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Amir de la Jama Atou Ibadour Rahmane : Abdoulaye Lam, le nouveau guide des serviteurs

13 Fév 2017
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Abdoulaye Lam, nouvel amir de l’association Jama Atou Ibadour Rahmane (jir), est de ces âmes dont le cheminement laisse penser qu’elles étaient dans une éternelle divagation, dans de vaines espérances. Il a construit son paradigme, son univers de valeurs en faisant fi de ce que la société du paraître conçoit comme modèle de réussite et comme accès à la plénitude. Son inclination pour la connaissance, sa quête de légitimité (pas celle-là pompeuse), et par-dessus tout, son attachement à l’Islam, aiguillent son existence. Ils l’aiguillonnent, devait-on dire. Son parcours au sein de l’association, qu’il dirige aujourd’hui, est aussi la marque de son engagement pour sa communauté. Au service de l’humain. Tout court.

Une barbichette ! Et elle ne pousse presque jamais ! Et pourtant, la caricature veut que la barbe soit longue chez ceux qu’on appelle, ici, les « Ibadou » ! Son visage n’est encombré que de ses lunettes à verres correcteurs que ses mains -si elles ne manient pas ses gadgets électroniques-ajustent de temps en temps. Un bonnet bien discret, comme le boubou dont il s’est enveloppé, recouvre des cheveux poivre et sel. Abdoulaye Lam, quinquagénaire bien sur ses jambes, est un homme à la charnière de deux époques : celle qui, par les valeurs humaines, cultive la nostalgie et le tumultueux temps présent l’exhortant à œuvrer dans le cheminement collectif. Le bonhomme est ainsi. Il est sous la foi de son propre serment qui se confond avec la morale religieuse. Pouvait-il en être autrement pour cette âme nourrie, très jeune, dans les principes du Coran afin de suivre le chemin de la vertu ?

Abdoulaye Lam a été très tôt envoyé chez son grand père et parrain, Serigne Sam Ndiaye, à Koungheul pour être initié à la lecture du livre sacré musulman. Il s’éloigne ensuite du giron familial. Le village de Niassene Walo, dans le département de Nioro du Rip, fondé par le grand père du marabout Ibrahima Niass, accueille le jeune homme. Il y fait trois ans avant de retourner chez son père. C’est auprès de celui-ci qu’il a appris une très bonne partie du livre saint avant de retourner à Niassène Walo pour étudier la langue arabe. A l’Ecole Serigne Mourtada Mbacké de Kaolack, le Saloum Saloum féru de couscous décroche son certificat arabe. « Je suis de la première promotion de cet établissement », se souvient-il de sa voix bien posée. Le brevet, il l’obtient à l’établissement El Hadj Abdoulaye Niass.

Frais émoulu de l’école, le jeune garçon de 17 ans est poussé par ses ambitions à Ziguinchor moins d’un an après le premier incident du conflit casamançais. Insouciance de jeunesse ou outrancière bravade ? Décret divin sans doute pour rester fidèle à son jargon de spiritualité. Ici, c’est Dieu qui éprouve. Point barre ! L’arabisant, lui, s’affranchit de la peur ambiante et mène son commerce. Il se permet même quelques « incursions » en Gambie et en Guinée Bissau pour satisfaire sa clientèle. Son travail à la Sonacos, à la Sonar et les cours qu’il dispensait dans certains établissements du sud semblaient, de toute évidence, moins périlleux.

De la Mauritanie à la Jordanie
A Ziguinchor, Abdoulaye Lam se fabrique un destin dans le monde professionnel. Il y fait aussi des rencontres déterminantes dans son itinéraire associatif. Persuasif contradicteur, il aimait à embarrasser les membres de la Jama Atou Ibadour Rahman (Jir) lors de leurs rencontres. « A l’époque, je ne militais pas à la Jir mais ses membres me permettaient d’assister à beaucoup de leurs rencontres. Et je ne me privais pas d’apporter la contradiction parce que les discussions étaient assez ouvertes ».se rappelle-t-il, sourire presque narquois. La suite est moins railleuse. En 1988, celui qui jouait les trouble-fête entre dans les rangs des « Mbokk » (frères). « Je dis souvent, sous le ton de la boutade, que mon histoire avec la Jir, c’est 33 ans de fréquentation et 29 ans d’adhésion ». Et une régulière montée en puissance.

Passionné d’études, l’éternel apprenant se rend en Mauritanie, en 1992, et s’inscrit à l’Université saoudienne. Il y décroche une maîtrise en 1996, approfondit ses connaissances en droit islamique, en transactions financières, en sciences politiques sous l’angle islamique et explore les pratiques cultuelles… Après un passage à l’internat franco-arabe de Sebikotane, Annûr, le « baroudeur » s’engage dans une nouvelle aventure. La Jordanie est la nouvelle terre d’accueil de cette insatiable âme en perpétuelle quête de savoir. Il se spécialise dans la jurisprudence islamique et ses fondements. Il s’en est suivi quatre années de « galère » loin de sa petite famille et à se gorger de la nourriture que le Ciel a bien voulue le gratifier. « Et quelquefois, je me suffisais juste de remplir le ventre et me replongeais dans ce qui m’avait mené sous ces cieux, les études. Elles étaient le ressort de mon opiniâtreté ». Il y produit un travail de fin d’études dont l’intitulé est « les règles juridiques islamiques concernant les nantis ». Ces acquis lui permettent de mettre son expertise au service d’institutions financières et de certaines écoles supérieures islamiques.

A son retour au Sénégal, Abdoulaye Lam est reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, en 2003, d’où il sort avec le certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire. Comme dans sa jeunesse, l’enseignant continue de « bourlinguer » au gré des affectations. Toutefois, « ces déplacements n’ont point entamé mon militantisme. Partout où je suis passé, j’ai essayé de me rapprocher des cellules locales de la Jir ». L’ancien vice-président des jeunes de la section de Ziguinchor a milité à Kaolack où il a été chargé de la prédication (en tant que vice-président), à Sebikotane et à Diamegueune. Sur le plan national, il a été membre de la commission formation et prédication. Il est élu, en 2012, premier vice-amir de la Jir chargé de la formation avant qu’il ne soit porté, en 2017, à la tête de cette association religieuse.

Le défi est énorme. Il est exaltant. Le nouvel amir décline ses ambitions en s’accotant aux textes et à l’organigramme de la Jir qui définissent les priorités et les actions à entreprendre.

Serigne Abdoul Ahad Mbacké et la Jir
Il compte inscrire les siennes autour du thème du dernier congrès : « plus de spiritualité et d’actions pour la paix et le développement ». Autrement dit, œuvrer pour le devenir collectif et soumettre les actions à l’éthique. « La Jir n’est pas un parti politique encore moins une association qui cultive une autarcie intellectuelle. Toutes les questions qui engagent la société nous interpellent », tient-il à dire, convaincu de la pertinence des options prises par la Jir. La « légende » voudrait aussi que les « barbus aux courts frocs » (encore une extrapolation de style à l’en croire) fussent les anticonformistes sous les cieux sénégalais où l’Islam confrérique est le plus répandu. Amir Lam en rit et ouvre une page d’histoire : « Avant la création de la Jir, une délégation est allée exposer l’idée à Serigne Abdoul Ahat Mbacké. Il a salué l’initiative et a été le premier à y mettre son franc. Il en a été ainsi avec Serigne Hady Touré de Fasse Touré. A Diacksao, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, recevant la direction, a affirmé que les objectifs de la Jir sont en parfaite cohérence avec ceux qu’il avait consignés dans un de ses poèmes. A l’occasion des fêtes religieuses aussi, nous jouons notre partition sans faire du tintamarre. Cette image négative n’est pas fidèle à la réalité et à nos statuts ». Il y est préconisé, en effet, de prêcher la tolérance ; éloquente réponse dans une période fiévreuse où la religion des musulmans est assimilée à la barbarie, est accusée de développer l’intolérance. L’imam itinérant, brillant orateur, s’attachera à dissiper les incompréhensions…avec certainement quelques versets du Coran, sa source d’inspiration. Savoir en saisir le sens est sa « plus grande fierté ».

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Last modified on lundi, 13 février 2017 15:58
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