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L’utilisation des bouillons dans la marmite : L’amère saveur du « corrige-dame »

30 Mai 2016
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Tem-Tem et ton mari t’aime, « Adja safal bi gueune », « Jongué ba ci biir ciin », avec Maggi, « Chaque femme est une étoile », autant de qualificatifs pour attirer l’attention des cuisinières. Rares sont les dames qui peuvent s’en passer. Ces bouillons culinaires sont devenus pour elles, des « Corrige-Dame » pour une cuisine délicieuse et agréable.

 Des murs peints en jaune avec des étoiles rouges sur la façade, voici le décor de cette boutique se trouvant au marché Tilène. Une lampe allumée en plein jour du fait de l’obscurité des lieux surplombe la fenêtre à travers laquelle est fait le marchandage. Juste au-dessus d’elle, une bande sur laquelle est écrit « Aka Saparal ».

Cette même lumière projetée surles sachets fluorescents de bouillons crée un jeu de couleurs. « On accepte que nos murs soit peints ou décorés par des commerciaux fabricants de bouillons culinaires, en échanges de paniers de marché, de bol, de baignoires en caoutchouc et des réductions de prix sur les produits », avoue le boutiquier Alpha Barry.

Différents par leurs couleurs et par leurs prix, ces bouillons produisent différents effets. Adja Thiam est une habitante de la Gueule Tapée. Une bouteille de vinaigre à la main et un sachet d’Adja tomate, elle ouvre son panier pour les plonger dedans. Selon elle, cette épice donne une couleur rougeâtre et un goût de tomate fraîche au riz aux poissons. « J’entends que ces produits ont des effets néfastes mais dans un contexte où le poisson se fait rare, ils deviennent incontournables pour relever le goût  des plats », soutient-elle.

Une autre dame, panier à la main, s’arrête un instant pour serrer son châle noir. Elle estime que l’utilisation des cubes pose moins de problèmes que celle des bouillons en poudres. « Chez nous, on utilise que les produits faits par Maggie. C’est local et qu’il y a moins de danger », affirme-t-elle avec un sourire.

Autant en apporte la publicité
Le bouillon cube a pénétré le marché africain avec la colonisation. Dans les années 1970, les multinationales créent des filiales en Afrique de l’Ouest. Des entreprises locales se lancent ensuite dans la production de bouillon cube, n’hésitant pas à imiter les caractéristiques dominantes de la première marque. Ainsi apparaissent des concurrents arborant les couleurs rouge et jaune de celle-ci, ou baptisant leur bouillon cube de noms similaires. (Source : article Voyages et découvertes de Cécile Benoist, le bouillon en Afrique de l’Ouest).

L’affrontement commercial entre les différentes marques pousse chacune à développer des stratégies promotionnelles de toutes sortes. Les usines offrent ainsi des cadeaux aux consommateurs, parrainent des tournois de lutte traditionnelle, font des affiches bénissant le « Ndogou » (rupture du jeûne). Aujourd’hui, la tendance est la création d’émissions culinaires dans les différentes chaînes nationales, qu’elles soient privées ou publiques.

Sont-elles néfastes pour notre santé ?
Si les vielles marmites font les meilleurs plats, nos grands-mères et mères sont des cordons bleus comparées à nous. De leur temps, tous ces épices n’existaient pas. En croire à leurs témoignages, les bons plats qui embaumaient tous les foyers du fait de leur bon goût n’existent plus. Se tenant debout devant la porte de sa maison, le chapelet entre le pouce et l’index, elle se distrait en suivant le match qui se déroule depuis le terrain en face de chez-elle. Mariétou Guèye, une septuagénaire habite Sicap Mbao. « A notre époque, nous ne mettions que du cymbium et du poisson sec pour relever le goût de nos plats », se rappelle-t-elle. En plus de ces épices, elle se désole de la disparition de certaines plantes aromatiques telles que les oignons verts et les lauriers épices au profil des bouillons. « En mangeant, j’ai à côté de moi une bouteille », poursuit Mère Guèye selon qui les bouillons ne favorisent que des remontées gastriques.

Par ailleurs, certains affirment que l’usage abusif des bouillons et cubes a favorisé l’apparition de certaines maladies qui n’étaient pas fréquentes à l’époque. De cette rumeur sociologique, née la thèse qui consiste à dire : des substances toxiques pourvoyeuses d'impuissance, d'insuffisance rénale, d'obésité, entre autres.

Les méfaits d’une consommation excessive sont dénoncés en raison de la quantité importante de sel contenu dans ces bouillons cube. « Les bouillons sont principalement composés de sel et, de ce fait, ils augmentent les apports en sodium chez les consommateurs. Des études scientifiques prouvent clairement les effets néfastes pour la santé d'une consommation excessive de sel, notamment sur la pression sanguine, qui entraînent des maladies cardiovasculaires, des cancers de l'estomac, les calculs rénaux et le diabète », confirmait Fatou Sock, experte en sécurité sanitaire des aliments dans les colonnes du journal Enquête plus. Ce que confirme un ancien travailleur d’une usine de production des bouillons cubes de la place. « J’ai travaillé pendant six ans dans cette entreprise. 80%  des substances de production sont le sel, la farine de poisson et le borax (produit chimique) », avoue-t-il.

La substance qui fait l’objet de controverse s’appelle le glutamate mono sodique (GMS, E621). C’est un exhausteur de goût qui est utilisé depuis plus d’un siècle dans le monde entier pour renforcer la saveur des aliments. Selon certains spécialistes, à l’état actuel des connaissances scientifiques, il ne présente aucun danger pour la santé humaine car étant autorisé dans la liste positive des additifs alimentaires de la réglementation européenne.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on mercredi, 08 juin 2016 15:29
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