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Lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack : L’ancien fleuron de l’excellence en quête d’une seconde jeunesse

31 Mar 2017
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Plus d’un demi-siècle après sa construction, le lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack, qui occupe une place très importante dans le cœur de tous ceux qui l’ont fréquenté, est toujours là, debout, et affreusement défiguré. Si son âme semble toujours présente, ce haut lieu du savoir qui a vu passer beaucoup de futurs cadres du pays et des générations d’apprenants ploie, aujourd’hui, sous le poids de l’âge. Même ceux qui ne l’ont pas fréquenté sont touchés par son état de décrépitude, sa détresse. Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires militent activement pour le sauvetage de ce lieu prestigieux qui, pensent-ils, doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages et à l’épanouissement des élèves.

Lycée Valdiodio Ndiaye. Le seul fait de prononcer ce nom provoque un pincement au cœur du côté de ceux qui ont fréquenté cet établissement. Le premier lycée de Kaolack, construit en 1958, agonise lentement. Aujourd’hui, avec l’état pitoyable de délabrement dans lequel il se trouve, ce haut lieu de savoir qui a marqué son époque n’est plus que l’ombre de lui même. L’état de délabrement de ce lycée transparaît à l’entrée de l’établissement. Dès qu’il pénètre dans le lycée, le visiteur marque un temps d’arrêt. Le premier constat est que l’établissement n’a pas bonne mine. L’aspect des bâtiments, rongés par l’usure, témoigne que rien n’est plus comme avant dans ce lieu emblématique qui a vu passer plusieurs générations de collégiens. Cet établissement qui se trouve dans un état de délabrement très avancé offre un véritable spectacle de désolation. Les bâtiments souffrent d’une vétusté sans mesure. Une situation qui interpelle sur l’état de dégradation d’un des fleurons de l’enseignement du pays.

Ce prestigieux lycée, partie intégrante de l’histoire de la ville de Kaolack, qui fut jadis un creuset d’excellence, a généreusement ouvert ses espaces à des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes pour leur permettre d’apprendre. Ceux qui ont fréquenté Valdiodio auront le bonheur de retrouver des noms illustres de l’histoire de notre pays. Beaucoup d’élèves qui sont passés par là sont devenus… président de la République, ministres, directeurs généraux, médecins, pharmaciens, magistrats, professeurs de lettres, inspecteurs du trésor, inspecteur général d’État, commissaires de police, avocats, notaires, écrivains, cadres supérieurs... Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir le tableau. De prestigieux noms défilent : Macky Sall, le général Amadou Tidiane Dia, Mamadou Lamine Loum, Aminata Touré, Souleymane Ndéné Ndiaye, Mariama Sarr, Abdou Latif Coulibaly, Coumba Ndoffène Diouf, Modou Diagne Fada, Mbagnick Ndiaye, Diène Farba Sarr, Yaye Kène Gassama, El Hadji Diouf, Aly Cotto Ndiaye, Aziz Sow, Daouda Faye, Salif Bâ, Mbaye Diack, Abdou Salam Sall, Sémou Pathé Guèye, Adama Ndiaye, Awa Guèye, Me Nafissatou Diop Cissé, Rose Wardini, Wagane Faye, Ousmane Sèye… et tant d’autres.

Comme tous les établissements scolaires, le lycée Valdiodio Ndiaye a une histoire. Et Mbaye Thiam, l’actuel proviseur, en parle avec un brin de nostalgie. « Le pouvoir colonial avait décidé de faire des locaux du jardin d’essais de Kaolack un collège classique et moderne. Les premiers élèves sont entrés le 8 novembre 1958. Parmi eux, le général Amadou Tidiane Dia, ancien commissaire national au pèlerinage, Ibrahima Ndao, ancien directeur général de la Sonatel, la Linguère Fatim Diop... », informe-t-il. À l’époque, explique M. Thiam, il n’y avait pas de lycée à Tambacounda, encore moins à Diourbel, Fatick et en Casamance. « Seules Dakar et Saint-Louis disposaient d’un lycée. Il fallait donc créer un grand lycée qui puisse recevoir les élèves provenant du centre, du sud et de l’est du Sénégal », souligne le proviseur.

Le lycée, selon lui, a connu de multiples péripéties. Peu de temps après les Indépendances, ce collège classique et moderne est rebaptisé. Il devient alors le lycée de Kaolack et a commencé à avoir un second cycle. Puis, en 1966, il devient le lycée Gaston Berger. « Vingt ans après, le professeur Iba Der Thiam, qui était alors ministre de l’Éducation nationale, a estimé qu’il fallait trouver un Sénégalais pour être le parrain de ce lycée. Le choix s’est valablement porté sur Valdiodio Ndiaye, avocat et homme politique, ancien maire de Kaolack qui est une fierté nationale, une référence pour le Saloum », indique Mbaye Thiam. Par la suite, le lycée a connu quelques mutations. À l’époque où il était un grand complexe, l’effectif tournait au tour de 8.000 élèves. « On a pris le premier cycle qui forme deux collèges d’enseignement moyen avec 3500 élèves chacun, le lycée qui gère le second cycle avec un effectif de 4000 élèves et, à côté, on a construit un franco-arabe, érigé un Bloc scientifique et technique et un Centre d’enseignement technique féminin (Cetf) », explique le proviseur. « Aujourd’hui, quand on vous parle du Complexe Valdiodio Ndiaye, c’est qu’il y a le lycée, le Cem 1 et 2, le collège franco-arabe, le bloc scientifique et technique et le Cetf », fait savoir M. Thiam.

Réhabilitation parcimonieuse
Depuis sa nomination, en octobre 2012, le proviseur et son équipe se battent pour améliorer les conditions de travail des enseignants et aussi la qualité de l’enseignement. « Quand j’ai pris service, le lycée n’était même pas clôturé. Il y a eu des efforts avec les moyens propres de l’école et l’action de madame Wouly Sène qui ont permis de reprendre la clôture ». Toutefois, déplore M. Thiam, ce mur, quinze jours après sa réhabilitation, a été détruit par les populations riveraines habitant la partie nord du lycée. Un geste d’incivisme caractérisé que n’a pas manqué de dénoncer le proviseur. « Les voisins immédiats considéraient le lycée comme un dépotoir d’ordures. C’était la pagaille. Les animaux morts étaient jetés dans la cour et il y avait aussi les voleurs qui avaient fait du lycée leur refuge. Quinze jours après l’inauguration du mur de clôture, ils n’ont rien trouvé de mieux que de le démolir pour simplement trouver des voies de passage. 

C’est ce climat stressant que nous vivons au quotidien et que nous cherchons à corriger », indique-t-il. Toutefois, précise Ndèye Ndour, tous les riverains ne doivent pas être mis dans le même sac. « Certaines populations sont d’un incivisme chronique et aiment trop la facilité. Mais, en déversant leurs ordures dans le lycée, elles devaient penser à leur environnement et celui de leurs enfants », confie-t-elle, déplorant la démolition du mur de clôture par certaines populations.

Si les efforts nécessaires n’ont pas encore été consentis par les autorités compétentes pour rénover cet établissement, il y a une synergie pour se pencher sur les problèmes du lycée et trouver des solutions. Et jusque-là, n’ont été réalisés que des travaux d’urgence. « Le Conseil départemental a réfectionné le bâtiment D où il y a 16 classes, une infirmerie, la bibliothèque, les archives et la salle d’Eps. La Sonatel a pris en charge le bloc B avec 10 salles de classe. La Direction des constructions scolaires a réhabilité cette année le bloc A. Ce qui fait qu’au niveau du campus pédagogique, sur les 60 classes, il reste 21 à réfectionner et nous pensons qu’à partir de l’année prochaine, tout sera remis à neuf », assure le proviseur non sans magnifier les actions de la mairie avec le pavage de la façade sud du lycée. Il s’y ajoute, selon lui, que « le Crédit mutuel et le Conseil départemental ont dégagé une subvention de 6 millions de FCfa pour réhabiliter le terrain de sport du lycée ».

En plus de ces différents partenaires, a souligné le proviseur, les anciens élèves interviennent beaucoup dans la réhabilitation du lycée, même au niveau de la diaspora.
Mbaye Thiam, qui fut un ancien du lycée Valdiodio, a eu la chance et le privilège d’étudier dans un cadre exceptionnel, de toute beauté, avec des arbres tout autour. « C’était un jardin dans lequel on trouvait la quasi-totalité des arbres fruitiers connus. Malheureusement il ne reste, aujourd’hui, qu’une végétation composée de niim », regrette-t-il. Toutefois, informe-t-il, un partenariat avec des Allemands va permettre la mise en place d’un mini parc écologique au niveau du lycée. « Tout cela rentre dans le cadre d’un vaste projet de réhabilitation des fonctions écologique et pédagogique du lycée Valdiodio Ndiaye pour un coût global de 462 millions de FCfa », éclaire M. Thiam. « Ce projet est porté par de grandes personnalités qui sont sorties de cet établissement, en tête desquelles Aminata Touré, ancien Premier ministre, Ibrahima Dème, ancien directeur de la Sonatel, Adama Ndiaye, procureur... », révèle-t-il. Dans ce même registre, ajoute le proviseur, des négociations sont en train d’être menées avec les Fonds verts des Nations unies pour doter le lycée d’espaces verts.

Le social au cœur de la politique du lycée
Lycée Valdiodio NdiayeLe lycée Valdiodio Ndiaye fut une référence au niveau national par la qualité. Aujourd’hui, le problème de cet établissement demeure, selon son proviseur, le nivellement des valeurs. « Nous avons une série S1 où les élèves réussissent toujours le baccalauréat avec un taux de 100 %, autant nous avons des classes où les résultats atteignent difficilement les 50 % », explique-t-il. Cette situation est liée, selon Mbaye Thiam, à une massification et à une forte demande sociale. « On a, pendant très longtemps, théorisé le maintien. Il vaut mieux avoir un élève à l’école plutôt que d’avoir un élève dans la rue. J’ai fait le choix de récupérer tous les élèves vulnérables à la déperdition scolaire. Tout cela est lié à une situation dont j’ai hérité », indique le proviseur non sans préciser que le lycée possède un club de l’excellence appuyé par des partenaires. « Tous les élèves qui ont une moyenne supérieure à 15/20 et les sportifs confirmés ne paient pas de droits d’inscription. Ils sont totalement pris en charge par le lycée », note-t-il. Il y a aussi nos partenaires allemands qui prennent en charge les inscriptions de 50 cas sociaux. Ils nous accordent aussi des subventions qui ont permis l’achat de vélos pour des élèves qui habitent très loin », ajoute M. Thiam.

Chaque année, pour magnifier l’œuvre du parrain, Valdiodio Ndiaye, et amener les jeunes générations à le considérer comme une référence, le lycée organise, le 5 mai, date de son décès, des journées qui lui sont consacrées. « Les journées Valdiodio Ndiaye sont des moments de retrouvailles entre toutes les générations qui ont fréquenté le lycée », explique-t-il.

Cris du cœur des anciens
C’est une lapalissade de dire que le lycée Valdiodio Ndiaye, naguère creuset d’excellence, a perdu son lustre d’antan. Cet établissement qui a joué un rôle si important, pour avoir accueilli depuis 1958 des dizaines de milliers d’élèves, est dans un état de délabrement inquiétant, malgré les tentatives de le relever de sa longue agonie. Certains bâtiments, frappés par le poids des ans, crient leur détresse. Les internes s’exaspèrent de l’état de vétusté qui touche leur établissement et ressentent un grand embarras en disant qu’ils étudient à Valdiodio Ndiaye. « C’est une fierté nationale, mais les autorités n’ont pas consenti les efforts nécessaires pour rénover ce lycée. Il est temps que cet établissement connaisse une seconde vie », dénonce Mariama Diouf. Pour les élèves, le parrain ne serait point fier de voir l’état dans lequel se trouve ce lycée qui porte son nom. Les anciens aussi s’alarment de la décrépitude du lycée. Nostalgiques de leurs années inoubliables qu’ils y ont passées, nombreux sont ceux qui ont un pincement au cœur en voyant la dégradation progressive des lieux. Ils trouvent anormal que rien n’ait été entrepris pour restaurer ce lycée historique. Pour Fatou Binetou Cissé, ce lycée porte le nom d’une illustre personnalité et mérite un bien meilleur sort. « C’est vraiment déplorable de constater que ce lycée aussi prestigieux par la qualité de ce que l’on y a enseigné soit aujourd’hui dans cet état », s’alarme cette ancienne élève qui y a eu son bac en 1999. Selon elle, la restauration et la conservation du lycée Valdiodio Ndiaye devraient être une priorité. Amath Diago, un statisticien qui y a également fait ses études secondaires, estime que ce lycée appartient au patrimoine tant régional que national. Il regrette, lui aussi, l’état de délabrement avancé de l’établissement. D’où l’urgence, selon lui, de lancer un programme de restauration de l’ensemble des bâtiments pour assurer la sauvegarde de ce prestigieux établissement. « C’est un lycée qui, depuis plus de cinquante ans, forme des générations d’élèves et a toujours fait la fierté de Kaolack. Il mérite un bien meilleur sort », note-t-il.

Des regrets, Ndèye Marème Sarr n’en manque pas chaque fois qu’elle passe devant ce lycée qu’elle a foulé pour la première fois en 1985. « Je garde d’excellents souvenirs de ce lycée qui fut une institution exceptionnelle. Avec le rôle qu’il a joué en contribuant à la formation de nos élites, je pense qu’il est indispensable de rénover cet établissement pour qu’il continue d’être le symbole de l’éducation et de l’excellence qu’il a toujours été », affirme cette technicienne en informatique.

De son côté, Babacar Seck, un enseignant qui est également passé par Valdiodio, lance un appel pressant aux autorités, afin qu’elles puissent sortir l’école de sa léthargie actuelle. Abdoulaye Marone dénonce, pour sa part, une absence de volonté des politiques. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye est une fierté nationale qui mérite de refaire sa toilette. « Cet établissement a été construit avant les Indépendances et a vu passer des potaches qui sont devenus des personnalités importantes dans ce pays. Rien que pour ça, il mérite une attention particulière et pratique de la part des autorités, des cadres qui l’ont fréquenté ou encore les personnes de bonne volonté ».

Comme beaucoup de parents d’élèves, Mamadou Faye tire aussi sur la sonnette d’alarme et alerte les autorités locales sur la dégradation qui prévaut dans le plus ancien établissement secondaire de Kaolack. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages, à l’épanouissement des élèves et adapté aux besoins des équipes pédagogique, technique et administrative.

Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires attachent une très grande importance au sauvetage de ce lycée devenu un patrimoine. Ils veulent que sa rénovation globale soit prise en charge dans les meilleurs délais, pour pérenniser à tout jamais son existence.

Par Samba Oumar FALL (texte) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 31 mars 2017 15:05
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