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Le riz en milieu Diola : La céréale de l’honneur et du bonheur

04 Juil 2016
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Le riz en milieu Diola : La céréale de l’honneur et du bonheur Auguste Tendeng, un septuagénaire de Séléky

Le riz reste une denrée à multiples usages au royaume Bandiale. Pour les familles, c’est un honneur d’en disposer en abondance et de le montrer, en signe de richesse dans certains rituels. Mais la céréale la plus cultivée au monde a également un rôle dans la cohésion sociale et donne lieu à plusieurs festivités avant et après les récoltes.

C’est avec un brin de fierté qu’Auguste Tendeng, un septuagénaire de Séléky, un village non loin d’Enampore, ouvre son grenier pour en sortir deux échantillons de riz paddy. L’un de couleur jaune provient de la récolte de l’année dernière. L’autre par contre noirâtre et quelque peu envahi par les insectes est un riz qui date de plus de 5 décennies. Ce dernier échantillon est conservé jalousement par le vieil homme parce qu’étant un héritage de son propre père qui est mort à l’âge de 70 ans. « Je ne peux même pas vous dire depuis combien de temps ce riz est dans ce grenier, mais ce qui est sûr, c’est que c’est l’une des récoltes de mon père qui a vécu dans cette maison trente années durant avant sa mort », affirme Auguste en remuant la tête. A Séléky, comme dans tous les autres villages du royaume Bandiale, cette presqu’île située à une quinzaine de kilomètres de Ziguinchor, la conservation du riz reste une vieille tradition à laquelle tous les habitants sont attachés. Dans les 19 villages de la commune d’Enampore et partout sur le territoire diola de la Basse-Casamance, il n’est pas étonnant de voir du riz datant de plusieurs années et toujours conservé dans les greniers.

Le riz de 1948
Ils sont d’ailleurs les seuls à détenir le secret du système de conservation permettant au riz de résister au temps. Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampore, confie qu’en 2008, lors de la réfection de leur maison, lui et ses frères ont été surpris de découvrir un riz conservé depuis 1948. De telles anecdotes sont nombreuses dans cette partie de la région naturelle de la Casamance.

En plus d’être la principale denrée de consommation, le riz joue un important rôle social en milieu diola. « La richesse chez-nous, confie Idrissa Manga, c’est le bétail et le riz ». Ce qui explique pourquoi certaines familles diolas n’acceptent pas d’ouvrir leurs greniers à n’importe qui, de peur de faire étalage soit de leur richesse, soit de leur pauvreté. « On dit chez nous qu’on ne peut pas montrer son ventre à un étranger », confie Richard Diémé, un habitant de Badiatte, le premier village du royaume Bandiale en provenance de Brin. C’est donc un honneur pour chaque famille non seulement de bien entretenir sa rizière, mais aussi de pouvoir produire une importante quantité à la fin des récoltes. A cet effet, le travail des femmes se fait en grande partie dans les rizières où elles se rendent tôt le matin pour repiquer le riz dans un rythme endiablé ponctué de chants et d’incantations. Ce travail fastidieux peut leur prendre une journée entière.

L’attachement obsessionnel à une céréale
Seulement ces travaux dans les rizières sont souvent précédés par des séances de prières et donnent lieu à des festivités décrétées par le roi. Avant l’hivernage, c’est tout le royaume Bandiale qui commémore le « Garoumo », une fête de réjouissances qui permet de réconforter les hommes et les femmes avant leur départ dans les champs. A la fin des récoltes également, une autre fête, le « Outeuss », est organisée.

Outre sa consommation, le riz est réservé à un usage noble. En vendre ou en acheter est considéré comme un signe de misère alors qu’en distribuer aux autres sous forme de dons équivaut à élargir les bases des relations sociales. « Il y a quelques années, c’est une honte pour le Diola d’aller acheter du riz et même s’il le fait, il attend la nuit tombée pour l’acheminer chez lui. Au cas contraire, il sera la risée de tout le village », confirme Valère Tendeng, un boutiquier du village d’Essyl.

Si le grenier des hommes sert de réserve pour les réjouissances lors des fêtes ostentatoires, celui des femmes sert à la nourriture quotidienne de la famille. En outre, l’aptitude d’une femme sur le plan économique est jugée à l’aune de la gestion qu’elle fait de son grenier. Cet amour voué au riz et les usages multiples qui sont faits de cette denrée prouvent l’attachement quasi obsessionnel du Diola à cette céréale. Dans ses travaux de recherche sur « Riz, symboles et développement chez les Diolas de Basse-Casamance », le chercheur Lamine Diédhiou écrit : « A l’image du produit du travail fétichisé en marchandise dans la société capitaliste, le riz des diolas s’est aussi fétichisé dans l’inconscient collectif des Diolas (….). Le fétichisme du riz s’est noyé dans les rapports sociaux où il a pris une fonction symbolique extrêmement forte. C’est cette interprétation que les Diolas font du riz qui permet de comprendre pourquoi ils le placent hors des circuits modernes des échanges ». Seulement ce fétichisme du riz a, par le passé, donné lieu à de fréquentes « guerres du riz » entre villages voisins et même parfois à des jacqueries paysannes.

Une culture à l’épreuve des aléas
Toutefois, à l’heure actuelle, même si le riz continue de garder une place de choix dans le cœur des Diolas, il reste que certaines techniques d’exploitation des rizières sont devenues obsolètes et inadaptées. En outre, avec la baisse graduelle de la pluviométrie, les récoltes ne sont plus très abondantes. Ce qui permet de tolérer certaines contraintes telles que l’achat du riz. La preuve, dans sa boutique de Badiatte, Valère Tendeng a stocké des sacs de riz importés. Ce qui veut dire que conserver le riz des années durant sera de moins en moins une performance en pays diola.

Le Grenier  : Ce jardin secret des diolas
jardinComme les Sérères et leur pangol, les Diolas ont un lien viscéral avec leur grenier. Celui-ci n’est pas uniquement une chambre pour garder le riz récolté plusieurs années durant et qui sert à la consommation. Mais le fait de remplir le grenier est une chose, une autre est de le garder à l’œil des étrangers qui ne doivent en aucun cas le voir. C’est une question d’honneur pour les Diolas. « Un Diola ne va jamais vous montrer son grenier, s’il le fait c’est comme s’il vous montrait ses fesses », confesse Salif Badji, un habitant d’Affiniam. Dans le subconscient des Diolas, visiter le grenier d’autrui, c’est se rendre compte de sa situation sociale et de savoir s’il est riche ou pauvre. C’est ce qui explique ce choix de garder jalousement fermé le grenier à toute personne qui n’est pas de la famille.

Outre cet aspect, il n’est pas rare de voir dans certains greniers du riz datant de plusieurs décennies. Salif Badji détient dans sa maison un riz vieux d’une quarantaine d’années. Pour lui, ce riz était récolté par ses frères avant que sa maman ne soit l’épouse de son père. C’est pourquoi ce riz est gardé intact et ne peut être utilisé par lui ou aucun de ses enfants. Ce vieux riz est toutefois utilisé par les Diolas dans les rituels et dans les périodes de circoncision.


Etodié, Thiébou diola et Kaldou : Ces spécialités de l’art culinaire diola très cotées
« Etodié », « thiébou diola » ou encore « kaldou »…, ces trois mets sont des plats typiquement diolas. Mais aujourd’hui, à cause de leur originalité et de leur richesse, ces plats de l’art culinaire diola sont adoptés par l’ensemble des Sénégalais. La particularité de ces mets est qu’ils sont tous accompagnés par le fameux « niankatang » ou riz blanc.

L’« étodié »
kaldouL’ « étodié » est préparé avec des feuilles de manioc, de plantes aquatiques rampantes, et des feuilles du Casia Tora plus connu sous le nom de « Ekangouley ». Ces feuilles sont cuites soit avec l’arachide, de l’huile de palme, ou encore des presses de régimes de palme. Le cuisinier ne pourra pas s’en passer des poissons et un peu de sel. La préparation est simple. Elle ne prend pas beaucoup de temps et ne nécessite pas beaucoup de condiments. Pour la préparation proprement dite, il s’agit tout d’abord d’avoir en même temps de l’eau et de la pâte de feuilles de manioc dans une marmite qu’on surveillera soigneusement sur le feu avant de verser ce mélange de pâte d’arachide avec des feuilles, ou encore la combinaison entre l’huile de palme et des feuilles. L’« étodié » présente plusieurs avantages du fait qu’il n’est pas chargé en graisse. Aussi, sa digestion se fait facilement. Et étant donné qu’il est préparé à base de feuilles de manioc, il est utile pour lutter contre l’anémie et les vertiges.

« Thiébou diola »
La préparation de ce menu passe par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit de préparer une confiture à base d’oseille verte ou « beguedj ». Sur un fourneau, il faut poser une marmite avec couvercle et mettre dedans l'oseille déjà lavée. Il ne faut surtout pas les égoutter, car on utilise cette eau pour la cuisson. Des gombos seront par la suite plongés. Si les feuilles s'écrasent facilement aux doigts, versez le tout dans le mortier qui a servi à piler le « nététou » ou un bocal propre avec le pilon ou une fourchette bien remuer pour bien les écraser.

L’étape suivante, c’est le malaxage du piment sec, du poivre, de l’ail, du « kani » salade, du persil chinois et du persil Sénégal et du gingembre. Il faut enduire ce « nokoss » à l'intérieur comme à l'extérieur, puis en garder un peu pour l'après cuisson. L’étape finale, c’est la préparation du riz blanc et la sauce d’oignons.

Le « Kaldou »
kaldou 1Pour préparer ce plat, il faut disposer du riz, du sel, du poivre, du piment en poudre, de deux gousses d’ail,  deux bouillons en cube, de quatre gombos, d’un piment frais, d’une citrouille ou « diakhatou », d’un morceau de poisson fumé ou « guédji », de quatre oignons, de l’huile, du citron et d’un gros poisson (1 kg environ) et d’un demi poivron vert. La première étape consiste à cuire le riz blanc, ensuite suivra la préparation de la sauce de l’oignon.

Pendant ce temps, l’huile bouille dans la marmite. Le cuisinier y plongera des tranches d’oignons, 5 mn sont nécessaires pour cette étape. Le cuisinier remuera de temps en temps. Il faut ajouter une pincée de sel, de piment et de poivre, puis verser le jus d’un citron, les deux bouillons cube et l’ail mixé. Il faut remuer avant d’ajouter des aubergines, des gombos, du piment frais et le poisson fumé et du poisson frais à cuire. L’oseille complète les condiments.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 04 juillet 2016 10:29
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