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Vie de famille : Monogames et fiers de l’être

04 Juil 2016
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Aimer à plusieurs est-elle une manière d’être fidèle ? Dans un pays où la « niarel » (seconde épouse) est la règle, quelques résistants assument leur option pour la monogamie. Les raisons de ce choix sont nombreuses. Mais la constance est la condition économique surtout en ville. Cependant, n’est-il pas contradictoire de demander aux hommes d'être monogames et fidèles ?

Sortir avec ses deux garçons la nuit est devenu une habitude chez lui. Le plus petit contre la poitrine, l’autre pris par la main, il marche suivant le rythme du second enfant. Ibrahima Guèye est agent immobilier et marié à une seule femme. Celle-ci travaille jusqu’à tard dans la soirée. « Je pars chercher un peu de couscous et du lait à donner aux petit en attendant l’arrivée de leur mère qui doit apporter le dîner », informe M. Guèye.

C’est le même rythme au matin. « Leur maman descend tard et est crevée au petit matin. Comme je me lève tôt pour la prière de l’aube, je me charge du bain et du petit déjeuner du plus grand enfant qui va à l’école », confie-t-il.

A cinquante-trois ans, Iba, comme l’appelle affectueusement ses proches, avoue qu’il n’envisage pas d’épouser une seconde femme car il ne veut pas détruire l’équilibre qu’il a créé. Ce choix est-il une conséquence de la jeunesse de sa femme ou de son niveau d’instruction ? Non ! répond-il. Aucun des deux ! « Peut-être, je suis né d’une famille monogame. Pourquoi, l’idée de prendre une seconde femme ne m’a jamais traversé l’esprit », suppose-t-il. A trente ans, sa femme à qui on donnerait un âge moins avancé, refuse de donner des détails sur sa profession ni le régime matrimonial de leur couple. En croire à son mari, dans leur acte de mariage figure bien le régime polygame. A cet arrêt des lignes 58 et 38 à Sham, il s’apprête à monter dans le véhicule où il est lisiblement inscrit Sham-Fass Mbao. Interpellé, il esquisse un sourire avant de prendre place. Le bus partira quinze minutes après celui qui vient de prendre le départ. Aliou Ndiaye est un agent dans une banque de la place. Ce quadragénaire est aussi marié à une femme. Pas même un petit bout de bois de Dieu après six ans de mariage. Son hostilité envers la polygamie est claire.

« Polygamie madame ! Merci. Vous êtes des sujets à problèmes, une seule suffit », réagit-il. De quoi a-t-il peur ? Son souci est plus accentué sur les querelles familiales. « Au Sénégal, si vous voulez mourir tôt, épousez plus d’une femme. Elles vont vous donner à "manger" et à "boire". Mais, elles vous rendent la vie impossible à cause de leurs querelles inutiles. Et le plus dangereux, c’est qu’elles vont les prolonger en une bataille mystique qui n’épargnera ni le mari ni les enfants », se désole M. Ndiaye.

Cependant, pour certains, le problème de la monogamie c’est le risque d’infidélité. Ils convoquent en l’ignorant même l'effet Westermarck, c'est-à-dire le manque d'attrait pour le familier. Selon cette approche biologique, la monogamie est problématique pour les hommes jeunes, en raison de la perte du désir sexuel pour les partenaires de longue date ou anciens, et l'attrait pour de nouveaux partenaires.

Lamine Lô est vendeur d’objets d’art au village artisanal de Pikine. Habitant Keur Samba Kane dans la région de Diourbel, il épouse une seconde pour ne pas être infidèle à sa femme. « De Keur Samba à mon lieu d’habitation, Pikine, c’est des kilomètres. Je ne peux pas m’y rendre régulièrement. Donc, il me faut une seconde pour ne pas se livrer à la débauche », justifie M. Lô. D’autres hommes hésitent à s'engager dans une relation monogame parce que ce régime est considéré comme un désert sexuel.

Pourquoi s'embarquent-ils dans une relation monogame s’exposant à l’infidélité alors qu’ils peuvent trouver autant de relations sexuelles ? C’est ce que le Professeur Amadou Ali Dieng, sociologue, appelait à tort ou à raison la « transhumance sexuelle ». A la recherche peut-être de la bonne prairie. Par ailleurs, quelles que soient les raisons données, la situation économique qui rend difficile les conditions de vie est une constante, surtout en milieu urbain. En ville, un enfant est un bien à consommation, c'est-dire un sujet à nourrir. Alors qu’en milieu rural un enfant est un bien à production, car il participe aux activités agricoles. Ce qui fait que la polygamie y est assez importante car étant un facteur de production agricole.

Par Marame Coumba SECK

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