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Garabou-garabou : Dans le secret des alchimistes de la réussite

24 Jui 2016
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A Poste Médine, temple des « garabou-garabou » (médicaments traditionnels), situé sur l’Avenue Blaise Diagne, au cœur de Dakar, le quotidien des vendeurs nigériens installés le long du stade Iba Mar Diop déroule sa pellicule sans discontinuité. Sur ce trottoir qui longe cette avenue couverte des vrombissements de moteurs, du bavardage des passants et des hélées des vendeurs, le commerce des peaux, têtes, cornes, dents, os d’animaux, entre autres médicaments, fait recette.

Peaux, queues, dents, cornes, os, têtes, d’animaux, plûmes, nids…, il y a du tout. Des hommes de tous les âges, de tous les sexes et de toutes… les couleurs. Dans ce magma d’habitués et de visiteurs enfiévrés qui espèrent peut-être y trouver la clé de la réussite, se départir de son « djinn » ou trouver un remède à sa maladie que les médecins voués à soigner le mal n’ont pu faire, la discrétion est de rigueur. Ici, il faut aborder la finalité des produits pour que le vacarme se dissipe. Les Haoussas feignent de ne rien connaître de ces produits. Le silence est la règle. « Nous ne faisons que vendre. Les vertus de ces médicaments, seuls les marabouts les savent », ont lancé plusieurs parmi eux.

Ses rastas abondants sous un bonnet, il en laisse découvrir une partie. Cette silhouette noire et grande se courbe la tête pour accéder sous la tente d’un de ces tradipraticiens. Après quelques échanges de salutations, ce dernier s’affaire dans un sac de riz vide dont on ignore le contenu. Il y extirpe un nid d’oiseau qu’il a enveloppé dans du papier en échange d’un billet de 2.000 FCfa. « C’est le nid d’un oiseau appelé en wolof « war wat ». On le brule pour humer la fumée. C’est une recette dont m’a fait part un talibé de la même confrérie », renseigne Moustapha Diouf, un Baye Fall.

Au même endroit, une dame d’âge mûr lance : « Quel est le cordonnier qui m’a confectionné en gris-gris (amulette) la dent de caïman toute à l’heure ? Que peut apporter cette canine qui a fait plus de mal que de bien ? Cette dernière qui a percé autant de fois, la chair d’un être vivant. Est-elle toujours vouée à faire du mal ? Non pourtant, précise la détentrice. « C’est pour éviter à l’enfant les maladies liées au nourrisson », renseigne-t-elle. D’un revers de la main, elle essaie de repousser des nœuds rouges qui, sous l’agitation du vent, frappe sur son visage. Ces bouclettes qui enveloppaient à moitié des miroirs, permettent, selon les vendeurs haoussas, d’avoir la notoriété. Les vendeurs et les gens qui veulent avoir une promotion, témoigne Mohamed Ciss, ne s’en séparent pas. « Elles sont mises autour des reins », poursuit-il.

A quelques encablures, un autre client, le sac au dos, réclame la peau de la queue d’un singe. La tête courbée, il tourne le dos à la route. Monsieur ne veut-t-il pas se faire remarquer ? Il presse le pas une fois le marchandage effectué. « Les gens qui se mesurent à des adversaires le confectionne sous forme de gris-gris et le porte autour des reins. Ça leur permet d’occuper les premiers rangs », explique un de ces gens qui ont la mission de freiner les lois de la nature.

De la main, une autre dame qui attendait, choisit trois hérissons secs. 2.500 FCfa contre cet être qui acquiert une valeur une fois morte et séchée. Vivante, elle fait fuir les plus poltrons. « Nous avons un malade qui fait des hoquets incessants. C’est sur la prescription d’un marabout que je viens acheter ces produits », informe cette dame qui a préféré garder l’anonymat. Quel usage pour ce « médicament » ? Elle l’ignore, elle a été juste envoyée. Mais, Mohamed Cissé, un jeune haoussa, en connaît l’usage. Contrairement à certains qui ne sont que des vendeurs, lui, il est tradipraticien aussi. Initié à cet art par son grand-père, il peut vous donner la vertu de tout ce qu’il vend. « Tout comme les nids, les hérissons secs sont mis dans un encensoir contenant du feu. Sa fumée permet de sortir le mauvais esprit qui est en la personne. Il est également prescrit aux personnes qui souffrent de toux répétitives », explique ce Nigérien qui, avec son écritoire, trace des signes ressemblant à l’arabe. C’est du « toule », une amulette qui permet de se protéger des coups de feu et de couteaux.

La vente de la fourrure autour d’un grand marché
La vente de la fourrure, une activité génératrice de revenues. « La ceinture d’une peau de lion pour confectionner un gris-gris est vendu à 15.000 FCfa. Une surface de 5 cm2 de cette peau, il faut débourser 1.000 FCfa pour l’avoir. Pourtant, les vendeurs s’en sortent difficilement du fait que le franc Cfa est une monnaie faible comparée à celle des pays exportateurs (Kenya, Nigeria, Niger et Mali. « La peau du lion en entier, on l’achète à environ un million de FCfa. Et 400 dinars au Kenya, un équivalent de 1.200.000 FCfa », informe Mohamed Diallo, un vendeur et guérisseur.

De son coin dissimulé par des rideaux rouges, il s’adresse à trois types : deux Noirs et un Blanc. L’un des deux premiers est le fils d’un roi martiniquais. Que vient faire ce « milliardaire » au milieu de la Médina, quartier populaire de Dakar.
« Soigner son impuissance sexuelle », révèle Mohamed Diallo. « On s’est rencontré aux Etats-Unis et il m’a fait part de son impuissance qu’il a traitée en vain. Et comme je l’avais guéri, il est venu me rendre visite », s’en réjouit-il. D’un index, il nous montre la voiture que ce dernier lui a offert.

Par Marame Coumba SECK

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