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Ndèye Rokhaya Diop dit « Agsila » : Une voix pour la cause des femmes

04 Jan 2017
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Auteur, compositeur et interprète passionnée de musique, Agsila, de son nom de scène, fait partie désormais de la nouvelle génération montante de l’afro jazz avec un opus de quatre titres sur le marché.

Dans un vêtement à manches courtes dont le body lui arrive à peine jusqu’au nombril, elle laisse découvrir une minceur qui lui donne tous les atouts d’un mannequin de renommée. Ndèye Rokhaya Diop s’inspire de sa mère, une grande créatrice pour dessiner ses tenues de scène. Noire jusqu’au bout des ongles, son corps est le résumé de toutes les particularités de la femme africaine, à l’exception de son nez fin et pointu. Sinon elle en a tout : peau d’une noirceur d’ébène, de longs cheveux qui lui tombent sur la figure.

« Agsil d’Afrique », (bienvenu en terre africaine) dont la contraction Agsila lui colle bien à la peau au point d’en faire son nom de scène. « Si je devais renaître, je me nommerais ainsi », laisse-t-elle entendre. Une belle fleur qui éclot avec un opus, « Femme d’Afrique », des plus prometteurs. Une œuvre aux paroles profondes et engagées. Émouvante et authentique, c’est une sommité de sonorités. Du jazz, de l’afro et un peu de blues avec un éventail de genres musicaux africains allant de la rumba congolaise au tusagana. Ce qu’elle appelle « un mélange d’Afrique » et qui donne à son œuvre musicale une touche d’originalité. « Je compose à la guitare en m’inspirant de toutes les harmonies d’Afrique. En effet, je chante dans plusieurs langues africaines, peule, lingala, zoulou et en wolof car je rêve d’une Afrique unie non pas en comptant sur la politique uniquement mais aussi grâce à la culture », ambitionne cette nouvelle diva.

Dans son souci d’une unité africaine, elle veut faire de ce continent, enfanté dans la douleur, un pôle d’attraction. Ceci grâce au génie de la culture, en particulier de la musique. Un combat qu’elle a débuté à l’école et qui est, aujourd’hui, transposé dans sa passion de toujours, la musique. Sensible à l’histoire et au passé spirituel, elle avait embrassé une carrière en tourisme, un moyen pour elle de faire découvrir ce qui nous reste de l’Afrique vraie, notamment les vestiges. Elle avait consacré son mémoire d’étude intitulé « Tourisme et archéologie » dans ce projet. Une trajectoire d’intellectuelle qui finit sur la scène musicale où elle décline et déclame son amour pour son continent à travers son titre, « Tee noo boolo », une mélodie qui appelle à l’unité de la terre d’origine dont elle vante les valeurs et qui possèderait dans ses propres racines, les remèdes de ses propres maux. A travers des percussions traditionnelles accompagnées d’instruments acoustiques, ses prières s’inspirent de la rumba romantique congolaise.

La belle voix des femmes
Dans sa ballade musicale, elle va en croisade contre le sexisme, la discrimination et les violences faites aux femmes. « Mousso anga wouli kéléla », « Femme, c’est le jour du combat ». Un titre engagé avec une forte dose de slaming à travers lequel elle invite les femmes à lever la voix car leurs éloges se font dans les chants et écrits mais la réalité reste pleurs et cris. Des femmes qu’elle encourage à s’affirmer sans repentances. Et le seul moyen d’y parvenir pour elle, c’est la quête du savoir, clé de sa victoire. En effet, en tant que femme engagée, elle partage sa vision des choses et sa philosophie de la vie à travers Amai, l’histoire d’une femme qui, abandonnée par son mari, cultive la terre pour nourrir ses enfants. Une plaidoirie teintée de compassion sur une musique alliant guitare jazzy et flûte peule. « Ce morceau est un hommage émouvant aux femmes d’Afrique, en particulier les femmes du monde rural », dédie-t-elle. Au-delà des complaintes, cet album nourrit l’espoir et incite au courage tout comme « Simba » qui épouse la forme du conte pour remettre en question les différences liés aux castes.

Elle est consciente que le féminisme est un « extrémisme », mais qui « permet de rétablir un équilibre social ». Cependant, ses textes engagés à l’allure poétique se nourrissent d’amour, de la générosité chantés dans divers langues avec quelques notes en français et en anglais. Des sentiments qui s’élèvent au dessus des différences comme elle l’affirme dans « Evumulu » (le vent de l’amour), un morceau intime de cet opus chanté en bulu, une langue camerounaise.

Etant née et ayant grandi entre Pikine et Malika, elle a commencé à taquiner la musique à l’âge de sept ans. Ecrivant des textes qu’elle offrait au grand public de la rue, dans les chorales, elle avait pris goût au gospel. Une passion d’artiste qui était bien perçue par ses parents même si ces derniers accordaient une grande importance à ses études. Son père, amateur de musique classique, l’avait aidée pour y mettre de la forme. Malgré ses études de droit à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et sa licence en Gestion touristique, cette titulaire d’un baccalauréat littéraire s’est choisie une voie d’artiste-compositeur. En effet, avec ses deux sœurs jumelles, elle crée en 2009, son groupe « Fiat lux », (que la lumière soit). Une union qui vole en éclat après quelques années de compagnonnage, ses sœurs préférant retourner à leurs études la laissant seule avec ses rêves de carrière musicale. Elle entre dans l’orchestre national du Sénégal où elle suit une formation renforcée par des cours de guitare et de chant au Centre culturel Douta Seck. Depuis, elle ne cesse d’écrire des chansons, affirmant sa démarche d’une artiste à la carrière solo pour s’exprimer librement avec des paroles tirées des scènes de la vie mais aussi des bruits environnants.

Par Marame Coumba Seck Par Marame Coumba Seck

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