grandair

Soleil Grand Air (602)

Artiste comédien, Jules Dramé fait partie des pionniers du théâtre à Thiès. Ayant bénéficié de la formation de ses aînés, il met, aujourd’hui, son expérience au service des jeunes talents qui émergent dans la cité du Rail. Son rêve, voir Thiès étrenner une salle de spectacle moderne pour permettre aux acteurs de mieux bénéficier du boom que le théâtre a connu dans la région.

A Thiès, les troupes théâtrales ont émergé et ont étendu leurs tentacules à Dakar et dans le reste du Sénégal. La plupart des téléfilms diffusés à la télévision sont produits par des troupes thiéssoises dont Soleil Levant, Janxène, Royoukaay... Si les artistes de la cité du Rail ont réussi cette percée, c’est grâce à un travail réalisé à la base pendant des années pour dénicher les talents. Parmi ceux qui ont écrit cette histoire, figure Jules Dramé, artiste comédien, membre de la troupe Janxène de Thiès.

Fringant avec ses 53 ans, Jules Dramé capitalise une trentaine d’années d’expérience dans le domaine du théâtre. « J’ai pratiqué ce métier très jeune. J’ai commencé dans mon quartier avec notre Association sportive et culturelle. Je venais regarder les répétitions parce que mon frère était président de la Commission culturelle de mon Asc. Dans l’après-midi, les gens allaient à l’école de Diakhao pour faire les répétitions, et j’y assistais », confie-t-il. Il ajoute : « Un jour, les encadreurs ont eu des absents, j’ai alors dit au metteur en scène que je pouvais interpréter le rôle. Quand ils m’ont donné ma chance, je l’ai saisie ».

L’apprentissage du métier dans son quartier natal va se poursuivre à l’école. « Quand je suis parti à l’école Coly Diop (ex-camp Faidherbe), j’ai crée une troupe », explique-t-il. Jules Dramé réussit à allier les études à son penchant. Il parvient, après ses études primaires, à décrocher un diplôme d’électricien.

Mais, la passion de la scène l’emporte sur l’envie d’exercer comme technicien. Il est visiblement influencé par son entourage. « J’ai des frères qui sont aussi des artistes », fait-il remarquer. Jules Dramé va gravir les échelons en côtoyant des grands. Il intègre Calome, une troupe créée par feu Sa Daro Mbaye. Il a interprété le rôle de Canasse dans le film « Le pari de l’ancien » de Sada Weïndé Ndiaye. C’était en 2003. Il a également joué dans « Ngol-Ngol », une pièce de Mbaye Gana Kébé diffusée par la Rts en 2003. L’artiste thiessois a également participé à la foire de Caen, en 2000, avec un groupe de sa ville jumelée depuis des décennies à la ville normande, en France. « Canasse le fou m’a beaucoup marqué. C’est une pièce d’actualité qui parle des Saltigués par rapport à la pluie », confie-t-il.

Le comédien révélera ensuite ses talents d’artiste grâce à Janxène. Depuis plus d’une décennie, il est dans les productions de cette troupe qui regroupe de ténors de la comédie au Sénégal, à savoir Ndiamé Sène, Serigne Ngagne, etc.

Jules Dramé a pu jouer ces différents rôles grâce aux nombreuses sessions de formation auxquelles il a participé. « Nous avons été formés par de grands metteurs en scène du Sénégal dont Seyba Traoré et Mamadou Diop », explique-t-il. Aujourd’hui, il tente d’inculquer l’expérience acquise à la jeune génération. « Pendant plusieurs années, il y a eu un encadrement. Il y a une jeune génération qui a démarré en faisant du théâtre scolaire. Actuellement, ce sont ces gens qui sont venus encadrer les plus jeunes. Nous organisons beaucoup de sessions de formation », dit-il. « La formation porte sur plusieurs volets dont l’écriture et la mise en scène. Plusieurs paramètres sont pris en compte. Cela permet aux comédiens d’engranger de l’expérience pour être compétitifs », souligne-t-il. Jules Dramé estime que la formation est la clé du succès. « Nous avons commencé par nous former au niveau des Asc. Nous avons renforcé nos formations dans les écoles. Nous avons beaucoup travaillé avec les Asc. Nous avons longtemps été dans l’ombre pour travailler sur le théâtre populaire. C’est cette expérience que vous voyez actuellement sur le plan national. Les comédiens de Thiès ont eu à recevoir plusieurs formations tant au niveau de Thiès qu’ailleurs », fait-t-il remarquer.

« Dans les années 80, nous avions les journées du parrain dans les écoles. A cette époque, les gens formaient des troupes théâtrales dans les collèges d’enseignement. Pendant la même période, chaque Asc devait produire une troupe théâtrale. Et chaque nuit, nous nous retrouvionst pour faire des compétitions », ajoute-t-il. Selon M. Dramé, des journées pédagogiques artistiques étaient également organisées. « Chaque dimanche, de 9 heures à 17 h, les comédiens venaient pour participer à la formation durant laquelle des talents étaient dénichés. Pendant les spectacles, nous arrivions à détecter certains talents », souligne-t-il.

Les jeunes artistes comme Meless, Magnoukh et Combé ont été détectés grâce à ces Jpa. « Ce sont des jeunes qui ont fréquenté les Jpa. Ils sont actuellement dans la troupe Royoukaay où ils cartonnent », indique-t-il. C’est pourquoi Jules Dramé est d’avis que si Thiès réussit à jouer les premiers rôles dans le théâtre au Sénégal, c’est parce qu’il y a eu des formations. « Les premières troupes qui ont pu tirer leur épingle du jeu ont été formées. Avec leur succès, il y a eu un foisonnement de troupes théâtrales. C’est le boom du théâtre à Thiès », se réjouit-il.

Après plus d’une trentaine d’années d’expérience, Jules Dramé ne cache pas sa fierté de voir la cité du Rail émerger dans le domaine du théâtre. Cette fierté le pousse à se concentrer uniquement dans le développement de son métier. Depuis trois ans, il a tourné le dos à 30 ans de carrière d’arbitre fédéral de football. Actuellement, son quotidien est rythmé par le théâtre. « Je me suis marié par le biais du théâtre. J’ai fondé une famille par le biais du théâtre, j’entretiens ma famille par le biais du théâtre. Ce n’est pas le grand financement, mais on s’est sort bien », indique-t-il. Vice-président de l’Association des artistes et comédiens du Sénégal (Arcos) et initiateur du Festival de théâtre du rail (Fesrail), il pense que sa satisfaction sera plus grande lorsque Thiès étrennera des infrastructures modernes permettant aux artistes de pratiquer pleinement leur art.

Par Babacar Dione et Diégane Sarr

Du pacte matrimonial

03 Juil 2017
2325 times

Nous partageons, ici, cette convention collective sur le mariage conclue entre des habitants de Rufisque, parue dans l’édition du 05 janvier 1957 du premier quotidien sénégalais « Paris-Dakar » (n°6376). Elle est ainsi titrée : « Le pacte matrimonial : nouveaux tarifs à Rufisque ».

« Las de parler sans résultats, les habitants du quartier Santhiaba de Rufisque viennent de prendre des décisions importantes concernant le pacte matrimonial. Sur l’insistance des femmes et jeunes filles, les notables et imams de Santhiaba se sont donc réunis, sous le patronage des chefs de quartiers Ndiobène et Thiarène, pour arrêter un pacte collectif de mariage signé de tous ces notables. Les tarifs appliqués seront les suivants :

Premier don - jeune fille : 3000 frs ; femme : 1500 frs. Droit des parents paternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Droit des parents maternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent dit colas de la maison - jeune fille : 150 frs ; femme : 100 frs. Argent des jeunes filles (mbakhal) - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent des compères - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent des camarades circoncis (mboke mbar) - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent de la mosquée du village - jeune fille : 200 frs ; femme : 200 frs. Dot - jeune fille 2000 frs ; femme : 1000 frs. Chambre et lit –j-Jeune fille : 1500 frs ; femme : 600 frs. Repas de cavalerie (waral) - jeune fille : 600 frs ; femme : 300 frs. Levée nuptiale (m’beuranti) - jeune fille : 500 frs ; femme : 300 frs. Khokhanti - jeune fille : 300 frs ; femme : 200 frs. Suite réception demeure conjugale (la suite que forment les personnes qui accompagnent la fille ou la femme à la demeure conjugale ne dure qu’un seul jour chez le marié) - jeune fille : 300 frs ; femme : 150 frs. Total des taux appliqués - Jeune fille : 10.000 frs ; femme : 5.000 frs.

Pour veiller à l’application de ces décisions, un membre du quartier sera désigné. Il devra assister aux cérémonies. Il est désormais interdit de faire publier par voie de tam-tams ou de griots parcourant les rues le « labane » ou coucher nuptial. Et le mari est autorisé à emmener sa femme à son domicile dès que le mariage a été célébré selon la loi musulmane. Toute personne qui ne se conformerait pas à la convention serait passible d’une amende de 5.000 frs à payer séance tenante. En cas de refus de paiement, il est entendu que solidairement tout le quartier s’abstiendra de porter aide et assistance à ladite personne. C’est dans un accord complet et unanime que les habitants du quartier de Santhiaba ont discuté et rédigé la convention nouvelle. Et maintenant que les parents ont fait l’effort souhaitable, espérons que les jeunes célibataires sauront y répondre ».

Les législations non écrites en Afrique, au Sénégal particulièrement, renseignent sur l’existence d’une vraie organisation sociale. Leurs modalités d’application témoignent également de l’importance accordée aux vertus dont se paraît la société traditionnelle quoique la pertinence de certains codes, comme toute œuvre humaine, peut être soumise à un examen. Ce texte est plus que d’actualité. Seuls les montants ont évolué. Les convenances sociales continuent d’être accablantes pour la plupart d’entre nous. Et la parfaite intelligence observée entre autorités coutumières et religieuses montre que les pratiques endogènes et celles islamiques ne sont pas totalement antagonistes. Le syncrétisme religieux est, ici, davantage un vécu qu’une perspective aérienne de certains esprits « brillants ». Ceux qui se sont offusqués de l’appellation « islam noir » de certains auteurs ont certainement omis de prendre en considération le cheminement collectif qui nous distingue et prône à la fois cette tolérance dans la pratique et cette acceptation de l’autre.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

C’est au professeur visionnaire agrégé en informatique médicale que l’on doit le développement de la consultation et du diagnostic à distance en Afrique et au-delà.

Mépris, dédain, ironie. Cheick Oumar Bagayoko, dans son élégant boubou marron et blanc, égrène, avec un sourire aux lèvres, les trois principales réactions auxquelles il a dû faire face quand il a voulu étudier l’informatique médicale. Fin des années 1990 au Mali, Internet se résume à un seul point d’accès dans toute la capitale. Mais, Bagayoko et une poignée de ses camarades étudiants à la Fac de médecine y voient un potentiel énorme. « Tout le monde faisait de la gynécologie ou de la médecine générale. Nous, ce que nous voulions, c’était changer le quotidien des médecins de brousse qui se plaignaient de désapprendre et d’être trop isolés. Internet nous semblait être le meilleur moyen », explique-t-il.

Vingt ans plus tard, le docteur Bagayoko est l’un des seuls professeurs agrégés en informatique médicale sur le continent africain. A 39 ans, il dispense des cours en France, en Suisse, mais aussi et surtout au Mali. De quoi susciter jalousie et incompréhension dans un pays où les enjeux de ses travaux restent abstraits pour beaucoup de professionnels comme pour les pouvoirs publics. Pourtant, Oumar Bagayoko a bien failli ne jamais devenir docteur. Faute de trouver un directeur de thèse – sur l’iconographie des lésions lépreuses dermatologiques – qui accepte de le tutorer. Jusqu’à sa rencontre avec Abdel Khader Traoré, docteur en médecine interne.

En 2002, Cheick Oumar Bagayoko est prêt à soutenir sa thèse. Toutefois, il se heurte à une difficulté de taille. Son codirecteur est en Suisse : il faut donc organiser une visioconférence. La première tentative échoue piteusement. La connexion ne sera jamais établie entre l’hôpital du Point G, élégant bâtiment rose dragée sur les hauteurs de Bamako, et Genève. Mais, en cette même année 2002, Amadou Toumani Touré devient président. Il développe depuis longtemps ses réseaux à l’étranger, notamment auprès du Grand-Duché qui a financé l’hôpital Mère-Enfant. Et cette prouesse technique ne peut être, pour lui, que synonyme de retombées positives. « ATT a appelé la compagnie des télécoms et leur a ordonné de détourner toute la bande passante de Bamako jusqu’à la connexion Internet de l’hôpital ! » se remémore-t-il. Sa thèse devient un événement national, retransmis à la télévision d’Etat et suivi par des centaines de personnes.

Cheick Oumar Bagayoko et son équipe sont partis du principe que la majorité des spécialistes se concentrent dans les capitales. Ils ont donc mis en place une plateforme sur laquelle les médecins de brousse peuvent interagir avec les spécialistes et demander de l’aide dans les domaines de la cardiologie, de la gynécologie, de l’ophtalmologie ou encore de la dermatologie. Aujourd’hui, ce réseau réunit plusieurs milliers de praticiens dans 19 pays sur le continent et fournit aussi des cours et des formations en ligne.

En 2016, ils ont décliné la version web en une application mobile. Leur plateforme et leur technologie, adaptées aux connexions bas débit, font des émules et viennent d’être reprises dans plusieurs pays d’Amérique centrale sur des projets similaires.

lemondeafrique

Un anneau pour les contrôler tous ? Loin de l’univers du Seigneur des anneaux, Token, un anneau imaginé par un couple new-yorkais, peut remplacer votre portefeuille, vos clés et même vos abonnements de transport. On vous en dit plus.

Et si bientôt vous n’aviez plus besoin d’emporter vos clés, votre portefeuille ou vos cartes de transport ? C’est la proposition de l’entreprise Tokenize avec son premier produit, le « Token ring ».

C’est une bague biométrique qui peut remplir une multitude de fonctions d’un paiement par puce Nfc à l’ouverture de portes.

Grâce à un capteur d’empreintes intégré, vous êtes la seule personne capable de pouvoir utiliser la bague. Quand vous la retirez, elle se verrouille automatiquement pour protéger vos données. Les différentes configurations disponibles sont très nombreuses. Vous pouvez les paramétrer vous-même selon vos usages en rentrant vos informations dans l’application iOS et Android. Des accords ont été passés avec Mastercard et Visa pour le paiement. Il pourrait aussi être utilisé pour débloquer un ordinateur plus rapidement grâce à un partenariat avec Microsoft. Enfin, grâce à des serrures pour la maison et la voiture, développées par l’entreprise, vous pourriez aussi vous passer de vos clés au quotidien.

Afin de pouvoir réellement en faire un objet de la vie quotidienne, l’anneau est waterproof jusqu’à 50 mètres de profondeur ; ce qui vous permet de le garder quand vous allez nager ou vous doucher. Son autonomie est quant à elle de deux semaines maximum. Pour la recharger, il suffit de l’installer sur une base sans fil.

La mode des anneaux connectés
Les anneaux connectés sont des accessoires discrets qui n’attirent pas l’attention et, à ce titre, intéressent fortement une certaine partie des consommateurs. Le concept a déjà été décliné dans plusieurs directions, mais la plupart sont destinés à la sécurité. Une bague connectée peut ainsi servir de « bouton d’alarme » lorsqu’une femme veut prévenir ses proches qu’elle se trouve dans une situation dangereuse par exemple. Le « dernier-né » de cette gamme est le Loop dont nous vous parlions il y a quelques mois. Il ne reste désormais plus qu’à voir si Token représente une véritable nouvelle tendance concernant les wearables. Il s’agit d’une alternative intéressante pour les personnes ne souhaitant pas se faire implanter une puce sous-cutanée.

Token est actuellement disponible en pré-commande sur le site de l’entreprise. Il vous coûtera 249 dollars pour l’avoir dans sa version de base. Si vous souhaitez l’acquérir en rhodium noir ou en or (rose 14k), ajoutez 50 dollars supplémentaires. Par ailleurs, les serrures spécifiques pour votre maison ou votre voiture sont vendues à 100 dollars l’unité. Les livraisons sont prévues à partir du mois de décembre 2017. Six tailles différentes sont disponibles.

Source : objetconnecte.net

Cheikhal Khalifa, perpétuant l’œuvre de son père Cheikh Adramé, arrive, comme à l’accoutumée, à dos de chameau au lieu de prière de Nimzatt. Sa pratique constitue, sur le parcours comme sur la place aménagée pour abriter l’office religieux, une attraction pour ses propres disciples, mais aussi pour ses coreligionnaires. Synthèse d’une tradition à forte charge symbolique.

Nimzatt, dimanche 25 juin 2017, il est 11h sur la place publique devant abriter la prière de la Korité. Un homme, enturbanné et richement habillé, sort de chez lui. Il s’avance vers un chameau et s’installe sur une selle magnifiquement brodée. L’animal se lève. Sa grande taille permet à tout le monde d’apercevoir son « cavalier » haut perché. Et comme ils savent le faire, à chaque apparition de Cheikhal Khalifa sur son chameau, les disciples lâchent. Et de quelle manière ! Le long du parcours du cortège de Cheikhal Khalifa, toute une partie de cité religieuse est restée debout pour saluer le fils du premier khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh, en mouvement vers le lieu de prière.

Malgré le soleil de plomb qui, à 11 heures, dardait ses chauds rayons, des milliers de fidèles khadres, dans leurs habits de fête, sont fous de bonheur en voyant Cheikhal Khalifa arriver avec son chameau au lieu de prière, accompagné de ses disciples et sympathisants entonnant des « lâ ilaha illa lah » (mise en valeur de l’unicité de Dieu). C’est un moment fort qui fait fondre en larmes des milliers de fidèles. L’image de « Borom guelem gi » (le chamelier) est captivante. C’est vrai, Cheikhal Khalifa, comme ce fut le cas avec son père Cheikh Adramé, fascine ceux et celles qui connaissent l’histoire de l’Islam.

Continuateur de l’œuvre de son ascendant, Cheikhal Khalifa concourt, par cette démarche, à la permanence de l’histoire de la religion musulmane. C’est tout un art de le voir se mouvoir à travers le passé de l’Islam. Tel un contemporain, il réimprovise l’entrée triomphale  du prophète Mouhamad (Psl) à Médine. Ainsi plonge-t-il les disciples khadres sénégalais dans la nostalgie en incrustant dans leur imaginaire une posture de l’Envoyé de Dieu (Psl) qui, à dos de chameau, entrait dans « Madine al Mounawara » (la Ville des Lumières).

Par Cheikh Aliou AMATH

D’une urbanité exquise que l’on ne retrouve que chez ceux qui ont un long commerce avec la prestigieuse culture islamique, d’une surprenante érudition qui fait voler en éclats les barrières entre la gnose mystique et la connaissance de ce monde, Chérif Atkhana Aïdara, président de la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh, est un exemple de civilité, d’humilité et d’amabilité. Sa vaste connaissance, ses analyses pertinentes des tourments qui secouent notre monde contemporain, lui valent l’admiration de tous ceux qui le côtoient.

Chérif Atkhana Aïdara n’est point ce rédempteur insensible aux angoisses qui habitent ceux dont il a la tâche d’orienter les âmes vers Dieu. Ce n’est pas non plus un homme qui se situe dans un univers éthéré, méprisant les contradictions de ce bas monde. Son extrême sensibilité au devenir des âmes fait de lui un homme au plus haut point touché par les problèmes que vivent quotidiennement les fidèles khadres. Pour lui, l’islamique, en plus d’être la voie du salut, est une morale de tous les jours. Il est un comportement, une conduite que l’on doit adopter même dans ses actes les plus anodins.

Pour faire passer un tel message dans les esprits de tous ses contemporains, Chérif Atkhana Aïdara ne ménage pas son temps. Son bloc-notes est plein de dates pour des conférences qu’il tient partout où les fidèles interpellent sa science pour mieux suivre les voies qui mènent à Dieu. Il parcourt inlassablement le pays comme un pâtre pour y semer la bonne graine. Fidèle à l’esprit de Cheikhna Cheikh Saadbouh, il définit avec la méticulosité d’un exégète averti des textes coraniques, les comportements que doit adopter le fidèle hanté par la noble obsession de servir Allah et uniquement Lui. C’est avec la même dévotion que Chérif Atkhana Aïdara s’occupe de la préparation de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale de la Khadriya qui sera marquée, en juillet 2017, par la commémoration du centenaire du rappel à Dieu de Cheikhna Cheikh Saadbouh.

En tant qu’activité phare de cette importante rencontre internationale, la célébration du centenaire de la disparition du saint homme de Nimzatt sera l’occasion de mettre en exergue la pertinence et le caractère intemporel du message de Cheikhna Cheikh Saadbouh, de celui des saints et des savants musulmans, mais du soufisme qui est un facteur de résolution des problèmes de toute nature auxquels font face nos sociétés modernes. Un autre grand dossier fait travailler Chérif Atkhana Aïdara : le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul, la capitale de la Khadriya au Sénégal. Le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul a été conçu par la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh. Les plans architecturaux et les documents de mise en œuvre ont été remis aux autorités gouvernementales sénégalaises.

L’engagement du président Macky Sall qui, depuis son avènement à la magistrature suprême en 2012, a lancé un programme national de modernisation des villes religieuses est fortement salué par Chérif Atkhana Aïdara qui attend que Ngoumba Guéoul bénéficie de cette heureuse initiative. Présentement, le guide religieux n’a de souci que le succès de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale dont l’objectif est de donner les réponses de l’Islam face aux enjeux du monde, de célébrer le centenaire de Cheikhna Cheikh Saadbouh et de concrétiser la modernisation de Ngoumba Guéoul. L’ouverture de cette importante rencontre est prévue à Dakar les 8 et 9 juillet et la clôture en Mauritanie, les 12 et 13 juillet 2017.

Par Cheikh Aliou AMATH

Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches. Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Le mois de ramadan, période d’abstinence et de transcendance, est pourtant devenu un moment de surconsommation. Il rime bien souvent avec une hausse considérable des dépenses. Une consommation effrénée qui prend parfois des relents de gaspillage. Cette période unique de l’année constitue en effet pour les enseignes une occasion pour inciter les individus à consommer davantage. Même le jeûne du mois de ramadan, acte de dévotion, de transcendance  et de dépassement de nos instincts, est désormais pris au piège par le marché de la consommation. Il est devenu un rendez-vous majeur dans l’agenda des plans marketing des grandes enseignes commerciales, particulièrement de l’industrie alimentaire. Ce qui est déplorable, c’est qu’on n’arrive pas à épuiser tous les aliments. Tous les soirs, on se voit obliger de jeter une partie à la poubelle pour reprendre de plus bel le lendemain. Dans les grandes artères de Dakar et à travers le petit écran, difficile durant cette période d’échapper au matraquage publicitaire de ces entreprises, affichant ostensiblement des produits alimentaires (bouillons, laits, beurre, chocolat, boissons…) avec l’estampillage d’usage «Ramadan Moubarak! » Ces annonces commerciales conçues spécialement pour le ramadan semblent avoir la résonnance escomptée auprès de la population. En fait, le sentiment de faim occasionné par le jeûne aiguise les appétits et rend les jeûneurs plus audibles aux messages des annonceurs. Il est vrai que durant ce mois, l’élan de générosité et de partage est plus marqué ; ce qui peut occasionner un surplus de dépenses qui se comprend parfaitement. Mais, ce qui est en cause ici, c’est cette tendance consumériste de nos sociétés qui s’accentue durant le ramadan et qui occasionne souvent des gaspillages très importants.

Par Oumar BA

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

DANS L’ANTRE SACRE D’UNE TERRE DE FOI : SALIHINA, LE MOUROIR DES ANGOISSES EXISTENTIELLES
Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches.

Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Il est de retour. Un nouveau « rançongiciel » (ou ransonware) se répand depuis mardi, partout dans le monde. Plusieurs multinationales ont subi des pannes, et certaines ont même vu leurs systèmes informatiques « compromis ». Dans de nombreux cas, les données des ordinateurs infectés se retrouvent cryptées. Pour pouvoir les récupérer, les entreprises sont alors invitées à verser une rançon en bitcoins.

Cette monnaie « virtuelle », basée sur la technologie de la blockchain, est très prisée des hackers. Et ce, pour une bonne raison : « Le bitcoin rend la transaction sûre et irrévocable, explique Alexis Roussel, dirigeant de Bity, une plateforme suisse d’échange de bitcoins. Une fois le versement effectué, il est impossible de revenir en arrière. » Le bitcoin, la rançon parfaite ? Pas vraiment.

Des rançons sans avenir ?
Les versements ne sont pas totalement anonymes. « Les paiements sont traçables, les adresses sont fichées par les policiers spécialisés, affirme Jacques Favier, secrétaire de l’association Le Cercle du Coin. Les données sont ensuite communiquées aux plateformes d’échanges de monnaies : les bitcoins en question deviennent alors difficiles à utiliser, comme des billets de banque dont on aurait listé les numéros. » Les rançons en bitcoins « n’ont pas beaucoup d’avenir », conclut Alexis Roussel.

A terme, l’intérêt des pirates pour cette monnaie deviendrait donc limité. Selon Jacques Favier, une meilleure coopération internationale permettrait de restreindre le phénomène : « Si les détenteurs des adresses pirates sont dans des pays qui leur offrent une certaine bienveillance, c’est sur ces pays qu’il faut faire pression. Comme avec les paradis fiscaux », argumente-t-il.

En attendant, le bitcoin reste un instrument difficile à appréhender par les institutions classiques. « Arrêter le bitcoin est impossible, appuie Jacques Favier. En interdire ou en restreindre l’usage va être très difficile.

« Irresponsabilité numérique »
Vouloir interdire la cryptographie [qui sert de base aux crypto-monnaies], c’est décider de laisser les portes ouvertes pour empêcher les voleurs de crocheter les serrures. »

Les experts interrogés affirment également que les rançons en bitcoins sont loin d’être le principal problème en termes de sécurité informatique. « On oublie de dire que les Etats ont développé des outils de cyberattaques qui tombent aux mains des criminels, et que ces Etats ne protègent pas leurs institutions. Il y a une vraie irresponsabilité dans la gestion de la sécurité numérique », assène Alexis Roussel.

Dans les localités situées sur la Petite Côte sénégalaise, les retraités européens entament une seconde jeunesse. Des personnes d’un âge très avancé épousent de jeunes de notre pays et mettent à leur disposition toutes les commodités. Mais cet eldorado se transforme souvent en cauchemar pour ces jeunes. Souvent trahis, ils trouvent refuge dans l’alcool, la violence, la prostitution...

La trentaine sonnée, Fa attend un taxi sur le bord de la route longeant la mairie de Saly Portudal. La mine renfrognée, elle regarde d’un œil méprisant les passants. Derrière ce mépris, se cache une amertume. «  Il fut un temps, elle roulait sur des millions. Elle avait un mari européen qui l’a finalement lâchée pour une autre fille », explique un jeune vendeur. Cheikh Fall, gérant d’un bureau de change, fait partie des personnes qui en savent sur Fa, une personne bien connue à Saly. Il corrobore les propos du jeune marchand. « Fa avait une voiture et était tous les jours dans les boites de nuit avec son copain. Maintenant, elle est désœuvrée », raconte-t-il.

« Elle avait épousé un vieil homme blanc. Celui-ci avait déménagé au Sénégal, mais a finalement choisi de rentrer dans son pays. En partant, il a refusé d’embarquer sa jeune épouse sénégalaise », ajoute notre interlocuteur. Des jeunes ayant subi le même sort que Fa, Saly Portugal en compte beaucoup. «  Beaucoup de filles contractent des mariages mixtes, mais le plus souvent la relation aboutit au divorce », fait remarquer Cheikh Fall. « Ces ruptures plongent les jeunes dans la précarité, parce qu’ils sont habitués à la belle vie. Une retraitée européenne de 75 ans peut épouser un jeune de 25 ans et l’abandonner après quelques années, parce que le cadet n’est plus performant. Quand il n’en peut plus, elle n’hésite pas à l’abandonner », dit Mame Thierno Sarr, marchand ambulant.

Les exemples ne manquent pas pour étayer les propos. « Un jeune natif de Gandiaye, dans le département de Kaolack, a vécu le même sort. Il avait épousé une vieille Européenne de 60 ans. La femme avait acheté une villa à Saly. Elle avait aussi mis à sa disposition un véhicule. Le jeune faisait du sport tous les jours pour être en forme.

La vieille ne voulait que sa force physique. Au bout de deux ans, le jeune a craqué. Il fuyait. Pour le pousser à la porte, la femme l’a accusé de vol », explique-t-il. « Finalement, ce jeune s’est retrouvé dans des difficultés. Sans argent, il passait presque tous les jours dans les boites de nuit. Il avait réussi à trouver une autre épouse européenne. Mais cette fois-ci, il a négocié pour partir avec elle en Europe. Depuis qu’il est parti, je n’ai plus de ses nouvelles », ajoute Mame Thierno.

Des unions basées sur l’argent
Mariage mixte SénégalSaly Portudal, Somone, Nianing, Pointe Sarrène, Mbodienne, Mbour et les autres localités situées sur la Petite Côte sont touchées par le phénomène. Les jeunes victimes sont nombreuses. « Il suffit juste de visiter les boîtes de nuit avec une personne qui connaît bien la zone. Tu ne verras que des personnes trahies qui se retrouvent dans la précarité. Si elles ne sont pas alcooliques, elles plongent dans la violence ou la prostitution », fait remarquer Aïcha, une vendeuse. « Les personnes très âgées qui se marient avec des jeunes au Sénégal savent qu’elles ne peuvent pas avoir cela eu Europe. C’est pourquoi, je ne les considère pas comme des touristes, mais des « Sénégaulois », se désole la jeune Sénégalaise qui décrie le comportement de ses compatriotes.

« Les Blancs sont partis. Il ne reste que des toubabs sénégalais. Tu les vois à Ngaparou, Toubab Dialao, Somone. Tu verras souvent dans ces localités des Blancs qui se marient à des filles sénégalaises. Ces unions sont basées sur l’argent. Les Blancs donnent des voitures et des maisons », déplore de son côté Sitapha, un jeune chauffeur de taxi. « Je ne pense pas trouver une vieille toubab. Il y a des jeunes qui sont souvent hébergés par des Européennes. Ils oublient souvent leurs parents. Ils passent tout leur temps avec l’Européenne », poursuit notre interlocuteur.

Khadim Sarr, boutiquier à Saly, estime qu’aucun jeune ne doit accepter de sacrifier son avenir pour de l’argent. « Un mariage entre une jeune et un vieux n’est pas une bonne chose. Avoir 19 ans et se marier avec un homme de 70 ans ressemble à un suicide. Une fille qui le fait se retrouvera, un jour, dans la souffrance. Nous avons vu des filles qui géraient des millions et qui se sont retrouvées dans la dèche. Elles n’ont plus rien », alerte-t-il. M. Sarr réfute les propos de ceux qui soulignent qu’il y a des cas de réussite. « Il y a quelques réussites, mais les échecs sont plus nombreux.  Tu peux avoir une belle maison, mais tu auras une fin triste », prédit Khadim Sarr.

SALY PORTUDAL : Incursion dans un paradis terrestre
Saly Portudal est un centre commercial à ciel ouvert, un site touristique prisé mais aussi un paradis terrestre où des vieux de 70 ans marient des jeunes d’à peine 20 ans. La nuit, les donjuans de tout poil vont à la quête des rôdeuses nocturnes friandes de billets de banque.

En franchissant le panneau d’affichage souhaitant aux voyageurs, en gros caractères, la bienvenue à Saly Portudal, le visiteur pourrait vite se croire en territoire européen. Une sorte de « Little France ». Ils n’avaient pas tort, ces migrants d’un pays voisin qui, en partance pour l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, avaient commencé à jubiler en apercevant la station balnéaire qui, en pleine nuit, leur semblait être la porte de l’Espagne. En effet, après une longue période de traversée de l’étendue bleue, ces voyageurs clandestins, voyant Saly briller de mille feux, croyaient qu’ils étaient arrivés à destination.

Ces charmants coins
vue aérienne SalyLes malheureux migrants étaient seulement charmés par la beauté des installations hôtelières de Saly. Dans cette localité située à droite de l’entrée de Mbour en provenance de Dakar, le décor, au fur et à mesure que l’on pénètre à l’intérieur de la ville, indique que l’on est bien dans une zone touristique. Ici, les supermarchés, les restaurants chics, les bars, les dancings et les grands hôtels côtoient les banques, les assurances et les bureaux de change. Malgré le Ramadan, ces lieux ne désemplissent pas. Les vendeurs de tableaux d’art et d’objets exotiques et autres sculpteurs complètent ce décor où des touristes enthousiastes sont heureux de faire leurs courses. Tant mieux pour l’économie locale.

Il faut dire que dans ce site touristique très réputé, l’activité économique est toujours intense. Toute la journée, des transactions sont effectuées. En réalité, Saly n’est qu’un centre commercial à ciel ouvert ! Autre indication que l’on se trouve en zone touristique, la présence de nombreux étrangers avec leurs incessants va-et-vient tout au long de la journée. Ils sont, en majorité, des Français. Mais on y rencontre aussi des Italiens, des Anglais et des Maghrébins. Tout porte à croire qu’ils sont bien intégrés, vu l’épanouissement dont ils font montre. « Ici, on peut trouver tout ce que l’on veut à des prix convenables », se réjouit Fabrice, un retraité français qui a manifestement pris goût à son séjour sénégalais. Après une première visite fructueuse en février dernier -il y a trouvé femme, une jolie liane- le septuagénaire espère revenir, sous peu, s’installer définitivement au pays de la « Téranga ». Il n’est pas le seul. Ils sont, en effet, nombreux, les retraités occidentaux qui, après une carrière professionnelle bien remplie chez eux, décident de finir leurs jours sur la Petite Côte, dans ces charmants coins comme Saly Portudal. Avec l’argent épargné pendant leur carrière professionnelle, ils sont assurés de pouvoir se la couler douce à Saly où le coût de la vie est relativement peu chère. Cerise sur le gâteau, certain(e)s se paient le luxe de se taper une jeune Sénégalaise ou un jeune Sénégalais. 

Peu leur importe l’écart d’âge souvent très grand ! « Le cœur a ses raisons que la raison, elle-même, ignore », dixit le chanteur ! « Ils (les retraités européens) ont chez nous ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux. Imagine un Sénégalais de 60 ans se marier avec une jeune Sénégalaise de 18 ans ou une vieille Sénégalaise de 75 ans se marier avec un jeune de 20 ans. Cela est presque impossible chez nous », fait remarquer Babacar Guèye, le 3ème adjoint au maire de Mbour.

Saly by night
Saly PortudalUn tour à Saly permet de se convaincre de la forte présence des couples mixtes dans cette station balnéaire où ils se baladent en plein jour, bras dessus, dessous. Et si l’on en croit un autre Babacar Guèye, premier adjoint au maire de Saly, la tendance des couples mixtes est à la hausse ces dernières années. Autant dire que le phénomène a encore de beaux jours devant lui, en dépit des désillusions dont ont été victimes plusieurs jeunes gens. Abandonnées comme des malpropres, certaines filles se sont réfugiées dans l’alcool et la prostitution. « D’autres croupissent en prison », révèle encore Babacar Guèye qui ne voit « aucun avantage dans les mariages mixtes ».

La nuit, Saly Portudal vit au rythme des bals et autres soirées torrides où la luxure le dispute à l’alcool. C’est un autre monde ! En quête de belles rôdeuses, les viveurs nocturnes et les donjuans de tout poil prennent d’assaut les cafés, cabarets et auberges pour passer du bon temps. Pendant ce temps, les patrouilles de la gendarmerie sont permanentes pour éviter tout débordement. Dans les rondpoints, des travailleuses de sexe, ayant loué des taxi-clandos pour toute la nuit, attendent avec impatience l’arrivée des clients. Parmi elles, des Sénégalaises, mais aussi des Africaines de la Sous-région notamment des Nigérianes et des Ghanéennes.

Un homme, la trentaine, s’avance sans hésiter au milieu de la foule. Il doit être un client régulier des lieux vu l’assurance avec laquelle il s’y prend. Une fille, en robe hyper courte, vient à son encontre. Ils sympathisent et après quelques minutes de discussion, le marché est conclu. Le jeune homme et sa partenaire s’engouffrent aussitôt dans un taxi-clando, direction la sortie de Saly, vers Mbour. Bientôt, on ne pourra plus compter les couples qui répéteront le même scénario. A la grande satisfaction des chauffeurs de taxi-clandos qui doivent se frotter les mains.

A l’origine un village de pêcheurs, Saly a radicalement changé de visage grâce à une urbanisation rapide, au tourisme et aux infrastructures connexes. L’impact socio-économique du tourisme dans la vie des habitants est réel. Mais si l’on en croit un journaliste, sous couvert de l’anonymat, qui connaît bien la zone, beaucoup de personnes croulent encore sous le poids de la pauvreté. « Il y a un grand paradoxe puisque malgré ce développement lié au tourisme, nombreux sont ceux qui peinent à joindre les deux bouts,», explique-t-il. Selon lui, une bonne partie des habitants pauvres est concentrée au village traditionnel de Saly Niakh Niakhal. Là-bas, pour échapper à la pauvreté et la dureté de la vie, beaucoup de jeunes filles se sont jetées dans les bras des touristes européens. « Certaines belles maisons y ont été construites par des filles mariées à des Européens », renseigne-t-il.

Par Babacar DIONE et Diégane SARR

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 15:56

Les vieilles habitudes

23 Jui 2017
2030 times

Mois d’absolution de tous les péchés, le Ramadan touche à sa fin. Une occasion saisie, par des hommes et femmes bien de chez nous, pour se consacrer pleinement aux dévotions dans le dessein de refaire, pendant 29 ou 30 jours, une nouvelle virginité… au plan comportemental. Durant ces journées de jeûne, de nombreux mâles avaient déserté « mbed u naari » (le chemin vers le temple de Bacchus) pour emprunter, chapelet à la main, « mbed u jakka » (la voie de la mosquée).

Des gonzesses, célibataires ou divorcées avaient réfréné leur ardeur de croqueuses d’hommes, en rangeant, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, mini et robes fendues. Ces néo-saintes nitouches du Ramadan, emmitouflées dans des « jelabas », ces manteaux de la chasteté les couvrant de pied à cap ont torturé leurs admirateurs en les empêchant, pendant un mois, de se rincer l’œil sur leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits. Mais, les vieilles habitudes ont la vie dure.

Donc, ne soyez pas surpris, dès l’apparition, samedi ou dimanche prochain, du croissant lunaire annonçant la fête de Korité, de voir des foules de bonnes gens retourner à leurs vieilles amours, à leurs vieilles habitudes pour (re)faire plaisir à leurs sens et donner du tonus à leur corps en manque. Dans la masse, des donzelles pressées de retrouver leurs hommes et des gus impatients d’aller lever le coude chez Bacchus. Leur prochaine pause ou cure, ce sera au Ramadan 2018, dans 11 mois.

Par Cheikh Aliou AMATH

Après Facebook la semaine dernière, Google affirme à son tour intensifier ses efforts en matière de lutte contre les contenus « extrémistes ou liés au terrorisme » sur sa plateforme vidéo YouTube, grâce notamment à l’intelligence artificielle.

La tâche des géants du Web pour ne pas tomber dans la censure est complexe. « La vidéo d’un attentat terroriste peut relever de l’information si elle est publiée par la BBC, ou bien être une apologie de la violence, selon le contexte et l’utilisateur qui l’a mise en ligne", indique Google.
La machine pour détecter, l’humain pour comprendre

L’entreprise promet de renforcer son utilisation de l’intelligence artificielle, de façon à ce que les ordinateurs « nous aident à identifier et à retirer plus rapidement des contenus extrémistes ou liés au terrorisme ».

Reconnaissant que la technologie ne saurait être la seule réponse, le groupe de Mountain View promet d’augmenter « de façon importante le nombre d’experts indépendants » chargés de surveiller les vidéos. « Les machines peuvent nous aider à identifier les vidéos qui posent problème, mais l’expertise humaine permet de faire la différence entre les vidéos de propagande (…) et l’information », explique Google.

Lutter contre la radicalisation
Le groupe va également collaborer avec davantage d’ONG pour filtrer les contenus, est-il précisé, ainsi qu’avec des « groupes (qui luttent contre) le fanatisme » de façon « à identifier des contenus utilisés pour radicaliser et recruter des fanatiques ». Il va aussi utiliser les techniques de publicité ciblée pour envoyer à des recrues potentielles de groupes terroristes des vidéos qui déconstruisent ces messages, dit-il encore. Google va enfin renforcer sa lutte contre les vidéos qui contiennent des propos « religieux » extrémistes ou prônant la suprématie idéologique.
Le combat n’est pas que solitaire. Fin 2016, Facebook, Twitter, Microsoft et YouTube ont annoncé la création d’une base de données commune rassemblant les « empreintes digitales numériques » de certaines images ayant été retirées de l’une ou l’autre de leurs plateformes.

La foudre d’En marche qui a récemment propulsé Emmanuel Macron à tête de la République française a également mis en avant une multitude de personnalités jusqu’ici inconnues de la scène. Parmi celles-ci figure une française d’origine sénégalaise. Sira Sylla a grandi à St Etienne du Rouvray au sein d’une famille de onze enfants. Son père d’origine sénégalaise était chauffeur d’autobus. Candidate de La République en Marche aux élections législatives  de 2017 dans l'ancienne circonscription de Laurent Fabius, elle élimine son successeur Guillaume Bachelay au premier tour, puis bat avec 60,73 % des suffrages (19.271 voix) son concurrent du Front national  au second tour pour être élue députée à l'âge de 37 ans.

Sira Sylla est avocate en droit social, spécialisée dans les relations individuelles et collectives. Originaire de Saint-Étienne-du-Rouvray, elle vit aujourd'hui à Rouen. Par le passé, Sira Sylla ne s'était jamais engagée en politique et n'a donc jamais exercé de mandat. Cette campagne pour la République en Marche dans la 4e circonscription de Seine-Maritime est sa première.

 « Je suis une fille de l’école républicaine, lance l’ancienne élève de l’université de Droit de Rouen. Si la France ne m’avait pas permis d’étudier, je n’en serais pas là aujourd’hui », souligne-t-elle. La candidate de la République en marche assure qu’elle sera « une députée de proximité. Je serai souvent sur le terrain, sinon je ne vois pas comment porter la parole des habitants de la circonscription à l’Assemblée nationale », affirme-t-elle.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 16:15

Il fait partie de ces bonnes gens qui, par modestie, refusent d’être au-devant de la scène et travaillent, par bonté, à faire braquer, sur d’autres individus, tous les projecteurs. Dr Mouhamed Habiboulah Sy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est de cette race d’hommes. Chez cet éducateur, cet érudit du Coran et ce pédagogue aguerri, la transmission des connaissances islamiques est un sacerdoce.

« Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame », dit l’adage. Aussi, derrière un grand élève, on trouve un grand maître. Ce qui s’applique convenablement au Dr Mouhamed Habiboulah Sy. Le nom ne vous dit certainement pas grand-chose. Normal. L’homme n’a jamais été au-devant de la scène. Dans la plus grande discrétion, il s’est, depuis de longues années, évertué à servir son pays. Son champ d’évolution est celui de la transmission du savoir. Dr Sy est un spécialiste des sciences de l’éducation qui s’est toujours occupé à inculquer aux jeunes un solide savoir. Son système, fondé sur la rigueur, le suivi et l’application, a produit, jusqu’ici, des élèves de qualité.

Parmi les potaches instruits par Dr Mouhamed Habiboulah Sy, il y a Mouhamed Moujtada Diallo, récemment consacré champion du monde de récital du Coran en Malaisie. Ce maître hors normes, de taille moyenne et de teint noir, entretient bien sa longue barbe. Le visage avenant, il nous reçoit dans le bureau qu’il occupe dans son établissement de la banlieue dakaroise. Beaucoup d’ouvrages en langue arabe sont entassés dans l’office. Ici, on est en contact permanent avec la connaissance. D’ailleurs, la quête de connaissance et, ensuite, sa vulgarisation sont la raison d’exister des Sy. « En choisissant le chemin de la transmission des connaissances, je n’ai fait que suivre les pas de mes aïeuls », révèle-t-il.

Un parcours honorable
Dr Mouhamed Habiboulah Sy est né en 1969 à Diattar (département de Podor) dans le Fouta. Son grand-père s’appelle Thierno Hamidouh Diattar Sy. « Ce dernier a considérablement contribué à la formation des fils et petit-fils de Cheikh Oumar Foutiyou Tall. Il a ainsi encadré Thierno Mountaga Tall et Thierno Maddani Tall, entre autres Tall », renseigne-t-il. Il a, lui-même, été initié par son père à Diattar avant de se rendre à Galloya pour poursuivre ses études auprès de Thierno Cheikhou Kane. Suite au rappel à Dieu de son maître, il est pris en charge par le fils du défunt formateur, Thierno Mamada Kane. C’est ici qu’il maîtrisa le Coran avant de se rendre en Mauritanie dans le but de toujours perfectionner ses connaissances.

Dans ce pays ami du Sénégal, il intègre l’institut des études coraniques, y passe deux ans et décroche un diplôme spécialisé en Education. Toujours déterminé à acquérir de nouvelles connaissances, il se rend à l’université islamique de Médine en Arabie Saoudite. C’est là qu’il décroche son baccalauréat et sa maîtrise. Il prend la direction du Soudan où il décroche son doctorat en Sciences de l’éducation. C’est en 1997 qu’il décide de se lancer dans l’enseignement, en fondant sa propre école. « Au début, je n’avais que quatre élèves, toutes des filles », se rappelle-t-il. Il n’avait pas suffisamment de moyens et comptait sur ses propres fonds qui n‘étaient guère très substantiels.

« A mes débuts, j’étais confronté à plusieurs difficultés. J’avais du mal à honorer les frais de loyer, à subvenir à mes propres besoins. Mais, j'ai tenu bon », souligne-t-il. C’est petit à petit que le cercle des élèves s’est élargi, en passant de quatre à quinze, puis à vingt élèves. La qualité de l’enseignement dispensé fait la publicité de l’établissement qui attire de plus en plus d’élèves. Des chefs religieux, très connus, décident également d’y envoyer leurs enfants. « Cet intérêt amène davantage de parents à inscrire leurs garçons ou filles dans mon école », se souvient Dr Mouhamed Habiboulah Sy dont l’école se trouvait alors entre Diacksao et Diamaguène, en banlieue dakaroise.

La consécration
C’est quand l’effectif a atteint le nombre de 100 élèves que Dr Mouhamed Habiboulah Sy a commencé à trouver son indépendance financière. Il est désormais en mesure de mettre dans de meilleures conditions les apprenants. Alors, il s’achète un terrain à Sicap Mbao et y construit son école qui, pour l’internat seulement, reçoit plus de 1.500 pensionnaires. L’établissement fait travailler une quarantaine de personnes toutes rémunérées. Ici, tout élève mémorise d’abord le Coran et poursuit le cursus en franco-arabe jusqu’à l’obtention du baccalauréat. « L’année passée, l’école a enregistré 96% de taux de réussite au Cfee, 92% au Bfem et 70% au baccalauréat. L’on a passé une entente avec les universités dans des pays comme le Maroc, la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Egypte. Cela fait déjà dix ans que les pensionnaires de l’école prennent part à des concours internationaux », informe Dr Sy.

Selon le chef d’établissement, la demande est aujourd’hui supérieure au nombre de places disponibles. C’est pourquoi, il lance un appel au gouvernement ainsi qu’aux bonnes volontés pour l’aider à la délocalisation de l’établissement dans un endroit plus vaste, comme Diamniadio. Dr Mouhamed Habiboulah Sy invite les parents d’élèves à orienter leurs enfants vers l’apprentissage de la religion cumulé au système français.

« Cette donne leur permet de connaître leur religion et de s’ouvrir aux enjeux du monde », conseille-t-il avant de souligner que « le choix porté sur Mouhamed Moujtada Diallo dans le cadre des concours n’est point hasardeux. C’est un élève qui a toujours su se surpasser ». D’ailleurs, fait-il savoir, autant pour le baccalauréat arabe que français, il s’est classé deuxième de son centre.

En organisant des sorties pédagogiques pour les élèves, Dr Mouhamed Habiboulah Sy s’est imposé le devoir de faire saisir aux pensionnaires de son établissement que l’instruction et la formation leur sont indispensables s’ils tiennent à être des citoyens imbus des problèmes qui se posent à leur pays, des sujets décidés à mettre leurs connaissances au service de la communauté nationale, des personnes libres, conscientes de leurs droits et de leurs devoirs, respectueuses de la loi et ayant le sens des responsabilités.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 16:15

Bakou, la capitale azerbaïdjanaise a été le point de ralliement du monde musulman du 12 au 22 mai dernier. C’était lors des 4èmes Jeux de la solidarité islamique. Les participants ont saisi l’occasion pour mieux connaître ce pays de l’Asie centrale, ancienne République soviétique dont la principale ville affiche plusieurs atouts alliant enracinement et ouverture. Etape importante de l’ancienne Route de la Soie, Bakou est la vitrine d’un pays qui, après son indépendance, poursuit son expansion.

Bakou offre au visiteur qui y met les pieds pour la première fois l’image d’une ville très propre avec de larges avenues, beaucoup d’espaces verts qui bordent les routes et des places publiques. De l’aéroport international Heydar Aliyev, distant de 16km du centre-ville, aux principaux quartiers de la ville, les arbres défilent, alternant avec les grandes constructions. S’offrent au regard du visiteur qui débarque, de longs murs bordant les avenues et des espaces verts bien entretenus par une armée de travailleurs qui se relaient sur les différents sites à longueur de journée. Et le fruit du travail est très édifiant : pas une feuille qui virevolte encore moins du gravat qui déborde des chantiers sur les trottoirs. Dans cette ville en constante progression, les immeubles poussent comme des champignons ; un progrès encouragé et entretenu par l’exploitation du pétrole dont le pays exporte environ un million de barils par jour. Et Bakou, la principale métropole, s’affiche un peu plus comme la destination privilégiée des couches aisées du pays mais également des Etats voisins. Du coup, les grandes surfaces foisonnent de partout. Des boutiques de grand luxe qui s’alignent tout au long des grandes avenues proposent aux passants des produits de marque (cosmétiques, vêtements comme automobiles). Pas étonnant dans un pays qui aspire à faire de sa capitale, un hub touristique et commercial dans la région à l’image de Dubaï au Moyen-Orient.

En ville, plusieurs attractions égaient journellement le séjour des visiteurs et le quotidien des habitants. Bakou compte des espaces verts à foison aussi bien sur sa façade maritime qu’au bord de ses larges avenues. Si ce ne sont pas des parcs, il s’agit d’espaces aménagés pour recevoir, à longueur de journées, les visiteurs. Le Parc zoologique, situé au cœur de la ville, est un lieu privilégié vers lequel convergent des centaines de curieux qui peuvent contempler des tigres, des lions, des oiseaux, des singes, ou encore, des animaux exotiques.

En tout, quelques 1193 animaux de 168 espèces auxquels s’habituent jeunes écoliers et touristes s’y côtoient sur une superficie de 4,25 hectares. Le Parc occupe une bonne place dans les habitudes des citadins et se positionne comme un endroit qu’il faut visiter à tout prix. Toujours sur le front de mer, de larges esplanades bordent la Mer caspienne et constituent des lieux de villégiature pour les visiteurs qui peuvent admirer, à longueur de journée, la beauté du milieu.

Un musée riche de 10.000 objets
Musée du tapis de BakouSinon, des vitrines et autres espaces de détente s’offrent également à la curiosité des visiteurs avec parfois, une architecture futuriste. Deux bâtiments originaux attirent l’attention des passants : d’une part, le Centre culturel Heydar Aliyev et d’autre part, le Musée du Tapis de Bakou. Le premier est un complexe ultra moderne d’environ 100.000 mètres carrés, édifié sur l’Avenue Heydar Aliyev et comprenant un centre de congrès, un musée, une bibliothèque et un parc d’une superficie de 9 hectares. Il a été construit entre 2007 et 2012 sur le sommet d’une colline urbaine dans le quartier le plus récent de la ville et pour relater la vie du père du président de la République dont il porte le nom.

Le musée du Tapis et des arts appliqués inauguré en 2013 est construit en forme de tapis enroulé et se trouve sur le boulevard en bordure de la Mer caspienne. D’une grande originalité par son architecture, le bâtiment a pris le relais d’une ancienne mosquée de la vieille ville qui faisait office de musée. A l’intérieur, on retrouve exposées, les créations des 19ème et 20ème siècles d’un art azerbaïdjanais classé aujourd’hui au Patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Et l’inventaire officiel répertorie « plus de 10 000 objets historiques et des œuvres d’arts qui sont conservés à l’intérieur ». Il expose également de très nombreux tapis, dont les caractéristiques techniques sont détaillées par de petits écriteaux en anglais. On peut admirer le tapis le plus ancien qui date du XVIIe siècle, mais la plupart des pièces exposées a été tissée au début du XXe siècle.

Old City contre ville nouvelle
La ville de Bakou a la particularité d’être divisée en deux blocs distincts. Si certaines métropoles se subdivisent en endroits chics d’une part et en bidonvilles de l’autre part, la capitale azerbaïdjanaise offre une autre image. Avec d’un côté, l’ancienne ville communément appelée Old City avec ses bâtisses et places historiques et de l’autre, la nouvelle ville où les nouvelles constructions rivalisent d’originalité et de beauté. Dans l’ancien-Bakou, les anciennes constructions se côtoient avec des balcons en bois donnant sur des chemins étroits. Ici, les vestiges de la civilisation azérie sont visibles à travers l’architecture. La vieille ville de Bakou est présentée comme le quartier historique résidentiel et une réserve historico-architecturale au centre de la métropole.

Avec plus de 1.300 familles qui habitent sur une superficie de 221.000 m2, occupée par la réserve. Ici, les métiers artisanaux ainsi que le commerce sont assez développés et le visiteur se voit proposé plusieurs articles par les antiquaires qui pullulent le long des rues. Cette partie de la ville regorge de curiosités. Au rang des monuments historiques, la Tour de Vierge (Qiz Qalasi en Azéri et Maiden Tower en anglais). Avec le Palais des Chirvanchahs, cet édifice d’une hauteur de 30m est l’une des attractions de la Vieille ville. Avec un ticket vendu à 1,6 manat aux locaux et 8 manats (environ 2500 francs) aux étrangers, le visiteur peut escalader ce monument à travers un escalier minuscule qui ne permet pas un passage simultané de deux personnes. Du coup, la horde de visiteurs est obligée d’attendre pour monter ou descendre à tour de rôle. Heureusement que ces escaliers ne donnent pas sur de hauts niveaux puisque le toit est à peine haut de 2 mètres. Il est donc facile de se retrouver au toit de la Tour après sept niveaux où l’on découvre sur des écrans ou par des images 3D, quelques récits et légendes de la ville ou qui racontent des histoires de la Tour dont la date de construction n’est pas connue, selon la version officielle. Il n’en demeure pas moins que l’édifice qui a servi de phare aux 18ème et 19ème siècles, est entré en décembre 2000 dans la liste des monuments du Patrimoine culturel mondial de l’Unesco en même temps que le Palais des Chirvanchahs. Ce dernier est un édifice médiéval dont la construction entamée au XIIe siècle a été achevée définitivement au XVe siècle.

Nouveaux et anciens quartiers sont séparés par une muraille fortifiée grâce à laquelle les habitants se protégeaient des offensives ennemies, en particulier des invasions russes, selon les récits. La nouvelle ville concentre l’essentiel des constructions futuristes qui font la fierté des autorités. De toutes les nouvelles constructions qui ornent le décor et s’offrent à la vue des habitants et visiteurs, les Flame Towers ont l’une des formes les plus originales. Construites sur l’une des principales collines de Bakou entre octobre 2007 et avril 2012, les trois tours qui se font face, font office de bureaux pour l’une, d’appartements pour l’autre et enfin d’hôtels et restaurants pour la dernière. La nuit, c’est un spectacle saisissant qui se dégage des lieux grâce à plus de 10 mille lampes LED disposées sur leurs façades ; ce qui en fait des torches illuminant la colline et les habitations environnantes.

Non loin de là, sur les rives de la Mer Caspienne, la fierté nationale est mise en exergue de fort belle manière, avec un édifice imposant dénommée la Place du drapeau national. Une construction qui ne passe pas inaperçue depuis son inauguration le 1er septembre 2010. Avec des mensurations démesurées (70m de longueur et 35m de hauteur), le drapeau azerbaïdjanais est installé sur un mât de 162m. Ce monument a détenu, pendant un peu plus d’un an, le record du drapeau le plus haut perché du monde avant que le pays voisin, le Tadjikistan ne le supplante avec un flambeau hissé à 165m sur la baie de Douchanbé, la capitale, à l’occasion du 20ème anniversaire de l’indépendance de cette ancienne République soviétique d’Asie centrale. D’autres constructions aussi impressionnantes les unes que les autres sont entreprises pour donner à la ville, un rayonnement de plus en plus prononcé en adéquation avec les pouvoirs publics et les investisseurs.

Bakou, une ville sportive
Grand prix AzebaïdjanL’édition 2017 des Jeux de la Solidarité islamique a été un rendez-vous de plus pour la capitale azerbaïdjanaise dans sa panoplie d’événements sportifs qu’elle a organisés ou s’apprête à abriter.

Bakou s’affiche, en effet, de plus en plus comme une destination privilégiée pour abriter des compétitions internationales. Pas étonnant si l’on sait que le président de la République, Ilham Aliyev est le président du Comité national olympique local depuis 1997. Aussi, la première dame, par ailleurs première vice-présidente du pays, est également la présidente de la Fédération azerbaïdjanaise de gymnastique. Un ancrage dans le mouvement sportif du couple présidentiel qui se matérialise donc par un investissement accru dans le sport. Au-delà des infrastructures qui accueillent les joutes, les transports, l’hébergement ou encore la restauration ont été de grande qualité durant les Jeux de la Solidarité islamique (du 12 au 22 mai dernier) où 16 sites avaient accueilli les athlètes de 20 disciplines.

Cet énorme investissement, par delà les événements sportifs, vise également à assurer le rayonnement de la ville. Et le summum dans l’organisation de manifestations sportives se trouve être l’accueil des Jeux olympiques, le plus grand événement sportif du monde. Et même si Bakou n’a pas encore eu ce privilège, ce n’est pas faute d’avoir essayé : elle a, en effet, été candidate à l’organisation des JO d’été de 2016. Une candidature, toutefois, rejetée durant la phase préliminaire de sélection. On sait que, finalement, c’est Rio de Janeiro qui avait été retenue. Bakou a retenté sa chance pour les Jeux olympiques d’été de 2020, sans plus de succès puisque c’est la métropole japonaise, Tokyo qui a été choisie. Néanmoins, la presqu’ile azerbaidjanaise peut s’enorgueillir d’avoir accueilli des événements d’envergure mondiale. Dès 2004 et sous la houlette de la présidente de sa fédération de gymnastique qui n’est autre que sa Première dame, la ville s’est vu confier l’organisation des Championnats du monde de gymnastique rythmique de 2005 avec la participation d’athlètes venus de 48 nations.

En 2012, l’assemblée générale des Comités olympiques européens a retenu Bakou pour abriter les 1ers Jeux européens en 2015. Ce qui est, jusqu’à présent, le plus grand événement multi-sport organisé dans l’histoire de l’Azerbaïdjan. Une manifestation à laquelle 50 pays européens avaient envoyé des athlètes. Elle précède les Jeux islamiques dont le format est quasiment le même et elle a mobilisé la presque-totalité des ressources humaines comme infrastructurelles.

Tout comme l’Olympiade d’échecs, le championnat d’Europe de football des moins de 17 ans que la ville a déjà accueilli. S’y ajoute une nouvelle manifestation d’envergure internationale. En effet, pour marquer les 60 ans de sa première édition, le Championnat d’Europe de Football se disputera, en 2020, dans 13 villes du Continent. Et le stade olympique de la capitale azerbaïdjanaise d’une capacité de 68.700 places a été retenu pour abriter trois matchs de poules et un quart de finale de ce tournoi. Prochainement, la ville va également accueillir le Championnat d’Europe de volley-ball féminin.

Dans le cercle fermé de la Formule 1
Flame Towers BakouEn 2016, cette ville située au bord de la Mer caspienne a franchi un nouveau cap, avec l’inscription de son circuit automobile dans le calendrier de la Formule 1. Et parallèlement aux Jeux de la Solidarité islamique, Bakou était en plein dans la préparation de cet événement qui mettra le pays sous le feu des projecteurs. Ce qui est d’ailleurs l’un des objectifs visés par le pouvoir qui veut « positionner l’Azerbaïdjan en Europe et démontrer leur volonté d’ouverture aux visiteurs étrangers ». Et après le succès de la première édition, les organisateurs ont décidé de le renommer Grand Prix d’Azerbaïdjan, et non plus Grand Prix d’Europe, son appellation antérieure.

La course qui sera le 8ème des 20 rendez-vous que compte, cette année, le calendrier de la saison de Formule 1, aura lieu le 25 juin courant sur le circuit urbain de Bakou. Ce circuit automobile temporaire est situé près du parc maritime de Bakou, où les tentes et autres tribunes provisoires commencent à s’élever pour accueillir les spectateurs. Il a accueilli, pour la première fois, le Grand Prix d’Europe de Formule 1, le 19 juin 2016. Cette année encore, les concurrents arpenteront 52 fois le circuit fermé de 5,872km soit une distance totale de 305,344 km. L’histoire retiendra que c’est le champion du monde allemand, Nico Rosberg sur Mercedes qui s’était imposé lors de la première édition.

Dakar Square, en souvenir d’un jumelage scellé en 1967
A cinq stations de métro de la gare de Koroglu, en allant vers l’est, se trouve celle de Neftchilar. Un endroit dont le tunnel débouche sur un rond-point où la circulation est dense en ce début d’après-midi et où le passage est réglementé par un agent de police malgré la présence de feux de signalisation. Pour accéder à la place où se dressent trois colonnes verticales, il faut l’intervention du policier en poste pour intercéder auprès des automobilistes nombreux à cette heure de pointe. Ici, se trouve la Place Dakar ou Dakar Square ou encore Dakar Circle ; un endroit pour matérialiser le jumelage entre la métropole azerbaïdjanaise et la capitale du Sénégal. L’endroit est situé à l’intersection de la rue Rustam Rustamov et de l’avenue Kara Karayev, près de la station de métro « Neftchilar ».

A l’entrée de la station, une plaque multicolore s’offre aux passants avec les inscriptions « Cités Unies » pour faire un clin d’œil à l’union que la métropole a scellée avec Dakar au même titre qu’avec huit autres villes du monde. Plusieurs habitants (dont notre guide) et passants ignorent tout de la ville dont le nom est inscrit sur le mur. Pire, beaucoup de passants ignorent jusqu’à l’histoire de cette place et l’existence de la ville jumelle. Et selon la présentation officielle, « la place a été nommée à l’honneur de la ville de Dakar, capitale du Sénégal et de la ville jumelle de Bakou. Ces deux villes ont été jumelées en 1967 ». C’était sous le magistère du Docteur Samba Guèye. Et vingt ans plus tard, en septembre 1987, à l’occasion du centenaire de la fondation de la ville de Dakar, une délégation de la municipalité de Dakar s’était d’ailleurs déplacée à Bakou et avait visité la place dédiée à la capitale sénégalaise. Au centre de cette place, trône un monument de sépulcre orné de mosaïques, d’images de colombe et de salutations, ainsi d’un panneau incrusté représentant les armoiries de deux villes et avec les mots « Cités Unies », du côté est.

La culture pour plus d’ouverture
Centre culturel Heydar HaliyevSi le visiteur n’est pas emballé par la verdure, les attractions ne manquent pas pour satisfaire sa curiosité.
Des édifices récents comme anciens sont conseillés aux voyageurs et sont pris d’assaut toute la journée pour des moments de détente. Dans leur quête de grandeur, les autorités de ce pays affranchi de l’Union soviétique en 1991 au même titre que 13 autres nations voisines, ont entrepris des chantiers de prestige. Un besoin de s’affirmer qui a un coût et la famille présidentielle n’a pas lésiné sur les moyens tirés principalement de l’exploitation du pétrole dont des puits artisanaux sont encore visibles à quelques endroits de la ville.

Et du côté du sport, rien de telle que la culture pour assurer au pays, un rayonnement international. C’est dans cette optique que l’Azerbaïdjan a accueilli, en mai 2012, la finale du concours de l’Eurovision : un concours international de chant auquel avaient pris part de jeunes prodiges de la chanson européenne issus de 42 pays du Vieux Continent. Pour cela, il avait fallu construire un Palais de la Chanson, le Crystall Hall qui a, depuis lors, accueilli des manifestations sportives dont les épreuves de karaté, d’escrime, de taekwondo, de volleyball, de boxe et de zurkhaneh aux Jeux européens et de la Solidarité islamique.

Avec cette organisation, il s’agissait, pour les autorités azéries, de s’assurer une publicité internationale puisque des centaines de millions de téléspectateurs suivent, chaque année cet événement. « L’organisation de l'Eurovision doit apporter la démonstration de notre culture, de nos traditions, de nos tolérances et de notre modernité », disait alors un des principaux conseillers du président Ilham Aliyev. Le but poursuivi était, en effet, de vendre, grâce à la vitrine Bakou, l’image de l’Azerbaïdjan à l’Occident.

De notre envoyé spécial à Bakou (Azerbaïdjan), Ousseynou POUYE

 

Inconnu au bataillon il y a quelques années, Gaoussou Guèye est devenu un fervent défenseur de la pêche artisanale, qu’il considère comme un parent pauvre du secteur. Acteur très engagé et soucieux du devenir des communautés côtières, son combat pour le compte de la transparence dans le secteur l’a propulsé aux devants de la scène. Parti de rien, Gaoussou Guèye qui a mis en place l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (Aprapam) a été porté à la tête de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa). Son plus grand défi : rendre plus visible le secteur de la pêche artisanale et gagner le combat de la transparence et de la bonne gouvernance.

Quand il débarquait à Mbour vers la fin des années 80, il n’avait jamais réalisé qu’il deviendrait un acteur incontournable de la pêche artisanale. Mais l’étoile de Gaoussou Guèye a brillé d’un gros éclat. En feuilletant le livre de son passé, l’on se rend compte qu’il avait flirté avec la pêche, mais cette idylle n’avait pas trop duré.

Gaoussou Guèye a démarré sa carrière par la navigation. « J’ai roulé ma bosse un peu partout. J’ai participé à la mise en forme de plateformes en Angola, à Port-Gentil, à Pointe Noire. J’ai ensuite un peu touché à la pêche. J’ai fait des pays comme la Guinée, la Sierra Leone, la Guinée Bissau et autres », renseigne-t-il. C’est par la suite qu’il a atterri à Mbour, mais ce n’était point pour travailler dans la pêche. Il y était pour ses activités professionnelles. Gaoussou Guèye gérait une station d’essence, mais les choses n’ayant pas marché comme il le souhaitait, il s’est tourné vers le mareyage. Ainsi s’ouvre un nouveau chapitre de sa vie. « Les débuts n’ont pas été faciles. Fort heureusement, des commandants de bateau que je connaissais et qui habitaient Mbour m’avaient mis en relation avec leurs familles, leurs amis », rappelle-t-il.

Chemin faisant, Gaoussou Guèye s’est intégré dans ce monde complexe. Constatant que les acteurs du secteur n’étaient pas organisés, il s’est engagé à changer la donne et les organiser de sorte qu’ils aient une structure qui défendrait leurs intérêts. « C’est ainsi que j’ai créé un Gie après mon adhésion à la fédération communale des mareyeurs, filiale de la fédération nationale des mareyeurs. De fil en aiguille, on a continué et j’ai trouvé qu’au niveau des organisations professionnelles ce n’était pas trop organisé. Il y avait trop de problèmes crypto personnels, on défendait plutôt des intérêts individuels que l’intérêt général », explique-t-il. Conscient que les organisations professionnelles avaient failli à leur mission, qu’elles ne jouaient pas le véritable rôle qui était le leur, Gaoussou Guèye a entrepris avec des amis qui n’étaient pas du monde de la pêche de créer une association de la société pour aider les communautés côtières.

Nouveau président de la Caopa
« Je me suis rendu compte que quand on discutait sur les accords de pêche, les acteurs n’étaient pas souvent d’accord. Ils n’assistaient pas aux tables de négociation, ne connaissaient rien des accords. Il fallait donc que les choses changent », indique-t-il.

L’année 2010 marque donc la création de l’Aprapam qui regroupe des scientifiques, des économistes, des professionnels de la pêche et de la communication qui partagent les objectifs d’aider les communautés côtières à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à mieux apprécier les ressources et d’en faire un usage qui garantit la durabilité, à s’impliquer dans la mise en œuvre des politiques de pêche et d’en tirer des retombées bénéfiques entre autres.

Parent pauvre de la pêche, le secteur artisanal a trouvé en la personne de Gaoussou Guèye un fervent défenseur. « La pêche, c’est dans mon sang. Toutes mes discussions tournent autour au tour de la pêche. Je ne parle que de pêche. Je ne peux pas faire autre chose que défendre le secteur de la pêche. Je suis tout le temps braqué sur la pêche surtout artisanale qui joue un rôle extrêmement important dans notre pays. Non seulement c’est un facteur de stabilité sociale, ça créé des emplois et contribue beaucoup à la sécurité alimentaire », confie-t-il. Et la préservation des ressources demeure l’un de ses plus grands combats. « Il doit y avoir de la transparence dans la pêche et il faut un cadre exclusivement réservé à ce secteur », note-t-il.

En 2011, la Caopa a organisé au Sénégal un séminaire ouest-africain sur le thème de la transparence dans les pêches maritimes en Afrique afin d’examiner les problèmes causés par le manque de transparence dans le secteur et d’élaborer des stratégies pour améliorer l’accès du public à l’information. Les recommandations de cette rencontre ont été améliorées et c’est sur cette base que la Fiti (Initiative pour la Transparence des Pêches) a été créée, indique M. Guèye. Récemment à Bali, en Malaisie, la Fiti s’est structurée et Gaoussou Guèye fait partie des 15 membres du Conseil d’administration.

Son engagement et sa détermination lui ont valu son élection en novembre dernier à Lomé, au Togo, à la tête de la Caopa pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. Il a été choisi à l’unanimité par les membres des 24 pays. Il remplace à ce poste le Mauritanien, Sid’ Ahmed Ibn Abeid qui a épuisé ses deux mandats. « C’est un honneur et une satisfaction que 24 pays, à l’unanimité, disent que c’est un Sénégalais qui va être leur président. C’est un grand challenge et je ne peux pas le réussir seul. Je sollicite le soutien de tous pour réussir cette mission, car il reste beaucoup de travail à faire », indique Gaoussou Guèye qui occupait le poste de secrétaire général de cette organisation interprofessionnelle. L’un des challenges du nouveau président, c’est d’organiser une année africaine de la pêche artisanale pour rendre beaucoup plus visible ce secteur qui, au-delà de ses aspects socio-économiques, est extrêmement important, mais aussi de relever les grands défis du secteur, notamment les enjeux de sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la gestion de la ressource halieutique pour une meilleure durabilité.

La pêche, un métier noble
Aujourd’hui, soutient M. Guèye, la pêche artisanale est invisible parce que les gens croient qu’il n’y a que la pêche industrielle qui débarque dans nos pays. Les débarquements de la pêche industrielle ne font que 20 %. La pêche artisanale est un secteur qui gagnerait, selon Gaoussou Guèye, qui gagnerait à être davantage organisé. Et à l’en croire, l’Aprapam et de la Caopa y travaillent. « Au lieu d’avoir des pléthores d’organisations professionnelles, qui ont une mission commune, à savoir la préservation de la ressource, il faut une mobilisation des forces, avoir des organisations professionnelles fortes, structurées qui soient autonomes pour régler leur quotidien sans tendre la main », relève Gaoussou Guèye qui est convaincu que la transparence est un élément essentiel pour gérer la pêche. Selon lui, il faut promouvoir la cogestion, la surveillance participative pour améliorer le système de gestion des pêcheries dans nos pays. « Nous devons vers une bonne pratique de pêche et chacun doit engager sa responsabilité pour la préservation de cette ressource, mais aussi la protection des océans », relève-t-il en plaidant pour un changement de comportement notoire au niveau des pêcheurs, décideurs politiques et entreprises qui jonchent le littoral.

Que du chemin parcouru depuis ! Mais Gaoussou ne regrette pas le chemin choisi. « Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde. Je vais continuer à défendre les communautés côtières, la pêche artisanale et le secteur de la pêche dans son ensemble », assure-t-il.

Pour le président de l’Aprapam et de la Caopa, il n’y a pas de métier plus noble que la pêche. « Quand le pêcheur quitte son domicile pour aller en mer, il reste des heures sans voir personne, mais il garde toujours espoir de pouvoir capturer du poisson. Il est enthousiaste quand il réussit et ramène ses prises pour pouvoir le mettre à la disposition de ses concitoyens. Dès qu’il vient quand quelqu’un qu’il connait, il lui donne du poisson. Cette générosité, on ne le trouve ailleurs que dans la pêche », relève-t-il. De l’avis de Gaoussou Guèye, les pêcheurs méritent toute la considération du monde. « Ils ne comprennent pas et ne savent peut-être pas lire le français, mais ils ont des connaissances extraordinaires », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

Située dans la contrée du Loog, qui appartenait autrefois au Diognick, une province située au nord-ouest du royaume du Saloum, la commune de Mbam joue un rôle central. Riche de ses potentialités naturelles, ses plans d’eau et de ses villages au passé glorieux à l’image de Mbam, Mbassis, Ndorong, Thiaré, cette contrée ne veut pas abdiquer face à la pauvreté chronique qui l’a privée jusqu’à la plus petite des infrastructures de base. Malgré cela, la localité veut grandir en exploitant ses nombreux atouts et combler ses nombreux déficits.

Il est des contrées très difficiles à placer sur la carte du Sénégal. Mbam fait partie de celles-là. Située à quelques encablures de la commune de Foundiougne, sur la route de Passy, cette commune d’environ 10.000 habitants aux allures de gros village endormi regorge de potentialités. On ne peut pas passer par Mbam sans évoquer Laga Ndong, le Taaboor, roi des Esprits, génie protecteur de la contrée qui appartient au village de Ndorong. Ni occulter ses villages chargés d’histoires comme Mbam, Thiaré et Mbassis qui, depuis la nuit des temps, vibre au rythme du « ndut », rite initiatique chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté.

Mbam est une commune pleine d’histoire et de sociabilité si l’on en croit son maire Simon Diouf. « Notre contrée occupe une centralité forte et regorge d’histoire. À l’époque, le diaraf résidait toujours à Mbam. Il y a Mbassis qui a aussi une très forte histoire, tout comme Ndorong et Thiaré », renseigne le maire. Comme beaucoup de localités en pays sérère, Mbam est une zone culturelle par excellence comme en attestent les nombreux évènements qui rythment la vie de communauté. « Quand on aura tout perdu, il ne nous restera que la culture qui n’est pas un élément négligeable dans la zone », indique Simon Diouf. L’évènement phare à Mbam, c’est le « ndut » qui a lieu périodiquement à Mbassis. Ce rite initiatique, selon le maire, constitue un des points cardinaux des valeurs de la localité.

Un marketing territorial pour valoriser le tourisme
« C’est à cette occasion seulement qu’un transfert des valeurs et de nouvelles acquisitions confortent les jeunes dans ce qu’ils sont et les aident à grandir et à devenir homme. C’est une forme d’adhésion à ce qu’on est, une responsabilité d’appartenir aux siens », explique le maire. Jadis, relève Simon Diouf, la séance du « ndut » était tournante entre Mbassis, Mbam, Thiaré et Ndorong. Ce rite, dit-il, était célébré au gré de la réussite de l’hivernage. Le système tournant était valable aussi pour les activités sportives et culturelles, et même pour les séances de lutte. « Mbam est une commune naturelle. Géographiquement, les contours le montrent. Culturellement et sociologiquement, les familles que vous trouvez à Mbam sont les mêmes que vous rencontrez à Mbassis, Ndorong », précise Simon Diouf.

Cernée de part et d’autre par les bolongs, la commune de Mbam recèle aussi des potentialités touristiques. En plus du cordon littoral sableux de plus d’une cinquantaine de kilomètres, des plans d’eau et de l’une des plus belles baies au monde qui se trouve dans le département avec réserve biosphère du delta du Saloum, Mbam a de quoi faire rêver. Avec tous ces atouts, le maire estime que « (sa) ville peut aller vers un écotourisme et un tourisme spécifique, d’excursion ». Mais ce qu’il faut, soutient Simon Diouf, c’est un véritable marketing territorial. « Il faut considérer l’offre, la positionner au niveau international et travailler à la communiquer et à avoir une image de marque forte », indique-t-il. « On est trop étriqué dans nos réflexions et la politique prend trop le dessus sur le développement », déplore-t-il. Selon lui, il urge de donner une identité forte au département de Foundiougne, le positionner parmi les zones d’attraction les meilleures. Aujourd’hui la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. Le maire de Mbam est d’avis que si le site était bien exploité avec des installations patentes, ça aurait permis à Mbam de devenir une vitrine et d’attirer chaque année beaucoup de touristes. Dans plusieurs contrées du pays, le foncier constitue un casse-tête. Mais à Mbam où il constitue une énorme richesse, la communauté tient beaucoup à sa préservation. Depuis trois ans, explique le maire, toute forme d’attribution a été suspendue par souci de préservation du foncier.

« Nous voulons nous inscrire dans une dynamique légale, mais aussi dans une approche participative », explique le maire. C’est pourquoi, note-t-il, la commission d’attribution n’est pas gérée par des conseillers.

Le foncier, une précieuse richesse
« Dans chaque village, il existe une commission locale présidée par le chef de village et composée de la présidente des femmes, du responsable des jeunes, de l’imam, de la catéchèse, d’un sage et d’un ancien conseiller », indique-t-il. « On a par la suite demandé à chaque chef de village de nous faire une proposition de critères d’attribution. À la suite d’une plénière, six critères ont été arrêtés parmi lesquels chaque propriétaire a au minimum une parcelle ou deux tout au plus. On fait une solidarité agissante, mais futuriste ». En matière de foncier, le maire et son équipe veulent jouer la carte de la prudence. « Depuis que nous sommes arrivés, nous n’avons pas fait plus de 20 délibérations parce que nous pensons que notre seule richesse reste le foncier que nous n’osons pas brader », soutient Simon Diouf.

Aujourd’hui, renseigne le maire, la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. À en croire Simon Diouf, des promoteurs veulent le site, mais les offres ne sont pas conséquentes ni suffisamment bancables pour que des terres leur soient données. La situation est telle que la municipalité ne peut même pas étendre la zone agraire parce que, dit le maire, la seule forêt qui reste à la commune a été mise en défens.

« Nous avons la préoccupation de sauvegarder cette relique qui nous reste pour assurer la zone pastorale, mais aussi les activités des tradipraticiens parce que nous sommes dans une collectivité suffisamment rurale où les gens se soignent souvent par des plantes. C’est des préoccupations que nous avons prises en compte », note-t-il en précisant que Foundiougne ne dispose plus de foncier. Selon Simon Diouf, l’extension naturelle de Foundiougne c’est la commune de Mbam. « Nous sommes sûrs qu’un développement optimal de Foundiougne ne saurait se réaliser que par une intercommunalité entre les deux collectivités ». Aujourd’hui, indique M. Diouf, on raisonne en termes de pôle. Mais, selon lui, avant d’arriver à pôle Sine Saloum, certaines localités devraient travailler à s’interconnecter pour avoir des projets d’envergure communs.

Malgré les potentialités dont regorge Mbam, l’accessibilité de cette localité demeure problématique. Pour le maire Simon Diouf, la reprise des travaux de la boucle du Loog qui relie les plus gros villages de cette zone est devenue une urgence.

Le défi de l’accessibilité
« Ça a été un plaidoyer, ça le reste et ça le restera », soutient le maire qui insiste sur la pertinence de relier Foundiougne, Soum et Mbam, trois communes qui partagent les mêmes espaces socio-culturels et les mêmes aspirations. Selon lui, Mbassis est mal à l’aise quand arrive l’hivernage. Il est difficile d’évacuer les malades. L’aspiration, c’est de voir la boucle avec un chemin caillouteux et, à terme, son bitumage pour aider à valoriser le potentiel de la zone.

« Le problème a été posé avec le Pudc. On nous a donné un gage que le travail va reprendre. Nous sommes une presqu’ile comme le Cap-Vert. De part et d’autre il faut traverser un pont ou un bac. La réalisation de cette route va donc changer beaucoup de choses et ouvrira beaucoup d’opportunités et nous aiderait à valoriser notre potentiel touristique », assure-t-il. Par ailleurs, fait savoir M. Diouf, le grand projet du pont de Foundiougne ouvrira d’autres opportunités. « Cette infrastructure va décloisonner totalement la zone et nous rapprocher de la Gambie. Avec les autres ponts, ça va créer une synergie et d’ici 20 ans, le département de Foundiougne connaitra une expansion extraordinaire », fait savoir Simon Diouf.

Avec ses 124 km2 de superficie, Mbam, composé de six gros villages (Mbam, Mbassis, Thiaré, Ndorong, Gagué Mody et Gagué Bocar) et de quatre hameaux (Bambouki, Ndolette, Peulga et Keur Samba Wané), est une commune qui n’a aucune infrastructure de base. Pas de stade municipal, ni marché, ni hôtel de ville. Un vrai marasme infrastructurel. 

Une commune qui rêve de grandir
Populations MbamLe défi majeur s’articule, selon le maire, autour de l’éducation, de l’environnement, de l’eau et de l’électricité. « L’avènement d’un pays ou d’une commune c’est l’éducation qui pourrait aider les jeunes à prendre la montée et à asseoir le développement », soutient Simon Diouf. L’eau, indique-t-il, est à la base de tout développement.

Mbam, qui se trouve dans une zone quasi insulaire, est confronté à un problème lié à la salinité rendant complexe l’accès à l’eau potable. « Au début des années 80, la Caritas nous avait aidés à implanter un peu partout des forages qui ne sont plus fonctionnels depuis bientôt dix ans. Aujourd’hui, le Pudc est intervenu à Mbam, mais l’eau était saumâtre. Les tentatives d’amener une machine de désalinisation n’a pas prospéré », renseigne-t-il. Aujourd’hui, note le maire, il existe, selon le Pudc, une possibilité de transfèrement d’eau à partir de Diossong. « Nous avons un forage qui pourrait nous alimenter avec un transfèrement d’eau à Passy Mbiteyenne. Ce serait une bonne chose parce que ce village est resté dix ans sans eau », souligne-t-il. Les populations s’alimentent à partir de puits ; ce qui, de l’avis du maire de Mbam, constitue un problème de santé publique, car, soutient-il, l’hygiène et la qualité ne sont pas de mise. Il y a aussi l’électricité qui, selon le maire, constitue un élément structurel. Avec elle, indique Simon Diouf, il y a possibilités d’élargir le développement. « De la ruralité, on peut développer la localité grâce à l’électricité qui est un aspect important pour nous ». Pour le maire, Mbam a la chance que beaucoup des villages le composant soient électrifiés. « Si cette électrification pouvait être étendue, ce serait une très bonne chose. Le Pudc avait dans sa seconde phase ciblé les villages de Mbam et Mbassis. Ce serait une aubaine pour nous que systématiquement l’électrification soit étendue à ces deux grands villages de la commune ». Selon le maire, des efforts ont été faits notamment avec le Pndl grâce à un appui de 13 millions de FCfa. « Nous avons fait une extension au niveau de Mbam qui est la capitale de la commune et Thiaré. Nous sommes en train de réaliser l’extension des villages de Ndorong, de Gagué Cherif et Gagué Mody et du hameau de Ndolette », indique le maire.

Avec un budget assez maigre pour faire face aux investissements et fonctionnement, le développement n’est pas facile. « Nous avons 9 compétences transférées qui ne sont pas faciles à réaliser surtout que 40 % des fonds de dotations sont injectés dans l’éducation », indique le maire. Pour Simon Diouf, le devenir de Mbam en tant que commune purement rurale qui dépend foncièrement de l’agriculture sera très complexe. La solution, relève-t-il, passe par une grande solidarité entre les grandes communes qui ont assez de moyens et celles plus petites et disposant de peu de ressources.  

Exploitation des ressources halieutiques
La zone de Mbam constitue un espace riche en ressources halieutiques. Un transfert de technologie dans le secteur des pêcheries plus précisément de la crevette est à l’étude, selon Jean Fall, enseignant chercheur à l’Institut de pêche et d’aquaculture, natif de Mbassis dans la commune de Mbam.

Les opportunités ne manquent pas dans la zone selon le chef de village de Mbassis, Joseph Caty Diome. Mais, précise-t-il, aucun projet encore moins l’accès au financement ne profite aux populations des différents villages. M. Diome fait noter l’existence de nombreuses potentialités dans le secteur de la pêche. Ici, indique-t-il, « la crevette est très prisée notamment dans les villages de Mbam, Gagué Mody, Gagué Cherif et Gagué Bocar, zone réputée site sacré du Ngouta (baobab qui servait de lieu de cachette) situé au milieu des palétuviers le long du bras de mer. Aussi, il y a la zone des tanns (sol salé) de Loog où on peut trouver des mulets, des tilapias et d’autres espèces comme les huitres, mais dont l’abondance de la capture dans les temps anciens n’est plus de mise du fait de la disparition progressive des palétuviers ». Pour l’Enseignant chercheur, Jean Fall de l’Institut de pêche et d’aquaculture, il convient de mettre à profit tout ce potentiel pour lutter contre l’exode rural à travers un transfert de technologie en matière de pêche pour lequel un projet pilote a été ficelé dans le cadre de l’organisation de la filière aquacole. Selon M. Fall, des femmes et des jeunes ont été formés en ostréiculture, en élevage d’huitres et à la maitrise du dispositif de captage d’essaim de mollusques (guirlande où l’on attache des coquillages). De même, précise-t-il, une formation à la technique de culture de tilapia a été organisée notamment pour l’aménagement d’étangs avec bâche à mettre dans l’eau pour l’empoissonnement et le nourrissage. « Il est aussi envisagé une unité de fabrique d’aliments pour poisson en utilisant les sous-produits agricoles disponibles dans la zone comme le mil et le maïs », indique-t-il. Aujourd’hui, l’ambition d’une intégration agriculture-pisciculture reste le principal souci des populations de Mbam et de Mbassis à travers l’utilisation à grande échelle des affluents et cours d’eau pour promouvoir le développement local et la sauvegarde de l’environnement. Mais l’urgence, selon le chef de village, Joseph Caty Diome, se trouve dans la réhabilitation et lé régénération de la zone des mangroves avec l’appui des partenaires. « Même si, les jeunes de Mbassis sont pressés d’accueillir le projet en gestation qui devrait leur ouvrir de nouveaux challenges et une main d’œuvre considérable pour non seulement faire émerger le terroir à vocation agricole, de pêche et d’élevage, mais également satisfaire leurs besoins familiaux », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Prime à l’accessoire

19 Jui 2017
1361 times

« Monsieur untel a tout dit, je vais juste placer un mot » ! Combien de fois on a entendu cette phrase dans nos assemblées où il faut se répandre en éloges sur l’âme munificente pour lui rendre grâce et quelquefois sangloter afin que l’effusion soit bien poignante. Et puis, le quidam déblatère et oublie sa promesse d’un « mot ». Il s’épanche sous les ovations de quelques excités friands de saillies divertissantes, à la manière des groupies, et ne se prive pas de lancer quelques piques mesquines aux grippe-sous ; espèce favorisant peu les « représentations théâtrales ».

Ne faisant pas partie de la « haute société » et n’ayant rien à dire à part « machiner » sa prochaine sollicitation qu’il a du mal à dissimuler, on n’aura aucune gêne à arrêter ses tendresses intéressées. Il faut bien que les autres quémandeurs aient, eux aussi, leur temps de mise en scène, de parole comme cela se passe dans les assemblées politiques où on loue le génie et la vision éclairée de sa majesté ; ces moments pendant lesquels on dévoile notre fourberie et notre sens du spectacle. Sa majesté et les aspirants au trône n’auront finalement pas besoin de nous dessiner le « réel du lendemain ».

Les chantonneront avec nous, âmes jouisseuses sans répit. Combles d’inconséquences, nous nous offusquerons de leur légèreté. C’est nous qui favorisons cet abêtissement bien fructueux pour cette coterie ! Nous nous plaisons dans le « négligeable », le folklore. Le folklore, nous dit-on, c’est l’ensemble des traditions populaires d’un pays. Il est donc une utopie de vouloir nous en départir. Toutefois, quand nous ne parvenons plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire, c’est qu’il y a rupture de sens, d’un équilibre. La capacité de discernement est un signe d’intelligence d’un peuple, une manifestation d’une « volonté de… ».

Il nous arrive souvent de nous rendre à des cérémonies de présentation de livres censées être des moments d’échanges sur diverses questions de grande importance qui nous interpellent. Hélas, elles sont devenues, au grand dam des âmes férues de ces réceptacles d’idées, de triviales parades de saltimbanques où le louangeur a pris le pas sur l’érudit, le poulain sur le critique. On n’hésite pas à se faire escorter par une pléthore d’amuseurs encombrants, de chanteurs, de son vénéré et curieux guide religieux (la nouvelle vague bien sûr) et ses accompagnateurs zélés qui indisposent l’assistance parce que sa dignité requiert qu’il soit à la bonne place. Les sièges, le protocole… tout est fichu. Le pauvre « intello » (si on l’écoute) commence à ennuyer les bonnes dames, les séducteurs à l’esbroufe, les chiqués désormais passés d’auditeurs à animateurs ! Et les sermons inappropriés de l’Imam, venu témoigner de la grandeur d’âme de l’auteur, puent « facturou jakk ji faya gounou ko » (la facture de la mosquée encore impayée). C’est pire que la chienlit de nos parodies de combats de lutte. Le tintamarre est désormais un élément de la jouissance auditive. Tout cela a fini par nous paraître si normal, si anodin, si juste.

Entre les petites prévenances dont on entoure les « yax bu rey », les divagations, les « chants en l’honneur de… », on oublie qu’il faut parler du livre, objet de la rencontre. Il y en a qui achèteront l’ouvrage en guise de reconnaissance, arborant ainsi une humanité de circonstance. C’est peut-être la seule action louable d’un jour festif. Le livre aura trouvé acquéreur. Et un lecteur ? C’est moins sûr. C’est juste un élément du décor contribuant à l’harmonie des couleurs dans une salle surchauffée.
A suivre…

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Dans la nuit du 17 au 18 décembre 2016, au cœur de l’hiver, une centrale électrique de Kiev a été touchée par une panne électrique d’une heure qui n’a pas vraiment fait la une des médias. Mais selon des chercheurs, elle a été causée par un virus informatique qui serait lié à la Russie. Et qui serait capable de s’en prendre à de nombreuses infrastructures partout dans le monde, y compris au gaz et à l’eau.

L’une des deux sociétés à avoir identifié le virus, la société slovaque ESET, l’a baptisé « Industroyer ». Elle affirme qu’il était la menace la plus puissante pour les systèmes de contrôle industriels depuis Stuxnet, le virus visant les installations nucléaires de l’Iran qui était probablement d’origine américaine et israélienne. Dragos, une société de cybersécurité américaine qui a travaillé sur le même virus, l’a relié de son côté à un groupe de hackers russes nommé Sandworm, réputé lié au gouvernement russe.

Il permet par exemple à des hackers de prendre le contrôle de sous-stations et de fermer des parties du réseau électrique, pour le déstabiliser et provoquer des pannes géantes. Selon ESET, le malware « peut être adapté pour s’en prendre à n’importe quel système en visant le système de communications ». L’entreprise n’exclut pas que l’Ukraine n’ait été qu’un test, et que des attaques de plus grande ampleur puissent se produire à l’avenir.

Quinze ans de carrière dans le rap. Serigne M’Baye Gueye devient Disiz La Peste et s’impose avec le succès de « J’pète les plombs ». En 2009, soucis personnels et lassitude de l’industrie le poussent à mettre fin à sa carrière avec « Disiz the end ». Mais, il reviendra en 2012 sur le devant la scène avec son album « Extra-lucide ».

Le nouveau Disiz, à la fois rappeur, père et mari, s’affirme plus que jamais comme un artiste confirmé qui se bat contre les clichés violents et gratuits. Histoire d’un jeune de banlieue qui grandit à Evry, dans l’Essonne. Comme beaucoup d’entre eux,  il se nourrit de la musique hip-hop avec NTM et IAM. Il doit s’affranchir du regard de l’autre et cherche à définir son identité. De Tolstoï à la biographie de Malcolm X, il va s’inspirer de ces auteurs pour écrire ses textes. Un rappeur qui a voulu faire exploser la ségrégation intellectuelle ambiante et imposer le langage de la rue dans un domaine réservé aux élites.

Il ne veut pas produire un disque trop introspectif, ni raconter son journal intime, mais plutôt mélanger figures de styles et sujets actuels afin d’arriver à une réelle cohésion entre rap et réalité. L’image du rappeur calme, serein et surtout lecteur, lui vaut de se voir qualifié d’intello. Cette vision lui déplaît puisqu’elle met en opposition le rap et l’intérêt pour la littérature, ce qui alimente une vision erronée de l’univers hip hop. Le rap représente avant tout les mots et les différentes subtilités de langage. Il crée un rap « utile » bien loin d’un rap « conscient » ou d’un rap « bling bling » comme il dit.

Et lorsqu'on connaît le parcours du rappeur d'Evry, on est surpris de lui trouver les idées si claires et l'esprit si serein. Car Serigne Mbaye Guèye, franco-sénégalais de 38 ans, revient de loin. Sa génération, celle issue de l'immigration et des quartiers populaires, a grandi en écoutant les rappeurs américains et français. La vie en banlieue incarne sa principale source d’inspiration. En 2007, Disiz accorde sa confiance à Ségolène Royale, un geste qui lui laissera une expérience amère. La récupération de son image de rappeur intelligent à des fins stratégiques soutient les clichés contre lesquels il se bat. Cette société, devenue trop vite libérale et capitaliste à son goût, représente un prétexte pour écrire ses textes.

Par Oumar BA

L’envie de connaître une situation sociale bien meilleure a poussé de nombreux jeunes Sénégalais dans les bras de vieux retraités européens venus passer du bon temps à la Petite Côte, pour le restant de leur vie. Mais si certains ont pu construire de belles villas et investir dans des créneaux porteurs, grâce au mariage mixte, d’autres, trahis et abandonnés à leur triste sort, ont vu leurs rêves s’effondrer comme un château de cartes.

Il est venu une première fois au mois de février, il est revenu au mois de mai et il compte s’installer définitivement dès novembre prochain. Lui, c’est Fabrice, un sexagénaire français, en vacances à Saly Portudal, depuis un mois. C’est un amoureux du Sénégal et particulièrement de cette station balnéaire où, selon lui, on trouve toutes les commodités pour mener une vie agréable. Cet après-midi du mois béni de Ramadan, il fait partie de la cohorte de retraités européens, en belle compagnie, venus faire leurs achats dans un supermarché niché en plein cœur de Saly Portudal. A la devanture de cette grande enseigne, les belles bagnoles se succèdent les unes les autres, dans un vrombissement continu des moteurs. Le lieu dégage un luxe insolent. Tout autour, des vendeurs d’œuvre d’art guettent le moindre touriste, dans l’espoir de réaliser de bonnes affaires. Les vendeurs de cartes de crédit, le long des trottoirs, ont aussi senti le bon coup n’hésitant pas à interpeller les passants. Enfin, les bureaux de change installés un peu partout complètent le décor. 

Dans ce milieu qui grouille de touristes, pour la plupart des Européens, l’activité commerciale est intense, le marchandage constant. Il est 17h. Dans deux heures et demie, les musulmans procéderont à la rupture du jeûne. Le supermarché reçoit de plus en plus de monde. Un ballet incessant de couples mixtes se mêle parmi cette foule hétérogène qui grossit au fil des heures.

De vieux occidentaux sont accompagnés de belles nymphes africaines, des sénégalaises pour l’essentiel. Un homme s’empresse de récupérer un panier et ouvre aussitôt la porte à sa jeune partenaire noire. Ah, ils sont toujours galants ces Blancs ! Un autre, sans doute, un septuagénaire, traine sa lourde silhouette, derrière une fille d’à peine 20 ans, qui se trouve être sa conjointe. Vu l’écart d’âge qui les sépare, la jeune dame pourrait être sa petite fille voire son arrière-petite-fille. Mais l’amour connaît-il l’âge ? Evidemment non.
D’autres acheteurs prennent d’assaut les échoppes de fortune qui font face au supermarché. Parmi eux, Fabrice et sa femme, une Sénégalaise de 21 ans, les lunettes noires bien vissées, certainement pour éviter les regards de certains curieux et jaloux. Entre ces deux-là, le courant est vite passé. Le couple s’est rencontré en février dernier à l’occasion de la première visite au Sénégal du sexagénaire français. Très vite, le coup de foudre a lieu entre les deux tourtereaux. Finalement, Fabrice et sa compagne ont fini par sceller leur alliance, devant Dieu et les hommes.

« Ici, c’est sympathique »
Couple mixtePour l’heure, c’est le prolongement de leur lune de miel. Les deux conjoints surfent toujours dans un bonheur intense, la belle vie qu’ils entendent croquer à belles dents. La ville est belle ! D’ailleurs, Fabrice compte, à partir du mois de novembre prochain, revenir s’installer définitivement au Sénégal et à Saly auprès de sa femme afin de vivre pleinement son idylle. C’est fou l’amour ! « Je suis là depuis un mois et il ne me reste que trois semaines de vacances. Je suis venu une première fois au mois de février et je suis revenu. C’est un endroit qui me plait énormément. Personnellement, ce n’est pas le premier pays africain que j’ai fait. J’ai toujours aimé l’Afrique mais ici c’est sympathique », affirme-t-il, en homme amoureux.

Pour lui, Saly Portudal, en termes de confort, de commodités etc. ; n’a pas beaucoup à envier aux villes françaises « Le coût de la vie n’est pas cher et l’on peut trouver tout ce que l’on veut ; sans oublier les hôtels, les belles plages, le soleil, le beau temps toute l’année, la proximité géographique etc. », ajoute-t-il, manifestement sous le charme de cette station balnéaire.

Jean, un vieux promoteur touristique a, lui aussi, cédé aux assauts charmants d’une belle demoiselle à la fleur de l’âge. C’est à la suite du décès brusque de sa femme, alors qu’ils étaient tous deux en voyage au Sénégal, en compagnie de leur jeune fils, que le Français a rencontré la Sénégalaise. Comme Fabrice et sa femme, les deux amants n’ont pas mis du temps pour officialiser leur relation. Eux aussi ont l’air de bien s’entendre, malgré le gap générationnel consistant. Ils ont fait de l’amour un pont pour traverser les âges, se retrouver et sceller leur union sacrée pour le meilleur et le pire. Toutefois, le couple n’entend pas se fixer définitivement au pays comme l’ont fait beaucoup de retraités européens. « Ma femme et moi, nous nous entendons à merveille ; mais nous ne comptons pas nous installer à Saly. Nous aller retourner en France. J’étais venu pour me lancer dans le tourisme mais le secteur n’est pas bien soutenu », se convainc Jean. Entre autres raisons, à l’origine de ce choix, « la jalousie et la haine » qu’attire son idylle avec sa fringante dame, sans oublier « les difficultés du tourisme, les billets d’avion chers ».

Comme Fabrice et Jean, ils sont nombreux ces vieux retraités européens qui ont décidé de se la couler douce à la Petite Côte. Le cadre de vie, les belles plages, le soleil tropical, la chaleur africaine et le coût de la vie peu cher etc. ; font partie des raisons qui attirent ces derniers. Sans compter la possibilité de trouver de jolies belles nymphes « qu’ils ne peuvent espérer rencontrer chez eux, tant l’écart d’âge est important », martèle le premier adjoint au maire de Saly, Babacar Guèye.

Résultat, à Saly, Mbour, Pointe Sarène, Nianing, Somone etc. ; le mariage mixte est devenu un phénomène social. L’élu de Saly ajoute qu’il est en hausse.
Dans ces localités, beaucoup de jeunes se sont mariés à des Blancs et Blanches qui viennent essentiellement de la France ; et dans une moindre mesure de l’Italie. A Saly, constate l’adjoint au maire, « sur 100 mariages, les 35 sont des mariages mixtes ».

Troisième adjoint au maire de Mbour, chargé de l’intercommunalité, Babacar Guèye a, en sa qualité d’officier d’état civil, eu à sceller des mariages mixtes. Il pense que la raison fondamentale qui pousse les jeunes dans les bras des Occidentaux est d’ordre économique.

Quand la pauvreté pousseles jeunes dans les bras des retraités européens
« Nous sommes dans un pays sous-développé et beaucoup de jeunes, en s’engageant dans ces mariages, espèrent trouver une situation socioéconomique bien meilleure. Ces mariages mixtes ne sont pas en général fondés sur l’amour », fait-il remarquer.

Par ailleurs, il ajoute que certains garçons et filles ont pu rallier l’Occident grâce à leur alliance avec des Européens. Un constat que conforte l’autre Babacar Guèye, 1er adjoint au maire de Saly. «  Le rêve, pour beaucoup de jeunes, est de se rendre en Europe. Du coup, le phénomène du mariage mixte constitue, à leurs yeux, une formidable opportunité de réaliser ce rêve », souligne-t-il. A l’en croire, certains ont effectivement atteint leurs objectifs en arrivant dans « l’Eldorado » européen. Le troisième adjoint au maire de Mbour soutient que d’autres jeunes ont pu également, grâce à leur mariage avec des Blancs, investir dans des créneaux porteurs, l’immobilier etc. « Certaines filles ont réussi à investir dans des projets, à construire de grandes maisons qu’elles louent. Actuellement, elles vivent dans un milieu social respectable. J’en connais trois cas », fait constater M. Guèye. Pour autant, les deux élus conviennent que le mariage mixte comporte plus d’inconvénients que d’avantages. Le phénomène, expliquent-ils, peut se révéler un dangereux miroir aux alouettes.

Ils racontent que des jeunes filles et garçons, contrairement à ce qu’ils espéraient, ont fini dans des culs-de-sac, trahis puis abandonnés à leur malheureux sort. « On a appris que certaines filles qui avaient pu gagner l’Europe à la faveur du mariage mixte ont été entrainés dans des réseaux de prostitution », souligne, avec regrets, le troisième adjoint à la mairie de Mbour.

Des sergents recruteurs à la solde de réseaux de prostitution
Babacar Guèye adjoint maire MbourEn fait, les vieux retraités qui jettent leur dévolu sur la Petite Côte n’ont pas toujours les mêmes motivations. Si certains ont de bonnes intentions, cherchent l’âme sœur, veulent passer du bon temps sous le soleil tropical, d’autres ne sont en réalité que des sergents recruteurs encagoulés à la solde de dangereux réseaux de prostitution. « La prostitution est l’autre danger qui guette les jeunes qui s’engagent dans les mariages mixtes », prévient encore Babacar Guèye. Il fait savoir que certains (filles et garçons) ont également été contaminés par le VIH Sida et abandonnés. C’est pourquoi, il appelle les jeunes à apprendre à mieux connaître d’abord leurs partenaires avant de s’engager dans une relation durable. « Le problème, c’est que les jeunes comme leurs familles ne font les investigations nécessaires avant de s’engager parce que pour la plupart, c’est une opportunité de réussite à saisir. Ils ne prennent pas les précautions nécessaires pour s’entourer de garanties en vue d’éviter des surprises désagréables », déplore encore, l’adjoint à la mairie de Mbour. L’autre inconvénient relevé par ce dernier est que « certains jeunes, une fois en Europe, sont coupés de leurs attaches au Sénégal ». Les deux hommes pensent que le risque de perdre son identité culturelle, ses valeurs est donc réel dans ce genre de relation.

« Beaucoup restent 3 à 4 ans sans venir en vacances au pays ; tandis que d’autres n’envoient même pas de l’argent à leurs familles à la fin du mois », renchérit l’adjoint à la mairie de Saly. Il explique que ce ne sont pas seulement les filles qui sont les malheureuses victimes du mariage mixte. Les garçons ne sont pas en reste ; surtout ceux qui vivent en concubinage avec leurs partenaires. « Généralement, certaines femmes, au bout d’un certain temps, quittent leurs jeunes conjoints pour d’autres plus aptes physiquement. Abandonnés, ces derniers se retrouvent sur les carreaux, épuisés, sans ressources », constate-t-il. Pour lui, le concubinage est encore plus dangereux ; puisqu’aucun papier juridique ne légalise ni ne garantit cette relation.

Manque de sensibilisation
« Ceux ou celles qui s’engagent dans le concubinage sont plus faciles à virer. Il n’y a rien qui garantit les liens. Si c’est un mariage avec des papiers, on réfléchit deux fois avant de se séparer de son conjoint ou de sa conjointe. Les vieilles personnes qui cherchent à se marier avec des jeunes, c’est uniquement pour le plaisir et quand le conjoint n’est plus en mesure de satisfaire aux désirs, il est viré », note l’élu de Mbour. Il faut dire que le prétexte ne manque pas pour se débarrasser de son partenaire ou sa partenaire ; même si c’est parfois fallacieux. Qui veut tuer son chien l’accuse de rage, selon un vieil adage. En effet, révèle-t-il, les jeunes vivant en concubinage avec des Européens ou Européennes font généralement l’objet d’accusations de vols mais ce n’est qu’un prétexte pour se séparer d’eux au profit d’autres plus aptes sur le plan physique.

Face aux dangers du phénomène, il insiste encore sur l’importance de la sensibilisation à l’endroit des jeunes et des parents dont la responsabilité est, d’après lui, engagée. Il constate que l’Etat, en dépit de l’ampleur de la situation, ne développe pas des initiatives dans ce sens. Le hic, c’est que chacun est libre de contracter un mariage avec le partenaire de son choix à la seule condition que tous deux s’aiment. « L’Etat, ni les communes ne peuvent s’opposer à un mariage, dès lors que les concernés ont convenu de vivre pour le meilleur et le pire. Tout ce qu’on peut faire, c’est de venir constater le mariage », indique, Babacar Guèye, 1er adjoint à la mairie de Saly Portudal. Les deux élus soutiennent que c’est seulement à travers des causeries ponctuelles qu’ils arrivent à sensibiliser, par affinité, des jeunes qui constituent une cible potentielle du phénomène du mariage mixte.

Le Tourisme sexuel, un terreau fertile au mariage mixte
Selon Babacar Guèye, adjoint à la mairie de Mbour, des Européens ont pu trouver des partenaires par le biais du tourisme sexuel. Il explique qu’au départ, certains vieux retraités viennent, en vacances, pour « déguster de la bonne chair » et repartir chez eux. Certains ont, cependant, pris goût à la belle vie de Saly, y ont pris femmes et ont fini par s’y installer ; tandis que d’autres retournent en Europe avec leurs jeunes conquêtes. « A l’origine, ces gens ne viennent pas pour le mariage, ils viennent en vacances et entrent en contact avec des relais dans l’espoir de passer du bon temps avec des filles, le temps de leur bref séjour en terre sénégalaise. Ainsi, ces personnes trouvent des clientes qui évoluent dans la prostitution et occasionnellement des femmes qui cherchent des partenaires », relève-t-il.

Il révèle que la mairie de Mbour a organisé un programme de formation de guides touristiques en vue d’encadrer l’arrivée des touristes à la Petite Côte. A son avis, beaucoup de gens qui accompagnent ces derniers dans leurs sorties, une fois à Saly, ne sont pas de vrais guides touristiques et peuvent souvent abuser de la confiance de leurs hôtes en les conduisant dans des réseaux de prostitution. « Avec les guides que nous avons formés, nous voulons dorénavant que les touristes passent désormais par ces gens-là afin d’éviter d’être emmerdés ou même entrainés, sans leur aval, vers des réseaux de prostitution », soutient l’élu de la mairie de Mbour.

Par Diégane Sarr et Babacar Dione (textes), Abib DIOUM (photo)

Jeûneurs en piste

16 Jui 2017
1290 times

Un quotidien de la place révèle qu’à Dakar « l’on ne sent le ramadan que durant les 10 premiers jours ». Son constat est que l’effectif des fidèles -après quelques journées de jeûne- se réduit comme peau de chagrin. C’est vrai que les mosquées, reconnaissons-le, ne refusent plus du monde comme lors des premières séances de « nafilas » (prières surérogatoires). L’on raconte même qu’ils sont très nombreux à avoir déjà renoué avec l’ambiance de la bouffe en mi-journée.

Manque de résistance à l’effort ? Le ramadan est comme une course de fond. Dès que le départ est donné, l’on doit être un croyant qui a du coffre plein d’énergie spirituelle pour passer les « haies » de la faim, de la soif, etc. jalonnant le parcours. Il n’est donc pas l’affaire du « croyant-sprinter », c’est-à-dire ce gus qui, sans aucune préparation dans la pénitence, se lance dans une course de vitesse alors que la distance est longue et est parsemée d’obstacles. Un tel individu file vers la sortie de piste, loin de la ligne d’arrivée. Et vite, il déclare forfait pour ce qui reste de cette « compétition » qu’est le ramadan.

Les bons fidèles qui savent que le jeûne est un excellent moyen de nettoyer leur organisme, d’éliminer les toxines, de déstocker des protéines et dépôts de graisse superflus, sont, eux, en piste et espèrent, dans une dizaine de jours, franchir la ligne d’arrivée et être pris dans l’aile protectrice de Dieu.

Par Cheikh Aliou AMATH

Mariée à un Européen depuis plus de 7 ans, Mbissine Sarr a échappé aux échecs qui caractérisent la plupart des mariages mixtes dans le département de Mbour. De son union avec son mari, sont nés un enfant de 3 ans et une situation sociale reluisante.

Mbissine Sarr n’est pas comme les autres filles de son village, Pointe Sarène. Au moment où les autres peinent à joindre les deux bouts, elle ne se plaint pas. Elle roule à bord d’une rutilante 4X4. Mieux, elle habite dans une belle maison équipée de toutes les commodités dont une piscine. Pourtant, il y a quelques années, elle était juste employée comme femme de ménage dans une résidence. Aujourd’hui, sa vie a basculé vers le luxe. Le bonheur. Et cela grâce à une rencontre qu’elle a faite. «  J’ai rencontré mon mari là où je travaillais. Il y passait ses vacances. Quand on s’est connu, pendant trois ans, nous sommes sortis en tant qu’amoureux. Cette relation a abouti à un mariage », explique-t-elle avec un air de fierté.

A Pointe Sarène, Mbissine Sarr suscite l’admiration. « Elle a eu la chance de rencontrer un Blanc qui est très généreux. C’est un homme qui n’est pas raciste et qui accepte de l’aider », confie, une femme âgée de la cinquantaine. « Il y a des filles qui choisissent des Sénégalais qui ne peuvent pas s’occuper d’elles. On ne doit pas faire une distinction entre un mari blanc ou un noir. L’essentiel est d’avoir une union stable », ajoute notre interlocutrice. L’admiration envers Mbissine est vite constatée par le visiteur qui pénètre dans ce paisible village peuplé de pêcheurs et de cultivateurs. Quand, à bord de sa rutilante 4X4, elle stationne à côté du domicile de ses parents, les regards sont fixés sur ses faits et gestes. Le voisinage s’empresse d’échanger avec elle. Une ambiance cordiale s’installe. Mais Mbissine Sarr semble garder la tête sur les épaules. Ses échanges avec ses amis sont empreints de respect et d’humilité. Ils portent sur les tâches quotidiennes opérées par les femmes du village. Preuve de la simplicité dont elle fait montre, Mbissine Sarr porte sur le dos un nourrisson sous de regard de la mère de celui-ci.

Né en 1982, Mbissine Sarr est la fille d’un notable bien respecté dans ce village situé en bordure de mer. Elle a suivi ses études primaires dans son village natal jusqu’ au cours élémentaire deuxième année. « J’ai quitté l’école très tôt. Je n’aimais pas les études », justifie-t-elle. Restée à la maison, Mbissine Sarr a appris à exercer les tâches domestiques. Pour monnayer ses connaissances, elle n’est pas partie loin. Comme nombre de jeunes habitantes de la Petite côte, elle est restée dans son village. Elle se fait employer comme domestique dans une résidence qui accueille des touristes occidentaux. « L’homme qui est mon mari m’a trouvée dans cette résidence. Nous avons débuté une relation amoureuse », se souvient-elle.
La relation entre les deux nouveaux amoureux durera trois ans, malgré la différence d’âge. Les deux ont une différence d’âge de 25 ans. «  Mon mari a 60 ans. Mais son âge ne me gêne pas. Je l’aime c’est tout. Il m’aime aussi », se défend Mbissine. La jeune de Pointe Sarène se targue d’avoir presque « sénégalisé » son mari. «  Il mange des plats de chez nous. Il s’adapte à notre environnement », explique-t-elle. «  Ce matin, je lui ai demandé ce que nous devons préparer pour le déjeuner, elle m’a répondu qu’il n’a pas de choix. Il goutera tout ce que nous préparerons », explique-t-elle.

Mbissine Sarr est visiblement avantagée par son physique. De teint clair et de taille élancée, elle est bien moulée dans un jean qui laisse apparaître ses formes généreuses. La mine joviale, elle a su se forger une place dans la modernité tout en n’oubliant pas les valeurs traditionnelles auxquelles s’accroche son village natal. A titre d’exemple, elle raconte avec un air de fierté, les tournois de lutte traditionnelle organisés dans sa contrée. C’est manifestement pour récompenser cela que, C.L ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir à son épouse. Les commodités sont nombreuses : voiture, maison équipée, etc. La native de Pointe Sarène ne perd pas de vue ce soutien. «  Il m’aide beaucoup. Je ne regrette pas de l’avoir épousé. Mon mari s’occupe bien de moi », dit-elle, la mine joviale.

Les échecs de mariages mixtes enregistrés ailleurs ne découragent pas la native de Pointe Sarène. « Je remercie le bon Dieu. Mon ménage se porte bien. Nous avons choisi de nous marier parce que nous nous aimons », martèle-t-elle. Notre interlocutrice rejette toute motivation financière dans cette relation qui a été visiblement bénie par les parents. « Quand ta fille fait son choix, il faut le respecter. Qu’elle ait choisie de se marier avec un Blanc ou pas, l’essentiel est qu’elle soit heureuse. Que ce mariage réussisse », témoigne M. Sarr, père de Mbissine Sarr. A Pointe Sarène, au moins 5 couples mixtes sont dénombrés. « L’important est d’avoir un mari qui vous aime et qui vous respecte », fait remarquer Mbissine. Pourtant, si ça ne dépendait que de quelques membres de l’entourage de la native de Pointe Sarène, l’heureux élu aurait été un Sénégalais bon teint. « Un parent m’avait mis en garde en ces termes : ne t’engages pas dans ce mariage. Tous les Européens qui viennent ici ne sont pas sérieux », se souvient-elle. Mais, a poursuivi Mbissine Sarr, « j’ai foncé parce que je savais que mon mari m’aime beaucoup. J’avais beaucoup d’espoir en lui ».

Du mariage entre Mbissine Sarr et C.L est né un garçon âgé de trois ans. Une famille est fondée. La jeune Mbissine Sarr peut bien afficher le sourire de faire partie des exceptions des mariages mixtes.

Diégane Sarr et Babacar Dione

Le TGV ambitionne de devenir le premier train à grande vitesse au monde à circuler de manière autonome. Une révolution dans le milieu ferroviaire car la conduite totalement automatisée « n’existe pas dans le monde des trains à grande vitesse », explique Mathieu Chabanel, directeur général adjoint de SNCF Réseau. Contrairement aux métros automatiques, les trains circulent sur des voies qui ne sont pas closes, rendant cette technologie plus complexe à mettre en place, notamment du fait de possibles intrusions, ou d’une dose de freinage à adapter à la météo.

Néanmoins, une première expérimentation de train de fret « drone », c’est-à-dire un train de fret sans conducteur va être menée. Les manœuvres des trains de fret et des TER, depuis et vers les centres de maintenance par exemple, pourront être partiellement automatisées.

Si progressivement, depuis 1983, avec l’ouverture à Lille de la première ligne de métro entièrement automatisée, les voyageurs ont pris l’habitude de circuler à plus de 50 km/h sans conducteur, avec le TGV il s’agit de réaliser la même prouesse à plus de 320 km/h en milieu ouvert. La SNCF espère parvenir à ce saut technologique à l’horizon 2022-2023. Le prototype de TGV autonome sera pourvu d’un conducteur capable de reprendre la main en cas de difficulté. En plus du risque de piratage il faut ajouter la problématique de l’acceptation des voyageurs. Car circuler à très grande vitesse sans personne aux commandes, ce n’est pas comme « deux stations de métro qui sont séparées d’environ 500 m, les gares ferroviaires sont souvent distantes de plusieurs dizaines de kilomètres. On imagine mal laisser les voyageurs entièrement livrés à eux-mêmes, indique Alain Krakovitch, directeur général de SNCF Transilien. Si un jour le TGV est entièrement automatisé, il y aura forcément un personnel à bord pour intervenir en cas de problème et procéder, si besoin, à une évacuation du train en toute sécurité. »

Cette automatisation va en outre continuer à être implémentée dans le réseau ferroviaire régional. Le prolongement vers l’ouest parisien du RER E sera semi-autonome entre Nanterre et Rosa-Parks (19e arrondissement de Paris). « Il s’agira du premier système autorisé à faire de l’automatisme sur le réseau ferré national », a précisé Alain Krakovitch. L’automatisme, baptisé Nexteo, gère les accélérations et freinages, tandis que le conducteur ferme les portes et traite les éventuels aléas. Ainsi, un train pourra passer toutes les 108 secondes, au lieu de 180 secondes actuellement.

Nayé Bathily, née au Royaume Uni et formée à l’université de Harvard, est diplômée de commerce international et développement durable. Dans le classement de New African, la jeune cadre, en compagnie de deux de ses compatriotes, fait partie des 100 personnalités les plus influentes d’Afrique.

Nayé Bathily débute sa carrière professionnelle au sein des organisations internationales. Au siège de la Banque mondiale à Washington, elle est consultante à la Division de la communication où elle lance notamment le concept « Projet du mois » et collabore à la publication de l’ouvrage «Our Dream is a World free of Poverty». En 2003, elle a en charge des relations avec les parlementaires du monde entier au bureau des relations extérieures à Paris.

Elle est la première recrue à ce poste et participe activement à la création, au sein de cette institution, du premier réseau parlementaire mondial sur la Banque mondiale; une plate forme unique permettant le dialogue des membres des parlements de tout pays sur les enjeux majeurs liés aux problématiques de développement. Elle initie et orchestre nombre d’ateliers de réflexion  et de conférences internationales impliquant des centaines de représentants élus du monde entier, autour de thématiques spécifiques aux pays émergents. «Gouvernance», «Gestion des ressources naturelles », « Sida et VIH » sont quelques uns des sujets qui sont développés.

Elle œuvre également et plus particulièrement en Afrique pour une meilleure mobilisation et une coopération des parlementaires sur le continent.  En 2004, elle s’engage et devient un des membres clés du réseau de professionnels africains de la diaspora « Espace Jappo », qui favorise la rencontre et la promotion des cadres originaires du Sénégal.

En juin 2009, elle obtient un Master d’Administration publique à l’université de Harvard où elle a rejoint le prestigieux programme Edward Mason à la Kennedy School of Government de Harvard (ENA Américaine) en 2008. Ce Master programme a formé nombre de leaders politiques et de la diplomatie internationale comme Mme Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, Felipe Caldero, président du Mexique, Ban Ki Moon, ancien secrétaire général des Nations Unies. Auparavant, en 1998, elle avait obtenu, avec mention honorable, un double diplôme en Relations et Commerce internationaux de la Business School de l’université de Maryland et complété, par la suite, le cycle de formation LEAD International en 2005 (Leadership pour l’Environnement et le Développement) à Londres.

Par Oumar Ba

Germaine Acogny est de ces âmes qui voguent en silence vers des rivages où affleurent des émotions à la fois violentes, tendres et profondes qui la gagnent elle-même, nous envahissent et nous emportent dans un quelque part où la gestuelle fait sens. Elle est un univers poétique, discursif, de rencontres et de synthèse. Car, celle qu’on appelle affectueusement et légitimement la mère de la danse contemporaine africaine opère une exquise greffe (qui a pris) entre les danses traditionnelles africaines et celles-là occidentales pour être à la charnière du « local » et du « global » et décliner un message d’humanité. 

Son génie est reconnu ici. Il est célébré ailleurs. Les éloges décernés ne sont jamais assez répandus pour les âmes qui s’échinent à dessiner des mondes possibles et à secouer notre intérieur. « Mama Germaine » ne faisait pas (l’on peut aussi employer par prudence parce que les danses africaines respectent le corps selon elle) que se mouvoir le corps. Elle incarne des vies, explore des possibilités, stimule des imaginaires et les développe avec l’autre pour créer une fusion avec les « Esprits », avec la nature. Avec le néant aussi.

Ici, au Sénégal, terre qu’elle a foulée à l’âge de cinq ans, elle a été faite « Chevalier de l’Ordre national du Lion », « Officier des Arts et des Lettres »… Ailleurs, en France, une de ses terres de prouesse, elle est faite « Chevalier de l’Ordre du mérite », « Officier des Arts et des Lettres », « Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur », élevée au rang de « Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres » et, le mois dernier, au rang d’« Officier de la Légion d’honneur ». Les hommages d’admiration et de respect dont elle a été comblée, dans toutes les sphères de « décryptage » de sa gestuelle, témoignent de sa grandeur d’âme et de sa foi en la mission qu’elle s’était destinée à accomplir. Honneur ne saurait être plus réconfortant que celui-là après lequel on ne court point. Et la « divinité des sables », pour ainsi reprendre des éloges d’autres cieux, poursuit sa promenade de grâce le long d’une allée où le silence d’humilité est rythme ; et le mouvement, tout un pan de notre aventure collective consigné. Car, dans le continent noir, le corps, plus que l’écrit, est un espace de mémoire. En 2014, elle est classée par le magazine « Jeune Afrique » parmi les 50 personnalités africaines les plus influentes dans le monde. « Jeune Afrique » accompagnait cette reconnaissance de ces mots dont le Sénégal et l’Afrique peuvent tirer fierté : « Germaine Acogny a fait sortir la danse africaine de son ghetto folklorique pour la hisser au rang d’art noble, forgé au cours de longues années d’apprentissage – loin des clichés qui voudraient que la danse en Afrique, on ait ça dans le sang ».

Le temps la vénère
Le temps est complice d’une œuvre utile, accomplie. Celle de Germaine Acogny est magistrale. Il y a un fait loin d’être anodin qui en atteste. L’actuelle directrice du ballet la Linguère du Théâtre Daniel Sorano, fleuron national et « temple » d’exploration et de consignation des identités culturelles, Ndèye Bana Mbaye, fut son élève à Mudra-Afrique (école de danse fondée par Maurice Béjart, en 1977, avec le soutien du poète-président Léopold Sédar Senghor). Germaine Acogny en était la directrice. Ndèye Bana Mbaye se faisait alors appeler « Acogny 2 ». En outre, la plus grande salle de spectacle du Sénégal, le Grand Théâtre, est dirigée par Keyssi Bousso, également un ancien pensionnaire de cette grande école fermée en 1982. Ils ont fait leur chemin et investi d’autres univers de rythmes, mais l’âme de la « pionnière » les (nous) peuplera éternellement.

Il y a toujours un geste, une parole, un lieu, un événement, qui nous rappellent l’auteure du livre « Danse africaine » édité dans plusieurs langues. Elle évoque même notre cheminement collectif. Alors que les autorités de la jeune République du Sénégal s’échinaient à asseoir une indépendance économique et politique, Germaine Acogny, elle, s’attachait à instaurer notre « souveraineté culturelle », à forger notre identité. Qui n’a pas frémi devant les spectacles offerts par les corps domptés des majorettes du Lycée John Fitzgerald Kennedy à l’occasion des fêtes de l’indépendance ? Qu’il aurait été incommode de célébrer des rythmes d’ailleurs les jours d’affirmation de notre souveraineté. Rien que pour avoir écourté cet affront, l’inspiratrice de cette chorégraphie mérite que nous nous répandions en éloges sur la fondatrice, en 1985, du studio-école Ballet-théâtre du 3e monde à Toulouse. Tout autant que le défunt percussionniste, Doudou Ndiaye « Rose », qui l’accompagnait dans cette noble entreprise d’affirmation de notre être profond. Germaine Acogny embrasse d’autres cultures sans perdre ce qui la rend unique : demeurer elle-même comme pour narguer le temps.

Ame généreuse
La danseuse et chorégraphe confiait à la journaliste de Radio France internationale Sarah Tisseyre ceci : « La danse n’est pas innée. Nos danses patrimoniales et traditionnelles sont extrêmement complexes. Elles nécessitent un apprentissage. Moi, j’ai pris l’essence des danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest et celles que j’ai apprises en Europe, et j’ai créé ma propre technique où les mouvements sont initiés par la colonne vertébrale ». L’ancienne directrice artistique de la section danse d’Afrique en création à Paris et des rencontres chorégraphiques de danse africaine contemporaine ne s’est pas contentée de la gestuelle de sa grand-mère, prêtresse Yorouba, ni des danses sénégalaises qu’elle a apprises, encore moins de la parodie presque dédaigneuse de ceux-là qui ont eu la chance d’apprendre les danses occidentales. Germaine Acogny s’est forgée une identité. Et le monde lui reconnaît sa technique. Des danseurs de tous les horizons s’y meuvent.

Un mot pourrait résumer l’œuvre de la franco-sénégalaise d’origine béninoise : partage. Elle a partagé ses émotions sur les scènes du monde mais surtout ses connaissances, son savoir-faire. L’Ecole des sables, une institution unique dans son genre en Afrique, bourg côtier de Toubab Diaw, qu’elle a fondée avec son époux Helmut Vogt, en est une illustration achevée. Elle organise des stages de formation professionnelle pour les danseurs d’Afrique et du monde. Patrick Acogny, son fils, chorégraphe également, en est le directeur artistique. Elle s’emploie à ce que le danseur se serve de son corps comme d’une « plume pour écrire un poème dessiné dans l’espace ». Quand le geste est poésie, la parole pour le traduire est image.

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 12 juin 2017 15:52


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.