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Carnet de route - Roi Bhumibol de la Thaîlande : Comment une vision a transformé un pays

30 Mar 2017
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Jusqu’à sa mort en octobre dernier à l’âge de 88 ans, le roi Bhumibol de la Thaïlande était le plus ancien des monarques en exercice. Il entretenait son aura mystique auprès de son peuple qui le vénérait grâce à sa vision du développement qui a transformé son pays au point d’en faire un cinquième tigre asiatique.

Il était un monarque adulé. Vénéré par ses sujets. Nombre de visiteurs et d’observateurs étrangers étaient bien obligés de constater l’amour unanime, inconditionnel de tout un peuple pour un monarque quasi divinisé, à la fois incarnation de Bouddha sur terre et «seigneur du territoire et de la vie» dans la tradition hindouiste. Les Thaïlandais connaissent tous par cœur le conte de fée, relaté dans les innombrables hagiographies. L'histoire du monarque «au cœur blanc, plein de magie et de bonté». De «l'esprit protecteur des Thaïlandais». De «l'artiste qui avait tous les dons». Il peignait, sculptait, photographiait, composait et croulait sous les distinctions, récitent les écoliers en chœur. Il était aussi un «agronome de génie» qui testait lui-même de nouvelles méthodes d'agriculture, transformait la piscine du palais Chitralada en étang de pisciculture et inventait le buffle mécanique ou les pluies artificielles. Enfin, c'était un homme de compassion pour les petites gens.

Il y a, dans ce fatras de louanges, des passages qui relèvent de la légende, mais la grandeur de l’homme est incontestable. On ne peut nier que ce monarque a eu le règne le plus long de l’histoire de la Thaïlande et l’un des plus prestigieux. Durant des décennies, il avait été le principal facteur d’unité dans un pays où une pesante structuration hiérarchique exacerbait les inégalités sociales. Il incarnait le lien entre tous les Thaïlandais quelle que soit leur classe sociale, le miroir dans lequel chacun pouvait se reconnaître comme faisant partie d’un tout. «Le sentiment qu’éprouvent les Thaïlandais pour le roi est quelque chose que les étrangers ne peuvent pas complètement comprendre», disait alors l’ancien premier ministre Anand Panyarachun.

Quand Bhumibol Adulyadej naît à Boston en 1927, personne, pas même ses parents, n’imagine le destin exceptionnel qui l’attend. Quand Ananda Mahidol, son frère, devient roi en 1934, après l’abdication de son oncle, les deux enfants vivent à Lausanne avec leur mère et leur grande sœur. Ils sont inséparables. Des photos les montrent aux sports d’hivers, bras dessus bras dessous, leur manteau maculé de neige. C’est le temps de l’insouciance, mais aussi des études à l’Ecole nouvelle de Lausanne. Le jeune Bhumibol se passionne des sciences, de la musique. La carrière d’ingénieur le tente. En 1946, la famille rentre en Thaïlande pour la cérémonie de couronnement d’Ananda. Celui-ci est accueilli avec soulagement par les Thaïlandais, mais la monarchie a connu une longue éclipse et son prestige est amoindri. Ananda ne règne que quelques mois. Un matin de juin 1946, il est retrouvé mort, dans son lit, d’une balle dans la tête. Il revient au jeune Bhumibol d’assurer la continuité de la dynastie Chakri, sous le nom de Rama IX.

Roi du développement
Roi ThaîlandeBhumibol est un roi qui a beaucoup voyagé. Il revient de ses nombreuses visites en Europe avec beaucoup d’influences et de certitudes qui changeront le visage de la Thaïlande. Le Bangkok trace est encore la trace vivante de cette influence européenne avec ses larges avenues inspirées par les Champs Elysées et ses grands temples bouddhiques (il y en a 430, rien qu’à Bangkok) en marbre et en fer forgé. C’est ici que l’on retrouve l’administration thailandaise. Le Palais royal y côtoie le siège du gouvernement et celui de l’Onu pour la zone Asie – Pacifique. On y est aussi frappé par les larges avenues bordées d’arbres (il n’y a pas d’arbre dans le Bangkok moderne) et ses nombreux canaux navigables.

Depuis les années 60, il sillonne son royaume, multipliant les initiatives et les projets. Grâce à lui, de nombreux grands projets d’irrigation en zone rurale ont vu le jour. En 1974, le souverain élabora un concept de développement original, nommé « économie de suffisance ». Il définit cette nouvelle politique, la même année, lors de la création de l’Université Kasetsart: « Le développement du pays doit être réalisé par étapes. Il doit débuter avec l’établissement d’infrastructures permettant l’accès à l’alimentation et aux besoins de base de la population, grâce à des méthodes qui doivent être économiques, prudentes et en conformité avec les principes. Une fois cette fondation fermement établie, le progrès peut être continuellement, soigneusement et économiquement promu. Cette approche permettra d’éviter les erreurs et les échecs et conduira à l’accomplissement certain et complet des objectifs ».
Il encourage alors les petits producteurs agricoles à rechercher avant tout l'autosuffisance alimentaire, la diversification de leur production et une moindre dépendance à l'achat de produits manufacturés. Plus largement, il propose une attitude de modération, d'intégration dans l'écosystème et d'organisation coopérative et solidaire au sein des communautés villageoises. Ainsi, face a une économie mondialisée et au développement débridé d'une agriculture intensive mécanisée et de la monoculture partout dans le monde qui n'a jamais vraiment enrichi les agriculteurs, le roi prônait un modèle de développement modéré qui se fait étape par étape et, surtout très diversifié.

Vision révolutionnaire
L'agriculture qui est promulguée est une forme d’agriculture durable complémentaire des agricultures biologiques, « agroforestières » ou raisonnées. Cependant, en plus d'être très conceptuelle, cette théorie a largement bénéficié d'une mise en pratique, au travers de centres de développement et de recherche et de champs-écoles pour agriculteurs (farmer's field school). Ceci a donc conduit à la proposition d'une ferme type de 2,3 ha avec quatre parties :

• 30 % d'étangs servant de stockage de l'eau à la saison sèche pour alimenter le verger. La digue de l'étang doit être surélevée et fixée à l'aide de plantes herbacées pour éviter l'érosion (vétiver notamment). L'étang est de plus utilisé pour élever diverses espèces aquatiques animales (poissons, grenouilles, etc.) et végétales.
• 30 % utilisé pour produire du riz à la saison des pluies, ce qui couvre au minimum la consommation familiale.
• 30 % de verger ou jardin avec différents arbres fruitiers, un grand potager, des herbes aromatiques, condimentaires et des champignons.
• 10 % restant sont des bâtiments, d'élevage et d'habitation pour la famille.

Derrière cette organisation, il y a une volonté d’accéder d'abord à une autosuffisance à l'échelle individuelle puis, à mesure de la maîtrise de la production, de générer du surplus qui peut être vendu et dégager ainsi un revenu.

Depuis les années soixante, environ 3.000 projets royaux verront le jour. Ils englobent des thématiques qui vont de l’agriculture durable à la santé publique en passant par les transports et les télécommunications avec toujours comme objectif la réduction de la pauvreté et de la faim.

Des projets de développement lancés et réalisés grâce aux moyens financiers du Bureau des Propriétés de la Couronne. Cet organisme qui gère les biens de la couronne est indépendant du gouvernement. Il ne rend compte qu’au roi et la fortune qu’il gère est immense. La couronne est, en effet, le premier propriétaire terrien du pays, et les revenus générés par ces propriétés ont été savamment investis, faisant du Bureau un acteur essentiel de l’économie thaïlandaise: industrie, assurance, banque, etc. Une richesse estimée à 30 milliards de dollars. Ce sont ces projets qui proposent et distribuent aux fermiers une soixantaine d'espèces animales et végétales pour les quatre parties de la ferme type promue par le roi.

Nouveau tigre asiatique
Sous l’impulsion de son roi visionnaire, la Thaïlande connait une croissance économique remarquée au sein de la zone du Sud-Est asiatique et ambitionne de rejoindre les nouveaux pays industrialisés de la bande des quatre (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong-Kong). Par son dynamisme, l’agriculture thaïlandaise a joué un rôle moteur dans l’essor de l’économie nationale. Elle contribue pour près d’un quart à la formation du PNB, emploie près de 70 % de la population active et ses activités dégagent un surplus exportable permettant de couvrir le déficit des échanges manufacturiers.

VISITE DE FAMILIARISATION : Des hommes d’affaires sénégalais en quête d’opportunités en Thaïlande
Sénégalais à ThaïlandeUne délégation d’hommes d’affaires sénégalais à répondu à l’invitation de l’ambassade royale de la Thaïlande pour une visite de familiarisation d’une dizaine de jours dans l’ancien royaume de Siam. Une visite au cours de laquelle de nombreuses opportunités d’affaires leur ont été présentées.
 
« La téranga n’est pas que sénégalaise ». Mme Ndom qui accompagne son époux depuis plusieurs années en Thaïlande pour importer des tissus au Sénégal ne tarit pas d’éloges pour le pays thaï. L’ouverture des Thaïlandais est, en effet, frappante. Contrairement à nombre de pays asiatiques qui ont du mal à cacher leur racisme, la Thaïlande est le pays du sourire. « Ils ne développent aucune méfiance vis-à-vis des étrangers, bien au contraire ». Pays très touristique (30 millions de touristes en 2015), leshabitants ont l’habitude d’accueillir et de converser avec les étrangers. Partout, ce sont des voix généreusement chantonnantes qui vous accueillent avec le bonjour local (Suwadikha).
 
La visite commence par une rencontre avec des chefs d’entreprises thaïlandaises à la Chambre de commerce à Bangkok. La rencontre, présidée par le vice-président de la structure est une prise de contact entre hommes d’affaires des deux pays qui s’échangent des cartes de visite et prennent rendez-vous pour des discussions plus poussées et des visites organisées pour une plus grande visibilité des activités des différentes entreprises locales présentes. Le vice-président de la Chambre de commerce qui a déjà séjourné au Sénégal est un ami de l’écrivain Cheikh Hamidou Kâne. Il explique qu’une dizaine de compagnies thaï commencent à investir à l’étranger. « Les produits de mer et les minéraux pourraient attirer nos investisseurs », soutient-il. A son tour, le porte-parole de la délégation sénégalaise, M. Serigne Amar, secrétaire général du holding Tse fixe les centres d’intérêt des hommes d’affaires sénégalais : « Nous avons, au Sénégal, un secteur privé important et très dynamique qui est la quête d’opportunités pour le marché sénégalais. Nous sommes intéressés par le textile, les services, l’agriculture, la machinerie agricole et industrielle ».
 
Rendez-vous est donc pris avec certaines entreprises thaïlandaises pour des visites de terrain qui commencent Ubon Ratchathani. Capitale de la province du même nom au nord-est de la Thaïlande, elle est frontalière du Cambodge et du Laos, Ubon est surtout connue pour son festival des bougies qui se tient au mois de juillet. La rivière Mun et le Mékong entretiennent une nature luxuriante qui offre de très beaux paysages. La concentration de temples bouddhiques est ici impressionnante. « C’est parce que le bouddhisme est peut-être encore plus présent ici que dans d’autres villes », explique le docteur Philatlak Kongsim, une enseignante qui conseille le groupe Panpee, hôte de la délégation sénégalaise à Ubon. Le groupe Panpee s’active, pour l’essentiel, dans l’agriculture et le tourisme. Il produit différentes variétés de riz et des cultures énergétiques comme l’huile de palme, le jatropha, le manioc et la canne à sucre. La firme encadre aussi des groupements de petits producteurs locaux pour la transformation des produits agricoles.

Après Ubon, cap sur Chiang Mai. C’est la deuxième plus grande ville de Thaïlande après Bangkok bien que cinquante fois moins peuplée. Détendue, créative et policée, Chiang Mai est aussi une cité dynamique et moderne qui a conservé une charmante simplicité. Ouverte aux autres, elle accueille la plupart des organisations non gouvernementales (Ong) qui travaillent avec les réfugiés birmans. Malgré la circulation, la pollution, les bâtiments en béton et les influences occidentales, elle reste authentiquement thaïlandaise et résolument tournée vers le progrès. La population estudiantine lui vaut une ambiance jeune, particulièrement notable dans les bars et les boîtes de nuit.

Une visite au ministère du Commerce de Thaïlande, représenté dans chaque province par un département de la promotion du commerce international permet à la délégation sénégalaise de se familiariser avec les atouts de la région. Chiang Mai est, en effet, réputé pour son artisanat. La céramique, la porcelaine, l’argenterie, le tissage du coton et de la soie, le bois et les produits alimentaires sont des activités réputées dans la région. Des chefs d’entreprise thaïlandais intéressés par l’importation du coton ne cachent pas leur intérêt pour le coton sénégalais et se disent prêts à saisir les opportunités dans ce sens.

La visite se poursuivra par la visite de l’usine Polowat Engine Ltd qui s’active dans la machinerie agricole. Une visite qui a particulièrement intéressé le représentant de Tse. « Notre agriculture a certes besoin de tracteurs pour les grands domaines, mais ce sont surtout les petites machines agricoles qui nous feront faire de grands pas dans notre combat pour l’autosuffisance », explique Serigne Amar. En effet, explique le secrétaire général du Holding Tse, « notre agriculture est surtout familiale. Elle est pour l’essentiel faite par de petits producteurs qui ne peuvent pas utiliser les tracteurs, c’est pourquoi nous sommes intéressés par l’importation de petites machines agricoles qui pourront alléger la pénibilité du travail de ces paysans ». M. Amar se verra d’ailleurs offrir deux machines pour les tester au Sénégal. « Si les tests sont concluants et que ces machines s’avèrent solides et économes en énergie, nous en importerons au Sénégal », s’engage-t-il.

Le programme de la visite se termine par une rencontre avec les dirigeants d’Eximbank à Bangkok pour étudier les modalités de financement d’éventuels partenariats entre hommes d’affaires thaïlandais et sénégalais.


CENTRE ROYAL D’ETUDES DU DEVELOPPEMENT HUAI HONG KHAR : La pépinière du roi
Le Centre royal d’études du développement Huai Hong Khrai a été créé sur l’initiative du roi Bhumibol, le 11 décembre 1982, dans la zone de la réserve forestière nationale Khun Mae Kuang de Chiang Mai. Il couvre une superficie de 1360 hectares. Ayant constaté que la région qui avait autrefois des forêts abondantes voyait ses ressources se dégrader progressivement, il ordonne au centre d’études de faire des recherches et des expérimentations sur des méthodes de développement adaptés aux besoins de cette partie du pays. Il insiste particulièrement sur la conservation des bassins hydrographiques, sur le reboisement et le développement agricole.

La région était naguère maltraitée à cause de l’agriculture des pavots qui y poussent naturellement. Après la récolte, on brûlait les champs pour préparer les prochaines cultures. Au fil des ans, l’aridité s’était installée dans la région. Le roi recommande alors sa reforestation en commençant par la préservation de l’eau. Ce sont donc 18 villages qui vivent autour du centre où ils sont formés aux techniques d’agriculture et d’élevage. Des bœufs danois sont importés pour les croiser avec les vaches locales qui parviennent ainsi à améliorer leur production laitière en donnant 10 à 12 litres par jour. Des chèvres y sont aussi élevées et leur production laitière sert à fabriquer du fromage et du savon (la viande de chèvre n’est pas consommée en Thaïlande). C’est aussi le cas de cochons et de poules. Des poules chinoises sont croisées avec des races locales pour améliorer leur production en viande. Tous les croisements sont faits dans le centre et les semences sont données aux producteurs de la région.

Par notre envoyé spécial Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 30 mars 2017 12:29
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