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Soleil Grand Air (472)

Dans le royaume Bandial, on pleure déjà la disparition programmée des cases à impluvium avec leurs charpentes superposées de l’extérieur et une autre de forme d’entonnoir inversée de l’intérieur communicant avec un bassin de captage des eaux pluviales. Les touristes et les curieux effectuent des tours et des visites pour admirer les derniers jours d’une architecture atypique inscrite sur la liste indicative de l’Unesco.

A l’ombre des palmiers, des rôniers et des fromagers, la case bicentenaire de Séléky, à l’image d’une vieille personne sous le poids de l’âge, porte les rides de sa longévité. La paille se déstresse. La toiture porte des entailles çà et là. A partir de l’intérieur on peut apercevoir le ciel. Derrière, dans la cour arrière, des adjonctions de couleur de terre moins foncée se différentient avec les pans noirs foncés datant de la période précoloniale. « Je me consacre à la réhabilitation et à la rénovation de cette case depuis une décennie.

Regardez, voici en photo mon père, il a fait la guerre d’Algérie. Il n’est plus de ce monde. Pourtant il est né dans cette case. C’est la plus vieille et la plus ancienne du royaume », se vante EvasionAtendeng Tendeng, un homme frêle, rongé par le souci de préservation d’un patrimoine en danger. Depuis plus deux siècles, chaque génération ne trahit pas sa mission. Le nouvel héritier est au bout de ses peines. A Séléky comme du reste, dans le pays Bandial, personne ne veut de la disparition de la case bicentenaire. Mais personne n’est prêt à faire le sacrifice pour la conserver. Assis sur une natte, savourant son vin de palme avec un ancien ami d’enfance, Atendeng Tendeng, le corps émincé et la voix rauque, laisse éclore des regrets.

Il ne peut plus supporter le lourd héritage de ses ancêtres à son corps défendant. « C’est la dernière réfection. Ici, tout le monde veut la conservation de ce patrimoine. Mais personne ne vous aide. Nous allons perdre cette case. Je ne vais plus me fatiguer. Ce n’est pas pour moi, mais pour la communauté », avertit Atendeng Tendeng. Le jeune écolier Alexandre Tendeng ne veut pas entendre ce discours. « Non, mon père ne dit pas cela », laisse-t-il glisser. « Ah oui je vais le dire », renchérit Atendeng Tendeng. 

La case bicentenaire n’est plus une maison familiale. A l’entrée, dans un coin, le fétiche veille sur tout. Au-dessus des récipients, des jerricanes et une grosse cuillère taillée dans le bois sont accrochés au mur. A l’entrée principale, un tambour traditionnel, une sorte de tronc d’arbre rongé de l’intérieur, est sur la véranda. Cette case est un musée pour la communauté. « Séléky est réparti en six quartiers et chaque quartier a son chef. Au quartier Batendeng, c’est dans cette case où se tiennent toutes les réunions pour prendre les grandes décisions, ce tambour sert à annoncer des événements », tente de convaincre Alexandre Bassène.

Une case sur la liste indicative de l’Unesco 
Construite à l’image des voûtes nubiennes avec des murs de grande épaisseur, la bâtisse laisse apparaître des fissures. Elle menace ruine. L’éclatement des familles, la rareté de la paille sont les principales raisons de l’abandon de cette architecture inscrite sur la liste indicative de l’Unesco. « Les Espagnols nous disent de conserver ces cases. Il faut reconnaître que c’est difficile. Dans la zone il n’y a plus de paille en abondance. Mon frère a dépensé plus de 100.000 francs Cfa pour recouvrir une partie de la toiture. L’année prochaine, nous allons renouveler l’autre pan de la toiture », rapporte Gilbert Bassène, au village de Bandial. La case à impluvium de sa forme originelle n’a pas de beaux jours devant elle.

A la sortie de Séléky en se dirigeant vers Etama, les taules ondulées épousent la forme circulaire des chaumières. De l’intérieur, une autre toiture inversée en taules ondulées complète la charpente. La modernisation de la case à impluvium est une stratégie de conservation qui ne sauvegardera pas pourtant tout le patrimoine en voie disparition.

Idrissa Manga : L’avocat d’une architecture en péril
Idrissa MANGAIdrissa Manga est l’un des plus ardents défenseurs de la case à impluvium dans le royaume Bandial. Il parle de cette architecture avec une passion teintée de regrets. Il ne sait pas pour combien de temps cette case sera la marque identitaire de leur architecture traditionnelle.

C’est toujours avec une grande fierté qu’Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampor, parle de la case à impluvium. C’est d’ailleurs un sujet de prédilection pour ce jeune homme trapu âgé de 35 ans. « Je suis né et j’ai grandi dans une case à impluvium. C’est normal que je connaisse quelque chose de cette architecture traditionnelle de chez-nous », souffle celui qui sert régulièrement de guide aux touristes qui viennent dans cette partie de la région naturelle de la Casamance pour admirer ces cases à l’architecture originale dont certaines datent du 17ème siècle. Lorsqu’il parle de ces cases, il ne laisse aucun détail.

D’abord la fonction protectrice de ces maisons lors des conflits opposant les groupes ethniques de la basse Casamance, sa fraîcheur ambiante. Il mentionne également la vie en communauté et en harmonie. « Sous une case, on peut retrouver plus de 5 familles issues toutes du même arbre généalogique. On retrouve des musulmans, des chrétiens et des animistes », raconte Idrissa Manga. Cet habitat cimente les relations entre les membres d’une même famille, préservant ainsi l’héritage culturel des sociétés africaines qui ne connaissent pas des ménages nucléaires. « Les cases à impluvium vont disparaître avec le mode africain de vie en famille », regrette le défenseur d’une architecture en péril.

Dans le royaume Bandial, cette case à impluvium a plus résisté au temps que les cases carrées ou rectangulaires qui ont été par la suite adoptées par les populations autochtones. En 2016, il reste trois prototypes que le bonhomme continue de vanter les bienfaits.

« Je plaide pour que ces cases soient sauvegardées, parce que si l’on parle de tourisme dans cette zone de la Casamance, c’est en grande partie lié à ces cases à impluvium. Elles font partie de notre patrimoine », défend Idrissa Manga. Signe de l’importance de ces cases, le guide renseigne que l’architecte Pierre Goudiaby Atepa s’en est inspiré pour construire la Case de l’Alliance française de Ziguinchor. Pour cela, il aura séjourné plusieurs jours durant à Enampore et dans les environs. 

Même Idrissa Manga a fait de la sauvegarde des cases à impluvium une lutte personnelle, le gérant du campement avait essayé d’embrasser la carrière d’enseignant sans succès. De même que celle d’infirmier d’Etat en vain. C’est par la suite qu’il a jeté son dévolu sur le tourisme en se formant au métier de guide. En 2011, il est coopté pour gérer le campement villageois d’Enampore. Actuellement, le secteur touristique n’est guère florissant à cause de plusieurs facteurs tels que les taxes douanières, les problèmes de sécurité de la zone, le blocus de la transgambienne, etc. Marié et père de quatre enfants, Idrissa ne désespère pas pour autant de voir et de revoir des bus remplis de touristes venir séjourner dans son campement et visiter les cases à impluvium.

I. SANE et M. NDONG

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:21

Libéralités divines

13 Juil 2016
516 times

Une fatiha récitée lettre après lettre, d’interminables likhlass, des torrents de « rabana » et des kilomètres de perles de chapelet… La longue absence des pluies a fouetté l’ardeur des demandeurs de bienfaits providentiels. Dieu, dit-on, est très sensible à la prière. Il a besoin qu’on Lui reconnaisse Son statut d’« Etre suprême », disent les hommes d’esprit.

Les humains, ces ingrats qui se complaisent dans le péché l’ont si bien compris qu’ils ne cessent de déclamer la longue litanie du repenti intéressé. « Allahouma », « Seigneur »… Rendez-vous compte ! Des milliards de « croyants » se passent le mot pour implorer les bienfaits divins. Un immense brouhaha, imperceptible à l’échelle humaine, qui fend la nuit profonde – le moment le plus propice à la prière – pour déranger l’éternelle quiétude divine.

Et dans ces prières, on trouve du tout. Le paysan qui désespère de voir s’installer l’hivernage, le souffre-douleur qui rêve de changer de condition, le président qui s’accroche à son fauteuil, l’opposant qui rêve du Palais de l’avenue Senghor, le crève-cœur en quête de félicité, l’employé qui veut supplanter son patron et le patron qui veut le rester à vie, la femme qui ne veut pas de co-épouse… Des suppliques qui convergent toutes vers le réceptacle où des estampilles programmées par la prédestination distribuent les sentences divines : « accordé », « refusé », « différé », etc.

Pensez donc à Dieu face à cette multitude de cabotins qui affectent de le vénérer pour bénéficier de Ses libéralités. Et, si la Providence tarde à vous sourire, gardez à l’esprit cette sentence de Charles Péguy : « La sagesse de Dieu par nous peut défaillir. Et nous pouvons faire tout manquer ».

Par Sidy DIOP

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:05

Le virus prend le nom et l'apparence d'un logiciel anodin avant de donner aux pirates l'accès aux fichiers et à la webcam de l'ordinateur...

Les spécialistes de la lutte contre les virus informatiques de BitDefender ont récemment alerté le public sur le malware Eleanor. Cette menace vise seulement les systèmes d’exploitation OS X des Mac.

C’est la deuxième fois qu’un virus développé spécifiquement pour infecter les ordinateurs Apple est repéré. Eleanor se présente dissimulé dans un fichier portant le nom d’un logiciel qui existe réellement, Easy Doc Converter, proposé au téléchargement sur de nombreuses plateformes réputées sérieuses.

Mais ce n’est pas l’outil de conversion de fichiers attendu que les malheureux utilisateurs qui chargent le faux programme installent sur leur machine. En effet, une fois en place, Eleanor donne la possibilité aux pirates qui l’ont développé d’avoir accès à l’ensemble des fichiers de l’ordinateur, de supprimer ou modifier ces derniers ou encore d’exécuter des scripts, explique ZDNet.

Le malware permet également aux hackers d’accéder à distance aux images captées par la webcam des ordinateurs Apple. Le seul moyen de préserver son intimité en cas d’infection par le virus reste donc de masquer l’objectif de la caméra intégrée avec un morceau de scotch. Sauf pour les propriétaires d’un Mac équipé du programme Gatekeeper, l’une des rares protections pour ne pas tomber dans le piège d’Eleanor en cas de tentative d’installation.

Lamine Diassé est le porte-étendard du costume au Sénégal. Spécialisé dans l’habillement européen, particulièrement dans le vêtement masculin, ce jeune couturier, styliste-créateur a fait de la qualité son credo et de la connaissance sa devise.

« Ce que je fais, c’est le sur-mesure ». Tout Lamine Diassé est dans ce souffle. S’émanciper de la facilité. Sortir de l’ordinaire sénégalais. Porter presque tout seul le fardeau de la perfection. Le stylisme sénégalais fonctionne en trompe l’œil. Dakar certes est une place forte de la mode africaine, mais les stylistes sénégalais aiment renifler le doux parfum de la facilité. Des défilés occasionnels, des médias complaisants, un public peu averti. Suffisant pour certains noms ronflants de la mode sénégalaise. Trop peu pour Lamine Diassé. L’ambition est le carburant qui chauffe ce cérébral de la mode.

Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il fera quelques piges chez le maître couturier Laye Diarra où il fait la connaissance du costume. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Responsable de production, il y réalise des costumes sur-mesure pour nombre de personnalités sénégalaises. Mais à force de ciseler l’étoffe, de dessiner des formes et de s’enfermer dans des mesures, le jeune Diassé est pris dans ce tourbillon de questions qui a façonné, avant lui, nombre de grands créateurs. Pourquoi la mode sénégalaise n’est pas normée comme en Europe ? Pourquoi le costume Smalto ou la chemise Hugo Boss sont si parfaits ? Quelles logiques se cachent derrière la production industrielle de vêtements ?
Pour trouver des réponses et donner plus d’amplitude à sa prometteuse carrière, Lamine Diassé décide de reprendre par là où il devait commencer : la formation. Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (Aicp). Il rencontre ensuite à Paris Jean-Pierre Houée, expert de l’Aicp, qui lui apprend la conception du produit, les tracés de base et les secrets de la fabrication française. Ce dernier croit en son talent et le prend sous son aile protectrice.

Le chemin de la réussite
Il fait, en outre, plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. C’est le chemin de la réussite. Le plus difficile certes, mais le meilleur. « Mon credo, c’est de comprendre tout de cette activité que j’ai choisie. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai compris », confie Diassé. Et d’expliquer sa démarche : « Si nous voulons aller à la conquête du monde, nous devons comprendre tout ce qu’il y a derrière le vêtement. Il y a des normes à respecter, des méthodes à appréhender, des techniques à assimiler ».
A la différence de nombre de stylistes qui consacrent leurs créations à la femme, Lamine Diassé n’a pas choisi la simplicité. Le costume est, en effet, différent de l’habit traditionnel parce qu’il requiert de la haute technicité. Tracés de base, patronages, gradations (évolution d’une taille par rapport à d’autres) répondent à des normes qui ne s’apprennent pas dans la rue. « Ces techniques ne sont pas enseignées en Afrique. C’est pourquoi j’ai dû faire plusieurs voyages et stages en Europe pour les assimiler. Le costume est un habit européen et l’Europe est jaloux de son savoir-faire », raconte Lamine.

C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et le Net pour débusquer les secrets des grands créateurs européens. « Même dans ma famille, on a cru que je ne voulais pas travailler », confie-t-il. Pourtant, c’est une chose de comprendre, c’en est une autre d’expliquer. Lamine Diassé doit se battre avec des méthodes formelles dans un mode informel. En Afrique, avec un crayon et des ciseaux, on se proclame très vite styliste. « Il est extrêmement difficile d’expliquer à mes collègues que le vêtement, c’est de la géométrie, des formules, des fractions ». Du chinois dans un milieu où, le plus souvent, on se contente de découper des carrés pour en faire des boubous.

Incompréhension
Au début de l’aventure de Lamine Diassé couture (Ldc), la mécanique est grippée par l’incompréhension. Les gens sont dubitatifs. Pourquoi acheter un costume à partir de 200.000 francs alors qu’on peut se le procurer dans le prêt-à-porter à moins de 100.000 francs ? Même ceux qui en ont les moyens préfèrent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger. « Nous sommes des complexés qui préfèrent les produits étrangers. Nos dirigeants, pas tous heureusement, ont le complexe de s’habiller chez moi, d’aider un jeune qui a préféré la difficulté plutôt que l’immigration. J’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes africains, tels que Collé Sow Ardo, Alphadi, Diouma Diakhaté, et Laye Diarra qui respectent beaucoup la qualité de mon travail et la ligne de vêtements que je développe », regrette le styliste. Pour noyer son spleen, le jeune créateur s’enferme dans son monde intérieur. Il travaille chez lui, toutes les nuits, sur les tracés de base. « J’adore tracer », sourit-il. La principale difficulté, c’est que le costume sur-mesure cible l’élite. Pas le peuple.

« Je n’ai pas choisi le costume par hasard », consent Lamine, « c’est le produit le plus respecté au monde, qui ouvre toutes les portes. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille francs Cfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce ». Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire, qui exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes est, pourtant, une aubaine pour tous ces gens qui dépensent des fortunes à l’étranger pour s’habiller. Certains ministres l’ont bien compris et commencent, timidement, à s’approvisionner chez lui. Le premier à s’approprier sa démarche est Abdoulaye Makhtar Diop.

Nommé ministre par Wade, l’actuel Grand serigne de Dakar qui a bien écouté le jeune styliste, lui commande quelques costumes pour le tester. Satisfait par la qualité de ses acquisitions, le ministre lui confie sa garde-robe pendant deux ans. « Je n’achèterai plus mes costumes à Londres », lui glisse-t-il entre deux essayages, le sourire ravi. Avant cette rencontre, le couturier fait la connaissance de Mansour Dieng, le patron d’Icône magazine et communicant bien introduit dans le club sélect des personnalités qui comptent dans ce pays. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles. Il est devenu aujourd’hui mon manager », explique Lamine Diassé.

Partager son savoir
Pour Lamine Diassé, Abdoulaye Makhtar Diop a montré la voie : « Nous n’avons pas besoin de milliards comme cela se voit en politique, nous n’avons besoin que des commandes de l’Etat pour agrandir nos activités. Cela nous permettrait de participer à l’effort de développement en créant des emplois. Pourquoi ne pas nous permettre d’habiller le gouvernement, par exemple ? »

Au rayon des perspectives, le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique en ville où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, je n’achèterais pas des immeubles ou de belles voitures pour m’enrichir davantage, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française, pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il en est convaincu, pour révolutionner la mode sénégalaise et africaine, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles (les normes conventionnelles du vêtement), etc. ». C’est le prix à payer pour être compétitif sur le marché mondial. Lamine Diassé en est conscient : « J’ai peur de mourir sans transmettre mes connaissances ».

Par Sidy DIOP

Reconnu traditionnellement pour ses bienfaits sur la peau, et donc largement utilisé dans les cosmétiques, et ses bienfaits sur la digestion, l'aloe vera serait aussi intéressant quand on souffre de diabète.

L'étude, publiée le 17 juin 2016 dans le Journal of Alternative and Complementary Medicine, a fait la synthèse de neuf précédents travaux visant à évaluer l'impact de cette plante auprès de patients diabétiques. Sa conclusion : l'aloe vera fait baisser significativement le taux de glucose dans le sang (taux de glycémie) et le taux d'hémoglobine glyquée, deux marqueurs du diabète.

Consommée régulièrement sous forme orale, cette plante grasse stimule la production d'insuline. Ainsi, chez un diabétique, elle peut, dans une certaine mesure, pallier la défaillance du pancréas qui n'arrive plus à produire correctement de l'insuline. C'est cette défaillance qui contraint le patient à s'injecter de l'insuline lorsqu'il a besoin de réguler son taux de sucre dans le sang.

Dans sa forme orale, l'aloe vera se présente sous forme de jus à boire ou de gélules. C'est la pulpe de la plante qui est consommée, c'est-à-dire la substance qui coule de l'intérieur lorsque l'on coupe la feuille en deux.

Moi, jet setteur !

11 Juil 2016
457 times

Jet-setteur ! C’est une nouvelle activité à la page. Paraître là où ça se passe, vivre sans jamais lever le pied, sentir la réussite et l’incarner.

Ils sont nombreux à remplir les pages « people » des journaux, le visage bien lustré, confortablement installés dans un coin branché de Dakar entre des nymphes tout droit sorties des contes des « Mille et une nuits ». Ils sont des livres ouverts à la curiosité du public. Ils n’ont aucun secret pour les autres.

Vous voulez connaître les ressorts de leur vie familiale, leur travail, leurs amitiés et même leur intimité ? Il suffit juste de demander ! Ils ne rechignent guère à répondre aux questions les plus indélicates. Comme cette artiste qui affirme que sa généreuse poitrine est un atout pour sa carrière musicale. On les retrouve dans les recoins du « Dakar by night », distribuant des liasses de billets avec ostentation aux laudateurs.

ertains parmi eux poussent le désir de paraître jusqu’à payer pour que leur tronche apparaisse dans les journaux « people ». Un joli costume, une belle bagnole, une montre de classe ou une compagne distinguée, ce sont des trophées à exposer au regard envieux de la masse, quitte à transgresser les codes moraux. C’est le carburant qui chauffe leur moteur. Le hic, c’est que quand on expose sa « réussite », on cache difficilement ses soucis.

Plus haut est le succès, plus brutale est la chute.

Par Sidy DIOP

La chute du djinn

08 Juil 2016
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C’est un jeune homme d’une trentaine d’années qui a battu le record des évasions dans les cellules de police et des maisons d’arrêt et de correction du Sénégal. Modou Fall ou Boy Djinné, c’est le nom qu’il s’est choisi, est tombé, une énième fois à Kalifourou (Tambacounda). Les pandores ont tellement ferraillé avec la communauté des pince-mérite de notre pays qu’ils ont dû se prémunir de quelque gris-gris anti-djinn. Mais avec Boy Djinné, le plus difficile, ce n’est pas de lui mettre la main dessus, mais plutôt de le garder en prison. Le ministre de la Justice exulte et ravive la foi des policiers : « Je vous l’avais dit, Boy djinné n’est ni djinn, ni margouillat, encore moins du vent. Ce n’est qu’un vulgaire bandit ».

Cette fois, c’est sûr, ses pouvoirs mystiques devraient carburer au super pour échapper au sort à lui réservé. Les matons vont devoir veiller sur lui « comme du lait sur le feu ». Une garde-à-vue au premier sens du terme. La question est de savoir selon quels critères ses nouveaux anges gardiens seront choisis. Car pour surveiller un djinn, il faut avoir la ceinture et les bras bien cerclés de talismans en tous genres. A défaut, les effluves du « lait sur le feu » pourraient s’avérer bien… soporifiques.

Par Sidy DIOP

« Remainder » s’appuie sur les codes utilisés par les dizaines d’appli du genre...

« A l’origine, c’était une simple blague », a écrit sur son site, l’équipe de « Remainder ». La blague, s’est transformée depuis le 24 juin, date du résultat du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, en véritable projet. Déprimés par les résultats, ces europhiles ont décidé de créer une application de rencontre pour les électeurs qui ont voté en faveur du maintien du pays dans l’UE.

« Don’t go Brexit my heart »
« Nous pensons que tout le monde a le droit d’exprimer ses opinions et nous savons qu’il y a, parmi les électeurs pro-Brexit, des gens sensibles, gentils et intelligents.

Mais nous nous adressons à ceux qui ont voté pour le maintien du pays dans l’UE (les « Remainers ») et nous voulons apporter un peu de réconfort à leurs cœurs brisés », ajoute l’équipe. Acté à 51,9 % des voix, le Brexit a créé un véritable choc outre-Manche, notamment parmi les militants du « Remain », confortés, à la veille du résultat, par de nombreux sondages donnant le maintien gagnant. Depuis, sur les réseaux sociaux, les Britanniques réagissent et commentent l’actualité politique mouvementée avec humour et désespoir. Samedi, lors de la marche organisée à Londres par les anti-Brexit, de nombreuses pancartes affichaient le slogan « Don’t go Brexit my heart », un jeu de mot en référence au célèbre titre « Don’t go breaking my heart » (« Ne brise pas mon cœur » en V.F) signé Elton John et Kiki Dee. L’équipe de « Remainder » précise toutefois : « On a lancé l’application dans la foulée. Mais nous ne sommes que de simples électeurs. Pour pouvoir développer l’appli et l’améliorer au fur et à mesure, nous avons lancé une opération de crowdfunding ». Si l’initiative a été particulièrement relayée dans la presse anglo-saxonne, le succès financier n’est pour le moment pas au rendez-vous.Seules 242 livres ont été versées pour le moment, une somme modeste au regard des 5.000 livres attendues pour pouvoir mener le projet à son terme. En revanche, l’équipe revendique plusieurs milliers d’inscrits.

Par le surfeur

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

« Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid des "bascules" artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:43

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

«Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid à des «bascules» artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Depuis plus de 20 ans, le Pr Pape Demba Fall s’intéresse sur le fait migratoire. Ses nombreuses publications sur la question font autorité. Dans cet entretien, il fait une analyse profonde du phénomène de l’immigration clandestine.

Pr Fall, ces derniers temps, la question de l’immigration clandestine a refait surface avec la mort de centaines de migrants en mer. Vous, depuis plus de deux décennies, vous vous intéressez à la question migratoire en générale. Pourquoi ?
Quand je suis venu à l’université, la question de la migration, à mon sens, n’avait pas été assez documentée. Et pourtant c’était un phénomène qui se précisait et qui est connu au Sénégal depuis très longtemps lorsque les gens ont étudié ce qu’on a appelé les Francenabés c’est-à-dire ces gens, Halpulaar, Soninké, Mandjack, qui allaient travailler en France. Il existait une littérature et des travaux remarquables sur la question de la migration mais il n’y avait pas une contextualisation. Il fallait relire les questions migratoires à l’aune de l’évolution de la société sénégalaise. Et il m’a semblé important de noter que le fait migratoire est une grille de lecture pertinente de la société sénégalaise. En réalité, toutes les évolutions qui se dessinent dans la société sénégalaise peuvent être interprétées, analysées à l’aune de la question migratoire. C’est-à-dire comment la migration influe sur la société aussi bien d’accueil que de départ que ce soit en termes d’apport économique, d’apport culturel etc.

Pensez-vous que cette approche de la question migratoire ait été bien mise en avant pour expliquer ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène de l’immigration clandestine ?
Evidemment, tout dépend de l’angle sous lequel on aborde cette question de migration. La migration, que ce soit chez les animaux, chez les oiseaux, chez les hommes, a un but principal : c’est de rétablir les grands équilibres. La migration s’inscrit dans un processus d’accès aux ressources. Que ce soit les animaux, que ce soit les hommes, ils ont tous besoin d’accéder à des ressources dans une dynamique de complémentarité des zones neutres et des écosystèmes. En réalité, le fait migratoire a toujours fonctionné sur la base des besoins que pouvait exprimer une région par rapport à une autre région. Pour mieux saisir cette réalité, il faut mettre en face les deux zones. On ne peut pas étudier la question migratoire en restant que d’un côté du mouvement, il faut associer les deux mouvements. Regarder du côté des zones de départ et des zones d’arrivée. L’évolution environnementale par exemple a beaucoup influé sur l’organisation de la migration.

Comment peut-on comprendre qu’une volonté d’accéder aux ressources puisse tant animer des hommes au point de les amener à mettre leur vie en péril ?
Quelques explications s’imposent. La migration est une stratégie, comme d’autres, d’accès aux ressources. Il y a plusieurs modes, plusieurs techniques qui sont déployées pour pouvoir accéder à certains besoins. Ce qui se passe aujourd’hui, en réalité, dans nos sociétés, c’est que ces faits de migration ne sont pas nouveaux. Que les gens partent vers d’autres cieux par la mer, par le désert, c’est très ancien comme pratique. Les migrants des années 1970 par exemple sont partis du Fouta en passant par le Mali, le Tchad, l’Algérie, le Maroc, avant d’arriver en France. Ils se sont installés dans ce pays, ont travaillé là-bas et ont pris leur retraite. Cela étant, ces gens qui partent au péril de leur vie, sont suffisamment avisés pour savoir qu’il y a un risque important.

Mais, moi, mon explication de cette situation c’est que les jeunes préféreront de loin la mort physique à la mort sociale. Le défi qu’il faut relever, c’est le défi de l’accès aux ressources. Tant que les communautés ou les jeunes mettent toujours en avant la notion de « Tekki », le problème va se poser. Les jeunes n’accepteront pas d’être des individus insignifiants entretenus par leurs parents. C’est une situation parmi tant d’autres qui peuvent conduire à cela. Je ne parlerai pas de suicide parce que les gens qui partent gardent toujours l’espoir qu’ils vont y arriver et ils sont convaincus qu’ils vont y arriver. Ces jeunes qui partent par la mer, quand on les interroge, ils sont convaincus que partir est une solution. La seule faille qu’il y a, c’est qu’ils ignorent les localisations géographiques où ils veulent aller. Ils n’ont aucune notion sur ce que c’est les Îles Canaries, l’Espagne, etc. Les candidats à l’immigration pensent qu’il faut dépasser un peu la Mauritanie pour être en Europe. Ces éléments jouent en leur défaveur.

Certes, comme vous dites, ces candidats à l’immigration clandestine sont suffisamment avisés des risques qu’ils prennent en empruntant des embarcations de fortune mais sont-ils assez sensibilisés sur la crise qui sévit en Europe et qui fait que ce continent n’est plus cet eldorado ?
Là aussi c’est un gros débat parce que, j’ai l’habitude de le dire, les migrants que nous interrogeons ne nous disent pas tout. Mais les migrants ont aussi emmagasiné des informations qui peuvent venir de sources fiables et de sources qui ne le sont pas. Tous ceux qui aspirent à partir ne retiennent de l’Europe que ce que nous voyons à la télévision. Parce qu’il y a une autre dimension qui est tout autant importante que la dimension stratégie de survie : c’est la volonté de découvrir quelque chose de nouveau. Cet élément n’est pas suffisamment pris en compte.

Il y a des gens qui veulent partir parce qu’ils ont une soif d’évasion, une soif de découverte. Mais ces jeunes sont en même temps convaincus que les gens qui sont en Europe, tout au moins, arrivent à réaliser des choses qu’eux ne peuvent pas réaliser en restant au Sénégal. Donc ils se disent, tant qu’à faire, il vaut mieux essayer.

C’est toujours dans l’esprit d’entreprise et ils vous disent qu’ils veulent aider leurs parents, épouser demain la femme qu’ils aiment etc. Et la migration est une solution pour eux. Et contrairement à ce que l’on pense, parfois, les familles soutiennent ces projets-là. Ces éléments culturels, il faut les mettre dans la balance.

L’argent dépensé pour ce périlleux voyage ne peut-il pas être investi dans un petit projet ?
Nous avons mené l’année dernière une grande enquête qui a duré quatre ans. Il ressort des questions posées à la population-cible de 18-39 que 3/4 donc 75 % au moins des jeunes de cette tranche d’âge auraient quitté le Sénégal s’ils en avaient la possibilité au cours des cinq prochaines années. On le voit, l’ampleur de l’aspiration migratoire est énorme. On a comme le sentiment que tous les jeunes veulent partir. Et ils veulent partir parce qu’ils sont en face de situations où l’incertitude plane. Leur avenir les inquiète et c’est redondant. Ceux qui arrivent en Europe découvrent la réalité mais en même temps, ils ne renoncent pas parce qu’ils pensent qu’il faut rester là-bas et se battre. Les familles ne sont pas exemptes de tout reproche. L’argent investi dans ce voyage, souvent, ce sont les économies de la famille. Et l’échec dans un départ constitue une ruine pour la famille.

Entretien réalisé par
Elhadji Ibrahima THIAMA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:45

Au moment où des milliers d’Africains, à bord d’embarcations de fortune, bravent la mer méditerranée, au péril de leur vie, dans l’espoir de faire fortune en Europe, d’autres ont décidé de prendre leur destin en main et de rester sur le continent.

A l’image de l’huile de moteur noirâtre qui dégouline de sa tenue de travail, l’assurance coule en Babacar Diop. Assurance que c’est ici, dans son garage, que lui, le mécanicien, se construira une vie, un mieux-être. Il a son métier, il le pratique depuis une dizaine d’années et ça le nourrit bien lui et sa famille. Bref, il est épanoui. Son eldorado à lui, c’est ce petit local situé à la lisière des quartiers des Hlm Grand Yoff et Sicap-Foire. Quand on lui parle d’immigration clandestine, la réponse de ce presque quadragénaire tombe, courtoise et ferme : « Jamais au plus grand jamais je ne m’aventurerai à prendre des embarcations de fortune pour aller en Europe. J’ai trouvé ma voie et ça me réussit. Je ne vois aucune raison pour que j’abandonne mon métier pour un voyage hypothétique vers un avenir tout aussi incertain ».

Ces paroles pleines de sagesse, les 700 migrants africains qui, dernièrement, ont trouvé la mort entre les côtes libyennes et l’île de Lampedusa en Italie, n’en avaient peut-être pas. Comme des milliers d’autres migrants avant eux, ils ont bravé les rigueurs de la mer à bord d’embarcations de fortune et ont sombré au large. Certes, tous ces migrants ne logent pas à la même enseigne.

Certains ont fui leur pays pour échapper à une situation de guerre (Somalie) ou l’oppression d’un régime dictatorial (Erythrée), cependant, d’autres sont guidés par des logiques pécuniaires d’où l’appellation qu’on leur a donnée : « migrants économiques ».

Les victimes sénégalaises de cette tragédie (officiellement, aucun chiffre n’est encore avancé), font partie de cette catégorie. Si la plupart de ces aventuriers parviennent à poser pied à terre, peu d’entre eux, ont la chance d’aller au-delà des débarcadères. En effet, selon les dernières estimations, plus de 11.000 migrants seraient parvenus à débarquer sur les côtes italiennes. Tous ont été parqués dans des centres de rétentions. D’aucun bénéficieront du statut de réfugiés politiques, tandis que d’autres seront renvoyés dans leur pays d’origine. Tout ça pour rien finalement.

Cependant, à l’image du mécanicien Babacar Diop, ils sont nombreux ces Sénégalais qui, pour rien au monde, ne prendraient le risque de traverser la Méditerranée à la recherche d’un avenir dont on ne sait de quoi il est fait. « L’Europe n’est plus cet Eldorado qu’on nous chantait. C’est devenu un mirage et, malheureusement, beaucoup de jeunes tombent dans le piège », regrette Malick Diaw, un tailleur. Avec tout l’argent que ces candidats à l’émigration clandestine déboursent, il estime qu’il y avait de quoi investir dans un petit projet. En effet, au plus fort du phénomène de « Barça wala Barsax » (Barça ou à la mort), certains candidats versaient jusqu’à 2 millions de FCfa aux trafiquants. « C’est de l’argent jeté à la mer. A mon avis, quelqu’un qui a les moyens de débloquer autant d’argent, n’est pas pauvre », estime-t-il. Comme lui a su le faire, il invite ses jeunes compatriotes à croire en leur étoile pour aller au-devant des projets, vaincre les obstacles et atteindre leurs objectifs. « Nous les jeunes, notre problème, c’est qu’on a peur d’entreprendre, d’investir dans notre pays. Il faut que nous ayons confiance en nous et nous donner les moyens de notre réussite ici dans notre pays », martèle ce jeune tailleur. Très tôt, Malick a pris son destin en main. D’un petit atelier de couture où trônaient deux machines à coudre, aujourd’hui, il en est à sept machines dans un local beaucoup plus spacieux au marché Grand-Yoff.

Entreprendre
Revenir au pays et entreprendre, c’est ce qu’a fait Papa Bakary Coly. Et bien lui en a pris. Ce prospère jeune aviculteur dont la ferme se trouve à Bambilor, est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs de poulets de cette zone. Rien que l’année dernière, il a fait une production de 24.000 poulets de chair et 3,4 millions d’œufs. Et dire que ce membre du Collège des jeunes du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) et de la Fédération des aviculteurs du Sénégal a failli ne jamais connaître ce succès. En 2006, « sur un coup de folie », comme il le dit, il embarque pour l’Europe. Deux ans en Italie et un Espagne.

Mais très, vite, il se rend compte que le vieux continent « n’est pas un eldorado ». En 2009, Papa Bakary Coly revient au bercail et retrouve ses premières amours, l’aviculture, et le succès que l’on connaît. « J’étais parti parce que je voyais les gens partir. A mes jeunes compatriotes, je dis qu’il faut avoir la patience et être plus ambitieux. Ce qu’on gagne en Europe, on peut gagner autant ou plus si on fait le même effort ici au Sénégal », conseille ce jeune père de famille qui, avec une mise de 125.000 FCfa au départ, est devenu un entrepreneur prospère.

Médoune Seck, lui, avait tenté une fois le périlleux voyage par la mer. C’était en 2009. Aujourd’hui, c’est avec un brin de regret qu’il raconte cette aventure dans laquelle « il aurait pu laisser sa vie ». Cet échec, il le considère comme une seconde chance pour bien profiter de la vie parce que des destins brisés sur les vagues de la mer et à jamais immergés dans les abysses de la Méditerranée, ce vendeur de fripes en a vus et entendus. « Pour avoir échappé à cette tragédie, je ne conseillerai personne de tenter l’aventure européenne par la mer et sur des embarcations de fortune. J’ai passé plusieurs mois au Maroc dans l’espoir d’embarquer vers l’Espagne, en vain.

Finalement, j’ai décidé de revenir au Sénégal car la plupart de ceux qui étaient partis devant moi, ne sont jamais arrivés à bon port », confie-t-il. Depuis, il a retrouvé son petit commerce grâce auquel il avait pu faire assez d’économies à l’époque.

Aujourd’hui, il s’est reconstitué à nouveau un bon capital et mène une vie épanouie de père de famille. « Grâce à Dieu je me suis remis de cette histoire. J’ai maintenant une femme et un enfant et pour rien au monde je ne les abandonnerai pour un voyage aussi risqué. Si je dois aller immigrer, ce sera par voie légale », assure Médoune.

Mirage
Si on ne peut pas reprocher à ces jeunes qui bravent la mer de chercher le mieux-être, cependant la manière de le faire n’agrée pas tout le monde. Pour Hamidou Mbaye, Chargé de Communication à la Direction de la Planification et de la vie environnementale du Ministère de l’Environnement et du Développement durable, « c’est du suicide ». D’autant plus que, fait-il remarquer, « les pays les plus concernés par cette immigration clandestine à savoir l’Italie et l’Espagne sont en crise et vivent des problèmes aussi graves que nous ».

Au-delà des causes économiques, sociales et culturelles, M. Mbaye pense que c’est la conception que les Africains ont vis-à-vis de l’Europe et des pays du nord comme eldorado qui explique en partie cette tragédie. « Le mieux-être on peut le trouver ici. Parce que l’Afrique, dans sa globalité, reste le continent de l’avenir du point de vue des ressources naturelles, de ses potentialités humaines, intellectuelles et économiques. Il faut, du point de vue psychologique et sociologique, faire comprendre à cette jeunesse que l’avenir est là, qu’on peut rester ici et réussir notamment dans le domaine de l’agriculture », argue-t-il. A ce propos, il invite le gouvernement à davantage communiquer sur les différentes politiques agricoles qu’il est en train de mettre en œuvre pour que la jeunesse se les approprie et s’y engage. Son collègue du même ministère, Baye Salla Mar, fait chorus.

Il trouve paradoxal qu’au moment où la Chine, l’Union européenne voire les Etats-Unis se battent pour se positionner en Afrique, des jeunes prennent le chemin inverse. « L’avenir du monde se trouve en Afrique. Ce n’est pas pour rien que les pays occidentaux se ruent dans ce continent. Dans cette bataille de positionnement, il ne faut pas que nous, jeunes, soyons en marge. Restons ici, saisissons notre chance et prenons des initiatives », insiste M. Mar.

Par Elhadji Ibrahima THIAM

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 14:25

Ils sont nombreux, dans cette paisible bourgade de la banlieue dakaroise à avoir tenté l’aventure ou vu un proche parent aller à l’assaut de l’immensité océane. Les rares personnes qui ont réussi la traversée ont semé l’espoir dans le cœur des jeunes qui sont restés au pays. Le rêve s’est vite transformé en cauchemar. Et Thiaroye-sur-mer traine sa mélancolie comme un deuil éternel.

Thiaroye-sur-mer,  village situé tout près de l’océan,  aux alentours de Dakar, en banlieue.  En ce jeudi,  qui coïncidé avec les  premières heures de la matinée, les pêcheurs aguerris qui ont encore une fois su vaincre la mer et ses profondeurs abyssaux,  reviennent avec plein de poissons : moisson d’une dure matinée de labeur. Tout au long de l’étendue de la plage, des enfants innocents font et défont des châteaux de sable, fruit de leur imagination fertile. Thiaroye respire la sérénité et se morfond dans  la tranquillité. Voilà le décor qu’offre la localité. Les habitants de Thiaroye, s’ils ne partent pas en mer pêcher, passent l’essentiel de leurs  journées aux bords de celle-ci à contempler insouciamment les vastes étendues d’une plage sablonneuse qui, s’étirent à perte de vue.  Les  brises qui viennent d’outre-manche journellement  s’échouer sous leurs pieds,  entraînent des rêves d’un mieux-être, chez la population essentiellement jeune.       

Des illusions au début, qui finiront par se transformer en obstination. Pour cause,  d’autres ont tenté et réussi l’aventure européenne, en quête d’une vie meilleure. Ce rêve  qui se concrétise pour certains, change malheureusement en cauchemar pour la majeure partie des jeunes,  qui un jour, ont pris l’initiative de se rendre en Europe, via des bateaux de fortunes.            
En effet, l’immigration était ici considérée comme un moyen de réussite sociale. La personne qui choisit de partir aurait  la chance de bénéficier de meilleures conditions de vie et de se voir investie d'un nouveau statut. En d'autres termes, quelles que soient les difficultés rencontrées, l'essentiel est d'atteindre ses objectifs.             

Moussa Diagne, 29 ans fait partie de ce lot de rescapés. Il a en effet essayé l’aventure qui s’est soldée par un retour, après une quinzaine de jours passés en mer,  sans arriver à déjouer la vigilance des gardes côtes postés sur l’ile Canaries. « Je me rappelle, c’était en 2008. Après plusieurs mois de travail, j’avais pu  économiser de l’argent.

C’est ainsi qu’on m’avait parlé d’un passeur, qui avait réussi à amener à bon port,  plusieurs jeunes jusqu’en Espagne. Preuve à l’appui, on m’avait même montré des maisons que ces nouveaux immigrés  avaient construites pour leur famille ».  La tentation n’a dès lors pas laissé indifférent Moussa, qui, à l’instar d’autres compères va casquer la somme de 300.000 FCfa, afin de regagner l’autre partie de la cote.

Après plusieurs jours passés en mer, avec à l’appui des  tentatives de regagner  les terres espagnoles,  qui se sont avérées vaines, c’est sur proposition de celui qui faisait office de « capitaine » de bateau, qu’ils ont  pris la résolution de retourner à Dakar.

Mais l’atterrissage se passe à Yarakh et non plus à Thiaroye.  Le jeune décrit encore avec beaucoup d’émotion les nombreux obstacles auxquelles ils se sont frottés : faim, soif, manque de sommeil, congruité…               

Le rêve se transforme en cauchemar
La mort a plus d’une fois étalé  son sinistre voile, remettant en cause l’ambiance de paix et d’espérance qui rythment l’existence à Thiaroye. Plusieurs  jeunes du quartier partis à l’aventure décèdent successivement, dans l’utopique rêve « Barça wala Barsak ». Le phénomène prend alors des proportions alarmantes. Face à l’ampleur des  pertes et à l’allongement de la liste des victimes, les populations dans un élan de détresse, se prennent en main. 

C’est ainsi qu’un collectif regroupant les mères des victimes est mis sur pied. Il plaide contre cette immigration dite clandestine, pleine de mauvaises tentations et de risques. Dans cet ordre, ces mères éplorées vont à leur tour sensibiliser des jeunes, qui seraient tentés par l’aventure,  de ne point s’engager.  Preuve à l’appui,  c’est souvent des photos des victimes qui sont brandies.

Sur une photo, un homme habillé en mauve,  « il n’avait que 24 ans, mais était plein de vie, courageux et déterminé, son unique objectif était de me mettre à l’abri de tout besoin», confie sa mère éplorée. 

Pour ceux qui ont survécu à cette aventure tentaculaire, l’heure est au regret. Des récits rapportés, viennent démontrer combien l’aventure était démesurée, folle à la limite. Que faire pour ceux qui ont perdu la vie? Il ne reste qu’à formuler des prières pour le repos de leur âme. Le désespoir de cette mère qui a perdu son enfant de 23 ans, les yeux stupéfaits, le regard abandonné de cette  épouse, qui malgré le temps qui passe garde intacte les séquelles de cette annonce,  venant confirmer le décès de son mari, traduisent l’ampleur des dégâts. « Modou n’était nullement animé par le désir de se rendre à l’occident. Je me rappelle une fois,  il m’avait autour d’une discussion fait part de sa désolation de voir ces jeunes hommes tenter une aventure en mer,  au péril de leur vie. Qui de surcroit, ne savaient même pas ce qu’ils allaient trouver là-bas », aimait-il à me répéter, confie  sa mère, qui n’en revient toujours pas de la perte de son fils bien aimé.    
                         
A qui revient la responsabilité?
Les populations que la misère et la pauvreté cantonnent  dans le quasi impossibilité de subvenir parfois à leurs besoins, les plus existentiels, se mettent à traverser la mer, au prix de leur vie. A  Thiaroye, l’espoir d’une vie meilleure avait en un moment  estompé toutes réflexions conduisant à mesurer à sa juste valeur, l’ampleur et la grandeur du risque pris, à travers cette aventure,  autant risquée qu’incertaine. Un blanc-seing  que s’est volontairement délivré une population jeune, à la quête d’un mieux vivre, à leur risque et périls.       

Complicité active ou laxisme ? «  Les passeurs étaient en tout état de cause clairement identifiés et connus de tous. Ils s’adonnaient dans la plus grande impunité à cette activité consistant à faire passer des jeunes à travers la mer »,  nous confie ce vieux d’un âge assez avancé. Ces jeunes ont versé leur argent à des passeurs souvent véreux,  sans foi ni loi, regrette-t-il.

« Le choix d'immigrer s'explique par l'angoisse, la peur de l'échec et le refus de la pauvreté. Dans cette perspective, quitter son pays devient une opportunité pour se réaliser mais aussi une quête individuelle, une affirmation de soi et une valorisation de sa personne », confie Barame Diagne un immigré établi en Italie. Le sieur qui informe s’être installé en Italie depuis 12 ans dit ne plus pouvoir tirer son épingle du jeu. « Le travail n’est plus à la portée de tous. Les rares qui parviennent à en trouver, peinent à honorer leurs charges. L’Europe n’est plus cet eldorado », laisse-t-il entendre. Dans le cas du Sénégal, l'immigration clandestine est un phénomène social réel qui n'est pas une pratique nouvelle. Elle s'est inscrite dans le temps, dans l'espace et a fini par laisser ses empreintes faites d’influences extérieures, au sein d’une population essentiellement jeune.

Des motivations purement économiques
Le désir de jeunes Sénégalais d'émigrer vers l'Europe découle de la situation de chômage et de sous-emploi qui contrastent avec les des opportunités que semblent offrir les pays d'accueil (fort en main-d’œuvre pour accompagner leur croissance économique et vieillissement de la population européenne.)

En guise d'exemple, au mois d'octobre 2009, «sur 300.000 Sénégalais, vivant en Italie, 250.000 étaient sans-papiers, selon les estimations officielles du ministère de l'Intérieur.» (Journal le Soleil 15 septembre 2010). «Barça ou barsak» a convoyé près de 30.000 personnes en Espagne dont plus d'un millier de jeunes de moins de 18 ans en 2006. Ces chiffres témoignent de l'ampleur et de la gravité de la situation. Beaucoup ont perdu leur vie et leur argent. Face à cette tragédie humaine sans précédent et contraint de trouver des solutions rapides et efficaces, le gouvernement sénégalais met alors en place le «le plan REVA» (Retour Vers l'agriculture). Ce plan est un programme spécifique pour lutter contre la migration. Il veut faciliter le maintien des jeunes dans leur pays. Saer Ndiaye, 37ans fait partie de ce lot d’individus, qui à l’époque avaient accepté de retourner au Sénégal, afin de bénéficier de terres et de financement, pour pouvoir mener son activité.

Aujourd’hui, il dit tirer son épingle du jeu. En effet, son champ situé à, Bayakh, lui permet de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille. Marié et père de trois enfants, il dit ne point se plaindre. « Selon la saison et les demandes du marché, je propose mes produits. Haricots, puma, poivre, choux… », confie-t-il. Il dit n’avoir rien à envier à ceux qui voyagent vers l’Europe parce qu’il subvient convenablement à ses besoins.

Dans cette même dynamique, d'autres initiatives ont été prises, surtout en matière d'information des populations et de prévention, sur les conséquences de cette pratique. Entre autres, différents média ont été utilisés, pour la sensibilisation des populations. Malgré les efforts consentis, la situation économique qui affecte le tissu social, accentue le chômage et met en péril l'avenir de beaucoup de jeunes en âge de travailler. Aussi, la crise économique, n'aide pas à l'amélioration des conditions de vie des populations. De plus, la pauvreté gagne les milieux urbains et provoque une psychose collective qui pousse les personnes à vivre dans un monde imaginaire, où l'espoir d’une vie meilleure se trouverait en Europe. Mais, à quel prix !

Elhadji Ibrahima THIAM

Difficile, mais possible
difficile possibleAu moment où des milliers d’Africains, à bord d’embarcations de fortune, bravent la mer méditerranée, au péril de leur vie, dans l’espoir de faire fortune en Europe, d’autres ont décidé de prendre leur destin en main et de rester sur le continent.

A l’image de l’huile de moteur noirâtre qui dégouline de sa tenue de travail, l’assurance coule en Babacar Diop. Assurance que c’est ici, dans son garage, que lui, le mécanicien, se construira une vie, un mieux-être. Il a son métier, il le pratique depuis une dizaine d’années et ça le nourrit bien lui et sa famille. Bref, il est épanoui. Son eldorado à lui, c’est ce petit local situé à la lisière des quartiers des Hlm Grand Yoff et Sicap-Foire. Quand on lui parle d’immigration clandestine, la réponse de ce presque quadragénaire tombe, courtoise et ferme : « Jamais au plus grand jamais je ne m’aventurerai à prendre des embarcations de fortune pour aller en Europe. J’ai trouvé ma voie et ça me réussit. Je ne vois aucune raison pour que j’abandonne mon métier pour un voyage hypothétique vers un avenir tout aussi incertain ».

Ces paroles pleines de sagesse, les 700 migrants africains qui, dernièrement, ont trouvé la mort entre les côtes libyennes et l’île de Lampedusa en Italie, n’en avaient peut-être pas. Comme des milliers d’autres migrants avant eux, ils ont bravé les rigueurs de la mer à bord d’embarcations de fortune et ont sombré au large. Certes, tous ces migrants ne logent pas à la même enseigne.

Certains ont fui leur pays pour échapper à une situation de guerre (Somalie) ou l’oppression d’un régime dictatorial (Erythrée), cependant, d’autres sont guidés par des logiques pécuniaires d’où l’appellation qu’on leur a donnée : « migrants économiques ».

Les victimes sénégalaises de cette tragédie (officiellement, aucun chiffre n’est encore avancé), font partie de cette catégorie. Si la plupart de ces aventuriers parviennent à poser pied à terre, peu d’entre eux, ont la chance d’aller au-delà des débarcadères.

En effet, selon les dernières estimations, plus de 11.000 migrants seraient parvenus à débarquer sur les côtes italiennes. Tous ont été parqués dans des centres de rétentions. D’aucun bénéficieront du statut de réfugiés politiques, tandis que d’autres seront renvoyés dans leur pays d’origine. Tout ça pour rien finalement.

Cependant, à l’image du mécanicien Babacar Diop, ils sont nombreux ces Sénégalais qui, pour rien au monde, ne prendraient le risque de traverser la Méditerranée à la recherche d’un avenir dont on ne sait de quoi il est fait. « L’Europe n’est plus cet Eldorado qu’on nous chantait. C’est devenu un mirage et, malheureusement, beaucoup de jeunes tombent dans le piège », regrette Malick Diaw, un tailleur. Avec tout l’argent que ces candidats à l’émigration clandestine déboursent, il estime qu’il y avait de quoi investir dans un petit projet.

En effet, au plus fort du phénomène de « Barça wala Barsax » (Barça ou à la mort), certains candidats versaient jusqu’à 2 millions de FCfa aux trafiquants. « C’est de l’argent jeté à la mer. A mon avis, quelqu’un qui a les moyens de débloquer autant d’argent, n’est pas pauvre », estime-t-il. Comme lui a su le faire, il invite ses jeunes compatriotes à croire en leur étoile pour aller au-devant des projets, vaincre les obstacles et atteindre leurs objectifs. « Nous les jeunes, notre problème, c’est qu’on a peur d’entreprendre, d’investir dans notre pays. Il faut que nous ayons confiance en nous et nous donner les moyens de notre réussite ici dans notre pays », martèle ce jeune tailleur. Très tôt, Malick a pris son destin en main. D’un petit atelier de couture où trônaient deux machines à coudre, aujourd’hui, il en est à sept machines dans un local beaucoup plus spacieux au marché Grand-Yoff.

Entreprendre
Revenir au pays et entreprendre, c’est ce qu’a fait Papa Bakary Coly. Et bien lui en a pris. Ce prospère jeune aviculteur dont la ferme se trouve à Bambilor, est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs de poulets de cette zone. Rien que l’année dernière, il a fait une production de 24.000 poulets de chair et 3,4 millions d’œufs. Et dire que ce membre du Collège des jeunes du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) et de la Fédération des aviculteurs du Sénégal a failli ne jamais connaître ce succès. En 2006, « sur un coup de folie », comme il le dit, il embarque pour l’Europe. Deux ans en Italie et un Espagne.

Mais très, vite, il se rend compte que le vieux continent « n’est pas un eldorado ». En 2009, Papa Bakary Coly revient au bercail et retrouve ses premières amours, l’aviculture, et le succès que l’on connaît. « J’étais parti parce que je voyais les gens partir. A mes jeunes compatriotes, je dis qu’il faut avoir la patience et être plus ambitieux. Ce qu’on gagne en Europe, on peut gagner autant ou plus si on fait le même effort ici au Sénégal », conseille ce jeune père de famille qui, avec une mise de 125.000 FCfa au départ, est devenu un entrepreneur prospère.

Médoune Seck, lui, avait tenté une fois le périlleux voyage par la mer. C’était en 2009. Aujourd’hui, c’est avec un brin de regret qu’il raconte cette aventure dans laquelle « il aurait pu laisser sa vie ». Cet échec, il le considère comme une seconde chance pour bien profiter de la vie parce que des destins brisés sur les vagues de la mer et à jamais immergés dans les abysses de la Méditerranée, ce vendeur de fripes en a vus et entendus. « Pour avoir échappé à cette tragédie, je ne conseillerai personne de tenter l’aventure européenne par la mer et sur des embarcations de fortune. J’ai passé plusieurs mois au Maroc dans l’espoir d’embarquer vers l’Espagne, en vain.

Finalement, j’ai décidé de revenir au Sénégal car la plupart de ceux qui étaient partis devant moi, ne sont jamais arrivés à bon port », confie-t-il. Depuis, il a retrouvé son petit commerce grâce auquel il avait pu faire assez d’économies à l’époque.

Aujourd’hui, il s’est reconstitué à nouveau un bon capital et mène une vie épanouie de père de famille. « Grâce à Dieu je me suis remis de cette histoire. J’ai maintenant une femme et un enfant et pour rien au monde je ne les abandonnerai pour un voyage aussi risqué. Si je dois aller immigrer, ce sera par voie légale », assure Médoune.

Mirage
Si on ne peut pas reprocher à ces jeunes qui bravent la mer de chercher le mieux-être, cependant la manière de le faire n’agrée pas tout le monde. Pour Hamidou Mbaye, Chargé de Communication à la Direction de la Planification et de la vie environnementale du Ministère de l’Environnement et du Développement durable, « c’est du suicide ».

D’autant plus que, fait-il remarquer, « les pays les plus concernés par cette immigration clandestine à savoir l’Italie et l’Espagne sont en crise et vivent des problèmes aussi graves que nous ».

Au-delà des causes économiques, sociales et culturelles, M. Mbaye pense que c’est la conception que les Africains ont vis-à-vis de l’Europe et des pays du nord comme eldorado qui explique en partie cette tragédie. « Le mieux-être on peut le trouver ici. Parce que l’Afrique, dans sa globalité, reste le continent de l’avenir du point de vue des ressources naturelles, de ses potentialités humaines, intellectuelles et économiques. Il faut, du point de vue psychologique et sociologique, faire comprendre à cette jeunesse que l’avenir est là, qu’on peut rester ici et réussir notamment dans le domaine de l’agriculture », argue-t-il. A ce propos, il invite le gouvernement à davantage communiquer sur les différentes politiques agricoles qu’il est en train de mettre en œuvre pour que la jeunesse se les approprie et s’y engage. Son collègue du même ministère, Baye Salla Mar, fait chorus.

Il trouve paradoxal qu’au moment où la Chine, l’Union européenne voire les Etats-Unis se battent pour se positionner en Afrique, des jeunes prennent le chemin inverse. « L’avenir du monde se trouve en Afrique. Ce n’est pas pour rien que les pays occidentaux se ruent dans ce continent. Dans cette bataille de positionnement, il ne faut pas que nous, jeunes, soyons en marge. Restons ici, saisissons notre chance et prenons des initiatives », insiste M. Mar.

Elhadji Ibrahima THIAM

Pr Pape Demba Fall, Chercheur a l’Ifan, chef du Département de Sciences humaines de l’Ifan, spécialistes des questions migratoires : « 75 % des jeunes de 18 à 35 ans veulent quitter le Sénégal »

demba fallDepuis plus de 20 ans, le Pr Pape Demba Fall s’intéresse sur le fait migratoire. Ses nombreuses publications sur la question font autorité. Dans cet entretien, il fait une analyse profonde du phénomène de l’immigration clandestine.

Pr Fall, ces derniers temps, la question de l’immigration clandestine a refait surface avec la mort de centaines de migrants en mer. Vous, depuis plus de deux décennies, vous vous intéressez à la question migratoire en générale. Pourquoi ?
Quand je suis venu à l’université, la question de la migration, à mon sens, n’avait pas été assez documentée. Et pourtant c’était un phénomène qui se précisait et qui est connu au Sénégal depuis très longtemps lorsque les gens ont étudié ce qu’on a appelé les Francenabés c’est-à-dire ces gens, Halpulaar, Soninké, Mandjack, qui allaient travailler en France. Il existait une littérature et des travaux remarquables sur la question de la migration mais il n’y avait pas une contextualisation. Il fallait relire les questions migratoires à l’aune de l’évolution de la société sénégalaise. Et il m’a semblé important de noter que le fait migratoire est une grille de lecture pertinente de la société sénégalaise. En réalité, toutes les évolutions qui se dessinent dans la société sénégalaise peuvent être interprétées, analysées à l’aune de la question migratoire. C’est-à-dire comment la migration influe sur la société aussi bien d’accueil que de départ que ce soit en termes d’apport économique, d’apport culturel etc.

Pensez-vous que cette approche de la question migratoire ait été bien mise en avant pour expliquer ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène de l’immigration clandestine ?
Evidemment, tout dépend de l’angle sous lequel on aborde cette question de migration. La migration, que ce soit chez les animaux, chez les oiseaux, chez les hommes, a un but principal : c’est de rétablir les grands équilibres. La migration s’inscrit dans un processus d’accès aux ressources. Que ce soit les animaux, que ce soit les hommes, ils ont tous besoin d’accéder à des ressources dans une dynamique de complémentarité des zones neutres et des écosystèmes. En réalité, le fait migratoire a toujours fonctionné sur la base des besoins que pouvait exprimer une région par rapport à une autre région. Pour mieux saisir cette réalité, il faut mettre en face les deux zones. On ne peut pas étudier la question migratoire en restant que d’un côté du mouvement, il faut associer les deux mouvements. Regarder du côté des zones de départ et des zones d’arrivée. L’évolution environnementale par exemple a beaucoup influé sur l’organisation de la migration.

Comment peut-on comprendre qu’une volonté d’accéder aux ressources puisse tant animer des hommes au point de les amener à mettre leur vie en péril ?
Quelques explications s’imposent. La migration est une stratégie, comme d’autres, d’accès aux ressources. Il y a plusieurs modes, plusieurs techniques qui sont déployées pour pouvoir accéder à certains besoins. Ce qui se passe aujourd’hui, en réalité, dans nos sociétés, c’est que ces faits de migration ne sont pas nouveaux. Que les gens partent vers d’autres cieux par la mer, par le désert, c’est très ancien comme pratique. Les migrants des années 1970 par exemple sont partis du Fouta en passant par le Mali, le Tchad, l’Algérie, le Maroc, avant d’arriver en France. Ils se sont installés dans ce pays, ont travaillé là-bas et ont pris leur retraite. Cela étant, ces gens qui partent au péril de leur vie, sont suffisamment avisés pour savoir qu’il y a un risque important.

Mais, moi, mon explication de cette situation c’est que les jeunes préféreront de loin la mort physique à la mort sociale. Le défi qu’il faut relever, c’est le défi de l’accès aux ressources. Tant que les communautés ou les jeunes mettent toujours en avant la notion de « Tekki », le problème va se poser. Les jeunes n’accepteront pas d’être des individus insignifiants entretenus par leurs parents. C’est une situation parmi tant d’autres qui peuvent conduire à cela. Je ne parlerai pas de suicide parce que les gens qui partent gardent toujours l’espoir qu’ils vont y arriver et ils sont convaincus qu’ils vont y arriver. Ces jeunes qui partent par la mer, quand on les interroge, ils sont convaincus que partir est une solution. La seule faille qu’il y a, c’est qu’ils ignorent les localisations géographiques où ils veulent aller. Ils n’ont aucune notion sur ce que c’est les Îles Canaries, l’Espagne, etc. Les candidats à l’immigration pensent qu’il faut dépasser un peu la Mauritanie pour être en Europe. Ces éléments jouent en leur défaveur.

Certes, comme vous dites, ces candidats à l’immigration clandestine sont suffisamment avisés des risques qu’ils prennent en empruntant des embarcations de fortune mais sont-ils assez sensibilisés sur la crise qui sévit en Europe et qui fait que ce continent n’est plus cet eldorado ?
Là aussi c’est un gros débat parce que, j’ai l’habitude de le dire, les migrants que nous interrogeons ne nous disent pas tout. Mais les migrants ont aussi emmagasiné des informations qui peuvent venir de sources fiables et de sources qui ne le sont pas. Tous ceux qui aspirent à partir ne retiennent de l’Europe que ce que nous voyons à la télévision. Parce qu’il y a une autre dimension qui est tout autant importante que la dimension stratégie de survie : c’est la volonté de découvrir quelque chose de nouveau. Cet élément n’est pas suffisamment pris en compte.

Il y a des gens qui veulent partir parce qu’ils ont une soif d’évasion, une soif de découverte. Mais ces jeunes sont en même temps convaincus que les gens qui sont en Europe, tout au moins, arrivent à réaliser des choses qu’eux ne peuvent pas réaliser en restant au Sénégal. Donc ils se disent, tant qu’à faire, il vaut mieux essayer.

C’est toujours dans l’esprit d’entreprise et ils vous disent qu’ils veulent aider leurs parents, épouser demain la femme qu’ils aiment etc. Et la migration est une solution pour eux. Et contrairement à ce que l’on pense, parfois, les familles soutiennent ces projets-là. Ces éléments culturels, il faut les mettre dans la balance.

L’argent dépensé pour ce périlleux voyage ne peut-il pas être investi dans un petit projet ?
Nous avons mené l’année dernière une grande enquête qui a duré quatre ans. Il ressort des questions posées à la population-cible de 18-39 que 3/4 donc 75 % au moins des jeunes de cette tranche d’âge auraient quitté le Sénégal s’ils en avaient la possibilité au cours des cinq prochaines années. On le voit, l’ampleur de l’aspiration migratoire est énorme. On a comme le sentiment que tous les jeunes veulent partir. Et ils veulent partir parce qu’ils sont en face de situations où l’incertitude plane. Leur avenir les inquiète et c’est redondant. Ceux qui arrivent en Europe découvrent la réalité mais en même temps, ils ne renoncent pas parce qu’ils pensent qu’il faut rester là-bas et se battre. Les familles ne sont pas exemptes de tout reproche. L’argent investi dans ce voyage, souvent, ce sont les économies de la famille. Et l’échec dans un départ constitue une ruine pour la famille.

Entretien réalisé par
Elhadji Ibrahima THIAM

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 14:24

Une enquête a été ouverte aux Etats-Unis après le premier accident mortel impliquant un véhicule en mode automatique...

Statistiquement, cela devait finir par arriver. Un conducteur a pour la première fois été tué, le 7 mai dernier, alors que sa Tesla S était à 100 % contrôlée par la machine via la fonction Autopilot. L’enquête ouverte par les autorités américaines devra déterminer qui est en faute : le défunt (qui aurait dû être prêt à reprendre un contrôle manuel), Tesla (si ses capteurs ont été mal conçus) ou le chauffeur du semi-remorque impliqué dans le crash (s’il a tourné avec un timing dangereux). Mais en attendant d’avoir la réponse, la technologie au cœur des voitures autonomes, qui espèrent se démocratiser sur les routes d’ici 2020, va être surveillée de très près.

Le 7 mai, Joshua Brown, un Américain de 40 ans qui se filmait régulièrement au volant de sa Tesla, active le mode Autopilot sur une route de l’Ohio. Sur cette sorte de route nationale, un semi-remorque arrive en sens inverse et utilise la voie centrale pour tourner à gauche. Au lieu de freiner, la Tesla « est passée sous la remorque [qui était perpendiculaire] et son toit a été arraché. Le conducteur est mort sur les lieux du drame », indique le rapport de la police. Un lecteur de DVD portable a été retrouvé dans la voiture, selon la police. Le chauffeur du camion a affirmé à AP que le conducteur de la Tesla regardait Harry Potter. Et la voiture ? Selon Tesla, l’Autopilote « n’a pas détecté le côté blanc du camion » alors que le ciel en arrière-plan était « très brillant ». Le système de Tesla semble avoir cru que la route était dégagée entre les roues du camion, sans réaliser qu’il y avait un problème au-dessus. Selon un tweet d’Elon Musk, il semble que le radar ait confondu la remorque avec le genre de panneau suspendu au-dessus de l’autoroute.

Par le surfeur

Amendes

04 Juil 2016
487 times

Une journaliste de la télévision publique danoise est entendue devant un tribunal danois depuis la semaine dernière. Sa faute ? Dans le cadre de l'émission de défense des consommateurs « Kontant » en 2004, la journaliste avait versé du shampooing antipelliculaire dans un aquarium pour démontrer les résultats d'une étude selon laquelle le principe actif de ce produit serait tellement toxique qu'il pourrait tuer des poissons. Effectivement, quatre jours plus tard, 11 des 12 poissons étaient morts. Un vétérinaire qui avait vu la scène à la télévision avait, à l'époque, porté plainte contre la journaliste pour avoir fait souffrir les animaux. Elle risque aujourd’hui deux amendes de 1.340 euros.

Si le Danemark était le Sénégal, il n’y aurait pas assez de prison pour accueillir les assassins d’animaux que nous sommes. L’Etat, non plus, ne serait jamais en butte à des tensions de trésorerie. Rien que pour la Tabaski, si chaque père de famille devait casquer pour payer une amende, même en Cfa, pour avoir égorgé un mouton, le ministre de l’Economie danserait le « déplacement latéral ».

Par Sidy DIOP

« Etodié », « thiébou diola » ou encore « kaldou »…, ces trois mets sont des plats typiquement diolas. Mais aujourd’hui, à cause de leur originalité et de leur richesse, ces plats de l’art culinaire diola sont adoptés par l’ensemble des Sénégalais. La particularité de ces mets est qu’ils sont tous accompagnés par le fameux « niankatang » ou riz blanc.

L’« étodié »
kaldouL’ « étodié » est préparé avec des feuilles de manioc, de plantes aquatiques rampantes, et des feuilles du Casia Tora plus connu sous le nom de « Ekangouley ». Ces feuilles sont cuites soit avec l’arachide, de l’huile de palme, ou encore des presses de régimes de palme. Le cuisinier ne pourra pas s’en passer des poissons et un peu de sel. La préparation est simple. Elle ne prend pas beaucoup de temps et ne nécessite pas beaucoup de condiments. Pour la préparation proprement dite, il s’agit tout d’abord d’avoir en même temps de l’eau et de la pâte de feuilles de manioc dans une marmite qu’on surveillera soigneusement sur le feu avant de verser ce mélange de pâte d’arachide avec des feuilles, ou encore la combinaison entre l’huile de palme et des feuilles. L’« étodié » présente plusieurs avantages du fait qu’il n’est pas chargé en graisse.

Aussi, sa digestion se fait facilement. Et étant donné qu’il est préparé à base de feuilles de manioc, il est utile pour lutter contre l’anémie et les vertiges.

« Thiébou diola »
La préparation de ce menu passe par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit de préparer une confiture à base d’oseille verte ou « beguedj ». Sur un fourneau, il faut poser une marmite avec couvercle et mettre dedans l'oseille déjà lavée. Il ne faut surtout pas les égoutter, car on utilise cette eau pour la cuisson. Des gombos seront par la suite plongés. Si les feuilles s'écrasent facilement aux doigts, versez le tout dans le mortier qui a servi à piler le « nététou » ou un bocal propre avec le pilon ou une fourchette bien remuer pour bien les écraser.

L’étape suivante, c’est le malaxage du piment sec, du poivre, de l’ail, du « kani » salade, du persil chinois et du persil Sénégal et du gingembre. Il faut enduire ce « nokoss » à l'intérieur comme à l'extérieur, puis en garder un peu pour l'après cuisson. L’étape finale, c’est la préparation du riz blanc et la sauce d’oignons.

Le « Kaldou »
kaldou 1Pour préparer ce plat, il faut disposer du riz, du sel, du poivre, du piment en poudre, de deux gousses d’ail,  deux bouillons en cube, de quatre gombos, d’un piment frais, d’une citrouille ou « diakhatou », d’un morceau de poisson fumé ou « guédji », de quatre oignons, de l’huile, du citron et d’un gros poisson (1 kg environ) et d’un demi poivron vert. La première étape consiste à cuire le riz blanc, ensuite suivra la préparation de la sauce de l’oignon.

Pendant ce temps, l’huile bouille dans la marmite. Le cuisinier y plongera des tranches d’oignons, 5 mn sont nécessaires pour cette étape. Le cuisinier remuera de temps en temps. Il faut ajouter une pincée de sel, de piment et de poivre, puis verser le jus d’un citron, les deux bouillons cube et l’ail mixé. Il faut remuer avant d’ajouter des aubergines, des gombos, du piment frais et le poisson fumé et du poisson frais à cuire. L’oseille complète les condiments.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 04 juillet 2016 12:45

Comme les Sérères et leur pangol, les Diolas ont un lien viscéral avec leur grenier. Celui-ci n’est pas uniquement une chambre pour garder le riz récolté plusieurs années durant et qui sert à la consommation. Mais le fait de remplir le grenier est une chose, une autre est de le garder à l’œil des étrangers qui ne doivent en aucun cas le voir. C’est une question d’honneur pour les Diolas. « Un Diola ne va jamais vous montrer son grenier, s’il le fait c’est comme s’il vous montrait ses fesses », confesse Salif Badji, un habitant d’Affiniam.

ans le subconscient des Diolas, visiter le grenier d’autrui, c’est se rendre compte de sa situation sociale et de savoir s’il est riche ou pauvre. C’est ce qui explique ce choix de garder jalousement fermé le grenier à toute personne qui n’est pas de la famille.

Outre cet aspect, il n’est pas rare de voir dans certains greniers du riz datant de plusieurs décennies. Salif Badji détient dans sa maison un riz vieux d’une quarantaine d’années. Pour lui, ce riz était récolté par ses frères avant que sa maman ne soit l’épouse de son père. C’est pourquoi ce riz est gardé intact et ne peut être utilisé par lui ou aucun de ses enfants. Ce vieux riz est toutefois utilisé par les Diolas dans les rituels et dans les périodes de circoncision.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Un cœur en bon état bat normalement au rythme de 60 à 100 pulsations à la minute, de manière régulière. Il est aussi normal que le rythme cardiaque s’accélère en réponse à un effort physique ou en cas de dérèglement de la glande thyroïde, par exemple.

Une arythmie cardiaque se produit lorsque le cœur bat irrégulièrement ou s’il bat à moins de 60 pulsations ou plus de 100 pulsations à la minute, sans que cela soit justifié.

L’arythmie est le trouble cardiaque le plus fréquent. Dans un cœur arythmique, les impulsions électriques qui contrôlent les battements du cœur se produisent de façon désordonnée ou ne passent pas par les circuits électriques habituels.

La durée d’une arythmie varie beaucoup d’un individu à l’autre et dépend aussi du type d’arythmie.

Remarque. Il existe une multitude de formes d’arythmie, et toutes ne sont pas décrites dans cette fiche.

Les arythmies sont classées selon le lieu où elles prennent naissance, l’oreillette ou le ventricule et selon l’effet qu’elles produisent, soit l’accélération ou le ralentissement des battements du cœur. Les tachycardies correspondent à une augmentation du rythme cardiaque, les bradycardies à une diminution.

Tachycardies
Il y a tachycardie lorsque le cœur bat à un rythme supérieur à 100 pulsations à la minute.

Certaines tachycardies surviennent aux oreillettes. Les formes les plus courantes sont les suivantes :
Fibrillation auriculaire. Elle est le type le plus fréquent d’arythmie. Elle se manifeste le plus souvent après 60 ans, chez les gens qui souffrent d’hypertension ou d’un trouble cardiaque. Elle est habituellement due à l’usure du tissu conducteur du cœur. Jusqu’à 10 % des personnes de 80 ans et plus en souffrent. Les périodes de fibrillation auriculaire peuvent durer de quelques minutes à quelques heures. Souvent, la fibrillation est même permanente. Une oreillette en fibrillation peut se contracter au rythme de 350 à 600 fois par minute (heureusement, les ventricules ne battent pas aussi rapidement car une partie de ces impulsions désordonnées est bloquée en cours de route). Ce type d’arythmie peut s’avérer dangereux. Le sang ne circule plus adéquatement.

S’il stagne dans l’oreillette, un caillot sanguin peut se former, migrer au cerveau et risquer de provoquer un accident vasculaire cérébral;
Flutter auriculaire. Ce type d’arythmie s’apparente à la fibrillation auriculaire, bien que les battements cardiaques soient plus structurés et un peu moins rapides dans ce cas, à environ 300 la minute;

Tachycardie supraventriculaire. Il en existe plusieurs formes. Elle provoque en général de 160 à 200 contractions par minute et peut durer de quelques minutes à quelques heures. Elle survient davantage chez les jeunes et ne met généralement pas la vie en danger. La plus fréquente est la tachycardie supraventriculaire paroxystique ou maladie de Bouveret (une sorte de court-circuit se crée et stimule les ventricules de façon très rapide et régulière). Le syndrome de Wolff-Parkinson-White en est une autre forme. Il survient lorsque des impulsions électriques passent de l’oreillette au ventricule sans transiter par le nœud auriculo-ventriculaire;

• Tachycardie sinusale. Elle se caractérise par une augmentation du rythme cardiaque au-delà de 100 battements par minute. La tachycardie sinusale est normale dans un cœur sain après un effort physique, en cas de déshydratation, de stress, de consommation de stimulants (café, alcool, nicotine, etc.) ou de certains traitements médicamenteux. Il arrive toutefois qu’elle soit le signe d’un problème de santé majeur au cœur, comme une embolie pulmonaire ou une insuffisance cardiaque;

Extrasystole auriculaire. Une extrasystole est une contraction prématurée du cœur, généralement suivie d’une pause plus longue que la normale. L’extrasystole se glisse parfois entre les pulsations normales, sans altérer leur succession. Il est normal d’en avoir quelques-unes par jour. Avec l’âge, elles sont plus fréquentes, mais demeurent souvent inoffensives. Cependant, elles peuvent être causées par un problème de santé (cardiaque ou autre). L’extrasystole auriculaire prend naissance dans l’oreillette, tandis que l’extrasystole ventriculaire (voir plus bas) provient des ventricules.

D’autres tachycardies surviennent dans les ventricules, c’est-à-dire dans les cavités inférieures du cœur:
Tachycardie ventriculaire. Il s’agit d’un battement régulier, mais très rapide des ventricules, allant de 120 à 250 contractions par minute. Elle survient souvent au site d’une cicatrice laissée par une intervention chirurgicale précédente ou de faiblesses dues à des maladies cardiaques. Lorsque les périodes durent plusieurs minutes, ils peuvent dégénérer en fibrillation ventriculaire et nécessiter une intervention d’urgence;

• Fibrillation ventriculaire. Ces contractions rapides et désorganisées des ventricules cardiaques constituent une urgence médicale. Le cœur n’arrive plus à pomper et le sang ne circule plus. La plupart des personnes perdent immédiatement connaissance et requièrent une assistance médicale immédiate, dont la réanimation cardiorespiratoire. Le rythme cardiaque doit être rétabli avec un défibrillateur, sinon la personne meurt en quelques minutes;

Syndrome du QT long. Ce problème fait référence à la longueur de l’espace QT sur un électrocardiogramme (ECG), soit le temps entre la charge et la décharge électrique des ventricules. Il est souvent causé par un trouble génétique ou une malformation congénitale du cœur. En outre, les effets secondaires de plusieurs médicaments peuvent entraîner ce syndrome. Il provoque des battements accélérés et irréguliers du cœur. Il peut mener à la perte de connaissance et même provoquer une mort subite;

Extrasystole ventriculaire. Une contraction prématurée peut survenir dans les ventricules. L’extrasystole ventriculaire est plus fréquente que celle d’origine auriculaire. Comme pour l’extrasystole auriculaire, elle peut être anodine dans un cœur sain. Il est cependant nécessaire d’explorer plus loin lorsqu’elle est très fréquente.

Bradycardies
Il y a bradycardie lorsque le sang circule à moins de 60 battements de cœur la minute. Un rythme cardiaque plus lent que la normale ne met pas nécessairement la vie en danger. Il peut même être le signe d’une excellente santé du cœur. Certains athlètes, par exemple, ont une fréquence cardiaque au repos de 40 battements par minute et ont une forme physique remarquable.

Par contre, dans les cas où le cœur n’arrive pas à alimenter adéquatement les organes en oxygène, on parle de bradycardie symptomatique. Les formes suivantes sont les plus courantes :
• Dysfonctionnement du nœud sino-auriculaire. Cela cause généralement un battement cardiaque inférieur à 50 la minute. La cause la plus courante est un tissu cicatriciel qui perturbe ou remplace le nœud sino-auriculaire;

• Bloc auriculo-ventriculaire. Ce défaut de transmission de l'influx électrique (ralentissement, interruptions occasionnelles ou interruption complète) entre les oreillettes et les ventricules cause un ralentissement des battements du cœur.

Causes
Les causes de l’arythmie cardiaque sont multiples et incluent les suivantes :
• Vieillissement normal;
• Stress;
• Abus de tabac, d'alcool, de café ou tout autre excitant; consommation de cocaïne;
• Déshydratation;
• Artériosclérose et athérosclérose;
• Prise de certains médicaments;
• Broncho-pneumopathies (problèmes de l'appareil respiratoire);
• Embolie pulmonaire;
• Insuffisance coronarienne conduisant à un défaut d'oxygénation du tissu cardiaque.

Complications possibles
Certains types d’arythmie augmentent les risques de complications telles que :
• un accident vasculaire cérébral (AVC);
• une insuffisance cardiaque;
• une perte de connaissance (rarement, certains types d’arythmie seulement).

Quand consulter un médecin?
Contactez les services d’urgence sans tarder si vous ressentez des symptômes comme des palpitations, une douleur à la poitrine ou un manque de souffle, de façon inattendue et inexpliquée.

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, de Londres ou de New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart sont rentrés au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe. Dans la cour, à l’ombre de palmiers, un joli bar en fer forgé de l’artisan sénégalais feu Baay Xaaly Sène est devenu l’un des lieux de rendez-vous branchés de Lagos. Les tables, les chaises et les trônes en tissus tressés aux couleurs vives réalisés par des artistes togolais et maliens sont à vendre, « prix sur demande ».

Reni Folawiyo les a dénichés sur les marchés ou dans les ateliers d’artisans qu’elle a repérés au cours de ses nombreux voyages sur le continent. Avec un faible pour le Sénégal, où elle se dit fascinée par une « créativité brute et purement africaine » qui fait fi des influences occidentales. Elle aime à glaner des produits et créations sur les marchés d’Afrique qu’elle met ensuite en valeur chez Alara, avec le même soin qu’un produit de luxe. Face au bar, il y a le restaurant aux murs ornés de photo d’art, Nok by Alara, qui ne désemplit pas. Reni Folawiyo a confié la carte au célèbre chef sénégalais établi à New York, Pierre Thiam.

Reni Folawiyo fait figure d’exception, un « ovni » culturel et entrepreneurial, comme elle dit. Elle aménage un espace pour recevoir des artistes en résidence, prépare le lancement en septembre d’un site de vente en ligne pour satisfaire des clients africains jaloux qu’Alara ne soit présent qu’à Lagos. Et elle songe à créer un autre concept-store à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire qui a enregistré une croissance de 10,3 % en 2015. Mais Reni Folawiyo ne se soucie guère des tendances économiques qui n’affectent pas vraiment sa clientèle.

Source : Le monde

Aimer à plusieurs est-elle une manière d’être fidèle ? Dans un pays où la « niarel » (seconde épouse) est la règle, quelques résistants assument leur option pour la monogamie. Les raisons de ce choix sont nombreuses. Mais la constance est la condition économique surtout en ville. Cependant, n’est-il pas contradictoire de demander aux hommes d'être monogames et fidèles ?

Sortir avec ses deux garçons la nuit est devenu une habitude chez lui. Le plus petit contre la poitrine, l’autre pris par la main, il marche suivant le rythme du second enfant. Ibrahima Guèye est agent immobilier et marié à une seule femme. Celle-ci travaille jusqu’à tard dans la soirée. « Je pars chercher un peu de couscous et du lait à donner aux petit en attendant l’arrivée de leur mère qui doit apporter le dîner », informe M. Guèye.

C’est le même rythme au matin. « Leur maman descend tard et est crevée au petit matin. Comme je me lève tôt pour la prière de l’aube, je me charge du bain et du petit déjeuner du plus grand enfant qui va à l’école », confie-t-il.

A cinquante-trois ans, Iba, comme l’appelle affectueusement ses proches, avoue qu’il n’envisage pas d’épouser une seconde femme car il ne veut pas détruire l’équilibre qu’il a créé. Ce choix est-il une conséquence de la jeunesse de sa femme ou de son niveau d’instruction ? Non ! répond-il. Aucun des deux ! « Peut-être, je suis né d’une famille monogame. Pourquoi, l’idée de prendre une seconde femme ne m’a jamais traversé l’esprit », suppose-t-il. A trente ans, sa femme à qui on donnerait un âge moins avancé, refuse de donner des détails sur sa profession ni le régime matrimonial de leur couple. En croire à son mari, dans leur acte de mariage figure bien le régime polygame. A cet arrêt des lignes 58 et 38 à Sham, il s’apprête à monter dans le véhicule où il est lisiblement inscrit Sham-Fass Mbao. Interpellé, il esquisse un sourire avant de prendre place. Le bus partira quinze minutes après celui qui vient de prendre le départ. Aliou Ndiaye est un agent dans une banque de la place. Ce quadragénaire est aussi marié à une femme. Pas même un petit bout de bois de Dieu après six ans de mariage. Son hostilité envers la polygamie est claire.

« Polygamie madame ! Merci. Vous êtes des sujets à problèmes, une seule suffit », réagit-il. De quoi a-t-il peur ? Son souci est plus accentué sur les querelles familiales. « Au Sénégal, si vous voulez mourir tôt, épousez plus d’une femme. Elles vont vous donner à "manger" et à "boire". Mais, elles vous rendent la vie impossible à cause de leurs querelles inutiles. Et le plus dangereux, c’est qu’elles vont les prolonger en une bataille mystique qui n’épargnera ni le mari ni les enfants », se désole M. Ndiaye.

Cependant, pour certains, le problème de la monogamie c’est le risque d’infidélité. Ils convoquent en l’ignorant même l'effet Westermarck, c'est-à-dire le manque d'attrait pour le familier. Selon cette approche biologique, la monogamie est problématique pour les hommes jeunes, en raison de la perte du désir sexuel pour les partenaires de longue date ou anciens, et l'attrait pour de nouveaux partenaires.

Lamine Lô est vendeur d’objets d’art au village artisanal de Pikine. Habitant Keur Samba Kane dans la région de Diourbel, il épouse une seconde pour ne pas être infidèle à sa femme. « De Keur Samba à mon lieu d’habitation, Pikine, c’est des kilomètres. Je ne peux pas m’y rendre régulièrement. Donc, il me faut une seconde pour ne pas se livrer à la débauche », justifie M. Lô. D’autres hommes hésitent à s'engager dans une relation monogame parce que ce régime est considéré comme un désert sexuel.

Pourquoi s'embarquent-ils dans une relation monogame s’exposant à l’infidélité alors qu’ils peuvent trouver autant de relations sexuelles ? C’est ce que le Professeur Amadou Ali Dieng, sociologue, appelait à tort ou à raison la « transhumance sexuelle ». A la recherche peut-être de la bonne prairie. Par ailleurs, quelles que soient les raisons données, la situation économique qui rend difficile les conditions de vie est une constante, surtout en milieu urbain. En ville, un enfant est un bien à consommation, c'est-dire un sujet à nourrir. Alors qu’en milieu rural un enfant est un bien à production, car il participe aux activités agricoles. Ce qui fait que la polygamie y est assez importante car étant un facteur de production agricole.

Par Marame Coumba SECK

Le riz reste une denrée à multiples usages au royaume Bandiale. Pour les familles, c’est un honneur d’en disposer en abondance et de le montrer, en signe de richesse dans certains rituels. Mais la céréale la plus cultivée au monde a également un rôle dans la cohésion sociale et donne lieu à plusieurs festivités avant et après les récoltes.

C’est avec un brin de fierté qu’Auguste Tendeng, un septuagénaire de Séléky, un village non loin d’Enampore, ouvre son grenier pour en sortir deux échantillons de riz paddy. L’un de couleur jaune provient de la récolte de l’année dernière. L’autre par contre noirâtre et quelque peu envahi par les insectes est un riz qui date de plus de 5 décennies. Ce dernier échantillon est conservé jalousement par le vieil homme parce qu’étant un héritage de son propre père qui est mort à l’âge de 70 ans. « Je ne peux même pas vous dire depuis combien de temps ce riz est dans ce grenier, mais ce qui est sûr, c’est que c’est l’une des récoltes de mon père qui a vécu dans cette maison trente années durant avant sa mort », affirme Auguste en remuant la tête. A Séléky, comme dans tous les autres villages du royaume Bandiale, cette presqu’île située à une quinzaine de kilomètres de Ziguinchor, la conservation du riz reste une vieille tradition à laquelle tous les habitants sont attachés. Dans les 19 villages de la commune d’Enampore et partout sur le territoire diola de la Basse-Casamance, il n’est pas étonnant de voir du riz datant de plusieurs années et toujours conservé dans les greniers.

Le riz de 1948
Ils sont d’ailleurs les seuls à détenir le secret du système de conservation permettant au riz de résister au temps. Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampore, confie qu’en 2008, lors de la réfection de leur maison, lui et ses frères ont été surpris de découvrir un riz conservé depuis 1948. De telles anecdotes sont nombreuses dans cette partie de la région naturelle de la Casamance.

En plus d’être la principale denrée de consommation, le riz joue un important rôle social en milieu diola. « La richesse chez-nous, confie Idrissa Manga, c’est le bétail et le riz ». Ce qui explique pourquoi certaines familles diolas n’acceptent pas d’ouvrir leurs greniers à n’importe qui, de peur de faire étalage soit de leur richesse, soit de leur pauvreté. « On dit chez nous qu’on ne peut pas montrer son ventre à un étranger », confie Richard Diémé, un habitant de Badiatte, le premier village du royaume Bandiale en provenance de Brin. C’est donc un honneur pour chaque famille non seulement de bien entretenir sa rizière, mais aussi de pouvoir produire une importante quantité à la fin des récoltes. A cet effet, le travail des femmes se fait en grande partie dans les rizières où elles se rendent tôt le matin pour repiquer le riz dans un rythme endiablé ponctué de chants et d’incantations. Ce travail fastidieux peut leur prendre une journée entière.

L’attachement obsessionnel à une céréale
Seulement ces travaux dans les rizières sont souvent précédés par des séances de prières et donnent lieu à des festivités décrétées par le roi. Avant l’hivernage, c’est tout le royaume Bandiale qui commémore le « Garoumo », une fête de réjouissances qui permet de réconforter les hommes et les femmes avant leur départ dans les champs. A la fin des récoltes également, une autre fête, le « Outeuss », est organisée.

Outre sa consommation, le riz est réservé à un usage noble. En vendre ou en acheter est considéré comme un signe de misère alors qu’en distribuer aux autres sous forme de dons équivaut à élargir les bases des relations sociales. « Il y a quelques années, c’est une honte pour le Diola d’aller acheter du riz et même s’il le fait, il attend la nuit tombée pour l’acheminer chez lui. Au cas contraire, il sera la risée de tout le village », confirme Valère Tendeng, un boutiquier du village d’Essyl.

Si le grenier des hommes sert de réserve pour les réjouissances lors des fêtes ostentatoires, celui des femmes sert à la nourriture quotidienne de la famille. En outre, l’aptitude d’une femme sur le plan économique est jugée à l’aune de la gestion qu’elle fait de son grenier. Cet amour voué au riz et les usages multiples qui sont faits de cette denrée prouvent l’attachement quasi obsessionnel du Diola à cette céréale. Dans ses travaux de recherche sur « Riz, symboles et développement chez les Diolas de Basse-Casamance », le chercheur Lamine Diédhiou écrit : « A l’image du produit du travail fétichisé en marchandise dans la société capitaliste, le riz des diolas s’est aussi fétichisé dans l’inconscient collectif des Diolas (….). Le fétichisme du riz s’est noyé dans les rapports sociaux où il a pris une fonction symbolique extrêmement forte. C’est cette interprétation que les Diolas font du riz qui permet de comprendre pourquoi ils le placent hors des circuits modernes des échanges ». Seulement ce fétichisme du riz a, par le passé, donné lieu à de fréquentes « guerres du riz » entre villages voisins et même parfois à des jacqueries paysannes.

Une culture à l’épreuve des aléas
Toutefois, à l’heure actuelle, même si le riz continue de garder une place de choix dans le cœur des Diolas, il reste que certaines techniques d’exploitation des rizières sont devenues obsolètes et inadaptées. En outre, avec la baisse graduelle de la pluviométrie, les récoltes ne sont plus très abondantes. Ce qui permet de tolérer certaines contraintes telles que l’achat du riz. La preuve, dans sa boutique de Badiatte, Valère Tendeng a stocké des sacs de riz importés. Ce qui veut dire que conserver le riz des années durant sera de moins en moins une performance en pays diola.

Le Grenier  : Ce jardin secret des diolas
jardinComme les Sérères et leur pangol, les Diolas ont un lien viscéral avec leur grenier. Celui-ci n’est pas uniquement une chambre pour garder le riz récolté plusieurs années durant et qui sert à la consommation. Mais le fait de remplir le grenier est une chose, une autre est de le garder à l’œil des étrangers qui ne doivent en aucun cas le voir. C’est une question d’honneur pour les Diolas. « Un Diola ne va jamais vous montrer son grenier, s’il le fait c’est comme s’il vous montrait ses fesses », confesse Salif Badji, un habitant d’Affiniam. Dans le subconscient des Diolas, visiter le grenier d’autrui, c’est se rendre compte de sa situation sociale et de savoir s’il est riche ou pauvre. C’est ce qui explique ce choix de garder jalousement fermé le grenier à toute personne qui n’est pas de la famille.

Outre cet aspect, il n’est pas rare de voir dans certains greniers du riz datant de plusieurs décennies. Salif Badji détient dans sa maison un riz vieux d’une quarantaine d’années. Pour lui, ce riz était récolté par ses frères avant que sa maman ne soit l’épouse de son père. C’est pourquoi ce riz est gardé intact et ne peut être utilisé par lui ou aucun de ses enfants. Ce vieux riz est toutefois utilisé par les Diolas dans les rituels et dans les périodes de circoncision.


Etodié, Thiébou diola et Kaldou : Ces spécialités de l’art culinaire diola très cotées
« Etodié », « thiébou diola » ou encore « kaldou »…, ces trois mets sont des plats typiquement diolas. Mais aujourd’hui, à cause de leur originalité et de leur richesse, ces plats de l’art culinaire diola sont adoptés par l’ensemble des Sénégalais. La particularité de ces mets est qu’ils sont tous accompagnés par le fameux « niankatang » ou riz blanc.

L’« étodié »
kaldouL’ « étodié » est préparé avec des feuilles de manioc, de plantes aquatiques rampantes, et des feuilles du Casia Tora plus connu sous le nom de « Ekangouley ». Ces feuilles sont cuites soit avec l’arachide, de l’huile de palme, ou encore des presses de régimes de palme. Le cuisinier ne pourra pas s’en passer des poissons et un peu de sel. La préparation est simple. Elle ne prend pas beaucoup de temps et ne nécessite pas beaucoup de condiments. Pour la préparation proprement dite, il s’agit tout d’abord d’avoir en même temps de l’eau et de la pâte de feuilles de manioc dans une marmite qu’on surveillera soigneusement sur le feu avant de verser ce mélange de pâte d’arachide avec des feuilles, ou encore la combinaison entre l’huile de palme et des feuilles. L’« étodié » présente plusieurs avantages du fait qu’il n’est pas chargé en graisse. Aussi, sa digestion se fait facilement. Et étant donné qu’il est préparé à base de feuilles de manioc, il est utile pour lutter contre l’anémie et les vertiges.

« Thiébou diola »
La préparation de ce menu passe par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit de préparer une confiture à base d’oseille verte ou « beguedj ». Sur un fourneau, il faut poser une marmite avec couvercle et mettre dedans l'oseille déjà lavée. Il ne faut surtout pas les égoutter, car on utilise cette eau pour la cuisson. Des gombos seront par la suite plongés. Si les feuilles s'écrasent facilement aux doigts, versez le tout dans le mortier qui a servi à piler le « nététou » ou un bocal propre avec le pilon ou une fourchette bien remuer pour bien les écraser.

L’étape suivante, c’est le malaxage du piment sec, du poivre, de l’ail, du « kani » salade, du persil chinois et du persil Sénégal et du gingembre. Il faut enduire ce « nokoss » à l'intérieur comme à l'extérieur, puis en garder un peu pour l'après cuisson. L’étape finale, c’est la préparation du riz blanc et la sauce d’oignons.

Le « Kaldou »
kaldou 1Pour préparer ce plat, il faut disposer du riz, du sel, du poivre, du piment en poudre, de deux gousses d’ail,  deux bouillons en cube, de quatre gombos, d’un piment frais, d’une citrouille ou « diakhatou », d’un morceau de poisson fumé ou « guédji », de quatre oignons, de l’huile, du citron et d’un gros poisson (1 kg environ) et d’un demi poivron vert. La première étape consiste à cuire le riz blanc, ensuite suivra la préparation de la sauce de l’oignon.

Pendant ce temps, l’huile bouille dans la marmite. Le cuisinier y plongera des tranches d’oignons, 5 mn sont nécessaires pour cette étape. Le cuisinier remuera de temps en temps. Il faut ajouter une pincée de sel, de piment et de poivre, puis verser le jus d’un citron, les deux bouillons cube et l’ail mixé. Il faut remuer avant d’ajouter des aubergines, des gombos, du piment frais et le poisson fumé et du poisson frais à cuire. L’oseille complète les condiments.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 04 juillet 2016 10:29

Une vitesse de lecture de 100 Mo par seconde, performance inédite pour une carte possédant un tel espace mémoire...
La société américaine SanDisk, spécialisée dans les produits de stockage de mémoire, a présenté ce jeudi sa toute dernière carte micro SD, qui présente des caractéristiques-record. La carte dispose d’un espace de 256 Go et égale ainsi la capacité maximum proposée par un produit de ce type, celle présentée par Samsung en mai dernier, explique Zdnet. Mais c’est en matière de débit que SanDisk laisse son concurrent coréen derrière lui et établit une nouvelle référence technique sur le marché.

Une vitesse de lecture de 100Mo/s
Si les vitesses d’écriture des modèles SanDisk et Samsung sont toutes les deux de 90 Mo par seconde, la petite merveille du constructeur californien promet la vitesse de lecture de 100 Mo/s, jamais atteinte par un modèle offrant une telle mémoire, contre seulement 95 Mo/s pour le dernier-né de la marque coréenne.

Associée à sa grande capacité de stockage, cette extrême rapidité fait de la carte SanDisk un outil idéal pour les professionnels qui souhaitent produire des vidéos en 4K, qui pourront enregistrer 14 heures d’images. A condition d’être prêts à débourser 200 euros pour ce concentré de technologie, qui sera disponible dans le courant du dernier trimestre 2016. 

Rennes : Les routes bientôt connectées à votre voiture
Rennes les routes bientôt connectées à votre voitureUne expérimentation est lancée pour diffuser des informations dans les véhicules…
En attendant de lâcher complètement le volant, on pourra bientôt obtenir des informations de sécurité en temps réel, grâce à l’installation de capteurs sur le bord des routes. Lancée au niveau national, l’expérimentation sera menée à Rennes et Saint-Brieuc dans les prochaines semaines.

Baptisé Scoop, le projet sera présenté ce vendredi, à l’occasion d’un grand colloque qui se tient à Rennes. Les automobilistes pourront être informés d’un accident, d’un ralentissement, d’une zone de travaux ou de l’intervention d’agents sur les voies. Les conducteurs pourront eux aussi signaler tout événement marquant. « On gagne du temps pour alerter les secours ou le gestionnaire du réseau et on peut espérer fluidifier le trafic », poursuit Katell Kerdudo, chef du service mobilité à la DirOuest.

Pour fonctionner, le système Scoop s’appuiera sur des capteurs installés au bord des routes, qui communiqueront par ondes radio avec les véhicules équipés. Retenus pour ce projet, PSA et Renault produiront chacun 1.000 Citroën C4 et Mégane équipés de ce système de communication au niveau national. Les premiers tests seront menés cet été. « Au 1er janvier 2017, nous aurons équipé l’axe entre Rennes et Saint-Brieuc et les rocades des deux villes, ainsi que la quatre voies vers Saint-Malo », assure Guillaume Lavenir. Six mois plus tard, les axes Rennes Nantes et Nantes Saint-Nazaire seront également dotés.

Last modified on vendredi, 01 juillet 2016 13:15

Les femmes, les jeunes garçons et les filles investissent, très tôt, les plantations d’anacardiers à Boucotte Mancagne, Kenya, Mpack entre autres localités. Ils ramassent des noix de cajou qu’ils revendent au bord des routes, aux intermédiaires dans des vergers et aux opérateurs économiques qui tiennent des magasins et des points de vente tout au long des axes routiers. L’activité est fleurissante. Elle génère beaucoup d’emplois durant la traite. On ne compte plus le nombre de personnes qui ont fait fortune dans le créneau. L’anacarde, c’est de l’or au sud du Sénégal.

Le jour commence tôt à Boucotte Mancagne, depuis le mois d’avril. L’élève en classe de 3e, Jean Christophe Mantane, un seau rempli de noix d’acajou, sort de la forêt d’anacardiers à 9 heures. Depuis 3 mois, c’est à l’aube que des femmes, des garçons et des filles se précipitent dans des plantations. Le visage est poudreux. L’élève affiche une mine avenante. Il avance avec un air de fierté, traverse l’asphalte et se dirige vers l’un des points de vente au bas-côté de la route. Le collégien tend son seau de cajou à Mohamed Guèye, un commerçant originaire de Keur Ayib. Le bonhomme pose le seau sur une balance et le pèse. « C’est 7, 5 kilogrammes », dit l’acheteur en se relevant. Mohamed Guèye ouvre son portefeuille, retire des billets et les tends au collégien. A ses heureuses perdues, le collégien ramasse les noix et amasse des sous. « Durant cette période, tout jeune qui n’a pas d’argent, est responsable de sa situation. Ce que je gagne couvre largement mes besoins », confesse l’élève en classe de 3e. De l’autre côté de la route, des garçons et filles parlent à voix haute. Une jeune fille de teint clair embrasse un garçon assis sur un Jakarta.

L’hivernage qui s’approche ne déclenche plus la course au défrichage ni à l’emblavement des rizières comme dans le passé. A Boucotte Mancagne, situé à une dizaine de kilomètres de Ziguinchor, on fait confiance aux plantations d’anacardiers. « La culture de l’arachide et du riz n’est pas plus rentable que l’exploitation d’anacardiers. Depuis quelques années, tous misent sur l’anacarde. La vente des noix d’acajou rapporte beaucoup. Ce n’est plus comparable avec l’arachide », compare Emai Mandef. Boucotte Mancagne n’est plus au temps de la comparaison.

La nouvelle mamelle de l’économie
Les anacardiers ne sont pas soumis aux fluctuations des aléas pluviométriques. Son cours sur le marché mondial a des répercussions directes sur les revenus de ces riziculteurs et ces agriculteurs, de Boucotte Mancagne, Cité Faro, Kenya situés sur la route de la Guinée Bissau. « On cultive l’arachide, le riz, sans être sûr d’avoir une bonne récolte. Par contre, lorsqu’on a une bonne plantation, c’est sûr, même si la floraison n’est pas si bonne, vous êtes sûrs d’avoir, au moins, 300.000 FCfa après les ventes », évalue Emai Mandef. Le samedi 11 juin 2016, le cours de l’anacarde s’échangeait entre 600 et 650 FCfa sur le marché de Boucotte Mancagne.

Depuis plusieurs années, en dépit des fluctuations, le prix du kilogramme n’a jamais chuté en deçà de celui de l’arachide. A l’ombre des manguiers, jeunes et vieux ne sont pas en conflit de générations sur la préférence de l’or vert. « Pour l’arachide, il faut déficher le champ, il faut biner, récolter et transporter. Au bout du compte, on se retrouve avec des miettes. On fournit plus d’efforts pour rien. Pour l’anacardier, après la mise en terre des plants, il faut trois ans d’entretien, vous pouvez exploiter des plantations durant plusieurs décennies », admet Anatole Bandagny, né en 1955 à Boucotte Mancagne. L’arachide perd des…superficies.

De part et d’autre de la route, des vergers d’anacardiers étendent leurs tentacules jusque dans les vérandas de la Cité Faro, au Kenya. C’est la nouvelle mamelle de l’économie. A l’ombre des Anacardium occidentale, de petits arbres originaires de l’Amérique latine, Véronique Djandy prend une pause avec son fils qui est venu de Kafountine pour l’aider durant la traite. Elle a rempli des bidons de cajou. Véronique n’a plus d’énergie pour tenir la houe ou pour repiquer le riz. Aujourd’hui, elle gagne encore sa vie à la sueur de son front, malgré son âge avancé. « J’ai de petits-fils qui prennent tous mes revenus. Je n’économise pas. Mais je parviens à satisfaire mes besoins et ceux d’autres membres de la famille », affirme la vieille Véronique.

A une quinzaine de kilomètres, à Mpack, à la frontière avec la Guinée-Bissau, non loin du poste des douanes, des sacs de noix sont entreposés dans des magasins aux portes entrebâillées. Les intermédiaires se prélassent sous des vérandas. C’est une autre plaque-tournante du commerce de pompes de cajou. Les forêts de pompes de cajou forment un rempart naturel derrière les habitations. Ici, en plus du cours intéressant, de la moindre pénibilité de l’entretien, la crise en Casamance et aussi la proximité avec l’un des pays, grands exportateurs de ce produit, l’intérêt de ce secteur a provoqué la ruée vers l’aménagement des vergers d’anacardiers. « Nous continuons à cultiver du riz. Actuellement, tout le monde est dans l’anacarde. La culture du riz et de l’arachide est en perte de vitesse », confirme Toumboulou Sagna, né à Mpack en 1948. C’est l’âge d’or de l’or vert.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)


Filière de la noix de cajou : La bonne affaire pour de nombreux jeunes                                                                              Anacarde camionLes trois à quatre mois de campagne de l’anacarde en Casamance constituent une période florissante pour bon nombre de jeunes et de femmes. Aussi bien la collecte et la transformation de la noix de cajou permettent-elles à de nombreuses personnes de tirer des revenus substantiels de cette activité.

Sur le chemin qui mène vers Mpack, à la frontière bissau-guinéenne, Mouhamed est sur le bord de la route, à l’ombre d’un arbre.

Chapelet autour du cou, bonnet laffa lui couvrant la tête, ce jeune saloum-saloum, originaire de Keur Ayip, est l’un des nombreux négociants de la filière de noix d’acajou dans la région naturelle de Casamance.

A Boucotte Mancagne, un village situé non loin de Kantène, Mouhamed est bien connu des jeunes garçons et des femmes qui viennent lui revendre les noix d’acajou ramassées dans la journée à l’intérieur de la forêt. « Je peux avoir entre 100 et 200 kilogrammes parfois et revendre cela aux intermédiaires qui collectent pour les compagnies indiennes installées à Ziguinchor», confie Mouhamed. A 600 FCfa le kilogramme, le jeune homme paie comptant tout ce que lui amènent les jeunes du village. D’ailleurs, à l’instant même, Jean-Christophe traverse la route avec un seau rempli de noix d’acajou qu’il a ramassées très tôt le matin. Il tend le seau à Mouhamed qui le met sur une balance. « Le tout, c’est 8,5 kg pour aujourd’hui », lui dit le jeune négociant. Pour cette journée, Jean-Christophe vient d’empocher un peu plus de 5.000 FCfa. Une somme non négligeable pour ce jeune écolier. A côté de lui, son jeune camarade, Hervé dit avoir ramassé, depuis le début de la campagne des noix d’acajou, une quantité équivalente à 3 sacs de 60 kg. « Cet argent me permet d’acheter des habits et de subvenir à plusieurs de mes besoins », dit ce jeune lycéen. La campagne de noix d’acajou qui s’étend sur une courte période, d’avril à juin, reste un intense moment pour de nombreuses personnes de faire des affaires. « C’est l’unique commerce par lequel tu peux avoir un bénéfice net de 30.000 FCfa par jour », souligne Mouhamed qui vient de boucler cinq années dans la filière. Son jeune frère vient aussi de le rejoindre dans cette activité et s’en sort bien, lui aussi.

Outre ces négociants, beaucoup d’autres jeunes monnaient leur talent dans les entrepôts indiens sur le Boulevard 54 et tirent des revenus substantiels avec le déchargement des noix d’acajou. C’est le cas de Saliou, un lycéen de 25 ans trouvé dans l’un des nombreux magasins indiens. Depuis deux ans, le jeune homme a signé un contrat avec des indiens, en qualité de chef manœuvre.

Ce qui lui procure un revenu de 50.000 FCfa par mois. Il est chargé de contrôler le travail des ouvriers, de faire les échantillonnages  afin de vérifier la qualité de la noix. En tant que lycéen, Saliou alterne son emploi du temps scolaire et son activité commerciale pour honorer ses engagements de part et d’autre. Mais Saliou n’est pas le seul écolier qui s’active dans les magasins indiens.

Beaucoup d’autres commerçants et d’ambulants y trouvent leur compte, soit en chargeant ou en déchargeant les camions dans les entrepôts. Chacun de ces ouvriers peut rentrer avec au moins 9.000 FCfa à la fin de la journée.

« Au terme des trois mois de la campagne, chacun de ces ouvriers peut empocher 350.000 FCfa », révèle Saliou. Lui-même dit avoir ouvert un compte bancaire et espère acheter, sous peu, un terrain. Si la collecte de la matière première de la noix d’acajou procure assez de revenus à de nombreux jeunes, sa transformation fait vivre de nombreuses familles. Le fruit pressé permet de tirer un jus très prisé par les populations.

A Kenya, un village situé non loin de Kantène, Hyacinthe Paulin Biagui et sa mère s’adonnent à cette activité. Ils peuvent collecter entre deux et cinq bidons qu’ils peuvent revendre, sans difficulté. Evoluant dans le secteur touristique, Hyacinthe profite de la campagne des noix d’acajou pour aider sa maman. « La campagne est courte, elle dure deux mois au maximum, mais c’est une période qui permet d’avoir des revenus », reconnaît ce jeune homme fraîchement marié.

Mainmise des indiens sur la filière d’anacarde : Le Boulevard 54 de Ziguinchor en passe de devenir Delhi street
Anacarde IndeDes maisons à étage poussent comme des champignons de part et d’autre du boulevard 54. Les propriétaires réservent le rez-de-chaussée aux magasins loués par des indiens. Le boulevard 54 sera bientôt rebaptisé New Dehli Street.

En cette période de l’année, le célèbre boulevard 54 de Ziguinchor est assailli par une noria de camions en attente d’être chargés.

Des deux côtés de la route, ces camions sont stationnés devant les magasins de stockage ouverts par les hommes d’affaires indiens qui s’activent dans la filière de noix d’acajou. Les indiens achètent une très grande quantité de la production par le biais des intermédiaires. Chaque année, entre les mois d’avril et de juin, ils collectent des milliers de tonnes qu’ils acheminent aux pays asiatiques tels que le Vietnam, la Chine et l’Inde. Satish Kumar, l’un des indiens installés sur le boulevard affirme employer huit manœuvres dont deux magasiniers pour faire le travail de collecte. Tous ces ouvriers sont payés quotidiennement par cet employé de la compagnie Real blue international qui n’en n’est pas à son premier séjour en Casamance.

Mais les indiens se soucient beaucoup de la qualité du produit qu’on leur revend. Pour ce faire, ils ont implanté, dans leurs magasins, des machines et des détecteurs qui leur permettent de faire des prélèvements dans les différents chargements avant de convoyer la marchandise au port de Banjul pour l’Asie.

A vrai dire, il est pour l’heure impossible de savoir le nombre d’Indiens qui s’activent dans la filière d’anacarde, mais leur mainmise sur ce secteur ne fait guère de doute. Saliou, un des ouvriers de Satish Kumar confie qu’outre le fruit qui est destiné à la consommation, la coque peut servir à fabriquer du savon, du goudron ou même du kérosène.

Outre le Sénégal, la compagnie de Satish Kumar sillonne d’autres pays de l’Afrique tels que la Côte d’ivoire, le Bénin, le Ghana, le Nigéria, la Tunisie ou encore la Tanzanie. Toujours est-il qu’à l’heure actuelle, ces indiens règnent en maîtres sur le Boulevard 54 où, nous confie-t-on, ils louent ces magasins, toute l’année durant. Si on n’y prend garde, à l’image du boulevard Centenaire à Dakar qui est devenu une Chinatown, le boulevard 54 de Ziguinchor risque d’être transformé, sous peu, en Delhi street.

30.000 personnes investissent la filière de tous les espoirs
La filière anacarde est l’une des mamelles de l’économie au sud du Sénégal. Plus de 30.000 personnes ont investi le créneau qui suscite tous les espoirs.

L’anacarde fait renaître l’espoir dans un contexte de dégradation des sols, de fluctuations pluviométriques et de la baisse continue de rendements de l’arachide et du riz dans la partie méridionale du Sénégal. Ce n’est pas seulement une production de rente. C’est une option d’adaptation face aux conséquences du réchauffement de la planète.

Depuis quelques années, la filière ne cesse d’attirer des milliers de producteurs. Leur nombre est estimé à 30.000 en Casamance, un chiffre qui n’a rien à voir avec des milliers de jeunes qui ont pignon sur rue durant les 4 mois de campagne. « 30.000 personnes s’activent dans la filière anacarde. Il n’y a pas de préférence pour celle-ci, comparée à l’arachide et au riz parce chacune de ces spéculations a sa phase de travaux et de récolte  », indique le président de la filière interprofessionnelle de l’anacarde, Lamine Sène. Toutefois, il a admis que des producteurs, à cause de la rentabilité, consacrent plus de temps et d’énergie à l’aménagement des plantations d’anacardiers. « Les recettes d’un producteur dépend de la taille des plantations et de la production. Si vous avez 5 tonnes, vous pouvez avoir jusqu’à 3, 5 millions de FCfa, pour la même quantité d’arachide, le producteur n’aura qu’environ 1 million de francs Cfa », précise le membre du comité de pilotage de l’Alliance africaine de cajou.

Cette année, la production est moins bonne. Cette diminution peut être liée, selon Lamine Sène, aux phénomènes des changements climatiques. C’est pour cette raison qu’il conseille aux producteurs de planter de nouvelles variétés végétales et d’élaguer les branches d’anciens anacardiers. « La filière se porte tant mieux que mal cette année. Nous avons noté une baisse de la production. Nous devons penser à la plantation de nouvelles variétés végétales », indique Lamine Sène qui ne doute pas que la filière a de beaux jours devant elle.

30 milliards de Cfa de chiffred’affaires en 4 mois
La filière anacarde est la nouvelle mamelle de l’économie en Casamance. Elle nourrit les exploitants, les non exploitants, les propriétaires de magasin, des hôteliers, des camionneurs, des manœuvres durant les 4 mois de campagne. Elle pèse de plus en plus dans l’économie des trois régions du Sud. « Le secteur génère un chiffre d’affaires de 30 milliards de FCfa en Casamance », souligne Lamine Sène. En Afrique, plus de 2 millions de personnes vivent de la production d’anacarde.

Noël Niouky, productrice et transformatrice d’anacardes  : Les confessions de la « reine » du cajou
Anacarde Noel NioukyNoël Niouky est l’exploitante des plantations d’anacardiers la plus en vue dans la région de Ziguinchor. Elle gère une exploitation de 18 ha. Elle a monté une petite unité de transformation grâce au Programme d’appui au développement économique de la Casamance (Padec). La reine du cajou n’a pas révélé tous les secrets d’une filière qu’elle ne cesse de vanter tout au long de l’entretien.

Rien ne distingue, Noël Niouky, des femmes assises entre les jerricanes. Elle presse les pompes comme les deux autres. Les 4 garçons remplissent des fûts de jus. Noël ne joue pas à la bosse. Elle veut rester à l’ombre. Mais le Padec l’a sortie de l’ombre. Elle est à la tête du Gie Demir. L’appellation veut tout dire pour Noël. La dame de teint clair croit au destin. « Demir veut dire en Mancagne patience. Je ne suis pas pressée. Dans la vie, si l’on est pressée, on ne peut pas avoir le savoir », conseille la catholique pratiquante. L’exploitante n’est pas repliée sur elle-même. Elle vante la production de l’anacarde. Noël est dans la filière depuis 1994.

A la mort de son père en 1996, elle hérite d’une plantation de 18 ha d’anacardes, à Diabir, derrière l’Université Assane Seck de Ziguinchor. Son verger est à quelques lieux de son village natal de Baraf, dans les faubourgs de Ziguinchor où elle a vu le jour en 1955. « Je dis merci à mon papa qui m’a laissé ce verger et bravo au Padec qui m’a aidée à avoir une unité de transformation, sans mes parents et le Padec, je ne serais pas devenue ce que je suis », reconnaît la reine du cajou. Noël est une digne héritière de son père et de sa mère. Ce sont ces derniers qui lui ont inculqué le culte du travail. Déjà en étant jeune, elle admirait sa mère qui pouvait passer des heures dans les rizières et dans les plantations. Noël marche sur les pas de ses parents. « Je ne me repose qu’au mois de février avant la mise en place de l’unité de transformation. Normalement, au plus tard, le 3 juillet, je dois commencer les travaux dans les champs et au mois de septembre, je vais me consacrer aux travaux rizicoles », a programmé l’exploitante. Les jours sont immuables depuis quelques décennies. L’ouverture de l’unité a un peu chamboulé son quotidien.

Elle est à l’unité, la matinée. Dans l’après-midi, elle est dans ses plantations. Ce n’est pas un abus de langage de dire qu’elle est au four et au moulin. La matinée, elle prépare un jus non fermenté de cajou, des gâteaux, dans son unité. Le soir, elle participe au ramassage des noix, elle presse les pompes. « Le repos n’existe pas dans ce monde. Une personne se repose lorsqu’on lui souhaite que la terre lui soit légère », ironise la dame. Elle a pris conscience que c’est une filière porteuse. Mais pour rien au monde, elle n’acceptera de dévoiler ses recettes en fin de campagne.

A l’inverse, elle a affirmé que l’activité est très rentable. « Je ne vais pas vous dire ce que je gagne. Mais l’activité est très intéressante. Je parviens à satisfaire les besoins de mes enfants, de ma famille et de mon entourage. Lorsqu’il y a beaucoup de cajous, j’emploie une quinzaine de personnes », se contente de dire l’exploitante. Cette mère de 7 enfants a capitalisé une bonne expérience. Elle se remet à niveau au gré des rencontres sur la noix d’acajou qui se tiennent en Afrique. « Je viens de rentrer du Mozambique. J’ai visité 3 fois le Bénin avec l’Ird. J’ai été aussi au Ghana. J’essaie de comparer ce qui se fait là-bas avec ce qui je fais ici. J’ai amélioré mes connaissances en transformation », se réjouit la reine. Elle est dans la production et la transformation. Elle croit que d’autres femmes viendront grossir les rangs des exploitantes, ou elles s’investiront dans la production et ainsi elles contribueront davantage à la lutte contre la pauvreté. « Les femmes sont des travailleuses, surtout celles qui sont dans les plantations. L’anacarde est une filière d’avenir qui va attirer plus de personnes et notamment des femmes », prédit la dame.

Lamine Séne, president de l’interprofession de la filiere anacarde : « Des manguiers sont abattus pour planter des anacardiers »
Le président de l’interprofession de la filière anacarde confirme la montée en puissance de l’anacarde par rapport aux autres spéculations et productions fruitières. Les spécialistes témoignent que dans la partie sud du Sénégal, les anacardiers supplantent, de plus en plus, des manguiers dans beaucoup de vergers. « Les mouches portent un lourd tribut à la production des mangues. Des producteurs abattent des manguiers pour planter des anacardiers parce qu’en partie, la production de mangue a chuté à cause des mouches. En plus, la vente d’anacarde est très rentable », a affirmé Lamine Sène.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes) 
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

 

 

Last modified on vendredi, 01 juillet 2016 13:27

Entre les vitres teintées du véhicule, la lycéenne peule en veste crème, tee-shirt et jean blancs, répète les paroles de son titre « Kono Non » (« t’as raison », en pular), un rap qui dénonce la pédophilie.

« Il appelle à voix basse la fillette/ 
l’a conduit dans un coin/ 
lui chuchote des mots doux/ 
lui donne des sucettes et des biscuits/ 
il veut l’amadouer et abuser d’elle (…) »

Le texte est autobiographique. Quand Aïcha Bah avait 12 ans, un muezzin qui habitait en face de chez elle lui a fait des avances. « Il m’a dit : “Come on baby, I have a bonbon”. Il m’a touché les seins. J’ai tapé ses mains et je suis partie en courant », raconte-t-elle.

L’adolescente vit avec ses sept frères et sœurs à Wanindara, un quartier chaud de Conakry, mais elle est née à Kambia, dans le nord de la Sierra Leone. Sa révolte est plus large que de s’insurger contre un muezzin libidineux. Elle dénonce aussi la polygamie. Elle n’a pas revu son père épicier depuis des années. La mère d’Ashley, elle, vend du riz sur le marché Wanindara. Une situation précaire que ne digère pas la jeune fille. Il y a donc les colères d’Ashley. Pas inutile pour une rappeuse.

Mais il y a aussi un rêve. Celui d’écrire des romans, de produire des films. La jeune fille qui étudie au lycée anglophone Wisdom Academy de Conakry a pour icône OmotolaJalade-Ekeinde, une actrice nigériane qui figurait parmi les cent personnes les plus influentes du monde en 2013, selon Time.

En 2014, Ashley n’est pas sortie de chez elle. Du haut de son mètre cinquante-huit, elle se souvient d’Ebola qui a tué 2 500 personnes en Guinée. « Ma mère ne voulait plus qu’on prenne les taxis pour aller au lycée, elle avait peur qu’on attrape le virus ». Cette année sans école, cantonnée à la maison, Ashley l’a utilisée pour écrire ses textes et polir son flow. Dès que la fin de l’épidémie est proclamée par l’Organisation mondiale de la santé en décembre 2015, elle se précipite sur la scène du concert « Bye bye Ebola » organisé par la présidence guinéenne. Elle y côtoie de grands noms de la musique africaine tels Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, Mory Kanté ou Aïcha Koné.

Sa chanson d’ouverture, « AshMiwaitai » (« e me nomme Ashley »), est un cri de victoire qu’elle scande dans un mélange d’anglais et de pular, avec un phrasé véloce que certains journalistes guinéens comparent à celui de Dr. Dre. Aujourd’hui, Ashley sort un maxi-single qui contient notamment un rap afrobeat en créole léonais intitulé « Pépé soupe », un potage à base de viande de bœuf, de piments et de tomates qu’on donne aux malades de la grippe pour décongestionner leurs voies nasales. 

« Pépé soupe », c’est aussi une expression locale pour désigner ces vieilles personnes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ashley, elle, se mêle de tout. Elle a le droit, elle est jeune.

Source : Le Monde

Les bouffées de chaleur sont plus fréquentes chez la femme que chez l’homme. Elles constituent un trouble physique et peuvent devenir vraiment gênantes au quotidien.
Parfois appelées « sueurs nocturnes » ou tout simplement « transpiration », les bouffées de chaleur se traduisent par une sensation de chaleur subite et passagère du visage et du cou. Elles sont généralement accompagnées de sueurs et de frissons. Les bouffées de chaleurs sont principalement dues à un déséquilibre hormonal et se manifestent surtout la nuit, de manière incontrôlable et variable.

Des causes hormonales
Les causes des bouffées de chaleur sont principalement hormonales :
• Elles peuvent être provoquées en grande partie par la ménopause, qui amène à des bouleversements hormonaux. Les œstrogènes (= hormones ovariennes), qui interviennent dans la régulation de la température du corps, diminuent et influencent ce mécanisme de régulation. La ménopause est un phénomène qui apparaît chez les femmes entre 45 et 55 ans.

• L’hystérectomie (= ablation des ovaires) entraîne les mêmes changements hormonaux que durant la ménopause et peut donc être à l’origine de bouffées de chaleur.
• La grossesse induit également des changements hormonaux qui peuvent causer la dilatation de petits vaisseaux sanguins sous la peau, c’est-à-dire des bouffées de chaleur.

• L’hyperthyroïdie peut également provoquer des sueurs. Dans ce cas précis, la thyroïde (= petite glande située à la base du cou secrétant des hormones essentielles au bon fonctionnement de l’organisme) « travaille » de manière excessive ce qui entraîne une surproduction de chaleur.

• L’hypoglycémie peut conduire aussi à un déséquilibre hormonal provoquant des bouffées de chaleur. Le taux de sucre dans le sang diminue et l’organisme sécrète une substance qui augmente la transpiration afin de contrer le manque de sucre.

• Dans le cas du cancer du sein, la chimiothérapie et les traitements anti-ostrogéniques peuvent provoquer une ménopause précoce accompagnée de bouffées de chaleur.
• L’homme peut également être concerné par ce problème au moment de l’andropause (= baisse du niveau de testostérone).

En dehors des raisons hormonales, les bouffées de chaleur peuvent subvenir en cas d’allergies, d’intolérances alimentaires, de mauvaise alimentation et hygiène de vie (aliments épicés, caféine, alcool, sel, tabac, etc.) ou encore en cas de stress.

Fatigue, stress…
Les sueurs nocturnes jouent sur la qualité du sommeil et peuvent engendrer du stress, de la fatigue, du surmenage, etc. Elles provoqueraient aussi une sensation de gêne dès lors que le phénomène se produit en société.

Après une bouffée de chaleur, un refroidissement peut se faire sentir soudainement, provoquant de l’inconfort dû à l’écart de température ressenti. Dans de rares cas, il peut y avoir hypothermie (au-dessous de 35°) ou fièvre (au-dessus de 38°).

Quelles solutions ?
Plusieurs solutions simples existent afin de prévenir ou soulager les bouffées de chaleur. Il est conseillé de pratiquer une activité physique régulière, d’éviter de consommer de l’alcool en excès, d’éviter les aliments trop épicés ou encore d’apprendre à se détendre.

Certains traitements peuvent être prescrits par un médecin en cas de bouffées de chaleur dues à un dérèglement hormonal. L’acupuncture, l’homéopathie, la phytothérapie ou encore la méditation seraient des méthodes également recommandées afin de lutter contre les sueurs.

Les bouffées de chaleur peuvent être dues à des intolérances alimentaires ou à d’autres maladies comme l’hyperthyroïdie. Dans ces cas de figure, pensez à vous rapprocher de votre médecin.

Last modified on vendredi, 01 juillet 2016 13:03

Obots humanoïdes et voitures sans conducteur pourraient devenir des «personnes électroniques»…

Les robots auront-ils bientôt une existence juridique ? Partant du constat selon lequel « les ventes de robots dans l’UE ont augmenté de 29 % en 2014, marquant leur plus forte progression jamais enregistrée », la Commission des affaires juridiques du Parlement européen propose de leur attribuer le qualificatif de « personnes électroniques ».

Dans un projet de motion publié le mois dernier, les robots seraient dotés de « droits et de devoirs bien précis » rapporte Le Figaro. Les machines qui auraient la capacité de « prendre des décisions autonomes de manière intelligente ou celle d’interagir de manière indépendante avec les tiers » seraient concernées par ce texte.

a « personne électronique » pourra être jugée responsable
Il s’agit donc des robots humanoïdes, mais également des voitures sans conducteur. Parmi les mesures concrètes évoquées par le rapport figure par exemple la possibilité de se retourner contre sa voiture sans conducteur en cas d’accident. La « personne électronique » pourrait ainsi être déclarée responsable. ,Et pour payer la facture, les experts européens prévoient d’instaurer un fonds, qui serait alimenté par des taxes prélevées auprès des constructeurs et des utilisateurs.

Les rapporteurs préconisent également d’exiger le paiement de cotisations sociales par les employeurs de « personnes électroniques », souligne France 24. Le rapport imagine aussi une « charte éthique » respectée par les concepteurs de robots. Les ingénieurs devraient concevoir des robots bienfaisants et les industriels les vendre à un prix abordable dans certains domaines comme la santé.

Par le surfeur

Les entrepreneurs, manageurs et hommes d’affaires sénégalais  se font distinguer partout dans le monde. Après la nomination de la Sénégalaise Fatma Diouf Samoura, désignée secrétaire générale de la Fifa, le jury de Capital finance international (Cfi.co), une revue londonienne spécialisée dans les affaires et la finance, a désigné Bougane Guèye Dany meilleur chef d’entreprise du Sénégal en 2016 (Best corporate  Leadership Senegal Award 2016). 

« Déterminé à construire un empire médiatique moderne en Afrique de l’ouest », Bougane dessine avec force son chemin vers le succès. Il a récemment acquis 50% des actions de la radio Nostalgie Dakar.

Le parcours de ce self made man patron de SenTV est plus qu’inspirant pour le monde des affaires et ce, le jury l’a bien rappelé. Il a débuté dans les médias comme reporter, avant de démarrer son business avec son agence Dak’cor. Petit à petit, il a fructifié ses affaires, a bâti un solide groupe de presse dont SenTV, La Tribune, Zik FM et a exploré le secteur du transfert d’argent avec Joni Joni/Vitfé qui opère en Afrique de l’Ouest.

Capital Finance International a des raisons de désigner Bougane Guèye Dani le meilleur entrepreneur sénégalais en 2016.  Une désignation qui vient s’ajouter à celle de Financial Afrik  qui l’a classé parmi les 100 personnes qui font bouger l’Afrique et l’un des dix meilleurs entrepreneurs de presse.

Source : intelligence-affaire.com

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:58

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