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Farafenni market : Après la crise, les commerçants sénégalais affichent le sourire

24 Mar 2017
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Après plusieurs semaines de morosité liée à la crise postélectorale en Gambie, la ville de Farafenni déborde à nouveau d’activités. Et le marché central, poumon économique de cette ville, est l’un des meilleurs baromètres pour apprécier cette reprise effective. Les commerçants sénégalais qui avaient le moral dans les chaussettes depuis quelques semaines ont repris leur business et affichent le sourire. Ce nouveau climat de paix favorise leurs affaires et ils espèrent que la fin du règne de Jammeh annonce des lendemains enchanteurs.

Une fois la frontière franchie à partir de Keur Ayib, dans le département de Nioro, Keur Ali, un minuscule village complètement dépourvu se découvre. Pour regagner Farafenni, la première grande ville de l’Etat gambien, distante de 5 km et situé à 7 km du fleuve Gambie, il faut impérativement passer par là. Le trajet, selon les moyens, se fait à pied, à moto, en charrette ou en voiture. Le décor est tout autre. Des maisons en dur se succèdent. Avec la complicité du soleil assassin, leurs tôles en zinc luisent et, de leurs éclats, martyrisent les yeux mal protégés. A intervalles réguliers, des stations-services qui ont cessé toute activité sont squattées par des chèvres et autres volailles. Ça et là pullulent des garages de mécaniciens avec de vieilles guimbardes d’une autre époque exposées comme des objets d’art hors de prix. De part et d’autres de la route, des piétons vaquent à leurs occupations. Des vrombissements de véhicules de tout genre et de motos polluent l’atmosphère.

Au bout de cinq kilomètres, Farafenni se dévoile dans toute sa splendeur. Il faut d’abord passer les formalités d’usage au poste à l’Immigration passport control et au Farafenni custom office pour espérer fouler le sol de cette ville carrefour. Sur les lieux, un policier fagoté comme un charmeur de serpent nous demande notre destination, l’objet de notre visite et notre laissez-passer. Ni plus. Puis, il nous autorise à passer. Depuis la chute de Yaya Jammeh nous dit-on, les tracasseries ont diminué au niveau de la frontière gambienne. Même si du côté des transporteurs on affirme le contraire.

Dans cette ville, la circulation est très dense. Normal puisque c’est un passage obligé pour aller en Casamance et d’autres localités de la Gambie. Des bus, camions, taxi brousses qui ont fini de traverser la frontière foncent directement vers le quai de Bamba Tenda où ils devront embarquer dans le ferry pour rejoindre la ville de Soma, sur la rive opposée. Mais avant le village de Bereto, un autre contrôle s’impose à la 2nd Infantry Battalion.

Reprise des activités …
Finie la terreur silencieuse instaurée en Gambie, Farafenni a retrouvé sa quiétude d’antan. Dans cette ville-carrefour gambienne où les Sénégalais sont légion et s’activent dans le commerce et plusieurs autres domaines, la vie a repris son cours normal. Les populations se sont remises au travail. Ce nouveau climat de paix a favorisé la reprise des affaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de sillonner la July 22nd Highway ou encore la Seyfo Mama Tamba Jammeh Highway. Banques, magasins, pharmacies, supermarchés, boulangeries, restaurants, stations d’essence, compagnie d’assurance et autres ont repris service.

Au marché central de Farafenni, poumon économique de cette ville frontalière, l’ambiance d’antan est au rendez-vous. Les commerçants qui avaient déserté leurs cantines ont repris leur business qui tourne aujourd’hui à plein régime ; ce qui était inimaginable quelques semaines plus tôt, quand Yaya Jammeh s’agrippait encore au pouvoir. A Farafenni, le commerce est l’activité vedette de la communauté sénégalaise établie dans cette partie de la Gambie. Le marché central est animé par des commerçants sénégalais venus de villes et villages environnants pour gagner dignement leur vie de ce côté de la frontière. Il suffit de poser les pieds au Farafenni market pour s’en rendre compte. On se croirait dans un des plus grands marchés sénégalais. Pas de marchands ambulants ni de meute de talibés qui assaillent les piétons, mais les dialectes utilisés laissent croire qu’on se trouve en terre sénégalaise. « Tout le monde sait que l’anglais est la langue officielle gambienne, mais l’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est très courante », explique Mamadou Sakho qui a presque fait ses humanités en Gambie. Selon lui, Farafenni, c’est presque un Sénégal en miniature. « On y retrouve une forte colonie de Sénégalais. C’est aussi le cas des beaucoup de villes gambiennes. Que ce soit à Banjul, Kerewan, Soma, Bansan, Birkama, Basse, Serekunda ou encore à Barra. Cela vient confirmer que les deux pays constituent un même peuple. Nous avons les mêmes ethnies, les mêmes coutumes, avec des pratiques sociales identiques », ajoute-t-il sur un fort accent gambien.

Fraternité
FarafenniTout se concentre dans ce marché : vendeurs de tissus, de vaisselles, de matériels électroniques, de poisson, de viande, de légumes, de fripes, sans compter les parfumeries, cosmétiques, les merceries, les bijouteries et autres tailleurs et vendeurs de prêt à porter. Et plusieurs échoppes sont tenues par des Sénégalais qu’on arrive difficilement à distinguer des Gambiens. Ici, le Dalasi, devise gambienne, et le Franc Cfa circulent sans difficulté et on peut régler ses achats avec les deux monnaies.

Dans cet espace où cohabitent Gambiens et Sénégalais, la fraternité et la solidarité sont une réalité, même si, de temps à autres, des policiers effectuent des rondes, rappellent à l’ordre certains récalcitrants, réprimandent. Après de longues semaines vécues dans l’inquiétude, Farafenni et son marché ont retrouvé l’ambiance des grands jours. Et pourtant, la crise post-électorale avait poussé beaucoup de commerçants sénégalais à prendre le chemin du retour au bercail en attendant que l’horizon s’éclaircisse. L’ambiance était à cette époque malsaine et la sécurité n’était pas garantie. La meilleure solution était, pour ces Sénégalais, de rentrer au pays en attendant que les choses se normalisent. « Avec cette situation, nos activités ont connu un brusque coup d’arrêt. On a broyé du noir pendant quelques semaines parce qu’il y avait une psychose qui régnait et on a jugé plus sage de fermer boutique, car Yaya Jammeh et son régime étaient capables du pire », informe Mamadou Lam, un commerçant.

Aujourd’hui, cette crise se conjugue au passé. La Gambie a ouvert un nouveau chapitre de son histoire et le discours du Barrow qui a plaidé le renforcement des relations entre les deux pays pour garantir une paix durable a rallumé l’espoir chez ces Sénégalais qui travaillent à la sueur de leur front pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Farafenni a retrouvé son dynamisme économique et affiche le sourire. Un sourire retrouvé aussi par les commerçants sénégalais dont certains sont sur place depuis plus de deux décennies. « Les choses sont revenues à la normale depuis que Jammeh est parti. La reprise est certes timide, mais on espère qu’elle sera totale dans les semaines à venir. On espère aussi que le nouveau président fera tout pour que les relations entre nos deux pays soient beaucoup plus fluides » indique-t-il.

A Farafenni, nombreux sont ces Sénégalais qui se sont installés avec leurs familles. Définitivement pour certains d’entre eux qui considèrent la Gambie comme une seconde patrie. « Quand on travaille dans un pays et qu’on a des enfants qui y sont nés, on peut bien se réclamer de ce pays », argumente Amadou Bâ qui vit à Farafenni depuis plus de deux décennies. Vendeur de tissus, il a vécu avec amertume la crise électorale gambienne qui a menacé leur activité. « Malgré la frontière qui sépare le Sénégal de la Gambie, les populations sont les mêmes puisqu’elles sont unies par les mêmes liens socioculturels et religieux. Nous nous exprimons dans les mêmes dialectes. L’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est presque banal. C’est extraordinaire », explique-t-il. « Je suis moitié Sénégalais et moitié Gambien. J’ai des enfants qui sont nés au Sénégal et d’autres ici. J’ai même une épouse gambienne, donc je n’ai pas de problème d’intégration puisque mes voisins gambiens me considèrent comme un des leurs », ajoute-t-il. Ses garçons ont épousé des Gambiennes et une de ses filles a convolé avec un Gambien. Amadou Bâ n’est pas le seul dans cette situation qui est assez fréquente. Mamadou Lam a lui aussi vécu 27 ans dans cette ville. Vendeur de tissus au marché central de Farafenni, il n’est retourné que très rarement dans son Pété natal.

Farafenni, terre d’intégration…
Farafenni town« La majorité de mes enfants sont nés à Farafenni et ne sont jamais allés au Sénégal. Deux d’entre eux sont enseignants. Avec le poids de l’âge, je ne me déplace plus ». Selon lui, les Sénégalais s’intègrent facilement en Gambie, même si des fois ils ne sont pas épargnés des tracasseries. Originaire de Thiès et spécialisée dans la vente de vaisselle, Astou Mané, elle, a préféré loger à Keur Ayib qu’elle quitte tous les matins pour se rendre à son lieu de travail. « Je connais bien Farafenni pour y avoir vécu pendant trois années. Mais comme j’ai un magasin à Keur Ayib, j’ai préféré loger là-bas ». Selon elle, l’intégration des Sénégalais en Gambie est facilitée par liens qui unissent les deux peuples. « Nous ne sommes pas inquiétés ici, nous faisons notre travail en respectant le règlement, en nous acquittant aussi des taxes. C’est plus simple que cela. Je crois que quand on vit dans un pays et qu’on respecte ses lois et règlements, on peut vivre sans crainte », assure-t-elle.

Modou Ndiaye qui tient une parfumerie a connu une lente intégration. Après une tentative d’émigration avortée vers l’Espagne via la mer, le bonhomme a déposé ses baluchons en Gambie en attendant que la chance lui sourie à nouveau. « Quand on n’est pas chez soi, c’est normal que l’intégration soit difficile au début. Il fallait donc se plier aux règles du pays, ce que j’ai fait et à la longue je me suis habitué.

Depuis qu’il est arrivé, le jeune homme n’a pas connu de problème. « Ici, c’est presque le Sénégal, il n’y a pas de barrière linguistique et la fraternité se vit au quotidien avec nos parents gambiens ». Aujourd’hui, il est appuyé par son jeune frère, Moussa, qui était marchand ambulant à Dakar. « A deux, on se sent beaucoup plus en sécurité, même si jusque-là, on n’a connu la moindre embrouille », soutient-il. Comme nombre de ses compatriotes, Moussa avait fermé sa boutique avec la psychose installée par le refus de Jammeh de quitter le pouvoir. « Avec mon frère, on a loué une chambre à Keur Ayib en attendant que les choses se calment ». Mais avec le départ de Jammeh, ils sont revenus. « Depuis que nous sommes revenus, tout va bien. Les tracasseries ont diminué et on espère des lendemains meilleurs avec le nouveau président élu », assure-t-il.

Même les cireurs qui, pour la plupart, viennent du Fouta ne pensent pas à un retour au Sénégal. « A quoi bon rentrer quand on vit dans un pays et y gagne très bien sa vie sans être inquiété », indique Amadou Thiam.

Par Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 24 mars 2017 15:41
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