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Leïla Slimani, le Goncourt d’une virtuose du verbe

14 Avr 2017
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Elle a à peine 35 ans et le monde littéraire parisien est à ses pieds. Le premier roman de Leïla Slimani, «Dans le jardin de l’ogre», concourrait déjà pour le prix de Flore. Son second ouvrage, «Chanson douce», a tout simplement obtenu le plus connu des grands prix français, le Goncourt. Une surprise sans en être une. Au petit jeu des pronostics, beaucoup sacraient déjà Yasmina Reza, Adélaïde de Clermont-Tonnerre ou Ivan Jablonka, qui se sont tout trois vu décerner les autres grandes récompenses de l’année (respectivement le Renaudot, le grand prix de l’Académie française et le Médicis). Leïla Slimani faisait figure d’outsider, mais, à l’instar du jeune Gaël Faye (qui a eu, lui, le prix du Roman Fnac), cette Franco-marocaine était toujours dans la course. Le jury a fini par la choisir à six voix contre deux pour Gaël Faye et son «Petit pays».

«Chanson douce» avait tous les atouts pour l’emporter. «Le bébé est mort.» Ainsi débute ce livre, qui se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme une analyse implacable sur les rapports de domination et sur la misère sociale qui en découle. Le bébé en question et sa grande sœur ont été assassinés par leur nourrice, Louise. Peu à peu, au fil des pages, Leïla Slimani dévoile les motivations profondes, la colère, la haine accumulée par cette nounou en apparence dévouée, discrète, volontaire. Une «perle» dont le lecteur peine à comprendre l’acte qu’elle a commis. Il y verra plus clair après les 240 pages d’un roman tendu, à la limite du malaise.

Exploratrice des noirceurs de l’âme humaine
Leïla Slimani est partie à la recherche du moment de bascule, ce trouble qui pousse une personne à un acte dont on l’a pensait incapable. Avec son premier roman («Dans le jardin de l’ogre» qui a pour thème la nymphomanie féminine), l’auteure avait déjà montré son appétence pour les zones grises, celles qu’on préférerait ignorer. Dans «Chanson douce», elle prend le temps de détailler l’ampleur de la tragédie, les raisons du passage à l’acte. Son style est toutefois précis, direct. La Franco-marocaine ne se perd pas en considérations psychologiques et livre un roman plutôt dense, sur le plan narratif, qui rappelle «Le journal d’une femme de chambre», un roman d’Octave Mirbeau maintes fois transposé au théâtre (et récemment adapté au cinéma avec Léa Seydoux et Vincent Lindon).

Le Goncourt permet à la jeune femme d’entrer dans la cour des grands. Un double honneur tant le prix consacre plus souvent des personnes plus âgées et des hommes. «Je ne m’y attendais pas, je me préparais à ne rien avoir pour ne pas être déçue», a expliqué la jeune romancière à la presse, après être arrivée dans une énorme cohue au restaurant Drouant, où est traditionnellement annoncé ce prix. Elle a dédié sa récompense à ses parents et étreint son compatriote, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, Goncourt en 1987 et juré.

Par Oumar BA

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