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Le nianiérou ou violon peul : L’instrument à archet garde toujours la cote au Fouladou

18 Juil 2016
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Le nianiérou ou violon peul : L’instrument à archet garde toujours la cote au Fouladou Le nianierou ou violon peul : L’instrument à archet garde toujours la cote au Fouladou

De par sa tradition de terre d’accueil, Kolda a hérité d’un patrimoine musical riche d’instruments qui ont traversé des siècles. Parmi ceux-ci figure le nianiérou (sorte de violon) qui constitue la base de la culture musicale peule. Utilisé autrefois pour égayer le roi et sa cour, cet instrument sacré rythme aujourd’hui presque toutes les cérémonies festives et ponctue tous les moments forts de la vie quotidienne de cette communauté. Malgré l’émergence de nouveaux griots et la menace de la musique urbaine, le nianiérou a encore de beaux jours dans le Fouladou.

L’Occident a sa guitare, son violon, sa trompette, ou encore son saxophone et le Sénégal a son nianiérou (connu sous le nom wolof de « riiti ») spécifique aux Peuls, mais aussi aux Sérères. Au Fouladou qui reste un fabuleux creuset de musiques qui s’exerce dans des registres aussi divers que variés, cet instrument monocorde, sorte de violon qui se joue à l’aide d’un archet convexe, a traversé les siècles et apparaît comme le plus emblématique de l’identité peule.

Dans cette partie du pays, le nianiérou rythme différents événements sociaux (naissance, mariage, baptême, fêtes religieuses, circoncision, etc.) et autres soirées mondaines qui sont de bonnes occasions pour assister à des envolées magiques au rythme des virtuoses de cet instrument qui parcourent villes et villages afin de déclamer et de chanter leurs compositions qui traitent d’expériences du quotidien, de relations sociales, d’événements historiques.

Au Fouladou, cet art est transmis de génération en génération et est incarné par de dignes fils du terroir. Sana Seydi, un icône qui a hérité ce métier de son père, fait partie des dignes ambassadeurs du nianiérou.

La passion du nianiérou
Dans la ville de Kolda, particulièrement au quartier Bouna Kane, même les enfants connaissent le vieux joueur de nianiérou qui a traversé toute une époque et beaucoup de générations. À 80 ans passés, Sana Seydi, considéré comme un des maîtres peuls du nianiérou, n’est pas encore prêt à ranger son instrument. Le vieil homme a de beaux jours devant lui. Et avec son groupe le « Diengou Fouladou », constitué pour l’essentiel de ses fils et neveux, il continue de sillonner les coins et recoins du Fouladou pour faire plaisir à ses inconditionnels et aux populations.
À notre arrivée au quartier Bouna Kane ce dimanche 26 juin, le soleil dardait ses terribles rayons. Mais, dans cette partie du pays, les populations étaient immunisées contre cette chaleur capable de cuire un œuf. Une fois chez l’artiste, on nous apprend qu’il avait pris départ pour aller à un village situé à quelques encablures de la commune de Kolda en vue d’y faire une prestation. Informés de notre présence, Dialy Sana Seydi et ses collaborateurs rebroussent chemin. La prestation pouvait attendre, car ce n’est pas tous les jours que les artistes de ce coin reculé du pays reçoivent des journalistes du quotidien national. Dialy Sana Seyni en était conscient et ne voulait aucunement manquer une pareille occasion de s’exprimer.

Le nianiérou est la passion de Dialy Sana Seydi. Quand ses camarades ont choisi l’école ou d’autres activités, lui était attiré par le mirage des décibels et par des rythmes de ce cet instrument magique. Et il ne le regrette pas. Avec le nianiérou, il a eu tous les honneurs. Mieux, il a réussi à hisser très haut le flambeau de la culture du Fouladou. Et après des décennies de pratique, les souvenirs de son idylle avec son instrument fétiche restent très vivaces et empreints d’émotions.

Né à Saré Aba, village situé dans le Pakao, Dialy Sana Seydi a hérité son art de son père qui fut le grand Dialy de Malam Binta Koma, à l’époque roi du Pakao. C’est dans cet univers où les Dialyabés jouaient le nianiérou pour les rois et autres bourgeois que le jeune Sana Seydi a grandi.

De Saré Aba à Kolda
Cela fait plus de six décennies que Dialy Sana Seydi joue au nianiérou. L’octogénaire a entamé son métier bien avant les indépendances. Il était alors âgé de 7 ans. Sara Aba étant très enclavée à l’époque, il est venu s’installer à Kolda pour pouvoir se déplacer facilement à travers le pays. À cette période, le nianiérou avait la cote dans le Fouladou et le Pakao. Il était joué pour les rois et leurs troupes pour leur redonner plus de courage face à l’ennemi. Au fil du temps, les joueurs de nianiérou glorifient les nobles, la classe bourgeoise. Aujourd’hui que l’art de la musique a presque échappé à l’exclusivité des griots, la donne a fondamentalement changé. Les difficultés économiques et les changements sociaux actuels ont fait que la générosité est devenue une qualité très rarissime.

Contrairement à ces nouveaux griots qui n’ont pas hérité le métier mais qui en font leur gagne-pain, Sana Seydi fait partie de ces griots professionnels, détenteurs d’un vaste répertoire et d’une technique élaborée. Outre la classe bourgeoise, Dialy Sana et son orchestre « Diengou Fouladou » monnayaient leur talent aux bienfaiteurs peuls en retraçant leur généalogie. Ils reçoivent en contrepartie des cadeaux en nature et en espèces.

Le nianérou et le nom de Dialy Sana Seydi sont indissociables dans le Fouladou. L’instrument qu’il manie avec maestria lui a apporté pleine de satisfactions. C’est grâce à son nianiérou qu’il a bâti sa maison et entretient sa famille composé de trente-et-un bouts de bois de Dieu, sans compter ses proches et autres étrangers qui viennent souvent le solliciter. Au summum de son art, Dialy Sana Seydi a sillonné le Sénégal et voyagé dans des pays comme le Mali, la Guinée-Bissau, la Gambie, la France, l’Espagne, etc. Son dernier voyage en France remonte en 2005. Le nianiérou, selon lui, nourrit son homme, malgré les nombreuses difficultés liées au manque de visibilité, de promotion entraînant ainsi une absence de production.

La seule difficulté, ironise-t-il, est qu’il peut arriver qu’on rentre sans recevoir de cadeaux auprès de certains nobles qui ont la « main dure » (avares). D’ailleurs, depuis qu’il s’est installé au Fouladou, il n’a jamais cultivé ses champs. Il ne vit que de son art. 

Pour Dialy Sana Seydi, le métier n’a pas de secret. « Le seul secret qui vaille, c’est la maîtrise de son art », assure-t-il. Autant de raisons qui font qu’il n’est pas encore prêt à se retirer et à laisser ses enfants perpétuer l’héritage.

Gnanierou KoldaÀ la question de savoir s’il y avait une différence entre le violon d’hier et celui d’aujourd’hui, il explique qu’à l’époque on pouvait jouer le nianiérou en solo. Alors qu’aujourd’hui, précise-t-il, bon nombre de joueurs de nianiérou préfèrent s’accompagner de tambour. « À l’époque, le nianiérou se jouait en solo », insiste Dialy Sana Seydi. Toutefois, ajoute-t-il, il existe différentes sonorités de naniérou : le « Ségalaré », le « Bassarou », le « Cheikhou ». La première sonorité est dédiée aux guerriers, aux combattants, aux soldats au front. Celle-ci n’est ni couplée à la danse encore moins aux applaudissements. Le « Bassarou » a presque les mêmes caractéristiques que le « Ségalaré ».

Alors que la particularité du « Cheikhou » est qu’il s’accompagne de danse et d’applaudissements. Sa descendance, dit-il, fait partie des rares joueurs de nianiérou qui savent distinguer ces différentes sonorités, car étant les gardiens du temple dans le Fouladou. Aujourd’hui, le nianiérou est presque menacé de disparition faute de jeunes joueurs. Mais Sana Seydi ne se fait pas de souci quant à sa relève. Son héritage sera dignement perpétué par ses fils et neveux qu’il a initiés et qui l’accompagnent dans presque toutes ses prestations.

Dans sa carrière, Dialy Sana Seydi a également eu à former une douzaine d’artistes. Au-delà du nianiérou, ces derniers s’essaient même à d’autres instruments traditionnels musicaux. Ses fils Aliou et Fadima Sana Seydi ainsi que son homonyme Petit Dialy Sana Seydi, plus connu sous le nom d’Issa, sont aujourd’hui des icônes dans cet art. « Ils sont devenus des génies en la matière », affirme-t-il.

Outre ses fils, il a aussi transmis cet héritage à d’autres qui vivent et gagnent aujourd’hui leur pain en exerçant ce métier. Tout ce beau monde monnaie ses talents partout dans le pays et même dans la sous-région comme au Mali. « Ils n’ont aucun complexe à jouer leur nianiérou au milieu des Peuls. Partout où ils font des prestations, les initiés détectent facilement mon empreinte », se réjouit-il. Une fierté pour Dialy Sana Seydi.

Dialy Sana Seydi et son groupe « Diengou Fouladou » ont beau marqué le paysage musicale du Fouladou, mais ils n’ont à leur actif aucune production musicale, après tant d’années de pratique. L’idée de mettre un album sur le marché, produit uniquement sur la base du nianiérou, ne lui a jamais traversé l’esprit. Il privilégie les prestations au profit de tiers pour nourrir sa famille que d’investir dans un projet de production sans lendemain.

Absence de soutien
Bien que disposant d’une carte de droit d’auteur, Dialy Sana Seydi ignore totalement l’importance de ce sésame, alors que ses productions faites au profit des particuliers sont diffusées sur les ondes de plusieurs bandes FM. Et pourtant, lors d’une tournée effectuée au Fouladou, l’ancien ministre de la Culture, Abdoul Aziz Mbaye, avait expliqué aux artistes de la région les enjeux liés au droit d’auteur et aux droits voisins ainsi qu’à la mise en place de la nouvelle société de gestion collective et le statut de l’artiste. Mais pour le vieux Sana Seydi, c’est à la nouvelle génération incarnée par son entourage qui doit maintenant s’imprégner des questions de droits d’auteur et de droits voisins, mais aussi à mettre sur le marché des productions.

Dialy Sana Seydi déplore par ailleurs le manque de soutien des autorités aux Dialyabés de Kolda et du Fouladou. « Nous avons tapé à toutes les portes pour une reconnaissance dans la promotion de la culture du Fouladou et de notre pays d’une manière générale, en vain », déplore-t-il. Il reste convaincu que le soutien de l’État est nécessaire pour que les acteurs culturels puissent vivre dignement de leur art et contribuer au rayonnement culturel du pays. Membre du groupe « Diengou Fouladou », Issa Bambaado Kandé a abondé dans le même sens. Contrairement à son maître Dialy Sana Seydi, lui a consenti beaucoup d’efforts pour sortir un vidéoclip diffusé par le passé dans certaines télévisions.

À travers ce support audiovisuel, Issa a réussi le mixage de différents instruments traditionnels de musique. L’objectif, dit-il, était de faire aimer le nianiérou aux jeunes. Malheureusement, cette production n’a pas connu les succès attendus. « Cela a été un investissement à perte. Je n’ai reçu aucune sollicitation de la part des maisons de production », regrette Issa Bambaado qui dit s’en être ouvert à de hautes autorités de la région et d’ailleurs. Pour l’instant, le problème de la production pour les joueurs de nianiérou reste entier malgré les démarches dans ce sens. Les nombreuses tentatives d’entrer en contact avec des artistes de renom du pays n’ont encore rien donné.

À défaut de soutiens de leurs collègues artistes, des maisons de production et des bonnes volontés, Issa Bambaado et ses « frères » perpétuent leurs anciennes pratiques. Et chaque jour, pour vivre pleinement leur passion, leur art mais aussi pour gagner leur vie, ces magiciens sillonnent les coins et recoins du Fouladou et chantent les louanges de quelques nobles prompts à dégainer quand les notes magiques du nianiérou font vibrer leurs cordes sensibles. 

Après cet entretien, l’équipe du « Soleil » a eu droit à une belle démonstration. Il ne pouvait en être autrement. Visiblement satisfait, le vieux Sana Seydi, entouré de quelques membres de son groupe, nous gratifie d’une petite démonstration. Avec son archer, l’artiste qui improvise avec une liberté déconcertante, nous plonge dans l’atmosphère envoutante des chants peuls. Quelques notes ont suffi pour nous doper et nous donner plus d’envie.

De nos envoyés spéciaux Samba Oumar FALL et Souleymane Diam SY (textes) 

et Pape SEYDI (photos)

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 15:06
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