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Pr Ousmane Khouma : Vas, cherches et reviens !

30 Jan 2017
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Il a un esprit alerte, percevant, avec acuité, les diverses facettes d’un problème. Il est à l’aise autant sur les questions purement juridiques que celles essentiellement politiques. Les deux se complètent, dirait-on. Mais, c’est parce que le Pr Ousmane Khouma est à la fois juriste et politiste.

Il a appris la science politique et le droit et les restituent avec une égale aisance. Ses étudiants ne le démentiront point. Les citoyens qui ont également eu la chance d’écouter ses analyses, saluent « un esprit avisé, serein et objectif dans l’analyse ». Ousmane Khouma est Maître de conférences à la Faculté des sciences politiques et juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ce qui lui confère, peut-être, cette tendance à se réduire à son intellectualité, du moins, c’est un constat presqu’unanime venant de ses amis. Toutefois, à l’image de tout un chacun, Khouma n’est pas né juriste. Il a naturellement un parcours, une trajectoire et une histoire. Ousmane Khouma a vu le jour en 1971 à Pikine, dans la banlieue dakaroise. Ce qui, souligne t-il, surprend énormément quand il le dit. Cela montre à souhait l’évolution des réalités et des préjugés. Il se rappelle d’ailleurs que Pikine était très tranquille à l’époque. Il a fait son cycle primaire dans ce patelin situé à quelques jets du centre ville, précisément à l’Ecole 4 de Pikine. Là, il trouve des instituteurs qui vont le marquer, le fasciner et lui font aimer la langue française. Une enfance tranquille entourée de ses oncles et amis. Il se rappelle alors de cet enseignant, Monsieur Ndiaye, qui faisait venir ses élèves à sept heures pour deux séances de dictée. L’objectif était d’augmenter les chances de réussite au Concours de l’entrée en sixième. A l’époque, cinq fautes étaient synonymes d’élimination. Dans un brin de sourire, il assure que les étudiants d’aujourd’hui en auraient facilement faits plus. C’est dire que le niveau a tout de même baissé.

Elève, ses enseignants l’aimaient bien. Il se rappelle de l’une de ses institutrices, Mme Gaye en l’occurrence, qui demandait à la mère du jeune élève Ousmane Khouma de lui permettre de s’occuper de lui. Une fois les cours bouclés, la dame se faisait un plaisir de l’amener chez elle et de l’encadrer au même titre que ses enfants. Il faisait alors ses devoirs chez son enseignante.

Il se rappelle avoir toujours été fasciné par la quête de connaissances et surtout avoir évolué dans un cadre qui facilitait cette acquisition. Il se souvient aussi de ces enseignants qui ne gagnaient pas beaucoup d’argent, mais qui étaient animés par un amour inconditionnel. A l’époque, se souvient-il, ceux qui optaient pour l’école privée, c’est parce qu’ils n’étaient pas parvenus à réussir dans le public. « Tout le contraire d’aujourd’hui où les rôles se sont inversés », se désole-t-il.

Après l’entrée en sixième, Ousmane Khouma est allé au collège Cheikh Anta Mbacké communément appelé Canada, parce que construit par la coopération canadienne. Ensuite, il fait son cycle de lycée à Seydina Limamoulaye, qui était alors le meilleur lycée public du Sénégal. Au Concours général, les élèves issus de cet établissement parvenaient toujours à se tirer du lot, se rappelle-t-il. Il obtient un baccalauréat scientifique. Surprenant pour un juriste de sa carrure ? Et pour cause, Ousmane dit avoir grandi dans une famille essentiellement composée de scientifiques : des ingénieurs, des médecins… Il n’était donc pas question, pour lui, d’aller faire une série littéraire. Pourtant, c’est ce qu’il désirait. Il va tout de même se plier à la volonté de ses oncles. Une fois le baccalauréat en poche, il fallait cocher trois cases en ce qui concerne les orientations. Le jeune passionné de droit avoue avoir, dans la plus grande discrétion, cochée trois fois droit. Une fois les orientations sorties, c’est naturellement qu’il est orienté à la Faculté des sciences juridiques au regret de ses oncles qui voulaient véritablement en faire un médecin.

Une déception en demi-teinte ?
A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le cadre n’est pas des meilleurs. Le jeune étudiant était habitué à des classes où le nombre était réduit ; ce qui permettait une meilleure transmission du savoir. Là, il trouve de très grandes salles, autrement dit, des amphithéâtres, avec des effectifs pléthoriques. Certains étudiants sont obligés de se tenir debout durant tout le cours. Dans le même temps, le bonheur remplissait le jeune étudiant à l’idée d’avoir le privilège d’entendre des professeurs comme Serigne Diop, Paul Ngom, Amsatou Sow Sidibé, Isaac Yankoba Ndiaye, etc. C’était fascinant, se souvient-il. Ces enseignants capables de parler des heures et des heures, tout en expliquant très clairement des concepts pas tout le temps évidents. Ce qui d’ailleurs le conforte dans son idée d’avoir choisi sa filière. Là-dessus, il n’y avait pas le moindre doute. Malgré tout, les conditions ne sont pas réunies. Le jeune étudiant décide alors de chercher une préinscription. Il choisit une petite université dans le Sud de la France, à Perpignan. Il y passe trois années et y décroche sa Licence. Sans fausse modestie, il souligne avoir été « un très brillant étudiant ». Il se rappelle avoir une fois eu la note de 20/20 à l’orale de la philosophie politique. Puis, il poursuit son double cursus à Toulouse en Droit et en Sciences politiques.  Il décrit alors un emploi du temps particulièrement chargé, mais cela valait le coup, relève-t-il. Après l’obtention du Master II, il devient enseignant chercheur sous l’œil vigilant de ses maitres. Parmi ceux-ci, il se rappelle d’Abdoulaye Coulibaly. Ousmane Khouma restera quinze années d’affilée en Europe. Il en a profité pour voyager et faire de nouvelles découvertes.

Bien qu’au début l’objectif était de faire des études et de rentrer au pays, les opportunités professionnelles et le destin feront qu’il reste en Occident des années durant. En 2011, il décide tout bonnement de rentrer au Sénégal pour enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au Sénégal, il avoue avoir trouvé un environnement très différent. Il est frappé par la « pagaille ». Il s’en ouvre alors à son doyen de Faculté, lequel lui explique clairement que l’université était devenue « le reflet de la société ». L’effet de masse n’aidant pas forcément, le tout réunit est d’ordre à perturber. Une sorte de fourmilière bruyante. Des conditions très difficiles donc. Malgré tout, il tient à rester. Pas question de retourner en arrière. L’autre aspect, c’est l’agenda. C’est le « désordre » pour un esprit qui, des années durant, est « formé à travailler dans des calendriers bien déterminés ». Mais, très vite, on est tellement fasciné que cela fonctionne, malgré les nombreux obstacles, confie-t-il.

De beaux esprits
L’universitaire qui commence à véritablement prendre ses marques décide un jour de former les étudiants à la culture du débat démocratique. Il s’en ouvre à Osiwa, fait venir un avocat champion du monde du Concours débat démocratique et appelle également, en plus des étudiants de Dakar, quelques-uns de Saint-Louis. Les résultats vont dépasser ses espérances. « Au sein de quatre universités, les meilleurs ont été sélectionnés. Les deux plus brillants sont allés représenter le Sénégal à Paris. Ils tombent en demi-finale contre la Suisse sur un sujet qu’ils n’espéraient pas », explique-t-il, tout fier. Ses collègues universitaires, venus assister aux échanges, avouent que les étudiants choisis n’ont rien à envier ceux de Science Po ou Paris Sorbonne et autres. Cela démontre à ses yeux que le talent, c’est le travail. Il se demande alors : « Si on s’était organisé, comment ce serait ? »

Malgré les nombreuses sollicitations, le Pr Khouma entretient une certaine discrétion. Il est cependant d’usage qu’il sorte quand le débat est flou, les concepts pas clairs. Il justifie cette posture par le fait qu’il est avant tout un pédagogue, donc censé « recadrer les controverses » en cas de besoin. Le juriste dit avoir horreur de l’arnaque intellectuelle. Quand le débat touche des points fondamentaux, les citoyens ont le droit de savoir. Il s’agit donc de transmettre la bonne information. De surcroît, quand il s’agit de choix décisifs. Les intellectuels et les universitaires sont tenus alors d’occuper l’espace public. Ils doivent poser la bonne information sur la table. Il reviendra après aux citoyens de faire leur choix, plaide-t-il.

L’homme se dit fasciné par la politique pour avoir fait un institut qui en articule. Toutefois, la politique reste pour lui un objet d’études, d’analyse. « Si nous étions dans une société plus policée, il ne serait pas impossible que je m’engage en politique ». Il note pour s’en désoler que présentement, la politique pratiquée au Sénégal est parfois caractéristique d’une violence verbale inouïe.

A ses heures perdues, le constitutionaliste travaille à la Cedeao à la Direction des alertes précoces sur les questions de paix et de sécurité. Il travaille également au Pnud et avec l’Union européenne, dans la résolution des crises. Ousmane Khouma rappelle que l’un de ses premiers défis est de former des jeunes. Le reste de son temps, il est disponible pour être utile à son pays et son continent. Aux jeunes, il demande de ne pas rêver leur vie, mais plutôt de se donner les moyens de la réussir. Le talent, c’est le travail, souligne t-il encore.

Par Oumar BA

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