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Village chérifien : Darou Hidjiratou fier de son « puits de la fécondité »

27 Mar 2017
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Darou Hidjiratou est un village chérifien créé en 1950 par un descendant du prophète Mohamed (Psl). Ce qui fait de la localité une cité religieuse où les valeurs de l’islam sont enseignées et appliquées. Mais Darou souffre de son enclavement. Isolé dans le département de Vélingara, il faut faire des heures de route pour s’y rendre.

Darou Hidjiratou. Un village chérifien situé au bout de la forêt du département de Vélingara. Pour s’y rendre, il faut faire plus de 150 kilomètres en venant de la commune de Vélingara. L’accès est difficile. La seule piste de production qui mène à ce village en passant par Bonconto, chef-lieu d’arrondissement, est impraticable pendant la saison des pluies. L’eau de pluie prend le pouvoir pendant les mois de juillet, août et septembre. Par conséquent les villages de cet arrondissement deviennent inaccessibles. Il est difficile pour un chauffeur étranger de rouler sous ces eaux puisqu’il faut bien connaître la vraie piste au risque de perdre son véhicule. Pour ne pas perdre le nôtre, nous sommes obligés de louer les services d’un transporteur originaire d’un village situé à trois kilomètres de Bonconton. Le trajet nous coûta 20.000 FCfa. Pourtant, une fois en pleine forêt, le chauffeur nommé Amadou Diao s’arrête pour demander une augmentation de 5.000 FCfa à cause de la difficulté du trajet. Un montant accordé tout de suite puisque nous sommes tous conscients que les manœuvres ne sont pas faciles. Alors le jeune chauffeur reprend son volant en roulant dans l’eau mais en choisissant bien les endroits où mettre les pneus de son véhicule. Malgré les secousses, nous avons eu le temps d’admirer la belle faune de la campagne en profitant de la fraicheur matinale et de la verdure. Car, pour aller dans ce village chérifien, il faut traverser une plaine herbacée et peuplée d’arbustes. Une beauté qui pousse les touristes à tenter le voyage en affrontant cette piste sans mesurer les conséquences. Pourtant les risques sont réels. Deux véhicules 4x4 appartenant à des touristes sont pris dans le piège des eaux glauques qui cachent la piste. Et le nôtre, un ancien modèle de la marque française Renault, résiste dans bien que mal en dépassant les deux véhicules sous les regards impuissants des propriétaires. Le chauffeur en pleine manœuvre nous demande de prendre notre mal en patience parce qu’il reste encore quelques kilomètres à parcourir. Le paysage est captivant. On ne se lasse pas d’admirer la beauté de la forêt de la région de Kolda. Deux heures plus tard, Bonconto se pointe à l’horizon, au bonheur de toute l’équipe. Mais, il reste encore quelques cinq longs kilomètres à parcourir toujours dans la forêt dense de la Casamance avant d’arriver à destination. Ces derniers kilomètres nous prendront encore deux heures. Il était 11 heures quand nous entrons enfin à Darou Hidjiratou.

Mosquée en construction
Mosquée Darou HijratouAu milieu de ce village d’émigrés, une grande mosquée est en construction. « Notre ancienne mosquée ne peut plus contenir les fidèles. Un ami du village a décidé de nous construire celle-ci », lâche Abdoul Aziz Aïdara, un fils du village. Ce dernier est notre premier interlocuteur. Il décida alors de nous conduire chez son aîné qui est aujourd’hui chef et khalife du village. Il se nomme Cherif Mamadou Seydou Aïdara. En bon paysan, ce vieux marabout est absent de chez lui. Il est dans les champs. Alors, notre jeune chauffeur, après quelques minutes de repos, reprend son volant en direction du champ. Heureusement celui-ci n’est pas loin. Entouré de ses talibés, le marabout est en train de défricher son champ de coton. Celui qui se décrit comme paysan et enseignant de la littérature arabe va au champ dès les premières lueurs de la matinée, vers 6 heures, avant d’être rejoint par ses talibés. Trouvé en pleine activité, cet homme de taille moyenne et au teint clair prend son temps pour nous faire l’histoire du village de son défunt père Khalife Alassane Aïdara, né en 1917 et décédé le 24 décembre 2011 à l’âge de 94 ans. Père de 20 enfants dont 12 garçons, le fondateur de Darou Hidjiratou a laissé derrière lui 94 petits-fils. « Au moment de son décès, il avait 15 arrières petits-fils », raconte le marabout les yeux fixés au ciel. Après ce petit récit, Cherif Mamadou Seydou Aïdara essaie de retracer l’histoire de la création du village son papa. Il raconte que son père, avant de créer le village, est passé par le Mali avant rejoindre Médina Gounass après des séjours à Nioro De Rip et à Kounkané. « C’était vers les années 1942 », se souvient-il. C’est à Médina Gounass, après sa rencontre avec le marabout des lieux, qu’il a décidé, sur ses conseils, de fonder en 1950 le village chérifien en lui donnant le nom de Darou Hidjiratou. « C’était en 1948, un an après ma naissance », raconte Chérif Mamadou Seydou Aïdara, l’homonyme du marabout de Médina de Gounass.

Village religieux
A sa création, le village ne comptait que trois maisons. « Aujourd’hui nous sommes à 140 maisons avec plus de 2.000 habitants composés essentiellement de chérifiens car nous sommes tous des frères et sœurs, avec nos enfants dont certains sont en Europe », informe notre interlocuteur qui ajoute que ses ancêtres étaient des descendants du prophète Mohamed (Psl). Ces liens de parenté avec le fondateur de l’islam fait de la localité un village religieux où l’on enseigne aux enfants, dès le bas âge, les valeurs de la religion musulmane et la littérature arabe. « Nous sommes un village religieux où il est interdit de fumer ou de danser », nous signifie Mamadou Seydou Aïdara. Dans le village de son papa, toutes les femmes portent un voile et sont soumises aux règles et lois de la religion musulmane, c’est-à-dire de « la charia ». C’est grâce à cette charia que tous les conflits entre les habitants sont tranchés au village. « La justice ne juge que des rares cas de crimes. Sinon, la charia est appliquée ici à la lettre », précise-t-il. Mamadou Seydou Aïdara est titulaire d’un doctorat en arabe. Il a étudié dans les pays arabes avant de rejoindre la France en 1975 pour poursuivre les études sur l’Astronomie.

Aujourd’hui, en tant que chef du village, l’homme inculque son savoir à plus de 220 talibés répartis dans trois daaras. « Tous mes talibés sont pris en charge. Ici, on ne demande pas l’aumône. Les enfants vivent de ce que nous cultivons », souligne-t-il. En plus de l’agriculture, le vieux marabout dispose de vergers de mangues et d’autres fruits. « Nous avons tout ici », se réjouit-il, avant de reconnaître que leur seul problème reste et demeure la route. Le village est inaccessible. « Nous espérons que le président Macky Sall qui connaît bien ici fera quelque chose pour le village en nous construisant la route. Le marabout peut aussi compter sur l’un de ses jeunes frères qui est membre du parti au pouvoir. Ce dernier est d’ailleurs le maire de la commune rurale de Darou Hidjiratou.

Puits de la fécondité et de la guérison
Puits de Darou HijratouAu fond du village de Darou Hidjiratou est creusé un puits miraculeux. Construit parmi les 120 autres puits du village, il était le seul où l’eau a choisi un vendredi pour jaillir comme l’aurait souhaité un des savants et conseillers du fondateur du village, khalife Alassane Aïdara. « C’est pour cette raison qu’il fait objet de pèlerinage », explique l’actuel khalife Cherif Mamadou Seydou Aïdara. Il raconte que son père avait suivi le conseil d’un certain Thierno Amadou Barro en creusant ce puits 15 ans après son installation au village. L’eau devait jaillir de ce puits un vendredi, lui avait annoncé son conseiller. Ne connaissant l’emplacement exact à choisir, le fondateur du village fait creuser plusieurs puits à divers endroits du village. Dans l’un des puits, l’eau jaillit des entrailles du sil un vendredi, conformément à la prédiction de son conseiller.

Ce puits a été creusé en 1082. Depuis lors, il fait l’objet de pèlerinage parce que, d’après notre interlocuteur, il est source de fécondité, de guérison et de miracles. Et les pèlerins viennent de partout et même des pays de la sous-région pour chercher cette eau. On raconte l’histoire de cette femme originaire de la commune de Kounkané qui était entre la mort et la vie quand on l’a amené au village. Elle a survécu après pris un bain en utilisant l’eau de ce puits. « Non seulement, elle était guérie mais elle a mis au monde des enfants alors qu’elle avait des difficultés à en avoir », se rappelle Chérif Mamadou Seydou Aïdara. Ce dernier est formel, la majeure partie des femmes qui ont utilisé cette eau pour un bain ou en la buvant ont eu des enfants après. « C’est pour cette raison que nous disons souvent que l’eau de notre puits est source de fécondité », soutient Cherif Seydou Mamadou Aïdara. En plus de ces femmes, les hommes viennent de partout pour effectuer le pèlerinage dans ce puits. « Beaucoup boivent cette eau car elle peut guérir certaines maladies. C’est un puits miraculeux », lance-t-il.

Ce puits d’une profondeur de 12 mètres a besoin aujourd’hui d’être réhabilité. « Mon père ne voulait pas d’une construction moderne autour du puis. C’est pour cette raison que nous avons préféré ne rien construire autour de ce puits. Nous comptons cependant réaliser quelques travaux pour le protéger », assure le khalife et chef du village de Darou Hidjiratou qui, avec fierté, explique les bienfaits de ce puits qui, à son avis, mérite d’être connus par les Sénégalais. A l’en croire, grâce à cette eau, les populations de son village tombent rarement malades.

Par Eugene KALY et Ibrahima BA (textes), Assane Sow (photos)

Last modified on lundi, 27 mars 2017 13:22
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