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Ce qu’ils aimeraient que le Sénégal apprenne du Rwanda…

13 Jui 2016
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Kigali : Pour bien des Sénégalais, Rwanda rime encore avec génocide, ce massacre organisé qui, entre avril et juillet 1994, a fait environ 800 000 morts, essentiellement des Tutsis qui composent avec les Hutus l’écrasante majorité d’une population qui parle pourtant la même langue : le banyarwanda. Il est vrai que cette page sombre restera à jamais liée à l’histoire de ce minuscule pays de 26 338 km2. Mais la réalité actuelle est bien plus réjouissante. Et le visiteur qui séjourne pendant quelques temps dans ce pays ne peut à la limite pas s’empêcher de se demander comment un peuple aussi accueillant et sympathique a pu tomber dans le génocide le plus court dans le temps et le plus meurtrier de l’Histoire.

C’est à croire que les Rwandais ont tout bonnement décrété : « Plus jamais ça » ! Le site mémorial du génocide à Gisozi est d’ailleurs destiné à rappeler à tout un peuple toutes les horreurs commises afin de le dissuader d’une éventuelle rechute ; ni entre eux, ni contre les autres. Ainsi qu’en témoigne le « Kwibuka » (souvenir en langue banyarwanda) plaqué un peu partout en ville et dans certains hôtels, avec en-dessous la mention « Fighting Genocide Ideology », pour lutter contre toute résurgence de ce douloureux passé.

« Set settal national »
Au grand bonheur des étrangers dont les Sénégalais de Kigali qui, même sur certains chapitres, aimeraient bien offrir leur pays d’accueil en modèle pour leur pays d’origine. « Il est vrai que chez nous, on a la cérémonie de levée des couleurs présidée par le chef de l’Etat, tous les premiers lundis du mois, mais ici on fait encore plus fort. Le denier samedi de chaque mois, se déroule le « Community Cleaning » qui consiste pour toute la population à nettoyer les maisons et les quartiers », informe Sada Dieng, le président de l’Association des Sénégalais de Kigali. Et, le 28 mai dernier, nous avons été témoin de ce « set settal » (opération de nettoyage) national. Pas (ou presque pas) de voitures, encore moins de motos-taxis dans les rues avant midi ! Tout le monde est impliqué dans ces travaux d’intérêt public. Même le chef de l’Etat, Paul Kagamé en personne qui se met en bleu de chauffe pour descendre auprès de ses compatriotes, un coup en ville un autre en campagne. Et puis d’ailleurs, il n’y a pas grand-chose à nettoyer dans les rues où l’on ne voit même pas une feuille de papier voler, pour ne même pas parler de tas d’ordures et d’immondices. Ce qui constitue une grosse performance pour Kigali et plus généralement pour le Rwanda à la densité de population la plus forte en Afrique. Puisque sur son territoire lilliputien, cohabitent plus de 12 millions de personnes. Presque autant que le Sénégal pour un espace plusieurs fois plus petit.

C’est que, renseigne Ndiaw Diaw, bijoutier établi à Kigali depuis 21 ans, « chaque famille s’acquitte d’une somme de 1000 à 2000 francs rwandais chaque mois pour la collecte des ordures ménagères ». Une fois par semaine, les agents du service de ramassage de ces ordures passent pour tout enlever. La sécurité est organisée sur le même principe. Les familles versent sensiblement la même somme mensuellement pour payer les services rendus par une sorte de police de proximité. Il s’agit de gens du quartier qui s’organisent pour effectuer des rondes nocturnes et veiller, de jour comme de nuit, sur le confort et le bien-être de leurs compatriotes.

Si les Sénégalais de Kigali sont convaincus que leurs compatriotes restés au pays peuvent bien « copier ces modèles rwandais », il est une chose qu’ils sont sûrs de ne pas voir s’installer à « Djolof » avant mille ans : que les moutons de Tabaski soient tous immolés aux abattoirs et non dans ou devant les concessions…

exposees au Mémorial de Gisozi


Nyamirambo, quartier des Senegalais a Kigali ?
Rien à voir avec Treichville…Kigali : Nyamirambo nous avait été annoncé comme « le quartier des Sénégalais » à Kigali. On s’attendait alors à voir une sorte de Treichville à Abidjan ou de Makélékélé (à Brazzaville) où il est difficile de parcourir 100 mètres sans entendre parler Wolof ou apercevoir une enseigne de restaurant, d’atelier ou de boutique qui fleure bon le pays de Ndiadiane Ndiaye. Mais, ce mercredi en fin de matinée, on a eu un mal fou à y apercevoir la tronche d’un compatriote. Au centre islamique, à l’heure de la prière de Tisbar, pas l’ombre d’un caftan sénégalais. C’est finalement au marché de Biriyego et après nous être rabattu au téléphone sur un autre compatriote en déplacement dans une autre ville que nous avons rencontré Boun Oumar Sy. Et c’est ce natif de Ourossogui qui nous donne la bonne information. « En fait, ici on assimile tous les ouest-Africains à des Sénégalais. Mais, on a trois ateliers de couture, trois bijouteries et quelques boutiques de commerçants », précise ce tailleur. Son collègue Abdou Dieng, venu de Touba depuis 2000, confirme tout en indexant « la crise mondiale » pour justifier le petit nombre de Sénégalais au Rwanda et plus particulièrement à Kigali. « Certains de nos compatriotes ont préféré aller se débrouiller dans d’autres pays ».

Selon ce duo d’amis, « la vie n’est plus aussi belle qu’auparavant », même s’ils reconnaissent « n’avoir aucun problème, ni avec l’Etat rwandais ni avec les citoyens ». Et de rappeler que tant qu’on s’acquitte de ses impôts (les mêmes que les nationaux), on est en paix. En plus, bien sûr, de payer les 100 000 francs rwandais de « visa » tous les deux ans. D’ailleurs, ajoutent-ils, les Sénégalais sont si bien vus que les forces de l’ordre leur pardonnent même les accidentels écarts de conduite dont ils se rendent coupables. C’est que, comme le soutient le doyen Bara Guèye, bijoutier devenu commerçant, « les Sénégalais ont su se faire respecter et imposer leur style ». Si bien que beaucoup de Burundaises préfèrent « s’habiller à la sénégalaise ». Mais, si le pays leur manque parfois, même s’ils ne ratent aucune occasion de revenir au pays se ressourcer er revoir la famille, les Sénégalais de Nyamirambo restent connectés grâce notamment aux nombreuses chaînes de télé qu’ils arrivent à suivre sur les bouquets.

Le casse-tête des visas d’entrée dans les pays voisins
S’ils se sentent bien dans leur pays d’accueil, les Sénégalais de Kigali éprouvent cependant d’énormes difficultés dès qu’il s’agit pour eux d’aller dans des pays voisins comme la Tanzanie ou le Kenya. Certains se sont même résolus à les rayer de la liste de leurs destinations de prédilection pour les besoins de leurs activités professionnelles. « Parfois, une demande de visa peut n’aboutir qu’après 3 à 4 mois », témoigne l’un d’eux. Ils ont profité du passage de président Sall à Kigali pour lui en toucher un mot. Et ils espèrent que ce ne sera là bientôt qu’un mauvais souvenir.


« Le président Macky Sall nous a honorés »
Le président Macky Sall nous a honoresKigali : « Le président Macky Sall nous a fait l’honneur de nous recevoir lors de son récent séjour au Rwanda », se réjouit Oumar Mbaye, consul à Kigali nommé par le Sénégal et que le Rwanda ne devrait plus tarder à reconnaître. Présent dans la capitale rwandaise lors du dernier Forum économique mondial (du 11 au 13 mai), le chef de l’Etat avait en effet accordé une longue audience à se compatriotes installés au pays de Kagamé. Un geste à la limite normal, mais que les Sénégalais apprécient à sa juste valeur, car traduisant, selon eux, la considération que le président de la République a pour eux et analysé comme un signe de reconnaissance de leur rôle d’« ambassadeurs ».

Une raison supplémentaire pour eux de redoubler d’efforts afin que les relations entre leurs deux pays (d’origine et d’adoption) soient toujours plus solides et renforcées. Oumar Mbaye, symbole de ces liens étroits puisque né d’un père sénégalais et d’une mère rwandais vivant actuellement à Ouest Foire à Dakar et installé à Kigali depuis 2011, ne doute d’ailleurs pas qu’il en sera forcément ainsi. La preuve ? Après le Forum Einstein tenu cette année au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD) de Dakar – Diamniadio (où le président rwandais Paul Kagamé était présent), c’est Kigali qui prendra le relais en 2018.

Et puis, annonce-t-il, lors de son séjour dans la capitale rwandaise, le président Macky Sall a accepté, à la demande de son homologue Paul Kagamé, que le prochain « Rwanda Day » se tienne au Sénégal. « Il s’agit, selon Jean-Marc Kibogo, un ancien étudiant rwandais de la faculté des Sciences de l’UCAD, dune journée au cours de laquelle on vend notre pays à l’étranger. Chaque année, un pays différent est choisi pour l’abriter, en fonction des relations qu’il entretient avec le Rwanda », explique-t-il.

Bara Gueye, 75 ans dont 43 passes a l’exterieur : Le « doyen » des Sénégalais de Kigali compte rentrer au bercail un jour
Bara Gueye« Quarante-trois (43) ans de service » ! C’est ainsi que Bara Guèye, doyen des Sénégalais du Rwanda, à 75 ans, résume mon parcours. Parti du Sénégal en 1973, il n’a « plus revu l’aéroport de Dakar depuis ». Bijoutier de profession, il a installé sa forge du Liberia au Burundi en passant par le Kenya, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie, entre autres pays avant de déposer définitivement ses baluchons au Rwanda en 1977. Définitivement ? Pas sûr, puisque ce natif de Diamaguène à Saint-Louis espère rentrer … définitivement un jour au Sénégal. Et puis, de temps à autre, Bara Guèye annonce s’être rendu dans différents pays comme le Zimbabwe, à l’occasion de l’accession du pays de Mugabe à l’indépendance et avoir été « le seul ouest-africain présent, ce 18 avril 1980, lors du spectacle donné par Bob Marley ». Ou alors le Burundi voisin au déclenchement en 1994 du génocide des Tutsi. « J’avoue que j’avais fui et laissé ma famille à Kigali, mais je suis tout de même revenu peu de temps après », admet ce vieil homme qui n’a rien perdu de son Wolof et a toujours l’esprit alerte. Pour justifier sa « fuite » au Burundi voisin lors de cette période trouble à jamais liée à l’histoire du Rwanda, le vieux commerçant s’est plu à paraphraser Zao, le chanteur congolais « quand il y a la guerre, il n’y a plus de camarade ». En plus, on peut à tout moment se prendre une balle perdue. Même si, s’empresse-t-il de rectifier, « une balle qui tue ou atteint quelqu’un ne peut pas être qualifiée de perdue ».
Jovial et taquin, Bara Guèye a tenu à nous prouver, ainsi qu’à ses jeunes compatriotes établis comme lui à Kigali, qu’il n’avait rien oublié de « son » Sénégal. A ses derniers, il s’est même amusé à signaler que « Khourounar », ce ne sont pas « les c… du maure », mais bien un quartier de Pikine qu’il a parfaitement localisé. Pour dire que le vieil homme a toujours le sens de l’humour.

Last modified on lundi, 13 juin 2016 15:46
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