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Vente de chaussures d’occasion : L’étal géant des grandes artères de la capitale

22 Jui 2016
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Le matin, dès l’aube, ces jeunes quittent des localités de Dakar et même des régions pour se rendre au quartier « Colobane familial », sis à la rue Co-50, en face du terrain de basket-ball, à la quête d’un mieux-être. Ici, c’est le lieu privilégié de la vente des chaussures. Les brodequins d’occasion sont accessibles pour bon nombre de Sénégalais.

Entassées dans des sacs, les chaussures sont convoyées par containers, depuis le Canada, les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne. Ces chaussures, à vrai dire, font l’affaire des pays sous-développés. Pour s’en procurer, parfois, on est obligé de s’acquitter de la prière de l’aube sur place. Mouhamed Cissé, les yeux rivés sur un sac de chaussures, nous sert une réponse laconique : « J’achète pour revendre ». A force d’insister, le bonhomme affirme que depuis quatre ans, il exerce ce petit métier dont les bénéfices lui permettent de subvenir tranquillement à ses besoins.

Mais ce n’est pas toujours le cas. Abdou Mbengue assimile généralement le contenu des sacs de friperie à de la pastèque : « Il faut l’ouvrir avant de goûter. C’est comme à la loterie, tantôt on gagne, tantôt on perd», témoigne-t-il. Selon lui, les chaussures pour hommes, femmes et enfants sont mises dans des sacs qui pèsent entre 25 à 92 kg. Si les petits sacs coûtent entre 57.000 et 65.000 francs, les plus grands s’échangent jusqu’à 150.000 FCfa. Mais, il faut savoir marchander, comme le suggère Alé Diop, un autre vendeur. « Les revenus de ce métier sont instables ; c’est à l’image du dollar. Il y a des jours où tu n’as pas envie d’arrêter ; mais, pendant la période des vaches maigres, tu peux perdre jusqu’à 15.000 par jour. La tentation de jeter l’éponge devient réelle », relate le vaillant Alé Diop.

Matar Fall est le symbole confirmé que cette activité nourrit son homme. « Depuis 1984, je vends des friperies. Mais la vente de chaussures est plus florissante, car, grâce aux profits, j’ai construit ma maison à Touba et j’entretiens ma famille », se réjouit cet accro du café Touba. Selon plusieurs vendeurs interrogés, des commerçants se frottent les mains pendant les évènements religieux (Tabaski, Korité…), fêtes de fin d’année, mais surtout durant le froid où il faut s’habiller lourd.

Une foire nocturne permanente
En revanche, durant l’hivernage et les vacances, cette activité est au ralenti : les clients achètent plus les sandales que les « chaussures fermées ». Mouhamed Barry, un jeune Guinéen « Avec la pluie, on ne peut pas sortir nos étals », explique-t-il. Ces jeunes vendeurs ont alors mis en place une solidarité agissante pour surmonter les moments difficiles. « Les nouveaux arrivants sur le marché sont aidés pendant une semaine ; après, ils peuvent voler de leurs propres ailes », salue Cheikh Diakhaté qui indique : « Si un marchand tombe malade, nous faisons une quête jusqu’à 150.000 francs pour l’achat de ses ordonnances ».

« On achète en gros pour revendre au détail ». Cette réponse revient souvent quand on se rapproche de ces ambulants ou autres tabliers. On soigne la mise, même dans ce contexte économique difficile. Des commerçants ambulants, visiblement tenaillés par la dépense quotidienne, se disputent même le trottoir aux piétons. Ils revendent des chaussures d’occasion la nuit. Peu après 20 heures, en ce début de semaine, les artères qui mènent vers les Unités 5, 6, 7 des Parcelles assainies sont occupées par ces marchands, profitant de l’éclairage public. Les marchands proposent des chaussures neuves comme des chaussures d’occasion. « Nous avons toutes sortes de clients », affirme Abdou Khadre Diop, assis au carrefour qui mène à Guédiawaye. L’homme vend des marques « Nike », « Adidas », « All Star Converse », « Sebago » etc. « Je fais ce travail depuis sept ans. Comme ici, c’est presque un passage obligé des véhicules urbains, nous préférons nous asseoir à cet endroit pour mieux écouler nos marchandises», explique-t-il.

Débrouillards à souhait, ces marchands se frottent les mains lors des fêtes religieuses comme la Saint Sylvestre. « Air Jordan », « crampon », chaussures de ville sont aussi le goût d’une partie de la jeunesse. Ce qui fait qu’Ali va jusqu’à Colobane ou Sandaga, non loin du centre commercial El Malick pour acquérir des chaussures et procéder, ensuite, à la revente. Comme Dakar est menacé par l’insécurité, ces ambulants choisissent des sites éclairés pour exposer leurs étals. « Nous exposons nos marchandises sur les places publiques très fréquentées », souligne Abdou Khadre.

Abdoulaye Diallo a quitté son Fouta natal pour gagner son pain licitement. Etabli au marché Grand-Yoff, cet homme vend non loin de l’église Saint-Paul. Ses clients viennent de partout. « Moi, franchement, je gagne ma vie mieux qu’avant », sert le « foutanké » au wolof chahuté. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe des jeunes qui, le jour, s’adonnent à d’autres activités ; mais la nuit, ils retournent à leur commerce favori. Pourquoi ? « Parce qu’après achat à Colobane en début de matinée, il faut penser à asticoter les chaussures », informe Cheikh Diakhaté, qui voit, comme Mamadou Dieng, des revendeurs quittant Richard Toll, Thiès, et Mbour à la recherche de brodequins.

Haro sur les marchandises volées !
« Nous pouvons acheter, sans le savoir, des marchandises volées. Ici, c’est le marché familial ». Ces mots sont d’Abdou Mbengue, qui dit avoir fréquemment noté des cas de vol. « Si le propriétaire se présente, tu rembourses », embraye un autre ambulant. Abdou Khadre Diop ne dira pas le contraire, car certains milieux interlopes favorisent des dérives. Mais, il faut s’armer de prudence pour ne pas être taxé de complice ou de receleur.

Par Serigne Mansour Sy CISSE

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