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Moi, votre héros en perdition

15 Mai 2017
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Pour la première fois, nous parlons, ici, d’une individualité marquante du Sénégal pour à la fois l’admiration que nous lui vouons et l’exaspération que « son moi » suscite. Tout au début des années 2000, le Sénégal découvrait une talentueuse génération de footballeurs dont les prouesses rehaussaient notre fierté abattue après moult désillusions. On les acclama, les célébra jusque dans les bourgades et hameaux, dans les mosquées et les églises. Nous louions leurs valeureuses génitrices. Les hommes de Dieu prièrent pour nos athlètes, nos dignes représentants au Mali et lors de la coupe du monde asiatique. On invoqua aussi les esprits pour qu’ils les préservent du mauvais œil et des rancœurs réprimées du pays. Les drapeaux flottèrent comme jamais dans notre histoire pourtant riche de mésaventures et de jubilations. Femmes et enfants, vieux et jeunes hommes, sans même être en mesure de faire le distinguo entre les ballons rond et ovale, vécurent ces instants avec passion, dans une belle communion que même l’accession à la souveraineté « encadrée » n’avait donnée à voir.

Le délire était presque hallucinatoire. Dans cette euphorie générale, nous admettions même certains écarts de nos 23 « surhommes », leur maladresse, l’insolence dédaigneuse de certains parmi eux que le succès du moment avait grisés. Ils étaient jeunes, beaux et talentueux. Ils étaient devenus riches et célèbres, peut-être même plus qu’ils ne l’imaginaient dans leurs rêves les plus fous.  Quand « Ndambé (haricot), pain thon, "nen bunu baxal" (œuf cuit) » était encore, pour certains, un copieux plat.

De ces 23 demi-dieux d’un temps jouissif quoique court, El Hadj Ousseynou Diouf était sans doute le plus habile. Il nous réconciliait avec le football comme une pratique faisant l’éloge de l’intelligence du corps humain. Il a fait chavirer, pour utiliser le jargon des « panégyristes » de l’époque (il y avait, en effet, plus de supporters que de journalistes), des foules, des spectateurs. A l’enfant de Balakoss, nous pouvons tout pardonner… sur le terrain ; même d’avoir eu une carrière moins aboutie que les « besogneux » sans grand talent au grand dam de nous tous qu’il a émerveillés.

Toutefois, sa personnalité enchante moins. Les virtuoses, il est vrai, ont souvent une personnalité extravagante quelquefois même burlesque. Le monde du ballon rond a connu l’allemand Mario Basler, le Français Eric Cantona et autres « grandes gueules » qui se sont illustrées de manière peu coutumière. Il est devenu assez incommodant, pour ceux qui adulaient El Hadj Ousseynou Diouf, de le voir débiter des niaiseries qui ne révèlent en réalité que son ego surdimensionné. Il est même devenu encombrant, car ramenant tout à lui, pour les gens qui l’accompagnent dans cette pseudo-entreprise de redressement du football sénégalais qui n’est point en crise. La bonne tenue des autres sélections nationales et l’organisation régulière du championnat sénégalais (ce qui, il n’y a guère longtemps, n’était pas encore acquis) en attestent largement.

Le vrai acteur de développement du football est celui-là qui s’investit dans la formation et dans les infrastructures, maillons faibles de plusieurs pays africains. Au-delà de ces créneaux, le champ d’intervention pour qui veut participer au progrès de ce sport est assez large. Il suffit de vouloir s’investir sincèrement sans ameuter le peuple du foot. L’ancien pensionnaire de Bolton a bâti certes une légitimité réelle qui lui confère le droit de décliner sa vision, de donner des orientations, de « taper sur la table ».

Néanmoins, il n’est pas le seul digne d’éloges et de reconnaissance parmi tous ces co-équipiers qui s’emploient, sans tapage et impertinence, à construire les futurs succès. S’accoter à un édifice en construction et le détériorer par des dissonances ineptes et superflues pour simplement exalter son moi est assez pathétique de la part d’un homme qui n’a pas le droit d’infliger cette peine à ces millions de gens pour qui il est une légende vivante.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

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