Elles accèdent à la cour avant par la chambre à deux portes. « Voici la chambre à deux portes. Elle était réservée aux femmes qui sont en période de menstruation. Dans notre coutume, on ne doit pas voir une femme qui voit ses règles », rapporte Idrissa Manga. Lorsque nous pénétrons à travers une porte de moins de deux mères de hauteur, une lampe à pétrole, une baguette perlée et couverte par du coton tissé sont accrochés çà et là. L’intérieur des chambres est une vraie galerie d’exposition de la culture ancestrale. Au-dessus du lit, des bottes centenaires de riz encombrent le mirador. Des couchettes font office de grenier. A l’origine, c’est dans la chambre noire que les récoltes étaient stockées. « La chambre noire est celle du chef de famille qui y passe la nuit avec des enfants. Il veille aussi sur le riz », explique Idrissa Manga.

Les chambres sans fenêtre sont séparées par un petit couloir donnant à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. La case à impluvium est une succession de concessions dans une grande case. Les chambres carrées ou rectangulaires se suivent dans un ensemble circulaire. Chaque chambre, en plus de servir de couchette, assume d’autres vocations. La porte de la chambre des jeunes donne sur l’extérieur. Ils ont une responsabilité dans la protection de la famille. « La case à impluvium avait pour rôle de protéger la famille contre les ennemis. Le royaume Bandial était à côté du royaume Baïnouk qui se trouve à Brin. Nos ancêtres avaient conçu cette architecture pour sécuriser à la fois les personnes, le bétail et les récoltes », rapporte Idrissa Manga. Une toiture de forme d’entonnoir inversée est soutenue par des piquets fixés sur les margelles du système de récupération des eaux de pluie.

Le ciment de la vie en communauté
Le système de captage des eaux dans ces cases a été le plus connu. Pourtant, dans le pays Bandial, on se garde de donner du poids à cette fonction. « Lorsqu’on parle de la case à impluvium. On pense de façon systématique à la récupération des eaux. Cela est vrai. Mais le stockage est moindre par rapport à la protection et aux autres fonctions », précise Idrissa Manga. A Enampor, on y retrouve 6 familles au sens européen qui correspond à une famille africaine dans la Case la plus ancienne de l’une des deux capitales du Royaume Bandial. « Vous avez des personnes qui vivent avec des oncles, des cousins, en plus de leur père et de leur mère. La case à impluvium prônait un système de vie en communauté et une solidarité », dévoile un des conservateurs. D’habitude deux enclos se regardent de part et d’autre de l’entrée principale dans un couloir convexe. Cette architecture n’existe que dans cette partie du monde. Elle attire de plus en plus de visiteurs et de touristes. Mais jusqu’à quand sera-t-elle un atout touristique pour le pays Bandial ? Il n’en reste que trois cases authentiques à Enampor et autant à Séléky.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Dans le royaume Bandial, on pleure déjà la disparition programmée des cases à impluvium avec leurs charpentes superposées de l’extérieur et une autre de forme d’entonnoir inversée de l’intérieur communicant avec un bassin de captage des eaux pluviales. Les touristes et les curieux effectuent des tours et des visites pour admirer les derniers jours d’une architecture atypique inscrite sur la liste indicative de l’Unesco.

A l’ombre des palmiers, des rôniers et des fromagers, la case bicentenaire de Séléky, à l’image d’une vieille personne sous le poids de l’âge, porte les rides de sa longévité. La paille se déstresse. La toiture porte des entailles çà et là. A partir de l’intérieur on peut apercevoir le ciel. Derrière, dans la cour arrière, des adjonctions de couleur de terre moins foncée se différentient avec les pans noirs foncés datant de la période précoloniale. « Je me consacre à la réhabilitation et à la rénovation de cette case depuis une décennie.

Regardez, voici en photo mon père, il a fait la guerre d’Algérie. Il n’est plus de ce monde. Pourtant il est né dans cette case. C’est la plus vieille et la plus ancienne du royaume », se vante EvasionAtendeng Tendeng, un homme frêle, rongé par le souci de préservation d’un patrimoine en danger. Depuis plus deux siècles, chaque génération ne trahit pas sa mission. Le nouvel héritier est au bout de ses peines. A Séléky comme du reste, dans le pays Bandial, personne ne veut de la disparition de la case bicentenaire. Mais personne n’est prêt à faire le sacrifice pour la conserver. Assis sur une natte, savourant son vin de palme avec un ancien ami d’enfance, Atendeng Tendeng, le corps émincé et la voix rauque, laisse éclore des regrets.

Il ne peut plus supporter le lourd héritage de ses ancêtres à son corps défendant. « C’est la dernière réfection. Ici, tout le monde veut la conservation de ce patrimoine. Mais personne ne vous aide. Nous allons perdre cette case. Je ne vais plus me fatiguer. Ce n’est pas pour moi, mais pour la communauté », avertit Atendeng Tendeng. Le jeune écolier Alexandre Tendeng ne veut pas entendre ce discours. « Non, mon père ne dit pas cela », laisse-t-il glisser. « Ah oui je vais le dire », renchérit Atendeng Tendeng. 

La case bicentenaire n’est plus une maison familiale. A l’entrée, dans un coin, le fétiche veille sur tout. Au-dessus des récipients, des jerricanes et une grosse cuillère taillée dans le bois sont accrochés au mur. A l’entrée principale, un tambour traditionnel, une sorte de tronc d’arbre rongé de l’intérieur, est sur la véranda. Cette case est un musée pour la communauté. « Séléky est réparti en six quartiers et chaque quartier a son chef. Au quartier Batendeng, c’est dans cette case où se tiennent toutes les réunions pour prendre les grandes décisions, ce tambour sert à annoncer des événements », tente de convaincre Alexandre Bassène.

Une case sur la liste indicative de l’Unesco 
Construite à l’image des voûtes nubiennes avec des murs de grande épaisseur, la bâtisse laisse apparaître des fissures. Elle menace ruine. L’éclatement des familles, la rareté de la paille sont les principales raisons de l’abandon de cette architecture inscrite sur la liste indicative de l’Unesco. « Les Espagnols nous disent de conserver ces cases. Il faut reconnaître que c’est difficile. Dans la zone il n’y a plus de paille en abondance. Mon frère a dépensé plus de 100.000 francs Cfa pour recouvrir une partie de la toiture. L’année prochaine, nous allons renouveler l’autre pan de la toiture », rapporte Gilbert Bassène, au village de Bandial. La case à impluvium de sa forme originelle n’a pas de beaux jours devant elle.

A la sortie de Séléky en se dirigeant vers Etama, les taules ondulées épousent la forme circulaire des chaumières. De l’intérieur, une autre toiture inversée en taules ondulées complète la charpente. La modernisation de la case à impluvium est une stratégie de conservation qui ne sauvegardera pas pourtant tout le patrimoine en voie disparition.

Idrissa Manga : L’avocat d’une architecture en péril
Idrissa MANGAIdrissa Manga est l’un des plus ardents défenseurs de la case à impluvium dans le royaume Bandial. Il parle de cette architecture avec une passion teintée de regrets. Il ne sait pas pour combien de temps cette case sera la marque identitaire de leur architecture traditionnelle.

C’est toujours avec une grande fierté qu’Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampor, parle de la case à impluvium. C’est d’ailleurs un sujet de prédilection pour ce jeune homme trapu âgé de 35 ans. « Je suis né et j’ai grandi dans une case à impluvium. C’est normal que je connaisse quelque chose de cette architecture traditionnelle de chez-nous », souffle celui qui sert régulièrement de guide aux touristes qui viennent dans cette partie de la région naturelle de la Casamance pour admirer ces cases à l’architecture originale dont certaines datent du 17ème siècle. Lorsqu’il parle de ces cases, il ne laisse aucun détail.

D’abord la fonction protectrice de ces maisons lors des conflits opposant les groupes ethniques de la basse Casamance, sa fraîcheur ambiante. Il mentionne également la vie en communauté et en harmonie. « Sous une case, on peut retrouver plus de 5 familles issues toutes du même arbre généalogique. On retrouve des musulmans, des chrétiens et des animistes », raconte Idrissa Manga. Cet habitat cimente les relations entre les membres d’une même famille, préservant ainsi l’héritage culturel des sociétés africaines qui ne connaissent pas des ménages nucléaires. « Les cases à impluvium vont disparaître avec le mode africain de vie en famille », regrette le défenseur d’une architecture en péril.

Dans le royaume Bandial, cette case à impluvium a plus résisté au temps que les cases carrées ou rectangulaires qui ont été par la suite adoptées par les populations autochtones. En 2016, il reste trois prototypes que le bonhomme continue de vanter les bienfaits.

« Je plaide pour que ces cases soient sauvegardées, parce que si l’on parle de tourisme dans cette zone de la Casamance, c’est en grande partie lié à ces cases à impluvium. Elles font partie de notre patrimoine », défend Idrissa Manga. Signe de l’importance de ces cases, le guide renseigne que l’architecte Pierre Goudiaby Atepa s’en est inspiré pour construire la Case de l’Alliance française de Ziguinchor. Pour cela, il aura séjourné plusieurs jours durant à Enampore et dans les environs. 

Même Idrissa Manga a fait de la sauvegarde des cases à impluvium une lutte personnelle, le gérant du campement avait essayé d’embrasser la carrière d’enseignant sans succès. De même que celle d’infirmier d’Etat en vain. C’est par la suite qu’il a jeté son dévolu sur le tourisme en se formant au métier de guide. En 2011, il est coopté pour gérer le campement villageois d’Enampore. Actuellement, le secteur touristique n’est guère florissant à cause de plusieurs facteurs tels que les taxes douanières, les problèmes de sécurité de la zone, le blocus de la transgambienne, etc. Marié et père de quatre enfants, Idrissa ne désespère pas pour autant de voir et de revoir des bus remplis de touristes venir séjourner dans son campement et visiter les cases à impluvium.

I. SANE et M. NDONG

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:21

Libéralités divines

13 Juil 2016
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Une fatiha récitée lettre après lettre, d’interminables likhlass, des torrents de « rabana » et des kilomètres de perles de chapelet… La longue absence des pluies a fouetté l’ardeur des demandeurs de bienfaits providentiels. Dieu, dit-on, est très sensible à la prière. Il a besoin qu’on Lui reconnaisse Son statut d’« Etre suprême », disent les hommes d’esprit.

Les humains, ces ingrats qui se complaisent dans le péché l’ont si bien compris qu’ils ne cessent de déclamer la longue litanie du repenti intéressé. « Allahouma », « Seigneur »… Rendez-vous compte ! Des milliards de « croyants » se passent le mot pour implorer les bienfaits divins. Un immense brouhaha, imperceptible à l’échelle humaine, qui fend la nuit profonde – le moment le plus propice à la prière – pour déranger l’éternelle quiétude divine.

Et dans ces prières, on trouve du tout. Le paysan qui désespère de voir s’installer l’hivernage, le souffre-douleur qui rêve de changer de condition, le président qui s’accroche à son fauteuil, l’opposant qui rêve du Palais de l’avenue Senghor, le crève-cœur en quête de félicité, l’employé qui veut supplanter son patron et le patron qui veut le rester à vie, la femme qui ne veut pas de co-épouse… Des suppliques qui convergent toutes vers le réceptacle où des estampilles programmées par la prédestination distribuent les sentences divines : « accordé », « refusé », « différé », etc.

Pensez donc à Dieu face à cette multitude de cabotins qui affectent de le vénérer pour bénéficier de Ses libéralités. Et, si la Providence tarde à vous sourire, gardez à l’esprit cette sentence de Charles Péguy : « La sagesse de Dieu par nous peut défaillir. Et nous pouvons faire tout manquer ».

Par Sidy DIOP

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:05

Le virus prend le nom et l'apparence d'un logiciel anodin avant de donner aux pirates l'accès aux fichiers et à la webcam de l'ordinateur...

Les spécialistes de la lutte contre les virus informatiques de BitDefender ont récemment alerté le public sur le malware Eleanor. Cette menace vise seulement les systèmes d’exploitation OS X des Mac.

C’est la deuxième fois qu’un virus développé spécifiquement pour infecter les ordinateurs Apple est repéré. Eleanor se présente dissimulé dans un fichier portant le nom d’un logiciel qui existe réellement, Easy Doc Converter, proposé au téléchargement sur de nombreuses plateformes réputées sérieuses.

Mais ce n’est pas l’outil de conversion de fichiers attendu que les malheureux utilisateurs qui chargent le faux programme installent sur leur machine. En effet, une fois en place, Eleanor donne la possibilité aux pirates qui l’ont développé d’avoir accès à l’ensemble des fichiers de l’ordinateur, de supprimer ou modifier ces derniers ou encore d’exécuter des scripts, explique ZDNet.

Le malware permet également aux hackers d’accéder à distance aux images captées par la webcam des ordinateurs Apple. Le seul moyen de préserver son intimité en cas d’infection par le virus reste donc de masquer l’objectif de la caméra intégrée avec un morceau de scotch. Sauf pour les propriétaires d’un Mac équipé du programme Gatekeeper, l’une des rares protections pour ne pas tomber dans le piège d’Eleanor en cas de tentative d’installation.

Lamine Diassé est le porte-étendard du costume au Sénégal. Spécialisé dans l’habillement européen, particulièrement dans le vêtement masculin, ce jeune couturier, styliste-créateur a fait de la qualité son credo et de la connaissance sa devise.

« Ce que je fais, c’est le sur-mesure ». Tout Lamine Diassé est dans ce souffle. S’émanciper de la facilité. Sortir de l’ordinaire sénégalais. Porter presque tout seul le fardeau de la perfection. Le stylisme sénégalais fonctionne en trompe l’œil. Dakar certes est une place forte de la mode africaine, mais les stylistes sénégalais aiment renifler le doux parfum de la facilité. Des défilés occasionnels, des médias complaisants, un public peu averti. Suffisant pour certains noms ronflants de la mode sénégalaise. Trop peu pour Lamine Diassé. L’ambition est le carburant qui chauffe ce cérébral de la mode.

Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il fera quelques piges chez le maître couturier Laye Diarra où il fait la connaissance du costume. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Responsable de production, il y réalise des costumes sur-mesure pour nombre de personnalités sénégalaises. Mais à force de ciseler l’étoffe, de dessiner des formes et de s’enfermer dans des mesures, le jeune Diassé est pris dans ce tourbillon de questions qui a façonné, avant lui, nombre de grands créateurs. Pourquoi la mode sénégalaise n’est pas normée comme en Europe ? Pourquoi le costume Smalto ou la chemise Hugo Boss sont si parfaits ? Quelles logiques se cachent derrière la production industrielle de vêtements ?
Pour trouver des réponses et donner plus d’amplitude à sa prometteuse carrière, Lamine Diassé décide de reprendre par là où il devait commencer : la formation. Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (Aicp). Il rencontre ensuite à Paris Jean-Pierre Houée, expert de l’Aicp, qui lui apprend la conception du produit, les tracés de base et les secrets de la fabrication française. Ce dernier croit en son talent et le prend sous son aile protectrice.

Le chemin de la réussite
Il fait, en outre, plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. C’est le chemin de la réussite. Le plus difficile certes, mais le meilleur. « Mon credo, c’est de comprendre tout de cette activité que j’ai choisie. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai compris », confie Diassé. Et d’expliquer sa démarche : « Si nous voulons aller à la conquête du monde, nous devons comprendre tout ce qu’il y a derrière le vêtement. Il y a des normes à respecter, des méthodes à appréhender, des techniques à assimiler ».
A la différence de nombre de stylistes qui consacrent leurs créations à la femme, Lamine Diassé n’a pas choisi la simplicité. Le costume est, en effet, différent de l’habit traditionnel parce qu’il requiert de la haute technicité. Tracés de base, patronages, gradations (évolution d’une taille par rapport à d’autres) répondent à des normes qui ne s’apprennent pas dans la rue. « Ces techniques ne sont pas enseignées en Afrique. C’est pourquoi j’ai dû faire plusieurs voyages et stages en Europe pour les assimiler. Le costume est un habit européen et l’Europe est jaloux de son savoir-faire », raconte Lamine.

C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et le Net pour débusquer les secrets des grands créateurs européens. « Même dans ma famille, on a cru que je ne voulais pas travailler », confie-t-il. Pourtant, c’est une chose de comprendre, c’en est une autre d’expliquer. Lamine Diassé doit se battre avec des méthodes formelles dans un mode informel. En Afrique, avec un crayon et des ciseaux, on se proclame très vite styliste. « Il est extrêmement difficile d’expliquer à mes collègues que le vêtement, c’est de la géométrie, des formules, des fractions ». Du chinois dans un milieu où, le plus souvent, on se contente de découper des carrés pour en faire des boubous.

Incompréhension
Au début de l’aventure de Lamine Diassé couture (Ldc), la mécanique est grippée par l’incompréhension. Les gens sont dubitatifs. Pourquoi acheter un costume à partir de 200.000 francs alors qu’on peut se le procurer dans le prêt-à-porter à moins de 100.000 francs ? Même ceux qui en ont les moyens préfèrent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger. « Nous sommes des complexés qui préfèrent les produits étrangers. Nos dirigeants, pas tous heureusement, ont le complexe de s’habiller chez moi, d’aider un jeune qui a préféré la difficulté plutôt que l’immigration. J’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes africains, tels que Collé Sow Ardo, Alphadi, Diouma Diakhaté, et Laye Diarra qui respectent beaucoup la qualité de mon travail et la ligne de vêtements que je développe », regrette le styliste. Pour noyer son spleen, le jeune créateur s’enferme dans son monde intérieur. Il travaille chez lui, toutes les nuits, sur les tracés de base. « J’adore tracer », sourit-il. La principale difficulté, c’est que le costume sur-mesure cible l’élite. Pas le peuple.

« Je n’ai pas choisi le costume par hasard », consent Lamine, « c’est le produit le plus respecté au monde, qui ouvre toutes les portes. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille francs Cfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce ». Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire, qui exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes est, pourtant, une aubaine pour tous ces gens qui dépensent des fortunes à l’étranger pour s’habiller. Certains ministres l’ont bien compris et commencent, timidement, à s’approvisionner chez lui. Le premier à s’approprier sa démarche est Abdoulaye Makhtar Diop.

Nommé ministre par Wade, l’actuel Grand serigne de Dakar qui a bien écouté le jeune styliste, lui commande quelques costumes pour le tester. Satisfait par la qualité de ses acquisitions, le ministre lui confie sa garde-robe pendant deux ans. « Je n’achèterai plus mes costumes à Londres », lui glisse-t-il entre deux essayages, le sourire ravi. Avant cette rencontre, le couturier fait la connaissance de Mansour Dieng, le patron d’Icône magazine et communicant bien introduit dans le club sélect des personnalités qui comptent dans ce pays. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles. Il est devenu aujourd’hui mon manager », explique Lamine Diassé.

Partager son savoir
Pour Lamine Diassé, Abdoulaye Makhtar Diop a montré la voie : « Nous n’avons pas besoin de milliards comme cela se voit en politique, nous n’avons besoin que des commandes de l’Etat pour agrandir nos activités. Cela nous permettrait de participer à l’effort de développement en créant des emplois. Pourquoi ne pas nous permettre d’habiller le gouvernement, par exemple ? »

Au rayon des perspectives, le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique en ville où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, je n’achèterais pas des immeubles ou de belles voitures pour m’enrichir davantage, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française, pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il en est convaincu, pour révolutionner la mode sénégalaise et africaine, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles (les normes conventionnelles du vêtement), etc. ». C’est le prix à payer pour être compétitif sur le marché mondial. Lamine Diassé en est conscient : « J’ai peur de mourir sans transmettre mes connaissances ».

Par Sidy DIOP

Reconnu traditionnellement pour ses bienfaits sur la peau, et donc largement utilisé dans les cosmétiques, et ses bienfaits sur la digestion, l'aloe vera serait aussi intéressant quand on souffre de diabète.

L'étude, publiée le 17 juin 2016 dans le Journal of Alternative and Complementary Medicine, a fait la synthèse de neuf précédents travaux visant à évaluer l'impact de cette plante auprès de patients diabétiques. Sa conclusion : l'aloe vera fait baisser significativement le taux de glucose dans le sang (taux de glycémie) et le taux d'hémoglobine glyquée, deux marqueurs du diabète.

Consommée régulièrement sous forme orale, cette plante grasse stimule la production d'insuline. Ainsi, chez un diabétique, elle peut, dans une certaine mesure, pallier la défaillance du pancréas qui n'arrive plus à produire correctement de l'insuline. C'est cette défaillance qui contraint le patient à s'injecter de l'insuline lorsqu'il a besoin de réguler son taux de sucre dans le sang.

Dans sa forme orale, l'aloe vera se présente sous forme de jus à boire ou de gélules. C'est la pulpe de la plante qui est consommée, c'est-à-dire la substance qui coule de l'intérieur lorsque l'on coupe la feuille en deux.

Moi, jet setteur !

11 Juil 2016
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Jet-setteur ! C’est une nouvelle activité à la page. Paraître là où ça se passe, vivre sans jamais lever le pied, sentir la réussite et l’incarner.

Ils sont nombreux à remplir les pages « people » des journaux, le visage bien lustré, confortablement installés dans un coin branché de Dakar entre des nymphes tout droit sorties des contes des « Mille et une nuits ». Ils sont des livres ouverts à la curiosité du public. Ils n’ont aucun secret pour les autres.

Vous voulez connaître les ressorts de leur vie familiale, leur travail, leurs amitiés et même leur intimité ? Il suffit juste de demander ! Ils ne rechignent guère à répondre aux questions les plus indélicates. Comme cette artiste qui affirme que sa généreuse poitrine est un atout pour sa carrière musicale. On les retrouve dans les recoins du « Dakar by night », distribuant des liasses de billets avec ostentation aux laudateurs.

ertains parmi eux poussent le désir de paraître jusqu’à payer pour que leur tronche apparaisse dans les journaux « people ». Un joli costume, une belle bagnole, une montre de classe ou une compagne distinguée, ce sont des trophées à exposer au regard envieux de la masse, quitte à transgresser les codes moraux. C’est le carburant qui chauffe leur moteur. Le hic, c’est que quand on expose sa « réussite », on cache difficilement ses soucis.

Plus haut est le succès, plus brutale est la chute.

Par Sidy DIOP

La chute du djinn

08 Juil 2016
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C’est un jeune homme d’une trentaine d’années qui a battu le record des évasions dans les cellules de police et des maisons d’arrêt et de correction du Sénégal. Modou Fall ou Boy Djinné, c’est le nom qu’il s’est choisi, est tombé, une énième fois à Kalifourou (Tambacounda). Les pandores ont tellement ferraillé avec la communauté des pince-mérite de notre pays qu’ils ont dû se prémunir de quelque gris-gris anti-djinn. Mais avec Boy Djinné, le plus difficile, ce n’est pas de lui mettre la main dessus, mais plutôt de le garder en prison. Le ministre de la Justice exulte et ravive la foi des policiers : « Je vous l’avais dit, Boy djinné n’est ni djinn, ni margouillat, encore moins du vent. Ce n’est qu’un vulgaire bandit ».

Cette fois, c’est sûr, ses pouvoirs mystiques devraient carburer au super pour échapper au sort à lui réservé. Les matons vont devoir veiller sur lui « comme du lait sur le feu ». Une garde-à-vue au premier sens du terme. La question est de savoir selon quels critères ses nouveaux anges gardiens seront choisis. Car pour surveiller un djinn, il faut avoir la ceinture et les bras bien cerclés de talismans en tous genres. A défaut, les effluves du « lait sur le feu » pourraient s’avérer bien… soporifiques.

Par Sidy DIOP

« Remainder » s’appuie sur les codes utilisés par les dizaines d’appli du genre...

« A l’origine, c’était une simple blague », a écrit sur son site, l’équipe de « Remainder ». La blague, s’est transformée depuis le 24 juin, date du résultat du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, en véritable projet. Déprimés par les résultats, ces europhiles ont décidé de créer une application de rencontre pour les électeurs qui ont voté en faveur du maintien du pays dans l’UE.

« Don’t go Brexit my heart »
« Nous pensons que tout le monde a le droit d’exprimer ses opinions et nous savons qu’il y a, parmi les électeurs pro-Brexit, des gens sensibles, gentils et intelligents.

Mais nous nous adressons à ceux qui ont voté pour le maintien du pays dans l’UE (les « Remainers ») et nous voulons apporter un peu de réconfort à leurs cœurs brisés », ajoute l’équipe. Acté à 51,9 % des voix, le Brexit a créé un véritable choc outre-Manche, notamment parmi les militants du « Remain », confortés, à la veille du résultat, par de nombreux sondages donnant le maintien gagnant. Depuis, sur les réseaux sociaux, les Britanniques réagissent et commentent l’actualité politique mouvementée avec humour et désespoir. Samedi, lors de la marche organisée à Londres par les anti-Brexit, de nombreuses pancartes affichaient le slogan « Don’t go Brexit my heart », un jeu de mot en référence au célèbre titre « Don’t go breaking my heart » (« Ne brise pas mon cœur » en V.F) signé Elton John et Kiki Dee. L’équipe de « Remainder » précise toutefois : « On a lancé l’application dans la foulée. Mais nous ne sommes que de simples électeurs. Pour pouvoir développer l’appli et l’améliorer au fur et à mesure, nous avons lancé une opération de crowdfunding ». Si l’initiative a été particulièrement relayée dans la presse anglo-saxonne, le succès financier n’est pour le moment pas au rendez-vous.Seules 242 livres ont été versées pour le moment, une somme modeste au regard des 5.000 livres attendues pour pouvoir mener le projet à son terme. En revanche, l’équipe revendique plusieurs milliers d’inscrits.

Par le surfeur

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

« Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid des "bascules" artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:43

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

«Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid à des «bascules» artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Depuis plus de 20 ans, le Pr Pape Demba Fall s’intéresse sur le fait migratoire. Ses nombreuses publications sur la question font autorité. Dans cet entretien, il fait une analyse profonde du phénomène de l’immigration clandestine.

Pr Fall, ces derniers temps, la question de l’immigration clandestine a refait surface avec la mort de centaines de migrants en mer. Vous, depuis plus de deux décennies, vous vous intéressez à la question migratoire en générale. Pourquoi ?
Quand je suis venu à l’université, la question de la migration, à mon sens, n’avait pas été assez documentée. Et pourtant c’était un phénomène qui se précisait et qui est connu au Sénégal depuis très longtemps lorsque les gens ont étudié ce qu’on a appelé les Francenabés c’est-à-dire ces gens, Halpulaar, Soninké, Mandjack, qui allaient travailler en France. Il existait une littérature et des travaux remarquables sur la question de la migration mais il n’y avait pas une contextualisation. Il fallait relire les questions migratoires à l’aune de l’évolution de la société sénégalaise. Et il m’a semblé important de noter que le fait migratoire est une grille de lecture pertinente de la société sénégalaise. En réalité, toutes les évolutions qui se dessinent dans la société sénégalaise peuvent être interprétées, analysées à l’aune de la question migratoire. C’est-à-dire comment la migration influe sur la société aussi bien d’accueil que de départ que ce soit en termes d’apport économique, d’apport culturel etc.

Pensez-vous que cette approche de la question migratoire ait été bien mise en avant pour expliquer ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène de l’immigration clandestine ?
Evidemment, tout dépend de l’angle sous lequel on aborde cette question de migration. La migration, que ce soit chez les animaux, chez les oiseaux, chez les hommes, a un but principal : c’est de rétablir les grands équilibres. La migration s’inscrit dans un processus d’accès aux ressources. Que ce soit les animaux, que ce soit les hommes, ils ont tous besoin d’accéder à des ressources dans une dynamique de complémentarité des zones neutres et des écosystèmes. En réalité, le fait migratoire a toujours fonctionné sur la base des besoins que pouvait exprimer une région par rapport à une autre région. Pour mieux saisir cette réalité, il faut mettre en face les deux zones. On ne peut pas étudier la question migratoire en restant que d’un côté du mouvement, il faut associer les deux mouvements. Regarder du côté des zones de départ et des zones d’arrivée. L’évolution environnementale par exemple a beaucoup influé sur l’organisation de la migration.

Comment peut-on comprendre qu’une volonté d’accéder aux ressources puisse tant animer des hommes au point de les amener à mettre leur vie en péril ?
Quelques explications s’imposent. La migration est une stratégie, comme d’autres, d’accès aux ressources. Il y a plusieurs modes, plusieurs techniques qui sont déployées pour pouvoir accéder à certains besoins. Ce qui se passe aujourd’hui, en réalité, dans nos sociétés, c’est que ces faits de migration ne sont pas nouveaux. Que les gens partent vers d’autres cieux par la mer, par le désert, c’est très ancien comme pratique. Les migrants des années 1970 par exemple sont partis du Fouta en passant par le Mali, le Tchad, l’Algérie, le Maroc, avant d’arriver en France. Ils se sont installés dans ce pays, ont travaillé là-bas et ont pris leur retraite. Cela étant, ces gens qui partent au péril de leur vie, sont suffisamment avisés pour savoir qu’il y a un risque important.

Mais, moi, mon explication de cette situation c’est que les jeunes préféreront de loin la mort physique à la mort sociale. Le défi qu’il faut relever, c’est le défi de l’accès aux ressources. Tant que les communautés ou les jeunes mettent toujours en avant la notion de « Tekki », le problème va se poser. Les jeunes n’accepteront pas d’être des individus insignifiants entretenus par leurs parents. C’est une situation parmi tant d’autres qui peuvent conduire à cela. Je ne parlerai pas de suicide parce que les gens qui partent gardent toujours l’espoir qu’ils vont y arriver et ils sont convaincus qu’ils vont y arriver. Ces jeunes qui partent par la mer, quand on les interroge, ils sont convaincus que partir est une solution. La seule faille qu’il y a, c’est qu’ils ignorent les localisations géographiques où ils veulent aller. Ils n’ont aucune notion sur ce que c’est les Îles Canaries, l’Espagne, etc. Les candidats à l’immigration pensent qu’il faut dépasser un peu la Mauritanie pour être en Europe. Ces éléments jouent en leur défaveur.

Certes, comme vous dites, ces candidats à l’immigration clandestine sont suffisamment avisés des risques qu’ils prennent en empruntant des embarcations de fortune mais sont-ils assez sensibilisés sur la crise qui sévit en Europe et qui fait que ce continent n’est plus cet eldorado ?
Là aussi c’est un gros débat parce que, j’ai l’habitude de le dire, les migrants que nous interrogeons ne nous disent pas tout. Mais les migrants ont aussi emmagasiné des informations qui peuvent venir de sources fiables et de sources qui ne le sont pas. Tous ceux qui aspirent à partir ne retiennent de l’Europe que ce que nous voyons à la télévision. Parce qu’il y a une autre dimension qui est tout autant importante que la dimension stratégie de survie : c’est la volonté de découvrir quelque chose de nouveau. Cet élément n’est pas suffisamment pris en compte.

Il y a des gens qui veulent partir parce qu’ils ont une soif d’évasion, une soif de découverte. Mais ces jeunes sont en même temps convaincus que les gens qui sont en Europe, tout au moins, arrivent à réaliser des choses qu’eux ne peuvent pas réaliser en restant au Sénégal. Donc ils se disent, tant qu’à faire, il vaut mieux essayer.

C’est toujours dans l’esprit d’entreprise et ils vous disent qu’ils veulent aider leurs parents, épouser demain la femme qu’ils aiment etc. Et la migration est une solution pour eux. Et contrairement à ce que l’on pense, parfois, les familles soutiennent ces projets-là. Ces éléments culturels, il faut les mettre dans la balance.

L’argent dépensé pour ce périlleux voyage ne peut-il pas être investi dans un petit projet ?
Nous avons mené l’année dernière une grande enquête qui a duré quatre ans. Il ressort des questions posées à la population-cible de 18-39 que 3/4 donc 75 % au moins des jeunes de cette tranche d’âge auraient quitté le Sénégal s’ils en avaient la possibilité au cours des cinq prochaines années. On le voit, l’ampleur de l’aspiration migratoire est énorme. On a comme le sentiment que tous les jeunes veulent partir. Et ils veulent partir parce qu’ils sont en face de situations où l’incertitude plane. Leur avenir les inquiète et c’est redondant. Ceux qui arrivent en Europe découvrent la réalité mais en même temps, ils ne renoncent pas parce qu’ils pensent qu’il faut rester là-bas et se battre. Les familles ne sont pas exemptes de tout reproche. L’argent investi dans ce voyage, souvent, ce sont les économies de la famille. Et l’échec dans un départ constitue une ruine pour la famille.

Entretien réalisé par
Elhadji Ibrahima THIAMA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:45

Au moment où des milliers d’Africains, à bord d’embarcations de fortune, bravent la mer méditerranée, au péril de leur vie, dans l’espoir de faire fortune en Europe, d’autres ont décidé de prendre leur destin en main et de rester sur le continent.

A l’image de l’huile de moteur noirâtre qui dégouline de sa tenue de travail, l’assurance coule en Babacar Diop. Assurance que c’est ici, dans son garage, que lui, le mécanicien, se construira une vie, un mieux-être. Il a son métier, il le pratique depuis une dizaine d’années et ça le nourrit bien lui et sa famille. Bref, il est épanoui. Son eldorado à lui, c’est ce petit local situé à la lisière des quartiers des Hlm Grand Yoff et Sicap-Foire. Quand on lui parle d’immigration clandestine, la réponse de ce presque quadragénaire tombe, courtoise et ferme : « Jamais au plus grand jamais je ne m’aventurerai à prendre des embarcations de fortune pour aller en Europe. J’ai trouvé ma voie et ça me réussit. Je ne vois aucune raison pour que j’abandonne mon métier pour un voyage hypothétique vers un avenir tout aussi incertain ».

Ces paroles pleines de sagesse, les 700 migrants africains qui, dernièrement, ont trouvé la mort entre les côtes libyennes et l’île de Lampedusa en Italie, n’en avaient peut-être pas. Comme des milliers d’autres migrants avant eux, ils ont bravé les rigueurs de la mer à bord d’embarcations de fortune et ont sombré au large. Certes, tous ces migrants ne logent pas à la même enseigne.

Certains ont fui leur pays pour échapper à une situation de guerre (Somalie) ou l’oppression d’un régime dictatorial (Erythrée), cependant, d’autres sont guidés par des logiques pécuniaires d’où l’appellation qu’on leur a donnée : « migrants économiques ».

Les victimes sénégalaises de cette tragédie (officiellement, aucun chiffre n’est encore avancé), font partie de cette catégorie. Si la plupart de ces aventuriers parviennent à poser pied à terre, peu d’entre eux, ont la chance d’aller au-delà des débarcadères. En effet, selon les dernières estimations, plus de 11.000 migrants seraient parvenus à débarquer sur les côtes italiennes. Tous ont été parqués dans des centres de rétentions. D’aucun bénéficieront du statut de réfugiés politiques, tandis que d’autres seront renvoyés dans leur pays d’origine. Tout ça pour rien finalement.

Cependant, à l’image du mécanicien Babacar Diop, ils sont nombreux ces Sénégalais qui, pour rien au monde, ne prendraient le risque de traverser la Méditerranée à la recherche d’un avenir dont on ne sait de quoi il est fait. « L’Europe n’est plus cet Eldorado qu’on nous chantait. C’est devenu un mirage et, malheureusement, beaucoup de jeunes tombent dans le piège », regrette Malick Diaw, un tailleur. Avec tout l’argent que ces candidats à l’émigration clandestine déboursent, il estime qu’il y avait de quoi investir dans un petit projet. En effet, au plus fort du phénomène de « Barça wala Barsax » (Barça ou à la mort), certains candidats versaient jusqu’à 2 millions de FCfa aux trafiquants. « C’est de l’argent jeté à la mer. A mon avis, quelqu’un qui a les moyens de débloquer autant d’argent, n’est pas pauvre », estime-t-il. Comme lui a su le faire, il invite ses jeunes compatriotes à croire en leur étoile pour aller au-devant des projets, vaincre les obstacles et atteindre leurs objectifs. « Nous les jeunes, notre problème, c’est qu’on a peur d’entreprendre, d’investir dans notre pays. Il faut que nous ayons confiance en nous et nous donner les moyens de notre réussite ici dans notre pays », martèle ce jeune tailleur. Très tôt, Malick a pris son destin en main. D’un petit atelier de couture où trônaient deux machines à coudre, aujourd’hui, il en est à sept machines dans un local beaucoup plus spacieux au marché Grand-Yoff.

Entreprendre
Revenir au pays et entreprendre, c’est ce qu’a fait Papa Bakary Coly. Et bien lui en a pris. Ce prospère jeune aviculteur dont la ferme se trouve à Bambilor, est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs de poulets de cette zone. Rien que l’année dernière, il a fait une production de 24.000 poulets de chair et 3,4 millions d’œufs. Et dire que ce membre du Collège des jeunes du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) et de la Fédération des aviculteurs du Sénégal a failli ne jamais connaître ce succès. En 2006, « sur un coup de folie », comme il le dit, il embarque pour l’Europe. Deux ans en Italie et un Espagne.

Mais très, vite, il se rend compte que le vieux continent « n’est pas un eldorado ». En 2009, Papa Bakary Coly revient au bercail et retrouve ses premières amours, l’aviculture, et le succès que l’on connaît. « J’étais parti parce que je voyais les gens partir. A mes jeunes compatriotes, je dis qu’il faut avoir la patience et être plus ambitieux. Ce qu’on gagne en Europe, on peut gagner autant ou plus si on fait le même effort ici au Sénégal », conseille ce jeune père de famille qui, avec une mise de 125.000 FCfa au départ, est devenu un entrepreneur prospère.

Médoune Seck, lui, avait tenté une fois le périlleux voyage par la mer. C’était en 2009. Aujourd’hui, c’est avec un brin de regret qu’il raconte cette aventure dans laquelle « il aurait pu laisser sa vie ». Cet échec, il le considère comme une seconde chance pour bien profiter de la vie parce que des destins brisés sur les vagues de la mer et à jamais immergés dans les abysses de la Méditerranée, ce vendeur de fripes en a vus et entendus. « Pour avoir échappé à cette tragédie, je ne conseillerai personne de tenter l’aventure européenne par la mer et sur des embarcations de fortune. J’ai passé plusieurs mois au Maroc dans l’espoir d’embarquer vers l’Espagne, en vain.

Finalement, j’ai décidé de revenir au Sénégal car la plupart de ceux qui étaient partis devant moi, ne sont jamais arrivés à bon port », confie-t-il. Depuis, il a retrouvé son petit commerce grâce auquel il avait pu faire assez d’économies à l’époque.

Aujourd’hui, il s’est reconstitué à nouveau un bon capital et mène une vie épanouie de père de famille. « Grâce à Dieu je me suis remis de cette histoire. J’ai maintenant une femme et un enfant et pour rien au monde je ne les abandonnerai pour un voyage aussi risqué. Si je dois aller immigrer, ce sera par voie légale », assure Médoune.

Mirage
Si on ne peut pas reprocher à ces jeunes qui bravent la mer de chercher le mieux-être, cependant la manière de le faire n’agrée pas tout le monde. Pour Hamidou Mbaye, Chargé de Communication à la Direction de la Planification et de la vie environnementale du Ministère de l’Environnement et du Développement durable, « c’est du suicide ». D’autant plus que, fait-il remarquer, « les pays les plus concernés par cette immigration clandestine à savoir l’Italie et l’Espagne sont en crise et vivent des problèmes aussi graves que nous ».

Au-delà des causes économiques, sociales et culturelles, M. Mbaye pense que c’est la conception que les Africains ont vis-à-vis de l’Europe et des pays du nord comme eldorado qui explique en partie cette tragédie. « Le mieux-être on peut le trouver ici. Parce que l’Afrique, dans sa globalité, reste le continent de l’avenir du point de vue des ressources naturelles, de ses potentialités humaines, intellectuelles et économiques. Il faut, du point de vue psychologique et sociologique, faire comprendre à cette jeunesse que l’avenir est là, qu’on peut rester ici et réussir notamment dans le domaine de l’agriculture », argue-t-il. A ce propos, il invite le gouvernement à davantage communiquer sur les différentes politiques agricoles qu’il est en train de mettre en œuvre pour que la jeunesse se les approprie et s’y engage. Son collègue du même ministère, Baye Salla Mar, fait chorus.

Il trouve paradoxal qu’au moment où la Chine, l’Union européenne voire les Etats-Unis se battent pour se positionner en Afrique, des jeunes prennent le chemin inverse. « L’avenir du monde se trouve en Afrique. Ce n’est pas pour rien que les pays occidentaux se ruent dans ce continent. Dans cette bataille de positionnement, il ne faut pas que nous, jeunes, soyons en marge. Restons ici, saisissons notre chance et prenons des initiatives », insiste M. Mar.

Par Elhadji Ibrahima THIAM

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 14:25

Ils sont nombreux, dans cette paisible bourgade de la banlieue dakaroise à avoir tenté l’aventure ou vu un proche parent aller à l’assaut de l’immensité océane. Les rares personnes qui ont réussi la traversée ont semé l’espoir dans le cœur des jeunes qui sont restés au pays. Le rêve s’est vite transformé en cauchemar. Et Thiaroye-sur-mer traine sa mélancolie comme un deuil éternel.

Thiaroye-sur-mer,  village situé tout près de l’océan,  aux alentours de Dakar, en banlieue.  En ce jeudi,  qui coïncidé avec les  premières heures de la matinée, les pêcheurs aguerris qui ont encore une fois su vaincre la mer et ses profondeurs abyssaux,  reviennent avec plein de poissons : moisson d’une dure matinée de labeur. Tout au long de l’étendue de la plage, des enfants innocents font et défont des châteaux de sable, fruit de leur imagination fertile. Thiaroye respire la sérénité et se morfond dans  la tranquillité. Voilà le décor qu’offre la localité. Les habitants de Thiaroye, s’ils ne partent pas en mer pêcher, passent l’essentiel de leurs  journées aux bords de celle-ci à contempler insouciamment les vastes étendues d’une plage sablonneuse qui, s’étirent à perte de vue.  Les  brises qui viennent d’outre-manche journellement  s’échouer sous leurs pieds,  entraînent des rêves d’un mieux-être, chez la population essentiellement jeune.       

Des illusions au début, qui finiront par se transformer en obstination. Pour cause,  d’autres ont tenté et réussi l’aventure européenne, en quête d’une vie meilleure. Ce rêve  qui se concrétise pour certains, change malheureusement en cauchemar pour la majeure partie des jeunes,  qui un jour, ont pris l’initiative de se rendre en Europe, via des bateaux de fortunes.            
En effet, l’immigration était ici considérée comme un moyen de réussite sociale. La personne qui choisit de partir aurait  la chance de bénéficier de meilleures conditions de vie et de se voir investie d'un nouveau statut. En d'autres termes, quelles que soient les difficultés rencontrées, l'essentiel est d'atteindre ses objectifs.             

Moussa Diagne, 29 ans fait partie de ce lot de rescapés. Il a en effet essayé l’aventure qui s’est soldée par un retour, après une quinzaine de jours passés en mer,  sans arriver à déjouer la vigilance des gardes côtes postés sur l’ile Canaries. « Je me rappelle, c’était en 2008. Après plusieurs mois de travail, j’avais pu  économiser de l’argent.

C’est ainsi qu’on m’avait parlé d’un passeur, qui avait réussi à amener à bon port,  plusieurs jeunes jusqu’en Espagne. Preuve à l’appui, on m’avait même montré des maisons que ces nouveaux immigrés  avaient construites pour leur famille ».  La tentation n’a dès lors pas laissé indifférent Moussa, qui, à l’instar d’autres compères va casquer la somme de 300.000 FCfa, afin de regagner l’autre partie de la cote.

Après plusieurs jours passés en mer, avec à l’appui des  tentatives de regagner  les terres espagnoles,  qui se sont avérées vaines, c’est sur proposition de celui qui faisait office de « capitaine » de bateau, qu’ils ont  pris la résolution de retourner à Dakar.

Mais l’atterrissage se passe à Yarakh et non plus à Thiaroye.  Le jeune décrit encore avec beaucoup d’émotion les nombreux obstacles auxquelles ils se sont frottés : faim, soif, manque de sommeil, congruité…               

Le rêve se transforme en cauchemar
La mort a plus d’une fois étalé  son sinistre voile, remettant en cause l’ambiance de paix et d’espérance qui rythment l’existence à Thiaroye. Plusieurs  jeunes du quartier partis à l’aventure décèdent successivement, dans l’utopique rêve « Barça wala Barsak ». Le phénomène prend alors des proportions alarmantes. Face à l’ampleur des  pertes et à l’allongement de la liste des victimes, les populations dans un élan de détresse, se prennent en main. 

C’est ainsi qu’un collectif regroupant les mères des victimes est mis sur pied. Il plaide contre cette immigration dite clandestine, pleine de mauvaises tentations et de risques. Dans cet ordre, ces mères éplorées vont à leur tour sensibiliser des jeunes, qui seraient tentés par l’aventure,  de ne point s’engager.  Preuve à l’appui,  c’est souvent des photos des victimes qui sont brandies.

Sur une photo, un homme habillé en mauve,  « il n’avait que 24 ans, mais était plein de vie, courageux et déterminé, son unique objectif était de me mettre à l’abri de tout besoin», confie sa mère éplorée. 

Pour ceux qui ont survécu à cette aventure tentaculaire, l’heure est au regret. Des récits rapportés, viennent démontrer combien l’aventure était démesurée, folle à la limite. Que faire pour ceux qui ont perdu la vie? Il ne reste qu’à formuler des prières pour le repos de leur âme. Le désespoir de cette mère qui a perdu son enfant de 23 ans, les yeux stupéfaits, le regard abandonné de cette  épouse, qui malgré le temps qui passe garde intacte les séquelles de cette annonce,  venant confirmer le décès de son mari, traduisent l’ampleur des dégâts. « Modou n’était nullement animé par le désir de se rendre à l’occident. Je me rappelle une fois,  il m’avait autour d’une discussion fait part de sa désolation de voir ces jeunes hommes tenter une aventure en mer,  au péril de leur vie. Qui de surcroit, ne savaient même pas ce qu’ils allaient trouver là-bas », aimait-il à me répéter, confie  sa mère, qui n’en revient toujours pas de la perte de son fils bien aimé.    
                         
A qui revient la responsabilité?
Les populations que la misère et la pauvreté cantonnent  dans le quasi impossibilité de subvenir parfois à leurs besoins, les plus existentiels, se mettent à traverser la mer, au prix de leur vie. A  Thiaroye, l’espoir d’une vie meilleure avait en un moment  estompé toutes réflexions conduisant à mesurer à sa juste valeur, l’ampleur et la grandeur du risque pris, à travers cette aventure,  autant risquée qu’incertaine. Un blanc-seing  que s’est volontairement délivré une population jeune, à la quête d’un mieux vivre, à leur risque et périls.       

Complicité active ou laxisme ? «  Les passeurs étaient en tout état de cause clairement identifiés et connus de tous. Ils s’adonnaient dans la plus grande impunité à cette activité consistant à faire passer des jeunes à travers la mer »,  nous confie ce vieux d’un âge assez avancé. Ces jeunes ont versé leur argent à des passeurs souvent véreux,  sans foi ni loi, regrette-t-il.

« Le choix d'immigrer s'explique par l'angoisse, la peur de l'échec et le refus de la pauvreté. Dans cette perspective, quitter son pays devient une opportunité pour se réaliser mais aussi une quête individuelle, une affirmation de soi et une valorisation de sa personne », confie Barame Diagne un immigré établi en Italie. Le sieur qui informe s’être installé en Italie depuis 12 ans dit ne plus pouvoir tirer son épingle du jeu. « Le travail n’est plus à la portée de tous. Les rares qui parviennent à en trouver, peinent à honorer leurs charges. L’Europe n’est plus cet eldorado », laisse-t-il entendre. Dans le cas du Sénégal, l'immigration clandestine est un phénomène social réel qui n'est pas une pratique nouvelle. Elle s'est inscrite dans le temps, dans l'espace et a fini par laisser ses empreintes faites d’influences extérieures, au sein d’une population essentiellement jeune.

Des motivations purement économiques
Le désir de jeunes Sénégalais d'émigrer vers l'Europe découle de la situation de chômage et de sous-emploi qui contrastent avec les des opportunités que semblent offrir les pays d'accueil (fort en main-d’œuvre pour accompagner leur croissance économique et vieillissement de la population européenne.)

En guise d'exemple, au mois d'octobre 2009, «sur 300.000 Sénégalais, vivant en Italie, 250.000 étaient sans-papiers, selon les estimations officielles du ministère de l'Intérieur.» (Journal le Soleil 15 septembre 2010). «Barça ou barsak» a convoyé près de 30.000 personnes en Espagne dont plus d'un millier de jeunes de moins de 18 ans en 2006. Ces chiffres témoignent de l'ampleur et de la gravité de la situation. Beaucoup ont perdu leur vie et leur argent. Face à cette tragédie humaine sans précédent et contraint de trouver des solutions rapides et efficaces, le gouvernement sénégalais met alors en place le «le plan REVA» (Retour Vers l'agriculture). Ce plan est un programme spécifique pour lutter contre la migration. Il veut faciliter le maintien des jeunes dans leur pays. Saer Ndiaye, 37ans fait partie de ce lot d’individus, qui à l’époque avaient accepté de retourner au Sénégal, afin de bénéficier de terres et de financement, pour pouvoir mener son activité.

Aujourd’hui, il dit tirer son épingle du jeu. En effet, son champ situé à, Bayakh, lui permet de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille. Marié et père de trois enfants, il dit ne point se plaindre. « Selon la saison et les demandes du marché, je propose mes produits. Haricots, puma, poivre, choux… », confie-t-il. Il dit n’avoir rien à envier à ceux qui voyagent vers l’Europe parce qu’il subvient convenablement à ses besoins.

Dans cette même dynamique, d'autres initiatives ont été prises, surtout en matière d'information des populations et de prévention, sur les conséquences de cette pratique. Entre autres, différents média ont été utilisés, pour la sensibilisation des populations. Malgré les efforts consentis, la situation économique qui affecte le tissu social, accentue le chômage et met en péril l'avenir de beaucoup de jeunes en âge de travailler. Aussi, la crise économique, n'aide pas à l'amélioration des conditions de vie des populations. De plus, la pauvreté gagne les milieux urbains et provoque une psychose collective qui pousse les personnes à vivre dans un monde imaginaire, où l'espoir d’une vie meilleure se trouverait en Europe. Mais, à quel prix !

Elhadji Ibrahima THIAM

Difficile, mais possible
difficile possibleAu moment où des milliers d’Africains, à bord d’embarcations de fortune, bravent la mer méditerranée, au péril de leur vie, dans l’espoir de faire fortune en Europe, d’autres ont décidé de prendre leur destin en main et de rester sur le continent.

A l’image de l’huile de moteur noirâtre qui dégouline de sa tenue de travail, l’assurance coule en Babacar Diop. Assurance que c’est ici, dans son garage, que lui, le mécanicien, se construira une vie, un mieux-être. Il a son métier, il le pratique depuis une dizaine d’années et ça le nourrit bien lui et sa famille. Bref, il est épanoui. Son eldorado à lui, c’est ce petit local situé à la lisière des quartiers des Hlm Grand Yoff et Sicap-Foire. Quand on lui parle d’immigration clandestine, la réponse de ce presque quadragénaire tombe, courtoise et ferme : « Jamais au plus grand jamais je ne m’aventurerai à prendre des embarcations de fortune pour aller en Europe. J’ai trouvé ma voie et ça me réussit. Je ne vois aucune raison pour que j’abandonne mon métier pour un voyage hypothétique vers un avenir tout aussi incertain ».

Ces paroles pleines de sagesse, les 700 migrants africains qui, dernièrement, ont trouvé la mort entre les côtes libyennes et l’île de Lampedusa en Italie, n’en avaient peut-être pas. Comme des milliers d’autres migrants avant eux, ils ont bravé les rigueurs de la mer à bord d’embarcations de fortune et ont sombré au large. Certes, tous ces migrants ne logent pas à la même enseigne.

Certains ont fui leur pays pour échapper à une situation de guerre (Somalie) ou l’oppression d’un régime dictatorial (Erythrée), cependant, d’autres sont guidés par des logiques pécuniaires d’où l’appellation qu’on leur a donnée : « migrants économiques ».

Les victimes sénégalaises de cette tragédie (officiellement, aucun chiffre n’est encore avancé), font partie de cette catégorie. Si la plupart de ces aventuriers parviennent à poser pied à terre, peu d’entre eux, ont la chance d’aller au-delà des débarcadères.

En effet, selon les dernières estimations, plus de 11.000 migrants seraient parvenus à débarquer sur les côtes italiennes. Tous ont été parqués dans des centres de rétentions. D’aucun bénéficieront du statut de réfugiés politiques, tandis que d’autres seront renvoyés dans leur pays d’origine. Tout ça pour rien finalement.

Cependant, à l’image du mécanicien Babacar Diop, ils sont nombreux ces Sénégalais qui, pour rien au monde, ne prendraient le risque de traverser la Méditerranée à la recherche d’un avenir dont on ne sait de quoi il est fait. « L’Europe n’est plus cet Eldorado qu’on nous chantait. C’est devenu un mirage et, malheureusement, beaucoup de jeunes tombent dans le piège », regrette Malick Diaw, un tailleur. Avec tout l’argent que ces candidats à l’émigration clandestine déboursent, il estime qu’il y avait de quoi investir dans un petit projet.

En effet, au plus fort du phénomène de « Barça wala Barsax » (Barça ou à la mort), certains candidats versaient jusqu’à 2 millions de FCfa aux trafiquants. « C’est de l’argent jeté à la mer. A mon avis, quelqu’un qui a les moyens de débloquer autant d’argent, n’est pas pauvre », estime-t-il. Comme lui a su le faire, il invite ses jeunes compatriotes à croire en leur étoile pour aller au-devant des projets, vaincre les obstacles et atteindre leurs objectifs. « Nous les jeunes, notre problème, c’est qu’on a peur d’entreprendre, d’investir dans notre pays. Il faut que nous ayons confiance en nous et nous donner les moyens de notre réussite ici dans notre pays », martèle ce jeune tailleur. Très tôt, Malick a pris son destin en main. D’un petit atelier de couture où trônaient deux machines à coudre, aujourd’hui, il en est à sept machines dans un local beaucoup plus spacieux au marché Grand-Yoff.

Entreprendre
Revenir au pays et entreprendre, c’est ce qu’a fait Papa Bakary Coly. Et bien lui en a pris. Ce prospère jeune aviculteur dont la ferme se trouve à Bambilor, est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs de poulets de cette zone. Rien que l’année dernière, il a fait une production de 24.000 poulets de chair et 3,4 millions d’œufs. Et dire que ce membre du Collège des jeunes du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) et de la Fédération des aviculteurs du Sénégal a failli ne jamais connaître ce succès. En 2006, « sur un coup de folie », comme il le dit, il embarque pour l’Europe. Deux ans en Italie et un Espagne.

Mais très, vite, il se rend compte que le vieux continent « n’est pas un eldorado ». En 2009, Papa Bakary Coly revient au bercail et retrouve ses premières amours, l’aviculture, et le succès que l’on connaît. « J’étais parti parce que je voyais les gens partir. A mes jeunes compatriotes, je dis qu’il faut avoir la patience et être plus ambitieux. Ce qu’on gagne en Europe, on peut gagner autant ou plus si on fait le même effort ici au Sénégal », conseille ce jeune père de famille qui, avec une mise de 125.000 FCfa au départ, est devenu un entrepreneur prospère.

Médoune Seck, lui, avait tenté une fois le périlleux voyage par la mer. C’était en 2009. Aujourd’hui, c’est avec un brin de regret qu’il raconte cette aventure dans laquelle « il aurait pu laisser sa vie ». Cet échec, il le considère comme une seconde chance pour bien profiter de la vie parce que des destins brisés sur les vagues de la mer et à jamais immergés dans les abysses de la Méditerranée, ce vendeur de fripes en a vus et entendus. « Pour avoir échappé à cette tragédie, je ne conseillerai personne de tenter l’aventure européenne par la mer et sur des embarcations de fortune. J’ai passé plusieurs mois au Maroc dans l’espoir d’embarquer vers l’Espagne, en vain.

Finalement, j’ai décidé de revenir au Sénégal car la plupart de ceux qui étaient partis devant moi, ne sont jamais arrivés à bon port », confie-t-il. Depuis, il a retrouvé son petit commerce grâce auquel il avait pu faire assez d’économies à l’époque.

Aujourd’hui, il s’est reconstitué à nouveau un bon capital et mène une vie épanouie de père de famille. « Grâce à Dieu je me suis remis de cette histoire. J’ai maintenant une femme et un enfant et pour rien au monde je ne les abandonnerai pour un voyage aussi risqué. Si je dois aller immigrer, ce sera par voie légale », assure Médoune.

Mirage
Si on ne peut pas reprocher à ces jeunes qui bravent la mer de chercher le mieux-être, cependant la manière de le faire n’agrée pas tout le monde. Pour Hamidou Mbaye, Chargé de Communication à la Direction de la Planification et de la vie environnementale du Ministère de l’Environnement et du Développement durable, « c’est du suicide ».

D’autant plus que, fait-il remarquer, « les pays les plus concernés par cette immigration clandestine à savoir l’Italie et l’Espagne sont en crise et vivent des problèmes aussi graves que nous ».

Au-delà des causes économiques, sociales et culturelles, M. Mbaye pense que c’est la conception que les Africains ont vis-à-vis de l’Europe et des pays du nord comme eldorado qui explique en partie cette tragédie. « Le mieux-être on peut le trouver ici. Parce que l’Afrique, dans sa globalité, reste le continent de l’avenir du point de vue des ressources naturelles, de ses potentialités humaines, intellectuelles et économiques. Il faut, du point de vue psychologique et sociologique, faire comprendre à cette jeunesse que l’avenir est là, qu’on peut rester ici et réussir notamment dans le domaine de l’agriculture », argue-t-il. A ce propos, il invite le gouvernement à davantage communiquer sur les différentes politiques agricoles qu’il est en train de mettre en œuvre pour que la jeunesse se les approprie et s’y engage. Son collègue du même ministère, Baye Salla Mar, fait chorus.

Il trouve paradoxal qu’au moment où la Chine, l’Union européenne voire les Etats-Unis se battent pour se positionner en Afrique, des jeunes prennent le chemin inverse. « L’avenir du monde se trouve en Afrique. Ce n’est pas pour rien que les pays occidentaux se ruent dans ce continent. Dans cette bataille de positionnement, il ne faut pas que nous, jeunes, soyons en marge. Restons ici, saisissons notre chance et prenons des initiatives », insiste M. Mar.

Elhadji Ibrahima THIAM

Pr Pape Demba Fall, Chercheur a l’Ifan, chef du Département de Sciences humaines de l’Ifan, spécialistes des questions migratoires : « 75 % des jeunes de 18 à 35 ans veulent quitter le Sénégal »

demba fallDepuis plus de 20 ans, le Pr Pape Demba Fall s’intéresse sur le fait migratoire. Ses nombreuses publications sur la question font autorité. Dans cet entretien, il fait une analyse profonde du phénomène de l’immigration clandestine.

Pr Fall, ces derniers temps, la question de l’immigration clandestine a refait surface avec la mort de centaines de migrants en mer. Vous, depuis plus de deux décennies, vous vous intéressez à la question migratoire en générale. Pourquoi ?
Quand je suis venu à l’université, la question de la migration, à mon sens, n’avait pas été assez documentée. Et pourtant c’était un phénomène qui se précisait et qui est connu au Sénégal depuis très longtemps lorsque les gens ont étudié ce qu’on a appelé les Francenabés c’est-à-dire ces gens, Halpulaar, Soninké, Mandjack, qui allaient travailler en France. Il existait une littérature et des travaux remarquables sur la question de la migration mais il n’y avait pas une contextualisation. Il fallait relire les questions migratoires à l’aune de l’évolution de la société sénégalaise. Et il m’a semblé important de noter que le fait migratoire est une grille de lecture pertinente de la société sénégalaise. En réalité, toutes les évolutions qui se dessinent dans la société sénégalaise peuvent être interprétées, analysées à l’aune de la question migratoire. C’est-à-dire comment la migration influe sur la société aussi bien d’accueil que de départ que ce soit en termes d’apport économique, d’apport culturel etc.

Pensez-vous que cette approche de la question migratoire ait été bien mise en avant pour expliquer ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène de l’immigration clandestine ?
Evidemment, tout dépend de l’angle sous lequel on aborde cette question de migration. La migration, que ce soit chez les animaux, chez les oiseaux, chez les hommes, a un but principal : c’est de rétablir les grands équilibres. La migration s’inscrit dans un processus d’accès aux ressources. Que ce soit les animaux, que ce soit les hommes, ils ont tous besoin d’accéder à des ressources dans une dynamique de complémentarité des zones neutres et des écosystèmes. En réalité, le fait migratoire a toujours fonctionné sur la base des besoins que pouvait exprimer une région par rapport à une autre région. Pour mieux saisir cette réalité, il faut mettre en face les deux zones. On ne peut pas étudier la question migratoire en restant que d’un côté du mouvement, il faut associer les deux mouvements. Regarder du côté des zones de départ et des zones d’arrivée. L’évolution environnementale par exemple a beaucoup influé sur l’organisation de la migration.

Comment peut-on comprendre qu’une volonté d’accéder aux ressources puisse tant animer des hommes au point de les amener à mettre leur vie en péril ?
Quelques explications s’imposent. La migration est une stratégie, comme d’autres, d’accès aux ressources. Il y a plusieurs modes, plusieurs techniques qui sont déployées pour pouvoir accéder à certains besoins. Ce qui se passe aujourd’hui, en réalité, dans nos sociétés, c’est que ces faits de migration ne sont pas nouveaux. Que les gens partent vers d’autres cieux par la mer, par le désert, c’est très ancien comme pratique. Les migrants des années 1970 par exemple sont partis du Fouta en passant par le Mali, le Tchad, l’Algérie, le Maroc, avant d’arriver en France. Ils se sont installés dans ce pays, ont travaillé là-bas et ont pris leur retraite. Cela étant, ces gens qui partent au péril de leur vie, sont suffisamment avisés pour savoir qu’il y a un risque important.

Mais, moi, mon explication de cette situation c’est que les jeunes préféreront de loin la mort physique à la mort sociale. Le défi qu’il faut relever, c’est le défi de l’accès aux ressources. Tant que les communautés ou les jeunes mettent toujours en avant la notion de « Tekki », le problème va se poser. Les jeunes n’accepteront pas d’être des individus insignifiants entretenus par leurs parents. C’est une situation parmi tant d’autres qui peuvent conduire à cela. Je ne parlerai pas de suicide parce que les gens qui partent gardent toujours l’espoir qu’ils vont y arriver et ils sont convaincus qu’ils vont y arriver. Ces jeunes qui partent par la mer, quand on les interroge, ils sont convaincus que partir est une solution. La seule faille qu’il y a, c’est qu’ils ignorent les localisations géographiques où ils veulent aller. Ils n’ont aucune notion sur ce que c’est les Îles Canaries, l’Espagne, etc. Les candidats à l’immigration pensent qu’il faut dépasser un peu la Mauritanie pour être en Europe. Ces éléments jouent en leur défaveur.

Certes, comme vous dites, ces candidats à l’immigration clandestine sont suffisamment avisés des risques qu’ils prennent en empruntant des embarcations de fortune mais sont-ils assez sensibilisés sur la crise qui sévit en Europe et qui fait que ce continent n’est plus cet eldorado ?
Là aussi c’est un gros débat parce que, j’ai l’habitude de le dire, les migrants que nous interrogeons ne nous disent pas tout. Mais les migrants ont aussi emmagasiné des informations qui peuvent venir de sources fiables et de sources qui ne le sont pas. Tous ceux qui aspirent à partir ne retiennent de l’Europe que ce que nous voyons à la télévision. Parce qu’il y a une autre dimension qui est tout autant importante que la dimension stratégie de survie : c’est la volonté de découvrir quelque chose de nouveau. Cet élément n’est pas suffisamment pris en compte.

Il y a des gens qui veulent partir parce qu’ils ont une soif d’évasion, une soif de découverte. Mais ces jeunes sont en même temps convaincus que les gens qui sont en Europe, tout au moins, arrivent à réaliser des choses qu’eux ne peuvent pas réaliser en restant au Sénégal. Donc ils se disent, tant qu’à faire, il vaut mieux essayer.

C’est toujours dans l’esprit d’entreprise et ils vous disent qu’ils veulent aider leurs parents, épouser demain la femme qu’ils aiment etc. Et la migration est une solution pour eux. Et contrairement à ce que l’on pense, parfois, les familles soutiennent ces projets-là. Ces éléments culturels, il faut les mettre dans la balance.

L’argent dépensé pour ce périlleux voyage ne peut-il pas être investi dans un petit projet ?
Nous avons mené l’année dernière une grande enquête qui a duré quatre ans. Il ressort des questions posées à la population-cible de 18-39 que 3/4 donc 75 % au moins des jeunes de cette tranche d’âge auraient quitté le Sénégal s’ils en avaient la possibilité au cours des cinq prochaines années. On le voit, l’ampleur de l’aspiration migratoire est énorme. On a comme le sentiment que tous les jeunes veulent partir. Et ils veulent partir parce qu’ils sont en face de situations où l’incertitude plane. Leur avenir les inquiète et c’est redondant. Ceux qui arrivent en Europe découvrent la réalité mais en même temps, ils ne renoncent pas parce qu’ils pensent qu’il faut rester là-bas et se battre. Les familles ne sont pas exemptes de tout reproche. L’argent investi dans ce voyage, souvent, ce sont les économies de la famille. Et l’échec dans un départ constitue une ruine pour la famille.

Entretien réalisé par
Elhadji Ibrahima THIAM

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 14:24

Une enquête a été ouverte aux Etats-Unis après le premier accident mortel impliquant un véhicule en mode automatique...

Statistiquement, cela devait finir par arriver. Un conducteur a pour la première fois été tué, le 7 mai dernier, alors que sa Tesla S était à 100 % contrôlée par la machine via la fonction Autopilot. L’enquête ouverte par les autorités américaines devra déterminer qui est en faute : le défunt (qui aurait dû être prêt à reprendre un contrôle manuel), Tesla (si ses capteurs ont été mal conçus) ou le chauffeur du semi-remorque impliqué dans le crash (s’il a tourné avec un timing dangereux). Mais en attendant d’avoir la réponse, la technologie au cœur des voitures autonomes, qui espèrent se démocratiser sur les routes d’ici 2020, va être surveillée de très près.

Le 7 mai, Joshua Brown, un Américain de 40 ans qui se filmait régulièrement au volant de sa Tesla, active le mode Autopilot sur une route de l’Ohio. Sur cette sorte de route nationale, un semi-remorque arrive en sens inverse et utilise la voie centrale pour tourner à gauche. Au lieu de freiner, la Tesla « est passée sous la remorque [qui était perpendiculaire] et son toit a été arraché. Le conducteur est mort sur les lieux du drame », indique le rapport de la police. Un lecteur de DVD portable a été retrouvé dans la voiture, selon la police. Le chauffeur du camion a affirmé à AP que le conducteur de la Tesla regardait Harry Potter. Et la voiture ? Selon Tesla, l’Autopilote « n’a pas détecté le côté blanc du camion » alors que le ciel en arrière-plan était « très brillant ». Le système de Tesla semble avoir cru que la route était dégagée entre les roues du camion, sans réaliser qu’il y avait un problème au-dessus. Selon un tweet d’Elon Musk, il semble que le radar ait confondu la remorque avec le genre de panneau suspendu au-dessus de l’autoroute.

Par le surfeur

Amendes

04 Juil 2016
553 times

Une journaliste de la télévision publique danoise est entendue devant un tribunal danois depuis la semaine dernière. Sa faute ? Dans le cadre de l'émission de défense des consommateurs « Kontant » en 2004, la journaliste avait versé du shampooing antipelliculaire dans un aquarium pour démontrer les résultats d'une étude selon laquelle le principe actif de ce produit serait tellement toxique qu'il pourrait tuer des poissons. Effectivement, quatre jours plus tard, 11 des 12 poissons étaient morts. Un vétérinaire qui avait vu la scène à la télévision avait, à l'époque, porté plainte contre la journaliste pour avoir fait souffrir les animaux. Elle risque aujourd’hui deux amendes de 1.340 euros.

Si le Danemark était le Sénégal, il n’y aurait pas assez de prison pour accueillir les assassins d’animaux que nous sommes. L’Etat, non plus, ne serait jamais en butte à des tensions de trésorerie. Rien que pour la Tabaski, si chaque père de famille devait casquer pour payer une amende, même en Cfa, pour avoir égorgé un mouton, le ministre de l’Economie danserait le « déplacement latéral ».

Par Sidy DIOP

« Etodié », « thiébou diola » ou encore « kaldou »…, ces trois mets sont des plats typiquement diolas. Mais aujourd’hui, à cause de leur originalité et de leur richesse, ces plats de l’art culinaire diola sont adoptés par l’ensemble des Sénégalais. La particularité de ces mets est qu’ils sont tous accompagnés par le fameux « niankatang » ou riz blanc.

L’« étodié »
kaldouL’ « étodié » est préparé avec des feuilles de manioc, de plantes aquatiques rampantes, et des feuilles du Casia Tora plus connu sous le nom de « Ekangouley ». Ces feuilles sont cuites soit avec l’arachide, de l’huile de palme, ou encore des presses de régimes de palme. Le cuisinier ne pourra pas s’en passer des poissons et un peu de sel. La préparation est simple. Elle ne prend pas beaucoup de temps et ne nécessite pas beaucoup de condiments. Pour la préparation proprement dite, il s’agit tout d’abord d’avoir en même temps de l’eau et de la pâte de feuilles de manioc dans une marmite qu’on surveillera soigneusement sur le feu avant de verser ce mélange de pâte d’arachide avec des feuilles, ou encore la combinaison entre l’huile de palme et des feuilles. L’« étodié » présente plusieurs avantages du fait qu’il n’est pas chargé en graisse.

Aussi, sa digestion se fait facilement. Et étant donné qu’il est préparé à base de feuilles de manioc, il est utile pour lutter contre l’anémie et les vertiges.

« Thiébou diola »
La préparation de ce menu passe par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit de préparer une confiture à base d’oseille verte ou « beguedj ». Sur un fourneau, il faut poser une marmite avec couvercle et mettre dedans l'oseille déjà lavée. Il ne faut surtout pas les égoutter, car on utilise cette eau pour la cuisson. Des gombos seront par la suite plongés. Si les feuilles s'écrasent facilement aux doigts, versez le tout dans le mortier qui a servi à piler le « nététou » ou un bocal propre avec le pilon ou une fourchette bien remuer pour bien les écraser.

L’étape suivante, c’est le malaxage du piment sec, du poivre, de l’ail, du « kani » salade, du persil chinois et du persil Sénégal et du gingembre. Il faut enduire ce « nokoss » à l'intérieur comme à l'extérieur, puis en garder un peu pour l'après cuisson. L’étape finale, c’est la préparation du riz blanc et la sauce d’oignons.

Le « Kaldou »
kaldou 1Pour préparer ce plat, il faut disposer du riz, du sel, du poivre, du piment en poudre, de deux gousses d’ail,  deux bouillons en cube, de quatre gombos, d’un piment frais, d’une citrouille ou « diakhatou », d’un morceau de poisson fumé ou « guédji », de quatre oignons, de l’huile, du citron et d’un gros poisson (1 kg environ) et d’un demi poivron vert. La première étape consiste à cuire le riz blanc, ensuite suivra la préparation de la sauce de l’oignon.

Pendant ce temps, l’huile bouille dans la marmite. Le cuisinier y plongera des tranches d’oignons, 5 mn sont nécessaires pour cette étape. Le cuisinier remuera de temps en temps. Il faut ajouter une pincée de sel, de piment et de poivre, puis verser le jus d’un citron, les deux bouillons cube et l’ail mixé. Il faut remuer avant d’ajouter des aubergines, des gombos, du piment frais et le poisson fumé et du poisson frais à cuire. L’oseille complète les condiments.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 04 juillet 2016 12:45

Comme les Sérères et leur pangol, les Diolas ont un lien viscéral avec leur grenier. Celui-ci n’est pas uniquement une chambre pour garder le riz récolté plusieurs années durant et qui sert à la consommation. Mais le fait de remplir le grenier est une chose, une autre est de le garder à l’œil des étrangers qui ne doivent en aucun cas le voir. C’est une question d’honneur pour les Diolas. « Un Diola ne va jamais vous montrer son grenier, s’il le fait c’est comme s’il vous montrait ses fesses », confesse Salif Badji, un habitant d’Affiniam.

ans le subconscient des Diolas, visiter le grenier d’autrui, c’est se rendre compte de sa situation sociale et de savoir s’il est riche ou pauvre. C’est ce qui explique ce choix de garder jalousement fermé le grenier à toute personne qui n’est pas de la famille.

Outre cet aspect, il n’est pas rare de voir dans certains greniers du riz datant de plusieurs décennies. Salif Badji détient dans sa maison un riz vieux d’une quarantaine d’années. Pour lui, ce riz était récolté par ses frères avant que sa maman ne soit l’épouse de son père. C’est pourquoi ce riz est gardé intact et ne peut être utilisé par lui ou aucun de ses enfants. Ce vieux riz est toutefois utilisé par les Diolas dans les rituels et dans les périodes de circoncision.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Un cœur en bon état bat normalement au rythme de 60 à 100 pulsations à la minute, de manière régulière. Il est aussi normal que le rythme cardiaque s’accélère en réponse à un effort physique ou en cas de dérèglement de la glande thyroïde, par exemple.

Une arythmie cardiaque se produit lorsque le cœur bat irrégulièrement ou s’il bat à moins de 60 pulsations ou plus de 100 pulsations à la minute, sans que cela soit justifié.

L’arythmie est le trouble cardiaque le plus fréquent. Dans un cœur arythmique, les impulsions électriques qui contrôlent les battements du cœur se produisent de façon désordonnée ou ne passent pas par les circuits électriques habituels.

La durée d’une arythmie varie beaucoup d’un individu à l’autre et dépend aussi du type d’arythmie.

Remarque. Il existe une multitude de formes d’arythmie, et toutes ne sont pas décrites dans cette fiche.

Les arythmies sont classées selon le lieu où elles prennent naissance, l’oreillette ou le ventricule et selon l’effet qu’elles produisent, soit l’accélération ou le ralentissement des battements du cœur. Les tachycardies correspondent à une augmentation du rythme cardiaque, les bradycardies à une diminution.

Tachycardies
Il y a tachycardie lorsque le cœur bat à un rythme supérieur à 100 pulsations à la minute.

Certaines tachycardies surviennent aux oreillettes. Les formes les plus courantes sont les suivantes :
Fibrillation auriculaire. Elle est le type le plus fréquent d’arythmie. Elle se manifeste le plus souvent après 60 ans, chez les gens qui souffrent d’hypertension ou d’un trouble cardiaque. Elle est habituellement due à l’usure du tissu conducteur du cœur. Jusqu’à 10 % des personnes de 80 ans et plus en souffrent. Les périodes de fibrillation auriculaire peuvent durer de quelques minutes à quelques heures. Souvent, la fibrillation est même permanente. Une oreillette en fibrillation peut se contracter au rythme de 350 à 600 fois par minute (heureusement, les ventricules ne battent pas aussi rapidement car une partie de ces impulsions désordonnées est bloquée en cours de route). Ce type d’arythmie peut s’avérer dangereux. Le sang ne circule plus adéquatement.

S’il stagne dans l’oreillette, un caillot sanguin peut se former, migrer au cerveau et risquer de provoquer un accident vasculaire cérébral;
Flutter auriculaire. Ce type d’arythmie s’apparente à la fibrillation auriculaire, bien que les battements cardiaques soient plus structurés et un peu moins rapides dans ce cas, à environ 300 la minute;

Tachycardie supraventriculaire. Il en existe plusieurs formes. Elle provoque en général de 160 à 200 contractions par minute et peut durer de quelques minutes à quelques heures. Elle survient davantage chez les jeunes et ne met généralement pas la vie en danger. La plus fréquente est la tachycardie supraventriculaire paroxystique ou maladie de Bouveret (une sorte de court-circuit se crée et stimule les ventricules de façon très rapide et régulière). Le syndrome de Wolff-Parkinson-White en est une autre forme. Il survient lorsque des impulsions électriques passent de l’oreillette au ventricule sans transiter par le nœud auriculo-ventriculaire;

• Tachycardie sinusale. Elle se caractérise par une augmentation du rythme cardiaque au-delà de 100 battements par minute. La tachycardie sinusale est normale dans un cœur sain après un effort physique, en cas de déshydratation, de stress, de consommation de stimulants (café, alcool, nicotine, etc.) ou de certains traitements médicamenteux. Il arrive toutefois qu’elle soit le signe d’un problème de santé majeur au cœur, comme une embolie pulmonaire ou une insuffisance cardiaque;

Extrasystole auriculaire. Une extrasystole est une contraction prématurée du cœur, généralement suivie d’une pause plus longue que la normale. L’extrasystole se glisse parfois entre les pulsations normales, sans altérer leur succession. Il est normal d’en avoir quelques-unes par jour. Avec l’âge, elles sont plus fréquentes, mais demeurent souvent inoffensives. Cependant, elles peuvent être causées par un problème de santé (cardiaque ou autre). L’extrasystole auriculaire prend naissance dans l’oreillette, tandis que l’extrasystole ventriculaire (voir plus bas) provient des ventricules.

D’autres tachycardies surviennent dans les ventricules, c’est-à-dire dans les cavités inférieures du cœur:
Tachycardie ventriculaire. Il s’agit d’un battement régulier, mais très rapide des ventricules, allant de 120 à 250 contractions par minute. Elle survient souvent au site d’une cicatrice laissée par une intervention chirurgicale précédente ou de faiblesses dues à des maladies cardiaques. Lorsque les périodes durent plusieurs minutes, ils peuvent dégénérer en fibrillation ventriculaire et nécessiter une intervention d’urgence;

• Fibrillation ventriculaire. Ces contractions rapides et désorganisées des ventricules cardiaques constituent une urgence médicale. Le cœur n’arrive plus à pomper et le sang ne circule plus. La plupart des personnes perdent immédiatement connaissance et requièrent une assistance médicale immédiate, dont la réanimation cardiorespiratoire. Le rythme cardiaque doit être rétabli avec un défibrillateur, sinon la personne meurt en quelques minutes;

Syndrome du QT long. Ce problème fait référence à la longueur de l’espace QT sur un électrocardiogramme (ECG), soit le temps entre la charge et la décharge électrique des ventricules. Il est souvent causé par un trouble génétique ou une malformation congénitale du cœur. En outre, les effets secondaires de plusieurs médicaments peuvent entraîner ce syndrome. Il provoque des battements accélérés et irréguliers du cœur. Il peut mener à la perte de connaissance et même provoquer une mort subite;

Extrasystole ventriculaire. Une contraction prématurée peut survenir dans les ventricules. L’extrasystole ventriculaire est plus fréquente que celle d’origine auriculaire. Comme pour l’extrasystole auriculaire, elle peut être anodine dans un cœur sain. Il est cependant nécessaire d’explorer plus loin lorsqu’elle est très fréquente.

Bradycardies
Il y a bradycardie lorsque le sang circule à moins de 60 battements de cœur la minute. Un rythme cardiaque plus lent que la normale ne met pas nécessairement la vie en danger. Il peut même être le signe d’une excellente santé du cœur. Certains athlètes, par exemple, ont une fréquence cardiaque au repos de 40 battements par minute et ont une forme physique remarquable.

Par contre, dans les cas où le cœur n’arrive pas à alimenter adéquatement les organes en oxygène, on parle de bradycardie symptomatique. Les formes suivantes sont les plus courantes :
• Dysfonctionnement du nœud sino-auriculaire. Cela cause généralement un battement cardiaque inférieur à 50 la minute. La cause la plus courante est un tissu cicatriciel qui perturbe ou remplace le nœud sino-auriculaire;

• Bloc auriculo-ventriculaire. Ce défaut de transmission de l'influx électrique (ralentissement, interruptions occasionnelles ou interruption complète) entre les oreillettes et les ventricules cause un ralentissement des battements du cœur.

Causes
Les causes de l’arythmie cardiaque sont multiples et incluent les suivantes :
• Vieillissement normal;
• Stress;
• Abus de tabac, d'alcool, de café ou tout autre excitant; consommation de cocaïne;
• Déshydratation;
• Artériosclérose et athérosclérose;
• Prise de certains médicaments;
• Broncho-pneumopathies (problèmes de l'appareil respiratoire);
• Embolie pulmonaire;
• Insuffisance coronarienne conduisant à un défaut d'oxygénation du tissu cardiaque.

Complications possibles
Certains types d’arythmie augmentent les risques de complications telles que :
• un accident vasculaire cérébral (AVC);
• une insuffisance cardiaque;
• une perte de connaissance (rarement, certains types d’arythmie seulement).

Quand consulter un médecin?
Contactez les services d’urgence sans tarder si vous ressentez des symptômes comme des palpitations, une douleur à la poitrine ou un manque de souffle, de façon inattendue et inexpliquée.

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, de Londres ou de New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart sont rentrés au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe. Dans la cour, à l’ombre de palmiers, un joli bar en fer forgé de l’artisan sénégalais feu Baay Xaaly Sène est devenu l’un des lieux de rendez-vous branchés de Lagos. Les tables, les chaises et les trônes en tissus tressés aux couleurs vives réalisés par des artistes togolais et maliens sont à vendre, « prix sur demande ».

Reni Folawiyo les a dénichés sur les marchés ou dans les ateliers d’artisans qu’elle a repérés au cours de ses nombreux voyages sur le continent. Avec un faible pour le Sénégal, où elle se dit fascinée par une « créativité brute et purement africaine » qui fait fi des influences occidentales. Elle aime à glaner des produits et créations sur les marchés d’Afrique qu’elle met ensuite en valeur chez Alara, avec le même soin qu’un produit de luxe. Face au bar, il y a le restaurant aux murs ornés de photo d’art, Nok by Alara, qui ne désemplit pas. Reni Folawiyo a confié la carte au célèbre chef sénégalais établi à New York, Pierre Thiam.

Reni Folawiyo fait figure d’exception, un « ovni » culturel et entrepreneurial, comme elle dit. Elle aménage un espace pour recevoir des artistes en résidence, prépare le lancement en septembre d’un site de vente en ligne pour satisfaire des clients africains jaloux qu’Alara ne soit présent qu’à Lagos. Et elle songe à créer un autre concept-store à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire qui a enregistré une croissance de 10,3 % en 2015. Mais Reni Folawiyo ne se soucie guère des tendances économiques qui n’affectent pas vraiment sa clientèle.

Source : Le monde

Aimer à plusieurs est-elle une manière d’être fidèle ? Dans un pays où la « niarel » (seconde épouse) est la règle, quelques résistants assument leur option pour la monogamie. Les raisons de ce choix sont nombreuses. Mais la constance est la condition économique surtout en ville. Cependant, n’est-il pas contradictoire de demander aux hommes d'être monogames et fidèles ?

Sortir avec ses deux garçons la nuit est devenu une habitude chez lui. Le plus petit contre la poitrine, l’autre pris par la main, il marche suivant le rythme du second enfant. Ibrahima Guèye est agent immobilier et marié à une seule femme. Celle-ci travaille jusqu’à tard dans la soirée. « Je pars chercher un peu de couscous et du lait à donner aux petit en attendant l’arrivée de leur mère qui doit apporter le dîner », informe M. Guèye.

C’est le même rythme au matin. « Leur maman descend tard et est crevée au petit matin. Comme je me lève tôt pour la prière de l’aube, je me charge du bain et du petit déjeuner du plus grand enfant qui va à l’école », confie-t-il.

A cinquante-trois ans, Iba, comme l’appelle affectueusement ses proches, avoue qu’il n’envisage pas d’épouser une seconde femme car il ne veut pas détruire l’équilibre qu’il a créé. Ce choix est-il une conséquence de la jeunesse de sa femme ou de son niveau d’instruction ? Non ! répond-il. Aucun des deux ! « Peut-être, je suis né d’une famille monogame. Pourquoi, l’idée de prendre une seconde femme ne m’a jamais traversé l’esprit », suppose-t-il. A trente ans, sa femme à qui on donnerait un âge moins avancé, refuse de donner des détails sur sa profession ni le régime matrimonial de leur couple. En croire à son mari, dans leur acte de mariage figure bien le régime polygame. A cet arrêt des lignes 58 et 38 à Sham, il s’apprête à monter dans le véhicule où il est lisiblement inscrit Sham-Fass Mbao. Interpellé, il esquisse un sourire avant de prendre place. Le bus partira quinze minutes après celui qui vient de prendre le départ. Aliou Ndiaye est un agent dans une banque de la place. Ce quadragénaire est aussi marié à une femme. Pas même un petit bout de bois de Dieu après six ans de mariage. Son hostilité envers la polygamie est claire.

« Polygamie madame ! Merci. Vous êtes des sujets à problèmes, une seule suffit », réagit-il. De quoi a-t-il peur ? Son souci est plus accentué sur les querelles familiales. « Au Sénégal, si vous voulez mourir tôt, épousez plus d’une femme. Elles vont vous donner à "manger" et à "boire". Mais, elles vous rendent la vie impossible à cause de leurs querelles inutiles. Et le plus dangereux, c’est qu’elles vont les prolonger en une bataille mystique qui n’épargnera ni le mari ni les enfants », se désole M. Ndiaye.

Cependant, pour certains, le problème de la monogamie c’est le risque d’infidélité. Ils convoquent en l’ignorant même l'effet Westermarck, c'est-à-dire le manque d'attrait pour le familier. Selon cette approche biologique, la monogamie est problématique pour les hommes jeunes, en raison de la perte du désir sexuel pour les partenaires de longue date ou anciens, et l'attrait pour de nouveaux partenaires.

Lamine Lô est vendeur d’objets d’art au village artisanal de Pikine. Habitant Keur Samba Kane dans la région de Diourbel, il épouse une seconde pour ne pas être infidèle à sa femme. « De Keur Samba à mon lieu d’habitation, Pikine, c’est des kilomètres. Je ne peux pas m’y rendre régulièrement. Donc, il me faut une seconde pour ne pas se livrer à la débauche », justifie M. Lô. D’autres hommes hésitent à s'engager dans une relation monogame parce que ce régime est considéré comme un désert sexuel.

Pourquoi s'embarquent-ils dans une relation monogame s’exposant à l’infidélité alors qu’ils peuvent trouver autant de relations sexuelles ? C’est ce que le Professeur Amadou Ali Dieng, sociologue, appelait à tort ou à raison la « transhumance sexuelle ». A la recherche peut-être de la bonne prairie. Par ailleurs, quelles que soient les raisons données, la situation économique qui rend difficile les conditions de vie est une constante, surtout en milieu urbain. En ville, un enfant est un bien à consommation, c'est-dire un sujet à nourrir. Alors qu’en milieu rural un enfant est un bien à production, car il participe aux activités agricoles. Ce qui fait que la polygamie y est assez importante car étant un facteur de production agricole.

Par Marame Coumba SECK

Le riz reste une denrée à multiples usages au royaume Bandiale. Pour les familles, c’est un honneur d’en disposer en abondance et de le montrer, en signe de richesse dans certains rituels. Mais la céréale la plus cultivée au monde a également un rôle dans la cohésion sociale et donne lieu à plusieurs festivités avant et après les récoltes.

C’est avec un brin de fierté qu’Auguste Tendeng, un septuagénaire de Séléky, un village non loin d’Enampore, ouvre son grenier pour en sortir deux échantillons de riz paddy. L’un de couleur jaune provient de la récolte de l’année dernière. L’autre par contre noirâtre et quelque peu envahi par les insectes est un riz qui date de plus de 5 décennies. Ce dernier échantillon est conservé jalousement par le vieil homme parce qu’étant un héritage de son propre père qui est mort à l’âge de 70 ans. « Je ne peux même pas vous dire depuis combien de temps ce riz est dans ce grenier, mais ce qui est sûr, c’est que c’est l’une des récoltes de mon père qui a vécu dans cette maison trente années durant avant sa mort », affirme Auguste en remuant la tête. A Séléky, comme dans tous les autres villages du royaume Bandiale, cette presqu’île située à une quinzaine de kilomètres de Ziguinchor, la conservation du riz reste une vieille tradition à laquelle tous les habitants sont attachés. Dans les 19 villages de la commune d’Enampore et partout sur le territoire diola de la Basse-Casamance, il n’est pas étonnant de voir du riz datant de plusieurs années et toujours conservé dans les greniers.

Le riz de 1948
Ils sont d’ailleurs les seuls à détenir le secret du système de conservation permettant au riz de résister au temps. Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampore, confie qu’en 2008, lors de la réfection de leur maison, lui et ses frères ont été surpris de découvrir un riz conservé depuis 1948. De telles anecdotes sont nombreuses dans cette partie de la région naturelle de la Casamance.

En plus d’être la principale denrée de consommation, le riz joue un important rôle social en milieu diola. « La richesse chez-nous, confie Idrissa Manga, c’est le bétail et le riz ». Ce qui explique pourquoi certaines familles diolas n’acceptent pas d’ouvrir leurs greniers à n’importe qui, de peur de faire étalage soit de leur richesse, soit de leur pauvreté. « On dit chez nous qu’on ne peut pas montrer son ventre à un étranger », confie Richard Diémé, un habitant de Badiatte, le premier village du royaume Bandiale en provenance de Brin. C’est donc un honneur pour chaque famille non seulement de bien entretenir sa rizière, mais aussi de pouvoir produire une importante quantité à la fin des récoltes. A cet effet, le travail des femmes se fait en grande partie dans les rizières où elles se rendent tôt le matin pour repiquer le riz dans un rythme endiablé ponctué de chants et d’incantations. Ce travail fastidieux peut leur prendre une journée entière.

L’attachement obsessionnel à une céréale
Seulement ces travaux dans les rizières sont souvent précédés par des séances de prières et donnent lieu à des festivités décrétées par le roi. Avant l’hivernage, c’est tout le royaume Bandiale qui commémore le « Garoumo », une fête de réjouissances qui permet de réconforter les hommes et les femmes avant leur départ dans les champs. A la fin des récoltes également, une autre fête, le « Outeuss », est organisée.

Outre sa consommation, le riz est réservé à un usage noble. En vendre ou en acheter est considéré comme un signe de misère alors qu’en distribuer aux autres sous forme de dons équivaut à élargir les bases des relations sociales. « Il y a quelques années, c’est une honte pour le Diola d’aller acheter du riz et même s’il le fait, il attend la nuit tombée pour l’acheminer chez lui. Au cas contraire, il sera la risée de tout le village », confirme Valère Tendeng, un boutiquier du village d’Essyl.

Si le grenier des hommes sert de réserve pour les réjouissances lors des fêtes ostentatoires, celui des femmes sert à la nourriture quotidienne de la famille. En outre, l’aptitude d’une femme sur le plan économique est jugée à l’aune de la gestion qu’elle fait de son grenier. Cet amour voué au riz et les usages multiples qui sont faits de cette denrée prouvent l’attachement quasi obsessionnel du Diola à cette céréale. Dans ses travaux de recherche sur « Riz, symboles et développement chez les Diolas de Basse-Casamance », le chercheur Lamine Diédhiou écrit : « A l’image du produit du travail fétichisé en marchandise dans la société capitaliste, le riz des diolas s’est aussi fétichisé dans l’inconscient collectif des Diolas (….). Le fétichisme du riz s’est noyé dans les rapports sociaux où il a pris une fonction symbolique extrêmement forte. C’est cette interprétation que les Diolas font du riz qui permet de comprendre pourquoi ils le placent hors des circuits modernes des échanges ». Seulement ce fétichisme du riz a, par le passé, donné lieu à de fréquentes « guerres du riz » entre villages voisins et même parfois à des jacqueries paysannes.

Une culture à l’épreuve des aléas
Toutefois, à l’heure actuelle, même si le riz continue de garder une place de choix dans le cœur des Diolas, il reste que certaines techniques d’exploitation des rizières sont devenues obsolètes et inadaptées. En outre, avec la baisse graduelle de la pluviométrie, les récoltes ne sont plus très abondantes. Ce qui permet de tolérer certaines contraintes telles que l’achat du riz. La preuve, dans sa boutique de Badiatte, Valère Tendeng a stocké des sacs de riz importés. Ce qui veut dire que conserver le riz des années durant sera de moins en moins une performance en pays diola.

Le Grenier  : Ce jardin secret des diolas
jardinComme les Sérères et leur pangol, les Diolas ont un lien viscéral avec leur grenier. Celui-ci n’est pas uniquement une chambre pour garder le riz récolté plusieurs années durant et qui sert à la consommation. Mais le fait de remplir le grenier est une chose, une autre est de le garder à l’œil des étrangers qui ne doivent en aucun cas le voir. C’est une question d’honneur pour les Diolas. « Un Diola ne va jamais vous montrer son grenier, s’il le fait c’est comme s’il vous montrait ses fesses », confesse Salif Badji, un habitant d’Affiniam. Dans le subconscient des Diolas, visiter le grenier d’autrui, c’est se rendre compte de sa situation sociale et de savoir s’il est riche ou pauvre. C’est ce qui explique ce choix de garder jalousement fermé le grenier à toute personne qui n’est pas de la famille.

Outre cet aspect, il n’est pas rare de voir dans certains greniers du riz datant de plusieurs décennies. Salif Badji détient dans sa maison un riz vieux d’une quarantaine d’années. Pour lui, ce riz était récolté par ses frères avant que sa maman ne soit l’épouse de son père. C’est pourquoi ce riz est gardé intact et ne peut être utilisé par lui ou aucun de ses enfants. Ce vieux riz est toutefois utilisé par les Diolas dans les rituels et dans les périodes de circoncision.


Etodié, Thiébou diola et Kaldou : Ces spécialités de l’art culinaire diola très cotées
« Etodié », « thiébou diola » ou encore « kaldou »…, ces trois mets sont des plats typiquement diolas. Mais aujourd’hui, à cause de leur originalité et de leur richesse, ces plats de l’art culinaire diola sont adoptés par l’ensemble des Sénégalais. La particularité de ces mets est qu’ils sont tous accompagnés par le fameux « niankatang » ou riz blanc.

L’« étodié »
kaldouL’ « étodié » est préparé avec des feuilles de manioc, de plantes aquatiques rampantes, et des feuilles du Casia Tora plus connu sous le nom de « Ekangouley ». Ces feuilles sont cuites soit avec l’arachide, de l’huile de palme, ou encore des presses de régimes de palme. Le cuisinier ne pourra pas s’en passer des poissons et un peu de sel. La préparation est simple. Elle ne prend pas beaucoup de temps et ne nécessite pas beaucoup de condiments. Pour la préparation proprement dite, il s’agit tout d’abord d’avoir en même temps de l’eau et de la pâte de feuilles de manioc dans une marmite qu’on surveillera soigneusement sur le feu avant de verser ce mélange de pâte d’arachide avec des feuilles, ou encore la combinaison entre l’huile de palme et des feuilles. L’« étodié » présente plusieurs avantages du fait qu’il n’est pas chargé en graisse. Aussi, sa digestion se fait facilement. Et étant donné qu’il est préparé à base de feuilles de manioc, il est utile pour lutter contre l’anémie et les vertiges.

« Thiébou diola »
La préparation de ce menu passe par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit de préparer une confiture à base d’oseille verte ou « beguedj ». Sur un fourneau, il faut poser une marmite avec couvercle et mettre dedans l'oseille déjà lavée. Il ne faut surtout pas les égoutter, car on utilise cette eau pour la cuisson. Des gombos seront par la suite plongés. Si les feuilles s'écrasent facilement aux doigts, versez le tout dans le mortier qui a servi à piler le « nététou » ou un bocal propre avec le pilon ou une fourchette bien remuer pour bien les écraser.

L’étape suivante, c’est le malaxage du piment sec, du poivre, de l’ail, du « kani » salade, du persil chinois et du persil Sénégal et du gingembre. Il faut enduire ce « nokoss » à l'intérieur comme à l'extérieur, puis en garder un peu pour l'après cuisson. L’étape finale, c’est la préparation du riz blanc et la sauce d’oignons.

Le « Kaldou »
kaldou 1Pour préparer ce plat, il faut disposer du riz, du sel, du poivre, du piment en poudre, de deux gousses d’ail,  deux bouillons en cube, de quatre gombos, d’un piment frais, d’une citrouille ou « diakhatou », d’un morceau de poisson fumé ou « guédji », de quatre oignons, de l’huile, du citron et d’un gros poisson (1 kg environ) et d’un demi poivron vert. La première étape consiste à cuire le riz blanc, ensuite suivra la préparation de la sauce de l’oignon.

Pendant ce temps, l’huile bouille dans la marmite. Le cuisinier y plongera des tranches d’oignons, 5 mn sont nécessaires pour cette étape. Le cuisinier remuera de temps en temps. Il faut ajouter une pincée de sel, de piment et de poivre, puis verser le jus d’un citron, les deux bouillons cube et l’ail mixé. Il faut remuer avant d’ajouter des aubergines, des gombos, du piment frais et le poisson fumé et du poisson frais à cuire. L’oseille complète les condiments.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 04 juillet 2016 10:29

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